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12 août 2020 à 02:30:14
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Auteur Sujet: The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)  (Lu 20468 fois)

Hors ligne Maroti

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  • Traducteur de The Wanderin Inn par Piratebea
Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
« Réponse #60 le: 03 juin 2020 à 15:14:20 »
1.40
Traduit par Maroti

C’étaient les échiquiers utilisés en tournoi grâce à ses senseurs et le minuteur électronique directement branché à l’échiquier.

Le bruit des échecs.

Un son doux, la plupart du temps, et dont elle avait appris toutes les subtilités. Les échecs sonnaient différemment.

L’échiquier avait son importance, pour commencer. Erin jouait habituellement avec des pièces en bois, ceux de la série d’échiquiers électronique DGT produit en masse. C’étaient les échiquiers utilisés en tournoi grâce à ses senseurs et le minuteur électronique directement branché à l’échiquier.

Il avait même un ordinateur programmé pour jouer contre qui faire des parties. C’était vraiment de la haute-technologie, et pas vraiment au gout d’Erin.

Elle aimait le son et la sensation des pièces de pierre, comme celle qu’elle avait achetée pour son auberge et qu’elle avait dans sa collection personnelle chez elle. Son chez elle du monde réel, enfin, son monde.

Le doux claquement de la pierre sur la pierre réveilla doucement Erin. Elle se redressa et tendit la main vers le chiffon qu’elle avait laissé prêt de sa tête avant de se moucher.

Bien sûr, les pièces de pierre étaient bien plus fragiles et il était inévitable que quelqu’un laisse tomber une pièce tôt ou tard. C’était pourquoi elle sortait uniquement ces pièces quand elle jouait contre quelqu’un qui partageait son respect pour les échecs.

Oui… Le rythme lui racontait aussi d’autres choses. C’est une partie plus lente, car l’un des joueurs était moins fort que l’autre. Il était presque possible de le sentir. L’un des deux joueurs était décisif, confiant et assez talentueux pour prouver la raison de sa confiance. Il bougeait presque après le coup de l’autre joueur. Mais l’autre s’arrêtait et hésitait.

Différents sons pour différents joueurs. Erin se souvenait du son des pièces en plastique de mauvaise qualité brusquement claquer sur l’échiquier par des joueurs impatients, ceux qui devenaient colériques quand ils perdaient et s’excitait sur de petits gains. De mauvais joueurs ? Non, de jeunes joueurs. Des amateurs.

Les joueurs professionnels s’énervaient aussi, mais différemment. Parfois il devenait bruyant, mais beaucoup devenait glacial et concentrait toute leurs attention dans un combat silencieux. Il était possible de dire quand est-ce qu’une partie allait devenir intéressante, non pas par le bruit…

Mais par le silence.

Mais dans ce cas, ce n’était pas une bonne partie. Erin pouvait le deviner dès qu’elle sortit de la cuisine, frottant le sommeil de ses yeux.

Loks était assise en face de l’échiquier, les bras croisé alors qu’elle regardait le squelette assis devant elle. Erin regarda aussi, la présence de Toren là surpris, mais les échecs… Les échecs étaient faciles à comprendre.

C’était une mauvaise partie. Une très mauvaise partie. Loks avait presque toutes ses pièces, en comptant les pions, alors que les pièces de Toren étaient en pagaille.

Contrairement à ceux que les gens pensaient, une partie qui n’était pas équilibré n’était pas amusante. Gagner contre un adversaire plus faible que soit n’était pas amusant.

Erin fit passer ce message au reste de la salle alors que Loks mit le roi de Toren en échec sans réel effort. La Gobeline et le squelette se tournèrent vers elle.

« Je ne sais pas comment tu as réussi à le faire jouer, mais il ne sait clairement pas comment jouer. »

Loks haussa les épaules de manière nonchalante alors que Toren bondit de sa chaise. Erin soupira. Son squelette était en train de jouer aux échecs.

« Rassie-toi. »


Toren se rassit. Erin tira une chaise et s’étala sur la table, reposant sa tête sur ses bras. Elle regarda Loks. La Gobeline était en train de réarranger son côté, s’attendait probablement à jouer contre Erin.

La petite Gobeline semblait… Battue. Est-ce qu’elle était blessée ? Si elle l’était, elle ne le montrait pas.

« Combien de parties vous avez joué ? »

Loks s’arrêta et réfléchit. Elle leva ses deux mains en montrant tous ses doigts, avant de donner un coup de pied à Toren qui leva aussi ses deux mains, mais en gardant deux doigts baissés.

« Dix-huit parties ? C’est beaucoup. Il en a gagné combien ? »

Loks sourit.

« C’est bien ce que je pensais. »

Après tout, il y avait peu de joueurs qui se plaisaient à battre des amateurs. Encore plus des enfants. Erin avait été l’un de ses enfants prodiges des échecs en grandissant. Elle avait connu quelques enfants de son âge qui aimait malmener les adultes.

C’était un signe d’immaturité. Erin fronça les sourcils et la Gobeline détourna les yeux, renfrogné. Quel âge avait-elle ? Combien cela représentait en année Gobeline ?

« Tu devrais au moins lui apprendre à jouer. Tiens. »

Erin pointa à un autre échiquier et Toren alla le chercher. Mécaniquement, elle installa son coin sur les deux échiquiers lui faisant face.

« Je vais t’apprendre à jouer et te venger, d’accord ? »

Le squelette ne dit rien, mais il s’assit de manière obéissante en face d’Erin alors que Loks fronça les sourcils et bougea soigneusement son cavalier en avant.

« Tout est une histoire de positionnement, tu vois ? Je ne sais pas si tu m’as vu jouer aux échecs, mais c’est légèrement différent que ce que les gens pensent. »

Erin bougea nonchalamment une pièce sur l’échiquier de Loks et montra à Toren.

« Tu vois cette partie centrale ? La majorité des ouvertures et des stratégies tournent autour du contrôle de cette zone. Et c’est parce que tes pièces ont besoin de bouger pour attaquer l’ennemi. Ça ne tourne pas toujours autour de la capture de pièces adverses. Tout est une histoire de bon placement, et attirer l’adversaire dans des pièges. »

Elle joua quelques coups avec Toren, regardant et commentant alors que le squelette joua.

« Tout le monde… Enfin, tout le monde de là ou je viens… Connais les ouvertures basiques. C’est nécessaire si tu veux jouer aux échecs. Mais les échecs sont autant ta capacité de lire ton adversaire que la manière de préparer ton côté. Tu les pièges, tu ouvres des trous dans leur défense. Il y a plein de manières de faire ça. Fourchettes, épingles, déviations, échecs, enfilades, batteries… »

Elle commença à se laisser porter par la conversation, une enthousiaste des échecs sur une victime impuissante. Toren absorba les informations comme une éponge alors qu’elle joua une très calme partie contre lui, laissant le squelette apprendre dans la défaite.

Loks murmura alors qu’elle perdit sa reine. Erin pointa du doigt vers Tor alors qu’elle essaya de bouger son roi et secoua la tête.

« Je vais te laisser refaire ce coup. Essaye de ne pas trop bouger ton roi. Tu peux toujours le roc si tu veux le faire bouger, mais il ne devrait pas être la pièce que tu fais bouger lors de ton tour. C’est généralement mauvais signe. »

Elle sourit, envahit par la nostalgie. Elle avait aussi appris à là dur.

« Je sais que tu veux le bouger car il est très important et que tu veux le garder en sécurité, mais tu dois le faire avec les autres pièces. Ils sont l’épée et le bouclier du roi. Ouais, ne bouge pas ton roi. Parce que… »

Le reflet d’un souvenir. Les mots s’échappèrent de la bouche d’Erin avec automatisme.

« Le roi est malin et utilise sa tête. Car s’il bouge, cela bientôt la fin de sa quête. »

Loks et Toren regardèrent Erin et elle cligna des yeux. C’était ça. Elle se souvenait.

« Oh. Hum. C’était une petite rime que j’ai créé quand j’étais petite. C’est… C’est important. »

Erin avait l’impression que c’était important, mais elle ne se souvenait plus pourquoi. C’était quelque chose d’un peu bête qu’elle avait fait. Mais…

« Où est-ce que j’en étais ? »

Elle regarda l’échiquier et trouva un moyen de mettre Tor en échec. Elle lui montra, et lança un regard vers Loks qui était fumante.

« Pourquoi est-ce que tu n’essayes pas de nouveau ? Tu vas probablement perdre, mais… »

Erin regarda Toren. C’était… Il était une créature mort-vivante. Qui savait à quelle vitesse il pouvait apprendre ? Ce n’était pas qu’il avait une mauvaise mémoire, c’était juste qu’il n’avait pas de cerveau. Erin était soudainement en proie à la curiosité, probablement comme Loks. Elle voulait voir Toren jouer.

Elle montra avec précaution quelques ouvertures classiques et joua lentement une nouvelle partie alors qu’elle écrasa de nouveau Loks. Puis elle prépara un échiquier pour la Gobeline et le squelette avant de se préparer à observer la partie.

« Tu as compris ? Voyons voir. »

Loks et Erin attendirent. Après un moment, Toren bougea une pièce et Loks contrecarra. La partie dura encore seize coups avant qu’elle ne le mette en échecs.

« Tu ne comprends pas. »

Toren fit claquer sa mâchoire et Erin soupira.

« N’essaye pas de faire sortir sa tour si rapidement. Souviens-toi, capture le centre et essaye de le renforcer. Réessaye. »

C’est ce qu’il fait. Deux parties plus tard Erin dut faire face à la réalité.

« Super. Mon squelette mort vivant est nul aux échecs. »

Ce n’était pas qu’il n’était pas bon, c’était…

Non, il n’était pas bon. Erin le vit alors qu’elle jouait une partie contre Loks et Toren à la fois. Il était un amateur.

Et il n’y avait rien de mal avec ça. Mais c’était un véritable contraste comparé aux Antiniums et Loks. Les Ouvriers manquaient peut-être d’expérience, mais ils apprenaient rapidement et mémorisaient les ouvertures et les contres avec facilités. Et Loks était douée.

Comparé à ça, Toren était juste normal. Pas sans espoir, elle pouvait voir que ses parties s’étaient amélioré de la travestie qu’elle avait vu avant de le coacher. C’était juste qu’il n’avait pas d’étincelle.

Erin soupira. Elle prit l’un des cavaliers de Loks et ignora la petite Gobeline siffler de colère.

« Echecs. »

C’était dommage. Mais il y avait une partie d’elle qui était toujours heureuse. Même si son squelette était nul, il était quand même en train de jouer aux échecs. Même si elle était assise dans un autre monde, dans une auberge en train de jouer contre une Gobeline, elle était toujours en train de jouer aux échecs.

C’était bien. Cela la rassurait. C’était la seule chose qui la rendait heureuse, vraiment. Car c’était la seule chose pour laquelle elle était douée. C’était la seule chose qu’elle savait faire.

***

Ceria et Gerial marchaient à travers la ville en discutant. Ils étaient seuls, seuls dans une mer de Drakéide, de Gnolls et de l’occasionnel Antinium.

Ils étaient des étrangers. Mais après tout, les aventuriers étaient toujours des aventuriers. Ils étaient habitués.

Et peut-être que si cela avait été une autre semaine, dans un autre lieu, ils auraient été en train de rire et de plaisanter tout en explorant une nouvelle ville. Mais c’était différent. Ils parlaient et marchaient sérieusement ; ignorant les regards hostiles que les habitants locaux leur envoyaient.

C’était facile de se faire entraîner dans l’auberge qu’ils avaient trouvé. C’était un endroit apaisant, et assez loin pour qu’ils puissent vraiment se détendre. Mais ici, dans la ville, ils étaient trop proches. Les Ruines étaient à plusieurs kilomètres de la ville, mais cela ne faisait pas de différence pour les aventuriers. Leurs nerfs bourdonnaient, et leurs cœurs battaient légèrement plus fort à cause de l’anticipation de ce qui allait venir.

« Bientôt. »

Ceria hocha la tête. Elle toucha le couteau à sa taille et sentit la baguette attachée à son bras.

« Pourriture, j’aimerais que ça soit demain. Ce n’est pas étonnant que les autres aventuriers voulaient rester dans l’auberge. Je ne peux pas me détendre ici. »

Gerial hocha la tête. Il s’écarta poliment d’un chemin d’une Drakéide et l’ignora quand elle fit tressaillir sa langue dans sa direction.

« La, ah, réception locale n’aide pas beaucoup. »

« À quoi est-ce que tu t’attendais ? Ils n’aiment pas trop les humains dans le coin et je suis juste une autre embêtante aventurière. Mais je ne parle pas de ça. Tu peux le sentir, n’est-ce pas ? »

Il le pouvait. Gerial était un aventurier vétéran, et il sentait la même chose que Ceria sentait. Il y avait une émotion sous-jacente chez les aventuriers en ville. De la peur… Et de l’expectation.

Les Ruines de Liscor étaient une grosse trouvaille, potentiellement la plus grosse de la décennie. D’innombrables trésors jamais découvert les attendaient, le genre de récompense qui pouvait élever n’importe quel groupe d’aventurier vers le rang d’Or, ou plus encore. Mais de la même manière, les dangers qui les attendaient étaient inconnus.

« Nous ne savons toujours pas ce qu’il y a en bas. Cervial à trouver quelqu’un qui était partant pour exploser et cartographier le premier niveau, mais personne ne veut descendre plus bas. »

« Et il n’as toujours pas trouvé quelqu’un qui s’est aventuré plus loin ? »

« Personne qui est allé au-delà des escaliers n’est revenu. »

Gerial mit la main sur sa ceinture sans s’en rendre compte. Il posa la main sur le pommeau de son épée et la retira quand un garde Gnoll regarda dans sa direction.

C’était ça. C’était de la peur. Il y avait quelque chose en bas, et qu’importe ce que c’était, c’était mortellement dangereux. Tellement dangereux que c’était suffisant pour calmer la soif de trésor des aventuriers.

Qu’est-ce qui pouvait se cacher là-dessous ? Une Bagrhaven ? Où un de leur nid, peut-être. Mais quelque chose qui pouvait tuer une compagnie classée Argent sans laissé un seul survivant…

Un piège ? Une colonie de guivres ? Une espèce… Une sorte d’armée mort-vivante ? Ou, le sang de Gerial se glaça à l’idée, ils avaient déterré le site d’enterrement de l’un de ces Grands Anciens ?

Non. Non, y penser ne servait à rien. Mais c’était le truc. L’incertitude gardait les aventuriers à distance. Une fois qu’ils allaient savoir ce qui se trouvait en bas, ceux qui pouvaient s’occuper de la menace se rassembleraient et réglerait cette histoire en un instant. Les aventuriers allaient fondre sur les ruines, volant, se battant entre eux, pour en ressortir avec le plus de butin possible.

Tout ce qu’il fallait était un premier groupe, plus courageux que le reste, pour découvrir les secrets tapis dans les profondeurs en payant de leur sang. Et cette fois, c’était les Cornes d’Hammerad qui allaient payer ce prix.

« Hey. »

Gerial cligna des yeux et tourna la tête de surprise alors qu’il se prit un coup de coude dans les côtes. Il baissa les yeux vers Ceria qui croisa son regard.

« Ne va pas me paniquer dessus. On va s’en sortir, donc arrête de t’inquiéter. »

Il sourit, mais le coup de Ceria l’avait fait revenir à la réalité. Il passa la main sur l’endroit ou elle l’avait frappé, se demandant s’il allait avoir un bleu.

« Quelqu’un doit s’inquiéter. Car selon notre leader, cela sera une simple mission d’extermination, rien de plus. »

Ceria grimaça.

« Calruz est arrogant. Mais il est confiant et audacieux et c’est pourquoi il est parfait pour un vice-capitaine comme toi. »

Gerial avait le sentiment que cela aurait dû être l’inverse, mais il sourit devant le compliment, avant de froncer les sourcils.

« Le sort d’[Illumination]. S’en est où ? »

Ceria haussa les épaules.

« Ma maitrise est Incomplète. Je vais continuer d’étudier, mais selon mes meilleures estimations je serais capable de le lancer une fois et j’aurai besoin d’une potion de mana après. C’est trop épuisant de l’utilise plusieurs fois de suite. »

« Une fois devrait être suffisante. Nous avons juste besoin d’une zone illumination vers laquelle nous pouvons nous retraiter. »

« Nous avons déjà fait les formations. Arrêt… »

« Oui, oui. Et l’équipement est en route. C’est juste que… »

« Je sais. »

Ceria tapota Gerial sur l’épaule.

« Je sais, crois-moi. Je le ressens aussi. Mais nous nous sommes préparés pour ça et nous pouvons faire demi-tour dès que la situation s’envenime. Ne t’inquiète pas. »

Il lui fit un sourire. C’était rassurant de savoir que quelqu’un d’aussi vieux que Ceria était dans le groupe avec lui. Elle avait plus de soixante ans, et même si elle ‘n’avait pas passé tout ce temps à être une aventurière, il était tout de même heureux qu’elle soit là. En vérité, il avait le sentiment qu’elle devait être la vice-capitaine, mais elle avait toujours refusé.

Principalement, parce qu’elle ne voulait pas faire toute la logistique qu’il y avait à faire.

Leur discussion changea vers des sujets plus légers. Gerial et Ceria n’étaient pas débutants et connaissaient les risques lié à l’exploration des donjons. Gerial était un aventurier depuis huit ans, et Ceria avait commencé il y a quatorze ans.

« Dit, si nous trouvons de l’or et des gemmes plutôt qu’un artéfact magique, nous avons la plus grosse part après le capitaine. Qu’est-ce que tu t’achèterais ? »

Ceria sourit et regarda quelques bracelets présenté sur la devanture d’une boutique Gnoll. La grande Gnolle regarda la demi-elfe et montra ses dents de manière courtoise, l’invitant d’un geste. Ceria agita sa main et continua sa route.

« Si j’ai assez, j’aimerais m’acheter un autre grimoire. J’ai déjà plus ou moins maîtrisé ceux que j’ai déjà. Avec assez de pièces d’or, quelques centaines tout au plus, je pourrais m’acheter un grimoire avec quelques sorts du 4eme échelon. »

« Rien que ça ? Si la récompense est à la hauteur des attentes de Calruz, tu auras bien plus d’argent que ça. »

Ceria leva un sourcil dubitatif en direction de Gerial.

« Tu n’as jamais acheté de livres de sorts, n’est-ce pas ? Un seul d’entre eux coûte plusieurs centaines de pièces d’or, voire des milliers, et c’est pour les sorts de bas Echelons. J’économise depuis longtemps pour pouvoir m’acheter un grimoire avec un sort du 4eme Échelon. »

« Mais si tu gagnes un niveau dans ta, hum, classe de [Mage] tu les aurais appris quand même, pas vrai ? »

« C’est compliqué. Je n’ai pas de garantis sur les sorts que je vais apprendre et de plus, j’ai besoin de gagner plusieurs niveaux avant que cela arrive. Mais avec un grimoire, je pourrais étudier un sort et l’apprendre en quelques mois. »

« En quelques mois ? »

« Un mois, un an, deux ans… Alors quoi ? Si je maîtrise un seul bon sort mon Niveau augmentera. Et après nous allons être capable de combattre de plus puissants monstres. »

Gerial secoua la tête.

« C’est une bonne chose que je ne suis pas né avec du talent pour la magie. Je n’ai pas ta patience, ou ton temps. »

« Oh, alors qu’est-ce que tu t’achèterais ? »

« Une armure. Une bonne épée. Ou une bague magique, peut-être. »

Ceria rit.

« Tu n’es pas plus aventureux que ça ? »

Gerial sourit et secoua la tête, un guerrier parlant à un mage.

« Un bon set d’armure magique ? Je serais capable de me battre sans m’inquiéter d’avoir un monstre enfoncer mon casque toutes les cinq secondes. »

« Je suppose. Mais cela me semble être du gâchis, c’est tout. »

« La moindre partie compte. Si j’avais une bonne armure je pourrais m’inquiéter à propos d’autre dépense. Mais c’est le début. »

« C’est vrai. »

L’argent. C’était tellement simple. Mais c’était le fléau de l’existence des aventuriers. Ils gagnaient plus que des ouvriers compétent, mais ils avaient besoin de plus pour continuer d’être des aventuriers. La Guilde avaient ses propres tarifs pour s’enrôler, réparer les armures et les potions de soins étaient coûteuses, et une blessure pouvait empêcher quelqu’un de travailler pendant plusieurs mois. C’était tellement difficile de gagner de l’argent.

« Une bonne épée. »

Gerial murmura dans sa moustache.

« Si j’avais ça, je pourrais affiner mes compétences à l’épée. Gagner un niveau. Commencer à gagner un salaire d’aventurier Or… »

« Et puis peut-être que tu seras capable de parler à une certaine Coursière sans que j’ai besoin de te donner un coup de main, hm ? »

Gerial devint rouge.

« Je ne vois pas de quoi tu parles. »

« Bien sûr que non. Vous les humains… Non, vous les mâles. Toi et Calruz, vous êtes des idiots qui tombent amoureux de la première femme exotique que vous voyez. »

Gerial prit la pique avec humour même s’il ne pointa pas que la première femme exotique sur lequel il avait posé les yeux était Ceria. Cela aurait fait rougir la demi-elfe et partir en retraite. Il avait appris il y a bien longtemps que son cœur s’était fermé au homme humain.

Dans tous les cas, il était content d’apercevoir un visage familier assis à une table extérieure, mangeant des morceaux de viande braisée sur une brochette.

« Sostrom ! »

Le mage leva les yeux et sourit entre deux bouchées alors que Gerial et Ceria le rejoignirent. Ils commandèrent une brochette chacun alors que le marchand Drakéide fit tourner la viande autour d’un feu.

« J’ai vu que vous étiez déjà parti. L’aubergiste… Miss Solstice était malade, donc nous sommes tous parti sans prendre de petit-déjeuner. »

Gerial hocha la tête. Il avait pris un petit-déjeuner tardif avec Ceria, mais son appétit était en train de revenir alors qu’il sentait l’odeur des animaux en train de rôtir.

« Est-ce que tu as vu Calruz ? »

« Pas depuis la nuit dernière. Pourquoi ? »

« Il a quitté l’auberge et il n’a pas dormi depuis la nuit dernière, je crois. Tu sais comment il est quand il est irrité. »

Sostrom grimaça.

« Laissons la Garde se charger de lui. Je ne suis pas assez payé pour le retenir quand il cause des problèmes. »

« S’il se fait arrêter avant que nous entrions dans les Ruines… »

« La ville le laissera partir si nous payons son amende. Et ils seront plus heureux de le laisser combattre des monstres que de l’avoir causé des problèmes en prison. »

Il y avait de la vérité dans ce qu’il disait, donc Gerial laissa tomber.

« Donc. Nous avons rencontré une étrange aubergiste. »

« Cela est bien vrai. Mais il semble que nous ayons rencontré plus d’une étrange fille dernièrement. »

« Ryoka. »

Gerial accepta une brochette et paya pour lui et Ceria. Il mordit dans la viande chaude et regarda Ceria.

« Ce qu’Yvlon a dit l’autre jour. Tu es certaine qu’elle n’a pas de niveaux ? »

Ceria haussa les épaules.

« C’est ce que Cervial a dit. Et Yvlon semblait savoir quelque chose sur elle. »

« Quel malheureux incident. »

« C’était sa faute. »

« Peut-être, mais Yvlon n’avait pas besoin de la défier. Le combat n’était pas juste qu’importe la manière dont tu regardes l’histoire. »

C’était la vérité. Gerial regarda Sostrom.

« Tu as raison. Je l’ai oublié car elle a gagné, mais depuis quand les Lances d’Argents combattent des civils ? »

« Encore plus en armure. Même si c’était de la bravade, Yvlon n’aurait normalement jamais pris ce combat. Cela pose des questions, pas vrai ? Sur ce qu’Yvlon savait. Ou… Sur ce que sa tante lui a dit. »

Gerial et Ceria échangèrent un rapide regard.

« Lady Magnolia. »

Sostrom hocha la tête.

« Voilà un nom qui te dis à quel point elle est importante. »

« Importante ? »

« Importante. »

Le mage humain hocha de nouveau la tête. Il se gratta le front sous son chapeau pointu. Sostrom était complètement chauve, et donc il portait son chapeau à chaque occasion.

« L’objet que j’ai réparé, ses compétences de combat à main nue. Son manque de niveaux… C’est assez pour m’intéresser, mais pourquoi un scion des Cinq Familles ? Il y a quelque chose d’autre sur elle, retenez mes mots. »

« J’espère qu’elle ne fera rien d’imprudent. »

Ceria rit et manqua de s’étouffer. Gerial grimaça.

« Vous voyez ce que je veux dire. »

« Espère simplement qu’elle survive. Une fois qu’on en a fini ici nous allons pouvoir lui poser plus de questions. »

« Cela pourrait prendre pas mal de temps si les ruines sont aussi profondes que prévu. »

« Elle est une grande humaine. Elle va s’en sortir. »

« Bien, tant que nous sommes sur le sujet des secrets… C’est quoi l’histoire derrière toi et ce Pisces ? Je pensais l’avoir vu la nuit dernière mais vous avez à peine partagé un mot. »

« C’était intentionnel. J’ai une migraine dès que je parle à cet idiot trop longtemps. »

Ceria soupira, mais Sostrom fronça les sourcils.

« Tu peux te moquer de lui, mais il est diplômé de Wistram à la fin de l’histoire. Et ce qu’il a fait pour soigner la jambe de Ryoka était tout à fait phénoménal. Je n’aimerai absolument pas tester mes compétences en l’affrontant. »

Gerial cligna des yeux en direction de Sostrom. Des trois mages des Cornes d’Hammerad, il était le second plus fort et même s’il ne pouvait pas lancer de [Boule de Feu] Gerial avait appris à apprécier son talent.

« Ce Pisces est un mage aussi bon ? »

Sostrom hocha sérieusement la tête.

« Je l’ai senti. Je suspecte qu’il a plus d’un niveau sur moi. Peut-être le même que notre Ceria ? »

Les deux hommes la regardèrent. Ceria fit la moue et haussa les épaules.

« Peut-être. Mais il est toujours un idiot. »

« Un idiot venant de Wistram. »

« Il n’est… Enfin, techniquement il est diplômé. Mais certains mages ne le considéreront pas tel quel. »

« Attends. Tu as dit… »

« Il a été renvoyé. Mais tu as raison. Il était toujours à la tête de sa classe quand il venait en cours. S’il avait l’argent il aurait pu avancer très rapidement. Mais il a quitté vers la même période où je, uh, suis tombé à court d’argent. »

« Et il a été renvoyé à cause de ses expériences. Oui, je m’en souviens. Mais est-ce qu’il a des compétences de combat ? Nous pourrions l’engager pour notre expédition. »

Ceria lança un regard incrédule à Gerial.

« Je ne ferai pas confiance à cet idiot pour couvrir mes arrières. »

« Est-ce que tu n’es pas un peu trop sévère ? »

« Non »

« Mais quel est son niveau ? Un mage vivant seul comme lui doit bien avoir quelques compétences. Et un [Nécromancien] sera parfait s’il y a un grand nombre de mort-vivants dans les ruines. Allez Ceria, dit-nous au moins ses classes. »

Ceria grimaça.

« Je… Bon d’accord. Autant que je me souviens sa classe de [Nécromancien] est celle avec le plus de niveau, mais il connaît aussi plusieurs sorts d’[Elementaliste]. Il était toujours doué pour… »

« Pardonnez-moi. »

Les trois aventuriers se tournèrent. Gerial et Sostrom clignèrent des yeux alors qu’ils regardèrent un très grand œil et un léger sourire. Ceria lâcha sa brochette à moitié terminé.

Scruta Cherchevoie sourit poliment aux trois aventuriers et inclina légèrement la tête.

« Salutations. J’espère que je ne suis pas en train d’interrompre quelque chose ? »

Gerial et Sostrom passèrent à travers un bref moment d’évaluation. Les yeux notèrent la qualité de l’armure de Scruta. Contrairement aux piétons, la couleur brune et rouille de son équipement de les trompait pas. Son armure était clairement de haute-qualité et son épée donna plusieurs informations aux aventuriers.

Cela voulait déjà dire qu’elle était classée Or ou plus. Mais Scruta ne portait pas de bracelets ou de marques indiquant son rang. Cela voulait dire qu’elle n’était pas affiliée avec la Guilde ou…

Gerial se racla la gorge et se leva de son siège, il essaya de ne pas bégayer.

« Hum, mes excuses. Mais ne seriez-vous pas… ? »

« Je suis Scruta. »

Ils n’avaient jamais vu son visage, mais les deux hommes avaient entendu son nom. Sostrom se leva aussitôt de son siège et l’offrit à Scruta alors que cette dernière refusa poliment. Ceria était toujours en train de regarder.

Quand Gerial se calma, il essaya d’être aussi accommodant que possible.

« Hum, comment pouvons-nous vous aider, Miss, ah…. Aventurière Cherchevoie ? »

Elle sourit à Gerial. Il ressentit un choc quand son œil croisa le sien. Légèrement étourdie, Gerial souhaita brièvement que Ceria arrête de regarder et soit plus respectueuse.

« Vous êtes des membres des Cornes d’Hammerad, n’est-ce pas ? »

« Hum oui, je veux dire, c’est correct. Nous le sommes. Nous tous. »

« C’est bien. »

Scruta sourit de nouveau. Ce n’était pas un grand sourire, plutôt quelque chose de mystérieux qui lui allait à la perfection. Elle hocha la tête.

« Je souhaitais vous parler. »

Gerial et Sostrom étaient enthousiastes.

« Avec nous ? Vous connaissez notre nom ? »

« N’est-ce pas approprié ? Les Cornes d’Hammerad sont connues dans les citées voisines. »

Ceci était assez pour faire gonfler le torse des deux hommes. L’œil de Scruta alla rapidement vers Ceria durant un bref instant alors qu’elle continua de parler.

« J’ai visité plusieurs cités humaines vers le nord. Et étrangement, je suis revenu ici en pourchassant des rumeurs. J’espérais que vous puissiez m’aider. »

« Tout ce que vous voulez. »

Gerial murmura les mots. Le sourire qu’il reçut en retour fit bondir son estomac.

« J’ai entendu, de plusieurs sources, qu’une extraordinaire humaine vit dans les environs. Une coursière. Je crois que son nom est Ryoka Griffin. Une fille sans niveau qui a défié les Hautes Passes et survécut. Une personne… Réellement intéressante, pour faire court. Et on m’a dit que les Cornes d’Hammerad faisaient partie de ses connaissances. »

Gerial et Sostrom échangèrent un regard. A quel point cela pouvait être une coïncidence ? Gerial remarqua vaguement que Ceria venait de s’approcher pour se tenir à ses côtés.

« Nous… Nous connaissons bien cette fille ! Nous étions en sa compagnie il n’y a pas moins de deux jours. »

Le sourire de Scruta se fit plus grand encore.

« Ah. Donc vous la connaissez. Bien. Dites-moi, est-elle tout ce qu’on dit qu’elle est ? »

« Cela, et bien plus encore. »

Sostrom hocha la tête avec enthousiaste. Gerial lui lança un regard, car le mage chauve avait été plus rapide que lui.

« Elle… Enfin, je ne sais pas si elle est sans niveau, mais une autre aventurière avec [Évaluation] affirme que c’est la vérité. Et elle a véritablement survécu aux Hautes Passes. Et elle a la faveur de Lady Magnolia. Et elle court pied nus. »

« Vraiment ? Comme s’est fascinant. J’aimerais la rencontrer. Vous ne sauriez pas où se trouve-t-elle, à tout hasard ? »

Gerial et Sostrom ouvrirent la bouche d’un même mouvement mais, de manière incroyable, ce fut Ceria qui fut plus rapide que les deux autres.

« J’ai peur que nous ne le savons pas. Elle est constamment en train de bouger, donc c’est difficile de la retrouver. »

Gerial sentit quelque chose sur son pied et baissa les yeux. Ceria venait de marcher dessus pour une raison ou une autre. Et aussi sur le pied de Sostrom. Pourquoi ? Il regarda Sostrom et vit que l’autre homme était en train de cligner des yeux et de se toucher la tête.

Mais Scruta était en train de regarder Gerial et elle avait de nouveau toute son attention.

« Ah, mais j’aimerais sincèrement la rencontrer. Ne saurais-tu pas où elle réside ? »

« Celum. Il y a une auberge où elle s’arrête trouvent et elle prend la majorité de ses requêtes là-bas. »

Ceria marcha de nouveau sur son pied. Gerial la regarda, irrité. Elle prononça silencieusement quelque chose mais Scruta était en train de parler.

« Quelle auberge ? »

« La Chope Sanglante. »

Cette fois Ceria abandonna toute forme de subtilité et frappa violemment Gerial dans les côtes. Il grimaça et la regarda, confus.

Ceria soupira et repoussa Gerial. Sostrom se met entre Scruta et le vice-capitaine, évitant de croiser le regard avec Scruta. Tout comme Ceria, qui s’adressa en regardant par-delà l’épaule de Scruta.

« Pardonnez-moi, mademoiselle Scruta. Mais pourquoi êtes-vous intéressé par Ryoka ? »

L’œil de Scruta se tourna vers Ceria, mais la demi-elfe refusa de croiser son regard.

« J’aimerais simplement la rencontrer. »

Son œil se concentra sur Ceria et son sourire se fit légèrement plus grand. Ceria mordit l’intérieur de sa lèvre jusqu’au sang.

« Et bien vous avez le nom de son auberge. Et nous ne l’avons pas vu. Donc si c’est tout v… »

« Elle était à Esthelm il y a deux jours ! »

Ceria jura et ce retourna pour regarder Gerial. Elle entendit Scruta légèrement rire derrière elle.

« Et as-tu un moyen de la trouver ? Ou peut-être sais-tu où elle se rend ? »

« Nous l’ignorons. »

Ceria coupa la parole à Gerial. Elle regarda Scruta, se concentrant, et chargeant son mana dans ses yeux pour se protéger.

« Nous ne savons rien d’autre. Alors arrêtez de demander. Nous aimerions être laissés tranquilles. »

Scruta était toujours en train de sourire.

« Mais j’ai encore des questions à poser sur Ryoka. Et j’ai l’impression que vous pouvez y répondre. »

« Je n’ai rien pour toi. Donc tu peux prendre tes réponses et les mettre là où je pense. »

Scruta cligna de l’œil. Ceria reprit sa respiration alors que la pression disparue. La demi-Scruteur semblait déçue.

« Hum. Tu ne souhaites pas répondre à mes questions ? Je suis une Aventurière Légendaire, tu sais. Et vous êtes... Ah, oui, Argent. La tradition voudrait normalement que vous m’aidiez au maximum de vos capacités. »

Ceria perdit patience avec Scruta.

« Je sais qui tu es. Et un ancien soldat n’est pas la même chose qu’un véritable aventurier. Nous gagnons nos niveaux en combattant des monstres, pas des gens. »

« Mais je suis toujours à un rang supérieur au tien. Cela pourrait être… Fâchant si vous refusez d’aider. »

« Je n’aide pas les fous. Toi et ton roi dément peuvent aller brûler en enfer pour le peu que j’en… »

Scruta ne bougea pas, elle disparue. Un instant elle était en train de sourire, avec une posture relaxée, parlant calmement à Ceria. L’instant d’après, le bout de son épée courbée était soudainement à la gorge de Ceria, et elle ne souriait plus.

« Je ne tolère pas les insultes envers mon roi. »

Il fallut une seconde pour que les deux hommes derrière Ceria réagissent. Mais Gerial jura et se prépara à dégainer alors que Sostrom mit la main sur sa baguette. Les deux se figèrent alors que le bout tranchant de l’épée de Scruta s’enfonça légèrement plus loin dans le cou de Ceria.

« Comme c’est inconvénient. Et nous faisions si bien au niveau de la politesse. Mais j’aurais une réponse. Mais d’abord, une excuse. Je l’entendrais de toi à genoux, demi-elfe. »

Ceria était en train de transpirer. L’épée n’était pas en train de lui chatouiller la gorge, mais déjà enfoncé dans sa peau. Elle était déjà en train de saigner, encore un centimètre et…

Peut-être était-ce le fait que tout avait été si rapide. Scruta n’avait pas attiré l’attention quand elle avait dégainé son épée car elle avait été si rapide que personne n’avait vu l’arme quitter son fourreau. Mais il était difficile d’ignorer une épée au clair à la gorge d’une demi-elfe au milieu de la rue.

Les gens commencèrent à remarquer l’impasse et à paniquer en l’espace de quelques instants. En quelques secondes les piétons s’écartèrent et les aventuriers entendirent quelqu’un appelé la Garde.

Ils utilisaient des sifflets stridents pour cela, qui créaient un bruit perçant impossible à ignorer. Scruta ne baissa pas son épée, mais l’un de ses petits yeux roula vers l’arrière de sa tête. Gerial et Sostrom ne bougèrent pas, et Ceria était déjà sur la pointe des pieds. Ils savaient à quelle vitesse la Garde allait arriver, et ne paniquèrent pas.

Cependant, la fille crasseuse derrière l’étal n’était pas une aventurière habituée aux situations de stress, et pensa que le sifflet était pour elle. Elle détala de derrière un étal de marchand, apparaissant au milieu de la rue alors que son sort d’[invisibilité] échoua.

Ceria avait peur de tourner la tête, mais Sostrom et Gerial virent une masse de cheveux blonds, des vêtements de voyage crasseux, une peau pale, et un flash magique. La fille leva une bague en émeraude et la pointa vers les aventuriers en criant quelque chose avant de prendre la fuite.

De sa bague, une épaisse vrille de ce qui semblait être de la toile d’araignée se projeta, devenant de plus en plus gros en s’étirant. La toile vola vers les aventuriers comme un oiseau.

Gerial et Sostrom virent le sort et étaient déjà en train de plonger au sol. La toile toucha leur dos et se cola à eux, les clouant aussitôt au sol avec une toile aussi solide que de la pierre.

Ceria ne put que regarder alors que les toiles d’araignées volèrent vers elle. Elles s’enroulèrent autour d’elle et elle tomba au sol, aussitôt enfermé dans un cocon.

Scruta regarda la toile s’ouvrant vers elle et fit deux mouvements de son épée. La toile tomba à ses pieds, proprement coupée.

Les autres aventuriers ne furent pas aussi chanceux. Gerial et Sostrom étaient collés au sol et Ceria était recouverte de la tête au pied. Scruta fit claquer sa langue, irritée, et regarda autour d’elle alors que le sifflet strident continua de sonner.

La fille avec la magie était introuvable. Elle avait déjà pris la fuite dans une ruelle.

« Comme c’est inconvénient. Je suppose que je vais devoir poser mes questions une autre fois. »

Elle baissa les yeux vers Ceria, et les yeux de l’Aventurière Légendaire étaient colériques.

« Mais ne vous méprenez pas. Je reviendrai vous voir, et je vous poserai d’autres questions. À moins que je ne trouve Ryoka Griffin. »

Elle sourit du sourire léger et mystérieux qu’était le sien.

« Au revoir. »

Scruta se tourna et s’éloigna. Ses jambes étaient floues alors qu’elle disparut dans une allée.

« Damnation ! »

Gerial jura alors qu’il lutta contre les toiles, mais elles l’avaient clouée au sol.

« C’est quoi ce genre de magie ? Sostrom, je suis cloué au sol. Est-ce que tu p… »

« Ma baguette est collée ! »

Le mage humain jura alors qu’il lutta pour extirper sa baguette de la toile. Gisant au sol, impuissante, Ceria prit plusieurs respirations. Elle n’avait pas l’impression que sa gorge était perforée.

« [Embrasement Éclair]. »

L’épaisse toile brûla en un instant, créant d’épais nuages de fumée noire. Elle cria de surprise en sentant la chaleur des flammes, mais en quelques instants la toile avait disparue.

Elle se releva et dégaina sa dague. Ceria couru jusqu’à Gerial et Sostrom et tenta de défaire leurs liens, mais la lame se coinça.

Elle retira la dague et la pointa du doigt. Un jet de flamme s’échappa de son doigt et englouti la lame qui devint rouge sous la chaleur. Ceria recommença à couper la toile qui tomba sous l’effet de la lame chauffée à blanc.

Gerial poussa un cri alors que la lame le brûla, mais Ceria le releva de sa main libre.

« Plaint toi plus tard. Partons ! Si la Garde nous attrape… »

Les trois aventuriers échangèrent un regard. Ils regardèrent la rue. Sostrom pointa une allée du doigt et ils prirent la fuite alors que la Garde arriva sur les lieux, menée par un Drakéide irrité avec une lance.

***

« Nous étions sous l’emprise d’un sort ? »

Ceria hocha la tête alors qu’elle, Sostrom et Gerial marchèrent vers l’auberge. Elle grimaça à chaque pas. Sa peau était rouge et brûlé sur l’intégralité de son corps. Les seuls endroits encore intacts étaient ceux qui avaient été protégés par ses robes enchantées.

Sostrom s’empara d’une potion et lui tendit alors qu’il marchait, mais aucune des aventuriers ne ralentit. La commotion ne s’était pas propagée au reste de la ville mais ils n’avaient aucune envie d’être du mauvais côté de la Garde.

« Oui. Elle lançait un sort de [Charme] avec son œil. Vous avez été touché dès l’instant où vous l’avez regardé. J’ai à peine réussi à le bloquer. »

« Mais elle était simplement en train de nous regarder. »

« Les Scruteurs peuvent lancer des sorts d’un simple regard. Il semblerait qu’une Demi-Scruteur puisse faire la même chose. »

« Une Demi-Scruteur ? C’est ce qu’elle est ? »

Ceria jeta un regard en coin à Gerial. L’homme était toujours pâle de la rencontre et de la magie qui l’avait affecté.

« Tu n’as jamais entendu parler d’elle ? »

« Je sais seulement que c’est une Aventurière Légendaire. Pourquoi ? »

Ceria murmura sombrement alors qu’elle appliqua du baume sur ses brûlures.

« Elle ne l’a pas toujours été. Elle a d’abord été une soldate. Elle devait être efficace, je suppose, mais cela veut simplement dire qu’elle a tué de nombreux innocents. Elle est devenue une aventurière après… C’est une histoire foutrement longue. Allons prendre quelque chose à boire à l’auberge. Je vous la raconterais une fois que nous sommes plus loin que ça. »

« Dit nous le maintenant. Si elle est après nous… »

« Pas nous. Elle veut Ryoka, et je ne sais pas pourquoi. Possiblement pour la même raison que Magnolia s’intéresse à elle, mais c’est une supposition. Cette histoire ne sent pas bon et nous devons la prévenir le plus vite possible. »

« Donne nous les détails sur Scruta avant que nous arrivions. À quel point est-elle forte ? D’où est-ce qu’elle vient ? »

Ceria hocha la tête. Elle prit une grande respiration en marchant. La douleur de ses brûlures était lentement en train de se calmer, mais elle était toujours tremblante. Mais un aventurier devait être calme ou il était mort. Elle rassembla ses pensées et commença à parler. »

« D’accord, donc vous connaissez le continent désertique au sud ou au sud-est d’ici ? Il est gigantesque, mais il y a de nombreux royaumes d’importance. Dans l’un d’entre eux dort un roi… »

***

« Bonsoir, Erin. »

Erin cligna des yeux en regardant Scruta.

« Oh, salut Scruta. Quoi de neuf ? »

Scruta sourit à Erin. Elle n’entra pas, même si Erin tint la porte pour elle.

« Je ne resterai pas longtemps ici. Je souhaitais simplement te dire que je vais partir de cette ville pendant quelque temps. »

« Oh ? »

« J’ai à faire autre part. Je souhaitais simplement savoir si tu comptais voyager dans les semaines à venir. »

Erin cligna des yeux. Certaines personnes étaient étranges. Scruta venait d’apparaître sur le pas de sa porte pour demander… Elle était en train de fixer Erin du regard avec son grand œil. Mais peut-être que c’était comme ça que les Scruteurs regardaient.

« Oh, non. Je ne compte pas bouger d’ici. Pourquoi ? »

Scruta l’étudia avec son œil central avant de sourire.

« J’étais simplement curieuse. J’apprécierais grandement prendre un autre repas ici un autre jour, et je ne souhaite pas te voir partir d’ici avant. »

Erin rit.

« J’ai peur qu’il n’y ait pas beaucoup de chance que ça arrive. »

« Fort bien. Au revoir, jusqu’à ce qu’on se revoit. »

Scruta s’éloigna avec un sourire. Erin la regarda, perplexe. Scruta se retourna, et s’arrêta. Quelqu’un était sur son chemin.

« Excusez-moi. »

Calruz cligna des yeux et baissa le regard vers Scruta. Le grand Minotaure n’avait clairement pas eut l’intention de s’arrêter, préférant probablement renverser Scruta ou la laisser se pousser, mais quand il vit son visage ses sabots s’arrêtèrent en chemin.

Les yeux du Minotaure se fixèrent sur l’immense œil de Scruta et s’écarquillèrent en la reconnaissant. Il fit aussitôt de la place pour la laisser passer, lui donnant beaucoup d’espace. Elle le frôla avec un léger sourire.

« Merci, guerrier. »

Calruz regarda son dos alors qu’elle s’en alla. Il se tourna vers Erin.

« Tu la connais ? »

« D’une certaine manière. Pourquoi ? »

Calruz regarda Erin, puis vers la silhouette s’éloignant de Scruta, et secoua la tête.

« Elle ressemblait à… Ce n’est rien. Tu ne la connaîtrais pas. »

Erin se sentit légèrement insultée par ça, mais elle ne corrigea pas l’erreur du Minotaure. Il rit, se passa une main sur le visage, et entra dans l’auberge en manquant de la renverser. Elle fit un bond en arrière et lança un regard noir vers le Minotaure. Ses yeux étaient injectés de sang et il semblait épuisé.

« Alors, je peux t’aider, Monsieur le Râleur ? »

« De quoi manger. De quoi boire. Je vais prendre des deux. »

Il semblait se moquer de savoir si elle était malade ou nous. Erin soupira, marcha dans sa cuisine, et prit un sandwich for Calruz. Il regarda les épaisses tranches de jambon et de fromage écrasé par les deux petites tranches de pain, mais dévora son repas sans se plaindre. Puis il se relaxa sur sa chaise et la regarda.

Erin le regarda en retour. Son auberge était bien silencieuse. Loks était partie après avoir partie plusieurs fois face à Erin, et Toren était occupé à faire la vaisselle.

« Hum, c’est une belle journée, n’est-ce pas ? Je ne suis pas vraiment allé dehors, mais je suppose qu’elle doit être bien. »

Calruz continua de la regarder. Erin s’agita dans son siège. Il était très silencieux.

« Ce n’est pas une mauvaise journée quand il n’y a pas de monstre essayant de te tuer, pas vrai ? »

Il continua de la regarder, et elle détourna le regard.

« Au moins il ne pleut pas. »

«Tu aurais dû te battre. »

Erin releva les yeux vers Calruz. Le Minotaure était toujours en train de la regarder avec ses yeux parcourus de veines.

« Pardon ? »

« Toi. Tu aurais dû te battre. »

« Me battre contre… Qui ? »

« La nuit dernière. Tu es sorti pour venger l’insecte. Tu ne l’as pas fait. Mais tu aurais dû te battre. »

Erin ouvrit la bouche avant de la fermer durant un instant.

« Tu parles de Pion et Ksm. Je ne suis pas sorti pour me battre. »

« Tu ne l’as pas fait. »

Calruz agréa. Il bougea dans son siège et posa ses coudes sur ses genoux en lui faisant face.

« Mais tu aurais dû le faire. C’était une histoire d’honneur. Si tu tiens à celui qui s’appelle Pion, tu aurais dû te battre pour le protéger.»


« Hum. »

Erin ne savait pas quoi dire. D’où est-ce que ça venait ? Mais Calruz était aussi direct et abrupte que… Sa hache géante si elle allait vers sa tête. Enfin, pas aussi brutal. Elle avait rencontré des joueurs d’échecs comme lui.

« Je suis désolé, mais combattre aurait été plu… Vraiment stupide. J’aurai perdu et je me serais fait découper. »

« Cela n’a pas d’importance. »

« Hum. Non, c’est faux. Je ne veux pas mourir. »

Il lui rit au nez. Erin s’attendait presque à voir de la vapeur sortir de ses naseaux.

« Ceux qui pensent perdre le combat avant que ce dernier ne commence ont déjà perdu. »

« Ouais, mais je savais que j’allais perdre. Le gars que tu veux que je combatte ? Ksm ? Il m’a déjà donné un coup et j’ai eu la tête qui tournait pendant une heure. Il est un guerrier, je n’en suis pas un. »

« Si tu n’es pas une guerrière, tu devrais en devenir une. Cela n’est pas convenable pour une femelle d’être seule et de ne pas être une guerrière. »

Cette conversation venait de prendre un autre tournant à 90° dans l’absurde. Erin tenta de trouver une réponse.

« J’ai un squelette. Pour… Me protéger. »

Toren sortit la tête de la cuisine. Calruz lui jeta un regard et rit.

« Il n’a pas de valeur. Il est faible. »

Pour une quelconque raison Erin pensa que Toren se sentait insulter, mais les squelettes n’avaient pas d’émotion, n’est-ce pas ?

« Eh bien… Je, heu, je peux aussi me battre. Si je dois vraiment me battre. J’ai [Rixe de Taverne] comme compétence, tu sais. »

Calruz lança un regard plat à Erin qui rougit.

« Je peux me battre. Mais je ne peux pas me lancer dans des combats que je sais que je vais perdre. Écoute, ce Ksm a des niveaux dans une espèce de classe de combat, pas vrai ? Il me tuerait si je l’affrontais. »

« La force est plus que de simples niveaux. »

« Ouais, mais je ne suis pas un Minotaure. Je n’ai pas de muscle. Ou de cornes pour embrocher les gens. »

Calruz leva les yeux au ciel.

« Je parle des compétences »

« Ouais, je t’ai dit que j’en avais une. Et, heu, [Force Mineure]. Je l’avais oublié. »

« Ce n’est pas ce que je veux dire. Je parle des compétences de combat. »

Erin regarda Calruz avec une telle incompréhension qu’il semblait surpris.

« Tu… Ne sais pas ? »

« A propos de quoi ? Des compétences ? »

« Des compétences activées. Des compétences de combat. »

« … Noooooooon. »

Il cligna des yeux dans sa direction. Puis il se releva.

« Suis-moi. »

***

« Observe. Ceci est ma compétence. »

Calruz pointa un rocher qu’il avait trouvé au sol. C’était un rocher d’une bonne taille, arrivant aux hanches d’Erin. Elle cligna des yeux en le regardant, avant de se concentrer sur la hache que le Minotaure tenait.

« Ça ne va pas se casser ? »

« Non. »

Calruz leva son immense hache de combat au-dessus de sa tête comme un bûcheron qui s’apprêtait à fendre une bûche. Mais il parla. Ou plutôt… Il Hurla. Erin sursauta alors qu’il abattit sa hache.

La hache frappa le rocher et la prochaine chose qu’Erin se rendit compte vu que Toren venait de la tacler au sol. Tout n’était que confusion alors qu’un le tonitruant impact arrêté de faire sonner ses oreilles jusqu’à ses os. Quand Erin se releva, le rocher était devenu du gravier.

Quelques fragments de pierres étaient tout ce qu’il restait d’un point d’impact. Le regard du rocher avait été réduit en un million de morceaux. Erin cligna des yeux en regardant le rocher, puis la hache de Calruz.

« Oh. C’est ce que tu veux dire par compétence. »

« Oui. Cela est ma seule compétence. »

« Et c’est heu… Wouah. »

Erin regarda le rocher.

« Wouah. Wouah. Heu. Wouah »

Calruz semblait heureux de la voir impressionnée. Il planta sa hache de guerre dans le sol et s’appuya dessus.

« C’est ce que tu devrais apprendre. Des compétences. Si tu dois être seule, tu ne dois pas être sans défense. Tu dois te battre. »

« Mais je ne suis pas une guerrière. Je veux dire, je n’ai pas la classe. »

Calruz eut un léger rire.

« Cela n’a pas d’importance. Les classes, les niveaux, ils ne sont que des additions. Ce dont tu manques c’est l’âme d’une guerrière. Tu dois l’avoir. Une femme ne doit pas être seule sans le pouvoir de se défendre. La chanteuse ne doit pas se taire. Tu dois être plus forte. »

Il pointa Erin d’un doigt deux fois plus épais que les siens.

« Je l’ai décidé. Je t’enseignerai à partir de demain. Il reste deux jours avant que j’aille dans les Ruines. Je t’apprendrais à proprement te battre durant ce temps. »

Erin ouvrit la bouche. Elle regarda le caillou en morceau, puis Calruz.

« Hum. D’accord. Merci. »

Il hocha la tête.

« Je vais aller me reposer. Ma compagnie arrivera bientôt. Ils doivent être nourris. Je te laisse t’en charger.

« Heu.. »

Calruz entra dans l’auberge. Erin le regarda partir, avant de se tourner vers le caillou. Elle s’en approcha lentement.

Le rocher n’était pas chauffé par l’impact. Mais ils étaient très coupants. Erin se coupa le doigt.

« Aie. »

Elle regarda le sang, et entendant un bruit. Elle se retourna et vit Toren à côté de la hache de guerre que Calruz avait planté dans le sol.

Le squelette était en train de tirer et pousser la hache de guerre coincée dans le sol aussi fort que possible. La lourde arme ne bougea pas.

Erin soupira. Elle regarda le squelette se battre pour la faire bouger, poussant avec ses pieds s’enfonçant dans l’herbe en essayant de la déloger.

« C’est vraiment super triste »

***

Faible.

Calruz pensa le mot à voix haute alors qu’il s’allongeait dans sa chambre et sur les deux lits qu’Erin avait rapprochés pour lui. C’était quelque chose auquel il n’avait jamais eu à penser.

Mais elle était faible. Pitoyablement faible. Normalement, il n’y avait rien de dérangeant. C’était ce qu’il attendait des humains. Mais elle…

Sa faiblesse était une offense. Et ce n’était pas bien. Cela dérangeait Calruz. Elle ne devrait pas être aussi faible. Elle n’avait pas le droit d’être aussi faible. Parce qu’il y avait quelque chose en elle qui demandait de la force.

Il était en train de penser à propos d’Erin ; Ou était-ce Ryoka ? Les deux ou… Non. La Coursière était forte. Elle n’était simplement pas une guerrière. Elle devait apprendre l’honneur. C’est une fois qu’elle le fera qu’elle deviendra une vrai guerrière. Si elle gagnait des niveaux elle serait digne.

Mais Erin Solstice était différente. Même maintenant Calruz se souvenait de la musique. Elle le hantait. C’était absurde. Elle le rendait…

Faible ? L’affaiblissait ? Ce n’était pas la musique de ses origines. Il n’y avait pas de tambours retentissants, pas de voix levées pour combattre. Ce n’était pas une musique forte, mais ce n’était pas une musique faible.

C’était unique. Et cela devait être protégé. Mais elle était faible. Donc elle devait devenir plus forte.

Calruz bougea dans son lit, ignorant le grognement du bois. Elle devait devenir plus forte. Il le regretterait si elle périssait. Perdre une vie innocente à cause de son inaction était la pire chose qu’une personne avec de l’honneur pouvait faire. Il lui apprendrait.

Mais bien sûr, ce n’était pas à Erin que Calruz voulait apprendre. Mais cela ferait un bon… Entrainement, oui. Elle était femelle. Ryoka était femelle. Il apprendrait à gérer les femelles humaines. Parce qu’au moins une… Deux d’entre-elles étaient dignes de respect. Pour différentes raisons.

Un visage tanné apparu dans l’esprit de Calruz, et il vit une forme rapide courir loin de lui. Un oiseau cloué au sol. Un oiseau de proie cherchant une maison.

Magnifique. Féroce. Et elle avait de vrais seins, pas comment les femelles dépourvues de mamelles qu’il continuait de rencontrer.

Il se demandait où elle était en cet instant.
« Modifié: 03 juin 2020 à 15:23:34 par Maroti »

Hors ligne Maroti

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Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
« Réponse #61 le: 06 juin 2020 à 18:21:43 »
Note des Traducteurs: Il y aura (peut-être) un chapitre de manqué la semaine prochaine car c'est la fin du semestre et les mémoires sont bientôt à rendre! On fait de notre mieux, mais on préfère prévenir juste au cas où!

1.13 R
Traduit par EllieVia

Le premier jour, elle vit les Gobelins. Elle était alors en train de courir à travers les prairies autour de Liscor, les Plaines Inondées, qui barraient le chemin des armées et des marchandises au printemps et se vidaient pendant le bref hiver de ce continent.

Elle s’arrêta en atteignant le sommet d’une colline et le vit se battre dans la petite vallée en-dessous. Ryoka s’accroupit immédiatement pour éviter d’attirer leur attention. Il était possible de distancer une tribu de Gobelins, mais leurs arcs et leurs frondes représentaient tout de même une menace.

De plus, Ryoka ne pouvait pas courir très vite. Pas aujourd’hui.

Sa flamme l’avait quittée.

Mais ce n’était pas une seule tribu en bas de la colline. C’en étaient deux. Et elles se battaient. Des cris stridents et des cris de guerres flottaient jusqu’à la cachette de Ryoka dans l’herbe. Elle pouvait apercevoir…. oui, l’un des groupes de Gobelins portait des plumes. Une sorte d’ornementation.

Ils suivaient un énorme Gobelin - qui faisait presque deux fois la taille de ses amis. Il restait plus petit que Ryoka mais il avait les os plus épais était trapu. Il avait des morceaux d’armure rouillée attachée à la poitrine, et une hache dans une main. C’était probablement le chef.

C’était difficile de repérer l’autre chef Gobelin. Il n’y avait pas de Gobelin qui sorte particulièrement du lot, mais cette tribu - sur la défensive - paraissait plus coordonnée que la tribu à plumes.

Ils maintenaient l’autre tribu à distance avec une ligne de massues et de dagues et leurs archers et manieurs de fronde attaquaient de derrière la ligne de leurs amis. On aurait presque dit une ligne d’infanterie.

Et alors même que Ryoka observait, un autre groupe de Gobelins émergea soudain de l’herbe et enfonça le flanc droit de la charge ennemie. Les Gobelins attaquants vacillèrent et furent lent à répondre à ce nouveau groupe qui commençait à percer leurs lignes.

Le groupe d’attaque surprise était constitué des Gobelins les plus costauds et les mieux équipés. Un groupe d’infanterie lourde ? Mais les Gobelins ne faisaient pas ce genre de choses. Sauf que ceux-là, si. Et ils étaient organisés. Ils ne rompirent pas les rangs en attaquant les autres Gobelins. Ils restèrent en formation et protégèrent les arrières de leurs copains et cela fit toute la différence. Ils se mirent à gagner du terrain.

L’une de ces étranges Gobelins avait une épée et un bouclier qui semblaient luire entre ses mains. Ils brillaient, réfléchissaient vivement la lumière tandis qu’elle cognait et parait, tuant les autres Gobelins, menant l’attaque. C’était un jeu de lumière. Elle était minuscule - petite, même pour son espèce. Mais elle menait les étranges Gobelins, Ryoka en était sûre. Toute la bataille tournait autour d’elle et elle se frayait un passage droit vers le chef de la tribu ennemie.

Il tenait bon et sa tribu se rassembla autour de lui. Il rugit et leva sa hache en voyant la petite Gobeline s’approcher avec son propre garde du corps. D’un coup de hache, il fendit le crâne du Gobelin qui le chargea et frappa la Gobeline minuscule.

Elle battit en retraite. Il fondit sur elle, donnant de grands coups de hache dans les airs, mais elle leva son bouclier et céda du terrain. Ryoka fronça les sourcils .La bouche de la Gobeline était ouverte et on aurait dit qu’elle disait quelque chose. Et son doigt… brillait ?

Un éclair de lumière aveugla brièvement Ryoka. Elle cilla et se frotta les yeux. Quand sa vision se fut rétablie, le chef de tribu se roulait au sol en hurlant.

Il était en feu. Et les Gobelins autour de lui se faisaient pourchasser par… des flammes ? Oui. C’était une espèce de sort. On aurait dit des oiseaux clignotants, ou peut-être des insectes de feu, qui se posaient sur les ennemis et les enflammaient. La petite Gobeline les avaient conjurés à partir de rien.

C’en était trop. Leur leader étant mort, encerclés par l’ennemi, le reste des Gobelins ennemis s’enfuirent ou tombèrent au sol en se recroquevillant. Ryoka vit la petite Gobeline rallier son camp, pointant du doigt les blessés et criant des ordres, se tournant vers le Gobelin qui venait de se précipiter vers elle. Se tourner. Pointer du doigt…

Ryoka cilla. Puis son cœur se mit à battre à tout rompre. La minuscule Gobeline pointait directement son doigt sur elle. Comment savait-elle que Ryoka était ici ?

Ryoka se leva. Elle regarda autour d’elle et finit par repérer le Gobelin assis sur l’autre colline. Une sentinelle ? Des Gobelins qui utilisaient des éclaireurs ?

Il cria et tous les Gobelins se tournèrent vers Ryoka pour la dévisager. La sentinelle balança sa fronde et la première pierre manqua de peu la tête de Ryoka.

Elle s’enfuit.

Les Gobelins sur ses talons.

***

Elle était plus rapide. Mais sa flamme l’avait quittée. Et Ryoka était toujours épuisée. Mais tout de même… elle n’avait pas dormi. Pas depuis l’événement. Elle s’était contentée de courir.

Par conséquent, elle ne parvint pas à distancer les Gobelins assez rapidement .C’est la raison pour laquelle ils réussirent à la rabattre vers eux. Différents groupes ne cessaient d’apparaître et d’essayer de lui tendre des embuscades, fonçant devant elle et la poussant vers la horde principale.

Elle ne les laissa pas faire. Mais Ryoka ne connaissait pas les collines et les vallées. Quand elle courut dans une forêt d’étranges arbres, une bande de Gobelins armés de frondes l’assaillirent de pierres, la faisant s’enfuir sur sa gauche. Et c’est à ce moment-là qu’elle vit la petite Gobeline.

Elle était entourée par ses gardes d’élite, d’énormes Gobelins. Mais la petite Gobeline était la mieux équipée d’entre eux. Elle avait une épée courte et un bouclier qui avaient l’air neufs. Qui sortaient de la forge, si on les comparait à l’équipement du reste des Gobelins.

Ryoka allait devoir percer leurs lignes. Elle leva le poing et étendit le premier Gobelin qui lui fonça dessus au sol. Pas assez fort pour lui briser le crâne comme la dernière fois. Pas assez fort pour le tuer.

Les Gobelins ne s’étaient pas attendus à ça. Ryoka jeta un pied en l’air et en assomma un autre. Ils hésitèrent, et la petite Gobeline cria quelque chose d’une voix perçante. Elle fonça en avant et donna un coup d’épée dans la jambe de Ryoka.

Petite. Mais rapide. Et ses amis étaient trop nombreux. Ryoka battit en retraite et sentit le reste des Gobelins converger sur elle. Elle devait fuir.

Elle fondit sur les Gobelins de droite et ils reculèrent. Ils avaient toujours peur d’elle, malgré la compétence de leur leadeuse. Elle donna des coups de pied, de poing. Puis au moment où elle allait se dégager, quelque chose taillada son sac à dos.

Ryoka tournoya et la lame la rata de peu. La petite Gobeline. Elle était en train de viser les bretelles de son sac. Malin.

Les Gobelins fondirent sur elle. Ryoka jura et les écarta à coups de pieds, les étalant durement au sol. Ils essayaient d’attraper son sac de Coursière. Voler sa…

Elle se secoua comme un chien et les Gobelins s’envolèrent. Les mains de Ryoka s’animèrent de mouvements fulgurants et les Gobelins s’écrasèrent au sol.

La petite Gobeline lui bloqua le passage lorsque Ryoka tenta de nouveau d’avancer. Il n’y avait plus qu’elle et un autre Gobelin pour lui bloquer le passage, mais d’autres membres de la tribu hurlaient en lui fonçant dessus.

La fille s’accroupit et donna un coup de pied bas. Un Gobelin encaissa le coup dans l’entrejambe et se plia silencieusement en deux. Pendant un instant, ce ne fut plus qu’elle et la petite Gobeline. Leurs regards se croisèrent.

La petite Gobeline sourit. Elle leva un doigt et Ryoka n’hésita pas. Elle plongea en avant et mit un coup de pied dans la petite Gobeline de toute ses forces.

Son pied nu se cogna contre du métal froid plutôt que de la chair. La Gobeline avait réussi_ à lever son bouclier, mais le coup de pied de Ryoka la catapulta tout de même à plusieurs mètres.

Elle ne prit pas le temps de voir si la Gobeline allait se relever. Ryoka fit volte-face et s’enfuit à toutes jambes, esquivant les Gobelins qui dévalaient la colline. Elle sentit quelque chose érafler son bras puis de la chaleur sur son dos....  elle fit un brusque écart sur sa gauche et l’oiseau de feu la manqua de peu. Ryoka continua sa course puis ils furent derrière elle.

***


Une dizaine de minutes plus tard, Ryoka n’entendait plus les cris des Gobelins. Elle ne s’arrêta toutefois pas de courir. Elle n’avait aucune confiance en ses oreilles.

Mais son corps entier lui faisait mal. Elle était à bout de forces et elle finit par devoir ralentir le rythme. Ses jambes étaient de plomb. Comme si quelqu’un était accroché à chacun de ses pieds. Elle était fatiguée.

Mais elle poursuivit sa course. Les Gobelins disparurent, abandonnant leur proie ou en ayant repérée une meilleure.

Et Ryoka poursuivit sa course.

Elle s’était échappée avec tout ce qui importait. L’anneau que Teriarch lui avait donné… la lettre… la bourse… et ses potions étaient toujours attachées à son sac à dos. Elle abandonna les Gobelins derrière elle et poursuivit sa course.

Ryoka courut.


***

En bandant sa huitième coupure, Ryoka fit l’inventaire de ce qui lui restait. Elle détacha le sac à dos, soulagée de voir qu’il n’avait pas été trop abîmé par les Gobelins .Elle n’avait pas grand-chose. Mais elle transportait encore pas mal d’objets.

Elle avait trois potions de soin, un anneau de rubis, une lettre, des rations sèches, deux flasques d’eau, des vêtements de rechange, une boule de savon pour la lessive, une brosse à dents enveloppée dans du papier ciré, du sel, une petite lanterne, l’équivalent de papier toilette dans ce monde, son iPhone et ses écouteurs, une couverture légère en laine, une bourse de pièces d’or, et ses péchés.

Ces derniers étaient les plus lourds à porter. Mais Ryoka avait cessé de réfléchir. Elle ne savait que courir. Et c’est ce qu’elle fit. Elle courut de colline en vallée, jusqu’à retrouver la route. Elle dépassa les hautes portes de Liscor, dévalant la route où le trafic s’amenuisait, jusqu’à une bande de route tellement dévorée par l’herbe qu’elle en était presque invisible.

Poursuivant sa course. Vers les Plaines Sanglantes.

***

Après une soixantaine de kilomètres, les prairies se modifièrent. Les collines s’aplatirent, et elle se sentit descendre le long d’un pan incliné.

La plus longue colline du monde.

Elle aurait pu rire. Ou hurler lorsque les araignées sortirent de leurs trous. Mais elle poursuivit sa course, abandonnant les pièges mortels derrière elle et restant sur la route. L’herbe n’était pas sûre.

Et la route était déserte.

Car les terres derrières Liscor étaient désolées sur des kilomètres, que même les bandits évitaient. Les bandits attaquaient les voyageurs, et qui voyagerait si loin au nord ? Autant prendre un bateau. Ou, s’il fallait vraiment faire le trajet, mieux valait le faire dans une caravane armée jusqu’aux dents.

La route qui s’étirait derrière Liscor courait à travers les plaines et se divisait en plusieurs chemins qui menaient à différentes cités majeures, les terres des tribus Gnolles, et même la côte. Mais pour les atteindre, tout voyageur devait d’abord traverser les Plaines Sanglantes.

Et c’était un aller simple vers la mort.

Ryoka le savait et pourtant elle poursuivit sa course. Le paysage changea sous ses pieds. L’herbe se fit plus rare, plus rude ; moins plaisante sous la foulée de ses pieds et plus riche en mauvaises herbes. Elle marcha sur un tas de quelque chose qui ressemblait à des orties et dut s’arrêter.

À la lumière du premier feu de camp, Ryoka regarda fixement ses chevilles et ses pieds enflés. Elle prit un peu de ses précieuses potions de soin, étalant un peu de liquide sur les zones les plus touchées, et les observa désenfler.

Mais la démangeaison persista. Elle ne voulait pas gaspiller plus de potion donc elle resta éveillée.

Après le deux-mille trentième mouton Ryoka but quelques gorgées d’eau, vidangea son corps d’un peu d’eau, et s’endormit.

***

Lorsqu’elle trouva le deuxième ruisseau, Ryoka était presque à court d’eau et c’était le troisième jour. Elle avait couru toute la journée le premier jour, mais elle avait marché pendant le second.

À cause des cailloux.

La route et le sol s’étaient débarrassés de la végétation, sauf quelques buissons virulents et pleins d’épines et quelques plantes sèches. Et sans ce tampon mou, le sol s’était transformé en graviers. Et Ryoka eut beau essayer, elle ne put se forcer à continuer de courir après des kilomètres et des kilomètres de douleur.

Elle remplit sa bouteille d’eau, espérant que l’eau claire était potable, et poursuivit sa marche. Ses pieds lui faisaient mal. Mais elle devait continuer. Impossible de faire marche arrière.

***

En éclatant la cinquième ampoule sanglante, Ryoka aurait aimé avoir apporté des chaussures. Mais elle ne l’avait pas fait et la douleur n’était que justice. Donc elle continua à marcher. Et seulement maintenant, dans le silence du mouvement lent, ses pensées revinrent la hanter.

Elle aurait bien aimé qu’elles s’en abstiennent.

***

C’était une erreur. Tout ça*. Je n’aurais jamais dû venir à Esthelm. J’aurais dû continuer à courir.

*Pas une erreur. Ta faute. Espèce d’idiote. Idiote.

Mes pieds me font mal. Ils sont à l’agonie. Le sol est brisé. Mais si je continue à marcher je peux continuer à avancer. Mes cals sont durs. Ils sont…

Je l’ai frappée. Je n’aurais pas dû. Et Calruz. Et cette Yvlon…

Je…. n’aurais pas dû faire ça.**

**Evidemment. Putain d’idiote.

Mais qu’est-ce que j’aurais pu faire d’autre ? Elle m’a défiée et Calruz était… c’est parce qu’il était malpoli avec Garia***.

***Non, ce n’est pas ça. C’était toi. Espèce de crétine. D’idiote. Espèce de stupide, d’idiote, de pute consanguine sans une once de gratitude pour les gens qui t’ont sauvée ! SOIGNÉE. Tendu la main quand tout le monde te tournait le dos et TU LES AS ATTAQUÉS ET BLESSÉS...

J’essaie d’effacer la voix dans ma tête. Mais elles continuent de parler. De me blâmer. Et elles ont raison.

Tout est de ma faute.

Je brûle les ponts en respirant. Je blesse les gens avec mes mots et mes actes. Et ça me va bien, jusqu’au moment où je me souviens qu’il y a des gens bons dans ce monde. Dans tous les mondes.

Je me souviens encore de la sensation lorsque j’ai frappé Ceria. J’ai encore le goût du sang dans ma bouche. Je sens encore mes poings et mes pieds cogner Calruz.

On dirait un rêve. Ou… un cauchemar éveillé. Mais c’est arrivé. Et la sensation m’est familière.

J’ai déjà fait ça par le passé. Beaucoup de fois.

Combien de fois compte pour beaucoup ? Suffisamment pour que je me souvienne d’être restée assise dans de petites pièces, attendant que mes parents parlent aux professeurs ou à la police. Mais c’était des bagarres et je n’avais principalement agi que pour me défendre, ou du moins selon moi.

C’est différent.

C’était mal.

Mes pieds me font mal. Un bref éclair d’agonie… je m’arrête et retire le caillou acéré de ma plante de pied. Ce n’est que de la douleur physique. Ce n’est pas important.

Pourquoi est-ce que j’ai fait ça ? Parce que je voulais me battre. Parce que je déteste leurs niveaux. C’est ce que j’ai dit. Mais Ceria…

”Mais quelqu’un qui rejette le fonctionnement même du monde, simplement parce qu’elle ne l’aime pas… c’est du jamais vu.“

Pas parce que je ne l’aime pas. Parce que le monde ne va pas.

D’après qui ? Moi. Mais c’est idiot. Sans les Niveaux, comment quiconque pourrait-il survivre contre les monstres ? Peut-être… qu’il y a des moyens. Mais c’est le fonctionnement du monde. Pourquoi est-ce que je tente d’y résister ?

C’est mieux… c’est mieux de mourir idiote qu’esclave.

Folie. Tout va mal. Je les ai blessés. J’ai blessé ceux qui étaient gentils envers moi. Qu’est-ce que je croyais faire ? J’ai brisé des liens, me suis éloignée des aventuriers, de Magnolia, de la Guilde des Coursiers…

Qu’ils aillent au diable. Je n’ai pas besoin d’eux.

Si.

Non.

Ryoka Griffin n’a pas besoin d’amis. Elle a réussi à vivre sans eux jusqu’à aujourd’hui.

Vécu grâce à l’influence et l’argent de ses parents, tu veux dire. Ryoka Griffin n’a pas goûté la réalité du monde. Et elle n’en aurait jamais eu l’occasion. Mais ici, je ne peux pas survivre comme ça.

Pourquoi pas ? Qui est Ryoka Griffin ? Pourquoi aurait-elle besoin de qui que ce soit ?

Je suis Ryoka Griffin. Mais qu’est-ce que ça veut dire ? C’est juste un nom. Et même pas un nom que j’ai choisi. Mais c’est le mien. C’est tout ce que j’ai.

Définis-moi Ryoka Griffin alors. Allez. Vas-y.

Intelligente. Brillante. Ou forte en tests de QI. Jamais été malade - pas de maladies physiques, de défauts, ou autre. Talentueuse. Le genre d’étudiante qu’ils recherchent pour les écoles de l’Ivy League.

Criblée de défauts.

Des défauts terribles et paralysants. Des défauts issus de ma perfection , c’est-à-dire que je n’ai rien qui me définisse vraiment. Certaines personnes se forment dans l’adversité et se mesurent à ce qu’ils ont accompli, ce pour quoi ils se sont battus. Mais la malédiction des privilégiés, c’est qu’à ne plus avoir à se battre pour quoi que ce soit, ils ne créent rien de valeur.

J’ai pratiqué les arts martiaux pour pouvoir être capable de me défendre, pas parce que j’en avais besoin. J’ai étudié à l’école et obtenu des notes parfaites parce que j’aimais apprendre et gagner, pas parce que je n’avais pas le choix.

Je…

suis vide.

Ou est-ce que je ne regarde pas tout cela sous le bon angle ? L’arrogance. Même dans ma propre tête je prends ce que j’ai pour de la perfection. La perfection est parfaite - si j’étais parfaite je n’aurais pas ces problèmes-là, n’est-ce pas ? Non. Ce n’est pas la perfection.

Comment définis-tu Ryoka Griffin ? Une équation ?


(|Perfection| - Interactions Sociales) + Colère + Un peu de magie = Ryoka Griffin ? Ou est-ce plutôt…
 
(|Perfection - Interactions Humaines| + Rage + Solitude) + Encore une chance = Ryoka Griffin ?


Eh bien, je ne suis de toute évidence pas parfaite. Mais dans certains domaines il me manque des défauts ou des désavantages. Mon score de QI…

N’a aucun sens. C’est une mesure arbitraire qui ne prend pas en compte les aptitudes sociales, la créativité ou la stabilité émotionnelle. Au lieu de prendre tes aptitudes physiques et mentales pour un standard de perfection, prends-le plutôt comme une tabula rasa. Tu es une ardoise vide, mais tout ce qui a été tracé dessus est l’arrogance, des comportements antisociaux, de la rage. Tu as corrompu la pureté de ce qui t’a été donné.

Corrompu ? Est-ce que c’est ma faute si j’ai été une marginale dès ma naissance ? Ma faute que ces petits bâtards aient été incapables de voir au-delà de la couleur de ma peau ou de qui avaient la meilleure note en classe ?

Et revoilà les excuses. Toujours la même rhétorique. Toujours les mêmes mensonges. Pourquoi es-tu incapable d’admettre que tu as causé la plupart de tes ennuis toute seule ? Même tes problèmes liés à ton père sont...

Je n’ai pas de “problèmes liés à mon père”.

Mais tu le détestes. Tu le détestes pour des choses qu’il n’était pas. Et c’est injuste. Tu détestes tes camarades de classe pour ce qu’ils n’étaient pas. Tu les détestes de ne pas t’avoir acceptée et cela, peut-être, est juste. Mais tu finis toujours par détester tôt ou tard tout ce qui croise ta route. Ils ne valent jamais rien. Ils finiront tous par t’abandonner.


Qu’aime-donc Ryoka Griffin ? Une liste :
Courir
 
La musique
 
La connaissance
 
La Magie*
 
Les Arts Martiaux
 
Être en colère
 
Le ciel ouvert et la brise sur mon visage lorsque mon regard se perd à l’horizon de milliers de kilomètres de terres inexplorées
 
L’aventure


Qu’est-ce que je voulais l’autre jour ? Être libérée d’Yvlon… non, de Magnolia. Elle et ses putains de tentatives pour me contrôler. C’est sa faute. Si elle n’avait pas autant insisté.

Elle n’avait fait que te poser des questions. Elle t’a offert son aide et tu l’as refusée. Elle a mis un ninja sur ton toit, mais était-il là pour te faire du mal ou pour te protéger ? Quand a-t-elle jamais essayé de te blesser ? Elle n’est pas comme Persua.

Cette garce. C’est l’exemple concret de la raison pour laquelle ces gens ne valent même pas le temps qu’on prend à les distancer. Ces lâches...

Garia n’est pas lâche. Elle est brave et honnête, à sa manière. Mais elle ne peut pas courir seule. Juste parce que tu le peux, pourquoi est-ce que tu voudrais que tout le monde suive les mêmes standards ?

Je… n’arrive pas à réfléchir correctement. Je dois aller livrer ce satané anneau et cette putain de lettre. De la part d’un mage elfique. Tant de questions. C’est ce que j’aurais dû faire. Mais je me suis embourbée dans toutes ces bêtises d’aventuriers…

Tu voulais les voir. Ce n’était pas juste pour apprendre la magie, tu voulais leur parler, pas vrai ?

Je blesse tous ceux que je vois. Je n’aurais jamais dû retourner les voir. Et ils ne sont pas parfaits.

Calruz est un crétin patriarcal et arrogant. Gerial ne vaut pas grand-chose. Ceria est...

Écoute-toi deux secondes. Et Sostrom, alors ? Qu’est-ce qu’il t’a jamais fait ? Il t’a réparé ton iPhone. Il t’a rendu la musique.

Mais le reste des aventuriers… ils ressemblaient à quoi ? Tous les mêmes. Ils ont adoré me voir me battre. Il y avait une hiérarchie là-dedans, et la manière dont ils parlaient. “Travaillez ensemble. Ne faites pas tanguer le bateau. Baissez la tête et vous serez peut-être tranquilles.”

Tous les mêmes. Les mêmes que ceux qui me harcelaient. Ces petits bâtards qui se pavanaient dans leur petit monde, en poussant tout le monde pour se sentir plus grands. Et si on leur tenait tête ils s’enfuyaient et allaient se cacher, pleurer, reculer devant n’importe quelle forme de bravoure mais toujours revenir vous poignarder en douce dans les recoins et les ombres avec des mots et des gestes, ces espèces de...



void Methodologieduharceleur() {
 
       do {
 
              if (taille.harceleur() >= 1){
 
                             System.out.print(motsBlessants);
 
                             System.out.print(racismeIntégré);
 
                             System.out.print(bileIrréfléchie);
 
                             if (agression.harceleur >= 2){
 
                                    blesser(harceleur, victime);
 
                             }
 
               }else{
 
                      Harceleur b = nouveau Harceleur(individu, victime);
 
                      Harceleurs.add(b);
 
              }
 
              if (victime.resisteToujours== true){
 
                 agression.harceleur++;
 
                  if (victime.competenceCombat >= harceleur.compétenceCombat) {
 
                         faireFaussesAccusations(harceleur, victime);
 
                         attaqueLâche(harceleur, victime);
 
                         répandreMensonges(harceleur, victime);
 
                    }
 
              }
 
        } while (victime.enVie== true);
 
}

//Bien sûr, un harceleur n’est pas un individu mais un groupe. Et la dynamique de groupe implique que tous harcèlent celui qui sort du lot pour que le groupe reste un groupe. Il ne peut y avoir d’unité sans bouc émissaire sur lequel le groupe peut se déchaîner.


Je les déteste tous. Je ne les oublierai jamais, eux ou leur mesquinerie. Le monde se porterait mieux sans eux.

Ouais. Il vaudrait mieux qu’ils soient tous morts.

Je ne peux pas continuer à penser comme ça. Quand la furie bout en moi et que je veux me déchaîner… c’est la même chose. La même chose. Mais sur les mauvaises cibles, cette fois.

Je m’arrête et fouille dans ma poche. Là. Mon iPHone. L’écran s’allume, et c’est merveilleux, et c’est magique. Il n’y a plus beaucoup de batterie. J’ai trop écouté de musique la nuit. J’aurais dû baisser la luminosité de l’écran. Mais ça suffira.

Je clique sur aléatoire et la musique se lance. Centuries des Fall Out Boys se met à résonner. De la bonne musique. Mais… pas la bonne, en ce moment.

Je passe. Counting Stars de One Republic. Mieux. Plus rapide.

Tu ne peux pas te cacher. Tu ne peux pas fuir ce que tu as fait. Pas ici.

Normalement, la musique peut faire taire toutes les voix. Mais pas cette fois. Elles sont trop fortes. Mais je continue ma route. J’accélère le rythme de ma marche et je passe à la chanson suivante. Une encore meilleure.

Une autre chanson de One Republic se met à jouer, mais celle-ci est une collaboration. Apologize de Timbaland ft One Republic.

Pendant un instant, mon doigt oscille au-dessus du bouton suivant. Mais je continue de marcher. La chanson me blesse. Mais ce n’est pas grave.

“It’s too late to apologize.”*

*Trop tard pour s’excuser.

Je murmure les mots aux terres désolées. La brise froide, ténue, emporte mes mots.

Ouais. Trop tard.

Sauf qu’il n’est pas trop tard.

Si je pouvais arracher l’intérieur de ma tête je le ferais. Mais je ne peux pas. Mes pieds saignent. Ils sont à l’agonie. Mais même la douleur et la musique ne suffisent pas.

Retournes-y. Traîne-toi à leurs pieds. Met ta fierté inutile de côté pour une fois et peut-être que si tu es sincère et humble ils trouveront le cœur de te pardonner.

Trop tard. Trop tard et j’en suis incapable. Je ne sais pas comment.

Tu n’as jamais essayé. Et ce sont les meilleures personnes que tu aies rencontrées. De bonnes personnes. Tu les admires. Secrètement, tu veux être comme eux, pas vrai ? Libre. Tu préférerais être une aventurière qu’une Coursière, mais tu as peur de ce que tu trouveras peut-être en toi si tu te mets à tuer.

Ferme-là.

Tu préférerais gagner des niveaux et faire partie de ce monde, mais tu n’arrives pas à croire que tout cela est réel. Tu ne peux pas faire partie de quoi que ce soit de plus grand que toi parce que cela te fait peur. Mais tu aimes les Cornes d’Hammerad. Tu leur es redevable.

Ceria.

Elle t’a enseigné la magie. Gerial est un homme d’honneur. Ils ont voyagé sur des centaines de kilomètres et payé pour te soigner. Tu les as peut-être remboursés en or, mais ta dette reste plus grande que cela. Tu les aimes.

Je ne peux pas… je ne peux pas y retourner.

Si, tu peux. Ils te pardonneront. Et si ce n’est pas le cas, ils ne sont pas ceux que tu croyais.

Je ne peux pas.

Essaie. Tu dois essayer. Si tu te donnes une chance, qui sait ce qui pourrait arriver ?

De plus, le Minotaure est plutôt très bien foutu. Et tu baves devant les types musclés, pas vrai ? Tu pourrais complètement oublier la fourrure. La taille pourrait bien poser problème mais...

Okay, c’est fini. Je monte le volume sur mon iPhone au maximum et attend que mes oreilles tintent avant de l’éteindre. Le soleil commence à se coucher, à ce stade.

Il commence à faire sombre. Et le sol gris-brun couvert de cailloux a changé sous mes pieds. À présent… la terre est devenue sombre. Cramoisie. D’un rouge tirant sur le noir. Sangria et terre brûlée par endroits ,mais principalement des teintes de rouge. Acajou, bois de rose, vermillon, lie-de-vin.

Rouge.

        Ce n’est pas normal. Comment le sang peut-il tacher le sol pendant si… si longtemps ? Mais les couleurs sombres sont partout. Ça ne peut pas être que du sang.

Si ?

Les Plaines Sanglantes. Lieu de mort où les armées se sont battues et combattent encore à ce jour. Des terres désolées et vides désignées comme champs de bataille. Cela paraît ridicule - une zone où les nations amènent leurs armées pour se battre comme des gentlemen en duel ? - mais c’est un bon endroit pour ça. C’est l’une des passerelles entre le Nord et le Sud du continent et les armées Drakéides et Humaines viennent se confronter ici lorsqu’un côté envahit l’autre.

Et apparemment, là où des milliers de personnes meurent lors d’événements tels que des pestes ou des guerres, les probabilités pour que les morts se relèvent sont plus élevées que nulle part ailleurs. Seulement, les Plaines Sanglantes n’ont pas ce genre de problème. Quelque chose… j’ai lu quelque chose qui disait que les morts ne semblaient pas se relever ou disparaître dans le coin ?

Un lieu de guerre. Un lieu de mort. J’ai atteint la lisière des Plaines Sanglantes, d’après la couleur de la terre. Je regarde à l’horizon. Le sol est plat, mais au loin une bande rouge semble occuper à la fois la terre et une partie du ciel.

Il est temps de dormir. Je monte mon camp sans faire de feu et mange et bois de manière mécanique. Je me brosse les dents. Je fais pipi.

J’essaie de dormir. Mais la nuit est froide et je suis seule. Et les voix ne cessent de parler. Hantent mes pensées et mes rêves. Murmurent.


Essaie.

***

Lorsque je m’éveille le matin du quatrième jour, je suis gelée. Il fait plus froid aujourd’hui… beaucoup, beaucoup plus froid qu’avant. La fine couverture que j’ai apportée n’est pas suffisante et le sol est dur de gel.

L’hiver. Apparemment, il ne frappe pas ce continent plus fort que ça avant d’arriver. Aucune idée de ce que ça veut dire. La météo, comme tout ici, est tordue.

Je me lève, mange, et continue ma route.

La terre devient complètement rouge. Mais en marchant je découvre la vérité derrière les couleurs de mauvais augure. La terre est rouge, oui. Mais pas de sang.

La couleur vient plutôt des plantes qui ont envahi chaque parcelle de terrain. C’est une sorte de mousse. Une espèce de plante bizarre avec des racines. Puis je finis par comprendre. Les Plaines Sanglantes n’abritent qu’un seul type de plante. Des plantes qui boivent du sang.

D’où le nom. Et le sol sombre se met à bourgeonner au fur et à mesure que je m’approche du centre. De l’herbe rouge, des rameaux étranges et des feuilles de plantes se mettent à s’élever vers le ciel. Comme des mains ou… ou des champignons bizarres.

Ça ne ressemble à rien de mon monde. S’il y a un enfer, il ressemble peut-être à cela. Je poursuis ma marche. Les plantes ne sont pas dangereuses. J’ai fait un test cutané avec l’une d’entre elles et je n’ai pas fait de réaction. Elles sont juste glauques.

Des plantes rouges. Je vois à présent ce qui était à l’horizon. L’évolution finale de ces plantes sont de hautes structures tordues qui ressemblent vaguement à des arbres. Seulement, ces plantes n’ont pas d’écorce et elles se dressent, seules, comme des sentinelles. Leurs formes étroites et mutilées s’élèvent au-dessus de moi alors que je marche à travers les Plaines de Sang.

Les plantes me dérangent. Que font-elles ? Est-ce qu’elles se contentent de boire le sang et de pousser comme des plantes normales ? Cela correspondrait à ce que je comprends de la biologie, mais cela n’a pas de sens en ce monde. C’est un lieu de malédictions et des magie de la mort. Il doit forcément y avoir un danger inhérent à ces plantes.

Mais c’est peut-être aussi le froid qui les maintient inactives. Non seulement il fait froid, mais on est en hiver. Oui. Elles sont peut-être en train d’hiberner. Sans nourriture, ni beaucoup de soleil… à quoi ressemblerait cet endroit au printemps ?

Je regarde fixement de long rameaux qui semblent se tordre dans tous les angles possibles et me demande quel genre de fleur éclorait dessus. Quels fruits sombres pousseraient ici ?

Et je suis mal à l’aise, pendant un instant. Mais j’ai fait tout ce chemin. Je suis ici.

Et maintenant, je fais quoi ?

***

Cinq heures après s’être réveillée, Ryoka était au bord du désespoir. Elle avait atteint les Plaines de Sang, mais elle n’y avait rien trouvé.

Rien. Il n’y avait pas de dragon. Pas de monstre à combattre. Pas de montagne à franchir. Les Plaines Sanglantes étaient des terres désolées. Des terres de mort.

Mais pas des terres où mourir.

Elle s’était attendue à de la terreur comme dans les Hautes Passes, à une espèce de gardien, un paysage terrible qui lui aurait demandé toute son intelligence pour survivre et le traverser. Mais ce lieu était simplement vide.

Et elle eut beau essayer, celui qu’elle cherchait, le mystérieux destinataire de l’anneau et de la lettre qu’elle portait - Az’Kerash - était introuvable.

Ryoka chercha. Elle chercha désespérément. Les Plaines Sanglantes étaient vastes. Elles faisaient plusieurs kilomètres de diamètre. Mais elle pouvait voir assez loin à travers la flore indigène et elle ne vit aucun signe de vie.

Elle courut à travers les gigantesques arborescences cramoisies, scrutant l’horizon. Mais les plaines étaient sans fin et elle était fatiguée. Elle finit par simplement s’arrêter.

Ryoka, debout au centre de la jungle rouge, se mit à rire. La mort l’entourait. Elle voyait d’innombrables morceaux d’armures brisées. Des squelettes demeuraient… des armes et des cicatrices dans la terre, vestiges de batailles terminées depuis longtemps.

Elle s’était déjà entaillé les pieds sur des fragments d’armes. Le sol avait bu son sang et les plantes paraissaient se tourner vers elle.

Désespérée, elle s’arrêta dans une zone dégagée au centre des Plaines de Sang et regarda autour d’elle. Rien. Rien du tout.

Que devait-elle faire ? Elle avait une tâche à accomplir. Mais elle n’avait aucun moyen de l’achever. Que devait-elle faire ?

Ryoka ferma les yeux. Son esprit était toujours…. toujours brisé. Toujours blessée. Toujours confus. Mais une part d’elle murmurait encore.

Alors elle écouta.

***

Ça ne sert à rien. Il n’y a rien ici. Tu as été stupide de venir.

Je… est-ce que Teriarch m’aurait menti ? Ou est-ce que Az’Kerash n’est pas ici ?

Il a dit qu’il pensait qu’il était ici. Pas qu’il y était. Et il a dit qu’il serait entouré par les morts. Eh bien, il y a beaucoup de trucs morts dans le coin. Mais personne d’autre.

Je fais quoi, maintenant ?

Ryoka s’assit et enfouit son visage entre ses mains. Rien. Elle était venue jusqu’ici, prête à se battre pour sa vie. Elle avait brûlé ses amitiés, déchiré ses pieds en lambeaux, couru ici au milieu de la douleur et des regrets. Et il n’y avait… rien...

“Ha. Haha. Ahahahaha.”

Elle se mit à rire. C’était un rire hystérique, amer. Elle ne pouvait pas s’arrêter.




Dis-moi. Qui es Ryoka ?





Personne.




Qu’est-ce qu’elle possède ? Qu’est-ce qu’elle désire ?





Elle n’a rien. Elle n’est rien.




Elle a une famille. Un père. Une mère.



Rien de plus. Elle ne les aime pas comme elle le devrait et ils ne la comprennent pas. La famille n’a jamais été unie. Les parents travaillent et passent rarement du temps avec leur enfant et l’enfant explose. Ryoka Griffin est seule.




Elle a beaucoup de talents.





C’est le problème, pas vrai ? Beaucoup de talents. Une jolie maison. Une famille riche avec un père influent. Tout ce qu’il fallait pour que je devienne pourrie gâtée. Inutile.  




Je n’ai rien construit. Rien perdu. Je n’ai rien pour quoi me battre. Pas de cause. Je ne suis pas une rebelle sans cause parce que je n’ai rien contre quoi me rebeller.





La société. Mais c’est juste une excuse. Je déteste tout et tous. Parfois. Encore une excuse.




Je suis une prisonnière. Mais pas une prisonnière enchaînée par la classe sociale ou l’argent ou aucune des choses contre lesquelles la plupart des gens luttent. Je suis victime de mon succès. Je n’ai jamais eu de choses dont j’avais vraiment besoin.



Question. De quoi Ryoka Griffin a-t-elle besoin ?

Tellement inutile. Je suis venue ici pour livrer quelque chose et il n’y a nulle part d’autre ou aller. Je ne saurais même pas où commencer. Il n’y a aucun indice. Cet endroit est complètement vide. Est-ce que je me mets simplement à courir dans une direction aléatoire et prie de trouver… quelque chose ?

Teriarch. Ce bâtard. Me donner une mission aussi inutile. Comment a-t-il osé m’ordonner de...

Il avait l’air certain que ce Az’Kerash existait, pourtant. Et il est puissant. Mais quelque chose cloche avec ce mage. Est-ce que c’est un Elfe ? Qui vit dans un endroit aussi dangereux sans défenses apparentes ? Même si elles étaient magiques, pourquoi est-ce que je ne suis pas tombée dessus.


Je suis perdue. Désemparée. Qu’est-ce que je fais à présent ?



Question. Quelle est la prochaine étape de Ryoka Griffin ?


Qu’est-ce que je veux ? Une fois que j’aurai livré l’anneau et la lettre et que je serai retournée chez Teriarch, je ferai quoi ? Est-ce que je continuerai à courir ?

Non… apprends la magie. Demande à… pas à Ceria. Quelqu’un d’autre. Apprends plus de magie sans ces Classes et ces Niveaux stupides. Apprends des sorts… un moyen d’aller plus vite ? Quelque chose pour me défendre. Gagner de l’argent. Quand j’aurai assez pour m’acheter des potions et me nourrir où que j’aille j’irai voyager.

Où ? … n’importe où.



Et ensuite je grimperai dans les plus hautes montagnes. J’irai sur la mer et je verrai de mes yeux la pleine furie d’un orage en pleine mer. Je verrai tout ce que ce monde a à offrir. Je me mesurerai à ce monde et je verrai des merveilles. C’est mon rêve. C’est ce que j’ai toujours rêvé de faire.


Être seule.



Être libre.


Être maîtresse de ma propre destinée.



Et ensuite je mourrai. Au bout d’un moment, ma chance ou mon corps s’épuisera. Si je continue à escalader les montagnes je finirai par tomber. C’est ce que chaque alpiniste sait. Si je continue de courir je finirai par m’arrêter. Mais c’est suffisant. Si je peux vivre assez, cela m’ira très bien.


Que veut Ryoka Griffin ? Réponse :
 
Un endroit pour mourir.




Ce n’est pas vrai.


Je sais. Mais il n’y a rien d’autre pour moi. Je n’ai jamais ressenti de joie qu’au moment où je cours au-delà de mes limites, où je m’arrête pour respirer au sommet du monde. Lève les yeux sur le ciel étoilé et me sens insignifiante en réalisant à quel point cet univers infini est vaste.



Il doit y avoir autre chose. Quelque chose. Ou alors tu ne cherches qu’un moyen de te tuer.



Que veut Ryoka Griffin ? Addendum :
 
Quelque chose, une cause pour laquelle mourir. Quelque chose qui vaille la peine de mourir.


J’aurais travaillé pour la charité dans mon monde après avoir quitté l’université. Ou… une soldate. Une mercenaire, peut-être. Une justicière ? Une pompière. Rien qui ne soit sans danger. Rien de routinier. J’aurais toujours tenté de repousser les limites. De trouver quelque chose qui vaille la peine de tout donner.




Je les ai blessés. Je les ai fait souffrir. Et ils étaient bons. Si...


Trop tard. Je suis brisée. Un morceau de verre ébréché qui coupe tout ce qui me touche.



J’aimerais qu’il y ait un autre moyen. J’imagine que je vais continuer de chercher jusqu’à ce que je n’aie plus rien à manger. Qu’est-ce que j’ai d’autre ? Qu’est-ce que je pourrais faire d’autre ?


Qu’est-ce qu’il manque à Ryoka Griffin ? Réponse :
 
Un ami.




Mes pensées… se mettent en pause. Je m’arrête. Pendant un instant, je me tourne et regarde le chemin qui m’a amenée ici.

Oui.

Non. C’est stupide.

Mais.

Mais c’est tout ce que je veux. Et maintenant que je l’entends, la vérité de ces mots résonne dans mon esprit. Oui. Depuis que j’étais petite, peut-être…

J’ai toujours eu peur. Et quand j’ai tendu la main, on m’a blessée.



Mais c’est ce que je veux.


Et soudain, je suis pleine de regrets. Vraiment, douloureusement. Ils viennent et me mordent après que je les aie repoussés pendant si longtemps et la douleur poignarde mon cœur pour la première fois. De la véritable culpabilité. De vrais regrets.

Je n’aurais pas dû m’enfuir. J’aurais dû courir après Ceria. Mais je me suis contentée de faire ce que Ryoka Griffin fait le mieux : m’enfuir.

Un ami. Quelque chose que je n’ai jamais eu. Jamais vraiment. Jamais… jamais quelqu’un en qui j'avais vraiment confiance. Et les Cornes d’Hammerad - Garia - étaient la chose la plus proche que j’aie jamais eu d’amis. Mais quand j’ai failli commencer à ouvrir mon cœur je leur ai claqué la porte sur les doigts.

Je regrette.

Lentement, je m'agenouille dans la douce herbe rouge. Elle est douce. Comme la mort. Maladroitement, je joins mes mains. Cela fait si longtemps. J’ai oublié comment on fait.

Mais je commence. Je joins mes mains et je prie.

Oh Dieu. Dieux et déesses. Esprits et bodhisattvas, et déités mortes depuis longtemps en ce monde. N’importe qui qui m’écoute, en fait.

Je vous en prie…

Ne me laissez pas mourir seule.

Ne me laissez pas mourir…

Sans avoir eu un seul ami.

***
 


Au bout d’un moment, je me relève. Je n’avais jamais prié avant. Ce n’est pas quelque chose que je fais. S’il y a un Dieu, le devoir des humains est sans doute de se rebeller contre lui. C’est ce qu’écrit Philip Pullman dans sa trilogie Les Royaumes du Nord. Des mots qui ont résonné dans mon âme lorsque je les ai entendus.

Mais cette fois-ci, ma supplique vient du cœur. Je veux un ami. Je ne veux pas mourir seule. Et si possible…

Je voudrais m’excuser.

Je dois y retourner.

Je regarde le chemin qui m’a amenée ici. La route est longue. J’ai mis quatre jours à venir ici. Et je n’ai presque plus d’eau ni de nourriture. Mais je peux le faire. Le temps n’est pas un obstacle. Ma livraison devra attendre.

Je dois rectifier les choses.

Je fais deux pas pour m’éloigner du sol rouge et m’arrête. Mes pieds ont cessé de bouger. J’essaie de bouger, et soudain, j’en suis incapable. Je suis enracinée sur place.

Je veux rentrer. Mais une autre part de moi veut continuer de chercher. Je dois finir ma livraison. Je l’ai promis.

Sauf que c’est faux. C’est ce que l’on m’a dit. Et soudain… je comprends.

Teriarch. Quand il m’a rencontrée pour la première fois, il a contrôlé chacun de mes gestes. Et, oui, il m’a ordonné de livrer son message. Et j’ai obéi à ses ordres très religieusement depuis que je l’ai vu, pas vrai ? Et c’est bizarre, parce que Ryoka Griffin est d’une obstination notoire. Elle n’aime pas qu’on lui donne des ordres.

Mais j’ai tracé ma route droit sur les Plaines Sanglantes aussi vite que je le pouvais. À cause de Teriarch.

Depuis que je l’ai rencontré, je n’ai fait qu’aller tout droit. Vers les Plaines Sanglantes. Vers mon objectif, ce Az’Kerash ou qu’importe son véritable nom.

En clair, j’ai simplement suivi la tâche que Teriarch m’avait assignée.

“De la magie.”

Je suis sous l’emprise d’un sortilège.

J’essaie de bouger mes pieds. Ils refusent de se déplacer d’un millimètre. Le sort n’a aucun mal à me paralyser. Et… est-ce que c’est quelque chose qui trafique avec mon esprit ? Qui m’empêche de vouloir retourner sur mes pas ?

Peut-être. Mais j’ai compris mes erreurs. Je dois y retourner. Et aucune magie ne pourra m’arrêter.

Plus facile à dire qu’à faire. J’essaie de lever mon pied. C’est étonnamment facile. Mais l’avancer pour faire un pas ?

Impossible.

Je lutte. Pendant une heure, j’essaie de bouger mon pied. Une heure. C’est une éternité. J’essaie de reculer, et c’est possible. Je peux courir. Mais dès l’instant où je tente de bouger dans l’intention de retourner d’où je viens…

L’immobilité. Je suis paralysée. Je ne peux pas résister.

Mais je trouverai un moyen.

C’est comme essayer de remonter un rocher en haut d’une montagne avec des allumettes pour bras. Impossible. C’est de la magie. Comment pourrait-on y résister ? Mais je trouverai un moyen.

Je dois revenir. Je serre les dents et pousse. Mon pied se lève…

Et je fais un pas.

Instantanément, ma peau se met à brûler. Je crie, à l’agonie, et baisse les yeux. Quelque chose… il y a des runes brillantes, des symboles magiques comme ceux que Ceria a écrits tatoués sur mes bras ! Est-ce que c’est lui qui les a écrits ? Cela fait partie d’un sortilège. Ils brûlent, carbonisant ma chair.

La douleur est incroyable. Chaque partie de moi me hurle de reculer mon pied. Pendant un instant, je manque céder à la tentation, puis quelque chose en moi se rebelle.

Teriarch est peut-être un mage légendaire. Il est peut-être le putain d’ensorceleur le plus puissant du monde. Mais il a commis une erreur.

Il a choisi le mauvais sort. La mauvaise personne sur qui le jeter. Peut-être que le geis sera ma mort. Peut-être que je vais mourir. Mais ce n’est pas grave.

Je préfère mourir libre.

La magie me brûle. Est-ce que je hurle ? Je crois…

Je pousse contre un mur dans ma tête. Sauf qu’il n’y a pas de mur. Comment peut-on combattre nos propres pensées ? Il n’y a pas de mur. Il n’y a rien contre quoi se battre et c’est pour cela que c’est si dur. Mais je suis douée pour me déchaîner contre du vent. Et je refuse de rester. Mes pieds bougent.

Vers le nord. Je reviens là où je devrais être. Mais le feu me brûle. C’est une véritable torture. Une douleur brûlante. Un désir. je dois le chercher. Délivrer le message. J’ai un devoir.

Mais c’est faux. Je n’ai jamais donné mon accord. J’ai une volonté propre. Mon choix.

Ma destinée.

L’air me paraît chaud. Les symboles sur mes bras sont incandescents et brûlent mes chairs. Je suis dressée au bord d’une falaise. Si je continue à avancer je mourrai.

Mais je serai libre.

Donc je fais un autre pas. La douleur cesse. Quelque chose se brise en moi. Je…

Hors ligne Maroti

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  • Traducteur de The Wanderin Inn par Piratebea
Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
« Réponse #62 le: 13 juin 2020 à 18:08:13 »
1.41
Traduit par Maroti

« Le Feu ! Éteint-moi le feu ! »

De tous les moyens de se réveiller, entendre ce genre de phrase était toujours mieux que de se réveiller avec un couteau dans le torse. Mais les Cornes d’Hammerad étaient quand même hors de leurs lits et en train de se précipiter vers le rez-de-chaussée quelques secondes après l’avoir entendue.

Un nuage de fumée noire s’échappait de la cuisine alors qu’Erin s’en extirpa, agitant les mains et toussant. Toren la suivie, tenant une poêle enflammée et fumante. Il se précipita dehors et les Cornes d’Hammerad le virent jeter la poêle au sol et commencer à piétiner ce qui avait été à l’intérieur.

La fumée commença à légèrement se dissiper, mais elle continuait de piquer les yeux. L’odeur de la graisse brûlée et du charbon continuait d’alourdir l’air, la rendant déplaisante.

Erin leva les yeux vers les aventuriers qui avaient regardé la scène depuis les escaliers. Elle sourit faiblement avant de leur faire signe de la main.

« Oh. Salut… Hum. Quelqu’un veut des pancakes ? »

***

A sa grande surprise, les Cornes d’Hammerad savaient ce qu’était des pancakes. Apparemment, les pancakes n’étaient pas un produit du monde moderne et elle servit plusieurs assiettes à ses clients avant qu’ils soient tous rassasiés.

Les pancakes étaient marrants. Les pancakes étaient faciles à faire. Erin pouvait laisser Toren battre la pâte alors qu’elle les cuisait avec une poêle au-dessus du feu. Elle utilisait une spatule et huilait sa poêle jusqu’à ce que les pancakes arrêtent de coller. Elle essayait de les retourner en les faisant sauter, mais elle s’arrêta rapidement car les pancakes n’arrêtaient pas d’atterrir sur Toren et sur le feu.

Elle les rejoignit pour la dernière partie du repas une fois qu’elle avait atteint une masse critique de pancake. Erin mâcha son petit-déjeuner alors que les aventuriers continuèrent de se réveiller en mangeant.

« Qu’est-ce qu’était toute cette histoire ? »

Erin regarda le mage chauve et essayant de se souvenir de son nom. Soulstorm ? Quelque chose du genre.

« Oh, hey, j’essayais de lui apprendre à cuisiner. »

Erin pointa Toren du doigt alors que le squelette marcha dans la pièce avec un pichet de lait. Elle le laissa remplir son verre alors que les autres aventuriers la dévisagèrent.

« Quoi ? Je pensais que ça allait être facile ? Info intéressante : c’est pas facile. »

« Un squelette… Aux fourneaux ? »

« Eh bien, il est déjà en train de faire les autres corvées. S’il peut faire des trucs comme faire des œufs, touiller la soupe et retourner les pancakes ça faciliterait ma vie. Mais, heu, les squelettes ne voient pas vraiment la différence entre ‘cuire’ et ‘cramer’. »

Gerial échangea un regard avec la mage et secoua la tête. Mais Ceria semblait intrigué.

« Ce n’est pas une mauvaise idée. Mais je ne suis pas certaine que c’était ce que Pisces avait en tête quand il t’a donné un squelette pour te protéger, mais je suppose que c’était tout ce que ta réserve de mana peut supporter. »

Erin se figea, sa fourchette empalant un pancake.

« Ma quoi ? Je n’ai pas de magie. Je veux dire, je ne peux pas utiliser de magie. »

Ceria fronça les sourcils en regardant Erin.

« Vraiment ? Qui t’as dit cela ? »

« Pisces. »

« Ah. Mais je ne parlais pas de ta capacité à lancer des sorts. Je parlais de ta réserve interne de mana. »

Ceria regarda autour d’elle pour voir l’incompréhension marquée sur les visages de ses compagnons, à l’exception des deux autres mages.

« Oh, voyons. Vous savez tous que vous avez de la magie en votre sein, pas vrai ? »

Gerial baissa les yeux vers son estomac, perplexe.

« Vraiment ? »

« Bien sûr. La magie fait partie de nous. C’est dans l’air que nous respirons, la nourriture que nous mangeons… Nous avons tous notre réserve de mana, même si elle est infime. Mon espèce possède un fort potentiel de magie interne que nous générant simplement en existant, donc nous sommes de bon mages. Les humains d’un autre côté… »

Elle haussa les épaules et mangea un autre bout de pancake. Elle mâcha et continua de parler.

« Pas autant. Mais des exceptions existent et ils deviennent de bons mages. Mais même si tu ne peux pas lancer de sorts, tu as du mana en toi. Assez pour soutenir des sorts basiques et nourrir une créature invoquée avec assez de magie pour qu’elle survive si elle ne peut pas le faire d’elle-même. »

« Donc j’ai de la magie ? En moi ? Est-ce que cela veut dire que si Toren n’était pas là je serais capable de lancer des sorts ? »




Ceria s’arrêta et secoua la tête avec sympathie.

« Je suis désolé. Mais si Pisces t’a testé, cela est peu probable. Peut-être qu’il y aurait une plus grande chance mais… »

« Oh. »

Erin se prononça doucement. Elle continua de manger silencieusement alors que les autres aventuriers parlèrent.

« J’aimerais aller en ville et prendre notre partie de l’équipement. Nous avons aussi besoin de visiter la Guilde des Aventuriers pour nous assurer que nous avons l’autorisation d’explorer les ruines. Mais, ah, nous n’allons pas pouvoir le faire si cette aventurière est toujours dans le coin. »

Calruz fronça les sourcils en mangeant deux pancakes d’une seule bouchée.

« Scruta l’Omnisciente. Cela serait inconvénient si elle commence à nous gêner. Je vous accompagnerai. »

Erin cligna des yeux et leva le regard vers les aventuriers.

« Scruta ? Oh, elle est partie. »

Les autres Cornes d’Hammerad la regardèrent.

« Tu en es certaine ? »

« Ouais. Elle m’a dit qu’elle s’en allait autre part pour chercher quelque chose. »

Erin était consciente que les autres aventuriers étaient en train d’échanger un regard autour de la table, mais elle ne comprenait pas ce que cela voulait dire. C’était un regard qui disait que c’était important sans laisser fuiter le moindre détail. Cela pouvait être un regard qui signifiait que le monde était en train de changer et que ceux présent était au précipice d’une nouvelle ère. Ou cela pouvait aussi être le regard admettant subtilement que quelqu’un de malchanceux avait marché dans une crotte de chien et ne s’en était pas rendu compte. C’était difficile à dire.

« Bien, cela simplifie les choses. Du moins pour l’instant. »

Gerial secoua la tête et se leva de la table.

« Nous allons voir s’il reste quelque chose à faire en ville. Calruz, tu veux toujours nous accompagner ? »

Le Minotaure laissa échapper un long souffle de ses naseaux.

« Il n’y a pas besoin de perdre plus de temps avec des discussions inutiles et du cirage d’arme. Nous nous battons demain. Dites aux autres que je serais prêt une fois le temps venu. »

Les aventuriers hochèrent la tête et commencèrent à sortir de l’auberge. Erin regarda la vaisselle sale et pointa silencieusement Toren du doigt, puis vers la table. Le squelette s’approcha de manière obéissante et commença à les rassembler.

Calruz était toujours en train de manger, mais Erin pouvait entendre les aventuriers débattre sur comment passer leur dernière journée. Certains étaient pour acheter des souvenirs pour leurs familles, d’autre voulait voir quel type de divertissements étaient disponibles en ville. Erin entendit clairement Gerial s’adresser amicalement aux autres aventuriers en fermant la porte derrière lui.

« C’est étrange. Est-ce que ce gros caillou était ici hier? »

Erin se leva de son siège.

« Attendez ! »

Elle ouvrit la porte et surprit les aventuriers alors qu’ils descendaient la colline. Erin agita désespérément ses bras et cria de manière incohérence vers eux.

« Stop ! Attendez ! N’allons pas plus loin. »

Ils se retournèrent et la regardèrent. Erin pointa d’un doigt tremblant le grand, visiblement peu visible rocher bloquant leur chemin vers la ville.

« Ne bougez pas ! Si le rocher bouge, taper le avec quelque chose ou envoyé un sort ! »

« Taper le rocher ? »

Perplexe, Gerial et les autres aventuriers regardèrent le Crabroche camouflé. Ceria, de son côté, plissa les yeux et fit quelque pas en arrière.

Erin courut vers son auberge et en ressortir en tenant un panier de noyau. Calruz la suivit et regarda le gigantesque rocher.

« De quoi est-ce que tu t’inquiètes ? »

Erin s’empara de l’un des noyaux et la tint avec précaution dans sa main. Elle pointa le rocher du doigt et regarda Calruz.

« Il y a un monstre là-dessous. »

Il plissa les yeux.

« Je ne le vois pas. Est-ce qu’il se cache dans le sol ? »

« Non ! »

Erin pointa de nouveau du doigt.

« Tu vois ça ? Ce truc ? »

Calruz regarda et fronça les sourcils.

« C’est un caillou. Et alors ? »

Ceria toussa.

« En fait, ce n’est pas un caillou, Calruz. C’est un monstre, se cachant sous le caillou. Ce que tu vois est sa coquille. »

Les autres aventuriers réagirent à cette nouvelle. Plusieurs d’entre eux jurèrent alors que ceux qui étaient armés reculèrent en s’emparant du pommeau de leurs armes.

« Tu en es certaine ? »

Ceria hocha la tête.

« Je ne l’avais pas remarqué au premier regard, mais il y a véritablement quelque chose d’étrange à propos de ce rocher. Il n’est pas… à sa place. Tu vois comment l’herbe est aplati tout autour ? Et qu’il ne s’est pas enfoncé dans la terre comme il aurait dut le faire ? »

Gerial fronça les sourcils alors qu’il dégaina à moitié son épée.

« Je te crois, mais mon [Instinct de Survie] ne s’est pas déclenché. »

« Tout ne déclenche pas ton [Instinct de Survie]. Et si c’était une embuscade il se déclencherait au moment où tu serais tout proche de la créature et tu serais déjà mort. »

Il souffla dans sa moustache.

« Bon point. Alors, comment est-ce qu’on s’en charge ? Sort de gel puis nous le chargeons ? »

Calruz hocha la tête avant de tendre la main vers sa hache.

« Je briserai sa carapace. »

« Pas besoin. »

Le visage de Calruz afficha son incrédibilité.

« Impossible. »

« Alors admire. »

Erin visa et lança. Le premier noyau s’écrasa sans conséquence sur la carapace du Crabroche. Le second et le troisième firent de même alors que les graines et le liquide bleu-noir commencèrent à couler le long du rocher.

Les aventuriers commencèrent à s’agiter quand le Crabroche bondit soudainement sur ses pattes. Ils mirent immédiatement la main sur leurs armes, mais le crabe géant commença à s’éloigner alors qu’Erin continua de le pelleter de noyaux. Grace à sa Compétence, chaque lancer fut juste jusqu’à ce que le Crabroche passe la crête d’une colline et disparaisse.

Erin se tourna, souriante, et vit que les Cornes d’Hammerad la regardaient bouche bée.

« Comment est-ce que tu as fait ça ? »

Elle leur montra les noyaux et expliqua les étranges arbres du verger qu’elle avait trouvé. Ceria fronça les sourcils en regardant les noyaux.

« Je pense que je sais de quoi tu parles. Est-ce que je peux, ah, voir l’un de ses noyaux ? »

« Tiens. »

Erin jeta un noyau à Ceria de manière désinvolte. La Demi-elfe cria, attrapa désespérément le noyau avant de le tenir avec précaution de ses deux mains comme si c’était une grenade.

« Stérée hirsute ! Ne fais pas ça ! »

« Pourquoi ? »

Les mains de Ceria tremblaient alors qu’elle tint le noyau dans ses mains avec extrême précaution.

« C’est bien ce que je pensais. Des fruits bleus, des noyaux creux, c’est un noyau du fruit de l’Amentus. C’est extrêmement toxique. Tu ne le sais pas ? »
« Hum. Non. »

En réalité, Erin se souvenait que Pisces avait mentionné quelque chose de la sorte.

« C’est toxique. Très dangereux. Tu as surement réalisé qu’en manger était mauvais ? »

« Ils sentent tellement mauvais que je n’ai jamais essayé. »

« Tiens. »

Ceria rendit précipitamment le noyau à Erin et la regarda le remettre dans le panier.

« Il n’y a pas de danger si tu ne les brise pas, mais ne laisse pas le moindre liquide couler sur ta peau. »

« Pourquoi ? »

« Tu pourrais tomber malade. Mais pas au point d’en mourir, mais il est possible que même toucher le liquide puisse légèrement t’empoisonner. »

Erin repensa à la fois ou elle avait commencé à vomir sans comprendre pourquoi.

« Oh.»

« Encore une fois, tu ne vas pas en mourir. Mais si tu ingères assez de liquide et de graines tu mourras dans la journée. »

« Ooh. Cela explique pourquoi je suis tombé malade la dernière fois. J’ai accidentellement écrasé un noyau en faisant le jus bleu. »

Ceria écarquilla les yeux.

« C’est ce que nous buvons ? Est-ce que tu es folle ? »

« Ce n’est que la partie extérieure ! »

Erin se dépêcha de rassurer Ceria. La Demi-elfe semblait pale, mais après quelques instants elle accepta qu’Erin ne les avait probablement pas empoisonné.

Gerial fronça les sourcils en regardant les noyaux dans le panier d’Erin, confus.

« Cela explique pourquoi le crabe à prix la fuite. Mais pourquoi est-ce qu’il a peur d’un peu de poison ? Il est plus gros que nous. »

« Il ne doit pas avoir une grande résistance au poison. C’est ça ou son corps est incapable de réduire l’effet des toxines comme nous corps. Ces créatures doivent peut-être porté la maladie pour le reste de leurs jours si elles ne sont pas prudentes. »

Gerial et les autres aventuriers murmurèrent alors qu’Erin tendit le panier à Toren pour le ranger dans l’auberge. Plus loin de la cuisine, cette fois.

« Bien, tu nous as sauvé d’une méchante rencontre. Cette chose était énorme et je n’aimerais pas gâcher plus de potion de soins avant d’aller dans les ruines. »

« Mm. »

Calruz croisa les bras et regarda l’endroit où le Crabroche s’était trouvé. Il ne semblait pas très impressionné.

« Alors partez. Je vais rester ici. »

Ceria et les autres le regardèrent avec curiosité.


« Pour faire quoi ? Dormir ? »

« Non. Enseigner. »

***

« Il n’y a que Calruz pour avoir l’idée d’apprendre à se battre à une aubergiste. »

Gerial secoua la tête alors que lui et Ceria avancèrent dans la foule de la Guilde des Aventuriers de Liscor. Le bâtiment était bien plus petit que ce dont à quoi ils étaient habitué et noir de monde. D’innombrables aventuriers Bronzes étaient en train d’essayer d’empocher les primes sur les monstres qu’ils avaient chassés ou de prendre l’une des requêtes postées sur le panneau.

« Là-bas. »

Ceria pointa du doigt la plus courte des queues et les deux s’y rendirent. Ils continuèrent de parler alors qu’une réceptionniste Drakéide aux traits tirés était harcelée par les aventuriers qui se trouvaient devant elle.

« Je veux dire, pourquoi est-ce qu’elle a besoin de s’entraîner ? Tu as vu comment elle s’est occupée de ce truc-crabe. »

« Ce n’est pas la même chose que savoir se battre. De plus, ces noyaux ne feront pas grand-chose devant un groupe de bandit ou même quelques Gobelins. »

Ceria dut lever la voix pour s’exprimer au-dessus du brouhaha de la pièce. La réceptionniste devant eux avait une forte voix et l’utilisait délibérément pour s’occuper de la ligne d’aventurier devant eux.

« Écoutez, je m’en fiche de savoir comment ils font dans les cités Humaine. Nous ne donnons pas de récompense pour avoir tabassé des voyous. Comment êtes-vous certains qu’ils étaient coupables ? La prochaine fois, laissez la Garde s’en occuper. Suivant ! »

« Quand même. Est-ce que tu penses qu’il va lui apprendre à utiliser une arme ? En un jour ? »

« C’est Calruz. Il s’attend probablement à ce qu’Erin soit comme un enfant Minotaure. Ils grandissent en sachant utiliser des lames. »

« Des Gobelins maléfiques ? Vous dévalisant ? Et qu’est-ce que nous sommes sensé faire ? Allez poster une prime si vous êtes si énervé. Mais ce sont des Gobelins. Prenez une épée et allez-vous en charger vous-même ! »

« J’espère qu’il ne va pas être trop dur avec elle. Je n’aimerai pas qu’il ne la blesse par accident. »

« Vous les Humains. Toujours à vous inquiéter. Elle a survécu jusque-là. Calruz ne l’aura pas tué lorsque nous allons revenir. Probablement. »

« Non, il n’y a plus de requêtes disponible. Désolé. Suivant ! Vous deux, l’Humain et heu, l’Humaine aux oreilles pointues ! »

Gerial et Ceria levèrent la tête. Selys leur fit signe et ils s’approchèrent.

« Qu’est-ce que je peux faire pour vous ? Si c’est à propos d’un endroit où dormir ou de l’équipement, ce n’est pas la peine. La Guilde est à court de tout. »

« Non, ah, ce n’est pas cela Mademoiselle. »

Gerial racla sa gorge et sourit à Selys. La Drakéide ne lui rendit pas son sourire.

« Nous faisons partie des Cornes d’Hammerad. Nous, et quatre autres compagnies, avons déposé une requête il y a quelques jours pour entrer dans les ruines dans le cadre d’une expédition. Nous nous demandions si nous avions la permission… »

« Oh, vous êtes eux »

Les yeux de Selys s’écarquillèrent alors qu’elle regarda Gerial et Ceria.

« Vous êtes la première compagnie de rang Argent que nous avons eu en ville depuis un certain temps. Je m’attendais à ce que vous soyez plus grand. Et n’aviez-vous pas un Minotaure dans votre groupe. S’il vous plait ne le laissez pas causé des dégâts. »

Elle continua de parler avant qu’un des aventuriers puisse répondre.

« Dans tous les cas, la Guilde à approuvé votre requête et vous n’avez pas à vous inquiéter. Vous pouvez y aller. »

Ceria et Gerial échangèrent un regard curieux, Gerial éclairci de nouveau sa gorge.

« Hum. N’avons-nous pas besoin de seaux ? Ou d’une lettre prouvant que nous pouvons entrer ? »

Cette fois ce fut au tour de Selys d’apparaître confuse.

« Pourquoi auriez-vous besoin de quelque chose du genre ? Vous êtes des aventuriers, pas vrai ? Alors allez simplement dehors et tuer des monstres en essayant de ne pas vous tuer. »

« Oh, c’est juste que… »

« C’est juste que les cités Humaines avec une Guildes sont bien plus régulées. »

Ceria se pencha sur le comptoir et sourit à Selys.

« Nous ne voulons simplement pas causer de problèmes, vu que nous sommes des étrangers et tout ce qui va avec. »

Selys sourit à Ceria, ses yeux se détournèrent un court instant vers ses oreilles pointues.

« Bien, j’apprécie cela. La plupart de vos Humains... Heu, les Humains que nous avons n’obéissent pas à nos lois. Si vous pouviez nettoyer ces Ruines pour qu’ils s’en aillent je pense que la ville organisera une célébration en votre honneur. »

« Je suis impatiente d’y être. Nous nous y rendons demain. Donc pour être bien clair, nous n’avons rien à faire ? »

Selys agita une main.

« Vous êtes bons. Entrer dès que vous voulez, ne ramenez pas de problèmes avec vous, c’est tout. La Garde est déjà assez occupée. »

Elle se tourna pour appeler le prochain aventurier quand un autre Drakéide s’avança et mit la main sur l’épaule de Selys. Il lui murmura quelque chose à l’oreille et Selys appela Gerial et Ceria alors qu’ils étaient sur le point de partir.

« Attendez ! Vous deux ! »

Ils se retournèrent et Selys leur fit un autre sourire.

« Désolé, mais vous venez du nord, n’est-ce pas ? Il y a un messager Humain dans la ville qui continue de déranger les gens. »

« Oh ? »

Intrigués, Gerial et Ceria retournèrent au comptoir. Les rumeurs et le papotage étaient le gagne-pain des aventuriers, et ils étaient toujours curieux de plus en apprendre sur la politique même dans les villes comme Liscor.

« Apparemment il est le représentant d’une sorte de fleur. Non… Oh ! Je vois. Une Lady Magnolia. Cela a plus de sens. »

« Lady Magnolia ? »

« Oui, quelque chose du genre. Il veut parler à quelqu’un d’important. Enfin, nous avons un Conseil mais ils ne vont pas écouter le moindre noble Humain qui appelle. Mais il est persistant et il ne veut pas partir. Est-ce que cette Magnolia est importante ? »

« Très importante ! Elle fait partie d’une des Cinq Familles ! »

« Les quoi ? »

« Vous n’avez pas entendu parler d’eux ? »

Selys roula les yeux alors que sa queue tressaillit d’agacement.

« Si je l’avais je ne serais pas en train de demander. »

« Les familles Reinharts, Veltras, Terland, Wellfar et El furent les premiers humains à arriver sur ce continent. Ils étaient l’aristocratie proche des rois du continent de Terandria. Ils sont toujours très riches et influant à ce jour. »

La Drakéide fronça les sourcils.

« El ? C’est quoi ce nom ? Vous les Humains vous avez d’étranges noms. »

Elle secoua la tête et continua.

« D’accord, je suppose que cela veut dire qu’elle est importante ? Est-ce que vous voulez dire qu’elle est la maire d’un village ? »

« Elle est au-dessus du dirigeant d’une ville. Les Reinharts ont tellement de connection que s’ils déclarent la guerre, la moitié d’une douzaine de ville marcherons sous ses ordres. »

La queue de Selys arrêta de bouger. La réceptionniste à côté d’elle fit tressaillir sa langue hors de sa bouche.

« Hum. Vraiment ? »

Ceria et Gerial hochèrent sérieusement la tête, tout comme tous les autres humains à porter de voix.

« Les quatre autres familles ont des scions à différents degrés de pouvoirs, mais en ce qui concerne les Reinharts, Lady Magnolia dirige la totalité de sa maison. Elle est riche, puissante, et probablement l’une des personnes les plus importante du continent.

« Er. Vous voulez dire du nord, pas vrai ? »

« Du continent »

Selys échangea un regard avec l’autre Drakéide, dont les vives écailles oranges et vertes avait légèrement ternies.

« Hum. Alors… merci. Nous allons… Nous allons faire quelque chose à ce sujet. »

L’autre réceptionniste était presque en train de sprinter quand elle quitta le bâtiment. Selys la regarda partir avant de secouer la tête. Elle regarda la pièce remplie par une majorité d’humain et soupira avant de hausser la voix.

« Suivant ! »

***

Erin fit un poing avec ses mains. Elle le leva et se prépara à frapper avant d’hésiter.

« Tu ne vas pas bloquer ? »

Calruz secoua la tête.

« Frappe-moi de toutes tes forces. Je souhaite le ressentir. »

Erin hocha la tête. Elle leva son poing et hésita de nouveau.

« Tu es certain que je peux te frapper ? »

Calruz laissa échapper brusque souffle par ses naseaux et la regarda avec impatience.

« Si tu peux me blesser je déposerai ma hache et arrêterais de vivre en tant que guerrier dans l’instant. »

« Alors d’accord. Mais c’est toi qui l’as demandé ! »

Erin ferma sa main. Elle respira plusieurs fois, essayant de se motiver. D’une manière ou d’une autre, et même si Calruz ne faisait que se tenir dans l’herbe à l’extérieur de son auberge, il semblait gigantesque… Enfin, encore plus grand que ce qu’il était.

Presque cent quarante kilo et plus de deux mètres dix de solide Minotaure était en train de toiser Erin. Elle prit une grande inspiration et attaqua.

« Hiyah ! »

Erin essaya de frapper fort et rapidement. Son poing se cogna contre l’estomac de Calruz et elle cria.

« Aie ! »

Ses abdominaux étaient durs comme de la pierre.

« Essaye encore. »

C’est ce qu’Erin fit. Son poing rebondit sur l’estomac de Calruz.

« Aie ! Pourquoi est-ce que j’ai l’impression que je me fais plus mal à moi qu’à toi ? »

« Ta posture est terrible. »

« Merci. »

« Ce n’est pas un compliment. »

Calruz soupira.

« Tu ne sais même pas donner un vrai coup de poing ? »

Erin le regarda.

« Est-ce qu’il y a un moyen de donner un bon coup de poing ? Il faut juste serrer sa main et… »

Elle donna un coup-de-poing dans l’air et vit l’expression de Calruz.

« Bah moi je ne sais pas ! Je ne me suis jamais battu avant de venir ici ! »

Cette fois, ce fut au tour de Calruz d’observer Erin.

« Jamais ? »

« Jamais. »

« Qu’en est-il de ta créature ? Surement il sait se battre. »

Calruz pointa Toren du doigt, qui était silencieusement en train de le regarder enseigner à Erin. Le squelette fit un poing qui semblait adéquat à Erin, mais Calruz jeta un regard et secoua la tête.

« Le fait que ni toi, ni ton… animal de compagnie sachent se défendre est fort dommage. Personne ne t’a appris à te battre ? »

Le Minotaure semblait être à la fois surpris et mécontent. Il secoua sa tête.

« Je vois que j’ai bien des choses à t’apprendre. En commençant sur comment frapper. »

« Et ta compétence alors ? Cette attaque de [Coup de Marteau] était incroyable ! Comment est-ce que tu peux m’apprendre un truc comme ça ? »

« Quelqu’un qui ne sait même pas mettre un vrai coup de poing n’apprendra jamais une compétence. »

Cela avait du sens, mais Erin avait encore des questions. Elle n’avait pas vraiment eu le temps de les poser à Calruz hier, occupée à préparer le dîner.

« D’accord, ta compétence est super avancée. Mais comment tu le fais ? Je veux dire, est-ce que c’est de la magie. »

Calruz laissa échapper un brusque souffle par ses naseaux.

« Je ne suis pas un mage. C’était une Compétence. Cela me permet de transcender le plus fort de mes coups et de le transformer en quelque chose de plus fort encore. »

« Ouais… Je ne comprends toujours pas. »

Erin pointa la hache de Calruz du doigt.

« Si tu donnes un coup de ça le plus fort possible, comment est-ce que tu peux frapper plus fort que le plus fort de tes coups ? » Hum ? Ce que je voulais dire… »

« C’est l’acte de dépasser ses limites. »

Calruz attrapa le manche de la hache sur son dos. Toren avait à peine réussi à la sortir du sol, mais le Minotaure la faisait fendre l’air autour de lui sans aucun problème.

« Il y a un art dans cela. Mon espèce pratique peu de magie. Nous ne sommes pas assez ‘talentueux’ pour étudier les sorts comme les autres races le font. »

Il fit un bruit dédaigneux.

« Mais nous ne sommes pas faibles. Nous comprenons la guerre et le combat. Et ceci… Nous comprenons le rythme d’un combat. Pour apprendre et utiliser une compétence de la sorte, tu dois oublier tes fragilités et frapper avec ton cœur. »

« C’est très profond. Un peu comme un art martial. »

« Est-ce que c’est un type de combat que les Humains pratiquent ? »

« Ouais. C’est un peu comme… Hum… Un moyen de se battre avec ses mains ? Tu donnes des coups de pied et des coups-de-poing d’une certaine manière. »

Erin essaya de démontrer un chop de karaté. Calruz semblait intéressé, même s’il grimaça en la regardant.

« Je connais une Humaine qui se bat avec ses poings. Elle est… Douée. Mais sauvage. Et elle ne comprend pas. Elle se bat avec astuce et grâce, mais elle se bat dans ses limites. Elle ne pense pas qu’elle puisse aller plus loin. Donc… Elle n’ira jamais plus loin. »

Il regarda au loin.

« Elle manque de vision. Je lui ferai comprendre cela. »

Cela ne faisait pas de sens à Erin, mais c’était bien de voir que Calruz avait le béguin pour quelqu’un. Elle espéra que cette personne appréciait les grands… Homme taureau. Étrangement, elle avait des doutes sur son futur romantique, mais elle continua sans poser de question.

« Donc qu’est-ce qu’il y a derrière une compétence ? De l’envie ? »

« Pas que de l’envie. C’est le raffinement d’un même coup en un moment de perfection. Mais c’est quelque chose qui t’ai hors de portée pour l’instant. Maintenant, je vais t’apprendre à donner un coup-de-poing. »

Il leva une massive main, deux fois plus grand que la sienne, vers elle.

« Frappe ma paume. Je te monterai comment bien frapper. »

Erin fit un poing et Calruz secoua immédiatement la tête.

« Pas comme ça. Tu te briseras les doigts si tu frappes de manière inégale. »

Il leva son autre main et fit un poing. Cela ressemblait à une brique poilue et Erin se demanda ce qui lui arriverait s’il la frappait avec ça.

« Comme cela. Frappe avec tes jointures ici et ici. Et garde ton pouce en dehors de ton poing. »

Calruz pointa l’index et l’annuaire d’Erin, lui montrant avec son propre poing. Elle le copia, bougeant de manière maladroite ses doigts à la bonne place.

« Et puis tu frappes, un pas en avant et en bougeant tes hanches de cette manière. »

Il déplaça ses hanches alors qu’il lança un jab aussi rapide que l’éclair. Erin cligna des yeux. Elle sentit le souffle de son coup.

« D’accord, laisse-moi essayer. Comme… Ça? »

Elle frappa sa main. Cela semblait mieux, d’une certaine manière. Elle mit plus de poids dans son coup et Calruz hocha la tête en grognant.

« Encore. »

Erin frappa encore et encore, changeant de main selon ses instructions. Il hocha la tête après quelques essais.

« Bien. C’est la bonne technique. Maintenant… Coup de pied ! »

Il montra a Erin comment donner un coup de pied vers ses hanches et la laissa essayer. Elle tomba deux fois, mais après une dizaine de minutes elle commença à frapper assez fort pour le faire bloquer avec deux mains plutôt qu’une.

« Maintenant le squelette. Frappe-le. »

Erin regarda Toren. Il leva immédiatement ses mains comme celle de Calruz, mais le Minotaure le pointa du doigt.

« Toi. Chose. Esquive ses coups. »

Le squelette tourna la tête pour regarder Calruz en silence, comme s’il se demandait s’il devait obéir. Mais il commença à esquiver à gauche et à droite.

« Essaye de le frapper. »

C’est ce qu’Erin fit. Il était plutôt rapide. Elle donna des coups-de-poing et des coups de pieds mais il continua d’esquiver.

« Tu es terriblement lente. Va plus vite ! Ne frappe pas là où il est, frappe là où il sera. »

Calruz continua de conseiller, ou d’insulter, Erin alors qu’elle essaya, en sueur. Elle donna un coup-de-poing à Toren mais il se pencha en arrière sans effort.

« Vite. Plus vite. Rétracte ton bras plus rapidement. »

Erin poursuivit Toren sans résultats pendant plusieurs minutes, et puis s’arrêta pour regarder Calruz.

« Pourquoi est-ce que j’apprends à me battre avec mes poings ? Est-ce que je ne devrais pas plutôt utiliser une épée ? »

Il secoua sa tête.

« Je suis en train de d’apprendre une simple vérité. Tu dois savoir te battre sans armes ou cela deviendra une faiblesse que les autres exploiteront. De plus, tu ne comprends rien au rythme du combat. Tu dois apprendre à frapper ton adversaire avant d’être digne de manier une lame. »

Il regarda Toren. Le squelette n’était pas essoufflé comme Erin, n’ayant pas à s’inquiéter pour ses poumons, mais Erin était trempée et en train de lutter pour reprendre sa respiration. »

« Fort bien. Nous allons essayer autre chose. Le squelette montera sa garde et tu la détruiras. Met lui des coups-de-poing, des coups de pied. Détruit ton adversaire. »

Quelque chose dans la manière avec laquelle il prononça ses mots dérangea Erin. Elle remonta les bras en regardant Toren et tenta de le frapper. Cette fois, le squelette bloqua.

« Aie. »

« Si tu te casses un doigt ou tu te coupes, il y a des potions. Continue d’attaquer. »

C’est ce qu’Erin fit. Toren eut plus de difficulté pour la bloquer. Elle était plus forte que lui, ce qui était plutôt étrange. Erin frappe et il recula légèrement dans l’herbe alors que son bras arrêta son poing. Elle lui donna un coup de pied et il tituba.

Erin attendit que Toren reprenne son équilibre ce qui lui valut un rugissement désapprobateur de la part de Calruz.

« Ne t’arrête pas ! Continue d’attaquer ! Ton but est de vaincre ton ennemi ! Fais-lui mal. La pitié est un luxe que seul les forts peuvent se permettre. Attaque-le jusqu’à ce qu’il gît en pièces. »

Les mots dérangèrent de nouveau Erin, mais elle continua de frapper. C’était simple. Tant que Toren ne faisait que bloquer et qu’il ne bondissait pas pour éviter ses coups elle pouvait faire des feintes puis donner un coup de pied et

Cette fois son pied frappa l’une des jambes du squelette qui tomba à genoux, Erin s’avança et le frappa à la tête avec assez de force pour la décaler sur le côté. Erin ignora la sensation de douleur dans sa main et se prépara de le frapper à nouveau pour le faire tomber au sol.

Elle baissa les yeux vers le crâne vide et se figea. Pendant une seconde, elle était au sol en train de regarder le Chef Gobelin avec une épée dans ses mains. Elle sentit la chair brûlée.

Elle se souvint. Elle se souvint d’un autre visage. Et d’une mare de sang vert. Elle le tint dans ses bras alors qu’il mourut.

Lentement, Toren se redressa et se remit sur ses pieds. Il regarda Erin, tout comme Calruz. Elle ne pouvait pas savoir que son visage était soudainement devenu pale comme un linge, ou qu’elle était en train de trembler.

« Je ne peux pas le faire. »

Calruz secoua la tête.

« Tu le dois. Tu dois apprendre à te battre. »

« Non. »

Erin secoua la tête, ou peut-être est-ce tout son corps qui tremblait. Elle se sentait malade, elle était sur le point de vomir.

« Je ne peux pas le faire. Je ne suis pas un guerrier. »

Sans sollicitation, les mots dont elle avait rêvé s’échappèrent de sa bouche, sa comptine enfantine.

« Le roi est malin et utilise sa tête. Car s’il bouge, cela sera bientôt la fin de sa quête. »

Calruz la regarda.

« Qu’est-ce que cela veut dire ? »

« Ça veut dire… Ça veut dire que dès que j’ai eu des problèmes des gens meurent pour moi. Ou je tue. Où je frôle la mort. Je ne peux pas le faire. Plutôt laisser Toren apprendre à se battre. Tu ferais mieux de lui apprendre. »

Erin pointa Toren du doigt. Le squelette hocha la tête, mais Calruz secoua la sienne.

« Ton roi. Même lui ce défend en temps de crise, n’est-ce pas ? »

Il pensait au véritable roi, mais c’était tout aussi vrai pour les échecs.

« Seulement en dernier recours. »

« C’est le dernier recours auquel je parle. Un jour, tu te retrouveras sûrement seule et sans protection. Alors est-ce que tu périras, ou est-ce que tu te battras ? »

Erin n’avait pas de bonne réponse pour cela, elle baissa la tête.

« Frapper un adversaire au sol ne peut pas être quelque chose de bien.»

Il y avait quelque chose dans la voix de Calruz qui fit lever les yeux d’Erin. Il n’aboya pas ses prochains mots, mais parla avec plus doucement, les choisissant avec précaution.

« Peut-être… Oui. Il y a plus d’honneur en toi que je ne le pensais. Fort bien. J’ai peu de temps donc je vais simplement t’apprendre à te battre. Si tu t’entraines contre ta créature, tu pourras peut-être apprendre les bases assez rapidement. »

Il fit un signe, et Toren leva de nouveau sa garde.

« Le squelette bloquera. Frappe-le, tout simplement. Il est mort dans tous les cas donc ce que tu fais n’as que peu d’importance. Oublie la mort et le combat durant un moment. Connais la simple pureté du combat. »

Cela sonnait mieux. Erin hocha la tête et bomba le torse. Elle fit un poing et Toren le bloqua.

« Ce ne veut pas dire que tu dois frapper par une pathétique faiblarde ! Frappe plus fort ! »

Erin s’exécuta.

« Aie. »

Ce n’était pas comme s’il y avait une partie molle sur laquelle frapper. Erin frappa de nouveau et son pied rencontra son bras osseux.

« Aie. »

Après quelques minutes, Calruz apprit à Erin à bloquer. Cette fois, ce fut au tour de Toren d’attaquer, frappant durement avec ses bras et jambes. Mais c’était simple, étonnamment simple de voir ce qui allait venir. Les bras d’Erin la faisaient souffrir, mais le squelette ne réussit pas à mettre un coup-de-poing ou de pied sur elle. Il était probablement en train d’y aller doucement avec elle, tout comme Calruz, mais le Minotaure était en train de hocher la tête.

« Maintenant, faites un combat d’entraînement. »

« Est-ce que l’on ne peut pas se reposer à la place ? »

Erin se plaint en massant ses bras. Elle avait besoin d’une potion de soin, elle pouvait déjà sentir les bleus se former.

« Non. Considère ceci comme ton dernier test. Vous deux, affrontez-vous. Vous faites une bonne paire. Faible de la même manière. Enfin, le squelette sait comment se battre, mais cela devrait être un bon entraînement. »

Elle voulait protester, mais essayer de convaincre Calruz était pire qu’essayer de faire bouger un taureau réticent. Erin tituba vers Toren alors que le squelette leva sa garde. Il feinta vers elle et elle bloqua mécaniquement.

Bloquer était simple. Mettre des coups de poings était simple. C’était trop simple. Se battre était… Quelque chose qu’Erin n’aimait pas.

Toren donna un coup de pied dans son torse et le bras d’Erin fut repoussé. Il la frappa dans le sein.

« Aie ! Hey… »

Son poing toucha sa mâchoire. Erin tituba, avant de s’énerver. Elle attrapa son poing et lui donna un crochet dans le crâne. Cette fois, ce fut le squelette qui tituba en arrière, avant de regarder Erin avec précaution et de la charger.

C’était trop rapide, et il n’avait jamais essayé quelque chose de la sorte sur Erin. Mais elle était en colère. Elle fit un pas de côté au dernier moment et le bouscula depuis le côté. Toren s’étala au sol et Erin lui mit un coup dans les côtes alors qu’il était en train de se lever.

Elle ne vit pas les yeux de Calruz s’écarquiller quand elle bloqua Toren alors qu’il frappa rapidement à son visage et à ses côtes, mettant des coups de pied et des coups-de-poing, frappant sans arriver à percer sa garde. Erin était juste en train de réagir instinctivement. Toren était tellement lent. Il était une machine de combat, mais il se battait comme une machine. Il n’était pas original.

Elle écrasa son pied et le poussa. Toren roula alors qu’elle lui donna un coup de pied quand il bondit sur ses pieds. Il feinta vers son visage et Erin ne bougea pas. Elle savait que c’était une feinte. Toren rétracta son poing, confus. Erin le frappa futilement dans l’épaule. Le problème était qu’elle ne pouvait pas vraiment le blesser. Il était fait d’os.

Mais elle était en train de gagner. Elle pouvait le sentir.

Erin était toujours malade, et fatiguée. Et ses mains la faisaient souffrir. Mais il y avait aussi quelque chose d’autre.

De la frustration. Et un peu de colère.

Non, pas qu’un peu. Un océan calme, tapis sous les profondeurs des pensées d’Erin. Une partie d’elle détestait la violence. Mais une autre partie était heureuse qu’elle pouvait rendre les coups. Cette partie voulait qu’elle ne soit plus jamais sans défense. C’était de la colère, et quelque chose d’autre.

Et cela… Faisait du bien de la laisser sortir.

Toren donna un coup-de-poing et reçu un cross-counter en pleine tête. Erin ne savait pas ce qu’elle venait de faire, elle avait juste vu l’ouverture et l’avait prise.

Elle donna un coup de pied et Toren bloqua. Elle esquiva un poing dans ses côtes et gifla son bras vers le bas avant de frapper son autre bras alors qu’il couvrit son visage.

Sa garde était en train de faiblir. Erin sentit un moment d’énergie. Elle frappa plus vite, mettant ses hanches dans le coup comme Calruz lui avait montré. Plus de force. Elle était plus forte que Toren grâce à sa compétence.

Elle voulait juste mettre ce stupide squelette au sol. Il continua de venir encore, encore, et encore. Cela n’avait pas d’importance qu’elle le frappait. Il était mort, et il n’avait pas de chair à blesser. Mais il ne se retenait pas et ses bras la faisaient souffrir.

Toren venait de donner un coup de pied dans l’une des jambes d’Erin et elle était en train de tituber. Mais elle le vit courir vers elle et quelque chose dans son esprit cliqua. Elle se redressa, leva sa main, fit un pas et donna un coup de pied.

L’une des jambes de Toren se cassa. Pas les os en eux-mêmes, mais la jambe se déconnecta alors que le squelette tomba. Il leva son bras et fit le poing d’Erin volé vers sa tête.

Elle le sentit. Un coup parfait. Un moment de vérité. Erin mit tout son corps dans un seul coup, lançant l’entièreté de son poids dans un coup qui traversa la garde de Toren et s’écrasa à l’endroit ou son nez aurait été s’il avait été vivant.

Thud

Sa tête se détacha. Au ralenti, Erin vit la tête du squelette volé loin de son corps. Elle regarda sa tête volée loin du sommet de la colline, rebondit contre la pente, et s’arrêter de rouler une quinzaine de mètres plus loin.

Erin regarda au torse décapité de Toren avec choc. Après une seconde, le corps tressaillit et s’effondra.

Elle regarda sa main. Elle s’était ouvert la peau de ses phalanges et elle était en train de saigner. Mais elle l’avait senti. Elle avait frappé Toren plus fort qu’elle avait frappé, ou fait, quelque chose dans sa vie. Elle l’avait senti.

Erin regarda autour d’elle. Elle voulait savoir si c’était ce dont Calruz parlait. Elle se tourna vers le Minotaure qui la regardait bouche bée et les yeux écarquillés.

Après quelques instants, Calruz ferma la bouche. Il regarda Toren, puis Erin, avant de racler sa gorge quelques fois et de s’adresser à Erin.

« … Est-ce que tu peux me refaire ça ? »

***

« Regardez-moi ça. »

Gerial siffla et fit signe Ceria. Elle termina sa conversation avec Yvlon et les deux femmes le rejoignirent pour voir ce qui était si intéressant.

Cervial était en train de tenir une massive arbalète, fait de métal noir et de mort pointue. Elle n’était pas chargée, bien sûr, mais rien qu’en la regardant les deux aventuriers pouvaient voir la puissance de l’arme.

« Quelle sorte d’arme est-ce, Cervial ? »

Il sourit à Yvlon et lui tendit. Elle l’accepta avec précaution et regarda curieusement l’arme.

« Une arbalète. Fait par des Nains. C’est comme un arc, mais un que tu peux charger et attendre avant de tirer. Celle-ci est une œuvre d’art. »

« Magnifique. »

Gerial prit l’arbalète alors Yvlon lui tendit et Ceria leva les yeux au ciel. Elle n’était pas aussi impressionnée que les deux autres humains, mais elle écouta assez attentivement alors que Cervial lista les bienfaits de l’arme.

« Elle m’a couté pratiquement toutes les pièces d’or que j’avais, mais cela valait le coup. Nous avons craqué l’armure d’un Golem de Pierre en un tir et nous avons abattu plus d’ennemis avec des boucliers que nous pouvons compter avec cette arme. »

« Et c’est notre atout dans l’expédition ? »

« Nous allons peut-être être désavantagés si nous allons dans des couloirs étroits, mais avec ceci nous serons capable de faire pencher la balance. »

« Bien, nous sommes tous prêt. Nous avons un plan de combat et ma compagnie ainsi que les Cornes d’Hammerad sont prêts. Lir dit que son équipe à assez de potions de mana. Le seul groupe qui manque est celui de Gerald. Ou est-il ? »

Cervial sourit.

« Gerald est occupé à passer à travers les derniers aventuriers qui veulent rejoindre l’expédition. Il dit qu’il les refusera probablement tous, mais on ne sait jamais qui peut se pointer. »

Gerial rendit l’arbalète à contre cœur à Cervial. Il pouvait facilement imaginer armer tous les membres des Cornes d’Hammerad avec l’une de ces armes meurtrières. Enfin, tous sauf Calruz et Ceria.

« Est-ce que nous avons trouvé des gens utiles ? »

« Quelques-uns. »

Yvlon haussa les épaules et compta sur ses doigts gantelets.

« Quelques mages, un Argent avec une épée et un bouclier… Pas beaucoup, mais c’est mieux que rien. J’ai demandé au mage dont tu m’as parlé, Gerial, mais il a refusé. »

Ceria lança un regard à Gerial alors qu’il détourna les yeux.

« C’était, heu, juste une idée. Nous avons besoin de tout l’aide que nous pouvons avoir. »

Cervial haussa les épaules. Il commença à défaire la corde de l’arbalète noire.

« Cela ne sert à rien de s’inquiéter pour une épée ou deux. Nous avons cinq compagnies d’aventuriers. En comptant les extras, nous avons plus de quarante personnes tous de rang Argent. S’il y a une compagnie Or mieux que cela j’aimerais bien la rencontrer. »

Gerial hocha la tête. Il lança un regard avide vers l’arbalète alors que Cervial la rangea dans un caisson qu’il verrouilla, avant de lever les yeux. Yvlon et Ceria levèrent les yeux à leur tour.

Ils étaient dans la Guilde des Aventuriers, assis à une table. Mais quelqu’un venait de s’approcher. Un Drakéide. Il semblait… Jeune, ou du moins c’est ce qu’il pensait. Ses écailles étaient d’un bleu plus léger que le reste, et il était en train de sourire. Enfin, cela ressemblait à un sourire. Avec beaucoup de dents.

« Hum. Excusez-moi ? J’ai entendu dire que vous êtes l’équipe qui va dans les ruines. Est-ce que cela vous dérangerai si je me joins à votre groupe. »

Les aventuriers se regardèrent entre eux. Yvlon se racla la gorge et sourit au Drakéide.

« Je suis désolé, mais nous avons assez de combattants et c’est une dangereuse expédition dans laquelle nous nous embarquons. Nous ne pouvons pas prendre de débutants ou des gens qui ne sont pas des aventuriers. »

Le Drakéide semblait surpris.

« Comment savez-vous que je ne suis pas un aventurier ? »

« Tu n’as pas d’arme ou d’armure, et tu bouges comme un civil. »

« Oh. »

Le Drakéide hocha la tête.

« Mais je pense que vous serez peut-être toujours partant pour me prendre. J’ai des compétences utile et je pourrais contribuer et… J’aimerais m’améliorer. »

« Oh ? Et quelle est ta classe, alors ? Et je ne pense pas avoir entendu ton prénom. »

Rougissant, le Drakéide baissa légèrement la tête.

« Pardonnez-moi, j’ai oublié de me présenter. Mon nom est Olesm. Je suis un [Tacticien] de Niveau 24. »

***

Ceria et Gerial retournèrent à l’auberge et s’arrêtèrent. Au lieu du dîner ils virent un étrange spectacle. Toutes les Cornes d’Hammerad étaient assis dans l’herbe, regardant Calruz chasser Erin. Il était en train de lui donner des coups-de-poing et des coups de pieds, pas aussi fort qu’il le pouvait, mais avec assez de force pour qu’Erin hurle et court, esquivant frénétiquement.

« Aaaaah ! Au secours !

Erin baissa la tête et s’eloigna alors que Calruz lança un énorme poing vers sa tête. Il fronça les sourcils.

« Arrête de courir ! Ne… Ne t’abaisses pas comme ça. Si tu dois te retraiter, fais-le rapidement et sans mouvements inutiles. Ne tourne jamais ton dos à l’ennemi. »

« Calruz ! Qu’est-ce que tu es en train de faire ? »

Ceria courut vers Erin qui bondit et sa cacha derrière elle. La demi-Elfe bloque le chemin de Calruz alors que le Minotaure essaye de suivre Erin.

« Hors de mon chemin Ceria. Je suis en train de lui apprendre à se battre. »

« En la harcelant ? »

« Elle doit apprendre à combattre un ennemi plus fort et grand qu’elle. »

« Oui, mais il y a des limites. Je ne chercherais jamais un combat contre un Minotaure. Si je n’ai plus de sort ou de mana je prendrais mes jambes à mon cou. »

« Exactement ! »

Erin essaya de garder Ceria entre elle et Calruz alors qu’elle regarda le Minotaure.

« J’ai faim ! Je suis fatigué ! Et je n’ai fait que me battre toute la journée ! J’ai même pas eut de déjeuner ! »

« Est-ce vrai ? »

Calruz ne semblait pas déranger par les regards désapprobateurs des deux femmes. Il laissa échapper un souffle par ses naseaux et ne répondit pas. Ceria croisa les bras.

« Je suis certain qu’Erin était heureuse que tu lui enseignes, mais si elle ne veut plus apprendre, tu dois respecter cela. »

Calruz bougea sa main de manière dédaigneuse.

« Prendre la fuite ne réglera rien. Elle doit aiguiser ses instincts. Je la laisserai se reposer quand elle me donnera un vrai coup. Maintenant bouge… »

Il poussa Ceria sur le côté. La demi-Elfe grogna mais Erin se précipita en avant.

« Prends ça ! »

Erin mit un coup de pied vers le haut. Aussitôt, les jambes de Calruz essayèrent de le bloquer mais c’était trop tard. Gerial, Sostrom, et tous les mâles des Cornes d’Hammerad grimacèrent alors que Calruz beugla d’agonie.

Prenant de nouveau la fuite, Erin s’arrêta cinq mètres plus loin et regarda Calruz.

« En voilà un vrai coup, abruti ! T’es content ? »

Ceria commença à rire alors que Calruz jura dans sa propre langue, grognant plusieurs sons gutturaux alors qu’il se redressa. Il couvrit ses parties… Intimes avec une main en regardant Erin.

« C’était… Un coup bas. »

« Mais c’était ce que tu voulais. Continue de me poursuivre et je… Je le referai ! »

Il lui lança un regard, mais Erin était capable de faire des combats du regard avec les meilleurs et elle était fatigué et agacée. Il laissa finalement échapper de l’air par ses naseaux, des veines pulsants sur son front.

« Va. Te reposer. »

Erin prit la fuite avant qu’il ne change d’avis. Ceria était toujours en train de rire.

Il se tourna vers Toren et le pointa du doigt.

« Je vais t’apprendre. Si tu dois la protéger, tu dois mieux te battre. Viens. Frappe-moi. »

Le squelette fonça sur Calruz sans hésitation. Les Cornes d’Hammerad commencèrent à faire des paris pour savoir s’il allait arriver à toucher Calruz.

Toren feinta vers Calruz, et puis essaya de reproduire le coup qu’Erin venait d’utiliser. Son pied se leva. Calruz attrapa sa jambe et plissa les yeux en direction du squelette.

Erin venait juste de se verser un verre d’eau quand elle revint dehors juste à temps pour voir Calruz jeta la tête de Toren de la colline. Elle éclaircit sa gorge et les Cornes d’Hammerad regardèrent autour d’eux.

« Si vous avez fini de taper sur mon squelette, est-ce que quelqu’un veut quelque chose à manger ? »

***

« C’était hilarant. »

« C’était un coup bas. »

« Je n’ai jamais vu quelque chose d’aussi drôle. »

Ceria était toujours en train de rire alors qu’elle s’assit avec Calruz dans l’auberge, mangeant ses pâtes. C’était toujours l’option d’Erin quand elle était pressée par le temps ou fatiguée. Bouillir de l’eau, mettre les pâtes, couper des oignons, rajouter un peu de beurre ou d’autre morceau et c’était bon. Rien de plus simple.

Calruz était toujours en train de regarder son assiette, mais il s’était presque entièrement remis du littéral coup bas d’Erin. Il secoua la tête alors que la Demi-elfe continua de se moquer.

« Au moins elle a été capable de me frapper, même pas surprise. C’est bien. »

Ceria arrêta de rire et se devint sérieuse pendant un moment.

« Mais vraiment Calruz, pourquoi est-ce que tu voulais tellement lui apprendre ? Je pensais que tu allais simplement lui apprendre à bien mettre un coup-de-poing, pas d’essayer de la tourner en aventurière en une nuit. »

Le Minotaure grogna et avala une grande fourchette de pâte et de sauce.

« C’était ce que je voulais faire. Mais elle a montré qu’elle avait plus de potentiel que cela. »

« Oh ? »

Il acquiesça.

« Elle est… Talentueuse. Très talentueuse. Ceria. En l’espace de quelques heures, elle est devenue capable de vaincre le squelette dans un combat à mains nues. Et elle à débloquer une compétence. »

Ceria avait été en train de boire du jus bleu. Elle s’étouffa dessus et Calruz dut lui taper le dos pour qu’elle puisse retrouver sa respiration.

« Tu plaisantes. »

« Non. »

« C’est impossible »

« Elle a un sens pour le combat. J’ai déjà rencontré des gens comme elle auparavant. Elle est douée. Talentueuses. C’est dommage qu’elle ne se soit jamais entraînée avant aujourd’hui. »

« Arrête. J’ai les oreilles toutes rouges. »

Erin sourit à Calruz alors qu’elle apporta une autre assiette de saucisses brûlantes pour les deux. Le Minotaure et Ceria firent tous deux des bruits d’appréciation, mais il l’arrêta alors qu’elle s’apprêtait à retourner dans la cuisine.

« Tu as du potentiel, mais si tu te fais attaquer maintenant, ce que je t’ai appris ne suffira pas. Tu dois t’entraîner. Te souvenir que tu es encore faible, pour l’instant. »

« Oh, je sais. Je ne vais pas faire quelque chose de stupide même si j’apprends à me battre. De plus, si quelque chose m’attaque, je vais jeter un jarre d’acide dessus. »

Ceria s’arrêta en tendant sa fourchette vers la plus grosse saucisse de l’assiette.

« Quoi ? »

Erin sortit avec précaution l’une des petites jarres qu’elle avait fait pour les gobelins et la montra à Calruz et Ceria, expliquant où elle obtenait l’acide. Au même moment, Ceria décala sa chaise le plus loin possible du liquide vert.

« Est-ce… N’as-tu donc pas de sens des risques ? Pourquoi est-ce que tu es si détendue avec ce truc ? Qu’est-ce qui se passera si tu le fais tomber ? »

« Hey ! Ce n’est pas moi qui porte ce genre de truc ! Toren n’a pas de chair pour fondre donc c’est pratique. »

Ceria secoua la tête.

« Vous les Humains… Non, tu es folle. Pardonne moi Erin, mais tu l’es. »

Gerial se pencha sur la table et étudia la jarre d’acide avant de lever les yeux vers Erin.

« Puis-je en acheter une ? »

« Toi ? Est-ce que tu es fou, Gerial ? »

« Cela pourrait s’avérer pratique pour plus tard, Ceria. De plus, la jarre ne devrait pas se briser dans mon sac. »

« Ce sont tes funérailles, mais ne marche pas à côté de moi quand on se bat. »

Erin hocha la tête et prit les pièces d’argent de Gerial.

« J’en ai encore si tu en veux. »

Gerial hésita. il regarda la jarre d’acide et secoua la tête.

« Un est suffisant. Cela pourrait être fort pratique, mais je vais faire confiance à mes préparations habituelles plutôt que de me reposer sur ça. »

« En parlant de ça… »

Ceria éclaircit sa gorge et hocha la tête en direction des autres Cornes d’Hammerad. Ils se rassemblèrent et la demi-Elfe pointa un grand sac à dos qu’elle et Gerial avait ramené de la ville.

« Il est l’heure. Yvlon a acheté des provisions, mais je vais les distribuer dès maintenant pour que vous puissiez les mettre dans votre sac. Nous avons des rations, de l’eau et quatre potions de soin et quatre potions de mana chacun. Des torches et du silex, les bases, mais nous allons avoir besoin de chariot pour prendre tout cela. »

Erin était curieuse.

« Seulement quatre potions ? Est-ce que cela ne serait pas mieux de, je ne sais pas, en prendre plein ? Comme ça tu pourrais te soigner encore et encore, pas vrai ? »

Les aventuriers rirent, mais pas de manière condescendante. Ceria secoua la tête et sourit en expliquant.

« Il y a une limite sur combien de fois nous pouvons nous soigner. Après trop de potions le corps… Abandonne. De plus, si nous parlons d’avoir trop de blessures pour que les potions ne suffisent plus, c’est que nous avons déjà des problèmes. »

Gerial hocha la tête alors qu’il distribua les épais paquets de rations sèches et de gourde autour.

« Le plus long combat que nous avons fait était contre une Liche il y a quelque temps. Nous sommes tombés à court de potions et la moitié de notre groupe était presque immobile à cause des soins. Nous ne pouvons pas compter sur la magie pour tout. »

« Juste tout ce qui est important. »

Ceria murmura à elle-même et sourit alors que Gerial la regarda. Calruz éclaircit sa gorge et les gens dans les pièces devinrent silencieux.

« Je ne suis pas quelqu’un qui fait des discours. Mais demain nous allons dans de nouvelles ruines, et nous allons peut-être trouver des trésors allant au-delà de nos rêves les plus fous ou les plus grands des ennemis. Qu’importe ce qui nous attend, car nous y allons ensemble. Les Cornes d’Hammerad reviendront triomphants. »

Il leva sa choppe.

« Pour l’honneur et la gloire. »

« Pour l’honneur. »

Les Cornes d’Hammerad trinquèrent. Erin regarda, silencieuse, alors qu’ils vidèrent leur verre d’un seul trait. Elle était impressionnée. Même Ceria était parvenu à le faire. Elle ne s’attendait pas à voir une personne aussi svelte si bien tenir sa liqueur, surtout quand elle vide de nouveau son verre.

« Est-ce que tu peux vraiment autant d’alcool ? »

Ceria sourit et haussa les épaules.

« Ce n’est pas si fort. De plus, nous partons le matin. Si je suis vraiment saoul je me ferai soigner par quelqu’un. Ou je prendrais une potion de mana. »

Erin semblait confuse, alors Ceria s’expliqua.

« Les potions de mana et l’alcool ne se mélangent pas. Je la bois, et tout ressort. C’est salissant, mais efficace. »

D’une certaine manière, l’idée d’une gracieuse demi-Elfe vomissant comme un étudiant de FAC après une soirée arrosait l’outrait plus qu’autre chose.

« Tant que tu ne te trompes pas et que tu bois de l’acide. »

Ceria frissonna et Gerial secoua la tête.

« Pas d’inquiétude. Je l’ai bien mis en sécurité. »

Ils allèrent se coucher de bonne heure. Ce qui surprit Erin. Elle aurait été incapable de trouver le sommeil, mais peut-être que c’était l’alcool qui faisait effet.

Les Cornes d’Hammerad se dirigèrent à l’étage. Erin resta dans la salle commune. Elle n’était pas fatiguée, enfin si, elle l’était, mais il y avait une autre part d’elle qui était toujours éveillée.

Elle s’assit dans la pièce vide, regardant Toren bougeant dans la pièce en ramassant les verres et dépoussiérant. Vaguement, Erin massa les phalanges de sa main droite qui la faisait toujours souffrir.

Elle regarda sa main. C’était juste une main. Elle bougeait des pièces d’échec avec depuis si longtemps que ses doigts avaient des callosités. Mais maintenant elle regardant ses phalanges. Elle n’avait jamais rien frappé de sa vie, mais aujourd’hui elle avait gagné u combat.

Erin ferma ses doigts pour former un poing et soupira avant de secouer la tête.

« C’est bien de la merde d’être douée pour ça. »


[Compétence – Coup Puissant Apprise]


***

Lorsque Ryoka se leva le premier jour, sa tête hurlait mais son esprit était clair. Elle entendit une voix dans sa tête, une voix qui n’était pas la sienne.


[Compétence – Volonté Indomptable Apprise]


Elle l’annula. Une compétence était inutile. Elle n’avait pas besoin de ce qu’elle avait déjà. Elle ne serait jamais contrôlée de nouveau.

Ryoka se leva et commença à courir.

Vers le nord.

Vers Liscor.

Hors ligne Maroti

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Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
« Réponse #63 le: 17 juin 2020 à 15:17:44 »
1.00 H
Traduit par EllieVia

Le jour de l’expédition, tous les membres des Cornes d’Hammerad se levèrent et descendirent prendre leur petit déjeuner en silence. Erin, l’aubergiste souriante, avait préparé le petit déjeuner - des œufs et du lard.
 
Ceria se posa à l’une des tables, clignant des yeux et tâtant le jaune tremblotant de son œuf poché du bout de sa fourchette. Elle était encore à moitié endormie, mais le jus de fruit bleu la réveilla agréablement.
 
Elle leva le nez de sa nourriture et balaya la pièce du regard. Bien. Tout le monde était là. Chacun des dix membres des Cornes d’Hammerad étaient assis, en train de manger ou de parler doucement. Calruz et Gerial étaient assis ensemble, en train de discuter du plan, sans aucun doute. Sostrom et la seule autre mage de la compagnie, Marian, étaient assis à la même table en train de papoter, tandis que les cinq guerriers mangeaient en silence à une autre table.
 
 
Hunt, le plus vétéran d’entre eux, mis à part, Ceria ne les connaissait pas très bien .Ils étaient des collègues et amis, naturellement, mais elle ne se battait avec eux que depuis moins d’un an - et pour les membres les plus jeunes de la compagnie, un mois seulement.
 
Sostrom éclata de rire à un commentaire de Marian. Il l’aimait bien. Ou plutôt, il l’appréciait en tant que seule autre mage humain du groupe, et en tant qu’unique personne qui ne se moquait jamais de son début de calvitie. Ceria n’avait pas encore réussi à savoir s’ils couchaient ensemble ou non.
 
Si c’était le cas, elle espérait que Marian ne lui briserait pas le cœur lorsqu’elle partirait. Elle était une bonne mage, avec un solide niveau 16 dans la classe d’[Élémentaliste] - banale à la fois dans le choix de sa classe et de ses sorts de prédilection - mais elle faisait bien sa part du boulot.
 
Simplement…
 
Elle n’était pas une véritable aventurière, une vraie membre des Cornes d’Hammerad. Ceria la respectait tout de même, mais Marian voulait simplement gagner assez d’argent pour monter sa propre boutique ou auberge. L’aventure n’était qu’un job pour elle.
 
C’était également le cas pour Ceria, bien sûr, mais c’était aussi sa vie. Elle vivait pour l’aventure. En gagnant de l’or, elle pouvait maîtriser de nouveaux sorts, et grâce aux artefacts rares qu’elle dénichait elle pouvait continuer à s’améliorer en tant que mage et gagner des niveaux. Elle allait juste s’acheter une nouveau grimoire ou une baguette et continuer l’aventure.
 
Ceria était une carriériste, même si ce mot ne lui aurait rien dit. Elle, Gerial, Calruz, Sostrom, et Hunt étaient tous des aventuriers qui n’abandonneraient jamais. Même avant qu’ils ne s’allient pour former les Cornes d’Hammerad deux ans plus tôt, chacun d’entre eux avait passé des années à grimper les échelons pour atteindre leur rang actuel.
 
Un jour, Marian arrêterait. Et ils trouveraient quelqu’un d’autre pour prendre sa place. Peut-être juste après l’expédition. Si elle ne mourait pas.
 
C’était une sombre pensée, et pas le genre qu’elle aurait dû avoir. Ceria secoua la tête et se concentra sur son repas. Elle fendit son jaune d’œuf et le regarda imbiber son pain grillé. Délicieux.
 
Elle adorait les œufs. Elle adorait grimper dans les arbres et les voler dans leurs nids. Les humains avaient tendance à désapprouver ces pratiques de manière générale, mais Ceria avait grandi une partie de sa vie en cherchant à manger dans les bois. Elle n’était pas difficile sur l’origine de sa nourriture.
 
Elle avait mangé des lombrics, des scarabées, de l’écorce qui n’était bonne ni pour les intestins ni pour la santé, des oiseaux, crus et même pas cuisinés, et, à l’occasion, des champignons, des racines, ce genre de choses. Elle avait failli mourir de faim tellement de fois qu’elle avait développé un appétit pour des choses inhabituelles. Comme les insectes, même si Ceria n’aimait pas devoir en ôter les bouts de ses dents après coup. Mais ils étaient rigolos à manger.
 
Mmh. Elle se demandait quel goût avaient les mouches acides d’Erin…
 
***

“Mm. On est prêts. On y va ?”
 
Gerial but une goulée de jus bleu sucré avant de répondre à Calruz.
 
“On a encore une heure. Plein de temps. Inutile de se précipiter.”
 
Le Minotaure acquiesça en silence et indiqua d’un geste à Toren de lui apporter une autre assiette de lard. Gerial se demanda comment il faisait pour manger autant. Son estomac à lui ne lui permettait pas de manger plus qu’un petit bout de petit déjeuner. Il était tellement plein d’adrénaline à la fois de stress et d’anticipation qu’il avait envie de se lever faire les cent pas.
 
Mais évidemment, il allait devoir s’en abstenir. Le vice-capitaine des Cornes d’Hammerad devait projeter du calme, et c’était ce que Gerial allait faire. Il prenait son travail très au sérieux. Il devait être un leader comme Calruz.
 
Et Ceria, aussi. Gerial la vit assise à sa table, regardant son assiette d’u air pensif. Elle n’avait pas l’air le moins du monde stressée. Il l’enviait pour cela.
 
Le regard de la Demie-Elfe s’était perdu dans le vague, et son expression s’était faite distante. Gerial connaissait bien ce regard. Encore une chose à envier.
 
Il sentait qu’il ne comprendrait jamais la véritable complexité et les pensées hors de ce monde qui passaient sûrement dans son esprit. Elle avait beau avoir l’air humaine de plein de façons, Ceria restait une Demie-Elfe. La moitié d’elle descendait de légendes et qui pouvait deviner quelles pensées profondes l’habitaient dans des moments comme ceux-ci ?
 
“Salut !”
 
Gerial sursauta et détourna rapidement le regard de Ceria. Il sourit à Erin et se lissa la moustache. Voilà enfin quelqu’un qu’il pouvait comprendre. Erin Solstice était l’aubergiste la plus aimable et accessible qu’il ait jamais rencontrée. Il aurait de la peine à dire au revoir.
 
“Ah. Miss Erin. J’espère que vous vous remettez de votre rhume ? Nous avions l’intention de vous laisser de l’argent et de nous en aller sans vous déranger, mais vous étiez debout avant nous.”
 
Erin parut étonnée.
 
“Quoi ? Oh, non, je n’aurais pas pu faire ça. Je me sens beaucoup mieux. Et vous m’avez tellement bien payée… je ne pouvais pas faire moins que de vous préparer un gros petit-déjeuner. Vous, euh, vous rendez dans les ruines aujourd’hui, c’est ça ?”
 
Calruz grogna et Gerial acquiesça.
 
“En effet. Nous et quatre autres équipes d’aventuriers.”
 
“Vous n’étiez pas censés être six ?”
 
“Gerial grimaça et jeta un regard en coin à Calruz.
 
“Le dernier Capitaine aventurier s’est , euh, retiré au dernier moment de l’expédition.”
 
“Hendric. Quel lâche.”
 
Gronda Calruz d’un air sombre. Gerial espéra qu’il ne se mettrait pas à hurler. C’était bien la dernière chose dont ils avaient besoin juste avant l’expédition.
 
À son grand soulagement, Erin ne parut pas déstabilisée par l’ire du Minotaure. Elle enfonça un doigt dans le flanc de Calruz, et le Minotaure la fusilla du regard tandis que Gerial s’étouffait à moitié.
 
“Allez, souris un peu, grincheux. Je suis sûre que ça va bien se passer.”
 
Elle jeta un œil à Gerial.
 
“Donc… je dois m’attendre à ce que vous reveniez demain ? Ou ce soir… ? Combien de temps va prendre cette, euh, exploration de donjon ?”
 
“On ne sait pas vraiment. Je ne parierais pas sur notre retour, mais ça pourrait arriver.”
 
Gerial se tortilla inconfortablement, n’appréciant guère l’incertitude de sa propre voix.
 
“On a assez de provisions pour au moins quatre jours. Mais je doute que nous serons là-dessous pendant aussi longtemps à moins de devoir creuser.”
 
De l’autre côté de la pièce, Hunt leva les yeux de son repas. Il avait de l’œuf dans sa barbe, mais Gerial ne fit pas de commentaire.
 
“Ces ruines sont peut-être profondes, par contre. Impossible de dire jusqu’où elles vont.”
 
“On ne fera pas toutes les pièces. Dès qu’on trouve un trésor ou qu’on a ramassé assez pour justifier les coûts de l’expédition, on s’en ira.”
 
“Ha ! Va dire ça aux autres équipes. Gerial dit que son équipe ne lâchera rien tant qu’ils n’auront pas atteint l’étage le plus bas. C’est un tout autre discours que celui qu’il tenait un peu plus tôt.”
 
“Eh bien, si on doit y aller autant donner tout ce qu’on a.”
 
“D’ailleurs… Gerial, est-ce qu’il est l’heure ?”
 
Ceria regarda le ciel d’un air appuyé. Gerial acquiesça.
 
“J’imagine qu’il faut y aller. La réunion est dans à peu près une heure de toute façon et on ne voudrait pas être en retard. Est-ce que tout le monde a fini ?”
 
Ils avaient terminé. Ou alors ils terminèrent rapidement leur repas à ces mots. L’étrange squelette passa récupérer les assiettes et Erin alla raccompagner les Cornes d’Hammerad à la porte.
 
“Bonne chance. Ne vous faites pas, euh, tuer par un dragon ou autre.”
 
Gerial et le reste d’entre eux éclatèrent de rire à ces mots.
 
“Il n’y a pas de dragons de ce côté du monde, miss. Probablement plus de dragon nulle part.”
 
“Hum. Il y en a. J’en ai vu un.”
 
Leurs rires s’arrêtèrent net. Gerial dévisagea l’expression honnête d’Erin. Il ouvrit la bouche pour dire quelque chose…
 
“Bonjour ? Bonjour ! Désolé d’être en retard !”
 
Une silhouette grimpait la colline à toute vitesse. Un Drakéide d’un bleu pâle vêtu d’une armure de cuir était en train de courir dans leur direction. Il essayait désespérément d’attacher le fourreau de son épée à sa ceinture lorsqu’il s’arrêta devant les Cornes d’Hammerad.
 
“Je ne suis pas en retard, si ? J’avais oublié qu’on avait prévu de se retrouver ici.”
 
“Olesm ?”
 
Erin dévisageait le Drakéide d’un air incrédule.
 
“Qu’est-ce que tu… tu vas faire partie de l’expédition aussi ? Mais tu n’es pas un aventurier !”
 
Olesm, le [Tacticien] qu’ils avaient embauché la veille, écarquilla les yeux et sa queue se mit à s’agiter lorsqu’il remarqua Erin.
 
“Oh, Erin. Je ne savais pas… mais bien sûr que tu es là. C’est ton auberge… oui, je me joins à l’expédition ! J’espère gagner des niveaux. Tu m’as tellement inspiré que j’ai décidé qu’il était temps de sortir de ma carapace, pour ainsi dire.”
 
“Mais est-ce que tu sais te défendre ? Je veux dire, je ne veux pas paraître impolie mais…”
 
Le regard que lui lança Erin suffisait à décrire l’avis qu’elle se faisait de ses prouesses au combat. Le Drakéide rougit, mais bomba le torse.
 
“Je ne suis peut-être pas un bon guerrier, mais mes compétences devraient bien aider. Crois-moi, je reviendrai meilleur que jamais. Et peut-être qu’alors j’arriverai à gagner une partie contre toi.”
 
“Mais on parle d’échecs, là. Ça n’a rien à voir avec un… un combat.”
“Je stagne au même niveau depuis trop longtemps, à force de me cacher dans la cité au lieu de rejoindre l’armée ou de partir à l’aventure. Aujourd'hui, je vais changer tout ça.”
 
“Assez parlé.”
 
Gronda Calruz, faisant sursauter et rougir Olesm. Il pointa du doigt.
 
“Il faut y aller. Suis-nous, mais ne traîne pas.”
 
“Oh, bien sûr. Excusez-moi.”
 
Olesm se glissa derrière le Minotaure et adressa un sourire plein de dents à Gerial. L’homme tenta de lui rendre son sourire, en se demandant visiblement s’il devait aussi dénuder ses dents.
 
Erin était en train de parler à Ceria, essayant d’offrir aux Cornes d’Hammerad un panier de nourriture à emporter.
 
“Je serai heureuse de vous servir si vous revenez ce soir, qu’importe l’heure. Il vous suffit de frapper, ok ? De toute manière, j’aurai des invités.”
 
“Oh ? Qui ?”
 
“On y va.”
 
Calruz enfonça un doigt dans le dos de Ceria, la faisant vaciller. Elle se retourna et donna un coup de pied au Minotaure, mais il était temps d’y aller. Gerial dit adieu à Erin et les Cornes d’Hammerad se mirent à descendre la colline.
 
Ils virent les invités d’Erin au bout de quinze minutes de marche. Cinq Antiniums avaient quitté la ville. Deux d’entre eux en portait un que Gerial reconnut. Son estomac se serrait toujours à la vue des membres mutilés de Pion, mais l’Antinium les salua sans que la douleur de colore sa voix.
 
“Salutations, aventuriers. Olesm.”
 
“Oh ? Pion ! Est-ce que tu vas aller jouer aux échecs chez Mademoiselle Erin ?”
 
Olesm salua l’Antinium d’un air joyeux et les autres aventuriers marmonnèrent des salutations maladroites. Pion hocha la tête.
 
“Oui. Nous n’avons pas de devoirs donc nous allons jouer.”
 
“Oh ? Je croyais que vous travaillez toujours le matin. Quelque chose ne va pas ?”
 
“Rien ne va pas. Nous n’avons pas de tâches car nous attendons.”
 
“Vous attendez ? Vous attendez quoi ?”
 
Calruz gronda et reprit la route. Olesm le suivit, mais Pion et le reste des Antiniums se contentèrent de suivre le groupe pour continuer la conversation.
 
“Nous attendons la Reine.”
 
“La Reine ? est-ce que… est-ce qu’elle prépare quelque chose ?”
 
“Oui. Elle a bientôt fini sa tâche.”
 
“J’en ai entendu parler. Elle n’a parlé à personne et a envoyé ce nouveau Prognugator en ville. Ksmvr, c’est bien ça . Qu’est-ce qu’elle peut donc bien faire qui soit si important ?”
 
“Nous ne savons pas. Mais ce sera demain.”
 
Olesm dévisagea Pion. Gerial vit Ceria jeter un regard en coin à l’Antinium.
 
“Qu’est-ce qui sera demain ?”
 
“Cela sera. Bonne chance pour ta mission, Olesm.”
 
“Oh, hum, au revoir…”
 
Les Antiniums s’en allèrent. Calruz gronda et marcha d’un pas déterminé, marmottant quelque chose au sujet des délais tandis que Gerial réfléchissait à la conversation. Qu’est-ce que ça avait voulu dire ? Est-ce que cela avait déjà la moindre importance ? Les Antiniums étaient étranges. Gerial avait appris il y a longtemps à quel point ils pouvaient être dangereux, et à quel point ils étaient étranges. Mais Pion ne lui paraissait pas méchant. Bizarre, peut-être, mais…
 
Les pensées de Gerial lui sortirent entièrement de la tête lorsqu’il aperçut les ruines au loin. Même à des kilomètres, la roche sombre, grise et noire, de l’énorme structure tranchait sur la colline d’où on l’avait exhumée.
 
Les Cornes d’Hammerad s’arrêtèrent, puis se mirent à accélérer le pas. Soudain cette matinée, leurs petits soucis, et, pour tout dire, le reste du monde n’existaient plus à leurs yeux. Ils avaient attendu patiemment, au moins quelques heures. Ils s’étaient amusés, s’était attiré des ennuis ou en avaient réglés certains, mais ils n’avaient en réalité fait qu’attendre.
 
Attendre ce moment. Les Ruines se dressaient, massive, inexplorées. Elles les appelaient. Ils étaient des aventuriers.
 
Ils reprirent leur marche. Inconsciemment, leur rythme accéléra. Ils les sentaient dans leur sang, leurs os, et dans le battement de leurs cœurs.
 
Le danger et la gloire, qui les attendaient dans les ténèbres des tréfonds.


***

Les ruines avaient été découvertes pour la première fois quelques mois plus tôt par un berger en train de s’occuper de son troupeau. Les Drakéides élevaient des moutons et d’autres animaux tout comme les humains, et l’un d’entre eux avait été en train de les mener par la colline lorsqu’il avait trébuché sur un caillou.
 
Après s’être pratiquement fracturé le pied en essayant d’y donner un coup de pied, le Drakéide avait creusé un peu et compris que le caillou n’était pas un simple caillou mais faisait partie d’un bâtiment. Et lorsqu’il avait fait des fouilles avec quelques amis, ils avaient découvert que le bout de ruine était en réalité une petite partie de toute une structure enterrée sous terre.
 
Et une fois que les Antiniums eurent été sollicités et que des jours et de jours de fouilles eurent lieu, la cité avait découvert que la colline sous laquelle avait été trouvé le bâtiment n’était pas tant une colline que la totalité de la structure.
 
Aujourd’hui, les ruines étaient à moitié exhumées de la colline, l’entrée de pierre noire béant à la lumière du soleil. Ceria, Gerial et le reste des Cornes d’Hammerad levèrent les yeux pour l’admirer.
 
Un mur de roche noire. Une entrée de pierre gravée et, par endroits, des fenêtres ouvertes qui permettait de ventiler la structure massive.
 
Vues de près, les solides portes de pierre étaient encore plus imposantes. Bien qu’une partie de la terre qui recouvrait la structure avait été dégagée, il était clair que ce… bâtiment était gigantesque et sur une échelle entièrement différente des constructions de Liscor.
 
Le toit n’avait pas été dégagé, pas plus que les étages inférieurs de la structure. Apparemment, un Antinium avait creusé en allant de plus en plus en profondeur, mais il avait fait plus de trente mètres sans trouver le fond de ces ruines massives. La cité avait décidé de ne creuser que ce qui était nécessaire, et c’est pour cette raison que la porte d’entrée avait été dégagée mais qu’on avait laissé le reste du bâtiment tranquille.
 
Cela rendait la vision de l’entrée noire dépassant du flanc de la colline recouverte d’herbe et de fleurs encore plus étrange. Et dérangeante. Deux créatures massives faisant deux fois la taille de Calruz pouvaient aisément passer à travers les portes massives et on pouvait y faire passer deux wagons en même temps. À côté d’elles, la grande assemblée d’aventuriers dressés devant l’entrée en apparaissait comme diminuée.
 
Peut-être qu’il y avait eu jadis une fresque ou des décorations quelconques sur la façade, mais le temps avait estompé tous les détails. Et de plus, les majestueuses portes de pierre n’étaient là que pour livrer un message. Personne n’était censé pénétrer facilement ce lieu.... ou en sortir.
 
“Dieux, j’avais vu ça de loin, mais c’est encore autre chose vu de près.”
 
Gerial secoua la tête en levant les yeux sur les ruines en compagnie de Ceria. Elle acquiesça.
 
“Les Ruines d’Albez semblent petits à côté de celles-ci. Enfin, elles sont plus étalées dans l’espace, mais tout de même.”
 
“Regardez-moi ça.”
 
Sostrom pointa un côté des portes du doigt. Mis à part le village miniature composé de commerçants hardis, d’aventuriers, et de badauds curieux qui avait poussé autour des ruines, un autre groupe occupait déjà la zone.
 
Environ quinze guerriers armés, principalement des Drakéides et quelques Gnolls - étaient assis ensembles autour d’un feu de camp, en train de discuter et de manger tandis que deux d’entre eux montaient la garde aux portes.
 
Hunt gronda du fond de la gorge et saisit la masse accrochée à sa ceinture en observant le groupe d’un œil mauvais.
 
Encore des aventuriers ? Je croyais qu’on était les seuls à entrer. S’ils essaient de nous couper l’herbe sous le pied…”
 
Olesm secoua la tête avant que quiconque n’ait eu le temps de réagir.
 
“Ce ne sont pas des aventuriers. C’est la Garde locale.”
 
“La Garde ? Que font-ils ici ?”
 
Ceria hocha la tête en direction du groupe de gardes puis pointa du doigt un autre groupe de guerriers assis en face d’eux. Ils n’avaient pas fait de feu, mais ils surveillaient aussi les portes.
 
“Il y a plusieurs équipes d’aventuriers Bronzes en poste de surveillance permanent en plus de plusieurs membres de la Garde. On dirait que cet endroit crache des monstres régulièrement. Rien de plus dangereux qu’une bande de zombies ou la faune locale, mais ils restent prudents.”
 
Hunt se détendit et le reste des Cornes d’Hammerad acquiesça. Ils n’avaient pas l’habitude qu’une milice urbaine soit si active, mais tous étaient familiers de la notion de surveillance de donjon.
 
“Heureusement qu’on entre aujourd’hui. Sinon la ville posera probablement une requête pour nettoyer cet endroit dans un mois ou deux.”
 
“Ce n’est pas impossible qu’ils le fassent quand même. À moins qu’ils ne détruisent ce maudit endroit, quelque chose viendra y faire son nid.”
 
“C’est vrai.”
 
Gerial acquiesça pour marquer son accord en étudiant l’imposant bâtiment. Clairement, c’était un problème qu’elle soit si proche de la ville. Elle attirerait sans doute des monstres et, pire, leur fournirait un lieu où se reproduire.
 
Ce n’était pas comme si les monstres apparaissaient par génération spontanée. Sauf ceux pour lesquels c’était le cas, évidemment. Mais les cavernes, les bâtiments abandonnés, et les sites magiques avaient tendance à attirer les monstres comme le miel attire les abeilles. Les monstres se reproduisaient dans les ténèbres ou s’y réanimaient dans le cas des morts. Parfois, ils s’entretuaient, mais la plupart du temps ils vivaient dans une harmonie dérangeante… jusqu’à ce que l’aventurier malchanceux tombe dans leur repaire.
 
“Voilà Yvlon. Allez, on y va.”
 
Calruz avait enfin repéré la personne qu’il cherchait. Il se mit à avancer vers Yvlon et son groupe d’aventurières équipées d’armures en métal argenté poli. Gerial accéléra le pas pour arriver pile au même moment que son Capitaine. Calruz n’avait pas le temps pour ce genre de détails, mais la courtoisie élémentaire était importante. C’était l’une des rares choses desquelles se plaignait Gerial et le Minotaure l’oubliait souvent.
 
Mais Yvlon n’était pas le genre de personne assez mesquine pour être gênée par ce genre de choses.  Elle sourit à Gerial et Calruz lorsqu’ils s’approchèrent et son cœur rata un battement. Elle était vraiment belle. Presque aussi belle que Ryoka, mais en différent, bien sûr…
 
“Calruz. Gerial. Je suis heureuse de voir que votre équipe est arrivée à temps. Tout le monde s’est déjà rassemblé. Pouvons-nous commencer ?”
 
“Pourquoi perdre du temps à attendre ?”
 
Yvlon acquiesça. Elle recula et laissa Calruz la dépasser. Gerial appela les Cornes d’Hammerad et ils se joignirent au groupe d’aventurier en train d’attendre devant les portes.
 
Ceria avança avec les Cornes d’Hammerad, se fondant avec le corps principal des aventuriers en levant les yeux pour regarder les portes sombres. C’était difficile - même pour quelqu’un qui avait vécu aussi longtemps qu’elle - de rester immobile dans cette foule. Et en effet, le reste des aventuriers autour d’elle ne cessaient de s’agiter, se déplaçant avec la même énergie qu’elle ressentait.
 
Ils étaient tellement nombreux ! C’était une foule d’aventuriers semblable à celle d’un jour en heure pleine à la Guilde des Aventuriers, mais ici, chacun était de rang Argent. Ils laissèrent les Cornes d’Hammerad se joindre à eux, les saluant avec bonhomie et échangeant des tapes dans le dos dans le cas des guerriers, des hochements de têtes polis et occasionnellement la claque qui manquait systématiquement de rompre une colonne vertébrale dans le cas des mages.
 
À la tête de la foule, Yvlon et Calruz rejoignirent les trois autre capitaines. Lir, Geral, et Cervial hochèrent la tête à l’attention du Minotaure et de l’aventurière et la foule se tut.
 
L’aventurière blonde leva les mains pour demander le silence, mais il n’y avait déjà aucun bruit. Les aventuriers - et, d’ailleurs, la grande foule de badauds - attendaient, dans l’expectative, retenant leur souffle.
 
“Capitaines, je suis ravie de vous voir tous présents. Êtes-vous tous prêts ?”
 
Ils acquiescèrent. Calruz fut le premier à reprendre la parole. La voix grondante du Minotaure était assez forte pour être clairement entendue même du fond de la foule.
 
“Les Cornes d’Hammerad sont toutes rassemblées ici.”
 
“Les Francs-Tireurs sont tous prêts à partir.”
 
“La Fierté de Kyrial est armée et prête à se battre !”
 
“Nous autres du Cercle de Reneë avons préparé nos sorts.”
 
“Et les Lances d’Argent sont réunies.”
 
Yvlon hocha la tête à l’attention du reste des Capitaines aventuriers et haussa la voix pour s’adresser à la foule.
 
“Je suis ravie de voir que tout le monde est présent. Mais je n’en attendais pas moins des meilleurs aventuriers de ce côté du continent ! Nous sommes ici aujourd’hui pour entrer dans l’histoire en pénétrant dans les Ruines de Liscor. Nous ne savons pas exactement ce qu’il y a là-dessous, mais nous savons que quelque chose de dangereux s’y tapit. Et là où il y a du danger, il y a des trésors et de la gloire.”
 
Les aventuriers s’agitèrent à ces propos. Yvlon parlait leur langage, et son regard était ouvert et honnête. Elle ne mentait pas au sujet du danger et ils appréciaient cela.
 
“Certains d’entre nous périront peut-être dans cette expédition. Si les seigneurs le permettent, il y en aura peu, voire aucun. Mais je jure que chacun d’entre vous recevra une partie de la récompense, et que vos familles et vos proches ne seront pas sans le sou si vous veniez à tomber. C’est ls serment que je prête à toutes mes Lances d’Argent et c’est celui que je vous offre aujourd’hui.”
 
Elle secoua la tête, et sa chevelure d’un blond doré s’agita dans les airs, accrochant la lumière. Ceria ne put s’empêcher de sourire : Yvlon savait forcément exactement ce qu’elle faisait et la manière dont son armure et sa chevelure brillaient.
 
“Mais assez de pensées sinistres. Nous nous préparons à entrer dans les Ruines. Armez-vous de courage. Ayez confiance les uns envers les autres .Nous savons ce que nous devons faire. Calruz, tes Cornes d’Hammerad, et Gerald, ta Fierté de Kyrial, avez été choisis pour mener cette expédition. Nous en ferez-vous l’honneur ?”
 
Calruz et Gerald acquiescèrent. Ils avancèrent d’un pas vers l’entrée et levèrent le poing.
 
“La Fierté de Kyrial… en formation !
 
“Suivez-moi, Cornes d’Hammerad.”
 
C’était le signe qu’ils attendaient. Ceria sortit de la foule, ignorant les regards des autres aventuriers. Certains de leur groupe ne furent pas aussi gracieux et trébuchèrent, ou rougirent, mais ils se mirent en formation derrière Calruz, le Minotaure debout à côté de Gerald.
 
L’homme massif vêtu d’armure et armé d’une hache de guerre presque aussi large que celle de Calruz fronça les sourcils en voyant Olesm se joindre aux aventuriers.
 
“Qui est le Drakéide ? Je croyais qu’on avait convenu de n’embaucher personne d’autre, Yvlon.”
 
Olesm sursauta et ses écailles perdirent de leur couleur, mais Yvlon secoua la tête.
 
“C’est un [Tacticien], pas un guerrier, Gerald. Niveau 24. Il est venu nous voir hier. Je pensais que tu serais d’accord pour dire qu’il nous sera forcément utile.”
 
Gerald fronça les sourcils, mais Yvlon avait raison. Il hocha la tête à contrecœur.
 
“Humph. Très bien. tant qu’il ne se met pas à essayer de nous donner des ordres”.
 
“Oh, jamais je ne ferais ça. Je suis juste ici pour aider.”
 
“Bien.”
 
“Tu as fini ?”
 
Gronda Calruz à Gerald. Il soufflait plus fort, et ses yeux étaient plissés tandis qu’il essayait de percer les ténèbres des ruines. Gerald ouvrit la bouche pour rétorquer quelque chose, puis il se ravisa.
 
“J’ai fini. On s’y met ?”


“Oui. Commençons.”



Les deux Capitaines Argent échangèrent un regard. Puis, d’un geste commun, ils détachèrent leurs haches de guerre. Ce n’était que pour le spectacle - aucun aventurier ne s’attendait à se faire attaquer dès l’instant où ils pénétreraient dans les ruines, mais la foule adora.
 
Les aventuriers et les civils lancèrent des vivats et des encouragement lorsque Calruz et Gerald avancèrent dans les ruines, les armes levées. Leurs vice-capitaines, Gerial et un grand homme nommé Ulgrim, les suivirent. Ceria était juste derrière Gerial lorsqu’ils pénétrèrent dans les ténèbres. Elle tint sa baguette brillante prête tandis que les aventuriers autour d’elle allumaient des torches ou jetaient des sorts de [Lumière].
 
Les ténèbres enveloppèrent les aventuriers alors même qu’Yvlon et les deux autres capitaines se mirent à faire suivre leurs équipes. Ceria sentit l’air changer, devenir mort et rance alors que les ténèbres se refermaient derrière eux. L’herbe et la terre furent remplacée par de la roche sculptée, et leurs pas se mirent à résonner dans le silence.
 
Les aventuriers se préparèrent à toutes les éventualités. Ils pouvaient le sentir. Ils avaient violé le sanctuaire de ce lieu sombre, et ils ne partiraient pas avant d’en avoir découvert tous les secrets.
 
C’était parti.
 
***

“Tu sais, je pensais qu’il se serait déjà passé quelque chose à ce stade.”
 
“Oh vraiment ? Tu n’as pas exploré beaucoup de donjons en ce cas.”
 
Même dans la lumière dansante de leur torche, Ceria put voir qu’Olesm rougissait.
 
“C’est mon premier, pour tout dire.”’
 
“Oh ? Ne te paralyse pas et tout ira bien. De plus, quand ce sera fini tu pourras tout raconter à tes amis. Je suis sûre qu’Erin serait très impressionnée. Tout le monde aime les aventuriers… expérimentés. Surtout ceux qui ont de grosses… épées. Et qui ont déjà exploré beaucoup de donjons, bien sûr.”
 
Ceria s’amusait beaucoup à voir à quel point elle pouvait faire rougir les écailles d’Olesm. Le Drakéide s’éclaircit la gorge et chercha rapidement un autre sujet.
 
“Ces pièces… sont plutôt étranges, non ?”
 
Ceria acquiesça. Cela faisait quinze minutes que l’expédition avait commencé, mais pour le moment les aventuriers n’avaient vu que très peu de choses. Ils avaient traversé une sorte de long corridor d’entrée, et avaient débouché dans de grandes salles ouvertes avec peu d’ornementations et beaucoup de poussière. Leur groupe s’était divisé - des éclaireurs du groupe de Cervial partant devant tandis que le groupe principal visitait chacune des pièces, mais ils n’avaient pas trouvé grand-chose.
 
“Des sièges cassés, du métal… je ne vois pas. Cela fait trop longtemps et tout a été tourné en poussière à présent. C’était peut-être une sorte de temple à l’époque ? Un énorme temple.”
 
“Ça doit être antique. Beaucoup plus vieux que Liscor. Je n’imagine pas comment ils ont fait pour construire tout ça - et en pierre en plus ! Ils doivent avoir eu des centaines, des milliers d’ouvriers ou une espèce de magie très puissante.”
 
Ceria acquiesça en contournant une table qui s’était effondrée par terre et avait probablement été en mesure d’accueillir une vingtaine d’invités à la fois.
 
“Un autre temps. Un autre monde. Ils savaient comment construire à l’époque. Est-ce que cela pourrait être une Ville Emmurée, peut-être, qui aurait été oubliée avec le temps ? Ou quelque chose comme Liscor ?”
 
“Le style de l’entrée suggère certainement cela. Bien sûr, il faut un toit ou de la bonne magie quand la saison des pluies arrive. Je suppose que mon peuple aurait pu construire cela.”
 
Olesm regarda autour de lui et frissonna. Ceria savait ce qu’il ressentait. Elle ne se sentait pas plus à l’aise dans les salles sombres qui résonnaient au moindre bruit que lui. Elles avaient beau être spacieuse, elle se sentait serrée, confinée. Elle pouvait gérer la sensation, mais Olesm était nerveux et bavardait pour calmer son stress, et elle n’avait pas de problème à discuter.
 
Ce n’était pas comme si le reste des aventurier ne papotait pas. Les éclaireurs et les meneurs étaient silencieux en marchant devant, mais le groupe principal d'aventuriers discutait doucement, en maintenant une conversation légère, en plaisantant, tout ce qu’il fallait pour éloigner la tension.
 
“Donc… je suis avec ton groupe. Les, ah, Cornes d’Hammerad ? J’ai bien peur de ne pas bien les connaître. Liscor n’avait jamais eu autant d’aventuriers prestigieux auparavant.”
 
Ceria haussa les sourcils.
 
“Prestigieux ? Tu as entendu ça Gerial ? J’aimerais bien avoir ce genre de célébrité.”
 
Gerial regarda derrière lui et sourit d’un air ironique à Ceria. Olesm était perdu.
 
“Mais vous êtes des aventuriers Argent. Je m’étais dit que…”
 
“Ceria vous taquine Monsieur, ah, Olesm. Nous sommes plutôt connus localement. C’est simplement que nous sommes loin d’être les seules équipes Argent du nord. Et si on compte les cités côtières… eh bien, il y a beaucoup d’Ors, équipes comme aventuriers, et on ne peut guère se comparer à eux. »
 
“Eh bien, ma foi, vous m’avez l’air compétents. Que fait votre groupe ? À part explorer les ruines, bien sûr.”
 
Gerial sourit.
 
“Nous nous spécialisons dans l’élimination de monstres. Si un groupe de monstres cause problème et infeste une région, nous sommes d’ordinaire l’un des premiers groupes à répondre à l’appel. Les Cornes d’Hammerad sont un groupe de combat rapproché. Nous nous précipitons sur l’ennemi pendant que nos mages nous couvrent. Le groupe de Gerald, la Fierté, est pareil que nous.”
 
“Oh je vois, je vois. Et les Lances d‘Argent ?”
 
“Fortes en défense, en coordination, en stratégie : une solide équipe. Les Francs-Tireurs, de leur côté, font beaucoup de missions d’éclairage et de chasse de monstres qui se cachent.”
 
“Et le… Le Cercle ? Ce sont tous des mages. C’est habituel ?”
 
Ceria haussa les épaules.
 
“Pas habituel, mais pas inhabituel non plus. Ils prennent presque toutes les requêtes. Mais ils ont plutôt mauvaise réputation.”
 
“Pourquoi donc ?”
 
Ceria sourit.
 
“Parce qu’ils s’enfuient régulièrement.”
 
Un mage un peu plus loin l’avait entendue. Il se tourna et adressa un doigt à Ceria qui sourit et lui fit un signe de la main pour s’excuser. Radouci, la mage retourna à sa conversation.
 
Baissant la voix afin de ne pas être entendu, Gerial murmura à Olesm.
 
“S’ils sont à court de mana ils ne peuvent pas faire grand-chose. Donc oui, souvent, l’équipe de Lir abandonne une mission si quelque chose les fait consommer toutes leurs potions ou si l’ennemi est plus nombreux ou plus fort qu’ils ne l’avaient prévu.”
 
“Oh. Je vois.”
 
“Ils font du bon boulot la plupart du temps, cependant.”
 
Gerial acquiesça.
 
“Mais ils ont leur propre style. Ils prennent en priorité les contrats lié à la magie. C’est leur spécialité, comme Cervial et ses archers et Yvlon et ses armures argentées.
 
“Est-ce que les Cornes d’Hammerad ont, euh, une particularité ?”
 
“... pas tant une particularité qu’un code. Nous ne brisons pas nos promesses. Nous ne battons pas en retraite et si on doit abandonner un travail, on rembourse tout ce qu’on avait pris d’avance.”
 
Gerial murmura dans sa moustache.
 
“La mort avant le déshonneur.”
 
“Vraiment ?”
 
“C’est notre règle de vie. Notre leader est Calruz. Et tu sais comment sont les Minotaures.”
 
“Oh. Bien sûr.”
 
Olesm resta silencieux pendant un moment tandis que les aventuriers continuaient d’avancer. Ils atteignirent une sorte de salle d’audience avec un large autel sur le devant. Ceria le pointa du doigt pendant que les Capitaines annonçaient une petite pause.
 
“Regardez-moi ça. On voit que l’endroit est vieux, ils avaient un endroit pour prier.”
 
Yvlon acquiesça.
 
“Certes. Qu’en dis-tu, Olesm ? Est-ce que cet endroit a été bâti par ton peuple ?”
 
Il ne put que hausser les épaules d’un air impuissant.
 
“On dirait, en tout cas. Comment expliquerait-on sinon que ce soit si près de Liscor ?”
 
“Et si c’était le cas, est-ce que l’on pourrait y trouver beaucoup de trésors ?”
 
Chaque aventurier à portée de voix se retourna vers Olesm, dans l’expectative. Il réfléchit et acquiesça.
 
“Oh, définitivement, oui. On adore collectionner des choses. On descend des dragons, après tout. SI cet endroit était important, je m’attends à trouver une sorte de coffre-fort.”
 
À ces mots, les aventuriers se rassérénèrent, y compris Gerial et Ceria. Savoir que leurs efforts ne seraient probablement pas en vain était toujours bienvenu.
 
Ils s’apprêtaient à se remettre en marche lorsqu’une voix tonitruante coupa les murmures des conversations.
 
“Contact.”
 
À ce mot, chaque aventurier redressa la tête et ils guettèrent le moindre mouvement. Mais la personne qui avait parlé faisait passer un message des éclaireurs.
 
“L’un de nos éclaireurs a trouvé un nid d’Araignées Cuirassées. Ces maudites bestioles doivent déjà être en train d’infester la zone.”
 
Plusieurs aventuriers poussèrent des jurons, mais Gerald les fit taire d’un mouvement sec d’une main.
 
“Fermez-la. De quelle taille est le nid ?”
 
“Pas très gros. À peu près huit adultes et quelques douzaines de jeunes, à ce qu’on a pu voir. Il y en a peut-être plus dans une autre pièce, mais ils n’ont mis de la toile que dans une salle pour le moment.”
 
Gerald se tourna vers Olesm.
 
“Tu es l’expert local. Que nous conseilles-tu ?”
 
Le Drakéide hocha la tête.
 
“Les Araignées Cuirassées craignent le feu. Deux mages avec des guerriers armées les protégeant avec des boucliers devraient être en mesure de brûler le nid s’ils connaissent le sort de [Boule de feu] ou équivalent.”
 
Yvlon acquiesça.
 
“Mon équipe peut se charger du combat. Lir, si tu veux bien envoyer quelques mages… ?3
 
“Ça marche.”
 
L’éclaireur mena un détachement de neuf aventuriers tandis que les autres se préparaient à repartir. C’était l’avantage des grands groupes. Ils pouvaient continuer à avancer même lorsqu’ils tombaient sur de petits groupes de monstres.
 
Leurs pas les menèrent plus en avant, à travers des salles sinueuses. Si les ruines avaient été entièrement exhumées, ils auraient pu avancer beaucoup plus vite, mais les excavateurs et les aventuriers qui étaient venus avant eux avaient creusé au hasard et créé un labyrinthe dans le labyrinthe. L’expédition dut s’arrêter plus d’une fois pour recreuser un tunnel effondré.
 
Cervial secoua la tête lorsqu’ils passèrent devant un corridor bloqué par un mur de terre.
 
“Je n’aime pas ces zones enterrées. N’importe quoi pourrait creuser un chemin pour nous tendre une embuscade.”
 
Yvlon réfléchit à la situation. Lir lui tapota l’épaule et désigna sa baguette d’une main.
 
“Nous n’avons pas le temps de tout bloquer. Que dirais-tu de simplement poser des alarmes qui sonneront si quelque chose passe devant ?”
 
Elle jeta un œil à Calruz et Gerald. Ils hochèrent la tête.
 
“Ça m’a l’air bien. Faites-le.”
 
Ils laissèrent quelques mages et guerriers prendre soin de poser les alarmes et poursuivirent leur route. Environ trente minutes plus tard, ils atteignirent un long, très long couloir assez large pour que huit personnes y marchent côte à côte lorsqu’ils entendirent un cri.
 
Cette fois-ci, ils virent une femme courir vers eux. C’était une [Voleuse], et ses pieds ne faisaient presque aucun bruit malgré sa course. Elle s’arrêta et, pantelante, délivra son message tandis que d’autres éclaireurs les rejoignaient.
 
“Des zombies. Au moins trente devant. Probablement plus. Ils arrivent d’en bas.”
 
Cette fois-ci, tous les aventuriers sortirent leurs armes. Olesm tira maladroitement son épée de son fourreau et les Capitaines échangèrent un regard.
 
“Mon équipe va aller au front…”
 
“Laissez mes archers les affaiblir d’abord. On pourra en achever au moins la moitié dans cette zone dégagée. Gardez votre énergie.”
 
“Bien. Essayez de ne pas gaspiller de magie pour le moment si on peut l’éviter. En formation !”
 
Calruz se retourna et se mit à crier des ordres aux Cornes d’Hammerad tandis que le reste des capitaines faisaient de même. Les aventuriers comprenaient sans avoir besoin qu’on le leur dise ce qu’ils devaient faire et se mirent immédiatement en position, mais Olesm cligna des yeux, déboussolé.
 
“Par ici.”
 
Ceria le tira dans la ligne derrière les guerriers, qui formaient une ligne de boucliers   et d’armes en alternance de manière à pouvoir battre en retraite si besoin. Les mages attendaient au fond, prêts à lancer des sorts au besoin tandis que Cervial emmenait son équipe sur le front.
 
Huit aventuriers, y compris lui-même, encochèrent des flèches sur une série d’arcs. Plusieurs arcs longs et arcs courts, mais également une arbalète Naine et deux frondes. Cervial tenait l’arbalète, visant calmement en s’agenouillant avec un genou levé pour stabiliser l’arme.
 
Il leva une main. Les aventuriers, déjà silencieux, ne firent plus un bruit.
 
“Je les entend.”
 
Ceria aussi les entendait. Et bientôt, chaque humain put entendre l’écho des pieds rapides s’entrechoquant au loin. Le bruit était faible, mais il s’amplifiait.
 
Olesm tremblait d’énergie nerveuse. Ceria aurait voulu le calmer, mais elle avait peur que le toucher ne le fasse crier. Donc elle attendit.
 
Les sons s’amplifiant, elle commença à entendre des gémissements et des grondements au loin. Les zombies faisaient du bruit. Elle vit les yeux de Cervial se plisser, et il leva l’arbalète.
 
Le carreau se relâcha avec un bruit sec et deux des aventuriers à arcs longs tirèrent aussi. Ceria ne pouvait même pas voir aussi loin dans les ténèbres, mais Cervial hocha la tête.
 
“J’en ai eu un.”
 
Un membre de son équipe acquiesça et l’autre secoua la tête.
 
“J’en ai eu un dans la jambe.”
 
“Tir en pleine poitrine. Ça ne l’a même pas ralenti.”
 
Ils rechargèrent leurs armes en discutant. En quelques secondes, ils levèrent leurs arcs et tirèrent de nouveau. Ils firent cela deux fois de plus avant que les zombies n’apparaissent dans la lumière des aventuriers.
 
Des cadavres coururent sur les aventuriers. Des cadavres revenus à la vie. Ils n’étaient pas humains. Impossible, avec leurs chairs tellement pourries que les intestins et les os sortaient à travers leur peau morte. Ils étaient sombres, aussi, certains verts de champignons et de pourriture, d’autres bleus ou noirs dans la mort, leur peau relâchant un peu de leurs intérieurs liquéfiés.
 
Olesm déglutit lorsqu’ils apparurent dans son champ de vision, mais l’équipe de Cervial n’hésita pas. Chaque arme se dressa et ils se mirent à tirer, les frondes faisant tournoyer de lourdes pierres dans les yeux et les visages des zombies tandis que les flèches en déchiraient d’autres.
 
Un carreau de l’arbalète noire traversa les têtes de deux zombies, faisant trébucher leurs compagnons lorsqu’ils se précipitèrent sur les aventuriers.
 
Dix zombies tombèrent. Puis douze. Puis seize. Lorsqu’ils ne furent plus qu’à six mètres, Cervial bondit sur ses pieds.
 
“On recule !”
 
Le reste de son équipe se précipita à travers les interstices dans la ligne de front que les guerriers leur avaient laissés. Instantanément, les aventuriers au front serrèrent les rangs. Les zombies fondirent sur eux, mordant, les bouches béant de manière obscène alors qu’ils se précipitaient sur les aventuriers.
 
Calruz était devant à côté de Gerial. Ceria le vit lever sa hache, mais pas pour la balancer sur le zombie qui lui courait dessus. Il se contenta de regarder le zombie droit dans les yeux et de tendre le bras.
 
Les lames aiguisées de la hache de guerre s’écrasèrent contre le torse du zombie, le faisant s’envoler en arrière. Il retomba et Calruz assena sa hache d’un air nonchalant sur ses côtes. Les os se brisèrent et le zombie s'immobilisa.
 
Le reste des aventuriers traitèrent la charge des zombies sensiblement de la même manière. Des boucliers enfoncèrent les corps frêles, les forçant à reculer tandis que des épées, des haches, et des masses leur rentraient dedans, écrasant leurs crânes, arrachant leurs têtes. Il n’y avait même pas une once de combat à la loyale. Les aventuriers travaillaient en tandems, étaient largement plus nombreux que les morts, et avaient des Niveaux et des Compétences. Les morts n’avaient que leurs corps pourrissants, et, rapidement, même plus cela.
 
Lorsque le dernier zombie rampant eut été achevé, Yvlon regarda autour d’elle.
 
“Y a-t-il des blessés ? Des blessures à soigner ?”
 
Il n’y en avait pas. Elle alla inspecter les corps avec Cervial et quelques autres éclaireurs.
 
“Hm. Regarde ça, Yvlon.”
 
Cervial lui montra certains cadavres. Yvlon vit des visages humains dévastés, leur chair empestant la décomposition. Elle toussa et un mage murmura un sort.
 
“[Vent Purifiant].”
 
“Merci. Qu’est-ce que je suis censée voir, Cervial ?”
 
“Ça. Ces zombies sont principalement des humains. Et leur mort est récente. Si ce n’était pas le cas, on se battrait contre des squelettes.”
 
“Ce sont encore des aventuriers qui sont venus avant nous ?”
 
“C’est très probable. Mais regarde derrière eux ?”
 
Yvlon vit ce dont il parlait.
 
“Des Drakéides. Et très pourris, avec ça.”
 
“Mais pas assez pour être inutiles. On dirait un sort de conservation, su tu veux mon avis. Quelque chose les empêche de pourrir.”
 
“Ou restaure leurs chairs. Merveilleux. Est-ce que tu penses que la menace principale sera les morts-vivants, alors ?”
 
“Ils attaquent régulièrement le reste des monstres. Je parierais bien là-dessus, oui.”
 
Cervial sourit, ses dents réfléchissant la lumière des torches. Mais son sourire s’effaça.
 
“Mais quand même, c’était un sacré groupe. Pas vraiment un petit comité d’accueil, pas vrai ?”
 
Yvlon secoua la tête.
 
“Pour une première rencontre ici ? Je dirais que c’était un groupe raisonnablement petit.”
 
L’homme hocha la tête, mais il semblait toujours perturbé.
 
“Les zombies peuvent sentir la présence des vivants. C’est naturel qu’ils nous aient sentis et soient venus nous attaquer, on est tellement nombreux.”
 
Il marqua une pause.
 
“Mais tout de même. C’était un peu trop facile et rapide à mon goût. Normalement, je m’attendrais à ce qu’ils se propagent en nous sentant, et qu’ils se suivent les uns les autres, pas qu’ils nous chargent tous d’un seul coup comme ça.”
 
La femme en armure prit le temps de réfléchir.
 
“Ça pourrait être une coïncidence.”
 
“Ou pas.”
 
Elle hocha la tête à l’attention des éclaireurs.
 
“Restez sur vos gardes.”
 
Ils acquiescèrent, et disparurent devant, la lumière de leurs torches rapidement étouffées par les ténèbres.
 
Lorsque Ceria retrouva Olesm, il tremblait, mais pas de peur après la courte bataille. Il regardait les morts, réprimant sa nausée jusqu’à ce que le vent magique chasse la puanteur.
 
“C’était tellement… impressionnant ! Ils étaient tellement nombreux, mais vous vous en êtes débarrassés comme s’ils étaient… comme si…”
 
Le Drakéide tenta de claquer ses doigts tremblants. Ceria sourit.
 
“Les si n’avaient rien à voir là-dedans. Le bon vieux métal s’est chargé de tout, en l’occurrence. Ce qui est une bonne chose. Si on avait dû commencer à jeter des sorts pour une poignée de morts-vivants, on serait mal partis.”
 
“Ceria !“
 
La demie-Elfe leva les yeux. Yvlon lui faisait signe à côté du reste des Capitaines. Elle faisait également signe à Olesm.
 
Ceria s’approcha, Olesm sur ses talons. Yvlon leur sourit à tous les deux.
 
“On n’est pas trop mal partis, non ? On travaille bien ensemble.”
 
“Mais tout de même, c’était beaucoup de morts-vivants. Est-ce qu’on doit s’attendre à ce qu’il y en ait plus devant ?”
 
“C’est plus que probable. On était en train de se demander si ce ne serait pas le moment d’utiliser ton sort d’[Illumination], Ceria. Qu’en penses-tu ?”
 
Ceria hésita.
 
“Je ne peux pas me servir des lumières pour illuminer des endroits où je n’ai pas encore été. Je pourrais m’en servir pour illuminer le chemin qu’on a parcouru mais… je pense qu’on devrait attendre. Ce n’est pas comme si on était tellement loin de la sortie qu’on aurait du mal à trouver le chemin du retour, et quand je le jetterai, il faudra que ce soit à un endroit où on voudra rester un petit moment.”
 
Yvlon acquiesça.
 
“Quand on montera le camp, alors. On trouvera un endroit. Mais on a encore des heures devant nous avant de devoir nous reposer donc on va attendre.”
 
“Est-ce qu’on va se remettre à avancer maintenant ?”
 
“Presque. Les éclaireurs disent que le corridor commence à s’incliner vers le bas. C’est l’endroit qui mène au deuxième sous-sol.”
 
“C’est là où le reste des équipes ont disparu.”
 
“Exactement. On va y entrer prêts pour toutes les éventualités.”
 
Gerald et Calruz étaient en effet en train de mettre tous les meilleurs aventuriers au front, créant un mur de chair et de métal, tandis que les mages et les aventuriers à armes à distance se mettaient derrière.
 
“Je reste au centre tandis que l’équipe de Cervial forme l’arrière-garde. Est-ce que tu voudras bien marcher avec moi, Ceria ?”
 
“J’en serais ravie. Olesm ?”
 
“Oh, j’en serais honoré. Et ils se mettent en mouvement. Est-ce qu’on y va… ?”
 
Yvlon et Ceria avancèrent en position au milieu du groupe. Les Lances d’Argent se dispersèrent pour couvrir le corridor de part en part, formant une deuxième ligne qui pourrait tenir si le front devait se replier.
 
L’aventurière humaine et Ceria papotèrent doucement tandis qu’Olesm traînait derrière eux, essayant, mal à l’aise, d’entretenir une conversation avec Sostrom en descendant le long de la pente de plus en plus inclinée du corridor.
 
“Je suis contente que tu ne m’en veuilles pas.”
 
“T’en vouloir ? Pourquoi donc ?”
 
Yvlon sourit d’un air piteux.
 
“J’ai l’impression que j’ai en grande partie déclenché le… l’incident avec Ryoka, quelques jours plus tôt. Je n’avais vraiment pas prévu de causer tant de problèmes.”
 
Ceria haussa les épaules, mal à l’aise.
 
“C’était principalement sa faute.”
 
“Mais tout de même. Ma tante avait souligné à quel point elle voulait rencontrer cette Coursière, et je n’arrivais pas à comprendre pourquoi. Je voulais la tester, mais pas la faire sortir de ses gonds.”
 
“Cette fille n’a que des gonds. Je ne comprends pas pourquoi Magnolia… enfin, il y a quelques détails qui me frappent chez elle. Mais pourquoi est-ce que la Lady de Reinhart voudrait dépenser autant d’énergie sur elle me dépasse.”
 
“Cela me dépasse aussi, pour tout dire. Ma tante ne se confie à personne, et ses intérêts sont… éclectiques. Mais j’espère vraiment que Ryoka ne fera rien d’inconsidéré. Une fois qu’on tombe dans les machinations de ma tante, c’est difficile d’en sortir.”
 
Ceria était surprise. Elle observa Yvlon à la lueur dansante des torches et vit l’aventurière sourire.
 
“Tu ne veux pas capturer Ryoka pour gagner ses faveurs ?”
 
“Disons que j’admire son indépendance, sinon son sang-froid. De plus, ce n’est pas bon pour Tante Magnolia de toujours obtenir ce qu’elle veut. Attend, qu’est-ce que c’est que ça ?”
 
Les aventuriers s’étaient arrêtés dans une grande pièce ouverte, emplie d’autels de pierre et des restes de tables en bois. Et, curieusement, des dalles en pierres surélevées, placées de manière symétrique autour de la pièce.
 
“Une autre salle de prières ? Que c’est étrange. Mais c’est définitivement un temple, alors.”
 
“Mais pourquoi mettre le sanctuaire sous le sol ? Ça n’a aucun sens.”
 
Ceria secoua la tête en observant les dalles de pierre disposées autour de la pièce.
 
“Non. C’est… différent de ce qu’on avait au-dessus. À quoi servent ces plaques de pierres ? Elles m’ont l’air… grandes. Assez grandes pour qu’un corps s’allonge dessus.”
 
“Un endroit où dormir ? Mais alors à quoi servent les autels ?”
 
Ceria haussa les épaules. Puis ses yeux s’écarquillèrent.
 
“Je sais. C’est un endroit où mettre les cadavres pour les laver avant de les enterrer. Ce n’est pas un temple. C’est une crypte.”
 
Les aventuriers qui l’avaient entendue marmonnèrent, la moitié d’entre eux exprimant leur accord, l’autre moitié exprimant leur inquiétude. C’était à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle. Ceria entendit Gerial expliquer pourquoi à Olesm derrière elle.
 
“Une crypte ou une tombe, c’est bien, parce qu’il y a probablement des trésors enterrés avec les morts. Mais ça va souvent de concert avec des pièges, d’anciennes malédictions et mauvais sorts sur les couvercles des tombes, et. cætera. Sans parler des morts-vivants.”
 
Yvlon haussa la voix pour se faire entendre des autres.
 
“Ça reste bon signe, toutefois. Nous savons qu’il y a des choses de valeur ici. N’importe quel endroit doté de ce genre d’architecture devait être important.”
 
Gerald acquiesça. Il avait l’air plus heureux que Ceria ne se souvenait de l’avoir jamais vu.
 
“Il pourrait y avoir des artefacts puissants là-dessous. Remettons-nous en route.”
 
“C’est un bon endroit où se replier, par contre. Regardez - il n’y a que deux entrées et on peut se servir de ce long couloir comme zone d'abattage avec nos arcs si besoin.”
 
Cervial montra les différents éléments autour de la pièce. Yvlon et le reste des Capitaines acquiescèrent.
 
“Si on ne trouve rien de mieux, on montera le camp ici. Mais pour le moment… remettons-nous en route.”
 
Les aventuriers se remirent en formation et avancèrent, un peu plus rapidement maintenant qu’ils savaient ce qui les attendait peut-être. Une tombe, ou peut-être une offrande pour les morts. L’idée faisait battre leurs cœurs un peu plus vite, faire des pas un petit peu plus grands.
 
Ceria s’apprêtait à demander plus d’informations sur Ryoka à Yvlon et ce qu’on lui avait dit sur la jeune fille lorsque quelqu’un poussa une exclamation devant. Yvlon et elle pressèrent le pas et découvrirent une fissure dans le chemin.
 
“Qu’est-ce que c’est que ça ? Une fissure dans la route ? De quel côté sont partis les éclaireurs ?”
 
Gronda Gerald tandis que Calruz s’accroupissait au sol et pour chercher des indices.
 
“Pas de marque aux murs. Pourquoi n’ont-ils pas fait demi-tour pour nous prévenir ?”
 
Yvlon fronça les sourcils tandis que Cervial et Lir continuaient à avancer.
 
“En effet, c’est bizarre. Est-ce qu’on devrait leur envoyer un sort pour les contacter ? Lir, tu as dit que ton groupe utilisait un sort de communication courte distance, c’est bien ça ?”
 
Lir acquiesça. Il leva son bâton brillant.
 
“Je vais leur parler. Un inst… attendez, qu’est-ce que c’est que ça ?”
 
La lumière d’un bleu vif qu’émettait son bâton avait illuminé quelque chose un peu plus loin dans le couloir. Lir pointa, et s’approcha de quelque chose au sol, suivi par les autres capitaines.
 
“C’est plutôt gros… un sac ?”
 
C’était en effet un sac, ou plutôt, un énorme fourre-tout ventru posé par terre. Ce n’était pas le seul. Ceria pouvait voir d’autres objets posés au sol, même si la lumière ne les éclairait pas.
 
“Attention, Lir. C’est peut-être un piège.”
 
“Hum. [Détection de Magie]. Rien.”
 
Avec prudence, Lir tâta le sac du bout de son bâton. Il poussa légèrement les bords et quelque chose tomba au sol. Lir abattit le bout de son bâton et ses yeux s’élargirent.
 
“De l’or ? De l’or ?”
 
C’était en effet de l’or. Tandis que le reste des aventuriers s’exclamaient, Lir ramassa précautionneusement l’or et l’examina.
 
“Ce n’est de toute évidence pas une sorte de monnaie. Mais qu’est-ce que c’est ? On dirait… que ça fait partie de quelque chose. Un morceau d’or qui se serait détaché d’un mur ou… ou d’une statue, par exemple.”
 
Geral fronça les sourcils.
 
“Est-ce qu’il y en a d’autres dedans ?”
 
Un aventurier ouvrir précautionneusement le sac et s’exclama, émerveillé.
 
“Encore de l’or ! Et des pierres précieuses ! Dieux, c’est une petite fortune !”
 
Plusieurs aventuriers s’attroupèrent instantanément autour de lui, mais Cervial les repoussa. Il se pencha et ramassa un petit rubis, l’examinant avec attention.
 
“C’est étrange.”
 
“Quoi donc ?”
 
Il montra la gemme à Yvlon et les autres. Ceria pouvait la voir scintiller à la lumière. C’était clairement une pierre de haute qualité mais à la voir, quelque chose qui ne tournait pas rond.
 
“Regardez les bords. C’est de la pierre. Elle était attachée à quelque chose. Un mur peut-être, ou une sorte d’œuvre d’art…”
 
“Tu dis que ça vient d’un autre endroit dans les Ruines. Le butin d’un aventurier… ?”
 
“Forcément. Et les autres… oui, ce sont des sacs plein de butin ! Abandonnés. Pourquoi ?”
 
“Quelque chose les a attrapés. Ou… leur a fait suffisamment peur pour qu’ils lâchent tout et s’enfuient.”
 
“Mais personne n’est jamais revenu du deuxième sous-sol.”
 
Les aventuriers se turent. Ceria sentit un léger picotement de malaise au creux de son estomac.
 
Étrangement, ce fut Olesm qui rompit le silence. Il regarda autour de lui dans les ténèbres, les yeux se tournant vers lui.
 
“Ces éclaireurs. Ils ne nous ont pas indiqué la fissure dans le tunnel. Et ils seraient revenus nous voir. Où sont-ils passés ?”
 
Yvlon ouvrit la bouche, puis ses yeux s’écarquillèrent. Un tiers des aventuriers dans la pièce sursautèrent ou attrapèrent leurs armes. Ceria l’avait senti aussi.
 
Ceria et Yvlon échangèrent un regard.
 
“Mon [Instinct de Survie]...”
 
Une embuscade !
 
Ce fut leur seul avertissement. Quelque chose poussa un cri aigu au loin, puis les murs autour d’eux se fendirent en deux, et les morts se déversèrent sur eux.

Hors ligne Maroti

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  • Traducteur de The Wanderin Inn par Piratebea
Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
« Réponse #64 le: 20 juin 2020 à 13:31:09 »
1.01 H
Traduit par Maroti

Les morts chargèrent tapit dans les ténèbres dans une interminable marée de corps desséchés. Leur chair en lambeau et les yeux brillants dans leurs orbites vides tressaillirent dans les torches et la magie. Les zombies coururent, rampèrent ou titubèrent dans une vague de peau décolorée, mais ils n’étaient pas seul.

Plus de morts-vivants venaient apparaître : des squelettes bondirent sur les aventuriers les plus proches avec une grâce inhumaine ainsi que des goules, la forme évoluée des zombies qui se battaient et bougeaient avec une vitesse et une force surnaturel. Et bien pire encore, de grandes silhouettes et des visages pâles pouvait être aperçus entre les variétés communes des mort-vivants.

« Seigneurs des Cryptes !»

« Non pas un ! Il y a en quatre ! »

« Nous sommes encerclés ! Battez en retraite ! »

« Tenez votre position ! »

La voix massive de Calruz s’éleva au-dessus des autres. Il trancha un zombie en deux en criant aux aventuriers.

« Tenez, bon sang ! Retraitez-vous de manière ordonnée ! Guerriers, tenez la position alors que les mages battent en retraite vers la chambre ! »

C’était impossible de savoir si quelqu’un l’avait entendu. Les mort-vivants venaient de tous les côtés, non pas que des deux passages, mais aussi depuis derrière les aventuriers.

Yvlon et Ceria se tenaient côte à côté, leurs yeux allant de gauche à droite. Les mort-vivants étaient partout. Ils étaient déjà en train d’attaquer les aventuriers autour de Ceria et d’Yvlon, et seule leur position au milieu du groupe leur avait offert une chance de réagir.

Ceria leva sa baguette, mais il y avait trop de corps sur son chemin. Yvlon était dans la même situation. L’aventurière blonde regarda derrière elle. Les aventuriers étaient en train d’essayer de se retraiter, mais un groupe de morts était apparu derrière eux, les maintenant en place.

« D’où est-ce qu’ils viennent ? »

Ceria pointa du doigt.

« Là ! Des passages secrets ! »

Des parties du mur de pierre s’étaient ouvertes pour laisser les mort-vivants se déverser. Ils étaient de petites alcôves, juste assez grande pour laisser un petit groupe se tenir de manière confortable. Mais les morts étaient entassés à l’intérieur, attendant que quelqu’un déclenche leur piège.

Et maintenant, le piège s’était déclenché et ils étaient encerclés par la mort.

Les guerriers devant Ceria étaient en train de lutter contre les mort-vivants, mais ils étaient encerclés, et luttaient pour pouvoir lever leurs armes. Yvlon fit un pas en arrière et donna un coup à une squelette qui était en train de poignarder un mage. La femme s‘effondra, ensanglantée, et disparue sous les jambes des mort-vivants avant que Ceria ne puisse l’attraper.

Désespérément, Ceria s’aligna pour lancer un sort, mais elle était prise au piège. Ils étaient trop proche l’un de l’autre. Elle regarda le dos d’un guerrier en cotte de maille et leva sa baguette. Elle pouvait l’aider avec un sort…

Une énorme main griffue attrapa le guerrier autour de la taille et le tira en l’air alors qu’il hurla. Ceria se figea alors que le monstre mort-vivant qui avait attrapé l’homme en armure le projeta dans la masse de mort-vivant où il faut aussitôt déchiqueter.

Les autres aventuriers autour de Ceria se retraitèrent plutôt que d’être à portée de la chose griffue. Elle essaya de se retraiter, mais le groupe était désormais à son désavantage. Elle était soudainement en première ligne et le monstre était en face d’elle. Ce n’était pas un zombie. Elle savait qu’elle regardait un Seigneur des Cryptes, un mort-vivant capable de pensée.

Un Seigneur des Cryptes était une créature morte animée par une puissante magie qui avait continué de devenir plus puissante au fil des années après sa réanimation. Qu’importe la forme qu’ils avaient eue lors de leurs vies, cette dernière était désormais déformée par la pourriture.  Ils étaient plus grands que tous les aventuriers, à l’exception de Calruz, leurs dos courbés et leurs immenses visages boursouflés souriant pour révéler plus de dents tranchantes qu’un humain pouvait avoir.

Ce n’était pas des dents, mais des os. Des os jaunies qui avaient été brisé et bougé pour créer l’illusion d’un sourire. Les Seigneurs des Cryptes mangeaient les morts pour soigner leurs corps. C’était la raison pour laquelle leurs puissants bras et jambes avaient une terrible apparence recousue alors que la chair et les os s’étaient assemblés pour ne former qu’un.

Le Seigneur des Cryptes sourit à Ceria, un liquide noir coula entre ses dents. Ils avaient du sang, d’une certaine manière. Du sang toxique et noir porteur de mort et de maladie.

Il cracha et Ceria plongea aussitôt. Le poison noir la toucha, mais la majorité toucha ses robes. Elle roula en sûreté et leva la tête pour voir deux yeux bleus luisants baissés vers elle.

Pendant un instant, Ceria se relaxa. C’était juste Toren. Mais… Ce squelette n’était pas pareil. Il était couvert de sang rouge et tenant une épée tordue et brisée dans ses mains. Et Toren était à des kilomètres au-dessus du sol.

Le squelette ensanglanté leva son arme et l’abattit sur Ceria alors qu’elle essaya de rouler de nouveau. Il la toucha dans le dos.

Ceria hurla d’agonie, mais sa robe reçu de nouveau la majorité du coup. Elle avait l’impression que quelque chose venait d’essayer de lui écraser la colonne vertébrale, mais elle était encore en vie. Mais pas pour longtemps. Le squelette leva de nouveau son épée.

Ceria leva sa baguette. Un pic de glace emporta la tête du squelette alors que le reste de son corps s’écroula au sol.

Elle bondit sur ses pieds, tremblante. Elle était à découvert. Le Seigneurs des Cryptes cracha de nouveau. Mais cette fois vers un autre aventurier. C’était trop dangereux. Elle leva sa baguette et visa.

Le monstre avait une amalgamation d’œil qu’il avait volé à différent cadavres. Ils s’entassaient ensemble dans une énorme orbite de chair, environ une vingtaine de globe oculaire dans chaque ‘œil’. Ils se tournèrent vers elle alors qu’elle parla.

« [Stalactites] ! »

L’épais pic de glace s’enfonça dans la tête du Seigneur des Crypte et un jet de sang noir se déversa de son orbite détruite. Le Seigneur des Cryptes hurla silencieusement et courut vers Ceria.

« Esquive ! »

Ceria ne savait pas d’où venait la voix, mais elle se baissa aussitôt. Elle sentit ses cheveux accrocher quelque chose et plusieurs d’entre eux furent arracher alors que Cervial planta un carreau d’arbalète directement dans l’autre œil du Seigneur des Cryptes.

Cette fois, il hurla de pleine voix, un cri déchirant provenant de plusieurs voix à la fois. Ceria tituba et commença à se débattre, frappant les autres zombies autour d’elle alors qu’ils cherchaient quelque chose à tuer.

Ceria se retourna, mais cinq zombies apparurent soudainement de la mêlée et se précipitèrent vers elle et le Capitaine-archer. Il jura et dégaina son épée courte plutôt que de recharger. Ceria en abattit un autre avec un [Stalactites] avant que deux autres ne bondissent sur elle.

Ceria connaissait plus de cinquante sorts qu’elle pouvait utiliser, mais sa baguette contenait le sort [Stalactite] et donc elle pouvait le lancer plus rapidement que le reste. Elle planta un pic de glace dans le torse d’un zombie, le clouant au sol, avant de fuir pour éviter les mains de l’autre zombie.

Le Drakéide mort-vivant bondit après elle, mais une femme avec une masse l’envoya au sol d’un coup. Elle était l’un des Lances d’Argent d’Yvlon, et son armure argenté était recouverte de sang.

Ceria ne prit pas la peine de la remercier, l’instant d’après elle et la guerrière était déjà en train de se battre. Elle tira au-dessus de la tête d’un archer et toucha une goule qui venait de bondir sur un homme. Il leva la tête, recula, et tira trois flèches dans le visage de la créature.

Plus de mouvement. Ceria se retourna et vit une figure au sol qu’elle reconnaissait.

Une goule était accroupie sur Gerial, l’attaquant avec ses griffes. Ceria n’hésita pas. Elle courut en avant, dégainant sa dague de son fourreau. Elle la planta à l’arrière du crâne de la goule, l’enfonçant à travers le crâne fragile et le cerveau exposé.

A sa grande horreur, la goule était toujours vivante après son attaque. Elle tourna sa tête, des yeux pourpres et luisants la regardant avec haine. Il leva une main griffue, et Gerial lui donna un coup de pied pour se libérer. La goule fut repoussée de lui et il se redressa en lui plantant son épée à travers l’épaule.

Ceria leva sa baguette et anéanti le visage de la créature. Elle tomba pour de bon et elle aida Gerial à se releva. Son visage était un masque sanglant, mais il attrapa une potion et la vida sur ses blessures. Elles commencèrent à ce soigner alors que Ceria le regarda.

Il lutta pour reprendre sa respiration et frissonna alors que Ceria les couvrit avec sa baguette.

« Bon sang, c’est un foutoir. Où sont les autres ? »

« Je ne sais pas. »

La plupart des torches avaient été lâchées au sol, et seul quelques sorts de [Lumière] éclairait les ténèbres. Cela rendait les choses deux fois plus compliqué, alors que les aventuriers se confondaient pour des ennemis.

« Gerial. Nous ne pouvons pas nous regrouper comme ça. J’ai besoin de lancer le sort d’[Illumination], mais j’ai besoin que tu me défendes. »

Il hocha la tête.

« Fait-le. »

Ceria leva sa baguette et commença à se concentrer. C’était difficile alors que les aventuriers se battaient et que les monstres hurlaient autour d’elle, mais elle devait le faire. Son esprit était concentré sur un seul point, et ce point solitaire se multiplia. Elle tint l’image de ce qu’elle voulait dans sa tête et la força à devenir réalité.

« Autour de moi ! Cornes d’Hammerad, à moi ! »

Gerial hurla alors qu’il frappa et donna des coups de pieds au mort-vivants autour d’eux, essayant de les éloigner de Ceria. La magie en elle continua de surgir alors qu’elle regarda autour d’elle. Elle était dans un demi-endroit, à moitié dans ce monde, regardant, craignant, essayant désespérément de lancer le sort un peu plus vite pour sauver ses amis, à moitié dans le monde de la magie, chevauchant les remous et les courants en cherchant la vérité.

Du mouvement. Elle vit un Drakéide, le seul qui n’était pas mort dans ce lieu, fuir. Une ouverture dans les morts derrière eux avait créé une opportunité, et il s’y engouffra, fuyant le combat.

Une partie d’elle voulait hurler, mais la magie était presque prête. Olesm était en train de courir dans l’autre direction plus rapidement que Ceria pensait qu’il pouvait bouger. Huit autres aventuriers prirent la fuite avec lui, tous des mages en jugeant selon leurs vêtements.

Un groupe de squelette était sur leurs talons. Ils disparurent dans les ténèbres et Ceria pria pour qu’elle ne soit pas trop lente. La magie arriva à un point de non-retour, et elle ouvrit la bouche.

« [Illumination »

De la lumière illumina soudainement le couloir. Les aventuriers crièrent, protégeant leurs visages alors que des orbes de lumière volèrent depuis le sol, de lumineuses balises de lumière brillante espacées de trois mètres chacun. Ils transformèrent les ténèbres de la crypte en jour.

Pendant une seconde, les morts titubèrent avec les vivants. Ils hésitèrent, peut-être que les Seigneurs des Cryptes sentirent que leurs avantages venaient de disparaître. Les aventuriers dissipèrent l’aveuglement temporaire qu’ils avaient subits. Et désormais, ils pouvaient voir l’ennemi. Ils hurlèrent et attaquèrent.

Gerial fonça dans deux squelettes, dispersant leurs os. Ceria leva sa baguette et utilisa un autre sort.

Une petite vague d’eau frappa Gerial derrière les genoux. Il tituba, mais son armure lourde le garda debout. Les squelettes ne furent pas aussi chanceux. Ils tombèrent au sol et tentèrent aussitôt de se relever.

Cependant, cela n’était pas son objectif. Ceria visa l’eau avec sa baguette et la gela. Gerial jura alors que l’eau se transforma en glace, mais il était aussitôt entouré d’une grande zone de sol gelé. Les aventuriers bondirent hors du chemin plutôt que de se battre sur un terrain instable, mais les morts étaient moins intelligents. Ils glissèrent et tombèrent en venant vers eux, des cibles faciles.

D’autres zombies foncèrent vers Ceria alors qu’elle battit en retraite. Les aventuriers avaient formé un cercle instable et elle trouva un autre mage lançant des gerbes de feu depuis son bâton. Il se retourna et lui fit un sourire. 

« Ceria ! »

« Sostrom ! »

« Tu prends ce côté et je me charge de l’autre. »

Ils se tinrent dos à dos, détruisant des corps avec leurs magies. Ceria remarqua Calruz et plusieurs autres aventuriers combattre les Seigneurs des Cryptes, tenant les quatre massives créatures à distance alors que les plus petits mort-vivants essayaient de briser les rangs des aventuriers.

« Nous avons besoin de plus d’espace. ! »

Sostrom hurla dans l’oreille de Ceria. Elle hocha la tête.

« Là ! Vers Lir ! »

Les deux mages se retraitèrent, laissant les autres guerriers fermer la faille. Le Capitaine-mage était en train de lancer de la foudre vers un Seigneur des Cryptes. Ceria l’attrapa par l’épaule et il se retourna.

« Nous avons besoin de les séparer ! Est-ce que tu peux lancer un sort ? »

Il hurla en retour.

« Je peux ! Mais j’ai besoin d’une ouverture ! Et les morts sont aussi derrière nous ! »

« Non ! »

Lir et Ceria regardèrent Sostrom qui pointa du doigt.

« Regardez ! »

Un autre trou s’était ouvert derrière les aventuriers pris en étaux. Des flashs de lumière et de sorts réduisaient des zombies en cendres et éparpillaient des squelettes. Plusieurs aventuriers se battant dans le caveau qu’ils avaient passés.

« Voilà notre ouverture ! Si tu peux nous faire gagner du temps… »

« Donne-moi une minute. Est-ce que tu peux nettoyer la zone d’abord ? »

Ceria hocha la tête.

« Sostrom.»

« Je m’en charge. »

Il couvrit les deux mages alors qu’ils commencèrent à se concentrer de nouveau. Ceria leva sa baguette et sentit la chaleur s’emmagasiner dans sa baguette. Elle visa et cria aux aventuriers devant elle.

« Je vais en lancer un gros. Que tout le monde recule ! »

Ils regardèrent autour d’eux, virent la baguette luisant et distordant l’air, et se précipitèrent à gauche et à droite. Ceria vit Gerial percuter Calruz pour le faire bouger. Elle visa l’un des Seigneurs des Cryptes alors qu’il visa les aventuriers battant en retraite.

« [Boule de Feu] ! »

Un orbe de feu orange aussi gros qu’un ballon de basket fut projeté de la baguette. Il vola et percuta le Seigneur des Cryptes dans le torse.

Ceria sentit l’explosion la projeter en arrière et n’entendit qu’un bourdonnement dans ses oreilles. Sostrom la rattrapa, et pendant plusieurs secondes tout ne fut que fumée et confusion. Puis Ceria vit le Seigneur des Cryptes hurler, embrasé alors que les morts autour de lui se dispersèrent, prenant feu ou était envoyé au sol.

Elle hurla vers le mage à côté d’elle.

« Lir, maintenant ! »

Son visage était recouvert de sueur. Lir leva son bâton et pointa dans l’ouverture alors que les mort-vivants se regroupèrent pour une autre charge.

Du feu jaillit de son bâton et passa à côté des aventuriers, certains d’entre eux furent assez malchanceux pour être roussi par les flammes magiques. Un rideau de flamme bloqua le couloir, chaque flamme touchant presque le plafond. Les aventuriers en première ligne reculèrent, alors que les mort-vivants passèrent le rideau en se retraitèrent, brûlant et hurlant.

« Maintenant ! Tout le monde vers l’arrière ! »

La voix d’Yvlon s’éleva et les aventuriers se retournèrent. Certains mort-vivants avaient été coincé derrière le feu. Ils furent hachés en morceau et le groupe courut vers la grande pièce.

« Le sort va bientôt s’arrêter ! Mages, faites nous gagner du temps. »

Lir hocha la tête. Il leva son bâton et deux autres mages se joignirent à lui. Ils pointèrent à l’unique entrée à la pièce et des murs de lumière et des runes magiques apparurent sur le sol, bloquant l’entrée.

« [Bouclier de Sécurité]. »

« [Barrière Mineure]. »

« [Sanctuaire de Lumière]. »

Aucun de ses sorts n’était particulièrement de haut-échelon, ils étaient tous des sorts du Premier Échelon ou du Second Échelon, mais ensemble ils faisaient ce qu’un sort individuel ne pouvait pas faire.

Ceria vit le sort de mur de flammes de Lir s’éteindre, et les mort-vivants coururent vers la barrière. Ils s’écrasèrent contre les sorts et même s’ils poussèrent et frappèrent les murs magiques, ils n’arrivaient pas à le franchir.

Les aventuriers regardèrent, tendus, jusqu’à ce que les morts commencèrent à se retraiter. Les quatre Seigneurs des Cryptes regardèrent la magie en silence et commencèrent à marcher dans les ténèbres. Les morts les suivirent en silence. Ils disparurent en quelques minutes.

Le combat était terminé. Et comme si un sort venant d’être lancé, Ceria pouvait soudainement entendre les autres sons autour d’elle. Des hommes et des femmes étaient en train de pleurer de douleur, les voix, le grincement du métal et l’écoulement des potions versé sur les blessures ou défirent leurs armures pour regarder la gravité des plaies. Tous les sons qui avaient été couverts par les battements de son cœur.

« Baisez-moi avec une dent de Wyverne, c’était quoi ce bordel ? »

Gerial était en train de crier au milieu des aventuriers. Il tenait une pièce de vêtement pour arrêter le saignement alors qu’une potion de soin régénérait une grosse morsure qui avait pris un morceau de sa jambe. Il pointa le couloir recouvert de cadavres.

« Ils nous ont déchiquetés là-bas ! C’était une embuscade ! Une foutue embuscade de la part de mort-vivants »

« Combien de personnes sont-elles blessés ? Il nous manque qui ? »

Yvlon s’avança dans la pièce, écoutant les aventuriers répondre à son appel. Ceria regarda autour d’elle pour son groupe et courut vers les Cornes d’Hammerad. Miraculeusement, ils étaient tous là. Marian, Gerial, Calruz, Sostrom… »

« Hunt ? Où est Hunt ? »

Ceria regarda autour d’elle, soudainement paniqué.

« Là. Il est là. Ceria. »

L’un des guerriers, Barr, pointa au sol. Ceria vit que Hunt était allongé au sol avec sa tête sur un sac, son visage grimaçant et ses mains figés dans une position crispée.

« Que… »

« Un Nécrophage là eu par-derrière. Il l’a touché avec l’une de ses foutues griffes paralysantes et il s’est figé. Il va bien, mais la magie ne va pas se défaire avant un bout de temps. » 

Ceria soupira de soulagement. Ce n’était pas idéal, Hunt était hors de la partie, mais il n’était pas mort. Elle regarda les autres aventuriers. Ils étaient tous en piteux états, incluant elle. Ils avaient tous des blessures, même avec des potions de soins. Tous à l’exception de Calruz. Le Minotaure semblait n’avoir pas pris plus qu’une égratignure durant le combat, et seulement le sang recouvrant le moindre centimètre de sa hache de guerre prouvait qu’il s’était battu.

« Ceria. C’est bien que tu sois encore là. Tu as lancé le sort de lumière au bon moment, ainsi que la boule de feu. »

Il hocha la tête et scanna la pièce. Elle ouvrit sa bouche pour une réponse cinglante, et la referma.

« Ouias. Je suis content que tout le monde soit là. Nous avons perdu combien de personne ? »

La réponse était six, ce qui était un miracle en soi. Mais ce n’était que six morts, et bien plus de blessés. La plupart des blessures que les aventuriers avaient reçues pouvaient être soignées avec des potions de soins, mais beaucoup avaient perdus des doigts ou des membres, et certains avaient des os brisés qu’une potion n’allait pas pouvoir soigner.

Le groupe qui avait été le plus touché avait été les Francs-Tireurs de Cervial. Ils avaient perdu deux membres dans l’embuscade, et deux de plus dans le groupe d’éclaireur. Il était en train de sangloter alors qu’il rechargea son arbalète avec un autre carreau.

« J’ai tiré sur ce foutu monstre, mais il a juste attrapé Elise et l’a mangé. Putain. Bande de saloperies »

« C’était un désastre. »

Lir hocha la tête en de reposant sur une pierre. Son visage était gris, un signe qu’il avait utilisé trop de magie. Ceria était pareil, même si la potion de mana qu’elle avait prise avait aidé.

« Comment ont-ils pu-nous prendre par surprise comme ça ? Nous avons baissé notre garde, pensant que les morts ne pouvaient pas le faire. »

« Ils étaient menés par des Seigneurs des Cryptes, voilà comment. Ces bâtards commandent les autres morts. »

« Des Seigneurs des Cryptes. Je ne les ai jamais combattus. Ces choses géantes au fond, ils peuvent… Ils peuvent réfléchir »

Lir et Ceria hochèrent la tête.

« A quel point sont-ils dangereux ? »

« Un Seigneur des Cryptes est une menace capable de massacrer une compagnie d’Argent s’ils ne sont pas prudents. Le niveau nécessaire pour les affronter est estimé… Autour de 22. Possiblement 26 si tu comptes leurs capacités spéciales. Ils sont principalement dangereux car ils peuvent diriger les morts autour d’eux pour faire des choses comme se cacher et attendre et effectuer des formations stratégiques. »

Gerald jura.

« Par les Dieux. Ce n’est pas une surprise que Charlez et sa compagnie ne s’en sont pas sortie. Nous avons bien failli ne pas nous en sortir aussi. »

« Beau travail pour ce soir d’[Illumination], Ceria. Sans ça nous aurions été cuit. »

Ceria baissa la tête alors qu’Yvlon lui fit un signe respectueux de la sienne. Cervial hocha lentement la tête et Gerald grogna.

« Oui, et les mages nous ont certainement sauver la vie. Mais il y a un problème. Où est-ce foutu lézard ? »

« Q-qui ? Moi ? »

Gerald fronça les sourcils en regardant Olesm à l’autre bout de la pièce. Le Drakéide tressaillit alors qu’il fonça vers lui.

« Toi ! Je t’ai vu prendre la fuite. Je devrais te finir ici moi-même, couard ! »

Olesm leva ses mains alors que les poings de Gerald se serrèrent.

« S’il vous plait, laissez-moi m’expliquer… »

« Attend Gerald ! »

Un autre mage assez avec son dos contre le mur leva une main avec précaution alors que le visage de Gerald devint rouge. Il pointa vers Olesm.

« Ce Drakéide n’a pas fui. Il nous a sauvé. Et toi aussi. Quand les mort-vivants nous ont chargé, il a pris un groupe de mage et utilisé une compétence pour nous laisser nous échappons de l’embuscade. Ce qui nous a permit de revenir ici et d’ouvrir un chemin pour vous tous. »

« Quoi ? »

Gerald regarda Olesm de manière incrédule. Le Drakéide lui fit un sourire nerveux.

« [Retraite Rapide]. C’est, ah, une compétence de [Tacticien], même si beaucoup de [Voleurs] et de classes similaires la connaissent. J’ai entendu Calruz hurler de revenir par ici et je pensais que le reste d’entre vous étaient juste derrière moi.

Les aventuriers murmurèrent leurs appréciations. Gerald hésita, avant de hocher lentement la tête.

« Eh bien. Bon travail. Mes excuses. Merci pour avoir fait cela. Si tu ne l’avais pas fait… »

« C’était une terrible embuscade. Mon [Instinct de Survie] en s’est déclenché qu’à la dernière seconde. Si nous avions fait plus attention à nos éclaireurs… »

« Ils étaient nous meilleurs. Rien n’aurait du être capable de les vaincre sans faire un bruit. Pas sans une horde de morts-vivants. Ils avaient tous des compétences pour fuir. Donc comment… »

Yvlon posa une main réconfortante sur l’épaule de Cervial. Elle regarda les autres aventuriers.

« Nous pouvons nous inquiéter une fois que la menace est partie. Ces sorts ne vont pas durer pour l’éternité. Et nous avons rapidement besoin de prendre une décision. Est-ce que nous continuons d’avancer, maintenant que nous savons combien de mort-vivants nous attendent, en comptant les Seigneurs des Cryptes ? Où est-ce que nous battons en retraite. »

« Battre en retraite ? »

Même Cervial leva la tête à ses mots. Il secoua la tête, une sombre furie dans ses yeux.

« Non. Nous ne faisons pas ça. C’était une embuscade, pas un véritable combat. Nous allons après ces monstres et nous les découpons en morceaux. »

« Une idée sur comment faire ? »

Cela venait de Gerial. Il se tenait à la barrière et regardait dans les ténèbres. Le sort d’[Illumination] de Ceria avait éclairé l’intégralité de la salle, mais seulement jusqu’à ou elle avait marché. Les couleurs partant de la pièce étaient toujours vides, et pas le moindre mort-vivants n’était visible de là où il se tenait.

« Ils se sont déjà cachés de nouveau. Si nous continuons, nous allons remettre les pieds dans une nouvelle embuscade. Certes, nous savons ce qui nous attend, mais je préférerai ne pas refaire cela. »

Lir hocha la tête alors qu’il se remit lentement sur pied.

« Nous pouvons préparer des pièges et fortifier cette zone. Si nous avons besoin de battre en retraite… »

« Un combat d’usure comme celui-là est risqué. Nous allons devoir constamment regarder par-dessus notre épaule, et nous ne saurons jamais si nous les avons tous eut. »

Yvlon soupira alors qu’elle nettoya son épée avec un chiffon.

« Ces Seigneurs des Cryptes sont mortels. Nous avons besoin de les éliminer en premier. En faisant cela, le reste des mort-vivants deviennent bien moins menaçant. »

« Est-ce que nous avons un moyen de les détecter ? Un sort ? »

« Nous pouvons chercher pour les pièces piégées, mais nous brûlerons rapidement notre magie de cette manière. C’est risqué. »

Cervial montra les dents.

« Il n’y moyen que je batte en retraite, pas sans un gros sac d’or à mettre sur la tombe de mes compagnons. »

« Je suis entièrement d’accord avec toi, mais comment ? »

« J’ai un plan. »

Chaque aventurier se tourna et les débats s’arrêtèrent alors que Calruz parla. Ceria arrêta de boire sa seconde potion de mana et dut lutter pour ne pas lever un sourcil dubitatif. Calruz ? Ses plans étaient aussi complexes que ceux d’un Gobelin, et tout le monde le savait. Même lui. Il laissait toute la finesse pour Gerial et Ceria.

Mais le Minotaure venait de capturer l’attention de tous et c’était son devoir de le suivre. Ou de lui donner un coup de pied dans la queue s’il disait quelque chose de stupide.

« Nous devrions tous les affronter de face. »

Le pied de Ceria tressaillit, mais Gerald fut plus rapide.

« Est-ce que tu es fou, Calruz ? Qu’est-ce qui te fait putain de penser que l’on veut faire ça ? Ils nous ont tous pratiquement réduit en charpie dans cette embuscade et tu veux tous les affronter en même temps ? »

Le Minotaure laissa échapper une bouffée d’air de ses naseaux.

« Tu parles de les chercher dans leurs domaines, mais cela est de l’inconscience. Nous sommes des aventuriers. Nous sommes plus forts qu’eux. Si nous leurs retirons l’élément de surprise et les attaques de couard dans notre dos, nous avons une plus grande chance de les massacrer d’un coup que de nous battre dos au mur toutes les cinq minutes. »

Les autres Capitaines et vice-Capitaines restèrent silencieux après cela. Yvlon leva ses sourcils et regarda Lir, qui hocha la tête.

« Calruz à raison. Dans un vrai combat sans embuscade nous avons l’avantage. Si nous pouvons transformer le combat de cette manière je parierai tous mon argent sur nous sans hésitation. Mais comment est-ce que tu proposes que nous fassions cela, Calruz ? Ces monstres ne sont pas très malins, mais ils sont suffisamment intelligents pour ne pas tout donner dans une attaque d’envergure. Tu as vu comment ils se sont retraités une fois que les barrières furent levées. »

« Je les attirerai. Si l’un d’entre vous possède un sort d’[Amplification] ou quelque chose de la sorte, je les provoquerai pour qu’ils nous attaque. »

« Je connais ce sort. Mais est-ce que le reste d’entre vous est d’accord ? »

Lir regarda autour de lui. Yvlon hésita avant de hocher la tête, mais Gerald et Cervial était déjà en train de prendre leurs armes.

Calruz regarda autour de lui.

« Toi. [Tacticien]. As-tu une compétence pour renverser le cours d’un combat ? »

Olesm déglutit.

« Oui. Qu… Quelques-uns. Un bon. Est-ce que je devrais l’utiliser maintenant… ? »

« Non. Attends. Nous allons reprendre nos forces pendant quelques instants. Et puis après nous allons détruire ceux qui nous ont volés les nôtres. »

Les yeux de Calruz flashèrent. Il leva sa hache de guerre et les aventuriers commencèrent à se tenir. Cela s’écoula sur eux, un moment de passion qui devint de la colère. Ils avaient été attaqués, blessés, certains de leurs amis étaient morts. C’était l’instant de se battre à nouveau.

Ceria sentit la même sensation passé à travers elle. Elle regarda sa baguette et estima qu’elle pouvait encore lancer suffisamment de sort avant d’être à court de mana. Oui, les mort-vivants avaient frappé et causé des dégâts. Mais ils n’avaient pas tué tous les aventuriers.

Maintenant, c’était à leur tour de contre-attaquer.

***

Calruz s’avança dans le couloir et attendit que les aventuriers se rassemblent autour de lui. Il n’était pas assez trop loin de la pièce qui était désormais leur camp pour les blesser et là où ils avaient placé leurs morts avec respect. Il attendit avec ses mains sur sa hache alors que Lir lança un sort pour amplifier sa voix.

« C’est fait. Je vais lancer un sort d’[Assourdissement] pour que nous ne prenions pas le pire de ce que tu t’apprêtes à faire. »

Calruz hocha la tête. Il regarda dans les ténèbres dans lesquels tous les mort-vivants avaient disparu, ne laissant que les vrais morts derrière eux. Yvlon se tint aux côtés de Calruz, le regardant curieusement.

« Est-ce que tu as une compétence de [Provocation] ? Je ne sais même pas si cela marchera sur les morts… »

« Pah. »

Ce simple mot résonna bruyamment dans les ténèbres. La voix déjà bruyante et profonde de Calruz avait été amplifiée plusieurs fois et Yvlon grimaça. Il lui fit signe de s’approcher et murmura, ce qui était toujours plus fort qu’un cri avec le sort.

« Je n’ai pas besoin d’un compétence. Soit prête. Nous les écraseront quand ils nous attaquerons. »

Yvlon hocha la tête et revint dans la ligne. Cette fois, tous les meilleurs guerriers et les quatre capitaines aventuriers étaient en tête, avec tous les mages et les archers dans le fond. Ceria se tenait prêt de Sostrom, son cœur battant la chamade. En assumant que le plan de Calruz marcherait, il serait en parfaite position pour affronter les mort-vivants. S’il savait ce qu’il faisait.

Une fois le sort d’[Assourdissement] lancé, Calruz plissa les yeux. Il leva sa hache de guerre et l’agrippa fermement. Puis il leva sa voix et hurla.

Non. Ce n’était pas qu’un hurlement. Son premier mot fit sonner les oreilles de Ceria, et elle devint temporairement sourde alors que sa voix trembla à travers l’intégralité du bâtiment.

« Pathétiques esprits des morts ! Je suis Calruz, meneur des Cornes d’Hammerad ! Je vous challenge. Affrontez-moi et faîtes face à votre fin ! »

En dehors des ruines, les gardes et aventuriers montant la garde regardèrent autour d’eux. Ils pensaient avoir entendu quelque chose, et le léger tremblement de la terre leur fit portée la main à leurs armes. Mais l’attaque ne vint pas, du moins, à la surface.

Même avec ses deux mains couvrant ses oreilles et le sort d’[Assourdissement], Ceria pouvait encore entendre ses oreilles bourdonnées une fois que Calruz avait terminé. Sa voix avait fait écho dans ses os et elle se sentait presque nauséeuse.

Elle essaya de dire quelque chose, et réalisa qu’elle ne pouvait toujours pas entendre. Elle cria, et entendit légèrement quelque chose.

« Quoi ? »

Sostrom la regarda. Ceria pointa du doigt. Il suivit son indication, et le vit.

Du mouvement. Dans les ombres, des choses bougeaient dans les ténèbres du long couloir aux abords du sort d’[Illumination] de Ceria. Une grande forme apparut avec un sourire constitué de dents jaunâtres et de longues griffes faite d’os jaunis par le temps.

Un Seigneur des Cryptes, puis deux, trois… Quatre d’entre eux apparurent depuis les ténèbres, suivit par une horde de mort-vivants. Ils ouvrirent leurs bouches et hurlèrent sur Calruz alors que le Minotaure prit sa place dans la ligne des aventuriers.

« Tu m’impressionnes, Calruz ! »

Gerial dut crier pour s’entendre par-delà le bourdonnement de ses oreilles. Il sourit vers le Minotaure qui lui rendit son sourire.

« Comment est-ce que tu savais que ça allait marcher ? »

« Les morts n’aiment pas le bruit, comme n’importe qui. C’est une intrusion. J’ai challengé leur honneur. Et donc... Nous commençons ! »

Lir aurait vraiment dû retirer le sort d’[Amplification] de Calruz. Il le fit, mais seulement après que la voix de Calruz refit bourdonner les oreilles de tout le monde pour la seconde fois. Le Minotaure pointa.

Les morts-vivants étaient en train de se rassembler pour charger. Les aventuriers attendirent, leurs cœurs battant, leurs oreilles remplies des échos de la foudre.

Olesm éclaircit sa gorge. Du moins, Ceria pensa qu’il venait de le faire. Elle avait toujours des problèmes pour entendre, mais le Drakéide parla fort.

« J’ai l’impression que c’est à mon tour. »

« Quoi ? »

« J’ai dit… Laisse tomber. Voilà ! »

Le Drakéide pointa alors que les morts-vivants commencèrent à courir le long du couloir. Il ouvrit la bouche, et cette fois, Ceria l’entendit clairement.

« [Formation Offensive]. »

Tous les aventuriers furent surpris et regardèrent autour d’eux. Quand Olesm avait parlé, leurs armes et armures étaient soudainement devenues plus légères. Même les mages sentirent un second souffle alors que leur magie leur revint plus puissante qu’avant.

Ceria regarda Olesm bouche bée et il lui fit un sourire.

« C’était quoi ça ? Une compétence ? »

Il hocha la tête.

« Je peux uniquement le faire une fois par jour à mon niveau. Mais oui, cela peut changer un combat. le reste de mes compétences sont principalement défensives ou orientées vers la recherche d’information donc c’est tout ce que je peux faire. »

« Quoi ? »

« C’est pas grave ! »

Les mort-vivants étaient désormais en train de courir, franchissant la distance à une alarmante vitesse. Olesm éleva sa voix et pointa du doigt l’un des Seigneurs de Cryptes. C’était celui que Ceria avait touché avec la boule de feu, et même s’il avait mangé quelques yeux, il était toujours à moitié aveugle.

« Celui-ci est plus blessé que les autres. Abattez-le en premier. »

Les mages autour de lui hochèrent la tête et préparèrent leurs sorts. Ceria regarda les mort-vivants s’approcher. Cervial laissa partir carreaux après carreaux avec les autres aventuriers de son groupe, abattant zombies et squelettes, mais les Seigneurs de Cryptes et le reste de la horde continua de courir.

Yvlon leva la voix alors que les mort-vivants s’approchèrent. Ils étaient environ à une trentaine de mètres et se rapprochant rapidement. Elle dégaina son épée et pointa.

« Mages !

Les lanceurs de sorts n’avaient pas besoin d’une autre invitation. Ceria et Sostrom pointèrent leurs baguettes et firent partir leurs sorts avec les autres mages, remplissant le couloir de magie alors que les guerriers gardèrent leurs têtes baissées.

Le premier rang de mort-vivants rencontra la vague de magie et… disparu, tout simplement. De la foudre craquela à travers les gerbes de flammes et les spirales d’énergies qui faisaient exploser des membres. Toutes les magies n’étaient cependant pas des attaques, des flaques de liquides glissants apparurent au sol, ralentissant les zombies alors qu’un second mur de flammes transforma un groupe de zombie en des torches hurlantes.

La moitié des mages lancèrent un autre sort avec que les mort-vivants ne soient trop proche. Calruz se redressa et Gerald hurla.

« Maintenant guerriers, suivez-moi ! Chargez ! »

Les combattants se levèrent et rugirent, noyant les hurlements des mort-vivants. Ceria vit le premier zombie leva sa main pour frapper Gerial avant que l’immense main de Calruz traversât sa main d’un coup-de-poing.

Les aventuriers et les mort-vivants entrèrent en collision dans un fracas de son qui faillit presque rendre Ceria sourde à nouveau. Mais elle était déjà en train de courir avec les autres mages, lançant des pics de glace à l’un des Seigneurs des Cryptes.

***

Tout n’était que mouvement. Gerial tourna et trancha la tête d’un zombie sans effort. Il avait l’impression que son corps était en feu. Il avait l’impression que son cœur était en feu. Il se battait de son mieux grâce à la compétence d’Olesm. Et ce n’était pas que lui. Autour de lui, les capitaines étaient en train de couper à travers les mort-vivants maintenant qu’il n’y avait pas le risque de blesser un allié devant eux.

« [Attaque Tourbillon] ! »

La hache de Gerald passa à travers l’estomac de trois zombies et d’une goule, les faisant tomber au sol, ou il utilisa sa forte carrure pour écraser leurs têtes avec la botte de son armure. Il se tourna et esquiva la massive main d’un Seigneur des Cryptes, mais Cervial leva son arbalète et tira un carreau directement dans le visage du monstre.

« [Tir à Bout Portant] ! »

La chair autour du carreau s’effondra et le monstre recula. Gerald et deux autres guerriers l’attaquèrent par en-dessous alors qu’il tenta de reprendre ses appuis et Gerial attrapa un squelette alors que ce dernier tentait de l’attaquer par-derrière. Il écrasa plusieurs fois le pommeau de ses épées et le regarda s’effondrer alors qu’il brisa son crâne.

Le bout de l’épée d’Yvlon quitta le cou d’un zombie alors qu’elle frappa un squelette dans la tête avec son bouclier. Le coup réduisit le crâne du mort-vivant en morceau et il s’effondra, la lumière pourpre disparaissant de ses yeux.

Elle tournoya, et son bouclier se leva pour stopper l’attaque d’une goule. Elle repoussa le monstre et ce dernier tituba. Gerial vit Yvlon sortir son épée de l’estomac du mort et la goule s’effondra. Il ne l’avait même pas vu frapper.

Gerial se retourna et trouva un autre Seigneur de Crypte s’apprêtant à cracher sur lui et Yvlon. Il la tacla au sol alors que la pluie noire toucha un autre aventurier qui s’effondra au sol en hurlant.

« Repli, repli ! »

Quelqu’un remonta Gerial sur ses pieds. Il leva les yeux et vit Sostrom alors que le mage frappa le Seigneur des Cryptes avec plusieurs éclairs de magie. Il rugit et l’attrapa dans un gigantesque poing.

« Sostrom ! »

Le mage hurla d’agonie alors que le Seigneur des Cryptes serra le poing. Gerial le poignarda dans l’estomac de manière désespérée, mais il était trop grand et ne voulait pas relâcher son ami.

« Bouge ! »

Il sentit quelque chose le pousser sur le côté et Calruz était là. Le Minotaure leva sa hache de guerre et Sostrom tomba au sol, la main coupée le tenant toujours.

Le Seigneur des Cryptes rugit et attrapa Calruz, mais le Minotaure lâcha sa hache et attrapa la tête du mort-vivant avec ses mains. Il hurla de furie et arracha la tête du Seigneur des Cryptes. Le sang noir jailli du cou décapité et recouvrit la fourrure du Minotaure alors qu’il jeta la tête et un morceau de colonne vertébrale.

« Gerial ! Couvre-moi ! »

Gerial hocha la tête et repoussa une goule alors que Calruz reprit sa hache. La peau du Minotaure était en train de cloquer là où le sang noir l’avait atteint et il jeta deux potions sur sa fourrure avant d’avaler un antidote.

Plusieurs mètres plus loin, Ceria était dans une mauvaise situation. Elle avait été séparée de Sostrom quand le monstre l’avait attaqué, et une Goule était en train d’essayer de l’attraper alors qu’elle esquiva en arrière.

Gerial trancha une partie du torse de la goule, offrant une ouverture à Ceria. Elle frappa la goule avec trois pics de glace, l’envoyant valser plus loin.

Un zombie frappa Gerial par-derrière, le frappant dans le dos et le projetant au sol. Il tomba sur Gerial, le mordant et arrachant sa chair alors qu’il hurla à l’aide.

Ceria n’hésita pas. Elle pointa sa baguette vers le dos du zombie.

« [Embrasement Eclair] ! »

Aussitôt, le zombie s’embrasa. Il arrêta d’attaquer Gerial et commença à se tordre, essayant d’éteindre les flammes. Gerial repoussa le corps et se releva. Le zombie essaya de ramper après lui, mais Calruz envoya sa tête volé d’un coup de pied.

« Combien de Seigneurs des Cryptes sont morts ? »

« Deux… Non, trois ! »

Gerald venait juste de décapiter la tête du Seigneur des Cryptes qu’il avait été en train d’affronter. Le dernier monstrueux mort-vivant hésita alors que ses sbires l’entourèrent.

« Je me charge de lui si vous m’ouvrez la voie. »

« On s’en charge ! »

Ceria hocha la tête et elle et Sostrom coururent vers Lir. Le mage tourna la tête, et les trois commencèrent à lancer des sorts sur les mort-vivants, envoyant des carcasses calcinées et des corps brisés au sol.   

Calruz regarda Gerial alors que l’autre homme luttait pour reprendre sa respiration.

« Avec moi ? »

« Bien sûr ! »

Les chargèrent dans les rangs des mort-vivants. Gerial percuta un squelette et planta son épée dans le torse d’un zombie alors que Calruz fit tournoyer sa hache et envoya des morceaux de mort-vivants volés autour d’eux. Le Seigneur des Cryptes leva la tête et regarda en direction du Minotaure, voyant possiblement une menace dans la seule créature plus grande que lui.

Il leva une main griffue et cette fois Calruz leva sa hache. Gerial savait ce qu’il allait faire et partie en arrière alors que Calruz rugit. 

Le Minotaure abattit sa hache, coupant à travers l’arme pourri du Seigneur des Cryptes alors qu’il essaya de bloquer. Sa hache continua de trancher, ne s’arrêtant pas sur les os ou les artères alors qu’il trancha verticalement l’avant du Seigneur des Cryptes et frappa le sol avec assez de force pour détruire le sol de pierre.

Même à plusieurs mètres de là, Ceria sentit l’impact dans ses os. Le Seigneur des Cryptes était au sol, os et peau déchirés et coupés.

Les morts-vivants titubèrent, puis recommencèrent à attaquer. Mais ils étaient soudainement sans intelligence pour les contrôler. Calruz rugit, et les aventuriers se regroupèrent autour de lui. Ils repoussèrent les mort-vivants jusqu’à un mur et les réduire en miette.

Dans le silence qui suivit le combat, Olesm marcha en tremblant autour des quelques cadavres qui continuaient de tressaillir et regarda le Seigneur des Tombes que Calruz avait tué avec sa compétence de [Coup de Marteau]. Il regarda Calruz alors que le Minotaure s’appuya sur sa hache de guerre, reprenant sa respiration.

« Je… Je ne vous ai pas entendu dire quelque chose. »

Calruz leva calmement sa hache de guerre et secoua un peu de viscère pour les faire tomber.

« Toutes les compétences et sorts ne doivent pas être criés. »

Le Drakéide hocha lentement la tête et regarda autour de lui. Le combat était terminé. Il regarda sa propre épée. Il était resté en arrière ligne et s’était battu avec les mages, mais il avait quand même tué plusieurs zombies et squelettes. Il se sentait tremblant, malade, et épuisé alors que l’adrénaline quitta son corps. Il regarda Ceria alors que la demi-elfe avala d’une traite une autre potion de mana et essuya sa bouche.

« Nous sommes en vie. C’est quoi la suite ? »

La demi-elfe sourit à Olesm, vomit légèrement alors que la potion de mana coula dans son système, et sourit de plus belle. Du sang et des entrailles avait peint son visage, mais elle ne semblait pas s’en soucier.

« La suite ? Nous allons chercher le trésor. »

***

Lors du second jour, Ryoka trouva les Gnolls morts alors qu’elle était en train de courir dans les sous-bois. Les six guerriers avaient été dépouillés de tous leurs équipements, mais elle vit qu’ils avaient été poignardés à plusieurs reprises avant d’être laissés à pourrir. Ils étaient morts récemment, mais les insectes étaient déjà en train de se rassembler et la scène empestait.

Elle regarda les cadavres pendant un long moment, jusqu’à ce que les mouches acides la firent partir. Il n’y avait rien qu’elle pouvait faire. Donc elle continua de courir, ne sachant pas qu’elle était en train d’être observé.

Hors ligne Maroti

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Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
« Réponse #65 le: 24 juin 2020 à 13:56:01 »
1.02 H - Partie 1
Traduit par EllieVia

“Et cette pièce ?”

“Vide.”

Sostrom secoua la tête en ressortant d’une autre salle sombre, son bâton luminescent. Calruz le suivait d’un pas lourd, grondant de colère. Ceria essaya de ne pas froncer les sourcils à l’attention de son ami, mais c’était difficile.

“Rien du tout ?”

“Tu peux aller vérifier.”

Sostrom montra la pièce sombre du pouce et secoua la tête.

“Quoi qui ait été là-dedans, ce n’était pas un trésor. Et ça a disparu depuis longtemps.”

“Bon sang.”

Ceria jura et donna un coup de pied par terre. Olesm regarda par-dessus son épaule la salle vide.

“Je ne comprends pas. C’est le niveau le plus bas, non ? Et tu avais dit qu’il y aurait des trésors…”

“En effet. Mais qui aurait pu savoir que cette maudite ruine était aussi grande ?”

“Mais le trésor doit être dans le coin, non ?”

Ceria gronda pour toute réponse et Olesm recula, les mains levées. Gerial posa une main sur son épaule, mais elle sentit qu’il était tendu, lui aussi.

“C’est très probable. Nous ne l’avons tout simplement pas encore trouvé, et nous sommes fatigués. Pourquoi ne vas-tu pas fouiller dans ces pièces avec Sostrom ?”

Sostrom fit la moue, mais s’enfonça avec Olesm dans le long couloir pour jeter un œil à une pièce.

Ceria grimaça et tapota gentiment sa main.

“Désolée, Gerial.”

“Je sais ce que tu ressens. Mais il essaie d’aider.”

“Je sais. C’est juste que…”

On était plus tard. Deux heures plus tard, pour être exact. Le dernier des morts-vivants avait été tué et leurs restes avaient été incinérés grâce à un sort et les aventuriers trop gravement blessés pour se déplacer avaient été renvoyé dans la chambre funéraire.  Quelques-uns étaient restés pour les protéger si des morts-vivants surgissaient de nouveau, mais le reste des aventuriers n’avaient cessé de fouiller les ruines depuis lors.

À la recherche de trésors.

“On a eu des nouvelles de l’équipe de Gerald ?”

Ils s’étaient séparés en deux groupes, l’un descendant le chemin de gauche, l’autre celui de droite. De toutes les équipes, celle de Calruz n’avait perdu aucun aventurier à part Horn dans aucune des batailles, donc ils avaient pris quelques mages de Lir tandis que le reste des aventuriers étaient partis sous le commandement de Gerald dans le passage de gauche. Yvlon était restée avec les blessés et ils maintenaient un canal de communication avec plusieurs aventuriers qui couraient porter les messages de part et d’autre des vastes ruines.

“Il vient d’y avoir un messager. Le voilà…”

Gerial guida Ceria en direction d’un aventurier essoufflé en train de se désaltérer en discutant avec Calruz.

“Des nouvelles des progrès des autres équipes ?”

L’homme fit la moue.

“Rien de concret. Ils sont aussi tombés sur d’autres chambres vides, comme vous. Il y a des espèces d’urnes dans l’une d’entre elles - mais il n’y a plus que de la poussière dedans, ce qu’elles contenaient a disparu depuis longtemps. De vieux parchemins dans une autre salle, aucun de magique.  Ils sont tombés sur quelques morts-vivants, mais rien d’autre. Comment ça se passe de votre côté ?”

“Pas d’événement particulier.  On a tué quelques zombies mais on a largement nettoyé cette zone aussi. Est-ce qu’Yvlon a vu quelque chose ?”

“Rien. Je vais retourner voir du côté de Gerald si vous n’avez rien de plus.”

Calruz grogna d’un air irrité et l’homme repartit. Gerial secoua la tête en regardant l’homme disparaître au petit trot dans les ténèbres, une boule de lumière flottant derrière lui.

“C’est dans ce genre de cas qu’un Coursier serait utile.”

“C’est dans ce genre de cas qu’une centaine de Coursiers seraient utiles. Ils pourraient fouiller cet endroit bien plus vite que nous.”

Ceria donna un coup de pied dans un mur. Elle savait qu’elle était frustrée, mais elle était épuisée par les combats et irascible à cause des innombrables questions que lui avait posé un certain Drakéide. Calruz avait suggéré avec pertinence - ce qui était étonnant - qu’au lieu de se séparer, leur équipe devrait se déplacer d’un seul bloc pour éviter les mauvaises surprises. Le fait de vérifier qu’aucune des pièces et des couloirs ne comportait de pièges ou d’embuscades avant de s’y engager leur avait évité bien des mauvaises surprises, mais cela impliquait qu’ils devaient se déplacer à une vitesses d’escargot.

Le feu de la bataille avait certes fatigué les aventuriers, mais ce n’était pas la seule chose qui rendait la fouille ardue. Les ruines étaient de nouveau silencieuses, et, pour une raison qui leur échappait, l’absence des morts-vivants rendait l’atmosphère encore plus menaçante.

Ceria ne cessait d’imaginer qu’un zombie allait surgir des ombres, et deux ou trois en avaient effectivement surgi - mais le sentiment n’avait pas disparu. Le pire, après une embuscade, c’est qu’on ne cesse de s’inquiéter quand on y a survécu. Ou plutôt, on s’inquiète que ce ne soit que la première d’une longue série.

Gerial avait probablement le même sentiment, mais il essayait de rester raisonnable.

“Tu sais bien qu’il n’a jamais fait ça avant. Et il nous a aidé à nous sortir de ce combat beaucoup plus facilement que s’il n’avait pas été là. Essaie de ne pas être trop sèche avec lui.

“Je sais. Je sais. Mais il n’arrête pas de poser des questions et… s’il avait raison ?”

“Ouais.”
Gerial, Ceria et Calruz se turent. Les trésors. Ils étaient tous certains… avaient tous été certains qu’ils les attendaient ici. On n’avait jamais de ruines avec autant de gardiens sans qu’il n’y ait des trésors de quelque nature que ce soit. Mais et si les biens précieux avaient été des connaissances, ou quelque chose d’encore plus intangible ?

Et si les morts s’étaient simplement rassemblés ici parce que c’était un mausolée glorifié, et que les seuls biens qu’ils y trouveraient étaient les quelques sacs d’or et de joyaux qu’ils avaient pillé sur les aventuriers défunts ? C’était un bon butin pour une seule équipe, mais ça ne rembourserait même pas les frais de leur expédition.

Les ruines pouvaient être les sources potentielles d’incroyables richesses, comme les Ruines d’Albez où des objets magiques étaient encore cachés sous les décombres. Mais parfois, les ruines n’étaient que de vieilles bâtisses.

On entendait parfois des histoires d’aventuriers qui se frayaient un passage à coups de haches jusqu’au plus profond d’un donjon, sacrifiant tout ce qu’ils possédaient, perdant des amis et leur sang à chaque étape du chemin, et découvrir qu’ils n’avaient fait que nettoyer un ancien entrepôt de céréales, ou les habitations d’un peuple souterrain. C’était le cauchemar dissimulé derrière le rêve, et Ceria et le reste des aventuriers étaient en train de le vivre en ce moment-même.

“On a encore de la route à faire. Il y a de grandes chances que la chambre forte se trouve juste devant nous.”

“Bien sûr.”

Ceria hocha la tête et Calruz grogna. Elle soupira, et s’apprêtait à se lever lorsqu’elle entendit des bruits de pas.

Les trois aventuriers saisirent leurs armes et ceux un peu plus loin dans le couloir se retournèrent, prêts pour la bataille. Mais la femme qui s’était élancée dans leur direction avait un grand sourire sur le visage et agitait les bras.

“On a trouvé quelque chose ! Possiblement un trésor !”

Le choc qui parcourut le corps de Ceria l’électrisa. Elle sourit et les autres aventuriers lancèrent des vivats.

“Où est-il ? Quelle taille ?”

“C’est juste de l’autre côté des ruines, au fond de l’autre passage.”

La femme montra la direction du doigt en expliquant.

“On n’est pas sûrs que ce soit un trésor, mais ça y ressemble beaucoup - ils ont trouvé une énorme double porte. Scellée. Il y a des runes magiques et des alarmes devant et Lir dit que certaines ressemblent à des avertissements.”

Ceria fronça les sourcils en même temps que Gerial.

“Attends une seconde. On ne dirait pas une chambre forte, pour moi. On dirait plutôt un trésor gardé, le genre qui a le pire des monstre qui attend derrière la porte. Vous n’avez pas essayé de l’ouvrir, hein ?”

L’aventurière leva les yeux au ciel.

“Nous ne sommes pas idiots. Lir et le reste des mages sont déjà en train de poser des pièges près de l’entrée avec l’équipe de Cervial. Yvlon veut que le couloir soit plein à craquer de pièges avant qu’on ne brise le sceau.”

Elle sourit.

“Le groupe de Cervial a même deux pièges à ours. Je ne sais pas pourquoi ils les ont transporté tout ce chemin, mais ils sont en train de les installer. Même si ce qu’il y a à l’intérieur est aussi gros qu’un Ogre, il ne pourra pas passer outre un piège à ours.”

Ceria avait vu les trucs plein de fer voire d’acier à l’occasion qui servaient à chasser les ours et les gros monstres. Ils étaient vicieux, pervers, et elle avait déjà failli marcher dans l’un d’eux plus d’une fois. Elle frissonna, mais c’était le moment où ce genre d’arme valait le coup.

“Dès que vous aurez fini de votre côté on scellera ce passage avec un sort et on ouvrira ces portes. Yvlon va nous rejoindre et on verra exactement ce qui nous attend dedans. Lir dit que les runes nous préviennent peut-être qu’il y a des gardiens morts-vivants, et si c’est le cas, on les a déjà tous tués !”

“Ou d’autres nous attendent derrière ces portes.”

“Combien de temps ça va vous prendre pour finir ici ? C’est Gerald qui demande.”

Ceria et Gerial regardèrent Calruz. Il haussa les épaules.

“Nous n’avons rien trouvé qui en vaille la peine pour le moment. accordez-nous un instant pour rassembler tout le monde et on vous suit.”

“Eh bien dépêchez-vous. Gerald veut briser le sceau tout de suite et ce n’est que les deux autres Capitaines qui le retiennent.”

La femme sourit et repartit en courant tandis que le reste des aventuriers se mettaient à discuter avec animation. Ceria et Gerial échangèrent un regard.

“Des portes scellées ? Ça sort tout droit des histoires classiques qu’on entend. Le chances pour qu’elles soient piégées ou que quelque chose de vilain soit tapi derrière sont de soixante-quinze pour cent. Gerald a intérêt à nous attendre avant d’ouvrir.”

“Il n’est pas idiot. Mais Yvlon a raison. Quoi qu’il se trouve derrière, on peut transformer le couloir en zone d’abattage. Même une dizaine de Seigneurs des Cryptes ne survivraient pas un passage entièrement ensorcelé si on unit nos ressources.”

“Hey, hey, tout le monde !”

La voix venait de derrière les autres. Ils se retournèrent pour voir Olesm en train de courir vers eux, les yeux pétillants d’excitation.

“Olesm ? Tu ne vas pas y croire, mais on a trouvé quelque chose ! Une chambre forte, scellée par la magie de l’autre côté des ruines.”

Le Drakéide s’arrêta dans une glissade et resta bouche-bée. Il sourit.

“Vraiment ? Ce sont d’excellentes nouvelles ! Mais on a aussi trouvé quelque chose !”

“Vraiment ?”

Ceria échangea un regard avec les autres, mais ils suivirent Olesm avec enthousiasme lorsqu’il les guida dans le couloir en pente. Ils s’arrêtèrent devant une large ouverture dans le mur, qui avait probablement été recouvert par des portes autrefois. Olesm pointa l’intérieur du doigt.

“Regardez - mais pas un bruit !”

Il fit un geste de la main et Ceria retint son souffle en scrutant l’intérieur de la pièce gigantesque. On aurait dit une crypte. Enfin, les ruines étaient en elles-mêmes une crypte géante. Mais ceci, c’était la crypte à l’intérieur de la crypte. Ce qui voulait dire qu’il y avait…

“Des tombes”.

“Des cercueils.”

Des centaines. Chaque structure était en pierre, et elles étaient réparties de manière régulière dans la pièce qui était tellement gigantesque que Ceria avait l’impression d’être ressortie à l’extérieur. Elle pouvait à peine voir le mur opposé. La seule lumière à l’intérieur de la salle démesurée provenait d’un unique bâton.  Sostrom était dedans, et examinait l’un des murs.

“C’est l’endroit où vont les morts.”

Murmura bruyamment Olesm dans l’oreille de Ceria.

“Il doit y avoir un nombre incalculable de tombes, probablement avec des gens importants dedans ! Et probablement des trésors s’ils enterraient leurs morts avec leurs biens comme les Drakéides !”

C’était vrai, mais Ceria observa les tombes et en arriva à une autre conclusion.

“Il pourrait y avoir plein de morts-vivants dans ces tombes. Impossible d’évaluer le nombre qui se sont ranimés avec les Seigneurs des Cryptes dans le coin.”

Les aventuriers massés derrière elle grognèrent et saisirent leurs armes. Gerial leur souffla de se taire pendant qu’Olesm chuchotait.

“C’est ce qu’a dit Sostrom. Mais il a trouvé quelque chose d’autre ici.”

Il pointa du doigt, et Ceria vit que le mage examinait quelque chose sur le mur. Elle donna un petit coup de coude à Calruz et il hocha la tête, donc Ceria et le reste des aventuriers pénétrèrent lentement dans la salle.

Sostrom sursauta lorsque Ceria posa sa main sur son épaule. Il tournoya, le bâton levé, et se détendit lorsqu’il vit son visage. Il se pencha et lui murmura à l’oreille.

“Ceria. Tu as failli me faire pisser de peur.”

“Vaut mieux ça plutôt que tu hurles. Qu’est-ce que tu regardes ?”

Prudemment, Sostrom se décala et leva son bâton de manière à ce que Ceria puisse jeter un œil à ce qu’il regardait. La lumière blanche éclairait un mur de pierre sombre, mais se gravait en particulier à l’endroit où se trouvaient…

“Des mots ?”

“Un truc du genre. Ce n’est pas de la magie - enfin du moins, ce ne sont pas des runes que j’ai déjà vues. Mais je suis incapable de dire de quel langage il s’agit même si cela pouvait me sauver la vie.”

Ceria observa en silence les mots étranges, s’il s’agissait même de mots. Elle connaissait plusieurs langages écrits et elle avait beaucoup voyagé, mais malgré cela elle n’avait jamais vu ce style d’écriture. Elle fit un signe, et Olesm s’approcha à pas de loup, suivi par le reste des aventuriers.

“Olesm… que dis-tu de ça ?”

Le Drakéide fronça les sourcils en regardant le mur pendant que Gerial se retourna, surveillant le reste de la pièce au cas où quelque chose y bougerait. Rien de bougea, mais les innombrables tombes le perturbaient beaucoup. Il ne pouvait s’empêcher d‘imaginer quelque chose en train de ramper dans leur direction pendant qu’ils étudiaient le mur, et donc il resta le dos tourné à celui(ci pendant que ses amis réfléchissaient.

“Je ne suis pas sûr. On dirait une espèce de message, mais est-ce que c’est une prière ou quelque chose d’autre ?”

“Tu n’arrives pas à le lire ? Est-ce que ça ressemble à quelque chose que ton peuple aurait pu écrire il y a longtemps ?

IL hésita.

“Ça… ça pourrait avoir été écrit par le passé. Mais nous n’écrivons pas dans la vieille langue de nos jours. En tout cas, je suis incapable de al lire.”

“Est-ce que c’est important ?”

Gerial grimaça lorsque la voix de Calruz résonna à travers la pièce. Le Minotaure n’avait pas peur de réveiller quoi que ce soir. Il croisa les bras en examinant les gravures.

“Ça pourrait ne rien vouloir dire. Mais ça pourrait nous donner un indice sur ce qu’était cet endroit ou ce qu’il contenait.”

“Mais tu ne peux pas le lire.”

“Moi si.”

Gerial tourna la tête et dévisagea Ceria d’un air incrédule. Elle leva sa baguette, et la couleur était passée à un violet léger lorsqu’elle en éclaira le mur.

“C’est un petit sort que j’ai appris quand j’étais à Wistram. [Traduction].”

Sostrom siffla doucement.

Ça, c’est pratique.”

Ceria hocha la tête tandis que les mots se mettaient à luire d’une faible lueur violette. Elle fronça les sourcils pour se concentrer et reprit la parole.

“En effet. Mais je préférerais quand même qu’on ait un traducteur. Le sort prend du temps, et il ne marche pas à moins qu’il y ait suffisamment de mots à lire d’un coup. Et j’obtiens souvent un message embrouillé, parfois sans aucun sens selon le contenu. Mais ça devrait… oh.”

Aucun aventurier ne vit quoi que ce soit changer, mais le pouls de Ceria se mit à accélérer alors que les mots sur le mur…

Ils ne changèrent pas, pas exactement, mais elle les comprit d’une certaine façon. Et elle pouvait les traduire dans sa langue. Elle se tourna vers Olesm, les yeux écarquillés.

“Je ne crois vraiment pas que ce soit une prière pour les morts.”

“Quoi ? Qu’est-ce que ça dit ?”

“Je… c’est perturbant. Très perturbant.”

Calruz grogna.

“Nous ne sommes pas de petits enfants humains qui miaulent. Parle.”

La demie-Elfe hésita, puis elle s’éclaircit la gorge et se mit à lire avec hésitation. Les mots ressemblaient presque à une chanson, et en avaient la même cadence, les mêmes rythmes innocents. Ses mots étaient engloutis par les ténèbres de la pièces démesurée.

“Écorcheur, Écorcheur !

Il déchirera ta peau, il te mangera la queue !

Il dévorera ta famille et t’arrachera les yeux !

Écorcheur, Écorcheur !

Fuis tant que tu le peux !

Ne laisse pas sa main t’effleurer, ou ta chair sera son trophée !

Qu’importe les ombres, qu’importe le soleil, surtout reste bien caché,

L’affronter est futile, la peur est son alliée

Il vole nos écailles, emporte nos os décharnés

Et transforme cet endroit en notre mausolée.

Écorcheur, Écorcheur, garde sa porte bien scellée

Ou bientôt tes ossements joncheront ces pavés.”

Ses mots furent accueillis dans un silence de plomb. Puis l’un des aventuriers éclata d’un rire nerveux, et quelqu’un se joignit à lui. Leur rire résonna dans la vaste salle, puis s’y perdirent dans un malaise.

Gerial ne rit pas. Pas plus que Calruz ou la plupart des aventuriers. Le visage de Ceria était pale à la lumière de sa baguette et les lettres luisantes s’estompèrent, laissant les ténèbres reprendre leurs droits.

La voix de Gerial se brisa légèrement lorsqu’il prit la parole.

“C’était pour le moins perturbant, en effet. Mais qu’est-ce que ça veut dire ?”

Sostrom hésita en regardant fixement les mots au mur.

“On dirait… presque une comptine. Mais pas le genre de comptine que je chanterais à un de mes enfants.”

Olesm frissonna.

“Je n’avais jamais entendu… ce genre de chanson avant. Aucune personne saine d’esprit ne chanterait ce genre de chose, si ?”

“C’était un avertissement.”

Murmura Ceria, et Calruz acquiesça. La main du Minotaure faisait mine d’attraper le manche de sa hache de guerre, et la vue de ce tressaillement ne fit qu’augmenter la nervosité de Gerial. Il essaya d’en rire, mais il fut incapable de sourire.

“Un avertissement ? Qui écrirait un avertissement aussi… cryptique ?”

“Peut-être quelqu’un qui a peur de s’exprimer franchement. Ou… ou alors ce n’est pas un avertissement. Peut-être que c’est une comptine, ou une prière. La sorte qui existe depuis toujours au sujet de quelque chose qui a toujours été là.”

Sostrom secoua la tête.

“Qui est cet Écorcheur, alors ? Un mort-vivant ? Ou une sorte de [Nécromancien] ? Quiconque a écrit ce message semblait le craindre.”

“Peut-être qu’il est la raison pour laquelle cet endroit existe.”

Olesm fronça les sourcils en regardant autour de lui. Le reste des aventuriers cillèrent et il pointa les tombes du doigt.

“C’est clairement une chambre funéraire, mais c’est bizarre parce que nous autres Drakéides n'avons pas tendance à enterrer nos morts dans la pierre. C’est trop cher. On se contente la plupart du temps de les incinérer. Mais ce vers…”

Il leva les yeux et murmura.

“‘Il vole nos écailles, emporte nos os décharnés...’. Il n’y a que mon peuple qui aurait pu écrire ça. Donc… donc ils ont construit des cercueils de pierre pour lui dissimuler leur chair ? Mais il est enfermé avec les morts là-dessous ? Ça n’aurait aucun sens. Pourquoi ne pas brûler les corps ? Ils voudraient sûrement le garder le plus loin possible.”

Sostrom leva un doigt.

“Une idée. Est-ce que ça aurait pu être un piège pour cette créature, Écorcheur, ou… ou est-il le gardien de ce lieu ?”

Un autre silence. Gerial frissonna. Il avait froid, le frisson de peur plein de malaise qu’il ressentait lors des missions les plus dangereuses. Il ouvrit la bouche, mais un autre aventurier éleva la voix.

“Que diable peut être un Écorcheur ? Une espèce de mort-vivant particulier ?”

“Nous ne savons pas. Mais il y a de grande chances que ce soit ça qui attend derrière la porte que Gerald et le reste ont trouvée. On devrait y retourner et leur dire qu’il va y avoir de la baston.”

Calruz hocha la tête.

“D’accord. Nous allons nous abstenir d’ouvrir la porte avant d’être prêts. Et peut-être…”

Il hésita.

“... Peut-être devrions-nous envoyer un message à la surface. Demander si quelqu’un a déjà entendu parler de cette créature Écorcheur.”

Ceria acquiesça. Elle était soulagée qu’il parle par la voix de la raison, pour une fois. Elle se tourna.

“Dépêchons-nous avant que Gerald ne commette une grosse erreur. Je vais partir en prem…”

Tout se passa d’un coup. Ceria hurla et lâcha sa baguette, portant vivement ses mains à la tête. Gerial tira son épée, mais les aventuriers autour de lui étaient également en train de crier ou de tomber à genoux. Il regarda d’un air affolé autour de lui mais rien ne les attaquait.

La moitié des Cornes d’Hammerad se tenaient la tête entre les mains. Ceria tomba à genoux. Son [Instinct de Survie] s’était déclenché, mais ce n’était pas comme pendant l’embuscade. C’était une prémonition. De la peur, un pressentiment, la connaissance du danger lui glaçant soudain le cœur.

C’était…

C’était la terreur. C’était la mort. Elle entendit des hurlements dans son esprits, et sut qu’elle allait mourir si elle restait ici. Elle…

“Ceria !”

La main massive de Calruz la ramena à la réalité. Elle leva les yeux sur lui. Il la leva d’une main.

“Relève-toi ! Qu’est-ce qu’il se passe ?”

“Mon [Instinct de Survie]... Il vient de se passer quelque chose ! La porte… la chambre forte…”

Il jura.

“Ils l’ont ouverte ? Les fous !”

Il se mit à se précipiter vers le couloir, mais Ceria l’attrapa.

“Calruz ! Ce n’est pas comme avant. C’est… ma Compétence me dit que quelque chose de grave est arrivé. Quelque chose de très grave. Bien pire que l’embuscade.”

Il la dévisagea, ne saisissant visiblement pas toute l’ampleur de la situation. Il ne pouvait pas sentir la certitude, la terreur absolue qui envahissait son esprit et son cœur. Olesm tituba vers eux, l’épée levée.

“Nous sommes en danger. En très grave danger. Il faut qu’on se replie.”

Olesm s’essuya la bouche d’une serre tremblante. Il avait vomi. Sa queue s’agitait violemment alors qu’il scrutait les ténèbres autour de lui.

“Je n’ai jamais ressenti quelque chose de semblable. Lorsque j’étais petit et que le [Nécromancien] avait attaqué il y a dix ans… c’était le sentiment le plus proche que j’en ai eu. Mais c’est différent. J’ai peur, et l’[Instinct de Survie] ne transmet pas la peur. On doit partir d’ici.”

“Regroupons-nous. Rapidement. Guerriers, en formation, les mages, vous suivez de près. Préparez-vous à…”

Il s’interrompit lorsque Ceria attrapa son bras. Le Minotaure baissa les yeux sur elle alors qu’elle scrutait les alentours.

“Chut ! Silence. Vous entendez ça ?”

Le reste des aventuriers ses tut. Il ne leur fallut qu’une seconde pour comprendre ce que Ceria avait entendu. Un son aigu, au loin. Non… un chœur regroupant beaucoup de sons différents.

“Des cris.”

C’était ténu, mais les cris se répercutaient le long du corridor jusqu’à cette pièce. Et comme si cela avait déclenché quelque chose, ils entendirent un autre bruit.

Des craquements. Des sons sourds qui résonnaient derrière eux. Des sifflements et des gémissements étouffés. Les aventuriers se retournèrent.

La main de Gerial blanchit sur son épée. Il scruta les cercueils autour d’eaux lorsque soudain, des sons se mirent à en sortir.

“Que les dames et seigneurs, nous préservent…”

La moitié des couvercles des tombes de pierres tressaillirent ou s’écrasèrent au sol au moment où leurs occupants se mirent soudain en mouvement. La lumière des aventuriers n’éclairait pas toute la pièce, mais ils virent des choses sortir en rampant de leurs lits de pierre, se redresser d’un coup, et des éclairs de lumière cramoisie apparaitre soudain lorsque leurs crânes se tournèrent pour dévisager les vivants.

Leurs gémissements et leurs sons cauchemardesques emplirent l’immense pièce, résonnant, s’amplifiant… puis ils se mirent à crier en bondissant pour se précipiter sur les vivants.

Fuyez !”

Gerial n’était pas sûr de qui avait crié. C’était peut-être lui. Mais tous les aventuriers présents dans la pièce étaient soudain en train de se précipiter vers la porte tandis que des centaines de morts-vivants fondaient sur eux.

“La porte !”

Calruz attrapa Sostrom lorsque le mage passa le pas de la double porte. Il pointa le couloir du doigt.

“Peux-tu les ralentir ?”

L’homme chauve hésita. Il leva son bâton.

“Je… je pourrais lancer [Sol Collant]. La toile les ralentirait mais un tel nombre ne…”

“Jette-le ! Le reste, suivez-moi !”

Calruz se mit à courir avant même que les mots aient jailli de sa bouche. Sostrom leva désespérément son bâton et jeta le sort tandis que le reste des aventuriers se précipitaient dans le couloir à la suite de Calruz. Soudain, les étages inférieurs s’emplirent de nouveau de bruits, le fracas du métal, les cris de surprise au-dessus d’eaux.

Les hurlements.

Sostrom rattrapa Ceria, ses longues jambes s’agitant follement alors qu’il courait, le bâton levé devant lui. Il cria sauvagement.

“On n’a pas beaucoup de temps ! Une poignée de minutes avant qu’ils ne nous rattrapent !”

Personne ne répondit. Ils dévalèrent le couloir, et lorsqu’ils tournèrent au coin ils virent un groupe d’aventuriers armées, une quatorzaine menée par Yvlon. Ils levèrent leurs armes mais les baissèrent en apercevant leur identité.

“Calruz !”

Yvlon fit signe au Minotaure qui arrivait en courant. Son épée était levée et elle avait mis son groupe en formation, une ligne solide qui bloquait le couloir où était allé Gerald.

Calruz s’arrêta et pointa du doigt. Ceria et Gerial s’ajoutèrent à la ligne d’aventuriers, bouchant le chemin par lequel ils étaient arrivés pendant que le Minotaure parlait avec Yvlon.

“Qu’est-ce qu’il se passe ? Où sont Gerald et le reste ?”

Elle secoua la tête.

“La dernière fois que j’ai eu des nouvelles, ils étaient devant, en train de poser des pièges dans le couloir. Mais notre [Instinct de Survie] s’est déclenché et… la porte. Ils ont dû l’ouvrir.”

“Pauvres fous !”

“Ils n’ont pas dit qu’ils allaient ouvrir la chambre forte. J’avais été claire avec Gerald : il devait attendre que nous nous soyons regroupés. Alors pourquoi… ?”

“Est-ce que tu as envoyé quelqu’un là-bas ?”

Calruz scruta le couloir sombre et Yvlon acquiesça.

“Deux personnes. Je leur ai dit de revenir en courant dès qu’elles apercevaient quelque chose. Elles… elles ne sont jamais revenues.”

Elle avait l’air pâle.

“Les hurlements se sont arrêtés il y a quelques minutes. J’attendais que vous reveniez. Vous avez trouvé quelque chose ?”

Il acquiesça.

“Un message. Trop long à expliquer. Sache que nous allons probablement affronter Écorcheur, le gardien des lieux. Il… vole la peau.”

“Il vole ? La peau ?”

Le reste des aventuriers s’agitèrent nerveusement. Calruz hocha la tête.

“C’est ce qui était écrit. Et son réveil a entraîné celui du reste des morts-vivants, aussi. Il y a une horde qui approche derrière nous.

Les aventuriers gémirent et Yvlon fronça les sourcils.

“D’accord, alors, il semblerait que nous avons le choix. On ne peut plus combattre ici, on est en sous-nombre. On devrait se replier.”

Calruz secoua la tête.

“Et que fait-on de Gerald et du reste, en ce cas ?”

L’expression de son visage était sombre lorsqu’elle répondit.

“Je crois qu’il nous faut craindre le pire, pas toi ?”

Calruz serra les dents.

“Je ne veux pas m’enfuir sans avoir vu le visage de l’ennemi.”

“Ce sera la dernière chose que tu verras si on reste ici. Si on se retrouve coincé entre deux attaques…”

“Calruz.”

Le Minotaure ignora Ceria. Il pointa du doigt le couloir par lequel ils étaient arrivés.

“Mettez des sorts en place pour ralentir l’avancée de l’ennemi. Je vais aller voir s’il reste de vivants avant que nous nous repliions. Si on abandonne nos camarades…”

Calruz !”

Les deux capitaines se retournèrent. Ceria avait replié une main en coupe autour de l’une de ses oreilles pointues. Elle leva sa baguette en tremblant et la pointa sur les ténèbres devant eux.

“J’entends quelque chose. Quelque chose arrive par là-bas.”

Ils se turent, et les entendirent aussi. Des pas lourds.

Sostrom leva son bâton, mais hésita en voyant un aventurier surgir des ténèbres. C’était un homme, qu’il reconnaissait. Un guerrier de la Fierté de Kyrial. L’homme était cependant désarmé. Il avait les yeux écarquillés et courait comme s’il avait une légion de monstres à ses trousses. Mais rien de le poursuivait.

Gerial se leva et attrapa l’homme alors qu’il se précipitait vers les aventurier. Il avait failli s’étaler sur leur ligne de front, et il essaya d’esquiver Gerial lorsqu’il le saisit.

“Hey, qu’est-ce qu’il se passe ? Où sont Gerald et…”

Le guerrier lança un poing gantelé dans le visage de Gerial. Gerial tituba en arrière, et l’homme essaya de se dégager. Calruz le saisit et le plaqua contre un mur.

“Toi ! Comment oses-tu ?”

L’homme plongea son regard apeuré dans celui, furieux, de Calruz. Il ne paraissait même pas voir le Minotaure. Il se tortilla violemment dans la poigne de Calruz, cherchant à se dégager à tout prix.

“Lâchez-moi ! Lâchez-moi ! Il faut que je parte d’ici !”

Yvlon regarda dans le couloir, scrutant les ténèbres.

“Qu’est-ce qu’il y a ? Qu’est-ce qu’il s’est passé ? Qu’est-ce qu’il y avait derrière ces portes scellées ?”

L’homme cracha et se débattit dans la poigne de Calruz, lançant des coups de pieds futiles pour tenter de se dégager. Il avait à peine l’air conscient alors qu’il balbutiait des mots presque incohérents.

“Fuyez, fuyez ! Il est juste derrière nous !”

“Quoi donc ?”

Calruz raffermit encore sa poigne sur l’homme, et Gerial aurait juré avoir entendu les os craquer. Le Minotaure haussa le ton.

Pourquoi les portes ont-elles été ouvertes ? Nous avions dit à Gerald d’attendre ! Qui...”

“Nous n’avons pas ouvert les portes !”

Le Minotaure dévisagea l’homme. Il pantelait, ruisselant de sueur, ses yeux roulant dans leurs orbites alors qu’il tentait de s’échapper.

“Si vous ne les avez pas ouvertes, alors qui…”

La chose les a ouvertes de l’intérieur !”

Hurla l’homme dans le couloir, son cri se répercutant contre les parois.

La chose les a ouvertes, et elle a pris Gerald et le reste ! Laissez-moi partir. Elle arrive. On doit fuir, tous. Ne pouvez-vous pas la sentir ? Elle arrive !”

“Qui donc ? Écorcheur ? Est-ce que c’est un mort-vivant ?”

Mais l’homme refusa de répondre. Son pied se leva et il le lança dans le ventre de Calruz suffisamment fort pour que le Minotaure grogne et recule. Il lâcha le guerrier et l’homme bondit sur ses pieds. Il se précipita entre les rangs des aventuriers, courut dans le couloir, ses bruits de course résonnant et finissant par disparaitre avec lui en haut des escaliers.

Calruz poussa un juron en se frottant l’estomac. Il regarda Yvlon et les deux Capitaines marquèrent une pause.

“Ils sont morts. Mais qu’est-ce qui les a attrapé ? Cet Écorcheur…”

“On devrait se replier. Allons récupérer les blessés, et on part d’ici. Les mages pourront jeter des sorts pour ralentir la poursuite…”

Yvlon acquiesça. Elle se retourna et haussa la voix pour lancer des ordres aux aventuriers, mais les mots moururent dans sa gorge.

Quelque chose. En écoutant les hurlements de l’aventurier paniqué, ils ne l’avaient pas entendu. C’était un bruit tellement ténu. Une sorte de son… traînant, grattant. Il s’était amplifié, lentement. Et cela n’aurait pas eu d’importance. Mais à présent, il était tout proche et… quelque chose… était apparu au fond du couloir.

Les lumières émises par les baguettes, les bâtons, et les lanternes et les torches vacillantes n’illuminaient peut-être qu’une trentaine de mètres du long couloir de pierre vide. À la limite de cette lumière, quelque chose était apparu.

Quelque chose de blanc. C’était tellement loin, et pourtant cela remplissait le corridor. On aurait dit… un nuage ? Ou de la brume, rampant lentement dans leur direction, s’extirpant des ténèbres. Un mur de blanc qui bougeait.

Mais ce n’était pas cela qui avait saisi la voix d’Yvlon au fond de sa gorge. C’était le détail, ténu, qu’elle pouvait voir au milieu de ce nuage surnaturel, une forme familière qui se découpait dans la pénombre, et la dévisageait.

Un visage.

“Gerald… ?”

Il ne réagit pas à la voix d’Yvlon. Le Capitaine de la Fierté de Kyrial regardait droit devant lui d’un air vide, son visage mouvant dans la brume. Il regardait droit devant lui, sans expression, le visage pâle et exsangue. Et sa tête… elle bougeait d’une manière complètement alien pour une tête, lorsqu’elle était rattachée à un corps.

La mer blanche qui l’entourait avança, mais à présent les aventuriers pouvaient voir un autre visage flotter lentement à la surface. Cervial. Il regardait droit devant lui, le regard vide et vacant, ondulant de la même horrible manière que Gerald.

“Cervial ! C’est toi ?”

Là encore, pas de réponse.

Plus près encore. À présent les brumes ne paraissaient plus si transparentes. Ce n’était pas de la brume, mais quelque chose d’autre. Quelque chose qui ondulait et tremblait en se trainant le long du couloir. Toujours plus près.

“Gerald, Cervial ! Répondez-moi ! Qu’est-ce qui se passe ? Est-ce que ça va ?”

Aucun des visages ne bougea. Aucune tête ne tressaillit. Les aventuriers dévisagèrent Gerald qui regardait devant lui, ses yeux vides.

De la chair. De la chair morte. Elle ondulait, tremblait, se tordait, luisant à la lumière. Elle était jaunie par endroits, rosée par ailleurs, tachetée de sang. Mais principalement blanche. Blanche de vieillesse et de mort dépourvue de sang. C’était de la peau morte, accumulée et agglomérée.

C’était un corps. Et les visages de leurs amis, les Capitaines…

En faisaient partie.

Pas seulement leurs visages. Leur peau. Alors que la créature approchait, plusieurs hommes et femmes furent pris de haut-le-corps et vomirent. Cette… chose était faite de corps. De corps entiers, écorchés. Arrachés à leurs propriétaires et collés ensemble.

Et ces corps agglomérés formaient un corps long, enflé, semblable à celui d’une limace qui se redressait en avant. Deux bras massifs se tendirent et saisirent le sol, traînant le reste du corps à leur suite. Il n’y avait pas de tête. Ou plutôt, un visage cave, un simulacre de visage humain. Pas de nez. Pas d’oreilles ou de cheveux. Juste deux orbites creusées et emplies d’une lumière cramoisie et une bouche béante, vide.

Des morceaux de chair blanchâtre pendent derrière la créature alors qu’elle se tracte en avant sur une autre dizaine de mètres. Elle se décompose, sème des morceaux d’elle-même sur son chemin. Mais elle reste gigantesque, ses mains sont suffisamment larges pour s’enrouler autour de n’importe quel humain, ses longs doigts de chair nue et glissante, presque délicats, pointant de ses paumes à travers lesquelles transparaît de la chair rouge.

Quelque chose. Quelque chose vivait dans le corps de peau morte. Et cette chose arrivait sur eux. La créature s’avança lentement en direction des aventuriers, se tractant sur le sol alors que les visages de leurs camarades - tous leurs camarades - regardaient droit devant eux d’un air vide, dernier ajout à sa peau.

Parce que voilà ce que c’était. Et Ceria sut aussitôt. Elle sut, alors qu’il baissait les yeux sur elle et qu’elle sentit la mort dans ses os.

Elle sut son nom.

Écorcheur.


***

Il avança sur eux, lentement, se tractant d’un bras en descendant dans le couloir. Il n’avait pas de jambes. Il n’était qu’un torse, un simulacre défiguré de quelque chose d’humain. Et encore, pas même cela.

Il n’était même pas humanoïde. Contrairement aux Seigneurs des Cryptes qui ressemblaient à des simulacres gonflés et tordus de quelque chose qui avait un jour vécu, Skinner avait tout simplement l’air mort.

Ceria savait qu’elle devait bouger. Elle savait qu’elle devait lever sa baguette et se mettre à lancer des sorts sur la créature maintenant qu’elle était apparue. Elle et le reste des aventuriers devaient faire pleuvoir du feu sur elle, l’éradiquer de la surface de la terre. Elle était devant elle.

Mais elle était incapable de bouger. Elle ne pouvait lever sa baguette. Elle était pétrifiée.

Deux yeux de rubis luirent, profondément enfouis dans les couches de peau séchée, agglutinée. Ils ne bougeaient pas, pas comme des yeux normaux. Écorcheur devait se tordre et tourner la tête pour voir, mais la lumière qu’ils émettaient créait un cône de… de…

Terreur.

Cela l’avait frappée dès qu’il était apparu au bout du couloir. Quelque chose avait plongé à l’intérieur d’elle, et saisi son cœur. Elle tremblait à son approche, et elle était complètement paralysée.

“Ce n’est que... de la peau morte.”

Marmotta Yvlon. Ceria dut tourner la tête pour la voir. La femme tremblait, sa main crispée sur son épée. Elle essayait de la lever, mais elle en était incapable.

La peur.

“Nous sommes ensorcelés.”

Annonça Ceria à travers ses lèvres engourdies. Elle tenta de concentrer du mana en elle, de combattre la magie. Mais elle était trop puissante. Et la terreur la consumait toute entière. Elle ne pouvait même pas penser à résister. Tout ce qu’elle voulait, c’était s’enfuir.

Mais elle avait trop peur pour faire même cela.

C’était comme les cauchemars que faisait Ceria enfant, entre le sommeil et l’éveil, à minuit. Elle était dans son lit, en train de regarder une porte, une fenêtre. Elle savait que quelque chose était derrière, que quelque chose la regardait. Elle savait, mais elle avait trop peur pour se lever et aller voir. Si elle bougeait - si elle faisait le moindre mouvement - la chose l’attraperait.

Donc elle restait étendue, immobile, et elle finissait par s’endormir et le matin se levait. Ses terreurs nocturnes disparaissaient à la lumière du jour.

Mais c’était différent. C’était l’horreur faite chair, et elle n’allait pas disparaître. Mais comme dans ses peurs d’enfants, Ceria était piégée. Elle ne pouvait pas bouger.

“Cornes d’Hammerad…”

La voix de Calruz s’étouffa dans le silence. Elle le vit lever un pied et se battre de toutes ses forces pour avancer. Même le Minotaure, même leur meneur sans peur était paralysé.

“Nous devons… nous replier.”

C’était Olesm qui avait dit ça. Il essayait de reculer, mais même la fuite était difficile. Ils étaient paralysés.

Écorcheur se tracta un peu plus près. Trop près. Il était devant eux à présent, et ils le sentaient. De la chair morte. Du sang, aussi. Du sang, la mort et la pourriture. C’était horrifiant.

Ses yeux se baissèrent sur eux, la peur suivit. Calruz tenta de lever sa hache, mais ses bras tremblaient. La bouche d’Écorcheur s’ouvrit.

Il sourit.

Une main fondit en avant. Une femme, au front - une guerrière armée d’une hache et d’un bouclier - hurla, prise d’une terreur soudaine. Le cri tira les aventuriers de leur torpeur. Ils s’éparpillèrent lorsque Skinner l’encercla d’une main et tira.

Sa peau se déchira. Tout d’un coup. Elle laissa… elle laissa un corps sanglant qui tomba au sol. Possiblement mort. Ou pire… vivant.

La peau de la femme claqua et tremblota dans la main d’Écorcheur. Il la leva et la posa délicatement en travers d’un bras. Sa peau… fondit dans sa chair et soudain elle apparut. Son visage vide dévisagea les aventuriers.

Ils s’enfuirent. Leur terreur n’avait pas disparu, elle s’était simplement déplacée. Au lieu de cela, les Aventuriers Argents expérimentés lâchèrent leurs armes et s’enfuirent, poussant, jouant des coudes, tentant de sortir d’ici.

Mais en se retournant pour fuir, ils s’aperçurent qu’ils n’étaient plus seuls. Des corps se dressaient en travers de leur chemin, bloquant le couloir. Des corps morts.

Des zombies. Des Squelettes. Des goules. Encore d’autres Seigneurs des Cryptes et des Esprits des Tertres. Les morts-vivants étaient revenus, et ils empêchaient les aventuriers de s’enfuir. Ils leurs fondirent dessus en silence, les saisirent, les mordirent, les repoussant vers Écorcheur.

“Repli !”

C’était Calruz qui avait mugi. Il saisit sa hache de guerre entre des mains tremblantes et décapita un zombie. Ceria bougea aussi. Elle leva lentement sa baguette et jeta un pic de glace sur l’un des morts tandis que ses pieds la ramenaient en arrière.

Elle pouvait bouger. Gerial et elle coururent dans le couloir avec le reste des aventuriers,  poussant les morts-vivants hors de leur chemin. Elle pouvait se battre. Mais dès l’instant où elle se tournait vers Écorcheur ou qu’elle ne faisait même que penser à lever sa baguette sur lui…

Paralysie. Peur. Elle ne pouvait pas. Elle ne pouvait pas. Elle ne pouvait que fuir. Elle devait s’échapper d’ici. Elle devait s’échapper d’ici.

Les aventuriers hurlèrent et coururent dans le couloir, certains trébuchants, d’autres combattant les morts-vivants et d’autres encore traînant derrière. Écorcheur saisit un mage qui cria à l’aide mais personne ne se retourna pour l’aider.

Ils s’enfuirent. Mais ils s’arrêtèrent lorsqu’ils virent le mur de guerriers morts-vivants. Ils bloquaient le chemin vers la surface. Ils attendaient, le cadavre du guerrier qui s’était enfui plus tôt écrasé contre un mur, son cerveau étalé sur la pierre.

“On doit fuir.”

“On doit se battre.”

Yvlon et Calruz avaient parlé au même moment. Elle tremblait, mais il s’était arrêté. Sa tête était tournée. Il regardait Écorcheur.

Ceria ne voulait pas regarder. Elle voulait fuir, mais Calruz s’était arrêté. Il haussa la voix, sans crier, mais parlant fort, sa voix résonnant dans le silence.

“Cornes d’Hammerad. Si vous avez la moindre fierté, tournez-vous et faites face à votre ennemi.”

Elle n’en avait pas envie. Mais elle le devait. Juste pour savoir à quel point il était proche. Ceria se tourna…

Et vit Sostrom.

Il pendait des mains d’Écorcheur. Ou une partie de lui seulement. Sa peau avait été arrachée et faisait à présent partie du corps d’Écorcheur. Le monstre lâcha ce qui en restait.

Il avait crié à l’aide. Mais Ceria l’avait ignoré. Il avait crié. Et à présent, il était mort.

Ceria le vit. Elle le vit, mais ses yeux fuirent Écorcheur. Elle trembla, incapable de le regarder. Il avançait lentement, prenant son temps tandis que les morts-vivants cognaient le reste des aventuriers. Elle… Sostrom était mort. Mais elle devait fuir.

Ses pieds reculèrent. Mais une paire de sabots avancèrent.

Calruz fit un pas, puis deux. Ses mouvements étaient saccadés - son corps était penché en avant comme s’il luttait contre quelque chose. Mais il avança vers Écorcheur, et déclara :

“Ne fuyez pas. Vous êtes les Cornes d’Hammerad. Cette chose a tué les nôtres. Nous devons venger…”

“Calruz. On doit y aller. Aide-nous.”

Ceria souffla les mots. Le Minotaure secoua la tête.

“L’honneur. Nous ne devons pas fuir. Fais face à ta mort avec fierté.”

Il soupesa sa hache de guerre. Écorcheur s’immobilisa de l’autre côté du couloir, dévisageant l’unique aventurier qui ne fuyait pas devant lui.  Il semblait… intrigué, autant que son visage sans expression pouvait l’être. Il leva une main.

“Je suis Calruz. Je te défie.”

Le Minotaure souleva sa hache. Il esquiva l’une des mains d’Écorcheur lorsqu’il fondit sur lui et courut jusqu’à son corps. Il leva sa hache et découpa la poitrine d’Écorcheur.

L’arme mordit profondément dans la chair. Calruz rugit en déchirant la peau morte, et pendant un instant Ceria osa espérer. Les aventuriers interrompirent leur combat, et les morts firent de même, dévisageant Écorcheur.

La hache de Calruz détacha le morceau qu’il avait creusé dans Écorcheur et il tomba au sol. Écorcheur cligna des yeux. C’était…

C’était de la peau morte. Calruz plongea le regard dans la plaie béante qu’il avait faite. Il ne vit que de la peau morte. Juste de la peau morte. Pas de sang. Pas même d’organes ou dos. Juste de la peau morte, empilée pour former une armure.

Il leva de nouveau sa hache et mordit profondément dans la chair. Mais il ne rencontra rien d’autre que de la peau. Et au-dessus de lui, le monstre bougea.

Une main massive fondit sur Calruz. Le Minotaure avait logé sa hache dans la peau et il dut rouler au sol et l’abandonner. Il esquiva sur le côté, mais trop lentement. Trop tard.

Écorcheur se tourna et saisit le bras de Calruz d’une main. Il tordit, et le Minotaure cria et recula. Le monstre jeta nonchalamment son bras au sol et sa bouche bougea.

Il sourit.

Ceria hurla alors que Calruz titubait en arrière, l’une de ses épaules brutalement réduite à un moignon sanglant. Il rugit de douleur, de furie, et de peur. Il leva sa main pour cogner Écorcheur, mais quelque chose l’attrapa par derrière.

Un zombie. Le Drakéïde mort attrapa Calruz par les jambes. Il tourna et donna un coup de pied, et il tomba au sol, le crâne fracturé. Mais un squelette lui fondit dessus, attrapant son bras, et alors d’autres zombies se saisirent de lui. Calruz les jeta sur le côté, cognant, combattant, mais il fut englouti par leur nombre.

Il disparut sous une foule de cadavre, rugissant d’agonie alors que leurs griffes et leurs lames déchiraient ses chairs. Les ténèbres avalèrent le Minotaure alors qu’Écorcheur se retournait vers Ceria.

Elle trembla. Elle était tétanisée sur place alors que les yeux cramoisies la dévisageaient. Elle voulait fuir. Elle devait fuir. Mais la peur la clouait sur place.

Un squelette s’approcha, souriant, une épée dans les mains. Il leva la lame et Gerial plongea sur lui, le faisant tomber au sol.

“Ceria !”

Il hurla, la protégeant avec son dos du regard d’Écorcheur. Elle put soudain de nouveau bouger, et elle haleta en tremblant alors qu’il la forçait à reculer.

Gerial serra Ceria dans ses bras alors qu’elle s’accrochait à lui, sa tête tournant de part et d’autre pour voir les morts combattant les vivants, les aventuriers toujours en train de hurler et de tenter de s’échapper. Ses bras se resserrèrent et il la tint tout contre lui. Il lui parla, sa voix étant l’unique son qu’elle pouvait entendre par-dessus le rugissement dans ses oreilles.

“Va. Fuis.”

“Quoi ?”

Ceria le dévisagea. Le visage de Gerial était livide, et il avait l’air presque aussi exsangue que le corps d’Écorcheur. Il frissonna et elle le sentit.

“Fuis. Je… je vais te faire gagner un peu de temps.”

Il pointa le fond du couloir du doigt. Les pieds de Ceria se mirent à bouger, mais elle les força à s’arrêter.

“Gerial…”

Il la repoussa.

Fuis, bon sang !”

Il se retourna et avança vers Écorcheur. Il pouvait le regarder, et ses jambes tremblaient. Elles cessèrent de trembler à cinq mètres d’Écorcheur. Gerial ne pouvait pas s’approcher plus.

Là encore, Écorcheur s’arrêta et le regarda avec intérêt. Gerial tenta de lever son épée, mais il en fut incapable. La terreur se saisit de lui, et il ne put même pas lever son arme.

Ce n’était pas juste. Mais il entendit et sentit Ceria se retourner et s’enfuir derrière lui. C’était suffisant. C’était…

Il leva l’autre objet dans sa main droite. Une fiole d’acide clapota dans sa main gantelée. Peut-être. S’il pouvait forcer Écorcheur à se retourner, peut-être…

Il allait mourir. Gerial le savait. Les morts-vivants l’encerclaient, mais ne l’attaquaient pas. Les aventuriers étaient en train de fuir ou étaient déjà morts, mais les morts attendaient qu’Écorcheur le prenne. Il devait gagner du temps. Pour qu’elle vive. Pour qu’une d’entre eux survive.

“La mort avant le déshonneur.”

Les mots suffirent à le faire lever les yeux, à croiser le regard terrifiant. Écorcheur lui sourit, et le cœur de Gerial s’arrêta. La main se tendit vers lui, et il leva le bras, le tira en arrière pour jeter la fiole.

Mais il hésita. La peur agita son bras d’un spasme et la fiole d’acide s’écrasa au sol devant Écorcheur, n’éclaboussant que la moitié inférieure du monstre d’acide.

Écorcheur se jeta en arrière. La peau se mit à fumer et à peler, mais la créature ne laissa pas l’acide le consumer plus. Il tendit la main et retira plusieurs couches de son propre corps, plongeant les mains dans la peau blanche et jetant les morceaux fumants par terre où ils finirent de se consumer.

Gerial regarda, engourdi, la peau morte. Il leva son épée, mais Écorcheur fouetta l’air d’un doigt et l’arme s’envola. La main de Gerial se brisa sous l’impact.

Il leva les yeux, amer. Écorcheur se pencha sur lui. Il ne souriait plus, au moins.

“Si…”

Une main se saisit de lui, et Gerial sentir un déchirement... puis le froid. Il était parti avant même d’atteindre le sol.

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Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
« Réponse #66 le: 24 juin 2020 à 13:58:18 »
Note des traducteurs: Attention, ceci est la seconde partie du chapitre!

1.02 H - Partie 2
Traduit par EllieVia

Ceria vit Gerial mourir. Elle s’arrêta dans le couloir et hurla. Il tomba au sol lorsque Écorcheur prit délicatement sa peau. La créature la plaça là où l’acide l’avait atteint puis se remit à avancer comme si rien ne s’était passé.

Elle devait fuir. Mais quelque chose en Ceria hurlait plus fort que la peur. Sostrom. Calruz. Gerial. Ses amis étaient morts. Sa famille était en train de mourir.

Elle fit face à Écorcheur, son corps tremblant de peur. Ceria ne pouvait même pas regarder son visage. Il se moqua d’elle, sans bruit, ses lèvres gercées révélant un corps vide. Il n’était constitué que de peau. De peau et de quelque chose de rouge qui se tordait dans son corps et lui donnait vie.

Elle ne pouvait pas lever sa baguette. La peur consumait la totalité de son être. Ceria hurla de désespoir et s’enfuit. Elle ne pouvait faire que cela. Elle laissa son ami derrière elle et s’enfuit.

Vivre. Elle mourrait si elle faisait face à Écorcheur. Elle devait vivre.

Une main saisit sa jambe. Ceria hurla lorsque la peau à l’arrière de sa jambe se déchira.

Sa peau se recroquevilla alors qu’Écorcheur la contemplait dans une main. Il l’apporta à sa “bouche” comme pour la goûter, puis il jeta le morceau de peau par terre. Et il ne prêta aucune attention à Ceria. Écorcheur se détourna et se mit à se tracter au sol, reprenant sa poursuite des humains.

Pendant un moment, Ceria resta au sol, incrédule. Mais elle vit les morts se diriger vers elle, et la réalité la frappa en même temps que la douleur.

Elle se leva. Sa jambe… elle pouvait bouger. Mais tout juste. Ceria boîta et se traîna dans le couloir. Les morts-vivants étaient autour d’elle, déchiquetant des aventuriers recroquevillés au sol ou poursuivant ceux qui s’enfuyaient.

C’était le chaos. Ceria leva sa baguette et fit exploser un squelette qui se dressait sur son chemin. Elle n’était pas loin de la salle avec les blessés mais…

Yvlon était devant elle, dans une mêlée d’aventuriers qui hurlaient et se battaient pour passer devant deux Seigneurs des Cryptes. Les abominations gigantesques bloquaient le passage, fracassant des aventuriers contre les murs et les écrasant avec une aisance méprisante.

Il n’y avait aucune tentative de se battre en tant que groupe. Les hommes et les femmes se poussaient, frappant même leurs amis en tentant de s’échapper. Écorcheur se traîna lentement le long du couloir, déchirant les humains qui hurlaient de terreur.

La capitaine des Lances d’Argent criait, tentant de se faire entendre par-dessus le boucan. Elle était saisie de terreur comme le reste d’entre eux, mais elle restait au moins assez cohérente pour essayer de combattre les Seigneurs des Cryptes. Mais personne ne l’écoutait.

Les morts-vivants étaient partout. Ils sortaient des tunnels, mordaient, griffaient, déchiraient. Ceria hurla lorsqu’un squelette lui planta une dague dans le dos. Là encore, sa robe la sauva mais elle sentit la peau se déchirer alors même que la lame la tailladait.

Il lui taillada la jambe. Ceria hurla en sentant ses tendons exposés se déchirer et ses os se briser.

Elle leva sa baguette et cette fois-ci le brûla. Le squelette tituba en arrière alors que ses os craquaient sous la chaleur. Ceria se releva. Elle pouvait utiliser le reste des aventuriers comme des boucliers dans qu’Écorcheur l’ignorait. Si Ceria les sacrifiait elle pourrait…

Yvlon se battait. Sa chevelure blonde était couverte de sang, mais elle tournoyait, pourfendant goules et zombies en se démenant pour protéger ses amis. Elle essayait de tailler un chemin avant qu’Écorcheur ne les atteigne. Mais les Seigneurs des Cryptes étaient trop forts, les aventuriers trop désorganisés.

Ils allaient tous mourir. Ceria regarda Écorcheur, et sa bouche s’ouvrit. Elle ne pouvait toujours pas lever sa baguette malgré tout cela. La magie était trop puissante. Elle avait trop peur. Elle se maudit pour cela.

Mais les autres… le visage de Gerial flotta devant Ceria. Elle ferma les yeux.

“La mort avant le déshonneur.”

Ceria brisa sa baguette. Elle dut la casser sur son bon genou, mais lorsqu’elle y parvint, la magie explosa. Un froid, un froid sans fin couvrit instantanément les murs et le sol autour d’elle de givre, et les morts-vivants qui tentaient de l’attaquer gelèrent sur place. Mais Ceria prit la magie et la transforma.

Un sortilège.

Yvlon se tourna, son épée levée juste à temps pour voir Ceria viser. La demie-Elfe était debout au fond du couloir, derrière Écorcheur, mais elle visait le Seigneur des Cryptes le plus proche d’Yvlon. Son doigt brilla d’une lumière d’un blanc bleuté et un blizzard était apparu autour d’elle.

L’aventurière plongea au sol alors qu’un pic de glace deux fois plus long et large qu’un humain fonçait à travers le couloir, explosant en une multitude d’aiguilles de glace contre un mur. Les morts-vivants, et même les aventuriers suffisamment malchanceux pour être pris sur sa trajectoire tombèrent au sol, gelés. Ou morts.

La moitié inférieure du Seigneur des Cryptes tomba, et les aventuriers se précipitèrent dans l’ouverture. L’autre Seigneur des Cryptes saisit deux hommes, mais d’autres hommes et femmes plongèrent en avant, poursuivis par les morts-vivants les plus rapides.

Ceria faillit s’évanouir lorsque l’effort magique la rattrapa. Elle aurait crié, mais la douleur n’était qu’une couche de plus sur son agonie. Mais le froid qu’elle avait canalisé la frappa aussi. La main qu’elle avait utilisée pour le sort était déjà engourdie, mais à présent elle ne pouvait même plus la bouger.

Sa main se gela. Sa peau se mit à peler, et devint noire par endroits. Elle tomba à genoux alors qu’Yvlon se retournait.

Cinq mètres. Une distance frôlant l’infini. C’était ce qui séparait les deux femmes. Mais les morts couraient, et Écorcheur suivait, arrachant des vies. Yvlon vacilla un instant, et ses yeux croisèrent le regard de Ceria.

Leurs regards se croisèrent pendant une longue seconde, puis la Capitaine des Lances d’Argent s’en arracha. Elle se remit à courir, et les morts se précipitèrent à ses trousses.

La plupart d’entre eux. Écorcheur ignorait la demie-Elfe, mais le reste d’entre eux étaient attirés par elle. Elle se releva, et se mit à courir tandis qu’une poignée de morts-vivants se lançaient à sa poursuite.

Plus loin dans le couloir, à droite. À travers le labyrinthe de couloirs qu’elle avait explorés. Ceria courut, esquivant des bras qui tentaient de la saisir et des mâchoires béantes, sachant qu’il n’y avait pas d’échappatoire.

Elle trébucha et tomba en atteignant l’endroit où elle avait lu le message d’Écorcheur. Ceria essaya de se relever et réalisa qu’elle n’avait pas trébuché. Sa jambe cassée avait cessé de bouger.

C’était la fin. Elle tenta de se relever, poussant le sol de son bras et de sa jambe valides. Elle s’appuya contre un mur, sentant quelque chose d’important fuir son corps.
Une silhouette apparut dans les ténèbres. Une goule avançait dans le couloir, ses yeux jaunes luisants fixés sur Ceria.  Cela avait été une femelle, jadis. Elle dévisagea Ceria, souriant de ses dents ébréchées.

Ceria prit sa dague dans sa main droite tremblante. Elle était lourde dans sa main.

La goule s’avança plus près, feintant, dansant autour de Ceria pour aller dans son dos. Elle tituba, en essayant de la garder devant elle.

Ceria se sentait creuse. Vide. Elle pleurait. Elle sanglotait. Elle aurait voulu…

Elle aurait voulu que rien ne soit arrivé. Rien de tout cela. Mais c’était trop tard à présent.

La goule fouetta l’air, faisant couler son sang, et recula. Elle se préparait à porter le coup final.

Les larmes coulèrent de ses yeux, mais Ceria cilla pour les chasser. Elle plongea en avant et sa dague atteint la goule dans la joue. Elle se débattit violemment, lui arrachant la lame des mains, puis ses dents se mirent à la mordre, à déchirer son oreille, sa chair.

Ceria tendit la main, mais personne ne la prit. Elle ferma les yeux et attendit la fin. Elle vint avec des dents tranchantes pour l’arracher à la douleur. Puis elle était partie.



***

Les ténèbres recouvrirent les ruines alors que les orbes de lumière jetées par le sort d’[Illumination] de Ceria disparaissaient une à une au passage d’Écorcheur. La chose qui volait la chair et traquait les vivants leva la tête en direction de la surface et les morts la suivirent, par paquets, affamés. Un flot de morts sortit des catacombes, à travers les tunnels et les passages secrets, courant, rampant, vers la surface.
 
Au-dessus.
 
Et Écorcheur se remit à avancer. La chose… ou plutôt, il… avait récolté assez de chair. À présent il allait récolter le reste. Il quitta les ruines, et ne laissa que la mort derrière lui.
 
La mort.
 
Et le silence.
 

Hors ligne Maroti

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Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
« Réponse #67 le: 29 juin 2020 à 10:50:06 »
Notes des traducteurs: Désolé de ce léger retard! Ellie aurait dût posté le chapitre samedi, mais elle a eut quelques problèmes de connexions! Mais le voilà!

1.42
Traduit par Maroti

Erin s’assit dans son auberge, regardant fixement une table. Elle n’avait rien de mieux à faire. Normalement elle aurait été en train de servir des clients, de bavarder, ou de jouer aux échecs, mais elle ne pouvait rien faire de cela aujourd’hui.
 
Ils étaient tous partis. Pion avait quitté la ville avec les autres Ouvriers, promettant de revenir demain.
 
Il… ne pouvait toujours pas marcher correctement. Mais les autres Ouvriers l’aidaient à marcher et à bouger et…
 
« Il a quelque chose de différent. »
 
Toren leva les yeux de sa table et regarda Erin. Il s’arrêta, attendant un ordre, et recommença à frotter.
 
« Je veux dire, il semble différent. Il agit différemment. Avec plus de confiance, t’vois ? »
 
Toren attrapa un petit scarabée qui avait erré dans le bâtiment et l’écrasa entre ses doigts.
 
« Beurk ! Ne fais pas ça ! Débarrasse-toi d’eux en les remettant dehors ! »
 
Le squelette marcha jusqu’à la porte avec obéissance. Erin essaya de ne pas laisser son estomac se souvenir de la vision de l’intérieur orange de l’insecte suintant…
 
« Il n’y’ a pas beaucoup d’insectes. Mais apparemment, c’est l’hiver. »
 
Il ne faisait pas très froid. Toren rouvrit la porte et entra dans l’auberge, les doigts propres, mais Erin ne frissonna presque pas.
 
« Est-ce que je suis proche de l’équateur ? »
 
Le squelette haussa les épaules, au moins c’était quelque chose. Il ne répondait généralement pas aux questions qui lui étaient posées, mais il était bien plus pratique qu’il l’avait été.
 
Erin se pencha sur la table. Elle n’avait personne d’autre à qui parler et au moins Toren semblait confus quand quelqu’un lui parlait, ce qui était mieux que rien.
 
« C’était les échecs. Pion était totalement offensif ce matin ! Est-ce que tu as remarqué ? Il était plus fort… Enfin, il était toujours en train d’apprendre, mais il tentait sa chance. J’ai hâte de voir ce qui peut arriver si lui et Loks font une partie. C’est comme s’il avait eu un massif boost de confiance. Tu penses que s’est passé avec Ksmvr ? »
 
Toren regarda Erin et s’empara d’un torchon et le trempa dans un sceau. Erin soupira et se balança sur sa chaise, se demandant à quel point elle aurait mal si elle tombait. Cela ferait encore plus mal Toren bondissait pour essayait de la rattraper, comme il l’avait fait deux fois auparavant. Atterrir sur du plancher ? Aie. Atterrir sur des bouts de squelette ? Double aie.
 
Erin ferma les yeux, et elle les écarquilla. Elle perdit l’équilibre et l’élan l’entraîna en avant, la faisait se cogner sur la table. Mais elle ne s’en rendit même pas compte.
 
Une alarme. Cela sonnait… Non, cela se ressentait comme une sirène d’alarme de tornade sonnant à plein volume dans sa tête. Mais ce n’était pas un son, c’était une sensation, un gémissement aigu qui lui disait qu’elle était en danger
 
Erin regarda autour d’elle. Toren la regarda, tenant le torchon dans une main. Erin renversa sa chaise et courut dans la cuisine pour attraper une poêle à frire et une jarre d’acide. Toren leva les yeux et laissa tomber son torchon quand il vit qu’Erin était armée.
 
« Il y a quelque chose dehors. »
 
Il se précipita dans la cuisine et sortit avec l’épée qu’il avait prise à l’un des aventuriers. Erin s’agenouilla près d’une table, son cœur battant la chamade. L’alarme était toujours en train de sonner dans sa tête, et elle se sentait terrifiée.
 
 
 Toren était derrière elle. Il leva son épée et jeta un œil dans l’auberge. Il regarda Erin avec impatience et pointa vers la porte.
 
« Je ne sais pas où est-ce que c'est. Mais il y a quelque chose. Quelque chose de terrible. »
 
Mais il semblait ne rien y avoir dehors, du moins s’ils se fiaient au son. Erin ouvrit la porte avec précaution et jeta un œil. Elle fit signe, et Toren courut vers l’étage avant de revenir quelques instants plus tard en secouant la tête. Elle regarda par la fenêtre, et décida d’abandonner la prudence.
 
Elle courut dehors, se tenant sur le sommet de la colline, regardant les plaines alentour. Rien. Elle se précipita de l’autre côté de l’auberge et regarda dans l’autre direction. Toren l’aida à monter sur le toit et elle observa depuis sa position surélevée.
 
Après quelques temps, Erin redescendit et Toren s’écroula quand il essaya de l’attraper.
 
« Aïe ! Ne te mets pas en-dessous la prochaine fois ! »
 
Il l’aida à se relever et Erin regarda les plaines alentours. Rien. Le soleil était toujours en train de descendre dans le ciel, et il ne faisait pas encore nuit. Mais elle ne pouvait rien voir. Mais elle l’avait senti, avec une certitude qui ne la quittait pas.
 
« Alors, qu’est-ce que c’était ? »
 
Erin marcha, tendant l’oreille, et scanna l’horizon pendant dix minutes de plus. Mais elle ne pouvait rien voir. Et rester à découvert commençait à la déranger plus qu’autre chose.
 
Peut-être… Peut-être que cela n’avait été qu’une fausse alarme ? Ou que ce qui était en train d‘arriver était trop loin. Comme…
 
« Peut-être que quelqu’un a lancé une bombe nucléaire ? Ou une bombe nucléaire… Magique ? »
 
Erin secoua la tête alors que Toren la regarda. Ce n’était pas ça.
 
« Peut-être que ce n’est rien. Reste… reste sur tes gardes, d’accord ? »
 
Il hocha la tête, Erin soupira avant de secouer la sienne. Elle retourna dans l’auberge mais garda la poêle à frire, la jarre d’acide, et l’un des couteaux de cuisine sur la table.
 
Juste au cas où.
 
***

Les morts se déversèrent hors des ruines en hurlant. Ils coururent à travers l’herbe, le soleil couchant dans leurs dos. Ils coururent vers la ville, les bras tendus, les yeux brillants alors qu’ils chassaient les vivants. Pour les ajouter à leurs rangs.
 
La petite ville de fortune qui s’était élevée autour des ruines avait disparu. Du bois brisé et des cadavres étaient tout ce qui restait des aventuriers et des marchands qui avaient vécu ici. Ils avaient été décimés en essayant de fuir lors des premières minutes de l’attaque.
 
Tellement de morts. Des centaines, marchant d’un même pas. Ce n’était pas une horde de monstres qui s’était rassemblée par hasard, ou un groupe contrôlé par une Liche ou un Seigneur des Cryptes. C’était une invasion, menée par une unique créature.
 
Les morts coururent vers Liscor alors que les portes commencèrent à se fermer. Mais elles s’arrêtèrent quand les gardes fermant les portes jetèrent soudainement leurs armes et prirent la fuite, hurlant. Quelque chose les avait touchés. Quelque chose d’invisible.
 
Les yeux d’Écorcheur quittèrent les portes et Loks s’aplatit et tira le Gobelin à ses côtés dans l’herbe. Elle et ses compagnons s’écrasèrent dans la terre, se faisant le plus petit possible.
 
La peur les toucha, faisant battre leurs cœurs la chamade. C’était quelque chose de familier. Les Gobelins levèrent la tête pour jeter un coup d’œil et Loks murmura des insultes pour qu’ils gardent la tête baissée.
 
Ils osèrent regarder uniquement après plusieurs minutes. Bien en dessous, la créature connue sous le nom d’Écorcheur avait concentré son attention sur la ville. Les morts étaient déjà en train de se déverser dans la ville, et ils pouvaient entendre les cris s’élever au loin.
 
Depuis le sommet de la colline le groupe de Gobelin armé regarda le carnage. Loks toucha le fourreau de son épée à sa taille, mais uniquement pour être certaine qu’elle était là. Elle n’avait aucune intention de bouger de cet endroit.
 
Écorcheur bougeait lentement. Il devait se tirer dans l’herbe alors que même les Seigneurs des Cryptes le dépassaient. Mais il était la chose la plus dangereuse du lot, Loks en était certaine.
 
Elle vit la chose distordue et grotesque faite de chair morte tourner sa tête vers elle et Loks s’étala de nouveau dans l’herbe. Les Gobelins autour d’elle frémirent et tinrent leurs armes. Loks secoua la tête alors qu’elle regarda Écorcheur lentement se tirer vers la ville.
 
Il était intelligent. Et mortel. Elle le savait dans ses os. Mais encore plus mortel qu’une ville pleine de Drakéides et de Gnolls ? Elle s’assit sur la colline et regarda la mort se déverser dans Liscor. Regardant. Attendant.
 
Calculant.
 
Après quelques minutes, son estomac gargouilla.
 
***

« Hum. Loks devrait déjà être là. »
 
Erin regarda la position du soleil dans le ciel, protégeant ses yeux alors que Toren mettait des assiettes et des couverts. Enfin, un couvert pour être précis. Tout ce dont les Gobelins avaient besoin était une fourchette, et c’était uniquement parce qu’Erin insistait.
 
Elle avait cuisiné un bon plat de pâtes à la saucisse, ou peut-être que c’étaient des saucisses avec des pâtes. Les Gobelins aimaient la viande, donc elle avait principalement rempli la marmite avec ça, avec quelques nouilles pour ajouter de la couleur.
 
Erin hésita. La nourriture était chaude, mais elle ne voulait pas manger seule, ou avec Toren. Elle pouvait attendre, et de plus, Loks et son groupe ne manquaient jamais un repas. Ils étaient probablement en train de fuir un Crabroche ou d’attaquer des voyageurs innocents. Elle devrait probablement leur parler de ça.
 
Mais tout de même. Erin jeta un regard vers la fenêtre. La nuit allait tomber dans une heure tout au moins, et les Gobelins détestaient voyager la nuit, ce qui était compréhensible.
 
« Tu penses qu’elle a oublié ? »
 
Toren haussa les épaules. Il leva sa tête et regarda en direction de Liscor. Il sentit… Quelque chose. Une voix ? Un appel. Mais c’était ténu. Il haussa les épaules et continua de mettre la table. Mais l’avertissement d’Erin combiné avec ce sentiment décida le squelette. Elle avait raison.
 
Quelque chose était dehors.
 
***

« Fermez les portes ! »
 
Les rues de Liscor étaient envahies par les morts. Des civils hurlaient, fuyaient ou se barricadaient dans leurs maisons alors que des zombies, squelettes et autres formes imposantes couraient à travers les rues. Mais ils s’empalèrent contre un mur de lames avant de pouvoir s’engouffrer profondément dans les rues.
 
La Garde se tenait épaule contre épaule, tirant des flèches dans la foule alors que des Gnolls et des Drakéides armés repoussaient le front. La Capitaine de la Garde, une grande Drakéide nommée Zevara, hurla en direction des murs tout en taillant en tranches un autre zombie.
 
« Où sont donc le reste de ces foutus gardes ? Pourquoi les portes ne sont-elles pas en train de se fermer ? »
 
Beugla-t-elle en découpant le bras d’un squelette, tranchant l’os. Le garde devant elle ferma les rangs et repoussa le mort-vivant. Un Gnoll courut vers Zevara et elle se tourna vers lui.
 
« Tkrn. Qu’est-ce qui se passe dehors ? »
 
Il sourit, la fourrure sur son torse recouverte de sang et d’entrailles.
 
« Des combats, Capitaine. Nous avons fermé les rues selon votre ordre. Ça les arrête, mais il y a de plus grandes créatures dehors. »
 
« Des Seigneurs des Cryptes. Ils sont extrêmement dangereux. Abattez-les si vous le pouvez. Qu’en est-il des portes sud ? Si elles sont tombées… »
 
Tkrn secoua la tête et Zevara protégea son visage alors que des bouts de chair volaient autour d’elle.
 
« Désolé, Capitaine. Les Portes Sud sont fermées et nous avons des archers qui tirent sur les morts-vivants qui essayent de grimper. Mais tous nos gardes sur les murs nord ont pris la fuite ! »
 
« Cela n’a pas de sens. J’ai vu les portes se fermer ! Qu’est-ce qui aurait pu… ? »
 
Un zombie repoussa un Drakéide et bondit vers Zevara, sa mâchoire grande ouverte. Elle recula et la hache de Tkrn s’enfonça dans son cerveau exposé.
 
« Fermez les rangs ! »
 
La voix de Zevara retentit comme un coup de fouet et les gardes autour d’elle sursautèrent. Elle pointa et plus de guerriers se précipitèrent pour renforcer le point faible dans la ligne. Toute la Garde ne se battait pas, Zevara avait gardé plusieurs groupes en retrait à plusieurs points de la ville pour renforcer les failles.
 
Maintenant elle éleva la voix alors que plus de morts-vivants descendaient dans les rues et attaquaient les rangs de guerriers armés avec plus d’ardeur.
 
« Est-ce que vous êtes des couards humains ou des gardes ? Mettez vos queues dans l’effort ! »
 
Les Drakéides et les Gnolls et répondirent avec un rugissement. Ils repoussèrent les morts-vivants de plusieurs mètres et Zevara se retourna vers Tkrn alors qu’il essuyait sa hache sur sa fourrure.
 
« Quoi d’autre ? »
 
Il lui sourit, montrant ses dents.
 
« Les aventuriers demandent ce qu’ils peuvent faire. Ils se battent avec nos gens, mais médiocrement. Il n’y a pas beaucoup de bonnes compagnies ici. »
 
« Faites qu’ils s’occupent des morts-vivants qui passent à travers les rangs. Nous allons tenir la ligne ici et avancer. Alors, où est Relc ? »
 
« Il est en train de tenir la Rue Tessaract. »
 
Zevara grogna.
« Bien. Alors ils ne passeront pas par là. Mais c’est de la folie. »
 
Elle pointa les massives portes, visible depuis l’endroit où Tkrn et elle se tenait.
 
« Nous ne devrions pas nous battre dans les rues ! Si nous devons nous rapprocher de ces portes et les fermer pour les tuer en dehors de la ville. Pourquoi ces foutues portes sont-elles encore ouvertes ? »
 
Tkrn grogna.
 
« Beaucoup de ses grandes choses se tiennent dans l’entrée. Nous ne pouvons pas les tuer et d’autres continuent d’arriver. »
 
« Des Seigneurs des Cryptes qui montent la garde ? C’est… »
 
Zevara s’arrêta. Elle regarda les morts-vivants et, soudainement, un léger frisson d’effroi se glissa dans son cœur. Elle pensa à quelque chose.
 
« Le Nécromancien ? »
 
Tkrn leva sa hache.
 
« Je l’ai vu en ville plus tôt aujourd’hui. Je peux le traquer et le tuer… »
 
« Pas cet imbécile. Je parle du Nécromancien. »
 
« Oh. »
 
Tkrn semblait inquiet. Zevara secoua la tête.
 
« Si c’était lui, nous serions vraiment morts. Il n’y a pas de géants, de Nécrophages, de fantômes ou des horreurs qu’il traîne sur son passage. Non, c’est autre chose. »
 
Elle pointa du doigt le reste de la rue.
 
« Cette zone est sécurisée. Je veux des civils avec des arcs et quelques mages pour arrêter le moindre Seigneur des Cryptes qu’ils aperçoivent. Pars et organise les aventuriers. Dites à Relc que je veux le voir, et trouvez-moi Olesm ! Nous avons besoin de ses compétences ! »
 
« Personne ne l’a vu de la journée. Ils l’ont vu quitter la ville, mais… »
 
« S’il est là, trouvez-le ! Je dois partir. Les rues à l’est ont besoin d’aide. »
 
Tkrn hocha la tête et s’en alla. Zevara échangea rapidement quelques mots avec un grand sergent Drakéide et courut à travers les rues.
 
Les morts-vivants avaient pris la ville par surprise, mais la milice de cette ville n’était pas celle d’une ville humaine, et ses habitants non plus. Les morts-vivants avaient renversé les premières rues, mais leur élan s’était arrêté une fois que la Garde et les groupe de civils capable de se battre avait formé des barricades et arrêté leur avancée.
 
Le problème était que les morts-vivants ne s’attaquaient pas qu’aux rues. Ils passaient à travers les maisons, au-dessus des toits, attaquant les défenseurs par-derrière. Ils étaient chassés et tués dès que possible, mais cela ajouta une autre couche de complexité au cauchemar de Zevara.
 
Zevara sortit d’une ruelle juste à temps pour voir un Seigneur des Cryptes tailler son chemin à travers un groupe de garde et de civils, les envoyant voler. Le corps boursouflé du Drakéide fut immédiatement attaqué de toute part et repoussé avec un pilier de terre, mais alors que tout le monde concentrait ses efforts sur la créature, un groupe de zombie les dépassa pour se précipiter vers les archers civils.
 
La quinzaine ou presque de Drakéides et de Gnolls se figèrent avec une seule exception. Krshia abattit calmement un zombie d’une flèche dans l’orbite. Elle dégaina une longue dague à l’air sinistre et attrapa un second zombie alors que Zevara s’écrasait de plein fouet dans deux autres.
 
Le dernier zombie dépassa les deux combattantes et fendit les écailles d’un Drakéide avec un coup dévastateur. Il avait un morceau d’épée enfoncée dans sa main, rendant mortel le moindre de ses coups.
 
Le Drakéide s’effondra, hurlant, et sa compagnonne recula, horrifiée. Selys leva son arc, mais le zombie le trancha en deux d’un seul coup. Elle appela à l’aide, mais le corps du Gnoll courut vers elle, la mâchoire ouverte pour la déchiqueter.
 
« Hors de ma vue, peste. »
 
Selys hurla d’horreur lorsque le cou du zombie pivota brusquement. Le Gnoll mort-vivant s’effondra en tressaillant.
 
« Pour être clair : Je ne les ai pas réveillés. »
 
Pisces apparut de nulle part à côté de Selys et Zevara, les mains brillantes d’énergie violette. Selys le regarda bouche-bée, les écailles presque blanches.
 
« Toi ! »
 
« Ah. Bien le bonjour, réceptionniste. N’attends pas de me remercier de t’avoir sauvé la vie. »
 
Pisces fit une salutation moqueuse et se retourna. il pointa, et deux autres zombies et un squelette tombèrent au sol avec leurs cous brisés.
 
Krshia serra les dents en écrasant la tête d’un zombie contre les pavés, brisant ses os jusqu’à ce qu’il n’y ait plus vraiment de tête.
 
Elle se redressa et vit Zevara décapiter son adversaire. La Drakéide se tourna vers Pisces alors que Selys s’éloignait de lui. Il leva les mains et un mur de vent se leva autour de lui.
 
« Je ne veux pas vous offenser. Et ceci n’est pas ma faute ! J’étais en ville toute la journée, et je ne sais rien sur ce qu’il… se passe. »
 
La Drakéide la regarda. Elle secoua la tête et cria sur les gardes alors qu’ils faiblissaient, essayant de reformer les rangs.
 
Une autre groupe de huit Drakéides armés courut dans la rue. Ils foncèrent dans le combat en rugissant alors que Pisces pointa et un autre zombie qui avait évité la charge s’effondra, mort.
 
« Croyez-moi, ah, Capitaine. Je ne compromettrais jamais mes bonnes relations avec votre ville. En vérité, je suis en train d’aider pour prouver mon innocence. Je…
 
« Je te crois. »
 
Pisces cligna des yeux, tout comme Selys, Krshia continua de tirer dans la foule des morts.
 
« Nous avons d’innombrables témoins qui ont vu les morts-vivants émerger des ruines. De plus, je doute qu’un [Nécromancien] de ton niveau puisse réanimer plus de cinq corps, encore moins une horde comme celle-là. »
 
Pisces fronça les sourcils.
 
« Je… »
 
Il hésita et regarda Zevara.
 
« Um, cela est correct. Mais cela est plutôt incommode, n’est-ce pas ? »

Elle le fusilla du regard.
 
« Est-ce que tous les humains sont aussi fous que toi ? Liscor est en train d’être attaquée ! »
 
Il haussa les épaules.
 
« Ce ne sont que des morts-vivants. Facile à maîtriser. J’ai entièrement confiance en le fait que votre Garde protégera les citoyens innocents tels que moi. »
 
Il se retourna.
 
« Si vous voulez bien m’excuser… »
 
« C’est hors de question ! »
 
Selys marcha sur sa robe et le mage tituba. Il agita les bras en essayant de garder l’équilibre et se tourna pour regarder Selys qui s’avança vers lui, la queue battante.
 
« Tu restes ici et tu nous aides ! Si cela n’est pas ta faute, alors aide-nous ! »
 
Pisces hésita. Zevara hésita. Elle n’aimait pas le mage, mais elle avait besoin de toute l’aide disponible.
 
« Est-ce que tu peux faire ton truc qui brise le cou plusieurs fois ? »
 
Il renifla et claqua des doigts. Trois squelettes s’effondrèrent comme des marionnettes sans fils.
 
« Je brise leur colonne vertébrale, et j’ai une ample réserve de mana. Je suppose que si cela m’exonère… »
 
« D’accord. Fais-le ! »
 
Le Seigneur des Tombes s’écroula finalement, éclaboussant ceux autour de lui de son sang toxique. Zevara jura et ceux qui avaient été touchés hurlèrent et reculèrent derrière les rangs pour se faire soigner. Elle courut vers un rang de garde, déjà en train de crier. Selys regarda Pisces, leva le doigt. Il leva sa main.
 
« Je comprends. Je vais aider. Reste ici et ah, essaye de ne pas me mettre une flèche dans le dos. »
 
Elle commença à bafouiller une réponse, mais Pisces était déjà en train d’avancer. Il garda une distance de sécurité entre les combattants et les morts et regarda la masse de morts-vivants courant dans les rues.
 
« Il va sans dire que je serais payé de manière appropriée pour mes services ? »
 
« Tue ces foutues choses et je te donnerai une médaille. Maintenant commence à lancer des sorts ou je vais personnellement te couper les mains ! »
 
Pisces renifla et conjura une sphère de feu dans le creux de la main. Il visa la foule des morts qui descendaient dans la rue.
 
« Personnellement, je préfère l’or. »
 
Il lança l’orbe, et le feu consuma les cadavres.
 
***

« Quelque chose ne va pas. »
 
Toren leva les yeux depuis le plancher. Il était en train d’utiliser un couteau rouillé pour retirer un peu de nourriture coincé entre les planches du parquet. Erin regarda par la fenêtre.
 
« Tu ne le sens pas ? Que quelque chose ne va pas ? »
 
Elle pointa la fenêtre du doigt. Il faisait nuit, désormais, mais il y avait un léger point lumineux venant de l’extérieur.
 
« C’est Liscor. Pourquoi est-ce que c’est rouge ? Est-ce que quelque chose est en train de brûler ? »
 
Toren s’approcha et vit que les cieux autour de Liscor étaient bien en train de lueur. Et il y avait de la fumée, s’élevant et presque invisible sous le clair de lune.
 
Erin regarda à la fenêtre en ‘inquiétant. La casserole de viande et de pâte était encore intouchée sur la table. Elle s’appuya contre le rebord de la fenêtre et se massa le ventre. L’anxiété était en train de l’affecter physiquement.
 
« Je sens… Les toilettes. »
 
Elle pointa Toren du doigt.
 
« Continue de surveiller ça, d’accord ? Si tu vois quoi que ce soit… »
 
Son estomac gargouilla et Erin sortit par la porte, laissant le squelette à lui-même.
 
Toren hésita. Il regarda le couteau et le plancher. Puis il déposa délicatement le couteau sur l’une des tables et prit son épée qui reposait sur l’un des murs. Il ouvrit la porte et marcha vers l’extérieur.
 
Le squelette fit la moitié du chemin quand l’Antinium l’attrapa et arracha la tête de son corps. L’Ouvrier jeta le crâne de Toren au sol et attrapa son épée. Il abandonna le corps écroula du squelette derrière lui et s’avança vers l’auberge.
 
***

Une goule attrapa la hallebarde d’un Drakéide d’une main et lui mit un coup-de-poing dans le ventre avec l’autre. Le Garde s’effondra, le souffle coupé, alors que la goule jeta son arme et essaya de courir après les autres gardes.
 
L’épée de Zevara coupa le haut du crâne de la goule, coupant de la chair et de la cervelle pourrie. La goule s’écroula et elle aida le Drakéide à se relever.
 
« Surveillez ces foutues goules ! Elles sont assez fortes pour vous arracher les écailles si vous les laissez faire ! »
 
Un autre zombie courut vers eux. Zevara tourna la tête et un grognement guttural lui échappa. Elle prit une grande inspiration et expira.
 
Un jet de feu s’échappa de sa mâchoire et envoya le zombie valser. Il tomba au sol, hurlant et brûlant alors que Zevara toussa.
 
« Où sont ces foutus Antiniums »
 
La Garde s’était repliée dans une autre rue, perdant du terrain alors que plus de morts-vivants s’engouffrait dans la ville. Ils se battaient bien, et les potions de soin, les pluies de flèches et la magie leur donnaient un avantage, mais les morts-vivants ne cessaient d'affluer.
 
Et la Garde n’était pas équipée pour s’en occuper. Au du moins, elle était bien équipée, mais elle avait besoin de renforts. Et les renforts n’arrivaient pas.
 
La Garde était la moitié des défenses de la ville, mais en vérité, elle ne s’occupait que des raids de bandits, des criminels, des occasionnelles meutes de monstres, et ainsi de suite. La nature autour de la ville s’occupait de la majorité des armées ; mais l’autre moitié des considérables défenses de Liscor étaient les Antiniums. Et ils étaient la plus grande des deux moitiés, et de loin, la Garde représentant plutôt le tiers, voire le quart des défenses. Un gros quart.
 
Mais les fourmis, toujours présentes d’une manière ou d’une autre dans la ville, étaient introuvables.
 
Zevara grogna de nouveau et toussa de la fumée. Elle recula alors que le Drakéide trouva sa hallebarde et reforma les rangs et cria.
 
« Tkrn ! Où est-ce que tu rampes ? Reviens par-là ! »
 
Le Gnoll courut vers Zevara, essoufflé. Il était toujours recouvert de sang, mais désormais il était aussi en train de saigner, du sang noir recouvrait sa fourrure.
 
« Présent, Capitaine. »
 
« Où sont les fourmis ? Envoie un message à la Reine sur-le-champ ! Nous avons besoin de ses soldats ! »
 
« Cela ne sera pas nécessaire, Capitaine Zevara. Nous sommes là. »
 
Zevara et Tkrn se retournèrent. Ksmvr marcha veux eux, deux épées et deux dagues dégainées. Quinze soldats le suivaient.
 
Ksmvr pointa vers les rangs vacillants des gardes.
 
« Joignez-vous au combat. Tuez les morts-vivants. Battez en retraite si vous subissez des blessures graves. »
 
Les Soldats chargèrent aussitôt. Poussant les gardes surpris et les civils sur le côté, ils s’écrasèrent contre les morts-vivants comme une vague noire.
 
Une goule bondit vers un Soldat Antinium. L’énorme homme-fourmi attrapa la femme morte-vivante et lui tint les épaules à deux mains. Ses deux autres mains se mirent à lui asséner des coups de poings vers le bas.
 
Comme Erin l’avait remarqué, les mains des Soldats étaient plus comme des bêches ou des armes plutôt que des mains. Elles rouèrent de coups la goule, brisant des os et perçant la chair avec facilité. Le Soldat continua de tenir la goule, la réduisant en purée. Quand il termina, il attrapa la tête du zombie et l’arracha.
 
Un squelette poignarda le soldat Antinium dans le dos. Il ne tituba pas lorsque l’épée s’enfonça et se coinça dans la carapace. Il se retourna et commença à démanteler le squelette.
 
Ksmvr regarda les Soldats combattre alors que les Drakéides, Gnolls et quelques humains titubèrent en arrière, soudainement libéré du combat. Il hocha la tête alors que Zevara s’approcha de lui.
 
« Capitaine de la Garde Zevara. C’est un plaisir de vous voir en vie. »
 
Zevara n’était pas d’humeur à échangé des politesses.
 
« Bordel, où est-ce que tu étais ? Et où sont les autres Soldats ? Je n’ai pas besoin d’une quinzaine de soldats, j’ai besoin de tous les soldats de la colonie ! Fait les sortir ! »
 
Ksmvr répondit calmement alors que Zevara garda un œil sur le combat.
 
« Vu que cela n’est pas une période de guerre ou une crise déclarée par le Conseil, je dois décliner cette requête. Le nombre maximal de soldats dont le Capitaine de la Garde à la permission commander est de cinquante Soldats et une centaine d’Ouvriers dans une période de crise. »
 
« C’est exactement ce qui est en train de se passer ! Où est-ce que tu ne vois pas les morts-vivants ? Ramène les Soldats, et même les Ouvriers ! Nous avons besoin de barricades, de fortifications… »
 
« Je suis au regret de vous dire que cela est impossible pour le moment. J’ai amené quinze Soldats. C’est tout ce qui peut être sacrifié en ce moment. »
Zevara regarda Ksmvr bouche bée. Elle ouvrit sa bouche et un filet de fumée s’en échappa alors qu’elle lui hurla dessus, furieuse.
 
« Pourquoi, par tous les œufs brisés, t… »
 
Ksmvr coupa, de nouveau, poliment la parole à Zevara.
 
« Les Soldats gardent l’entrée de la Colonie et des rues voisines. Nous ne pouvons pas laisser notre Reine est perturbée. Elle est en plein milieu d’un processus critique. Il lui faut encore des heures, peut-être moins, pour terminer.
 
« Ta Reine peut prendre son foutu rituel et ce le mettre là ou… »
 
Zevara s’arrêta alors que les lames dans les mains de Ksmvr tressaillirent. La moitié des gardes levèrent leurs armes mais leur Capitaine fit un mouvement de la main pour l’arrêter. Elle regarda Ksmvr et essaya de moduler son ton.
 
« Ceci est une urgence. Si nous ne repoussons pas les morts-vivants sous peu, ils envahiront cet endroit. Tes Soldats peuvent nous faire gagner du temps, mais cela ne sera pas assez. Nous avons avoir besoin de la cinquantaine sous peu. Plus que cela. Nous avons besoin de tous les soldats ! Parle à ta Reine. Dis-lui que nous avons besoin d’aide ! »
 
« Je regrette de vous informer que cela est impossible. La Reine ne doit pas être dérangé en cet instant. Je suis désolé. »
 
Des flammes s’échappèrent de la bouche de Zevara alors qu’elle l’ouvrit, furieuse. Ksmvr leva une main.
 
« Nous coopérons pour défendre la ville dès que notre Reine aura terminé le Rituel des Anastases. »
 
Ce n’était pas la peine d’essayer de convaincre l’Antinium, donc malgré la chaleur grandissante derrière les yeux, dans le cœur et dans les… Poumons de Zevara, elle mordit sa réponse.
 
« Les Ouvriers alors. Nous pouvons les utiliser. Non pas que pour les constructions mais s’ils se battent… »
 
« Il est aussi impossible de les commander en cet instant. »
 
« Pourquoi ? »
 
Pour la première fois, Ksmvr hésita visiblement. Il cliqua ses mandibules ensemble et regarda le combat. Les soldats étaient déjà en train de repousser les morts-vivants, et deux étaient en train d’attaquer un Seigneur des Cryptes alors qu’il cracha du sang noir sur eux.
 
« Les Ouvriers sont en train de rebeller. Nombreux sont ceux qui ont quitté la Colonie et ont combattu les Soldats à l’entrée. »
 
Ksmvr abaissa sa voix et Zevara le regarda avec horreur.
 
« Trois d’entre eux sont déjà devenus des Aberration. Nous craignons que le reste le soit aussi devenu. Ils sont violents, et nombreux sont armés. »
 
« Tu es sérieux. »
 
« Extrêmement sérieux. »
 
Durant un instant l’esprit de Zevara s’arrêta sur des images des Ouvriers Antinium déchiquetant des Drakéides et des Gnolls. Puis elle se força à revenir à la réalité alors qu’elle regarda les cadavres dans la rue.
 
« Je m’inquiéterai une fois qu’il n’y aura plus une horde de morts-vivants qui essaye de nous dévorer. Les citoyens sont soient dans leurs maisons, soient en train de se battre. Si ces Ouvriers tuent quelques zombies, je ne m’en plainerai pas. »
Ksmvr secoua la tête.
 
« Je crains que les Ouvriers ne soient plus en ville. Ils sont en train de se diriger vers une humaine. Erin Solstice.
 
« Celle qui a fait que Klbkch est mort ? »
 
« Oui. L’une des Aberrations qui s’est échappées avait pour but de la tuer. »
 
Zevara n’avait pas le temps de penser à ça. Elle fit signe vers les morts-vivants. Le Seigneur des Cryptes était mort, mais les deux Soldats Antinium qui l’avait tué était roulé en boule, leur bras et jambes recroquevillés, tués à cause du poison.
 
« Qu’importe la raison, je ne peux pas laisser partir quelqu’un. Elle n’est pas une citoyenne et nous sommes dans les problèmes jusqu’au cou. Cette humaine sera livrée à elle-même. »
 
Ksmvr hocha rapidement la tête.
 
« La Reine est la plus importante. Elle ne soit pas être dérangée. Erin Solstice… Est juste importante. »
 
Zevara le regarda. Les mots qu’il venait de dire… Elle ne pouvait pas s’en préoccuper maintenant. Elle pointa vers les Soldats Antiniums alors qu’elle fit signe aux gardes de se regrouper.
 
« Est-ce que tu vas rester et te battre ? »
 
Ksmvr hocha la tête. Il suivit Zevara alors qu’elle descendit la rue, des Drakéides et des Gnolls prirent leurs armes et se formèrent derrière elle.
 
« Je vais remplir mon devoir en tant que Prognugator en Liscor. Cependant, ma position cessera dans quelques heures. Un autre prendra ma place. »
 
« Alors suis-moi jusque-là. Nous devons utiliser ce moment jusqu’à ce que tous tes soldats meurent. »
 
Tkrn se plaça à côté de Zevara, souriant alors que les gardes et l’Antinium solitaire coururent après les soldats.
 
« Est-ce que je peux faire quelque chose, Capitaine ? »
 
« Tu as entendu la fourmi. J’ai l’impression que nous n’avons pas le choix. Nous avons besoin de fermer les portes. Aller me chercher Relc. Il est le seul qui a une chance de se tailler un chemin. »
 
Le Gnoll hocha la tête et s’éloigna du groupe. Zevara et les autres gardes se rassemblèrent autour d’un coin de rue et s’arrêtèrent. Les Soldats Antiniums avaient repoussé les morts-vivants, se frayant un chemin sans merci jusqu’à atteindre la rue principale là où se trouvait les portes nord. Mais ils avaient été arrêtés.
 
Zevara vit un Soldat écrasant un Seigneur des Cryptes sous son poids et un autre jetant des goules au sol alors qu’ils se ruèrent sur lui. Elle vit un groupe de garde, luttant pour contenir le flot des morts-vivants. Mais ce ne fut pas ça qui la terrifia au plus profond de son âme. Elle pointa vers les portes, ou quelque chose était en train de se tirer à travers les portes ouvertes.
 
Son cœur se figea. Les épées dans ses mains se firent plus lourdes, et autour d’elle les Gnolls, Drakéides et Humains frémirent alors qu’ils sentirent la terreur traverser leur corps. Tout autour d’elle, des gardes et des civils s’enfuirent en hurlant, incapable de se battre.
 
Zevara força les mots à travers ses lèvres engourdies.
 
« C’est quoi ça ? »
 
***

Ce fut presque dix minutes plus tard qu’Erin parvint à s’extirper des toilettes et de tituber jusqu’à l’auberge. Elle tint son estomac colérique et passa la porte.
 
« Toren ? »
 
L’auberge était sombre. Erin regarda autour d’elle. Le squelette venait normalement aussitôt qu’elle l’appelait. Où est-ce qu’il était.
 
« Hey Toren. Tu es où ? »
 
Pas de réponse. Erin n’entendit pas le claquement des os sur le parquet. Elle regarda autour d’elle. Il avait laissé le couteau sur la table. Est-ce qu’il était parti chercher de l’eau ?
 
Erin regarda autour de l’auberge. Il aurait au moins pu allumer les lanternes. Ou une bougie. Il faisait si sombre… La seule lumière disponible était celle de la lune.
 
Où était-il ? Et pourquoi…
 
Pourquoi Erin avait le même avertissement dans sa tête ?
 
Elle se retourna. Rien. L’herbe luisait dans le clair de lune depuis la porte ouverte. Erin se relaxa. Mais un sensation coula le long de sa colonne vertébrale.
 
Elle marcha à travers la porte ouverte. Mais Toren fermait toujours la porte derrière lui. Et s'il ne l’avait pas ouverte…
 
Qui l’avait fait ?
 
« Bonsoir ? »
 
Erin recula vers la porte. Quelque chose avait bougé dans les ombres et l’avait fermé. Elle se retourna, les poings levés, et se relaxa.
 
« Oh. Pion. C’est juste toi. »
 
L’Antinium se tenait dans l’ouverture de la porte, presque invisible dans la lumière. Erin fronça les sourcils, et fit un pas en arrière.
 
« Attends une seconde. »
 
L’Antinium avait quatre bras. Et deux jambes. Pion… Pion n’avait plus tous ses membres. Mais les Ouvriers n’étaient autorisés à quitter la ville sans surveiller, et cet Antinium avait une épée.
 
« Qui… Es-tu ? »
 
Il était familier. Du moins, il semblait familier, mais il n’était définitivement pas Pion ou Ksmvr. L’Ouvrier, si c’était ce qu’il était, trembla. Il se secoua légèrement, et fit un pas brusque vers Erin. Elle recula rapidement.
 
« B-bonsoir ? Tu peux m’entendre ? Qui es-tu ? Qu’est-ce que tu veux ? »
 
La tête de l’Ouvrier s’agitait de manière incontrôlable. Erin eut un mouvement de recul alors qu’il leva la voix, tremblant d’émotion.
 
« je sUis AnTiNium. j’aI uN NoM. »
 
Erin recula plus encore. Ce n’était pas la voix normale d’un Ouvrier. Celui en face d’elle parlait rapidement, sa voix faisait des graves et des aigus. Il semblait…
 
Fou.
 
« Tu as un nom ? Hum. Bien. C’est bien, pas vrai ? »
 
Il la regarda.
 
« JE Suis iNdivIDu. MaiS je reJETTE. Je reJEtTE tOUT. »
 
« Rejeter ? Rejeter quoi ? »
 
Il la pointa avec deux bras.
 
« TOi. C’eSt tA FAuTE. »
 
« Moi ? Qu’est-ce que j’ai fait ? »
 
L’Ouvrier leva sa main et une épée brilla dans le clair de lune. Il marcha vers Erin, continuant de parler.
 
« TU M’as FAIT çA. tU M’as Fait dEveNIR AinSi. J’ai fait ça POUR TOI. mAIs tOUt eST SouffRAnce. »
 
Erin recula, parlant rapidement. Elle essaya de sentir ou se trouver sa poêle et sa jarre d’acide, mais c’était impossible dans l’obscurité.
 
« Qu’est-ce que j’ai fait ? Je ne m’en souviens p… »
 
« tU sAis. »
 
« S’il te plaît… »
 
Erin fit un autre pas en arrière et tomba à la renverse quand son pied se prit dans une chaise. Elle s’écroula au sol et tenta désespérément de se relever. Mais l’Ouvrier était trop rapide, et il était déjà au-dessus d’elle.
 
Erin tenta de lui donner un coup dans l’entrejambe, mais l’Antinium attrapa sa jambe. Il la cloua au sol avec ses trois bras et pointa le bout de l’épée vers son visage. Erin essaya d’hurler, de crier. Mais elle n’arrivait plus à respirer. Elle regarda l’épée luisant au clair de lune alors que l’Ouvrier frissonna et la regarda.
 
« mEURs. »
 
L’épée fila vers son œil. Erin hurla…
 
Et un autre Antinium attrapa son assaillant et le jeta loin d’Erin. Elle reprit sa respiration alors que l’épée tomba au sol et que les deux Antiniums s’écrasèrent dans des chaises, se battant, donnant des coups-de-poing et de pied dans les ténèbres.
 
Erin rampa et se cogna contre une table. Elle courut et ouvrit une fenêtre à grand battant. Le clair de lune inonda la pièce juste à temps pour voir l’un des deux Ouvriers monter le second. L’Antinium attrapa la tête de son adversaire et tourna avec ses quatre bras.
 
La nuque se brisa. L’Ouvrier arrêta de bouger. L’autre Ouvrier se leva et regarda Erin.
 
Elle tint la poêle à frire et la jarre d’acide dans ses mains tremblantes.
 
« Recule ! Je te préviens ! »
 
L’Ouvrier s’avança vers Erin. Elle leva la poêle à frire et s’arrêta. L’Ouvrier leva ses quatre bras.
 
« S’il te plaît. Je ne veux pas te faire de mal. »
 
Les mots étaient familiers. La manière de parler était familière. Erin hésita.
 
« …Pion ? »
 
« Je ne suis pas Pion. »
 
L’Ouvrier secoua la tête, mais il n’était pas Ksmvr non plus. Il s’agenouilla devant Erin d’un mouvement brusque et elle manque de jeter la jarre d’acide. Mais l’Ouvrier ne bougea pas, il parla, sa voix retentissant dans le silence.
 
« Je suis Cavalier. »
 
« Cavalier ? »
 
Il hocha la tête. L’Ouvrier regarda Erin.
 
« Je me suis moi-même nommé. J’ai choisi. Je suis un individu, premier et dernier de mon espèce. Je suis Cavalier et nul autre est comme moi. Et je suis ici pour te protéger. Nous sommes ici pour te protéger. »
 
Erin le regarda. La poêle à frire manqua de lui échapper des mains. Sa tête tourna. Elle regarda Cavalier. Il y avait quelque chose de familier avec lui.
 
« Je… je ne te connais pas. Je n’ai jamais… »
 
Cavalier se redressa.
 
« S’il te plaît, Erin Solstice. Tu dois rester calme. Nous sommes ici pour te protéger. »
 
« Nous ? »
 
Du mouvement. Erin le vit soudainement depuis la fenêtre. Elle abandonna toute forme de prudence et se précipita à l’extérieur, effleurant Cavalier. Puis elle s’arrêta.
 
Des Antiniums. Des Ouvriers. Ils se tenaient autour de l’auberge, les bras croisés ou tenant des armes. Des épées, des masses, des haches… Mais pas que. Des rouleaux à pâtisserie, des caillou, de grandes branches… Et même un vase pour l’un d’entre eux. Ils la regardèrent silencieusement alors qu’Erin se figea.
 
« Qui… »
 
Cavalier émergea de l’auberge et inclina la tête vers Erin.
 
« Les morts approchent. Reste à l’intérieur, s’il te plaît. Nous allons te protéger de nos vies. »
 
Elle le regarda.
 
« Toi ? Mais qui es-tu ? Où est Pion ? »
 
« Il est forcé de rester à la Colonie sur ordre du Prognugator. Il y reste. Mais nous sommes venus. Nous avons choisi. Nous sommes des individus. »
 
« Des individus ? »
 
Cavalier hocha la tête. Devant Erin, un Ouvrier se tourna. Il s’inclina devant elle, bas, aussi bas que son exosquelette le lui permettait.
 
« J’ai choisi. Je suis Fou. »
 
Un autre Antinium se tourna, puis un autre.
 
« J’ai aussi choisi. J’ai décidé. Mon nom est Vladimir. »
 
« Je suis Calabrian. »
 
« Je suis Emanuel. »
 
« Appelle-moi Garry. »
 
« Je souhaite être connu sous le nom de Milner-Barry. »
 
« Belgrade. Je mourrais pour toi. »
 
« Nous sommes tous capable de mourir pour toi. Je suis Jose. »
 
Ils parlèrent, l’un après l’autre, dans le léger clair de lune. Les Antiniums regardèrent Erin, se ressemblant tous de l’extérieur. Mais tous différent, tous des individus.
 
Ils lui étaient tous familiers. Et Erin s’en rendit compte soudainement. Elle les connaissait. Elle les connaissait bien. Ils n’avaient jamais eu de nom, mais elle connaissait leur visage, la manière dont ils jouaient. Elle les connaissait.
 
Ils étaient son club d’échec.
 
Une trentaine d’Ouvrier environ se tinrent au sommet de la colline, entourant l’auberge, attendant. Erin pouvait à peine parler. Elle le sentait. Un terrible sursaut d’émotion, il lui était impossible de dire si cela était de la peur, de la joie ou de la tristesse. Mais elle savait que quelque chose s’était produit. Ils avaient tous choisit des noms.
Mais ce n’était que la moitié de la question. L’autre moitié brûlait en elle. Elle se tourna vers Cavalier. L’Antinium était en train de regarder dans les ténèbres, des éclaboussures de sang vert recouvrant sa carapace.
 
« Pourquoi est-ce que vous êtes tous là ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi cette nuit ? Qu’est… Qu’est-ce qui se passe ? »
 
Il ouvrit ses mandibules pour répondre. Et ce fut quand le premier zombie sortit de la nuit et essaya de bondir au visage d’Erin. Toren bondit des ténèbres et percuta le zombie alors que les deux roulèrent le long de la colline.
 
Erin hurla. Plus de corps titubèrent et coururent dans l’herbe alors que les Ouvriers les interceptèrent. Et la nuit fut remplie de mort, et Erin se retrouva à se battre pour sa vie.
 
***

« Retraite ! Retraite ! »
 
Zevara hurla alors qu'Écorcheur attrapa un Drakéide et arracha ses écailles et peau comme un enfant retirant le papier d’un bonbon. Le terrifiant visage souriant se tourna vers elle, des yeux pourpre la regardant entouré par des couches et des couches de peau morte.
 
 
Elle essaya de lever son bras pour lui asséner un coup, mais son bras refusa de bouger. Zevara avait combattu d’innombrable monstre, avait fait face à la mort et l’avait frôlé plus d’une fois. Mais la terreur qu’Écorcheur lui infligea était mille fois plus immense que tout ce qu’elle avait ressenti auparavant.
 
Zevara recula, tremblante, alors que la main d’Écorcheur attrapa un garde qui essayait de lutter. La Gnoll n’eut qu’un instant pour hurler de peur et d’agonie avant de mourir.
 
Tout autour de Zevara, des gardes étaient en train de fuir ou de mourir. Les morts inondaient la ville à travers les portes, massacrant les guerriers impuissants. Seuls les Antiniums se battaient, Ksmvr et les cinq dernier Soldats bloquant une rue, mais même eux étaient en train de perdre du terrain. Personne ne pouvait battre Écorcheur, et à chaque fois qu’il tendait ses mains, quelqu’un mourrait.
 
Zevara pria pour les morts. Vivre sans peau… Elle espéra qu’ils étaient mort sur le coup, plutôt que d’imaginer qu’il y avait encore de la vie dans les piles silencieuses d’os, d’intestins et de peau qui gisaient au sol.
 
Écorcheur lui fit un sourire. Ses replis d’épaisse peau blanche lui sourire aussi, le visage des morts étendu sur son corps comme une macabre toile.
 
Elle devait fuir. Zevara le sentait dans ses os, dans sa moelle. Mais elle était la Capitaine de la Garde. Elle ne pouvait pas fuir. Elle devait se battre. Mais son corps n’écoutait pas son esprit.
 
Écorcheur la toisa. Il jeta les restes de la Gnoll au sol et leva sa main vers Zevara. Elle se jeta hors du chemin, lâchant son épée, et la paume s’écrasa le sol à côté d’elle.
 
L’impact projeta la Drakéide sur le côté, mais elle se remet sur pied. Les points rouges. C’était les points rouges sur la main d’Écorcheur. Les toucher voulait dire que ta peau allait être épluché. Elle devait s’éloigner, elle devait fuir.
 
Trop tard, Zevara vit l’autre main l’encercler. Elle allait courir droit dedans. Elle essaya de s’arrêter, mais c’était trop tard. Écorcheur ferma sa main autour des écailles de Zevara…
 
« Attaque de Relc ! »
 
Quelque chose fila à ses côtés et poignarda la main. De la peau morte tomba autour de la peau alors qu’un Drakéide vert attrapa sa lance et Zevara and courut habilement à côté d’Écorcheur. Zevara regarda bouche bée Relc, Garde Senior de la Garde, lui faire un sourire plein de dents en faisant tournoyer sa lance.
 
« Salut Capitaine ! Ça te dérange si je m’occupe de celui-là ? »
 
« Relc ! »
 
C’était un avertissement. Relc tourna la tête et lui et Zevara se jetèrent au sol alors qu’Écorcheur essaya de les faucher. Sa main s’écrasa contre un bâtiment en bois et fit trembler les fondations. Écorcheur regarda les deux et Zevara sentit ses écailles se figer de peur. Mais Relc se secoua et montra les dents.
 
« C’est fun, pas vrai ? Recule, Capitaine. Je vais avoir besoin d’espace pour celui-là. »
 
En disant cela, Relc bondit et roula vers la mêlée vers Écorcheur. Un zombie arriva sur sa droite, mais Relc leva sa lance et transperça l’humain de part en part. Il donna un coup de pied pour défaire le cadavre qui percuta un squelette, il mit un coup-de-poing et éclata la tête d’une goule au sol, et leva les yeux vers l’autre main d’Écorcheur venant vers lui.
 
Relc leva sa lance et rencontra la main qui s’approchait de lui. La pointe de sa lance poignarda plusieurs fois, et rapidement, dans les parties rouges de la main d’Écorcheur. Le monstre eut un mouvement de recul, et pour la première fois Zevara crut entendre un son venir de la bouche de la créature.
 
Non, pas depuis sa bouche. Cela venait de l’intérieur d’Écorcheur, un cri aigu qui retentit dans la ville.
 
C’était bruyant, mais à peine audible depuis l’emplacement de Zevara. Elle mit les mains sur ses oreilles et Relc tituba en arrière, faisant de même.
 
Écorcheur faucha vers Relc, et lui attrapa la jambe d’une main. Relc rugit et lui planta la lance dans la paume, et Écorcheur le laissa aussitôt repartir. Le Drakéide tituba en arrière, et Zevara vit qu’une partie de ses écailles sur sa jambe avait été retiré.
 
Relc rugit et poignarda et coupa le bras d’Écorcheur, mais le monstre éloigna son membre de l’arme.
 
De nouveau, Écorcheur fixa Relc de son regard pourpre. Mais Zevara vit Relc trembler et serra les dents en luttant contre la magie l’affectant. Il leva sa lance et fonça vers Écorcheur, coupant et poignardant alors qu’il longea le côté du monstre.
 
Des bouts de chair s’effondrèrent au sol alors que le monstre envoya ses mains vers Relc. Le Drakéide esquiva, restant proche trop proche du corps d’Écorcheur pour se faire prendre. Le massif mort-vivant roula soudainement et Relc dut bondir en arrière pour éviter d’être écrasé.
 
« Espèce de salaud ! »
 
Relc courut à travers les morts-vivants, poignardant et les repoussant comme des mouches. Les zombies et squelette n’était même pas capable de le ralentir, et les goules étaient proprement abattu d’un coup dans le crâne ou la nuque.
 
Soudainement libérés du regard d’Écorcheur, les gardes autour de Zevara se retournèrent et formèrent de nouveau les rangs. Le Capitaine Drakéide trouva une nouvelle épée et découpa un zombie alors que Relc fila de nouveau vers eux.
 
Plus rapide, plus fort, et non affecté par la peur. C’était Relc, Garde Senior, le plus fort garde de la ville. Peut-être du monde. Un [Maitre Lancier] de Niveau 33.
 
Il s’arrêta devant Zevara, essoufflé. Elle vit le sang coulé le long de sa jambe et attrapa une potion de soin depuis sa ceinture.
 
« Tiens ! »
 
« Merci. »
 
Il hocha la tête et éclata la bouteille contre sa jambe. Le liquide violet entra dans la plaie et il soupira.
 
« Bordel. C’est pas bon. »
 
« Est-ce que tu sais quel est ce truc ? »
Zevara pointa vers Écorcheur alors que le monstre se releva lentement, les morts autour de lui formant un mur vivant. Relc secoua la tête.
 
« Quelque chose de moche ? Mais c’est fort. Toute cette peau morte est comme une armure. J’ai besoin de trancher pour atteindre ce qu’il y a en dessous. Mais un contact avec ses mains… »
 
« Tu peux le tuer ? »
 
Relc s’arrêta, et sourit à Zevara.
 
« Je peux. Peut-être. Probablement. Mais donner moi quelques Antiniums pour en être certain. »
 
« Les Antiniums ? Pourquoi… »
 
Relc pointa. Ksmvr était en train de trancher des zombies alors que les quatre Soldats encore vivants le couvrait. Même alors qu’Écorcheur se releva et regarda Ksmvr, il continua de se battre sans être déranger par le regard pourpre.
 
« Les Fourmis sont immunisées à ce qu’il est en train de faire. Tout comme moi ? »
 
« Pourquoi ? »
 
Relc sourit et il tapa sa tête d’une griffe.
 
« [Volonté Indomptable]. Tout le monde sans une compétence proche doit se replier. Ce truc… Il projette de la peur. »
 
« J’ai bien compris ça. Mais est-ce que tu peux t’en débarrasser avec eux ? »
 
« Je peux essayer. Mais donne-moi plus d’archer et de mages pour me débarrasser des morts-vivants. Je ne peux pas les avoir aux fesses avec ce truc. »
 
« Laisse-moi le temps d’appeler un repli. Nous allons nous regrouper dans une autre rue et te donner une chance… »
 
Zevara s’arrêta et Relc se retourna. Écorcheur était en train de bouger. La créature géante regarda longuement Relc et le Drakéide leva sa lance. Mais soudainement, Écorcheur se retourna. Il se tira et commença à faire demi-tour dans la foule de morts-vivants.
 
Relc rit alors qu’Écorcheur se tira pour s’éloigner. Il fit tourner sa lance et brisa le crâne d’un squelette avec le bout de sa lance en criant vers Écorcheur.
 
« Ouais, c’est ça ! Cours !Cours ! Tu as finalement trouvé quelqu’un qui avait trop d’écailles pour toi, hein ? Cours et… Attends une seconde. »
 
Relc cligna des yeux. Écorcheur était en train de partir. Ce n’était pas qu’une retraite, il était en train de se tirer à travers les portes alors qu’un mur de morts-vivants protégeait son ‘dos’.
 
« Il… Part ? »
 
Zevara regarde Écorcheur avec confusion. Ou est-ce qu’il allait ?
 
« Il a dû sentir que tu es une menace. »
 
Relc jura et Zevara manqua de cracher du feu vers Pisces alors que le mage apparut de nulle part. L’humain eut un mouvement de recul, mais pointa vers Écorcheur alors que Relc le regarda.
 
« Cette créature est hautement intelligente, garde. Il ne combattra pas quelque chose puisse résister à sa peur et est une menace crédible. Il peut peut-être gagner, mais il ne va pas prendre le risque. »
 
« Pourquoi ? »
 
Pisces haussa les épaules.
 
« La plupart des plus grands spécimens morts-vivants ont une sorte d’instinct de survie. Je suppute que c’est pareil pour cet être. »
 
« Un être ? Ce n’est pas un mort-vivant ? »
 
« Non. »
 
Relc attrapa Pisces alors que Zevara le regarda. Le Drakéide secoua le mage sans gentillesse.
 
« D’accord, mais ça va ou tout ça ? Est-ce qu’il retourne aux ruines ou est-ce qu’on doit s’inquiéter de renfort ? Même sans ce monstre ont croule toujours sous les morts-vivants ! »
 
« Je ne sais pas ! Je ne sais pas ! »
 
Pisces lutta pour que Relc le libère. Il cria alors que les morts-vivants recommencèrent leurs attaques contre les rangs des gardes.
 
« Peut-être qu’il veut nous affaiblir d’abord ! Ou peut-être qu’il cherche une proie plus facile ! Je ne peux pas dire ! »
 
Relc libéra Pisces avec dégoût.
 
« Alors c’est juste super. S’il revient avec une autre horde, nous sommes foutus. Mais où est-ce qu’il peut aller s’il veut plus de victimes ? Il n’y a pas de villages ou de villes dans le coin. Donc où… »
 
Il s’arrêta, écarquillant les yeux. Zevara le regarda alors que Relc se tourna vers le sud. Il laissa échapper ses morts dans un souffle.
 
« Oh non. »
 
Pisces regarda le visage de Relc, puis vers le sud. Il cligna les yeux de réalisation et son visage pâlit légèrement.
 
« Erin. »

Hors ligne Maroti

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  • Traducteur de The Wanderin Inn par Piratebea
Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
« Réponse #68 le: 01 juillet 2020 à 14:07:23 »
1.43
Traduit par EllieVia



Pourquoi les morts tentent-ils de tuer les vivants ? Est-ce par haine ?

Cherchent-ils à souiller les vivants, à les entraîner dans les mêmes tourments sans fin que ceux qu’ils ont vécu ? Envient-ils ceux qui respirent encore ? Ou est-ce un mystère plus grand encore ? Les morts-vivants souhaitent-ils simplement que d’autres les rejoignent, et s’ajoutent à leurs nombres infinis ?

Peut-être… oui, peut-être que les morts éprouvent simplement un vif ressentiment à l’égard des vivants. Peut-être qu’ils se souviennent du passé, et que cela les blesse. Ou qu’ils peuvent comprendre les vivants et aimeraient apaiser leurs souffrances.

Ou peut-être qu’ils savent juste à quel point ils sont moches et qu’ils ne veulent pas que quiconque les regarde.

Erin hurla lorsqu’un Gnoll presque décomposé s’approcha. Il n’avait pas de visage. Aucune structure à laquelle elle voudrait appliquer ce terme. Juste… de la pourriture. D’horribles entrailles noirâtres qui tressaillaient encore et claquaient avec un bruit mouillé alors qu’il se précipitait sur elle.

Une main saisit le zombie autour de ce qui lui restait de sa tête détruite. Ignorant complètement la chair et autres éléments organiques qui coulaient avec un bruit de succion par-dessus son poing, Cavalier resserra sa prise jusqu’à avoir entièrement écrasé la tête du zombie qui sursauta puis resta immobile. L'Ouvrier lâcha le cadavre par terre et l’écarta d’un coup de pied. Il resta dressé devant la porte de l’auberge, s’interposant d’un air protecteur entre Erin et l’extérieur.

Sur la colline, les morts se débattaient contre les vivants. Mais aucun cri n’échappait de ces derniers. Plus précisément, les Antiniums de criaient pas. Les morts, si. Ils hurlaient, ou émettaient des sons de succion sinistres, voire grognaient, mais les cris terrifiaient Erin. Elle avait le sentiment qu’ils n’auraient pas dû en être capables. Les morts devraient être silencieux.

Mais ils ne l’étaient pas. Pour tout dire, c’étaient surtout les Ouvriers qui ressemblaient le plus à des faucheurs silencieux. Ils se mouvaient à l’unisson, combattant, bloquant des lames, formant une ligne vivante en se battant contre les morts-vivants. Parfois, ils parlaient, mais avec un calme terrifiant qui leur était propre.

“Meurs.”

“Souffre.”

“Péris.”

Deux Antiniums saisirent chacun un bras d’un zombie et le déchirèrent en deux. Un autre encore prit un squelette à deux mains et arracha ses côtes avec les deux autres.

Ils combattaient comme des machines. Des machines dépourvues de compassion qui désassemblaient des morts-vivants comme des enfants les legos. Parfois c’était une dissection propre. D’autres fois, ils écrasaient les cadavres pour les faire s’écrouler.

Mais hormis ces détails, ils étaient comme des enfants. Aucun Ouvrier ne savait se battre. Ils étaient extrêmement forts, mais maladroits. Et les morts-vivants avaient beau se décomposer, ils étaient tous des tueurs.
Un Ouvrier tituba en arrière, faisant des moulinets avec ses bras lorsqu’un squelette glissa en avant et lui enfonça la tête avec une masse.  Il esquiva habilement l’Ouvrier lorsqu’il plongea pour lui attraper son bras osseux, et leva sa masse pour écraser le crâne de l’Antinium.

“Non !”

Le squelette leva les yeux et une poêle volante s’écrasa sur sa face. Les flammes jaunes au creux de ses orbites s’atténuèrent et l’Antinium en profita pour l’attraper.

Erin regarda l’Ouvrier commencer à démanteler le squelette puis contempla sa main. Elle n’avait même pas réalisé qu’elle avait lancé la poêle à frire. Mais d’autres morts-vivants gravissaient la colline au pas de course, droit sur l’auberge.

“Restez derrière moi, je vous prie.”

Cavalier repoussa Erin en arrière tandis que de nouveaux morts-vivants venaient s’écraser contre la ligne Antiniume, cette fois-ci derrière l’auberge. Les Antiniums vacillèrent, luttant pour repousser les mots. Erin vit l’un des Ouvriers glisser et tomber lorsqu’une goule le saisit à bras-le-corps. La morte-vivante se mit à le déchiqueter.

Il avait un nom. Il l’avait dit à Erin. Magnus. Magnus, comme Magnus Carlsen, un nom qu’il avait emprunté au Champion du Monde d’Échecs. Il tomba et Erin vit son sang se mettre à couler. Il était vert.

Non !

Elle essaya de se précipiter vers lui, mais Cavalier la saisit par la taille et la souleva.

“Vous ne devez pas. Vous ne devez pas vous mettre en danger. Nous sommes ici pour vous protéger.”

Magnus tomba, en se protégeant le visage des mains. Erin se débattit plus fort, mais Cavalier refusa de la laisser partir.

“Il meurt !”

“Oui. L’ennemi nous encercle. Nous sommes désavantagés. Cela doit être rectifié.”

Cavalier repoussa Erin en arrière et leva la main. Il parla, calmement.

“[Formation Défensive]”.

Magnus repoussa la goule et leva la main, ignorant le sang vert qui éclaboussait le sol autour de lui.

“[Formation de Combat].”

Il s’effondra silencieusement alors qu’une goule finissait de déchirer son exosquelette. Le Drakéide mort-vivant tira quelque chose des entrailles de Magnus et ouvrit la bouche pour le manger.

Un cri de rage précéda une fiole d’acide d’une seconde. La goule tituba en arrière, s’arrachant le visage de ses griffes alors que l’acide faisait fondre sa chair. Elle tomba en arrière, et un autre Antinium le frappa calmement avec un balai, l’envoyant s’étaler par terre.

Erin sentit les effets des deux Compétences la frapper alors qu’elle levait une autre fiole d’acide pour la lancer. Elle se sentait plus légère… tellement plus légère ! Et on aurait dit qu’elle avait une nouvelle paire d’yeux derrière la tête. Elle était consciente des morts-vivants autour d’elle, tout comme elle était consciente du nombre d’Antiniums qui se déplaçaient.
Ils tenaient la ligne. Alors que les morts-vivants gravissaient la colline, les Ouvriers les affrontaient, se regroupant calmement par paires ou par trinômes contre chaque mort-vivant. Les Antiniums ne connaissaient pas le combat à la loyale, et les morts-vivants avaient du mal à se défendre contre trois quadruplets de mains qui les poignardaient en même temps.

Une goule parvint à passer entre deux Antiniums et se précipita sur Cavalier. L’Antinium leva son épée, mais un squelette bondit par-dessus lui et transperça la goule en plein cœur. Toren et la goule roulèrent au sol en se mordant et en s’assenant des coups de couteau.
Erin tournoya. Elle souleva une casserole et la lança. Un zombie tituba en arrière. Elle avait… elle avait un bon nombre de casseroles et de poêles qu’elle avait récupéré dans la cuisine, mais elle commençait à manquer de munitions. Elle les jetait dans la foule, faisant confiance à son [Lancer Infaillible] pour atteindre ses cibles.

À présent les morts-vivants tombaient, se repliaient. Erin regarda les zombies se mettre à faire volte-face, à fuir. Était-ce une feinte ? Est-ce que d’autres morts-vivants arrivaient ? Elle regarda vivement autour d’elle, cherchant la moindre trace de mouvements dans les ténèbres.
Non. Aucun mort-vivant n’arrivait pour le moment - ils étaient tous morts. Toren s’arracha à la goule, récupérant son bras tandis que la goule sursautait une dernière fois avant de s’immobiliser.

Combien d’horreurs étaient-elles mortes ici ? Cent ? Deux cent ? On aurait dit des milliers.

“Trente-quatre.”

Déclara calmement Cavalier lorsqu’un squelette tomba, son crâne fendu en deux sous l’assaut d’une des poêles à frire d’Erin. Elle regarda fixement l’Ouvrier alors que le silence retombait et que le dernier cadavre cessait ses soubresauts.

Quoi ?”
“Nous avons tué trente-quatre morts-vivants. Le reste a battu en retraite. Ils reviendront en force, je pense.”
Erin dévisagea Cavalier qui nettoyait calmement les viscères accrochées à son épée. Autour d’elle, les Ouvriers s’aidaient à se relever, transportaient des corps, et… creusaient ?

Oui, les Ouvriers indemnes creusaient le sol. De la terre s’envolaient alors qu’ils creusaient une longue et large tranchée autour de l’auberge. Ils construisaient des douves. Des douves.
“Qu’est-ce qu’il se passe ? Qu’est-ce donc que tout ceci ?”

Erin contempla les morts, les Ouvriers, et Cavalier. Elle fut prise de vertige et de nausée. Et pas seulement à cause du carnage. Un instant plus tôt, elle avait été en train d’attendre Loks, et maintenant elle se retrouvait face à des Ouvriers avec des noms et des morts vivants.
Et l’odeur. Erin vomit légèrement dans sa bouche mais empêcha son estomac de rejeter quoi que ce soit d’autre.

Cavalier inclina la tête une nouvelle fois. Il était comme Pion simplement… différent. Physiquement, ils étaient identiques, mais ils avaient beau avoir la même voix, le même corps, et s’être tous deux nommés d’après des pièces d’échecs, il était différent. Erin ne pouvait pas expliquer pourquoi ou comment. Elle savait, c’était tout.
“La ville de Liscor et la zone qui l’entoure est assiégée, Erin Solstice. Une horde de morts-vivants a surgi des Ruines et assiégé la ville il y a à peu près une heure.”
Erin dévisagea Cavalier, frappée d’horreur. Elle lutta pour refaire fonctionner sa bouche.

“Les ruines ? Des morts-vivants ? Tu veux dire qu’ils en sont sortis ? Est-ce que quelque chose a déclenché…”

Son cœur rata un battement et son estomac se serra.

“Oh non. Les Cornes d’Hammerad. Ils sont entrés dedans. Est-ce qu’ils sont… ?”
Cavalier secoua la tête.

“Plusieurs aventuriers ont atteint la ville vivants. Je n’en sais pas plus.”
Erin saisit Cavalier par l’épaule, ignorant les fluides qui recouvraient sa carapace.

“Un Minotaure ? Quelqu’un avec des oreilles pointues ? Une elfe ? Demie-Elfe, je veux dire.”

Là encore, il secoua la tête.

“Aucun aventuriers de ce genre n’ont été aperçus. Les seuls qui ont survécu étaient des humains. Une… capitaine de l’une des compagnies. Une femme qui porte une armure argentée. Et quelques autres humains. Personne d’autre.”
Erin dévisagea Cavalier, les yeux écarquillés. Ses pensées s’entremêlèrent puis s’éteignirent. Cavalier hocha la tête.

“Je suis désolé.”

Elle vomit, alors. Erin se pencha en avant et rejeta son déjeuner et son dîner. Elle sentit une main fraîche sur son cou, rassurante, et alors qu’elle hoquetait et pleurait, Cavalier l’aida à se relever.

Cela prit plusieurs minutes pour qu’Erin regagne… le contrôle d’elle-même. Elle pleurait, balbutiait des mots incohérent, serrant la main de Cavalier dans une poigne mortelle tandis que Toren lui apportait un peu d’eau. Elle la but, cracha, vomit, but un peu plus, puis finit par s’arrêter.

Elle ne cessa pas de paniquer. L’agonie dans son cœur, le sentiment de perte terrible ne la quittèrent pas. Mais elle les enferma à l’intérieur d’elle-même pour se concentrer sur le présent. Erin regarda Cavalier tandis que l’Antinium étudiait la tranchée qui s’approfondissait autour de son auberge.

“Qu’est-ce qu’il se passe ? Combien de zombies se trouvent-ils dans la ville ?”
Il s’arrêta, et un autre Ouvrier - Calabrian - se porta volontaire pour donner des détails.

“Le combat s’intensifiait lorsque nous sommes partis. Plus de quarante mille créatures mortes-vivantes ont attaqué Liscor, et la Garde les combat dans les rues.”

Quarante mille. Erin essaya de se souvenir du nombre de gardes qu’elle avait vus aux portes de la ville, ou en patrouille. Il y en avait tellement, mais contre des dizaines de milliers de morts-vivants ? Plus encore ?

Elle se retourna vers Cavalier.

“Devrait-on… je veux dire, est-ce qu’on peut les aider ? À quel point la situation est-elle critique ?”

Il secoua la tête et fit un signe en direction de l’auberge.

“Sortir ne serait pas sage. Les morts-vivants recouvrent les prairies et attaqueront quoi que ce soit qui soit en vie. Ils sont venus ici et attaqueront de nouveau bientôt. Nous sommes ici pour vous protéger, mais vous devez rester ici.”

Erin le dévisagea, frappée d’horreur. Elle bégaya et sa voix se fêla.

“Moi ? Mais… je ne suis qu'une personne. Pourquoi moi ?”

Il lui rendit son regard d’un air grave, ses yeux noirs à facettes dévisageant son visage avec intensité.

“Vous êtes en vie. C’est la seule raison dont ils ont besoin.”

“Et ils sont dehors ? En train de se rassembler ?”

“Oui. Pouvez-vous les voir ?”

Il pointa du doigt, et Erin regarda au loin. Il n’y avait que peu de lumière - les étoiles et la lune étaient les seules sources lumineuses par ici, mais ses yeux s’étaient accoutumés à la pénombre. Elle regarda et ce qu’elle vit fit contracter son ventre de peur.

Des silhouettes sombres se mouvaient sous la lumière de la lune. Elles recouvraient les plaines, avançant lentement, un tas de formes floues entourant quelque chose de blanc qui avançait en direction de l’auberge.

“Oh dieux. Il y en a des milliers.”

“Des centaines. Ils se dirigent vers nous.”
Les mots de Cavalier firent courir un frisson glacé le long du dos d’Erin. Elle ouvrit la bouche pour dire quelque chose puis se figea.

“Attends. C’est quoi ce truc là-bas ?”

Erin plissa les yeux. C’était une masse blanche autour de laquelle les morts s’étaient regroupés. Au début, elle avait cru que ce n’était qu’un groupe de morts-vivants qui se déplaçaient d’un seul bloc, mais c’était quelque chose d’autre. C’était loin, mais… ça se rapprochait ?
“Est-ce que c’est… une limace géante ?”

***


La Garde de Liscor recula, luttant, tirant des flèches dans la foule de morts-vivants, jetant des sorts. Combattant, reculant.

Mourant.

Ils étaient en sous-nombre et la zone de combat s’élargissait à vue d’œil. Les portes avaient laissé les morts-vivants pénétrer dans la ville comme un virus. Et tant qu’ils étaient restés confinés dans les quelques premières rues, la bataille avait été égale, voire même un peu en faveur des défenseurs.

Mais l’arrivée d’Écorcheur avait brisé leurs rangs et le flux sans fin de morts avait fini par avoir raison de leur résistance initiale et ils avaient perdu les premières rues. Et de plus en plus de morts avaient surgi des allées, ce qui avait forcé Zevara à faire reculer ses guerriers encore plus loin s’ils ne voulaient pas être encerclés. En reculant, la zone de bataille s’était élargie, jusqu’à ce que des douzaines de rues se trouvent bloquées dans des combats désespérés, amenuisant ses effectifs déjà réduits.
L’un des signes qui montraient l’état de la bataille était les civils. Ils les évacuaient vers la partie sud de la ville, ou plutôt ils évacuaient les enfants et ceux incapables de se battre. Tout le reste se battait. Ceux avec des niveaux et des classes tout comme ceux qui en étaient dépourvus.

Ils combattaient, Drakéides et Gnolls et les quelques Humains, se soignant avec des potions, faisant payer chaque pas de l’ennemi par du sang. Mais les morts n’avaient pas de sang. Et leur flot était intarissable.

Zevara et une vingtaine de gardes combattaient dans la rue principale, tentant d’endiguer le flot de morts. Ils n’étaient pas assez nombreux, pas pour un passage aussi large. Mais des wagons avaient été retournés pour barricader une partie de la rue et créer une zone d’abattage.

Le problème, c’était que les morts tombaient des toits, escaladaient les murs, couraient à travers les ruelles. Les archers de Zevara en tiraient le plus possible, mais les défenseurs auraient de toute manière été bientôt submergés si ce n’était pour les humains et les Drakéides qui se battaient au front.

Pisces pointa du doigt et une autre goule fut agitée d’un soubresaut. Sous sa peau pourrie, sa colonne se tordit et se brisa net, et la morte-vivante s’effondra Le [Nécromancien] se retourna et d’autres morts-vivants tombèrent comme des marionnettes dont on aurait coupé les ficelles. La moitié des morts tombés au combat empilés de ça de là dans la rue étaient de son fait. L’autre moitié était due à Relc.

Le Drakéide était debout au milieu de la foule de morts-vivants, sa lance tournoyant autour de lui, trop vite pour la suivre à l’œil nu. Il transperça la tête d’un zombie avec le manche de sa lance, remonta vivement l’arrière de sa lance pour briser la mâchoire d’un squelette, esquiva un autre squelette, donne un coup de poing si violent à une goule qu’il lui brisa les côtes, puis décapita un zombie d’un coup de lance vicieux.

Zevara pourfendit un squelette et prit une vive inspiration lorsqu’il lui érafla le bras en tombant. Elle le transperça jusqu’à ce que les lumières dans ses yeux s’éteignent et vit l’énorme créature surgir dans le dos de Relc.

Relc !

Le Garde Vétéran tournoya et lança sa lance. Le Seigneur des Cryptes tituba en arrière, la lance logée profondément dans sa poitrine. Relc se précipita en avant et saisit le manche de la lance. Il l’arracha avec un rugissement, repoussant le géant en arrière d’un coup de pied. Le Seigneur des Cryptes tomba sur le dos et Relc plongea, lame en avant, sa lance tellement vive qu’elle en devint floue jusqu’à ce que la créature boursouflée s’immobilise.
Il recula d’un pas mal assuré, puis se précipita de nouveau en courant vers la barricade alors que les morts-vivants tentaient de l’encercler. Les gardes s’écartèrent légèrement pour le laisser se faufiler, puis il se retrouva à côté de Zevara et ils continuèrent à repousser les morts.

“Malédiction.”

Jura Relc en toussant alors que Zevara se repliait derrière la ligne avec lui. Ses écailles étaient recouvertes d’une bile noire. Elle saisit instantanément une potion dans l’une des caisses et la lui tendit.

Relc prit une gorgée de potion, recracha du liquide noire, et but le reste. Il jeta la flasque vide par-dessus la barricade et hocha la tête à l’attention de Zevara.

“Merci. J’avais avalé un peu de poison.”

Elle fronça les sourcils, mais fut incapable de mettre sa force habituelle derrière ses mots.

“Sois prudent. Si on te perd, notre ligne s’effondrera.”

Relc lui sourit d’un air las.

“Hey, t’inquiète, Capitaine Z. Aucun de ces trucs ne peut érafler mes écailles. S’il n’y en avait pas autant, ce serait aussi facile que de faire du poisson pané.”

“Mais ils sont nombreux et le flot ne se tarit pas.”

Zevara feula de furie et sa queue fouetta le sol lorsqu’elle fit remarquer :

“Ça n’a aucun sens. Ils ne s’agglutinent pas dans un seul endroit et ils attaquent par tous les côtés. Comme une véritable armée. Et le garde qu’ils ont vers les portes n’est…”

“Pas comme eux. Je sais.”
Les yeux de Relc se plissèrent et ils regardèrent dans la direction de la porte nord grande ouverte. Ils avaient eu beau tout essayer, ils n’étaient pas parvenu à la reprendre aux morts, pas même avec Relc. Les morts autour des gigantesques portes de pierre refusaient de bouger, et les portes étaient trop lourdes pour se refermer seules. Normalement, ils auraient pu empêcher n’importe quelle force d’entrer bien avant qu’elle ne soit parvenue à traverser les plaines, mais le regard terrifiant d’Écorcheur avait fait fuir tous les gardes.

“C’est cette saloperie de créature de peau qui les organise. Tant qu’elle est dans le coin, ils n’arrêteront pas d’arriver. Si tu me laisses aller à sa poursuite…”

Zevara secoua sèchement la tête.

“Tu ne pourrais pas traverser les portes sans être encerclé. Et cette chose est trop puissante pour que tu t’en charges seul.”

Il la fusilla du regard.

“Et on va juste la laisser partir ? Je te l’ai déjà dit, elle se dirige vers Erin…”

“Tu attends de moi que j’essaies de sauver une humaine seule avec tout ce chaos ?”

Hurla Zevara. Relc cilla et elle reprit la parole.

“Quel que soit le plan de cette chose, on ne peut pas se permettre d’envoyer qui que ce soit derrière elle, et encore moins toi. Si on savait ce qu’elle fait, alors peut-être…”

“Elle attend.”

Zevara et Relc se retournèrent. Pisces avança d’un pas mal assuré vers eux. Son visage était pâle, ses cheveux et sa robe étaient trempés de sueur. Il tituba vers une caisse remplie de flasques d’eau et but avidement.

La Capitaine de la Garde se retourna en direction du combat. En l’absence de Relc et Pisces, les gardes étaient déjà en train de se faire repousser.

“On a besoin que tu continues à lancer des sorts, humains. Si tu ne peux plus nous avons plein de potions de mana…”

Pisces fusilla Zevara du regard.

“Les potions ne soignent pas l’épuisement. Même mes sorts les moins coûteux sapent mon énergie. Je dois me reposer.”

“Je vais y aller. Le poison a été purgé.”

Ce disant, Relc se précipita en courant vers l’un des wagons et bondit. Il donna un coup de pied au squelette qui était en train de l’escalader et atterrit de l’autre côté, sa lance déjà floue. Pisces but un peu plus et Zevara et lui observèrent le combat de Relc.

Zevara jeta un coup d’œil à Pisces.

“Qu’est-ce que tu disais ? Cette créature est en train d’attendre ?”

Il acquiesça et s’essuya la bouche.

“Il est évident que ces morts protègent d’une manière ou d’une autre cette créature de peau. Elle a sans doute un certain niveau de contrôle sur les morts ou la capacité de jeter des sorts… dans tous les cas, ils servent habilement de réserves puisqu’elle prend la peau de créatures pour s’alimenter.”

“Alors pourquoi est-elle partie ?”

“Le danger. Comme je l’ai dit, votre Garde Vétéran représente une véritable menace. Elle a réalisé cela et s’est retirée du combat. Elle laissera les morts continuer le combat jusqu’à ce que nous soyons épuisés avant de revenir. N’oubliez-pas… chaque mort de notre camp est un nouveau serviteur qu’il peut utiliser contre nous.”

Zevara fronça les sourcils.

“Il ne récolte pas tous les morts, alors ? S’ils ne sont constitués que d’os et d’entrailles, ils ne peuvent pas se réanimer.”

Pisces haussa les épaules.

“Il doit y avoir une limite de, ah, chair que cette créature peut porter. Je présume que le reste est réanimé ou stocké pour plus tard, d’où les morts-vivants. Les Seigneurs des Cryptes sont sans doute un dérivé de ce processus. Autant de morts rassemblés au même endroit pendant si longtemps…”

“Et pourquoi la fille ? Pourquoi cette Erin dont tu as parlé ? Est-ce qu’elle est importante ?”

Pisces hésita encore une fois, et Zevara se demanda s’il s’apprêtait à mentir. Lorsqu’il reprit la parole, c’était avec une réticence certaine.

“... Non. Elle n’a probablement aucune importance. C’est simplement la manière dont fonctionne la créature. Il va éliminer chaque être vivant de la zone et encercler la ville avec son armée. Il la sent, sans aucun doute, et souhaite éliminer toute menace potentielle.”

“Bien. Nous avons peut-être un peu de temps si c’est le cas.”

Pisces ouvrit la bouche, regarda Zevara, et la referme.

“Oui. Peut-être. Mais nous serons bientôt submergés s’il y a de nouveaux morts-vivants.”

C’était un constat qu’ils savaient tous deux être vrai. Zevara secoua la tête. Elle leva son épée, sentant l’épuisement dans son bras. Des flammes dansèrent aux commissures de sa bouche lorsqu’elle reprit la parole.

“Bois toutes les potions dont tu as besoin. Repose-toi si tu le dois. Mais retourne vite au combat, mage.”

Elle retourna en courant vers les gardes qui luttaient pour repousser plusieurs zombies. Pisces la dévisagea puis secoua la tête. Il recula de quelques pas, puis se dirigea vers une pile de cadavres que les archers avaient fait tomber des toits.

Les squelettes, les goules et les zombies s’étaient fendus le crâne ou s’étaient écrasés au sol lorsque les flèches les avaient fait tomber de leurs perchoirs. Mais lorsque Pisces leva les mains, la chair et les os écrasés se ressoudèrent, et les morts se relevèrent, des flammes surnaturelles apparaissant dans leurs orbites.

Six zombies, trois squelettes, et quatre goules se levèrent regardant fixement Pisces. Il pointa le nord, dans la direction des portes.

“Allez. Évitez le combat jusqu’à atteindre l’auberge. Protégez la fille. Tuez quiconque cherche à lui faire du mal. Allez.”

Pisces regarda les morts-vivants se précipiter vers la barricade, dépasser les défenseurs surpris. Il fit un sourire en coin, et dut s’asseoir pour accuser le coup du sortilège.

“Eh bien, eh bien. Je suppose que je suis un peu trop investi en ce qui concerne cette fille pour mon propre bien.”

Il rit, et leva les yeux vers le ciel.

“Un acte symbolique, alors. Cela ne changera pas grand-chose. Pas si…”

Sa voix se perdit. Pisces regarda d’un œil vide les morts se battre contre la Garde. Il était un [Nécromancien]. Il pouvait sentir le nombre de morts dans la ville et au-dehors, un fait qu’il s’était bien gardé de mentionner.

Un instant plus tard, il sourit de nouveau et se releva. Son sang brûlait d’agonie, et il se sentait nauséeux, épuisé. Une potion ne l’aiderait pas, mais les morts se mirent tout de même à tomber sous ses sorts méthodiques.

Pisces éclata de rire tandis que les morts tombaient autour de lui, sans se soucier du prix à payer. Ils allaient mourir. Tous. Les quelques gardes et citoyens encore en vie ne pourraient pas plus endiguer le flot de morts qu’Erin ne pourrait survivre. Il rit et leva de nouveau les yeux vers le ciel, peut-être pour la dernière fois.

“Ah, mais quelle merveilleuse nuit pour mourir !”

Il agita sa main et un groupe de zombies s’effondra. Il pointa du doigt et les morts moururent. Mais ils continuèrent à affluer. Encore. Et encore.

Et encore.

***


“Grands dieux. Qu’est-ce que c’est que ça ?”

Erin regarda la forme blanche qui se dirigeait droit sur eux. Chaque fois qu’elle se traînait un peu plus près d’elle, de nouveaux détails horrifiants émergeaient. Au début, ce n’était qu’une forme blanche, une limace maladive. Puis ce fut une limace avec des bras, puis… une espèce de créature. Mais alors elle vit que sa peau n’était pas de la peau mais de la chair morte empilée. Et puis elle vit les visages, étirés par-dessus la peau et…

Les morts-vivants coururent en direction des Antiniums. La petite armée d’Écorcheur. Ils tombèrent dans la gigantesque tranchée que les Antiniums avaient creusée, se brisant les os, escaladant les parois simplement pour se faire renvoyer dans le trou d’un coup de pied par les Ouvriers.

Ils n’étaient pas nombreux. Peut-être une centaine, ou moins. C’était ce qu’avait dit Cavalier. Comme si ce n’était pas déjà largement suffisant pour les ensevelir sous les corps. La plupart des morts-vivants étaient retournés vers la ville. Mais la créature continuait d’avancer dans leur direction, se traînant sur l’herbe.

Elle laissait des morceaux luisants d’elle-même dans son sillage. Des morceaux de peau morte. Cela horrifiait Erin plus que tout.

Mais elle devait se battre. Erin leva une autre fiole d’acide et la jeta sur un Seigneur des Cryptes. L’énorme créature boursouflée poussa un cri perçant et se frappa de ses mains griffues. Mais l’acide dévora la peau, fit fondre l’enveloppe du monstre en quelques minutes.

C’était son rôle .Erin était debout devant la porte de son auberge, et lançait des filles d’acide, des casseroles, des poêles, des couteaux, tout ce qu’elle pouvait. Elle avait une poêle à frire à côté d’elle en cas d’urgence et elle avait déjà jeté la plupart de ses chaises dans la colline.

Ça fonctionnait. Ça fonctionnait. Les morts emplissaient les tranchées, mais ils n’avaient pas encore réussi à passer à travers la ligne d’Ouvrier. Ça fonctionnait…

Écorcheur avait atteint le pied de la colline où se dressait l’auberge. Il leva la tête, et regarda en haut. Deux yeux cramoisis étincelèrent et Erin connut soudain la peur.

La peur.

“Non… non.
Les yeux d’Écorcheur étincelèrent dans sa direction sous la lueur de la lune. Son regard toucha Erin et la cloua sur place. Il l’attrapa et lui fit ressentir une terreur telle qu’elle n’en avait jamais connue. Elle était impuissante.

Elle trembla. Erin était consumé par une horreur pure, une terreur sans filtre qui la paralysait jusqu’aux tréfonds. Le regard cramoisi était la mort. Sa mort.

Elle ne pouvait même pas bouger. Elle ne pouvait même pas crier.

Elle sentit quelque chose lui tirer le bras. Cavalier l’attrapa et la fit reculer, vers les portes de son auberge. Il la fourra dedans et elle tituba, partiellement libérée du regard d’Écorcheur.

“Cette créature projette une sorte de peur. Je vous en prie, reculez. Nous allons nous en charger.”

Erin dévisagea Cavalier. Elle actionna sa mâchoire, sans un bruit.

“Je…”

Elle voulait lui dire qu’elle allait continuer à se battre. Mais elle en était incapable. Elle regarda dehors et Écorcheur la dévisagea. Il souriait, sa bouche édentée, vide, un simple trou béant. Elle se figea et Cavalier bloqua la porte de son corps.

“Restez derrière moi.”

Les morts-vivants se précipitèrent en avant à l’unisson. Les Ouvriers allèrent à leur rencontre lorsqu’ils tentèrent de bondir par-dessus les douves et échouèrent et firent retomber les morts-vivants dans le gouffre. Plusieurs zombies parvinrent à entraîner l’un des Ouvrier dans le gouffre où il disparut sous une pile de membres décolorés. Mais la ligne tenait.

Elle tenait.

Le regard d’Écorcheur quitta l’auberge pendant un instant. Il parut contempler le fossé puis retourna son regard sur l’auberge. Pendant une seconde, Cavalier se demanda ce qui venait de se passer. Puis les rangs des morts se retirèrent et une créature plus imposante se précipita en avant.

Un Seigneur des Cryptes était dressé de l’autre côté de la tranché. Mais il - ou plutôt elle - n’essaya pas de traverser. Au lieu de cela, le Seigneur des Cryptes se mit à cracher, projetant d’immenses gouttes de sang noir qui pleuvaient sur les Ouvriers.

Plusieurs Ouvriers lancèrent leurs armes à travers les douves, mais elles rebondirent sur la l’épaisse peau décolorée du Seigneur. Il leur cracha du sang dessus, et les ouvriers se protégèrent inutilement le visage des mains.

Soudain, les douves n’étaient plus une barrières mais un handicap. Les Antiniums ne pouvaient pas les traverser pour aller combattre le Seigneur des Cryptes, et au lieu de cela devaient se replier pendant qu’il les empoisonnait.

Cavalier regarda deux Ouvriers tomber, se recroqueviller en boule alors que le poison les tuait. Il contempla les morts-vivants se précipiter dans les tranchées et remonter de l’autre côté. Il soupira.

Les échecs ne ressemblaient à rien à une bataille. Il y avait quelques similitudes, et la classe de [Tacticien] gagnait des niveaux grâce aux échecs. Mais ils n’enseignaient pas le combat. Ils ne prenaient pas en compte l’imprévisible. Les échecs étaient une chose merveilleuse. Mais la bataille…

La bataille n’était qu’incertitudes.

“Ah. Hélas.”

Cavalier s’assura que son corps recouvrait la porte. Le reste des volets de l’auberge étaient germés, et le deuxième étage était également barricadé. Mais n’importe quelle créature morte pouvait y pénétrer. Il fit un signe et haussa la voix.

“Resserrez les rangs.”

Les Ouvriers reculèrent, formant un mur autour de l’auberge. Ils n’étaient à peine plus de vingt encore debout, certains blessés, beaucoup désarmés. Ils avaient toutefois appris quelque chose pendant le combat. Ils ne mourraient pas facilement.

Cavalier tourna légèrement la tête et vit qu’Erin était toujours en train de contempler les morts qui gagnaient les douves. Qu’aurait dit Pion à un moment comme celui-là ? Quelle était la bonne chose à dire dans ces conditions ?

“Je vous en prie, restez à l’intérieur. Vous y serez en sécurité.”

Elle essaya de répondre quelque chose. Mais le regard d’Écorcheur la paralysait, lui ôtait les mots de la gorge. Cavalier ferma la porte et y appuya son dos.

Vingt ouvriers. Une centaine de créatures mortes-vivantes. Écorcheur. Ils protégeraient l’auberge de toutes leurs forces. Aussi longtemps qu’ils le pourraient.

Jusqu’à ce qu’ils ne puissent plus bouger. Jusqu’à ce qu’ils ne soient plus en vie. Chaque Ouvrier était résolu à mourir. C’était simple. Cavalier aurait simplement voulu… il aurait simplement voulu…

Il aurait simplement voulu qu’ils soient plus nombreux.

***

Loks étaient assise sur la colline et observait. Elle ne regardait plus la ville de Liscor. L’endroit allait soit tomber, soit brûler. Cela n’avait aucune importance à ses yeux.

Au lieu de cela, elle regardait une petite colline, où des mouvements scintillaient à la lumière de la lune. Les yeux de Loks étaient bons. Même au milieu de la nuit, elle pouvait voir les ouvriers en train de lutter contre les morts-vivants. Elle était également forte en calcul. C’était pour cela que malgré la présence des membres de sa tribu toute entière avec elle sur la colline, elle ne leur ordonna pas de bouger.

C’était le choix sensé. Loks toute entière était d’accord. Sans parler d’Écorcheur, le monstre terrifiant qui plantait la peur dans son cœur, les morts-vivants étaient trop nombreux, trop mortels. Les Gobelins n’étaient pas doués pour tuer les choses qui étaient déjà mortes, et ils auraient été submergés par les morts même s’ils s’étaient joints aux Ouvriers. Pas un bon combat. Donc pourquoi se battre ?

Loks toute entière était d’accord avec son choix, même si une partie des membres de sa tribu n’était pas d’accord. La partie d’elle qui était un Gobelin pathétique et apeuré lui disait de fuir. Et la partie d’elle qui était une [Tacticienne] qu’elle avait appris à rendre froide lui   disait que la bataille était perdue d’avance. Loks savait cela. Mais une autre partie d’elle avait mal.

C’était une toute petite partie. Ce n’était pas une partie pragmatique, ni une partie particulièrement utile. Cette partie-là savait qu’elle n’avait pas d’autre choix. Mais cela faisait mal. Et cela l’empêchait de se concentrer alors qu’elle observait la bataille.

D’un air absent, la main de Loks se leva et tâta sa chair. Non. Cela n’arrêterait pas de faire mal. Elle savait qu’elle ne pouvait rien faire. Donc pourquoi essayer.

Un Gobelin s’agita à côté de Loks. Il voulait descendre là-bas. Mais un regard noir de sa part et il s’immobilisa. C’était elle la Cheftaine. C’était elle qui décidait. Et elle avait décidé de ne pas interférer. C’était de la pure logique.

Elle aurait juste aimé que cette part d’elle-même cesse de lui faire mal.

Loks toucha de nouveau son cœur. Il n’y avait rien qu’elle pouvait faire. Rien d’autre que regarder. Elle regarderait jusqu’à la fin.

C’était tout ce qu’elle pouvait faire.

***


Cavalier était debout devant la porte, les bras grands ouverts, appuyant de tout son poids sur la porte derrière lui. Ses jambes plièrent. Mais il refusa de tomber.

Les morts-vivants avaient traversé les douves. Ils avaient atteint l’auberge elle-même, et c’était ici que les Ouvriers menaient leur dernière bataille.

Ils se débrouillaient bien. Suffisamment bien. L’unique Seigneur des Cryptes était tombé, entraînant cinq Ouvriers dans sa chute. Mais le reste des Ouvriers se battaient ensemble, protégeant l’auberge, laissant leurs corps solides prendre les assauts de plein fouet pour protéger le bois fragile.

Ils avaient appris. Quelques courtes minutes - ou étaient-ce des heures ? de batailles les avaient rendus plus forts. Ils se battaient avec des armes, de manière méthodique, et tuaient, protégeaient. Ils tenaient.

C’était juste que les morts ne connaissaient pas le répit. Et ils s’agglutinaient principalement autour de la porte de l’auberge, cherchant à s’y frayer un passage.

Cavalier les bloquait. Il accusait les coups d’épées et de griffes, ne cherchant même pas à les dévier. Il ne pouvait de toute manière plus bouger ses bras. Il n’avait qu’à les empêcher de passer la porte. C’était tout simple. Tout simple. Mais tellement difficile.

Du sang vert coulait sur ses flancs. Il avait froid. Il avait été transpercé. Il était en train de se faire transpercer. Un groupe de morts-vivants l’assaillait violemment, à coups de lames, à coups de dents.

Un Ouvrier lui arracha un zombie. Deux autres le rejoignirent, et ils écrasèrent le reste, les brisèrent, les démembrèrent comme ils l’auraient fait d’un bâtiment ou d’une carcasse à équarrir.

Cavalier tenta de bouger, mais se sentit couler au sol. Pas bon. Il devait rester debout. Il devait être un bouclier. Un Cavalier. Il se déplaçait dans une forme de L, mais son nom était plus que ça. C’était un protecteur. Un champion des innocents, le dernier bastion d’une forteresse. Elle le lui avait dit. Il se souvenait. Il se souvenait de tout.

L’un des Ouvriers s’arrêta devant Cavalier. Cavalier lutta pour se rappeler de son nom. Garry ? Oui, Garry. Nommé d’après Garry Kasparov, l’un des plus grands Grand Maître de tous les temps. Un bon nom.

Garry se dressa devant Cavalier alors que le reste des Ouvriers les couvrait. Il parla.

“Tu es en train de mourir.”

Cavalier ne sentait plus son corps. Mais il pouvait voir. Du sang vert - son sang - tachait le sol.

“Oui.”

C’était un commentaire inutile. Il lutta pour poser la question la plus importante.

“Est-elle toujours en sécurité ?”

“Oui.”

“Bien.”

Il n’y avait vraiment pas grand-chose d’autre à dire. La vision de Cavalier s’assombrissait. Mais il lutta pour bouger, pour bloquer la porte avec ne serait-ce qu’un pan de son corps de plus. C’était important. D’une voix rauque, il s’adressa de nouveau à Garry.

“Protégez-la.”

L’Ouvrier acquiesça.

“Bien sûr. Jusqu’à notre trépas.”

“Bien.”

Le monde devenait sombre. Et froid. Mais Cavalier n’en avait cure. Il voulait juste jouer aux échecs une dernière fois. Il était certain qu’il s’était amélioré. Et si… si elle était en vie, peut-être qu’elle se souviendrait. Il avait adoré jouer avec elle. Chaque fois, qu’importe la durée, qu’importe le nombre de joueurs.

Il aurait voulu faire une dernière partie. Il ouvrirait avec le Gambit Danois, risqué, mais il jouerait de son mieux. Juste pour l’entendre rire de joie ou le complimenter. S’il pouvait faire une dernière partie dans cette pièce chaleureuse, ce serait un bonheur parfait s’il…

Cavalier ne ferma pas les yeux. Il n’avait pas de paupières à baisser. Mais il se raidit, et quelque chose le quitta. Le reste des Ouvriers n’y prêtèrent pas attention. Ils se battaient, leur sang coulant sur le sol, repoussant l’ennemi. Une seule personne le remarqua parmi les morts et les vivants. Une seule personne faisait attention à lui.

Erin.

***


Ils mouraient. Erin était assise dans son auberge, et elle les entendait. Elle le savait. Ils mouraient.

Ils mouraient tous.

Les Ouvriers combattaient dehors, tellement proches qu’elle pouvait les entendre parler. Des phrases courtes qui arrachaient des morceaux de son cœur.

“Je suis tombé.”

“Mon bras a été arraché.”

“Continuez sans moi. Protégez-la. S’il vous plaît.”

Des inflexions dépourvues de passion. Mais les mots, eux n’étaient pas dépourvus de passion. Elle les entendait tomber et mourir, supplier les autres de continuer le combat. Pour protéger. Pour la protéger.

Cela lui faisait plus mal que tout le reste. Plus qu’être transpercée par des lames, plus que la douleur physique. Mais elle ne pouvait pas bouger. Elle était clouée sur place, incapable de faire quoi que ce soit d’autre que rester cachée.

Rester cachée dans son auberge pendant que ses amis mouraient.

Elle ne savait pas leurs noms. Elle les avait oubliés alors même qu’ils les lui offraient. Mais elle les connaissait. Elle avait joué aux échecs avec chacun d’entre eux. Leur avait enseigné. Klbkch et Pion les avaient tous amenés ici un nombre incalculable de fois et Erin connaissait chacun de leurs coups aux échecs.

Et ils mouraient. Pour elle.

Elle essaya de bouger ses jambes. Elles tremblèrent contre le plancher, refusant de porter ne serait-ce qu’une fraction de son poids. Ses mains faisaient de même.

Ils mouraient .Elle devait faire quelque chose.

Erin attrapa sa poêle, puis lâcha le manche. Elle couvrit ses oreilles de ses mains et se roula en boule. Elle avait peur.

Peur.

La peur la submergeait. Ce n’était même pas une chose conscience, quelque chose contre laquelle Erin pouvait se battre. C’était comme une équation mathématique de base, une vérité universelle immuable. Si elle se battait, si elle essayait de se battre, elle mourrait. Elle ne pouvait pas battre cela.

Mais elle pouvait encore bouger. Erin le sentait. Elle pouvait fuir. Les Ouvriers la protégeraient. Si elle fuyait...

Quelque chose ne Erin se rebella contre cette pensée. Fuir ? Fuir tandis qu’ils mouraient pour elle ?

C’était le seul choix sensé. Mais ils mouraient. Pour elle. Et cela rendait la fuite immorale.

Même si cela la sauvait ? Non. C’était impossible. Ils étaient tous piégés. Les morts-vivants étaient partout. Cette chose arrivait. Fuir n’était rien d’autre qu’une mort plus lente.

Erin frissonna. Elle avait entendu les derniers mots de Cavalier. Ils la lacéraient, arrachant des morceaux de son âme. Elle aurait tellement aimé pouvoir bouger. Elle aurait aimé...

Son pied trembla, et se cogna contre la table. Erin entendit quelque chose claquer contre le plancher et elle se recroquevilla. Elle baissa les yeux.

À la lumière de la lune, quelque chose roula près de la chaise et s’arrêta. Erin contempla l’objet.

Elle vit une pièce d’échecs par terre. C’était un cavalier brisé, un Drakéide armé d’une épée et d’un bouclier, mais quelqu’un l’avait cassé en deux et il ne restait que les jambes et la base.

Lentement, Erin se pencha pour la ramasser. Elle tint la pièce dans sa main, et sentit ses arêtes aiguës.

Elle posa la pièce sur l’échiquier. Elle regarda les deux côtés, blanc et noir, baignés de la lumière rouge des yeux d’Écorcheur. Son cœur était empli de peur. Son esprit était brisé par la terreur. Mais son âme hurlait alors que ses amis mouraient.

La main d’Erin bougea. Elle poussa le pion blanc en avant. Elle hésita, puis poussa un pion noir de deux cases.

Pion en E4. Pion en E5. C’était le tour du fou, en C4. Une ouverture classique.

Lentement, Erin se mit à jouer. C’était mal. C’était mal de faire cela alors que les Ouvriers saignaient et périssaient. Mais elle joua quand même, mécaniquement, jouant la partie uniquement à l’instinct.

Les pièces bougeaient mécaniquement. Erin joua le jeu et le temps ralentit autour d’elle. Le temps s’arrêta. Le temps…

Le temps était une chose étrange. Parfois, il n’avait aucune importance, et d’autres fois, il était d’une importance cruciale. Pour Erin, le temps avait toujours disparu quand elle jouait aux échecs. C’était pour cette raison que la compétence qu’elle avait apprise était tellement adaptée.

Quelle idiotie. Inutile. Cela allongeait un instant. C’était bien pour un petit moment, mais c’était tout. Cela ne faisait qu’étendre une seconde à l’infini. Cela ne pouvait pas soulever les montagnes ou lui accorder la chance ou quoi que ce soit d’autre.

Cela rendait simplement un instant immortel. Alors Erin joua. Elle joua tandis que les morts-vivants massacraient ses amis et que le regard d’Écorcheur touchait son cœur. Elle joua.

Une partie inutile. Une partie dépourvue de toute valeur. Elle perdit contre elle-même avec la moitié de ses pièces encore sur le plateau. Mais ce n’était pas l’important. Erin remit l’échiquier en place et rejoua, déplaçant les pièces avec un abandon téméraire.

Le sujet n’était pas les échecs. C’était simplement le temps. Chaque seconde, la peur se gravait dans son esprit, toujours présente, toujours là. Elle faisait partie d’elle, elle faisait partie des parties infinies qui se déroulaient sous ses doigts. Encore. Et encore. Jouant, jouant toujours, jusqu’à ce que la peur et la vie ne fasse qu’un.

“Le roi, rusé, utilise sa tête. Car s’il bouge, c'est la défaite.”

Erin marmotta une nouvelle fois les mots. Elle se souvint de son rêve, et de la certitude qui l’avait accompagné. Le Cheftain Gobelin mort. Le sang. L’odeur de l’huile.

La mort et la violence.
Si elle était un roi, bouger, combattre ne mènerait qu’à la misère. Et la mort. Elle avait perdu des amis parce qu’elle avait combattu. Mais elle les perdrait encore si elle ne faisait rien.

“S’il bouge, c’est la défaite.”

Mais c’était tout. Quelqu’un mourait, même si ce n’était pas le roi. Le roi était un connard égoïste, qui laissait les gens souffrir à sa place. La main d’Erin bougea vers le roi, et le renversa lentement.

“Je ne suis pas un roi.”

Erin se leva. La peur était toujours en elle, toujours mordante, toujours en train d’essayer de la paralyser. Mais elle faisait partie d’elle à présent. Elle tentait encore de figer ses pensées ,mais elle était vieille à présent .Et il y avait des choses plus importantes que la peur. Plus importantes que la douleur ou la mort.

“Je suis une reine. Et c’est mon auberge.”

Combien de minutes étaient-elles passées ? Combien de secondes ? Il lui semblait que des années étaient passées, mais la bataille faisait toujours rage. La seule différence à présent était qu’Erin pouvait bouger. Elle saisit la poêle à frire, puis hésita.

Lentement, Erin alla dans la cuisine et en ressortit avec une immense jarre de verre. C’était l’une des énormes jarres qu’elle utilisait pour stocker ses réserves d’acides de mouches corrosives. Elle ouvrit lentement la porte et vit Cavalier étendu devant.

Pendant un instant, Erin vacilla. La jarre d’acide s’inclina dans ses mains. Elle la stabilisa, puis regarda autour d’elle.

Les morts étaient partout. Mais en bas de la colline, Écorcheur regardait en haut. Il commandait le flux de la bataille. Comme un général. Comme un roi.

Erin supposa que cela faisait d’elle l’autre roi. Et elle était en échec. Très bien. Elle s’accordait une promotion et devenait reine.

Écorcheur dévisagea Erin. Le regard cramoisi se fixa sur elle, propulsant des tentacules de terreurs pour enserrer son cœur. Mais elle l’avait déjà ressentie par le passé. C’était une vieille astuce à présent. Elle souleva la jarre d’acide.

“Allez, viens te battre, espèce de bâtard !”

Sa voix résonna par-dessus la colline, transperçant les sons de la bataille comme un coup de tonnerre. Erin en fut surprise, mais elle se souvint de sa Compétence. [Voix de Stentor].

Écorcheur ne cilla pas. Il en était incapable. Mais il parut surpris, d’après Erin. Son regard se déplaça et elle sentit des morts-vivants arriver dans son dos. Les Ouvriers les pourfendirent.

La jarre d’acide clapotait dans ses mains. Elle était lourde. Sans sa compétence de [Force Mineure] elle aurait été presque incapable de la soulever. Mais elle la leva sur une épaule puis la poussa dans les airs comme un javelot géant.

Le projectile d’un vert lumineux vola en contrebas droit sur le visage d’Écorcheur, droit comme une flèche. Il leva la main, trop lentement. La jarre s’écrasa sur lui et un liquide vert trempa le monstre géant.

L’acide recouvrit le visage et le corps d’Écorcheur. Il hurla, un son suraigu qui fit mal aux dents d’Erin et força les Antiniums à se couvrir les tympans. Mais il ne mourut pas. Il arracha sa propre chair, arrachant des couches de peau. Puis il leva les yeux vers Erin et hurla.

Les morts recouvrirent la colline et Écorcheur hurla de rage, se tractant vers Erin, ses mains s’enfouissant dans la terre et la poussière.

“Allez, viens là !”

Erin était dressée en haut de la colline, sa poêle levée, et les Ouvriers l’encerclaient .Son sang était en feu. Son cœur saignait. Mais elle continuerait à se battre.

Écorcheur la dévisagea. Erin lui rendit son regard. Aucun ne cilla. Il était sa cible. Elle pouvait continuer à se battre jusqu’à la mort.

Elle ne s’arrêterait pas. Elle continuerait, et qu’importe la peur ou la mort.

Jusqu’au moment où il cesserait de bouger. Jusqu’à ce qu’elle exhale son dernier souffle. Jusqu’à ce que ses amis soient en sécurité, ou qu’ils soient tous morts.

Jusqu’à la fin.

Les morts se précipitèrent sur Erin, et elle leva la poêle à frire et cogna le premier zombie tellement fort que toutes ses dents sautèrent. Les ténèbres bougeaient, et les morts étaient partout.

Partout.
« Modifié: 01 juillet 2020 à 14:13:45 par Maroti »

Hors ligne Maroti

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  • Traducteur de The Wanderin Inn par Piratebea
Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
« Réponse #69 le: 04 juillet 2020 à 20:02:32 »
1.44
Traduit par Maroti

Elle sut lorsque le premier squelette la trancha qu’elle allait mourir. Erin regarda la plaie béante sur son bras et se demanda si elle pouvait recoller la coupure en la pinçant très fort. Elle leva sa poêle à frire et frappa le squelette de toutes ses forces.

Il s’écroula. Erin lui donna un coup de pied alors que ses yeux s’éteignirent. Elle était forte ? Aussi forte qu’un homme ? Assez forte pour tuer. Elle frappa un Drakéide mort jusqu’à ce que la poêle à frire de fer se plie et que son crâne soit écrasé en laissant suinter et voler des bouts de ce qu’il y avait à l’intérieur.

Mais les morts étaient partout, et d’une quelconque manière, à chaque fois qu’Erin se retournait, il y avait moins d’Antinium autour d’elle. Mais il y avait toujours plus de mort-vivants. Leurs yeux brillants observaient Erin, et leurs mains griffues voulaient prendre sa vie.

Une fois, elle crût voir Toren. Son squelette dansait parmi les mort-vivants, l’épée au clair, poignardant et tranchant. Ces semblables ne semblaient qu’à moitié le remarquer, ne se défendant uniquement après qu’il ait donné le premier coup. Mais il était seul, et elle ne pouvait pas le discerner des autres squelettes.

Erin ne resta pas immobile, se baissant sous de lentes attaques, lançant les quelques jarres d’acide qu’elle avait vers les goules, frappant des squelettes et voyant des formes noires la protéger. À chaque fois qu’une épée plongeait vers son cœur ou qu’elle trébucha, un Ouvrier était là, repoussant un zombie ou attrapant une goule par la gorge.

La fille se battit, et à chaque fois qu’elle se retourna, un autre Ouvrier, un autre ami, était en train de mourir.

Et puis elle se retourna et il n’y avait que les morts. Les quelques Ouvriers qui restaient luttaient seuls, isolés.

Erin recula vers son auberge, huit Ouvriers la suivirent. Le reste gisait silencieusement. Ils barricadèrent les portes alors que les mort-vivants commencèrent à rentrer à travers les fenêtres. Erin jeta sa poêle à frire qui était pratiquement impossible à reconnaître et réalisa qu’elle s’était arraché la peau des paumes alors qu’elle s’empara d’une chaise.

Les morts tapèrent sur la porte alors que les Antiniums frappaient des bras et des têtes passant à travers les volets, et dehors, le regard pourpre d’Écorcheur alluma l’auberge. Il était proche.

Erin était en train de saigner. Du sang coulait depuis ses bras et ses jambes. Quelque chose l’avait poignardé dans l’un de ses seins, et elle était certaine qu’elle n’avait jamais entendu quelque chose de la sorte arrivée dans une histoire. Elle appuya contre son torse ensanglanté et s’assit.

Juste pour une seconde.

Tout était sombre.

***

Zevara se tenait au centre de la rue alors que les mort-vivants foncèrent vers elle. Elle prit une grande respiration et cracha du feu.

Un torrent de flamme ardente s’échappa de sa bouche et incinéra le premier rang des mort-vivants et arrêtant les autres pour qu’ils débattent leurs corps brûlants. Zevara continua le jet de flamme le plus longtemps possible. Cinq secondes. Dix. Puis elle dut s’arrêter pour reprendre sa respiration.

Le monde était sombre. Il tournait. Elle ne pouvait pas respirer. Mais l’ennemi avait été stoppé pour un instant. Mais rien qu’un instant.

Ils étaient partout. Et ils avaient repoussé les défenseurs de la ville en arrière, puis plus loin encore, jusqu’à ce qu’ils se battent dans la rue principale, à côté de la caserne, en dehors de l’entrée de la Colonie des Antiniums. Et même si le combat continuait, Zevara savait ce que cela était.

La fin. Quand leurs rangs se briseraient cette fois, il n’y aurait plus d’endroit où aller. Les enfants et les citoyens qui ne se battaient pas seraient exposés. Ils étaient déjà entassés comme des sardines alors que les gardes avaient dû les bouger de plus en plus loin pour les éloigner du combat. Encore un peu et…

Ce n’était pas sa faute. C’était ce que Zevara voulait dire. Elle avait fait de son mieux, bordel. Elle avait tenu des milliers de guerriers avec quelques centaines. Qui pouvait demander plus que ça ?

Mais elle avait échoué, même si c’était la seule chose qui pouvait arriver. La Garde n’avait jamais été faite pour protéger la ville d’un siège. Ils étaient un peu plus de quatre cent dans une ville de plus de quatre-vingts mille civils. Ils étaient capables d’arrêter les combats, attraper les voleurs, empêcher les raids de bandits…

Mais pas une armée. Encore moins une armée de mort-vivants.

Combien est-ce qu’ils étaient ? Des milliers. Des dizaines de milliers. Ils continuaient de se relever. Les vivants devenaient les morts, et les morts refusaient de mourir. Les entailles ne les ralentissaient pas. Le feu réduisait leur peau en cendre, mais il fallait briser leurs os pour vraiment les arrêter. Les décapiter ne faisait pas ralentir quelques squelettes et les Seigneurs des Tombes pouvaient tuer des dizaines avant d’être abattus.

Si. SI les murs avaient tenu la Garde aurait vaincu. S’ils avaient tenus les premières rues au lieu de se battre dans chaque putain de ruelles. Et si les Antiniums les avaient rejoints, ils auraient pu vaincre.

Ils étaient toujours en train de se battre. Les soldats de Ksmvr tenaient plusieurs rues menant vers leurs Colonie. Encore plus de guerriers gardaient les tunnels descendant dans la terre, mais aucun d’entre eux n’avait rejoint la Garde. Ils étaient tous en retrait, protégeant leur Reine.

Un autre groupe de mort-vivants se précipita le long de la rue. Zevara avala une autre goulée d’air.

Maudit soit-il. Maudit soit-il. Elle avait compté sur les Antiniums. Ils étaient ce dont elle avait besoin, mais il refusait de les envoyés. Les Soldats de la Colonies et les Ouvriers auraient fait toute al différence. Ils pouvaient faire sortir bien plus que trois cent si le besoin se présentait. Mais Ksmvr avait refusé. Il était sans pitié. A l’inverse de son prédécesseur.

Une goule bondit avant les zombies et squelettes courant dans la rue. Trop rapide. Zevara leva son épée et trancha son buste. La femme morte tituba, avant de lever la main. Trop rapide, et son épée fut coincés sur de l’os.

Zevara ouvrit sa bouche et exhala. Du feu alluma ses poumons et se déversa de sa bouche. Le torrent de feu brûla l’air, les morts, et même elle. C’était le pouvoir ancien de son sang, mais ça ne lui appartenait pas.

Le monde devint gris et recommença à tourner alors que Zevara tituba. La goule était en train de reculer, hurlant et griffant son visage calciné, avant de se jeter sur elle. Une pointe de lance transperça sa tête et elle s’écroula.

Quelqu’un était aux côtés de Zevara. La Capitaine de la Garde sentit un grand bras l’aider à se relever.

« Attention, Z. Tu commences à t’essouffler. »

Zevara lutta pour reprendre sa respiration et repoussa la main de Relc. Elle essaya d’avaler une grande goulée d’air, mais sa respiration venait par petit à-coup. Elle se griffa la gorge. Elle pouvait à peine respirer, mais elle devait le faire. Elle cracha de nouveau du feu, et une partie de la foule de morts-vivants s’embrasa.

Toussant. Crachant. C’était douloureux et elle ne pouvait pas respirer. Zevara tituba en arrière alors que les mort-vivants s’emparèrent du répit dans le torrent de flamme et bondirent en avant.

Relc s’avança, sa lance fendant l’air. Il poignarda deux zombies dans le torse plus rapidement que l’œil ne pouvait suivre, pivota, donna un coup-de-poing qui fit s’étaler un squelette, et leva sa lance alors qu’un autre zombie bondit vers lui.

« [Triple-] ! »

La tête du zombie explosa alors que la lance de Relc le frappa trois fois. Le Drakéide reçu un peu de chair dans sa bouche et s’étouffa sur le reste de sa phrase. Il cracha, toussant, et fit tournoyer sa lance.

Plus de gardes foncèrent vers eux et Zevara tituba en arrière. Elle leur avait donné tous le temps qu’elle pouvait. Si elle continuait, elle n’allait plus pouvoir respirer, elle le savait.

Elle lutta pour respirer avant de lever la voix. Elle devait savoir.

« Tkrn. Comment vont les autres ? »

Les gardes luttaient en face d’elle, une fine ligne de soldats épuisés aux armures et épées recouverts de sang et de chair. Zevara regarda autour d’elle.

« … Tkrn ? »

Le Gnoll n’était pas là. Zevara tenta de se rappeler ou est-ce qu’elle l’avait vu pour la dernière fois. Courant dans une rue pour délivrer un message ? Elle secoua la tête.

Parti. Ils étaient tous parti. Ou en train de partir.

Relc recula en jurant alors que les mort-vivants avancèrent. La petite ligne rouge s’amincit encore alors que les mort-vivants continuèrent de pousser. Et cette rue n’était pas la seule.

À travers la ville, des gardes se retraitaient alors que des barricades s’effondraient. Des goules courraient sur les toits, trop nombreuses pour être arrêté par les quelques sorts et flèches venant du sol. Ils foncèrent vers les rues contenant les citoyens de Liscor gardé par les blessés, sentant que leurs proies étaient sans défense.

« Nous sommes à court de potions de soin. »

Tkrn apparu à travers le chaos, boitant pour dire à Zevara que la Garde s’était retraitée dans une autre rue. Elle hocha simplement la tête. Qu’est-ce qu’elle pouvait dire d’autre.

« Retraitez-vous vers la Rue du Marché. C’est ici que nous allons tenir notre position. »

Il hocha la tête alors que les gardes coururent ou se portèrent en dépassant Zevara. Relc ferma la marche, sa lance sifflant. Mais même lui était en train de ralentir. L’épuisement était en train de faire ce que les mort-vivants ne pouvaient pas faire.

« Relc. Peux-tu… ? »

Il lui fit un sourire.

« Laisse-moi gérer. Garde moi un coin quand je reviens, d’acc ? »

Elle hocha la tête et courut avec le reste des gardes. En arrière, encore en arrière. Relc n’avait pas besoin de le dire. Elle et lui le sentaient.

La garde rencontra une plus grande force tenant l’entrée de la Rue du Marché. Les rues calcinées avaient été de nouveau retournées, cette fois les étals et portes avaient été tournés en une autre barricade. Les Drakéides et les Gnolls qui tenaient l’endroit étaient épuisés, blessés, mais les morts bouchant la rue était un testament de leurs volontés de se battre.

Zevara monta sur la barricade et se retourna vers les gardes. Elle savait qu’elle devait parler, leur donner espoir, leur donner une raison de se battre. Elle n’avait rien d’autre à dire.

Une voix se leva par-dessus les cris et les bruits toujours présents au loin, parlant d’un ton calme et sans émotion.

« Capitaine de la Garde Zevara. Je dois vous parler. »

Zevara se tourna et vit Ksmvr. Le Prognugator des Antiniums s’avança vers elle, deux soldats à ses côtés.

Son exosquelette avait été écrasé sur l’un de ses bras et quelque chose lui avait déchiré un de ses côtés. Un bandage qui avait été appliqué était déjà recouvert de sang vert, mais à part ça, il était encore capable de se battre.

L’un des soldats était en train de boiter et Zevara vit que son pied gauche avait été à moitié arraché. Mais le Soldat ne pleurait pas et ne se plaignait pas. Ils s’arrêtèrent en face d’elle et Ksmvr hocha la tête comme s’il n’y avait rien d’urgent dans le monde.

« Capitaine des Gardes Zevara. Je regrette que nous devons nous séparer. »

Elle le regarda.

« Quoi ? »

« Ce combat est trop proche de la Colonie. Je dois retirer les Soldats Antinium des rues, pour mieux garder la Colonie. Je vous préviens par simple courtoisie. »

Zevara lutta pour trouver ses mots. La seule raison pour laquelle ils avaient tenu aussi longtemps était que les Soldats étaient en train de tenir plusieurs rues. Sans eux…

« Couard. »

Tkrn aboya sur Ksmvr. L’Antinium fit un regard en coin vers le Gnoll, avant de le détourner de manière dédaigneuse.

« Je regrette cet décision. Mais je dois prioriser ma Colonie. J’espère que vous comprenez. Vos devoirs sont similaires au mien, Capitaine de la Garde Zevara. »

Elle le regarda. Tkrn était en train de grogner, mais elle posa une main sur son épaule.

« Je comprends. »

Ksmvr hocha la tête.

« Fort bien. J’espère que tu… »

« Je comprends que tu es un couard et un imbécile. »

Ksmvr s’arrêta. Zevara leva sa voix alors que les gardes l’entourant regardèrent autour d’eux.

« Nous nous sommes battus et avons saigné pour cette ville, et pour ta foutue colonie. Si nous tombons ici, tout le monde meurt ! Mais tu ne nous donnes pas plus qu’une poignée de Soldats ! Est-ce que tu ne réalises pas ce qui est en train d’arriver ? Où est-ce que ta foutue Reine n’est pas au courant de ce qui se passe ? »

L’air autour de Ksmvr et les deux Soldats Antiniums se figèrent. Ses mains touchèrent les pommeaux de ses épées.

« Ma Reine est en train de réaliser son devoir. Tout comme moi. L’insulter est… »

« Que la pourriture emporte ta foutue Reine ! »

Zevara cria sur Ksmvr. Elle pointa vers les rues détruites et les bâtiments en ruine.

« Nous avons protégé Liscor ! Nous avons tenu notre partie du Marché… Les Antiniums ont juré de protéger cette ville des attaques ! Et ou êtes-vous lorsque nous avons besoin de vous ?! »

Ksmvr s’arrêta.

« Je dois protéger ma Colonie. »

« Liscor tombera ! »

« Liscor peut tomber. Mais la Colonie ne sera jamais prise, même si cent-mille mort-vivants attaquent. »

Le pire, c’était que Zevara le croyait. Elle le maudit, mais Ksmvr resta impassible. Il secoua la tête.

« Ce que vous dites est sans importance. Mais la sécurité de la Reine est… »

« Zevara ! »

Relc cria derrière elle, désespéré. Un Seigneur des Cryptes venait d’apparaître au bout de la rue, du mauvais côté. Il avait dû forcer le passage à un autre endroit. Des gardes arrivèrent vers lui, criant alors que Relc tenait les mort-vivants venaient des autres directions.

Zevara jura et se tourna vers Ksmvr, mais l’Antinium était déjà en train de s’éloigner. Elle ouvrit la bouche, avant de la fermer. Ce n’était pas la peine de gâcher sa respiration pour lui.

La Capitaine de la Garde regarda le dos de Ksmvr avec amertume. Elle avait une forte envie de lui planter l’épée dans le dos, ou de le frapper, mais cela ne ferait que la tuer plus tôt. À la place, elle se retourna. Des Drakéides et des Gnolls étaient déjà en train de se battre contre le Seigneur des Cryptes alors qu’il cracha du sang noir sur eux, les tranchants avec des griffes fait d’os brisés.

Zevara leva son épée et courut vers le combat.

Pour la dernière fois.

***

« Erin. »

Pendant un moment, Erin pensa que quelqu’un était en train de la secouer. Elle leva les yeux pour voir les yeux sombres et les quatre bras de l’Antinium, qu’elle confondit avec quelqu’un d’autres.

« Quoi ? »

L’Ouvrier la leva sur ses pieds.

« Tu ne dois pas dormir. Tiens. »

Il donna quelque chose à Erin. Elle le prit et regarda le liquide rouge. Une potion… ? Une potion de soin. L’une des siennes. C’était vrai. Elle en… Avait acheté après ce jour.

« Bois. »

La bouteille était à ses lèvres. Erin avala, grimaça, et sentit sa vie revenir. Elle était fatiguée. Tellement fatigué que le monde semblait l’appeler de nouveau vers le sommeil. Mais la potion continua de la faire vivre.

Elle se releva. L’Ouvrier l’aida, et elle vit qu’il était blessé. Il lui manquait une antenne et deux doigts sur sa main droite. Sa carapace était brisée en différent endroits, mais quand elle lui offrit la potion il secoua la tête.

« Bois. »

C’est ce qu’elle fit, termina la bouteille de liquide malodorant et sentant sa vie revenir avec chaque gorgée. Erin jeta la bouteille à l’autre bout de la pièce et l’écrasa contre le visage d’un squelette essayant de monter à une fenêtre. Cela ralenti assez la créature pour qu’un Ouvrier le décapite avec une hache.

Erin regarda l’Ouvrier qui lui avait donné la potion. Cela semblait un peu bête, surtout avec les mort-vivants griffant et hurlant dehors, mais elle devait le dire.

« Je suis désolé. J’ai oublié ton nom. »

« Bird. Je suis Bird. »

Il hocha la tête dans sa direction, et Erin lui rendit la politesse.

« Alors, je suppose que ça y est. »

« Nous te protégerons jusqu’à la fin. »

« Qui arrive maintenant. »

« Oui. »

Elle s’arrêta. La tête d’Erin continua de tourner, mais elle regarda autour d’elle et ne vit que les morts. Les morts-vivants, mais aussi les Ouvriers au sol. La mort.

Tout cela était éclairé par de la lumière pourpre. Les yeux luisants d’Écorcheur éclairaient plus l’auberge que les rayons lunaires. Bird reprit sa place à l’une des fenêtres, maniant une épée et un bouclier.

« Il ne reste plus beaucoup de mort-vivants. La majorité se dirige vers la ville. »

« Mais cette chose est toujours dehors. »

« Oui. Il est proche. »

Erin jeta un œil dehors. Elle pouvait voir Écorcheur, son corps massif et sa forme obscène n’était qu’une ombre autour des deux yeux luisants dans les ténèbres. Une garde de mort-vivants se tenait autour de lui, attendant silencieusement dans les ténèbres.

« Il attend. »

« Oui. »

Bird hocha de nouveau ma tête. Erin regarda les mort-vivants. Ils étaient toujours en train de frapper aux portes, aux murs, essayant de grimper aux fenêtres alors que les sept autres Antiniums bougeaient dans la pièce, tranchant des membres et écrasant des têtes.

Les murs de l’auberge les protégeaient. Pour l’instant. Erin savait que cela n’allait pas durer.

« Nous devons partir. Ils nous réduiront cet endroit en miette si nous restons. »

Erin marcha dans la cuisine. Il lui restait une jarre d’acide. Elle s’en empara. Bird attrapa son bras alors qu’elle marcha vers la porte. L’Ouvrier la regarda.

« C’est la mort dehors, Erin Solstice. »

Elle hocha la tête.

« Oui. Mais c’est la mort partout. »

Il s’arrêta, regardant son visage. Un autre Ouvrier se tourna.

« Plutôt mettre l’ennemi en échec que de le subir soi-même. »

Erin cligna des yeux dans sa direction, avant de sourire.

« Absolument. »

Elle ouvrit la porte. Un zombie la regarda, surpris, un bras levé pour taper sur le bois une nouvelle fois. Erin jeta une jarre d’acide à son visage et il recula en hurlant. Elle était presque à court d’acide. Elle l’avait fait pleuvoir sur Écorcheur et les autres mort-vivants.

Elle avait un couteau dans sa main. C’était tranchant. Erin le tint dans sa main et pensa qu’elle était en train de rêver. Elle passa le cadavre de Cavalier, son cœur battant de plus en plus vite. Le couteau était glissant dans sa main.

Écorcheur la regarda, ses yeux projetant la peur. Erin serra les dents.

« Va te faire foutre. »

Elle courut hors de la porte, et les huit Antiniums la suivirent. Erin poignarda un zombie dans le visage, lui donna un coup-de-poing, et regarda l’immense main d’Écorcheur écraser le Gnoll mort-vivant. Deux yeux brillants s’abaissèrent vers elle.

Elle leva son couteau de cuisine.

« Vas-y. Terminons ça. »

***

Ksmvr marcha à travers les rues alors que le bruit des combats devint un rugissement sourd autour de lui. Il pensa en marchant, considérant ce qui arrivait et ce qui allait arriver.

Zevara et les gardes allaient bientôt tomber. Peut-être que les citoyens allaient se battre jusqu’au bout. C’était même possible qu’ils puissent vaincre, le nombre de la horde de mort-vivants s’était réduit. Mais ils étaient toujours en danger.

Le devoir envers Liscor et l’Arrangement obligeait la Colonie d’envoyer des soldats pour défendre Liscor. Mais en tant que Prognugator, Ksmvr était capable de déterminer si de telles actions étaient sages ou non. Et avec la Reine encore occupée avec le Rituel des Anastases, il avait déterminé que sa sécurité était primordiale.

Zevara l’avait maudit. Lui avait crié dessus. Sa colère était compréhensible, mais il n’y avait rien que Ksmvr pouvait faire. Ses actions étaient la seule bonne solution.

Elles étaient logiques. La Reine devait être protégée, surtout lorsqu’elle réalisait le Rituel. Ce qu’il devait prioriser était clair, sa vie était bien plus importante que l’arrangement fait avec la ville de Liscor.

Il parla à l’un des Soldats l’accompagnant. S’adresser à l’un d’entre eux était s’adresser à tous.

« Sonnez la retraite pour tous les soldats. Les rues sont sans valeur. Nous devons protéger la Colonie. »

Le Soldat ne répondit pas, mais Ksmvr pouvait sentir les autres Antiniums abandonner leurs positions à l’entrée des rues. Ils allaient se retraiter vers la Colonie, gardant les deux entrées dans la ville.

Il y avait trois entrées dans la Colonie, seulement deux étaient connues du Conseil de Liscor. La troisième était en dehors de la ville, ensevelie sous plusieurs tonnes de terre. Elles pouvaient facilement être creusées, mais les mort-vivants n’avaient pas encore localisé cette entrée.

Ksmvr continua de considérer le siège alors qu’il se tint à l’entrée du tunnel, surveillant les mort-vivants dans les rues alors que les Soldat battirent en retraite dans la Colonie. Les Antiniums avaient des vivres et de l’équipement pour survivre au moins un mois d’opération continue, ce qui rendait les choses simples. La créature qui était apparue avec les mort-vivants était encore en dehors de la ville, mais elle n’avait montré que peu d’intérêt envers les Antiniums.

Qu’importe l’aboutissement de ce qui se passait à la surface, Ksmvr estimait que la Reine allait terminer sa tâche avant la fin de la nuit. Puis il allait pouvoir demander d’autres ordres. Si elle souhaitait voir la ville purger, les Soldats étaient absolument capables de le faire. Sinon la Colonie pouvait être facilement scellée.

Ksmvr ne s’inquiéta pas de la réaction de sa Reine envers ses décisions. Il ne s’inquiéta pas. Il avait rempli la plus haute priorité, même si cela voulait dire sacrifier de moindres obligations envers la ville. Elle comprendra, n’est-ce pas ? Elle ne lui avait pas donné d’autre directive.

« La ville est sacrifiable. Les Aberrations sont un moindre problème et pourront être chassées plus tard. L’aubergiste… »

Il hésita. Elle avait de la valeur. La ville avait de la valeur. Mais…

« La Colonie est tout. La Reine est tout. »

Elle comprendrait. Il n’osait pas risquer sa sécurité en sacrifiant les soldats qui la protégeaient. Elle lui avait donné l’ordre explicite de ne pas la déranger qu’importe la gravité de la situation. Qu’importe la gravité de la situation. Il était en train de suivre les ordres.

Et il avait rapatrié l’individu connu sous le nom de Pion. Ce qui était un exploit. Ksmvr se rappela ce que l’ancien Ouvrier avait dit et s’agita. Il avait été… Incertain de la manière de répondre aux mots de Pion, aussi proche de la trahison qu’ils avaient été.

« Mon jugement n’est pas une erreur. Ma logique fait sens. »

Réassuré, Ksmvr hocha de nouveau la tête. Les derniers des Soldats s’apprêtaient à rentrer dans la Colonie. Mais soudainement, ils ralentirent, et s’arrêtèrent.

Ksmvr regarda l’un des Soldats alors qu’il semblait regarder le ciel, écoutant. Puis, soudainement, il se retourna et commença à courir dans la rue.

« Toi. Halte ! »

Le Soldat s’arrêta alors que Ksmvr s’approcha de lui. Le Prognugator mit sa main au pommeau d’une de ses épées et s’arrêta à quelques pas du Soldat.

« Qu’est-ce que tu fais ? J’ai donné l’ordre de revenir à la Colonie et de garder l’entrée. »

Le Soldat s’arrêta et regarda silencieusement Ksmvr. Il ne pouvait pas répondre, bien sûr, mais Ksmvr ne sentait pas de changement dans les pensées du Soldat. Il était en train de suivre les ordres. Suivre des ordres, mais de qui ? Ksmvr avait donné l’ordre de…

Quelque chose frôla le Prognugator. Ksmvr tournoya, mais c’était un autre Soldat. Et il n’était pas seul.

Soudainement, les massifs Soldats Antiniums étaient en train de se déverser des entrées de la Ruche. Ksmvr se retourna.

« Qu’est-ce qu’ils font ? Qu’est-ce qui se passe ? »

Ils le dépassèrent en silence. Il se retourna et les vit courir dans la ville et charger vers les mort-vivants.

« Quoi… ? »

Une main tapa poliment Ksmvr sur l’épaule. Il se retourna, et l’Antinium vit un autre poing s’écraser dans son visage. Il s’écroula, ses mains cherchant ses épées.

Ksmvr était un Prognugator des Antiniums. Il avait été créé pour la guerre, et donc il dégaina ses deux épées et ses dagues en roulant. Il ne pouvait pas mourir. Sa vie était importante, il dirigeait la Colonie lorsque la Reine était absente. Mais il se figea en levant les yeux.

Le monde était différent. Ksmvr le sentit. En cet instant, sa réalité changea. Il leva les yeux et sût. Il sentit la colère de sa Reine ; il sentit son agacement dans sa tête. Elle était de retour. Elle avait complété le Rituel. Et il…

Il se tint au-dessus de Ksmvr.

« Toi. »

Le monde commença à tourner.

***

Selys n’avait jamais utilisé une épée au combat. Elle s’était entraîné avec une, mais… Les épées étaient pour les guerriers, et elle était une réceptionniste. Elle avait quelques compétences de ses quelques niveaux en tant que [Chasseuse], mais elle n’avait jamais touché une épée sauf pour la vendre ou l’évaluer.

Mais elle avait utilisé une épée aujourd’hui. Selys tituba en arrière et regarda le zombie s’effondrer, son pommeau sortant de son estomac.

La Drakéide se sentait malade. Mais Krshia arracha l’épée hors du cadavre de l’humain mort et lui rendit.

« Hrr. C’est une bonne chose que tu es tué. Tu vas peut-être gagner une nouvelle classe, n’est-ce pas ? Si nous survivons à la nuit. »

Cela semblait hautement improbable. Selys était derrière le rang principal de gardes que Zevara commandait, mais les mort-vivants avaient déjà attaqué leur position deux fois. Ils étaient partout. Noyant les rues.

« Nous allons mourir. »

Krshia la frappa sur le dessus de la tête. Selys poussa un cri de surprise et leva une main pour se protéger, mais la Gnolle se contenta de rire.

« Garde tes pleurnichements pour quand tu es morte, n’est-ce pas ? Nous n’avons pas terminé. Bas-toi. Bas-toi jusqu’à ce que tout soit perdu. »

Mais tout était perdu. Plus de mort-vivants était en train d’arriver aux barricades, luttant pour passer. Ce n’était qu’une question de temps.

Une partie de Selys voulait jeter son sort et attendre pour la mort. Mais cela serait une terrible mort, elle le savait. Et elle ne périra pas vraiment à la fin. Donc elle leva maladroitement sa lame, attendant la fin. Si seulement elle était devenue une aventurière, gagnée des niveaux dans une autre classe…

Une voix. Un cri. Selys se tourna, levant son épée. Elle était tombée à court de flèches il y a bien longtemps. Mais ce n’était pas une nouvelle attaque. Tkrn couru le long de la rue, agitant la hache dans sa main. Il était en train de sprinter, mais ses yeux étaient grands ouvert. Et il était en train de… Sourire ?

« Les Fourmis ! Les Antiniums arrivent ! »

Selys regarda Krshia. Cela n’était pas possible. Ils s’étaient retraités. Mais un autre garde avait repris le cri.

« La marée noire avance ! »

« Les Soldats se battent dans les rues ! »

Un feu de forêt s’embrasa dans les veines de Selys, lui donnant un nouvel espoir. Cela n’était pas possible. Mais elle les vit. Des formes. Sortant des ténèbres. Pas un, ni deux. Une masse mouvante. Un torrent sans fin de corps.

Les Antiniums.

Des Soldats descendaient les rues. Ils s’écrasèrent contre le rang des mort-vivants alors que Selys les regarda, bouche bée. Au début, ce furent vingt Soldats qui remplirent la rue en fonçant sur l’ennemi, puis cinquante. Une centaine. Des milliers.

Et ils n’étaient pas seuls. Ksmvr, e Prognugator était parmi eux. Il taillada un zombie avec ses dagues alors qu’un Ouvrier était soudainement à ses côtés. Le plus petit Antinium se saisit du zombie mort et le plaqua au sol, alors que deux autres apparurent aux côtés de Ksmvr, écrasèrent la tête du Drakéide mort jusqu’à ce qu’elle soit de la bouillie.

Des Soldats et et des Ouvriers se déversèrent des tunnels, une marée sans fin de corps noirs. Mais ce n’était pas tout. Le sol et les rues commencèrent à onduler et des mains sortirent des pavés. Un mort-vivant s’arrêta, et une immense main ressemblant à une pelle le traîna sous terre. Une Soldat Antinium émergea du sol alors qu’il termina de démembrer la mort-vivante.

Les mort-vivants dans la rue hésitèrent. Ils étaient une armée sans peur, une marée sans fin qui ne craignait pas la douleur ou la fatigue. Ils continuaient de se battre même sans bras ou jambes. Ils étaient sans merci, des tueurs sans émotions. Mais c’était aussi la nature des Antiniums.

Hors des tunnels. Hors des ténèbres. Des Ouvriers se précipitèrent aux côtés des gigantesques Soldats. Ils ne ralentirent pas alors que le premier groupe apparu devant eux. Le premier Soldat percuta une goule et écrasa le plus petit Gnoll mort derrière. Il ne s’arrêta pas et continua de courir. Le Gnoll mort lutta pour se relever, mais un Ouvrier le piétina. Puis un autre. Le torrent d’Antinium ne s’arrêtait pas.

Une foule de zombies rencontra un Soldat. Il les déchira, des mains semblables à des pelles frappant, arrachant leur fragile chair. Des Ouvriers se ruèrent sur un autre zombie, le tirant et l’arrachant dans toutes les directions.

Un Seigneur des Cryptes leva une main griffue pour protéger son visage. Un Soldat bondit depuis un toit, tombant d’une dizaine de mètres pour écraser son genou dans le visage du Seigneur des Cryptes. Des os et de la chair furent réduits en bouillie alors que le Soldat commença à arracher des morceaux du grand mort-vivant. Le Soldat se redressa, sa carapace recouverte de sang noir. Sa jambe droite brisée sous l’impact alors que du sang vert et noir coula le long de sa carapace brisée. Il fit deux pas en avant, donna un coup-de-poing qui envoya voler un squelette, et s’écroula.

Les Ouvriers et les Soldats ne prêtèrent pas attention au Soldat mort. Ils foncèrent autour de lui, enjambant son cadavre, réduisant les rangs des mort-vivants en miette, se battant avec une incontrôlable furie.

Les gardes et soldats dans les rues regardèrent. Des centaines de corps noirs coururent dans la rue en tuant, écrasant arrachant.

Les Antinium. Ils étaient sortis de la colonie, la laissant pratiquement sans défense. Mais pourquoi ?

Krshia sortit Selys du chemin alors qu’un groupe de Soldats passa en trombe en les dépassants. Ils remarquèrent à peine les Drakéides et les Gnolls. Mais l’un d’entre eux était en train de mener la charge. Ksmvr s’arrêta alors qu’en face de lui, Zevara venait de lui bloquer le chemin.

« Toi ! Qu’est-ce qui se passe ? »

La Drakéide regarda le Prognugator, mais il secoua la tête. Selys vit que l’Antinium avait la chitine de son visage craqueler. Il semblait… Confus. Elle l’entendit lever sa voix.

« Nous sommes en train d’attaquer. Nous allons repousser les mort-vivants hors de la ville. »

« Quoi ? »

Zevara lança un regard incrédule à Ksmvr, et elle n’était pas la seule. Selys avait entendu l’Antinium sonner la retraite pour les Soldats. Alors pourquoi est-ce qu’il avait changé d’avis ?

Ksmvr secoua sa tête.

« Je ne l’ai pas ordonné. Je ne l’ai pas ordonné. Ni la Reine. Il… »

« Qui ? »

« Il est parti vers Erin Solstice avec de nombreux Soldats. »

« Qui ? »

Relc dépassa Selys, ses écailles recouvertes de sang et de viscères. Selys l’attrapa et Relc faillit l’envoyer au sol avant de s’arrêter.

« Relc ? Qu’est-ce qui se passe ? Pourquoi est-ce que les Antiniums sont en train de se battre ? »

Il la regarda, les yeux égarés. Selys fit un pas en arrière. Cela faisait longtemps qu’elle connaissait Relc, mais elle ne l’avait jamais vu comme ça. Ses écailles étaient grises. Il pointa.

« Je l’ai vu. J’ai vu… Il était en train de mener la charge. »

« Qui ? Relc ? »

Le Drakéide ne répondit pas. Il baissa les épaules, regardant les Antiniums alors qu’ils remplissaient les rues en se battant. Il gémit d’une manière si faible que seul Selys et Krshia l’entendirent.

« Il est de retour. »

***

Voilà comment cela allait se terminer. Dans les dernières heures de la nuit, Erin se battit en dehors de son auberge, les mort-vivants et les Antiniums se mélangeant. Elle leva les yeux vers Écorcheur et vit la mort et les horreurs de son visage. Elle leva son couteau de cuisine, une petite arme, et jura dans son cœur de le blesser avant de mourir.

Voilà comment cela allait commencer.

Écorcheur essaya d’attraper Erin. Elle esquiva et poignarda son bras. Sa lame s’enfonça de quelques centimètres dans sa peau morte et s’arrêta.

Erin roula hors du chemin alors que la main revint. Il la percuta, mais elle ne toucha pas les points rouges, ne volant pas sa peau. Il avait déjà tué deux des Ouvriers. Leurs carapaces avaient été volées par Écorcheur et jetées au sol.

Un Ouvrier attrapa la main d’Écorcheur. Il le repoussa, mais trois autres bras attrapèrent son bras et l’arrêtèrent. Écorcheur leva son autre main et Erin lança sa jarre d’acide.

L’acide s’écrasa sur son visage et il crissa. Le son traversa ses os. Elle couvrit ses oreilles alors qu’il se griffa le visage et que les Antiniums firent de même.

Mais quelque chose bougea malgré le son strident. Toren courut hors des ténèbres et bondit vers Écorcheur, dague en main. Il bondit sur le visage d’Écorcheur et commença à le poignarder sans retenue. Écorcheur essaya de secouer la tête, mais il n’avait pas de cou.

Ses yeux. Ses yeux pourpres. Toren s’agrippa au visage d’Écorcheur, passant sa main dans les orbites effondrées, arrachant et tranchant avec sa dague alors que la créature géante essaya de le déloger.

Écorcheur crissa de nouveau, et il retira Toren en emportant un large morceau de chair. Il jeta le squelette plus loin.

Toren tomba avec quelque chose de rouge dans ses mains. Mais pas de sang. Écorcheur hurla et tenta de le frapper avec une main, mais Toren était déjà loin.

L’un des yeux d’Écorcheur avait disparu. Il ne restait qu’un large cratère de chair morte à sa place. De la chair morte.

C’était comme si Écorcheur n’était fait que de chair. Mais il devait y avoir des os, ou de la chair ou des… Des organes Mais tout ce que les Ouvriers et elle avait arraché était de la peau.

Quelque chose la frappa par-derrière. Elle se retourna et une zombie montra ses dents pourries, tentant de la mordre. Erin le frappa avec son couteau, mais ce n’était pas bon pour tuer ce qui était déjà mort. Il glissa contre un os et elle hurla alors que le zombie tenta d’attraper son visage.

Une main bleue s’avança et tira le zombie en arrière. Une goule, une femme morte depuis bien longtemps avec de la peau bleu et moisie, éloigna le zombie.

Erin cligna des yeux. La goule arracha la tête du zombie avant de foncer vers un autre squelette. Le groupe de mort-vivant se retourna contre leurs alliés.

« C’est quoi ce… ? »

Au-dessus d’elle, Écorcheur était toujours en train de se tenir le visage. Il était en train de tâter ses yeux, comme s’il ne pouvait pas savoir qu’il lui manquait un œil. Ses doigts touchèrent le trou béant et il crissa de nouveau. Son visage en ruine se tourna vers Erin.

Écorcheur tenta d’écraser Erin et elle plongea sur le côté. Elle se releva avec précipitation et lança le couteau dans sa main droite. Il se planta dans l’œil d’une goule qui s’effondra alors qu’un Ouvrier continua de creuser dans la chair d’Écorcheur. L’Antinium creusa la solide peau comme si c’était de la terre, arrachant de grosses couches et de gros morceaux alors qu’Écorcheur se débattit en essayant d’atteindre l’Ouvrier. Mais ils étaient trop proches, trop difficiles à attraper.

Plus de mort-vivants courrait autour d’Écorcheur, combattant Erin et l’Antinium. Mais quelque chose était en train d’arriver. La moitié d’entre eux semblait être en train d’essayer de tuer l’autre moitié. Même lorsque qu’Erin regarda, deux squelettes plaquèrent au sol une goule avec une épée dans le ventre.

Erin s’empara de l’épée et la sortit. Elle était lourde et difficile à manier dans ses mains, mais elle frappa le bras d’Écorcheur avec. Des morceaux de chairs volèrent autour d’elle.

Écorcheur recula. Il était en train d’essayer de protéger son corps, mais les Ouvriers étaient partout, et l’humaine revenait constamment.

Cela ne devait pas se passer comme ça. Elle devrait être roulée en boule, paralysée par la peur. Les Antinium devraient être mort. Et ses propres mort-vivants se retournaient contre lui. Rien ne se déroulait comme prévu.

Mais la fille ignorait sa peur. Les morts ne pouvaient pas être tourmentés par la peur, et les Antiniums ne craignaient rien. Écorcheur ne pouvait que les écraser, luttant pour attraper les Ouvriers et les mort-vivants.

Il était juste une grosse chose paresseuse. Il n’avait pas de jambes. Il n’avait même pas une bonne coordination entre ses mains et ses yeux. Ce n’était que ses mains, son toucher écorcheur et son aura de peur qui était des menaces. Et Erin revenait de loin. Elle refusait de courir.

Elle plongea l’épée dans le bras d’Écorcheur. Profondément. Presque jusqu’à la garde. Elle toucha quelque chose, autre chose que de la peau morte. Écorcheur hurla d’agonie.

Il fit un retour de la main et Erin vola. Elle se sentit projeter en l’air avant de s’écraser au sol et elle oublier tout ce qui se passait autour d’elle pendant une seconde. Quand elle se redressa, il était en train de lever sa main pour l’écraser.

Elle roula sur le côté au dernier moment. La main s’écrasa et elle l’agrippa. Elle n’avait pas le temps de penser. Alors que le bras se leva de nouveau et qu’Écorcheur cherchait Erin elle bondit sur sa tête. Les grotesques couches de chair amortirent sa chute et elle essaya de ne pas vomir.

Elle grimpa la chair morte, la sentant, glissante et terriblement froide au toucher. Erin leva l’épée et l’enfonça dans la tête d’Écorcheur, essayant maladroitement de trancher et de hacher la peau avec la lame.

Écorcheur hurla de nouveau. Et seulement maintenant, le touchant directement, qu’Erin sentit des vibrations venant de l’intérieur. Elle enfonça l’épée plus profondément et trancha de nouveau, coupant un carré de peau compacté.

Sous elle, des zombies essayaient de la tirer. Ils l’entouraient, mais les Ouvriers les repoussaient en se battant. Erin s’accrocha désespérément à Écorcheur alors qu’il se secoua, tranchant comme si elle coupait du bois. Elle s’était déjà coupée deux fois, mais elle continua désespérément.

Les mort-vivants amicaux étaient en train de se battre avec les Ouvriers, et la moitié était en train de monter sur Écorcheur, arrachant des morceaux de chair comme elle l’était en train de le faire.

Erin venait de retirer un autre morceau de chair quand elle vit quelque chose changer. Au lieu du blanc putride et de la peau jaune elle vit autre chose au clair de lune.

Quelque chose de rouge. Erin s’arrêta. Le morceau de peau morte glissa et quelque chose leva la tête depuis l’intérieur du corps d’Écorcheur pour la regarder. Elle lui rendit son regard.

« Oh. »

C’était tout ce qu’elle pouvait dire. Quelque chose à l’intérieur d’Écorcheur leva sa tête autour de la peau qu’Erin avait coupée. Quelque chose d’humide et de serpentin.

Un visage rouge, dépourvue d’yeux, se jeta vers Erin. Une tête segmentée avec deux longues… Antennes faite de chair semblait s’abaisser vers elle, alors qu’une bouche charnue s’ouvrit, révélant des dents tranchantes.

Écorcheur, le véritable Écorcheur, la chose se cachant dans sa marionnette de chair, glissa hors de sa carapace ruinée. Deux longs filaments suivirent son corps, de longues et épaisses cordes de chair. Ils étaient les véritables ‘mains’ d’Écorcheur et ils étaient recouverts des restes de l’Ouvrier qu’il avait saisi.

Erin abandonna le visage ruiné d’Écorcheur au dernier moment. Le ver rouge utilisa ses filaments comme un fouet, ses filaments fendant l’air avec assez de vitesse qu’elle les entendit siffler. Ils touchèrent une goule et coupèrent à travers son torse, brisant les os et la chair.

Un Ouvrier attrapa Erin alors qu’elle tomba. Bird. Il tira Erin et lui tendit un couteau avec l’une de ses mains. Écorcheur était de nouveau en train de hurler, le parasite ayant vaguement une forme de ver émit un cri strident, deux fois plus bruyant maintenant qu’il était hors de sa carapace de chair.

« Mon dieu, mon dieu, mon dieu. C’est quoi ça ? »

Bird secoua la tête alors que le visage aveugle d’Écorcheur bougea de gauche à droite, les antennes charnues s’agitant autour de lui.

« Je ne sais pas. C’est dangereux. S’il te plaît. Recu… »

Un filament fonça vers Bird. Il s’étouffa et Erin hurla alors que le filament coupa le côté de l’Antinium. Elle trancha le filament avec son couteau et Écorcheur hurla de nouveau et retira son filament. Bird s’écroula au sol, saignant.

Erin lança le couteau. Il tourna vers la tête d’Écorcheur, mais le ver rouge évita le projectile sans effort.

Deux squelettes foncèrent vers Écorcheur. La créature siffla et envoya ses filaments, éparpillant les deux squelettes. Il se retourna, et frappa comme un cobra.

Un zombie fut envoyé en l’air et sa peau fut retiré avec un terrible son de déchirement. Seul Erin était certaine que c’était l’un des zombies d’Écorcheur. Le ver pourpre glissa à l’intérieur des couches de peau et passa la chair du zombie sur la peau brisé, comme s’il réparait une poupée de papier mâché.

« Ne le laissez pas se reconstruire. Tuer le maintenant. »

Erin ne savait pas quel Ouvrier venait de parler. Mais ils foncèrent tous vers Écorcheur d’un même mouvement, tranchant la grande créature segmentée.

Écorcheur se retourna, et sa queue envoya plusieurs Antiniums valsés. Il attrapa deux Antiniums avec ses filaments et déchira leur corps. Il était incroyablement rapide, et il poignarda deux autres Antiniums alors qu’ils foncèrent vers lui.

« Non ! »

Erin était sur ses pieds. Elle tituba en cherchant quelque chose à lancer. De l’acide. Elle devait avoir une autre jarre d’acide dans l’auberge. Elle courut vers le bâtiment, mais Écorcheur glissa vers elle et lui bloqua l’entrée. Il baissa sa tête et tenta de la mordre.

Elle esquiva. Elle sentit le corps lisse et gluant d’Écorcheur juste au-dessus du sien, puis il la percuta. Elle s’écrasa au sol, confuse, alors qu’Écorcheur leva sa tête. Il la regarda, deux antennes tâtant son visage, et puis un filament de chair se leva pour l’empaler.

Erin n’arrivait pas à hurler. Elle se contenta de regarder Écorcheur en tenant sa respiration, attendant. Le filament charnu s’éleva et fila vers son cou.

La mort venait vers Erin, et s’arrêta à mi-chemin. Une épée trancha l’air, une paire de lames argentées. Elles flashèrent ensemble et Écorcheur recula, hurlant. Du pus jaune goutta de la coupure, tomba sur Erin alors qu’elle regarda autour d’elle.

« Qu… »

Quelqu’un était en train de se tenir au-dessus d’elle. Un Antinium. Mais différent de tous ceux qu’elle avait déjà vu. Il n’avait que deux bras, et un corps fin et gracieux, différent de celui d’un Ouvrier ou d’un Soldat. Il tenait dans ses mains deux épées qu’elle reconnaissait, et il faisait face à Écorcheur avec calme alors que la créature s’agita et hurla.

Autour d’Erin, des formes sombres apparurent hors des ténèbres, attrapant les mort-vivants et les réduisant en miette. De larges Soldats Antiniums. Ils coururent après Écorcheur alors que le ver pourpre battit en retraite. Mais ce n’était pas lui qui capturer le regard d’Erin.

Elle était toujours en train de regarder l’Antinium qui l’avait sauvé. Il était grand. Un type de Soldat ? Une nouvelle espèce ? Mais…

« Est-ce que tu es blessé, Mademoiselle Solstice ? »

Pendant un instant sa voix de fut qu’un souvenir. Et puis les yeux d’Erin s’écarquillèrent. Un souvenir. L’Antinium pencha la tête en la regardant. Son cœur se figea dans sa poitrine, et commença à battre la chamade.

Cela ne se pouvait pas. C’était impossible. Mais la voix était la même. Il parlait de la même manière. Son corps était différent mais il…

« Impossible. »

« Tu es tombé. Laisse-moi te redresser. »

Elle cligna des yeux. Il tendit la main et la releva. Elle s’accrocha à lui, ignorant le pus malodorant collant à ses vêtements, Écorcheur et les mort-vivants. Elle ignora tout de cela.

« Tu… Tu ne peux pas être vrai. Je t’ai vu mourir. Tu étais mort. »

Ses yeux se remplirent de larmes. Une partie d’elle était en train de hurler quelque chose d’incohérent. Erin tendit la main et ses doigts tremblèrent en touchant la carapace noire de l’Antinium.

« Toi… Comment ? »

Il sourit. Klbkch des Antiniums Libres rengaina ses épées et s’inclina devant elle.

« N’as-tu pas entendu ce que j’ai dit ? Les Antinium ne meurent jamais réellement. »

Le monde s’arrêta. La nuit se stoppa. De la lumière emplie la tête d’Erin. Elle tituba, et Klbkch l’attrapa avec un bras. Elle sentit la froide, solide chitine sur sa peau. Une carapace dure et lisse. Une sensation venant d’un autre monde. Une sensation qui n’était pas naturelle.

Mais elle leva les yeux et vit un ami.

Erin regarda Klbkch. Il tourna la tête et leva ses épées. Une goule s’empala sur l’une de ses lames alors qu’il la décapita de l’autre. Il se retourna vers Erin.

« Ce lieu n’est pas sûr. Reste derrière moi, Erin. »

Elle était incapable de parler ou de former une pensée cohérence. Klbkch sembla faire un signe, et deux Soldats apparurent depuis les ténèbres. Ils l’encerclèrent alors que Klbkch donna des ordres.

« Harceler les mort-vivants. Poursuivez cette créature. »

« Oh ! »

Erin regarda alors que les Soldats coururent vers Écorcheur. Le ver rouge et charnu glissa vers sa peau morte, mais les soldats ne le laissaient pas passer. Ils essayèrent de coincer Écorcheur, mais il attrapa un Soldat et déchira sa carapace avant de glisser en descendant une colline.

Écorcheur hurla de furie en courant. Et il était en train de courir, glissant le long de la pente, une monstruosité venant des profondeurs de l’enfer. Mais il était tout de même en train de fuir. Son corps de peau avait disparu. Les Soldats le pourchassèrent, écrasant l’herbe sous leurs pas.

Mais ils étaient trop lents. Trop lents. Ils avaient blessé Écorcheur. L’une de ses ‘mains’ était manquante grâce à l’une des lames de Klbkch, et il était en train de saigner et écraser à une dizaine d’endroits. Mais il était trop rapide. Sans son corps, il pouvait se retraiter. 

« Ne ralentissez pas ! Cette créature ne doit pas se retraiter dans les Ruines ! »

Klbkch ordonna ses Soldats. Mais même Erin pouvait le voir. Écorcheur était trop rapide. Et il était… Il était…

Le ver rit. Il laissa échapper un horrible ricanement saccadé qui donna la chair de poule à Erin. Il se retourna en continuant de se retraiter, comme s’il se moquait d’Erin et des autres, riant.

Erin serra les dents. Si elle avait eu une arme ou quelque chose à lancer elle aurait put… Mais il était trop loin. Tout ce qu’elle pouvait entendre était son rire moqueur et résonnant. Ce son strident. Elle voulait se couvrir les oreilles, mais elles étaient déjà recouvertes de sang et pire. C’était si bruyant, répété. En réalité…

« C’est quoi ce bruit ? »

Klbkch pencha sa tête. Erin regarda autour d’elle. Elle entendait autre chose, un autre son aigu, résonnant à travers les plaines. Il ne venait pas d’Écorcheur. C’était autre chose.

« Ce son. C’est quoi ? »

C’était léger, mais de plus en plus bruyant. C’était un son aigu, d’innombrables… D’innombrables voix, hurlant, hululant sauvagement.

Yiyiyiyiyiyiyiyiyiyiyiyiyiyiyiyiyiyiyiyiyiyiyiyiyiyiyiyiyiyiyiyiyiyiyi…

Erin savait. Elle murmura le mot.

« Gobelins. »

Ils descendirent l’une des collines, d’innombrables petites formes éclairés de torche. La lumière se réfléchissait sur leurs armes et leurs armures incomplètes alors qu’ils courraient vers Écorcheur, plus vite qu’il ne pouvait fuir. Il s’arrêta, levant son corps serpentin, ne sachant pas quoi faire.

Alors que les Gobelins s’approchèrent d’Ecorcheur il attaqua. Il éventra deux Gobelins et arracha la peau d’un autre, mais ils étaient tellement nombreux.

L’un des yeux de la carcasse d’Écorcheur s’alluma. Erin sentit la peur, mais les Antiniums ignoraient la peur. Et les Gobelins... Les Gobelins étaient différents. Les Gobelins avaient toujours peur.

Ils attaquèrent le massif ver de toute part, esquivant sous ses attaques. Il mordit et crissa, mais les Gobelins hurlaient plus fort que lui. Ecorcheur essaya de se défaire, mais il était pris au piège.

« J’y crois pas. »

Erin laissa s’échapper les mots, incrédules. Mais les Gobelins continuaient de venir, de petits démons verts avec des yeux rouges qui luisaient à la lueur de la lune. Ils n’étaient que des pestes. Les plus faibles des monstres.

Mais ils étaient rapides. Et ils étaient partout. Pour chaque Gobelin qu’Écorcheur tuait, cinq autres étaient en train de poignarder de mordre.

Ils n’étaient pas de taille pour Écorcheur, pas de taille pour les mort-vivants. Mais ils tuaient les blessés, attaquaient par-derrière.

Ils étaient des couards, tout simplement.

Écorcheur attaque. Il arracha de gauche à droite, un ennemi, un ver, un parasite vivant de chair morte. Il était sorti des Ruines, une horreur du passé. Mais les Gobelins poignardaient et poignardaient, et sa peau vulnérable saigna.

Il s’écroula, écraser par le poids d’innombrable petits corps. Écorcheur s’agita et hurla, mais les Gobelins noyèrent aussi ce son. Ils poignardèrent, mordirent, le brûlèrent avec de l’acide et du feu.

Des petites jarres d’acide. Ils les écrasèrent sur Écorcheur, s’éloignant alors que sa peau rouge fuma et qu’il hurla d’agonie. Un feu… Une créature enflammée était en train de danser autour d’Écorcheur, le brûlant, agitant le ver alors que les flammes embrasaient sa chair non protégée.

Loks. Depuis son poste sur la colline, Erin vit la petite Gobeline contrôler le feu. Ses mains luisaient alors que son visage et son corps étaient illuminé par les flammes alors que le sort continua de frapper Écorcheur, encore et encore.

Elle leva son épée qui brilla comme de l’or même si c’était du bronze et le poignarda dans la tête. Écorcheur hurla, et les morts hurlèrent avec lui. Puis, lentement, il s’effondra.

Écorcheur, le gardien des Ruines de Liscor, la mort des aventuriers et le voleur de chair, ouvrit sa bouche pour rugir une dernier fois. Loks lança une jarre d’acide dans sa bouche et il se convulsa. Elle poussa son épée plus profondément dans sa bouche et il convulsa. Une fois. Deux fois.

Et puis il mourut.

Les morts s’arrêtèrent, regardant les restes d’Écorcheur. Et puis, lentement, ils bougèrent. Les plus proches des vivants continuèrent de combattre et périrent. Mais les autres s’éloignèrent en marchant. Hors de la ville, loin de l’auberge. Vers les ruines, dans les longs corridors, dans les endroits sombres. De retour vers l’endroit ou ils étaient morts et ou ils s’étaient relevés. Vers leurs domaines.

Vers leurs maisons.

C’était terminé.

***

Klbkch des Antiniums Libres, Prognugator de la Colonie et Garde Senior de Liscor rengaina ses lames alors que le dernier zombie arrêta de bouger. Il regarda le champ de bataille en silence, s’assurant qu’aucun corps ne bougeait.

Erin se tint à ses côtés, silencieuse. Regardant.

La mort. Elle la voyait partout. Les corps, les morceaux et le sang tachant le sol…

Et ses amis.

Cavalier gisait contre la porte de l’auberge, les bras toujours tendus. D’autres Ouvriers gisaient à ses côtés, toujours en train de combattre. Plus encore étaient éparpillés sur la colline. Les yeux d’Erin les remarquèrent tous alors que des Soldats collectèrent les corps.

Tellement de morts. Tellement de douleur et douleur. Mais au moins une petite partie du monde allait bien.

Erin regarda Klbkch. Ses mains tremblèrent, mais il les prit dans les siennes. Ses mains étaient froides et lisses. Les mains d’un alien. Les mains d’un ami.

Il fit un geste vers l’auberge, toujours débout. De la lumière baignait son extérieur abîmé, mais c’était sa maison. Sa maison. Un endroit où se reposer. Un endroit où être en sécurité.

Un endroit à protéger. Et après tout ce temps, son premier client venait de revenir.

Les yeux d’Erin baignaient dans ses larmes. Mais Klbkch cliqua ses mandibules et les leva. La chose la plus proche d’un sourire.

Ils marchèrent jusqu’à la porte en silence. Erin regarda Cavalier, et croisa délicatement les bras de l’Antinium sur son torse. Klbkch la regarda le faire alors qu’elle essuya ses larmes.

Erin se tint dans l’encadrure de la porte et fit face à Klbkch. Il la regarda, et vit une fille. Peut-être une femme selon certains standards, mais quelqu’un de jeune. Ses vêtements étaient recouverts de sang et de viscères, elle était coupé à plusieurs endroits et avaient des hématomes sur d’autres. Elle avait été veillée par la violence, la mort et la peine. Mais quelque chose continuait de luire en eux. Quelque chose de brillant.

Il y avait de nombreuses choses que Klbkch aurait pu dire. Mais aucune n’était assez adéquate. Donc il dit la seule chose qu’il pouvait dire.

« Salutations, Erin Solstice. Puis-je rentrer ? »

Et elle sourit et pleura, et pendant un instant…

Tout allait bien dans le monde.

Hors ligne EllieVia

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Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
« Réponse #70 le: 09 juillet 2020 à 01:40:13 »
1.45
 
Traduit par EllieVia

Elle revint en courant. Elle revint, à la cité où se trouvaient ses amis. Peut-être qu’ils étaient ses amis et peut-être que ce n’était qu’un mot. Mais ils l’appelaient. Et elle courait les rejoindre.


***


[Aubergiste Niveau 18 !]

[Compétence - Immunité à l’Alcool obtenue !]

[Compétence - Prompt Rétablissement obtenue !]

Erin ne savait pas qu’elle avait dormi. Elle leva la tête et s’aperçut qu’elle était assise. L’aube était là, mais elle ne s’était assoupie qu’un instant.

Le ciel était encore très sombre. Mais de la lumière illuminait toujours les prairies. Des ombres dansantes. Des flammes en train de s’enrouler.

Du feu.

Les Antiniums brûlaient les morts. Tous les morts. Ils avaient créé un gigantesque bûcher de cadavres et y avaient mis le feu. La fumée terrible, suffocante, était entraînée par le vent loin de l’auberge d’Erin, mais cela n’empêchait pas ses yeux de brûler. Ou peut-être que ce n’était dû qu’à sa peine.

Les corps des Ouvriers n’étaient plus là. À un moment où elle ne les regardait pas, le Soldat les avait emportés. Erin avait demandé à l’un des Ouvriers survivants - Bird - où ils étaient allés. Il lui avait répondu qu’elle ne voulait pas savoir.

Elle avait peur de poser plus de questions. Même à Klbkch. Il ne l’avait presque pas quittée de la nuit. À présent il était dressé en haut de la colline, les yeux baissés sur l’énorme silhouette qui se détachait à plusieurs centaines de mètres.

Erin se leva et alla à ses côtés. Il tourna légèrement la tête, mais garda les yeux braqués en contrebas. Erin regarda fixement la longue créature rouge qui avait vécu dans des couches de chair morte et mené l’armée des morts. Elle était encore entourée par les Gobelins qui l’avaient terrassée.
Mais quelque chose chez le cadavre d’Écorcheur était différent ce matin. Il paraissait… diminué. Erin regarda les Gobelins s’agiter autour de lui, puis elle comprit ce qu’il se passait.

“Est-ce qu’ils sont en train de le manger ?”

“Oui.”

Son estomac fut agité d’un soubresaut. Mais Klbkch restait impassible et les Gobelins aussi. Ils déchiraient le corps rouge d’Écorcheur, le démembraient, buvaient les fluides et…

Elle ne pouvait pas regarder ça. Erin retourna à son auberge et vomit dans les latrines. Elles étaient toujours debout, c’était déjà ça. Il allait quand même falloir y refaire des travaux. Comme partout ailleurs.

Elle s’assit sur la cuvette que Pion et le reste des Antiniums avaient fabriquée et posa sa tête entre ses mains. Elle était encore tellement fatiguée. Elle aurait donné n’importe quoi pour dormir. Mais le sommeil était un luxe et elle se devait de souffrir un peu.

Commençons par le commencement. Son… niveau. Oui, elle avait gagné trois niveaux d’un coup. Est-ce que c’était beaucoup ? Sans doute. Et elle avait de nouvelles compétences.

C’étaient des compétences d’[Aubergiste]. Et elles ne valaient rien. Poubelle.

“C’est de la merde.”

Oui. Erin regarda fixement les murs de bois des latrines. Ça ne valait pas une crotte. C’était ce qu’elle ressentait au sujet de ses niveaux et de ses compétences en ce moment.

C’était mal d’avoir gagné des niveaux alors que ses amis étaient morts. C’était mal de devenir plus forte d’avoir tué des choses. Mais Erin ne pouvait rien y faire. Elle avait envie de vomir, ou d’exploser le mur des latrines à coups de poings. Elle faillit le faire, mais s’en empêcha.

Erin ressortit et revint se placer à côté de Klbkch. Au bout d’un moment, elle eut le courage de lui poser la question qu’elle n’avait pas réussi à poser la veille.

“Combien ?”

Il la regarda, et Erin se demanda s’il allait lui mentir. Mais au bout d’un moment, il reprit la parole.

Elle écouta les nombres défiler. Quand elle n’y pensait qu’en termes de nombres, cela ne paraissait pas si terrible. Mais quand elle contemplait les cadavres, leur nombre semblait trop terrible pour les compter.

Vingt-sept Gobelins étaient étendus dans l’herbe. Beaucoup trop. Même à l’agonie, Écorcheur avait été capable de tuer avec une effroyable facilité.

Des trente-deux Ouvriers qui avaient choisi de la sauver, quatre étaient encore en vie. Bird, Garry, Belgrade, et Anand. Ils se reposaient dans son auberge, ou étaient assis avec des attelles, leurs blessures couvertes d’une espèce de substance rouge collante. Les Antiniums n’avaient pas beaucoup de médicaments, mais ils étaient coriaces. Ils guériraient.

Moins d’une centaine de gens étaient morts autour de l’auberge d’Erin. C’était trop, mais cela avait été pire en ville, ou du moins c’était ce que Klbkch lui avait dit.

“Plus de quatre-vingts gardes et presque deux cents civils ont péri avant que la Colonie ne soit mobilisée.”

Elle n’avait pas su qu’il y avait autant de garde en ville. Mais ils avaient des potions de soin et des armures et… ce n’étaient que des nombres.

“Combien d’Antiniums ? Ton peuple… ?”

“Soixante-cinq Ouvriers et quarante-sept Soldats. Encore la moitié sont blessés, mais les pertes ont été minimes.”

“...Vraiment ?”

Il haussa les épaules.

“Ce n’était pas un prix trop élevé à payer, et il aurait été moindre si mon prédécesseur n’avait pas commis d’erreur. S’il s’était battu aux côtés de la Garde, nous aurions réussi à repousser les morts-vivants sans subir autant de pertes.”

“Alors pourquoi ne l’avez-vous pas fait ?”

Une pause.

“Ksmvr croyait que la Reine devait être protégée par-dessus tout. Il a fait rentrer tous les Soldats dans la Colonie le temps qu’elle finisse le Rite des Anastases.”

“Qu’est-ce que c’est ? Quel Rite ?”

“Le processus pour me ressusciter.”

“Oh.”

Klbkch hocha calmement la tête. Il continua de lister les choses qu’il avait faites sur une main.

“Il reste beaucoup à faire. La ville a besoin de réparations. Les Antiniums n’ont pas honoré leur promesse. Nous devons reconstruire, mettre des barrières devant les Ruines.”

“Et c’est toi qui va faire ça ? Tu es le nouveau Prognugator ? Ou est-ce que c’est toujours Ksmvr qui a le job.”

“Ce n’est plus lui.”

Klbkch secoua la tête en regardant un Soldat traîner un cadavre vers le tas brûlant.

“Ksmvr était un sot. Il a failli coûter cette cité à la colonie, notre position ici et notre statut sur ce continent et… d’autres atouts. Je m’occuperai de lui bien assez tôt.”

Pendant un moment, Erin et l’Antinium regardèrent les morts brûler. Elle se balançait sur ses pieds. Klbkch regardait en silence.

“Oui. Beaucoup de choses.”

“Klbkch ?

“Oui, Erin ?”

“Comment as-tu fait pour revenir ?”

“On appelle cela le Rite des Anastases. C’est un… processus qu’une Reine des Antiniums peut décider de mettre en place. Cela permet au mort de revenir dans un nouveau corps.”

“Oh”.

Erin réfléchit à cela pendant un instant.

“Okay. Je comprends. Je crois. Alors… est-ce que ça veut dire que tu peux ressusciter ceux qui sont morts ?”

“D’autres ? Ah. Tu veux dire les individus qui étaient autrefois des Ouvriers. Non.”

“Pourquoi non ?”

Il hésita.

“En réalité, seul un Prognugator pourrait être considéré comme… valant la peine de dépenser l’effort et le temps requis pour un tel acte. De plus, ce n’est pas quelque chose à prendre à la légère. Il y a des conséquences. J’ai perdu dix niveaux dans chaque classe. Un contrecoup considérable, bien que mon nouveau corps en réduise l’impact sur mes capacités de manière considérable. Et le temps qu’il a fallu… ma Reine a travaillé sans relâche pendant presque trois semaines pour restaurer mon être.”

“C’est beaucoup de boulot.”

“Il y avait également un coût matériel. La Colonie ne pourrait pas supporter de réitérer ce genre d’acte plus d’une ou deux fois. Les autres…”

“Je comprends.”

Cela ne lui faisait presque pas mal. Presque. Mais ce n’était qu’une nouvelle blessure dans un cœur saignant par des milliers de failles.

“Ils sont morts avec honneur. Je ne me serais pas attendu à ce que de simples… ils sont devenus plus que ce qu’ils étaient. Pour cela, je les honore.”

“Merci.”

Pour une fois, Klbkch ne parut pas savoir quoi répondre. Erin le regarda. Il était comme avant, mais en différent.

“C’est quoi, ce nouveau corps ? Des améliorations ?”

Il acquiesça.

“Le rôle de Prognugator n’a jamais été prévu pour des actions spécialisées. De plus, on pensait que la forme Ouvrière permettrait au Prognugator de se fondre dans la foule pour réduire les probabilités d’assassinat en temps de guerre. Cette nouvelle forme va grandement améliorer mes capacités.”

“Deux bras valent mieux que quatre ?”

“Oui. Je suis plus rapide, plus mobile, et je possède plusieurs modifications dans mon corps qui ne sont pas incorporés dans les autres Antiniums. Le vieux design de quatre bras était inefficace. Ce nouveau corps me servira mieux.”

“Toujours plus haut, toujours plus loin, toujours plus fort, hein ?”

“C’est correct dans les grandes lignes, oui.”

“Okay.”

Klbkch la dévisageait. Erin le savait, même s’il n’avait pas des pupilles pour la suivre. Il ne l’avait jamais vraiment laissée quitter son champ de vision depuis cette nuit-là. Elle était tellement fatiguée.

“Merci de m’avoir sauvée. Vraiment.”

“Ce n’était rien.”

“C’était quelque chose.”

“Oui.”

Elle le regarda. Toujours le même. Puis elle regarda son auberge. Elle regarda le bois fendu, les marques de violences, et l’endroit où un Ouvrier nommé Cavalier était mort. Elle regarda les morts et les Soldats. Elle se souvint d’une demi-Elfe, d’un Minotaure, d’un Drakéide obsédé par les échecs, et d’un tas de visages souriants.

Klbkch vit Erin se plier en deux et tomber en arrière. Il tenta de l’attraper, mais elle rebondit sur l’herbe douce.

“Miss Solstice. Allez-vous bien ?”

Erin sourit d’un air vide tandis que Klbkch la dévisageait d’un air inquiet. Elle leva une main et la laissa retomber.

“Je vais juste rester allongée un moment.”

Elle resta étendue dans l’herbe piétinée tandis que les Gobelins festoyaient, écoutant les morts brûler.

Erin pleura.



***

Durant la nuit du deuxième jour, Ryoka trouva les Gnolls morts. Ils étaient étendus là où ils étaient tombés. Huit guerriers armés de lances, d’arcs et, dans un cas, d’un fléau d’arme. Chacun avait été décapité d’un seul coup.

Elle regarda fixement les cadavres pendant un long moment. Ils étaient déjà en train de pourrir et les mouches vertes lumineuses rampaient sur leurs blessures ? Elle ne pouvait rien faire pour eux, mais Ryoka resta quand même un moment avant de reprendre sa course.

Elle savait qu’elle était suivie, mais à chaque fois qu’elle tournait la tête, elle ne voyait rien.


***

Selys était assise à la Guilde des Aventuriers, en train d’écouter Zevara se disputer avec la maîtresse de guilde. Elle regardait d’un air rêveur son poignet enrubanné, et sentait les coupures fraîches sur ses jambes et son torse la brûler et la démanger.

Même après une journée entière, Liscor était silencieuse. Les rues étaient toujours bondées, et les gens continuaient de parler. Mais c’était un endroit différent à présent. La mort et la destruction avaient prélevé leur dû, et les gens étaient en deuil.

Mais ils avaient survécu. Ils étaient sortis plus forts de leurs épreuves. Selys était à présent une [Guerrière] et avait gagné plusieurs niveaux dans sa classe de [Chasseuse]. C’était une merveilleuse chose, surtout qu’elle n’avait pas gagné de niveaux depuis un mois.

Mais elle était encore fatiguée. Et la dispute qu’elle entendait de son bureau la dérangeait.

“Je veux que les humains qui ont relâché ces morts-vivants soient tenus pour responsables !”

C’était Zevara, la Capitaine de la Garde. Selys la connaissait, sinon en personne, au moins par réputation. Elle était une bonne meneuse, et elle avait sauvé un nombre incalculable de vies pendant la bataille contre les morts-vivants. Sa voix était rauque et elle toussait tous les deux mots à présent.

Le Rejet. Le Lignage. L’enfant des Dragons.

Selys pensa les mots, mais ne les dit pas à voix haute. Zevara avait craché du feu pour repousser les morts-vivants. Elle était une héroïne. Mais elle avait tort à ce sujet.

“Tous les aventuriers qui sont entrés sont morts. Seule une poignée est encore en vie, et ils ne sont pas en condition de payer qui que ce soit pour quoi que ce soit. Ils ont assez souffert. Laisse-les tranquille.”

Rétorqua la Maîtresse de Guilde de la Guilde des Aventuriers de Liscor, une vieille Drakéide avec des écailles d’un violet sombre et qui était également la grand-mère de Selys lorsque Zevara reprit son souffle. La Capitaine Drakéide toussa et fusilla la vieille, mais elle resta de marbre.

“Ils n’ont rien. Rien ne ressortira non plus de leur faire porter la faute. Le Conseil était bien content lorsqu’ils se sont portés volontaires pour explorer les Ruines. Cette catastrophe est aussi bien sur leurs queues que sur les nôtres.”

“Le Conseil veut désigner un responsable. Et si ce n’est pas les aventuriers, ce sera cette Guilde. À toi de choisir.”

Selys grimaça, mais sa grand-mère se contenta de soupirer.

“Quelle enfant têtue. Si tu veux vraiment insister… Selys !”

Selys sursauta et essaya d’agiter quelques papiers pour paraître occupée. Sa grand-mère haussa la voix.

“Emmène Zevara à la chef des aventuriers qu’elle tient tant à blâmer. Laisse-là exposer ses arguments là-bas.”

Ce n’était clairement pas ce à quoi Zevara s’était attendue. La grande Drakéide hésita lorsque Selys pointa sa tête au détour du couloir.

“Hum. Salut. Suivez-moi, Capitaine de la Garde.”

Elle emmena Zevara au fond du couloir, dans la zone de la Guilde réservée pour les aventuriers blessés. Comme le reste du bâtiment, c’était petit, juste assez large pour soigner un aventurier à la fois. Et il y avait quelqu’un dedans.

Selys ouvrit doucement la porte. Zevara retint sa respiration lorsque la porte s’ouvrit pour dévoiler son unique occupante.

L’humaine était assise sur le lit blanc, regardant d’un œil vide à travers l’unique fenêtre. C’était une belle journée, le ciel de Liscor était dégagé. Un peu froid, comme on était en hiver, mais l’hiver n’était pas encore arrivé et Yvlon Byres n’avait cure de la température.

Elle ne prêtait pas attention à quoi que ce soit, en fait.

La moitié de la peau de son visage avait été déchiré. Ses longs cheveux blonds étaient en piteux état, sa peau pâle était recouverte de coupures et de cloques. Elle restait assise là ; son regard vide tourné vers la fenêtre, vacant.

Son armure avait été réduite en lambeaux lorsqu’ils l’en avaient extirpée. Même maintenant, Selys se souvenait des cris de la femme. Mais à présent elle était silencieuse. C’était un peu mieux.

“Humaine.”

Yvlon ne bougea pas. Elle ne cilla pas. Zevara l’appela plusieurs fois, mais Yvlon demeura de marbre. La Capitaine de la Garde hésita.

“Si tu veux aller essayer de la secouer, je te conseille d’abandonner. Elle ne répond pas.”

Zevara se tourna vers la vieille Drakéide pendant que Selys remontait l’oreiller d’Yvlon, en essayant d’éviter de toucher l’humaine. Elle évita également son regarda vacant tandis que Zevara et sa grand-mère chuchotaient.

“Elle n’a pas de sous, ni rien. Tout ce qu’elle possédait a été perdu dans les ruines. Ses camarades, sa fierté, sa santé… que vas-tu donc lui prendre d’autre, ma bonne Capitaine ?”

Zevara fusilla du regard la Drakéide plus âgée, les lèvres serrées, la queue battant contre le sol.

“Quelqu’un doit payer.”

“Quelqu’un doit payer, en effet. Mais je ne pense pas qu’elle ou aucun des aventuriers a assez d’argent pour rembourser les coûts.”

Zevara se retourna vers Yvlon. L’aventurière était assise, silencieuse, dans son lit, le dos droit, les mains croisées. Le visage couvert de cicatrices.

La Capitaine de la Garde secoua la tête. Elle avait un million de choses à faire. Relc était en train de patrouiller pour dénicher les derniers morts-vivants tandis que le reste des gardes reconstruisait la cité. Elle devait faire la liste des morts et des blessés, se concentrer sur la reconstruction de la ville, présenter le problème des Antiniums au Conseil.

Elle tourna sur ses talons. Il était inutile de rester ici à se disputer avec une Drakéide de trois fois son âge. Zevara partit d’un pas lourd et ne tourna la tête qu’une seule fois.

Yvlon regardait le ciel bleu, à quelques pas d’elle et pourtant à des milliers de miles. Zevara regarda dans ses yeux vides et s’en alla.

***

Le troisième jour, Ryoka rencontra une femme étrange avec un gros œil et une lame courbe qui connaissait son nom. Elle ne dit rien et poursuivit sa course. L’étrange aventurière souriante s’effaça au loin derrière elle et Ryoka se demanda si c’était elle qui avait tué les Gnolls.

Elle poursuivit sa course, réfléchissant à ce qu’elle allait dire et à comment elle allait s’excuser. Elle dormit cette nuit-là, anxieuse. Attendant de rentrer et de tout régler.



***

Toren était assis sur le toit de l’auberge, regardant tout et rien à la fois. Sous lui, Erin frappait le mur avec un marteau, recouvrant les fenêtres brisées avec des planches. Elle lui avait interdit d’aider la deuxième fois où il avait fait un trou dans le mur.

Il n’avait pas fait exprès. Mais d’un certain côté, si.  Une partie de Toren savait que c’était le seul moyen d’avoir une pause. Et il avait voulu faire une pause. Pour la première fois de sa vie, Toren voulait se poser et réfléchir.

Le squelette était assis sur le toit et regardait les plaines vides. D’ici, il pouvait voir Liscor au loin. La cité paraissait indemne d’ici, et elle se reconstruisait rapidement, d’après Erin. Mais tout comme la zone autour de l’auberge, des traces de la bataille y étaient encore gravées.

La bataille. Toren se rappelait encore Écorcheur, se rappelait encore les ennemis innombrables et la seule joie pure de la bataille couplée au besoin de garder Erin en sécurité. Ça avait été glorieux, libérateur.

Et beaucoup trop court.

C’était quelque chose de curieux. Il avait gagné des niveaux, et en faisant cela, était devenu quelque chose de plus. Plus… lui-même. Il pouvait réfléchir, agir, ressentir à un niveau dont il n’avait pas été capable avant.

Niveau 11.

C’était ce qu’il était. Cela faisait… huit niveaux ? Oui, un bond immense. Mais il avait durement gagné chacun d’entre eux. Et la partie de Toren qui pensait et se souvenait se demandait si c’était parce qu’il avait blessé si gravement la créature voleuse de chair. Ça, et l’innombrable nombre de ses pairs qu’il avait pourfendus.

Il se demandait combien de niveaux la petite Gobeline avait gagnés. Combien de niveaux sa tribu avait gagnés. C’était sans importance, et pourtant c’était important. Pourquoi devait-il se soucier des niveaux d’un Gobelin ? Si elle ne représentait pas une menace, cela n’avait aucun sens.

Mais une partie de Toren se demandait. Et c’était cette partie-là qui s’était réveillée après la bataille, lorsqu’il avait gagné ces niveaux. Il avait commencé à réfléchir, et c’était déjà un mystère en soi. Un mystère bienvenu, certes, mais qui restait frustrant.

À présent, il pouvait se demander pourquoi il obéissait. À présent, il pouvait songer à Erin en tant que personne, pas seulement en tant que maître. À présent il pouvait se demander…

La gemme rouge tournait dans ses mains squelettiques. Toren pouvait sentir la magie contenue à l’intérieur. Il l’avait prise à la créature de peau, la lui avait arrachée. Elle contenait une magie puissante. Elle était pleine de peur ; il comprenait au moins cela. Mais comment pouvait-il l’utiliser ? Devait-il l’utiliser ? Devait-il la donner à Erin ?

Non. Oui. Peut-être. Ce n’était plus si simple à présent. Toren étudia la gemme. Elle était rouge, un rouge plus sombre que le pourpre. Le rouge du sang séché et de la mort. Il l’avait prise au cadavre ; il ne savait pas où était passée sa jumelle. Mais il n’avait besoin que d’une.

Besoin… pour quoi faire, exactement ? Toren n’en était pas sûr. Mais il commençait à comprendre. Quelque chose l’appelait. Il ne savait pas encore quoi, mais il finirait par le savoir. S’il avait plus de niveaux, il comprendrait mieux. Et lorsqu’il comprendrait, peut-être qu’il réfléchirait plus. Peut-être qu’il se poserait plus de questions. Et lorsqu’il aura suffisamment de niveaux…

Hey Toren ! Ramène tes fesses osseuses ici et aide-moi à soulever ce truc !”

Une voix l’appelait en bas. Celle de son maître. Ou de sa maîtresse ? Il avait eu un maître, avant. Le mage nommé Pisces. Mais il n’était plus un maître. Erin était-elle un maître ? Ou une maîtresse ? Ou est-ce qu’elle n’était rien de tout ça ? Encore une question.

Il en avait tant. Mais pas assez de temps pour y réfléchir, et Erin recommençait à crier.

Toren se leva sans soupirer. Les squelettes ne soupiraient pas. Mais il regarda l’œil rouge pourpre dans sa main. Elle n’en voudrait pas. Elle le jetterait. Par conséquent, il avait pensé à une solution.

Précautionneusement, très précautionneusement, il ouvrit la bouche et y plaça la gemme. C’était très simple. Un peu de goudron collant qu’on utilisait pour réparer le toit de l’auberge et il pouvait stocker la pierre dans le creux de son crâne, là où le cerveau était normalement entreposé. De cette manière, personne ne la verrait.

C’était la partie [Tacticienne] qui le lui avait suggéré, et le reste de lui était d’accord. Toren s’assura que la gemme était en sûreté et bien ancrée avant de sauter du toit. Il était plus fort à présent, c’était évident. Assez fort pour aider Erin à mettre les planches de bois en place et les tenir tandis qu’il plantait dangereusement des clous dedans.

Plus fort, oui, et plus conscient. Mais qu’est-ce que cela amènerait ? Qu’allait-il devenir ?

Pour la première fois de sa vie, Toren se posait ces questions. Et pour la première fois de sa vie, il était curieux d’en connaître les réponses.

Un éclair pourpre traversa les flammes bleues de ses yeux. Pendant un bref instant seulement.

***

La journée continua son cours, et avec elle se passèrent beaucoup de choses importantes. Tout comme la veille, et le jour avant cela. C’étaient sûrement des choses importantes, car chaque personne qui les expérimentaient se considéraient comme des personnes importantes.

Dans sa cachette dans les plaines. Pisces traîna un autre cadavre qu’il avait réussi à tirer des flammes purifiantes. L’effort pour les amener jusqu’ici était important, mais en valait la peine. Il posa le corps décapité de la goule contre un mur et étudia le Seigneur des Cryptes qui occupait la plus grande partie de la caverne de terre. Il sourit avec une joie non feinte, comme un enfant pourrait le faire avant d’ouvrir un cadeau.

Une jeune humaine, une voleuse, était accroupie dans une ruelle, se demandant où elle allait pouvoir chaparder ensuite. Les morts-vivants auraient pu tuer tous les lézards dégoûtants et les hybrides poilus de la ville, cela ne l’aurait pas dérangée. Elle était affamée, seule, et désespérée.

Loin au nord, Magnolia parlait dans les airs. Elle accablait ou peut-être se disputait avec quelqu’un d’invisible. Son interlocuteur grondait alors qu’elle le fustigeait.  Teriarch bouda et Magnolia se mit à étudier une carte du continent septentrional, puis une carte du monde. Elle réfléchit, se tapotant les lèvres d’un doigt et le sol d’un pied.

Relc patrouillait la ville, Ksmvr s’agenouillait en tremblait devant sa Reine courroucée. Garia faisait ses livraisons, se demandant où son amie était partie. Et plus encore. D’autres gens continuaient à vivre leur vie et façonner le monde à plus ou moins grande échelle.

Mais une fille courait dans l’herbe, fatiguée, épuisée. Elle avait couru pendant quatre jours, retraçant ses pas à travers l’herbe, au nord, sur les routes rarement utilisées des Plaines Sanglantes. Elle était partie en colère et désespérée. Et le quatrième jour, elle arriva enfin à destination.

***

Le quatrième jour, Ryoka revint à Liscor. Là, elle s’arrêta et contempla la ville un long moment. Elle vagabonda dans les rues et sentit l’odeur de chair brûlée, passa devant des maisons détruites, et entendit ceux qui pleuraient leurs morts. Elle esquiva des pierres et des ordures qu’on lui jetait, ainsi qu’autres autres humains, et arriva à la Guilde des Aventuriers.

Elle demanda si on savait où étaient ses amis. Elle demanda ce qu’il était advenu de Ceria et Calruz et Gerial et Sostrom. Elle écouta, et sentit le monde s’effondrer.

La Drakéide à la réception l’emmena dans une petite chambre avec un petit lit. Elle ouvrit la porte et Ryoka s’assit à côté d’Yvlon pendant un moment. Les yeux de l’autre fille étaient vacants et elle grattait la chair torturée de son visage.

Au bout d’un moment, Ryoka se leva. Yvlon ne lui prêta aucune attention. La fille sortit de la guilde puis de la ville. Elle alla jusqu’aux Ruines et vit que l’entrée avait été barricadée ? Vingt hommes-fourmis géants se dressaient devant un mur de terre, bloquant l’entrée.

Elle les regarda jusqu’à ce qu’elle ne puisse plus supporter cette vision. Ryoka quitta les ruines et traversa les hautes herbes devant Liscor. Elle marcha jusqu’à se perdre dans les herbes, marchant, marchant sans but.

Ryoka ne remarqua pas le Gobelin qui se dressa dans l’herbe avec ses compagnons pour la suivre. Elle ne remarqua pas non plus l’énorme pierre qui s’avança lentement vers elle. Elle poursuivit sa marche, contemplant le ciel.

Elle ne pleura pas. Elle ne poussa pas de cris de colère. Elle était vide. Le vide devint elle.

La culpabilité et le chagrin étaient l’air qu’elle respirait. La mort marchait à ses côtés et murmurait à son oreille. Ryoka marcha, et ne réfléchit que très peu.

Quand elle fut incapable de continuer, Ryoka s’arrêta. Le Gobelin tira un couteau aiguisé de sa ceinture et la pierre mobile s’avança doucement vers l’humaine et les gobelins, sans se faire remarquer.

Ryoka prit une grande inspiration. Elle se dressa sur les plaines et hurla. Les Gobelins recouvrirent leurs oreilles. Le rocher mouvant sursauta et battit en retraite.

De gros oiseaux aux ailes de cuir surgirent de l’herbe, paniqués. Ils s’envolèrent au loin tandis que les Gobelins s’enfuyaient et que le Crabroche prenait ses pattes à son cou. Le son perça les airs, voyagea sur des kilomètres, fit lever les yeux des voyageurs vers le ciel.

Ryoka hurla jusqu’à en perdre la voix. Elle se mit à violemment assener des coups de poings au sol, s’arracha les cheveux. Elle hurla et hurla jusqu’à ce que son corps n’en soit plus capable.

Alors Ryoka s’arrêta.

Sa gorge était à vif et elle toussa et sentit le goût du sang. Ryoka fut obligée de boire une gorgée d’une des potions de soin qu’elle avait achetées avant de pouvoir de nouveau respirer sans être à l’agonie.

Elle reprit sa marche, désespérée. Ryoka trébucha sur un caillou et s’étala tête la première au sol. Elle resta allongée là un instant. Vide.

Au bout d’un moment, son estomac gargouilla. Ryoka l’ignora.

Elle resta étendue sur le sol, le maudissant. Elle maudit le ciel bleu et les citoyens de Liscor et les aventuriers. Elle maudit les morts-vivants, le monstre qui avait tué ses amis. Elle maudit les dieux morts, ceux qu’elle avait connus, le monde dans lequel elle vivait à présent et celui dont elle était venue. Elle maudit tout et tous, et elle se maudit elle-même en particulier.

Au bout d’un moment, son estomac gargouilla de nouveau. Cette fois-ci, Ryoka l’écouta et s’assit.

Elle se frotta le visage avec une poignée d’herbe et regarda autour d’elle. C’était le soir. Elle était affamée, et perdue. Mais lorsqu’elle regarda en direction de Liscor, elle vit un bâtiment sur une colline. Lorsque Ryoka s’approcha, elle vit qu’il s’agissait d’une auberge.

Comme la ville, elle avait été touchée par la mort et la bataille. L’auberge était craquelée par endroits, brisée par ailleurs. Le sol était retourné par endroits, la terre soulevée et l’herbe piétinée. La latrines de l’autre côté avaient été à moitié écrasées.

Tout avait été retapé à la va-vite. Ryoka regarda les planches maladroitement clouées ensembles. Elles indiquaient des signes de vie, et elle avait faim.

Elle regarda l’enseigne au-dessus de l’auberge.

L’Auberge Vagabonde. Comme le reste du bâtiment, les mots étaient écorchés par endroits, et du sang vert avait séché sur une partie.

Et pourtant, l’auberge était toujours debout. Elle attirait Ryoka, bien qu’elle fût incapable de dire pourquoi. C’était là un endroit où se reposer. Un endroit où manger, peut-être. Ou peut-être simplement un endroit où attendre que la douleur s’en aille.

Ça irait bien.

Ryoka posa la main sur la porte et hésita. Elle regarda le bâtiment à moitié en ruines. Puis elle se détourna.

Pas ici. Pas tout de suite. Son cœur lui faisait encore trop mal pour parler, et encore moins affronter la vie mondaine. Ryoka se tourna, ignorant les appels de son estomac. Elle était vide.

Elle descendit la pente, avec aucune idée de sa destination. Peut-être le nord. Peut-être nulle part. Elle devait juste courir. Courir, et courir encore.

Parce qu’il n’y avait plus rien qui vaille la peine de s’arrêter.

Ryoka prit son iPhone et l’alluma. Elle se mit à marcher, puis à courir à petites foulées. Elle fit dix pas avant d’être perturbée par un son.

Son téléphone se mit à sonner. Ryoka le regarda fixement. Lentement, elle tapota le bouton vert lumineux et leva son téléphone à son oreille.

“... Allô ?”







Fin du Tome 1











Note des traducteurs :

Et coupé ! Le premier livre est terminé, c'était toute une aventure. Ce qui avait commencé en tant que projet Erasmus à continué pour devenir autre chose qui ne fait que commencer ! Car oui, Ellie et moi avons décidé de continuer la traduction et de reprendre avec le livre 2 ! La suite viendra dans relativement peu de temps, mais avec un rythme réduit durant les grandes vacances pour reprendre à la rentrée !

Cet été sera consacré aux dernières touches du premier tome (tournures de phrase, termes particuliers, RELECTURE), surtout n'hésitez pas à discuter de comment vous avez trouvé ce premier livre!

Et encore une fois, un grand merci à Pirateaba pour avoir permis l'existence de ce projet! Les choses ne font que commencer  :)

Hors ligne EllieVia

  • Plumelette
  • Messages: 7
Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
« Réponse #71 le: 11 juillet 2020 à 19:55:12 »
Interlude

Traduit par EllieVia

[L’utilisateur Rose a rejoint la conversation]

[15 utilisateurs connectés]

 

[Carapuce344]
- Lol. Encore une !

 
[BlackMage] - Rose, bienvenue. Content que tu aies pu rejoindre la conversation.

 
[batman] - SALUT.

 
[Rose] - Okaaaaaaaaaaay. Un écran magique flottant. 0.0

 
[aragorn_479] - C’est la dernière à arriver depuis quelques minutes. On dirait que la plupart d’entre nous sont là donc est-ce qu’on commence ?
 

[plusUn] - qu’est-ce que c’est ?? comment c’est possible ?
 

[Guerrier Niveau12] - non mais grave ? Un écran flottant est apparu lorsque j’ai répondu au tel. j’ai failli mourir !
 

[Rose] - Est-ce que c’est une espèce de Skype ?
 

[aragorn_479] - Je dirais plus un forum magique. Je ne sais pas comment c’est possible, par contre.

 
[BlackMage] - Oui, je vais peut-être commencer alors. Je suis, euh, celui qui a monté ça. On est tous connectés par magie.

 
[Carapuce344] - fake
 

[50fiftycents] - non c’est vrai je peux détecter la magie avec ma compétence

 
[doubleTrouble_53] - Ça reste impossible. Comment ça marche ?
 
[batman] - iPhones = magie. duh. y a des sorciers chez apple.

 
[Groupe Américain] - Attendez, laissons parler BlackMage.

 
[BlackMage] - J’ai réussi à relier nos téléphones, mais ça demande BEAUCOUP de puissance magique pour le faire. Et je me disais qu’un gros tas de voix ce serait trop confus donc j’ai fait un forum.

 
[doubleTrouble_53] - Combien de puissance ?
 
[batman] - plus de 9000 lol.

 
[BlackMage] - J’espère qu’on peut utiliser ce système comme moyen de communiquer et d’essayer de comprendre ce qu’il se passe ici.

 
[Loran Grimnar] - Pas beaucoup de monde ici. Est-ce que c’est à cause de la distance ?
 
[BlackMage] - Ça ne devrait pas poser de problème.

 
[aragorn_479] - Peut-être que ça ne marche qu’avec les iPhones ?

 
[ayan] - tout le monde est mort. on est les seuls survivants !

 
[50fiftycents] - on s’en branle de ceux qui ont des Android. C’est leur problème.

 
[asdf] - envoyez de l’aide svp !
 

[Groupe Américain] - On se calme, essayons de comprendre ce qu’il se passe. Si on tape tous en même temps personne ne comprendra quoi que ce soit.

 
[ayan] - et qui a dit que c’était toi le chef ?

 
[BlackMage] - Je pense qu’il a raison. On devrait commencer par les bases.

 
[Rose] - Quelles bases ? Je suis dans une forêt AU MILIEU DE NULLE PART. Je n’ai vu personne d’autre que des monstres depuis des JOURS !

 
[asdf] - sos

 
[aragorn_479]- Quoi, sérieux ? Je suis dans une ville en ce moment avec d’autres gens qui ont été téléportés avec moi.

 
[BlackMage] - Vraiment ? Où donc ?
 

[Kent Scott] - Est-ce que tu connais le nom de la ville ?

 
[Groupe Américain] - ATTENDEZ. Commençons avec les informations de base. Où êtes-vous tous ?

 
[aragorn_479] - Je suis à la Guilde des Aventuriers de ma ville. Pentagost.

 
[Rose] - Je suis dans une forêt, comme je le disais. Je n’ai aucune idée d’où je suis.

 
[batman] - c’est un piège lol.

 
[doubleTrouble_53] - C’est pas un piège. Qu’est-ce qui te fait dire ça ?

 
[plusUn]- On s’en FOUT ! si tu arrives à nous envoyer un message, est-ce que tu peux nous ramener chez nous ?
 

[Carapuce344] - oh ptn oui stp !
 

[Guerrier Niveau12] - oui.

 
[asdf] - oui fais-le s’il te plaît !

 
[BlackMage] - Je ne peux pas faire ça. C’est tout ce que je peux faire. Je ne sais même pas ce qui nous a envoyé ici.
 

[50fiftycents] - merde

 
[Carapuce344] - je veux rentrer chez moi.

 
[Groupe Américain] - On peut pas faire grand-chose à ce sujet en ce moment. On devrait d’abord établir une liaison et partager des informations pour survivre en priorité?

 
[aragorn_479] - En ce cas, commençons avec les niveaux et les classes.
 

[ayan] - pourquoi ?

 
[aragorn_479] - C’est des bonnes infos à savoir. Je suis un [Ranger] niveau 16, d’ailleurs.
 

[Rose] - Classes ? Quoi ?

 
[BlackMage] - Pas mal. Je suis un [Ingénieur] niveau 11 en ce moment, et un [Mage] de niveau 8. C’est comme ça que j’ai pu organiser l’appel.

 
[Loran Grimnar] - Quoi ?? On peut devenir INGÉNIEUR ?
 

[BlackMage] - On dirait bien. J’ai démonté mon iPhone et d’autres objets connectés et c’est comme ça que j’ai eu la classe.

 
[doubleTrouble_53] - Whoa, des objets connectés ? T’as encore d’autres trucs ?

 
[batman] - t’auras kan la classe de [Technomage] ?

 
[Guerrier Niveau12] - Il y a une classe de [Technomage] ? On l’obtient comment ?

 
[plusUn] - il trolle juste. ignore-le.

 
[50fiftycents] - [Mage] niveau 10 de mon côté. La magie c’est TROP COOL !

 
[ayan] - je fuis depuis le début et vous vous tuez des monstres ??? voyageur niveau 4 commerçant niveau 1

 
[Groupe Américain] - Je suis un [Chevalier] de niveau 26. J’ai avec moi un [Assassin], un [Pyromancien], un [Dresseur], un [Tacticien], un [Pugiliste], etc… et un [Clown].

 
[Carapuce344] - koi
 

[aragorn_479] - sans dec
 

[doubleTrouble_53] - Vous avez une liste des classes ?
 

[Kent Scott] - Combien de gens sont avec toi ? Comment ils s’appellent ?
 

[plusUn] - impossible. tu peux pas être niv 26
 

[Groupe Américain] - si.
 

[batman] - je suis un [Dark Avenger]. niveau 999999.
 

[Guerrier Niveau12] - Impossible. Comment vous avez fait pour gagner autant de niveaux si vite ? Je tue des monstres tous les jours en tant qu’aventurier, et je ne suis qu’un [Guerrier] Niveau 12.

 
[Groupe Américain] - On dirait que notre sort d’invocation nous a tous un peu bénis. On a tous eu la classe de [Héros] quand on a été invoqués, mais à ma connaissance personne n’a réussi à avoir plus de 1 niveau dans la classe. On dirait que ça nous aide tous à gagner des niveaux plus vite.

 
[batman] - 1posibl. photos sinon fake
 

[BlackMage] - Des gens de mon côté me disent que personne n’a eu la classe de [Héros] depuis des siècles. C’est quel royaume ?
 

[Loran Grimnar] - Attends une seconde. Une minute. INVOQUÉS ???

 
[Groupe Américain] - Vous n’avez pas tous été invoqués ici ?
 

[aragorn_479] - Non.
 

[Carapuce344] - non.
 

[batman] - je suis l’élu.
 

[Loran Grimnar] - On est arrivés au milieu d’une tempête. La moitié d’entre nous sont TOMBÉS d’une falaise dès la première nuit !

 
[Rose] - Je me suis réveillée ici ! Aucune idée de ce qui a pu se passer !

 
[asdf] - aidez-moi s’il vous plaît !

 
[aragorn_479] - Je reviens sur le Niveau 26. Je suis ici depuis deux semaines. Bordel de merde, comment vous avez réussi à avoir autant de niveaux aussi vite ?
 

[Carapuce344] - pas de gros mots
 

[batman] - ta gueule pédé
 

[plusUn] - sérieux. est-ce qu’on peut te bloquer ?
 

[Loran Grimnar] - Deux semaines ? Je suis là depuis bien plus longtemps que ça !
 

[ayan] - attendez. je suis là depuis trois mois.
 

[50fiftycents] - QUOI
 

[BlackMage] - C’est important ! Quel est le dernier gros événement dont vous vous souvenez de notre monde ?

 
[ayan] - um. les élections ?

 
[BlackMage] - Elles ont déjà eu lieu ?

 
[ayan] - non, je veux dire qu’on est encore pendant les primaires. TRUMP vient d’être nominé pour les républicains.

 
[Loran Grimnar] - Une seconde. Les élections sont terminées. Depuis longtemps.

 
[Carapuce344] - Impossible.
 

[ayan] - tu mens
 

[Loran Grimnar] - Je suis sérieux. J’ai été enlevé juste après Noël.
 

[aragorn_479] - On dirait qu’il y a un gros écart temporel ici.
 

[Groupe Américain] - Attendez, si les élections sont finies, qui a gagné ?
 

[BlackMage] - Bah, Hillary.
 

[Rose] - Non. C’est Trump !
 

[plusUn] - oh sérieux putain oUIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII
 

[Guerrier Niveau12] - L’Amérique est perdue.
 

[ayan] - heureusement que je suis ici.
 

[50fiftycents] - la ferme ! Trump est 100000X mieux qu’Hillary la menteuse.
 

[ayan] - eeeeeeeeeeeet voilà les crétins qui débarquent. bonne chance j’espère que tu te feras bouffer par un monstre.

 
[plusUn] - allez vous faire foutre les libéraux
 

[Loran Grimnar] - ON S’EN FOUT ! C’EST PAS L’AMÉRIQUE ICI !!
 

[aragorn_479] - Je ne suis même pas Américain.
 

[Carapuce344] - koi
 

[ayan] - sérieux ?
 

[aragorn_479] - Ouaip. Je suis d’Australie. Et le reste d’entre vous ?
 

[plusUn] - t’as pas l’air australien
 

[aragorn_479] - Et si je te dis “mate”, ça te suffit ?
 

[Rose] - Qui écrit avec des accents ?
 

[batman] - raciste
 

[plusUn] - ta gueule
 

[doubleTrouble_53] - Angleterre pour moi.
 

[ayan] - KOIIIIIIIIIIIIIIIIIII
 

[Guerrier Niveau12] - Je croyais que tout le monde venait des États-Unis ! coucou les gens !

 
[Groupe Américain] - Je suis avec un groupe d’Américains. On vient de partout sur le continent, par contre.
 

[plusUn] - toi et ton “sort d’invocation” bien sûr

 
[Groupe Américain] - C’est pas un mensonge.
 

[Loran Grimnar] - Qui vient d’Amérique ? Moi.
 

[50fiftycents] - America ! FUCK YEAH !
 

[Rose] - Je viens de Californie.
 

[BlackMage] - Okay donc on vient d’un peu partout. Je viens aussi d’Amérique, d’ailleurs. Mais revenons à notre arrivée. Depuis combien de temps est-ce que vous êtes ici ?

 
[Loran Grimnar] - Peut-être quatre semaines ? Je ne sais plus trop à force.
 

[ayan] - soixante-dix-huit jours.
 

[batman] - depuis toujours
 

[plusUn] - un mois ? pas sûr
 

[Rose] - Une semaine.
 

[aragorn_479] - Wow. Sérieux ?
 

[Rose] - Ouaip, je viens d’arriver et je flippe.
 

[BlackMage] - Attendez, quelle est la dernière chose dont vous vous souveniez de chez nous ?

 
[Rose] - Hum. La dernière chose ? C’est très dur de se rappeler. Trump a banni tous les Musulmans, mais la cour judiciaire l’en a empêché. C’est le plus gros truc.
 

[ayan] - omg. Hitler de retour avec une perruque !
 

[50fiftycents] - ne sois pas stupide. le bannissement des musulmans aurait dû être fait depuis longtemps. Obama aurait dû le faire s’il n’était pas un traître
 

[Groupe Américain] - Je suis Musulman. Et plusieurs personnes de mon groupe aussi.
 

[batman] - OUCH
 

[50fiftycents] - je veux pas dire que tous les musulmans sont méchants. mais beaucoup d’entre vous sont des terroristes. il faut surtout protéger les Américains.

 
[ayan] - tellement raciste

 
[50fiftycents] - Va te faire foutre !
 

[aragorn_479] - On arrête TOUS avec la politique. On a encore beaucoup de trucs à dire.

 
[Kent Scott] - En effet. On devrait tous se rejoindre.
 

[plusUn] - où ?

 
[Guerrier Niveau12] - je dirais plutôt comment

 
[Kent Scott] - Je suis dans une ville bien protégée. Si on se retrouve tous là on sera en sécurité.

 
[plusUn] - oui svp !
 

[Rose] - Je ne sais pas où je suis.
 

[Kent Scott] - Dites-moi dans quelles villes vous êtes, ou quel continent.
 

[Groupe Américain] - Notre groupe est à Karas, une ville du Continent Maudit.
 

[BlackMage] - J’en ai entendu parler. C’est tout le temps la guerre là-bas, non ?
 

[Kent Scott] - Vous êtes où, le reste ?
 

[plusUn] - Je suis dans une ville qui s’appelle La Rencontre des Boucliers. Je ne sais rien de plus.

 
[batman] - c’est carrément un piege les gens
 

[asdf] - aidez-nous je ne sais pas où on est !!
 

[Loran Grimnar] - Ce n’est pas un piège. On essaie de se rejoindre.
 

[batman] - s est toi ki le dit. pourrait être un piege
 

[plusUn] - c’est quoi ton ptn de problème ? On doit se serrer les coudes.
 

[batman] - vous pourriez tous être des fakes
 

[Loran Grimnar] - Des fakes ? Tu penses à quoi bordel ?
 

[BlackMage] - Il y a plusieurs continents sur cette planète, et c’est IMMENSE. Je ne suis pas sûr qu’on puisse tous se retrouver facilement même en sachant où sont les gens.

 
[Groupe Américain] - Je suis d’accord. Il y a plein de monstres extrêmement dangereux là où on est. Pas un lieu sûr.
 

[Kent Scott] - Dites-moi où vous êtes, tous.
 

[asdf] - aidez-nous s’il vous plaît !!!!!!
 

[Loran Grimnar] - C’est tellement le merdier.
 

[Groupe Américain] - Essayons de s’organiser. On devrait commencer par une description courte de tout le monde. Écrivez votre nom, lieu, classes, etc.

 
[Kent Scott] - C’est une bonne idée.
 

[asdf] - SOS
 

[ayan] - tellement chiant ça !
 

[Loran Grimnar] - Est-ce que tu peux ARRÊTER ? On essaie de communiquer là.
 

[asdf] - SOS SOS
 

[asdf] - SOS
 

[asdf] - SOS
 

[batman] - asdghhhASDaj
 

[Loran Grimnar] - STOP.
 

[asdf] - aidez-nous svp !!! on a besoin d’aide !
 

[Loran Grimnar] - Pourquoi avez-vous besoin d'aide ? ON A TOUS BESOIN D’AIDE.
 

[asdf] - sauvez-nous on est en train de mourir
 

[Loran Grimnar] - quoi sérieux ?
 

[asdf] - des monstres partout on a besoin d’aide !!
 

[Groupe Américain] - Vous êtes en train de vous faire attaquer en ce moment ?
 

[plusUn] - omg.
 

[asdf] - pas tout de suite mais ils vont REVENIR
 

[asdf] - ils sortent de terre. Ils vivent là-dessous.
 

[Groupe Américain] - Où ? Est-ce que tu sais où vous êtes ? Quel pays ?
 

[Guerrier Niveau12] - quel continent plutôt. Combien d’endroits il y a ici ?
 

[asdf] - je ne sais pas mais on a besoin d’AIDE !
 

[aragorn-479] - On ne peut pas t’aider à moins de savoir où tu es.
 

[ayan] - si c’est trop loin comment vous allez y aller ?
 

[asdf] - svp…
 

[Groupe Américain] - Je suis désolé. Est-ce que vous pouvez vous cacher quelque part ?

 
[asdf] - venez s’il vous plaît

 
[aragorn_479] - Est-ce que tu peux nous décrire les monstres ? Je suis avec des
aventuriers. Ils peuvent vous donner des astuces pour les combattre.
 

[asdf] - commENT ?????? ON N’A PAS D’ARMES
 

[aragorn_479] - Bordel.
 

[Kent Scott] - Décris-nous où tu es.
 

[batman] - Pour sortir de la simulation, veuillez taper “EXIT” sans les guillemets dans le forum et envoyer. Une aide virtuelle vous sera envoyée dans quelques instants pour commencer le processus d’extraction.
 

[50fiftycents] - EXIT
 

[plusUn] - exit
 

[ayan] - EXIT
 

[aragorn_479] - Connard de troll.
 

[plusUn] - EXIT
 

[Guerrier Niveau12] - EXIT
 

[asdf] - EXIT s’il vous plaît tout de suite svp
 

[batman] - ...lol
 

[plusUn] - VA TE FAIRE FOUTRE
 

[Loran Grimnar] - Doux Jésus. Est-ce qu’on peut virer batman du forum ? Ou au moins le mettre en mute ou quelque chose ?

 
[BlackMage] - Désolé. Le système n’est pas conçu comme ça.

 
[Prophète] - Ne prononce pas le nom du Seigneur en vain.

 
[batman] - koi ? lol

 
[aragorn_479] - Sérieusement batman, si tu ne peux pas contribuer, au moins tais-toi.
 

[Loran Grimnar] - Je suis d’accord.
 

[Carapuce344] - carrément. ferme ta putain de gueule
 

[batman] - vous êtes tous des haters. vous savez rien
 

[asdf] - AIDEZ-NOUS S’IL VOUS PLAÎT IL FAUT NOUS AIDER !!!
 

[Prophète] - Priez pour le Salut et Sa main vous protégera.
 

[Loran Grimnar] - ...Et maintenant les fous sont de la partie. Merveilleux.
 

[Guerrier Niveau12] - mec, ferme-là. On n’a pas besoin de deux mondes avec tes conneries.

 
[Prophète] - Tous ceux qui prient seront Sauvés par le Seigneur notre Dieu.

 
[Kent Scott] - Il faut qu’on se concentre. Dites-nous vos noms. Prénom et nom.

 
[Carapuce344] - pk ?

 
[aragorn_479] - Zara Walker.

 
[plusUn] - caren glover

 
[50fiftycents] - Ridley Wallis

 
[ayan] - Thompson Green

 
[batman] - Bruce Wayne

 
[BlackMage] - Ce n’est pas là-dessus qu’on devrait se concentrer.

 
[Groupe Américain] - Je suis d’accord. On devrait partager des informations. Des astuces de survie. Vous avez des choses à partager ?
 

[ayan] - comment on fait de la magie ?
 

[batman] - avec une baguette. duh
 

[plusUn] - ferme-la
 

[BlackMage] - Il faut être activé. Tout le monde n’a pas le potentiel pour faire de la magie, mais un autre magicien doit te tester.

 
[aragorn_479] - Des trucs importants ? On dirait qu’acquérir des niveaux dans ce monde se fait par l’adversité, pas la répétition ?
 

[50fiftycents] - quoi ? EN ANGLAIS
 

[Loran Grimnar] - Elle veut dire qu’on ne peut pas grinder. Mais est-ce que c’est vrai ?
 

[aragorn_479] - On dirait oui. Plus il y a du défi, plus j’ai gagné des niveaux rapidement.

 
[Groupe Américain] - Je confirme.
 

[plusUn] - chelou. Y a moyen de détourner le système ?
 

[Loran Grimnar] - Si on pouvait, ce serait incroyable.


[Utilisateur s a rejoint la conversation]
 
[16 utilisateurs connectés]


[plusUn]
- oh hey encore un !
 

[Groupe Américain] - Bienvenue s.
 

[Guerrier Niveau12] - je sais comment détourner le système. les classes multiples. plus on en a, et plus on a de compétences !
 

[Loran Grimnar] - Avoir de nouvelles classes est difficile. Je n’en ai pas plus de 3.
 

[aragorn_479] - C’est tellement le bazar. On peut diviser le forum ou pas ?
 

[BlackMage] - Désolé, c’est le maximum que je puisse faire.
 

[Kent Scott] - s, quels sont ton nom et ton prénom ? D’où viens-tu ?
 

- ?
 

[ayan] - koi
 

[batman] - looool
 

- Je peux lire un peu. Pouvoir traduire mon langue ?? क्या आप हिन्दी बोलते हैं ?
 

[ayan] - omg c’est quoi ce bordel ?
 

[Loran Grimnar] - C’est une langue du moyen-orient je dirais. Est-ce que quelqu’un peut la lire ?

 
[batman] - moi oui.
 

[plusUn] - tu dis de la merde
 

[BlackMage] - Attendez, je crois que je peux utiliser Google Traduction.
 

[ayan] - hors ligne ???
 

[Loran Grimnar] - Tu as l’appli ? TROP COOL !
 

[batman] - खतरे यहाँ है बात नहीं करते नकली व्यक्ति यहाँ है connard
 

[Loran Grimnar] - Qu’est-ce que batman vient de dire ?
 


[Utilisateur s s’est déconnecté]
 
[15 utilisateurs connectés]
 

[plusUn]
- OMG ESPÈCE DE CONNARD
 

[ayan] - t’as écrit quoi ptn ?
 

[batman] - haha rekt !
 

[BlackMage] - je viens de traduire ça. batman, je te préviens. Si tu continues à agir comme ça, tu ne seras PAS réinvité pour les prochains appels.

 
[batman] - पसंदीदा फिल्म पूछें va te faire foutre.

 
[plusUn] - omg ferme ta gueule !
 

[ayan] - pitié dites-moi qu’on peut donner des coups de pieds à batman
 

[Guerrier Niveau12] - tout devient clair. c’est un random type qui ne connaît pas l’anglais et qui trolle.

 
[Loran Grimnar] - Bodel. Est-ce qu’on peut rester CONCENTRÉS une seconde ?
 

[Kent Scott] - Je suis d’accord.
 

[BlackMage] - En fait, j’ai une meilleure idée. Tout le monde, dites le titre d’un de vos films préférés. C’est très important. Moi, c’était le quatrième Harry Potter.
 

[ayan] - koi ?
 

[50fiftycents] - t’es taré ?
 

[Rose] - ???
 

[Groupe Américain] - Faites ce qu’il dit. Le Seigneur des Anneaux.
 

[aragorn_479] - Sérieux. Arrêtez de poser des questions. J’aimais bien Red Dog quand j’étais petite.

 
[ayan] - hum okay, Spiderman.

 
[jumeauFléan_53] - Princess Bride.

 
[asdf] - pk ? Star Wars III.
 

[Loran Grimnar] - Star Trek II :  La Colère de Khan.
 

[Rose] - Interstellar ? Pas mon préféré préféré mais…
 

[50fiftycents] - alien. Meilleur film du monde.
 

[plusUn] - independence day ou godzilla
 

[Carapuce344] - Naruto : La voie du ninja !
 

[Guerrier Niveau12] - Retour vers le Futur
 

[batman] - BATMAN ! THE DARK NIGHT BITCHES !
 

[plusUn] - tout ce que tu dis me donne l’impression d’avoir le cancer. Matrix.
 

[Kent Scott] - Spiderman était également mon film préféré.
 

[BlackMage] - Prophète ?
 

[Prophète] - La seule Vérité est la volonté de Dieu, pas les plaisirs mortels.
 

[Groupe Américain] - On a besoin de savoir.
 

[aragorn_479] - Dis-nous.
 

[Prophète] - Avant d’entendre sa Voix et de Renaître je regardais des films tels que les Dix Commandements. Est-ce ce que vous désirez savoir ?

 
[BlackMage] - Oui, merci.
 

[Groupe Américain] - Je vois.
 

[aragorn_479] - Compris.
 

[ayan] - vous parlez de quoi ptn ?
 

[BlackMage] - Hey Kent Scott, question rapide. Quel est le vrai nom de Spiderman ?
 

[plusUn] - quoi ?
 

[ayan] - t’es srx là ?
 

[aragorn_479] - Que personne d’autre ne réponde.
 

[Kent Scott] - Très intelligent.
 

[Loran Grimnar] - Qu’est-ce qu’il se passe ?
 

[BlackMage] - Qui que soit “Kent Scott”, il n’est pas de notre monde. Comment as-tu eu cet iPhone ?

 
[ayan] - omg

 
[batman] - spamm !
 

[aragorn_479] - Qui es-tu ?
 

[Kent Scott] - J’ai trouvé cet appareil par accident.
 

[aragorn_479] - Tu dis de la merde. Comment as-tu trouvé le mot de passe ?
 

[Guerrier Niveau12] - putain c’est vrai ça
 

[Kent Scott] - Hahaha. Bien joué.
 

[Groupe Américain] - Est-ce que tu as tué le vrai Kent Scott ?
 

[BlackMage] - LES GENS. Le mage avec qui je suis me dit que votre NOM et PRÉNOM peuvent avoir été utilisés pour vous scruter ! Il sait où vous êtes et à quoi vous ressemblez !

 
[ayan] - omg omg omg

 
[50fiftycents] - MERDE.
 

[Loran Grimnar] - Est-ce que c’est toi qui a fait tout ça ? QUI ES-TU ?
 

[Kent Scott] - Un seul groupe pourrait réussir à faire un sortilège qui atteigne l’autre bout du monde. Toi, BlackMage, es à l’Académie Wistram.

 
[BlackMage] - Tout le monde, déconnectez-vous tout de suite. Ce n’est pas sécurisé.

 
[plusUn] - mais on a besoin d’aide !

 
[asdf] - Aidez-nous S’IL VOUS PLAÎT ! ON VA MOURIR !!!!!!!!!!

 
[Groupe Américain] - On ne peut rien faire pour le moment. NE RÉPONDEZ PLUS AUX APPELS. Tous ceux qui ont dit leurs noms, soyez PRUDENTS.
 

[BlackMage] - Déconnectez-vous MAINTENANT. Quelqu’un essaie de prendre le relai sur le sort en ce moment même !



[Utilisateur BlackMage s’est déconnecté]
 
[14 Utilisateurs connectés]


[Utilisateur batman s’est déconnecté]
 
[13 Utilisateurs connectés]


[Utilisateur Guerrier Niveau12 s’est déconnecté]
 
[12 Utilisateurs connectés]



[Utilisateur 50fiftycents s’est déconnecté]
 
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- Je ne vous veux aucun mal. Je vais vous protéger.
 

[asdf] - aidez-nous s’il vous plaît
 

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- Eh bien eh bien. Que c’est ennuyeux. Est-ce que je peux te persuader de rester, doubleTrouble_53 ? Je ne te veux aucun mal.
 

[doubleTrouble_53] - Menteur. Et tu ne parles plus à jumeauFléau.
 

[Kent Scott] - Ah. Quelqu’un d’autre ?
 

[doubleTrouble_53] - Je suis Flos.

 
[Kent Scott] - Eh bien. Je m’inclinerais devant toi si j’avais des jambes.
 

[doubleTrouble_53] - Dis-moi ton nom, voleur.
 

[Kent Scott] - Je ne suis personne. Certainement pas quelqu’un capable de déranger le roi endormi.
 

[doubleTrouble_53] - Je ne dors plus. Et je te transmets par la présente un avertissement, voleur. À toi et à Wistram et à tous les mages qui se terrent derrière leurs sortilèges et leurs portes closes. Sachez que moi, Flos, suis de retour. Que tremblent ceux qui souhaiteraient s’opposer à moi, car tout ce que je verrai deviendra mien. Je viendrai vous retrouver et briser vos tours de lâches et démasquer ceux qui chercheront à se cacher.
 

[doubleTrouble_53] - Je suis Flos.
 

[doubleTrouble_53] - Je suis de retour.
 

[Kent Scott] - Alors laissez-nous contempler ce que le Roi de la Destruction apportera. Jusqu’à ce jour...


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– こんにちわ.

[伶央] – だれかいますか?
 
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Hors ligne EllieVia

  • Plumelette
  • Messages: 7
Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
« Réponse #72 le: 20 juillet 2020 à 14:39:32 »

2.00

Traduit par EllieVia

Lorsque la voyageuse arriva à l’auberge, aucune lumière n’y brillait. Non… pour commencer, ce n’était pas vraiment une voyageuse. Elle était Coursière, ce qui n’avait rien à voir.
 
Et elle n’était pas perdue.   Et elle n’avait pas non plus décidé d’aller à l’auberge pour se reposer ou manger ni même pour assouvir un besoin pressant de se soulager.
 
Elle avait juste besoin de se poser pour réfléchir.
 
Ryoka ouvrit précautionneusement la porte de bois et s’arrêta un instant pour laisser ses yeux s’accoutumer. L’auberge était sombre. La salle commune était plongée dans une pénombre presque identique à celle de la prairie, dehors, et une unique bougie illuminait l’une des tables.
 
La lumière vacilla, faisant danser les ombres, lorsque l’ouverture de la porte troubla la flamme solitaire. Ryoka observa la pièce. L’ambiance y était très particulière, et elle était déterminée à ignorer ce point. Ce n’était pas parce qu’une chose avait l’air flippante qu’elle l’était vraiment.
 
“Bonjour ?”
 
Héla prudemment Ryoka en entrant dans l’auberge. Elle regrettait déjà d’être revenue. Elle n’avait pas prévu de rester ici - à l’Auberge Vagabonde. Pour tout dire, elle s’était fermement engagée à courir toute la nuit plutôt qu’avoir affaire aux aubergistes insupportables qui faisaient des commentaires sur ses pieds nus.
 
À peine quinze minutes plus tôt, Ryoka avait été au désespoir, exténuée, et pleine de colère et de haine dirigée contre tout et n’importe quoi. Elle n’aurait pas posé les pieds dans cette auberge même s’il s’était agi du Taj Mahal.
 
Enfin, si ça avait été le Taj Mahal, peut-être que si. Mais l’auberge délabrée était loin d’être un hôtel cinq étoiles, et Ryoka s’était sentie prête à la laisser derrière elle et poursuivre sa course.
 
Mais ça, c’était quinze minutes plus tôt.
 
Beaucoup de choses peuvent arriver en quinze minutes. Ryoka baissa les yeux sur l’iPhone qu’elle tenait entre ses mains et éteint l’écran avant de le ranger dans sa poche. Effrayer l’aubergiste avec son téléphone n’était pas une bonne idée.
 
S’il y avait seulement un aubergiste. La bougie indiquait que quelqu’un vivait ici, mais Ryoka ne voyait ni n’entendait personne s’agiter depuis qu’elle avait dit bonjour.
 
Bon. Entrer ou partir ? Ryoka détestait ce genre de dilemme .Elle détestait devoir avoir affaire aux gens, d’ailleurs. Mais elle avait vraiment, vraiment besoin de s’asseoir quelque part et de digérer tout ce qui venait de se passer. Et elle était fatiguée. Ils étaient tous morts. Elle pouvait courir, mais elle ne pourrait pas échapper à ce qui venait de se passer.
 
Donc elle avança dans l’auberge, et appela de nouveau.
 
“Il y a quelqu’un ici ?”
 
C’était le genre de question classique qui méritait une mort instantanée si elle explorait une maison abandonnée ou qu’elle cherchait des monstres. Comme elle cherchait un aubergiste, il y avait probablement peu de danger.
 
Toujours pas de réponse. Ryoka fronça les sourcils. L’aubergiste était-il sorti ? C’était possible, mais elle aurait pensé qu’une serveuse ou quelqu’un d’autre serait resté à l’auberge. Ou au moins, qu’il aurait fermé la porte.
 
Un sombre soupçon traversa l’esprit de Ryoka et elle s’arrêta net pour scruter la pièce vide. Trouver une auberge déserte pouvait vouloir dire que cette dernière avait été vidée par quelque chose, et récemment. Un monstre s’était-il faufilé à l’intérieur ? L’auberge était proche de Liscor, et Liscor avait subi une attaque récemment. Si un monstre isolé avait réussi à venir jusqu’ici…
 
Elle n’était pas armée. Ou du moins, elle n’avait rien qui soit mieux que ses mains et ses pieds. Mais elle avait de la magie. Un sort, pour être plus précise.
 
“[Lumière].”
 
Ryoka sentit quelque chose la quitter alors qu’une orbe chatoyante de lumière blanche se mettait à léviter au-dessus de sa main, éclairant brutalement les détails de la pièce en faisant fuir les ombres.
 
Elle regarda autour d’elle, guettant les mouvements ou les formes tapies derrières les tables ou les chaises. Il n’y avait rien.
 
La pièce était vide. Les yeux de Ryoka se dirigèrent vers les escaliers, puis vers la porte derrière le bar. Elle serra le poing.
 
Elle n’avait jamais rien tué. Jamais - sauf peut-être un Gobelin. Mais quelque chose avait attaqué Liscor pendant ses quatre jours d’absence. Quelque chose.
 
Les morts-vivants. Ryoka s’imaginait des zombies traînant des pieds en grognant et en mâchonnant des cerveaux, mais cette vision ne pouvait pas expliquer la dévastation qu’elle avait vue dans la cité de Drakéides et de Gnolls. Des bâtiments entiers avaient été démolis, et les blessures qu’elle avait aperçues sur ceux qui n’avaient pas encore été soignées étaient…
 
Elle se figea soudain en entendant un bruit. Quelque chose…
 
Un son… un grognement à peine audible. Un grondement grinçant. Le cœur de Ryoka se mit à battre plus vite. Le bruit venait de la cuisine.
 
Elle se baissa et s’avança silencieusement vers la porte ouverte. Elle s’arrêta, l’oreille collée au mur, le cœur battant. Quelque chose était là-dedans. Quelque chose de gros, pour faire autant de bruit. Mais quelle qu’elle soit, la chose était endormie.
 
Ryoka recouvrit la boule de lumière d’une main et réfléchit. Avancer vers l’angle de la porte, jeter un œil pour voir ce que c’est, et s’éloigner. Si la chose se lançait à sa poursuite, elle pourrait atteindre la porte en une seconde.
 
Elle serra le poing. Instantanément, Ryoka se détendit, relâchant les mains pour se préparer à cogner. Elle compta jusqu’à trois dans sa tête. Puis, elle pénétra vivement dans la cuisine, les mains levées.
 
La pièce était plongée dans la pénombre. Ryoka remarqué immédiatement un millier d’éléments différents. Des placards, des couteaux, des couverts, des bols de terre cuite entassés, un seau d’eau, une cheminée vide et…
 
Une fille, endormie par terre.
 
Ryoka regarda fixement cette dernière. La fille était étendue sur le sol de la cuisine, emmitouflée dans un tas de draps et de couvertures. Elle ronflait plutôt fort, inconsciente de la présence de Ryoka. Elle ouvrit la bouche et grogna, ou peut-être rota. Le son ne paraissait pas approprié pour sa taille.
 
Ryoka baissa les poings. Elle dévisagea la fille endormie pendant quelques secondes. Puis elle se claqua le front, fort.
 
Le claquement de la chair contre la chair fit immédiatement se redresser la fille allongée par terre. Ryoka bondit en arrière alors que la fille regardait autour d’elle d’un air éperdu.
 
“Je suis levée ! Cavalier en F3 !”
 
Elle essaya de se relever, entortillée dans ses draps, et bascula en avant. Elle roula et se redressa. C’est à ce moment-là qu’elle aperçut Ryoka.
 
“Oh !”
 
Pendant un instant, la fille resta bouche-bée, puis elle se débattit pour sortir de ses draps. Ryoka hésita à venir l’aider, puis décida de la laisser se lever toute seule.
 
Quand elle fut enfin debout, Ryoka se retrouva face à face avec une fille proche de son âge. Elle était plus petite - plus petite que Ryoka, qui était grande - et avait une peau pâle, des yeux noisette et un soupçon de reflets orange dans ses cheveux châtain clair.
 
Elle cilla en dévisageant Ryoka. Ryoka lui rendit son regard. La fille ouvrit la bouche, regarda autour d’elle, puis lui adressa un sourire forcé.
 
“Hum. Salut ?”



***



Elle avait juste voulu se poser une minute. Et puis… eh bien, elle s’était réveillée, et avait décidé que ce serait mieux de se poser cinq minutes dans un lit, ou du moins ce qui lui servait de lit. Erin s’était donc dirigée vers ce qui lui servait de lui, dans la cuisine. Ce n’était pas comme si quiconque était venu à l’auberge aujourd’hui et Klbkch et le reste étaient occupés. Elle avait envoyé Toren récolter des fruits bleus, rapporter de l’eau et de manière générale rester hors de son chemin, donc quel mal pouvait-il y avoir à se faire une sieste de trente minutes ?
 
Mais d’une manière ou d’une autre, la petite sieste d’une heure d’Erin s’était transformée en grosse sieste et elle se retrouvait à présent au crépuscule, avec la tête terriblement embrumée, les membres raidis et une fille debout devant elle.
 
Erin la dévisagea. Elle avait une hôte. Une grande hôte. Une hôte humaine.
 
La personne qui l’avait réveillée était grande. Elle avait des cheveux noirs, des yeux marrons - elle avait l’air Asiatique. Mais elle était grande, aussi, ce qui n’était pas courant. Et elle avait une orbe magique en train de flotter au-dessus d’une main mais Erin ne pouvait gérer qu’une dose limitée d’excitation à la fois.
 
Elle avait vraiment, vraiment envie de lui dire “konnichiwa, mais elle s’en empêcha, avec difficulté. Sa deuxième envie était de dire “ni hao ou peut-être ‘anyoung haseyo, mais elle était à peu près convaincue qu’elle allait mal prononcer les trois formules.
 
Erin pouvait dire bonjour dans la plupart des langues, bien que ce soit à peu près toute l’étendue de ses compétences linguistiques. Elle pouvait dire “échec et mat” et “échec” dans presque toute les langues, par contre. C’était grâce à ses nombreuses parties contre et joueurs étrangers en ligne et lors de rencontres internationales. Elle connaissait également par conséquent beaucoup de gros mots, bien qu’elle n’ait aucune idée de leur signification. De manière générale, elle en savait juste suffisamment pour se baisser avant que son adversaire ne renverse la table.
 
Mais les traits de la grande fille étaient incroyablement Asiatiques, et cette impression était encore renforcée par le fait que c’était la première personne non-Européenne, non-recouverte de fourrure ou d’écailles qu’Erin avait croisée dans ce monde.
 
“Hum, salut.”
 
Parler des langues étrangères n’avait pas trop marché avec Ceria, donc ça n’allait probablement pas marcher ici non plus. Erin agita faiblement la main pour saluer la fille qui recula d’un pas.
 
“...Mm.”
 
Est-ce qu’elle lui avait dit bonjour ou est-ce qu’elle s’était contentée de grogner ? La fille examina le reste de la cuisine sombre alors qu’Erin cherchait d’autres choses à dire que “laisse-moi tranquille j’essaie de dormir”. Bon. Elle était réveillée et elle avait… une cliente.
 
Erin avait été serveuse pendant deux semaines pour un job d’été. C’était à peu près sa seule expérience du monde du travail si l’on exceptait le moments où elle avait arbitré des tournois d’échecs. Et ce n’était pas du travail, c’était… des échecs.
 
Mais elle avait la forte impression que s’endormir pendant les heures de travail n’était pas un comportement acceptable. Même si elle était propriétaire de l’auberge. Elle tenta de nouveau :
 
“Salut.”
 
La fille se contenta de ma dévisager. Erin se plaqua son plus beau sourire sur le visage et agita la main.
 
“Désolée. Hum. J’étais endormie. Comment puis-je vous aider ?”
 
“C’est bien une auberge ?”
 
“Quoi ? Oh. Oui ! Oui, c’est bien une auberge !”
 
Erin agita vaguement la main en essayant vainement de faire oublier le fait que la moitié de l’auberge était encore dévastée par la bataille avec les morts-vivants deux jours plus tôt. La fille la regarda fixement.
 
“Et tu es... l’aubergiste ?”
 
L’aubergiste sourit d’un air nerveux.
 
“Oui ? Je veux dire, oui. Est-ce que… est-ce que tu veux manger quelque chose ? Dormir ici ?”
 
“Manger quelque chose.”
 
“Bien, bien ! Par ici.”
 
Erin guida la fille à la salle commune. La fille s’assit et Erin resta plantée là, mal à l’aise. Un moment plus tard, la fille leva les yeux.
 
“Est-ce qu’il y a un menu ?”
 
“Un menu ?”
 
Erin cilla en regardant la grande fille. Puis elle se remit à paniquer. Le menu. Oui. Elle ne l’avait jamais vraiment terminé…
 
“Hum, c’est juste ici.”
 
Elle pointa un doigt vers le panneau et grimaça lorsque sa cliente tourna les yeux vers le menu composé de trois choix.
 
Pâtes avec saucisses et oignons - 3 pc l’assiette
 
Jus bleu - 2 pc l’assiette
 
Mouches acides - 1 pa l’assiette

 
“... des mouches acides ?”
 
“Ce sont, euh, de vraies mouches. Je les ai vidées de leur acide mais euh…”
 
“Qu’est-ce que le jus bleu ?”
 
“C’est très sucré ! C’est comme du jus d’orange… je veux dire, ça ressemble à de l’orange mais plus proche de la myrtille. Plus sucré. C’est une bonne boisson !”
 
Erin se demanda si elle devait mentionner le fait qu’elle avait appris à faire d’autres plats. Elle pouvait faire de la soupe ! Elle appelait ça la soupe fourre-tout, comme elle se contentait principalement de jeter des ingrédients dans la marmite en se fiant à sa compétence de [Cuisine élémentaire]. La plupart du temps, c’était comestible.
 
“Je peux, euh, faire du lard avec des œufs. Ou… ou du jambon. On a du jambon et de la salade si tu en veux…”
 
“Les pâtes, ce sera très bien. Je vais prendre ça et un verre de jus… bleu.”
 
“D’ac, ça marche !”
 
Erin sourit. La fille ne lui rendit pas son sourire.
 
“Je, euh, je vais aller te chercher ça.”
 
Elle avait beaucoup de jus bleu mais pas beaucoup de verres. Erin en avait jeté la plupart sur les morts-vivants, ça et le reste de ses objets lourds. Elle finit par en trouver un en bon état et le lava avant de le remplir de jus.
 
La fille était toujours assise à sa table. Elle leva les yeux en voyant Erin arriver mais ne décrocha pas un mot tandis qu’Erin posait le verre et les couverts devant elle. Erin tenta un nouveau sourire, mais le visage de la fille aurait pu être sculpté dans la glace. Elle décida de tenter le tout pour le tout et se présenta.
 
“Je suis Erin, d’ailleurs. Erin Solstice.”
 
“Mmh.”
 
Erin patienta, mais le nom de la fille n’avait pas l’air d’être près d’arriver. Elle baissa les yeux sur la table, sans même toucher à son verre. Elle regarda avec attention le grain du bois, mais semblait perdue à des milliers de kilomètres de là.
 
Elle était très silencieuse. Erin espérait que ce n’était pas parce qu’elle avait prévu de l’assassiner avec une des fourchettes.
 
***

Le monde, c’est de la merde. Toute chose n’est qu’un immonde tas d’ordures. Mais évidemment, ordure n’est pas un mot suffisant, n’est-ce pas ? La mort et le désespoir règnent sur tout. Ça en a toujours été ainsi et c’est comme cela que ça restera.
 
Parfois, les jours sont comme ça. J’ai déjà ressenti ça. La dépression noire. La colère. Facile de le dire, mais le vivre ?
 
À chaque fois, j’oublie. Chaque fois. J'oublie à quel point ce putain de monde est tordu et je me détends. Et c’est là qu’il me frappe. Ce serait tellement plus simple si je n’avais pas d’espoir. Si j’étais tout simplement…
 
“Hum. Est-ce que le jus te convient ? J’ai de l’eau si tu veux. Bouillie.”
 
Je lève les yeux. La fille est encore là. Erin ? Elle est agaçante. Ce serait facile de me contenter de lui jeter le jus à la figure et de lui donner des coups de pieds jusqu’à ce qu’elle arrête de parler.
 
Une fine ligne rouge. Je crois que c’est la seule chose qui me sépare de la folie, parfois. Et un jour, peut-être, elle disparaîtra et je deviendrai folle. Elle s’est déjà brisée une fois. J’ai blessé mes amis. Et maintenant ils sont morts.
 
Pas ma faute. Bien sûr. Ils sont allés dans les ruines. C’était leur faute, et la culpabilité n’est qu’une étape du processus de deuil. Je sais ça. Je n’aurais probablement rien pu faire. Ils étaient morts des jours avant que je ne sois même proche de Liscor. C’est juste que ça fait mal. Plus que quoi que ce soit que j’aie pu ressentir depuis des années.
 
J’aurais aimé…
 
avoir été avec eux.
 
“Hum ? Excuse-moi ?”
 
Je lève les yeux. Oh. C’est vrai. Elle m’a posé une question au sujet de ma boisson.
 
“C’est très bien. Merci.”
 
Je ne suis pas en colère contre l’aubergiste. Je suis juste incapable de parler avec elle ou avec n’importe qui d’autre en ce moment. Comment le pourrais-je ? Les Cornes d’Hammerad. Gerial. Ceria. Calruz. Sostrom.
 
Ils sont tous morts. Je n’ai jamais pu leur dire au revoir.
 
Heureusement, l’aubergiste finit par me laisser tranquille. Elle est bizarre. Une jeune fille perdue loin de la ville ? Enfin, pas si loin que ça mais tout de même. Comment fait-elle pour survivre ? Est-ce que j’en ai seulement quelque chose à faire ?
 
J’essaie de penser à quelque chose, n’importe quoi, qui ne soit pas les visages des morts qui continuent à me hanter. J’essaie de les ignorer, mais je ne peux pas m’empêcher de me demander ce qui aurait pu être et de regretter la manière dont les choses se sont passées. Si j’avais été avec eux, est-ce que j’aurais réussi à repérer le piège ? Est-ce que j’aurais pu courir chercher de l’aide ? Si j’avais été là, si je ne m’étais pas enfuie. Si je n’avais pas été une aussi sombre idiote et que je n’avais pas cherché la bagarre…
 
Sans réfléchir, je prends une gorgée dans le verre posé devant moi et manque m’étouffer. C’est  sucré ! C’est sucré et plein de pulpe, et le goût…
 
Le goût est délicieux. Pas comme la merde alcoolisée que je dois boire dans chaque taverne. Ça a un goût de jus d’orange mélangé à un smoothie à la myrtille auquel on aurait ajouté un sirop de maïs à haute teneur en fructose. Toutes ces bonnes choses que j’adore détester.
 
Ça a un peu le goût de la maison.
 
Juste un peu. Mais j’en prends une autre gorgée et la douceur me fait du bien. Ce n’est pas comme la crème glacée que j’ai mangée chez Magnolia. C’est juste du bon vieux jus, et ça fait du bien.
 
“Un autre verre ?”
 
Je manque faire une crise cardiaque. Cette fille ne fait vraiment aucun putain de bruit. Mais… pourquoi pas ?
 
“Carrément. Combien pour un pichet ?”
 
Elle cligne des yeux. Elle ne met même pas de prix pour ses boissons ? Bon.
 
J’ouvre mon sac de coursière et fouille dedans. J’ai encore quelques pièces d’or et quand je lui en tends une ses yeux s’écarquillent.
 
“Hum…”
 
“Prélève le prix de ce que je prendrai là-dessus. Je vais prendre un pichet de jus bleu.”
 
“Du jus bleu ? Un pichet ? Je t’amène ça tout de suite.”
 
Hah. Ça a marché. L’argent se balade et parle et règle tous les problèmes. Même les aubergistes collantes. Bon, elle risque d’essayer de m’arnaquer mais baste. Je n’ai pas besoin de cet argent. À quoi pourrait-il bien me servir ?
 
Le jus bleu arrive dans un pichet tellement rempli que c’en est satisfaisant. Il y en a suffisamment pour que je m’y noie ou que je pisse toute la nuit mais vous savez quoi ? Je m’en fous. Je remplis mon verre et le sirote tandis que l’aubergiste retourne dans sa cuisine pour faire quelque chose qui implique beaucoup de bruits de casseroles et de jurons étouffés.
 
Je me frotte le visage. Une boisson sucrée. Ça ne devrait pas aider, et pourtant si. Immensément. J’ai vécu principalement avec de l’eau et des rations sèches pendant les derniers… ça doit faire huit jours. Pas vraiment le top, mais j’ai vu pire.
 
Mais ça aide un peu. Un petit peu. Et ça relance un peu mon cerveau, ça me sort de la spirale de culpabilité. Les Cornes d’Hammerad peuvent attendre. Ça fait mal, mais ils ne sont plus là. Ça a beau être affreux, il faut que je réfléchisse à quelque chose d’autre en priorité.
 
L’appel. Au nom de toutes les divinités inexistantes, qu’est-ce que c’était que ça ? Je…
 
Tout a changé. Je le sens. Ce monde est différent à présent, et les enjeux sont soudain devenus beaucoup plus élevés que ma pauvre vie. Quelqu'un a pénétré dans le petit château de sable qu’est ma compréhension de ce monde et y a donné un putain de bon coup de pied.
 
Il y a d’autres gens que moi dans ce monde. De mon monde, je veux dire. Il y a d’autres voyageurs interdimensionnels, d’autres gens venus de la Terre*.


* Enfin si on part du principe que les gens d’ici n’appellent pas cet endroit la Terre, évidemment. Arrête de t’attarder sur ce point. Je sais ce que je veux dire.
 
Ce forum. Un… un Messenger magique ? Comment c’est possible ?
 
Bah, c’est de la magie, duh. Concentre-toi ! Réfléchis. Essaie de réfléchir sur ce qui vient de se passer.
 
Déjà, c’est bien que j’aie eu l’habitude de lire les commentaires YouTube ou je n’aurais pas été capable de me transformer en un adolescent de treize ans égoïste à la grammaire délirante. [batman] était un bon alias, mais je me suis probablement vendue vers la fin. C’est sans importance : il fallait le faire.
 
Tout d’abord. Quelques éléments m’ont frappée pendant cette conversation. Et en particulier ?
 
Kent Scott. Qui que soit cette personne, il n’était pas de notre monde. Il… cherchait des informations. Noms et prénoms. Personne d’autre n’a semblé comprendre, mais grâce à Teriarch je sais à présent qu’il essayait de lancer un sort de [Scrutation].
 
Et il a obtenu trois noms. Ou était-ce deux ? Dans tous les cas, ça ne sent pas bon. Est-ce qu’il peut se téléporter directement vers eux ? Est-ce qu’il existe vraiment un sort pour ça ? Mais s’il connaît leurs noms, ces gens ne pourront se cacher nulle part dans ce monde, non ?
 
Qui est-il ? Il se faisait appeler Kent Scott, ce qui veut dire qu’il a soit torturé ou tué le véritable Kent Scott. Mais que sait-il exactement, dans ce cas ? Assez pour traquer le reste d’entre nous ? Pourrait-il avoir déterminé nos positions grâce au forum magique ? Et si c’est le cas…
 
“Oh, au fait, juste pour te dire que les pâtes seront prêtes dans une dizaine de minutes.”
 
L’aubergiste vient de sortir la tête de la cuisine. Bordel. Est-ce que j’en ai quelque chose à foutre ? Mais mon estomac gargouille. Traître de corps. Je hoche la tête. Elle est exactement le genre de personne avec qui je me sens mal à l’aise. Un peu trop amicale et pétillante et clairement plutôt distraite.
 
Bon, bon. Je pensais à quoi déjà ? Kent Scott. Une pièce du puzzle. Quoi d’autre ? Oh oui. Des héros invoqués ? Des gens avec une classe de [Héros] dont on n’a pas entendu parler depuis des siècles ? C’est bizarre. Est-ce qu’on aurait pu être invoqués un peu comme une sorte de… de sous-produit de ce sort ? Des effets secondaires accidentels ?
 
Si c’était le cas, ça expliquerait pourquoi je suis apparue de nulle part comme ça? Mais ce type était un [Chevalier] de niveau 26. Est-ce que c’est rapide comme prise de niveaux ? On dirait bien étant donné que Calruz n’était qu’autour du niveau 22. Donc un type qui est arrivé il y a un mois ou deux a déjà dépassé en niveaux un Minotaure qui s’est battu toute sa vie N?
 
Bon sang. C’est de la triche ou quoi ? Mais comment…
 
“Est-ce que tu veux de la viande et des oignons dans tes pâtes ? Ou quelque chose d’autre ? Je peux changer la recette si tu veux.”
 
Mais on s’en fout de… contente-toi de répondre.
 
“C’est très bien. Merci.”
 
J’essaie de réfléchir. Ignore cette idiote d’aubergiste. Réfléchis. IL y a aussi le fait que la plupart des gens dans ce forum étaient Américains, mais le sort a emporté des gens d’un peu partout dans le monde. Un Australien, quelqu’un originaire d’Angleterre.
 
Mais la plupart parlaient anglais. Est-ce que ça veut dire que ce sont majoritairement les nations anglophones qui ont été affectées ? Ou… ou est-ce que ça veut dire que ce sont surtout les Américains qui ont été affectés ? Si c’était un sort, est-ce qu’il n’a atteint qu’un certain rayon ? Si je pouvais récupérer la conversation sur mon iPhone j’en saurais plus, mais de mémoire, comme ça…
 
“Oups. J’ai oublié la cuillère.”
 
Une cuillère ? UNE CUILLÈRE ? Qui diable mange ses pâtes avec une cuillère ? La cuisine Italienne a survécu des siècles sans putains de cuillères.
 
… calme-toi. Elle essaie juste d’être serviable. Je la rends probablement simplement nerveuse. Je devrais sourire.
 
Mes lèvres tressaillent. Bon, ce ne sera pas pour cette-fois. Bon, bon. Simplement… qu’est-ce que ça signifie ? Me voilà plantée là, devant le premier élément qui pourrait expliquer comment je suis arrivée ici, et déjà une menace sérieuse. Je dois anticiper ce qui va se passer ensuite. Est-ce que j’essaie de prévenir quelqu’un ? Qui ? Magnolia pourrait être tout aussi dangereuse. Mais Wistram… c’est là que se trouve [MageNoir]? Je crois que c’est l’île des mages. Est-ce qu’ils pourraient aider ? Est-ce qu’il va encore tenter d’appeler, ou est-ce qu’il se dira que c’est trop risqué ?
 
Et… oh mon dieu la voilà qui revient.
 
***

Le regard impassible sur lequel tomba Erin en rentrant dans la salle commune était pour une raison inconnue pire que de se faire dévisager par les Antiniums. Au moins, ils avaient l’excuse d’être des insectes. Son hôte était juste… flippante. Et silencieuse.
 
Quand elle dit à la fille qu’elle allait allumer un feu, elle n’avait eu qu’une espèce de soupir en réponse. La grande fille se remit à regarder fixement sa table en buvant du jus bleu et Erin plaça une bûche dans la cheminée et essaya d’allumer un feu.
 
Elle y parvint au bout de deux essais, tout en essayant d’ignorer le regard fixé à l’arrière de sa tête. Être observée était une sensation désagréable, irritante.
 
L’autre fille baissa les yeux lorsqu’Erin se retourna. Mais elle avait été en train de la regarder, Erin en était sûre. Elle était juste tellement silencieuse. Et hostile. Ça la tuerait de dire trois mots ?
 
Mais qui disait qu’un client devait être gentil ? Si elle ne souhaitait pas discuter, Erin pouvait se contenter de la servir et d’attendre qu’elle parte.
 
Mais quelque chose l’attirait chez cette fille. Elle était une cliente. Sa première hôte humaine… enfin, la première humaine qui ne soit pas un groupe d'aventuriers ou Pisces. Et Erin se sentait un peu seule. Elle n’avait pas parlé à un humain, un autre humain, depuis longtemps.
 
Donc elle se leva, s’approcha, et s’assit. La fille leva les yeux. C’était un regard froid, mais Erin l’ignora.
 
“Bon. Comment vas-tu ?
 
Yeux qui se lèvent, yeux qui se baissent. Au bout d’un moment, la fille leva de nouveau les yeux.
 
“Je vais bien.”
 
“Tu sais, on n’a pas encore vraiment discuté. Je m’appelle Erin. Et toi ?”
 
Cette fois-ci, la fille n’aurait d’autre choix que de répondre ou… ou Erin la laisserait tranquille, sans doute. Mais son hôte eut beau faire la moue, elle finit par répondre.
 
“... Ryoka. Je suis une Coursière.”
 
Erin s’accrocha à cette phrase avec gratitude.
 
“Oh ! Une Coursière ! La plupart de mes victuailles sont livrées par un Coursier. Il vient tous les jours de la ville. Tu fais des trucs du genre, c’est ça ?”
 
L’œil gauche de Ryoka tressauta.
 
“Non. C’est un Coursier des Rues.”
 
“Oh ?”
 
“Je suis une Coursière de Ville.”
 
“Ah.”
 
Erin ne savait pas quoi répondre à ça. Elle avait vaguement dans l’idée” qu’il y avait une différence entre les deux d’après ce que lui avait dit Krshia mais rien de plus. Et ma conversation était en train de s’embourber.
 
“C’est cool. Du coup j’imagine que tu voyages beaucoup ?”
 
“Un peu.”
 
Erin se força à sourire. Peut-être qu’il était temps d’abandonner et d’aller chercher les pâtes. Mais elle se devait de faire une dernière tentative.
 
“Tu sais, quand j’ai vu l’orbe de lumière scintillante je me suis dit que tu devais être une espèce d’aventurière.”
 
“Non. Je connais juste la magie.”
 
“Oh, d’accord. Je, euh, je connaissais des aventuriers, aussi.”
 
“Vraiment ?”
 
Le ton de la fille était glacial. Pas juste glacé, plutôt proche de l’Antarctique.
 
“Ouais, mais ils sont morts. Il y a quelques jours, en fait.”
 
Erin avala la boule qui s’était coincée dans sa gorge. Elle ne vit pas la fille lever les yeux.
 
“Qui est-ce que tu connaissais ?”
 
“Oh, juste un groupe d’entre eux. Ils étaient gentils, mais ils se sont fait tuer quand…”
 
“Qui ?”
 
Erin leva les yeux. Le regard de Ryoka était fixé sur elle, intense. Pour la première fois, Erin se dit que la fille la regardait, la regardait vraiment.
 
“Qui ?”
 
“Les Cornes d’Hammerad.”
 
***

Je ne crois pas au destin. Si j’y croyais, je passerais mon temps à me rebeller contre lui. Et je ne crois pas en le fait de parler avec des gens de manière générale.
 
Mais là…
 
“Donc je l’ai appelé tête de bœuf après ça. Tête de bœuf, Mr Vache, Capitaine Mamelles… mais je ne crois pas qu’il ait vraiment compris ce dernier.”
 
“Tu n’as pas fait ça.”
 
La fille assise devant moi, Erin Solstice, sourit et éclate de rire.
 
“D’accord, je ne lui ai pas donné tous ces surnoms. Juste Tête de bœuf. Mais ça l’a vraiment énervé. On voyait presque la vapeur s’échapper de ses oreilles !”
 
Je ne devrais pas, mais je ris. Calruz est mort, et se moquer de lui est mal. Mais ça…
 
C’est parler de qui il était. Ce qu’il faisait. Et les histoires que me raconte Erin sont importantes. Précieuses.
 
Beaucoup de choses peuvent se passer en quinze minutes. On peut se rendre compte qu’on a plus de choses en commun avec quelqu’un qu’on ne l’aurait pensé, par exemple. Quinze minutes. Assez de temps pour manger trois assiettes de pâtes, boire du jus bleu, discuter…
 
Et apprendre que les Cornes d’Hammerad ont dormi à cette auberge la nuit avant leur mort. Assez de temps pour entendre parler de leurs derniers instants de la bouche de l’aubergiste qui leur a servi leurs repas.
 
Je suis heureuse qu’ils soient venus ici. Je suis heureuse d’avoir changé d’avis et décidé de rester. Parce que contre toute attente, je me sens mieux. Grâce à mon ventre bien rempli de nourriture chaude et à une conversation…
 
Eh bien, drôle, en fait.
 
“Tu l’appelais vraiment comme ça ? Tête de bœuf ?”
 
“Oui ! Quoi, tu ne me crois pas ? Ceria s’était mise à l’appeler comme ça aussi jusqu’à ce qu’il lui jette le contenu de son verre à la tête.”
 
Je ris, encore. Je ne peux pas m’en empêcher. J’ai écouté Erin me conter des histoires des Cornes d’Hammerad, mais, je ne sais comment, elle a réussi à me faire lui raconter comment je les ai rencontrés. C’est tellement bizarre. Mais j’ai envie de parler d’eux.
 
“Donc tu les as rencontrés pendant une livraison de potions de soin, c’est ça ? Ça a l’air plutôt dangereux.”
 
En effet, très dangereux. Esquiver des sorts d’une Liche est probablement l’une des choses les plus stupides que j’aie jamais faites, et la liste est longue. Je hausse les épaules.
 
“C’était risqué, mais ça fait partie du boulot.”
 
“Aucun des Coursiers du coin de fait des trucs comme ça. Ils se contentent de livrer des trucs en ville et à mon auberge. Mais j’imagine que c’est ça d’être coursière de ville, hein ?”
 
“Ouaip.”
 
Je veux continuer de parler des Cornes de Hammerad. Mais Erin est penchée par-dessus la table, les yeux brillants de curiosité.
 
“Ça ressemble à quoi, d’être une Coursière ? Est-ce que tu as mal aux pieds à force de courir partout ? Et combien on te paie ? Est-ce que tu vois beaucoup de choses intéressantes ?”
 
Bon, ça c’est la partie que je n’aime pas quand je discute avec des gens .J’ouvre la bouche pour une réponse fade. Qu’est-ce que je devrais répondre ? Courir, c’est dur, mais c’est sympa ? Ça peut être enrichissant, à condition d’y passer du temps ? Une réponse fade et inutile de ce genre de manière à pouvoir revenir au sujet qui m’intéresse.
 
Mais je m’arrête. J’hésite. Est-ce que je suis obligée de répondre ça ? C’est une phrase stupide qui ne voudra rien dire. Je déteste ce genre de conversation. Donc pourquoi est-ce que je devrais dire ça ?
 
Courir. Est-ce que c’est cool ? Parfois. Courir est chouette, mais être une Coursière ne l’est pas. Les rivalités mesquines, ma jambe éclatée, et la façon qu’ont les Coursiers d’avoir l’air encore plus lâches que les aventuriers… dur d’oublier ça.
 
Donc pourquoi ne pas lui dire ? Qu’a dit Louis C.K dans un de ses monologues ? Merde à la conversation ordinaire, au bavardage inutile. Parlons vraiment.
 
Qu’est-ce qu’il peut bien arriver de pire ? Je perds mes amis ? Je n’en ai aucun. C’est embarrassant ? On a déjà eu assez d’embarras ici pour remplir deux piscines.
 
Ce n’est pas moi. Je ne papote pas avec les gens. Je ne parle pas. Mais aujourd’hui…
 
Aujourd’hui c’est différent.
 
Donc je me mets à parler. Erin cligne des yeux lorsque je me mets à parler de la course, franchement, et sans lui épargner les détails.
 
“Tu t’es fait exploser la jambe ? Par un…”
 
Elle baisse les yeux sur ma jambe. On ne voit même pas les cicatrices. C’est la magie, ça.
 
“Et tu es allée dans les Hautes Passes ? C’est où ?”
 
“C’est l’autre entrée vers la partie sur du continent. Tu n’en as pas entendu parler ?”
 
“Je, euh, je ne connais pas trop la géographie locale. Ou la politique. Ou… quoi que ce soit.”
 
Huh. On dirait un peu moi. Je continue de parler. Je ne sais pas comment, mais elle me tire les mots de la bouche.
 
“Tu as combattu un Aventurier Argent ? À mains nues ? Pas croyable.”
 
Quand est-ce que j’ai dit ça ? Mon visage est en train de chauffer. Elle pense probablement que je suis en train de me vanter mais… Erin se penche au-dessus de la table, les yeux pétillants.
 
“C’est tellement… cool. Raconte-moi une autre histoire !”
 
Je cligne des yeux. Elle est tellement intéressée. C’est juste la vie pour moi. Et déprimant, en plus. Je me rappelle de ce qui s’est passé ensuite, de mes erreurs. Comment est-ce que je peux m’en sentir fière ? Mais alors, pourquoi ne pas expliquer ça ?
 
J’essaie, mais Erin secoue la tête. Son sourire disparaît et elle me regarde droit dans les yeux.
 
“Ce n’est pas grave. Je veux dire, ce n’est pas bien, mais j’ai fait pire. Bien pire… J’ai… un de mes amis est mort par ma faute.”
 
“Comment ça ?”
 
Pour une fois, je veux savoir. Erin hésite, puis soupire. Elle attrape le verre qu’elle a apporté et boit une longue gorgée. Je ne sais comment, mais on n’a plus de jus bleu et plusieurs assiettes vides sont étalées devant nous deux.
 
“C’est une longue histoire. Tout commence… eh bien, je dirais que tout commence avec les Gobelins.”
 
“Les Gobelins ?”
 
“Les Gobelins. Et il y a les mouches acides, tu sais, celles du menu ? Et des insectes qui parlent et… okay, tu crois aux Dragons ? Krshia - c’est une Gnolle - dit qu’ils n’existent pas, mais je te jure que j’en ai vu un.”
 
Erin se met à parler. C’est une histoire confuse, mais j’écoute, je pose les bonnes questions. Pas juste les bonnes questions. Les questions dont je veux savoir la réponse, les petits détails. Ce n’est pas une conversation ennuyeuse. Ce n’est pas un dialogue banal. C’est réel. C’est stimulant.
 
Elle connaissait les Cornes d’Hammerad avant qu’ils meurent. Elle était là. Et ce n’est pas juste une personne ennuyeuse. C’est quelqu’un.
 
C’est… étrange. Son histoire me gêne. Erin Solstice. Est-ce qu’elle… il y a quelque chose d’étrange dans son histoire. Mais je suis trop fatiguée pour réfléchir correctement. J’ai couru toute la journée et je suis fatiguée. Mais son histoire me titille. Il y a quelque chose, chez Erin. J’y réfléchirai plus tard.
 
“Est-ce que tu as déjà vu un Gnoll ? Ce sont des espèces de hyènes géantes qui peuvent s’énerver très fort. Et ils te reniflent. Beaucoup. Est-ce que tu en as déjà entendu un éternuer ? C’est tellement chelou.”
 
J’écoute. Et je souris. Ça fait mal parce que ça fait longtemps que je ne l’ai pas fait.
 
Mais je souris.
 
J’aimerais pouvoir rester.



***




“Je devrais y aller.”.
 
Ryoka avait dit cela avec réticence, mais il fallait que ce soit dit. Erin leva les yeux de la table et de la pile d’assiettes sales et regarda dehors. C’était la nuit. Minuit ou plus tard, et le ciel était d’un noir d’encre.
 
“Quoi ? Pourquoi ? Je peux te faire un lit. J’ai un tas de… enfin, toutes les chambres de l’étage sont libres. Et ce n’est pas très cher. Si tu veux…”
 
“Non.”
 
La fille avait répondu d’un ton sec, mais elle essaya d’adoucir son ton.
 
“Non. Je suis désolée. Merci, mais il faut que j’aille faire un truc.”
 
“Au milieu de la nuit ?”
 
“Il faut que je me remette à courir. C’est quelque chose qui ne peut pas attendre et ça va me prendre un jour et demi pour me rendre à ma destination.”
 
Le visage d’Erin se décomposa. Elle s’était si bien entendue avec Ryoka !
 
“Si tu es sûre. Mais la route est longue et tu as l’air fatiguée. Quelle différence une nuit peut-elle bien faire ?”
 
La volonté de Ryoka vacilla, elle était clairement déchirée. Mais elle finit par secouer la tête.
 
“Je dois… j’ai besoin de rentrer. Au Nord. À Celum. Il y a quelqu’un… quelqu’un à qui je dois parler. Quelque chose qu’il faut que je fasse, tout de suite.”
 
“Si tu es sûre…”
 
“Je suis sûre. Désolée.”
 
Erin soupira. Mais elle afficha un sourire sur son visage.
 
“Eh bien, d’accord. Mais si tu veux un autre repas un jour ou si tu es dans le coin…”
 
Ryoka hésita, puis sourit avec embarras.
 
“Je reviendrai. Mais il faut que j’y aille, à présent.”
 
Elle sortit quelque chose de sa poche et y jeta un œil.
 
“Huh. Ça tiendra quelques heures.”
 
Erin cilla en apercevant les deux écouteurs rouges que Ryoka venait de se fourrer dans les oreilles. Elle haussa la voix alors que Ryoka commençait à se retourner.
 
“Oh, hey. C’est un iPhone ?”
 
“Mm.”
 
Ryoka fit défiler les musiques sur l’écran, puis se figea. Erin continua de parler, inconsciente de ce qui était en train de se passer.
 
“Je ne suis pas très iPhone. J’avais un Android… enfin, mes parents me l’avaient acheté. Je n’aurais pas craint un iPhone… je m’en sers surtout pour jouer aux échecs et appeler des amis. Mais…”
 
L’autre fille était en train de la dévisager. Erin s’interrompit, mal à l’aise.
 
“Quoi ? J’ai un truc coincé entre les dents ?”
 
Puis elle s’arrêta. Les yeux d’Erin s’écarquillèrent lorsque ses oreilles rattrapèrent ce qu’elle était en train de dire. Elle dévisagea Ryoka.
 
“Oh mon dieu.”
 


Note EllieVia

Coucou tout le monde, je ne me suis pas encore présentée donc voici une brève description : je suis EllieVia, étudiante en biologie et traductrice à mes heures perdues (la nuit...), et nous alternons la traduction des chapitres de Wandering Inn avec Maroti depuis plusieurs mois (comme vous l'aviez peut-être remarqué.). Pour le moment, il n'a pas trop accès à internet, ni trop le temps de traduire, donc je vais poster ici le début de la traduction du tome 2 quand je le pourrai (je n'ai pas non plus énormément de temps libre en ce moment avec les recherches de thèses pour la rentrée). Le rythme de traduction normal reprendra à la fin de l'été :) !

En attendant, profitez bien de votre été et de la suite de l'histoire de Pirateaba !!
« Modifié: 20 juillet 2020 à 14:41:03 par EllieVia »

Hors ligne EllieVia

  • Plumelette
  • Messages: 7
Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
« Réponse #73 le: 27 juillet 2020 à 19:59:29 »
2.01
Traduit par EllieVia

“Est-ce qu’on va dans la bonne direction ? Je crois qu’on est perdus.”
 
“Mm. Patience. C’est la bonne direction.”
 
“Tu en es sûre, Krshia ? Je pense qu’on est perdus. Toute cette herbe se ressemble pour moi.”
 
“Il n’y a pas de route, Selys. Nous devons croire que nous allons dans la bonne direction, oui ? Et ma mémoire n’est pas si mauvaise.”
 
“Mais il fait noir.”
 
“Si la commerçante dit que nous sommes au bon endroit, c’est que c’est la bonne direction. Et dans tous les cas, Klb et moi sommes venus ici des centaines de fois. C’est la bonne direction… pas vrai ?”
 
“Je pense, en effet. Je vous prie de prendre garde à ne pas tomber.”
 
“Oh. Hum, merci.”
 
“Il ne me semble pas que nous ayons été présentés de manière officielle. Je suis Klbkch des Antiniums Libres. J’ai cru comprendre que vous étiez une amie d’Erin Solstice ?”
 
“Moi ? Oui ! Je suis Selys. Je suis réceptionniste à la Guilde des Aventuriers. Je suis ravie de faire votre connaissance.”
 
“Permettez-moi de vous présenter mes collègues. Voici Relc, que vous connaissez déjà, il me semble. La Capitaine de la Garde, Zevara, s’est jointe à nous pour la soirée.”
 
“Selys. Krshia. Bonsoir.”
 
“Hm. C’est bien de voir que tu te portes bien.”
 
“Oh, salut, Cap’taine Zevara.”
 
“Et ceux-ci sont deux autres Antiniums de ma colonie. Pion, et Ksmvr.”
 
“Je suis Ksmvr. Permettez-moi de m’excuser pour les événements récents qui…”
 
“Ferme-la.”
 
“Silence.”
 
“... du coup, euh, Z. Pourquoi est-ce que tu es là ? Quand Klb m’a dit que tu venais, j’ai cru qu’il se payait ma queue.”
 
“Je voulais voir l’humaine qui a tué ce monstre. De plus, tu as tant parlé de cette maudite auberge que je me suis dit que j’allais y jeter un œil.”
 
“Eh bien, c’est… génial ! Tu vas adorer. Erin est géniale, pour une humaine. Tu verras.”
 
“Tu as dit que ce n’était qu’un sac à viande inutile après…”
 
Ahahahahaha ! Tu n’as pas dû bien m’entendre. Je n’ai jamais rien dit de pareil. Erin est une super humaine. Elle m’a confondu avec un dragon, tu sais.”
 
“Les humains sont incapables de différencier un lézard d’une salamandre. Inutile de prendre la grosse tête.”
 
“...Hey, Klb. On est presque arrivés ?”
 
“On peut apercevoir l’auberge au loin. Nous allons dans la bonne direction.”
 
“Oh, parfait ! Erin est encore réveillée. Peut-être qu’elle a déjà des clientes ?”
 
“Ce mage a dit qu’il se joindrait à nous. Je ne peux pas dire que cela me réjouisse, mais s’il y est déjà…”
 
“C’est peut-être le mage. Ou, euh… eh bien, tu te souviens de ce que je t’ai dit à propos du fait qu’il ne faut pas tuer de Gobelins dans le coin, Zevara ? Hum…”
 
“Pitié, dis-moi que les Gobelins ne sont pas invités.”
 
“Eh bien, tant qu’on est sur le sujet, quelle est ton opinion sur les squelettes… ?”
 
***

“Oh mon dieu.”
 
C’était peut-être la sixième fois qu’Erin disait ça. Elle était toujours en train de dévisager Ryoka, sous le choc. Ryoka la dévisageait aussi, mais elle réfléchissait à toute allure.
 
Erin était de son monde. Bien sûr. Toutes les pièces du puzzle s’assemblaient enfin, et en particulier la manière qu’elle avait d’utiliser des expressions et des slogans de leur monde. Comment avait-elle pu ne pas s’en rendre compte ? Elle était trop fatiguée. Mais c’était un moment crucial. Pourquoi donc Ryoka avait-elle rencontré Erin juste après l’appel ? Était-ce une coïncidence ou autre chose ? Est-ce que le fait que deux personnes soient apparues aussi proches géographiquement l’une de l’autre n’était qu'un coup de chance ou était-ce quelque chose d’autre ?
 
“Je n’arrive pas à y croire.”
 
Ryoka leva son iPhone. Erin le suivit des yeux d’un air fasciné, puis se refocalisa d’un coup sur le visage de Ryoka. Son état de choc était en train d’agacer sérieusement son aînée.
 
“Tu es sérieuse ? Je veux dire, tu… tu viens de mon monde, pas vrai ? Ce n’est pas une blague, si ?”
 
Et comment est-ce que ça pourrait être une blague ? Ryoka ravala son sarcasme et répondit de la manière la plus polie possible.
 
“Je viens de l’Ohio. Je m’appelle Ryoka Griffin. Je suis venue ici pendant l’année 2016, vers Octobre.”
 
“Oh mon dieu.”
 
Sept fois. Ryoka essaya de ne pas laisser transparaître son impatience.
 
“Je sais que c’est incroyable, mais concentre-toi, s’il te plaît. Depuis combien de temps es-tu ici ? Est-ce que tu sais comment tu es arrivée ici ? Est-ce que tu es...”
 
“Oh mon dieu, tu es réelle. Tu es réelle !”
 
Ryoka essaya de ne pas grimacer. Erin était en train de paniquer.
 
“Écoute, je viens de recevoir un appel… c’était un message qui…”
 
Elle ne put pas aller plus loin. Erin plongea par-dessus la table. Ryoka leva instinctivement les poings, mais la fille se contenta de la prendre dans ses bras.
 
“Quoi ? Hum. Qu’est-ce que tu… ?”
 
“Je ne suis pas seule ? Je ne suis pas seule ! Tu es là et… oh mon dieu. Tu es !”
 
“Oui, je suis là. Pourquoi est-ce que tu… ? Je veux dire, oui. Tu n’es pas seule.”
 
Ryoka sentit l’étreinte de la fille se resserrer autour d’elle. Elle avait du mal à respirer. Erin était plus forte qu’elle n’en avait l’air.
 
“Écoute, tu n’es pas obligée de… s’il te plaît… est-ce que tu… ?”
 
Les bruits étouffés émis par Erin se transformaient en humidité sur le t-shirt de Ryoka. Elle était en train de… pleurer ?
 
Ryoka se figea. Elle ne savait pas quoi faire. Elle tapota doucement l’épaule d’Erin. Une fois. Deux fois.
 
“Hum. Je…”
 
Elle ne savait absolument pas quoi dire. Erin était en train de pleurer dans son t-shirt, et la sensation n’était pas agréable. Ryoka savait qu’elle devrait dire quelque chose de rassurant, mais elle n’avait jamais fait ça avant.
 
Elle n’était pas seule. C’était ce qu’Erin avait envie d’entendre, pas vrai ? Ryoka pouvait lui dire ça. Ils étaient beaucoup dans ce monde. Elle était… Ryoka pouvait lui dire qu’elle n’était pas seule. Ça la réconforterait. Si elle rencontrait les autres…
 
Les autres. Ryoka se figea, oubliant tout le reste dans un moment de réalisation froide. Les autres. Ils n’étaient pas qu’une poignée. Ni même seize. Elle avait complètement oublié ça avec tout ce qui s’était passé. Le manque de sommeil, l’excitation de l’appel et la rencontre avec Erin…
 
Elle avait arrêté de réfléchir. Mais à présent son cerveau embrumé avait fini par relier les différents éléments. Les statistiques. Tout revenait aux pourcentages. Ils n’étaient pas seulement seize personnes dans ce monde. Ni même juste une centaine. Ils étaient bien plus nombreux que ça.
 
Combien de gens avaient des iPhones fonctionnels au moment de l’appel ? Combien avaient leurs iPhones sur eux en arrivant ? Quel est le pourcentage de gens possédant un iPhone, pour commencer ?
 
Et dans ce nombre-là, combien de personnes sont mortes ou se sont trouvées incapables de répondre à l’appel ? Combien l’ont ignoré par peur ou par précaution ?
 
Combien de gens se trouvaient dans ce monde ?
 
Des centaines ? Des milliers ? Des dizaines de milliers ? Ryoka sentit quelque chose se tordre dans son estomac.
 
Les humains se regroupent. Ils font des lois. Ils vont en guerre. Peut-être que les autres espèces ne font pas ça. Mais les humains, si. Et la paix, pour les humains, n’est qu’un interlude avant la prochaine guerre.
 
Dans sa tête, Ryoka s’imagina Celum. Une ville prise entre la renaissance et le moyen-âge. Ces gens n’ont pas de technologie. Ils n’ont rien de précieux selon les critères de son monde. Juste de l’or, des joyaux.
 
Et de la magie.
 
Dans l’esprit de Ryoka, Celum brûle. Des avions de chasse hurlent dans le ciel, mitraillant des villes et lâchant des bombes dans les rues tandis que des tanks roulent à travers les grandes plaines, faisant feu sur des armées qui n’ont jamais connu la poudre à canon. Des scientifiques dans des combinaisons hazmat accompagnent des géomètres et des prospecteurs à la recherche de puits de pétrole tandis que la magie et les non humains sont disséqués et étudiés - devenant des faits purs et durs.
 
Un monde colonisé. L’impérialisme. Le Mandat Céleste. Le fardeau de l’homme blanc.
 
Le temps qu’Erin serre Ryoka dans ses bras et la relâche, un monde brûlait derrière ses yeux. C’était une équation facile à résoudre. Une personne n’était qu’un accident, un coup de chance. Des personnes, c’était inhabituel. Mais plus ? Plus signifiait qu’un portail était ouvert. Et aucune porte ne s’ouvrait que dans une seule direction.
 
“Désolée.”
 
Erin s’essuya le nez sur sa manche et relâcha Ryoka. Elle était morveuse au sens littéral et ses yeux étaient gonflés, mais elle souriait. Ryoka avait l’impression que quelqu’un avait attrapé un morceau de glace pour le fourrer dans ses entrailles.
 
“C’est juste que… c’est tellement merveilleux ! Je n’arrive pas à y croire. Tu es ici. Tu viens de chez nous.”
 
“C’est incroyable, en effet.”
 
Ryoka choisit soigneusement ses mots en s’essuyant son t-shirt mouillé. Sa main effleura une zone humide et collante et elle s’arrêta net.
 
“Hum, Erin, c’est ça ? Pourquoi n’irions-nous pas nous asseoir pour discuter.”
 
Erin renifla une fois, deux fois, puis acquiesça. Elle revint piteusement à la table tandis que Ryoka tentait de se reprendre. Des gens. Discuter. Ce n’était pas son point fort, mais elle pensait qu’elle commençait à avoir un certain contrôle de la situation. Déjà, pour commencer.
 
“Je sais que c’est beaucoup à digérer d’un coup, mais essayons de nous calmer toutes les deux. Je viens de la Terre, et toi aussi. Et je viens d’apprendre que d’autres gens sont aussi ici, éparpillés un peu partout dans le monde.”
 
Erin écarquilla les yeux.
 
“On n’est pas seules ? Tu veux dire…”
 
“Oui. Et on a beaucoup de choses à se dire, mais commençons par les bases. Quand es-tu arrivée ici ? Comment es-tu arrivée ? Quelle est la dernière date dont tu te souviennes dans notre monde ? Si on commence par là, peut-être que…”
 
Ryoka s’interrompit soudain. Erin leva les yeux vers la porte où quelqu’un venait de frapper.
 
“Oh ?”
 
“Tu attends des invités ?”
 
Erin cilla. La fille Asiatique venait de repousser sa chaise et était soudain tendue, comme un animal sauvage. Elle haussa les épaules.
 
“Pas vraiment, mais ils sont peut-être simplement en retard.”
 
Elle haussa la voix.
 
“Entrez !”
 
La porte s’ouvrit. Ryoka regarda fixement le nouvel arrivant et recula en s’apercevant le gigantesque insecte brun-noir qui venait d’entrer dans l’auberge. Elle se tourna vers Erin, mais cette dernière souriait. La bouche de Ryoka s’ouvrit légèrement sous l’effet de la surprise.
 
“Klbkch ! Hay ! Entre donc !”
 
Ryoka regarda, bouche-bée, l’Antinium hocher la tête à l’attention d’Erin. Puis son regard fixe s’intensifia lorsqu’elle vit un lézard géant entrer dans la pièce, suivi de près par ce qui ressemblait à un Wookie en moins poilu et un autre lézard. Puis l’insecte prit la parole.
 
“Bien le bonsoir, Mademoiselle Solstice. J’espère que nous ne vous dérangeons pas ?”
 
“Quoi  ? Non. Je euh… non. Wow. Je n’attendais pas autant d’invités si tard.”
 
Ryoka dévisagea Erin. Cette dernière était en train de sourire.
 
“J’espère que notre présence ne vous importune pas, mais les affaires à régler en ville ont pris beaucoup de temps à résoudre.”
 
“Oh, Krshia, Selys ! Et Relc et Klbkch… est-ce que c’est… Pion ? Ksmvr ?”
 
Erin aperçut Zevara et elle écarquilla les yeux.
 
“Wow. Vous êtes tous venus pour manger ?”
 
“Si vous êtes en mesure de nous accueillir, nous vous en serions très reconnaissant. J’ai toutefois le regret d’annoncer que nous ne sommes pas les seuls hôtes pour ce soir.”
 
Klbkch hocha la tête à l’attention de Relc et du reste. La porte s’ouvrit un peu plus pour laisser entrer d’autres corps.
 
“Et on dirait que d’autres hôtes sont arrivés avec nous.”
 
Une file de petite créatures entrèrent dans la pièce, et cette fois-ci, Ryoka recula. Elle dévisagea les petits démons verts courtauds et leurs yeux cramoisis, et regarda Erin. Elle n’avait même pas l’air perturbée.
 
Puis un mage entra dans la pièce. Enfin, c’était de toute évidence un mage si on en croyait la longue robe dont il était vêtu, mais l’effet global était quelque peu entaché par les traces d’herbe et d’autres substances sur le tissu qui avait été blanc. Ryoka reconnut immédiatement Pisces et s’assit lentement dans sa chaise. La tête lui tournait.
 
Quand Erin aperçut Pisces et Loks, elle resta bouche-bée. Elle compta en silence ses invités plantés, mal à l’aise, devant l’entrée. Certains regardaient Erin, mais la plupart étaient en train de se dévisager.
 
Zevara épiait les Gobelins avec une malveillance non dissimulée et les Gobelins étaient occupés à s’écarter de tout le monde sauf d’Erin. Les trois Antiniums regardaient autour d’eux en silence tandis que Selys regardait avec une fascination horrifiée les Antiniums, les Gobelins, et Ryoka. Krshia renifla l’air tandis que Relc se tapotait l’estomac et que Pisces regardait autour de lui avec une moue vaguement méprisante sur le visage.
 
La tête d’Erin tanguait. Elle était surprise, prise au dépourvue, et elle n’avait aucune idée d’où était Toren. Mais elle était une [Aubergiste]. Elle avait beau être occupée, elle avait des invités. Elle s’attela à la tâche.
 
“J’ai des pâtes !”
 
***

L’enfer est quelque chose que l’on crée. Ryoka croyait fermement au fait de ne pas croire en une religion, mais l’idée de l’enfer l’avait toujours intriguée. Bien évidemment, un endroit rempli de soufre et de fourche était ridicule, mais l’idée de la souffrance, de la damnation, était intéressante. Comment l’enfer pouvait-il n’être qu’une seule chose ? Comment pouvait-il être une constante, quand il devrait être la représentation de la misère et de la souffrance pour chaque individu ?
 
La Damnation ne devrait pas être quelque chose où l’on va. Cela devrait être un lieu que l’on crée pour soi à partir de notre propre culpabilité et de nos peurs. Les gens créent leurs propre enfer et s’asseyent au milieu. Ryoka était certaine d’avoir entendu une citation de ce genre quelque part.
 
En ce moment précis, Ryoka était assise au milieu de son enfer personnel et très localisé. Elle était toujours à l’Auberge Vagabonde, mais à présent cette dernière était pleine de monde. Des gens en train de parler bruyamment et qui ne cessaient de venir se présenter. Et contrairement à chaque fête où elle était allée, chaque soirée et chaque rassemblement social, elle ne pouvait pas s’enfuir de celui-ci.
 
Ryoka était assise à une table et regardait la salle commune autour d’elle. Soudain, elle était pleine à craquer. Elle était passée de la pièce sombre et calme d’il y a une heure ou deux à cette salle braillarde pleine de lumière et de bruit.
 
Au moins la moitié des braillements provenaient d’un grand Drakéide assis au centre de la pièce à côté de l’un des Antiniums. Il s’appelait Relc, et il avait salué Ryoka en l’aspergeant d’une gorgée de jus bleu en criant “C’est toi ! L’humaine Coursière !”
Heureusement que les Coursiers avaient toujours sur eux des vêtements de rechange. Au moins, le compagnon du Drakéide avait été très poli. C’était un Antinium. Tout comme les deux autres insectes noirs assis à une table. Ryoka avait frissonné lorsqu’elle avait compris ce qu’ils étaient, mais à présent elle était juste désorientée.
 
L’un d’entre eux, un Antinium avec seulement deux bras et une jambes, jouait aux échecs avec l’un des Gobelins. Pion et Loks. Ryoka ne cessait de porter le dos sa main à son front pour s’assurer qu’elle n’avait pas de fièvre.
Et ce n’était pas tout. Erin bourdonnait d’un peu partout dans la pièce, remplissant les verres, servant des assiettes de pâtes, mais elle trouva quand même le temps de parler également avec Ryoka. Elle amena à la table dans le coin où se trouvait Ryoka une Drakéide. Erin sourit aux anges en lui présentant son amie.
 
“Hey Ryoka, voici Selys ! Selys, je te présente Ryoka. C’est une Coursière.”
 
La Drakéide - Ryoka était à peu près sûre que c’était une femelle - ouvrit la bouche et découvrit une rangée de dents très acérées.
 
“Oh, une Coursière de Ville ? Ça fait longtemps qu’on n’en a pas vu dans le coin ! Comment vas-tu ?”
 
“Bien.”
 
Ryoka prit la main de Selys, la secoua une fois, puis la relâcha très vite. Elle dut exercer toute sa maîtrise de soi pour ne pas s’essuyer la main pour effacer le contact des écailles lisses.
 
Erin ne parut pas remarquer le malaise de Ryoka. Elle se retourna vers Selys, un grand sourire aux lèvres.
 
“Hey, Selys, tu ne vas pas y croire. J’étais juste en train de discuter avec Ryoka et devine quoi ? Eh bien elle… aïe !”
 
Ryoka donna un coup de pied à Erin. Elle n’essaya même pas de le rendre discret. Toutes les têtes se tournèrent dans leur direction et il n’y eut soudain plus aucun bruit.
 
De l’autre côté de la pièce, Ksmvr attrapa la poignée de son épée. Un frisson parcourut l’échine de Ryoka, mais l’autre Antinium - Klbkch ? - assena immédiatement une tape sur l’épaule de Ksmvr et il s’arrêta.
 
“Hum.”
 
“Oups.”
 
“Aïe, pourquoi...”
 
Erin jeta un regard à l’expression de Ryoka, puis de nouveau à Selys. Elle sourit de nouveau, bien que ce sourire-là paraisse un peu plus forcé.
 
“Eh bien, euh, Ryoka, voici Selys. Selys, Ryoka.”
 
La Drakéide sourit de nouveau à Ryoka, et recula légèrement. Ryoka remarqua qu’elle entortillait sa queue.
 
“Je suis… ravie de faire votre connaissance, Mademoiselle Ryoka.”
 
“Moi de même.”
 
Les deux s’écartèrent. Selys attira Erin sur le côté.
 
“Est-ce qu’elle est… malade ?”
 
Erin fit la moue en se frottant le tibia. Ce coup de pied lui avait fait mal.
 
“Je ne sais pas. Elle était vraiment gentille tout à l’heure. Désolée. Pourquoi est-ce que cette Zevara est ici, d’ailleurs ?”
 
“Elle voulait te voir. Je crois que c’est parce que tu as tué ce monstre de peau.”
 
“Moi ? Ce n’est pas moi. C’étaient les Gobelins.”
 
Selys roula des yeux.
 
“Ils n’ont fait que l’achever d’après Klbkch. Erin ! Toute la ville ne parle que de toi !”
 
“Vraiment ?”
 
“Oh oui. Si ce n’était pas la folie là-bas, je suis sûre que plein de gens viendraient ici pour te voir.”
 
“Hum.”
 
Erin n’était pas sûre de savoir si c’était une bonne ou une mauvaise chose.”
 
“... Quelles sont les nouvelles ? J’ai entendu dire que beaucoup de gens sont morts.”
 
Selys marqua une pause. Elle baissa les yeux.
 
“Beaucoup de gens sont morts, en effet. Pas autant que ce qu’il y aurait pu avoir, grâce à la Garde et aux Antiniums mais… ce n’est pas le pire désastre auquel nous ayons dû faire face. Et on est en train de reconstruire. Chaque écaille morte te rend plus fort, si tu vois ce que je veux dire ?”
 
“Tu t’es battue, pas vrai ? Il faut que tu me racontes ça !”
 
“Seulement si tu me racontes ce qu’il s’est passé ici ! Mais devine quoi ? J’ai gagné des niveaux ! Et une nouvelle classe !”
 
“Quoi, sérieux ?”
 
“Yup ! Tu te tiens devant une [Guerrière] de Niveau 4 à présent !”
 
Selys gonfla la poitrine avec fierté et Erin émit les sons appropriés d’admiration.
 
“On dirait que la moitié de la ville a gagné des niveaux ou une nouvelle classe. C’est les effets de la guerre. On n’a jamais rien de mauvais dont il n’y ait pas un peu de bien qui ressorte. Bref, Krshia et moi voulions fêter ça et on savait que tu étais toute seule ici.”
 
“Bah, j’ai Toren.”
 
“Il ne compte pas. On voulait venir seules, mais Relc a décidé de venir aussi avec ce Klbkch et Zevara nous a dit qu’elle venait aussi et…”
 
C’est à ce moment-là que Ryoka cessa d’écouter la conversation chuchotée. Elle était en train d’assembler les pièces du puzzle, mais le manque de sommeil ajouté à des interactions sociales soudaines après une longue journée de course n’aidait pas. Le seul point positif était qu’elle était en train d’épuiser le stock de possibilités de surprises. Quand Ryoka avait vu Pisces, le [Nécromancien] qui avait soigné sa jambe et qui apparemment était le professeur de l’un des Gobelins, elle avait accepté la situation sans sourciller.
 
À un moment donné, un squelette entra dans l’auberge avec un énorme panier de fruits bleus et un seau d’eau dans chaque main. Il s’arrêta net lorsque Zevara et Klbkch commencèrent à sortir leurs épées de leurs fourreaux.
 
“Stop, stop !”
 
Erin se précipita entre Toren et les autres. Klbkch était déjà en train de ranger son épée, mais il fallut expliquer la situation pendant plusieurs minutes à Zevara pour qu’elle range la sienne.
 
Ryoka resta parfaitement immobile pendant qu’Erin lui présentait Toren. Elle plongea son regard dans ses orbites mortes au fond desquelles brillaient des flammes bleues jumelles et ne serra pas la main osseuse qu’il lui tendit. Il disparut dans la cuisine et réapparut avec une assiette et un verre qu’il posa devant Ryoka.
 
Des employés de service morts-vivants. Ryoka vit immédiatement à quel point cela pouvait être utile. C’était une super idée en théorie, mais en pratique, c’était plutôt… troublant. Elle n’arrêtait pas de jeter des regards à ses os, se demandant comment ils pouvaient rester solidaires sans muscles ni peau. Y avait-il d’invisibles fils magiques qui l’animaient ?
 
Elle mangea plus de nourriture, but plus de jus bleu. La tête de Ryoka lui tournait alors qu’elle se posait des milliers de questions à la fois. Lorsque la Gnolle nommée Krshia se présenta, Ryoka essaya d’être aussi polie que possible.
 
Elle avait vu d’autres espèces, bien sûr, mais cela avait toujours été des monstres. Peut-être avait-elle aperçu un ou deux de ces… Gnolls en ville, mais jamais en face à face. Et ici, elle voyait trois… non, quatre nouvelles espèces si on comptait les Gobelins, assis dans l’auberge, en train de discuter, de se comporter comme des gens.
 
À un moment, le plus petit des Gobelins sauta sur le siège en face de Ryoka et fit claquer un échiquier devant elle. Ryoka se dit que ce Gobelin lui était familier, mais ce dernier avança une pièce d’échec et la regarda fixement. Erin s’approcha, offrant des conseils sur le jeu puis la partie et tout le reste se fondirent dans le cauchemar.
 
***

Ryoka avait l’air de bien s’amuser. Erin le voyait bien. Elle regardait l’auberge, papotant avec Pion et jouant aux échecs contre Loks tandis que le reste des Gobelins s’asseyaient autour d’elle et que Toren ne cessait de remplir son verre. Elle avait l’air distraite, mais en même temps, l’auberge était plus animée qu’Erin ne l’avait jamais vue.
 
“Capitaine Zevara, une autre assiette de pâtes ? Ou un verre ?”
 
La grande Drakéide à l’air boudeur leva les yeux et agita la main en direction d’Erin.
 
“Ça ira. Tu es… Erin Solstice, c’est bien ça ? Nous nous sommes déjà rencontrées.”
 
“Vraiment ?”
 
Erin cligna des yeux, puis elle se souvint.
 
“Oh. En effet. Après que Klbkch… hum, comment vas-tu ?”
 
Zevara ignora la question observant le reste de l’auberge.
 
“Je suis venue ici parce que je voulais voir cet endroit de mes propres yeux. Je pensais que Relc exagérait, comme d’habitude. Pour une fois, il a peut-être dit la vérité. Bien qu’il n’ait jamais mentionné le fait que tu servais des Gobelins. Ni le squelette.”
 
Erin jeta un regard à Relc. Le Drakéide évita son regard tandis que Klbkch les dévisageait tour à tour.
 
“Il n’est pas passé dans le coin depuis un petit moment. Hum. J’espère que l’auberge te plaît ?”
 
“Je ne suis pas venue ici pour le plaisir.”
 
Zevara croisa le regard d’Erin.
 
“Ces Gobelins que tu protèges, et le mort-vivant. Je compte me pencher sur ce problème, ainsi que sur la mort de la… chose qui a attaqué ma ville.”
 
“Hum, d’accord ?”
“Zevara. Peut-être que ce n’est pas le moment ?”
 
Klbkch lança un regard appuyé à Zevara et elle acquiesça avec réticence. Il se tourna vers Erin.
 
“Ce sont des affaires professionnelles. Mais à la vérité, nous sommes tous venus ici fêter la survie de la ville. Là-dessus, permettez-moi de m’adresser à la salle ?”
 
“Quoi ? Oh, bien sûr, vas-y.”
 
Erin recula. Klbkch hocha la tête et se leva. Elle se demanda comment il allait attirer l’attention de tout le monde avec ce brouhaha, mais Klbkch se contenta de lever sa chope et d’attendre. Cela prit quelques minutes, mais un grand Antinium silencieux debout avec sa chope levée avait un effet apaisant. Klbkch attendit que tout le monde se soit tu puis il prit la parole.
 
“À tous ceux qui sont ici présents ce soir, permettez-moi de vous dire quelques mots. Ces derniers jours ont été marqués par l’une des attaques les plus mortelles qu’ait connue Liscor dans cette dernière décennie. Des erreurs ont été faites de la part des Antiniums et de la Garde et je m’en excuse. Des morts inutiles ont eu lieu, mais la ville et ses citoyens sont à présent en sécurité. La créature qui a attaqué Liscor est morte et, comme certains d’entre vous l’ont remarqué, je suis revenu à la vie. Ce n’est pas dans la nature des Antiniums de célébrer, mais j’adhère aux coutumes des autres espèces et vous invite tous à célébrer ces événements.”
 
Personne ne parla. Erin n’était pas sûre de si elle devait applaudir. Klbkch hocha la tête et reprit son discours tandis que Ksmvr sortait une bouteille de nulle part et la lui tendait.
 
“Il me semble qu’il est de coutume de faire un toast dans ces occasions. Pour l’occasion, ma Colonie a fabriqué sa propre boisson. Permettez-moi de vous présenter le rxlvn, un alcool que nous avons l’intention de vendre.”
 
Il montra une bouteille de verre transparente remplie d’une espèce de liquide noir mousseux.
 
“Permettez-moi de vous offrir un verre pour porter un toast à notre survie, notre santé, et au futur.”
 
Personne ne bougea. Relc regarda fixement la bouteille.
 
“Klb, ça ressemble à l’eau des égouts. Est-ce qu’on peut seulement boire ça ?”
 
L’Antinium acquiesça.
 
“C’est parfaitement sûr, je vous assure. Cette boisson a été largement testée sur des Antiniums et elle a beau être forte, elle reste consommable par tous ceux ici présents.”
 
Il regarda Erin et elle se tourna vers Toren.
 
“Est-ce que nous avons, euh, des verres à shot ? N’importe quoi qui soit petit ?”
 
En effet, ils avaient ça. On aurait plus dit des rince-doigts et Erin ne savait pas vraiment ce qu’on était censé y mettre. Mais ils firent de bons verres à shots improvisés, et chacun fut vite rempli du liquide noire et pétillant.
 
Tous sauf les Antiniums regardèrent leur verre avec appréhension tandis que Klbkch levait le sien.
 
“À la vie, au triomphe contre les morts-vivants, et à cette auberge.”
 
Il but, avalant calmement le liquide noir. Pion et Ksmvr l’imitèrent. Personne d’autre. Krshia renifla la boisson d’un air soupçonneux et Relc y trempa le bout de la langue.
 
“C’est plutôt bon.”
 
Erin déglutit. Elle vit Ryoka debout à l’écart du groupe, fronçant les sourcils devant son verre. Bon, ce n’était pas comme si elle était obligée de tout boire. Elle prit une petite gorgée de boisson. Ses yeux s’écarquillèrent.
 
“C’est bon. Hey, tout le monde, ça a bon goût !”
 
Ils se tournèrent tous vers elle. Erin vida son verre et sourit. Cela parut rassurer les autres. Loks et les Gobelins burent leur portion et regardèrent immédiatement s’il était possible d’en avoir plus. Krshia but le sien cul sec et gronda de satisfaction, et Relc et Zevara firent de même. Selys et Ryoka ne burent qu’une petite gorgée, et Pisces que quelques gouttes.
 
“Hey, c’est pas mauvais. Bien joué Klb.”
 
Relc éclata de rire en jetant le shot sur la table. Le reste d’entre eux émirent des sons similaires d’approbation. Krshia inclina la tête en direction de l’Antinium.
 
“Je pourrais peut-être trouver un marché pour ta boisson. C’est agréablement corsé. Les Gnolls, ils aimeraient ça je pense, oui ?”
 
Klbkch acquiesça. Il souriait, ou plutôt faisait son truc où il soulevait ses mandibules.
 
“C’est plutôt puissant dans sa forme actuelle. Je regrette que ce ne soit qu’un coup d’essai, et que la formule ne soit pas encore parfaite. Peut-être que nous aurions dû mitiger les effets de la boisson avec plus d’agent paralysant.”
 
Tout le monde le dévisagea. Erin ouvrit la bouche.
 
“Hum. Le quoi ?”
 
Ryoka sentit le haut de sa bouche s’engourdir. Elle tenta de reposer le verre à shot à moitié plein mais il lui glissa des doigts. Elle se pencha pour le rattraper mais tomba en avant.
 
Klbkch regarda fixement l’humaine alors qu’elle s’agitait vaguement sur le sol, tentant sans succès de se relever. Il regarda ensuite le reste des non-Antiniums qui se mettaient à vaciller, sourire, ou régurgiter.
 
“Ah.”


***

Les trois Antiniums marchaient à grandes enjambées à travers les plaines en direction de Liscor. Ou plutôt, en direction de l’entrée secrète juste devant. Inutile de déranger les gardes à la porte à cette heure.
 
Et de même, l’aspect “grandes enjambées” était exagéré, car deux des Antiniums étaient plus lents que l’autre. Pion devait être à moitié porté par Ksmvr, incapable de marcher en l’état.
 
Klbkch ralentit le pas pour laisser les deux autres le rattraper. Il prit la parole sans tourner la tête et les deux autres répondirent sans le regarder. Ils n’avaient pas besoin d’interaction visuelle. La communication entre les membres de leur espèce n’avait pas besoin d’autant de politesse sociale que pour les autres races.
 
“Je pense que cette nuit reste un résultat positif de manière générale, même après l’échec du rxlvn. Je m’excuserai demain envers les autres.”
 
Ksmvr et Pion n’acquiescèrent pas. Ils n’en avaient pas besoin. Mais Ksmvr prit tout de même la parole. Son ton était incertain lorsqu’il s’adressa à Klbkch.
 
“Avec tout le respect que je vous dois, la boisson ne doit-elle pas être considérée un succès, Prognugator ? C’était suffisamment puissant pour affecter même Relc.”
 
“Boire est censé être une activité sociale. Les effets étaient trop forts. Autre chose, réfrène-toi de m’appeler Prognugator. J’ai pris ce rôle car il était nécessaire pendant l’attaque contre Liscor. Toutefois, tu vas reprendre cette position à partir de maintenant.”
 
Pion regarda Ksmvr qui regardait le dos de Klbkch.
 
“Suis-je votre supérieur, alors ? Votre poste…”
 
“Je ne suis sous les ordres de personne d’autre que la Reine. Un nouveau poste va être créé.”
 
“Je vois. Et l’Individu connu sous le nom de Pion ?”
 
“Pour le moment, il va demeurer sous mon autorité, et non la tienne.”
 
“Je comprends.”
 
Les trois continuèrent de marcher. La voix de Klbkch était froide et impartiale lorsqu’il reprit la parole.
“À l’avenir, faites réduire par nos distilleurs la quantité d’alcool, d’agents soporifiques et d‘agents paralysants par deux dans la boisson. À ce que j’ai compris, l’acte de boire est censé être agréable. L’inconscience est le résultat final, pas le but.”
 
“Compris.”
 
“Ce sera fait.”
 
“Très bien. Je vais faire mon rapport à la Reine. Je vais tenter de communiquer avec Erin Solstice à un autre moment. Ksmvr, ramène Pion à la Colonie et attends tes instructions au matin.”
 
Klbkch s’éloigna avant qu’aucun des deux Antiniums n’ait pu répondre.
 
Au bout d’un moment, Pion prit la parole.
 
“Les objectifs de Klbkch ne sont pas clairs pour moi. Mais je suppose qu’il insinue que je ne serai plus un ouvrier.”
 
La voix de Ksmvr n’était plus hésitante. Il répondit à Pion d’une voix dénuée de sentiments.
 
“C’est ce qui nous a été ordonné. Tu vas, bien sûr, obéir.”
 
“Bien sûr. Je suis loyal à la Colonie. J’ai choisi.”
 
“Et pourtant tu m’as exprimé ton mécontentement à propose de Klbkch. Je suis ton Prognugator.”
 
“C’est vrai. Et tu as coupé mes bras et ma jambe.”
 
“J’ai fait ce qui était nécessaire pour le bien de la Colonie.”
 
“Oui. En effet.”
 
“Tu as également ordonné à des Ouvriers de quitter la Colonie, allant de ce fait à l’encontre de mes ordres.”
 
“Oui, j’imagine aussi.”
 
Les deux Antiniums continuèrent d’avancer en silence. Au bout d’un moment, Ksmvr reprit la parole.
 
“Ton affection à mon égard n’est pas nécessaire. Toutefois, pour le bien de la Colonie, nous devons travailler de concert.”
 
“Je sers la Colonie. Je suis loyal envers la Reine.”
 
“Bien.”
 
“Mais je te déteste toujours.”
 
Le silence, encore.
 
“L’étude des autres espèces suggère qu’une période de lien peut apparaître après le partage d’expériences.”
 
“Vraiment ?”
 
“Je suggère ceci comme une tentative pour amender le manque de confiance entre nous.”
 
“Je vois.”
 
“As-tu des suggestions à ce sujet ?”
 
Pion resta silencieux. Son unique jambe traînait contre le sol. Il tourna légèrement la tête vers Ksmvr.
 
“Dis-moi. Sais-tu jouer aux échecs ?”


***

Le jour suivant, Selys se réveilla dans une chambre au deuxième étage de l’Auberge Vagabonde, à côté d’un tapis mouillé et poilu. Ce tapis s’avéra être Krshia, et il apparut qu’elles avaient toutes deux dormi dans le même lit.
 
Selys dévisagea Krshia, sous le choc, jusqu’à ce que la Gnolle ouvre les yeux. Krshia fusilla le soleil du regard, puis cilla en regardant Selys.
 
“Bonjour, Selys.”
 
“Hum”.
 
Selys couina. Elle dévisagea Krshia, frappée d’horreur, puis baissa les yeux. Elles étaient nues. Elle crut voir sa robe pendue à la fenêtre ouverte. C’était un détail important, mais ses yeux ne cessaient de revenir sur la Gnoll couchée à côté d’elle. Juste à côté d’elle.”
 
“Hum. Huh. Salut, Krshia. Tu ne saurais pas si… est-ce qu’on a hum… est-ce qu’on a… ?”
 
Krshia haussa les épaules, puis renifla, fort. Elle secoua la tête.
 
“Hr. Il ne s’est rien passé.”
 
Selys crut entendre la Gnolle marmotter “dommage”.
 
“Oh. Bien. Je euh… je suis juste… je dois…”
 
Selys roula hors du lit, s’enfuit de l’auberge, et s’enferma dans son appartement pour le reste de la journée.
 
***

Deux heures après la fuite de Selys, Relc se retrouva allongé dans la plaine, entièrement nu. Il se leva, chercha ses vêtements, puis abandonna l’idée. Le Drakéide nu traversa les portes de Liscor au même moment ou la Capitaine de la Garde fut retrouvée évanouie dans un caniveau.
 
***

Six heures après que Relc ait causé un scandale, Pisces se réveilla avec de la lumière brillant sur son visage. Il agita faiblement ses mains et s’assit. Ce qu’il avait pris pour le soleil s’avéra être autre chose. Il regarda fixement la magie vacillante et pâlit.
 
***

Environ une heure après que tout le monde ait quitté l’auberge, Erin s’avachit sur une table, regardant d’un œil vitreux Toren s’agiter dans la pièce, ramassant des assiettes et des chopes et les rapportant dans la cuisine.
 
“Tu vois ça ? C’est pratique. Comme un… lave-vaisselle avec des jambes. Et une épée.”
 
Elle n’était pas saoule. L’alcool des Antiniums avait eu un goût noir-amer avec juste une note de quelque chose de fruité, mais il n’avait rien fait à Erin. C’était l’[Immunité à l’Alcool]. Elle n’était pas saoule.
 
“Si j’en avais dix comme lui… je détesterais probablement ça. Tu sais, la manière qu’il a de rester debout dans un coin. Très flippant. Trèèèèèèès flippant.”
 
Elle était juste fatiguée. Ryoka, en revanche, était saoule. Mais elle était toujours capable de rester debout, ce qui était plutôt impressionnant. Là encore, tout le monde avait été debout lorsqu’ils avaient titubé vers la sortie de l’auberge. Seules les Gobelins avaient pris le shot et s’étaient effondrés. Ils étaient toujours étendus par terre, sonnés. Loks était étalée face contre terre sur l’une des tables, le poing serré sur une pièce d’échecs.
 
Erin n’était pas sûre d’être réveillée. Elle voulait vraiment dormir, mais Ryoka était encore réveillée. Elle essayait clairement de rester réveillée et Erin avait le sentiment qu’il était courtois de faire de même.
 
Ryoka cligna des yeux plusieurs fois et fronça les sourcils. Elle vacillait sur sa chaise. Elle marmottait, la voix enrouée.
 
“Il faut qu’on parle. C’est… crucial. Un truc à propos de gens ? Si on est tous ici, qu’est-ce que ça signifie ?”
 
“Je ne sais pas ? Je ne savais pas qu’il y avait des gens.”
 
Ryoka fronça les sourcils, puis hocha la tête avec difficulté.
 
“Quand tu es arrivée ici. C’était important ? Quand tu es… arrivée ici. Un truc comme ça.”
 
Elle se prit la tête entre les mains et fronça les sourcils, fort. Erin haussa les épaules. Elle dérivait sur une mer de nuages. C’était à ça que ressemblait la table dans son esprit. Elle ferma les yeux, puis sursauta. Ryoka faillit tomber de sa chaise.
 
Erin décida qu’elle se devait d’être la voix de la raison.
 
“C’est trop tard pour parler de tout ça. On devrait dormir.”
 
Ryoka y réfléchit un instant. Puis elle finit par acquiescer.
”Demain. Mais on doit parler.”
 
“Oui. Mais après avoir dormi.”
 
Les deux tombèrent d’accord. Elles hochèrent tellement la tête qu’elles faillirent s’endormir.
 
“En haut il y a des lits. Tu peux en prendre un.”
 
Erin erra en direction de la cuisine. Ryoka fronça les sourcils et regarda la porte.
 
“Tu ne fermes pas à clef ?”
 
“Je devrais ?”
 
“Oui.”
 
Erin ne voyait pas l’intérêt. Elle vacilla. La porte était tellement loin. Mais Toren s’y rendit en quelques enjambées et la verrouilla. Elle sourit. Elle était sauvée ! Elle pouvait aller se coucher.
 
“Voilà. C’est fermé à clef.”
 
Ryoka regarda la porte en plissant les yeux. Puis elle hocha la tête, visiblement satisfaite. Sans un mot, elle avança d’un pas mal assuré vers les escaliers. Erin l’entendit se cogner plusieurs fois en montant.
 
Il était temps d’aller au lit. Erin était épuisée. Elle avança en titubant vers ses draps, trop fatiguée pour ne serait-ce que penser à se déshabiller ou à se brosser les dents. Elle s’enroula dans ses couvertures et regarda le plafond.
 
Tellement fatiguée. Tellement épuisée. Tant d’argent donné par ses invités ! Mais tout ça n’était qu’un détail face à l’information la plus importante. Cela l’avait animée, lui avait donné des ailes alors qu’elle servait ses invités. C’était crucial, la seule chose qui avait de l’importance.
 
Erin murmura en direction du plafond.
 
“Je ne suis pas seule.”
 
Elle sourit, et plongea dans le sommeil avec cette merveilleuse sensation logée au creux de sa poitrine.
 
Le bonheur.
 
***

Erin ne dormait que depuis une demi-heure lorsque la porte de son auberge explosa. En se précipitant hors de la cuisine, elle vit Pisces debout devant l’entrée, les mains pleines d’éclairs crépitants. Son visage était pâle.
 
Ryoka était ramassée dans l’escalier, prête à bondir sur le mage. Mais elle s’en empêcha. Quelque chose brillait dans l’auberge sombre, et ce n’était pas seulement la magie lovée autour des mains du mage.
 
Une étincelle de lumière vacillante flottait autour de la tête de Pisces. Une danse de lucioles faites de couleurs et de formes. Elles épelaient des mots qu’elle ne pouvait lire et dont la signification échappait à Ryoka, mais elle les reconnaissait. Elle reconnaissait ce sort. Elle s’assit dans l’escalier, les jambes soudain de coton.
 
Erin cilla devant le bois brûlé de sa porte. Oh. Elle l’avait verrouillée. Elle regarda Pisces et ouvrit la bouche pour crier, mais elle hésita.
 
“Pisces, qu’est-ce que... .?”
 
Le visage du mage qui la dévisageait était pâle. Il se contenta de trois mots.
 
“Ils sont vivants.”
 


Hors ligne EllieVia

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Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
« Réponse #74 le: 01 août 2020 à 10:56:21 »
2.02
Traduit par EllieVia

"Qui ça, 'ils' ?"
 
"Pisces n'a pas précisé. Il a simplement dit que si Ceria est vivante, d'autres pourraient l'être aussi."
 
"Et elle est vivante ?"
 
"Oui ! L'espèce de sort de message disait qu'elle avait besoin d'aide. Elle est quelque part au fond des Ruines."
 
"Et tu penses pouvoir les sauver avec l'aide de Relc et Klbkch, c'est ça ?"
 
"Ouais !"
 
"Oublie."
 
Erin marqua une pause.
 
"... Quoi ?"
 
Zevara tenait un torchon mouillé sur sa tête et fronçait les sourcils à l'attention d'Erin par-dessus son bureau.
 
"J'ai dit non. Je n'envoie pas deux de mes meilleurs garde là-dedans sans une bonne raison. Tu veux aller sauver ces putains d'aventuriers ? Vas-y toute seule. "
 
"Mais on a besoin d'eux ! Relc et Klbkch… ce sont des Gardes Vétérans. Ils peuvent se battre."
 
"Ce sont des Gardes Vétérans."
 
Acquiesça Zevara en se massant les tempes d'un air absent.
 
"Mais ils ne sont absolument pas obligés d'aider des non-citoyens. Et c'est ce que tu es. De plus, je ne vais pas prendre le risque de perdre Klbkch une de nouveau. Pas depuis la dernière fois."
 
Erin ouvrit la bouche pour protester, et la Capitaine de la Garde lui lança un regard appuyé.
 
"Pas une deuxième fois."
 
Erin ferma la bouche et fronça les sourcils, butée.
 
"Je vais juste aller leur demander de m'aider pendant leur temps libre, alors."
 
"Je vais leur interdire de t'aider. Ils sont des atouts de valeur pour la ville."
 
"Tu n'as pas le droit de faire ça !"
 
"Bien sûr que si."
 
Erin dévisagea Zevara. Les yeux de la Drakéide étaient mauves et elle soutint le regard d'Erin jusqu'à ce que l'humaine détourne les yeux."
 
"Tu… tu…"
 
"Si tu as fini, sors. J'ai une ville à protéger, et je n'ai pas à écouter une humaine me couiner dessus."
 
Pendant une seconde, la fille considéra l'option de retourner le bureau de Zevara et faire tomber toute sa paperasse soigneusement organisée par terre. Elle s'en abstint parce ça n'allait pas arranger les choses, et parce que le bureau avait l'air très lourd.
 
Et puis, Selys lui avait dit que Zevara pouvait cracher du feu.
 
La fille marcha d'un pas rageur vers la porte et Zevara grimaça et lui lança un regard noir. Erin se retourna, la main sur la poignée.
 
"S'ils meurent, ce sera de ta faute."
 
Zevara resta de marbre.
 
"Va dire ça aux gens qui sont déjà morts."
 
Elle n'avait rien à répondre à ça, donc Erin s'en alla. Elle claqua le plus fort la porte en sortant. Ça la fit se sentir un peu mieux.
 
Ryoka attendait impatiemment en bas des escaliers lorsqu'Erin redescendit. La grande fille était pratiquement en train de rebondir sur ses pieds nus, ignorant les regards appuyés des gardes de la caserne.
 
"Alors ?"
 
Erin secoua la tête d'un air sombre.
 
"La garde ne nous sera d'aucune aide. Et, euh, je crois qu'on devrait partir. Tout de suite."
 
C'est ce qu'elles firent. Ryoka s'arrêta à quelques pas devant le bâtiment carré à deux étages, et de tourna vers Erin.
 
"Je croyais que tu avais dit qu'on pourrait avoir de l'aide ici."
 
"Je le pensais aussi ! Mais on dirait que les gens en veulent d'une certaine façon aux aventuriers pour l'attaque. Ce qui se comprend."
 
"Ce qui se comprend ?"
 
Erin se recroquevilla devant le regard noir de Ryoka. Elle ne la connaissait pas depuis longtemps, mais Ryoka semblait équipée de deux modes : intense ou maussade. Et en ce moment, elle vibrait pratiquement d'énergie. Elle se serait immédiatement précipitée dans les Ruines quand Pisces était venu les voir si Erin et elle n'avaient pas été toutes deux épuisées et saoules. Néanmoins, elle s'était présentée à l'aube pour demander à être emmenée aux Ruines.
 
"Ce mage - Pisces a dit qu'il allait descendre chercher les Cornes d'Hammerad. Je vais aller avec lui. Essaie de convaincre d'autres gens d'aider."
 
Ryoka se détourna et Erin lui attrapa le bras. La Coursière sursauta et la fusilla du regard. Erin la lâcha instantanément.
 
"Désolée. Écoute, tu veux descendre dans les Ruines super-flippantes avec Pisces ?"
 
"Oui. Les Cornes sont là dessous. Je vais les chercher."
 
"Mais avec Pisces ?"
 
"C'est un Nécromancien, c'est ça ? Je sais qu'il est puissant."
 
"Oui, mais c'est… Pisces, vois-tu ?"
 
Ryoka se contenta de la regarder fixement. Erin se gratta la tête. Il était un peu plus de midi et sa tête lui paraissait toujours embrumée.
 
"Tu tiens vraiment à eux, hein ? Je veux dire, moi aussi, mais Ryoka, c'est de la folie."
 
Ryoka haussa les épaules.
 
"J'ai une dette envers eux. Je vais descendre et revenir avec eux ou rester là-dessous."
 
Dit comme ça, ça avait l'air héroïque et proche de la folie. Erin ouvrit la bouche et leva un doigt.
 
"Ou on pourrait trouver des renforts."
 
"Tu avais déjà dit ça pour tes deux amis gardes."
 
"En effet. Mais je connais d'autres gens. Zevara a dit qu’elle allait interdire à Klbkch et Relc de venir. Eh bien, elle peut le faire, mais je parie que Klbkch est plus haut gradé qu'elle."
 
"D'accord. Allons lui demander."
 
Ryoka se tourna et se mit à marcher. Elle était tellement rapide ! ! Sa version de la marche était la version du jogging d'Erin. La fille fit trois mètres et de retourna pour fusiller Erin du regard.
 
"Bon, qu'est-ce que tu attends ?"
 
Erin sourit d'un air désespéré et regarda autour d'elle.
 
"Hum, je ne suis jamais vraiment allée dans la Colonie. Il va peut-être falloir qu'on demande où c'est à un Ouvrier."
 
"Un quoi ?"


***

Les gens sont lents. Les conversations sont lentes. Les Cornes d’Hammerad sont en vie ! Je devrais être en train de courir dans les Ruines en ce moment, mais je suis coincée ici avec une fille qui n’a pas l’air de saisir le concept de se dépêcher*.
 
*Ni grand-chose d’autre, si je dois être honnête. Elle vient de mon monde, j’ai compris. Mais est-ce qu’elle est vraiment complètement dans la lune ou est-ce qu’elle ne prend tout simplement rien au sérieux ?  Elle traîne avec des insectes qui parlent et ne cille même pas devant des tarées de demi-portions démoniaques*.
 
*Les Gobelins.
 
Le temps. On en revient toujours au temps. Tout ne se résume pas à un sprint de 400 mètres, mais quelques choses se jouent à une poignée de secondes.
 
           La situation est urgente. Mon amie… Ceria et le reste sont vivants. Ou au moins, elle est vivante. Et elle est restée au fond des Ruines pendant des jours, possiblement sans eau ni nourriture pendant tout ce temps. Elle est en vie.
 
Je dois l’aider. Mais je ne sais comment, je suis coincée ici, à suivre Erin Solstice de partout. Elle est cool. C’est une aubergiste. Mais elle n’a pas l’air de réaliser à quel point c’est important.
 
J’ai dû la pousser à courir dans les rues et elle a fini par s’arrêter parce qu’elle avait peur du regard des gens. On a trouvé la Colonie, et l’étrange Ouvrier insectoïde a disparu dedans pendant quelques minutes avant de revenir avec l’Antinium bizarre.
 
Les Antiniums. Les envahisseurs assassins du bout du monde. Je pourrais tout à fait avoir l’usage d’une pleine armée d’entre eux, mais on dirait que ça ne va pas pouvoir le faire.
 
“Et à ce moment-là, elle a dit qu’elle allait vous interdire d’aider ! Tu y crois, ça ?”
 
C’est quoi le problème de cette fille avec le fait de parler avec des gens ? Je devrais juste partir. Tout de suite. Mais…
 
Des zombies ? Erin a bien dit qu’il y avait des zombies c’est ça ?
 
Est-ce que je peux me battre contre des zombies ? Est-ce que leur mettre des coups de poing sert à quelque chose, déjà ?
 
Et si je me fais mordre ?
 
Je dois y aller.
 
Klbkch, l’Antinium avec seulement deux bras, dévisage d’abord Erin, puis moi. Je ne l’aime pas. Il nous a drogués la nuit dernière, ou nous a filé un alcool magique en douce. J’ai pris une gorgée de sa mixture et je suis devenue folle.
 
Qu’est-ce qu’il veut ? Pourquoi est-ce qu’Erin croit qu’il va l’aider ? S’il est le Prognugator de la Colonie, il devrait être beaucoup trop important pour vouloir avoir quoi que ce soit à faire avec nous.
 
À moins qu’il ne se doute de notre origine. Ou est-ce autre chose ? Le livre disait que les Antiniums n’ont pas de noms à par le Prognugator et les Reines. Donc pourquoi ai-je croisé deux autres Antiniums avec des noms ?
 
Concentre-toi. Je dois sauver Ceria et le reste.
 
“Donc, euh. Est-ce qu’on peut emmener quelques-uns de ces espèces de grands soldats ?”
 
Klbkch croise les bras et paraît réfléchir à la question. L’Ouvrier qui est allé le chercher est parti à l’instant où il a terminé sa tâche, mais Klbkch est sorti de la colonie avec l’Antinium aux épées. Ksmvr. Il me met juste mal à l’aise. Est-ce que c’est un garde du corps ? Une nouvelle forme d’Antiniums ? Ou est-ce que c’est plutôt Klbkch ? Ils ne sont pas censés n’avoir que deux bras.
 
Enfin, Klbkch secoue la tête avec réticence.
 
“Je suis navré, Erin, mais je ne peux pas t’assister pour cette mission.”
 
Son visage se décompose. J’ai déjà entendu dire de quelqu’un qu’il était un livre ouvert, mais Erin peint ses émotions sur un panneau et l’agite partout où elle va.
 
“Quoi ? Pourquoi ?”
 
“L’accord qui nous lie avec Liscor stipule que nous ne pouvons pas amener de Soldats à la surface à moins que la requête ne provienne d’une figure d’autorité, que nous ne soyons en temps de guerre ou pour défendre la ville.”
 
Merde, merde merde. Mais j’imagine que c’est mon tour. Si je pouvais obtenir certains de ces soldats dont Erin parle… Je m’éclaircis la gorge. Klbkch se tourne vers moi. Je déteste parler aux étrangers.
 
“Corrigez-moi si je me trompe, mais les Ruines ne représentent-elles pas clairement une menace ? C’est bien de là que sont sortis les morts-vivants, non ? Les neutraliser constituerait un acte de défense de la cité.”
 
Pas bon. Deux phrases interronégatives. Je devrais faire des phrases déclaratives et parler avec assurance. C’est ce que m’a enseigné mon bon vieux papa. Regarde les gens droit dans les yeux, exprime-toi clairement, et mens effrontément quand il le faut.
 
Klbkch hoche la tête, et prend son temps pour répondre, comme un avocat en train de monter son affaire.
 
“C’est vrai selon une certaine interprétation. Mais je pense que beaucoup verrait cela comme un dangereux précédent, surtout après que les Antiniums aient échoué à agir pendant l’attaque des morts-vivants.”
 
“Non. Klbkch, on a besoin d’aide. On a vraiment besoin d’autre. Ryoka et moi ne pouvons pas descendre là-dedans toutes seules. Ni même avec Toren et Pisces.”
 
Whoa. Attends une seconde. Elle vient de dire qu’elle allait venir avec moi ? Et quoi d’autre ? Toren ? Le squelette ? Elle veut emmener un squelette se battre contre ses congénères ? Est-ce qu’elle peut seulement faire confiance à ce truc ?
 
Klbkch se contente pourtant d’acquiescer comme si c’était tout naturel.
 
“Je comprends. Mais ma Reine verre les choses du point de vue de Zevara, j’en ai crainte. Je peux toutefois fournir un peu d’aide.”
 
“Vraiment ?”
 
Il hoche la tête. Klbkch regarde l’autre Antinium par-dessus son épaule.
 
“Ksmvr. Va avec Erin Solstice et protège-la.”
 
Les mandibules de l’Antinium s’écartent en grand, ce qui est leur version d’une expression de surprise, j’imagine.
 
“Moi ? Mais je suis un Prognugator. Je ne peux pas…”
 
“Silence. Tu iras.”
 
Klbkch se retourne de nouveau vers Erin et incline poliment la tête. Pourquoi est-ce que cet Antinium a l’air vaguement Japonais ? Stéréotypes sur la vie d’entreprise japonaise mise à part, c’est peut-être parce qu’ils sont aussi polis.
 
Un seul soldat d’une Colonie capable de lancer des milliers de soldats sur le terrain me paraît un peu faible, comme participation, mais Erin sourit.
 
“Donc tu ne vas pas essayer de m’en empêcher, alors ?”
 
“Si je te disais de ne pas y aller, je pense que tu y iras quand même. Relc et toi partagez les mêmes tendances.”
 
“Ce n’est pas un compliment.”
 
“j’en suis conscient.”
 
Okay, si c’est tout, il est temps d’y aller.
 
“Il faut y aller. Allons au Ruines.”
 
Erin secoue la tête. Est-ce qu’elle est têtue ou est-ce qu’elle ne réalise pas qu’on doit se dépêcher ?
 
“Pas tout de suite. Krshia et Selys pourront peut-être aider. Allons les voir.”
 
À moins qu’elles ne soient secrètement d’incroyables guerrières, j’en doute. Mais Klbkch a l’air approbateur. Il hoche la tête à mon intention alors que je pousse Erin pour qu’on reprenne la route.
 
Sa voix est basse, mais je l’entends tout de même s’adresser à l’autre, Ksmvr, en partant. Erin ne remarque rien. Elle est trop occupée à choisir qui aller voir en premier, Krshia ou Selys.  Mais je l’entends.
 
“Protège Erin et ceux qui l’accompagnent. Sa vie est plus importante que la tienne. Si elle est blessée ou qu’elle meure, je te ferai démembrer.”
 
Encore quelque chose à cogiter, mais pas tout de suite. Je continue à pousser Erin, ignorant ses protestations comme quoi elle a mal aux pieds. On ne peut pas ralentir. Je ne peux pas m’arrêter.
 
On doit se dépêcher.
 
Je ne peux pas me permettre d’arriver encore trop tard.


***

“Tu ne veux pas attendre une journée ?”
 
“Non.”
 
Ryoka répondit avant même qu’Erin ait eu le temps de répondre. C’était incroyable, mais la fille était encore plus hyperactive qu’avant. Elle se balançait de pied en pied, vérifiant la position du soleil ou l’heure sur son iPhone toutes les trois secondes.
 
“On ne peut pas attendre, Krshia. Si Ceria est là-dessous, elle pourrait bien être en danger en ce moment même.”
 
“Hrm. Mais c’est très dangereux. Cette créature de peau, il pourrait en y avoir plus, oui ? Et même s’il n’y en a pas, beaucoup de morts-vivants n’ont pas péri pendant l’attaque. Ils attendront là-dedans.”
 
“Tu viens ou pas ?”
 
Erin grimaça. Être franche et malpolie face à un Gnoll était… eh bien, en fait, ce n’était pas pire. Krshia renifla d’un air amusé au ton de Ryoka.
 
“Patience, jeune chasseuse. Même avec Ksmvr, un guerrier, vous deux et le mage et le squelette n’allez pas suffire, oui ? Je suggère d’attendre parce qu’avec du temps, de l’aide pourrait se présenter.”
 
“De l’aide ? Quel genre d’aide ?”
 
Krshia sourit à Erin.
 
“Plusieurs membres de ma tribu arrivent par la route du sud. Ils seront là demain, voire plus tôt. Ce sont tous des guerriers, et ils vous aideront sûrement à trouver vos humains pour vous.”
 
Les mots de Krshia firent surgir un souvenir dans l’esprit de Ryoka. Elle dévisagea la Gnolle. Cela ne pouvait pas être une coïncidence. Erin secoua la tête à l’attention de Krshia.
 
“On ne peut pas attendre. Je suis désolée, mais on entre. Est-ce que tu viendras avec nous ?”
 
Avec regrets, Krshia secoua la tête.
 
“Je ne peux pas. Je dois attendre ma famille et mes flèches ne seraient pas efficaces contre des choses mortes.”
 
Erin poussa un long soupir. Elle s’était douté que cela se passerait comme ça, mais ça la blessait quand même.
 
“Okay. Okay. En ce cas je vais devoir t’acheter quelques trucs.”
 
Krshia écarta les pattes.
 
“Mon échoppe est ouverte. J’ai des potions de soin que je vais te donner, et tu pourras me payer plus tard. De quoi as-tu besoin ? Tu n’as qu’à demander.”
 
“Des poêles à frire, des couteaux… enfin, non, des cailloux suffiront. Donc juste les poêles.”
 
“Des poêles ?”
 
Krshia avait l’air soupçonneuse, mais elle vit qu’Erin était sérieuse.
 
“Très bien. J’en ai de bonnes en fonte. Combien en veux-tu ?”
 
“Deux… trois… combien en as-tu ?”
 
Erin ne prit qu’une minute pour choisir les bonnes poêles. Puis elle se retourna et hocha la tête en direction de Ryoka.
 
“Allons voir Selys, alors. Elle pourra peut-être aider. Si ce n’est pas le cas, on y ira.”
 
La fille ne bougea pas. Elle dévisageait Krshia en fronçant les sourcils. Ryoka semblait avoir un problème, et les autres femelles finirent par s’en rendre compte. Krshia sourit à Ryoka.
 
“Est-ce qu’il y a quelque chose que tu voudrais dire ?”
 
“Ces autres Gnolls dont tu parlais. Ils arrivent par la route du sud ?”
 
“Oui. Si vous attendez, ils seront bientôt là.”
 
“Non. Ils ne vont pas venir.”
 
Krshia fronça les sourcils.
 
“Qu’est-ce qui t’en rend si certaine ?”
 
“Ils sont morts. Je les ai vus.”
 
Erin détourna le regard de Ryoka pour voir la réaction de Krshia juste à temps pour voir la commerçante Gnolle s’immobiliser complètement. Sa queue, d’habitude toujours en train de s’agiter, s’arrêta. Ses oreilles se figèrent et ses pupilles se dilatèrent. Elle dévisagea Ryoka.
 
“Explique-moi.”
 
“J’ai trouvé un groupe de Gnolls morts sur ma route pour venir à Liscor. Ils étaient à une soixantaine de kilomètres de la cité, tous morts. Quelque chose les a découpés en morceaux.”
 
Krshia serra le poing, attirant immédiatement les regards d’Erin et Ryoka furent immédiatement attirés. D’habitude, la main de Krshia était une patte, plus poilue que celle d’un humain mais globalement semblable. À présent, ses griffes paraissaient s’allonger. C’était peut-être un jeu de lumière. Mais regarder les mains de Krshia à cet instant, c’était se rappeler qu’elle avait des ongles. De longs ongles aiguisés, qui pouvaient servir à découper quelqu’un en tranches.
 
La Gnolle dévisagea Ryoka de toute sa hauteur en silence. Son visage était dénué d’expression, et sa voix dénuée d’émotion.
 
“Qui ?”
 
“Je ne sais pas. Mais quelques heures plus tard, j’ai croisé quelqu’un sur la route. Une femme avec un gros œil appelée Scruta.”
 
Erin regarda Ryoka avec stupéfaction, bouche-bée, mais Krshia se contenta de hocher la tête.
 
“Merci de m’avoir dit cela, Ryoka Griffin. Je crois que tu ne mens pas ?”
 
“Non.”
 
Krshia inclina lentement la tête.
 
“C’est ce que je pensais, et je sens que c’est vrai. Très bien. Vous devez partir. Sauvez vos amis.”
 
Erin hésita, mais Ryoka la tira en arrière. Les deux filles se mirent à courir dans la rue et Krshia les suivit du regard.
 
La Gnolle resta silencieuse, debout derrière son étal recouvert de marchandises soigneusement organisées. Un Drakéide trottina vers elle, heureux d’être enfin servi. Krshia se retourna pour le regarder, ses écailles virèrent au gris et il s’éloigna d’un pas mal assuré.
 
Lentement, Krshia se retourna et rentra dans sa petite échoppe. Elle fouilla d’une patte dans le fond, jusqu’à trouver un long paquet enroulé posé avec précautions sur quelques paniers. Krshia le ramena avec elle et le posa sur le comptoir, balayant son étalage pour faire de la place.
 
Elle n’allait pas plus vite que d’habitude. Il y aurait assez de temps pour ça, plus tard.
 
Krshia déballa l’arc et le posa contre le mur. Elle sortit la corde du baluchon, vérifia qu’elle était toujours huilée et lisse. Puis elle entreprit d’encorder l’arc.
De l’autre côté de la rue, le commerçant Lism, ce gâchis de fourrure, s’avançait vers Krshia. Probablement pour se plaindre de l’une des deux humaines. Krshia ne lui prêta aucune attention. Elle plongea la main dans le baluchon et en tira un paquet emballé.
 
Lism jeta un regard aux énormes flèches à tête large que Krshia était en train de déballer de leur papier ciré et fit immédiatement demi-tour. Le reste des piétons dans la rue virent la commerçante en train de s’armer et se dispersèrent.
 
L’arc était encordé, et Krshia plaça les flèches dans un carquois attaché à sa taille. Elle était prête. Elle ouvrit le panneau latéral de son échoppe et sortit.
 
Puis elle leva la tête au ciel et se mit à hurler.
 
***

Selys n’avait pas de meilleures nouvelles pour Erin. La Drakéide se contenta de secouer la tête et d’écarter les mains d’un air impuissant.
 
“Désolée, Erin. Je sais que c’est grave mais personne ne veut aller dans les Ruines. Pas après ce qui en est sorti.”
 
“Mais il y a d’autres aventuriers coincés là-dessous. Des amis. Des frères d’armes, ce genre de chose. Tu dis que personne ne va venir les aider ?”
 
“Tous les meilleurs aventuriers humains sont descendus avec les Cornes d’Hammerad. Ceux qui restent sont… eh bien…”
 
“On est juste plus intelligents qu’eux, c’est tout.”
 
La Drakéide et l’Humaine se retournèrent pour voir qui avait parlé. Un Drakéide armé d’une épée était assis, les pieds sur la table, se balançant sur sa chaise à l’aide de sa queue. Il éclata de rire avec ses amis, tous Drakéides, et se mit à plaisanter au sujet des aventuriers.
 
Erin regarda autour d’elle d’un air désespéré. Il n’y avait pas que des Drakéides et des Gnolls dans la pièce.  Il y avait aussi quelques humains, mais aucun ne voulait croiser son regard. Ou ceux qui osaient riaient avec les aventuriers.
 
“Personne d’entre vous ne va venir les aider ? S’il vous plaît, ils ont des ennuis.”
 
“Ils auraient dû s’en sortir tout seul ou ne pas aller chercher les ennuis pour commencer, Humaine.”
 
Le Drakéide qui avait prit la parole le premier se remit à rire avec ses amis.
 
“Ou peut-être qu’ils se sont contentés de fuir dès qu’ils ont aperçu les morts-vivants et se sont fait tuer. Dans tous les cas, on ne va pas risquer notre cuir pour une poignée d’idiots.”
 
“Lâches.”
 
Ryoka lâcha l’insulte d’une voix forte, et elle eut l’effet d’un coup de couteau. Elle trancha à travers le bruit et les rires et fit claquer la chaise du Drakéide qui avait parlé dans un bruit sourd.
 
L’humeur de la pièce changea. Les aventuriers attablés fusillèrent Ryoka du regard. Elle leur rendit leur regard noir.
 
“Je croyais que les aventuriers étaient censés être courageux. Toi et ta bande devriez vous débarrasser de vos épées et devenir Coursiers. Au moins, eux sont payés pour fuir.”
 
Les Drakéides assis à la table se levèrent, sifflant d’un air furieux. Selys assena un poing sur le comptoir.
 
“Arrêtez ça ! Interdiction de se battre ! La ville a vu suffisamment de combats pour le moment !”
 
Les Drakéides hésitèrent. L’ambiance générale n’était pas de leur côté, et ils n’étaient pas pressés de se battre de toute façon.
 
Ils se rassirent. C’était peut-être dû au regard de Ryoka et les rumeurs qui couraient sur la Coursière folle aux pieds nus. Mais c’était sans doute à cause de l’expression d’Erin qui les dévisageait. Tout le monde avait entendu parler de l’humaine qui avait pourfendu le monstre de peau.
 
“Je suis désolée.”
 
S’excusa de nouveau Selys, mais Erin se contenta de secouer la tête. Ryoka était déjà en train de sortir de la Guilde, et Erin se précipita sur ses talons en s’excusant rapidement auprès de Selys.
 
Cette fois-ci, Ryoka se dirigea directement vers les portes de la ville sans dire un mot. Erin devait presque courir pour la rattraper. Les deux filles marchèrent à travers la foule en silence.
 
Elles entendirent le hurlement commencer au moment où elles quittaient la Guilde des Aventuriers. D’autres voix de Gnolls s’y joignirent immédiatement, et les rues se mirent à résonner, et les Drakéides et les humains se figèrent avant de chercher l’origine du bruit d’un air éperdu. Mais aucune des filles ne daigna ne serait-ce que lever la tête.
 
“Bon. Ksmvr a dit qu’il nous rejoignait aux Ruines. C’est déjà ça.”
 
“J’imagine. Tu as besoin de passer à l’auberge ?”
 
“Ouais. Laisse-moi quelques minutes et je serai prête à partir.”
 
“Bien. Je vais t’aider à tout prendre. On aura besoin de nourriture, d’eau, de potions de soin…”
Erin souleva le sac qu’elle avait ramené du magasin de Krshia. Elle avait des potions de soin dedans, ainsi que les trois poêles qu’elle avait achetées. Ryoka y jeta un œil mais ne fit aucun commentaire. Au bout d’un moment, Erin posa la question qui la taraudait.
 
“Tu as croisé Scruta ?”
 
“Tu la connais ?”
 
“Ouais. Elle dormait à mon auberge. Elle m’a aussi aidée la première fois que je l’ai vue. Elle était, hum, sympa. Tu penses vraiment qu’elle a… ?”
 
“Je ne sais pas. Mais elle n’était pas loin des Gnolls et elle faisait mine de ne pas savoir de quoi je parlais quand je lui ai demandé.”
 
Ryoka fit quelques pas et hésita.
 
“Elle… était dérangeante.”
 
“À cause de l’œil ? Ça me faisait un peu flipper.”
 
“Non. C’était elle. Je ne saurais pas expliquer, mais tous ces Gnolls morts avaient été décapités. D’un seul coup.”
 
“Oh. Elle a… une épée très tranchante.”
 
“Vraiment ?”
 
“Oui.”
Elles ne dirent rien de plus avant d’être rentrées à l’auberge. Cela ne leur prit qu’un quart d’heure, et Erin était essoufflée en arrivant. Au regard que Ryoka lui lança, Erin fut certaine qu’elle se faisait juger. Elle ne suait même pas, elle.
 
Il faisait froid, de toute façon, pas assez chaud pour suer. On n’aurait pas dit que c’était l’hiver, mais après tout, peut-être que c’était l’équivalent de la Floride. Erin ouvrit la porte et sursauta.
 
Toren était debout dans l’entrée, l’épée à la main. Il regarda Erin d’un air curieux tandis que Ryoka levait les poings et reculait d’un pas.
 
“Toren ! Ne reste pas planté dans l’entrée avec une épée ! Viens m’aider !”
 
Erin poussa le squelette et Toren remit l’épée au fourreau avant de la suivre alors qu’elle lui criait des instructions. Ryoka regarda le squelette d’un air méfiant, mais Toren se contenta de courir humblement de partout, amassant quelques fioles vertes luminescentes, des provisions, et, pour une raison inconnue, quelques cailloux ramassés dehors.”
 
“Prête !”
 
Erin réapparut quelques minutes plus tard avec un sac à dos plein à craquer, et ses trois poêles attachées dessus. Ryoka regarda le sac d’un air dubitatif. Bah, Erin pouvait toujours rester en arrière et porter la nourriture. Elle n’avait aucune idée d’à quel point les Ruines étaient profondes. Elle ne savait rien sur les Ruines, de toute façon.
 
C’était le pire moyen d’entrer dans une zone dangereuse, mais Ryoka n’avait pas le choix. Elle devait y aller.
 
“Tu as fini ? On y va.”
 
“Okay. Toren portera tout jusqu’à ce qu’on arrive.”
En disant cela, Erin tendit le lourd sac à dos au squelette. Il l’accepta sans se plaindre et se mit à suivre Erin et Ryoka en titubant légèrement. Ryoka ouvrit la porte et s’arrêta net.
 
Plusieurs Gobelins sursautèrent, et l’un d’entre eux hurla d’une voix suraiguë. Ryoka faillit rentrer dans Erin avant de se souvenir que c’étaient des Gobelins censés être amicaux.
 
“Loks !”
 
Erin poussa Ryoka tandis que la petite Gobeline dévisageait Ryoka d’un air soupçonneux. Elle sourit à la Gobeline.
 
“Je suis contente que tu sois là. On a besoin de ton aide !”
 
Ryoka n’en crut pas ses yeux et Loks cilla de surprise. Erin n’était sûrement pas en train de penser à… ?
 
Si, bien évidemment.
 
En quelques phrases, Erin décrivit le message que Pisces avait reçu, et leur mission pour entrer dans les Ruines. Loks écouta attentivement tandis que le reste du groupe restait planté là ou se grattait le nez et mangeait ce qui en sortait
 
Erin termina son discours d’un court plaidoyer.
 
“Tu comprends, n’est-ce pas ? Tu vas aider, pas vrai ?”
 
Loks réfléchit quelques secondes à ce qu’elle venait d’entendre. Puis elle leva la tête vers Erin et secoua la tête.
 
“Quoi ?”
 
Erin dévisagea la Gobeline, le regard baissé sur elle. Loks haussa les épaules.
 
“Mais ils ont des ennuis. Et tu peux aider ! Tu as ton épée et ta tribu. On a besoin de toi, Loks.”
 
Là encore, Loks haussa les épaules. Erin ne parlait pas Gobelin et Loks ne parlait pas tout court, mais la première sentait une indifférence nette de la part de la petite Gobeline. Qu’avaient jamais fait les Cornes d’Hammerad pour elle ? Pourquoi devait-elle risquer sa peau ?
 
“Loks, s’il te plaît. Ils vont mourir si on ne les atteint pas à temps. Tu te souviens de Ceria ? Tu te souviens de Calruz ?”
 
Loks fronça les sourcils et se détourna. Son attitude semblait indiquer que s’il n’y avait pas de nourriture ou d’échecs, il ne servait à rien de rester ici.
 
C’était la goutte d’eau qui fit déborder le vase. Erin avait écouté parler Zevara la grincheuse, Klbkch l’étonnamment peu serviable, Krshia et l’idée que Scruta était méchante, et une pièce pleine d’aventuriers inutiles. Sa patience avait enfin atteint ses limites. Elle craqua.
 
Hey !
 
Elle attrapa Loks à bras le corps et la souleva. La Gobeline cria, outragée, et essaya de se dégager, mais Erin se contenta de la fusiller du regard.
 
“Je te demande de l’aide. Tu m’es redevable. Je t’ai nourrie et aidée et même offert l’épée et le bouclier ! J’ai même forcé Pisces à t’enseigner la magie ! Et maintenant j’ai besoin d’aide pour sauver mes amis.”
 
Loks gronda et donna des coups de pieds à Erin. Erin étouffa un glapissement lorsqu’un pied nu la frappa en pleine poitrine. Fort.
 
“Ça suffit.”
 
La petite Gobeline attrapa la petite épée à sa ceinture, mais Erin se contenta de la retourner et se mit à la secouer. La tête et le corps de la Gobeline rebondirent violemment alors qu’Erin secouait la petite Gobeline en hurlant.
 
“Aide… moi ! Aide… nous !”
 
Elle secouait Loks par les chevilles, de manière à ce que la petite Gobeline rebondisse comme un bâton sauteur. Aux yeux de Ryoka, on aurait dit l’une de ces attractions au parc d’attraction qui envoyaient les gens malchanceux dans les airs à trente mètres par secondes, sauf que là, personne ne s’amusait. Sauf elle et le reste des Gobelins, bien sûr.
 
“Je ne m’arrêterai pas avant que tu aies dit oui ! Dis oui ! Dis-le !
 
La Gobeline hurla et essaya de mordre et de donner des coups de poing à Erin, mais rien n’y fit. Erin fit tournoyer Loks en la tenant par la jambe et la Gobeline hurla. Ryoka avait fait ça avec son père quand elle était petite, une ou deux fois. Mais c’était elle qui s’accrochait à lui tandis qu’il la faisait tournoyer en la tenant par les bras, pas les jambes. Les moulinets d’Erin étaient beaucoup plus rapides, beaucoup plus dangereux et beaucoup moins drôles.
 
Enfin, Loks finit par crier quelque chose d’une voix forte et Erin s’arrêta. La fille regarda la Gobeline d’un œil noir tandis que Loks pendait la tête en bas, encore plus verte que d’habitude.
 
“Tu vas aider ? Tu promets ?”
 
Loks acquiesça faiblement. Erin la lâcha.
 
La Gobeline atterrit avec un bruit sourd dans l’herbe. Pendant un instant, Ryoka crut qu’elle allait s’enfuir en courant, mais lorsque Loks se redressa, elle ne put que tituber comme si elle avait bu.
 
“Fuis et je te jetterai un caillou. Et tu sais que je t’aurai.”
 
Menaça Erin. Ryoka se demanda à quel point c’était crédible - Erin ne ressemblait pas à une athlète, et Ryoka doutait sérieusement qu’elle ait jamais joué au baseball. Peut-être au softball, au mieux. Elle n’avait pas l’air d’aimer la compétition.
 
Loks jeta un regard noir à Erin, s’éloigna de quelques pas en titubant, et vomit bruyamment dans l’herbe. Elle marqua une pause après avoir vomi une quantité non négligeable de nourriture non digérée, réfléchit un instant, puis vomit de nouveau.
 
Erin vacilla en se retournant, elle aussi légèrement prise de vertige après avoir tourné. Elle faillit rentrer dans un autre Gobelin. La petite troupe de Loks hésitait entre la fusiller du regard et regarder le vomi dans l’herbe avec curiosité - ou faim.
 
Ils étaient peut-être protecteurs envers leur boss. Elle n’en avait cure. Erin les fusilla du regard.
 
“Vous voulez vous battre ? Huh ?”
 
Les Gobelins regardèrent leur meneuse, toujours en train de vomir bruyamment dans l’herbe. Ils se tournèrent ensuite de nouveau vers la Destructrice, Pourfendeuse du Monstre de Peau, Fournisseuse de Pâtes et de Boissons Gratuites. Ils battirent rapidement en retraite.
 
Loks avait presque terminé de vomir. La Gobeline s’essuya la bouche et dit quelque chose dans son langage grattant. Erin la pointa du doigt.
 
“Tu vas aider. Pas de discussion. Toi et ta tribu…”
 
Erin hésita et se retourna. La zone était déjà en train de se vider de ses Gobelins, qui s’enfuyaient à toutes jambes.
 
“Merde.”
 
Ryoka lui jeta un coup d’œil. Son amusement à la vue du spectacle s’était évaporé comme le reste des Gobelins.
 
“Il faut qu’on y aille. Pourquoi est-ce que tu veux la Gobeline, de toute façon ? Même sa tribu ne peut pas vraiment aider.”
 
Erin n’était pas d’accord.
 
“Elle a une épée et un bouclier. Et de plus, elle sait faire de la magie.”
 
Ryoka marqua une pause.
 
“... Vraiment ?”
 
“Oui, peut-être pas autant que toi, mais un peu. Et elle fait partie de ceux qui ont tué le monstre-de-peau-super-méchant qui ressemblait à un ver et menait les morts-vivants.”
 
Ryoka la dévisagea. Erin leva les bras au ciel.
 
“C’est vrai ! Pourquoi est-ce que personne ne me croit quand je dis ça ?”


***

Elles retrouvèrent Pisces en train d’attendre aux Ruines. Le mage était agité, et il n’avait rien apporté d’autre que sa robe sale habituelle. Il était dépourvu de son habituel air méprisant, toutefois, et il était stressé. La seule personne possiblement plus stressée que lui était Ksmvr.
 
“Il me semble bien plus prudent que vous restiez en arrière, Erin Solstice. Vous n’êtes pas une guerrière, et les Ruines sont dangereuses.”
 
“Ce sont mes amis. Je descends là-dedans.”
 
Erin fusilla Ksmvr du regard. L’Antinium vacilla, puis soupira.
 
“Très bien. Mais restez derrière moi à chaque instant.”
 
Loks jeta un regard noir à l’Antinium lorsqu’il la regarda elle, puis Toren.
 
“Vous avez choisi un groupe inhabituel.”
 
“Personne d’autre ne voulait venir.”
 
“Je vois.”
 
Ryoka les ignora tous les deux et se dirigea vers Pisces. Il la regarda avec l’expression de quelqu’un qui cherche à se souvenir d’un nom. Elle n’en avait cure.
 
“Est-ce que tu as reçu un autre message d’eux ?”
 
Il secoua la tête.
 
“Il est possible que quelque chose bloque Ceria. Ou alors son mana est encore faible. C’est possible si elle est… blessée.”
 
“Je vois. En ce cas, allons la retrouver.”
 
“Je suppose. Mais il y a, ah, un problème.”
 
“Quoi donc ?”
 
Il montra d’un signe de tête l’imposante entrée dans les Ruines.
 
“Les gardes refusent de nous laisser entrer.”
 
Apprès l’attaque sur Liscor, une palissade et une tranchée profonde avaient été mises en place, et les gardes à l’entrée des Ruines étaient à présent une vingtaine, armés de flèches et de torches, et il y avait même un Drakéide mage au fond. Le garde en charge du groupe dévisagea Erin et le reste lorsqu’ils s’avancèrent vers lui.
 
“On entre.”
 
Les Drakéides et les Gnolls regardèrent fixement Erin, debout devant eux. L’un d’entre eux éclata de rire, mais se tut lorsqu’il vit que personne ne se joignait à lui. Leur chef, un Drakéide avec des écailles marrons, secoua la tête.
 
“Personne n’entre, personne ne sort. Ordres de Zevara.”
 
“Elle sait qu’on entre.”
 
“Vraiment ?”
 
“Vraiment.”
 
Il secoua la tête.
 
“Je ne peux pas vous laisser entrer sans un mot de sa part.”
 
“C’est regrettable.”
 
Répondit Ksmvr de derrière Erin. Il secoua la tête.
 
“Nous devrions retourner en ville. Il ne faudrait pas aller à l’encontre de la loi.”
 
Ryoka ouvrit la bouche… même si elle n’avait aucune idée de ce qu’elle allait dire. Une menace ? Elle ne voyait rien qui pouvait marcher à coup sûr. Mais Erin se contenta de plisser les yeux.
 
“Tu vas nous laisser entrer.”
 
“Ou quoi ?”
 
“Ou je vais te faire mal.”
 
Le Drakéide dévisagea Erin. Elle le fusilla du regard. Il faisait presque une tête de plus qu’elle sans compter son heaume, et il avait une lance et dix-neuf gardes derrière lui. Erin n’avait qu’une poêle à frire. Mais il se souvenait d’où était mort Écorcheur, et il avait aussi l’ [Instinct de Survie]. Le regard d’Erin lui fit reconsidérer ce qu’il s’était apprêté à dire.
 
“Nous allons envoyer un message en ville. Si vous voulez bien attendre.”
 
Erin le poussa. Le Drakéide tituba en arrière et faillit entrer dans le mur de pieux aiguisés. Erin passa devant lui d’un pas rageur sans un mot, et le reste la suivit. Ryoka resta plantée la bouche ouverte derrière elle puis se dépêcha de la rattraper.
 
Les Ruines étaient sombres, et les portes de pierre béantes étaient toujours aussi chargées de sombres prémonitions. Erin savait qu’il n’était plus possible de faire demi-tour. Mais elle se rappela soudain un détail.
 
“Hum. Est-ce que quelqu’un a apporté une bougie ?”
 
“[Lumière].”
 
Déclarèrent en chœur Pisces et Ryoka tandis que Loks marmottait quelque chose. Trois orbes de lumière miroitantes s’élevèrent dans les airs et les trois se regardèrent, surpris.
 
“Bien, en ce cas… on est bons.”
 
Erin se retourna en direction des Ruines. Et bientôt, les monstres, se dit-elle. Des monstres sournois, des morts-vivants. C’était d’ici qu’était sorti Écorcheur. C’était ici qu’étaient morts un nombre incalculable d’aventuriers.
 
La mort les attendait, tapie sous leurs pieds. Mais les Cornes d’Hammerad les attendaient aussi en bas. Ils n’avaient pas le choix. Erin prit une grande inspiration.
 
“Prêts ?”
 
Pisces avait le teint verdâtre, mais il acquiesça. Loks fronça les sourcils en direction d’Erin, de Ryoka puis du sol. Toren avait déjà tiré son épée et scrutait l’entrée sombre.
 
Ksmvr s’avança.
 
“Permettez-moi de passer en premier, Miss Solstice. Je vais partir en éclaireur et revenir vous dire si le passage est sûr.”
 
“Non. On y va ensemble.”
 
Il hésita, mais Erin le poussa et passa devant. Ryoka cligna des yeux, surprise. Erin avança dans les ténèbres des ruines, puis se retourna.
 
“Eh bien ? Je ne vois rien si vous ne me suivez pas.”
 
Les autres hésitèrent, mais finirent par avancer. Ryoka entra dans les ténèbres et frissonna. Sa langue emplissait sa bouche et son cœur battait à tout rompre. Elle avait peur. Pour la première fois, elle avait vraiment peur. De l’inconnu. De ce qu’elle ne connaissait pas. D’arriver trop tard.
 
Mais elle devait y aller.
 
Un [Nécromancien] sale, une Gobeline, un squelette ranimé, le Prognugator d’une Colonie d’Antiniums, une [Aubergiste] et une Coursière de ville pénétrèrent dans les Ruines. On aurait dit le début d’une blague, mais quelle serait la chute ?
 
Scruta l’Omnisciente était assiste dos à une penta à quelques centaines de mètres. Son œil principal resta pointé à l’arrière de sa tête alors qu’elle suivait l’avancée de l’étrange groupe qui commençait sa descente dans les Ruines.
 
Voyons voir. En termes de classes primaires, il y avait là…
 
Un Antinium [Guerrier] de Niveau 12.
 
Un [Nécromancien] de Niveau 27 avec des niveaux dans la classe de [Mage].
 
Une Gobeline avec 8 Niveaux dans sa classe de [Guerrière], 6 Niveaux dans sa classe de [Mage] et 10 Niveaux dans sa classe de [Tacticienne].
 
Un [Guerrier Squelette] de Niveau 11 équipé d’un rubis enchanté avec un sort de [Terreur].
 
Une Humaine [Aubergiste] de Niveau 18.
 
Et une Humaine Coursière sans niveaux.
 
Une blague, alors. Quelque chose au sujet de Ruines ? Ou de morts-vivants. Ces blagues-là pouvaient être drôles. Scruta fronça les sourcils. Elle y réfléchirait en attendant qu’ils ressortent. Elle avait bien assez de temps.
 
Mais bon, l’attente commençait à se faire longue. Elle était patiente, avait été patiente, mais à présent, Scruta vibrait d’anticipation. En attendant, elle polissait son épée en chantonnant doucement. Un petit rouleau serré, scellé d’un sceau de cire où était gravé une rune brillante, était posé dans l’herbe à côté d’elle.
 
Il était enfin temps de rentrer à la maison.
 


 


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