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25 novembre 2020 à 23:32:57
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Auteur Sujet: The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)  (Lu 25176 fois)

Hors ligne EllieVia

  • Tabellion
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Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
« Réponse #75 le: 09 août 2020 à 11:51:38 »
2.03 - Première partie

Traduit par EllieVia

C’est une bien étrange procession qui progressait dans les couloirs vides des ruines mortes-vivantes de Liscor. Enfin, les ruines en elles-mêmes n’étaient pas mortes-vivantes, elles en étaient simplement infestées.

En théorie. Personne n’avait encore vu de corps pour le moment, qu’il soit vivant, mort-vivant, ou juste mort. Mais ils étaient prêts.

Mais tout de même, c’était un groupe bien étrange qui marchait aux côtés de Ryoka. Et leur formation était étrange aussi. Elle n’y avait pas réfléchi lorsqu’elle avait su qu’elle allait chercher ses amis. Ryoka s’était dit qu’elle allait courir dans les ruines le plus vite possible, en évitant les pièges et les monstres sur chaque foulée qui la séparait des Cornes d’Hammerad.

Ç’aurait été une course suicidaire dans tous les cas. Qu’est-ce qu’elle aurait fait si elle les avait trouvés ? Elle les aurait portés sur des centaines de mètres en esquivant les monstres, armures comprises ? Elle était incapable de ne serait-ce que soulever Calruz.

Elle n’avait pas réfléchi. Elle n’aurait fait que se tuer elle ainsi que les gens qu’elle était venue secourir. Il fallait qu’elle utilise son cerveau.

Ils avaient donc réfléchi à la meilleure manière de traverser les ruines. Le groupe avait décidé de marcher en rangs de deux, afin d’éviter que quelqu’un se retrouve sans partenaire, mais aussi pour qu’ils soient suffisamment espacés au cas où quelque chose les surprenne par derrière.

Ça ressemblait à un scénario de mauvais film d’horreur pour Erin, mais au moins cette fois-ci, elle s’était mise au milieu. Et ils marchaient ensemble, pas avec un idiot coincé au fond où personne ne pouvait l’entendre. Malgré tout, elle continuait de regarder par-dessus son épaule toutes les deux minutes.

De manière quelque peu prévisible, Ksmvr était coincé devant avec Toren. Personne ne voulait se mettre avec lui et Toren pouvait aussi bien voir de nuit que de jour. Pisces et Loks marchaient derrière, théoriquement les plus éloignés du danger mais hypothétiquement les premiers à pouvoir se faire poignarder dans le dos. Mais entre l’ouïe de Loks et la paranoïa de Pisces, il était peu probable qu’ils tombent dans une embuscade.

Ce qui laissait Erin et Ryoka au centre. Elles marchaient côte-à-côte, guettant le moindre mouvement en traversant pièce après pièce dans un silence complet.

Ce qui ne voulait d’ailleurs pas dire que leur groupe était silencieux, bien sûr. Ksmvr glissait dans les ténèbres comme un fantôme, mais Toren cliquetait en marchant. Pisces marmonnait dans sa barbe en se prenant les pieds dans sa robe, Loks avançait en traînant les pieds et Erin…

Elle marchait littéralement dans un fracas de casseroles. Ryoka voulait demander à quoi allaient servir les poêles, sans parler du sac de caillou, mais elle était trop occupée à scruter les ténèbres.

Ksmvr et elle allaient devoir s’occuper de la majeure partie des combats, ça allait dépendre d’à quel point ce Pisces était utile. Elle aurait presque aimé pouvoir dire à Erin de ne pas venir. Elle et la Gobeline… à quel point pouvaient-elles vraiment être utiles ? Ryoka ne cessait de ruminer ses appréhensions en guettant le premier cadavre qui sortirait des ténèbres.

Mais aucun ne vint. Pas de monstres, pas de morts-vivants, pas même de cadavres. Le vide qui habitait les ruines était inquiétant, et la tension sapait l’énergie de tout le monde.

Au bout d’environ une dizaine de minutes à respirer bruyamment, avec le cœur battant et en sursautant à la moindre ombre, Erin n’en puis plus. Elle regarda Ryoka. La grande fille marchait silencieusement, ses pieds nus frôlant sans bruit la pierre du sol alors qu’elle surveillait toutes les directions à la fois. Erin se racla la gorge et Ryoka sursauta avant de la fusiller du regard.

“Bon. Il fait plutôt sombre ici.”

Loks lui jeta un regard en coin. Personne ne dit mot. Chaque nerf était tendu, chaque œil scrutait les corridors sombres et les salles vides, guettant le moindre signe de danger, de mouvement.

“Je veux dire, je n’ai aucun problème avec les endroits sombres. Mais ici, ça l’est particulièrement. Et c’est flippant, aussi. Mais l’architecture est sympa. Ça me fait penser à une de ces vieilles cathédrales, tu vois ce que je veux dire ?”

Pisces regarda le dos d’Erin d’un air inquisiteur.

“Des cathédrales ? Tu veux dire… des bâtiments de culte ? Il y en a quelques-uns éparpillés un peu partout, mais je n’ai jamais… est-ce que cet endroit te fait penser à ça ?”

“Ce n’est pas exactement la même chose, mais à me fait penser à celles de Rome et des endroits comme ça. C’est quoi déjà le nom de celle avec les peintures au plafond ?”

Ryoka soupira bruyamment. Elle regarda fixement Erin et pointa du doigt d’un air appuyé Ksmvr et Toren qui étaient partis en éclaireur devant les quatre autres.

“Est-ce qu’il ne faudrait pas qu’on se taise afin d’éviter de tomber dans une embuscade ?”

“Est-ce qu’on est vraiment obligés ? J’ai [Instinct de Survie]. C’est cette compétence qui permet de, euh, sentir quand un danger approche.”

Ryoka essaya de s’empêcher de retrousser les lèvres.

“Je la connais. Ceria dit que ça ne marche pas pour certains dangers. Les pièges, par exemple.”

“Tu es en train de dire qu’on va se taire tout le long ? Je parie que ce serait encore plus flippant que de parler.”

“Soyez assurées que je demeurerai pétrifié de terreur qu’importe la façon dont nous choisirons de faire le voyage. Mais Erin présente un bon argument, Miss, euh, Griffin. Je peux sentir les morts-vivants lorsqu’ils sont proches.”

“Vraiment ? Alors où sont-ils ?”

Pisces avait l’air aux abois.

“Autour de nous. Quelque part. Ces ruines sont saturées de mort. Tant de morts-vivants rôdant ici-bas, pendant des centaines, possiblement des milliers d’années… mais je le saurais s’ils étaient juste derrière nous, en revanche.”

“Merveilleux.”

Les quatre reprirent leur route en silence. Erin se demanda si elle ferait bien de reprendre la parole, mais elle avait perdu l’occasion.

Au bout de cinq minutes, Ryoka marmotta quelques mots.

“C’est la Chapelle Sixtine, et c’est au Vatican, pas à Rome.”
“Je croyais que c’était à Rome.”

“Le Vatican est un État à part. Il est à l’intérieur de Rome, mais c’est techniquement un État à part entière.”

“Oh. C’est cool. Je n’en avais aucune idée. C’est le Pape qui règne là-bas, c’est bien ça ?”

“En gros, oui.”
Pourquoi étaient-elles en train de parler du Pape au beau milieu d’une ruine abandonnée ? Là encore, Ryoka ne connaissait pas très bien Erin. Peut-être qu’elle était très religieuse.

Pisces jeta de nouveau un regard suspicieux aux dos d’Erin et Ryoka. Loks était trop occupée à se curer l’oreille.

“Qu’est-ce qu’un Pape ?”

Ryoka se tendit immédiatement comme un ressort, mais Erin répondit sans attendre.

“C’est une sorte de super [Prêtre]. S’ils existaient. Ce qui n’est apparemment pas le cas.”

Pisces jeta un regard de travers à Erin, mais il parut accepter l’explication complexe.

“Donc c’est un [Prêtre] hypothétique.”

“Ouaip. Il pourrait vraiment nous être utile en ce moment, d’ailleurs. Un [Prêtre] pourrait carrément s’occuper de n’importe quel mort-vivant qu’on pourrait croiser. Les morts-vivants, l’eau bénite, tout ça tout ça.”

“Je peux faire à peu près la même chose.”

“Vraiment ? Alors pourquoi est-ce que tu avais besoin qu’on vienne ?”

Pisces répondit à Erin en reniflant. Il avait tout du genre de personne que Ryoka détestait. Ou du moins, du genre de personnes présentes sur sa liste de haine, qui, il fallait bien le dire, était plutôt longue. C’était un je-sais-tout bégueule et convaincu de sa propre importance, si son instinct était bon. Exactement le genre de personne qui parle beaucoup et ne fait jamais rien…

Et qui était en ce moment même en train de risquer sa vie pour sauver Ceria et le reste. Ryoka interrompit son flot de pensées pour se corriger.

“Je peux m’occuper de la plupart des types de morts-vivants assez facilement. C’est, euh, les Seigneurs des Cryptes qui représentent une menace considérable pour moi.”

Erin fronça les sourcils.

“C’est quoi, des Seigneurs des Cryptes ? Tu parles de ces énormes tas avec des os à la place des dents ?”

“Oui. Ils sont de plus haut niveau que moi, pour ainsi dire. Je ne peux pas les détruire facilement, comme ils résistent à ma magie.”

“Des Seigneurs des Cryptes ? Est-ce que c’est une espèce supérieure de morts-vivants ? Comme les Liches ?”

Erin regarda fixement Ryoka, puis Pisces.

“Pitié, dites-moi qu’on n’a pas une de ces horreurs dans le coin. Elles ne sont pas censées être immortelles ?”

Pisces parut amusé.

“Certainement pas. Une Liche est simplement un jeteur de sort version mort-vivant. Elles sont très dangereuses lorsqu’elles sont nombreuses, ou même seules, mais elles sont loin d’être immortelles. Et je n’en ai pas vu une seule pendant l’attaque contre Liscor, donc je pense qu’on peut être tranquille de ce côté-là.”

C’était encore une chose. Pisces avait été présent pendant l’attaque contre Liscor, et Erin aussi, d’ailleurs. Ryoka avait tout raté.

Elle avait de mal à se représenter ces Seigneurs des Cryptes, même si Erin en avait fait des descriptions très détaillées. Sans parler de ça, elle se demandait à quel point l’attaque avait été violente. Elle avait du mal à s’imaginer Pisces survivre à une vraie attaque, et Erin avait dit qu’elle avait défendu son auberge contre les morts-vivants. Ryoka ne croyait pas qu’Erin mentait, mais…

Si elle avait survécu, à quel point est-ce que ça avait pu être grave ? Quelques centaines de morts-vivants ? Et apparemment, une espèce de monstre de peau. Ryoka ne voyait tout simplement pas comment tout cela avait pu être aussi horrifiant si Erin s’en était sortie indemne.

Et si elle avait survécu, peut-être que c’était aussi le cas des Cornes d’Hammerad.

Erin était toujours en train de parler des Seigneurs des Cryptes. Elle sortit une fiole verte luminescente, une de celles qu’elle avait prises à l’auberge. Elle en avait deux dans son sac de potions.

“J’ai précisément ce qu’il leur faut.”

Cela ne ressemblait pas aux autres potions que Ryoka avait vues dans les marchés des villes humaines. Elle se demanda ce que ça faisait.

“Est-ce que je peux y jeter un coup d’œil ?”

Pisces s’éloigna de la fiole lorsqu’Erin la tendit à Ryoka. La réaction du mage la poussa à prendre la fiole luisante avec précautions. Elle n’était pas particulièrement chaude ou froide au toucher, et le liquide s’agitait dedans comme le fluide le plus Newtonien qui soit. C’était à peu près tout ce que Ryoka pouvait dire de la fiole.

“Qu’est-ce que c’est ?”

“De l’acide.”

Ryoka faillit lâcher la fiole. Sa peau fut parcourue d’un frisson et elle sentit instantanément une sueur froide perler sur son corps.

“Quel genre ?”

Erin avait l’air candide.

“Hum, de l’acide de Mouches Acides ? Je n’en sais rien.”

Des mouches acides ? Ryoka se souvint du menu à l’auberge d’Erin. Des mouches acides. Elle s’était dit qu’Erin plaisantait. Mais…

Elle secoua précautionneusement le liquide dans la fiole et l’inspecta. C’était d’un vert fluo, exactement comme le slime qu’on pouvait s’attendre à trouver dans un kit du petit chimiste d’un enfant.

“Une sorte d’acide chlorhydrique ? Est-ce qu’il peut attaquer le verre ?”

“Je ne crois pas. Je ne sais pas quel genre d’acide c’est. Hum, il n’attaque pas vraiment le métal ou la pierre. Il ne dissout que la peau et la chair. Mais il fait ça très vite.”

Ryoka regarda fixement la file. Elle doutait quelque peu de son efficacité, mais eut l’occasion de voir l’acide en action bien assez tôt. Ksmvr s’arrêta au coin du couloir, puis Toren et lui se mirent à courir à toute allure vers le reste du groupe.

“Des morts-vivants. Des goules, juste devant.”

Le cœur de Ryoka se mit à battre à grands coups dans sa poitrine, mais le reste du groupe réagit plus vite qu’elle ne s’y serait attendue. Pisces hocha la tête, Loks tira son épée de son fourreau, et Erin leva la jarre d’acide avec un air déterminé.

“Okay, passez derrière nous.”

Ksmvr hésita, mais Toren jeta un regard à la fiole de verre et se plaça immédiatement derrière Erin. Le squelette avait tiré son épée, et Ryoka resta un instant fascinée par ses yeux bleus. Elle essaya de se concentrer. Ils arrivaient.

“Je peux m’en faire cinq. Ils étaient combien ?”

“Huit. Deux étaient blessés.”

“Je m’occupe d’un.”

Erin leva sa fiole d’acide et Ksmvr et plaça à ses côtés. Pisces retroussa les manches de sa robe et plissa les yeux. Ryoka pouvait à présent entendre des grondements et les bruits sourds de la chair sur la pierre. Elle était prête. Elle avait appris à se battre dès l’enfance. Elle pouvait le faire. Elle pouvait…

La première Goule surgit du fond du couloir à quatre pattes, tellement rapide que Ryoka resta pétrifiée. Le temps qu’elle se remette, six cadavres l’avaient déjà rattrapée, des Drakéides et des Gnolls, traversant le couloir à toute allure.

Les morts-vivants n’étaient pas censés courir. Mais ces choses étaient en train de sprinter. Ryoka tremblait. Huit ? Huit, c’était beaucoup trop. Elle allait devoir les combattre deux par deux. Elle jeta un œil à Pisces. Il levait la main et Erin était en train de soulever sa fiole d’acide. Trop lents. Ils n’allaient jamais pouvoir…

“Décède.”

Pisces plia le doigt, et Ryoka entendit un craquement. L’une des Goules de devant s’écroula, et elle vit sa colonne vertébrale se tordre sous sa chair putréfiée. Elle cessa de bouger, et fit trébucher les autres.

Le mage bougea le doigt et pointa une deuxième Goule. Puis une troisième. Elles s’écroulèrent à chaque fois, leurs colonnes vertébrales se brisant avec des bruits de raclement horribles.

Une autre Goule bondit en avant. Ryoka faillit se précipiter dessus, mais Erin jeta sa fiole. Le verre se brisa sur la Goule encore dans les airs et elle s’écrasa au sol. De la fumée se mit à s’échapper de sa chair tandis que ce qui avait autrefois été un Drakéide se roulait par terre en se griffant le torse.

Les Goules n’étaient à présent plus qu’à quelques mètres. Pisces leva son autre main et pointa. Deux Goules s’écroulèrent, et les deux restantes hurlèrent en se précipitant sur Erin.

C’était le moment. Les jambes de Ryoka tentèrent de bouger, mais elle fut trop lente, pour une fois. À côté d’elle, Toren bondit sur la première Goule et Ksmvr cueillit la deuxième avec à la fois ses épées et ses dagues.

Tout était flou. Ryoka vit Toren transpercer la Goule puis se débattre par terre avec elle. Ksmvr était en train de découper son ennemie en rondelles et Erin gardait une poêle levée en criant quelque chose. La Coursière regarda fixement Toren et la Goule rouler par terre. Elle ne pouvait pas les aider.

Soudain, Loks se précipita devant Ryoka. La Gobeline fondit sur la Goule et lança un coup de poignard. La Goule se raidit, et Ryoka vit que Loks avait enfoncé son poignard à l’arrière de la tête du cadavre d’humain. Toren roula au sol aux côtés de la Goule à présent parfaitement morte et attrapa son épée avant de se relever.

L’escarmouche était terminée. Ils avaient gagné.

Et Ryoka…

Elle n’avait absolument rien fait.

***

Erin remarqua Ryoka en train de regarder fixement une Goule après que la fièvre du combat soit passée. La Coursière était pâle, mais elle regardait la Goule qui avait été touchée par l’acide. Erin était légèrement en train de regretter d’avoir jeté la fiole, à présent. Elle n’en avait plus qu’une. Toren était allé récolter l’acide dans les pièges, mais il n’y avait pas trouvé grand-chose et elle avait épuisé son stock en combattant Écorcheur.

“Ne t’inquiète pas. Celle-ci est morte. Et le reste ne va pas se relever de sitôt.”

Il y avait intérêt. Celles que Pisces avait tuées en leur brisant la colonne ne bougeaient plus, et les deux autres avaient été taillées en morceaux par à Loks, Ksmvr et Toren. Et celle qu’Erin avait tuée…

N’était plus qu’une flaque. Une flaque verte, luisante, avec des bouts à moitié dissous dedans en train de terminer de se liquéfier. C’était d’ailleurs dangereux, étant donné qu’il allait à présent falloir contourner la flaque qui continuait de se répandre.

Mais Ryoka n’avait l’air qu’à moitié intéressée par la Goule morte. Elle regardait le cadavre en train de se liquéfier en fronçant les sourcils.

“Qu’est-ce qu’il y a ?”

Ryoka jeta un regard à Erin et pointa l’acide du doigt.

“Ça n’a aucun sens. L’acide ne dissous pas les choses aussi rapidement. S’il était si puissant que ça, il aurait rongé la fiole en quelques secondes.”

“Chelou, hein ? Mais ça fait une arme bien pratique, tu ne trouves pas ? J’en ai vendu aux Gobelins, je me suis fait plein de sous avec !”

Ryoka dévisagea Erin.

“Tu as vendu ça aux Gobelins ?”

“Hum…”

“Mais comment ça se fait que ça ne détruise pas les fioles ? Pourquoi est-ce que cet acide n’attaque que la chair ?”

“Par magie ?”

Le visage de Ryoka exprimait clairement selon Erin ce qu’elle pensait de cette idée.

“La magie doit quand même respecter des règles. Là, ce n’est clairement pas le cas.”

“C’est comme ça qu’elles se nourrissent.”

Ryoka se tourna. Pisces était en train de s’éponger le front. Il suait. À cause de l’effort requis pour jeter ces sorts ? Il hocha la tête en direction de la goule presque entièrement dissoute et la flaque verte à présent légèrement gélifiée.

“Les, euh, Mouches Acides se servent de leur acide pour transformer la chair morte en une substance sirupeuse telle que celle que vous voyez devant vous. Puis elles récoltent le plus possible de nutriments, pour elles et leurs femelles.”

“Leurs femelles ?”

“Oui. Toutes les mouches productrices d’acide sont des males. Elles approvisionnent les femelles en nutriments et traquent les cadavres. C’était plutôt ingénieux de la part de Miss Solstice de récolter leur liquide, même si vous pouvez voir très clairement les dangers que cela implique.

Ryoka regarda fixement la flaque d’acide. C’était plus facile de contempler la boue verte quasiment impossible à identifier que les cadavres des Goules. Elle avait la nausée, mais elle se força à la refouler. Ils avaient gagné. Les Goules avaient facilement été gérées. Presque trop facilement. Mais Ryoka n’avait pas fait grand-chose. Elle n’avait rien fait du tout, en fait.

Mais la prochaine fois, elle se battrait. Quand les choses deviendraient sérieuses, elle jouerait son rôle.

Elle en était certaine.

***

Le groupe marcha encore vingt minutes avant l’attaque suivante. Pisces était juste en train d’expliquer en quoi son sort breveté briseur de colonne vertébrale était le produit d’un sort de [Nécromancien] plus avancé qu’il avait repris à sa sauce lorsqu’il leva les yeux et hurla un avertissement.

Une quinzaine de morts-vivants, un mélange de zombies et de squelettes, surgirent d’une porte ouverte et se précipitèrent sur eux. Là encore, Ryoka faillit rester pétrifiée de terreur en apercevant leurs silhouettes pourrissantes et les lumières brûlant dans les yeux des squelettes.

Pisces abattit plusieurs morts-vivants, mais ils étaient trop nombreux, cette fois-ci. Erin plongea la main dans son sac et jeta quelque chose - un caillou. Ryoka s’attendit à ce qu’elle rate sa cible, ou à ce qu’elle ne cause aucun dégât, mais la pierre cogna de plein fouet un squelette et fit éclater son crâne, l’envoyant valser au sol.

Et ensuite, les morts-vivants étaient au milieu du groupe, toutes griffes et dents dehors, et essayaient de tuer Ryoka.

La fille eut le temps de voir Ksmvr donner des coups d’épées, vif comme l’éclair, et Toren charger dans le tas avant qu’un zombie plonge sur elle. Elle leva les poings à l’approche de la femme en grande partie pourrie, ses dents gâtées ornant une mâchoire qui s’ouvrit lorsqu’elle saisit le bras de Ryoka.

Donne-lui un coup de pied. Tout l’instinct de Ryoka lui hurlait de lui donner un coup de pied, et c’est ce qu’elle fit. Maladroitement.

Ce n’était pas un coup de pied fouetté dévastateur qui cueillit la femme putréfiée dans le ventre, mais un coup de pied destiné à la repousser. Mais ce fut un échec, parce que lorsque le pied nu de Ryoka frappa la femme dans l’estomac, ce dernier se déchira et son pied se prit dans la chair pourrie des intestins de la femme.

La sensation était horrible. Gluant, visqueux, et tiède. Cela fit perdre l’équilibre à Ryoka, et la femme morte-vivante la saisit.

Donne-lui des coups de poing. Assomme-la. Jette-la au sol. Ryoka avait un millier d’options, et elle n’en choisit aucune. Elle plongea ses yeux dans un œil dévasté et sentit l’haleine putride du zombie sur sa peau. Et elle se retrouva incapable de riposter.

Elle se figea. Elle était incapable de s’en empêcher. C’était un cadavre, une humaine décédée qu’on avait ramené à la vie. C’était la réalité. Ce n’était pas un monstre, et ce n’était pas un jeu. C’était réel.

Et ça essayait de la bouffer.

Le zombie ouvrit beaucoup trop largement les mâchoires et tenta de mordre le visage de Ryoka. Ryoka hurla, horrifiée, et la repoussa. Un morceau de chair morte tomba du visage de la femme et atterrit sur la joue de Ryoka, près de sa bouche ouverte. Ryoka l’essuya immédiatement, mais le zombie était alors sur elle, les bras tendus. Il allait la tuer...

Une poêle à frire s’écrasa sur le visage de la zombie, brisant ce qui lui restait de nez dans un bruit mouillé et l’envoyant s’étaler au sol. Erin la maintint par terre et lui martela la tête alors qu’elle restait étendue au sol. Lorsqu’elle releva la poêle, elle était légèrement déformée et des morceaux de cheveux et de peau collaient sur les bords.

“Beûrk, beûrk beûrk !”

La fille ne se plaignit pas longtemps, cependant. Elle tournoya et envoya valser un autre squelette. De là où elle était tombée, Ryoka vit le squelette tomber puis les lumières dans ses yeux s’éteindre lorsqu’Erin donna un coup de pied qui le décapita, envoyant son crâne s’écraser plus loin dans le long couloir.

Le dernier zombie s’écroula, l’épée de Loks logée dans ses entrailles tandis que l’une des dagues de Ksmvr était en train de l’égorger. Erin regarda autour d’elle et soupira de soulagement. Le reste des morts-vivants avait disparu.

Ce qui la laissait seule avec son adrénaline toujours en train de rugir dans ses veines et sa poêle à frire. Erin contempla cette dernière. Elle avait tué trois zombies et un squelette avec. C’était une bonne chose, mais à présent des bouts de chaque cadavre collaient sur les bords de la poêle.

“Bon Dieu. C’est dégoûtant.”

Erin verdit en secouant sa poêle pour les faire tomber. Elle prit plusieurs longues inspirations pour tenter de faire partir le fumet de pourriture et de mort de son nez. Elle essaya de ne pas vomir et jeta un œil à Ryoka. La fille était toujours en train de dévisager le zombie qu’Erin avait tué. Son visage était blanc.

“Hey, tu vas bien ? Ce zombie ne t’a pas mordue ou quoi que ce soit, si ?”

Erin tendit une main en direction de Ryoka. La fille regarda la main, puis Erin. Les yeux de Ryoka se dirigèrent ensuite vers la poêle d’Erin, et la substance abjecte qui gouttait sur le bord.

“Oh, c’est vrai. Il faut que je nettoie ça. Hum. Heureusement que je ne l’utilise pas pour cuisiner, hein ?”

La fille aux pieds nus regarda fixement la poêle à frire, puis Erin. Elle ignora la main offerte et se leva, lentement. Elle regarda les cadavres et les corps découpés autour d’elle, et inhala l’odeur de mort. Elle regarda Erin. Son visage était d’une pâleur mortelle.

“Ryoka ? Est-ce que ça va ?”

C’est à ce moment-là que Ryoka vomit.

***

“Tu sais, ce n’est pas comme si n’importe qui pouvait entrer dans les ruines et combattre des monstres morts-vivants. Il faut être vraiment courageuse pour faire ça, et encore plus si on est pieds nus.”

“C’est vrai.”

“Et tu essayais de te battre à mains nues. C’est… doublement courageux, pas vrai ?”

“C’est vrai.”

“Et on pense tous que tu es courageuse, pas vrai ?”

Erin regarda autour d’elle. Ksmvr et Pisces acquiescèrent tous les deux poliment.

“Indisputablement.”

“Correct.”

“De plus, tu as traversé les Hautes Passes toute seule. Et tu as survécu face à des loups géants et des chèvres démoniaques et des gargouilles. Tu n’es pas lâche. Tu le sais.”

Ryoka était assise par terre, tremblante. Elle savait qu’il fallait qu’elle dise quelque chose. Mais elle en était incapable. Sa gorge était encore trop serrée.

Erin essayait de la réconforter. Et ses mots aidaient vraiment. Mais ils ne changeaient rien à ce qui venait de se passer.

“Je suis restée paralysée. Je n’ai pas réussi à riposter.”

“Hey, ça peut arriver à tout le monde.”

“Ça t’est déjà arrivé, à toi ?”

“Non. Mais il n’y a pas à en avoir honte. N’importe qui se figerait si un horrible zombie essayait de leur manger le visage.”

Ryoka leva les yeux vers Erin, et l’aubergiste sourit d’un air encourageant.

“Allez, viens. Il faut qu’on reprenne la route.”

“Bien sûr.”

Ryoka bondit sur ses pieds tellement vite qu’Erin cilla.

“On ne peut pas s’arrêter. Il faut qu’on arrive à temps. Allons-y.”

Elle se mit à marcher. Erin échangea des regards avec les autres et se précipita derrière elle.

Ryoka ralentit pour laisser Erin la rattraper, et ralentit encore plus pour que Ksmvr et Toren puissent reprendre leur place à l’avant. Après tout, elle avait prouvé qu’elle ne pouvait pas être d’une grande aide en cas d’attaque.

Erin se mit à côté de Ryoka et garda le rythme alors qu’elles continuaient à s’enfoncer dans les ruines. Ryoka pouvait sentir le regard d’Erin sur elle.

“Tu es, euh, tu t’es vite remise, là. Tu te sens bien ?”

“Non.”

Ryoka préférait être honnête.

“On peut s’arrêter s’il te faut plus de temps…”

“Il faut qu’on sauve les Cornes d’Hammerad. Je survivrai. Je suis juste… je vais m’en sortir.”

Ryoka sourit, amère.

“Après tout, ce n’est pas comme si tu avais besoin de l’aide d’une lâche.”

“Hey.”

Erin attrapa Ryoka par l’épaule.

“Tu n’es pas une lâche.”

“Je ne pouvais pas riposter. J’ai failli me faire tuer.”

“Tu te battais à mains nues…”

“Je prends des leçons d’arts martiaux depuis mes huit ans. Je suis une artiste martiale certifiée et j’ai dû me battre un nombre incalculable de fois avant ça. J’ai vu des montres. Mais je n’ai pas pu tuer ce zombie. Pourquoi ? Qu’est-ce qui a changé ?”

Ryoka accéléra le pas. Erin réfléchit en se dépêchant de la rattraper. Au bout de quelques minutes, elle offrit la seule réponse qu’elle avait trouvée.

“J’imagine que c’est parce que tu n’es pas une tueuse.”

Elle vit Ryoka s’arrêter net. La fille Asiatique dévisagea Erin, son visage dans l’ombre de la lumière de l’orbe qui flottait à côté de son visage.

“Quoi ?”

“C’est juste une idée.”

Erin haussa les épaules, mal à l’aise. Elle ne voyait pas trop comment expliquer correctement.

“C’est juste… le combat, les arts martiaux ? Tout ça, c’est de l’autodéfense, pas vrai ? Et c’est comme un sport.”

“Et alors ? C’est fait pour pouvoir se battre.”

“Mais pas pour tuer. Je me trompe ?”

Ryoka hésita.

“Ce n’est pas la première option, mais si on en arrive là...”

“Mais ce n’en est jamais arrivé là, pas vrai ? Je veux dire, est-ce que tu as déjà tué quelqu’un ? Déjà poignardé quelqu’un ou brisé un cou avec un coup de karaté ou un truc du genre ?”

Ryoka repensa au Gobelin qu’elle avait cogné du pied, longtemps avant. Elle se rappela l’horrible façon dont son cou avait craqué et frissonna.

“Peut-être. Une fois.”

“Eh bien, euh. J’ai tué beaucoup de choses.”

Ryoka regarda Erin. La fille, plus petite, détourna les yeux et les plongea dans les ténèbres.

“La première chose que j’ai tuée était un Gobelin. Un Chef de Tribu, pour être précise. Il était énorme et démoniaque et il voulait me tuer… je lui ai cramé la tête avec de l’huile bouillante.”

C’était comme si Ryoka avait raté une marche. Elle dévisagea Erin qui continua sa tirade.

“J’ai tué d’autres Gobelins aussi, je pense. Enfin, ils étaient en train de me mettre des coups de dague, donc je les ai cognés - et j’ai aussi tué quelques Araignées Cuirassées, et aussi quelques morts-vivants. Ce n’est pas comme si j’étais une aventurière qui se balade en tuant des trucs, tu vois. Mais j’étais obligée. Et le truc, c’est que tout crie en mourant.”

Elle leva les yeux vers Ryoka. Il y avait quelque chose de creux dans le regard d’Erin. Un néant froid.

“Tout. Je n’aime pas ça. J’espère que je n’aimerai jamais ça. Mais je peux tuer des choses. D’autres monstres, ou même des gens. Pas juste des gens morts, d’ailleurs. S’il le fallait, je pourrais tuer quelqu’un qui essayerait de me tuer.”

“Je… je vois. Mais j’ai combattu des gens, moi aussi.”

“Mais tu ne les as jamais tués.”

“Non. Non, en effet.”

Les morceaux du puzzle s’assemblaient. Ryoka comprit ce qu’Erin essayait de lui dire.

“J’imagine que c’est pour cette raison que je suis devenue Coursière. Je n’ai pas les ovaires pour…”

“Arrête.”

Erin poussa Ryoka, et la fille trébucha. Ryoka se tourna vers Erin, et vit qu’elle était en train de secouer la tête.

“C’est une bonne chose. C’est une bonne chose que tu ne puisses pas tuer des gens. Même quand ils sont déjà morts.”

“Mais j’ai failli mourir. Si ça se reproduit, il faudra bien que je me batte. Ou que je tue.”

“Et si tu le dois, tu le feras, probablement. Mais je ne pense pas que tuer des choses soit admirable, et toi ?”

“... non plus.”

En voyant le regard sombre d’Erin, Ryoka n’avait pas d’autre choix que d’acquiescer.

***

“Donc, tu n’as pas de classe ? C’est tellement bizarre.”

Ryoka commençait à s’habituer à Erin et ses yeux écarquillés de surprise. Il y avait quelque chose d’inexorablement innocent dans la curiosité d’Erin qui soutirait des réponses à Ryoka alors qu’elle n’en avait aucunement l’intention. C’était précisément le problème : il était facile de parler à Erin.

Pire encore, Ryoka appréciait de lui parler. Après le combat contre les zombies, la présence des morts-vivants s’était faite rare pendant quelque temps. Ksmvr et Toren étaient tombés sur quelques individus et des petits groupes dont ils s’étaient chargés sans prendre la peine d’en informer le reste du groupe, ce qui leur laissait le temps de papoter.

Et soudain, parler était quelque chose que Ryoka avait envie de faire de plus en plus avec Erin. Elle avait plus de profondeurs que ce qu’elle aurait pu croire. Pas comme un oignon, ou un gâteau ou une coupe de glace ou quoi que ce soit de crétin dans le genre. Elle avait des profondeurs comme lorsque l’on marche dans une flaque qui s’avère être aussi profonde que l’océan.

Mais elle restait peu profonde pour quelques sujets, comme celui-là, et c’était rafraîchissant.

“C’est, euh, un choix que j’ai fait. Je sais que ça a l’air débile étant donné que ce monde…”

“Euh, quoi ? Non. Non, je ne pense pas. Je ne juge pas. Tu fais ce que tu veux, tout ça tout ça. Je me demandais juste comment tu faisais pour te débrouiller sans compétences.”

Ryoka était en train de commencer à se poser la même question. Mais elle avait une théorie, et elle était allée trop loin maintenant pour l’abandonner juste comme ça. Peut-être… mais elle changea de sujet pour que la conversation reste légère.

“Tu es, euh, forte au combat.”

“Tu trouves ?”

Ryoka savait que oui. Elle avait vu Erin se battre avec sa poêle, et malgré son manque évident d’entraînement martial, elle était vicieusement dangereuse. Et forte. Ryoka savait que c’était probablement grâce à une Compétence, mais elle ne pouvait s’empêcher d’en rester émerveillée.

“Pourquoi est-ce que tu te bats avec des poêles, en revanche ? Et c’est quoi le délire avec les cailloux ?”

“Ça fait tout partie de mon super plan.”

Erin sourit d’un air rusé à Ryoka en brandissant sa nouvelle poêle. Elle avait abandonné la précédente un peu plus tôt, en disant qu’elle puait trop.

“Tu vois, j’ai cette compétence, [Rixe de Taverne]. Ça ne marche que si j’utilise des choses que je pourrais trouver dans un bar, ou dans ce cas précis, une cuisine. Si je prends une épée, je ne peux pas bouger aussi bien et c’est plus dur de viser. Donc j’ai choisi de prendre une poêle !”

“Et les cailloux ?”

“J’ai [Lancer Infaillible] et [Force Mineure]. Je peux jeter des choses suffisamment fort pour tuer quelques zombies.”

“C’est… plutôt impressionnant.”

Ryoka était bien forcée de l’admettre.

“Oui, bon, je me suis dit, quitte à avoir des compétences, autant les utiliser, tu vois ?”

“C’est surtout créatif. Ce qui, je pense, est plus l’idée.”

“Comment ça ?”

“Bon, partons du principe que c’est un monde similaire à un jeu.”

Ryoka hésita, et regarda derrière elle. Pisces la dévisagea, et Loks bailla en regardant autour d’elle, clairement en train de mourir d’ennui. Elle savait qu’elle ne devrait pas parler de ça, mais Pisces avait déjà entendu la majeure partie de leur conversation. Et Erin lui faisait confiance, et il lui avait soigné la jambe. Et il y avait d’autres gens de chez elle dans ce monde, de toute manière, donc ce n’était plus tant un secret que ça. Peut-être…

Il avait probablement déjà compris qu’il y avait quelque chose de louche s’il avait ne serait-ce qu’un demi-cerveau, de toute façon. Ryoka se retourna vers Erin.

“Eh bien, je ne suis pas experte. Je ne faisais pas de jeux de rôle, petite.”

“Moi non plus. Je veux dire, j’ai essayé D&D une fois ou deux, mais je préfère jouer aux échecs.”

Encore une surprise. Comment était-ce possible qu’elle lui en réserve autant ? Ryoka aimait bien les échecs. Peut-être qu’elles pourraient faire quelques parties ensemble. Avec un peu de chances, Erin n’était pas mauvaise perdante.

“Ce que j’essaie de dire, c’est que la créativité a toujours l’air d’être le point clefs de ce genre de jeux. On ne peut pas faire pareil dans les jeux vidéo, mais si au lieu d’explorer un donjon en se battant, on se contentait d’en détruire les fondations ? Ou… ou si au lieu de se battre contre un Minotaure en furie, on se contentait de le téléporter dans de la lave en fusion ou un truc du genre ?”

“Parce que ce serait super méchant ? Mais je vois ce que tu veux dire. Tu essaies de dire qu’il est possible de trouver des failles dans le système, c’est ça ?”

“Ou du moins, tirer parti de certaines de ses propriétés. Si on part du principe qu’on veut entrer dans le système, bien sûr.”

Ryoka fronça les sourcils, mais se reprit en voyant qu’Erin la regardait.

“Donc à quoi tu pensais ?”

“Rien de particulier. Mais tu connais beaucoup de choses de notre monde. C’est possible que tu arrives à les incorporer dans ton auberge, d’une manière ou d’une autre.”

“Comment, par exemple ?”

“Je ne sais pas.”

Ryoka n’y avait jamais réfléchi. Et traverser des couloirs souterrains poussiéreux n’était pas le meilleur moment pour trouver de nouvelles idées. Elle regarda soudain Pisces, l’œil brillant.

“Et si on commençait par lui ?”

Pisces parut interloqué.

“Moi ?”

Erin fronça les sourcils.

“Quoi, lui ?”

“Pisces est un [Nécromancien], c’est bien ça ? C’est lui qui a fait ce squelette.”

“Toren.”

“Exactement. Mais est-ce que tu as déjà créé un mort-vivant qui ne soit pas humain ? Ni humanoïde ?”

Pisces fronça les sourcils en dévisageant Ryoka.

“J’ai du mal à comprendre ta requête. J’ai éveillé de nombreuses formes de zombies, des goules, des squelettes…”

“Mais jamais quoi que ce soit d’autre ?”

“Comme quoi ?”

“Un zombie ours, par exemple.”

“Un zombie ours ?”

Erin dévisagea Ryoka, horrifiée. Ryoka haussa les épaules.

“Ces serait carrément plus puissant qu’un zombie humain, j’en suis certaine. Ou, sans parler d’ours, pourquoi pas une araignée ? As-tu déjà essayé de réanimer quelque chose qui soit dépourvu d’os ? Et une souris morte ? Est-ce que tu pourrais en faire des espionnes ? Ou… des oiseaux morts-vivants ? Est-ce qu’ils pourraient voler ?”

Pisces renifla et resserra sa robe autour de lui, sur la défensive.

“Tu parles de ces choses-là comme s’il s’agissait d’actes de magie simples. Tu ne pourrais pas te tromper davantage, je te l’assure.”

“Ah ouais ?”

Erin haussa un sourcil sceptique.

“En quoi est-ce difficile de réanimer un ours ? Ça a des os.”

“Ah, mais l’alignement de ces derniers est complètement différent. La structure squelettique d’un ours rejette tous les sorts, ce qui rend la spécialisation dans ce genre de créature beaucoup trop complexe pour que l’effort en vaille la peine.”

Erin avait l’air perdue, mais Ryoka pensait comprendre ce que disait Pisces. Le mage adopta un ton moralisateur et s’arma de son expression méprisante habituelle pour expliquer.

“Les sorts de nécromancie ne consistent pas simplement à réanimer de la matière morte grâce à un peu de magie. Si c’était si simple, n’importe qui pourrait devenir [Nécromancien]. Non, cela requiert une connaissance intrinsèque du fonctionnement de chaque corps pour que les sorts de réanimation de la chair morte animent correctement le cadavre, sans parler de restaurer ce qui a pu en être perdu.”

“Ouais, mais tu ne peux pas juste lire un livre sur le sujet ? Quelqu’un a bien dû faire des légions d’ours morts-vivants à un moment ou à un autre, non ?”

Pisces haussa les épaules.

“Même si c’était le cas, où est-ce que j’irais trouver un livre pareil ? La nécromancie n’est peut-être pas illégale dans toutes les nations, mais elle est mal vue de manière presque universelle. Même Wistram n’a que peu de livres sur le sujet, et le peu de sorts que j’ai réussi à y dénicher n’avaient que des incantations standards pour les humanoïdes.”

“Oh, donc personne n’aime être nécromancien ? C’est triste.”

Pisces renifla.

“Oui, bon, c’est une branche rare de la magie. Il n’y avait pas de professeur à Wistram pour m’enseigner. J’avais espéré y trouver un praticien accompli, mais il était parti depuis longtemps et il n’avait quasiment rien trouvé de nouveau. Et les seules personnes qui fassent figures d’autorité sur le sujet ont tendance à être fous à lier ou des cultes qui pratiquent des invocations de masse de moindre qualité…”

Il réalisa qu’il était en train de perdre son audience. Pisces soupira.

“Tout cela pour dire que la réanimation dans les règles de l’art nécessite plusieurs facteurs. Les nécromanciens utilisent des cadavres parce que les os sont les vaisseaux idéaux pour stocker de la magie et créer des liens magiques, alors que la chitine se décompose trop rapidement pour maintenir des sorts sur le long terme.”

Erin et Loks avaient l’air perdues.

“Quoi ?”

Ryoka traduisit.

“Il dit juste qu’il a besoin d’os pour pouvoir animer correctement un corps. Les araignées et le reste des créatures dépourvues d’os ne dureraient pas longtemps comme il n’y a nulle part où ancrer le sortilège.”

“Oh.”

Pisces perdit un peu de sa superbe en dévisageant Ryoka, surprise.

“C’était… plutôt très bien dit. Je vois que vous avez quelques connaissances peu orthodoxes vous aussi, Miss Griffin.”

“Je ne suis pas mage. Mais je comprends plutôt bien quand on me raconte des conneries.”

Erin éclata de rire et Pisces rougit.


Note d'EllieVia : Le chapitre se poursuit dans le post suivant (impossible de poster plus de 10 000 mots d'un coup, ce chapitre fait 10 250 mots) !
Bonne lecture :)


Hors ligne EllieVia

  • Tabellion
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Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
« Réponse #76 le: 09 août 2020 à 11:54:11 »
2.03 - Deuxième partie

Traduit par EllieVia


***

“Donc… tu es Coursière, c'est bien ça ?”

Ryoka acquiesça. Elle était seule avec Erin de nouveau. Pisces avait reculé avec Loks en arrière-garde, et elles parlaient toujours. C’était agréable de parler, et de plus, les morts-vivants s’étaient faits étonnamment rares. Ce qui était plutôt suspect.

“Qu’est-ce que tu faisais à la maison ? Je veux dire, tu avais un job, ou quoi que ce soit ?”

“Je, euh, n’en avais pas besoin. Mes parents étaient plutôt riches. J’allais entrer à l’université quand j’ai disparu.”

“Oh, vraiment ? Je pensais que tu étais déjà étudiante. Je veux dire, j’ai vingt ans, mais j’ai pris une année sabbatique parce que je voulais jouer aux échecs et gagner de l’argent pour les frais de scolarité. Et toi ?”

Ryoka s’éclaircit la gorge, mal à l’aise.

“J’ai, euh, pris une année sabbatique aussi.”

Plusieurs, en fait.

“Je pense que j’avais juste besoin de faire une pause après le lycée.”

“C’est bon. Je comprends parfaitement.”

“Et tu es… une [Aubergiste]. Comment est-ce arrivé ?”

Erin haussa les épaules.

“Je ne sais pas. Je voulais juste trouver un endroit où je serais en sécurité, tu vois ? Et j’ai trouvé l’auberge, et elle était vraiment pleine de poussière.”

“De la poussière ?”

“Oui, beaucoup de poussière. Donc je l’ai rangée et nettoyée un peu et quand je me suis réveillée le lendemain j’étais une [Aubergiste].”

“Huh.”

“Et toi alors ? Pourquoi est-ce que tu as décidé de ne pas prendre de classe ? J’imagine que tu aurais pu en avoir une avoir toutes les courses que tu as faites.”

“Ouais. J’en ai eu l’opportunité, mais j’ai refusé. Je ne pensais pas que ce soit une bonne idée.”

Erin regarda Ryoka, curieuse.

“Pourquoi non ?”

La fille haussa les épaules.

“Ce système - gagner des niveaux et des Compétences - ressemble trop à un jeu.”

“Oui, en effet. Mais pourquoi ne pas jouer ? Je veux dire, sans ma classe, je serais déjà morte plusieurs fois d’affilée. Donc quel mal y a-t-il à jouer ?”

“Si on est dans un jeu, alors il y a des règles. Et quelqu’un qui a créé le jeu. Ma question est : qui ? Et comment peut-on gagner ?”

“En évitant de mourir, je dirais.”

“Peut-être.”

Ils trouvèrent un long passage qui avait l’air de descendre à l’infini. Ryoka plongea son regard dans les ténèbres puis se tourna vers Ksmvr.

“Est-ce que c’est par là qu’on descend au deuxième sous-sol ?”

“Il semblerait que oui.”

“C’est d’ici que tous les aventuriers ne sont jamais ressortis, c’est ça ?”

Erin frissonna en regardant les profondeurs obscures.

“Et c’est de là que cette chose est sortie.”

Ryoka n’avait jamais vue la chose dont Erin et le reste parlaient, mais elle s’en fit une idée rien qu’à la manière dont le reste du groupe frissonna. Mais tout de même.

Elle regarda Pisces.

“Tu es sûr que le message disait de descendre là-dedans ?”

Il acquiesça.

“On m’a dit qu’ils se cachaient au second sous-sol. Je n’ai pas plus d’informations. J’ai jeté le même sort pour demander plus de précisions, mais Ceria doit être à court de mana. Ou…”

Il ne termina pas sa phrase. Ryoka hocha la tête.

“Il faut qu’on descende là-dessous.”

Erin acquiesça, mais elle regarda quand même les ténèbres d’un air incertain.

“Et s’il y en a encore un autre ?”

“On court.”

“Oh. Bon plan.”

C’était probablement le seul plan qui allait avoir une chance de marcher, d’ailleurs.  Erin n’avait aucune envie de se battre contre ce ver de peau une deuxième fois, et sans une armée d’Antiniums pour l’épauler, elle n’allait même pas essayer.

Quoi que maintenant qu’Erin y songeait, Ryoka était résolument la plus rapide d’entre eux. C’était probablement un bon plan pour elle, mais Erin espérait vraiment qu’on n’en arriverait pas là. Elle n’avait jamais aimé les cours de sport.

Ils descendirent dans les ténèbres, un par un. Et y trouvèrent…

Absolument rien.


***


Rien. Pas un zombie, pas un squelette, et pas même une main coupée de Goule. Le groupe de six traversa le deuxième sous-sol entièrement vide des Ruines, guettant le moindre le mouvement et n’en trouvant aucun.

Ils trouvèrent une chambre vide et virent que les Cornes d’Hammerad et le reste des aventuriers s’y étaient arrêtés pour se reposer. Erin regarda les quelques cadavres qui ne s’étaient pas relevés et soupira tristement en voyant Hunt allongé dans un coin.

“Pauvre gars. Il était juste allongé là avec le reste. J’imagine qu’il a dû être blessé ou autre chose.”

Ryoka dévisagea Hunt. Elle avait l’impression de le reconnaître, mais son visage était gravement décomposé. Elle secoua la tête.

“Quelle que soit la chose qui a eu ces aventuriers, elle devait être rapide s’ils n’ont même pas pu déplacer leurs blessés.”

“Non.”

Lorsque Ryoka leva les yeux sur elle, Erin expliqua.

“C’était le monstre. Le monstre de peau. Il… projetait de la peur. Tellement de peur qu’on ne pouvait même pas bouger lorsqu’il nous regardait. Même si les aventuriers s’étaient tenus prêts, je ne crois pas qu’ils auraient pu contrer ça.”

L’estomac de Ryoka se retourna en regardant les aventuriers morts, massacrés sur place.

“Mais ce n’est qu’une poignée d’entre eux. Où sont les autres ?”

Ils les trouvèrent bien assez tôt.


***

“Oh mon dieu.”

Erin regarda le couloir où Écorcheur était apparu pour la première fois et se demanda si elle allait vraiment vomir cette fois-ci. C’était une vision horrible. Ryoka avait vomi de nouveau, et même Pisces et Loks n’avaient pas l’air trop en forme.

L’endroit où les Cornes d’Hammerad s’étaient battus pour la dernière fois et les portes ouvertes par lesquelles Écorcheur était sorti étaient encore une scène de sang et de mort. Du sang séché et de la chair pourrissante, mais le carnage restait bien visible. Erin descendit dans le couloir, essayant d’éviter le pire du bain de sang.

Les corps puaient la pourriture. Erin sentait son estomac se soulever même à cette distance, et elle était juste heureuse qu’ils soient trop en profondeur pour que les insectes n’aient pu se mettre à manger les corps. Ou plutôt, ce qu’il en restait.

Écorcheur était passé dans ce couloir, et il n’avait pas laissé grand-chose qui soit identifiable, ni grand-chose tout court, d’ailleurs.

Ksmvr appela Erin au bout du couloir. Toren et lui n’étaient pas perturbés par la mort et il pointa du doigt une paire de portes gigantesques tout au bout du couloir. Le sang et les intestins étaient particulièrement présents dans cette zone.

“Ça doit être par là qu’il est sorti. Regardez les portes.”

Erin regarda. C’étaient d’immenses portes de pierre qui avaient été ouvertes en grand pour laisser passer quelqu’un, ou quelque chose. Elle pouvait voir que la créature de peau était sortie par là. Pas à cause du carnage, mais à cause des portes en elles-mêmes. Elles avaient des runes gravées dessus, et de plus, elles ressemblaient aux portes menant au boss final.

Ryoka arrêta de vomir assez longtemps pour se rapprocher des portes. Elle baissa les yeux sur des morceaux brisés de métal tordu. Des dents acérées béaient, enroulées dans des morceaux de peau blanche.

“On dirait les restes d’une espèce de piège. Si c’était ça, ça n’a pas marché.”

Erin baissa les yeux au sol. Ce n’était que… des os, des muscles et des organes. Pas de peau, impossible de dire qui avait été là. Elle se rappelait tous les aventuriers qui étaient venus à son auberge ce soir-là. Certains d’entre eux pourraient bien être ici. Elle était peut-être en train de regarder leurs cadavres, et elle ne le saurait jamais.

Son cœur saignait. Mais Erin vit alors quelque chose étinceler à la lumière de la sphère du mage. Elle se baissa pour le ramasser.

“Oh, wow. Une arbalète !”

Loks leva les yeux et vit Erin traîner la lourde chose noire de là où elle avait été abandonnée. C’était l’un des rares objets qui ne soit pas recouvert de boyaux. Elle la leva, s’émerveillant devant son poids et son bois lisse, puis son visage se décomposa.

“Cassée.”

Ryoka s’approcha pour jeter un œil à l’arbalète. Ç’avait été une arme magnifique, autrefois. Mais quelque chose avait brisé la base de bois et ce n’était plus que de la corde et du métal, à présent.

“Dommage. Ça aurait pu être utile. J’aurais pu m’en servir.”

“Ouais, mais ça ne sert plus à rien à présent.”

Les yeux de la Gobeline suivirent l’arme brisée lorsqu’Erin la jeta de nouveau par terre. Elle se précipita dessus tandis qu’Erin et Ryoka inspectaient la chambre forte d’où Écorcheur était sorti.

Ça, pour le coup, c’est une salle au trésor. Pas vrai ?”

“On dirait bien.”

Il était difficile pour les filles d’en être certaines. D’un côté, la chambre dont Écorcheur était sorti ressemblait à une salle au trésor. Elle était grande, caverneuse, et remplie d’étagères de pierre où s’entassaient des objets et des paniers. Mais le problème, c’est que rien dans cette pièce n’avait l’air d’avoir une quelconque valeur.

“Qu’est-ce que c’est que ça ?”

Erin pointa une urne du doigt. C’était une jolie urne, profondément gravée et émaillée d’une belle pierre verte qui brillait à la lumière. Ryoka y jeta un œil et haussa les épaules.

“Une espèce de vase. Probablement de cérémonie.”

“Et ça ?”

“Une amulette.”

“Mais elle est en pierre !”

“Eh bien, ça a probablement une valeur culturelle.”

“Mais pas de valeur, disons, magique ?”

“... Probablement pas.”

Pisces leva les yeux d’un air distrait en fouillant des rangées d’objets sur les étagères de pierre. Il fusilla Ryoka et Erin du regard comme si c’était leur faute d’une manière ou d’une autre.

Rien n’est magique ici ! Tout est… mondain ! Ce n’est pas un trésor. C’est une décharge d’antiquités et de souvenirs !”

“Vraiment ? Mais on dirait vraiment une chambre forte. Où sont partis tous les trésors ?”

Le mage s’aspira les joues d’un air furieux.

“Je ne sais pas. Mais il y avait de nombreux artefacts magiques ici, ça je peux vous le dire ! Je sens leurs auras, mais ils ont disparu.”

“Diantre.”

Erin soupira. Mais ce n’était pas pour cela qu’ils étaient descendus, n’est-ce pas ?

“Eh bien, les Cornes d’Hammerad ne sont pas ici. Ou s’ils y sont…”

Ryoka secoua la tête.

“Ils ne sont pas là. J’en suis sûre. Pisces, ce sort que tu as reçu. Est-ce que ça disait… ?”

Il fit la moue.

“Non. C’était très ténu. Ça disait juste “Ruines. Deuxième étage. Dedans.” Je ne crois pas que Ceria avait assez de mana pour dire plus que ça.”

“Bordel.”

Erin se tourna vers les autres. Toren s’était trouvé une nouvelle épée, et Loks était occupée à traîner l’arbalète noire brisée. Elle était presque aussi grosse qu’elle et Erin était sûre qu’elle n’allait jamais pouvoir la ramener à la surface. Pisces sortit d’un air furieux de la salle au trésor et Ksmvr attendit patiemment en faisant le guet par là où ils étaient arrivés. Erin se tourna vers Ryoka.

“On va où ? Dans l’autre sens ?”

Ryoka acquiesça.

“Ils ne peuvent être que là. Dépêchons-nous.”


***

La gigantesque salle de tombes était le dernier endroit qu’ils avaient visité. Les pieds de Ryoka lui faisaient mal à cause des tommettes froides, et elle avait des couches de… mort qui lui recouvrait la plante des pieds. Elle ne voulait pas y penser.

Ses pieds lui faisaient mal, de toute façon, après toutes ces allées et venues. Ils avaient visité chaque pièce, cherché le moindre signe de vie. Mais ils n’avaient rien trouvé. Et ceci, la dernière pièce des Ruines, n’était pas plus prometteuse que le reste.

Après avoir fait un tour rapide de la pièce caverneuse, Ryoka voyait bien que personne ne s’y cachait. Les cercueils de pierre étaient la seule chose présente dans la pièce, et la plupart avaient déjà été ouverte pour laisser sortir leurs occupants.

Elle retourna en courant là où Erin et le reste l’attendaient et secoua la tête.

“Rien.”

Le visage d’Erin se décomposa.

“Tu en es sûre ?”

“Il faudrait qu’ils soient de la taille de cette Gobeline pour pouvoir se cacher ici, et ils m’auraient entendue. Ils ne sont… pas là.”

Ryoka avait mal de dire ça. Mais ils avaient fouillé de partout, et c’était la fin. Elle secoua la tête. Elle ne se sentait pas triste. Elle se sentait simplement vide. Creuse. Ils étaient venus jusqu’ici, et pour quoi ?

Étonnamment, c’était Pisces qui résistait le plus au constat de Ryoka. Il secoua la tête avec véhémence et rétorqua.

“Je ne te crois pas. Ceria est ici, quelque part à cet étage. On doit tout simplement l’avoir manquée. Il faut qu’on retourne vérifier !”

Ryoka le fusilla du regard. Elle était fatiguée, épuisée, et elle savait qu’il devait l’être aussi. Mais elle essaya d’être la voix de la raison.

“On a vérifié partout. S’ils se cachaient, pourquoi ne sont-ils pas sortis en nous voyant ? Et si on traîne ici, on risque d’attirer d’autre morts-vivants.”

“Je n’en sens aucun. Je ne sens quasiment rien ici.”

“Tu as dit qu’il y avait des centaines de morts-vivants dans ces Ruines.”

“Oui, eh bien ils ne sont pas ici. Et je refuse de partir sans avoir trouvé Ceria !”

“Mais où pourraient-ils être d’autre ?”

C’était la conversation la plus bruyante que le groupe avait eue jusque-là, et leur voix résonnait dans la vaste pièce, se faisant rapidement avaler par l’immensité. Erin s’interposa entre Pisces et Ryoka qui se fusillaient du regard.

“D’accord, d’accord, réfléchissons. On ne peut pas abandonner tout de suite, mais Ryoka a raison, Pisces. Si on ne les trouve pas rapidement…”

Il se détourna d’elle.

“Ceria est en vie. Elle n’aurait pas pu jeter le sort, sinon.”

“Mais tu ne peux plus la contacter, si ?”

“Non. Mais il y a des centaines de raisons pour lesquelles elle pourrait être incapable de répondre. Un danger imminent, peut-être, ou simplement… la faim. Sans nourriture ni repos, son corps serait incapable de se recharger en mana.”

“Oui, je comprends ça. Mais alors où pourrait-elle être ? Comment pourrait-elle se cacher de tous ces morts-vivants et de ce truc de peau ? Est-ce qu’elle connaît le sort d’[Invisibilité] comme toi ?”

Pisces secoua la tête.

“Non. Elle n’a jamais appris… elle est en vie, Erin, je le jure. On doit la trouver.”

“Je sais, je sais. Mais si on ne la trouve pas bientôt…”

Ryoka se détourna tandis qu’Erin parlait avec Pisces. Elle avait envie de donner un coup de pied à quelque chose, ou peut-être de crier, mais elle avait peur de faire du bruit et d’attirer l’attention. Même si Pisces disait que les Ruines étaient vides, le silence était déconcertant.

Elle regarda autour d’elle. Si on oubliait les trois humains, les trois autres membres du groupe avaient l’air moins intéressés par le sort des Cornes d’Hammerad et plus intéressés par le fait de sortir plutôt tôt que tard. Loks était accroupie dans un coin de la pièce, contemplant avec intensité l’arbalète brisée qu’elle traînait encore avec elle. Ryoka était surprise qu’elle l’ait toujours, mais la Gobeline était tenace.

Ksmvr jetait régulièrement un coup d’œil plein d’espoir à Erin. Il gardait l’entrée de la chambre des tombes, guettant le moindre signe de mort-vivant. Il espérait probablement simplement qu’ils allaient abandonner pour qu’il puisse arrêter de protéger Erin.

Et Toren ?  Toren était en train de regarder fixement un cercueil de pierre. Il l’inspectait peut-être en se demandant s’il pourrait y reposer plus tard. Ryoka secoua la tête. Ça ne servait à rien. Elle avait eu tellement d’espoir, mais les Cornes d’Hammerad… peut-être que ça n’avait été qu’un coup de chance.

Ou peut-être qu’ils arrivaient trop tard. Pisces avait reçu le message presque un jour plus tôt, maintenant. Peut-être qu’il avait déjà été trop tard quand il l’avait reçu. Peut-être que la magie avait pris trop de temps à l’atteindre. Peut-être même que Ceria était morte en les attendant pendant qu’elles étaient en train de se disputer avec Zevara.

L’idée blessait Ryoka, mais elle devait se rendre à l’évidence. Ses amis avaient été de bons aventuriers, mais pas des prodiges non plus. Les chances qu’ils soient tous morts avaient été élevées, et ce n’était que son espoir fou qui l’avait convaincue qu’ils avaient survécu alors que tout le reste était mort. Après tout, on ne peut pas tricher avec la mort, pas même lorsqu’on est les Cornes d’Hammerad…

Le regard de Ryoka tomba de nouveau sur Toren. Le squelette était en train d’essayer de regarder dans un cercueil. Et elle comprit enfin.

“Attendez une seconde.”

Erin et Pisces s’interrompirent lorsque Ryoka se tourna vers eux.

“Qu’est-ce qu’il se passe ?”

“Je crois que je sais où se trouvent peut-être les Cornes d’Hammerad. Ils se cachent encore ici.”

“Où ?”

Pisces avait l’air suspicieux. Il jeta un regard noir à Ryoka.

“On a cherché partout. Si tu es en train de suggérer qu’ils sont sortis d’une manière ou d’une autre…”

“Non, ils sont toujours ici.”

Ryoka se mit à chercher dans la pièce en continuant son explication. Elle cherchait. La plupart des cercueils étaient ouverts, mais quelques-uns avaient été refermés.

“Et si… s’ils s’étaient cachés là où aucun mort-vivant ne pouvait venir les chercher ? Quelque part où ils n’avaient aucune envie de retourner ?”

Erin et Pisces suivirent le regard de Ryoka, puis regardèrent Toren. Erin écarquilla les yeux.

“Dans les cercueils ?”

“C’est possible. S’ils ont laissé un peu de place pour laisser passer l’air…”

“On va vérifier. Loks ! Ksmvr ! Toren !”

Erin les appela tandis que Ryoka et Pisces couraient vers les cercueils. Il n’y en avait pas beaucoup qui soient encore fermés. Mais il y avait beaucoup de tombes de pierres. Ryoka courut de dalle mortuaire en dalle mortuaire. Elle les souleva une par une, les déplaçant juste un peu afin de voir à l’intérieur. Des cadavres, des restes pourris, des morceaux de tissus…

Rien.

Elle entendit les autres faire la même chose. Ryoka tenta un autre cercueil et s’arrêta. C’était crétin. Si les Cornes d’Hammerad étaient ici, pourquoi ne les avaient-ils pas entendus ? Pourquoi n’étaient-ils pas sortis ?”

“Ceria ? Calruz ! Gerial ! Sostrom ! Si vous êtes ici, répondez !”

Hurla Ryoka dans la chambre vide. Sa voix résonna bruyamment tandis que le reste du groupe continuait de soulever les dalles. Ryoka ferma les yeux et écouta. Rien. Bien sûr. C’était une idée stupide. Personne ne pourrait…

“...?”

Elle se figea. Le bruit était très ténu, presque inaudible. Elle regarda autour d’elle.

“Ceria ?”

“...r...a… ?”

Là. Encore ce bruit. Elle ne l’avait pas imaginé. Ryoka courut en direction du son. Elle s’écrasa contre un cercueil et se figea, ignorant la douleur dans son tibia.

“Ryoka... ?”

Celui-là. Ryoka chargea en direction du cercueil, sautant par-dessus une tombe vide. Elle baissa la tête. C’était ténu mais… oui ! Il y avait une toute petite fissure sombre, suffisante pour laisser passer le son. Et une voix. C’était cette voix que Ryoka reconnaissait.

“Ryoka ?”

Ceria!”

Ryoka hurla. Erin et Pisces firent volte-face. Ryoka poussa le couvercle de pierre de toutes ses forces. C’était lourd, mais Erin la rejoignit, puis Pisces. Ils poussèrent le couvercle au sol où il se fracassa. Et là, dans le cercueil, gisait quelqu’un qu’ils reconnaissaient.

Ceria Springwalker sourit faiblement à Ryoka, clignant des yeux devant la lumière des orbes de Pisces et Loks. Son visage était pâle et elle avait l’air émaciée, la faim ne lui ayant laissé que la peau sur les os. Mais elle était là. Vivante.

“Ceria !”

Pisces tendit les bras vers elle, mais Ryoka fut plus rapide. Avec l’aide d’Erin, elles sortirent Ceria du cercueil de pierre. Elle était impossiblement légère, encore plus que ce dont Ryoka se souvenait. Elle s’effondra au sol, et Erin dut la redresser pour qu’elle reste debout.

“Ceria. On t’a retrouvée.”

“Oui. Vous m’avez retrouvée.”

La voix de Ceria était un murmure, un chuchotis. Elle toussa, et soudain tout le monde cherchait une flasque d’eau. Elle accepta une gorgée d’eau de la flasque de Pisces et recracha le tout en toussant. Ryoka essaya de la stabiliser.

“Tu… as reçu mon message. Je suis contente. J’avais peur de rester piégée ici pour toujours. Je n’arrivais pas à bouger le couvercle…”

“Est-ce qu’il y a quelqu’un d’autre avec toi ? D’autres Cornes d’Hammerad ?”

Ryoka regarda autour d’elle. Il y avait d’autres cercueils à côté, tous fermés. Mais Ceria soupira. Elle leva les yeux vers Ryoka, et secoua la tête.

Une fraction du monde s’arrêta de tourner. Il était un peu plus vide à présent, pour Ryoka. Ceria secoua la tête, les yeux brillants de larmes contenues.

“Non, non. Ils sont tous… tous partis, Ryoka.”

Elle soupira, poupée fantomatique que seules les mains d’Erin empêchaient de s’écrouler. Même maintenant, affamée et à moitié morte, Ceria ressemblait toujours à une créature à mi-chemin entre la vie et l’immortalité. Surtout maintenant.

“C’est juste moi. Ce qu’il reste de moi.”

Puis Ceria leva la main, et Ryoka vit avec stupeur que sa main droite avait disparu. La peau jusqu’à son poignet était morte, et il ne restait plus que de l’os blanc et de la chair à nu. Les morceaux de la main encore connectés à la partie saine du bras de la demie-Elfe étaient noircis, presque comme une engelure.

Ryoka contempla la main ruinée de Ceria. Elle ne trouva pas les mots.

“Je… je ne… Ceria…”

“C’est le prix que j’ai payé pour vivre. Ils sont tous morts, Ryoka. Tous sauf moi.”

Ceria avait murmuré ces mots. Sa tête dodelinait et Ryoka comprit qu’elle était sur le point de s’évanouir. La demie-Elfe marmonna encore quelques mots.

“Il ne reste plus que moi.”

“Et moi !”

La pierre bougea. Ryoka et Erin firent volte-face et virent Toren et Loks en train de pousser un autre couvercle. Un Drakéide très maigre et très poussiéreux s’assit et leur sourit. Il avait des écailles bleu pâle, et il tituba en sortant du cercueil, glissant en manquant tomber par terre.

Erin dévisagea le Drakéide, en agitant inutilement les mâchoires. Elle retrouva enfin ses mots.

“Olesm ? Tu es là aussi ?”

“En effet !”

Il lui fit un petit sourire tandis que Loks et Toren l’aidaient à se redresser. Erin échangea un regard avec Ryoka puis se frappa le front du plat de la main. Pisces et Ceria levèrent les yeux vers elle.

“Oh bon sang ! J’avais complètement oublié !”



Hors ligne EllieVia

  • Tabellion
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Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
« Réponse #77 le: 15 août 2020 à 01:50:24 »
2.04 - Première partie
Traduit par EllieVia

 
Ryoka ferma les yeux et sut qu’elle était heureuse. C’était un sentiment tellement rare qu’elle le savoura.
 
Heureuse.
 
Ceria était en vie. L’une d’entre eux était en vie. Le fait que le reste ne le soit pas…
 
Elle pourrait se concentrer sur ça plus tard. Mais il restait un membre du groupe. Ils n’étaient pas tous morts.
 
Elle était sauvée.
 
Cela ne dura qu’un instant. Puis Ryoka cligna de ses yeux larmoyants et se mit au travail.
 
Les catacombes restaient très sombres, et ils étaient toujours en danger. Ceria s’appuyait fortement sur Erin, et Olesm était avachi de tout son poids sur un cercueil. L’air était putride et sentait la merde au sens littéral. Il y avait également beaucoup de poussière, et Ryoka sentait venir un accès de claustrophobie après être restée là-dessous si longtemps.
 
“Il faut qu’on vous sorte d’ici.”
 
“Il faut d’abord qu’on leur donne à manger.”
 
Ryoka fronça les sourcils à l’attention d’Erin.
 
“Avec quoi ? Je n’ai pas apporté grand-chose. J’ai quelques rations sèches dans mon sac, mais on est au beau milieu des ruines.”
 
“Et alors ?”
 
“Est-ce que c’est vraiment le moment de manger ?”
 
“Il y a toujours le temps pour un repas. De plus…”
 
Erin hocha la tête en direction de Ceria. Ryoka examina sa silhouette diminuée.
 
“Ah.”
 
Mais Ceria secouait la tête. Elle essaya de se redresser, le regard déterminer.
 
“S’il y a du danger, on peut atteindre la surface. Le reste des morts-vivants…”
 
“On ne les a pas vus. Viens, assieds-toi.”
 
Erin guida Ceria vers une autre tombe et aida la demie-elfe à s’asseoir doucement sur le banc de pierre. Ryoka hésita, mais Erin était déjà en train de défaire son sac.
 
“On devrait monter la garde.”
 
“Je serai vigilant.”
 
Ksmvr hocha la tête et se dirigea vers la porte. Toren tira son épée et se mit à surveiller la pièce.
 
Erin était occupée à sortir des objets plats à moitié écrasés de son sac. Ils avaient été posés sous son stock de cailloux et le reste de son équipement. Ryoka regarda fixement Erin commencer à les déballer.
 
“Tu as fait des sandwiches ?”
 
“Je me suis dit qu’on allait rester là-dessous un bon moment. J’ai aussi de la soupe !”
 
De la soupe ?”
 
“C’est de la nourriture. Pourquoi ? Tu n’aimes pas la soupe ?”
 
Ryoka ouvrit la bouche puis la referma. Elle refusa d’un geste de la main lesdites bouteilles d’eau remplies de soupe. Et hocha la tête en direction d’Olesm et de Ceria qui étaient tous deux assis par terre, en train de vaciller légèrement en clignant des yeux. Ils avaient l’air étourdis, ce qui était logique.
 
“Quatre jours. Ou peut-être trois. Et ils sont restés dans les cercueils tout ce temps ?”
 
Erin frissonna en assemblant le repas. L’odeur qui flottait dans les airs était terriblement répugnante, mais Ryoka et elle étaient de toute façon trop affamées pour s’en soucier. Elle jeta un œil au Drakéide et à la demie-elfe et secoua la tête.
 
“Je pète un câble se je dois rester assise dans un avion plus d’une heure. Comment ont-ils fait ?”
 
Ryoka hésita avant de répondre.
 
“On peut résister à beaucoup de choses pour survivre. Tiens, passe-moi la soupe.”
 
“Oh, tu as changé d’avis ?”
Erin sourit et tendit de nouveau la bouteille de soupe à Ryoka.
 
“C’est que des bonnes choses ! Du bouillon de bœuf et des légumes hachés assez fin pour qu’on puisse la boire.”
 
Ryoka tendit la soupe à Olesm et Ceria, en leur donnant pour instructions de ne prendre qu’une petite quantité pour commencer. Lorsque Pisces et Erin se mirent à protester, Ryoka passa outre.
 
“Tu te souviens des gens qui ont été secourus dans les camps de concentration ? Beaucoup d’entre eux sont morts de suralimentation quand les soldats leur ont donné des barres chocolatées et trop de nourriture d’un coup.”
 
Pisces regarda Ryoka d’un air désorienté, mais Erin comprit.
 
“On peut mourir de suralimentation ?”
 
“Quelque chose dans le genre. L’organisme entre en état de choc. Il ne peut pas gérer toute la nourriture aussi soudainement.”
 
“Quoi ?”
 
“Ryoka dit que la nourriture est trop riche pour leurs estomacs. Ils vont tomber malade et mourir.”
 
“Je vois.”
 
Pisces regarda Ryoka pendant un instant, puis attrapa l’un des sandwiches écrasés et mordit dedans. Il grimaça.
 
“Des tomates.”
 
“Si tu n’aimes pas ça, n’en mange pas !”
 
Erin fronça les sourcils tout en tendant un autre sandwich à Ryoka et à Loks. Le sandwich de Ryoka avait apparemment du poisson pané à l’intérieur. Elle se rendit compte qu’elle était soudain affamée et dévora son repas ainsi qu’un autre sandwich en quelques secondes.
 
Pendant que Pisces et Loks dévoraient leur nourriture et que Ksmvr grignotait un autre rapladwich, comme Erin voulait qu’on les appelle, l’aubergiste s’approcha d’Olesm et Ceria. Ils partageaient la soupe que Ryoka leur avait donnée, mais ils ne paraissaient pas avoir grand appétit.
 
“Je n’ai plus faim. C’est normal de ne plus avoir faim après quelques gorgées ?”
 
Ceria sourit d’un air faible à Erin qui s’approchait. Cette dernière ne put s’empêcher de regarder sa main squelettique, mais elle releva les yeux sur le visage de son amie et se força à sourire. Elle ignora également l’horrible odeur qui se dégageait de Ceria.
 
“C’est ce que Ryoka expliquait. Ton estomac n’a rien eu à manger depuis un moment, donc il a rétréci. Tu ne pourras pas manger grand-chose pendant un moment.”
 
“Oh, d’accord. C’est difficile de rester mince, avec tout ce que je mange d’habitude.”
 
Erin sourit à la blague de Ceria. Elle regarda ensuite Olesm. Le Drakéide était très pâle. Ses écailles bleu clair étaient encore plus claires que d’habitude, et des écailles mortes tombaient à chacun de ses mouvements. Il sentait encore plus mauvais que Ceria.
 
“Olesm ?”
 
Elle tendit la main dans sa direction, mais le Drakéide s’écarta. Inquiète, Erin le dévisagea.
 
“Est-ce que ça va ?”
 
“Je vais bien Erin. Vraiment. C’est juste que…”
 
Olesm se tourna vers Ceria d’un air implorant. La demie-Elfe haussa les épaules.
 
“Hum, on aurait peut-être bien besoin d’eau si vous en avez. Et des vêtements propres ?”
 
“Je peux vous trouver ça. Mais pourquoi... ?”
 
Pour la première fois, Erin examina vraiment Olesm. Il avait l’air aussi desséché que Ceria, mais il faisait également de son mieux pour rester le plus loin possible d’elle sur son banc de fortune. Il était entré dans le donjon avec une armure de cuir, mais elle avait été réduite en lambeaux. Une partie de ses écailles avait été écorchée, mais sans gravité.
 
Mais ses vêtements avaient vraiment l’air froissés, et la zone au niveau de ses leggings était… marron…
 
Olesm vit le regard d’Erin et rosit. Ceria toussa dans sa main valide. Erin remarqua qu’elle était aussi en train de croiser les jambes.
 
“On aurait bien besoin de nous laver. C’est assez urgent.”
 
Erin recula de quelques pas. L’odeur qui lui arrachait le nez s’intensifia soudain lorsqu’elle en saisit l’origine.
 
“Oh. Oh. Je vais, euh, je…”
 
Elle se précipita à moitié vers son sac à dos, où Ryoka était assise en mangeant son troisième sandwich. Elle avait sauvé de la soupe et un sandwich écrasé des crocs de Loks et Pisces pour Erin, mais Erin n’y prêta pas attention.
 
“Qu’est-ce qu’il se passe ?”
 
“Oh, rien. Juste, euh, n’allez pas là-bas tout de suite.”
 
“Pourquoi ?”
 
Ryoka voulait toujours une réponse, surtout quand la raison était “parce que je te le dis.” Erin hésita quelques secondes et essaya de dire ce qu’il se passait sans que Pisces comprenne. Loks avait clairement déjà saisit ce dont il s’agissait étant donné qu’elle était allée s’asseoir plusieurs mètres plus loin.
 
“Hum, tu sais quand tu parlais de la survie, et de tout ça ? Eh bien, imagine que les cercueils ont servi de grosses… couches.”
 
Ryoka resta médusée pendant une fraction de seconde, puis elle écarquilla les yeux.
 
“Oh.”
 
“Ouais.”
 
“Est-ce qu’ils ont besoin d’eau ? J’ai une bouteille et quelques bandages qui pourraient…”
 
“T’inquiète, t’inquiète ! J’ai pris tout ce qu’il fallait !”
 
“Tout ce qu’il fallait” comprenait entre autres l’une des bouteilles d’eau de Ryoka et un morceau de tissu propre du sac d’Erin. Ceria expliqua ce qu’il s’’était passé en utilisant l’un des couvercles de cercueil comme paravent. Non pas qu’il y ait eu grand-chose à cacher : il suffisait que Pisces et Olesm détournent le regard. Ksmvr n’en avait clairement rien à faire.
 
“Les premiers jours, je nettoyais tout ça avec des sorts. C’était gâcher du mana. Mais je pensais que les morts-vivants allaient peut-être pouvoir sentir. Et après… eh bien, il n’y a plus vraiment de problème quand on ne mange rien.3
 
C’était l’un des aspects de la vie en cercueil de pierre auquel Erin et Ryoka n’avaient pas souhaité réfléchir, et elles n’avaient pas voulu s'appesantir sur la question. Au moins, Ceria ne puait pas trop. Olesm, en revanche…
 
“J’ai eu le même problème. Et je ne suis pas mage, okay ?”
 
Tout le monde resta loin de lui jusqu’à ce qu’Olesm ait terminé de se laver soigneusement. Pisces l’aida même avec quelques sorts. À une certaine distance.
 
Olesm marmonna lorsqu’une brume d’eau fine l’effleura. Il tourna la tête pour fusiller Pisces du regard, qui regarda au loin d’un air absorbé.
 
“Tu ne peux pas m’envoyer plus d’eau ? Là, tout ce que tu fais c’est rendre le toutmouillé.”
 
Pisces renifla, ce qui s’avéra être une erreur.
 
“Je ne suis pas [Hydromancien], et je me suis spécialisé dans la glace. De plus, l’air est sec ici. C’est le mieux que je peux faire.”
 
Erin regarda fixement Ceria qui finissait de se frotter. Elle fit mine de rendre le tissu à Erin, le regarda, puis le jeta dans l’un des cercueils. Erin lui proposa un autre rouleau propre de lin - les bandages d’urgence de Ryoka - et Ceria termina de s’essuyer avec ça.
 
“Comment vous avez fait pour survivre aussi longtemps sans eau ? Ou est-ce que vous aviez des provisions sur vous ?”
 
“Olesm en avait. Quelques rations sèches, mais on a perdu nos sacs pendant la… l’attaque.”
 
Ceria toussa et prit une petite gorgée de ce qui restait dans la bouteille après son bain improvisé.
 
“Mais on n’avait pas d’eau. J’ai brûlé tout le mana qu’il me restait pour créer de la glace à sucer.”
 
Elle secoua la tête.
 
“Encore un jour ou deux et on serait morts. On ne pouvait même plus bouger les couvercles de l’intérieur. J’ai vraiment cru qu’on allait y rester. Quand j’ai entendu vos voix et que j’ai compris que vous ne pouviez pas nous entendre…”
 
“C’est Ryoka qui a compris où vous vous étiez cachés.”
 
Erin pointa Ryoka du doigt. La fille aux pieds nus s’appliquait à évider de mettre les pieds dans l’eau qui restait des bains de Ceria et Olesm et regardait de manière peu discrète les parties… privées d’Olesm. Ceria sourit.
 
“Ryoka. Et tu l’as rencontrée ? Le monde est plein de surprises. À moins que ce ne soit la destinée.”
 
Elle éclata de rire, toussa, et grimaça faiblement. Erin bondit pour l’aider, mais Ceria agita la main pour lui indiquer de laisser tomber. Sa main squelettique…
 
Erin vit que Ceria voyait qu’elle la regardait et se détourna. Ceria haussa les épaules, et les deux femmes restèrent silencieuses. Erin finit par reprendre la parole.
 
“Eh bien, je suis heureuse que tu ailles bien. Vraiment heureuse.”
 
Erin avait déjà dit cela plusieurs fois, mais cette fois-ci, Ceria avait l’air d’avoir suffisamment repris du poil de la bête pour répondre. Elle lui sourit.
 
“Moi aussi. Mais je n’aurais jamais imaginé que ce serait ce groupe qui allait venir me chercher.”
 
“Ouais, c’est assez bizarre, hein ?”
 
Ceria haussa un sourcil.
 
“C’est un euphémisme. Je reconnais la petite Gobeline et Pisces, mais cet Antinium… ce n’est pas Pion, si ? Ils se ressemblent tous. Est-ce qu’il a fait repousser ses membres ?”
 
“Non. C’est, euh, Ksmvr.”
 
Le Prognugator leva les yeux en entendant son nom. Lorsqu’il vit les deux femmes en train de le regarder, il se détourna. Ceria secoua la tête.
 
“Huh. Tu as beaucoup de choses à me raconter, je pense.”
 
“Et à moi aussi.”
 
Olesm rejoignit enfin le groupe. Il sentait bien meilleur qu’avant, mais il dégageait encore une petite bulle personnelle que personne ne souhaitait pénétrer. Il s’inclina maladroitement devant Erin, manquant tomber.
 
“Miss Solstice, je te suis de nouveau redevable. Ce que vous avez fait pour moi et pour Ceria… je ne pourrais jamais rembourser cette dette. J’ai rejoint cette expédition pour m’améliorer, mais au final…”
 
Olesm s’interrompit et secoua la tête. Il s’essuya les yeux.
 
“J’ai juste de la chance d’être encore en vie. Je ne l’oublierai pas, je le promets.”
 
Puis il leva les yeux et hésita.
 
“Je suis reconnaissant, vraiment. Mais pourquoi est-ce que personne n’a envoyé la Garde nous cherche ? Je veux dire, je comprends qu’ils aient eu peur, mais j’ai des amis ! Ils ne voulaient pas venir me sauver ?”
 
Erin échangea un regard avec Ryoka, mais le regard de la fille ne l’aida pas. Elle rougit violemment et s’agita.
 
“Hum, eh bien, on a parlé avec Zevara, mais elle n’a pas voulu envoyer qui que ce soit pour nous aider. Elle a dit qu’elle ne voulait pas risquer d’envoyer qui que ce soit dans une recherche futile.”
 
Olesm avait l’air choqué. Sa queue fouetta le sol, agitée.
 
“Zevara ? Mais elle me connaît ! Je suis sûr qu’elle aurait envoyé quelqu’un… qu’elle aurait au moins embauché un mage pour jeter un sort de [Détection de Vie] ou quelque chose !”
 
“Eh bien, je suis sûre qu’elle l’aurait fait… si… elle savait que tu étais vivant.”
 
Quoi ? Tu ne lui as pas dit que j’étais descendu avec les autres ?”
 
Erin évita le regard d’Olesm.
 
“J’ai, euh, oublié que tu étais allé avec les Cornes d’Hammerad. Je ne crois pas que quiconque en ville savait que tu étais parti, non plus.”
 
Olesm se recroquevilla.
 
“Je… vois.”
 
“Je suis tellement désolée, Olesm ! C’est juste qu’avec l’attaque contre la ville, et les mauvaises nouvelles et la créature de peau géante…”
 
“Les morts-vivants !”
 
Olesm et Ceria se réveillèrent d’un coup de leur joyeuse rêverie, horrifié. Ceria attrapa inconsciemment le bras de Ryoka de sa main squelettique et s’interrompit.
 
“Qu’est-ce qu’il s’est passé ? Est-ce qu’il y a eu des survivants ? Chancre, on aurait dû demander plus tôt. Mais si vous êtes là, les morts-vivants…”
 
Ryoka essaya de rassurer Ceria sans regarder sa main estropiée.
 
“Ne t’inquiète pas. Il n’y en a plus dehors.”
 
“Mais qu’est-ce qu’il s’est passé ?”
 
C’était la question à laquelle Ryoka ne pouvait pas répondre, mais le reste avait la réponse. Erin fit irruption dans la conversation avec enthousiasme.
 
“C’était dingue ! Un tas de morts-vivants sont sortis des Ruines et se sont mis à attaquer la ville ! J’étais dans mon auberge donc je n’ai pas tout vu, mais Krshia a dit qu’ils ont réussi à pénétrer dans la cité avant que les portes nord n’aient pu être fermées. Toute la ville se battait dans la rue !”
 
Olesm gémis à voix haute. Il attrapa Erin.
 
“Combien de morts ? Combien… ?”
 
Écorcheur.”
 
L’interrompit Ceria. Elle regarda Erin d’un œil perçant.
 
“Est-ce qu’il est sorti ? Est-ce qu’il est toujours là-dehors ?”
 
“Qui ?”
 
“Le monstre…”
 
Les doigts squelettiques de Ceria se crispèrent. Ryoka les regarda avec horreur, mais seule Loks avait remarqué. La Gobeline s’éloigna de Ceria qui essayait d’expliquer.
 
“C’est le monstre qui menait les morts-vivants. Une horreur faire de peau. C’est lui le gardien de cette crypte qui a tué les autres. Est-ce qu’il est sorti ? Est-ce qu’il est toujours vivant ?”
 
Ryoka n’avait aucune idée de qui était ou ce qu’était Écorcheur, mais le reste savait. Le sourire d’Erin s’effaça. Pisces jeta un œil furtif dans la crypte avant de secouer la tête.
 
“Écorcheur ? Ouais, je l’ai vu. Il est mort.”
 
“Tu en es sûre ?”
 
“Certaine.”
 
Ceria et Olesm soupirèrent tous deux de soulagement. Mais Ceria finit par relever la tête.
 
“Comment ? Cette horreur était dotée d’une aura magique. Elle projetait de la peur.”
 
“Je sais. Je l’ai sentie.”
 
Il y avait quelque chose, là. Ryoka regarda Erin du coin de l’œil. Elle avait de nouveau ce regard vacant déstabilisant, qui ouvrait une fenêtre dépourvue d’expression sur quelque chose de très lointain. Pisces et Loks la regardaient aussi. Que diable… ?
 
“Il a attaqué mon auberge. Lui et un tas de morts-vivants. Ils ont essayé de me tuer, mais tous les Ouvriers - les Antiniums avec qui j’avais joué aux échecs - sont venus m’aider. Et tous les Ouvriers se sont battus et…”
 
Erin s’interrompit. Ceria et Olesm la dévisageaient, mais pas plus intensément que Ryoka. Des Ouvriers ? Des Antiniums ? Des échecs ? Elle avait combattu la chose qui avait tué…
 
“Et il est mort. Loks l’a tué. Elle et le reste des Gobelins, je veux dire. Son vrai corps était ce gros vers sous ces épaisseurs de peau et on a… il est mort. Les Gobelins ont mangé un peu de sa carcasse et ont brûlé le reste.”
 
Ryoka avait traversé les Hautes Passes et survécu. Elle avait fait des choses qu’aucun Coursier du coin n’avait fait depuis des années. Elle était la Coursière la plus rapide à peut-être des centaines de kilomètres aux alentours. Elle était peut-être exceptionnelle, mais Erin était dans une toute autre catégorie.
 
Erin avait combattu des monstres.
 
Et bien qu’il paraisse ridicule à Ryoka d’imaginer la jeune femme se battre contre une espèce de monstre de chair que même Calruz et le reste des aventuriers n’avaient pas pu vaincre, elle n’avait aucun doute qu’elle l’avait fait. Avec de l’aide, certes. Avec de la chance et une dose de hasard, peut-être. Mais elle l’avait fait.
 
Ceria dévisagea Erin pendant quelques secondes. Olesm était bouche-bée, les yeux exorbités. Mais Ceria la regarda en silence. Elle croisa le regard d’Erin.
 
“Tu l’as tué. Toi.”
 
Erin haussa les épaules, mal à l’aise. Elle pointa du doigt la Gobeline assise derrière elle.
 
“C’est Loks qui l’a tué.”
 
Pisces s’étouffa sur l’un des sandwichs et toussa en regardant Loks avec des yeux ronds. La Gobelins se gratta une oreille et regarda autour d’elle d’un air de défi.
 
“Une Gobeline et une [Aubergiste].”
 
“Beaucoup de Gobelins, d’Ouvriers, Klbkch et quelques Soldats aussi.”
 
Ceria secoua la tête.
 
“Ha. Bien sûr. C’est juste…”
 
Elle se mit à pouffer, puis éclata de rire. Ryoka cilla. Ceria se mit à rire d’un rire hystérique. Erin tendit la main et stabilisa la demie-Elfe qui continua de rire jusqu’à s’étouffer et se mettre à pleurer.
 
“Je suis… je suis désolée. C’est juste que…”
 
Elle rit de nouveau, une exclamation courte qui ressemblait à un aboiement. Ceria regarda droit devant elle avec les yeux écarquillés, le visage figé dans un sourire tendu.
 
“Je sais. Il a failli me tuer. Et il a tué presque tous mes amis. Et beaucoup de membres de la Garde de la Ville.”
 
Erin tint Ceria dans ses bras et la mage se remit à trembler. Ryoka se sentait impuissante. Elle n’était pas du genre à tendre la main et réconforter quelqu’un. Mais elle aurait aimé en être capable.
 
“Il est mort.”
 
“Merci.”
 
Chuchota Ceria en laissant ses larmes couler dans le t-shirt d’Erin. Elle regarda Ryoka.
 
“Merci du fond du cœur.”
 
Ryoka secoua la tête.
 
“Je n’ai rien fait.”
 
“Tu es venue nous chercher. Merci.”
 
“Oui, merci.”
 
Olesm inclina la tête en direction de Ryoka. Elle hocha la tête, ayant le sentiment d’être une ordure sans valeur. Elle n’avait rien fait. Elle sentait de manière très tangible qu’elle était encore plus étrangère au moment qui se déroulait devant elle que Ksmvr et Toren, qui regardaient la scène en silence tout en montant la garde. Ils avaient combattu les morts-vivants et cet Écorcheur. Elle, elle s’était contentée d’arriver trop tard.
 
“Ahem.”
 
Pisces s’éclaircit bruyamment la gorge. Lorsque Ceria leva les yeux sur lui, il lui adressa un sourire condescendant.
 
“Je pense qu’une partie des remerciements me revient. C’est moi qui ai reçu ton message, après tout. Sans mes vives sollicitations, nous ne serions jamais descendus vous chercher. J’ai également réussi à éliminer un andain conséquent de morts-vivants pendant la bataille.”
 
Erin et Ryoka froncèrent toutes deux les sourcils à l’attention de Pisces. Erin ouvrit la bouche pour le gronder, mais Ceria hocha très doucement la tête.
 
Ceria se tourna vers Pisces et inclina profondément la tête.
 
“Merci, Maître Mage.”
 
Elle avait dit cela sans une seule trace d’ironie ou de sarcasme. Pisces rougit et détourna le regard.
 
“Oui, bon. Il faut bien que nous autres étudiants de Wistram nous serrions les coudes, n’est-ce pas ?”
 
“Si on t’avait emmené avec nous pendant l’expédition…”
 
Ceria secoua la tête. Ryoka voulait savoir ce qu’il s’était passé, mais elle n’était pas certaine que ce fût le bon moment pour poser la question.
 
“Qu’est-ce qu’il s’est passé ?”
 
Erin regarda Ceria, les yeux remplis d’inquiétudes. La demie-Elfe ferma les yeux et pendant un instant, Ryoka eut peur que cela ait été trop demander. Mais elle prit la parole.
 
“Tout a commencé quand on est arrivé au deuxième sous-sol. Tout allait bien avant ça. On était tombé sur un nid d’Araignées Cuirassées, mais rien d’autre. Mais on est alors tombés sur un groupe de zombies…”
 
Ryoka écouta la version abrégée de ce qu’il s’était passé jusqu’au moment où Écorcheur était sorti par les portes de la salle au trésor.
 
“Elles ne devaient pas être verrouillées. Cette horreur attendait juste à l’intérieur que ce soit le bon moment. Il a tué Cervial, Gerald, et la moitié du reste des aventuriers en une poignée de secondes. Et quand on a réussi à les atteindre pour essayer de le combattre…”
 
Ceria ferma les yeux et secoua la tête. Une autre larme se forma dans ses yeux sans couler.
 
“Il les a tous tués. Gerial, Sostrom… il a arraché le bras de Calruz. Je ne pouvais même pas riposter tant qu’il me regardait.”
 
Elle se tourna vers Erin.
 
“Tu les as vengés. Merci.”
 
Erin secoua la tête, mais pas en signe de dénégation. Elle regarda Olesm.
 
“Et qu’est-ce qu’il t’est arrivé ?”
 
Ceria sourit à Olesm.
 
“Il m’a sauvé la vie.”
 
Les écailles autour du visage d’Olesm se teintèrent légèrement de rouge lorsque tout le monde se tourna vers lui. Il répondit d’un air modeste.
 
“Je n’ai pas fait grand-chose. J’ai juste fui quand cette chose est apparue et mis Ceria dans l’un des cercueils. Je ne pouvais rien faire d’autre.”
 
“Il m’a sauvé la vie.”
 
Déclara Ceria avec simplicité. Elle montra à tous sa main gelée.
 
“Je pouvais à peine bouger et une Goule était en train de me dévorer. Il l’a transpercée par derrière et a utilisé une potion de soin pour soigner la plupart de mes blessures. S’il n’avait pas été ici, je serais morte.”
 
Erin tendit la main et tapota l’épaule du Drakéide.
 
“Bien joué, Olesm.”
 
Il rougit et secoua de nouveau la tête, en silence. Ryoka regarda la main de Ceria et hésita.
 
“Est-ce que c’est comme ça que tu as perdu… ?”
 
Elle montra la main de Ceria. La demie-Elfe baissa les yeux et éclata de rire. Les doigts ne bougeaient pas, mais elle paraissait capable de bouger le moignon noirci sans problème ni douleur.
 
“Ça ? Non. Je… eh bien, j’ai juste jeté un sort au-dessus de mon niveau, c’est tout.”
 
Pisces jeta un œil à la main de Ceria, fronçant les sourcils devant la peau noircie.
 
“Je sens le résidu de magie. Un sort de gel ? [Lance Glaciale] ?”
 
“Rien d’aussi pointu. J’ai juste utilisé toute la magie contenue dans ma baguette, c’est tout.3
 
“Espèce d’idiote.”
 
Erin fusilla de nouveau Pisces du regard, mais Ceria se contenta de hocher la tête.
 
“Il fallait que je crée une ouverture pour les autres.”
 
Elle hésita.
 
“Les autres. Yvlon essayait de s’échapper. Vous savez si elle… ?”
 
Erin échangea un regard avec Pisces et secoua la tête.
 
“Je, euh, n’ai pas demandé. Quelques aventuriers ont survécu.”
 
“Yvlon est vivante.”
 
Ryoka hocha la tête à l’attention de Ceria. La demie-Elfe hésita en dévisageant Ryoka.
 
“Est-ce qu’elle… ?”
 
“Elle est dans un état catatonique. Elle ne parle pas, ne bouge pas.”
 
“Je vois.”
 
Ceria baissa la tête et ferma les yeux. Là encore, Ryoka ne sut pas quoi lui dire. Dire que “au moins, elle est vivante” paraissait grossier, même pour elle. Elle s’éclaircit la gorge et préféra regarder autour d’elle.
 
“Cet Écorcheur. Comment connaissez-vous son nom ?”
 
Cette fois-ci, ce fut Olesm qui expliqua. Il pointa du doigt le mur où se trouvait le poème que Ceria avait traduit et tout le monde leva les yeux. Pisces fronça les sourcils et jeta le même sort que Ceria avait lancé, pendant que Ryoka contemplait les symboles gravés.
 
“Bon sang, comment est-ce que j’ai pu rater ça ?”
 
Demanda Erin d’un air indigné, et Ryoka fit écho à cette question dans sa tête, simplement avec plus d’auto-réprimandes. Ils avaient complètement raté ce détail. Et c’était un détail sacrément important, surtout si cet Écorcheur avait de la famille.
 
“Huh.”
 
Le texte était incompréhensible pour Ryoka, mais l’écriture lui faisait penser à de l’Arabe ou un autre langage sémitique central. C’était une écriture fluide et allongée, ce qui lui faisait penser à des Drakéides. Ce qui était toutefois rejeter beaucoup d’hypothèses à la fois.
 
Ryoka hésita et regarda le reste du groupe. Est-ce qu’elle devrait… ? Mais Pisces en avait déjà trop entendu et Ceria l’avait déjà vu de toute façon. Elle sortit son iPhone et l’alluma.
 
L’écran prit vie. Ryoka regarda le niveau de batterie. 24%. Etonnamment élevé, étant donné qu’elle l’utilisait depuis un bon bout de temps, mais le sort de [Réparation] de Sostrom avait dû également réparer la batterie usée.
 
Sostrom. Cela déchirait le cœur de Ryoka d’y repenser, mais elle écarta l’émotion de son esprit. Elle leva l’iPhone en activant l’appareil photo.
 
L’iPhone de Ryoka éclaira les inscriptions pendant un instant et émit le bruit classique d’un clapet qui se ferme. Loks regarda fixement l’iPhone, sidérée. Pisces cilla et fronça les sourcils et Olesm faillit se décrocher la mâchoire.
 
“C’était quoi, ça ? Une espèce d’objet magique ?”
 
“Un truc du genre.”
 
Ryoka remit l’iPhone dans son étui et Pisces le regarda avec avidité. Elle remarqua que Loks regardait également intensément l’appareil et se résolut à ne jamais le faire tomber ou le laisser sans surveillance.
 
“Je n’avais jamais rien vu de pareil. Est-ce que c’est un mélange d’acier et de verre ?”
 
Olesm réfléchit. Puis il écarquilla les yeux et se tourna vers Ceria.
 
“Oh. C’est elle, la Coursière hyper violente dont tu m’avais parlé ? Celle qui n’a pas de niveaux ?”
 
Ceria éclata de rire et manqua de nouveau s’étouffer. Olesm cligna des yeux, et réalisa ce qu’il venait de dire. Sa queue fouetta nerveusement le sol et il leva les mains.
 
“Je ne voulais pas dire que… je voulais juste dire…”
 
Ryoka était certaine que ce n’était pas ainsi qu’une mission de secours était censée se passer. Mais c’était la réalité, et c’était largement mieux que n’importe quelle fin de conte de fée. Il fallait encore qu’ils sortent des ruines, bien sûr, et Erin venait de voir que Pisces avait mangé le dernier sandwich qu’elle avait empaqueté. Il y avait de la confusion, de la colère, de la poussière, des cercueils vides et une odeur encore bien présente de fèces, mais…
 
Ceria était toujours vivante.
 
Ryoka était sauvée.




Hors ligne EllieVia

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Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
« Réponse #78 le: 15 août 2020 à 01:52:38 »

2.04 - Deuxième Partie
 
Traduit par EllieVia




***




Et lorsqu’elle eut un moment, Ryoka s’éloigna du groupe. Aucun cadavre ne bougeait pour le moment dans le large couloir, mais ce n’était pas ce qui inquiétait Ryoka.
 
Elle passa devant une pile de… muscles en décomposition. Des organes. Des os. Impossible à dire, vraiment.  Elle ne souhaitait en aucun cas déranger les morts, et les monticules informes lui donnaient la nausée.
 
Mais elle continuait toutefois à les examiner. Ryoka s’arrêta près d’une pièce d’armure recouverte d’une substance rouge. Elle s’accroupit et s’efforça de ne pas vomir sur ce qu’il restait du défunt.
 
Était-ce lui ? Ryoka se souvenait à peine de l’armure de Gerial. Et Calruz… comment allait-elle pouvoir savoir si c’était lui ? Elle pouvait toujours chercher de plus gros os, probablement.
 
Ce n’était pas juste. Rien de cela n’était juste. Elle ne pouvait même pas les enterrer, même si elle avait su de quels corps il s’agissait. Elle pouvait… les mettre dans un cercueil ? Comment ? En transportant les entrailles et les viscères à mains nues ? En prenant une pelle ? Un sac ?
 
C’était intolérable. Profondément intolérable. Et Ceria était vivante… Il fallait qu’elle passe en priorité. Mais le cœur de Ryoka saignait à l’idée d’abandonner les autres.
 
“Trop lente. Et trop faible.”
 
Beaucoup trop faible. Elle n’avait même pas tué de zombie en descendant ici. De tous ceux qui étaient descendus pour sauver Ceria, c’était Ryoka qui s’était avérée être la plus inutile.
 
“Pour être honnête, je ne pense pas que quiconque en ait attendu beaucoup plus de toi.”
 
Ryoka leva les yeux et se retourna. Pisces était debout derrière elle. Il leva les mains devant l’intensité de son regard.
 
“Je me suis contenté de te suivre pour m’assurer que tu restes en sécurité. Il ne faudrait pas que tu tombes dans une embuscade.”
 
Était-ce vraiment pour cette raison qu’il l’avait suivie ? Ryoka dévisagea Pisces puis haussa intérieurement les épaules. Elle se redressa et contempla ce qu’il restait des cadavres. Au bout d’un moment, elle finit par se détourner pour retourner vers le reste du groupe. Pisces la suivit.
 
“Je m’aperçois que nous n’avons pas grand-chose à nous dire.”
 
“Il semblerait, oui.”
 
Ils restèrent silencieux pendant plusieurs minutes. Voilà, c’était ce à quoi Ryoka était habituée. Les silences gênants et les conversations banales. Elle chercha quelque chose à dire.
 
“Merci pour ton aide.”
 
“Il n’y a pas de quoi. Pour ma part, je suis… soulagé que Ceria soit saine et sauve.”
 
“Tu la connais ?”
 
Pisces hésita.
 
“Nous nous connaissons de longue date. Ce n’est pas une véritable relation, plutôt une connaissance de passage, mais… disons que nous avons été à Wistram ensemble, et que nous étions autrefois… amis. Je pense que le monde serait plus fade sans la présence de Springwalker, voilà tout.”
 
“Je vois. C’est bien que tu sois venu.”
 
“Oui. Je suis d’accord.”
 
Un nouveau silence.
 
“Cet artefact que tu possèdes… est plutôt intrigant.”
 
“Oui, n’est-ce pas ?”
 
“Est-ce que je peux l’étudier ? Je promets d’y faire très attention.”
 
“Mmh. Peut-être un jour.”
 
“Ah. C’est une manière polie de répondre “jamais, c’est bien cela ?”
 
“Yup.”
 
Ils continuèrent de marcher en silence. La route était longue jusqu’à la salle aux cercueils, mais Ryoka avait le sentiment qu’elle commettrait un impair si elle partait en courant et abandonnait Pisces sur place. Elle était toutefois très tentée de le faire.
 
Au bout d’un moment qui lui parut interminable, Pisces reprit la parole.
 
“Est-ce que tu consentirais à me laisser examiner cet appareil si je te disais qu’il est fortement imprégné de magie ?”
 
Ryoka s’arrêta net. Pisces faillit lui rentrer dedans. Elle le dévisagea.
 
“Tu arrives à détecter ça ?”
 
“Oui. L’empreinte m’apparaît de manière plus qu’évidente. Je suppose que Springwalker était distraite, mais je peux sentir… quelque chose. Est-ce qu’il s’agirait par hasard d’un sort de [Communication] ?”
 
Ryoka hésita. Pesa le pour et le contre. Mais le jeu en valait peut-être la chandelle.
 
“Oui.”
 
“Et le sort a été ancré à cet appareil, d’une manière ou d’une autre. Eh bien, je serais peut-être en mesure de récupérer cette conversation si tu le souhaitais ?”
 
“Tu peux faire ça ? Comment ?”
 
Pisces lui adressa un sourire énigmatique, ou du moins qu’il pensait énigmatique. Ryoka trouvait qu’il s’agissait plutôt d’un sourire suffisant.
 
“J’ai été étudiant à Wistram. La base de ce sort reprend leur méthode. N’importe quel étudiant expérimenté apprends à séparer l’incantation du texte. D’où la version unique du sort que nous connaissons, Ceria et moi. Quel que soit cet… appareil, je ne l’endommagerai pas. Et on peut me faire confiance pour rester discret à son sujet.”
 
Ryoka hésita de nouveau. Réfléchis. S’il apprend les détails de la conversation… mais bon, n’avait-il pas déjà découvert le pot aux roses ? Il se proposait de récupérer la conversation, ce qui serait extrêmement pratique.
 
Ceria pourrait le faire. Mais dans combien de jours ? Et plus important encore, quel était le risque encouru ? S’il savait déjà…
 
Le monde le saurait bientôt. Et des gens bien plus dangereux que lui avaient déjà compris ce qu’il se passait. Ryoka lui tendit son iPhone.
 
“Tiens.”
 
Pisces saisit le téléphone fin avec beaucoup de précautions et l’examina. Mais il se contenta de jeter un rapide coup d’œil à l’appareil en lui-même avant de se concentrer sur autre chose, une substance invisible flottant dans les airs autour du téléphone.
 
Ryoka aurait aimé savoir ce qu’il regardait. Elle savait jeter des sorts… ou plutôt, un sort. Mais elle eut beau essayer de se concentrer, elle ne vit rien.
 
“C’est vraiment étonnant.”
 
“Tu peux voir le sort qui a été jeté dessus ?”
 
“Oui… un vieux sort de communication. Une espèce de système d’échange épistolaire ? Tout est très… lumineux.”
 
Ryoka réalisa qu’il devait être en train de lire l’historique de la conversation, l’écran magique qui était apparu lorsqu’elle avait répondu à l’appel.
 
“Je ne savais pas qu’il était encore possible d’y accéder.”
 
“Oui, enfin, le sortilège qui a été lancé ici à une magnitude nettement supérieure à… à peu près n’importe quel sort que j’aie pu voir jusqu’ici. Cela vient forcément de Wistram. Je n’ai même pas besoin de la signature magique pour déduire cela. Eux seuls peuvent faire preuve de ce niveau de bêtise.”
 
Il roula les yeux au ciel et secoua la tête d’un air dédaigneux. Ryoka le dévisagea. C’était toujours sympa de rencontrer un moulin à paroles comme celui-ci lorsqu’il avait des choses intéressantes à lui apprendre.
 
“Qu’est-ce qui te fait dire ça ?”
 
Il pointa l’iPhone du doigt. L’air parut miroiter au niveau de l’extrémité de ses doigts.
 
“C’est la nature même de ce sort. Je… n’ai aucune idée de la manière dont ils s’y sont pris, pour être honnête. Je ne peux que faire de suppositions, mais je pense qu’un mage de haut niveau, voire plusieurs, ont jeté un sort de [Discussion à Distance] combiné à une espèce de sort de localisation et à cette… chose. J’imagine qu’il n’y a qu’un sort de [Communication] qui puisse permettre cela, mais la quantité de mana nécessaire serait insensée.”
 
“Pourquoi ?”
 
“Si une personne devait, ah, écrire un message, tous ceux qui le recevraient auraient besoin d’un sort de [Communication]. La magie requise est complexe et le coût serait multiplié par le nombre de participants. Un tel nombre de messages… il n’y a que ces fous de Wistram pour avoir suffisamment de mana pour jeter un tel sort.”
 
Ryoka pensait comprendre le dédain de Pisces. Si ce qu’il disait était vrai, la conversation à laquelle elle avait pris part avait un coût exponentiel par rapport au nombre d’utilisateurs qui l’avaient rejointe.
 
Seize utilisateurs… pour au moins cinquante, voire une centaine de messages dans le tchat. Mille six-cents sorts jetés ? Pas étonnant qu’il n’ait pas été possible de jeter un sort de communication vocale.
 
L’air commençait à vaciller. Pisces fronça les sourcils et ses mains se mirent à briller encore plus fort, des vrilles de lumière bleue s’entrelaçant pour reformer l’écran.
 
Ryoka cilla lorsque l’historique de la conversation s’afficha. Il flotta dans les airs au-dessus de son iPhone, un écran bleu couvert de texte en blanc. Pisces était en sueur.
 
“J’ai, euh, mal calculé l’énergie nécessaire pour faire cela. La récupération seule de cet historique m’épuise de manière inappropriée.”
 
“J’ai déjà vu la plupart des choses qui m’intéressaient. Tiens. Passe-le moi.”
 
Ryoka reprit l’iPhone des mains de Pisces qui fronça les sourcils et infusa plus de magie dans l’écran. Ryoka fit rapidement défiler la conversation, en s’arrêtant de temps en temps. Les yeux de Pisces faisaient des allers-retours rapides tandis qu’il essayait de lire la conversation. Elle ne lui donna pas beaucoup de temps, toutefois.
 
Ryoka arriva à la fin - là où elle s’était déconnectée sous le pseudo de batman, et s’arrêta. Elle vit la notification indiquant qu’elle s’était déconnectée, mais il y avait plus de texte dessous.
 
Pisces regarda par-dessus l’épaule de Ryoka qui lisait la conversation entre [Kent Scott] et [doubleTrouble_53]. Elle en avait déjà le tournis avant même de lire le bref message en japonais à la toute fin.
 
Voilà qui est intéressant.”
 
La discussion s’évanouit brutalement. Pisces baissa les mains et s’essuya le front.
 
“Ça va ?”
 
“Je vais bien. Je suis juste… fatigué.”
 
Pisces prit quelques longues inspirations pour se remettre. Il pointa du doigt l’iPhone de Ryoka.
 
“Toutefois, je me dois de te dire que ton désir d’anonymat est probablement vain, Miss Griffin. Cette courte conversation contenait plus d’informations importantes que tout le reste de votre fascinante… discussion. Le nom qui est écrit ici a dû terroriser ces fous de Wistram.”
 
“Tu parles de doubleTrouble ?”
 
“... Oui. Ce personnage, ce double trouble, a révélé son identité à l’autre, non ? Après que tu aies, euh, rompu le lien. Le nom qu’il s’est donné. Flos.”
 
Ryoka acquiesça.
 
“J’en ai entendu parler. Flos. Le Roi de la Destruction.”
 
“Lui-même.”
 
Pisces exhala lentement et essuya la pellicule de sueur qui était restée sur son front avec l’ourlet de sa robe sale.
 
“Flos. Si le roi endormi s’est réellement réveillé, cela signifie que ce monde est sur le point de changer. Et de manière plutôt théâtrale, si je peux me permettre d’en juger. Enfin, même le plus mauvais des [Devins] serait en mesure de prédire cela.”
 
Ryoka fronça les sourcils. Elle avait lu des choses au sujet de ce Roi de la Destruction dans une liste des puissances mondiales actuelles. L’article avait été court et intrigant, mais tous les détails avaient été notés dans un tome qu’elle n’avait pas acheté.
 
“Parle-moi de lui.”
 
Pisces haussa les épaules.
 
“Qu’y a-t-il de nouveau à dire à son sujet ?”
 
Il s’interrompit et jeta un regard furtif à Ryoka.
 
“Ah. Eh bien, pour quelqu’un qui ne… saurait rien à son sujet, Flos est un roi qui a été autrefois en mesure de régner sur presque la moitié du monde civilisé. Il a toutefois abandonné son royaume, et est resté dans un profond sommeil au cœur de sa capitale en ruine pendant vingt ans. Jusqu’à aujourd’hui.”
 
“Il a l’air dangereux.”
 
“Plutôt.”
 
Ils n’avaient pas le rythme de conversation qu’Erin paraissait toujours capable de générer. Pisces enleva poliment quelques bourres de sa robe pendant que Ryoka contemplait son téléphone. Le mage parut réfléchir pendant une seconde avant d’ajouter un autre détail.
 
“Les mages de Wistram étaient plutôt effrayés par lui, même pendant sa période d’inactivité.”
 
“Oh, vraiment ?”
 
“Oui. Je suppose que tu ne sais pas que les plus grands mages encore vivants se réunissent tous les dix ans pour délibérer sur l’avenir ?”
 
“Je ne le savais pas, en effet. Raconte.”
 
“Ils se rassemblent pour réfléchir aux événements récents et faire des plans pour l’avenir.”
 
“Genre. Un think tank ?”
 
“Un quoi ?”
 
“Qu’importe.”
 
“Bref, l’une des premières choses qu’ils font à cette réunion, c’est de prévoir les calamités qui pourraient s’abattre sur le monde. Ils ont créé une liste des désastres les plus probables capables de détruire la civilisation ou d’éradiquer la vie telle que nous la connaissons. Flos a été élu le huitième candidat le plus probable tant qu’il reste en vie.”
 
Ryoka marqua une pause. Elle ouvrit la bouche, la referma, puis réessaya.
 
“Vraiment ?”
 
“Oh oui.”
 
“Un seul homme ?”
 
“Eh bien, son royaume le suivrait où qu’il aille. Disons plutôt que c’était de son potentiel que les mages avaient peur.”
 
“Pourquoi le huitième ? Il y a une raison particulière ?”
 
Pisces haussa les épaules d’un air indifférent.
 
“Les mages ont supposé qu’il y avait de grandes chances qu’il conquière le monde ou qu’il soit arrêté. Tout détruire sur son passage n’est qu’un risque annexe, en l’état.”
 
“Mais il reste la huitième possibilité la plus probable.”
 
“Oui.”
 
Ryoka réfléchit pendant un instant.
 
“Est-ce que cette réunion a permis de déterminer à quel point il était probable qu’il conquière le monde ?”
 
Pisces sourit.
 
“En effet.”
 
“Et alors ?”
 
“Il a trente pour cent de chances selon un certain nombre de facteurs.”
 
“Je vois.”
 
“En effet. J’imagine que tous ceux qui sont en mesure de récupérer l’historique de cette conversation seront plutôt alarmés. L’information est probablement en train de se propager par sortilèges et par lettres alors même que nous avons cette conversation.”
 
Qu’était censée répondre Ryoka à cela ?”
 
“Mhm.”
 
Pisces dévisagea Ryoka, Ryoka dévisagea Pisces. Il ne semblait pas y avoir encore quoi que ce soit à dire. Au bout d’un moment, Ryoka fit mine de tousser dans son poing.
 
“On devrait probablement rejoindre les autres.”
 
“En effet. Je pense que Ceria et Olesm sont à présent en mesure de marcher.”
 
Et c’était le cas.


***

“Il faut qu’on parle.”
 
“Qu’on parle de quoi ? On n’est pas déjà en train de parler ?”
 
Erin se demandait pourquoi Ryoka semblait essayer de la coincer dans un coin de la gigantesque salle aux cercueils, mais la fille avait l’air prête à insister.
 
“Je sais qu’on n’a pas le temps tout de suite, mais il va falloir qu’on ait une longue conversation.”
 
“À quel sujet ?”
 
Ryoka regarda Erin d’un air exaspéré, mais cette dernière n’était pas sûre de savoir pourquoi. Au bout d’un moment, l’Asiatique secoua la tête.
 
“À notre sujet. Au sujet de ce monde, de la manière dont nous sommes arrivées ici et de ce qu’il se passe.”
 
“Oh. Tu veux dire, parler de tout.”
 
“Plus ou moins.”
 
“Eh bien, ce n’est pas le moment. Ceria pense pouvoir marcher donc…”
 
“Bien sûr que ce n’est pas le moment. Quand on sera rentrées, je voulais dire. À ton auberge, ou n’importe où de privé.”
 
“Mon auberge est plutôt privée. Je peux fermer la porte à clef si ça peut aider.”
 
“Peut-être.”
 
Erin patienta. Ryoka avait l’air plutôt déterminée, mais elle n’avait vraiment aucune idée de pourquoi.
 
“C’est tout ?”
 
“J’imagine. Juste… ne dis rien qui ne soit absolument nécessaire jusque-là, d’accord ?”
 
C’était facile. Erin ne pensait pas avoir quoi que soit qu’il ne lui soit pas absolument nécessaire de dire… si ça voulait dire quelque chose, déjà.
 
“Okay. On parlera plus tard.”
 
“D’accord.”
 
“... D’accord.”
 
C’était l’un des échanges les plus bizarres auxquels Erin avait pris part dans sa vie, et elle avait rencontré beaucoup de joueurs d’échecs bizarres.
 
Elle gargouilla. Ryoka et Erin baissèrent toutes deux les yeux et Erin se couvrit le ventre des mains.
 
“Tu as faim ? Je t’ai gardé un sandwiche.”
 
“Pisces l’a mangé.”
 
“La soupe ?”
 
“Ceria et Olesm en ont bu la plupart et Loks l’a terminée.”
 
“Désolé.”
 
Olesm sourit faiblement lorsque Erin et Ryoka sursautèrent en faisant volte-face. Le Drakéide était de nouveau sur pieds, bien qu’il n’ait pas l’air très stable.
 
“Je ne voulais vraiment pas te voler ton repas, Erin.”
 
Erin échangea un regard avec Ryoka.
 
“Tu sais, je peux sauter un repas sans souci. Quand on sera sortis d’ici, je nous ferai un festin, et tu seras invité, qu’en penses-tu ?”
 
Erin croisa le regard de Ryoka et rectifia sa proposition.
 
“… Et, euh, je ferais aussi un bouillon nourrissant. On va peut-être repousser le festin à plus tard ?”
 
“Ça me semble être une bonne idée.”
 
Ceria était levée. Elle avait l’air d’aller un peu mieux. Elle avait retrouvé des couleurs, même si ses joues étaient encore d’une pâleur morbide. Mais elle parvint à sourire.
 
“Si cela voulait dire que je pouvais sortir de ce trou, je mangerais ma main droite. Ce ne serait pas très compliqué, à ce stade.”
 
Erin rit poliment et Ryoka, mal à l’aise, essaya d’éviter de regarder la main de Ceria. Pisces s’approcha et Loks le suivit, traînant l’arbalète ruinée derrière elle.”
 
“La voie est libre.”
 
Ksmvr hocha la tête en direction d’Erin en s’approchant du groupe avec Toren. Erin regarda autour d’elle. Tout le monde était là, mais personne ne disait rien. Elle s’éclaircit la gorge.
 
“Hum, est-ce qu’on y va ?”
 
Ils entamèrent la lente ascension pour revenir à la surface. Ils allaient lentement, même si Erin aidait Ceria et que Toren servait de béquille à Olesm. Le Drakéide et la demie-Elfe étaient rouillés et ils trainaient les pieds à chaque pas. Mais ils étaient aussi pressés que les autres de retourner à la surface.
 
“Pourquoi est-ce que vous n’êtes pas partis lorsque vous avez compris que le reste des morts-vivants n’étaient pas ici ?”
 
Demanda Erin à Ceria lorsqu’ils s’arrêtèrent pour faire une pause. Le visage de la demie-Elfe assise par terre était pâle. Elle prit quelques profondes inspirations.
 
“On a cru qu’ils attendaient pour nous prendre en embuscade si on ressortait. Ils ont fait ça la première fois. On a cru qu’ils restaient juste silencieux.”
 
Olesm acquiesça.
 
“J’ai gardé mon cercueil ouvert pour voir si les morts-vivants bougeaient. Quand ils sont tous partis… quelques-uns sont revenus, mais pas le reste. J’ai cru qu’ils avaient tous été détruits ou… ou qu’ils étaient encore dehors.”
 
“Et après, bien sûr, on n’avait plus de forces, et on n’arrivait plus à soulever les couvercles.”
 
“Je vois.”
 
Erin hocha la tête plusieurs fois, mais finit par froncer les sourcils.
 
“Maintenant que j’y pense… sont partis tous les morts-vivants ?”
 
Ceria hésita.
 
“Ils n’ont pas tous été détruits ?”
 
Erin secoua la tête.
 
“Il y en avait encore des centaines dehors après que cette chose soit morte. On a cru qu’ils retournaient dans les Ruines. Mais ils ne sont pas venus ici. Donc dans ce cas, où sont-ils partis ?”
 
Tout le monde se retourna vers Pisces. Il leva les mains, sur la défensive.
 
“Ce n’est pas moi qui l’ai fait.”
 
Olesm gratta une zone d’écailles mortes en train de se détacher.
 
“Est-ce que les Seigneurs des Cryptes auraient pu commander aux morts-vivants de partir ?”
 
Pisces secoua la tête.
 
“J’en doute. Ces créatures, bien qu’intelligentes, ne peuvent pas contrôler de grandes masses de morts-vivants. Même s’il y avait suffisamment de Seigneurs des Cryptes, ils se seraient quand même séparés en une multitude de groupes. Non. Quelque chose d’autre a dû les appeler.”
 
Ryoka fronça les sourcils. Elle était assise à côté de Ceria et était occupée à ôter des… trucs collés sous ses pieds. Erin détourna les yeux.
 
“Est-ce que cela pourrait avoir un rapport avec la salle au trésor vide ?”
 
Ceria leva vivement les yeux. Erin expliqua les objets manquants que Pisces avait sentis dans la salle au trésor. Il se frotta le menton et hocha plusieurs fois la tête.
 
“La salle aux trésors. Bien sûr. Quelque chose ou quelqu’un est venu ici et a pillé la salle… et peut-être appelé les morts-vivants, aussi.”
 
“C’est un type plutôt gros, alors. Qui ?”
 
Pisces haussa les épaules, impuissant.”
 
“Je peux voir plusieurs [Nécromanciens] assez puissants pour commander une petite horde comme celle-là. N’importe qui au-dessus du Niveau 30 serait potentiellement en mesure de les diriger dans une direction générale avec assez de temps. Mais de là à les faire partir sans se battre ou s’éparpiller ?”
 
Il se mit à lister des noms en comptant sur ses doigts. Ryoka s’éloigna - pour uriner, pensa Erin - en laissant Pisces pontifier.
 
“La Secte Krythienne, ou peut-être le Corpsus de Magnus, seraient capables de faire cela en s’y prenant à plusieurs. Mais les seuls individus capables d’un tel exploit sont les mages tels qu’Az’Kerash ou Le Putride. Bien sûr, une poignée de cabales à la petite semaine ou de covens pourraient…”
 
Pisces s’interrompit lorsqu’il s’aperçut qu’il avait perdu son audience. Erin haussa les sourcils.
 
“Donc tu n’as aucune idée de qui aurait pu faire ça.”
 
“Pas vraiment, non.”
 
“En ce cas, inutile de continuer à se demander qui c’est. On pourra raconter ça à Zevara pour la prévenir quand on aura atteint la ville.”
 
Ryoka était revenue. Elle remit son pantalon et hocha la tête.
 
“Allez. On est presque sortis. Encore un effort et on pourra tous se reposer.”
 
Ils se levèrent et se remirent en marche. Au bout de quelques minutes, Erin murmura à l’oreille de Ryoka.
 
“J’aurais bien aimé que tu ne dises pas ça.”
 
“Pourquoi ?”
 
“Ben, maintenant on dirait qu’on ne va pas réussir à ressortir, tu vois ?”
 
Ryoka voyait tout à fait, en effet, et elle aurait aimé qu’Erin n’en parle pas. Elle secoua la tête.
 
“La Loi de Murphy.”
 
“La loi de qui ?”
Ryoka expliqua le concept. Erin hocha la tête.
 
“Je veux dire, je ne dis pas que c’est ce qu’il va se passer. Mais on dirait juste que… tu vois le genre de film ? Ou le genre d’histoires où le héros est presque tiré d’affaire et qu’il se passe quelque chose de vraiment horrible ?”
 
“Je vois, oui.”
 
“Est-ce que tu as vu Evil Dead ? Tu vois la scène finale où Ash va réussir à sortir et que ce truc…”
 
Erin marqua une pause, ignorant complètement le regard furieux que lui lançait Ryoka.
 
“... Enfin, on ne sait pas exactement ce qu’il se passe mais je parie que ce n’était pas sympa.”
 
Ryoka regarda fixement Erin. Elle ne voyait absolument pas comment répondre de manière appropriée. Au bout d’un moment, elle haussa les épaules.
 
“Je n’ai jamais vu ce film.”
 
“Bien. Ne le regarde jamais. Ça m’a filé des cauchemars.”
 
Erin frissonna et scruta nerveusement les couloirs sombres. Ryoka la dévisagea.
 
“Pourquoi est-ce que tu l’as regardé, alors ?”
 
“Oh, une amie a moi a insisté pour qu’on le regarde pendant une soirée pyjama. Je crois que je devais avoir quatorze ans. Bon sang, mes parents n’ont pas été ravis quand ils ont compris pourquoi on criait à minuit. Mais après ils ont regardé le reste avec nous et c’était cool.”
 
Erin se tut pendant quelques secondes puis reprit la parole.
 
“Bref, tout ça pour dire qu’il va se passer quelque chose d’affreux. Un monstre maléfique va surgir au détour du couloir.”
 
C’était une paranoïa ridicule, et Ryoka faillit le dire. Ce genre de chose n’arrivait jamais dans leur monde sauf en cas d’extrême coïncidence, et cela n’arriverait pas ici non plus.
 
… à moins que ce monde ne suive les mêmes règles que celles des livres d’heroic fantasy et des films hollywoodiens. Si c’était le cas, ils allaient tous mourir.
 
“Et si c’était le cas, on serait tous protégés par le scénario.”
 
“Quoi ?”
 
Et au lieu de cela, tout le monde avait une peau vulnérable qui se coupait et saignait facilement. Mais peut-être qu’ils n’étaient pas tous des personnages principaux. Si c’était vraiment une histoire, les personnages principaux seraient Erin, Ryoka et le reste des personnes issues de leur monde.
 
C’était ça. Quelque part, dehors, un garçon blanc maigrichon allait sortir de nulle part et se faire nommer l’élu. Il obtiendrait probablement la classe de [Héros], une épée magique, et une cicatrice, pour être sûr que tout se passe bien. On ajouterait un personnage féminin et un copain courageux et on aurait une série.
 
Si elle continuait à réfléchir comme ça, elle allait devenir folle. Ryoka secoua de nouveau la tête. Elle se cogna le front du poing pour rassembler ses idées…
 
Et faillit devenir aveugle en retrouvant la lumière du soleil.
 
“Aïe ! Mes yeux !”
 
Cria Erin. Ryoka entendit Ceria et Olesm prendre une brusque inspiration lorsque le groupe émergea soudainement à l’air libre. Elle ne pouvait rien voir, mais elle sentit la chaleur bienvenue du soleil sur sa peau, et la sensation du vent sur son visage. Il chassa l’air ranci des ruines séculaires et Ryoka se sentit de nouveau vivante.
 
Ils étaient sortis.
 
Quand Ryoka put de nouveau voir, elle leva les yeux et vit les luxuriantes plaines verdoyantes qui l’entouraient, les tapis de fleurs sauvages en train d’éclore malgré le l’arrivée de l’hiver, et deux rangées de gardes Liscoriens en train de leur faire face, toutes armes dehors.
 
Ryoka marqua une pause. Pisces recula immédiatement et Loks se cacha rapidement derrière Ksmvr. L’Antinium regarda le groupe de gardes d’un air méfiant, tandis que Ceria et Olesm se contentaient de ciller, médusés, devant le comité d’accueil.
 
Erin fut la dernière à recouvrer la vue, mais lorsque ce fut chose faire, elle traita les gardes armés comme s’ils n’étaient pas si dangereux que ça. Ryoka songea tout d’abord qu’Erin n’avait clairement jamais été arrêtée ni harcelée par n’importe quel représentant des forces de l’ordre.  Bien que dans le cas de Ryoka, il était tout naturel qu’elle se fasse harceler et soupçonner étant donné les différents délits qu’elle avait commis. Faire sauter une salle de classe de chimie avait tendance à te faire ficher à vie comme fauteuse de trouble.
 
“Hey, Relc ! Et Klbkch ! Qu’est-ce que vous faites ici, les gars ?”
 
Erin sourit et s’avança. Son sourire s’effaça dès qu’elle vit qui était en tête du groupe de gardes.
 
La Capitaine de la Garde, Zevara, s’avança tandis que les Gnolls et les Drakéides qui l’entouraient baissaient leurs armes. Klbkch et Relc la suivirent de près.
 
Zevara s’arrêta devant Erin et pointa les ruines du doigt.
 
“Combien de morts-vivants se trouvent là-dessous ? Est-ce qu’il y a des pièges ?”
 
Erin cilla en dévisageant Zevara.
 
“Quoi ?”
 
“Dis-nous ce sur quoi on va tomber là-dessous.”
 
Ryoka regarda les gardes et les pièces du puzzle se mirent en place. Cela ne prit qu’une demi-seconde de plus à Erin pour comprendre ce qu’il se passait et elle plissa les yeux, outragée.
 
“Attends une seconde. Tu entres maintenant ? Tu avais dit que tu ne voulais pas risquer de faire entrer qui que ce soit !”
 
Zevara balaya les protestations d’Erin d’un revers de la queue.
 
“J’ai dit cela, en effet. Je n’allais pas risquer de bons guerriers si les ruines étaient infestées. Mais si votre groupe a survécu, mes gardes peuvent s’occuper du reste. On confisquera tous les trésors que nous trouverons là-dessous, ainsi que tout ce qui aura été abandonné à l’intérieur.”
 
Ainsi, ils pourraient prendre tous les trésors avant que le groupe d’Erin ne puisse rentrer le chercher. En théorie. Ryoka espéra qu’Erin ne mentionnerait pas la salle au trésor vide juste pour voir Zevara s’étouffer avec la poussière des ruines après une heure ou deux de recherches. Mais Erin n’avait pas l’intention de jouer aux rebelles. Elle était plus inquiète pour Ceria et Olesm. Elle les pointa du doigt d’un air indigné et haussa la voix.
 
“Hey, on a des blessés - enfin, des gens affamés ici ! Ils ont besoin de nourriture et de repos ! Pourquoi tes crétins de gardes n’aideraient pas à ça plutôt ?”
 
Zevara secoua la tête d’un air impatient.
 
“Je n’ai pas le temps à perdre pour les fous qui ont déchaîné…”
 
Elle s’interrompit et son regard traversa Ceria pour se poser sur Olesm. Elle fronça les sourcils, s’avança d’un pas, puis sa mâchoire se décrocha.
 
Olesm ? Tu étais là-dessous ?”
 
Olesm agita faiblement une serre en direction de Zevara.
 
“Salut, Capitaine Zevara.”
 
“C’est donc que tu t’étais caché ! On s’était demandé ce qu’il t’était arrivé !”
 
Relc éclata de rire et s’avança. Il donna une claque sur l’épaule d’Olesm, tellement fort que le Drakéide s’effondra. Klbkch aida Olesm à se relever.
 
“Oups. Mais je n’arrêtais pas de me dire qu’un zombie t’avait mangé pendant l’attaque. Mais tu étais là-dessous tout ce temps ? C’était comment ?”
 
“Salut, Relc. Hum, c’était…”
 
“Écarte-toi, espèce d’idiot !”
 
Zevara écarta Relc d’un coup d’épaule en s’avançant vers Olesm. Elle l’inspecta, la queue agitée de tics anxieux
 
“Tu es dans un sale état. Mais je suis heureuse que tu ailles bien, Olesm. Si j’avais su que notre [Tacticien] était là-dessous j’aurais envoyé de l’aide. Mais maintenant que tu es ici, nous allons nous assurer que tu te remettes pleinement.”
 
Il cligna plusieurs fois des yeux en la dévisageant.
 
“J’en suis reconnaissant, Capitaine.”
 
Olesm était encore clairement déboussolé. Zevara le regarda avec une inquiétude non feinte. Elle se tourna et se mit à crier, ce qui fit grimacer Olesm et Ceria qui se bouchèrent les oreilles.
 
“Allez me chercher un mage et des potions de soin pour lui tout de suite !”
 
“Et pour Ceria ! Elle a aussi besoin d’aide !”
 
Erin fusilla Zevara du regard. La Drakéide lui rendit son regard noir.
 
“Les aventuriers qui sont à l’origine de tout cela peuvent bien bouffer de la terre pour ce que j’en ai à…”
 
Elle hésita, jeta un œil à Olesm et ravala ses mots.
 
“... Enfin, on pourra en discuter plus tard. Pour le moment, on va s’occuper d’eux. De tous les deux.”
 
Les gardes s’approchèrent précipitamment avec des potions de soin. Zevara se tourna vers Erin et Ryoka, et se mit à leur donner sèchement des ordres.
 
“À présent, je veux que vous me disiez combien de morts-vivants vous avez vus, et combien il en reste. S’il y a des pièges, je veux leur localisation. Encore mieux, l’une de vous deux humaines ou Ksmvr peuvent m’accompagner et me montrer…”
 
“Excusez-moi.”
 
Zevara ignora la voix douce. Mais Relc tourna la tête et se tendit. Il attrapa sa lance et recula. Klbkch posa les mains sur ses épées. Zevara était trop occupée à se disputer avec Erin pour remarquer tout cela, mais lorsqu’elle comprit que Ryoka était en train de regarder par-dessus son épaule plutôt que de se concentrer sur elle, elle se retourna.
 
“Par les Dragons, qui donc…”
 
Elle s’interrompit. Les mots furieux de Zevara furent absorbés comme par une éponge de son. Les gardes autour d’elle dévisagèrent l’intruse. Il y avait quelque chose chez elle, une espèce de qualité qui attirait l’attention.
 
C’était peut-être son armure marron tachetée, ou l’épée courbe qui avait l’air aussi chère que mortelle. Ou peut-être que c’était son apparence unique, ou son statut. Cela aurait pu être tout cela, ou rien de tout cela, mais tout le monde la dévisagea. Ils ne pouvaient pas s’en empêcher.
 
La personne qu’ils dévisageaient les dévisagea à son tour. Elle était plutôt douée pour cela.
 
Scruta, la demie-Scruteuse et Aventurière Légendaire sourit à l’assemblée de gardes et au groupe mené par Erin et Ryoka. Son œil principal se focalisa sur Erin et Ryoka un long moment avant de retourner sur Zevara. Scruta inclina poliment la tête.
 
“Bonne journée à vous, Capitaine de la Garde, gardes.”
 
Ryoka dévisagea Scruta. Elle se souvenait à peine du nom de l’aventurière, mais elle se souvenait parfaitement de l’endroit où elle l’avait rencontrée. Les cadavres des Gnolls, tous proprement décapités, lui revinrent brièvement en mémoire.
 
Erin n’avait pas ce genre de souvenir, et, bien que confuse, elle sourit à Scruta. Mais les autres restèrent pétrifiés. Les gardes et Olesm étaient béats d’admiration, Relc et Klbkch avaient l’air soupçonneux, et Ceria était soudain plongée dans une vive inquiétude.
 
Scruta hocha la tête à l’attention d’Erin et sourit de nouveau.
 
“Erin. Cela fait un moment que nous ne nous sommes pas vues, n’est-ce pas ?”
 
“Hum. Oui ?”
 
Même Zevara dut prendre un instant pour retrouver l’usage de sa voix. Mais lorsque ce fut chose faite, elle fusilla Scruta du regard. Elle ne cria pas, ne la réprimanda pas, mais son ton resta brusque.
 
“Scruta. Ceci sont des affaires officielles de Liscor. Nous n’avons pas besoin d’aventuriers. Je te prie de te retirer de la zone…”
 
“Hum. Tu es plutôt agaçante.”
 
L’interrompit Scruta. La Drakéide dut prendre un moment pour cligner des yeux, mais elle se mit rapidement à bégayer, outragée. Elle haussa la voix, et Scruta sortit son épée de son fourreau.
 
Ryoka vit la lame surgir de son fourreau en slow motion. En slow motion, certes, mais Scruta était vive comme l’éclair. En moins d’une seconde, l’épée était dans sa main. Elle la sortit de son fourreau, parut prendre le temps pour sourire à Ryoka, puis se tourna vers Zevara.
 
Scruta leva son épée et la plongea dans le ventre de Zevara. La lame courbe ressortit dans le dos de Zevara et Scruta tordit la lame en la retirant.
 
“Qu’est-ce que… ”
 
Zevara s’étouffa sur ses mots, choquée en réalisant ce qu’il venait de se passer. Elle baissa les yeux sur la plaie béante sur son ventre, cilla en les levant sur Scruta, puis tomba.
 
Le choc et le silence régnaient. Tout le monde, sauf Scruta, regardait fixement la Capitaine de la Garde déchue. Scruta se retourna vers Ryoka et Erin. Elle tenait quelque chose dans sa main. Un rouleau de parchemin, recouvert de lettres dorées qui brillaient encore plus fort à la lumière du soleil.
 
“Salutations, Ryoka Griffin et Erin Solstice.”
 
Le sourire de Scruta s’élargit de plus belle.
 
“Je vous cherchais.”
 


Hors ligne Maroti

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  • Traducteur de The Wanderin Inn par Piratebea
Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
« Réponse #79 le: 22 août 2020 à 15:34:51 »
Note du traducteur: De retour! Pour l'un de mes chapitres préférés du second volume, j'ai de la chance! Et un grand merci à Ellie qui a continuer de progresser toute seule durant mon absence!

2.05
Traduit par Maroti


Le cœur de Ryoka s’arrêta pendant une seconde. L’acte de violence casuel venait de la choquer. Mais ses instincts et ses années d’entrainement prirent le dessus et elle leva ses mains en s’éloignant de Scruta.

En face d’elle, Ryoka vit les yeux du grand Drakéide se plisser. Relc regarda Scruta de manière choqué alors qu’elle s’écroula, et la seconde d’après sa lance était déjà brandit alors qu’il hurla sur Scruta.

« Toi ! »

Relc se jeta et bondit sur le dos de Scruta. Ryoka faillit ne pas le voir couvrir les trois mètres entre lui et Scruta, il n’était qu’une forme floue. Un cobra était lent comparé à lui.

Scruta était toujours en train de sourire à Erin, mais elle bougea en même temps que Relc. L’un de ses petits yeux tourna dans son orbite, montrant le blanc. Elle se tordit pour sortir du chemin de la charge de Relc, et le Drakéide la frôla, sa lance manquant l’estomac d’Erin par quelques centimètres.

Relc gronda en montrant les deux et se retourna. Ryoka sentit qu’elle bougea dans la mélasse comparée à lui et Scruta. Le Drakéide leva de nouveau sa lance en direction de l’œil central de Scruta, qui était toujours souriante alors qu’elle leva son épée.

Aussi rapide que Relc était, Scruta arrivait à suivre le rythme. Et elle ne le visait pas lui, mais plutôt son bras.

L’épée de Scruta s’abattit à l’instant avant que la lance de Relc ne l’atteigne. Son épée s’enfonça profondément dans son bras même alors qu’il se tordit pour essayer d’esquiver, abaissant le point de sa lance. Au lieu de toucher son visage, sa lance glissa sur le devant de son armure dans une nuée d’étincelle.

Relc hurla d’agonie alors que l’épée courbée s’enfonça dans son bras, mais il continua de bouger. Sa lance bougea et Scruta leva un bras gantelet pour l’arrêter.

Une fois, deux fois. Des étincelles volèrent alors que Scruta dévia les deux attaques vers son visage. Elle sourit alors que le visage de Relc se tordit de douleur. Elle retira son épée et Relc fit un bond en arrière, tenant son bras. Son corps était plus résistant que le cuir, mais l’épée avait quand même tranché jusqu’à son os.

Et c’était tout. Le combat était terminé. Même si Relc pouvait toujours utiliser son autre main, il était soudainement en train de se battre avec un seul bras contre Scruta. Il fit tournoyer sa lance, feintant deux fois vers son visage, mais elle attrapa sa lance avec son épée lors de la troisième estoque. Le bois se brisa alors qu’elle trancha la lance en deux alors que Relc fit un bond en arrière, jurant.

L’intégralité du combat s’était déroulée en une poignée de secondes. Erin fut repoussée par le tourbillon de mouvement autour d’elle. Elle cligna des yeux et resta bouche bée alors que Relc bondit en arrière vers les autres gardes, tenant son bras inutile.

Klbkch couvrit Relc alors qu’il s’empara d’une autre lance et tâtonna à sa ceinture pour une potion ? L’Antinium était en train de crier des ordres, sa voix devant un mégaphone alors que les gardes autour de lui dégainèrent leurs armes.

« Retraitez-vous ! N’utilisez que des arcs. Vous quatre aller l’engager avec moi. Relc t… »

« Donne-moi une minute. »

Klbkch hocha la tête. Il s’avança lentement vers la Scruta souriante alors que d’autres gardes se dispersèrent pour l’encercler. Les autres bandèrent des arcs vers elle.

« Scruta de Reim. Déposez vos armes et rendez-vous. »

Elle rit.

« Les demandes sont faites des forts pour les faibles, Klbkch des Antiniums Libres. Non pas l’inverse. »

En réponse, Klbkch bondit vers elle, les deux épées filant d’un même mouvement vers son cou. Elle donna deux coups, le premier pour dévia l’épée gauche de l’Antinium, le second pour stopper son épée droite, repoussant son épée avec sa plus grande lame. Elle le repoussa et l’Antinium s’envola. Scruta leva son épée et fit tournoyer la pointe de manière presque décontractée, réduisant les flèches volant vers elle en miette.

Les autres gardes étaient déjà en train de la charger, mais Scruta bougea entres eux avec la grâce d’une danseuse. Elle mit son pied dans la charge d’un Gnoll, le faisant tomber, gifla un Drakéide et l’envoya valser vers ses amis, bloqua l’estoque d’un autre Drakéide, et donna un coup de taille vers un troisième Drakéide. Ce dernier s’effondra, un flot de sang coulant de la massive entaille sur son torse.

« Les feintes et les tactiques sont inutiles face à moi. Je vois la vérité dans vos âmes. »

Cinq autres flèches s’écrasèrent contre le sol derrière Scruta, la manquant de quelques centimètres pour l’une d’entre elle. Elle n’avait même pas bougé sa tête, mais c’est ce qu’elle décida de faire quand la jarre d’acide vola vers elle dans son dos. Scruta devint flou en s’éloignant et Loks abaissa lentement sa main et cligna des yeux en regardant l’emplacement vide.

Une botte d’armure donna un coup de pied qui envoya voler la Gobeline. Loks fit plusieurs tours en l’air avant de s’écraser brutalement au sol. Elle arrêta de bouger.

Ce fut à cette instant qu’Erin fit tirer de sa stupéfaction. Elle regarda Scruta et le choc se transforma en rage. L’aventurière lui sourit.

« Scruta ! Tu… »

Scruta gifla Erin. Ce n’était pas une petite gifle, mais un craquement métallique sur son visage. Sa main était amurée et les plaques coupèrent le visage d’Erin.

Erin tituba en arrière et une flèche la frôla pour aller déchirer le milieu des robes de Pisces, à quelques centimètres de son entrejambe. Il baissa les yeux, le visage pale, et le sort qui se former au bout de ses doigts se dissipa.

Scruta était déjà sur lui. Elle donna un nouveau coup de poing et Pisces s’effondra, inconscient avant de toucher le sol. Puis elle se tourna de nouveau vers Erin pour lui sourire, ignorant les gardes qui l’encerclaient.

Ils n’étaient pas prêt à tirer lorsqu’elle était aussi proche d’Erin, ou c’était peut-être la menace de ce que Klbkch leur ferait si ils la touchaient par inadvertance les empêchait d’attaquer.

Erin regarda Scruta. Elle regarda l’épée de la semi-Scruteur. Elle était recouverte de sang. Du sang carmin. Des Drakéides et des Gnolls gisaient au sol, saignant de la même couleur. Le liquide gouttait dans l’herbe depuis la pointe de son épée.

Elle regarda Scruta. Il y avait un sourire sur son visage. Son expression n’avait pas changé depuis le jour où Erin l’avait rencontrée. Pour elle, ce n’était rien de plus qu’une simple ballade.

« Qu’est-ce que tu es en train de faire, Scruta ? »

Scruta haussa les épaules. Son œil central n’était pas concentré sur Erin. Il était en train de tournoyer, montrant le blanc à Erin alors que Scruta se concentrait sur les gardes derrière elle. Mais ses quatre plus petits yeux étaient concentrés sur Erin.

« Il est temps pour moi de partir. Et je vais te ramener toi et Ryoka Griffin quand je vais m’en aller. »

« Pourquoi ? »

« Tu pourras me reposer cette question quand nous serons partis. »

La main de Scruta bougea. Elle brisa le sceau du parchemin qu’elle tenait dans son autre main avec son pouce et le déplia.

Erin ne savait pas ce qui allait se passer. Le parchemin était en train de luire d’une lumière jaunâtre. Elle entendit Ryoka l’appeler de plus loin.

« Éloigne-toi d’elle. Et de moi. Si elle nous a ensemble, on est finie. »

L’autre femme pointa Scruta du doigt. Elle était derrière Relc, Klbkch et une ligne de garde.

« Cette chose est un parchemin de téléportation. »

Scruta tourna son immense œil vers Ryoka et cligna une fois de l’œil.

« C’est… Surprenant. Dit moi, comment peux-tu savoir ce que cela est ? »

Ryoka haussa les épaules, le regard concentré sur Scruta.

« Qu’est-ce que ça pourrait être d’autre ? »

« Et tu crois que rester à quelques mètres de moi va changer quelque chose ? »

« A moins que tu ne veuilles téléporter tout le monde avec toi, je pense que oui. »

Ryoka était en train de tenir en équilibre sur la pointe de ses pieds, tendue. Mais Scruta secoua la tête.

« Dit moi, Ryoka Griffin. Est-ce que tu penses vraiment que je serais venu ici si je n’étais pas certaine de tous pouvoir vous tuer ? Le parchemin est simplement ici pour la téléportation. Vous deux aller venir avec moi. La seule question est le temps que cela prendra. »

L’autre fille hésita. Erin regarda Scruta. Elle ne doutait pas des mots de la demi-Scruteur. Elle était une démone souriante. Quelqu’un qu’Erin avait cru sympa. Mais maintenant…

Relc venait d’obtenir une autre lance de l’un des gardes. Il la fit tournoyer alors qu’il s’avança vers la gauche de Scruta alors que Klbkch alla vers sa droite. Les autres gardes bougèrent avec eux, créant un cercle complet alors que des Drakéides et des Gnolls visèrent la tête de Scruta avec leurs flèches.

« Reste derrière nous, humaine. »

Scruta secoua la tête en les regardant, ignorant le fait qu’elle était encerclée.

« Je vais vous donner une chance, garde de Liscor. Donnez-moi les deux humaines. Aucune des blessures que j’ai infligées n'étaient fatales. Mais si vous continuez de m’obstruer vous allez souffrir et mourir. »

Relc serra son bras droit, grimaçant. Erin remarqua que la potion de soin n’avait pas entièrement marché. Le saignement s’était arrêté, mais des parties de la chair n’avait pas repoussé, et ses mouvements étaient plus raides.

« Va en enfer espèce de monstres à cinq yeux. »

Scruta haussa les épaules et son sourire se fit plus prononcé.

« Fort bien. »

Elle leva son épée et les gardes préparèrent les leurs. Klbkch était sur l’un de ses côtés, Relc de l’autre. Ksmvr s’avança et recula Erin, ses quatre armes au clair. Olesm et Ceria étaient accroupies à l’entrée des ruines, en observateurs silencieux.

Loks ne bougeait plus. Pisces étaient inconscient. Ryoka se tenait, méfiante, derrière un rang d’archers. Erin regarda autour d’elle. Plus d’une vingtaine de personne regardait une seule femme, une aventurière souriante portant une armure noire, tenant une épée rouge de sang.

Scuta leva son épée et s’adressa au silence.

« Je suis Scruta de Reim, Scruta l’Omnisciente. J’avance. »

Pendant une seconde, tout resta immobile. Puis Erin vit les yeux de Scruta commencer à bouger.

Normalement, la demi-Scruteur avait les yeux à moitié fermé, comme tous les humains normaux. Mais maintenant ses yeux étaient grands ouvert, et semblait sortir de ses orbites. Et bouger.

En haut, en bas, à droite, en bas, à gauche… Ses yeux, les cinq, étaient en train de tourner dans leurs orbites, leurs pupilles dilatées. L’œil central de Scruta s’agit dans tant de direction à la fois qu’Erin se sentait malade rien qu’en la regardant.

Mais Scruta ne semblait pas perturber par la performance. Elle se tourna, et marcha vers Relc, l’épée au clair. Elle parla de vive voix, comme si elle faisait une observation.

« Quinze Drakéides, cinq Gnolls. De la classe des [Gardes]. Un Drakéide [Maître Lancier], un [Pourfendeur] Antinium. Un [Assassin] Humain à l’arrière. »

Les bras de Relc se tendirent, et sa posture s’abaissa pour une nouvelle charge. Mais Scruta bougea la première. Elle fit un léger mouvement de l’épée dans sa direction, un mouvement rapide qui avait tant de pouvoir derrière que le sang sur la lame gicla comme une douche carmine.

Cela toucha Relc au visage alors qu’il fit un mouvement instinctif de la tête, jurant en nettoyant ses yeux. C’était assez pour ouvrir son côté alors que Klbkch, Ksmvr et un Drakéide foncèrent vers Scruta des trois autres directions cardinales.

Scruta sourit et fit un pas en arrière en direction de Relc. Il jura et tenta de la bousculer, mais elle le remarqua.

L’une des épées des Klbkch fut arrachée de ses mains alors qu’il recula, une longue entaille courant sur sa carapace. Les quatre épées de Ksmvr s’écrasèrent sans aucun effet sur l’armure de Scruta, tout comme la lance du Drakéide.

Scruta se retourna et coupa Relc dans les côtes alors qu’il réussit à retirer le sang de ses yeux. Il hurla en se retirant avec les autres.

« Son armure est impénétrable. »

Ksmvr annonça ce fait alors que les gardes avec des armes tirèrent une volée sur Scruta. Erin vit la vérité de ce qu’il venait de dire aussitôt. Scruta leva calmement son épée et utilisa le plat de sa lame pour bloquer son visage, la bougeant légèrement pour bloquer les flèches. Mais à part cela, elle resta immobile, et les flèches qui s’abattirent sur son corps se brisèrent bruyamment sur l’armure couleur rouille.

Erin couvrit son visage et s’éloigna de Scruta alors que des échardes volèrent autour d’elle. Les gardes continuèrent leur barrage pendant presque une minute entière avant de s’arrêter. Scruta abaissa son épée, sans la moindre égratignure.

Toujours souriante.

« Mon Roi m’a donné cette armure pour que je puisse marcher à travers les champs de batailles ensanglantés en son nom. Vos armes ne parviendront pas à la percer. Et vous ne pouvez pas m’empêcher d’atteindre mon but. »

De sa position derrière les archers, Ryoka vit Klbkch et Relc foncer sur Scruta par-derrière, Ksmvr était une seconde plus lent. Cette fois, ils attaquèrent en parfaite unité, une épée et une lance filant vers sa tête de deux directions. Mais Scruta esquiva simplement l’épée de Klbkch et paria de nouveau l’estoque de Relc, avant de trancher Ksmvr alors qu’il fonça vers elle. Elle était toujours en train de tenir le parchemin de son autre main.

Et puis elle leva la tête et sourit en direction de Ryoka.

Scruta apparut devant Ryoka dans un mouvement plus rapide que l’éclair. Ryoka donna un coup-de-poing, mais le poing de Scruta passa par-delà sa garde et l’attrapa dans un contre parfait.

Ryoka cligna des yeux. Elle était soudainement au sol, et Scruta avait disparu. Qu’est-ce qui…

Elle se releva et vit les gardes gisant au sol. La ligne d’archers qui avait tiré sur l’aventurière pour couvrir les autres avait disparu. Hurlant et grognant alors leurs bras et jambes profondément entaillés.

Du sang gicla des blessures alors qu’ils tendaient désespérément les bras vers leurs potions de soin. Scruta avait tranché des artères, et les gardes devaient soigner leurs blessures ou mourir dans la minute.

Et Scruta était de nouveau vers Erin, se battant avec les gardes. Elle était en train de danser dans un tourbillon de lames, souriant et riant.

Oui, c’était ça. Elle dansait. C’était ce à quoi cela ressemblait. Pas une danse rapide ou des espèces de bonds ridicules de haut en bas, mais une danse lente. Chaque pas était délibéré, et chaque fois qu’elle abattait son épée c’était pour dévier un coup ou trancher quelqu’un autour d’elle.

C’était un splendide spectacle. Splendide et qui remplissait Ryoka de désespoir. Scruta voyait tout ce qui essayait de la toucher, de toutes les directions. Elle ignorait les feintes et savait quand quelque chose allait manquer. Et elle devait uniquement défendre sa tête.

Relc donna un coup de pied dans les côtes de Scruta et elle esquiva avant de lui entailler la jambe. Il était déjà recouvert de nombreuses entailles peu profonde, tout comme Klbkch. Scruta ne cherchait pas à tuer. Elle était en train de saigner tout le monde autour d’elle, se battant uniquement sur la défensive.

Toujours souriante.

C’était de la pureté. C’était le sommet de la perfection. Si Scruta avait été une combattante d’art martial elle aurait été au 27ème Dan ou quelque chose du genre. Ryoka savait qu’elle n’avait pas une chance de la toucher.

Elle se retourna pour courir. Courir comme une lâche pour éviter que Scruta ne les téléporte. Mais Scruta se tourna et leva son épée comme si elle allait la lancer. Ryoka se figea, et Scruta sourit alors qu’elle se pencha en arrière pour éviter une autre épée.

Elle ne pouvait même pas courir. Ryoka hurlait dans sa tête en essayant de trouver ce qu’elle pouvait faire. Qu’est-ce qu’elle pouvait faire ? Erin était toujours en train de regarder la mêlée, mais les autres gardes titubaient en arrière, trop blessé pour se battre. Seul Relc, Klbkch et Ksmvr était débout. Puis uniquement Relc et Klbkch.

Un hurlement. Ryoka l’entendit dans son esprit. Elle était impuissante. Elle ne devait pas l’être. Elle avait fait du self-défense toute sa vie. Elle avait entrainé son corps. Elle ne pouvait pas être…

Impuissante.

Un hurlement. Ryoka l’entendit dans son esprit, devenant de plus en plus assourdissant. Puis elle réalisa que ce n’était pas dans sa tête. Elle regarda autour d’elle.

Une voix solitaire se leva à travers le fracas du métal sur le métal et les hurlements des combattants. C’était profond, résonnant. Ryoka avait entendu des loups hurler, mais c’était plus profond, et d’une certaine manière bien plus perturbante.

Les longs hurlaient pour communiquer ; pour être sociable. Mais ce hurlement était plus sombre. Il y avait une émotion à l’intérieur ; une furie sombre qui s’exprimait dans un son sauvage qui envoyait des frissons le long de la colonne vertébrale de Ryoka.

Cela hérissait les poils sur la nuque de Ryoka alors qu’elle sentit des sueurs froides couler le long de son dos. Ce n’était même pas quelque chose de conscient ; le bruit touchait une partie primale de son cerveau et la terrifiait.

Aucun animal n’hurlait de cette manière. Et aussitôt que le premier hurlement s’arrêta, un autre se leva pour le remplacer. Puis un autre. Et un autre.

Erin couvrit ses oreilles pour stopper le terrible bruit. Elle regarda autour d’elle, paniquée. Tout le monde s’était arrêté, même Scruta. Elle s’arrêta, et Relc tituba en s’éloignant d’elle, saignant depuis une douzaine de blessures.

La Scruteur claqua sa langue, agacée, et fronça les sourcils en direction de la ville avant de secouer la tête.

« Des Gnolls. Et l’hiver approche. Dans seize minutes. Inconvénient. Je dois aller plus vite. »

Elle déplia le parchemin et pressa son doigt dessus. Erin vit une complexe toile de lignes de symboles avant que Scrute ne prononce un mot et que le parchemin s’illumine.

«Exus. »

Les symboles commencèrent à bouger. Ils tournoyèrent et volèrent autour dans une vertigineuse configuration avant de former un cercle. Et ce cercle tomba du parchemin sur le sol. Il forma un cercle dans l’air, un cercle qui devenait de plus en plus grand.

Scruta se tourna vers Erin.

« Il est temps de partir. »

Erin n’arrivait pas à parler. Elle ne savait pas si elle devait fuir ou se battre ou…

Une flèche frôla l’épaule d’Erin et Scruta leva son épée. Elle attrapa le projectile noir avant qu’il n’atteigne son œil, mais deux autres volèrent vers son visage. Scruta trancha les deux et fronça son sourcil.

Erin regarda derrière elle. À presque une centaine de mètres, un groupe de grand gens poilu s’approchait vers elle et Scruta. Ils portaient des arcs, et elle reconnaissait l’un d’entre eux.

Krshia menait les Gnoll alors qu’ils hurlaient et courraient vers Scruta, un groupe d’une quinzaine de marchands, d’artisans, et même un tavernier. Mais ils n’étaient pas les gens amicaux qu’Erin connaissait de la ville. Ces Gnolls tenaient d’immenses arcs et leurs yeux brûlaient de furie. Ils ne parlaient pas. Ils n’attendaient pas. Et dès qu’ils étaient à porter de tir, les Gnolls commencèrent à tirer sur la Scruteur.

À l’inverse des gardes qui arrivaient à tirer des volées peu précises sur l’aventurière solitaire, les flèches que les Gnolls tiraient étaient toujours précise. Scruta fronça son sourcil et son bras bougea alors qu’elle trancha les flèches et bondit en arrière.

« Krshia Silverfang. Ton interférence dans mes affaires est fort regrettable. »

Krshia montra les dents en direction de Scruta. Elle tendit son arc droit vers l’œil de Scruta en répondant froidement.

« Du sang pour du sang. Tu as massacré les miens. Nous allons te massacrer. »

« Je vous invite à essayer. »

La flèche de Krshia s’écrasa sur l’épée de Scruta. La Scruteur disparue dans les Gnolls qui commencèrent à tomber en saigner. En mourant ?

Erin n’était pas certaine. Tout ce qu’elle savait était que Scruta était en train de trancher des gens avec son épée, laissant leur sang éclabousser son armure. Tout en souriant.

Mais le sourire de Scruta tressaillit et disparu légèrement alors que les Gnolls continuaient de se séparer. Elle avait tranché les quatre premiers Gnolls avec facilité, mais maintenant ils tiraient de tous les angles, et elle devait esquiver et dévier les flèches avec plus d’attention.

Mais elle était toujours en train de bouger, toujours indemne. Scruta traversa la distance la séparant d’un autre Gnoll qui lui tirait dessus de manière désespérée. Elle le poignarda à travers son arc et dans l’estomac et il s’effondra, serrant son ventre. Scruta se retraita, dansant, et continua vers sa prochaine cible.

Elle allait tous les tuer.

Erin ne savait pas quand elle avait commencé à bouger. Elle s’en rendit compte uniquement quand elle approcha Scruta. Des flèches lui frôlaient le visage, la ratant de quelques centimètres, effleurant ses cheveux. C’était terrifiant, et Erin savait qu’elle pouvait être touchée à la moindre seconde. Mais elle continua d’avancer.

Deux pas. Puis trois. Un flash de feu brûla son bras droit et elle réalisa qu’elle a été coupée par un projectile. Cela n’avait pas d’importance.

Scruta s’éloignait d’elle, marchant vers Krshia parmi la volée de flèches. Erin s’arrêta devant elle, tremblante alors qu’elle vit Scruta trancher les formes floue volant vers sa tête.

Mais maintenant Scruta semblait aussi bloquer celle qui voler vers Erin. Elle sourit à Erin, comme si elle était sur le point de s’esclaffer de rire.

« Et qu’est-ce que tu vas faire maintenant que tu es là, Erin ? »

Erin donna un coup-de-poing vers Scruta. Le bras de la demi-Scruteur qui venait de détourner une flèche avait aussi adroitement dévié le poing d’Erin.

Klbkch chargea des herbes, ignorant une flèche qui le frappa dans le dos. Il leva une épée dans chaque main. Scruta pivota pour le bloqua et bousculer Erin assez fort pour l’envoyer valser au sol. Elle marcha sur le bras d’Erin alors que la fille essaya de se lever en ignorant la douleur.

« La distance et les nombres ne sont rien face à mes yeux, Erin. »

Ryoka vit Erin rouler après que Scruta s’éloignât d’elle. L’aubergiste était en train de bercer son bras. Il ne semblait pas casser, mais elle ne se relevait pas pour attaquer Scruta de nouveau. Bien sûr qu’elle n’allait pas faire. À quoi cela allait servir ?

Klbkch s’effondra enfin quand Scruta l’assomma avec le pommeau de son épée. Les Gnolls étaient toujours en train de tirer, mais le portail qu’elle avait ouvert était pratiquement à hauteur de tête. Ryoka pouvait voir à l’intérieur. C’était une sorte de tunnel, entouré par des symboles tournoyant et des éclats de couleurs qu’elle ne pouvait pas nommer. Et de l’autre côté était de l’herbe. Pas de l’herbe locale, mais une herbe différente. Plus courte, avec des feuilles plus épaisses. Un sol plus sec, un habitat plus rude.

C’était définitivement un portail. Et Scruta allait traîner Erin et Ryoka dedans.

Elle s’avança vers Ryoka, toujours en déviant des flèches comme si son épée était une ombrelle. Elle s’adressa à Ryoka en s’approchant.

« Tu as bien moins de valeur qu’elle, mais peut-être que tu vas en valoir la peine. »

De nouveau. C’était le même foutu sentiment. Scruta rit alors qu’elle évita et paria des attaques venant de toutes les directions.

C’était tellement injuste.

« Deux pour le prix d’un, comme mon seigneur le dirait. »

Ryoka recula, mais Scruta dévia une flèche et de la douleur explosa dans les côtes de Ryoka.

« Ne bouge pas. J’ai besoin de toi, mais les potions ont un pouvoir limité. »

Elle devait avoir une faiblesse. Ryoka serra la flèche qui s’était enfoncé dans son estomac et essaya de ne pas crier. Scruta était arrogante. Elle… Elle ne se battait même pas sérieusement. Relc était… Le seul qui pouvait vraiment la défier, et elle s’était débarrassé de lui dans les premières secondes.

Elle devait avoir un point faible. Ses yeux. Sans ses yeux elle…

Scruta s’arrêta en face de Ryoka. Elle attrapa sa jambe alors qu’elle venait de partir vers son visage.

« Un bon coup de pied. »

Puis elle lui donna son propre coup de pied et Ryoka retrouva ses esprits au sol à côté du portail. Elle se sentait malade. Elle essaya de se lever pour se rendre compte que ses bras et ses jambes ne marchaient pas correctement. Elle secoua la tête et se força à se mettre sur ses genoux et regarder autour d’elle.

Scruta se tenait au-dessus de Ceria, l’épée au clair. Olesm était effondré à ses côtés, immobile. La moitié des Gnolls gisaient au sol et l’autre moitié avait arrêté de tirer. Parce que l’épée de Scruta était à la gorge de Ceria.

« Pourquoi attendre ? Pourquoi, si tu savais que j’étais vivante ? »

La demi-Elfe était en train de poser une question à Scruta. Ryoka était en train d’essayer de l’atteindre, mais son corps la lâcher. Brisé. Elle se sentait étourdit et le monde continuait de tourner autour d’elle, elle n’entendit presque pas Scruta.

« Pour que tu souffres le plus, bien sûr. »

Ryoka cligna des yeux et regarda soudainement la terre. Elle était tombée ? Elle était tombée. Elle se releva. Elle ne pouvait pas se battre. Mais Ceria. Elle ne pouvait pas la laisser mourir.

« Saches que garde mes promesses. »

Scruta leva son épée au-dessus de la tête de Ceria. Elle leva son autre main pour arrêter Erin alors que la fille lui bondit dessus.

« Fait-le… »

Scruta regarda Ryoka. La Coursière s’étouffa en essayant de former des mots complets. Son esprit continuait de tourner.

« Fait-le et je me suicide. Je me mords la langue. Tu ne m’auras pas moi et Erin. »

L’aventurière haussa les épaules.

« Un est mieux que deux. Et je doute que tu as le courage pour cela, Ryoka Griffin. »

Elle attrapa Erin par la gorge, la levant. Le portail était grand désormais, toujours en l’air, deux mètres cinquante sur deux mètres cinquante. Il était en train de bourdonner, un son guttural que Ryoka pouvait sentir dans ses os. Et il était en train de… S’effondrer ? Des explosions de couleurs émergeaient des symboles tournoyants. Il allait se fermer.

Krshia leva son arc et Scruta leva Erin. Les pieds de la fille s’agitèrent faiblement.

« Nous la tuerons avant que tu puisses l’emporter. »

Scruta semblait amusée alors qu’elle secoua la tête.

« Mensonge. Je peux voir les mensonges sur ton visage, Krshia Silverfang. »

Krshia hésita. Ryoka essaya de se relever de nouveau. Ce n’était pas possible. Elle s’effondra au sol et sentit quelque chose tomber de sa poche. Elle le regarda.

Le lancer vers Scruta ? Probablement pas.

L’aventurière laissa tomber Erin et agrippa son épée à deux mains alors qu’elle le leva au-dessus de la tête de Ceria. La demi-Elfe la regarda tristement alors qu’elle leva son épée.

« Scruta. »

La voix de Ryoka était rauque alors qu’elle se redressa. Erin se tenait devant Scruta, les poings lever, sachant qu’il était inutile de l’attaquer. Elle allait le faire quand même, Ryoka le savait. Mais elle devait parler avant.

Scruta ne daigna pas détourner le regard. Elle s’adressa dans le vide.

« Maintenant. Qu’est-ce que tu peux dire qui pourra m’arrêter ? Je suis curieuse. »

Ryoka prit une grande inspiration, puis une autre. Le monde tournait. Si elle faisait un pas elle allait probablement vomir et retomber. Mais elle devait le dire. Son point faible.

Ses yeux.

Elle espérait qu’Erin allait être rapide.

« Le Roi de la Destruction s’est éveillé. Flos est de retour. »

***

Erin entendit les mots, mais elle ne savait pas ce qu’ils voulaient dire. Mais ils causèrent une commotion, et elle vit les yeux de Scruta s’éparpiller. Lentement, la Scruteur se tourna.

Scruta l’Omnisciente. Elle pouvait voir à travers les murs, à travers les kilomètres, et même dans le cœur des gens. Elle pouvait voir les mensonges.

Son œil central se tourna, puis les quatre autres eyes. Ils se fixèrent sur Ryoka, la regardant, cherchant la vérité. Et Erin bougea, plus vite qu’elle avait jamais bouger. Sa main se leva, et frappa.

Peut-être que Scruta l’avait vu à sa périphérie, mais elle se tourna. Son épée trancha deux flèches qui allaient vers son visage. Sa main droite arrêta la dague que Ksmvr venait de lui lancer. Peut-être que c’est cela qui ralenti Scruta. Ou peut-être que cela était le regard pourpre, la touche de peur d’une gemme brûlant dans les orbites d’un squelette.

Cela était peut-être toutes ses choses, ou rien du tout. Mais la main de Scruta se leva…

Et Erin enfonça son doigt dans l’œil de Scruta.

C’était une terrible sensation. Erin sentit son doigt s’enfoncer dans l’œil ouvert, directement à travers la cornée. Erin sentit le bout de ses doigts pousser à travers une horrible humidité, à travers le centre gluant et sentit quelque chose éclater sur sa main.

Scruta hurla.

Une main en armure frappa Erin dans le torse. Elle sentit ses poumons se vider et ses côtes craquer. Erin ne s’envola pas… Mais elle bougea de haut en bas pendant une seconde ou deux. Quand elle s’écrasa au sol, et toutes les lumières du monde s’éteignirent.

Quand Erin se releva, Scruta était en train de tenir quelque chose. Une masse visqueuse coulait le long de sa main gantelée, et elle semblait…

Elle ne souriait plus. Pour la première fois, le sourire mystérieux de Scruta avait disparu, et ses quatre yeux valides étaient fixés sur Erin avec une haine sombre.

« Toi. »

Elle s’avança vers Erin, mais soudainement Relc était là. Il rit et se lança sur Scruta.

« [Triple Estoque] espèce de pauvre co… »

Elle le trancha quand il la trancha. La joue de Scruta s’ouvrit alors que Relc fut profondément coupé sur le visage. Scruta se stoppa et s’arrêta. Du sang jaune orangé coula de sa blessure.

Plus de flèches volèrent. Cette fois, l’épée de Scruta fut trop lente. L’une des flèches toucha ses cheveux, et une autre s’écrasa sur son visage, touchant son œil réduit en bouillie. Elle hurla de nouveau.

« Scruta. »

Ses autres yeux se tournèrent vers Klbkch et Relc et elle soupira. Avant de regarder Erin et Ryoka.

« Bien joué. Bien joué à vous deux. J’aurai dû être plus prudente. »

Elle se retourna et battit en retraite alors que Klbkch s’approcha avec Ksmvr et Toren. Vers le portail. Les Antiniums et le squelette laissèrent Scruta s’éloigner, leur épée tirer avec précaution. Les Gnolls continuaient de tirer, et la seule chose que Scruta pouvait faire était bloquer les flèches.

« Tu dois partit ou mourir, Scruta de Reim. »

Scruta hocha la tête en direction de Klbkch.

« Oui. Je le dois. Mais d’abord : ma vengeance. »

Son épée vrombit et toucha une flèche volant vers elle.

« Attenti… »

Ryoka poussa Erin au dernier moment. La flèche manqua les deux filles de quelques centimètres et frappa l’un des arcs tenus par un Gnoll. L’arc fut réduit en miette et la pointe de la flèche rebondit et s’enfonça dans la fourrure du Gnoll. Il hurla de douleur alors que Ksmvr et Klbkch bougèrent pour protéger Erin.

« Ah. Si j’étais meilleure… »

Scruta haussa les épaules. Elle baissa sa main et révéla l’état pitoyable de ce qu’avais été son œil. Elle regarda Erin, et la fille lui rendit son regard.

« Erin Solstice. Un jour, nous allons nous revoir. »

Puis Scruta passa le portail. Krshia tira une dernière flèche, mais elle manqua l’aventurière. La forme de Scruta se distordra et puis…

Erin regarda dans un tunnel qui semblait s’étendre à l’infini. S’étirant de plus en plus loin, mais elle pouvait quand même voir la sortie. Une parcelle d’herbe entourée de runes à quelques mètres de là. Scruta traversa le portail, et son pied traversa plusieurs milliers de kilomètres, s’étirant sur l’herbe de l’autre côté.

Relc lança sa lance à travers le portail. Erin la vit volé à travers l’air, une flèche traversant le monde. Scruta se retourna, la rattrapa, et la renvoya nonchalamment.

Le tunnel de lumière se referma. La lance atterrit dans l’herbe à côté d’Erin, et la magie venait de s’arrêter. Le portail se ferma. La réalité reprit ses droits.

Et Scruta disparu.

***

« Par les dieux morts. »

Zevara se tenait dans les restes du champ de bataille, regardant autour d’elle. C’était un champ de bataille. Il n’y avait pas d’autre mot pour un champ de flèches brisés, de mare de sang, et de cadavres.

Les cadavres. Deux des gardes, et un Gnoll. Trois personnes ; relativement peu en sachant contre qu’ils s’étaient battus, mais trois de trop. Ils gisaient au sol, deux serrant des blessures qui ne s’étaient pas fermées assez rapidement, et le Gnoll sans tête.

Les morts et les blessés. Zevara n’arrivait pas à se souvenir de la fois ou elle avait vu tant de violence en si peu de temps. Pas depuis le dernier Capitaine de la Garde. Pas depuis le Nécromancien.

Elle leva les yeux vers l’autre groupe, celui des vivants. Ryoka et Erin se tenaient à l’intérieur d’un cercle de corps. Ksmvr, les Gnolls, et même le foutu squelette et le mage humain se tenaient autour d’eux de manière protectrice, même si Scruta était partie depuis bien longtemps.

Ryoka était encore en train de se balancer de là où elle était assise. La fille avait une concussion et possiblement un crâne fracturé selon Pisces. Erin n’était pas trop blessé ; les coupures sur son visage et ses ecchymoses avaient été facilement soignés. Mais elle était en train de regarder sa main. Son doigt.

Zevara détourna le regard. Elle regarda Relc, et Klbkch, deux de ses deux meilleurs gardes, même s’ils étaient… Relc et Klbkch. Elle secoua la tête vers eux, et ils hochèrent la leur, comprenant.

« Qu’est-ce qui s’est passé ici ? Pourquoi, par tous les dieux morts, quelque chose comme ça… »

Elle agita sa main vers la scène. Relc secoua simplement la tête, mais Klbkch racla sa gorge.

« Les humains, Capitaine de la Garde. »

« Je sais. Je connais les humains. Mais pourquoi ? Pourquoi eux ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi Scruta ? Pourquoi ? »

« Je ne sais pas entièrement pourquoi. Peut-être que nous devrions nous demander quand il sera temps, mais pas maintenant. Car nous devons accepter que le monde est en train de changer. »

« C’est bientôt la fin du monde. »

Zevara regarda Relc. Le Drakéide fixa le sol, ignorant les coupures et les entailles qui ne s’étaient pas encore soignée. Elle n’était pas un soldat, mais elle avait le même sens que lui.

Zevara regarda le ciel. Des révélations. Il y avoir des rumeurs dès l’instant où ils allaient retourner en ville, mais la vérité était pire encore. Zevara le sentait dans ses os, le sentiment d’urgence, la peur.

La paix était terminée. Le Roi de la Destruction était de retour. Et si elle ne se dépêchait pas, elle allait mourir sans jamais avoir dit à Olesm qu’elle l’aimait.

***

« Je veux juste m’asseoir toute seule et ne rien faire. M’asseoir et jouer aux échecs, d’accord ? J’irai mieux une fois à l’auberge. Une fois à la maison. »

Erin se répéta pour la centième fois à Krshia, alors qu’elle serra la couverture autour de sa main encore plus forte, comme si elle pouvait essuyer les souvenirs, les sensations.

« Je comprends, mais la Capitaine veut parler à tout le monde en ville. Nous avons des boissons chaudes et de la nourriture. Viens avec nous. »

« Si elle ne veut pas venir, elle ne viendra pas. Et tu n’es pas en position de faire de telles demandes, n’est-ce pas ? »

Krshia regarda Relc et le Drakéide lui rendit son regard.

« Avoir quelques arcs et un petit groupe d’archer ne fait pas que tu es soudainement un garde, Krshia. Si tu continues de te mettre sur mon chemin, je vais te taper. Avec ça. »

Il leva sa lance et les Gnolls autour d’Erin et de Ryoka grognèrent. Relc ne semblait pas impressionner, mais Erin secoua la tête.

« Non. Pas de bagarre. Je vais y’aller. Ryoka ? »

« Hm ? Ouais ? »

Ryoka hocha vaguement la tête vers Erin et Relc sourit.

« T’vois ? J’ai raison et tu as tors, Krshia. »

« Fort bien, nous allons aller avec Erin. En tant que citoyens concernés. »

« Ah ouais ? »

« Oui. »

« D’accord, devenons tous des gardes alors. J’aimerais bien te voir devenir Garde Vétéran. Nous allons nous occuper des humains. Vous les Gnolls, vous retournez en ville et… »

Relc arrêté de crier et se retourna. Les Gnolls suivirent son regard. Erin n’avait pas la moindre idée de ce qu’ils ressentaient ou… Entendaient ? »

« Attendez une minute. C’est quoi ce machin-truc ? »

Quelque chose fit écho dans les oreilles d’Erin. Un hurlement ? Non, pas comme les Gnolls. Mais le son du vent, oui. Et il faisait soudainement plus froid.

Beaucoup plus froid.

« Par les dieux, c’est là ! Tout le monde, l’hiver arrive. On se prépare ! »

Relc hurla et tout le monde était soudainement en train de bouger. Erin regarda autour d’elle, confuse. Relc grogna et attrapa la couverture des mains d’Erin avant de la lever autour d’elle et de Ryoka.

« Comme si on avait besoin de ça. »

« Quoi ? Qu’est-ce qui se passe. »

« L’hiver est là. »

Klbkch s’exprima calmement alors qu’il apparut avec une autre couverture. Et puis Erin et Ryoka le virent.

Cela venait depuis les montagnes. Une tempête ? Ou peut-être que c’était juste le vent, glacé et rendu tangible. C’était une vague blanche et grise qui s’écrasait sur tout comme une avalanche, mais au lieu de s’écraser au sol, elle changea son angle au dernier moment et souffla directement sur les plaines.

Cela se dirigea droit vers le groupe, et pendant un instant Erin crût entendre des voix.



« Mes sœurs ! Regardez, regardez ! Un groupe de voyageur à découvert !

« Un groupe de guerriers ! Les chiens et Ceux-Qui-Furent-Dragons ce sont battus !

« Et des humains ! Et des esclaves ! Et même une chose morte !





Des rires, clairs et tintant, comme le craquement des stalactites. Erin plissa les yeux. Est-ce qu’il y avait… Des formes bleues dans la tempête. Mais le ton des voix légères et éthérées changea.



« Regardez ! Ici ! Une bâtarde ! Une sale putain ! »

« Tuons-là ! »

« Enterrons là sous la neige ! »

« Noyons-les tous sous la neige ! »




« Ça arrive !’

Relc hurla, et la tempête enveloppa Erin dans une mer de blanc. Elle fut jetée au sol, roula, et puis elle fut glacée et trempée et le monde avait disparu.

« Erin !Erin ! »

Quelque chose attrapa Erin alors qu’elle lutta pour s’asseoir. Relc souleva Erin alors qu’elle toussa et bégaya alors qu’il la libéra de…

… De la neige ?

« Que… Quoi… ? »

Relc sourit à Erin et lui tendit de nouveau la couverture.

« L’hiver vient d’arriver. Retournons en ville, hein ? Nous allons devoir prendre des vêtements bien chauds ; celui-ci semble assez froid. »

« Quoi ? »

En face d’elle, Ryoka s’extirpa de la neige en crachotant. Elle regarde autour d’elle.

« C’est quoi ce putain de bordel ? »

La tempête avait disparu, comme si elle n’avait jamais été là. Seule la neige demeurait, et le paysage soudainement gelé. Et aussi, le groupe de créatures flottantes qui leur tournait autour fondit au-dessus de la tête d’Erin et Ryoka.



« Ils ne sont pas mort ! La bâtarde est toujours vivante ! »

«Enterons-les de nouveau ! Plus profondément ! »

« Non, coupons ses cheveux et arrachons-lui les yeux ! »

« Regardez, regardez ! Cet humain est différent ! Vous avez vu à quel point son regard est différent, mes sœurs ? »




L’une des créatures flotta aux côtés de Ryoka, et pointa. Ryoka eut un mouvement de recul alors qu’ils volèrent autour d’elle en continuant de parler de leurs voix qui n’étaient pas vraiment des voix.



« Tu as raison ! Comme c’est étrange! Comme c’est bizarre ! »

« Peut-elle nous voir, nous nous demandons ? »

« Impossible ! »




Relc grimaça. Et donna un coup de main pour repousser les fées et secoua la tête.

« Ugh. Ce sont ces trucs. Je les déteste. »

L’un des… Choses transparentes flotta devant le visage de Relc. Il secoua la tête, ses yeux pas véritablement concentré sûr… Elle. Elle souffla sur son visage et il eut un mouvement de recul, criant et grattant le gel sur son nez.



« On te déteste aussi ! »
« Modifié: 14 octobre 2020 à 18:43:12 par Maroti »

Hors ligne Maroti

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Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
« Réponse #80 le: 26 août 2020 à 18:51:47 »
2.06
Traduit par Maroti

Elles étaient assises ensembles dans une auberge. Deux femmes, du même sexe mais différente dans tout le reste.

Ryoka Griffin et Erin Solstice se regardèrent mutuellement par-dessus la table d’acajou lisse. Le silence qui se trouvait entre elles était tendu, à couper au couteau.

Il était temps pour elles de parler.

« Bon. Il semble que nous ayons beaucoup à nous dire. »

Ryoka fut la première à briser le silence. Elle leva les yeux vers Erin, et puis les baissa vers ses mains. En toute honnêteté, elle ne savait pas par où commencer.

« Je suppose… Que nous devrions commencer par comment nous sommes arrivé ici. »

C’était la base de toute chose. Le partage d’information. Elles avaient besoin de rassembler leurs connaissances, faire des plans pour le futur. Leur survie pouvait en dépendre.

Ryoka prit une grande inspiration. Depuis le début. Elle allait laisser tous ses secrets derrière elle et espérer qu’Erin fasse de même.

« Erin, je suis venu vers Liscor parce que je faisais une livraison. Une livraison spéciale. Tu vois, j’ai rencontré cet homme nommé Teriarch. Et il a lancé une sorte de… Sort sur moi. Cela m’a fait traverser les Plaines Sanglantes et… »

Ryoka s’arrêta brusquement quand Erin leva une main.

« Qu’est-ce qu’il y a. »

« Je suis désolé. Mais est-ce qu’on peut… Ne pas le faire maintenant ? »

« Je suppose que l’on peut attendre demain si nécessaire. Je peux dormir… »

Erin secoua sa tête.

« Non, pas ça. Je parle de tout ça. Est-ce qu’on peut arrêter l’acte durant une seconde et faire une pause ? Je parle de cette histoire stupide, je veux dire. Pourquoi est-ce qu’on doit avoir une conversation sérieuse maintenant ? Est-ce qu’on peut pas, je sais pas, faire une pause pendant cinq jours et reprendre après ? »

Ryoka hésita.

« Mais le script dit que nous devons parler maintenant et… »

« Le script peut aller brûler en enfer ! J’en ai marre ! »

Erin regarda Ryoka.

« Ca fait neuf mois que je suis là, et je n’ai toujours pas eu de véritable histoire d’amour. Même pas une baguette ou un truc du genre. »

Ryoka s’arrêta. Erin soupira en mettant son visage entre ses mains.

« Et maintenant je dois crever l’œil de quelqu’un ? Est-ce que tu sais quelle sensation ça a ? Je veux dire, franchement. Je sais que tu es une professionnelle, Ryoka, mais j’ai besoin d’un break. Je suis désolé. »

Erin posa sa tête contre la table. Ryoka lui tapota le dos et regarda autour d’elle en abaissa sa voix pour lui murmurer à l’oreille.

« Tu penses que tu l’a mal ? Au moins tu ne dois gérer que l’auberge. Dès que je suis dans un chapitre je dois courir pour sauver ma peau où je manque de me faire manger où… Où y a un foutu chariot qui me roule sur la jambe. »

Ryoka grimaça en regardant Erin.

« Ca fait six mois que je supporte cette merde. Je dois courir, combattre des monstres et me plaindre de la stupidité des gens deux fois par semaine. »

Erin hocha la tête. Elle se redressa et Ryoka soupira.

« Je sais. Et c’est quoi ton délire avec les poêles à frire ? Qui utilise des poêles à frire ? »

« Je sais. Je n’ai même pas d’arme ! Qu’est-ce que je suis, trop bête pour acheter une épée ? Ca ne doit pas être trop compliqué à utiliser. Il suffit juste de pointer le bout pointu vers l’adversaire. C’est simple ! »

Deux femmes s’assirent ensemble et commencèrent à se plaindre. Ryoka hochait la tête alors qu’Erin continua de faire la liste de ses problèmes.

« Tu penses que l’auteur me donnerait au moins une baguette magique ou un truc du genre. Je veux dire, est-ce que c’est vraiment en dehors du domaine du possible que je tombe dans une ancienne tombe ou que je trouve le cadavre d’un mage ? J’aurai pu être Harry Potter et à la place je suis… Dudley. »

« Oh ça va, tu n’es pas grosse. »

« Ca va m’arriver un jour ou l’autre. Comment est-ce que tu crois que je gère tout ce stress ? Dès que je frôle la mort je mange l’équivalent de la moitié d’un cochon. »

Erin frissonna et secoua la tête, Ryoka lui fit une grimace amicale.

« D’accord, qu’est-ce que tu penses de ça ? »

L’asiatique posa ses mains sur la table et regarda Erin.

« Des crossovers. Ce sont de bonnes pertes de temps. Rien d’important à l’intrigue se déroule dans un crossover. Si nous arrivons à en avoir un avec une autre histoire, on pourrait gâcher un chapitre ou deux. Faire une pause. »

Elle sourit à Erin.

« Nous pourrions apparaitre magiquement à Poudlard et rencontrer Harry Potter pendant une journée. Apprendre un peu de magie, qui ne marcherait qu’avec une baguette que tu ne pourras pas rapporter. C’est un bon crossover. En plus, tu pourrais voir si tu ne peux pas coiffer Ginny Weasley au poteau. Tenter ta chance avec Mister Cicatrice. »

Ryoka donna quelques coups de coudes à Erin.

« Hein, hein ? »

L’expression d’Erin lui montra qu’elle n’était pas enthousiaste.

« Ça serait cool, je suppose. Mais tu sais que cela n’arrivera jamais. Harry Potter s’est terminé, et en plus, il y aurait tous les problèmes avec les licences. »

C’était vrai. Ryoka devait y penser. »

« Alors… Peut-être avec un autre Web-serial ? Peut-être qu’un auteur aimerait bien s’échanger un chapitre. Comme… Qu’est-ce que tu penses de Worm ? »

« Worm ? Est-ce que tu as envie de mourir dans d’atroces souffrances ? »

Erin regarda Ryoka, qui leva ses mains.

« D’accord, d’accord, c’est un bon point. Quand est-il d’un Webcomic ? Ils sont cools. »

« Mais c’est trop long à dessiner. »

« Sauf si nous faisons des stick figure. Nous pourrions essayer Order of the Stick. »


« J’sais pas trop. Je pense pas que je bien rendre en 2D. De plus, tu sais que l’auteur a la flemme de faire quelque chose du genre. »

« C’est vrai. »

Les deux s’assirent en silence pendant quelques minutes. Erin brisa finalement le silence.

« Nous devrions protester. Faire une pétition. »

Ryoka tapa du poing sur la table.

« Tu as raison ! Envoyons là à l’Association des Auteurs ! »

« Attends, il y a une Association des Auteurs ? »

« … Probablement pas. Mais nous pouvons la poster sur change.org ! »

« Ouais ! Faisons-le ! »

« D’accord. J’ai un bout de papier ici. Commençons cette pétition. »

Ryoka sortit le script du chapitre et commença à écrire sur le dos. Erin se leva et regarda par-dessus l’épaule de Ryoka alors qu’elle écrivait.

« Pirataba est un faux nom, cela va de soi. Mais je connais le véritable prénom de l’auteur. »

« D’accord. C’est quoi ? »

Erin sourit, puis pointa vers la première ligne.

« Helicopter deFranco. D’accord, nous allons commencer par « Nous, les personnages principaux de cette histoire avons l’impression que l’auteur, Helicopter DeFranco, a ignorer à plusieurs reprises nos droits à des heures de travail acceptables, à la liberté d’expression, à une assurance-maladie, à un environnement de travail sans danger, et… »

« Attend une seconde. »

Ryoka dut lever sa main pour couper la parole à Erin.

« Est-ce que tu es certaine que son nom est Helicopter deFranco ? »

Erin fronça les sourcils.

« Pratiquement ? Et c’est ‘elle’, Ryoka. L’auteur est une ‘elle’. Donc une autrice. Et Hélicopter peut être un nom féminin comme masculin. »

Ryoka regarda Erin. Elle s’arrêta, déposa le stylo, frotta ses yeux et regarda Erin.

« Premièrement : le nom de l’auteur n’est pas Helicopter DeFranco. Je ne sais pas d’où ça sort. »

Erin regarda tristement ses mains.

« Les commentaires m’ont mentit. »

Ryoka secoua la tête.

« Deuxièmement : l’auteur est un homme. »

« Il ne l’est pas ! Enfin… Elle ne l’est pas ! »

« L’auteur est totalement un ‘il’, Erin. Seul un auteur pourrait autant être un connard envers des personnages féminins. »

« Si nous étions dans un Web Serial LitRPG écrit par un gars, nous serions tous les deux dans un harem. Et tes seins seraient au moins trois fois plus gros. »

Ryoka baissa les yeux vers sa poitrine et se la couvrit de manière protectrice.

« Tous les auteurs ne sont pas de porc chauviniste. Certains peuvent écrire des personnages féminins. Comme George R. R. Martin. »

« Si nous étions dans Game of Thrones nous serions mortes. »

« C’est vrai… »

« Dans tous les cas, c’est une autrice. »

« Auteur. »

« Autrice. »

« Autruc ? »

« Ecoutes, est-ce qu’on va faire cette pétition ou non ? Écrivons ‘pirateaba’ pour l’instant et on le changera plus tard. »

Ryoka hésita alors qu’elle regarda le papier.

« Mais est-ce qu’on est certaine de vouloir faire ça ? Je veux dire, sérieusement ? »

« C’est quoi le pire qui puisse nous arriver ? »

« Il pourrait faire revenir Scruta pour nous poignarder à répétition. »

Erin s’arrête, et regarda Ryoka avec un regard sérieux.

« Ryoka, laisse-moi te poser cette question : d’après toi, quelles sont les chances que l’autrice le fasse quand même, pétition ou non ? »

Ryoka regarda Erin pendant quelques secondes, puis elle s’assit et commença à écrire.

***

Plus tard dans la journée, Relc et Klbkch marchaient vers l’auberge. Ils s’arrêtèrent quand il virent les signes planter dans la neige.

Les personnages principaux féminins sont en grève jusqu’à l’obtention d’un bon salaire ! Nous sommes en grève jusqu’à l’obtention de vacances !

Libérez nos héroïnes ! Plus de poignardées !

Je veux une augmentation !


Relc se tourna vers Klbkch.

« On dirait qu’ils soient en grève. Tu veux faire demi-tour et attendre ?

Klbkch haussa les épaules.

« Cela me semble être la meilleure chose à faire. »

Relc hésita. Il regarda l’auberge. Il pouvait entendre Erin et Ryoka à l’intérieur, criant une sorte de slogan.

« Est-ce qu’on devrait leur dire qu’elles sont vivantes jusqu’à l’arrivée du véritable protagoniste ? »

Klbkch secoua sa tête.

« Cela me semble être une mauvaise chose à faire. »

Les deux commencèrent à marcher vers Liscor à travers la neige.

« En plus c’est quoi ce nom, ‘L’auberge Vagabonde’ ? L’auberge ne bouge meme pas!”

Klbkch hocha la tête. Il montra son nouveau corps d’un mouvement de ses bras.

« J’ai aussi quelque chose à dire à propos de ma mort contre les Gobelins. J’ai l’impression que j’aurai dû être capable de tuer le double de leurs nombres. Ma réputation est en jeu. »

« Et je me suis fait botter le cul par Scruta alors qu’Erin à porter le dernier coup. Encore. »

« Pour être franc, Loks est celle qui a terminé Écorcheur. »

« Oh, donc je me suis fait doubler par une fille humaine et une Gobeline ? Je me sens bien mieux maintenant.

Les deux marchèrent alors qu’une tempête se forma et que de la foudre se fit entendre avant de frapper le toit de l’Auberge Vagabonde. Après une seconde, Relc se tourna vers Klbkch.

« … Tu penses qu’on a une assurance ? »




Note des traducteurs: *Regarde la date du chapitre d'origine* Oooooooh, 1er avril 2017, je vois, tout s'explique maintenant.

Le véritable chapitre 2.06 arrive samedi! Et au passage, Worm est un excellent webserial  parlant de super héros qui peut être trouver gratuitement sur le net qui s'est terminé il y a quelques années. Et The Order of the Stick est l'un des plus grand Web Comic américain et une grosse parodie de Donjons et Dragons, tout aussi sympa à découvrir.

Hors ligne Maroti

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  • Traducteur de The Wanderin Inn par Piratebea
Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
« Réponse #81 le: 29 août 2020 à 17:30:01 »
2.06
Traduit par Maroti

« … Lady Reinhart ? Lady Reinhart, êtes-vous endormi ? »

Magnolia se réveilla soudainement. Elle regarda autour d’elle, perdue, pendant une fraction de seconde avant que ses instincts naturels reprennent le dessus. Elle se redressa et sourit de manière aimable alors que la pièce commençait à sortir du brouillard.

Théophore l’Assassin cligna des yeux dans sa direction alors qu’il se tenait droit. La vision d’une silhouette sombre habillée des habits de mauvais augure que portaient les assassins et les espions n’alarma pas Magnolia, c’était commun pour elle.

Mais il lui fallut un moment pour se souvenir qu’elle n’était pas dans sa propriété à Celum. Sa confortable demeure, rustique et intime, avait été remplacé par l’intérieur riche mais plus austère de sa demeure hivernale.

Ah. Bien sûr. Magnolia soupira. Elle ne pouvait pas le sentir quand elle était à l’intérieur, mais l’hiver venait véritablement d’arriver. C’était tellement dommage. La neige, c’était mignon, mais cela rendait les voyages tellement plus épuisants.

Elle sourit à Théophore alors qu’il se tenait de manière gêné devant elle. Ses habits étaient toujours en train de sécher, et même si elle lui avait offert des rafraîchissements et de quoi se sécher, il avait refusé les deux. Cela devait être une habitude d’[Assassin]. Ils avaient une certaine aversion envers baisser leur garde ou manger de la nourriture qui n’avait pas été préparé de leurs mains.

« Je suis désolé, j’ai dû m’assoupir. Après tout, j’ai passé l’heure du coucher. Veux-tu me pardonner ? »

Il inclina sa tête sans commentaire. Il était très tard, mais elle lui avait donné l’ordre de lui faire son rapport dès l’instant où il arrivait.

D’où sa présence, et pourquoi il était impératif que Magnolia ne baille pas. Cela était indigne d’une Lady, et donc Magnolia lutta contre son envie de bâiller et sourit de nouveau.

« Donc, où est-ce que nous en étions ? Je me souviens de tout jusqu’à la disparition de Scruta. Ma mémoire après cela est… Floue. »

Cela avait été un étrange rêve. Magnolia pouvait à peine se souvenir de quoi elle avait rêvé. Théophore toussa.

« Oui, après le départ de Scruta, j’ai dû m’éloigner du groupe principal. Il semblerait que l’un des Antiniums ait entendu son commentaire la présence d’un [Assassin], et j’ai à peine réussi à rester caché. »

Il frissonna, et Magnolia sentit un léger soupçon de compassion pour lui. Cela ne pouvait pas être facile de se cacher à un demi-Scruteur, encore plus devant la fameuse Scruta. En réalité, c’était tout à fait impossible, ce qui était probablement pourquoi Théophore avait tiré la plus courte des pailles et avait été envoyé à la suite de Ryoka. La Guilde des Assassins, la Confrérie Silencieuse, la Guilde Invisible, les Filles et les Fils du Silence… Ignoraient peut-être la peur de mort, mais ils étaient des gens hautement pratiques.

Théophore toussa et continua. Magnolia espérait que l’homme n’allait pas attraper une grippe, ou au moins, qu’elle ne l’attraperait pas. La grippe commune était plutôt ennuyeuse à soigner, même pour quelqu’un avec un accès aux meilleures magies.

« J’ai suivi Ryoka et l’autre fille, Erin Solstice, dans la ville. Ils ont parlé avec la Capitaine de la Garde pendant quelques temps et aussi avec la chef des Gnolls avant de retourner à l’auberge. Le squelette et la Gobeline les ont suivis, alors que les autres sont restés en ville. »

« Hm. Erin Solstice, c’est une fille très intéressante, n’est-ce pas ? »

« Elle a blessé Scruta. »

Ce fait fit picoter la peau de Magnolia d’excitation. Une aubergiste, qui a blessé l’une des plus terribles guerrières du Roi de la Destruction ? Qu’est-ce que le monde devenait ?

À côté d’elle, l’une des servantes remua. Elle était nouvelle, ou peut-être tout simplement fatiguer, mais l’action fit gratifier d’un regard de la part de la chef des servantes Ressa qui se tenait aux côtés de Magnolia.

Magnolia ignora cela. Il n’y avait pas de doutes que la punition allait être sévère et rapide une fois que les servantes allaient se retrouver seules. Ressa menait les servantes d’une main de fer, pour ainsi dire, et l’équipe de la maison d’hiver s’était relaxée en l’absence de Magnolia. Elle allait devoir parler à Ressa pour lui demander de se relaxer, même si cela était un exercice de futilité.

Tellement à faire, si peu de temps. Magnolia fit signe à Théophore de continuer. Il s’éclaircit la gorge, toussant de nouveau. Cet homme têtu était malade.

« Quand est-il de Ceria Springwalker et de ce Tacticien Drakéide ? »

« Il semble que les aventuriers qui ont survécut aux Ruines sont désormais tenu responsable pour l’invasion mort-vivante. J’ai entendu parler d’amendes avant de partir. Cependant le [Tacticien] semble être le seul qui va être exempté de tout type de punition. Dans tous les cas, tous les aventuriers sont en train de retrouver des forces dans la Guilde des Aventuriers de la ville. »

« Étrange, de voir qu’ils sont protégés. Je pensais que la Guilde des Aventuriers dans les cités Drakéides était pratiquement impuissantes. Peut-être que leur maîtresse de Guilde à plus de courage que les autres. »

Lady Magnolia soupira et tapota ses doigts sur sa chaise.

« Pauvre Yvlon. Je me demande comment elle tient le coup ? Est-elle toujours comateuse ? »

Théophore hésita.

« Elle semble retrouver ses esprits, mais elle et les autres sont… Changés. »

Lady Magnolia accepta cette explication sans demander plus de détails.

« Et les Antiniums ? Quand est-il de ses curieux Ouvriers avec des noms que tu as mentionnés ? »

« Séquestrer dans leur Colonie, ou cela semble être le cas. Seuls ceux connu sous le nom de Ksmvr et Klbkch… »

Théophore trébucha en essayant de prononcer leur nom.

« … Sont autorisé à la surface. »

« Mm. Cela mérite une enquête plus approfondie. Mais les Gnolls ? »

« J’ai vu l’un d’entre eux courir vers le sud après être retourné en ville. Je ne peux pas en dire plus. »

« Fort bien. Alors maintenant, pour Ryoka et cette jeune femme. Elles sont retournées dans l’auberge. Tu les as suivis, bien sûr ? »

« … Jusqu’à un certain point. »

Lady Magnolia ne fronça pas les sourcils. Mais ses sourcils tressaillirent légèrement alors qu’elle tapa son doigt sur sa chaise.

« Pourquoi ? »

Théophore s’agita. De manière nerveuse ? Non, bien sûr, les [Assassins] ne devenaient pas nerveux. Même pas devant les plus puissants Humains du continent.

« J’étais incertain des capacités du squelette, ou s’il possédait une manière de me détecter. De plus, il y a eu des… Complications. Les esprits de l’hiver ont suivi les deux filles dans l’auberge, et ils pouvaient voir à travers mon camouflage. »

Théophore grimaça.

« Ces… Créatures m’ont chassé. Ils m’ont harcelé sur une quinzaine de kilomètres et m’ont forcé à me retirer. Si j’étais resté, j’aurai obligatoirement été découvert. »

Lady Magnolia sourit en pensant à cela.

« Ah, oui. Les esprits de l’hiver. Ou… Ressa, comment est-ce que les enfants les appellent ? »

« Des Fées du Givre, Madame. »

« Comme cela est curieux. Elles ne focalisent pas souvent sur une même personne. Je suppose que tu as dû piquer leur intérêt, Théophore. Quelle malchance de ta part. »

Son expression exprima qu’il était en total accord.

« Ils ont ralenti ma progression. Je suis tombé dans deux congères, et j’ai manqué d’être ensevelit sous une petite avalanche… »

« Cela peut expliquer pourquoi mes servantes m’ont informé que Ryoka Griffin a été aperçu courir vers le nord un jour entier avant que tu n’arrives. Enfin, nous ne pouvons rien y faire. »

Magnolia soupira. La conversation entre les deux filles avait été importante, elle en était certaine. Mais c’était à peine plus important que toutes les autres révélations qu’elle avait entendues aujourd’hui.

« Alors, qu’à tu entendu ? Commence par le début. Qu’est-ce qu’il s’est passé avant que tu ne sois forcé à partir ? »

Théophore hésita de nouveau.

« Je ne peux pas être certain de ce qui est arrivé, car j’essayais d’échapper aux esprits. Mais je crois… Qu’elles se sont battues. »

***


«Raaagh ! »

C’était plus guttural que des mots cohérents. La chaise vola à travers l’air, menaçant sa cible d’une mort remplie d’écharde.

Cible qui n’était pas Erin, fort heureusement. Ryoka lança la chaise qui s’écrasa contre un mur et brisa deux de ses pieds.

« Putain, putain, putain ! »

Ryoka lança une autre chaise à travers la pièce et donna un coup de pied à une autre. Cela faisait mal. Très mal. Mais elle devait laisser couler sa colère d’une manière ou d’un autre, et Erin ne se sentait pas de lui offrir un oreiller.

L’aubergiste regarda la coursière briser les meubles de son auberge et se demanda si elle devait dire quelque chose. Probablement pas. Les meubles brisés étaient pratiquement normaux dans son auberge à ce point.

Dans tous les cas, Erin ne voulait pas du tout interrompre Ryoka à ce stade, ce qui expliquait pourquoi elle était en train de la regarder depuis l’autre bout de la pièce. L’autre fille était grande, athlétique, et avait un regard perçant qu’elle pouvait concentrer vers elle en l’espace d’une seconde.

Elle faisait un peu flipper.

Même si elle n’avait pas peur de Ryoka. Bien sûr que non. Elles venaient toutes les deux du même monde, pratiquement des voisines ! Ryoka venait de l’Ohio et Erin venait du Michigan. Ohio. Bon vieil Ohio. L’était du… Du…

Enfin, c’était un bon état. Pas aussi bon que le Michigan, bien sûr, mais un bon état. Il y avait beaucoup de… Villes. Et des gens, Erin en était certaine.

Et Ryoka était une bonne personne. Elle était l’un de ses coureuses aux pieds nus dont elle avait entendu parler. Ce qui était bizarre. Mais cool ! Et elle semblait intelligente. Et elle était courageuse. Et c’était à peu près tout ce que Ryoka savait à son sujet.

Grande nouvelle : Ryoka avait un mauvais caractère. Très mauvais caractère.

« Je vais déchirer la ***ain de queue de cette @%#!’s et lui mettre bien profond dans son –ain de ████! »

Ce n’était pas qu’Erin ne pouvait pas entendre les insultes, c’était juste qu’elle avait décidé de les censurer dans sa tête. Elle n’était pas fan des insultes, mais elle pouvait comprendre la frustration de Ryoka.

« Ce n’est pas comme s’il restait beaucoup là-bas dans tous les cas. Donc quoi ? Zevara confisque tout ce qu’il y a dans les ruines ? Et alors, c’est quoi le problème ? »

Ryoka arrêta de briser des choses assez longtemps pour se tourner vers Erin. Peut-être qu’elle avait oublié que c’était l’auberge d’Erin, car elle rougit légèrement. Mais elle était toujours en colère.

« Même sans ce trésor, tout l’équipement des aventuriers devait sûrement valoir plus de mille pièces d’or. Deux mille, peut-être. »

« … Quoi ? »

Erin cligna des yeux dans sa direction. Ryoka hocha la tête et s’assit sur une chaise en fronçant les sourcils.

« Des baguettes magiques, des potions, des armures de haute qualité… Cela appartient aux aventuriers, pas à la ville. Avec ça, Ceria et les aventuriers qui ont survécut aurait été capable d’envoyer de l’argent aux familles des défunts, de se soigner. Prendre tout ça… C’est du vol. »

« Mais la ville a été attaqué. »

Erin ne se sentait pas confortable en défendant Zevara, mais elle comprenait pourquoi cela était arrivé. Elle essayer de l’expliquer à Ryoka.

« J’ai vu Liscor après l’attaque. Les rues déchirées, les maisons endommagées… Beaucoup de gens sont morts. L’argent pour les réparations doit venir de quelque part. Et je suppose qu’il porte la faute sur les aventuriers. »

Ryoka regarda Erin, et elle leva rapidement les mains.

« Je ne les blâme pas. Mais qu’est-ce que tu peux y faire ? »

« Rien. Rien du tout. C’est juste que… »

Ryoka serra les poings et expira. Erin sentit que s’était le premier pas. Au moins elle avait arrêté de lancer des choses.

Erin s’approcha avec précaution et tira la chaise à côté de Ryoka. Le calme, c’était la clef. »

« Pourquoi ne pas manger un morceau et discuter ? »

« Discuter. Oui. »

Ryoka s’essuya le visage et hocha la tête. Elle était fatiguée. Épuisé. Mais un repas semblait être un bon plan, et il était temps de s’asseoir et de parler. De vraiment parler.

« Toren ! »

Erin se tourna sur sa chaise et cria. Le squelette marcha depuis l’étage, le chiffon à la main. Ryoka le regarda depuis sa chaise, même maintenant, elle ne s’était pas habituée à… L’absurdité de Toren.

D’un autre côté, Erin parla au squelette comme si en avoir un était tout à fait normal.

« Va nous chercher de quoi manger. Nous sommes presque à court de jus bleu et j’ai besoin de plus d’œufs. Vas en chercher quelques-uns. »

Elle pensa pendant une seconde.

« Et un poisson. Nous pourrions… Oh, c’est vrai. »

Erin regarda l’une des volets. Normalement, les fenêtres étaient ouvertes pour laisser entrer l’air frais et admirer le ciel bleu et le paysage verdoyant. Maintenant, si elle regardait dehors…

Toren marcha jusqu’à la porte et l’ouvrit. Un pâturage blanc et dénué de détails et de couleur apparaissait, alors que des flocons complétaient la scène.

C’était l’hiver. Et apparemment, contrairement à la Terre, l’hiver décidait d’arriver en quelques minutes plutôt qu’en plusieurs mois.

Ryoka et Erin regardèrent toutes les deux le paysage. Toren sortit de manière décontracté dans les flocons et disparu promptement dans le paysage blanc.

« Même après avoir marché à travers la neige, j’ai du mal à croire que c’est l’hiver. »

Ryoka dut hausser les épaules en suivant Erin dans la cuisine. Elle regarda alors que l’autre fille commença à chercher à travers les étagères et à travers des paquets de nourriture traînant au sol.

« C’est comme ça que ce monde marche. »

« Ouais, mais c’est comme même bizarre. Je veux dire, si c’est comme ça que l’hiver arrive, comment est-ce qu’il s’en va. Est-ce que toute la neige s’envole vers le ciel ? »

Ryoka n’avait pas la réponse à cette question. Erin fronça les sourcils en regardant ses placards.

« Je suis bientôt à court de nourriture. Encore. Mais j’ai des pâtes ! Il y a toujours des pâtes. Et des saucisses. Oh ! Et y a même un oignon. »

C’était la recette d’urgence d’Erin, ce qui était probablement pourquoi elle avait toujours les ingrédients pour la faire. Elle ne connaissait pas beaucoup de recettes, ce qui était probablement dût au fait qu’elle n’avait que [Cuisine Élémentaire] comme compétence.

« Je n’ai rien contre les pâtes. Il faut juste que tu en fasses beaucoup. »

« Y a pas de problèmes ! »

Cela prit du temps pour que l’eau commence à bouillir, et encore plus longtemps pour qu’Erin mette les ingrédients nécessaire et sert plusieurs assiettes. Elle et Ryoka s’étaient déjà assises à une table, et elles discutaient.

« C’est pas possible. Tu es sérieuse. »

« J’ai reçu un appel et quand j’y ait répondu, un écran est apparu en l’air. C’était… une chatroom magique, ou quelque chose du genre. »

« Wouah. Comme un Skype magique ? »

« … En quelque sorte. Mais de ça je peux deviner qu’il y a au moins une centaine de personne de notre monde ici. Potentiellement plus. »

Erin se laissa glisser sur sa chaise, presque soufflée par la révélation.

« Je veux dire, ouais. Ouais, je n’ai pas de smartphone et je suppose qu’il y a plein de gens qui n’en n’ont pas. Mais… Des centaines ? Sérieusement ? »

Ryoka s’arrêta et marcha ses pâtes beurrées avant de répondre. Elle en était à sa seconde assiette, tout comme Erin.

« Cela a du sens. Je ne peux pas le prouver, mais seize personnes avec des Iphones en état de marche suggèrent que c’est le cas. Combien de personne, comme toi, n’en possède pas ou ne savent pas comment le recharger.

« Wouah. »

Erin regarda à travers Ryoka avec un regard confus alors que l’autre fille continua son assiette. Ryoka enfourcha un morceau de saucisse coulant et le mâcha, ignorant l’huile. Ou, pour être précis, la savourant.

Elle mangeait avec de surprenantes bonnes manières. Le dos droit, la fourchette jamais pleine… Erin se sentait incroyablement malpolie en engouffrant son assiette, jusqu’à ce qu’elle réalise que Ryoka mangeait vite malgré sa politesse.

« Nous ne sommes pas seules. Nous ne sommes pas seules ! »

Ryoka leva la tête. Erin était en train de sourire, enjouée. Elle était heureusement de voir Erin heureuse, mais elle ne pouvait pas partager le sentiment.

« Mais nous n’avons pas de moyen de les contacter. Pas à moins que ce BlackMage utilise de nouveau un sort, et cela peut-être risqué s’il se fait hacker. »

« C’est vrai. C’est pas bien ça ! »

Erin fronça les sourcils, tout comme Ryoka, mais pour une raison différente. Est-ce que s’était vraiment ‘nous’ ? Elle connaissait à peine Erin, mais l’autre fille semblait accepter l’idée sans le moindre problème.

« Dans tous les cas, l’une des plus grandes erreurs que nous pouvons faire est de se faire des secrets ou… Où ne pas faire un plan. Nous ne pouvons pas faire courir en cercle sans rien préparer. »

« Des erreurs ? »

« Pour le futur, je veux dire. »

Ryoka essaya de s’expliquer alors qu’elle se resservit des pâtes.

« Maintenant que nous savons que nous venons tous les deux du même monde, nous devrions coopérer. »

« Bien sûr. Je veux dire, cela va de soi. Pourquoi est-ce qu’on ne le ferait pas ? »

Erin semblait confuse. Ryoka débâtit pendant un instant pour parler des trahisons, des potentiels dictateurs, de vendre les secrets de son monde… Et réalisa qu’Erin n’était pas ce type de personne. Elle n’avait que peu de méchanceté en elle, voire pas du tout.

« Eh bien, il y a beaucoup de risques. »

Ryoka commença doucement, comme si Erin n’avait pas taillé son chemin à travers une horde de morts-vivants pour sauver Ceria. Et crever l’œil de Scruta.

« Mais nous pouvons travailler ensemble ! Tu es une personne cool avec un don pour la course et ce genre de truc et j’ai… »

Erin hésita.

« J’ai une auberge ! Et un squelette. Et des jarres d’acide. »

« Ouais. Enfin, l’hiver complique tout. »

Ryoka fronça les sourcils. La neige n’était pas quelque chose qu’une personne courant pied nu voulait voir. Elle allait devoir emprunter une paire de bottes à Krshia rien que pour aller là-bas. Comment allait-elle faire pour courir sous ce foutu temps ? Elle allait probablement devoir acheter une paire de chaussures.

Elle leva les yeux et vit Erin la regarder.

« Donc… Quoi ? Est-ce qu’on va préparer un plan ? C’est pour que tu voulais parler ? »

« En partie. Comme je te l’ai dit, nous devons éviter de faire des erreurs. Dans une situation comme celle-ci… C’est une situation de vie ou de mort. Nous devons travailler ensemble. Rassembler nos informations, partager nos connaissances. »

« À propos de quoi ? »

Erin regarda Ryoka avec des yeux de merlan frit.

« Je ne connais littéralement rien sur cet endroit. Je veux dire, je connais certaines choses à propos de Liscor et de ce qui lui a autour, mais rien d’autre. »

« Je connais quelques trucs. »

Ryoka poussa son assiette. Elle était presque rassasiée et la nourriture n’allait pas sauter de l’assiette.

« Nous pouvons discuter, si tu n’es pas trop fatigué. »

Erin claqua des mains de manière enthousiaste.

« Oh ! J’ai une meilleure idée. Nous pouvons parler et jouer en même temps. »

« Quoi ? »

« Est-ce que tu joues aux échecs ? »

Erin était déjà en train d’aller chercher l’échiquier et les pièces de manière enthousiaste. Ryoka la regarda de manière incrédule.

« Ils ont les échecs dans ce monde ? »

« Ouaip ! Cela vient d’être inventé, apparemment. C’est cool, pas vrai ? »

Ryoka n’était pas certaine de ce ‘cool’, mais cela pouvait être un marqueur pour indiquer le niveau technologique de ce monde. Quoique, ils étaient suprêmement avancé dans certains domaines, la réfrigération avec des sorts par exemple, tout en se fiant à des technologies moyenâgeuses sur d’autres.

« Tu aimes jouer aux échecs ? »

« J’adore les échecs. C’est fun ! »

C’était une surprise, mais Erin était ce genre de fille. De son côté, Ryoka n’avait rien contre les échecs, même si toutes les personnes contre qui elle avait joué étaient terribles. Elle pouvait jouer quelques parties contre Erin, sans problème. Elle devait juste se souvenir d’y aller doucement avec elle.

Elles commencèrent à jouer. Ryoka était à moitié concentré sur l’échiquier alors qu’Erin continuer de bavarder.

« Donc, est-ce qu’ils ont dit quoique ce soit à propos de notre monde ? »

« Quoi ? »

« Les gens à qui tu as parlé. J’aimerais que Pisces soit là pour le voir de nouveau. Mais il est en train de dormir ou de crier à propos de sa mâchoire. Est-ce qu’ils ont parlé de ce qui se passe aux Etats-Unis ? Est-ce que les gens savent que nous sommes partis ? Quelles sont les news ? »

« Je n’ai, heu, pas demandé. Et ils n’ont rien dit. »

Ryoka fronça les sourcils en regardant l’échiquier. Il semblait qu’Erin savait jouer, même si Ryoka ne savait pas à quel point elle prenait sérieusement la partie. Elle bougeait ses pièces dès qu’Erin bougeait la sienne.

« Hm. Oh, c’est vrai. Apparemment, les élections sont terminées. »

« Vraiment ? Qui a gagné ? Hilary ? »

« Trump. »

Ryoka prononça le nom sans émotion. La mâchoire d’Erin se décrocha alors qu’elle prit l’un des cavaliers de Ryoka. Elle fronça les sourcils et Ryoka imita son mouvement.

« Quoi ? Il a gagné ? Mais il a dit… Je veux dire, est-ce que tu te souviens des élections ? »

C’était la dernière chose dont Ryoka se souvenait. Elle venait de marcher à côté de leur télé quand elle avait vu les informations à propos du dernier rallie de Trump et quelque chose qu’il avait dit l’avais mise de mauvais poil, donc elle était partir courir…

Et elle arriver dans ce monde. Ce n’était rien de plus qu’une énième raison de le détester. Ou de détester le président. Ryoka ne voulait pas trop penser à lui avec ce terme.

« Président Trump. »

Erin grimaça. Elle n’était pas fan de Trump et c’était une bonne chose. Cela aurait été…

Aurait été quoi ? Ryoka n’était pas Démocrates, elle détestait autant les Démocrates que les Républicains pour bien des raisons. Mais même si Erin faisait partie d’un étrange groupe conservatiste buveur de thé, qu’est-ce que cela aurait changé ? Elles étaient dans ce monde. Cela n’avait plus d’importance.

Et pourtant, cela changeait quand même un peu les choses.

« Mais il est celui qui a dit qu’il fallait attraper les femmes par la… »

Erin hésita.

« Wouah. C’est… Vraiment bizarre ? »

Ryoka hocha la tête. Elle fronça les sourcils en baissant les yeux vers l’échiquier. Elle s’était déconcentrée. Elle avait donné trop de pièces par erreur. Elle bougea un pion et Erin avança sa Reine en avant de sept cases.

« … Huh. »

« Échec et mat ! »

Erin sourit vers Ryoka, avant de paraître alarmer.

« Oups. Désolé, désolé. C’est juste que j’adore jouer aux échecs et que tu n’es pas mauvaise donc je suis allée à fond dès le départ. »

Ryoka regarda l’échiquier. Elle avait… Perdue ? Mais pas que perdue. Elle s’était fait écraser en quelques tours. Elle leva les yeux vers Erin et son intuition lui fit poser sa prochaine question.

« Est-ce que tu as déjà gagné un tournoi d’échecs ? »

Erin rougit et agita sa main tout en remettant l’échiquier en jeu sans regarder.

« Quelques-uns. Je veux dire, quand j’étais enfant. Ils n’étaient pas si grands que ça, même si j’ai été invité à quelques grands tournois. Je n’ai jamais gagné, mais j’y étais presque à Havane.

Ryoka avait une poker face. C’était plutôt son expression par défaut, mais cela voulait dire qu’elle n’avait un visage aussi expressif que celui d’Erin. Cependant, s’il y avait un moment pour décrocher sa mâchoire, c’était bien celui-là.

« Tu as été invité à… Cuba ? Pour un tournoi d’échecs ? »

« Quand j’étais enfant. J’étais vraiment dans les échecs à cette époque. Maintenant… Je veux dire, j’étais lentement en train de m’y intéresser de nouveau avant d’arriver ici. »

Erin haussa les épaules modestement, comme si être invité à un tournoi international en tant qu’enfant n’était pas grand-chose. Et peut-être que, pour elle, cela ne l’était.

« Une autre partie ? Je jouerai un peu moins… Fort, promis. »

Ryoka secoua la tête.

« No, j’aimerais voir tes compétences par moi-même. »

Elles remirent l’échiquier en place et commencèrent de nouveau. Cette fois Ryoka se concentra le plus possible alors qu’elles discutaient.

« Donc. Trump président. C’est-ce que j’ai entendu, mais il semblerait que personne n’était au courant des disparitions. L’une des personnes était arrivée dans ce monde le jour avant la discussion, et pourtant elle n’en savait rien ? »

« Un jour avant ? Mais est-ce que cela voulait dire que cela continue d’arriver. SI c’est le cas, quelqu’un va forcément s’en rendre compte tôt ou tard, pas vrai ? »

Cela allait être le cas. Ryoka fronça les sourcils en regardant un pion et en réfléchissant.

« Peut-être. Mais des milliers de personnes sont portés disparus chaque année, et ce truc semble viser d’autre pays que les Etats-Unis. Il y avait quelqu’un venant d’Angleterre, d’Australie, du Japon… »

« Oh, j’adore le Japon. J’y suis déjà allé une fois. Les trucs japonais sont tellement cools ! Tu sais, j’ai cru que tu étais Japonaise la première fois que je t’ai vu. »

« Je le suis. »

« Quoi ? Vraiment ? »

Erin regarda Ryoka avec enthousiasme alors que l’autre fille essayait de ne pas perdre tous ses pions.

« Je suis à moitié Japonaise. Mon père est Américain. Mais je ne connais pas tellement la culture ou le langage. »

Ryoka pouvait parler un peu de Japonais, mais elle n’avait pas beaucoup d’intérêt pour la langue. Elle n’avait jamais ressenti le désir brûlant d’aller là-bas et de se redécouvrir, sauf comme moyen de s’éloigner de ses parents, peut-être.

« C’est trop cool. »

Erin sourit alors qu’elle et Ryoka continuèrent de jouer. Mais elle fronça de nouveau les sourcils.

« Mais quand même, Trump. Comment est-ce qu’il s’est fait élire ? Je n’allais pas voter pour lui. Je veux dire, j’ai pas pu le faire, mais… »

Erin jeta un coup d’œil prudent à Ryoka, comme si elle avait peur qu’elle s’énerve contre elle. Ryoka s’agita sur son siège.

« J’ai, heu, voté pour Gary Johnson. J’avais envoyé mon vote par mail en avance. »

« Oh ? »

Erin essaya de se souvenir qui il était. Ryoka se demanda si cela avait de l’importance. Mais après tout, Ohio était l’un des états clef. À quel point l’élection avait été serrée ?

C’était bête, mais Ryoka voulait expliquer qu’elle avait voté consciemment contre les deux partis préétabli et pour un parti indépendant. Si les Libertarians avaient réussi à obtenir 5% des voix ils auraient eu des subventions d’état, ce qui aurait pu être le premier pas vers la fin du système des deux partis s’ils pouvaient trouver un meilleur candidat…

Ou du moins, cela aurait donner un peu plus de poids à un petit parti et pourquoi est-ce qu’elle était en train de penser à de la foutue politique ? Ici ? Ryoka se concentra de nouveau sur son échiquier. Elle était en train de perdre des pièces à vitesse grand V.

« J’ai voté pour Bernie dans les primaires, mais, heu, j’aurai voté Hillary pour les élections. Je crois. Pas Trump. Peut-être Jill Stein. »

Erin soupira en prenant un autre fou à Ryoka. Elle regarda le plafond alors que Ryoka se demanda si la partie était encore rattrapable.

« Est-ce qu’il est en train de construire le mur ? Qu’est-ce qui se passe aux Etats-Unis en ce moment ? »

Ryoka soupira en faisant tomber son roi du bout du doigt. Une partie d’elle voulait dire ‘Ça intéresse qui ?’, mais c’était une toute petite partie d’elle. Erin était inquiète, et plus intéressée par la nouvelle qu’il y avait d’autre personne dans ce monde que Ryoka. C’était probablement la preuve qu’elle était un être humain décent.

Erin sourit joyeusement à Ryoka.

« Tu n’es pas mauvaise, tu sais. Meilleure que Loks, et elle s’est améliorée ! »

« Loks ? »

Ryoka jeta un coup d’œil sur le côté. La Gobeline était rentrée dans l’auberge peu de temps après qu’Erin est préparé les pâtes. Loks les avait accompagnés dans l’auberge, avant de partir avec sa tribu. Elle était revenue, recouverte de neige et clairement agacé par le changement de météo.

Elle était désormais assise dans un coin, avalant son repas et touchant son estomac de temps en temps, grimaçant. Elle avait un tas de métal noir et de bois brisé sur la table.

« Elle joue aux échecs. La Gobeline. »

Erin hocha la tête de manière enthousiaste.

« Je lui ai appris ! Et un groupe d’Ouvriers, les Antiniums. J’ai aussi appris à Toren, mais il n’est pas très doué. »

Ryoka regarda Erin.

« Bien sûr que le squelette joue aux échecs. »

« Une autre partie ? Je peux ralentir un peu si tu veux. »

« Bien sûr. Mais ne te retient pas. »

Ryoka s’installa sur sa chaise, et se résigna à une nouvelle leçon d’humilité.

***

Loks s’assit dans son coin de l’auberge, se penchant sur les restes brisés qu’avait été l’arbalète de Cervial. Elle ignora Ryoka et Erin qui continuaient de jouer, avant de recommencer à discuter après que Ryoka perde sa huitième partie d’affilé. Loks écouta, mais que d’une oreille.

Elle n’avait que peu d’intérêt dans les vies transitoires des gens qui venaient dans cette auberge. Seul l’aubergiste (et possiblement le mage de la mort) l’intéressait. Elle remarqua que Ryoka lui lançait un regard de temps en temps. Loks n’était pas au courant de ça, ce qui fut une erreur.

Après… L’incident, elle s’assit dans un coin, regardant Ryoka de manière tendue et contemplant sa vengeance alors qu’elle et Erin se disputèrent.

« Ne la frappe pas ! C’est juste une enfant ! »

« Elle a volé ma potion ! Elle et sa foutue tribu m’ont pratiquement taillé en pièces la dernière fois que je suis passé ! »

Erin leva ses mains de manière à calmer la situation. Elle pointa vers la potion orange qui était désormais dans les mains de Ryoka.

« Mais maintenant tu l’a, et tout va bien. D’accord ? »

Ryoka lança un regard noir, mais arrêta de menacer de frapper Loks. Elle regarda la Gobeline, et Loks toucha son épée.

« Elle est dangereuse. Tu n’aurais pas dû lui donner cette épée, et encore moins l’acide. »

« Mais ce n’est pas comme si elle tue des gens avec ! »

Erin hésita.

« Je crois. »

« Tu as entendu ce que la Capitaine de la Garde à dit. Les Gobelins attaquent les caravanes, volant tout ce qu’il y a de valeur. Zevara va faire quelque chose envers eux, ou Relc, ou ce Klb… Klbk… Ce garde Antinium. »

« Je vais… Parler à Loks. Mais elle est la bienvenue ici tant qu’elle ne cause pas de problème. Personne ne blesse les Gobelins tant que je suis là. »

« Tu vas le regretter. »

« Peut-être. Mais pas de bagarre ! »

Il y eut beaucoup de silence pesant après cette scène, que Loks ignora totalement. Elle prépara sa vengeance pendant quelque temps, pensa à ce qu’Erin pouvait faire, et abandonna avant de partir peu de temps après le retour de Toren.

Le squelette tituba dans l’auberge environ une heure avant l’avoir quitté, juste au moment où l’ambiance dans l’auberge commença doucement à se réchauffer. Il refroidit tout cela avec la neige qu’il apportait, mais au moins Erin s’était assuré que le feu était chaud et réconfortant dans l’âtre.

Erin leva la tête alors que le squelette marcha vers elles avec un le panier qu’il avait apporté.

« Oh, Toren ! Qu’est-ce que tu nous as trouvé ? »

Le squelette secoua la tête en direction d’Erin. Elle fronça les sourcils alors que Ryoka regarda la neige fondant entre les trous de ses os.

« Où sont les fruits bleus ? Et mes œufs ? »

Toren retourna le panier duquel tomba deux fruits flétris et un œuf gelé. Erin les regarda d’un air incrédule.

« C’est tout ? »

Le squelette hocha la tête. Erin se retourna vers Ryoka et sourit faiblement.

« Hum. Je veux toujours acheter de la nourriture à Krshia. »

Ryoka hocha la tête.

« Mais c’est une raison de plus pour laquelle je dois partir. Tu dois te faire de l’argent, et moi aussi. Et il y a des choses que je dois faire au nord. Des gens à qui parler. »

Elle baissa sa main et toucha sa bourse. La lettre et l’anneau était toujours à l’intérieur, et Ryoka savait où ils étaient, même si le désir de les livrer n’était plus engravé dans son cerveau.

Erin grimaça.

« J’aimerais que tu ne le fasses pas. Ceria va bientôt aller mieux. Et quand cela sera fait, qu’est-ce qu’elle va faire ? Je veux dire, je pourrai la laisser rester à l’auberge. J’ai plein de chambre, mais… »

Elle agita ses mains et Ryoka haussa les épaules.

« Je ne sais pas. Elle va devoir décider. Mais je ne peux rester sans rien faire après tout cela. »

Erin soupira désespérément.

« Tu reviendras, pas vrai ? »

« Oui. Souvent. »

« D’accord. C’est bien, je suppose. »

Erin occupa ses mains avec l’un des petits fruits bleus et pointa vers Toren.

« Va mettre ça dans la cuisine et puis… Et puis va pelleter la neige dehors. Libère le passage. »

Toren hocha la tête. Il marcha vers la cuisine avant de repasser. Ryoka le regarda passer.

« Il n’a pas de pelle. »

« Il peut utiliser ses mains. J’achèterai une pelle plus tard. »

Erin sortit Toren de son esprit alors qu’elle regarda de nouveau Ryoka. Elle allait partir. Erin… Erin n’aimait pas ça. Mais si elle devait le faire, alors Erin supposait qu’elle allait devoir vivre avec.

Ryoka racla sa gorge.

« Où est-ce que nous en étions. Parler de la géographie. Oui. J’allais te parler de l’histoire de ce monde… »

Elle s’arrêta alors qu’Erin leva une main.

« Heu, pourquoi ? »

« Quoi ? »

Erin haussa les épaules.

« A quoi ça sert de connaître tout ça ? Je veux dire, si ça peut aider, mais… »

« Nous ne pouvons pas laisser savoir que nous ne venons pas d’ici. De plus, nous avons besoin de connaître les bases de ce monde, juste au cas où. »

« Au cas où quoi ? »

« Au cas où nous avons besoin de les connaître. »

Ryoka fronça les sourcils en direction d’Erin. L’autre fille avait une attitude cavalière vers la leçon d’histoire improvisée de Ryoka. Comment ne pouvait-elle pas être intéressée dans ce monde ? Mais après tout, Erin était très ancrée dans le présent.

Au moins elle semblait ouverte à l’apprentissage.

« D’accord, tu disais que ce monde à une histoire différente du notre. »

« Oui. À un certain point dans le passé, ce monde avait des dieux. »

« Oh, c’est vrai ! Pisces a dit quelque chose comme ça. Ils sont morts, pas vrai ? »

Ryoka avait entendu la même chose de la part de Ceria. Elle hocha la tête.

« Ils sont morts, tout comme certaines races. Les Elfes, par exemple. »

« Quoi ? »

Le visage d’Erin s’effondra.

« Tu veux dire que je ne vais jamais rencontrer Legolas ? »

« J’en doute. »

Ryoka sentit un soupçon de regret en disant cela. Non pas pour le fait qu’elle ne verra jamais un tas de sosies d’Orlando Bloom, même si ce n’était clairement pas un plus.

« Quand est-il des Nains ? Est-ce qu’il y a des nains ? Des Hobbits ? Des Orcs ? »

« Je ne sais pas. Je ne pense pas qu’il y ait des hobbits ou des orcs, mais je connais quelques nains qui vivent encore dans le monde. Le livre que j’ai lu ne le disait pas. Le point est que les dieux sont morts dans ce monde. Littéralement mort. »

Erin fronça les sourcils.

« Comment est-ce que tu peux tuer un dieu ? Je veux dire, ils ne sont pas comme notre Dieu. Ou nos… Dieux. Je veux dire, le Dieu chrétien. »

Ryoka n’était pas chrétienne, même si elle avait lu la Bible. Sous la contrainte, cela devait être dit, mais elle était distinctement et délibérément athéiste. Elle essaya de choisir ses mots pour éviter d’offenser Erin.

« Il semblerait que les dieux étaient un peu plus actifs et… Dans le monde réel. Dans tous les cas, il y a une guerre, personne n’est vraiment certain pourquoi, mais ils sont morts. Il y a fort longtemps. C’est vraiment le plus gros point d’histoire que nous devons connaître. »

« Et quand est-il de ça ? Je veux dire, ce continent. »

Erin agita ses mains pour désigner ce qu’il y avait autour d’eux.

« Je connais quelques trucs. Il y a cinq continents dans ce monde. »

« Huh, tout comme dans notre monde. »

Ryoka s’arrêta.

« Non. Pas du tout. Nous avons sept continents. »

« Enfin, l’Antarctique ne compte pas vraiment, pas vrai ? Et l’Amérique du Sud et du Nord sont pratiquement le même continent, tu ne crois pas ? »

« Hum. »

« Je veux dire, ils sont tous les deux appelés Amérique. Et ils sont connectés, donc est-ce que ça n’en fait pas un continent ? »

C’est trop à déballer, Ryoka décida de laisser couler.

« Bref, peut-être que ce monde miroir le nôtre. Il y a cinq continents peuplés, mais il y en avait un sixième par le passé ? »

Erin s’arrêta.

« Avait ? Genre, au passé ? »

« Ouaip. Un archipel massif remplie de tourbillons et de tempêtes mortelles est tout ce qui reste de ce continent. Les cinq autres sont intacts, mais ils sont massifs. Et nous sommes dans celui qui est le plus… En paix, pour ainsi dire. »

« En paix ? »

« Par comparaison. Chaque continent à son lot de guerre, mais celui-ci n’est pas engagé dans un grand conflit. Il y a un conflit constant au sud avec une guerre toutes les poignées d’années entre les villes humaines du nord et les Drakéides et Gnolls du sud. »

« Ça c’est être en paix ? »

« Par comparaison, regarde. »

Ryoka n’avait pas de crayons ou de papiers, donc elle utilisa les pièces d’échecs. Elle créa une carte rudimentaire, marquant l’endroit où elle et Erin était avec un pion.

« Ce continent est connu sous… Enfin, il a plusieurs noms. Comme la majorité des autres continents, en fait. »

« Vraiment ? »

« Oui. Par exemple, celui-ci a été colonisé par les Drakéides et les Gnolls. Ils lui ont donné chacun leur propre nom, tout comme les Humains qui se sont aussi installé dessus. Les Drakéides l’appellent Is… Issy… »

Ryoka essaya de prononcer le nom et abandonna.

« Il y a plusieurs noms. Mais celui-ci est le troisième plus grand, et comme je l’ai dit, c’est relativement calme et économiquement fort. »

Son doigt bougea vers le haut et pointa vers le nord, représenté par une salière.

« Il y a un continent par là-bas. Terandria. C’est le continent des humains, et c’est pratiquement l’équivalent d’une version médiévale de l’Europe d’après ce que je connais. Beaucoup de royaumes se faisant la guerre. Des familles royales, des chevaliers… »

« Des chevaliers ? »

Erin se redressa dans sa chaise et Ryoka soupira.

« C’est plutôt stable, malgré toutes les guerres. Les humains ne vont nulle part d’autre. Nous continuons de nous entre-tuer. »

Elle sourit sans joie, avant de bouger vers le sud-ouest, vers un coin de la carte.

« Il y a un autre continent ici. Je ne connais pas grand-chose dessus, car c’est trop loin. C’est probablement l’équivalent des Etats-Unis, sauf que les natifs ne sont jamais fait exterminer par les colons. Le peuple de Scruta vient de là-bas. »

« Huh. Ca ressemble à quoi ? »

« Humide. Chaud. Avec des jungles. C’est tout ce que je sais. Ce n’est pas aussi… Civilisé que les autres continents. »

Ryoka se haïssait pour utiliser ces mots. Civilisé ? Elle continua, se réprimandant elle-même.

« Encore deux continents. Un ici…’

Elle pointa au coin nord-est de la carte.

« Et l’autre-là. Celui au nord est étrange. C’est une sorte de continent mort ou la moitié semble avoir été lentement dévorée par une sorte de malédiction. »

« Comme une maladie ? »

« Quelque chose du genre, mais c’est juste plus magique et que cela dure depuis des milliers d’années. Le continent est constamment en guerre. Une alliance de nations est en train de se battre contre… Contre quelque chose. Des démons, peut-être. »

« Des démons ? »

« Je ne sais pas. Les livres n’en parlent pas, et la distance est tellement grande que peu de gens sont au courant. Ce Pisces va peut-être en savoir plus. »

Ryoka fronça les sourcils.

« C’est de là qu’un groupe d’Américain viennent. Ils sont dans un pays dirigé par quelqu’un connu sous le nom de Roi Maudit. Sa nation est au front du conflit. Apparemment, leurs aventuriers et soldats sont parmi les meilleurs du monde. »

« Wouah. »

Ryoka attendit pour quelque chose, mais Erin était juste en train de tout digérer. Elle pointa la serviette utilisée pour ce continent.

« Mais ils sont bloqués. La guerre continue, mais ils ne deviennent pas plus riches ou brise le statuquo. »

Erin hocha la tête.

« D’accord, donc il y a cet endroit, une nation d’humain avec des chevaliers, un endroit avec des… Jungles, et un horrible continent en guerre. C’est quoi le dernier continent ? »

« Vaguement comme les autres, je suppose. Mais la chose la plus importante est l’immense désert qui occupe beaucoup de cet endroit. Je crois que Scruta est retourné là-bas. »

« Mais tu as dit que… »

Erin pointa vers le continent aux jungles, confuse. Ryoka secoua sa tête.

« C’est de là que vienne son peuple. Les Scruteurs. Mais elle sert le Roi de la Destruction, et il vit là-bas. »

Elle pointa le dernier continent situé dans le coin sud-est de la carte.

« C’est le plus grand continent, et il y a eu un moment où il l’a dirigé dans son entièreté. Le Roi de la Destruction. »

« Tu as dit la même chose plus tôt. Je ne sais pas qu’il est. Est-ce qu’il est quelqu’un d’important ? »

« De très important. »

Ryoka fronça les sourcils.

« Laissant la géographie de côté, il y a de nombreux puissants pays et espèces là-bas. Il n’y a pas de super-nations, ou peu. La distance et la taille de cette planète sont ce qui empêche un groupe de devenir trop puissant. »

« D’accord, d’accord. Tu sais que ce monde est plus grand que le nôtre, pas vrai ? »

« Possiblement trois fois plus grand. C’est tellement grand, qu’apparemment, il est supposé que c’est le soleil qui tourne autour de la terre. »

« C’est trop bizarre. »

« Et impossible. »

« Mais c’est sûrement de la magie. »

Ryoka fronça les sourcils. La magie n’expliquait pas tout. Ou du moins elle espérait qu’elle n’expliquait pas tout. Elle poignarda la table avec son doigt, plus fort qu’elle ne l’intentait.

« Dans tous les cas. Le Roi de la Destruction a déjà conquiert son continent par une fois, et il était en train d’envahir trois autres continents quand son royaume s’effondra. Il… À abandonner, je pense. »

« Quoi, vraiment ? »

Ryoka haussa les épaules. Tous les livres qu’elle avait lût, et il y en n’avait pas eu beaucoup parlant de lui dans tous les cas, l’avait dépeint comme une sorte d’Alexander le Grand, mais sans la maladie et la mort à mi-chemin.

« Personne ne sait pourquoi il s’est arrêté. Mais il était proche de devenir le roi de la moitié du monde. »

Ryoka s’arrêta.

« Le Roi de la Destruction. Flos. »

Les mots faire trembler l’air. Ou peut-être que c’était l’imagination de Ryoka. Depuis qu’elle avait dit qu’il s’était réveillé, l’humeur autour des gens avait changé. Zevara lui avait rapidement demandé si c’était vrai, et quand Ryoka lui avait dit que oui…

Peut-être que c’était comme ça avant la Première Guerre mondiale, ou lors du calme avant la tempête. C’était palpable dans l’air. Le début du changement du monde.

Erin remua son nez.

« Flos ? Comme les Flots Bleus ? Ce n’est pas un nom qui fait vraiment peur. »

Ryoka la regarda. Erin était une… Personne singulière. Elle ne semblait même pas perturber par la révélation. Pourtant, ces dernières avaient fait tourner la tête de Ryoka quand elle les avait lues. Même maintenant, elle avait du mal à l’imaginer. Un monde trois fois plus grand que le leurs…

Erin se rassit sur sa chaise et regarda le plafond.

« Le soleil tourne autour du monde. Cinq continents. Un sixième qui a été détruit. Les dieux et les elfes sont morts. Scruta travaille pour un Roi de la Destruction flippant, et il y a un mec maudit qui combat une armée de monstres. »

Elle hocha une fois de la tête.

« Capiche. »

Ryoka cligna des yeux. Ce n’était pas la réaction qu’elle attendait.

« Tu es très calme. »

« C’est ce qui est, pas vrai ? Mais si ce Flos est si terrible, est-ce que quelqu’un va essayer de l’arrêter ? »

« Beaucoup de gens vont essayer. Et ils sont plus préparés que la première fois. Mais je ne saurais pas dire. Il y a de nombreuses puissances dans ce monde, et probablement plus dont j’ignore l’existence. En dehors des nations, il y a de nombreuses îles avec du pouvoir. L’Académie de Wistram, c’est l’île des utilisateurs de magie. Les Îles de Minos d’où vient Calruz… »

Ryoka et Erin s’arrêtèrent. Erin baissa les yeux vers la table alors que Ryoka continua comme si rien n’était arrivé.

« Sur ce continent, les plus grande puissances sont l’alliance des nations Drakéides au sud, les Cinq Familles au nord, les Antiniums et… Potentiellement Liscor. »

« Liscor est si importante ? »

« Potentiellement. Mais même si les villes humaines ont de grandes armées, elles ne sont pas les véritables puissances ici. Les Drakéides au sud ont plus de landes et une bien meilleure position. »

« Oui, les Villes Emmurées. »

« Ouais, les Villes Emmurées. Qu’est-ce qu’elles sont ? »

« Des villes géantes. Pense à Chicago, mais entourée de murs. »

Ryoka secoua sa tête.

« Tu sais le mur que Trump voulait construire ? D’une dizaine de mètres de haut ? C’est environ la taille d’un mur de château de chez nous. Les normaux, en tout cas. Les Villes Emmurées ont des murs de quatre-vingt-dix mètres de haut. »

« Aussi haut ? »

« Aussi haut. Les villes sont pratiquement impossibles à assiéger. La seule raison pour laquelle les Drakéides n’ont pas encore balayé le nord et détruit tous les villes humains sont parce qu’ils aiment guerroyer entre eux. Et Liscor et les Hautes Passes sont les seuls passages vers le nord. Et bien sûr, il y a les Antiniums. »

« Quand est-il d’eux ? »

Ryoka hésita. Erin était amie avec plusieurs homme-fourmis après tout.

« Ils sont arrivés récemment, mais ils ont conquis une bonne partie du sud avant d’être vaincu. Maintenant ils vivent dans… Une trêve avec les autres nations. Ils sont très dangereux. La présence de la Colonie à Liscor rend la cité bien plus forte qu’auparavant, et c’est l’une des six colonies du continent. »

« Wouah. »

« Oui. Et tout ça… »

Ryoka indiqua la carte. Des salières, des serviettes, des pièces d’échecs. C’était difficile à visualisé, mais c’était un monde. Un nouveau monde, entièrement inconnue à elle et Erin.

« Tout cela est en train d’être secoué par l’arrivée de personne de notre monde. Tout n’était… Bon, pas calme, mais tout cela va changer. Peut-être que certains d’entre nous ont quelque chose en rapport avec l’éveil de Flos. Peut-être pas. Mais c’est possible qu’une guerre puisse venir ici, à Liscor. Et même si cela n’arrive pas, des gens de notre monde sont éparpillés tout autour du globe. Même tous nous retrouver serait pratiquement impossible dans les ressources d’une nation. »

« Donc qu’est-ce que nous devons faire ? Je veux dire, qu’est-ce que nous deux pouvons faire. »

Ryoka leva les yeux. Erin était en train de la regarder. Elle sentit la pression de ce qu’elle venait de dire s’écraser sur ses épaules. Elle baissa les yeux vers la carte.

« Je ne sais pas. »

Il était difficile de l’admettre. Ryoka avait beaucoup appris, mais même maintenant, même après avoir rencontré Erin, elle n’avait pas la moindre idée de la suite. Elles étaient seules, dans un monde ou les géants et les légendes continuaient de marcher. Comment pouvaient-elles retourner chez elles ? Est-ce qu’elles voulaient retourner chez elles ?

Où est-ce qu’elles devaient commencer ?

Erin regarda Ryoka, et hocha la tête. Ses yeux prirent un air déterminés, et elle se leva. Ryoka la regarda faire les cents pas, puis elle se tourna et regarda sérieusement Ryoka.

« Je ne sais pas pour toi, mais je vais ajouter quelque chose à mon menu. »

« …Quoi ? »

« Un nouveau plat. Peut-être quelque chose d’Américain. Des Mac & Cheese ? C’est que du bon. Je pense que je devrais ajouter plus de choix à mon menu pour attirer plus de clients. Plus de clients veut dire plus d’argent, et je ne dirais pas nom à plus de bois sec. Et j’ai besoin de réparer mon auberge. Et j’ai vraiment besoin d’un frigidaire. Même si je peux probablement garder un peu de nourriture dans la neige ! Mais les Gobelins vont peut-être la manger. »

Erin réfléchit à voix haute. Elle se tapota le menton et Ryoka la regarda. Erin claqua des doigts et sourit à Ryoka.

« Tu sais ce dont j’ai vraiment besoin ? J’ai besoin de pubs. Personne ne vient jamais ici. J’ai besoin de publicités et d’une route. Qu’est-ce que tu en penses, Ryoka ?

Ryoka regarda la carte, puis Erin.

« …Huh. »

Hors ligne EllieVia

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Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
« Réponse #82 le: 02 septembre 2020 à 23:07:14 »
2.07 - Première partie
Traduit par EllieVia


Note d'EllieVia : Je n'ai pas eu le temps d'en traduire plus, la rentrée est un peu chronophage ! Je posterai la fin du chapitre demain. Bonne lecture !


 
Et à présent, que fait-on ? C’était probablement le titre d’une chanson quelconque. Ce qui n’était pas très significatif en soi, étant donné que tout finissait par devenir le titre d’une chanson.
 
Mais qu’allaient-elles faire, Erin et elle, à présent ? Maintenant qu’elles avaient sauvé Ceria (et Olesm) des ruines ? Maintenant qu’elles avaient perdu les autres.
 
Où allaient-elles aller ? Qu’allaient-elles faire, à présent qu’elles savaient qu’il y a en avait d’autres comme elles dans ce monde ?
 
Pendant un instant, Ryoka fut submergée par le vertige qui la saisit devant l’énormité de tous ces secrets et elle peina à retrouver son sang-froid. Par quoi devaient-elles commencer ?
 
Le Roi de la Destruction était en marche. Tous les gens qui arrivaient dans ce monde étaient probablement en train de faire n’importe quoi avec la politique et les luttes de pouvoir de chaque nation, et risquaient de plus très certainement d’apporter la technologie moderne avec eux dans ce monde, dont les armes à feu. Si on ajoutait à cela la possibilité que ce monde soit en mesure de se reconnecter avec leur monde à Erin et à elle… !
 
Est-ce qu’elle avait oublié quelque chose ? Ah oui. D’un point de vue de moindre ampleur, plus local - sur ce continent, en bref - Ryoka et Erin avaient une quantité de problèmes illimitée. Une Capitaine de la Garde en colère dans cette ville, les Antiniums, Lady Magnolia, Teriarch, une horde errante de morts-vivants, les blessures de Ceria, les Gnolls, et possiblement Scruta, même si personne ne savait où elle était en ce moment.
 
Certains de ces problèmes n’étaient pas nécessairement mortels - l’histoire des Antiniums, telle que la lui avait décrite Erin, ne tenait pas debout. Ryoka n’avait pas lu de livres traitant des Antiniums Libres et n’avait par conséquent aucune idée de ce qu’ils fabriquaient. Elle pouvait deviner, mais…
 
Ce n’était qu’un problème parmi beaucoup d’autres. Où commencer ? Quand la maison brûle, la première étape est sans doute de sortir du feu. Mais où commencer quand le monde entier était soumis aux pluies de flammes crachées par le ciel ?
 
Erin la regardait, attendant une réponse. Mais Ryoka n’en avait aucune à lui offrir.
 
“On… on devrait probablement essayer d’analyser comment fonctionne le système de niveaux. Il y a beaucoup de classes. Si on comprend quelles sont les plus fortes, ou s’il y a une limite ou… ou un moyen d’accélérer l’acquisition de niveaux, ça pourrait être utile.”
 
Ryoka posa une main sur sa tête en essayant de poursuivre sa réflexion à voix haute.
 
“Il nous faut une carte. Une carte plus précise que celle-ci, au moins.”
 
Elle pointa du doigt la carte maladroite posée par terre. Il était difficile de déchiffrer la serviette posée à côté des pièces d’échecs, mais elle se souvenait à présent des noms de chaque continent :
 
Baleros, le mystérieux continent rempli de jungle et de Scruteurs.
 
Les Royaumes Maudits de Rhir, les terres agonisantes prises dans un conflit éternel.
 
Un royaume rempli de chevaliers et de royauté et de putains d’humains. Terandria.
 
Chandrar, foyer du Roi de la Destruction, un désert plus grand que la totalité des États-Unis.
 
Et bien sûr, chez elle, ou du moins l’endroit où Erin et elle étaient toutes deux coincées. Le continent des Drakéides, des Gnolls et de quelques humains. Issrysil. C’était le nom dont l’avait affublé les Drakéides, mais Ryoka se contenterait de dire Izril.
 
Tous ces noms auraient été à leur place dans un jeu de fantasy, pas dans la réalité. Mais quand on y réfléchissait, Amérique du Sud, Amérique du Nord, Asie, Antarctique, Afrique, Australie… crétait plutôt étrange que les noms de la moitié des continents de son monde commencent par la lettre “A”.
 
Ryoka essaya de donner un coup de pied à son cerveau pour qu’il se focalise de nouveau sur la question. Mais elle en fut incapable. Son esprit était bien plus prompt à s’interroger sur les noms étranges des continents qu’à se concentrer sur la réalité.
 
Parce que la réalité était un peu trop dure.
 
C’était embarrassant. Combien de fois dans sa vie Ryoka avait-elle souhaité avoir plus de responsabilités, moins de contrôles parentaux, plus d’autonomie, et connaître enfin un véritable défi dans sa vie ? Elle voulait avoir une cause pour laquelle travailler, vivre.
 
Mais tout cela… c’était beaucoup trop. C’était un désespoir écrasant, une folie incompréhensible. Par où pouvaient-elles seulement commencer ?”
 
“Amasser des artéfacts magiques ? Apprendre des sorts… ? Est-ce qu’il y aurait une façon de rassembler des alliés ?”
 
“Hum. Comme dans le Seigneur des Anneaux ?”
 
Ryoka secoua la tête. À voix haute, ça semblait stupide. Elle n’était pas Aragorn, fils d’Arathorn, descendant d'Isildur, héritier légitime du trône du Gondor, armé de l’épée magique des prophéties. Et elle n’était pas prise dans une quête pour sauver le monde ou combattre un tyran maléfique. Elle essayait juste de survivre. Elle n’avait rien à offrir aux autres. Elle n’avait même pas une paire de chaussures, juste des bottes conçues pour un Gnoll.
 
“Quatre-vingts pièces d’or.”
 
Déclara Erin avant même que Ryoka ait pu s’affaler complètement dans sa chaise. Elle ne regarda pas Ryoka, mais fixa le plafond. Ryoka cligna des yeux.
 
“Quoi ?”
 
Erin haussa les épaules.
 
“C’est le prix qu’a donné Pisces pour faire enchanter quelques-uns de mes placards. Enfin… il a dit qu’il vaudrait mieux commencer par remplacer les cadres en bois d’abord, mais ce n’est pas trop cher.”
 
“Okay.”
 
Ryoka dévisagea Erin, le visage dénué de toute expression. Om est-ce qu’elle comptait en venir avec ça ?
 
“J’ai quelques pièces d’or qui datent de quand j’avais tué… enfin, il y avait ces Araignées à Cuirasse et Scruta et c’est toute une histoire, d’accord ? Mais il faut que je répare mon auberge, que j’achète des provisions… je commence à manquer d’argent.”
 
Encore un problème. Merveilleux. Heureusement, Ryoka avait une somme rondelette qui lui restait de sa livraison pour Teriarch… qu’elle n’avait jamais terminée. Un spasme de culpabilité et d’anxiété s’enfouit dans son estomac.
 
Erin ne remarqua rien. Elle réfléchissait toujours.
 
“Toi aussi, tu as probablement besoin de beaucoup d’or, pas vrai ?”
 
“Pour quoi faire ?”
 
“Eh bien, de quoi ont besoin les aventuriers dans les histoires et les jeux ? Des épées magiques. Une armure magique. Des baguettes… magiques. Des grimoires magiques. Ça ne pourrait pas aider quand tu cours ?”
 
“Les Coursiers n’ont pas besoin de grand-chose pour courir. Et je peux me défendre.”
 
Déclara Ryoka d’un air déterminé, malgré le fait qu’elle ait été presque inutile dans les Ruines. Erin secoua la tête et s’expliqua.
 
“Ouais, mais tu pourrais te défendre toi. Je veux dire, avec des sorts plutôt qu’en devant donner des coups de pieds à tout ce que tu croises. Et il y a d’autres trucs que tu peux acheter. Comme, euh…”
 
“Un sort de reconstitution.”
 
L’esprit de Ryoka s’envola loin devant la conversation et Erin cligna des yeux.
 
“Quoi ?”
 
“Il n’y a pas de [Prêtres] ou d’autres classes de ce genre dans ce monde. Mais il y a des mages spécialisés dans la magie de guérison. Si je… si on pouvait en trouver un capable de jeter un sort de reconstitution ou de régénération, il pourrait peut-être soigner la main de Ceria.”
 
Erin écarquilla les yeux.
 
“Tu crois ? Vraiment ? C’est possible ?”
 
“Je connais quelqu’un qui pensait pouvoir réparer ma jambe brisée. Et cette personne connait un guérisseur célèbre.”
 
C’était un objectif simple. Mais si c’était le point de départ…
 
Erin acquiesça d’un air décidé.
 
“Eh bien, si tu veux payer pour la main de Ceria, je veux participer !”
 
Ryoka ouvrit la bouche pour dire à Erin qu’elle s’en chargerait, ou qu’Erin devrait garder ses sous pour son auberge, puis elle la referma. Elle hésita, puis hocha la tête.
 
“Je vais faire ça.”
 
“Donc… combien ça va coûter ?”
 
“Mille pièces d’ors ? Au moins plusieurs centaines.”
 
Erin ne dit rien, mais ses yeux sortirent légèrement de leurs orbites. Ryoka tenta de la rassurer.
 
“Je sais comment gagner de l’argent. Beaucoup d’argent.”
 
“Combien sont payés les Coursiers pour leurs livraisons ?”
 
“Je ne prévois pas de courir pour gagner autant. Je vois un moyen - non, deux, en fait - deux moyens de gagner beaucoup d’argent.”
 
Ryoka réfléchit à ses options et n’apprécia aucune des deux. Mais elle avait un but à présent. De l’argent. C’était un objectif simple, qui ne prenait pas en compte la politique, les événements internationaux, ou quoi que ce soit d’autre. C’était une route droite, et Ryoka était douée pour courir tout droit.
 
“Bon.”
 
“Bon N”
 
Erin cilla, vaguement alarmée par le visage de Ryoka qui se leva.
 
“Je vais m’y mettre tout de suite. Si je retourne à Celum, je devrais pouvoir me mettre au boulot dès demain. Je reviendrai avec ce que j’aurai gagné dans environ une semaine, avec plus d’informations, une idée du prix que coûtera le sort, et tout ce à quoi j’aurai pu penser en route.”
 
Le visage d’Erin se décomposa.
 
“Quoi, tu pars ? Juste comme ça ?”
 
Ryoka dévisagea Erin, médusée.
 
“Bien sûr. Le temps, c’est de l’argent.”
 
“Oui, mais c’est aussi du temps. Ce qui a bien plus de valeur que l’argent. Parfois.”
 
Marmotta Erin en direction de la table. Elle leva des yeux suppliants vers Ryoka.
 
“Tu viens juste d’arriver. Je veux dire, pas juste maintenant, mais on n’a pas encore vraiment discuté.”
 
“On a déterminé tous les détails importants.”
 
“Oui, mais…”
 
Pendant quelques secondes, la fille aux cheveux noisette regarda fixement la table, comme si elle avait peur de parler. Celle aux cheveux d’un noir corbeau la dévisagea, jusqu’à ce qu’Erin lève les yeux.
 
“J’aurais bien besoin de conseils.”
 
Ryoka n’était pas une personne sociable. Tant par choix que par nature. Et elle était une mauvaise amie. Elle n’avait jamais été une bonne amie, ni une amie tout court, d’ailleurs. Mais elle l’entendit dans la voix d’Erin. Un petit accroc, un ton suppliant. Une requête muette.
 
Une voix au fond d’elle lui dit de partir, que ce n’était pas important. Mais le meilleur de Ryoka, une voix qu’elle ne croyait pas posséder, lui souffla autre chose. Elle hésita, puis se rassit.
 
“Bien sûr.”


***


Être [Aubergiste] n’était pas inné, pour Erin. Ou plutôt, ce n’était pas quelque chose qu’elle avait déjà fait. Mais cette première pensée était un mensonge.
 
Elle était une bonne aubergiste. Parce qu’être aubergiste, c’était surtout avoir des compétences sociales.
 
Et Erin aimait les gens.
 
C’était bizarre. Elle passait son temps à jouer aux échecs, et ce n’était pas vraiment un sport social. Mais on y rencontrait des gens. C’était une espèce de règle. Et elle aimait bien discuter avec les gens. Parce que les gens étaient différents, intéressants, et la plupart étaient de bonnes personnes.
 
Erin avait donc commencé à apprendre à lire les gens. C’était encore quelque chose de nouveau pour elle, d’essayer d’analyser les gens plutôt que de se fier à leur apparence. Mais elle commençait à avoir des… intuitions sur les personnes qu’elle rencontrait.
 
C’était quelque chose qu’Erin venait juste de remarquer à propose de Ryoka. Pour être honnête, elle aurait sans doute dû s’en rendre compte plus tôt, mais pour sa défense, les deux derniers jours avaient été très longs.
 
Voilà : Ryoka n’était vraiment pas une personne sociable.
 
À la vérité, ce n’était pas une conclusion difficile à trouver. Que ce soit la tendance qu’avait Ryoka à se recroqueviller quand elle était assise au milieu d’une foule, ou ses longs regards silencieux accompagnés de réponses-grognements lorsqu’elle ne voulait pas parler, Ryoka exsudait pratiquement une zone de “ne-me-parlez-pas.”
 
De plus, elle n’était tout simplement pas du genre à rester en place. Ryoka attrapait des fourmis dans les jambes si elle devait rester assise, elle s’excitait lorsqu’elle parlait, elle avait tendance à se lever et à faire les cent pas. Elle ne pouvait pas se contenter de se détendre, il lui fallait bouger.
 
Elle était une femme d’action, pas de réflexion. Si Erin devait réfléchir à la question, elle voyait cela en termes de joueurs d’échecs. Ryoka ressemblait à quelques joueurs de sa connaissance qui étaient capables de jouer des parties admirables avec la règle des cinq secondes parce qu’ils étaient habitués à voir apparaître certains motifs et à jouer de manière à tirer le plus parti de chaque seconde pour faire les meilleurs coups.
 
Ce n’était pas ainsi qu’Erin aimait jouer, elle qui appréciait de calculer patiemment chaque coup. Bien sûr, tout bon joueur d’échecs se devait de mélanger à la fois l’instinct et le calcul de l’impact de chaque coup sur le plateau, mais Ryoka avait cette certitude, cette capacité à bondir sur les conclusions logiques, qui laissait parfois Erin sans voix.
 
Par exemple. Ryoka venait de lui expliquer comment faire de la crème glacée, et Erin était toute excitée.
 
“C’est donc pour ça que je n’y arrivais pas !”
 
Elle frappa la table du plat de la main et regarda autour d’elle d’un air éperdu. Elle avait tout… presque tous les ingrédients dans son auberge. Elle pouvait faire de la crème glacée ! De la crème ! Glacée ! L’ambroisie des enfants et de n’importe quelle personne qui aimait la vie !
 
“Je n’arrive pas à croire que tu aies cru qu’il fallait baratter le lait pour faire de la glace.”
 
Erin jeta un regard faussement outragé à Ryoka.
 
“Mais enfin, comment étais-je censée savoir qu’il fallait le faire chauffer et le remuer comme une… crème pâtissière ? Qui pourrait penser à un truc aussi fou ?”
 
“Catherine de Médicis. Même si elle a probablement appris la recette grâce aux Italiens qui l’avaient récupérée de Marco Polo. Et ils l’avaient peut-être piquée aux Chinois.”
 
Ryoka fronça les sourcils d’un air absent en réfléchissant, puis réalisa qu’Erin était en train de la dévisager, bouche-bée.
 
“Quoi ?”
 
“Est-ce que tu… est-ce que tu as, disons, une mémoire absolue ou un truc du genre ?”
 
L’Asiatique se trémoussa dans son siège, mal à l’aise.
 
“Pas exactement. J’ai une mémoire du détail. Je peux me rappeler très bien de petits détails et de choses qui me paraissent intéressantes. Et j’ai pas mal étudié l’histoire pour passer mes examens d’AP.*
 
*Note de la traductrice : l’Advanced Placement sont des cours avancés dans une matière donnée proposés aux lycéens américains. Une bonne note (classées de 1 (pas de recommandations) à 5 (extrêmement bien qualifié) permet d’avoir des crédits pour l’université, et donc de ne pas assister à ces cours pendant les études supérieures.

 
“Whoa. Je n’ai jamais passé les AP. Ça avait vraiment l’air trop dur, et ils n’étaient pas obligatoires à mon école. Tu as réussi des examens ?”
 
Ryoka parut hésiter.
 
“J’ai eu quelques 5.”
 
Ce n’était qu’une raison de plus de l’admirer. Erin sourit d’un air joyeux en s’imaginant manger des bols de délicieuse crème glacée, même si elle ne pourrait en faire qu’à la vanille. Enfin, c’était pour cette raison que les fruits existaient. Pour donner du goût.
 
“Tu n’as aucune idée d’à quel point cela va m’être utile ! Je peux faire de la crème glacée et me mettre à en vendre dans mon auberge ! Ou… ou faire des cônes de glace ! Je vais être riche !”
 
Erin était tellement ravie à l’idée de montrer la crème glacée à Selys et à tous les autres qu’elle ne s’aperçut pas que Ryoka était en train de secouer la tête.
 
“Mauvaise idée. Je ne pense pas que ça va marcher.”
 
“Quoi ? Pourquoi ?”
 
“Déjà, c’est l’hiver.”
 
Ryoka pointa du doigt l’une des fenêtres au volet qui, bien que fermé, laissait passer une quantité alarmante de vents coulis.
 
“Si tu veux vendre des gourmandises glacées, tu vas vouloir éviter le sucre à cause de son coût. Il n’y a que l’aristocratie et les riches marchands qui peuvent se permettre d’acheter beaucoup de confiseries, et il te faudra par conséquent fixer le prix trop haut. De plus, la crème glacée est difficile à stocker, surtout si tu n’as pas de frigo.”
 
Elle se mit à ajouter d’autres arguments en les comptant sur ses doigts.
 
“Étant donné le prix et la probable rareté du lait en hiver, ça te coûtera probablement plus cher à ce niveau-là aussi. Si tu veux vendre quelque chose, autant que ce soient des cônes de neige parce qu’il ne te faudra que du sirop. Mais même là, tu vas tomber sur le plus gros problème.”
 
“Qui est ?”
 
“Le plagiat. Dès l’instant où tes clients rentreront en ville, chaque commerçant copiera ta recette. Ça leur prendra peut-être quelques jours, mais ils pourront probablement déterminer comme faire la plupart des recettes de notre monde juste en les goûtant.”
 
Elle haussa les épaules.
 
“Je suis désolée, mais ce monde n’a pas de copyright. Tu pourrais peut-être réussir à garder la recette pour toi pendant quelques mois, mais…”
 
Ryoka ne termina pas sa phrase et réfléchit un moment. Erin était découragée.
 
“Donc ce n’est pas une bonne idée ? J’allais faire tous ces plats de chez nous, mais si les gens se contentent de tout voler...”
 
“Attends une minute, ce n’est pas forcément une idée complètement mauvaise.”
 
Erin regarda la fille d’un air plein d’espoir. Ryoka était en train de hocher la tête.
 
“Ça pourrait marcher.”
 
“Comment ?”
 
La grande fille haussa brièvement les épaules.
 
“S’ils veulent te copier, laisse-les faire. Fais juste en sorte que ce soit clair que tu es celle qui a inventé le plat et capitalise sur les rumeurs et le bouche à oreilles. Continue d’apporter de nouvelles idées et ton auberge deviendra réputée pour être un endroit excitant. Ou… spécialise-toi. Fias en sorte que tes plats ne soient pas forcément uniques, mais que tu sois la seule capable d’en fournir la meilleure qualité.”
 
Elle s’interrompit et dévisagea Erin. La fille lui souriait de nouveau.
 
“Quoi ?”
 
“Wow. C’était tellement bien… réfléchi ! Hey, tu veux un poste ici ? Tu peux être l’aubergiste en chef avec toutes les idées et moi je serai l’aubergiste qui fait tout le reste.”
 
“Non merci.”
 
Répondit Ryoka, impassible. Erin pensa que pour elle, l’idée d’être une aubergiste toute souriante s’apparentait à de la torture. Mais Ryoka avait de bonnes idées, et Erin lui posa donc d’autres questions.
 
“Okay, tu n’as pas besoin de devenir aubergiste. Mais et mon auberge ? Est-ce que je devrais y faire quelque chose ?”
 
Cela prit en tout et pour tout cinq secondes à Ryoka pour répondre alors qu’elle regardait la pièce vide.
 
“Là, comme ça, je dirais… tu pourrais déjà commencer par la réparer. Répare tous les murs et trouve quelque chose pour couvrir les fenêtres et tu ne perdras plus toute la chaleur que tu accumules. Enchanter la cuisine est une bonne idée, et si tu peux te le permettre, d’autres enchantements aideraient sûrement. À part ça… il faut améliorer ton squelette d’une manière ou d’une autre.”
 
“Toren ? Il y a un problème ?”
 
Erin regarda autour d’elle, mais elle se rappela que Toren était dehors à déblayer la neige. Ryoka haussa les épaules.
 
“Il ne sait que nettoyer et traîner des trucs. Il ne peut pas cuisiner, ne peut pas parler aux invités ni les servir sans les faire mourir de peur, et il ne se bat même pas très bien. Ce n’est qu’un squelette. Ksmvr en a découpé au moins une dizaine en rondelles en sortant des ruines.”
 
C’était vrai. Même si Erin soupçonnait de plus en plus que Toren était plus compétent que le reste des squelettes. D’une, il avait l’air capable de se réassembler quand il se faisait écrabouiller, contrairement au reste de ses copains. Elle hocha toutefois la tête pour faire plaisir à Ryoka. Pisces pourrait peut-être l’améliorer, même s’il demanderait probablement beaucoup d’argent pour ça.
 
“D’accord, d’accord. Mais voici ma question la plus importante.”
 
Ryoka se pencha en avant, très concentrée. Elle aimait bien trouver des idées, Erin s’en était rendue compte. Erin prit une grande inspiration et s’ouvrit à Ryoka de son plus gros problème.
 
“Tu vois le torrent où je vais prendre mon eau ?”
 
“Oui, qu’est-ce qu’il a N”
 
Erin fronça les sourcils.
 
“C’est super pénible de prendre l’eau tout là-bas, même si j’y envoie Toren. Est-ce qu’il y aurait un moyen de faire venir l’eau jusqu’ici ? Préférablement sans les poissons maléfiques ?”
 
Pendant un instant, Ryoka plongea le regard dans celui d’Erin. Erin la dévisagea à son tour, dans l’expectative. Ryoka finit par ciller plusieurs fois d’affilée. Elle pointa la porte du doigt.
 
“Je doute que l’eau pose problème dans l’immédiat. Si tu en as besoin, tu peux toujours faire fondre de la neige dans un seau. Honnêtement, c’est plus le bois pour le feu qui risque de poser problème bientôt. Mais pour l’eau… tu as déjà pensé à un puits ?”
 
La mâchoire d’Erin se décrocha.
 
“Whoa.”


***

Finalement, Ryoka repartit deux heures plus tard que ce qu’elle avait prévu, au moment même où le soleil commença à se coucher derrière les montagnes. Erin voulait que Ryoka reste, et Ryoka était catégorique : elle devait partir.
 
“Il faut que je m’y jette. Si je reste ici trop longtemps, je vais te traîner dans les pattes ou on parlera trop.”
 
Erin avait la nette impression que c’était pour cette deuxième raison que Ryoka était pressée de partir. Elle avait l’air d’apprécier discuter avec Erin, mais on entrait clairement dans son temps de solitude programmé.
 
Ryoka enfila les deux bottes trop grandes que Krshia lui avait données et grimaça. Elle avança d’un pas lourd vers la porte et se tourna vers Erin.
 
“Encore une chose. Quand je ne serai plus là, essaie de ne pas dire à d’autres gens d’où on vient. Pas à cet Antinium, ni à Krshia. Ou du moins, ne leur livre aucun secret.”
 
“Du genre ?”
 
Ryoka dévisagea Erin jusqu’à ce qu’elle se sente mal à l’aise.
 
“La poudre à canon. Comment fonctionnent les voitures. Le tableau périodique. N’importe quoi qui pourrait bouleverser les choses.”
 
“Bouleverser comment ?”
 
Ryoka ouvrit la bouche, puis secoua la tête.
 
“Je ne sais pas. Essaie juste d’être discrète, d’accord ?”
 
Elle leva un doigt.
 
“Discrétion.”
 
Ryoka regarda Erin d’un air appuyé. Erin hocha la tête, docile.
 
“Discrétion. D’accord. Ça marche.”
 
Ryoka ouvrit la porte de l’auberge, Erin sur ses talons, un air anxieux peint sur le visage.
 
“Tu reviens bientôt, quand même, pas vrai ?”
 
“Dans une semaine ou moins. Ne t’inquiète pas. Est-ce que tu pourras prendre soin de Ceria pour moi ?”
 
“Oh, bien sûr, bien sûr. Mais est-ce que tu veux emporter quelque chose ? Un en-cas ? Un déjeuner ? Un dîner ? Je peux te faire un petit quelque chose.”
 
“Ça ira. Il faut que j’y aille.”
 
“Et pourquoi pas…”
 
“Erin. On se voit plus tard.”
 
Ryoka se leva, poussa ses pieds au fond des bottes mal ajustées qu’elle devait porter pour éviter de se geler les pieds, et hocha la tête en direction d’Erin. Elle sortit sur le perron.
 
Il faisait affreusement froid dehors, mais Ryoka n’en laissa rien paraître. Elle n’était pas équipée pour l’hiver ; elle était encore dans l’équivalent de ce monde d’un t-shirt et de leggings de sport. Mais dès qu’elle commencerait à courir, elle se réchaufferait.
 
C’était le moment où jamais, alors. Ryoka fit quelques pas dans la neige et se mit à trottiner. La neige était légère et poudreuse autour de ses bottes. C’était comme courir dans du sable - et même pire, à cause des bottes. Cela prendrait pas mal de temps à Ryoka pour retourner dans le nord.
 
“Bonne chance !”
 
Ryoka entendit la voix, mais elle se contenta de lever une main en signe d’au-revoir. Elle continua d’accélérer jusqu’à atteindre un rythme décent. Bientôt, l’auberge se perdit derrière elle lorsque Ryoka commença à gravir puis dévaler des monts couverts de neige en direction de la route principale.
 
C’est alors que le vent se mit à souffler encore plus intensément, et Ryoka réalisa qu’elle n’était plus seule. Elle ne les vit pas immédiatement, mais elle entendit leurs voix.
 
“Regardez, regardez ! Celle avec les cheveux noir corbeau est en train de partir !”
 
“Elle court, qu’est-ce qu’elle est lente ! Comme un insecte par terre !”


Ryoka ignora les voix perçantes dans les airs, ainsi que les formes d’un azur pâle qui descendirent du ciel et se mirent à flotter autour de sa tête. Même de près, les Fées de Givre étaient difficiles à voir. Si le ciel avait été dégagé et bleu, elles auraient été pratiquement invisibles.
 
Elles papillonnèrent autour de sa tête en riant et faisant des glissades, souriant de leurs dents acérées en suivant Ryoka de leurs yeux clairs.
 
Tellement belles. Mais Ryoka ne voulait pas s’arrêter pour elles. Elles étaient dangereuses, dont elle prétendit ne pas pouvoir les entendre. Elle se contenta de les admirer du coin des yeux lorsqu’elles la dépassaient.
 
“Elle court lentement ! Lente et gauche, comme l’une des stupides mangeuses d’herbe !”
 
“Une vache, une vache !”
 
Apparemment, les fées étaient malpolies. Ryoka fronça les sourcils. Qu’étaient-elles donc ? Et pourquoi…
 
Ryoka glissa lorsque ses bottes rencontrèrent une flaque de glace lisse et elle faillit tomber à la renverse. Elle entendit des rires résonner dans les airs autour d’elle.
 
“Merde.”
 
L’impact ne fut pas douloureux, mais la neige était glacée et elle se mit à fondre sur la peau nue de Ryoka. Elle se leva, s’épousseta, et se remit à courir, plus vite. Elle allait avoir besoin d’habits d’hiver le plus tôt possible, ou elle gèlerait avec ce temps.
 
Qui pourrait connaître ces étranges créatures ? Peut-être quelqu’un qui s’y connaissait bien en magie. Comme Pisces ou…
 
“Bordel.”
 
Elle avait complètement oublié de mentionner Teriarch et Magnolia à Erin. Oh, tant pis. Ils n’allaient pas s’envoler, et de plus, Ryoka serait rentrée bien assez tôt.
 
L’Auberge Vagabonde.
 
Ce n’était pas chez elle, et cela ne le serait jamais. Mais Ryoka pensait… oui, elle pensait que cela restait un endroit qui valait la peine de s’en souvenir. Parce qu’elle avait une amie là-bas.
 
Une amie. Qui s’appelait Erin Solstice.


“Est-ce que tu souris parce que tu es bête ou lente, Humaine ?”


Ryoka leva les yeux. Une fée était en train de flotter autour de sa tête. Elle sourit à Ryoka lorsque la Coursière prétendit, trop tard, qu’elle ne l’avait pas vue.


“Je le savais ! Tu peux nous voir !”


La fée se tourna vers le reste de son troupeau, ou horde, ou essaim ou quoi que ce soit qu’on appelait un groupe de ces créatures.



“Oyez, oyez, mes sœurs ! Cette humaine nous voit mais prétends que nous ne sommes rien d’autre que de la poussière dans le vent !”



Ryoka les ignora. Les Fées de Givre était presque une centaine dans les airs à présent, une immense masse qui tourbillonnait dans les airs. Elles se… disputaient, ou peut-être étaient-elles en plein débat. Ryoka les écouta.


“Bah. Depuis quand l’opinion des mortels a-t-elle la moindre valeur ? Quels fous, ces mortels ! Partons emporter la neige et la glace au reste de cette boule de boue !”
 
“Non, non ! Je veux rester à l’auberge !”
 
“La vache qui court m’intéresse. Je dis, suivons-la !”



Elles se séparèrent. La majeure partie de l’essaim s’envola dans les airs et se fit emporter par le vent vers le sud. D’autres Fées de Givre s’envolèrent vers l’auberge, mais un petit groupe d’une dizaine de fées continuèrent de suivre Ryoka.
 
Leur compagnie fut agréable lorsqu’elles se mirent à voler autour de Ryoka en riant, pendant approximativement une seconde. Puis l’une d’elle se posa sur la tête de Ryoka et se pencha en avant jusqu’à être la tête en bas devant ses yeux.




“Je sais que tu m’entends, Humaine. Dis quelque chose.”


La meilleure manière de gérer les gens qu’elle n’aimait pas était de les ignorer. C’était la méthode testée et approuvée de Ryoka, et elle essaya de l’appliquer ici.


“Es-tu folle ? Parle !”


Ryoka leva la main et poussa la fée. La minuscule créature était en train d’engourdir son front et de lui donner la migraine. La fée s’envola, outragée.
 
Ignore-les. Ignore-les, c’est tout.


“Regarde-nous !”
 
“Parle, vache !”
 
“Nous faisons grâce de nos mots à tes oreilles. Réponds-nous !”


L’une d’elle atterrit dans les cheveux de Ryoka et se mit à tirer des mèches. Elle cria dans l’oreille de Ryoka d’une voix qui était beaucoup trop forte pour son petit corps.


“Hé. Héééééé. Hé ! Écoute-moi, Humaine !”


Ryoka gronda.
 
“Allez vous faire foutre !”
 

Hors ligne EllieVia

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Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
« Réponse #83 le: 03 septembre 2020 à 22:53:41 »
2.07 - Deuxième partie
Traduit par EllieVia



Erin soupira. Elle leva les yeux au plafond. Le départ de Ryoka l’avait laissée aussi vide que son auberge. Mais il fallait qu’elle continue à s’activer. Elle n’était plus seule.

Cela la fit sourire. Ce dernier se transforma instantanément en un bâillement.

“Bon sang que je suis fatiguée.”

Toutes ces discussions, tous ces combats et tous ces crevages d’yeux plus tôt dans la journée l’avaient vraiment fatiguée. Elle savait qu’elle aurait probablement dû faire quelque chose de constructif, mais son cerveau lui disait que la chose la plus constructive qu’elle pourrait faire serait de dormir.

Un pas à la fois. Un jour à la fois. Erin ferma les yeux et s’endormit.

[Classe de Guerrière obtenue !]
[Guerrière Niveau 2 !]
[Compétence - Endurance Mineure obtenue !]

Gaaah !

Erin oubliait parfois à quel point la voix désincarnée sous son crâne pouvait être inattendue. Elle se redressa d’un coup, perdit l’équilibre sur sa chaise, et tomba en arrière.

Elle s’écrasa sur le plancher, ce qui ne lui fit pas si mal que ça une fois les premières secondes passées. Erin resta allongée au sol et regarda fixement le plafond.

“Une guerrière ? Moi ?”

Elle y réfléchit un instant. Puis ses yeux se fermèrent et elle décida que ce ne serait qu’une chose parmi d’autres dont la Erin du lendemain aurait à s’occuper.

Reste par terre. Dors pendant quelques minutes. Réveille-toi quand tout le sang te sera monté à la tête.

Lève-toi, brosse-toi les dents. Erin n’arrêtait pas d’oublier cette étape. Rampe sous couvertures dans cuisine.

Dors.

“Salut Erin…”

“Aah !”

Erin bondit hors de ses couvertures, attrapa la première chose qui lui tomba sous la main et la jeta sur la personne qui venait de parler.

Son [Lancer Infaillible] fonctionna à la perfection. L’oreiller fendit l’air et cueillit Pisces en pleine poitrine. Il cilla tandis que l’oreiller retombait au sol.

“Ah. Est-ce que je t’aurais malencontreusement réveillée ? Je te présente mes plus sincères excuses.”

Pendant un instant, le mage sale debout dans la cuisine d’Erin avec sa robe mouillée et dégoulinante de neige lui sembla n’être qu’un rêve. Puis cela bascula dans l’horrible réalité et Erin roula sur elle-même.

“Sors d’ici !”

Elle lui jeta un autre oreiller. Pisces parut blessé. Il renifla et s’essuya le nez d’un pan de robe.

“Ce n’est que moi. Inutile d’être aussi théâtrale.”

“Comment es-tu entré ?”

“La porte n’était pas verrouillée.”

Erin s’assit sur son lit, dévisageant Pisces d’un air boudeur. L’histoire des verrous sur les portes commençait à prendre tout son sens. Elle fusilla Pisces du regard.

“Je suis fermée. Va-t’en.”

“Tu étais ouverte il y a à peine quelques minutes pour ton amie.”

C’était le truc avec Pisces. Contrairement à Ryoka, qui ne comprenait pas très bien les codes sociaux, Pisces pouvait facilement saisir les messages tacites. Son problème, c’était qu’il choisissait simplement de les ignorer.

Erin se tortilla dans ses couvertures jusqu’à ce qu’elle soit en mesure de demeurer dans son nid chaud tout en fusillant Pisces du regard.

“Ryoka est un cas particulier. Pas toi. Va-t’en.”

“Après tout ce que j’ai fait pour Ceria et toi, c’est ainsi que tu me remercies ? Je suis venu ici plein de bonne volonté, espérant te faire profiter d’un client pour ton auberge alors que j’aurais pu rester en ville.3

Pisces renifla, blessé. Il avait l’air d’oublier le fait qu’il ne payait jamais vraiment Erin pour ce qu’il consommait ici.

“Je donne à manger à Ryoka si elle a faim. Pas à toi. Toi, tu attends que je sois réveillée pour manger.”

Là encore, le mage renifla et Erin se promit que s’il lui éternuait dessus ou faisait tomber de la morve sur sa tête elle le poignarderait.

“Ton indulgence au regard de ta nouvelle amie est admirable. Bien que tu n’aurais peut-être pas dû la laisser partir. Elle s’est fourrée dans les ennuis dès son départ. Un groupe d’esprits s’est mis à la suivre. Je l’ai vue s’enfuir avec un essaim flottant autour de sa tête.”

“Un essaim ? Quel essaim ?”

“Un essaim de ces… créatures. Les esprits. Les créatures qui ont apporté avec elles cette charmante neige pour l’hiver dans lequel nous nous trouvons à présent. Les, ah, Esprits de l’Hiver.”

“Les Esprits de l’Hiver ? Tu veux parler des fées !”

En une seconde, Erin avait jailli de ses couvertures et se précipitait vers l’extérieur. Elle courut dehors, pieds nus, glapit, alla chercher des chaussures en toute hâte, et lorsqu’elle revint, elles étaient là.

Un nuage miroitant de créatures étincelantes flottait au-dessus de l’auberge d’Erin. De fines silhouettes ténues de fées flottaient ou plongeaient, leurs éclats de rire résonnant dans les airs.

“Oh non. Ils sont là.”

Pisces émergea de l’auberge. Erin ne lui prêta aucune attention, malgré ses efforts immédiats pour la faire rentrer.

“Allez, viens. Ils ne nous ont pas encore remarqués. Si on reste à l’intérieur, ils partiront. Ils ne rentrent pas dans les bâtiments.”

“Quoi ? Non. Je veux les regarder.”

Répondit Erin d‘un air absent tandis que Pisces lui tirait la manche. Il la dévisagea en plissant les yeux puis leva le regard sur les fées d’un air soupçonneux.

“Pourquoi ? Ce n’est rien d’autre que de la vermine.”

Elle ne répondit pas. Comment pouvait-il traiter ces êtres merveilleux flottant au-dessus de sa tête de “vermine”. Erin ne comprenait pas. Comme Ceria, les Fées de Givre avaient une allure éthérée qui n’appartenait pas à ce monde, Elles formaient une magnifique partie de ce monde, mais elles restaient mythiques, étranges et merveilleuses par toutes les manières par lesquelles elles n’y appartenaient pas.

“Elles sont si… magiques.”

Souffla Erin en levant les yeux au ciel, comme ensorcelée. Pisces se tourna et la dévisagea d’un regard dénué de toute expression. Elle agita la main dans sa direction.

“Toi, tu ne comptes pas.”

Il secoua la tête.

“Ce sont des créatures horribles. Je ne vois pas ce que tu leur trouves.”

“Quoi ?”

Erin se détourna enfin du spectacle pour fusiller Pisces du regard. Elle pointa du doigt les fées en train de voleter, de se pourchasser et de rire au-dessus de leurs têtes.

“Comment peux-tu rester de marbre face à ça ? Regarde-les ! On dirait du cristal et de la… glace qui auraient pris vie ! Elles ressemblent exactement à l’idée que je me faisais des fées ! En quoi est-ce que c’est horrible ?”

Pisces examina Erin comme si elle était devenue folle. Il leva les yeux, puis répondit d’une voix perplexe.

“Des fées ? Je ne vois pas de petites créatures ailées. Elles ressemblent à des formes floues pour moi.”

À présent, c’était au tour d’Erin de dévisager Pisces. Elle agita la main devant ses yeux et il bondit en arrière.

“Arrête ça.”

“Comment ça se fait que tu ne puisses pas les voir ?”

“Voir quoi ? Ce sont des Esprits de l’Hiver. Les enfants les appellent des fées, mais ce ne sont que des petits bouts flottants de contrariété. Ils viennent apporter l’hiver et agacer les gens, mais c’est tout.”

“Non, ce sont des fées !”

“Es-tu devenue folle ?”

Leur dispute avait attiré l’attention des Fées de Givre au-dessus d’eux. Elles plongèrent en piqué vers Erin et Pisces. Il glapit et recula vers la porte, mais Erin demeura immobile. Elle leva les yeux, les yeux brillants lorsqu’une fée vient voleter devant elle.

La créature ne ressemblait pas à un Humain, ni même à Ceria en termes d’anatomie. Déjà, ni les humains, ni les demi-Elfes n’étaient constitués de ce qui ressemblait à de la glace fluide et du cristal pur. Mais les corps des fées étaient différents de manière générale. Elles n’avaient pas de poitrine ni de parties génitales, et elles possédaient deux paires d’ailes, comme les libellules. Pour tout dire, même leurs yeux, dénués de pupille, ressemblaient à ceux de ces insectes. Mais malgré tout cela, elles ressemblaient à de magnifiques petites filles aux yeux d’Erin.

Du moins, jusqu’à ce que l’une d’entre elle lui crache dans l’œil.

Un crachat de fée n’est pas très gros, mais les créatures sont aussi froides que la glace. Erin glapit et pressa une main sur son oeil tandis que la fée se mettait à l’insulter. Pisces grommela tout doucement en plongeant pour esquiver les Fées de Givre qui lui volaient au-dessus de la tête.

“Je te l’avais bien dit.”

La fée qui avait craché sur Erin s’approcha plus près de l’humaine qui se frottait vigoureusement son œil cuisant. Elle fusilla Erin du regard.

“Et qu’est-ce que tu regardes, toi ? Encore une mortelle venue pour nous regarder avec des yeux de vache ? Disparais, humaine !”

Elle avait un accent vaguement irlandais. Erin ne savait pas exactement si c’était un accent irlandais ou écossais, ce qui trahissait son ignorance, mais si elle avait été experte ou native d'Irlande, elle aurait reconnu que l’accent de la Fée de Givre était irlandais. De manière plus spécifique, et étant donné que les accents irlandais changeaient de manière dramatique d’une région à l’autre, son accent rappelait vaguement celui du Comté de Monaghan.

Mais aux oreilles d’Erin, ce n’était qu’une manière étrange de parler, qui semblait oublier la moitié des voyelles. Et le plus étrange, c’est que toutes les Fées de Givre n’avaient pas le même accent. Quelques-unes avaient des accents vaguement anglais - Cornouailles, Pays de Galle du sud ou du Nord, Edinburgh - tellement variés et prononcés qu’Erin avait du mal à comprendre un mot sur deux lorsqu'elles parlaient toutes en même temps.

Et discuter semblait être le mode par défaut des Fées de Givre, qui fendaient l’air autour de la tête d’Erin en parlant bruyamment.

“Regardez, regardez ! Une autre humaine ?”

“Est-ce qu’elle peut aussi nous voir ?”

“On dirait que oui !”

“Oyez comme elle a couiné à cause du froid ! Refais-le encore !”

Malgré ce premier contact refroidissant, Erin était toujours séduite. Elle haussa la voix.

“Non… je veux dire, je peux vous voir. Est-ce que je peux vous parler ?”

Pisces dévisagea Erin comme si elle était devenue folle.

“À qui parles-tu donc, exactement ?”
Les fées avaient toutefois entendu Erin. Ses mots les firent s’envoler en spirales sauvages et elles tourbillonnèrent autour d’elle en discutant entre elles d’un air surexcité.

“Elle peut nous voir ! Elle peut nous voir !”

“Ça fait deux ! Deux humaines qui peuvent nous voir !”

“Que c’est bizarre ! Que c’est étrange !”

La fée de tête rejeta sa tête en arrière de manière à faire voltiger sa chevelure miroitante.

“Ha ! cette pauvre couillonne veut parler ? Va te faire foutre, espèce de branleuse !”

Elle plongea sur la tête de la fille, ce qui la força à la baisser. Erin leva les mains, mais la fée les esquiva et frappa Erin sur la joue.

Instantanément, la peau autour du point de contact avec la fée s’engourdit, puis se réveilla brutalement avec des picotements de douleur perçants. Erin porta la main à sa joue et sentit le froid mordant.

“Aïe ! Arrête ça !”

“Ils ne s’arrêteront pas.”

Déclara Pisces d’un air pressant tandis que les fées éclataient de rire et la méchante tentait de jouer à chat avec Erin d’une main. Erin essaya de la repousser - gentiment, parce qu’elle ne voulait pas faire de mal à la petite créature.

“Pourquoi est-ce que tu essaies de me faire mal ? Je veux simplement parler.”

Le mage rit nerveusement en dévisageant Erin.

“Parler ? Ce ne sont pas des gens, Erin. Ce ne sont que des… phénomènes magiques. Ils débarquent tous les ans. Personne ne sait d’où ils viennent. Ce sont des parasites qui détruisent tout ce qu’ils jugent intéressant.”

Quelque chose dans la manière dont il parlait dérangeait vraiment Erin. Elle le fusilla du regard lorsque la fée finit enfin par la laisser tranquille.

“De quoi tu parles, Pisces ? Tu ne les vois pas ? Ce sont carrément des fées ! Elles viennent de nous parler !”

Pisces regardait Erin d’un air vraiment étrange. Il regarda vaguement dans la direction de la fée à l’accent irlandais, puis à Erin.

“Parler ? À toi ? Je n’ai rien entendu.”

Il ne regardait même pas directement la fée. Erin la pointa du doigt.

“Là, tu ne la vois pas ?”

La fée rigolait en faisant des grimaces à Erin et des gestes malpolis qui auraient été obscènes si elle avait eu des attributs humains en direction de Pisces. Le mage plissa des yeux, mais il regardait un peu trop bas à gauche de la fée.

“Je vois une forme floue. C’est bleu et blanc. Je n’entends rien du tout.”

C’était forcément impossible, parce qu’Erin pouvait entendre les fées ries en ce moment même. Leur rire ressemblait au tintement de petites cloches, mais Pisces n’y réagit même pas. Il disait la vérité.

“Mais comment c’est possible ?”

Pisces regarda fixement Erin.

“Erin. Est-ce que tu es vraiment en train de dire que tu peux voir et entendre ces choses ? Ce ne sont pas de simples… particules magiques ?”

“Oh mais bien sûr qu’elle peut, crétin de mage !”

“Elle voit ce que vous autres mortels ne pouvez voir depuis des millénaires ! Plus idiot que vous, ça n’existe pas !”

Erin acquiesça lentement.

“Mais pourquoi est-ce que je peux les voir et pas toi ?”

Pisces cilla et fronça les sourcils pour réfléchir, mais ce fut la méchante fée qui répondit. Elle vola à de nouveau en direction de ses amies et pointa Erin du pouce.

“L’idiote pose une bonne question. Comment parvient-elle à nous voir, mes sœurs ? Le glamour ne peut pas être rompu si aisément par la vue des mortels. Observez simplement le fou qui apprécie la mort. Il ne peut ni nous voir, ni nous entendre.”

“Très vrai !”

L’une des fées plongea en piqué et vient bourdonner près de la tête de Pisces. Il baissa la tête, elle rit et remonta vers les autres.

“Il ne voit pas ! Il ne sait pas ! Mais elle sait ! Comment ?”

Les fées se mirent à tourner autour de la tête d’Erin, en inspectant ses moindres recoins en se disputant. Elle resta immobile, mi-séduite, mi-méfiante.

“De la magie ? Mais la magie des magi est trop faible. Et elle n’en a pratiquement aucune !”

“Si elle a usé de l’onguent de notre race, nous devrions l’aveugler tout de suite. Lui arracher les yeux, l’un ou les deux, et en être débarrassées !”

Erin dévisagea, horrifiée, la fée qui venait de parler. Soudain, les Fées de Givres avaient perdu tout leur aspect merveilleux. La créature glissa jusqu’à la tête d’Erin et la fille leva les mains pour se protéger. Mais alors une autre fée ouvrit la bouche.

“Nae. Ce n’est pas ainsi que cela fonctionne dans ce monde. Si elle avait eu de l’onguent, elle pourrait voir nos formes mais pas nous entendre. C’est quelque chose d’autre, mes sœurs.”

“Mais quoi ?”

“Comment ?”

“Est-ce qu’elle est anormale ? Mais même les monstres et les créatures d’horreur et de malédiction ne peuvent nous voir !”

“Un Dieu, peut-être ?”

“Ne sois pas sotte ! Ils sont tous morts ici ! Morts et pourrissants !”

Pisces jeta un œil au visage d’Erin. Il se rapprocha rapidement d’elle et lui murmura à l’oreille.

“Qu’est-ce qu’il se passe ?”

Erin tourna son visage livide vers lui.

“Elles sont en train de réfléchir à si elles vont m’arracher les yeux ou non.”

Il haussa un sourcil.

“Ah. Ce serait problématique. Écarte-toi, je vais m’en charger.”
Il leva un doigt, et Erin se décala. Les fées ignorèrent Pisces, mais il fronça les sourcils. Il visa le centre de la horde et dit :

“[Luciole].”

Du feu, ou plutôt des flammes vacillantes d’un orange et rouge lumineux s’envolèrent. Les flammes se tordirent en une forme vive et ailée et vola sur les fées. Elles crièrent et s’éparpillèrent.

Pisces !

“Calme-toi.”

Le mage avait un petit sourire suffisant. Il montra les flammes du doigt tandis que le sort chassait les Fées de Givre.

“Cela ne leur fait pas mal, et c’est l’un des seuls moyens de faire partir ces créatures. Je me suis dit qu’il valait mieux accélérer le processus si elles représentaient une menace.”

“Du feu, du feu !”
“Il va brûler nos flocons ! La neige que nous offrons !”
“Bah. Ce mage veut jouer avec la flamme ? Montrons-lui à quoi ressemble réellement le froid, mes sœurs !”

Déclara l’une des fées tandis que la horde voletait, éperdue. En un instant, leur humeur changea.

Erin ne vit pas exactement ce qu’il s’était passé, mais à un moment, l’oiseau ou l’insecte de feu était en train de pourchasser une fée, et l’instant d’après la fée s’arrêta et le sort de [Luciole] s’éteignit.  En un instant. Il n’y avait même pas de filet de fumée. Le feu avait tout simplement disparu.

Pisces fronça les sourcils en regardant en l’air tandis que l’une des fées levait une main minuscule. Il se caressa le menton.

“Hm. C’est étrange…”

Crack.

C’était autant une sensation qu’un son. L’air gela. Le visage de Pisces devint blanc et sa robe se raidit. Son corps entier se recouvrit de givre.

Erin vit l’expression de Pisces changer. Ses yeux s’écarquillèrent, puis il se mit à hurler tandis que son corps commençait à sentir la douleur. Il se tourna, du feu brûlant au bout de ses doigts, vacillant tandis que ses muscles gelaient.  Il tomba au sol, se redressa maladroitement, et courut se réfugier dans l’auberge sous les éclats de rire des fées au-dessus de leurs têtes.

“Ha ! Cela lui apprendra, à ce fou !”

“Le feu ne peut pas nous faire de mal ! Fou imbécile !”

“À présent, que fait-on de l’humaine qui lui a dit de nous attaquer, hein ?”

Les fées se mirent à tournoyer autour d’Erin d’un air menaçant. Elle leva les mains, désespérée.

“Attendez, attendez ! Écoutez, je suis désolée pour mon am… pou Pisces. C’est un idiot. Je ne veux pas vous faire de mal !”

L’une des fées éclata de nouveau de rire.

“Comme si tu en étais capable ! Nous sommes les fae ! Mais nous ne voulons rien avoir à faire avec toi ! Hors de notre vue, Humaine !”

C’était le signal qu’il était temps de s’enfuir, surtout après ce qui était arrivé à Pisces. Mais Erin ne pouvait se résoudre à abandonner. Elle tendit une main implorante vers les fées.

“Ne pouvons-nous pas discuter ?”

“Non.”

“Mais j’ai entendu tant d’histoires à votre sujet ! Et vous êtes si belles !”

Certaines fées se mirent à se rengorger, rejetant leur chevelure éthérée en arrière ou se décalant devant le soleil pour qu’il fasse étinceler leurs corps cristallins. Mais la fée à laquelle Erin était en train de parler ne paraissait pas impressionnée. Elle adressa un V de la victoire à Erin d’une façon qui faisait plus penser à un doigt d’honneur. Est-ce que c’était une insulte ?

“À moins que tu n’aies apporté Calabrum avec toi dans ce monde, nous ne voulons rien avoir à faire avec tes histoires, humaine.”

Cela ressemblait très fort à un refus catégorique, mais là encore, Erin hésita. Il y avait un mot dans cette phrase qu’elle ne connaissait pas, et cela n’avait rien à voir avec l’accent.

“Hum. Qu’est-ce que Calabrum ?”

La fée parut choquée. Elle fusilla Erin du regard.

“Ne te souviens-tu donc pas de ce nom légendaire ? Non ? Si, sûrement. Ne connais-tu donc point Caliburn ?”

Lentement, Erin secoua la tête. Elle n’avait aucune idée de ce dont parlait la fée. Une autre fée paraissait insultée.

“Ne te souviens-tu point des anciens contes ? Comment peux-tu ignorer ce nom ? Si ce n’est pas Caliburn, connais-tu Kaledvoulc’h ? Calesvol ?”

Erin demeurait perplexe. La fée parut frustrée.

“Est-tu stupide ? Ta race a-t-elle oublié les anciens contes, ou es-tu tellement stupide que tu es incapable de t’en souvenir ? L’Épée du Roi qui Fut et Sera ! Escalibor !

Le nom parut familier à Erin. Elle regarda la fée, les yeux écarquillés, le cœur battant soudain à mille à l’heure.

“Vous voulez dire Excalibur ? L’Épée du Rocher ?”

Les fées échangèrent un regard comme si Erin était bel et bien stupide.

“L’Épée du Rocher ? Est-elle folle ?”
“Ha ! La misérable pense qu’Excalibur est l’Épée du Rocher ? Elle plaisante !”

L’une des fées prit une mine dégoûtée en passant devant la tête d’Erin.

“Ach. La jouvencelle est de toute évidence obtuse.”

Erin mourait d’envie de tendre la main pour toucher ses ailes translucides, mais elle se retint au prix d’un gros effort. Elle allait probablement perdre sa main, sinon.

“Attendez, Excalibur n’est donc pas l’Épée du Rocher ? J’ai toujours cru que… mais vous voulez dire qu’elle existe ? Et y a-t-il d’autres mondes ?”

Elles l’ignorèrent. Les fées marmottèrent entre elles en lui jetant des coups d’œil. Elles parurent parvenir à une décision et se mirent à s’envoler sans un mot de plus.

Elle courut derrières elles, maladroite dans la neige.

“Attendez, ne partez pas s’il vous plaît ! J’ai tellement de questions à vous poser !”

“Va-t’en !”

L’une des fées fit demi-tour et plongea sur Erin. Ses dents étaient dénudées et elle se mit à frapper le visage d’Erin violemment. Des morceaux de sa peau s’engourdirent puis se mirent à lui faire terriblement mal alors qu’elle essayait de se protéger.

“Aïe, aïe, aïe ! Arrêtez ! S’il vous plaît ! Aïe !”


La fée continua de l’attaquer, puis se retira avec un cri perçant. Erin se tourna pour voir qui l’avait sauvée. Aussi étrange que cela puisse paraître, Pisces tenait dans la main un fer à cheval rouillé. Où avait-il trouvé ça ?

Il l’agita en direction des fées, et Erin les entendit lui feuler dessus. Tandis qu’il reculait avec Erin en direction de l’auberge, Pisces leur cria :

“Allez-vous-en, Peuple Gelé ! Partez d’ici ! Vous n’êtes pas les bienvenus !”

On aurait dit qu’il venait de jeter un sort. Les fées hurlèrent et s’envolèrent haut dans le ciel. Erin les entendit crier de colère tandis que Pisces la tirait vers la porte. Son visage et sa peau étaient à présent craquelés et d’une affreuse couleur rouge, mais il gardait le poing serré sur le fer à cheval.

“Viens. Entre avant qu’ils ne reviennent.”

Erin hésita. Elle posa un pied dans l’entrée et se retourna. Elles avaient été tellement merveilleuses. Puis…

Erin aperçut un mouvement au loin du coin de l’œil. Elle regarda avec horreur par-dessus l’épaule de Pisces. Il se retourna et vit ce qui leur fonçait dessus.

“Bon sang…”

Erin vit les fées en train de hurler dans le torrent enragé de glace et de neige une seconde avant qu’il ne les frappe. Une avalanche de neige explosa à travers la porte ouverte de l’auberge, balayant les tables et les chaises. Erin fut entraînée vers le haut, le bas, à gauche puis coincée à un angle de 45° dans la neige, agitant ses pieds à grands mouvements désordonnés pour essayer de se dégager.

De l’autre côté de l’auberge, Toren entendit l’avalanche miniature s’écraser sur l’auberge et fit une pause dans son travail de déblayage pour lever les yeux. Le squelette avait réussi à dégager un immense espace dans la neige à mains nues, formant un petit mur de neige. Il abandonna ce dernier et revint vers la devanture de l’auberge.

Le squelette ne vit que des formes vagues, des taches de lumières blanche et bleue qui s’envolaient. Il n’entendit ni les rires des Fées de Givre ni leurs remarques, mais il vit très bien l’auberge.

De la neige, plusieurs tonnes de neige étaient entrées d’un coup dans l’auberge. Elle s’était tassée à l’intérieur, piégeant les deux pauvres humains. Toren entendit Erin hurler et Pisces crier quelque chose. Il regarda fixement l’auberge pleine à craquer et estima la densité de la neige.

La bouche de Toren s’ouvrit et il parut soupirer. Puis il entra dans l’auberge et se mit à creuser tandis que la neige, dehors, reprenait de plus belle.

 

Hors ligne Maroti

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  • Traducteur de The Wanderin Inn par Piratebea
Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
« Réponse #84 le: 05 septembre 2020 à 16:28:48 »
2.08
Traduit par Maroti


J’avais au moins huit ampoules après avoir passé les portes de Celum, presque deux jours plus tard. Je ne peux m’en prendre qu’à moi-même. Courir dans une paire de bottes non adaptées était la chose la plus stupide à faire pour tes pieds… À part courir pieds nus dans la neige, bien sûr.

Ouaip. C’est moi. Ryoka Griffin, la Coursière plus-tellement-nu-pied. Vous pensez que cela n’a pas d’importance, vu que c’est l’hiver, mais en fait ça en a.

« Hoi, la coursière ! Il fait trop froid pour tes pieds, hein ? »

L’un des gardes humains posté en haut des remparts m’appelle d’en haut alors que je cours sur les pavés et dans la ville. Je débats brièvement sur si je dois lui faire un doigt d’honneur ou lui répondre quelque chose. Mais je continue de courir à la place.

Un mauvais tempérament ? Qui, moi ? Je n’ai pas de mauvais tempérament. C’est n’est pas comme si j’avais passé les derniers jours à dormir et courir dans le froid, tout en étant constamment harcelé par le mal incarné.


« Hark ! Une ville humaine ! Pleine de répugnant fer et de bois de chauffage ! Gelons cet endroit, mes sœurs ! »


… Et ainsi s’en va la paix. Les Fées de Givre que j’ai amené avec moi volent dans l’air au-dessus de ma tête, amenant l’Hiver avec eux.

L’Hiver, au sens littéral. Apparemment, les saisons dans le coin ne changent pas avec la météo. Dans ce cas, c’est littéralement un phénomène qui suit ces fées lorsqu’elles volent. La température chute et il commence à neiger là où elles vont, et ces foutus trucs peuvent apparemment conjurer des avalanches à partir de rien si elles veulent.

Je ne veux rien avoir à faire avec elles, ce qui est mal tombé vu qu’elles continuent de me suivre. Mais maintenant elles sont occupées à tourmenter le garde humain, gelant sa peau au métal, les bombardant de boules-de-neige et ainsi de suite, je suis à l’abri pour le moment.

Je ne peux même pas retirer mes bottes pour laisser respirer mes pieds. Il fait froid dans le coin, mais les fées n’ont pas encore rendues l’endroit glacial. Elles ne bougent pas de manière méthodique, donc j’arrivais à trouver des hectares entiers de terre qui était encore verte et fleurissante sur ma course retour. Dommage que les Fées du Givre gelaient tout ce qu’elles voyaient.

Alors direction la Guilde des Coursiers, c’est presque aussi peu plaisant que l’endroit qui va suivre, mais cela doit être fait.

Je pousse la porte, grimaçant alors que mes ampoules touchent le plancher en bois. Je vais devoir bientôt les éclater, mais cela ne fera pas partir la douleur. Une potion de soin ? Est-ce que cela vaudrait vraiment le coup ?

« Ryoka ! »

Quelqu’un m’appelle à l’instant où j’ai passé la porte. Quelqu’un de masculin. Fals. Je le vois traverser la pièce dans ma direction, suivi par la Garia.

Tiens, tiens, quelle étrange coïncidence. Mais enfin, les deux Coursiers vivent et travaillent dans le coin. Je suppose que j’aurai dû m’attendre à les voir.

Fals s’avance vers moi, cheveux blonds et sales, beau gosse, athlétique. Le genre de Garia, ce qui explique pourquoi la fille, plus robuste et petite, est juste derrière lui. Il me sourit. Je pense que mes lèvres ont un petit tressaillement en réponse, mais je parvins à faire un léger sourire pour Garia.

Mais pour une fois, Fals semble réellement heureux de me voir, et il ne semble pas être sur le point de me donner un bon conseil. Et, à ma grande surprise, quelques autres Coursiers sont en train de sourire. C’est… Étrange.

Fals et Garia s’arrêtent devant moi, souriant. Fals à les dents droites, pratiquement blanches malgré l’absence de dentifrice et de dentiste dans ce monde.

« Ryoka, où est-ce que tu étais ? Nous ne t’avons pas vu depuis presque une semaine ! »

Sa gaieté m’agace. Je lui fais un salut de la tête.

« Salut, toi. »

Boom. Son sourire diminue d’une fraction.

« Je vais bien. Comment est-ce que tu vas… Ryoka ? »

« Je vais bien, merci. Comment ça va ? »

Et maintenant une pause incertaine.

« Tu te souviens de mon nom, pas vrai ? »

« Bien sûr que oui. Phil, c’est ça ? »

Hah ! Ça lui ferme le clapet. Mais Garia fronce les sourcils en ma direction. Et je me rend compte… Peut-être qu’être en mode pure mesquine dès l’instant que j’arrive n’est pas la bonne chose à faire. Oups.

« Elle plaisante un peu, pas vrai Ryoka ? »

Garia me donne un coup de coude dans l’estomac. Oof J’avais oublié qu’elle était forte.

« Je suis certain que Ryoka se souvient de moi. »

Fals tapote l’épaule de Garia et elle rougit. Je soupire.

« Bien sûr. Fals. Par contre, je suis surprise que vous soyez contents de me voir. »

Il hausse les épaules.

« Pourquoi ? L’histoire avec Magnolia s’est déroulé y’a longtemps, et de plus, tu es la plus rapide de nos Coursiers. Et l’une des meilleures, en plus ! Nous pouvons avoir besoin de ton aide dans le coin, maintenant plus que jamais. »

D’accord, s’il veut faire copain-copain, je ne vais pas l’arrêter. Je lui fait un sourire qui a plus de dents que de sourire.

« Vraiment ? Les affaires vont bien ? »

Il grimaça.

« Les affaires… Nos affaires… Sont ralenties à cause de l’hiver venu si vite. En ce moment toutes les routes sont gelées donc les calèches et les wagons vont lentement pour éviter qu’un cheval se casse une jambe. Personne ne va livrer rapidement avant l’arrivée des crampons coupants. »

Des crampons coupants ? C’est quoi encore cette affaire ? Surement un moyen de voyager sur de la glace.

« Ça a l’air profitable pour les Coursiers. »

« C’est facile de se dire ça, mais les Coursiers de Villes ont aussi des difficultés dans la neige. Nous sommes surchargés de requête et personne ne veut rester trop longtemps dehors. »

Garia hocha la tête et tremble. Sa tenue, et celle de Fals, sont différentes. Ils ont tous de la laine et des vêtements chauds, ce que j’envie. Moi ? J’ai besoin de m’acheter une tenue plus chaude aussi vite que possible.

« Il semblerait que je sois rentré juste à temps. »

« C’est une bonne chose que tu sois de retour, Ryoka. »

Je souris à Garia. Puis j’arrête de sourire quand je réalise qu’elle n’est pas au courant pour les Cornes d’Hammerad. Fals le remaque, et change de sujet. Il est… Prévenant. Huh.

« Alors maintenant que tu es de retour, combien de requêtes vas-tu vouloir prendre ? »

« Combien est-ce que vous en avez ? »

Garia me redonne un coup de coude. Aie ! C’était une blague. Mais peut-être qu’elle pensait que j’étais sarcastique. Je lance un coup d’œil au coude de Garia et décide d’arrêter de plaisanter.

« Je suis à la recherche des requêtes les plus rentables. Des livraisons rapides, des aventuriers sur le terrain… »

« De dangereuses requêtes. »

« C’est ça. »

« Eh bien, il n’y a jamais beaucoup de requêtes pour nous les Coursiers. Les aventuriers ne nous aiment pas… »

Ils n’aiment pas la majorité des Coureurs, et pour de bonnes raisons. Mais il ne faut pas le dire à haute voix, Ryoka.

« … Mais il y a quelques contrats longue-distance sur laquelle personne ne va te contester, je pense. Tu es la plus adaptée pour ce genre de requêtes, dans tous les cas. En plus, il y a toujours de l’argent à se faire maintenant qu’un Courrier se dirige vers chez nous. »

« Un Courrier ? »

C’est une grosse nouvelle. J’ai entendu parler des Courriers spéciaux qui font des livraisons longue distance. L’un d’entre eux était supposé prendre la requête des Hautes Passes. Fals hoche la tête et baisse sa voix.

« La rumeur raconte qu’il y a une livraison qui est top-prioritaire. Qui a fait toute la route depuis Port-Fondateur et qui est livré par un Courrier. »

« De qui vient la rumeur ? »

Il sourit et fit un signe discret en direction du bureau de la réceptionniste. Bien sûr. Fals allait être au courant, vu qu’il s’entend bien avec le personnel. Je suppose qu’il partage l’information avec moi et Garia parce que… ?

Enfin, un Coursier, hein ? Mais quel est l’endroit qu’il a mentionné ?

« Je ne suis pas familière avec le coin. Où est Port-Fondateur ? »

Maintenant Garia et Fals froncent les sourcils. Merde. J’ai fait une erreur. Il lève un sourcil.

« La plus grande ville de ce côté du continent ? La ville portuaire ? »

« D’accord. Port-Fondateur. Bien sûr. »

J’aurais dû lire un livre sur les villes locales, mais personne n’écrit d’almanachs ou de guide pour ce continent, du moins je n’en n’ai pas trouvé. Joue la cool. J’hausse les épaules de manière décontracté comme si j’avais oublié.

« Je me demande combien ils sont payés. »

« Je parie sur plus que ce que nous nous faisons en un mois. »

Fals grimace et Garia semble découragée. Mais c’est comme ça que ça marche, pas vrai ? Les aventuriers Rang Or sont riches et fameux et tout le reste en dessous d’eux se faire avoir dans le monde des aventuriers, selon Ceria. C’est comme ça partout, dans ce monde comme dans le mien. Celui d’Erin et  mon monde.

« Si tu recherches des requêtes, je peux te montrer les prioritaires. »

« Pas vraiment tenté en ce moment. J’ai besoin de me reposer. J’ai couru toute la journée et j’ai des ampoules. »

Je leur montre mes deux pauvres pieds. Garia semble choqué alors que Fals semble intéresser. Je suis certain qu’il a vu des pieds en pire état.

« Douloureux. Comment est-ce que tu as eut ça ? »

« Des bottes. »

« Tu portes des bottes ? »

Garia ricane. Ce qui un bruit étrange, venant de sa part. Féminin. Ce qui a du sens. C’est une fille, c’est juste que… Je ne m’attendais pas à ça de sa part. Je lui lance un regard mauvais.

« C’était ça où les engelures. Je n’étais pas certaine si les potions de soins peuvent soigner les engelures. »

« Elles ne le peuvent pas. Enfin, pas bien. Mais si tu as besoin de meilleures chaussures… »

« Je vais aller m’en acheter plus tard. Pour l’instant j’ai quelques trucs à faire à la guilde. »

Fals présenta ses mains.

« Je me repose d’une longue livraison de Remendia. Tu as besoin d’aide ? »

« Oui, merci. »

Nous nous décalons d’un pas pour laisser passer une Coursière recouverte de neige. Elle commence à dire aux autres Coursiers que les Esprits de la Neige sont dans les environs alors que Garia nous suit jusqu’au bureau de la réceptionniste.

« La première chose dont j’ai besoin est une copie des règles de la Guilde. Est-ce que vous avez un livre ou quelque chose du genre ? »

Fals fronce les sourcils.

« Je pense que oui, mais si tu as besoin d’un renseignement tu peux toujours me demander, ou demander à la réception. Est-ce qu’il y a un problème ? »

« J’ai juste besoin d’une copie des règles. Je n’ai pas d’ennui. »

Mais mon plan précaire tiens sur le souvenir de ce que m’a dit l’une des réceptionnistes la première fois que je me suis inscrite à la Guilde. Falsh hausse les épaules et parle à la réceptionniste.

Celle-ci est une jeune femme, guillerette, souriant pour Fals et faisant semblant de me sourire.

« Oui, nous avons bien un livre, mais il est coûteux. Je vais devoir te charger quinze pièces d’argent pour… »

Elle cligne des yeux alors que je jette une pièce d’or sur le comptoir.

« Je vais le prendre. Est-ce que tu as assez d’argent pour me faire la monnaie ? »

En fait, j’ai accès d’argent pour la payer, mais c’est l’occasion d’échanger l’une des pièces d’or que Teriarch m’a donné. En plus, elle est agaçante.

Je reçois un nouveau coup de coude alors que la réceptionniste s’emmêle les pinceaux avec ses pièces. Cette fois je la regarde, et elle me rend mon regard. Quoi ? Je suis sympa. Sympa envers moi, c’est tout.

« Comment est-ce que ça va, Garia ? »

« Je vais bien. Ces chutes de neige étaient vraiment quelque chose, pas vrai ? J’ai vu les Fées de Givre sur l’une de mes livraisons. J’ai failli me faire ensevelir sous la neige avant de sortir de la ville. »

« Mm. Les fées. »

Maudites soient-elles. Ces petits monstres se sont probablement amusés à harceler Garia. Elles sont comme de petites brutes, mais apparemment invisibles à tous sauf Erin et moi. J’hoche la tête en direction de Fals alors qu’il s’éloigne du comptoir et m’envoie un petit livre.

« Merci. »

« On te remboursera si tu le ramènes. Mais j’espère qu’il te sera utile. »

J’espère bien. Mais direction ma prochaine affaire. Je m’éloigne du comptoir avec les deux Coursiers.

« Est-ce que vous savez où est-ce que je peux acheter des artefacts ? »

Fals hausse les épaules et pointe de nouveau le comptoir, ou la réceptionniste est occupée à prendre ne charge le Coursier à moitié gelé.

« Des artefacts ? Si tu as besoin de magie, nous avons quelques objets magiques en vente. »

« Je les ai vu. »

C’est de la merde. Les Coursiers du coin n’ont pas tant à s’inquiéter des monstres, donc ce que la guilde et les magasins leur donnent sont principalement des potions de soin et des sorts à usage unique sous la forme de parchemins, de sacs* et de baguettes.


* Oui, de sac. Ne me demande pas pourquoi. je suppose que certains trucs sont plus pratique sous la forme de sac. Ils sont une sorte de sort d’empêtrement. Tu lances le sac sur quelqu’un et des vignes en sorte. Un classique ?


« Je suis à la recherche de quelque chose de plus utile. Ou quelque chose qui se recharge pour que je n’ai pas à refaire le plein. »

Fals fronce les sourcils et met la main à son menton rasé, pensif.

« C’est coûteux. »

« Mais est-ce qu’il y a un marché ? »

« Pas ici, mais avec assez d’argent tu peux te le faire livrer. Demande à un Coursier. »

Il sourit et je le fais aussi. Ce truc social n’est pas très facile, mais au moins ce n’est pas autant une corvée que ce que j’attendais.

« D’accord, assumons qu’un artefact qui se renouvelle tourne autour de deux cent pièces d’or. »

Je regarde Fals, qui secoue sa tête.

« D’accord, quatre cents. Six cents ? Huit cent ? »

« Probablement autour de huit cent pour un truc bon marché. Mais je ne peux pas vraiment te donner un prix, Ryoka. Le sort et l’objet font radicalement varier le prix. »

Nom de sciences économiques, Batman.* C’est quoi cette tranchede prix ?


* Ouais, je viens de penser à ça. Je regardais la vieille série de Batman quand j’étais gamine.


D’un autre côté, vu combien les aventuriers se font. Je pense à la fois ou Ceria m’a dit qu’un seul contrat moyen peut rapporter pièces d’or même sans la rançon sur les monstres… Ca a du sens.

Des potions de soins ? Une pièce d’or ou deux. Le prix augmente avec l’efficacité. Des livres de sorts ? Plusieurs centaines, voire milliers, de pièce d’or pour les trucs puissants. Les armes enchantées tombent entre les deux, alors qu’une armure ordinaire ne vaut pas grand-chose en comparaison.

Les sorts à usage unique ne sont pas gratuits, mais tu peux en acheter quelques-uns si tu es un aventurier avec de l’expérience et de l’argent à dépenser. Les robes de Ceria lui ont coûté presque cent-vint pièces d’or, quelque chose pour laquelle elle à dut économiser des années avant d’acheter. Mais elles ne se sont pas brisées ou déchirées alors même qu’elle a failli mourir dans les Ruines. C’est presque la seule chose qu’elle a gardé, mais elle m’a dit que sa baguette coûtait la moitié du prix de ses robes. Elle marchait avec un agent de concentration lié à de la magie qu’elle devait constamment renouveler.

Mais de la magie qui se renouvelait ? Comme disons… Un anneau de boule de feu ou quelque chose du genre ? Un sort par jour ? C’était probablement le genre d’artefact qu’ils avaient espéré trouver dans le repaire d’Écorcheur. Cela couterait… Mille deux cent pièces d’or ?

« Quand est-il d’un anneau qui tire des boules de feu ? Une fois par jour ? »

« Je te parie que ça coûterait au moins trois mille pièces d’or. Probablement quatre mille, et c’est uniquement si tu ne fais pas affaire avec un marchand venant d’outremer. »

La mâchoire de Garia se décrocha. Elle regarda Fals avant de secouer la tête.

« Vraiment ? Je n’avais pas idée que cela coûtait tant. J’ai regardé pour un sac de vignes pour me protéger, mais même ça c’était au-dessus de mes moyens. »

Elle rougit et redevint silencieuse, comme si elle pensait que Fals et moi allions la juger. Il est vrai que Fals et moi pourrions probablement en acheter un ou deux, mais je ne suis pas ce genre de personne. Et il ne l’est pas non plus, du moins, je ne pense pas qu’il le soit. Mais Persua l’est, donc je suppose que part le passé…

Je suis contente qu’elle ne soit pas là. Je lui dois toujours un os brisé, et elle m’en veut toujours si je ne me trompe pas. Mais la magie.

« C’est un anneau très coûteux. »

« Enfin, c’est plus de l’équipement d’aventurier. Cela serait bien pour un Coursier, mais nous n’avons pas besoin de ce genre d’armement, du moins, pas tant que nous continuons à faire notre boulot de Coursier. Pourquoi, tu voulais devenir aventurière ? »

« Il faut y réfléchir. »

Garia me regarde comme si j’avais annoncé que je voulais devenir une aventurière de Rang Or. Ce qui est pratiquement ce qu’est un Courrier, pas vrai ?

« Donc tu me dis que tout ce qui vaut le coup coûte au moins quelques milliers de pièces, pas vrai ? »

« Je pense que oui. Il y a beaucoup de magie à usage limité pour moins que ça, mais si tu veux quelque chose sur lequel te reposer, tu dois être riche. »

D’accord, voyons voir. Ce qui fait que n’importe quel type de véritable artefact est l’équivalent d’une voiture de luxe ou… Ou d’un avion de combat de mon monde. La seule différence est que certaines personnes portent sur elle l’équivalent d’une bombe nucléaire, avec probablement les mêmes effets, dans leurs poches.

Scruta portait une armure qui ne se faisait même pas érafler une fois toucher. Son épée coupait tout sans difficulté, à l’exception de la peau de Relc. Je me demande combien son équipement valait ? Ou ce parchemin de téléportation ?

« Ryoka. »

Fals me tire de mes pensées. Il me regarde sérieusement, tout comme Garia.

« Tu veux vraiment devenir Courrière ? Je ne sais pas ce qu’il s’est passé à Liscor, mais j’ai entendu des rumeurs. Une attaque de mort-vivants ? »

« Je l’ai loupé. Mais être Courrier c’est le rêve, pas vrai ? Si la paie est meilleure, j’en deviendrai une. »

« D’accord. »

Fals s’arrête et regarde à Garia pour une certaine raison. Elle semble aussi incertaine. Ce qui veux dire qu’ils veulent me dire quelque chose mais qu’ils ne sont pas certains de comment je vais le prendre. Je regarde Fals.

« Dis-le. »

« Ryoka. Si tu ne montes pas de niveau, tu ne seras jamais une Courrière. »

Fals me le dit droit dans les yeux. Il fait un geste en direction de Garia.

« Garia me l’a dit, et la rumeur se propage. Tu es l’une des meilleurs Coursières, Ryoka. Mais c’est un travail dangereux même pour les Coureurs de Rues. Les Coureurs de Villes risquent leurs vies, et beaucoup d’entre nous prennent leurs retraites chaque année. Mais les Courriers sont différents. Tu es la plus rapide des Coursières dans les Guildes locales, mais tu ne t’approches même pas de la vitesse qu’il faut pour en devenir un, Ryoka. Dans un an ou deux, même Garia sera capable de te dépasser. »

***

Je cligne des yeux en direction de Fals. J’ai dû mal l’entendre. Garia, me dépasser ? Elle a un terrible rythme. Elle est lente, même si elle est forte, et son corps n’est pas fait pour ce genre de course. Elle…

Elle a la classe de [Coursière]. Au niveau 11, ou du moins c’était le cas quand je l’ai rencontré. Et je suppose qu’elle continuera d’accélérer en continuant de monter de niveau ?

Cela a du sens, mais je ne peux pas imaginer Garia me battre dans une course. Mais Fals est sérieux, donc j’essaye de lui répondre sans lui arracher la tête.

« Il est temps pour moi de voir plus grand. Plus grand, et mieux. »

« J’apprécie cela, mais tu n’as jamais vu de Courrier, pas vrai ? Ils prennent des heures pour traverser des distances qui nous prendraient des jours. »

« Huh. Enfin… Je n’ai pas de classe. »

C’est libérant à dire, même si Garia me regarde comme si je n’avais que la moitié d’une tête. Mais Fals se contente de froncer les sourcils.

« Est-ce que tu… As une raison pour ça ? »

« Préférence personnelle. Et ça ne va pas changer. »

Il secoue la tête en me regardant, ne comprenant pas.

« Enfin, je suis le premier à admettre que tu peux me battre à la course même sans niveau. Toutes mes compétences tournent autour du repérage des dangers et de la conservation d’énergie. Je n’ai pas de compétence de déplacement, mais j’ai de la chance. Les miennes continue de me garder en vie. »

Il fait un geste en direction du panneau des requêtes à l’autre bout de la pièce.

« Écoute, Ryoka. Si tu veux devenir une Courrière, tu dois courir comme le vent… Où compléter assez de requêtes pour te protéger des attaques de bandits et d’assassins, entre autres. Prendre des requêtes dangereuses comme celle des Cornes d’Hammerad ou des Hautes Passes est un bon début. »

« Bien. Mais est-ce qu’il y a un moyen de me faire un nom ? »

De l’argent. Il faut se faire de l’argent. Quatre-vingts pièces d’or pour les étagères réfrigérées d’Erin ? Elle et moi allons avoir besoin de bien plus, et si mes deux premières idées ne marchent pas, je vais avoir besoin d’un plan de secours. Courir est un honnête boulot.

« La plupart des Coursiers de Villes font de courtes courses de ville en ville. De Celers à Rememdia, Ocre, Celum et même vers Esthelm, mais pratiquement jamais vers Liscor. »

« Mais les meilleurs Coursiers voyagent à travers tout le continent. »

J’ai presque dit ‘réel’ Coursier, mais je me suis mordu la langue juste à temps. Je n’ai jamais couru aussi loin, et Garia est aussi une Coursière, à sa manière.

Fals hoche la tête.

« Ca tourne autour du commerce et de la nobilité. Et des ruines, aussi, je suppose. Les nobles les plus puissants et les Cinq Familles vivent plus proche du nord. Et beaucoup des zones importantes pour les aventuriers se trouvent aussi au nord, donc il y a plus de business là-bas. Et le commerce se déroule à nos cités portuaires, donc… »

« Laquelle est la plus grande ? »

« Port-Fondateur. Si tu veux voir notre plus grande ville, mais tu vas avoir besoin d’aller jusqu’au nord jusqu’à atteindre l’océan. »

Garia interrompt, je suppose qu’elle veut impressionner Fals, ou m’aider.

« Il y a un fameux donjon par-là, aussi. Un donjon magique qui continue de cracher des monstres et des trésors. »

Des donjons magiques ? Comme les Ruines ? Ou… Magique ? Quelle différence la magie fait ? je suppose que je vais devoir voir par moi-même.

« D’accord, donc imaginons que je prends une requête pour aller là-bas. Combien est-ce que ça payerai ? Est-ce qu’il y en a disponible. »

Fals secoue sa tête. Qu’est-ce que j’ai dit cette fois ?

« Ryoka, s’il y avait des requêtes pour aller là-bas, elle serait uniquement disponible pour les Courriers. De plus, la plupart des gens mettent leur requête pour qu’un Coursier de ville la livre vers une autre ville et un autre Coursier et ainsi de suite. Tu ne vas pas trouver beaucoup de travail de cette maniè… »

Thump

Fals s’arrête et fronce les sourcils. Je tourne la tête, et Garia cligne des yeux en pointant à l’une des fenêtres de la Guilde.

« Hey, c’est quoi ça ? »

Des têtes se tournent alors que quelque chose tape contre l’une des fenêtres. Je jette un œil et couvre mes yeux alors que Fals plisse les siens avant de regarder Garia.

« Je ne vois pas ce que s’est. Est-ce que… ? »

« Fée de Givre ! »

La moitié des Coursiers dans la pièce râlent ou marmonnent. L’un des Coursiers qui s’apprêtait à partir lâche la poignée de porte alors que la petite fée nue* tape contre la vitre et regarde à travers le verre.


*Faut pas s’exciter. Il n’y a vraiment rien à voir, vu que les fées n’ont rien à cacher. Ou peut-être qu’elles portent une sorte de tenue complète ultra-moulante ? Dans tous les cas, ceux qui sont intéressés de cette manière dans les fées sont malades… Ou Gargamelle. Mais s’il était face à des Fées de Givre je serais pour lui.


« Oh non. Pourquoi l’une d’entre elle est intéressée par cet endroit ? »

« Je ne pars pas tant que l’une de ses choses continue de rôder dans le coin. Ma requête peut attendre. »

Garia regarde vers la fenêtre et s’exclame alors qu’une second fée rejoins la première.

« Regardez, il y en a plus ! C’est un essaim ! »

Fals semblait malade. Il soupira et secoua la tête.

« C’est pas de chance. Je ne sais pas si tu as beaucoup de Fées de là ou tu viens, Ryoka, mais mon conseil est que tu restes éloigné d’eux si tu ne veux pas de nouveau te casser quelque chose. »

D’accord. Est-ce que c’est l’heure de la confession douloureuse et est-ce que je fais semblant de ne rien savoir.

« Je… les ai déjà vu avant. Elles sont peut-être en train de me suivre. »

Fals et Garia me regardent comme si j’étais folle. Mais Garia hoche la tête.

« C’est peut-être le cas. Hum, cela est peut-être lié au fait… Que tu as des traits différents, Ryoka. Les fées aiment tout ce qui sort de l’ordinaire. »

« Vraiment ? »

Je suppose que Fals est un expert uniquement aux choses liées à la course. Garia hoche la tête, et essaye de ne pas bégayer alors que Fals et moi la regardons.

« Hum… Enfin, quand j’étais enfant je les aimais bien même si elles faisaient de terribles blagues. Quand j’étais à la ferme, nous avions un chien qui avait un très beau pelage noir… Mais sa tête était entièrement blanche. Il était intéressant et différent des autres, et chaque année les fées l’embêtaient jusqu’à se lasser. Nous devions l’enfermer dans la maison pour le garder en sécurité. »

Elle me regarde et rougit.

« Et je ne pense pas que tu es comme un chien, Ryoka. C’est juste que… »

« Je comprends. »

Super. Les Fées de Givre étaient probablement intéressées dans la seule femme d’héritage asiatique, et probablement aussi par le fait que je pouvais les voir et les entendre. Splendide.

Je me retourne vers la fenêtre. Les fées sont toujours là, frottant leurs fesses contre la vitre et gelant le verre. Elles m’ont cassé le cul sur tout le trajet, et je suis certaine qu’elles veulent m’ensevelir sous la neige à l’instant où je mets le pied dehors.

Elles ne m’écoutent pas, et ne reconnaissent pas mon existence à moins que je sois leur cible. J’ai perdu beaucoup de cheveux à cause de ses petites mochetés jusqu’à ce que je leur crie dessus, mais tout ce qu’elles voulaient était l’attention. Mais j’admets que je n’ai pas vraiment essayé de leur parler, j’espérais qu’elles allaient partir.

Je n’ai pas ce genre de chance. Elles me suivent depuis hier. Apparemment, je les amuse.

Petites salopes.

« Est-ce qu’elles t’ont dérangé lors de ta course, Ryoka ? »

« Tu peux dire ça. Dès qu’elles se lassent de me noyer sous la neige, elles commencent à attaquer les voyageurs sur la route. »

Les fées, ou peut-être esprits selon la façon dont ut voulais penser à eux, étaient le chaos et la malice incarnée. Elles ne semblaient pas vraiment hostiles, mais elles causaient des problèmes partout ou elles allaient.

Des roues de calèche se brisaient, des chevaux étaient effrayés et renversait leur cavalier, et des boules-de-neige volaient comme des missiles à tête chercheuse sur les gens impuissants prenant la route. C’était plutôt incroyable à voir, d’une certaine manière. Par contre, c’était beaucoup moins drôle quand les foutus insectes essayaient de m’avoir.

« Des Esprits des Neiges. »

Fals secoua sa tête et grimaça. Pour une fois j’étais d’accord avec lui. Est-ce qu’il y avait un moyen de s’en débarrasser ?

Mes connaissances sur les vieux contes et légendes étaient un peu rouillées, mais je pouvais me souvenir de pas mal de chose. J’avais une bonne mémoire. Et je me souvenais d’histoires parlant de fées. Pas les fées mignonnes comme dans Peter Pan, même si la Fée Clochette à toujours été une espèce de petit démon, mais les horribles histoires parlant de fée emportant des enfants et tuant des paysans.

Qu’est-ce que c’était ? Du fer froid, des fer-à-cheval cloué au-dessus des portes. Et des fleurs. Je me souvenais d’histoire parlant de gens accrochant des colliers de fleurs autour du cou des enfants pour éviter qu’ils ne se fassent enlever.

Bon, je n’ai pas le moindre foutu fer à cheval, mais cela allait peut-être valoir le coup d’en acheter quelques-uns. Et je n’ai pas à m’inquiéter des gamins, mais je devrais me méfier des monticules suspicieux* à partir de maintenant.


*Cela serait des Forts de Fée, de mystérieuses buttes d’herbe qui menait supposément au royaume des fées. Je ne sais pas si ce genre de légendes était vrai, mais si les fées existaient vraiment, il valait mieux ne pas prendre de risque.


N’empêche. Des fées. Elles étaient peut-être… Pour être franche, aussi horrible et agaçante que les mythes les décrivaient, mais il y a un truc à leur sujet, ce sont des fées.

Ce n’est pas comme regarder l’un de ces Drakéides ou Gnolls. Ces… Gens me terrifient pour être honnête. Je ne sais pas comment Erin peut leur parler aussi facilement. Même cette Krshia ressemblait à un ours avec un arc long, et elle n’était même pas la plus grande Gnoll que j’ai vu.

Et les Antiniums sont terrifiants. Je déteste les insectes. Je les ait toujours détestées, et ceux-là, ils portent des épées.

Mon Dieu. Quand je repense à la chance que j’ai eue d’arriver dans une ville humaine, cela me fait demander comment Erin à fait pour survivre. Si j’étais la première à voir un Drakéide, je commencerais à courir pour ma vie sans jamais me retourner.

Mais les fées. Les fées sont différentes. Elles sont magiques… Elles sont de notre monde.

Si tu arrives à croire que les fées sont réelles, alors tu peux croire que les dragons existent aussi. Tu peux croire que… Tu peux devenir un sorcier. Que tu peux devenir une héroïne ou commencer à voler.

Et elles sont magnifiques. Merveilleuse, enchanteresse… Je pourrais peut-être les aimer si elles n’étaient pas aussi chiantes.

Comment est-ce que je pouvais me débarrasser des fées, ou du moins les éloigner ? De la magie ? Je ne connais qu’un sort et c’est [Lumière]. Et le lancer me demande beaucoup d’énergie.

J’ai besoin d’apprendre plus de magie. Probablement venant de Ceria ou Pisces, mais je dois d’abord finir mes affaires ici. Donc.

Garia est toujours en train de regarder les Fées de Givres avec méfiance. Elle ne peut pas les voir, ni les entendre rire en parlant d’attaquer une vache, comme moi mais elle voit quand même quelque chose. Je tousse, et elle se tourne vers moi.

« Est-ce que tu as besoin d’aide pour t’en débarrasser, Ryoka ? Je connais quelques astuces. Un fer-à-cheval ou quelque chose fait en fer aide à les repousser, même si elles vont te lancer des choses de loin si tu le fais. »

« Elles vont se lasser. Mais s’il y a une chose que j’aimerai bien savoir. Où est Lady Magnolia en ce moment ? Toujours dans sa maison à Celum ? »

Fals me lance un étrange regard.

« Je ne vais pas prendre de ses requêtes. J’ai juste besoin de la voir. »

« Non, ce n’est pas ça. »

Fals secoue sa tête, l’air triste.

« Tu ne sais pas ? Lady Magnolia voyage toujours au nord pour l’hiver. Elle était là pendant quelques mois pour s’occuper de ses affaires. Mais maintenant elle est rentré chez elle. »

… Quoi ?

« Elle est dans une grande ville au nord d’ici. Invrisil, la ville des aventuriers. »

« D’accord, je vais aller là-bas. »

Pour la deuxième fois, le regard que me lance Fals me fait comprendre que j’ai fait une autre erreur.

« C’est à pratiquement cinq cent kilomètres au nord d‘ici. Même si tu pars aujourd’hui, je doute que tu arrives là-bas avant que le continent soit recouvert de glace. »

Quoi ? Qwa ? Quoi ?

« Cinq cent kilomètres »

Il doit plaisanter. Mais non, non, le regard que me lance Garia me dit que Fals ne plaisante pas. Cinq cent… J’ai vu une carte dans l’un des livres que j’ai lu, mais je n’avais pas vu d’échelle. Cinq cent kilomètres ? Est-ce que cet endroit est vraiment si grand ? Et plus important encore…

« Comment est-ce qu’elle à fait pour se rendre là-bas en une semaine ? A cheval ? »

Quelle est la plus longue distance que l’on peut traverser à pied ? Non, vu que c’est elle, quelle est la distance que tu peux traverser en calèche ?

« Elle voyage dans une calèche. L’un de ces calèches magiques que les riches utilisent, qui peut traverser cette distance en un jour ou deux. »

« Une calèche magique ? »

« L’une des plus puissantes, qui n’a même pas besoin de chevaux ; elle les fait apparaître magiquement. Extrêmement rapide, mais j’ai entendu dire qu’il fallait remplacer les pierres de mana ou souvent recharger la magie. Ce n’est pas quelque chose qui remplacera les Coursiers. »

Ce n’est pas vraiment ce dont à quoi je pensais, mais c’est fascinant. Garia se tourne vers Fals alors qu’il commence à parler de la nature compétitive de la course.

« Pourquoi les gens avec des chevaux ne prennent pas notre boulot ? Ils sont plus rapides, à moins que nous ayons de bonnes compétences. Un cheval peut battre un Coursier de bas niveau à tous les coups. »

Fals sourit à Garia et secoue sa tête.

« Jusqu’à ce qu’un Gobelin te fasse tomber de ta selle, ou que ton cheval attire un monstre à la recherche d’un repas. Certains Coursiers les utilise, mais à moins d’être un très bon cavalier et que tu sois prêt à passer la moitié du trajet à courir à côté de ta monture pour qu’elle se repose, cela ne vaut pas la peine. »

« Oh. Bien sûr. J’aurai dû le savoir. »

« Et pourquoi ça ? C’était une bonne question, pas vrai Ryoka ? »

Fals me sourit, et j’hoche la tête de manière absente. Cinq cent kilomètres. Je pourrais faire ce voyage, mais je vais devoir acheter des provisions, ou préparer une route qui me permettrait de m’arrêter dans les villes, mais je pourrais le faire. C’est juste que…

Bordel. Je n’allais pas pouvoir tenir ma promesse à Erin. J’ai dit que j’allais être de retour dans une semaine, et il n’y a pas moyen que je sois de retour en si peu de temps.

Magnolia à plus d’une maison ? Bien sûr que oui. Elle est riche. Ce qui ne me laisse que ma seconde option, qui est mille fois plus dangereuse. J’ai besoin de repenser cette histoire.

« Désolé si cela vient de ruiner tes plans, Ryoka. Cela ne nous plaît pas aussi, crois-moi. C’est beaucoup d’argent que nous n’allons pas voir pour une autre année. »

Je regarde Fals. Il n’est pas un mauvais type. Je ne l’aime pas beaucoup, mais au moins je peux tenir une conversation. Parce que j’ai changé ? Parce que j’ai rencontré Erin, peut-être. Parce que j’ai besoin d’être en paix avec au moins la majorité des Coursiers pour aider Ceria et Erin.

« Je suppose que je vais réfléchir à tout ça plus tard. J’ai besoin de dormir. Une dernière question, Fals. Port-Fondateur… C’est la ville le plus au nord, pas vrai ? C’est loin ? »

Il hausse les épaules et lâche la dernière bombe de la journée.

« Port-Fondateur est à plus de six mille kilomètres au nord d’ici. Six mille… Cent-quinze kilomètres je crois ? Autour de six mille kilomètres en tout cas. »

Mon esprit bug. Six mille kilomètres ? Double cette longueur pour faire le continent. Non… Celum n’est même pas à la moitié du continent et le sud est plus grand que le nord. Donc…

« J’ai toujours voulu visiter cette ville. Peut-être que je ferais le voyage quand j’aurais quelques années et de l’argent de côté. »

Garia dit quelque chose après cela, mais je ne l’entends pas. Pendant une seconde, la réalité de la grandeur de ce monde me souffle. La longueur. La distance qui va avec. C’est… Inimaginable, pour être franche. Parce que je connais quelque chose sur la géographie. Je connais la longueur de l’Amérique du Sud, par exemple. Et imaginer ceci…

Je commence à rire. Fals et Garia arrêtent de parler et me regardent. Je ris, et je continue de rire, ignorant les regards des autres Coursiers. Quand je termine, il n’y a que le silence. Même les fées me regardent.

« Elle rit comme quelque chose de maléfique, n’est-ce pas ? »

« Tel est le son d’une réunion de sorcières et d’Hécate en personne ! »



Je n’ai pas de rire maléfique. Mais je tapote Fals sur l’épaule dans tous les cas, pour le réassurer.

« Merci, j’avais besoin de ça. »

Je laisse un Fals confus derrière moi. Mon business dans la Guilde est terminé et je suis trop fatigué pour continuer à courir. J’ai besoin de me préparer pour la prochaine étape. Lire ce livre de règles, penser à propos des fées et de la magie et comment atteindre Magnolia. Et apprendre plus sur ce monde.

Oui, c’est le véritable but. J’ai été trop en retraite, trop concentré sur de petites choses. Mon excuse était que j’avais ma jambe brisée, et que ma vie avait principalement tourné autour de ça pour un bon moment. Mais maintenant…

Six mille kilomètres pour atteindre Port-Fondateur. Plus du double pour la largeur du continent. Un des cinq continents.

Trop grand. Trop vaste pour que je l’imagine. C’est le monde dans lequel je me trouve. Pendant un instant je pensais être trop petite, et les gens trop hargneux. Mais c’est parce que je suis l’une de ses personnes qui ne vont jamais à plus de quelques kilomètres de leur ville ou hors de leur état.

Je n’ai pas encore commencé à comprendre l’immensité de ce monde.

Et c’est une bonne chose.

***

« Je pensais que ce monde était trop proche… De l’endroit d’où je viens. »

C’est comme ça que j’ai expliqué mon rire flippant à Garia après avoir quitté la Guilde. Je veux dire, flippant selon elle. Et il n’est pas vraiment flippant, je suis certaine qu’elle exagère un peu en disant ça.

Dérangeant, peut-être. Dramatique… Oui. Mais je n’ai pas de rire maléfique. Qu’importe ce que ces foutues fées disent.

Elles sont au-dessus de nous maintenant, ou faisant la course dans les rues, dérangeant d’autres personnes. Pas Garia ou moi. Elle a un fer-à-cheval sur elle se qui semble marcher, ou les fées ont finalement perdues leur intérêt pour moi. Qu’importe la raison, cela me donne plus de temps pour réfléchir.

« J’ai juste oublié à quel point ce continent est grand. »

« Et c’est une bonne chose ? »

Garia me regarde sans comprendre, et je lutte pour lui expliquer. Comment est-ce que je pourrais le faire, sans parler de mon monde ?

« C’est juste que cela veut dire qu’il y a encore des parties de ce monde qui ne sont pas explorées. Des endroits où personne n’a mis les pieds. Une terre si vaste a des secrets. »

« Bien sûr. »

C’était comme si je lui avais dit que le monde était rond. Ou… Est-ce qu’il était plaît ici ? Qu’importe. Le monde de Garia n’était pas cartographié avec des satellites et des voitures Google, mais le mien l’était. L’idée qu’il y avait quelque chose à explorer, quelque chose à trouver de complètement nouveau est ce qui me faisait tourner la tête.

« Mais est-ce que tu as vraiment besoin d’argent à ce point, Ryoka ? Je pensais… Enfin, tu as dit que tu avais assez d’argent de côté grâce à la livraison que tu as faite dans les Hautes Passes. »

La livraison. Oui.

« J’ai… Besoin de plus d’argent. Il y a des choses que je dois faire. Et pour ça j’ai besoin d’un meilleur boulot. »

Elle hausse ses épaisses épaules. Si Garia était née dans mon monde, elle aurait pu être la première femme boxeuse à gagner un titre dans la division masculine.

« Eh bien, courir est un boulot stable, mais je ne sais pas si tu vas pouvoir gagner beaucoup rapidement. Pas à moins que tu sois une Courrière, et Fals à dit… »

« Je sais. »

Apparemment même moi je suis lente comparé à une Courrier. Je me demande comment elle est. Ou il. Ou ça ? Si personne ne vient de mon côté, je vais essayer de me mesurer contre le Courrier.

Mais commençons par le commencement.

« J’ai quelques avantages qui pourront m’aider, mais je ne suis pas certain d’où est-ce que je dois aller. Est-ce que tu connais bien cette ville ? »

« Plutôt, oui. Et je serais heureuse de t’aider. »

Garia me sourit, prouvant de nouveau qu’elle est une bonne personne qui ne mérite pas une amie comme moi. Si nous sommes amies. Est-ce le cas ?

Je mets la main dans mon dos et ouvre mon sac de Coursier avec une main. Depuis que je l’ai repris à Loks, je suis encore plus prudent avec la potion que j’ai reçue comme payement. Elle brille orange et rose, scintillant des deux couleurs dans le ciel gris.

« J’ai besoin de quelqu’un pour identifier cette potion. Est-ce que tu connais un [Alchimiste] ou un mage dans le coin ? »

Garia regarde la potion dans mes mains, fascinée.

« Est-ce que c’est… ? Hum, oui ! Je connais quelqu’un qui peut aider. Elle est une de mes amis. Par-là ! »

Elle me mène le long d’une rue, puis une autre, avant que nous arrivions dans une petite rue voisinant la rue principale. Je ne connais pas tellement Celum, uniquement la route vers la maison de Magnolia, quelques auberges et la Guilde des Coursiers.

Le magasin où elle m’amène est une petite enseigne coincée entre deux autres magasins. La façade est sympa, appartenant à un district devenu riche il y a peu de temps… Et il a des fenêtres barricadées et du contreplaqué dans sa vitrine plutôt que du verre.

Je regarde l’enseigne au-dessus de l’entrée.

Tissémixe. Potions, toniques, herbes.

Bon, c’est le bon coin. Garia semble nerveuse, par contre. Elle prend une grande respiration, et pousse la porte pour entrer.

« Octavia ? Hum, est-ce que tu es là ? »

Mes yeux prennent une seconde pour s’ajuster à la pièce plus sombre comparée au reflet lumineux de la neige à l’extérieur. La pièce dans laquelle je me trouve…

Est définitivement un atelier d’[Alchimiste]. Définitivement.

Voyons voir. Des herbes pendantes au plafond ? Check. Des potions sur un mur ? Check. Des parchemins, des plumes, et une sorte de bureau pour mélanger les potions ? Check. D’étranges appareils en verre ? Check.

Une unique lampe fournie de la lumière à la pièce. Ce n’est pas une lampe normale, je reconnais ce que c’est. C’est une lampe de sécurité, du genre celle qui était utilisé dans les mines de charbon ou dans les endroits où le feu était un danger, comme ici. La flamme retenue par du verre illuminait le magasin, faisant chatoyer les potions…

Et éclairant une jeune femme étudiant une potion bleue luisante sur l’une des tables. Elle leva la tête alors que Garia et moi entrions, avant de nous sourire.

« Garia ! Et tu as ramené une amie ? Bienvenue ! Rentrez et ne restez pas dans le froid. »

L’[Alchimiste] nous invite à l’intérieur, posant délicatement la potion sur l’une des étagères. Et elle aussi une surprise pour moi, même si elle ne devrait pas l’être.

Elle a la peau noire, plus sombre que tout ce que j’ai vu. Ses cheveux noirs son tressé et en queue-de-cheval. Elle ressemble à une jeune femme que j’aurai pu croiser dans n’importe quelle rue aux Etats-Unis, ou du moins n’importe quelle rue en dehors des faubourg blanc, mais ici…

La plupart des gens que j’ai rencontrés avaient la peau claire. Cet endroit est probablement proche de l’Europe, ce qui explique peut-être pourquoi. Géographiquement, cela a dut sens. Le soleil n’est pas trop dur ici, donc probablement deux continents comme Baleros et Chandrar auraient des gens à la peau sombre.

De plus, la globalisation n’existe pas dans ce monde, vu qu’il est foutrement grand.

La question était : Est-ce que cela avait de l’importance ? Dans ce monde, les humains n’étaient pas seuls. Donc est-ce que cela changeait les comportements à propos des couleurs de peau ?

Je lance un regard en coin à Garia et me rends compte qu’elle me regarde moi pour voir si je réagis à l’apparence de son amie. Eh bien, merde. Celui qui a dit que l’humanité allait faire face ensemble si confrontée à une nouvelle espèce s’était trompé.

Garia s’éclaircît la gorge alors qu'Octavia sort de derrière son comptoir pour nous saluer. L’[Alchimiste] ne ressemble certainement pas à la personne que j’imaginais qu’elle allait être.

Pas sa peau. Je parle de son âge, et son physique. Elle n’est pas une bodybuildeuse, mais elle à des muscles clairement défini et elle s’habille dans un haut sans manches et un pantalon flottant confortable. Quelque chose remonte le long de ses bras. Elle a des… Point de couture tout le long de son bras droit, et les fils commencent à se défaire.

Garia racle sa gorge et sourit à la femme à la peau sombre.

« Bonjour, Octavia. C’est Ryoka Griffin. C’est une amie, une Coursière de ville comme moi. Elle a besoin d’un [Alchimiste] et j’ai pensé… »

« Ryoka Griffin ? Je suis Octavia. C’est un plaisir de te rencontrer ; je peux voir que nous allons être très utiles l’une pour l’autre ! »

Elle prend ma main et me fait une poignée de main vigoureuse. Je cligne des yeux. Cette Octavia va à fond dès le début, ce que je ne déteste pas. D’accord, il est temps de lui rendre la pareille.

« Ravi de te rencontrer. Tu es une [Alchimiste] ? »

« La plus jeune de la ville, mais l’une des meilleures ! Tu veux une potion pas chère faite avec des ingrédients de qualités, vient ici et nulle part ailleurs. Tous les autres vont arnaquer les Coursiers, mais je te donnerai les meilleurs deals si tu continues de revenir ! »

… Ouaip. Elle fait du business, d’accord. J’ai l’impression de me faire attaquer par le vendeur de l’année.

« Tiens. Jette un œil sur ça. »

La gérante du magasin file derrière son comptoir et sort la potion bleue qu’elle étudiait plus tôt. Avant que je puisse dire quoique ce soit, elle me la met dans les mains.

« C’est une potion de stamina sur laquelle je travaille. C’est une nouvelle potion différente des anciennes recettes présente sur le marché. »

Je baisse les yeux vers la potion. C’est d’un bleu profond, la couleur azure traversé de paillettes de jaunes scintillantes à l’intérieur.

« C’est bleu. »

Octavia à un mouvement impatient du doigt.

« Les potions peuvent être de n’importe quelle couleur, je suis certain que tu le sais. Je suis en train d‘essayer de standardiser les couleurs pour que les aventuriers n’aient pas à s’inquiéter de la possibilité de se tromper et de prendre une potion de mana au lieu d’une potion de soin, mais la couleur n’a pas d’importance ici. Je peux toujours la changer après, mais goûte ! »

Je ne suis pas certaine que j’ai envie de le faire, mais Octavia m’observe. Je jette un regard à Garia et elle semble incertaine.

Mais bon sang, je suis pratiquement certaine que cette Octavia ne va pas m’empoisonner, donc je prends une petite gorgée. La potion a le goût…

C’était comme si quelqu’un avait râpé du maïs sur ma langue et l’avait mélangé avec des prunes. Des prunes pourries. Je manque de tout recracher, mais j’avale le terrible truc.

Et c’était comme si j’avais avalé du Red Bull si le Red Bull était dit fois plus fort et contenant de la véritable magie plutôt que de la caféine et du sucre. Mon corps fatigué et courbaturé par ma longue course dans le froid se réchauffe, et je sens chaque fibre de mon être se remplir d’énergie.

Putain de merde. J’ai l’impression que je peux courir plus de cinquante kilomètres avec ce truc ! Octavia sourit et reprend la bouteille.

« C’est bon, pas vrai ? J’ai changé la formule, remplaçant l’extrait de larve avec… Enfin, cela n’a pas d’importance. Le point est que ces nouvelles potions ne sont que légèrement plus coûteuse, mais bien plus efficace ! »

« En effet, c’est efficace. »

Et pratique ! C’est une potion que j’achèterais, et Octavia semble déterminée à faire une vente dès maintenant.

« D’accord, je vais te mettre un lot de potions de stamina. Tu peux déposer le payement initial ici et payer le rester lorsque tout sera là. »

Elle sort un morceau de papier et trouve un pot d’encre pour directement tremper sa plume.

« Ces nouvelles potions sont deux fois plus efficaces que celle sur le marché. Pour toi, je ne vais pas trop charger. Disons une pièce d’or et huit pièces d’argent chacune ? Cela fait un total de… Seize pièces d’or et seize pièces d’argent pour un lot de douze, mais je te fais une ristourne et tu as le tout pour quatorze. Est-ce que ça te va ? »

Octavia me lance un regard en continuant d’écrire sur le papier. J’essaye de ne pas sourire. Elle ne me laisse pas le temps de souffler. Garia semble avoir avaler sa langue alors qu’elle me regarde. Est-ce qu’elle s’est fait avoir et a acheté un lot de potion coûteuse ? Bien sûr que oui.

Heureusement, je sais comment gérer ce genre de personne. Hah, les gens avec qui mon père travaillait étaient les plus terribles vendeurs de voitures usagées. Il fallait savoir s’occuper des personnes comme elle. Avec attention, tact, diplomatie…

« Non. »

Octavia cligne des yeux, mais pas moi. La meilleure manière de s’occuper de ce genre de personne est de brusquement les arrêter. Elle se tourne vers moi, tenant le papier avec les nombres inscrit dessus.

« Cela ne causera pas de problème. Je vais juste marquer ton nom ici. Ryoka Griffin, c’est ça ? Pourquoi tu ne reviendrais pas vers moi le… »

« J’ai dit, non. »

« Oh voyons. Tu as goûté à ma potion. Je peux la rendre plus goûteuse si cela est le problème. C’est un investissement ! Tu ne peux pas dire non à une telle affaire. Reste avec moi et je t’offre une ristourne sur les futures potions. »

« J’ai dit… »

Octavia pousse le papier vers mon visage et je perds patience. J’éloigne son bras d’un mouvement. Pas fort, mais assez brusque pour lui faire comprendre que je peux continuer jusqu’à ce qu’elle se disloque quelque chose. Elle cligne des yeux.

Son bras tombe.

Il se… Défait. Les sutures noires que j’ai vues sur son bras se défont, et son bras se détache pour tomber au sol. Je suis trop choqué pendant une seconde, mais Octavia est plus rapide.

« Oh, bon sang. Je savais que j’aurai dut repasser les sutures une seconde fois. Tu peux me tenir ça une petite seconde, s’il te plaît ? »

Elle me met le parchemin et la plume dans mes mains avant de se pencher pour récupérer son bras manquant. Je la regarde, bouche bée.

« Tout va bien, Ryoka ! »

« C’est quoi ce foutoir… ? »

Garia vient à moi, évitant les tables mal rangées alors qu’Octavia ramasse son bras. Elle pointe vers Octavia qui tiens la chose qui n’est pas vraiment son bras dans sa main.

« Elle est l’une des Tissée. »

Octavia lève les yeux, inquiète.

« Oh, c’est la première fois que tu rencontres l’un d’entre nous ? Je suis désolé, cela à dut te surprendre. Mais ne t’inquiète pas, je suis faite de tissu. Perdre mon pas ne me fait pas mal du tout ! »

Elle tend ton bras vers moi.

Je ne peux pas m’en empêcher, j’ai un mouvement de recul instinctif, mais le bras touche mes doigts avant que je puisse les retirer. La sensation est…

Étrange. Le bras est étrange. C’est juste du… Coton. Je peux sentir la peau de coton sous mes doigts, comme du tissu normal. Et à l’intérieur, il y a… Plus de coton. C’est tellement du coton.

Mais les détails ! Quelqu’un a prit le temps de créer l’intérieur d’un corps d’humain à partir de tissu, avec quelques libertés. Pas tous les muscles sont dans le bras, mais il y a des veines rouges qui ressemble à des morceaux de laine colorée, un os jaune fait de délicat coton tressé, et même des fils à rouge à l’intérieur du bras pour faire penser au sang. »

Je regarde le bras, et le touche avec précaution. C’est du coton. Que du coton. Octavia sourit.

« Tu vois ? Rien de spécial. Donne-moi deux secondes et… ! »

Elle pousse son bras contre son épaule. C’est incroyable, mais pendant une seconde je peux voir dans son corps depuis le trou de son bras. Il y a de l’os et de la chair tissé dans le corps d’Octavia. Garia frissonne et détourne le regard jusqu’à ce qu’Octavia commence à recoudre les sutures ensemble, cousant littéralement son bras à son corps.

« Attendez quelques instants. C’est toujours compliqué de bien refaire les sutures. »

Et son bras redevient de la chair, ou presque. Il change de simple tissu à quelque chose qui ressemble à de la peau avec une telle fluidité que seul la suture autour de son épaule se voit.

Octavia fait claquer ses mains, un son de chair contre chair si réel que je sursaute presque. Elle me sourit et fléchit son bras. Les muscles ondulent sous la peau exactement comme de la chair normale.

« Comme neuf, tu vois ? C’est inconvénient quand les sutures se défont, mais je n’ai pas à m’inquiéter de ça la plupart du temps. De plus, être en tissu veut dire que je peux changer mon corps comme je veux. Par exemple, je me suis donné un peu de muscle pour mieux pouvoir tout porter. Ca me ralenti un peu, mais… Hey ! »

Elle me reprend le parchemin et la plume. J’avais complètement oublié que je les tenais.

« Je peux voir que tu es une cliente perspicace. D’accord, nous allons retenir le deal sur les potions de stamina pour quand nous allons mieux nous connaître. Mais si tu as besoin d’une potion de soin, de mana, d’un tonique pour une maladie ou quelque chose d’autre, viens me voir ! Construire des connexions est quelque chose de normal pour les Coursiers, et je ferais de toi une cliente prioritaire quand j’aurai monté de niveau, qu’est-ce que tu en penses ? »

Elle ne s’arrête jamais. Je cligne des yeux, et secoue ma tête.

« Je ne suis pas à la recherche d’une potion pour l’instant. Si je suis là… Je suis là pour une évaluation. »

Octavia reprend aussitôt des couleurs.

« Alors pourquoi est-ce que tu n’as rien dit ? Je peux identifier n’importe quelle potion en un coup d’œil. Donne-moi quelques instants et je vais te trouver la location, la brasserie, et l’efficacité de la potion. Je peux même… Par les dieux morts, c’est quoi ça ? »

Octavia s’arrête, muette, alors qu’elle voit la potion que j’ai mis à ma ceinture. Elle dépasse Garia et à la potion dans les mains avant que je puisse cligner des yeux.

« Hey ! »

Elle m’ignore alors qu’elle tient la potion orange et rose à la lumière.

« Ou est-ce que tu as eut ça. »

Elle m’ignore alors qu’elle marche de manière chaotique, avant de s’asseoir rapidement à l’une des tables recouverte d’équipement. Elle place la potion sur une étrange pierre mise dans une boite, et tape la chose. La pierre laisse échapper une étincelle, et soudainement une flamme bleue apparaît sous la potion.

« Ne fais pas ç… »

Octavia regarda la potion alors que, soudainement, les filaments de roses s’épaississent et s’assombrissent alors que le orange luit de plus belle. Garia laisse échapper un petit cri de surprise alors que la potion illumine le magasin. Octavia ne prend même pas la peine de se retourner alors qu’elle murmure à elle-même.

« C’est magnifique. Celui qui a fait cela à utiliser les meilleurs ingrédients et à chauffer la mixture à la perfection. Je n’arrive pas à penser à un [Alchimiste] du coin qui pourrait faire ça. Est-ce que cela vient du nord ? »

« Non, c’est une potion que j’ai reçue. Je veux savoir ce qu’elle fait. C’est supposé me rendre plus rapide ma…»

« C’est une potion de célérité, ou peut-être une version encore plus efficace. »

Octavia retire la potion de la pierre et les couleurs redeviennent normales. Elle fait signe dans sa direction, tellement excité que je commence à avoir une idée de combien Teriach m’a payé pour cette livraison.

« Cette potion… Je n’ai rien vu d’aussi puissant de ma vie ! Tu pourrais la vendre pour… Je dois l’étudier ! Qui l’a fait ? Tu l’as trouvé dans des ruines. À combien veux-tu que je te l’achète ? »

« Ce n’est pas à vendre. Je voulais juste voir combien elle valait et ce que cela faisait. Je voulais parler à un [Alchimiste] à-propos de potions, non pas à… »

Octavia n’écoute pas. Elle est simplement en train de regarder autour d’elle, murmurant quelque chose à propos de flasque vide et d’équipement. Je tends la main vers la potion et elle se retourne vers moi, un grand sourire sur le visage.

« D’accord, si tu me donnes un échantillon de cette potion je vais répondre à toutes tes questions. Je vais même mettre une ou deux de mes potions dans le deal, gratuit. »

« Non, je ne veux pas de ça. »

Je tends la main vers la potion, mais Octavia fait un pas en arrière. Elle tient la potion comme si c’était un élixir de vie.

« Je pourrais te trouver un excellent prix sur le marché. Laisse-la-moi quelque temps pour bien chercher et j’aurai un chiffre pour toi à la fin de la journée. Tu es en train de viser au moins mille… Non, au moins deux mille pièces d’or minimum. »

« Non. Rend moi ma potion. »

Elle ne veut pas me la rendre. Garia ouvre la bouche, et Octavia est aussitôt à côté d’elle, passant un bras autour de ses épaules.

« Ton ami Garia m’a acheté de fantastiques potions le mois dernier ! Tiens, je vais te donner 20… Non, 40% de réduction sur les potions de mon magasin et je vais aussi te donner quelques échantillons pour tester contre ta potion. »

« Donne-moi la potion. »

« Quand est-il de vingt pièces d’or ? Je te donne ça et la potion contre un échantillon. Je rajoute même quelques toniques que j’ai fait. Ils sont hautement rentables ! Juste donne-moi quelques minutes et un tout petit peu de ta potion pour la copier et ens… »

« Donne-moi la potion où je vais te faire du mal. »

Hors ligne EllieVia

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Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
« Réponse #85 le: 09 septembre 2020 à 18:18:42 »
2.09

Traduit par EllieVia
 



Lorsqu’Erin se réveilla, il faisait tellement froid que c’en était douloureux. Elle dormait dans son auberge lorsqu’elle ouvrit les yeux et faillit crier de douleur à cause du froid brûlant. Elle pensa tout d’abord avoir été enterrée sous la neige, mais ce n’était pas le cas. Non, Pisces et elle avaient été secourus et la neige avait fondu la veille. Mais elle avait tout de même froid. Que s’était-il donc passé ? Elle était allée se coucher dans la cuisine après le départ des Fées de Givre et de Pisces puis…
 
Erin était gelée. Elle regarda autour d’elle, raidie, et comprit que le froid n’était pas dû à une Fée de Givre maléfique ou quoi que ce soit dans le genre. Il faisait juste froid, vraiment froid dehors.
 
Normalement, les jours où il faisait froid et qu’Erin n’avait rien à faire, elle se contentait de se rouler en boule sous ses couvertures ou se traîner jusqu’au thermostat pour augmenter la température jusqu’à ce que ses parents lui crient dessus parce qu’elle gaspillait le gaz.
 
Mais il s’agissait de son quotidien lorsqu’elle était encore chez elle, dans une maison moderne avec des murs solides et du chauffage. Elle était dans un monde différent à présent, dans une auberge dont les murs de son auberge avaient été abîmés par les attaques de morts-vivants et l'unique source de chaleur était la cheminée éteinte.
 
Et le Michigan avait beau connaître des périodes de grand froid, des chutes de neiges terribles, cela n’avait vraiment rien à voir avec l’hiver que les Fées de Givre avaient emporté avec elles. Erin ne pouvait se souvenir d’avoir jamais eu aussi froid, et elle pouvait entendre les vents hurlants siffler en s’engouffrant à travers les trous des murs de l’auberge, apportant avec eux les températures glaciales de la froide nuit du dehors.
 
Il était possible que seules les cinq couvertures qu’Erin avait achetées à Krshia l’aient empêchée de geler dans son sommeil. En l’état, elle se leva avant l’aube, tremblant tellement fort qu’il lui était presque impossible de se déplacer.
 
Erin aurait vraiment aimé pouvoir rester emmitouflée dans ses couvertures pour toujours, mais une partie de son cerveau lui soufflait que si elle ne s’activait pas, elle resterait vraiment là à jamais.
 
C’est pour cette raison qu’Erin se retrouva marcher à croupetons au sol, emmitouflée dans un nombre imposant de couvertures, à se débattre avec un silex, de l’amadou et des bouts de bois dans la cheminée de la cuisine pour allumer un feu.
 
Elle parvint à faire partir le feu au bout de ce qui lui parut une éternité, et ne remarqua qu’elle avait mis le feu à un morceau de ses couvertures que lorsqu’elles se mirent à fumer. C’est ainsi qu’Erin commença sa journée.


***

Une fois qu’Erin fut parvenue à réchauffer suffisamment la cuisine pour que ses exhalations ne se matérialisent pas systématiquement, elle se roula de nouveau en boule et dormit quelques minutes. Ou peut-être quelques heures. Elle ne se leva qu’une fois, pour mettre plus de bois dans le feu, et c’est à ce moment-là qu’elle réalisa qu’elle n’avait presque plus de bois de chauffage.
 
C’était un problème, mais Erin était tellement gelée qu’elle ne put s’empêcher de remettre une bûche dans le feu. Elle avait froid. Elle s’occuperait de cela quand elle serait plus alerte.
 
Trois heures plus tard, Erin était plus alerte. Emmitouflée dans une couverture pour préserver sa chaleur, elle mit un peu d’eau dans une bouilloire, se fit frire quelques œufs et les posa sur des toasts. Il lui fallait de la nourriture et une boisson chaude.
 
Erin n’appréciait pas vraiment l’eau chaude, mais c’était toujours mieux que de l’eau froide et elle n’avait plus de jus de fruit bleu. Elle avait de la chance que son seau d’eau se soit décongelé pendant son sommeil.
 
La vie était tout de suite plus supportable après un petit déjeuner chaud. Erin s’agita et regarda le paysage gelé par sa fenêtre. Étonnamment, elle commençait à se dire qu’elle n’allait peut-être pas mourir de froid aujourd’hui, finalement.
 
Il faisait plus chaud, aussi. Erin ignorait la raison pour laquelle les vents hurlants qui s’étaient infiltrés dans son auberge et l’avaient gelée jusqu’à l’os s’étaient arrêtés. Elle entendait pourtant toujours le vent souffler, mais il ne paraissait plus parvenir à pénétrer dans son auberge. Pourquoi ? Et d’ailleurs, où était Toren ? Elle l’avait appelé plusieurs fois pour lui demander d’alimenter le feu afin qu’elle n’ait pas à s’en occuper, mais il n’était jamais réapparu.
 
Dès l’instant où Erin sortit dehors, elle trouva la réponse à ses deux questions. Un immense bloc blanc lui bouchait la vue.
 
Voyons voir. Il y avait de la neige au sol, il y avait le ciel. Et entre les deux… un mur ? Oui, un mur. Un mur de neige.
 
C’était un mur de neige compactée qui commençait lentement à se transformer en glace sous les assauts du soleil et du froid. Il faisait presque dix pieds de haut, et Erin n’avait aucune idée de comment il était arrivé là.
 
Les pièces du puzzle finirent par se mettre en place lorsque Toren apparut dans son champ de vision. Son squelette était occupé à pousser de la neige avec un morceau de bois, raclant maladroitement la neige qu’il ajoutait ensuite au mur qui entourait son auberge.
 
Erin le regarda fixement. Puis elle comprit ce qu’il s’était passé.
 
À un moment, la veille, alors qu’elle parlait avec Ryoka, elle avait dit à Toren d’aller déblayer la neige autour de l’auberge. Elle n’avait pas vraiment prévu qu’il le fasse. C’était juste une tâche pour l’occuper. Il avait aidé à sortir Erin et Pisces de l’auberge et avait déblayé les restes de l’avalanche, puis Erin avait été trop occupée à se cacher dans son auberge et à essayer de se réchauffer pour se souvenir de lui le reste de la nuit.
 
Il avait donc été dehors tout ce temps, à faire des pelletées de neige. Et d’une manière ou d’une autre, il avait fini par créer ceci lors du processus. Un mur de neige bien commode pour bloquer le vent mais qui piégeait efficacement Erin dans sa propre auberge. Et il avait fait tout cela tout seul.
 
C’était le problème. Dites à un humain de faire quelque chose et il le fera peut-être, mais il finira par s’ennuyer, ou, sinon, tomber raide mort à un moment ou à un autre. Mais les squelettes ne s’ennuyaient jamais. Ou si c’était le cas, ils n’en parlaient pas.
 
Erin avait dit à Toren de déblayer la neige autour de son auberge. Et c’est ce qu’il avait fait. Pendant toute la nuit.
 
Il s’était bien battu mais avait tout de même perdu. Ou plutôt, Toren avait bien réussi à déblayer une quantité prodigieuse de neige, mais elle avait été remplacée. Erin regarda fixement l’immense anneau de neige et fusilla Toren du regard.
 
“Hey ! Je suis censée sortir comment, moi ?”
 
Il la regarda et Erin aurait juré l’avoir vu cligner des yeux. Ou du moins, les flammes au fond de ses orbites s’atténuèrent pendant un instant. Toren se tourna vers le mur de neige, puis vers Erin, et haussa les épaules.
 
Erin fronça les sourcils, mais son visage n’était pas tellement coopératif. Le mur avait certainement rendu les choses plus supportables. Elle pouvait entendre le vent, et même le sentir un peu lorsqu’il parvenait à franchir le mur. Mais la neige faisait un brise-vent bien pratique donc elle se contenta de pointer du doigt la neige devant elle.
 
“Débarrasse-toi de ça. Il faut que je sorte.”
 
Toren acquiesça. Il s’approcha de la zone dans le mur et se mit à y donner des coups de pieds et à en déblayer la neige. Erin rentra et se refit chauffer de l’eau. C’était pratique d’avoir un squelette, même s’il ne réfléchissait pas tant que ça.


***

“Okay, voilà le plan.”
 
Toren regarda Erin, dans l’expectative, tandis que cette dernière frissonnait. Elle pointa en direction de Liscor.
 
“Je vais aller acheter d’autres trucs. À manger. Et il faut que j’aille voir si mes amis vont bien. Pendant mon absence, je veux que tu ailles chercher du bois pour le feu. Compris ?”
 
Le squelette hocha la tête, mais hésita. Il regarda autour de lui, décontenancé. Erin comprit qu’il ne savait pas où aller chercher du bois.
 
“Je ne sais pas où on peut en trouver. Chercher des arbres.”
 
Il acquiesça et s’éloigna. Erin regarda Toren descendre lentement la colline et se demanda s’il était sage de le laisser partir comme ça. Mais s’il était capable de bâtir un mur de neige, il pourrait bien trouver un peu de bois, pas vrai ? Toren était très serviable. Si on lui assignait une tâche, il l’exécutait.
 
Au bout d’un moment.
 
Et elle avait aussi un objectif. Se rendre en ville. Erin prit une grande inspiration et se mit en route. Atteindre la ville. Il y ferait sans doute plus chaud.
 
La marche dans la neige s’avéra effroyablement ardue, notamment car Erin n’avait pas assez d’épaisseurs pour empêcher la neige de tremper son pantalon. Elle finit par entrer en titubant par les portes au sud de Liscor, presque entièrement gelée en dessous des genoux et luttant contre l’horrible douleur cuisante qui envahissait sa peau à moitié congelée.
 
Tkrn le Gnoll était assigné aux portes. Il lui dit quelque chose lorsqu’Erin passa devant lui d’un pas mal assuré, mais elle n’était pas vraiment en mesure de répondre.
 
“Mademoiselle Erin. Comment allez-v…”
 
“Froighd ! Nnh meci !”
 
Il cilla et elle le dépassa. Elle ignora le Gnoll et se rendit le plus rapidement possible avec ses pieds gelés vers la Rue du Marché. Elle ne pensait qu’à atteindre Krshia. Krshia s’y connaissait en trucs chauds. Elle avait de la fourrure. Erin pourrait peut-être lui faire un câlin jusqu’à ce qu’elle se soit réchauffée ?
 
La cruelle douleur de l’existence dura encore plusieurs minutes après qu’Erin soit entrée dans la ville. C’était même encore pire car où qu’elle pose son regard, elle voyait des Drakéides emmitouflés et des Gnolls en train de se balader encore pratiquement nus. Mais Erin finit par trouver la Rue du Marché, et le monde devint un petit morceau de paradis. Ou d’enfer. L’enfer était probablement plus chaud.
 
Il y avait des braseros le long de la Rue du marché, des lances d’acier au bout desquels des bassins remplis de charbons ardents qui réchauffaient l’air. Certains commerçants faisaient même cuire des aliments sur les braises et les vendaient aux piétons.
 
Erin ne prit même pas la peine d’y réfléchir à deux fois. Elle sentit l’odeur de la viande grillée flotter dans l’air et se retrouva instantanément devant le Gnoll en train de la faire cuire. Il cilla en dévisageant l’humaine grelottante qui levait un doigt tremblotant et pointait la nourriture en train de dorer sur la grille.
 
“U-u-un t-truc de viande s’il vous plaît.”
 
Ce n’était qu’un morceau de viande dégoulinant de gras et de jus. Erin se brûla la bouche avec et mâchonna le cartilage en savourant la chaleur. C’était la meilleure chose qu’elle ait jamais mangée… de toute la journée. Probablement de toute la semaine. Elle était plutôt certaine d’avoir déjà mangé de meilleures choses au cours de sa vie.
 
Elle engloutit un premier morceau, puis un deuxième. Ce n’est qu’à ce moment-là qu’elle se souvint de payer. Le Gnoll accepta les pièces de bronze recouverts de graisse et hocha la tête, médusé.
 
Krshia avait regardé le petit goûter post-petit-déjeuner d’Erin. Quand Erin se souvint enfin de passer à son échoppe, elles papotèrent un instant. Et même alors, ce ne fut pas une conversation productive.
 
“Tu as besoin de vêtements pour l’hiver, oui ?”
 
“O-oui.”
 
“J’ai beaucoup de fourrures et de vêtements chauds. Est-ce que tu préfères la laine ou autre chose ?”
 
“O-oui.”
 
Krshia finit par choisir des vêtements pour Erin. Elle les fourra dans les mains de la jeune femme, lui dit de trouver un endroit pour se changer et revenir quand elle aurait plus chaud.
 
Erin suivit son conseil, et c’est ainsi qu’elle se retrouva à la Guilde des Aventuriers, où elle se changea en essayant de ne pas regarder d’un air trop appuyé l’aventurière Drakéide qui enlevait son armure.
 
“Que font les aventuriers pendant la journée ?”
 
Ce fut la première question qu’Erin posa à Selys lorsqu’elle eut terminé de passer de ses vêtements mouillés et froids aux vêtements d’hiver chauds que Krshia lui avait donnés. Selys fronça le nez et agita sa queue en direction d’un groupe d’aventuriers assis à l’une des tables. Ils puaient.
 
“Infestation de rats dans les égouts.”
 
“Ex ! Mais attends, pourquoi est-ce que c’est un boulot d’aventuriers, ça ? Ce ne serait pas plutôt un job pour un exterminateur ou autre ? Des chats ?”
 
“On n’a pas beaucoup de ce genre de chose ici en ville. Les chats… les Gnolls n’aiment pas vraiment les chats. Et de toute façon, ils ont tendance à disparaître quand les gens commencent à avoir faim en hiver.”
 
“Hum…”
 
“De plus, on parle ici de rats géants. Presque aussi hauts que ça.”
 
Selys leva la main à la hauteur du nombril l’Erin. La jeune femme déglutit.
 
“Okay. Wow.”
 
“Ce n’est pas le genre de menace dont la Garde a envie de s’occuper, et ce n’est pas si dangereux que ça. Enfin… pas suffisamment dangereux pour que n’importe quel garde se sente d’aller faire une balade dans la gadoue. Ils ont préféré poser un contrat. Ils ont embauché les aventuriers.
 
Selys agita la main en direction du groupe de guerriers malheureux.
 
“Ça paie bien, mais personne n’est vraiment content de le faire.”
 
Erin ne savait même pas que Liscor était équipée d’égouts. Elle s’en ouvrit à Selys.
 
“Oh, c’est juste un endroit où on vide tous les trucs répugnants. On ne peut pas se contenter de les jeter hors de la ville, et tous ces gens qui vivent ensemble créent beaucoup de…”
 
Selys hésita.
 
“... trucs. Donc on se contente de jeter tout ça dans les égouts pour que ça s’évacue avec l’eau. Les Antiniums ont creusé les tunnels, mais ils ne sont pas obligés de les nettoyer ou de se débarrasser des monstres qui vivent à l’intérieur.”
 
“J’aimerais bien avoir des égouts. Je n’ai rien d’autre que des toilettes sèches dehors et maintenant que je n’ai plus d’acide, Toren va devoir tout nettoyer à la main. Ou à la pelle. Il faut que je lui achète une pelle.”
 
“Oui, j’ai entendu pour ton auberge. Elle a été recouverte de neige, c’est ça ?”
 
“Qui te l’a dit ?”
 
“Ton ami mage.”
 
“Ceria ?”
 
“Non, l’autre.”
 
“Pisces n’est pas mon ami.”
 
“Tant mieux !”
 
Erin éclata de rire et Selys eut un sourire en coin. Mais elle grimaça.
 
“Il est arrivé en ville couvert de la neige. Il a essayé de faire en sorte que je le laisse rester à la guilde jusqu’à ce que je le mette à la porte. Il n’arrêtait pas de dire qu’il y avait eu une avalanche. Au beau milieu des plaines ?”
 
L’expression joyeuse d’Erin se transforma en une moue mécontente.
 
“Oui. Grâce à ces fées maléfiques.”
 
Selys sembla perplexe.
 
“Les quoi ? Oh, tu parles de ces créatures. Les esprits. Qu’est-ce qu’il s’est passé ?”
 
“Je…”
 
Erin hésita. Elle se souvint que Pisces avait dit que personne ne pouvait voir ou entendre les fées.
 
“Je, euh, les ai énervés, je ne sais pas comment. Et ils ont créé une avalanche et failli m’enterrer dans mon auberge !”
 
Selys avait l’air compatissante.
 
“Horrible. Tu devrais rester loin d’eux.”
 
Erin gémit.
 
“C’est ce que tout le monde n’arrête pas de me dire. Mais elles sont tellement jolies.”
 
“Jolies ?”
 
“Hum. Qu’importe.”
 
Selys secoua la tête devant les bizarreries de son amie.
 
“Ils n’entrent pas dans les bâtiments donc tu ne risques rien. Évite simplement de les mettre en colère, d’accord ? Ils n’embêtent d’ordinaire pas les gens à moins qu’ils ne soient comme Relc.”
 
“Pourquoi ? C’est quoi le problème avec Relc ?”
 
“Tu n’es pas au courant ? Chaque hiver, les esprits le suivent de partout pendant une semaine et font des bêtises. De la neige tombe des toits, il glisse sur de la glace… une fois, une cheminée s’est cassée et lui est tombée sur la tête !”
 
“Pourquoi ? Je veux dire, c’est à cause des fées ?”
 
“Yep. Il les déteste. Chaque fois qu’il les vois il leur jette des trucs ou essaie d’en attraper une. Elles lui gèlent toujours les mains, en revanche.”
 
Erin fronça les sourcils. Les fées étaient des abruties, mais Relc était gigantesque.
“Il devrait juste les laisser tranquille.”
 
“Il a essayé, mais elles continuaient quand même à l’embêter.”
 
Pendant un moment, les deux continuèrent à parler de Relc et des différentes manières dont les fées aimaient commettre leurs méfaits. Erin avait l’impression que les Fées de Givre étaient considérées comme des forces de la nature, plutôt que comme de véritables créatures, par les gens de Liscor.
 
“Elles ne représentent pas une menace. Je veux dire, elles peuvent faire beaucoup de dégâts si tu les déranges, mais elles ne sont pas pires qu’une inondation ou un Gobelin solitaire. C’est rare d’entendre parler d’une personne qui se soit faite attaquer comme toi. Sauf Relc, bien sûr.”
 
Selys marqua une pause. C’était une petite journée à la guilde, ou alors les aventuriers étaient toujours en train de combattre les rats sous terre. Elle se tourna brutalement vers Erin et lui posa la question qui lui trottait dans la tête depuis un moment.
 
“Erin. Est-ce que les rumeurs sont vraies ? Est-ce que le Roi de la Destruction s’est vraiment réveillé ?”
 
“Quoi ?”
 
“C’est juste que j’ai entendu Krshia en parler lorsqu’elle est revenue de la ville. Tu sais, après que tu aies secouru cette Ceria et Olesm. Elle dit que l’autre humaine…”
 
“Ryoka.”
 
“... Oui, elle. Elle dit que l’autre humaine a dit qu’il était de retour.”
 
“C’est ce que j’ai entendu dire aussi. Mais je ne sais pas qui c’est.”
 
“Vraiment ? Erin...
 
“Désolée ! C’est juste…”
 
Selys soupira, exaspérée.
 
“Je sais, je sais. Mais toi, tu devrais le connaître, quand même. C’est un mâle de ton espèce, un humain, je veux dire. Et même nous, nous connaissons le Roi de la Destruction.”
 
“Son retour ne présage rien de bon, hein ?”
 
Ryoka n’avait pas vraiment beaucoup parlé de Flos à Erin. Elle lui avait juste dit que c’était un roi qui avait régné sur un territoire titanesque avant de disparaître soudainement.
 
“Plus que ça, Erin. Il a conquis presque la totalité de Chandrar et ses armées étaient en train de traverser la mer et d’accoster sur nos côtes australes avant sa disparition.”
 
“Wow. C’est plutôt effrayant. Mais… je veux dire, pourquoi est-il si célèbre ? Il n’a jamais pu pénétrer très loin dans ce continent, si ?”
 
“Ce n’est pas la question. C’est le fait qu’il soit parvenu à traverser la mer et d’apporter une invasion jusqu’ici !”
 
Erin attendit, mais c’était tout.
 
“Okay, il a réussi à traverser la mer. Et alors ?”
 
“Erin ! Est-ce que tu sais à quel point c’est dur de traverser la mer avec une armée ? Les guerres intracontinentales sont une chose, mais que quelqu’un soit vraiment capable de traverser les milliers de milles qui nous séparent d’un autre continent, c’est du jamais vu ! Je veux dire, personne n’a jamais réussi à le faire en réussissant à amener avec lui une armée en un seul morceau !”
 
“Mais ce n’est qu’une mer, pas un océan, si ?”
 
Selys regarda Erin, désorientée.
 
“Est-ce qu’il y a une différence ?”
 
“Je crois, oui. Une mer, c’est juste de l’eau à côté des terres, tandis que l’océan… ce n’est pas le cas. De plus, les océans sont plus gros.”
 
“Okay. C’est donc un océan. La seule chose à retenir, c’est qu’il y est parvenu. Et maintenant, il est de retour !”
 
En effet, cela avait l’air grave. Erin émit tous les bruits appropriés d’inquiétude pendant qu’une pensée se débattait dans son esprit.
 
“Donc le Roi de la Destruction pourrait venir ici, et c’est grave.”
 
“Très grave. Même si…”
 
Selys hésita.
 
“Je ne sais pas si le conseil y fera quoi que ce soit. Ni l’armée, d’ailleurs.”
 
“Pourquoi ?”
 
“Eh bien, déjà, il est si loin. Qu’est-ce qu’on pourrait faire ? Tous les royaumes et les terres qu’il a conquis ne lui obéissent plus. Chandrar s’alliera probablement pour le combattre, donc on n’a rien à faire.”
 
“Donc il n’y a rien de vraiment grave ?”
 
“Non. Si ! Je ne sais pas, c’est juste vraiment énorme, c’est tout.”
 
Erin acquiesça.
 
“Je comprends. Oh, et d’ailleurs, j’ai obtenu la classe de [Guerrière] hier.”
 
“Vraiment ? C’est une super nouvelle, Erin !”
 
Le visage de Selys s’éclaira et elle sourit à Erin, ses inquiétudes au sujet d’un roi lointain oubliées.
 
“Tu as combien de niveaux ?”
 
“Juste deux. Mais je me demandais pourquoi est-ce que je n’ai obtenu la classe que maintenant. Je veux dire, j’ai combattu beaucoup de choses avant. Pourquoi est-ce que je ne l’ai eue qu’en allant dans les ruines ?”
 
Selys fronça les sourcils et réfléchit.
 
“C’est la première fois que tu vas chercher la bagarre, pas vrai ? Je veux dire, tu es déjà partie en exploration avant, mais tu n’es jamais partie en te disant que tu allais tuer quelque chose.”
 
“C’est ça la différence ?”
 
“Tout est une question d’objectif. Je veux dire, je cuisine pour me faire à manger mais je n’ai toujours pas obtenu de classe de [Cuisinière]. Mais si j’essayais d’en faire un loisir ou un boulot, j’obtiendrais probablement immédiatement la classe.”
 
“Et du es aussi une [Guerrière] maintenant, c’est ça ?”
 
Selys hocha fièrement la tête.
 
“Niveau 4.”
 
“Est-ce que ça signifie que tu vas aller acheter une épée pour tuer des monstres ?”
 
Erin ne voyait pas son amie faire ça, mais elle supposait que tout était possible ?
 
“Quoi ? Non ! C’est juste sympa d’avoir une autre classe. Je veux dire, ne te méprends pas. Je n’essaie pas de devenir aventurière ou quoi que ce soit.”
 
Selys leva une main et éclata de rire.
 
“Je me suis entraînée à l’épée quand j’étais jeune, mais j’ai arrêté. Si j’avais continué… je serais peut-être au niveau 12 aujourd’hui. Mais maintenant… combien d’années me faudrait-il pour atteindre le niveau 20 ? Probablement au moins une décade. Il n’y a que les gens comme cette Ceria qui ont le temps de gagner des niveaux dans plus d’une classe.”
 
“Vraiment ? Il faut si longtemps que ça ?”
 
“Bien sûr. Je veux dire, si j’étais soldate en première ligne, cela ne prendrait peut-être qu’un an ou deux, mais je n’ai pas spécialement envie de risquer ma vie.”
 
C’était étrange. Erin gagnait des niveaux beaucoup plus vite que ce que Selys lui disait. Pourquoi donc ? Elle allait demander à Selys, mais se souvint des mots de Ryoka qui l’enjoignaient d’être discrète. Elle ferma la bouche. Puis elle la rouvrit délibérément.
 
“Je suis passée au niveau 18 dans ma classe d’[Aubergiste] après l’attaque des morts-vivants.”
 
Selys était en train de boire dans le verre d’eau qu’elle s’était versé. À sa grande déception, elle ne recracha pas le tout sur Erin, mais elle s’étouffa et éclaboussa le bureau. Erin enleva les papiers et la bouteille d’encore avant qu’ils ne se fassent tremper.
 
Quoi ? Sérieusement, Erin ?”
 
“Très sérieusement. Est-ce que tu sais pourquoi je gagne si vite des niveaux ?”
 
Selys fronça les sourcils en essuyant distraitement l’eau avec un chiffon.
 
“Ça doit être à cause de tout ce que tu as fait. Je n’ai jamais entendu parler d’une aubergiste qui aurait repoussé une attaque de morts-vivants ou… oui qui aurait lancé son auberge toute seule.”
 
“Donc c’est la difficulté qui permet de gagner des niveaux plus vite ? L’adversité ?”
 
Selys haussa les épaules et la queue d’un air impuissant.
 
“Je ne sais pas. Je suis désolée, Erin. Je sais comment fonctionne ma classe. Plus je rends service à des gens, plus je serai douée pour faire en sorte que les gens soient contents et pour envoyer les aventuriers sur des quêtes, et plus je gagnerai de niveaux. Mais cette guilde est tellement petite que je ne dépasserai jamais le Niveau 20 avant la retraite. Tu devras demander à d’autres aubergistes comment ils font pour gagner des niveaux.”
 
“Oh. Mais je ne connais pas d’autres aubergistes.”
 
Erin vit Selys se tapoter les lèvres d’une griffe. La Drakéide regarda le reste de la guilde majoritairement vite puis parut prendre une décision. Elle hocha la tête.
 
“J’ai bientôt terminé mon service. Si tu veux m’attendre, je te présenterai à un bon aubergiste.”



***

Erin parcourut les rues de Liscor avec Selys, découvrant au passage des endroits qui ne lui étaient pas familiers.
 
“Ça y est. Je n’ai plus aucune idée d’où on se trouve.”
 
Elle était dans une zone différente de la ville, où les Drakéides représentaient la majorité des piétons et où les commerces et les bâtiments paraissaient plus adaptés pour leur espèce. Et elle n’avait aucune idée d’où elle était.
 
“Je ne savais pas que Liscor était si… grande ! Et je n’étais jamais venue ici !”
 
Selys se moqua gentiment d’Erin.
 
“Erin ! Tu ne vas jamais nulle part sauf au district du Marché et quand tu viens me voir !”
 
C’était vrai. Erin rougit en suivant Selys dans les rues, son amie pointant du doigt les endroits qu’elle aimerait visiter.
 
“Ce n’est pas que je n’aime pas les nouveaux endroits, mais la première fois que je suis venue ici…”
 
Erin se souvenait s’être affreusement perdue en agaçant tout le monde sur son passage. Elle était entrée dans plusieurs bâtiments avant de s’en faire chasser lorsqu’elle comprenait que c’était la maison de quelqu’un. Et de plus, elle était clairement la malvenue à l’époque.
 
Mais à présent, avec Selys à ses côtés, Erin se sentait à son aise, si ce n’est la bienvenue dans certains quartiers de la ville. Quelques Drakéides connaissaient Selys de nom et personne ne jetait de choses sur Erin. C’était un bon début.
 
“Donc on visite qui ? Et où va-t-on ?”
 
Selys pointa du doigt le bout de la rue.
 
“On va côté nord. Il y a une bonne auberge là-bas - Le Voleur sans Queue. C’est l’auberge la plus célèbre - et la plus chère - de la ville. L’aubergiste est celui que je veux te faire rencontrer.”
 
Erin tâta sa bourse.
 
“Je, euh, n’ai pas pris beaucoup d’argent sur moi.”
 
“Oh, ne t’inquiète pas. Je connais l’aubergiste que nous allons voir, et tu es nouvelle. On aura au moins une boisson gratuite et sans doute un repas chaud.”
 
“Vraiment ?”
 
“Bien sûr. Peslas est généreux. Laisse-moi juste dire bonjour en premier.”
 
Peslas s’avéra être le Drakéide le plus grand qu’Erin ait jamais vu, si l’on exceptait peut-être Relc. Mais si Relc était large d’épaules et doté de bras massifs, Peslas était juste… gigantesque.
 
Il n’était pas gras. Pas exactement. Il avait un énorme ventre et c’était un grand Drakéide. Une partie du gras était vraiment du muscle. Erin en était à peu près certaine parce que la première fois qu’elle le vit, le Drakéide était occupé à poser tout seul un énorme tonneau d’alcool sur le comptoir.
 
“Selys !”
 
Dès l’instant où il aperçut la jeune Drakéide, Peslas se fendit d’un immense sourire.
 
“Comment vas-tu, mon enfant ? Cela fait des mois que je ne t’ai pas vue ! Approche donc !”
 
Selys sourit poliment au grand Drakéide et s’approcha pour qu’il puisse l’enlacer d’un bras imposant. Peslas lui sourit pendant que Selys lui présentait Erin, puis son sourire s’effaça un peu pour être remplacé par une expression de surprise.
 
“Une humaine ? J’avais entendu dire qu’il y en avait encore quelques-uns dans la ville après les attaques de morts-vivants mais… attends, je te connais ! Tu es l’[Aubergiste] de l’auberge abandonnée ! Eh bien, comme ça, tu connais la jeune Selys ?”
 
“Je l’ai amenée voir ton auberge, Peslas. C’est-à-dire, si tu n’es pas trop occupé ?”
 
“Bien sûr que non. Comment pourrais-je dire non à la petite-fille d’Isshia ? Et à toi, humaine.”
 
Erin tendit la main et se fit écraser les phalanges par la poigne de Peslas. Elle ne grimaça toutefois pas, et Peslas lui sourit de sa bouche pleine de dents.
 
“Tu es venue apprendre du meilleur, n’est-pas ? Je ne peux pas t’en blâmer. Certains aspects de mon auberge sont secrets, bien sûr. Mais bon, nous commençons tous par le fond donc n’hésite pas à regarder ! Je doute que tu puisses copier quoi que ce soit.”
 
Là-dessus, il appela une serveuse pour qu’elle fasse s’asseoir Selys et Erin et en un instant, elles furent assises devant des boissons et des friands à la viande croustillants. Et Erin vit une auberge en mouvement.
 
L’auberge de Peslas était presque pleine alors qu’il n’était pas encore midi. Il avait un large panel de clients, des vieux Drakéides qu’Erin supposait être à la retraite aux Drakéides plus jeunes qui semblait être de jeunes cadres dynamiques. Et bien sûr, il y avait les serveuses, toutes de sexe féminin, et toutes des Drakéides.
 
Pour faire court, c’était là une auberge pour les Drakéides, dirigée par des Drakéides. Erin ne vit aucun Gnoll, et elle réalisa qu’elle attirait beaucoup de regards en coin. Selys empêcha cependant de laisser s’installer un malaise en bavardant de sujets légers pendant qu’Erin regardait autour d’elle.
 
Donc. C’était cela une auberge respectable. Tous les signes étaient là. Pas de chaises cassées, pas de trous dans les murs ou de planches maladroitement clouées sur les fissures, et des lampes lumineuses et une équipe affairée par-dessus le marché. La chope qu’on lui avait servie était remplie d’une épaisse boisson fruitée, alcoolisée et tout simplement délicieuse. Et la nourriture était bonne, aussi ! C’était une auberge sans défauts, sans bagarres, sans squelettes.
 
Et Peslas était ici au centre de tout.
 
Le grand Drakéide se déplaçait de table en table, non pas avec la vivacité d’une serveuse, mais d’une démarche paresseuse qui le menait de client en client, avec lesquels il bavardait, partageait une pinte et les derniers potins. Peslas disparaissait à l’occasion dans la cuisine et revenait avec une assiette, ou il amenait quelqu’un à son siège - ou soulevait un tonneau - mais il ne faisait clairement ces choses-là que lorsqu’il s’agissait d’une faveur pour une ami. Il n’avait pas besoin de travailler.
 
Ce qu’il devait faire, c’était interagir avec les clients. Il s’assurait qu’ils étaient servis à temps, écoutait leurs peines et leurs succès, et discutait. Sa bouche ne cessait jamais de s’activer.
 
“Non. Elle t’a quitté ? Même après que lui aies acheté la bague ?”
 
Erin vit Peslas assis à deux tables d’elles, en train d’écouter un Drakéide aux écailles marron en train de renifler devant son assiette. Peslas tenait une chope à la main - la sixième qu’Erin l’avait vu boire pendant la dernière heure.
 
Apparemment, de ce qu’Erin avait entendu, le Drakéide auquel parlait Peslas avait perdu sa petite amie de plusieurs années juste au moment où il allait la demander en mariage. À la fin de l’histoire du Drakéide éploré, les yeux du vieux Drakéide étaient emplis de larmes.
 
“Tu as toujours été trop bien pour elle.”
 
Peslas essuya ses larmes en tapotant l’épaule du jeune Drakéide. Il se tourna et appela une serveuse. Elle arriva avec deux chopes et Peslas en saisit une.
 
“Holà tout le monde ! Je paie ma tournée ! Portons un toast au jeune Relss et buvons pour lui porter chance pour ses futures amours !”
 
L’auberge éclata en vivats. Erin vit une autre chope imposante se diriger vers elle et se demanda combien de fois Peslas faisait ça par semaine. Ou par jour. Il été généreux. Il insistait parfois pour qu’un repas soit aux frais de la maison si un client avait passé une mauvaise journée, ou il invitait quelqu’un dans la rue boire un verre gratuit.
 
“Est-ce qu’il peut se permettre tout ça ?”
 
Chuchota Erin à Selys pendant qu’elles terminaient leur repas. Selys parut surprise, puis elle acquiesça.
 
“Oh oui. Il est plutôt riche, et son auberge tourne excellemment bien. Tous ses clients réguliers viennent souvent. Et, bon, ils sont aussi riches que lui.”
 
“Et c’est le meilleur aubergiste de la ville ?”
 
“Le meilleur aubergiste à une centaine de miles à la ronde, pour sûr !”
 
S’exclama Peslas dans le dos d’Erin. Elle faillit renverser sa boisson. Il l’attrapa, éclatant de rire en s’asseyant à leur table.
 
“J’ai entendu dire qu’il y avait un aubergiste en train d’approcher le niveau 50 dans l’une des citées Humaines septentrionales.”
 
“Laquelle ?”
 
“Oh, la plus grosse. Comment ça s’appelle ? Port-Fondateur. Oui, celle-là. C’est l’aubergiste de plus haut niveau du continent, mais là encore, la plupart des aubergistes de mon âge sont au moins au niveau 20 ou plus. Voire niveau 30, comme moi !”
 
Il se cogna son large poitrail et éclata de rire. Selys et Erin lui sourirent, et Erin se recula légèrement pour ne pas se trouver juste à côté du grand Drakéide. Il lui sourit de nouveau de toutes ses dents.
 
“Alors ? Qu’en penses-tu ? Est-ce que ta petite auberge peut reproduire certaines de mes meilleures idées ?”
 
Peslas adressa un sourire condescendant à Erin, mais l’humaine ne réagit pas à la provocation. Erin hocha la tête en regardant autour d’elle.
 
“Je pense que oui. J’ai au moins compris quelque chose.”
 
“Oh ?”
 
Peslas et Selys se penchèrent par-dessus la table, dans l’expectative. Les yeux de Peslas pétillaient, mais Erin ne lui prêta aucune attention. Elle montra du doigt l’une des Drakéides en train de servir à table.
 
“J’ai besoin d’une barmaid. Ou d’une serveuse. Ou quelqu’un qui puisse servir les boissons et nettoyer pendant que je suis aux fourneaux.”
 
Les deux Drakéides clignèrent des yeux. Erin poursuivit.
 
“J’ai Toren, mais il n’est pas très doué pour le service. De plus, si je n’ai pas besoin de cuisiner, je peux faire d’autres choses. Comme, ne pas cuisiner. Donc, oui, c’est mon nouvel objectif. Avoir une barmaid.”
 
Peslas avait l’air incrédule.
 
“Tu n’as même pas de barmaid ? Est-ce que tu es toute seule dans ta petite auberge, Humaine ?”
 
“J’ai un squelette, mais il est occupé à aller me chercher du bois de chauffage et de l’eau.”
 
Pendant un instant, Peslas dévisagea Erin puis il hurla de rire. D’autres clients se retournèrent, souriant d’avance à la blague alors qu’il cognait la table du poing. Lorsqu’il cessa de glousser pour passer au stade des sifflements aigus, il leva les yeux sur Erin en s’essuyant quelques larmes.
 
“Je t’aime bien. Oui, tu n’as rien à voir avec la vermine humaine dont j’ai entendu parler !”
 
“Oh ?”
 
“J’ai entendu dire que vous n’étiez que des pestes qui causaient des ennuis. Mais tu as du feu, pour une humaine ! J’aime bien. Dommage que ton auberge ne puisse jamais être moitié aussi bien que la mienne.”
 
Curieuse, Erin se pencha légèrement en avant. Elle appréciait l’alcool, mais elle de devenait pas saoule grâce à sa compétence. Peslas avait toutefois l’air un peu pompette.
 
“”Pourquoi donc ?”
 
Peslas claqua simultanément les doigts et la que.
 
“Pourquoi ? L’emplacement, jeune fille. J’ai dit la même chose à l’Humain qui en était le précédent propriétaire, mais il n’écoutait jamais.”
 
“C’était un humain qui dirigeait l’auberge d’Erin avant elle ? Je ne savais pas.”
 
Selys participait à présent à la conversation. La Drakéide cligna des yeux devant sa deuxième chope, puis devant Peslas. Il hocha la tête, souriant en agitant une griffe.
 
“C’était il y a des années de cela. Avant que le Nécromancien… enfin, on avait beaucoup plus de visiteurs venus du sud. Les gens n’avaient pas peur de traverser les Plaines Sanglantes à l’époque, et il y avait plus d’un village. Un petit village a poussé autour de cette auberge, grâce à l’humain qui s’en occupait. Mais tout a été détruit.”
 
“Pourquoi ? Qu’est-ce qu’il s’est passé ?”
 
Pendant un moment, la large face de Peslas devint sérieuse lorsqu’il se tourna vers Erin.
 
“Les morts-vivants, voilà ce qu’il s’est passé. Ils ont forcé tout le monde à fuir la zone. Quand l’humain est rentré, il n’a jamais eu la volonté de reprendre l’auberge. Personne ne venait et un jour, il a juste cessé de venir en ville. Je l’avais prévenu. L’idiot.”
 
Erin se souvint du squelette dans la chambre à l’étage. Peslas rit, et elle le regarda.
 
“Je pense qu’il était courageux.”
 
Il secoua la tête en pouffant.
 
“Stupide, oui. Courageux ? Peut-être, mais le courage ne vend pas à boire.”
 
“Mais il a fait de son mieux. Et de plus, il a lancé son auberge à partir de rien.”
 
“Il faut plus que faire de son mieux. Il faut quelque chose de spécial. C’est ce qu’il te faut apprendre jeune… Erin, c’est bien ça ? Il te faut un grappin.”
 
Peslas désigna son auberge d’une serre.
 
“Mon auberge est connue comme était la meilleure du coin. Le meilleur service, la meilleure nourriture… les meilleurs lits et les meilleures boissons aussi ! Qu’est-ce que tu peux offrir aux gens qui leur donnerait envie de venir te voir dans ton coin reculé ?”
 
Erin haussa les épaules. Elle n’était pas sûre d’être d’accord avec tout ce qu’avait dit Peslas au sujet de son auberge. C’était une bonne auberge, mais si elle ne servait que les Drakéides, à quoi bon ?
 
“Je joue aux échecs. Je ne suis pas la meilleure, mais je suis plutôt forte.”
 
Cette fois-ci, le rire de Peslas résonna jusque dans les coins les plus reculés de l’auberge.
 
“Les échecs ! Ça, c’est intéressant ! Tu joues, dis-moi ? Est-ce que tu voudrais prendre un pari ? Quelques pièces d’or ? D’argent ? Je parie deux pièces contre une. Tout ce que tu veux !”
 
Selys fronça les sourcils, mais le grand Drakéide ne sembla pas la remarquer. Erin, pour sa part, demeura calme.
 
“Oh, si tu veux parier, je parie tout ce que j’ai. Dix pièces d’or ? Cinquante ? Ton auberge ? Tu veux relever le pari ?”
 
Peslas cligna des yeux. Selys s’interposa en souriant à l’aubergiste.
 
“Tu n’en as pas entendu parler ? Erin a battu Olesm aux échecs la première fois qu’ils se sont rencontrés. Elle n’a jamais perdu face à lui, et il la défie presque tous les jours.”
 
Les Drakéides qui écoutaient leur conversation réagirent à cette affirmation-. Mais Peslas se contenta d’éclater de nouveau de rire et d’agiter sa queue dans les airs.
 
“Le feu ! Les Humains en ont à revendre. Comme je le disais à l’ancien aubergiste. Comment s’appelait-il, déjà... ?”
 
Il agita la queue avec dédain. Erin dévisagea Peslas sans sourire. Il était malpoli, ou peut-être juste saoul. Elle lui aurait proposé une partie, dans tous les cas - peut-être avec un handicap, comme un bandeau sur les yeux - lorsqu’elle sentit quelque chose lui toucher le pied. Erin faillit paniquer avant de s’apercevoir qu’il s’agissait de la queue de Selys.
 
La jeune Drakéide sourit à Peslas pendant que le grand Drakéide finissait de rire en faisant une blague au sujet des humains qui se ressemblaient tous à ses amis.
 
“C’était chouette de te revoir, mais Erin et moi devons aller rendre visite à des amis. Mais merci de nous avoir laissé te regarder travailler.”
 
“Bien sûr. Transmets mes amitiés à ta grand-mère, tu veux ?”
 
Peslas se leva et raccompagna Selys et Erin à la porte. Comme Selys l’avait dit, il ne mentionna pas la note, mais il s’adressa toutefois à Erin lorsqu’ils furent devant la porte.
 
“Mon auberge est toujours ouverte pour les autres [Aubergistes]. Viens me voir si tu t’ennuies un jour pour boire un verre ! Mais je pense que même ton auberge excentrée va bientôt recevoir du monde, Erin.”
 
“Oh ? Vraiment ?”
 
Il hocha sagement la tête, en tapotant le bout de son nez - ou museau ? d’une griffe.
 
“Ma compétence d’[Intuition] me dit que cela sera le cas. Et elle ne m’a jamais induit en erreur. Prépare bien ton auberge, et tu pourras peut-être gagner quelques niveaux, jeune Erin. Ah, baste. Bonne chance pour ta petite tentative !”



***

Elles étaient déjà à quelques rues de l’auberge lorsqu’Erin se décida enfin à rompre le silence.
 
“Hum, merci de m’avoir fait visiter l’auberge, Selys. Cela me sera très utile.”
 
Selys regarda Erin du coin de l’œil et explosa.
 
“Tu ne m’en veux pas ? Je suis tellement désolée pour Peslas, Erin. Je ne savais pas qu’il serait si malpoli !”
 
“Il n’était pas si horrible. Je suis désolée, aussi - j’ai été malpolie avec lui vers la fin, je veux dire. Je sais que c’est ton ami.”
 
Selys grimaça tandis qu’elles continuaient leur route.
 
“Erin, ce n’est pas mon ami. Je le connais à peine. C’est une connaissance de ma grand-mère, c’est tout. Je ne lui parle presque qu’une fois par mois. De plus, il a épousé une fille qui est presque aussi jeune que moi !”
 
Erin essaya de s’imaginer ça et échoua avec succès. Selys fronça les sourcils en marchant d’un pas décidé, sa queue s’agitant d’irritation.
 
“Dans tous les cas, c’est un connard. Je suis contente qu’il n’ait pas gagné plus d’un ou deux niveaux même après que son auberge soit devenue la plus grosse de la ville.”
 
“Vraiment ? Mais son auberge est tellement animée !”
 
“Oui. C’est bizarre, non ?” J’imagine qu’il doit y avoir une autre raison pour laquelle il ne gagne pas de niveaux, mais ça n’a pas vraiment d’importance. Peslas est riche, et c’est tout ce qui l’intéresse. Il n’a pas besoin de niveaux en plus.”
 
“J’imagine. C’est juste que son auberge était chouette. Je me suis juste dit que c’était étrange qu’il n’ait pas de clients Gnolls.”
 
Selys hésita.
 
“Ils ne viennent… pas souvent ici. Ce n’est pas qu’il ne les servirait pas, c’est juste qu’ils ne sortent jamais vraiment de leurs quartiers dans la ville.”
 
“Je vois.”
 
“Les humains vont où ils veulent, mais ton espèce ne vit pas vraiment en ville.”
 
“C’est sûr.”
 
Erin réfléchissait toujours. Elle réfléchissait à son auberge et elle comprenait ce que Peslas avait dit au sujet de son emplacement. Elle pensait qu’il avait tort, mais elle comprenait. Selys et elle continuèrent de marcher et sortirent du quartier résidentiel Drakéide. Selys finit par rompre le silence.”
 
“Bref, dans tous les cas, je suis désolée qu’il ait été comme ça. Il n’est pas malpoli avec moi. Mais tu es une autre [Aubergiste] et… une humaine.”
 
“Il n’y a pas de problème.”
 
La conversation devient plus légère à partir de là. Erin et Selys souriaient de nouveau lorsqu’elles atteignirent la caserne des gardes.
 
Erin avait été extrêmement surprise d’apprendre que Liscor n’avait pas d’hôpital. Selys n’avait même pas copris de quoi elle parlait lorsqu’elle lui avait décrit le bâtiment et sa fonction.
 
À Liscor, les gens se soignaient chez eux et embauchaient un [Guérisseur] pour venir les voir avec des herbes et des potions, allaient se faire soigner, ou comptaient sur les organisations auxquelles ils appartenaient pour cela. La Guilde des Aventuriers, par exemple, avait plusieurs lits pour les guerriers blessés ou sans abri, et la Garde présentait les mêmes commodités.
 
C’est donc là qu’Erin et Selys retrouvèrent Ceria et Olesm, en train de se reposer dans un endroit reclus du bâtiment. La demie-Elfe et le Drakéide n’étaient pas sous garde stricte, mais ils n’étaient pas non plus libres de se balader. Mais ils n’avaient pas d’ennuis, non plus.
 
“On ne peut pas vraiment être blâmés pour tout ce qu’il s’est passé. La ville savait qu’on entrait, et de plus, on a perdu presque tout le monde lors de l’attaque.”
 
Ceria était en train d’expliquer la situation à Erin tandis que cette dernière lui tendait des morceaux de pomme épluchée. Elle était allongée sur l’un des lits tandis que les trois autres étaient assis autour d’elle. Ceria était encore plus mince et pâle qu’à l’ordinaire, mais Erin était heureuse de voir qu’elle avait l’air en bien meilleure forme qu’avant.
 
“On s’est battus, au lieu de se contenter de fuir. Ça aide. Et il y aussi le fait que tout le trésor - du moins ce qu’il y avait - a été pris par la ville. Ça suffit, en termes d’amende.”
 
“Et je leur ai dit que Ceria et le reste ne devraient pas être blâmés pour ce qu’il s’est passé.”
 
Olesm était assis sur le tabouret, hochant vigoureusement la tête, bras croisés. Il était plus actifs que Ceria, même si lui aussi paraissait plus maigre et pâle qu’à l’accoutumée. Il fit un geste de main pour désigner le reste du bâtiment.
 
“C’est ce que j’ai dit à Zevara, et elle a été très compréhensive. Je pense que les aventuriers pourront repartir sans avoir à payer quoi que ce soit. Mais, hum, ils risquent de ne pas pouvoir récupérer tout leur équipement.”
 
“Comme si on était en mesure de l’utiliser. Les rares à avoir survécu sont toujours blessés ou ne veulent plus jamais avoir à prendre une épée de leur vie. Je suis allée voir Yvlon et elle ne répond presque pas. Quant à moi…”
 
Ceria s’agita dans son lit, levant une main en mâchant sa pomme. Erin et Selys se figèrent légèrement en voyant apparaître l’os jauni et la peau noircie du bras de Ceria qui avait été blessé par un sort. La mage fit un sourire tordu.
 
“Je ne vais pas partir à l’aventure tout de suite. Ma main d’usage est ruinée et même si je décide de partir à l’aventure, je n’ai ni baguette, ni grimoire. Chancre, je n’ai même pas d’or à moi. J’ai tout laissé dans les Ruines.”
 
Erin échangea un regard avec Selys. Elle regarda Ceria, en essayant de ne pas montrer qu’elle regardait la main squelettique.
 
“Mais tu vas bien ? Tu te sens bien, si on oublie la…”
 
Ceria secoua la tête et agita les os figés.
 
“Ça ira. Ma main est un maigre pris à payer pour ma vie. Si j’avais pu l’échanger pour que les autres…”
 
Elle s’interrompit, et tout le monde resta silencieux pendant une minute. Les yeux d’Erin la brûlaient encore lorsqu’on mentionnait les morts. Gerial. Sostrom. Calruz.
 
Olesm fut le premier à rompre le silence. Il pointa son propre lit du doigt, à l’autre bout de la grande pièce. La Garde n’avait pas assez de pièces pour leur accorder un peu d’intimité. Selys en avait été scandalisée jusqu’à ce que Ceria fasse remarquer qu’Olesm et elle avaient eu largement le temps de faire connaissance dans des lits moins hospitaliers.
 
“J’ai hâte d’aller mieux. Je partirais bien tout de suite, mais Capitaine Zevara insiste pour que je prenne mon temps.”
 
Il sourit à Erin.
 
“Et alors, je pourrai peut-être venir à ton auberge et faire quelques parties d’échecs avec toi. On pourrait jouer maintenant, si tu veux… ?”
 
Erin ignora le regard plein d’espoir du Drakéide et secoua la tête.
 
“Ce serait sympa, mais j’ai besoin d’un meilleur grappin.”
 
“Un quoi ?”
 
Selys regarda son amie en fronçant les sourcils.
 
“Oh, pitié, Erin. Tu ne peux pas écouter ce qu’a dit Peslas.”
 
“Mais il a raison. Les échecs ne rapportent pas d’argent, surtout maintenant qu’aucun Ouvrier ne vient à l’auberge. Non pas qu’il en reste… beaucoup…”
 
Un nouveau silence s’abattit sur le petit groupe. Ceria finit par se racler la gorge.
 
“Eh bien pour ma part, je suis certaine que la charmante Capitaine de la Garde me sortira d’ici à coups de pieds aux fesses tôt ou tard. Quand le moment sera venu, je chercherai probablement un endroit où dormir. Erin, ça t’embêterait que je vienne à ton auberge ? Je n’ai pas t’argent, mais je te rembourserai dès que possible.”
 
“Quoi ? Non !”
 
Les queues de Selys et d’Olesm se raidirent lorsqu’Erin protesta, l’air indignée.
 
“Je ne vais pas te faire payer. Tu peux rester à mon auberge gratuitement ! Aussi longtemps que tu le voudras !”
 
Ceria sourit et secoua la tête.
 
“C’est très gentil, mais je sais que tu as besoin d’agent aussi. Je ne voudrais pas m’imposer.”
 
“Non, j’insiste. Tu es aussi l’amie de Ryoka, et je suis sûre que c’est ce qu’elle voudrait. Et de plus, tu peux gagner ta croûte ! Est-ce que tu sais cuisiner ?”
 
“Rien que tu aimerais et encore moins avec les ingrédients d’ici, j’en ai bien peur.”
 
“Eh bien… ce n’est pas grave. Tu peux faire de la magie. Je suis sûre que je pourrai te trouver un travail qui aiderait vraiment. Oui. Je pourrais… t’engager comme barmaid ?”
 
“Mauvaise idée. Je ne suis pas du genre à servir au bar et je ne m’entends pas bien avec les… mâles. De plus, que peut faire une barmaid manchote ?”
 
“Dans tous les cas, je te laisserai rester aussi longtemps que tu veux. Les amis valent plus que l’argent, après tout.”
 
“Merci. Je t’en suis reconnaissante.”


***

Selys et Erin passèrent encore une heure à parler avec légèreté avec Olesm et Ceria, et Erin joua même une partie avec Olesm, gagnant haut la main, avant de partir. Erin savait qu’elle devait encore s’arrêter chez Krshia. Pour payer les vêtements, déjà.”
 
Mais elle eut une surprise déplaisante en allant voir la Gnolle. Krshia avait encore tout ce dont Erin avait besoin en stock, mais la Gnoll expliqua à Erin que cela lui coûterait moitié prix de plus que ce qu’elle avait payé la dernière fois.
 
“La nourriture est plus chère maintenant. Je donnerai ce que j’ai de meilleur, mais cela te coûtera beaucoup plus. Et je ne peux plus faire les livraisons. Je suis désolée.”
 
“Quoi ? Pourquoi ?”
 
“Mon Coursier des Rues, il est occupé, oui ?”
 
Krshia expliqua en rangeant les denrées d’Erin dans un sac pour qu’elle puisse les transporter.
 
“Mon Coursier, il fait beaucoup de livraisons en ville. Beaucoup ont été blessés et tués pendant l’attaque des morts-vivants. Il a beaucoup à faire et ne peut pas faire le voyage dans la neige jusqu’à ton auberge. Pas sans demander un extra.”
 
Selys acquiesça.
 
“D’habitude, on a fini de se préparer pour l’hiver à cette période, mais avec l’attaque et les réparations, on manque de main d’œuvre. De plus, l’hiver n’arrive jamais quand on s’y attend. Tout le monde est très occupé.”
 
Eh bien, cela voulait dire qu’Erin devrait porter ses vivres à partir de maintenant. Elle regarda d’un air sombre l’énorme sac que préparait Krshia et visualisa son voyage imminent dans la neige.
 
“Eh bien, si c’est comme ça…”
 
“Mm. Là encore, je suis désolée. Mais est-ce que tu as besoin d’autre chose ?”
 
Erin cilla. Elle se souvint soudain de l’une des choses qu’elle avait prévu d’acheter en ville.
 
“Oh, oui. Je cherche des trucs spéciaux tant que je suis là. Du bœuf haché ! J’en veux beaucoup, et du fromage. Ooh, et un peu de moutarde ! Et du pain. J’ai besoin de pain en tranches, ou de petits pains. Ce serait encore mieux. Et des tomates, du vinaigre, et, euh, des œufs. Je prendrai aussi un citron ou deux si tu en as.”
 
Krshia n’avait pas de citrons, mais elle avait tout le reste. C’était cher - mais la Gnolle dit à Erin qu’elle avait de la chance que l’hiver ait tout juste commencé.
 
“D’ici la fin de la saison, ce genre de choses sera trop cher pour toi et moi, oui ?”
 
“Je suis juste contente d’avoir encore assez d’argent pour payer tout ça. Les affaires sont mauvaises et il faut que je fasse quelque chose d’incroyable !”
 
Erin hocha la tête pendant que Krshia finissait d’empaqueter ses derniers achats dans le sac. Erin tendit la main sur une bretelle, soupesa le sac…
 
Et sentit toute son assurance s’évanouir.
 
“Hey ! C’est vraiment lourd !”
 
“Je suis désolée, mais tu as commandé beaucoup de choses. Tu pourrais peut-être en laisser la moitié et faire deux voyages ?”
 
Erin essaya de s’imaginer faire des allers-retours dans la neige et frissonna.
 
“Je n’aime vraiment pas l’idée. Il n’y a pas d’autre moyen ? Un traîneau, peut-être ?”
 
“Hey, moi, je te le porte si tu m’offres à manger.”
 
Erin se retourna. Relc était debout derrière elle et lui souriait. Et à ses côtés se trouvait un visage familier auquel Erin ne s’était pas encore réhabituée.
 
“Klbkch ! Relc ! Que faites-vous, tous les deux ?”
 
“Principalement de la patrouille. Mais on est venus te voir. J’ai un message pour toi, et Klb s’ennuyait juste.”
 
L’Antinium salua poliment Selys et Krshia avant de se tourner vers Erin.
 
“Bonsoir, Erin. J’espère que tu te remets des événements d’il y a quelques jours ?”
 
“Quoi ? Oh, oui, ça va mieux. Tu vas bien, n’est-ce pas, Klbkch ? Scruta t’avait bien amoché.”
 
“J’ai parfaitement récupéré, merci.”
 
“Et moi ! Je vais mieux aussi, merci de demander !”
 
Interrompit Relc, gonflant le torse pour montrer ses nouvelles cicatrices sur les bras et le torse à Erin et aux autres. Il regarda Selys en aplatissant les épines de son cou, mais elle se contenta de soupirer et de rouler des yeux.
 
C’était bon de voir que les deux allaient bien, même s’il était étrange de voir Relc aussi amical. Erin se souvenait de son comportement avant le retour de Klbkch, mais elle passa outre.
 
“Donc tu peux porter mes affaires ?”
 
“Ça ? Bien sûr. Je portais des trucs deux fois plus lourds tous les jours quand j’étais soldat.”
 
Relc sourit à Erin et assena une pichenette sur le sac de Krshia d’un air dédaigneux. La Gnolle renifla tandis que Klbkch s’adressait à Erin.
 
“Nous voudrions venir à ton auberge ce soir, Erin. Si ce n’est pas trop nous imposer ?”
 
“Quoi ? Non ! Venez, venez ! Je vais faire un festin !”
 
Erin sourit aux deux gardes, heureuse. Pour une fois, on aurait dit que tout était redevenu normal, et dans le bon sens du terme. Relc, exubérant, prit le sac de courses d’Erin.
 
“Génial ! Je veux plein de choses à manger ce soir ! Tu peux déduire le coût de transport de ça sur mon ardoise, d’accord ?”
 
Le coude de Klbkch jaillit et s’enfonça dans le flanc de Relc. Le Drakéide glapit et fusilla son ami du regard.
 
“Je plaisantais.”
 
“Non. Tu ne plaisantais pas.”
 
“Ces fourmis. C’est pour la raison pour laquelle…” ronchonna Relc en soulevant sans problème le sac.
 
Il regarda autour de lui en quête de soutien et n’en trouva aucun. Il se gratta les épines au sommet du crâne, marmotta dans ses écailles puis se tourna vers Erin.
 
“Oh, d’ailleurs, maintenant que j’y pense, ton auberge a explosé.”
 
Tout le monde le dévisagea, bouche-bée. Relc regarda tour à tour Klbkch, puis Erin.
 
“Quoi ? Je n’en avais pas encore parlé ?”
 


Hors ligne EllieVia

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Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
« Réponse #86 le: 12 septembre 2020 à 11:51:03 »

2.10 T
Traduit par Maroti



  «… Sache que je suis la vérité. Entends mes mots… Obéis... ! Lève-toi une nouvelle fois, depuis les ténèbres… ! »


Même maintenant Toren entendait la voix dans le silence. Mais il avait oublié les mots. Ils l’appelaient dans les ténèbres de son âme, le tirant vers le sud. Mais ses pieds ne bougeaient pas, et même s’il regardait l’horizon, il ne pouvait pas partir.

Mais il entendait quand même l’appel vibrer dans son âme. C’était l’une des trois choses dont il se souvenait.

Toren était un [Guerrier Squelette] de Niveau 11. C’était son but, son nom et son être. Mais ce n’était pas l’une des trois choses dont il se rappelait. C’était qui il était. C’était ce que la voix lui avait dit.

L’autre voix dans sa tête. Toren avait beaucoup de voix qui lui disaient des choses. Parfois le squelette avec du mal à savoir lesquelles étaient réelles. Mais il devenait meilleur pour écouter.

Il pouvait écouter et suivre les ordres. De toutes les choses que Toren savait, il savait qu’il était bon à ça. Il avait des ordres, donc il les suivait. C’était simple, contrairement à certains ordres.

Aujourd’hui la jeune femme qui se tenait devant lui avec un certain claquement dans sa voix alors qu’elle lui criait dessus. Ce qui voulait habituellement dire qu’elle était en colère. Pourquoi était-elle en colère ? Généralement, elle était en colère, car Toren avait fait une erreur.

Mais Toren était certain qu’il avait tout fait correctement cette fois. Il avait poussé la neige comme Erin lui avait dit de faire pendant toute la nuit. Il avait fait un très grand mur, et c’était ce qu’il fallait, pas vrai ? Il n’y avait absolument rien qu’elle pouvait reprocher à son mur.

« Hey ! Comment est-ce que je suis sensé sortir ? »

Toren s’arrêta. Puis il tourna sa tête à 180° et regarda le mur.

Oh.

Erin le regarda et lui dit de faire un trou. Toren commença sa nouvelle tâche alors qu’Erin retourna à l’intérieur en tapant du pied et en claquant la porte.

C’était l’une des choses qu’il avait apprise. D’une quelconque manière, malgré tout ce qu’il faisait, il continuait de faire des erreurs. Erin lui disait de faire quelque chose de simple, comme aller chercher de l’eau. Mais après elle allait dire quelque chose comme…

« Ne ramène pas le poisson dans le seau ! Comment est-ce que tu as pu croire que c’était une bonne idée ? Comment… Comment un poisson a pu tenir là-dedans ? »

C’était un mystère. Pas le poisson ; tout pouvait rentrer dans quelque chose de plus petit avec assez de force et de temps. Mais Toren avait été créé pour servir Erin et cela le peinait de voir qu’il ne semblait jamais faire le bon travail.

Il était un squelette. Il était né pour servir. Il savait cela. C’était l’une des trois dont Toren se souvenait. Même quand il était réduit en morceaux au sol ou que quelque chose était en train d’essayer de briser son crâne en deux, il se souvenait.

Il se souvenait être créé.

***

La vision. C’était la première chose dont Toren se souvenait. Mais ce n’était pas vraiment de la vue. Il ne pouvait pas voir car il n’avait pas d’yeux, mais il était tout de même conscient du monde, d’une manière qui ne pouvait être décrite que par un langage primitif. Il pouvait sentir les couleurs, les formes, et le mouvement.

Mais pas ne manière précise. Toren avait vu des oiseaux et d’autres choses qui voyaient bien plus loin que lui. Et s’il regardait trop loin d’un côté, il n’arrivait pas à voir les détails. Mais il pouvait voir, et la première chose qu’il avait vu était un mage dansant.

À l’époque Toren n’avait pas sût que c’était une danse. La compréhension, comme tout le reste, était venu dans l’élan de magie qui avait continué de le construire. Des concepts de base comme combattre à l’épée, la gravité, l’anatomie générale, et l’idée de la nudité étaient transmis à Toren, même s’il était un peu confus sur le dernier. Mais c’était important de ne pas regarder Erin quand elle avait moins de vêtements, c’était tout ce qu’il savait.

Mais le mage dansant. Toren se souvenait de ses os s’élevant ensemble pour former son corps mortel, et le mage ébouriffé dansant devant lui. Peut-être que c’était une danse. Cela ressemblait plus à une tempête de bras et de jambes s’agitaient de manière incohérente couplée de rires et de pleurs. Ce qui était proche d’une danse ?

Pisces. C’était le nom de son créateur. Toren s’en souvenait uniquement car ses ordres étaient parfois liés à Pisces. Des ordres tels que ‘ne le laisse pas voler la nourriture de la cuisine’, ou ‘touche le avec une épée’. Malgré le fait qu’avoir essayé de le toucher avec son épée avait apparemment aussi été une erreur.

Mais le mage avait ri et danser et pleurer en pointant Toren du doigt alors qu’il était en train d’être créé. Toren se souvenait des mots.

« Je l’ai fait ! J’ai enfin réussi ! Le premier ! Le tout premier ! »

Ce n’était pas très cohérent, mais Toren se souvenait que le mage avait été heureux. Grace à lui. Cela avait eu peu d’importance, avant l’arrivée des mots.

« Hm. Ha, oh. Voyons voir. Uh, c’est vrai. Tu étais… Je suppose que je dois t’utiliser de manière sous-optimale. Fort bien. Entends et connais ton but : tu dois garder et servir l’individu connu sous le nom d’Erin Solstice. Protège-la. Obéis à ses ordres. »

Les mots avaient frappé Toren comme l’éclair et la foudre, résonnant à travers son âme. Ils s’ancrèrent au plus profond de son être, des mots qui n’allaient jamais disparaître. Le premier et le dernier ordre.

Même maintenant, alors que Toren pelletait la neige dure et humide de son mur, il se souvenait.

« Protège Erin Solstice. Obéis à ses ordres. Soit utilisé de manière sous-optimale. »

Ils étaient les mots qui dirigeaient son existence. L’un des trois choses dont il se souvenait.

Après cela Pisces était retourné à son rire et à se parler lui-même. Toren avait oublié la majorité du reste. À un certain point, le mage était revenu et avait beaucoup parlé. Il avait utilisé beaucoup de mots complexe. Des mots comme ‘Donnes-moi l’obéissance absolue’ et ‘Pour faire avancer la cause de mes créations’ et ainsi de suite. Mais c’était après le serment, les mots de la création. Donc ils ne comptaient pas.

La neige était difficile à séparer avec de simple bois, donc Toren ramassa le morceau de bois qu’il avait utilisé comme pelle et commença à envoyer de la neige voler. En vérité, le nouvel ordre d’Erin ne le dérangeait pas. Il avait construit un mur, et maintenant il s’en débarrassait.

Un humain ou un autre être pensant se serait peut-être plaint des efforts gâché. Mais Toren n’avait rien de mieux à faire, et il ne s’ennuyait jamais. Il avait un boulot et il le faisait. Et il ne devenait pas froid ou inconfortable. Il n’avait jamais de problème de dos après avoir été penché comme Erin.

Voilà. La neige avait été déblayé, assez pour laisser passer un humain. Toren regarda la faille avec satisfaction, et puis il se demanda ce qu’il allait faire ensuite. Faire un plus gros trou ? Retirer plus de neige ? C’était difficile, mais il devait obéir. Toren obéissait toujours.
 
***

Erin revint plus tard pour donner d’autres instructions à Toren. Pendant ce temps il avait presque réussi à ajouter une trentaine de centimètres à son mur, un accomplissement dont il se sentait vaguement fier, mais qu’elle ne commenta pas.

« Ok, donc voilà le plan. »

Toren regarda Erin dans l’expectative alors qu’elle frissonna. Elle pointa en direction de Liscor.

« Je vais aller acheter des trucs. De la nourriture. Et j’ai besoin de voir si mes amis vont bien. Pendant que je suis parti, je veux que tu me trouves plus de bois pour le feu, d’accord ? »

Toren savait que cela voulait dire qu’Erin allait aller à Liscor. Il n’était jamais allé à Liscor. Erin lui avait dit plusieurs fois qu’il n’était pas autorisé à s’approcher de la ville au cas où il ferait peur à quelqu’un. Mais cela le dérangeait quand elle partait, car il devait la protéger.

Mais elle lui avait donné des ordres, donc il devait obéir. Le seul problème était que, même si Toren avait une compréhension basique de ce qu’était le bois de chauffage, il n’avait pas la moindre idée d’où trouver ce bois de chauffage. Normalement Erin brûlait les chaises et les tables cassées, est-ce qu’elle parlait de ça ?

Erin fronça les sourcils alors qu’il regarda dans la pièce, espérant trouver une table cassée à utiliser.

« Je ne sais pas où il y en a. Va trouver des arbres. »

Des arbres ? Le bois de chauffage pouvait venir des arbres. C’était un bon ordre. Toren hocha la tête alors qu’Erin lui lança un regard méfiant pendant une second avant de se tourner et partir. C’était presque blessant, si Toren avait eut des émotions à blesser. Il pouvait réaliser cette tâche. Il allait trouver un arbre et obtenir du bois de chauffage.

D’une manière ou d’un autre.

***

Toren commença à comprendre les sentiments. Ou peut-être qu’il était en train de commencer à penser des pensées. Ce qu’il ne faisait pas auparavant. Toren se souvenait d’une d’un temps où il n’avait pas été capable de penser pour lui-même. Il obéissait aux ordres de manière stupide et mécanique. Mais depuis qu’il avait gagné des niveaux en combattant, et surtout après le combat contre Écorcheur, Toren avait commencé à penser à des choses de plus en plus complexe.

Des choses comme… Si Erin lui demandait de ramasser des fruits, est-ce qu’elle parlait des fruits pourris rempli de ver et d’insectes se trouvant au sol ? Si Erin lui hurlait et lui disait de se débarrasser d’un insecte, est-ce qu’elle voulait qu’il l’écrase, le poignarde ou le sorte ? Combien y’avait-il de moyen de poignarder Pisces ? Lesquels allait tuer le mage plus rapidement ?

Ce n’est pas que Toren avait une quelconque animosité envers son créateur. Mais l’une de ses missions était de protéger Erin. Donc, si Pisces attaquait, Toren allait devoir le tuer. Cela faisait parfaitement sens.

Le paysage hivernal était recouvert de neige. Tellement de neige ! Toren n’avait jamais vu de la neige et il n’avait pas l’habitude de marcher dedans. Le fait que cela le ralentissait était malchanceux. Il faisait deux pas, tombait dans un trou, et perdait plusieurs précieuses minutes à remonter.

C’était inconvénient, mais pas si terrible que ça. Mais Toren était souvent distrait par les formes bleues et dansantes qui tournaient autour de lui. Elles étaient… Difficile à voir, et encore plus difficile à entendre, mais Toren pouvait comprendre toutes les langues, et le langage des fées était compréhensible pour lui. Elles riaient et suivaient sa lente progression depuis les cieux.
 
 
« Hark ! Regardez, mes sœurs, le sac d’os va chercher du bois pour la fragile humaine ! »
 
« Est-ce que cette stupide chose sait qu’elle n’a pas de hache ? Pas de hache ou d’épée. »
 
« Comment va-t-il couper un arbre ? Avec ses dents ? » [color]
 
 
Toren s’arrêta. Il regarda ses mains vides. Il avait oublié son épée. Bon. Ce n’était pas son épée car Erin ne le laissait pas la porter tout le temps. Mais c’était un bon point. Il avait besoin de quelque chose pour couper.

Aussitôt, Toren fit demi-tour et commença à marcher vers l’auberge alors que les Fées de Givres tournaient au-dessus de lui.

« Cette stupide chose nous entend ! Hah ! »

***

Les premiers arbres que Toren trouva étaient les arbres à fruits bleus dans le petit verger qu’Erin avait découvert il y a longtemps. L’écorce grise des arbres était la seule chose qui ressortait du paysage blanc. Toutes les étranges feuilles vertes étaient tombées dans la neige, tout comme les fruits bleus. Il ne restait que les arbres, de sombres sentinelles.

Toren leva l’épée qu’il avait prise à un aventurier il y a longtemps et se demanda si cela allait être adapté pour couper du bois de chauffage. Et combien devait-il en couper ?

Il décida que tous les arbres allaient être un bon début, et commença avec l’arbre le plus proche. Toren leva son épée et visa le tronc. Il avait gagné quelques compétences en passant au Niveau 11. [Force Mineure] était l’une d’entre elle. Maintenant l’épée n’était pas aussi lourde dans ses mains, et Toren sentait qu’il pouvait être capable de décapiter un ennemi en trois coups.

Le squelette leva son épée et l’abaissa en donnant un puissant coup. L’épée de fer s’écrasa contre l’écorce…

Et rebondit.

L’impact avec presque arracher l’arme des mains de Toren. Il perdit son équilibre et leva de nouveau son épée. Il donna un nouveau coup à l’arbre et l’arme rebondit de nouveau sur le bois gris.

Toren ne fronça pas les sourcils. Il ne perdit pas de temps à hésiter. Il leva son épée et commença à frapper le bois. Après quelque temps, il changea de côté car la lame commençait à s’émousser. À la fin il lâcha son épée et commença à donner des coups de pieds à l’arbre.

Après une heure, Toren devait admettre qu’il n’avançait pas beaucoup. L’écorce de l’arbre qu’il avait attaqué avait à peine été écorchée par ses efforts et son épée était émoussée et la poignée était légèrement tordue. Cet arbre n’allait pas tomber aussi facilement.

Toren s’arrêta, les flocons de neige tournant autour de sa tête. Certains entraient dans ses orbites et fondirent. L’eau coula dans la mâchoire de Toren.

Trouver du bois de chauffage. C’était ce qu’Erin avait dit. Elle lui avait dit de trouver des arbres pour le bois de chauffage, ou sinon il allait devoir couper des morceaux l’auberge. Mais ici les arbres ne voulaient pas se couper. C’était un problème.

À moins… Peut-être, juste peut-être que ces arbres n’étaient pas les arbres qu’Erin voulait. Aha ! Voilà le genre de réflexion qui séparait Toren des autres squelettes.

Toren quitta le verger de fruits bleus, s’auto-félicitant sur sa nouvelle révélation alors qu’il marcha à travers la neige. Il n’était pas comme les autres mort-vivants. Il le savait, car il l’avait vécu.

Quand les mort-vivants avaient attaqué Liscor, Toren s’était inquiété. Il avait été inquiété qu’Erin le remplace pour une goule, ou peut-être un zombie ou un autre squelette. Il avait été soulagé d’apprendre qu’ils essayaient tous de la tuer.
 
Mais après, ils avaient tous obéit à la créature connue sous le nom d’Écorcheur. Toren avait entendu les ordres du vert géant, sentit les esprits des Seigneurs des Cryptes essayant de le contrôler. Mais il était unique, d’une manière qui lui permettait d’ignorer leurs ordres.

Unique. Toren sentait que c’était une bonne chose de l’être. Il pouvait faire des choses que les autres squelettes ne pouvaient pas. Par exemple, il lui arrivait d’avoir ses os éparpillés ou brisés quand il se battait. Mais contrairement aux autres squelettes, et qu’importe le degré de destruction dans lequel il se trouvait, il pouvait toujours se relever.

C’était dut à la magie, et le mana qu’Erin lui fournissait. Toren avait une limite sur la quantité de mana qu’il pouvait contenir, mais c’était sa force, son pouvoir qui lui permettant de rassembler ses os et de soigner les fractures. S’il tombait à court de mana, Toren allait peut-être mourir pour de bon comme ses compères squelettes.

Ce fut un problème auquel Toren pensa quand il tomba dans un trou rempli d’araignée en colère avant de s’empêtrer dans leurs toiles. Elles le mordirent constamment, suffisamment fort pour briser ses os.

Bon, un os brisé n’était pas si terrible. Tant que l’os n’était pas réduit en miette ou répartit sur une trop longue distance, la quantité de mana nécessaire pour le réparer n’était pas trop élevée. Ce qui était une bonne chose, car Erin ne lui donnait pas beaucoup de mana.

Toren n’était pas un mage, mais il comprenant qu’Erin générait un peu de mana en vivant, qui allait directement en lui grâce à Pisces. Mais la quantité était terriblement, terriblement basse. Toren pouvait vaguement sentir le mana des autres, et de Ryoka, l’autre humaine qu’il n’avait pas le droit de tuer, avait quatre fois plus de magie en elle qu’Erin.

Si elle était celle qui la fournissait en mana, il aurait probablement plus d’énergie pour… Tout faire. Mais en cet instant, il luttait pour se libérer alors que les Araignées Cuirassées le mordirent jusqu’à se rendre compte qu’il n’y avait rien à mordre. Elles le libérèrent de leurs toiles et plutôt que de le laisser dans le piège camouflée et il s’extirpa du piège. Il n’était pas certain de pouvoir blesser les Araignées Cuirassées avec son épée émoussée, et il y en avait au moins quarante dans ce nid.

Toren continua son chemin à la recherche d’arbres. Oui, les choses seraient bien mieux si une autre personne le fournissant en mana. Ryoka, pour tout le mana qu’elle avait en plus comparée à Erin, était une bougie face au feu de camp qu’étaient Pisces et Ceria. Chacun d’entre eux pouvait facilement sustenter dix Torens sans aucun souci. Mais Erin était la source d’énergie de Toren, et c’était comme ça.

***

Toren n’était pas certain de la distance qu’il avait traversée quand il vit le premier groupement d’arbres au loin. Ils apparurent alors qu’il franchit le sommet d’une colline, une tache marron dans la neige. Il s’avança rapidement vers eux, et vit une petite forêt ! Une forêt d’arbres !

En vérité, les arbres semblaient étranges. Beaucoup d’entre eux n’avaient pas du tout d’écorce, et Toren ne savait pas pourquoi. Son idée était que quelque chose avait mangé l’écorce. Toren s’en moquait un peu. Les arbres étaient du bois, et le bois était ce qu’il lui fallait. S’il voulait penser à quelque chose…

Bon, il essayait de ne pas penser à autre chose que ce qu’il devait faire. Les pensées qui n’étaient pas nécessaires n’étaient pas utiles.

Couper un arbre avec une épée émoussée n’était pas facile, mais ce n’était pas impossible comme les autres arbres.

Toren arriva finalement à faire tomber l’arbre, et même à couper une grosse partie en continuant de la taper avec son épée. En vérité, c’était sa compétence de force qui avait fait la majorité du travail ; et une fois qu’il avait terminé de trancher une partie de l’arbre, son épée était belle et bien inutile.

Le squelette l’abandonna dans la forêt. Il pouvait y revenir si nécessaire, et il avait besoin de ses deux mains pour tirer le gros morceau d’arbre qu’il avait coupé.

Tirer le lourd morceau de bois à travers la neige était lent et compliqué. Toren glissa plus d’une fois en poussant son fardeau pour monter une colline, et le bois allait lui rouler dessus lorsqu’il essayait de le pousser.

Oui, le voyage était semé d’embûches. Toren dérangea des nids d’Araignée Cuirassées, fut la cible des fées qui lâchèrent de la neige sur sa tête, et déçu une ourse qui le fracassa une fois qu’elle réalise qu’il n’était pas comestible.

Il continua d’avancer, tirant le morceau de bois, regardant alors qu’un troupeau de sanglier poilu suivit un Gnoll à travers la neige, et voyant au loin des gigantesques golems fait de neige se former lentement et prendre vie comme il l’avait fait. Il allait compléter sa tâche. Il allait bien la faire. C’était la seule chose que Toren savait faire.
 
Et enfin, il arriva.
 
Toren poussa le morceau de bois à côté de l’auberge et se demanda s’il allait avoir le temps de trouver un autre morceau avant le retour d’Erin. C’était faisable, s’il ne se faisait pas attaquer en route.

Mais Toren pensa à quelque chose. Il avait du bois. Peut-être que c’était du bois de chauffage, mais qui pouvait vraiment le savoir ? Est-ce que tout le bois était le même ? Et si ce qu’il avait n’était… Pas du bois de chauffage ?

Il devait savoir. Toren trouva une hachette parmi les armes qu’il avait collectées. Il n’était pas certain que ça allait mieux couper qu’une épée, mais cela allait peut-être faire l’affaire. Il commença à découper le morceau de bois qu’il avait ramassé.

Comme c’était étrange ! L’écorce sur l’arbre était épaisse, et se tranchait facilement. Toren réussit à trancher un gros morceau de bois et le porta dans l’auberge. Il le jeta dans le foyer et regarda autour de lui. Erin lui avait montré comment allumer un feu avec précaution et de le maintenir en vie. Il avait juste besoin de trouver du petit-bois et un briquet, et peut-être du charbon de la cuisine si le feu était encore chaud.

Il ne l’était pas, mais Toren parmi quand même à rapidement faire naître une petite braise. Un peu de petit-bois ici et là, et les flammes s’embrasèrent et commencèrent à grignoter le feu.

Et c’était du bois de chauffage ! Toren était heureux, ou du moins, il se rapprochait de son idée du bonheur. Satisfait était un mot plus adapté. Il avait du feu. Et le bois brûlait bien ! Toren regarda le bois brûlant et remarqua quelque chose d’étrange.

L’écorce était en train de réagir à la chaleur. Alors que la température changea de glacial à tiède, le bois et l’écorce commencèrent à se tordre légèrement, comme si elles étaient vivantes. Toren pencha sa tête. Est-ce que c’était mauvais signe. Il n’avait jamais vu quelque chose comme ça arriver avec les autres bois.

Peut-être que le feu avait besoin d’être plus chaud ? Toren trouva le tisonnier et toucha le bois plusieurs fois. L’écorce du bois sembla se contracter alors que les flammes grandirent…

***

Toren se réveilla plus tard. Il n’était pas certain de quand plus tard était ; uniquement qu’il était en morceaux. Le sentiment ne lui était pas inconnu. Il sentit sa tête rouler vers le reste de son corps, avant que le reste de ses os ne le rejoigne.

Une, deux, trois… Toren perdit le compte après cent cinquante. Il avait beaucoup d’os. Certains étaient humains, mais d’autres étaient Drakéide ou Gnoll. Cela n’avait pas d’importance, sa cage thoracique était plus solide que celle d’un humain normal, et il avait des os plus solides pour mieux résister au choc.

Dans la majorité des cas.

Quand Toren fut complètement rassemblé il commença à se demander ce qui s’était passé. Qu’est-ce qui s’était passé ? Il avait été en train de regarder le bois de chauffage dans le feu et puis…

« Tu l’a explosé ! »

Toren regarda autour de lui. Il y avait Erin ! Elle était de retour ! Elle allait pouvoir voir le bois de chauffage qu’il avait trouvé et…

Ce ne fut qu’à cet instant que Toren réalisé que quelque chose n’allait pas. Quelque chose n’allait terriblement, terriblement pas. C’était une chose difficile à remarquer. Il y avait l’auberge, et il était dehors. Normalement ces deux choses étaient totalement banales, presque mondaines. Mais Toren était plutôt certain que l’extérieur ne devait pas être connecté à l’intérieur de l’auberge aussi… Intimement.

Des vents froids et mordants s’engouffraient dans le trou béant dans la devanture de l’Auberge Vagabonde. Toren regarda le chaos qu’était devenu l’intérieur détruit et se sentit mal à l’aise. Ce n’était pas normal.

Quelque chose d’horrible venait de se passer.

Erin Solstice regarda son auberge détruite, sans trouver les mots. Toren la regarda, anxieux. Est-ce qu’elle savait ce qu’était arrivé ? Elle était juste en train de regarder, dévastée. Est-ce qu’elle voulait qu’il nettoie ? Est-ce que c’était de sa faute ?

« Comment est… J’ai juste… je t’ai demandé d’aller chercher du bois de chauffage. Comment est-ce que c’était arrivé ? Je veux dire, c’est juste du bois de chauffage. Comment est-ce que tu… »

Erin tourna la tête et vit le morceau d’arbre que Toren avait ramené. Elle pâlit.

« Oh mon dieu. Les arbres explosifs. Tu en as coupé un ? Ils explosent ! Comment est-ce que tu n’as pas remarqué ça ? »

Oh. Toren ne comprenait pas parfaitement, mais il pouvait recoller les morceaux. Un arbre explosif ? Il n’avait rien fait quand il s’était approché, mais le [Tacticien] au fond de lui disait que c’était probablement lié à la température. Quand il s’était réchauffé, le bois avait explosé.

S’il avait pensé à l’étrangeté du bois, peut-être que Toren l’aurait réalisé. Toutes les pensées non-nécessaires n’était peut-être pas inutile. C’était mieux de plus penser. Une importante leçon. Toren savait que c’était le cas, mais pour l’instant, il se sentait… Coupable.

Erin baissa les yeux vers Toren.
 
« Je… Est-ce que tu as la moindre de combien ça va me coûter de réparer l’auberge ? En hiver ? »

Toren ne le savait pas. Tout ce qu’il savait c’était qu’Erin était en colère. Plus en colère que lorsqu’il avait involontairement mit le feu au parquet. Plus en colère que lorsqu’il avait continué de rajouter du sel à la soupe car elle ne lui avait pas dit d’arrêter. Plus en colère que lorsqu’elle avait demandé qu’elle lui ‘donne un coup de main’ et qu’il l’avait fait.

Elle était vraiment, vraiment en colère.

Toren était prêt. Il savait que ce qui allait arriver quand il faisait une erreur. Erin allait lui crier dessus ou lui lancer des choses, ou lui dire qu’elle le détestait. Mais elle ne le faisait pas tout le temps.

La jeune femme habillée dans un épais manteau d’hiver regarda son auberge détruite et se laissa tomber au sol. Elle s’assit dans la neige, malgré le fait que Toren savait qu’elle n’aimait pas les choses froides. Elle baissa la tête, et lorsqu’elle parla, sa voix était rauque.

« Va-t'en, Toren. »

Toren hésita. Il n’avait jamais reçu un tel ordre. Il n’avait jamais… Jamais entendu Erin parler comme ça. Il regarda son visage. De l’humidité coulait de ses joues et gelait dans le vent glacial. Des larmes ?

Des larmes.

La vision paralysa Toren. Mais les mots se collèrent à lui ? Va-t’en. Où ? Pour aller où ? »

Erin ne le regarda pas. Elle pointa derrière elle.

Va-t’en. Juste… Va-t’en. »

Toren ne voulait pas partir. Pour une fois, il ne voulait pas obéir. Mais ses pieds marchèrent et l’emportèrent au loin. Le squelette commença à marcher alors qu’à l’intérieur de lui.

Elle était en train de pleurer. Voilà comment ça s’appelait. Pleurer. Elle était en colère ; triste ; morne ; avec le cœur brisé ; souffrante ; bleu. Toren comprenait les mots grâce à la magie qui lui permettait de comprendre. Il connaissait les mots, mais il n’avait jamais compris ce qu’ils voulaient dire.

Jusqu’à maintenant.

Toren descendit lentement la colline, la tête basse. Le Drakéide nommé Relc et l’Antinium nommé Klbkch le passèrent, l’ignorant. La demi-elfe, et les deux Drakéides la suivant, ignorèrent aussi Toren, même si la femelle Drakéide le regarda et eut un mouvement de recul.

Il n’y fit prêta pas attention. Toren continua de marcher, sans rien voir, ignorant le sol glissant sous ses pieds. Il continua de marcher, pensif.

Il avait fait une autre erreur. Une terrible erreur. Ce n’était pas comme les autres erreurs. Cette fois il avait détruit une partie de l’auberge. Il avait détruit quelque chose d’important.

Il…

Avait fait pleurer Erin.

Est-ce que c’était une mauvaise chose ? Cela ne faisait pas partie de ses ordres. Il devait juste obéir à Erin. Obéir et protéger et faire des choses non-optimales. Rien dans ses instructions ne mentionnait de la joie ou de la tristesse. Donc cela n’avait pas d’importance.

C’était ce qu’ Toren pensait, et il essaya de penser cette pensée le plus fort possible. Mais cela n’aida pas. La vue et le souvenir d’Erin pleurant le perturbait d’une manière qu’il ne pouvait pas expliquer. C’était…

Ce n’était pas normal. Ce n’était pas bien. Ce n’était pas comme les choses auraient dut être.

Toren se souvenait du bois de chauffage. Il avait trouvé le bois. Il avait coupé le bois, et l’avait ramené à l’auberge. Il avait tout fait à la perfection. Si seulement il avait attendu. Si seulement il n’avait pas essayé d’allumer un feu.

Si…

Toren trébucha et tomba. Il regarda autour de lui. Où est-ce qu’il était ? Il y avait de la neige blanche tout autour de lui, recouvrant les collines et les vallées l’entourant. Quelque part dans les plaines. Il était perdu. Mais cela n’avait pas d’importance, il pouvait toujours retrouver Erin. Il était lui à elle.

Mais elle ne voulait pas de lui. Elle lui avait dit de ‘s’en aller’.

Pour combien de temps ? Pour toujours ? Toren ne voulait pas partir. Mais il le devait. C’était des ordres. C’était l’une des trois choses dont il se souvenait.

La voix l’appela. Le sud. Il se souvenait des mots.


« Lève-toi de nouveau, depuis les ténèbres. Viens à moi, mon armée éternelle. Rassemblez-vous et sachez que le temps de votre retour est proche.»


La voix lui avait parlé alors la mort d’Écorcheur. Il s’en souvenait, une voix dans sa tête. Qui avait appelé tous les autres mort-vivants. Ils étaient partis sous ses ordres, portant les épées magiques, les boucliers et les étranges objets luisant de pouvoir hors des ruines. Vers le sud.

Est-ce que Toren devrait aller au sud ? Ce n’était pas la voix de son maître. Mais elle l’appelait quand même, l’une des choses qu’il ne pouvait pas oublier. C’était tentant. Tellement tentant. Erin ne voulait pas de lui. Si elle ne voulait pas de lui, il devrait partir. Il ne la rendait que triste et colérique.

C’était une pensée qui venait à lui uniquement dans les heures les plus sombres de la nuit, quand il n’y avait rien d’autre à faire.

Pourquoi est-ce qu’il faisait quelque chose de la sorte ? Pourquoi est-ce qu’il devrait obéir aux mots dans sa tête ? Ils étaient juste des mots. Pourquoi devaient-ils le lier ?

La voix l’appela. Il devrait partir.
 
Toren commença à marcher vers le sud, loin de l’auberge, loin d’Erin. Vers la voix. La voix lui donnerait un but, il en était certain. Mais il s’arrêta.

C’était juste que…

Toren était un [Guerrier Squelette] de Niveau 11. C’était ce que les voix dans sa tête lui disait. Mais il ne prenait jamais la peine de s’en souvenir. Ce n’était pas important. Il n’y avait que trois choses dont Toren se souvenait. La première était les ordres qui le liaient à ce monde. La seconde était la voix qui lui murmurait, qui parlait au continent entier et appelait les morts.

La troisième était la musique.

Il l’entendait dans le silence de son esprit. Elle venait à lui-même quand personne ne lui parlait, quand Erin était en colère ou quand il se battait. Ce n’était pas quelque chose que Toren pouvait maîtriser.

Il avait essayé de bloquer le son à de nombreuses reprises. Il s’était jeté du toit de l’auberge, mit sa tête sous l'eau en laissant un poisson le mordre. Il s’était frappé mainte et mainte fois, mais la musique continuait de jouer.

Un léger grattage était comment cela commençait. Un étrange son qu’il n’avait jamais entendu auparavant, un grattage rythmé. Et la voix d’un homme.

Quand Erin l’avait chanté, cela avait été dans sa voix. Mais Toren avait entendu une autre voix, et cette voix était désormais dans sa tête.


« Somewhere, over the rainbow. Way up high… »


Les paroles échoyaient dans son âme. Une voix chantait à Toren, lui parlant d’un endroit par-delà l’arc-en-ciel. Un endroit… Où les rêves devenaient réalité.

« How to be brave. How can I love when I’m afraid? »

Un piano. Des violons. Des choses pour lesquels Toren n’avait pas de mot, car il ne les avait jamais entendus. Mais la musique l’attrapait et l’entraînait. Il n’oublierait jamais.


« I have loved you for a thousand years. »



Toren s’arrêta. Il regarda dans le sud, vers la voix. Mais la musique était plus bruyante. Elle le touchait, et quelque chose à l’intérieur de Toren était là pour écouter. Quelque chose par-delà les os et la magie.

Il ne savait pas son nom. Mais cela le terrifiait. Mais le faisait se réjouir. C’était ce qu’aucun des autres mort-vivants n’avait. C’était à lui, et il ne pourrait jamais oublier.

Et c’était une photo, une chanson, un moment. Une jeune femme assise dans son auberge, chantant seule et entouré de gens. Chantant avec une voix qui apportait une chanson d’un autre monde.


« I don’t know why you hurt inside or what was said to make you cry…»


Toren prit sa tête entre ses mains. Il ouvrit sa mâchoire et hurla sans un bruit. La musique était en lui, il ne pourrait jamais l’oublier.

Jamais.


Erin lui sourit alors qu’il lui tendit le panier de fruits bleus.

« Merci, Toren. Je suppose que tu es pratique après tout, hein ? »


Elle lui donna un tape dans le temps alors que Toren contempla son prochain coup dans l’étrange jeu d’échec.

« Ne pense pas. Va s’y ! Je veux dire, pense, et ensuite va s’y. Tu peux le faire, d’accord ? »


Il se précipita aux côtés d’Erin, l’épée au clair alors qu’elle hurla et appela. Elle hurla des noms dans la nuit.

« Maman ! Papa… ! »

Elle pleura et il tint la garde jusqu’elle arrête de pleurer.


« Merci Toren. »


« C’est bien, Toren. »


« Beau boulot, Tor. »


Toren se releva. Il se secoua. La voix l’appelait toujours vers le sud, pleine de pouvoir, résonnant au plus profond de son être. Mais c’était une chose faible. Silencieuse. Qui ne pouvait pas le contrôler. Seul Toren pouvait se contrôler.

Et en cet instant, il avait ses ordres.

Va-t’en. Juste va-t’en. Mais Toren se souvenait de ses ordres avant cela.


« Je vais visiter quelques amis. Ne me suit pas à l’intérieur de la ville. Attends autour de l’auberge jusqu’à mon retour. Fait quelque chose d’utile. Je serais de retour avant la tombée de la nuit. »


Il se souvenait de tous les ordres qu’Erin lui avait donnés. Et elle lui avait dit ça une fois. Il y a fort longtemps. Mais cela comptait quand même.

Fait quelque chose de productif. Fait quelque chose d’utile. Toren se souvenait d’avoir pris un poisson hors de l’eau et de le réduire en charpie. Erin n’avait pas été contente, mais elle avait dit qu’il avait fait du bon boulot.

Il n’était pas utile. Il n’avait pas de valeur. Il avait explosé l’auberge et c’était une mauvaise chose. Il ne pouvait pas combattre l’aventurière avec un œil et un ne pouvait pas tuer beaucoup de chose.

Il devait devenir plus pratique. Il devait devenir… Plus fort.

Oui, fort. Plus solide, meilleur, plus rapide. Il ne savait pas comment rendre ses os plus solides, peut-être qu’il pourrait porter une armure ? Mais cela allait le rendre plus lent, pas plus rapide, mais meilleur était plus important.

Il devaitdevenir meilleur. Gagner des Niveaux. Mais comment ? En combattant des choses ? Il n’avait pas l’autorisation de tuer des Humains ou des Gnolls ou des Drakéides ou des Antiniums ou… Beaucoup de choses. Quand était-il des Araignées Cuirassées ? Et les Fées du Givre ? Quand était-il de l’homme qui se cachait dans les ombres en suivant Ryoka ?
 
Toren ne savait pas. Il n’en n’avait pas la moindre idée. Et cela frustrait Toren. Pour la première fois de sa vie, il était véritablement irrité. Il ne pouvait pas penser, et cela le mettait en colère.

Erin était celle avec les idées. Elle donnait de bons ordres. Il devait revenir, même si elle allait être en colère.

Elle lui avait dit de partir. Mais il devrait revenir. Il allait revenir. Il allait revenir et Erin allait lui donner des ordres. Si elle ne voulait pas de lui… Il penserait à quelque chose d’autre. Mais il allait revenir.

Toren hocha la tête. Les flammes bleues dans ses yeux brûlèrent plus ardemment, devenant plus blanche. La couleur saphir s’illumina de bleu tirant sur le blanc, et il se retourna avec détermination. Il allait devenir meilleur.

Le squelette fit deux pas dans la neige, alla sur la droite pour éviter une pierre, et tomba directement dans le trou béant alors que la neige s’effondra sous son poids.

Toren tomba, tomba, tomba ! Il rebondit contre un rocher et s’écrasa sur quelque chose de dur avant d’atterrir au sol avec assez de violence pour envoyer ses os voler dans toutes les directions.

Pendant quelques instants, tout ne fut que confusion. Toren se rassembla aussi vite que possible, essayant de savoir ce qui était arrivé. Il… Était tombé ? Comment ? Pourquoi ?

Un trou. Un trou dans le plafond. Toren leva les yeux ? Oui, il pouvait voir quelque chose au-dessus. Il était tombé dans un trou, une sorte de gouffre. Des tranchantes parois de pierre brillaient d’une légère lumière jusqu’au fond du trou.

Il était presque à cent vingt mètres de profondeur. Mais ce n’était pas ce qui était intéressant. La chose intéressante venait du fait que Toren remarqua que la pierre changeait à environ cinq mètres au-dessus de lui. Elle passait de briser à un mur de pierre, taillé et précisément ciselée. Une sorte de… Ruine ?

Oui, des ruines. Toren le reconnaissait comme étant la même chose que le corridor qu’il avait emprunté quand il était parti chercher Ceria et Olesm avec Erin. Mais celui-là était un corridor différent, un endroit différent. Où était-il ?

Un large couloir de pierre s’étendait devant lui. Un sol de pierre noire sous lui, un long corridor avec deux sorties. Toren regarda, et vit qu’une lumière brillante venait du côté droit et des ténèbres venant de l’autre. Il se tourna et ne vit que des ténèbres derrière lui. Une sorte de passage ? Vers ou ?

Le couloir n’était pas sombre. Quelque chose l’illuminait. Toren regarda autour de lui et vit des… Runes luisant au mur. D’étranges formes et des symboles brillant d’une différente couleur. Et c’était uniquement ce que ses yeux lui disaient. Il pouvait sentir cet endroit, sentir sa nature.

De la magie, pure et non raffinée fredonnant dans l’air. Toren pouvait sentir les mouvements autour de lui. Des points de magie tremblant de pouvoir brûlaient ses sens, d’autres mort-vivants autour de lui, du mouvement, des silhouettes luttant, courant autour de lui. Cet endroit, cette structure sous la terre était pleine de vie.

Les runes magiques autour de lui s’allumèrent et quelque chose marcha dans le couloir. Toren vit quelque chose d’humanoïde marcher vers lui.

Un immense guerrier en armure apparut dans le couloir, une silhouette portant une épaisse armure de plates qui serait trop grand même pour Relc. Toren vit que l’étrange guerrier était en train de tenir une épée lourde dans une main.

La silhouette en armure s’avança, Toren réalisa soudainement quelque chose n’allait pas. L’armure était en parfait état, ce qui était étrange pour un lieu aussi bas, mais ce n’était pas ce qui était étrange. Ce qui était étrange était que le guerrier en armure n’avait pas de tête.
 
L’armure tenait un casque dans sa main libre. Il était en train de briller… Quelque chose était en train de faire de la lumière sortant des fentes de son casque. Et la tête blindée le regardait directement.

Toren chercha autour de lui pour une épée, une arme, quoique ce soit, mais il n’y avait rien dans le couloir. Et l’armure était concentrée sur lui.

Le squelette pouvait courir, mais il ne savait pas où il était. Et il n’était pas certain de ce qui se passait. Donc il attendit. La création magique s’avança vers lui, ses pas lourds se réverbérant dans le couloir.

Il s’arrêta à trois mètres de Toren. L’armure enchantée leva son épée et une couleur orangé tirant vers le rouge se déversa de la cavité qu’était son cou. Toren entendit un terrible rugissement, le crissement du métal sur du métal, tellement bruyant et furieux que cela sonnait comme quelque chose de vivant.

L’armure s’avança, posant le casque sur son cou et tenant l’épée à deux mains. Toren regarda l’armure.

Elle allait le tuer. Réduire ses os en pièces. Le détruire. Il allait mourir s’il ne fuyait pas ou ne se battait pas. Il le savait.

Il n’y avait pas d’Erin pour lui dire ce qu’il fallait faire. Toren était seul. Seul et sans arme. Mais tout allait bien. Il avait des ordres. Il avait un but.

Lentement, Toren ouvrit sa bouche incroyablement grand, l’ouvrant à un point que son crâne partit en arrière. Il mit la main à sa bouche et, avec une main squelettique, l’enfonça dans la cavité où aurait dû être son cerveau.

L’armure s’arrêta alors que Toren s’empara de quelque chose de pourpre dans son crâne. Le squelette poussa et tira de son crâne, coinçant une… Gemme à l’intérieur de son orbite.

Toren leva les yeux. La gemme enchantée qu’il avait prise à Écorcheur brilla dans sa tête. Il ne pouvait pas le savoir, mais la flamme bleue de son crâne se mélangeait avec la lumière pourpre de la gemme, transformant les flammes de ses yeux en un profond violet.

L’armure enchantée hésita alors que Toren commença à s’avancer vers lui. Le squelette n’avait pas d’arme, pas d’armure. C’était juste un squelette, mais il y avait quelque chose en lui qui fit que la magie dirigeant l’armure et l’épée changea sa posture.

Toren s’en fichait. Il regardait au-dessus de lui, là ou une faible lueur était en train de briller depuis les hauteurs. Trop loin pour grimper même s’il trouvait un moyen d’atteindre le plafond. Mais cet endroit avait été construit. Par quelque chose, pour une quelconque raison. Toren comprenait les bâtiments. Il y avait généralement une entrée et une sortie qui n’impliquait pas un trou dans le sol.

Il y avait une sortie. Tout ce qu’il avait à faire était la trouver. Et le fait qu’il y avait des choses qui voulait le tuer n’était pas un problème. Toren serra ses poings alors que l’armure commença à charger vers lui. Il courut vers elle, la mâchoire ouverte dans un cri silencieux.

Il allait revenir.




Hors ligne EllieVia

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Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
« Réponse #87 le: 16 septembre 2020 à 22:19:05 »
2.11
Traduit par EllieVia


Tout était parti en fumée. C’était terminé.
 
L’Auberge Vagabonde n’était plus.
 
Erin regardait fixement ce qui avait été son auberge et vit le mur qui se dressait entre elle et tous les plans qu’elle venait de concocter. Ou plutôt non, elle ne le vit pas.
 
Étant donné qu’il n’y avait plus de murs.
 
Presque la moitié de son auberge avait été expulsée par l’explosion. Les murs, le plancher - même des morceaux du toit avaient été mis en pièces par l’écorce explosive lorsqu’elle avait été exposée à la chaleur du feu.
 
Et petit bonus, l’écorce avait eu le temps de s’enflammer lorsqu’elle avait jailli de la cheminée. Par conséquent, les parties de l’auberges qui n’avaient pas été bombardées de shrapnels avaient également pris feu.
 
Ce n’était que parce que le temps était tellement froid et venteux aujourd’hui que le feu n’avait pas dévoré l’auberge toute entière. En l’état, Erin pouvait voir directement à travers la salle commune et même une partie de l’étage de l’endroit où elle se trouvait dehors.
 
Il n’y avait aucun moyen de réparer ça. Erin ne saurait même pas par où commencer. Son [Artisanat Élémentaire] ne lui permettait pas de savoir comment réparer des fondations. L’endroit où s’était trouvée la cheminée - le centre de l’explosion - était à présent un cratère, et Erin ne voyait plus que de la poussière carbonisée là où auraient dû se trouver le plancher et la dalle de pierre.
 
L’auberge avait disparu. Et Erin n’avait plus de toit.
 
Le sentiment qui frappa Erin n’était pas exactement du désespoir. C’était plus une sorte d’engourdissement, un sentiment vaguement douloureux dans sa poitrine. Pourquoi ? Pourquoi avait-il fallu que ça tombe encore sur elle ?
 
Elle dit à Toren de s’en aller, et pendant un moment, elle se contenta de rester assise dans la neige pour essayer de déterminer ce qui allait se passer à présent. Qu’est-ce qui allait se passer, à présent ? Elle avait un peu d’argent, mais pas suffisamment. Elle était une [Aubergiste] sans auberge et sans autres compétences utiles que les échecs.
 
Elle était perdue.
 
Encore.
 
C’est ce mot qui apparut dans l’esprit d’Erin. Encore. Ce n’était pas la première fois que quelque chose de semblable lui arrivait. Cette pensée créa une étincelle, mais Erin était tellement fatiguée. Elle ne voulait pas réfléchir à quoi que ce soit qui implique de ramasser les fragments de bois ou trouver véritablement du bois pour remplacer les poutres endommagées.
 
Elle voulait juste rester assise ici et contempler les décombres de ce qui avait été son foyer.
 
“Wow. Il ne reste vraiment plus rien, hein ?”
 
Erin entendit la remarque pleine d’entrain de Relc lorsque le Drakéide atteint enfin le sommet de la colline. Elle était arrivée encore plus vite que Klbkch et lui en se précipitant à toutes jambes pour voir ce qui était arrivé à son auberge. Le Drakéide siffla en regardant autour de lui.
 
“Qu’est-ce qui a fait ça ? Je n’ai fait que voir la fumée et Tkrn a dit qu’il pouvait voir que l’auberge s’était effondrée de son poste aux murs. [Œil d’Aigle]. Sacrée compétence, hein ?”
 
“Elle a explosé.”
 
“Ouais, j’avais compris ce dét… aïe !”
 
Erin entendit un bruit sourd et les piétinements d’un Drakéide qui sautait à cloche-pied dans la neige. Puis Klbkch s’accroupit à côté d’elle. L’Antinium dévisagea Erin avec gravité.
 
“Je suis désolé pour ce qu’il s’est passé, Erin. Est-ce que c’était une attaque ou une défaillance magique ?”
 
“Non. Non. C’étaient les arbres.”
 
“Les arbres ?”
 
Relc cessa de sauter sur place en jurant et parut vaguement inquiet. Il attrapa sa lance et se retourna.
 
“Aw, non. Ne me dis pas que c’était un de ces arbres maudits. Ou une Dryade ? Je déteste les Dryades.”
 
Erin faillit sourire, mais elle en fut incapable.
 
“Non. C’était un arbre explosif. Toren a dû en couper un et le ramener ici.”
 
“Un arbre explosif ? Comment ça ?”
 
Klbkch hocha lentement la tête.
 
“Erin doit être en train de parler des rapports sur la forêt mortelle au sud-est d’ici. Tu dois te souvenir que c’est l’une des zones que nous évitons lors de nos patrouilles.”
 
“Ah, oui. L’endroit où le groupe d’éclaireurs a disparu ? Ouais. Wow. Donc les arbres explosent ?”
 
“L’écorce, oui.”
 
Erin voyait parfaitement la scène, à présent. Elle se souvenait à présent la réaction des arbres lorsqu’elle avait jeté une pierre dessus. Ils avaient failli lui arracher un œil avec un gland à quinze mètres. Si ce pouvoir explosif était concentré dans une jolie petite pièce…
 
“Eh bien, tant pis pour le dîner. J’ai faim. Tu veux aller au Voleur sans Queue à la place ? Je paie la première tournée.”
 
Klbkch se retourna pour dévisager Relc. Erin ne vit pas son visage, mais le Drakéide leva les serres en l’air, sur la défensive.
 
“Hey, je plaisantais ! Enfin, un peu. Je veux dire…”
 
Il agita une main en direction de l’auberge d’Erin et baissa la voix, même si Erin et Klbkch pouvaient tous deux l’entendre distinctement.
 
“Que va-t-elle faire ? Je ne pense pas qu’’un marteau et une poignée de clous suffisent pour réparer tout ça, pas vrai ?”
 
Erin resta silencieuse mais elle était d’accord avec Relc. Son auberge était détruite. Que pouvait-elle y faire ? C’était exactement la même situation que lorsqu’elle était arrivée ici. Elle ne pouvait rien faire.
 
C’était tellement injuste. Pourquoi est-ce que cela lui arrivait-il à elle ? Pourquoi…
 
“Oh non ! Erin !”
 
Erin entendit la voix une seconde avant que Selys ne manque de peu de la plaquer au sol. La Drakéide se jeta au cou d’Erin pendant que Ceria et Olesm finissaient d’atteindre le sommet de la colline, essoufflés. Selys contempla, bouche-bée, l’auberge d’Erin, puis Erin.
 
“Est-ce que tu es blessée ? Oh non, ton auberge ! Qu’est-ce qu’il s’est passé ?”
 
Ceria et Olesm contemplèrent le carnage, sous le choc, tandis qu’Erin marmottait quelques mots et que Relc racontait bruyamment ce qu’il s’était passé.
 
“Et après, ce crétin de squelette qu’elle a - Tors, un truc du genre - a dû y mettre le feu. L’arbre explose, et son auberge avec. Boum !”
 
“Je n’y crois pas.”
 
Selys n’arrêtait pas de répéter ça en serrant Erin dans ses bras. Ceria secouait la tête, l’air morne et fatiguée. Seul Olesm paraissait déterminé à rester optimiste. Le Drakéide regarda une planche fendue et tourna sur lui-même.
 
“Est-ce qu’on peut la réparer ?”
 
“Quoi ? Tu es dingue ?”
 
Se moqua Relc. Il montra d’une griffe la devanture ravagée de l’auberge.
 
“C’est impossible qu’elle parvienne à réparer ça toute seule. Il faudrait une équipe de charpentiers et une petite forêt, et aucune des deux n’est abordable, même si on n’était pas en hiver ! C’est foutu. L’auberge n’existe plus. Ce n’est plus qu’un souvenir. La destruction tot…”
 
Ceria se retourna et assena un violent coup de pied dans l’estomac de Relc. Il ne bougea pas, mais plissa les yeux.
 
“Ça fait mal.”
 
De sa main valide, Ceria envoya une aiguille de glace en direction du nez de Relc. Le Drakéide esquiva à une vitesse inhumaine, mais l’aiguille l’aurait raté, de toute façon.
 
“Ferme-la.”
 
“Hey, je dis juste…”
 
Relc esquiva une autre aiguille de glace, plus grosse et plus précise cette fois-ci. Il recula en marmottant des insultes.
 
Erin n’écouta ni ne vit Olesm et Klbkch discuter entre eux, ni Selys lui assurer qu’elle pouvait loger à son appartement avec Krshia. Elle se contenta de réfléchir.
 
C’était toujours la même chose. Toujours. Pas le même chemin pour y arriver, mais le sentiment était le même. Et c’était triste, mais Erin était habituée à cette sensation. Elle était habituée à ce genre de choses.
 
“J’ai déjà fait ça.”
 
Relc dévisagea Erin.
 
“Tu as déjà fait exploser ton auberge avant ?”
 
“Non. Mais tout ça…”
 
Erin ne pouvait pas décrire ce qu’elle ressentait. C’était tellement familier. Pourquoi ? C’était quelque chose qui revenait en boucle dans sa vie.
 
Un drame. Être triste. Manquer mourir. C’était toujours la même chose.
 
Mais il y avait toujours une autre étape. Pourquoi fallait-il toujours que ce soit tragique ? C’était injuste ?  Alors pourquoi fallait-il que ça arrive ?
 
Erin était une experte en drames. Donc pourquoi ne pouvait-elle pas transformer le drame en quelque chose de bien ? Ou du moins, de pas trop mal ?
 
Elle contempla fixement son auberge. Okay, quelle était la suite du script ? Elle allait regarder son auberge dévastée, pleurer un peu, peut-être manquer mourir de froid en essayant de la réparer, et ensuite… les Fées de Givre allaient probablement décider d’ensevelir l’auberge, aubergiste comprise.
 
C’était la suite de l’histoire. Mais Erin pouvait-elle la changer ?
 
“Est-ce qu’il est possible de la réparer ?”
 
“Non, c’est sans espoir ! Retournons en ville ! Je meurs de froid !”
 
Erin ignora Relc et Klbkch se retourna vers elle. Olesm et lui s’approchèrent et Erin se leva. Ceria et Selys rejoignirent le cercle. Relc s’approcha et presque tout le monde lui adressa un regard glacial.
 
Klbkch hocha la tête en direction de l’auberge d’Erin.
 
“J’ai déjà contacté ma Colonie. Une poignée d’Ouvriers vont arriver sous peu pour évaluer les dégâts. Peut-être qu’il est possible de la réparer.”
 
“Et je suis sûre qu’il n’y a pas tant de dégâts que ça. Ce n’est que le… côté de l’auberge. Je connais quelques [Charpentiers] en ville. Ils pourront peut-être aider !”
 
Olesm sourit à Erin d’un air peu convaincant. Selys hocha la tête et adopta le même ton sur-optimiste.
 
“Oui ! Et tu pourras probablement trouver suffisamment de bois pour reconstruire l’auberge. De Krshia. Elle pourrait, euh, connaître quelqu’un avec beaucoup de bois de construction en surplus. Ils reconstruisent beaucoup de bâtiments endommagés donc… ce sera peut-être moins cher ?”
 
Erin faillit sourire, puis elle se décida et se fendit d’un vrai sourire. C’était ridicule, sans espoir. Mais elle avait l’habitude, n’est-ce pas ? Continue de sourire, continue d’essayer. Elle frissonna, et réalisa soudain qu’il faisait vraiment froid.
 
Ceria claqua des doigts et marmotta quelques mots. Erin cilla en sentant l’air autour d’elle perdre soudain une grande partie de son mordant. Selys cligna des yeux et décroisa les bras.
 
“C’était quoi, ça ?”
 
“[Résistance Mineure à la Glace]. C’est un sort mineur pour mages à mon école. Ça ne bloque pas trop le froid, mais ça aide.”
 
En effet. Erin sourit avec gratitude à Ceria et la demie-Elfe lui fit un sourire en coin.
 
“Quelle super surprise, hein ? Je suis vraiment désolée pour ton auberge, Erin. Dis-moi si je peux aider. Je ne suis pas très douée en sorts de télékinésie et de déplacements, mais je peux quand même jeter un sort de [Réparation]. Je peux au moins réparer quelques planches.”
 
Olesm acquiesça.
 
“Et j’ai un marteau chez moi !”
 
Erin sourit. Elle avait soudain plus chaud, et pas juste physiquement. Elle avait des amis. Même au milieu de cet hiver gelé, elle avait des gens prêts à déplacer des montagnes pour elle.
 
Qu’aurait-elle pu demander de plus ?
 
“Et pourquoi pas un jacuzzi ?”
 
“Quoi ?”

“Rien.”
 
Klbkch, qui était resté silencieux, regardait l’auberge. Il leva les yeux et se retourna vers Erin.
 
“J’ai contacté l’un des Ouvriers les plus doués en construction au sein de ma Colonie. Il sera sur le site d’ici peu, mais il m’informe que l’auberge peut être reconstruite.”
 
“Vraiment ?”
 
Erin dévisagea Klbkch, incrédule. Il hocha calmement la tête.
 
“Oui. Mais il émet quelques mises en garde. Tout d’abord, les dégâts qui affectent les fondations ne sont pas négligeables. La majeure partie du bâtiment a beau être encore intacte, le reste devra être reconstruit et ne peut pas être bâti à partir des fragments qui restent. Avec un stock de bois, toutefois, il sera possible de construire une auberge, même s’il serait tout aussi simple d’en rebâtir une ailleurs.”
 
Tout le monde le dévisagea. Olesm ouvrit la bouche.
 
“Ce n’est pas simple.”
 
Klbkch haussa vaguement les épaules.
 
“Je ne suis plus Prognugator, mais j’assure un poste de commandement similaire. J’ai appelé trente Ouvriers Antiniums avec des niveaux dans des classes de construction qui viendront aider à la reconstruction sous peu.”
 
Les regards, loin de se détourner, s’intensifièrent. Klbkch se décala et regarda Erin. Elle cilla.
 
“Tu vas dire aux autres Antiniums de m’aider ? Est-ce que c’est… ta Reine ne va pas se mettre en colère ?”
 
Il secoua la tête.
 
“C’est un service que nous prodiguerons gratuitement. Cela ne prendra pas longtemps.”
 
Il hésita et jeta un œil à la devanture de l’auberge.
 
“... ce sera bien plus difficile de trouver du bois de construction. Le bois de charpente se fait rare en ville en ce moment. Cela prendra peut-être un jour ou deux pour en trouver suffisamment. Les Ouvriers peuvent commencer à réparer des portions de l’auberge et empêcher le reste de subir les intempéries, pour l’instant.”
 
“Oh.”
 
Erin s’avachit légèrement. Mais… c’était bien plus que tout ce qu’elle aurait pu souhaiter. Et c’était la même sensation. De l’aide… quelqu’un l’aidait sans qu’elle lui rende son aide. Elle regarda autour d’elle. Ne pouvait-elle donc rien faire ?
 
Elle aperçut quelque chose qui avait survécu à l’explosion. Un morceau d’arbre, tronçonné à la va-vite, de l’écorce encore enroulée autour des quelques branches du tronc. Relc était assis dessus, l’air de s’ennuyer ferme.
 
“Hey, il reste encore de l’arbre explosif.”
 
Tout le monde se retourna. Relc baissa les yeux sur son siège et se releva lentement. D’un seul mouvement, tout le monde s’éloigna lentement du tronc. Sauf Erin. Elle le regarda fixement, les sourcils froncés.
 
“Pourquoi est-ce que lui n’a pas explosé ?”
 
Selys lança un regard nerveux à Erin.
 
“Est-ce que tu penses qu’il va exploser maintenant ? Est-ce qu’on devrait encore s’éloigner ?”
 
“Non. Mais pourquoi n’explose-t-il pas ? Il devrait exploser dès l’instant où l’on s’en approche ou qu’on le frappe.”
 
Erin réfléchit pendant que Ceria et Relc se demandaient pourquoi cela n’avait pas déclenché leur [Instinct de Survie].
 
“C’est peut-être le froid ?”
 
“Le froid ?”
 
“Eh bien, si Toren était dans la forêt, même lui aurait remarqué si les arbres s’étaient mis à exploser. Et l’écorce aurait détoné s’il avait traîné un tronc jusqu’ici. Donc pourquoi est-ce qu’il n’a explosé qu’une fois à l’intérieur ?”
 
Elle imagina son squelette. Il n’était pas malin, mais même lui n’aurait pas ramené d’objet dangereux à l’intérieur de l’auberge. Il n’avait donc pas dû savoir que les arbres allaient exploser. Ergo - un mot soutenu qu’elle avait appris à l’école - les arbres devaient paraître parfaitement normaux. Jusqu’à ce qu’il les ramène à l’intérieur.
 
Alors, que s’était-il passé une fois à l’intérieur ? Toren avait probablement allumé le feu avec le bois. Pas grand-chose d’autre à faire avec du bois en intérieur. Et alors…
 
Boum. C’était probablement ce qui avait déclenché l’explosion. C’était l’hypothèse d’Erin, et elle décida de la tester.
 
“Hey, Relc, est-ce que tu peux descendre ce bois plus bas sur la colline ?”
 
Il ne voulait pas. Mais après quelques cajoleries (menaces) de Selys et Klbkch, il s’approcha avec réticence et fit rouler avec précautions le morceau de bois disgracieux sur la colline. Puis, une fois qu’il fût à peu près certain que l’arbre n’allait probablement pas exploser, il donna un grand coup de pied dedans, suffisamment fort pour l’envoyer s’écraser en bas de la pente.
 
Erin était relativement certaine que ceci aurait dû déclencher l’explosion, froid ou pas froid. Mais l’écorce ne frissonna même pas. Soit, cela ne faisait qu’étayer sa théorie.
 
Ensuite, Erin demanda à Ceria si elle connaissait des sorts de feu. Il apparut que c’était le cas, même si la demie-Elfe n’en connaissait qu’un ou deux.
 
“Ce n’est pas mon domaine de prédilection. Je suis une mage de glace, et tu te doutes que les deux éléments sont très différents. Mais si tu veux que j’allume quelque chose…””
 
Ceria ne pouvait pas lancer le feu très loin ni jeter de boules de feu, mais là encore, Relc était le Drakéide de la situation, même si la situation ne l’enchantait guère. Ceria alluma un fagot de planches et de brindilles qu’Erin avait rassemblés, et Relc alla poser le bois enflammé à côté de l’arbre avant de revenir en courant.
 
Il était tellement rapide ! Il était capable de traverser la centaine de mètres qui séparait le morceau d’arbre du reste du groupe en quelques secondes. Erin savait que le record mondial était quelque chose comme dix secondes, mais elle était certaine que Relc avait parcouru cette distance en moins de temps que ça.
La Drakéide se glissa à côté d’Erin et ils attendirent tous, tendus. Environ trente secondes après que Relc eut placé le feu à côté de l’arbre, Erin crut voir l’écorce frétiller...
 
L’écorce explosive de l’arbre n’était pas si dangereuse à cette distance, mais un fragment d’écorce vint tout de même rebondir doucement sur la carapace de Klbkch qui protégeait Erin. Tout le monde releva la tête pour regarder, mystifiés, la zone autour de l’arbre. Selys agita la queue et cligna des yeux.
 
“Whoa.”
 
La neige autour du morceau de tronc avait été repoussée en une espèce de demi-cercle et la terre avait été soulevée aussi par la force de l’explosion. On aurait un peu dit un cratère d’obus et Erin le fit remarquer.
 
“Tu veux dire que tu as des arbres explosifs là d’où tu viens aussi ? Mais d’où viens-tu donc ?”
 
Olesm secoua la tête en retournant vers l’arbre. Erin tâta précautionneusement le bois à présent dénué d’écorce et se rendit compte qu’il était merveilleusement lisse. Et, incroyablement, intact.
 
“L’écorce explose et laisse l’arbre intact. C’est tellement bizarre.”
 
Relc roula des yeux, impatient, et frissonna, planté à côté d’Erin. Il n’avait pas mis plus de vêtements que d’habitude, alors qu’il faisait si froid. Son torse nu était probablement là pour montrer à quel point il était un dur à cuire, mais, pour Erin, il avait quand même l’air d’avoir froid.
 
“Okay, apparemment tes arbres ne te tuent pas à moins qu’il fasse chaud. Et alors ?”
 
Erin pointa l’arbre du doigt et regarda Klbkch.
 
“Hey, Klbkch. Tu as dit que les Ouvriers avaient besoin de bois. Ça ferait l’affaire ?”
 
Relc cilla. Olesm claqua des griffes - un bruit plus doux qu’un claquement, d’ailleurs - et ses lèvres formèrent les mots “bien sûr”. Klbkch contempla en silence le morceau de bois. Il ne dit rien pendant une minute, puis acquiesça.
 
“Oui. L’Ouvrier me dit que ce bois semble relativement similaire aux fûts qu’il a l’habitude d’utiliser. Et s’il peut résister à l’impact de telles explosions, il devrait certainement correspondre à tes besoins.”
 
“Bonne idée, Erin !”
 
La félicita Selys. Erin sourit.
 
“Il y a une forêt entière de ces arbres à la noix. Probablement assez pour construire une auberge, pas vrai ?”
 
“Je présume.”
 
Erin eut un sentiment d’accomplissement. Ce n’était pas en train de se passer comme les autres fois. Peut-être que cette fois-ci, cela allait bien se terminer. Mais est-ce que cela pouvait se terminer… encore mieux ?
 
“Hum, tu disais qu’il serait tout aussi simple de bâtir une nouvelle auberge, pas vrai ?”
 
“C’est exact.”
 
“En ce cas… est-ce que tu pourrais la reconstruire plus près de la ville ? Sur une autre colline, par exemple ?”
 
La bouche de Selys s’ouvrit en grand en même temps que celle d’Olesm. Mais Ceria sourit de toutes ses dents, et Relc éclata de rire. Klbkch parut amusé et marqua une pause avant de répondre.
 
“Cela devrait être possible. Il y a quelques collines d’une hauteur suffisante qui pourraient convenir, d’après les Ouvriers. Devrions-nous aller les inspecter ?”
 
Erin sourit. Le soleil sortait de derrière les nuages. La lumière vive fit étinceler la neige d’un éclat aveuglant, et cela la réconforta. Le monde allait mieux.
 
“Merci, Klbkch.”
 
“Je t’en prie, Erin Solstice.”
 
***

Le premier Ouvrier rejoignit Erin et le reste du groupe sur la colline qu’ils avaient choisie. Elle était plus proche de la ville - suffisamment près pour qu’elle puisse voir les portes là où elle se tenait. C’était à… cinq cents mètres ? Un mile ? Cinq miles ? Erin n’était pas douée en distances.
 
C’était suffisamment près pour qu’elle n’ait que vingt minutes à marcher sans se presser pour aller là-bas, ce qui serait beaucoup mieux que son trek habituel. Et encore mieux, la colline approuvée par Klbkch était plutôt grande. Il y avait de la place pour tout ce que voulait Erin.
“Donc les latrines seront ici, et j’airai un sous-sol ?”
 
Erin regarda Klbkch, surexcitée. Il hocha calmement la tête.
 
“Les Ouvriers vont se mettre au travail immédiatement. Il en faudra une vingtaine pour aller ramasser le nombre adéquat de fûts.”
 
“Je peux aller avec vous. C’est plutôt loin.”
 
“J’ai mémorisé la carte des environs et je connais le lieu. Tu devrais rester ici pour superviser la construction.”
 
“Certes, certes.”
 
“Je vais rester avec elle.”
 
Relc bailla et les Ouvriers passèrent en file indienne devant lui. Il s’appuya sur sa lance.
 
“Je vais la protéger contre… le vent.”
 
“Tu vas venir avec nous. Les monstres pourraient chercher à attaquer un tel groupe.”
 
“Aw. Je suis obligé ?”
 
“Je viens avec vous.”
 
Relc cligna des yeux lorsque Ceria s’avança. Erin voulait protester, mais la demie-Elfe était catégorique.
 
“Trois combattants valent mieux que deux, et aucun de vous n’est mage. Je suis peut-être en convalescente, mais je peux encore jeter quelques sorts sans baguette.”
 
C’était logique, mais Erin restait inquiète pour Ceria, jusqu’à ce que Klbkch lui assure qu’il ne lui arriverait rien. C’était juste plus dur de faire confiance quand c’était Relc qui le disait.
 
Olesm et Selys restèrent avec Erin et Klbkch, Relc et Ceria partirent avec le groupe de ramasseurs de bois. Ils débattirent de la marche à suivre. Olesm était pour rentrer à l’auberge et jouer aux échecs, tandis que Selys disait qu’ils devraient ramasser tout ce qu’ils pouvaient sauver pour que les Ouvriers ne soient pas obligés de le faire.
 
Erin était d’accord avec les deux lorsqu’elle vit le deuxième groupe d’Ouvriers arriver au sommet de la colline. Elle se figea, puis hurla de joie en agitant les bras.
 
“Pion !”
 
L’Ouvrier leva sa main valide, un Ouvrier à ses côtés l’aidant à marcher. Erin se précipita vers lui en riant, suivie par Olesm. Selys resta en arrière.
 
Il était difficile de déchiffrer l’expression de l’Antinium, mais Erin était certaine que Pion souriait lorsqu’elle arriva à sa hauteur. Il leva la main, mais elle jeta ses bras autour de son cou. Il se figea, mais Erin n’en avait cure. La carapace de l’Antinium qu’elle enlaçait était dure, lisse, et fraîche. Elle ne pouvait décrire la sensation, mais son exosquelette paraissait vivant, et c’était déstabilisant. Mais c’était surtout que c’était Pion !
 
“Ça fait tellement longtemps ! Comment vas-tu ? Est-ce que tout se passe bien dans la Colonie ? Pourquoi est-ce que tu viens aider ?”
 
Erin bombarda Pion de questions avant de remarquer l’identité de l’Ouvrier qui l’aidait à marcher dans la neige.
 
“Bird !”
 
L’autre Ouvrier, l’un des quatre survivants de la bataille contre Écorcheur et les morts-vivants, inclina poliment la tête en direction d’Erin en aidant Pion à avancer vers l’auberge. Un autre Ouvrier anonyme posa une chaise et Pion s’y assit au sommet de la colline vide.
 
“Où sont les autres ? Garry, hum… Belgrade et Anand ?”
 
“Belgrade est encore trop souffrant pour bouger, mais les autres vont bien. Ils servent la Colonie ailleurs en ce moment.”
 
“Eh bien, je suis ravie de vous voir aussi ! Est-ce que vous allez bien ?”
 
Bird hocha poliment la tête, mais laissa Pion guider la conversation. L’Ouvrier se pencha en avant dans sa chaise et inclina la tête à l’attention d’Erin, comme s’il était à une réunion d’entreprise.
 
“Erin, il est bon de te revoir. Je me porte très bien et je regrette de ne pas avoir eu le temps de venir te rendre visite plus tôt. Mais nous avons été… occupés après la bataille contre les morts-vivants. Toutefois, je suis ici à présent pour t’aider à la hauteur de mes capacités.”
 
Erin regarda autour d’elle. Pion et Bird étaient suivi de dix autres Ouvriers. Ils n’attendirent pas pour se mettre au travail. Ils avancèrent au pas en direction de son auberge à travers la neige qui leur arrivaient aux chevilles. Aucun Antinium ne portait de vêtements, et Erin se demanda s’ils allaient s’en sortir dans la neige.
 
“Inutile de t’inquiéter pour les Antiniums. Nous pouvons survivre à des températures glaciaires pendant deux heures avant d’avoir besoin de chaleur. Nous ferons un feu pour nous réchauffer avant d’en avoir besoin.”
 
Erin sourit à Pion. Comme Klbkch, il était toujours plutôt calme, mais Pion avait un air plus familier. Et il avait l’air de plutôt bien comprendre les pensées d’Erin.
 
“Je n’arrive juste pas à croire que tu sois ici. Et… est-ce que ton bras est en train de repousser ?”
 
Elle pointa soudain le doigt en direction du flanc de Pion. Erin se souvenait des moignons qui étaient tout ce qu’il restait de ses trois bras et de sa jambe, et on aurait dit qu’ils étaient plus grands que d’habitude. Pion acquiesça, et désigna les moignons de son bras valide.
 
“La Colonie possède plusieurs substances uniques qui permettent la régénération des membres d’Antiniums. Je retrouverai une motricité d’ici la fin du mois si tout se passe bien. Pendant ce temps, je dirigerai les opérations de réparations de ton auberge.”
 
“C’est vraiment génial. Vraiment.”
 
Cela n’excusait pas les événements qui avaient menés à la perte desdits membres, mais Erin ne voulait pas compliquer les choses. Elle sourit à Pion et Bird.
 
“Donc vous allez aider ? Vous savez ce qu’il se passe ?”
 
“Oui. Le Revelantor nous a déjà donné ses instructions. Nous allons reconstruire ton auberge ici, Erin. Cela prendra peut-être du temps pour creuser les fondations et couper les fûts, mais tout devrait être terminé d’ici minuit.”
 
Les yeux d’Erin sortirent de leurs orbites, et elle regarda la colline vide, encore couverte de neige.
 
“Non. Sérieusement ?”
 
“Les Ouvriers n’ont pas besoin de beaucoup de repos et nous avons tous quelques niveaux dans les classes appropriées. De plus, nous sommes venus en nombre. Nous avons déjà reconstruit une grande partie de Liscor. Ne t’inquiète pas. Ton auberge sera reconstruite plus qu’à neuf.”
 
Erin sourit à Pion, et sentit ses yeux la piquer légèrement.
 
“Eh bien. Eh bien… je vous revaudrai ça, je le promets.”
 
“Je le crois, oui. J’ai cru comprendre que le prix que le Revelantor compte te demander est de permettre aux Antiniums de venir apprendre les échecs dans ton auberge.”
 
Selys fronça les sourcils et Olesm eut l’air ravi. Erin était incrédule.
 
“Quoi ? Ce n’est pas un prix. C’est… c’est encore vous qui m’aideriez !”
 
“Cela aidera aussi la Colonie. Excuse-moi, mais il ne m’est pas permis de trop discuter les détails. Mais cela nous aidera.”
 
“Eh bien… bien sûr ! Je veux dire, ce sera déjà beaucoup mieux. Mon auberge était déjà pleine de trous, et maintenant, elle sera plus proche de la ville, pas vrai ?”
 
Selys hocha joyeusement la tête.
 
“Maintenant, je pourrai venir te voir après le travail plutôt que devoir trouver quelqu’un pour m’amener jusqu’ici. Et cela ne fera pas du mal à tes affaires, j’en suis sûre.”
 
“C’est peut-être bien pour le mieux.”
 
Acquiesça Olesm en regardant fixement Bird. L’Ouvrier avait l’air vaguement mal à l’aise, mais Erin connaissait Olesm, et était persuadée qu’il allait le défier à une partie d’échecs.
 
“Et je peux mettre moins de temps pour les courses, et je n’aurai plus à porter de sac aussi loin.”
 
Tout avait l’air mieux. Erin ressentit un soulagement immense et une grande joie envahir sa poitrine. Selys tapota les jambes d’Erin de sa queue en lui souriant.
 
“Faire exploser ton auberge est la meilleure chose qui te soit arrivée, hein, Erin ?”
 
“Oui. Je n’en veux presque plus à Toren. Je veux dire, ce n’était pas vraiment sa faute.”
 
Erin soupira. Ce n’était vraiment pas la faute du squelette. C’était un abruti, mais il n’était pas stupide. Et il avait trouvé du bois, finalement. Elle ne lui crierait pas dessus, elle se le promettait. Puis une pensée lui vint et Erin se retourna en fronçant les sourcils.
 
est Toren ?”
 
Pion et le reste du groupe regardèrent autour d’eux aussi. Erin réalisa soudain qu’elle ne l’avait pas vu depuis un moment.
 
“Est-ce qu’il fait une tâche pour toi, Erin ? Peut-être quelques courses ?”
 
“Non…”
 
Erin se souvint de ce qu’elle lui avait dit. “Va-t’en.”
 
“Oh. Je lui ai dit de partir après qu’il a eu fait sauter l’auberge. J’imagine qu’il est toujours parti.”
 
Olesm fronça les sourcils.
 
“Est-ce qu’il va revenir ?”
 
Erin rama.
 
“Eh bien… Oui ! Je voulais juste dire, va-t’en un moment. Pas pour toujours. Il reviendra bientôt, j’en suis sûre.”
 
Elle ne pouvait pas y faire grand-chose, de toute manière. La corpulence… réduite… de Toren le rendait difficile à repérer en temps normal, et il était presque complètement invisible sur la neige blanche. Erin demanda à Pion et au reste des Ouvriers de regarder de temps en temps s’ils l’apercevaient, et se résolut à faire de même.
 
Il reviendrait bientôt, elle en était sûre.
 
***

“Alors. On m’a dit que tu t’appelais Klbkch.”
 
Klbkch baissa légèrement les yeux et hocha poliment la tête en direction de Ceria qui marchait à côté de lui en tête d’une petite armée d’Ouvriers. Ils traversaient les Plaines Inondées de Liscor, ou plutôt, d’après Ceria, les Plaines Gelées de Liscor.
 
Il faisait froid. Ceria était spécialisée dans la magie à base de givre, et elle ne craignait pas le froid, mais la marche combinée à sa faiblesse récente rendait les choses plus difficiles qu’elle ne l’aurait voulu. Mais elle marchait tout de même d’un pas vif, peu désireuse de ralentir l’expédition.
 
Elle était de toute manière légèrement en train de regretter son choix d’accompagner les Ouvriers pour chercher du bois. Elle ne connaissait pas Relc ou Klbkch et elle avait un passif avec les forces de l’ordre locales. Mais Erin aimait bien Klbkch, ce qui voulait probablement dire qu’il était sympathique.
 
“Je, euh, n’ai jamais rencontré d’Antiniums avant. Vous n’avez pas une très bonne réputation dans le nord.”
 
“J’en suis parfaitement conscient. La perception de votre race de notre espèce n’est pas imméritée.”
 
“Mais tu es un ami d’Erin. C’est surprenant, mais j’en suis heureuse. Elle a besoin d’amis ici.”
 
“C’est un individu unique. Je pense que tu es une bonne amie pour elle aussi. Elle est entrée dans les ruines pour te ramener.”
 
“En effet. Elle est très courageuse.”
 
“En effet.”
 
Leur conversation s’interrompit pendant quelques minutes. Ceria regarda le paysage morne. Il n’y avait pas beaucoup de bâtiments ni… de quoi que ce soit d’autre à part aux sommets des plus hautes collines. Ce qui était logique, quand on pensait à ce qu’il se passait à d’autres moments de l’année. Mais tout de même, le paysage ouvert la déconcertait un peu. S’il n’y avait pas eu les Antiniums, Ceria se serait sentie perdue dans ce paysage infini de blancheur.
 
Devant Klbkch et elle, Relc fonçait à travers la neige, en laissant une trace derrière lui. Il partait en éclaireur, étant donné que c’était la seule personne du groupe à posséder des compétences dans ce domaine.
 
“Nid d’araignées !”
 
Il agita une main et planta sa lance dans une zone enneigée qui s’effondra. Un énorme gouffre béant s’ouvrit et Relc donna un coup de pied à la première Araignée Cuirassée lorsqu’elle rampa vers le bord.
 
“Prends ça mon petit salaud !”
 
L’Araignée Cuirassée retomba dans le nid et Relc éclata de rire et fit tomber le reste des araignées dans le nid. Ceria et Klbkch changèrent de direction pour s’éloigner du nid. Ceria désigna Relc d’un signe de tête.
 
“C’est le garde avec le plus de niveaux que j’aie jamais vu. Je l’ai vu combattre Scruta. Avec ses capacités, il pourrait être un rang Or.”
 
“Il m’a dit qu’il n’aimait plus le danger. C’était un soldat. Il est à la retraite, à présent.”
 
“Scruta était aussi une soldate, autrefois.”
 
“Oui. Elle pourrait le redevenir, si ce que nous avons entendu est vrai.”
 
Ceria essaya de se représenter l’image. Elle se souvenait de la première fois où le Roi de la Destruction s’était déchaîné, d’entendre parler la chute des nations et les villes assiégées. Elle n’avait jamais été à Chandrar, mais la guerre avait traversé le vaste océan lorsque le Roi de la Destruction avait soudain décidé d’abandonner ses grandes ambitions.
 
“Que feront les Antiniums s’il se remet à conquérir des nations ?”
 
Klbkch haussa légèrement les épaules. Il était armé de deux épées, qui s’accordaient à son corps unique. Ceria n’avait jamais vu d’Antinium avec seulement deux bras - cela devait signifier qu’il était un meneur spécial dans leurs rangs. Les autres Ouvriers obéissaient de toute évidence à ses ordres sans discuter.
 
“Si une guerre éclate, les Antiniums agiront. Jusqu’à ce moment-là, je pense que les Reines se contenteront d’attendre. Le Roi de la Destruction est loin d’ici.”
 
“C’est vrai.”
 
Ils continuèrent de marcher. La neige craquait sous les bottes de Ceria. Puis Klbkch lui posa une question.
 
“Que vas-tu faire ?”
 
“Pardon ?”
 
“Je comprends qu’on ne te fera pas payer pour l’attaque des morts-vivants. Mais tu es une aventurière solitaire, si l’on oublie la poignée d’aventuriers qui ont survécu. Beaucoup sont déjà partis, et il ne reste que l’aventurière Argent.”
 
“Yvlon. Elle est… muette. Elle est encore en train de récupérer.”
 
“Oui. Est-ce que tu vas te joindre à elle et reprendre l’aventure ?”
 
“Je ne sais pas.”
 
Elle avait tout perdu. Ceria oubliait, parfois. Elle se réveillait et se mettait à faire des choses puis cela la heurtait de plein fouet lorsqu’elle réfléchissait à l’avenir. Elle avait perdu tout son argent dans les ruines, perdu tous ses artefacts magiques sauf sa robe, perdu ses amis, et sa main.
 
Tout.
 
Klbkch ralentit lorsque Relc leva la main et cria devant eux. Il y avait quelque chose au loin, qui brisait la monotonie du paysage.
 
“Ah. Voici la forêt. Il faut que nous en ôtions l’écorce avant de ramener les arbres.”
 
Il se retourna et se mit à crier des ordres aux Ouvriers derrière lui d’un ton sec et vif. Ceria regarda les Antiniums aux corps noirs s’exécuter et réfléchit. La question de Klbkch l’avait plus perturbée que ce qu’il pouvait probablement imaginer.
 
Qu’allait-elle faire, maintenant ? Qu’allait-elle devenir ?
 
Ceria n’en avait aucune idée. Elle était perdue. Elle n’avait qu’une seule chose à laquelle se raccrocher, et c’était une certitude. Quelque chose clochait chez Erin Solstice et Ryoka Griffin. Quelque chose était différent chez elles.
 
Elle trouverait ce que c’était d’abord, puis elle déciderait.
 
***

Les premiers Ouvriers étaient en train de revenir avec des planches et un autre groupe s’était mis à creuser ce qui deviendrait bientôt les fondations et le sous-sol d’Erin lorsqu’Olesm pointa le ciel du doigt en déclarant sur un ton d’avertissement.
 
“Uh oh. On a un problème.”
 
Erin regarda autour d’elle, et son cœur plongea dans sa poitrine. Haut dans le ciel, elle vit un nuage de formes miroitantes, et entendit des voix familières - et malvenues.
 
“Regardez, regardez ! Cette misérable bâtisse a disparu !”
 
“Quelque chose l’a détruite !”
 
“Nay, elle a explosé ! Vous voyez les traces ?”
 
“Hah ! Bien fait pour l’humaine imbécile ! Regardez comme elle reste plantée là comme une bûche !”
 
Les Fées de Givres volèrent au-dessus de leurs têtes, bavardant tandis que les Ouvriers se mettaient à ramener les morceaux de l’auberge au nouveau site de construction.
 
“Et voilà que les esclaves reconstruisent l’auberge ! Avec des clous de fer et des outils de métal ! Maudissons leurs pas !”
 
“Cassons leurs stupides outils !”
 
“Détruisons le nouveau bâtiment !”
 
Erin agita la main et se précipita vers les Fées de Givre, paniquée, alors qu’elles plongeaient sur les Ouvriers inconscients de ce qu’il se tramait. Les autres regardèrent Erin d’un air incrédule lorsque, de leur point de vue, elle se mit à crier sur des masses ténues flottant dans les airs.
 
“Attendez, attendez ! Stop ! N’attaquez pas ! S’il vous plaît !”
 
Les Fées de Givre s’interrompirent, et l’une d’elle, méfiante, lança un regard noir à Erin.
 
“Que veux-tu ? Si tu veux mendier, c’est inutile. Nous détestons le métal froid et ni toi, ni tes esclaves ne nous arrêteront !”


“Mais j’ai besoin d’une auberge, la précédente a été détruite ! Pourquoi me détestez-vous autant ?”
 
Elles se moquèrent d’elle, les fées. L’une d’elle lui adressa un geste obscène et pointa du doigt les Antiniums à l’œuvre.
 
“Nous ne te détestons pas, imbécile ! Vous autres mortels n’êtes rien de plus à nos yeux que de la vermine. C’est le fer que nous haïssons ! Si vous enleviez le fer du bâtiment, nous pourrions, pourrions y réfléchir.”
 
Erin regarda son auberge, puis les fées.
 
“Mais comment pouvons-nous construire une auberge sans clous de fer ?”


“Stupide jeune femme !”
 
Se moqua l’une des fées.
 
“Ne le sais-tu donc pas ? Un clou peut ne pas être en fer ! Es-tu une imbécile ? Ils peuvent être faits d’argent, de bois, d’acier...”
 
“De cuivre ! Fais-le en cuivre, pauvre conne !”


C’était vraiment malpoli, mais Erin ignora l’insulte. Elle se précipita vers les deux Ouvriers en charge des travaux et agitant désespérément les mains.
 
“Hey Pion ! Pion !”
 
Pion leva les yeux de son conciliabule avec Bird. Ils vinrent à sa rencontre, Erin les rejoignit et pointa du doigt le site où les Ouvriers étaient déjà en train de creuser la terre et de mettre des pierres en place pour créer les fondations.
 
“L’auberge. Quand vous la construirez… est-ce que vous pourriez n’utiliser que des clous en cuivre ?”
 
Il en discuta avec Bird, puis acquiesça.
 
“Nous avons une grande quantité de matériaux de construction disponible. Cela sera fait.”
 
Erin retourna vers les fées et leur sourit, pleine d’espoir.
 
“Alors ? Est-ce que cela ira ? Ce sera un bâtiment sans mauvais fer - enfin, le moins possible. Et vous serez les bienvenues en tant qu’invitées, d’accord ? C’est promis !”
 
Les Fées de Givres discutèrent en dévisageant intensément Erin, leurs mains en coupe. Erin attendit, en sueur malgré le froid, imaginant le groupe d’Ouvriers et elle-même ensevelis sous des tonnes de neige. Les fées ne pouvaient pas faire ça. Si ?
 
Enfin, les fées se retournèrent vers Erin et l’une d’entre elles hocha la tête. Elle n’avait pas l’air contente, mais paraissait résignée. Les autres fées souriaient joyeusement, mais Erin ne comprit pas pourquoi.


“Bon… très bien. Je suppose que tu as un laissez-passer pour cette fois. Nous avons mieux à faire que s’occuper de vous, de toute manière.”


Les fées se mirent à repartir en spirale vers le ciel. Olesm cligna des yeux et dévisagea Erin d’un air émerveillé. Pion et Bird ignorèrent les fées en continuant à faire les plans de l’auberge, et Selys se cacha dans la neige en les voyant s’envoler. L’une d’elle cria encore quelque chose tandis que la horde de fées s’envolait.
 
“On ne t’aime quand même toujours pas, humaine !”
 
Erin tira la langue et les fées s’en allèrent. Une boule de neige jaillit du ciel et s’aplatit sur son visage, mais tout bien considéré, elle trouvait qu’elle s’en était bien sortie.
 
***

Ceria, Klbkch, Relc, et le reste des Antiniums revinrent une heure plus tard en portant de longues planches de bois proprement coupées. Erin était ébahie de voir que chaque planche de bois que les Ouvriers apportaient était parfaitement taillée aux dimensions dont les autres Ouvriers avaient besoin.
 
C’était étrange et un peu effrayant. Les trente ouvriers convergeant vers le site de construction de la nouvelle auberge travaillaient sans parler ni, apparemment, avoir besoin de se regarder. Un Ouvrier allait par exemple construire un mur, et un autre Ouvrier sciait en parallèle une planche de bois parfaitement adaptée.
 
C’était similaire à ce que faisaient les fourmis. De la télépathie, ou une espèce d’esprit de ruche. Erin était fascinée, mais elle n’avait pas beaucoup de temps pour regarder. Elle était aussi occupée.
 
Relc et Klbkch n’étaient pas autant en charge des ouvriers que Pion et Bird. Les deux anciens ouvriers connaissaient bien leur travail, et c’était donc eux qui se chargeaient de donner les ordres. Quant à Relc et Klbkch, ils usaient de leur force considérable pour aider à soulever des choses qui nécessiteraient la force de plus d’un Ouvrier. Relc pouvait à lui seul soulever le poids que soulèveraient deux Ouvriers ou plus.
 
Olesm et Selys n’avaient pas beaucoup de compétences qu’ils pouvaient appliquer ici, mais Selys était heureuse de trouver des choses qui avaient été balayées ou renversées par le souffle de l’explosion. Elle formait de petites piles d’oreillers issus de l’étage, rassemblait les affaires en vrac de la cuisine d’Erin, et s’assurait que rien d’autre n’avait subi de dégâts.
 
Pour sa part, Olesm essayait d’aider Selys, mais il ne cessait de rougir à chaque fois qu’il tombait sur des vêtements intimes d’Erin. Selys finit par le chasser et il essaya sans succès d’aider les Ouvriers jusqu’à ce que Klbkch suggère qu’il aille se rendre utile ailleurs. Finalement, Olesm s’assit à l’une des tables encore debout et joua aux échecs avec Bird et Pion.
 
Pendant ce temps, Erin ne se contentait pas de se tourner les pouces. Elle cuisinait, pour tout dire. Elle s’activait dans sa cuisine, en essayant d’ignorer la bizarrerie de la situation.
 
Sa cuisine n’avait pas été détruite par l’explosion de la cheminée. Et après l’ajout d’une porte de fortune pour garder un peu l’air chaud, Erin se retrouva capable de cuisiner. Elle entendait les Antinium se déplacer autour et au-dessus d’elle pour récupérer des morceaux d’auberge, mais elle les ignora et se concentra sur sa cuisine.
 
Les Antiniums avaient apporté leur propre repas. Ils mangeaient une espèce de bouillie horrible qui ressemblait à de la nourriture régurgitée mélangée à … qui avait l’air dégoûtante et Erin était contente qu’il fasse trop froid pour qu’elle puisse la sentir. Et elle n’avait pas de mouches acides à leur offrir, ce qui lui brisait le cœur. Mais elle pouvait faire quelque chose pour ses amis non-Antiniums.
 
“Hey ! Les gars ! J’ai à manger !”
 
Appela Erin en émergeant de la cuisine, souriant et tenant devant elle une énorme assiette remplie de son dernier accomplissement culinaire. Relc la fixa d’un air suspicieux et rattrapa Erin lorsqu’elle trébucha sur une poutre retournée. Il attrapa l’assiette avant qu’elle ne se renverse et regarda la nourriture.
 
“Qu’est-ce que c’est ?”
 
Relc renifla d’un air méfiant l’objet rond que lui tendit Erin. C’était un hamburger.
 
Un véritable hamburger, digne de ce nom. Avec un bun, de la mayonnaise sur le côté de l’assiette, et tu ketchup. Ou “catsup”. Erin se fichait du terme employé, mais “catsup” lui faisait toujours penser à de la nourriture pour chat.
 
C’était facile. Erin avait pris le bœuf haché qu’elle avait récupéré chez Krshia, avait ajouté du poivre, un œuf ou deux, puis avait formé des galettes avec. Puis elle les avait fait frire à la poêle.
Elle n’avait pas de grill, donc elle trouvait que cela manquait d’authenticité, mais les burgers étaient encore plus fidèles à son souvenir grâce à la laitue, la tomate, et le fromage qu’elle y avait ajouté. Elle avait trouvé tous les ingrédients à Liscor, et pour pas cher en plus ! Krshia avait dit que la ville avait beau importer les tomates et le reste des légumes d’outremer, ce n’étaient pas des mets aussi populaires que le reste. Elle avait dû acheter les tomates chez un autre Gnoll qui se spécialisait dans les plantes rares.
Mais ce n’était pas tout ! Erin avait créé le ketchup à partir des tomates et la mayonnaise à partir de jaune d’œuf et de moutarde. C’était incroyable. Incroyablement difficile à faire, plutôt.
 
Erin n’avait aucune idée que créer du ketchup impliquait de faire bouillir des tomates et d’y ajouter plein d’épices complexes. Elle était encore vexée de savoir que la mayonnaise nécessitait du jus de citron et du vinaigre. Mais Ryoka lui avait donné plusieurs recettes avant de partir, et elles fonctionnaient.
 
Elles fonctionnaient !
 
“Essaie ! C’est très bon !”
 
Erin avait déjà testé sa marchandise, pour tout dire. Elle avait fait un hamburger, avait mangé le hamburger, fait un autre cheeseburger, et l’avait aussi mangé. C’était tellement délicieux et cela lui avait tellement rappelé son foyer qu’elle avait un peu pleuré en mangeant.
 
Relc ne paraissait pas convaincu, mais il sentait la viande grillée et il avait faim. Il mordit dans le hamburger à titre expérimental et mâcha. Ses yeux s’écarquillèrent.
 
Klbkch et Olesm arrivèrent trop tard, parce que Relc avait déjà mangé quatre hamburgers et Ceria et Selys en avaient toutes les deux eu un. Relc mordait joyeusement dans les burgers tandis qu’Erin lui criait dessus parce qu’il volait la nourriture des autres. Elle retourna en chercher dans la cuisine. Heureusement, elle en avait fait beaucoup.
 
Selys mâchait son hamburger, l’air satisfaite. Ceria ouvrit son hamburger et l’inspecta.
“C’est vraiment bon ! Mais je n’avais jamais vu de plat semblable. Est-ce que tu l’as inventé, Erin ?”
 
“Nope !”
 
Erin secoua joyeusement la tête tandis qu’Olesm et Klbkch attrapaient chacun un burger. Relc tendit la main mais elle lui mit une taloche.
 
“Attends qu’ils aient mangé les leurs et tu pourras en avoir un autre s’ils n’en veulent plus. Non, Ceria, c’est un plat populaire chez moi.”
 
“Eh bien, j’adore. Et c’est tellement pratique - ça ferait de la super ration de voyage.”
 
“C’est comme ça que les gens les mangent chez moi ! On marche en les mangeant !”
 
Ceria mordit dans son hamburger et mâcha, les yeux fermés. Cela gênait toujours un peu Erin de voir une Elfe - une demie-Elfe - manger si facilement de la viande. Mais elle était fan, et dès qu’ils essayèrent leurs propres hamburgers, Klbkch et Olesm rejoignirent le fanclub.
“Tu devrais aller vendre ça en ville ! Si tu lançais ça à la Rue du Marché je suis sûre que tu te ferais un paquet d’argent.”
 
Commenta Olesm en reprenant un burger de l’assiette d’Erin et en essayant de le plongea dans la mayonnaise. Relc lui lança un regard noir. Puis Klbkch, Selys, Ceria et Erin en reprirent un aussi, et il leva les bras au ciel et se mit à bouder.
 
Il n’y avait plus de burgers, après ça, mais Erin essaya de faire des frites. Cela le rendit tellement heureux que Relc déclara qu’il mangerait à l’auberge d’Erin tous les soirs si elle continuait à faire ça.
Erin était extatique. Et les travaux de son auberge progressaient incroyablement vite. Les Ouvriers se mirent à démanteler la cuisine dès qu’elle eut terminé ses frites.
 
Elle laissa derrière elle tout ce qu’il restait de sa vieille auberge - il ne restait que quelques planches et du bois fendu - pour aller voir sa nouvelle auberge, faite de bois luisant en train de se faire recouvrir d’une espèce de substance imperméabilisante par les Antiniums.
 
Et les Antiniums terminèrent le travail lorsque le soleil disparut derrière les montagnes. Comme promis.
 
L’auberge était dressée au sommet de la nouvelle colline, et les murs collaient encore un peu. Ils seraient secs au matin, d’après Pion, qui dit à Erin de ne pas s’inquiéter de l’humidité qui régnait aux alentours. Elle n’avait même pas su que cela pourrait poser un problème avec le vernis du bois, mais les Antiniums avaient leur propre panel de substances.
 
Ses amis partirent le ventre plein, avec ses remerciements et une invitation ouverte à venir la voir le lendemain et Erin resta seule à admirer son auberge. Ceria avait décidé de retourner en ville avec Olesm pour une nuit de plus, étant donné que les deux étaient encore techniquement censés se remettre.
 
Sa nouvelle auberge était aussi grande que l’ancienne, c’est-à-dire grande. Erin pouvait se mettre au milieu de la salle commune et sentir l’espace autour d’elle. Mais encore plus important d’un point de vue construction, cette nouvelle auberge était principalement faite de bois neuf, et elle était dans une bien meilleure condition que le vieux bâtiment qu’Erin avait trouvé longtemps avant.
Les murs et le toit étaient recouverts d’un vernis Antinium. Cela aidait à protéger le bois des intempéries, mais permettait également de renforcer l’auberge. Les clous étaient en cuivre, et le bâtiment était approuvé par les fées. Erin avait à présent des vitres aux fenêtres, ainsi que des volets pour isoler du froid et avoir plus d’intimité. Sa cuisine était remise à neuf, et ses possessions étaient à présent organisées grâce aux compétences de [Réceptionniste] de Selys.
Et le mieux de tout cela, et c’était le plus important, le panneau au-dessus de l’auberge était à présent peint en lettres d’or brillantes qui étincelaient à la lumière. Erin avait planté elle-même le panneau qui interdisait aux gens de tuer les Gobelins. C’était le seul élément bancal de toute l’entreprise.
 
Et elle avait des latrines. Les Antiniums creusaient la terre comme… enfin, probablement plus vite que quelqu’un équipé d’une pelle ou d’une tarière.
Tout était parfait. Erin tournoya dans son auberge en riant jusqu’à avoir le tournis. Et elle était heureuse. Pour une fois, elle avait changé un désastre en miracle.
 
Elle était heureuse. Elle était heureuse. Tellement heureuse. Mais… il manquait quelque chose.
 
Pendant un long moment, Erin le chercha. Elle fouilla le nouvel étage, chercha dans les coins, dans la cuisine, sous les tables et les chaises, en se demandant de quoi il s’agissait. Elle retourna à son ancienne auberge et chercha, en se demandant de quoi il s’agissait.
 
Puis elle comprit en s’asseyant à une table. Erin regarda autour d’elle et ne le vit pas. Toren.
 
Son squelette n’était toujours pas revenu. Erin n’avait aucune idée d’où il se trouvait. Elle monta sur son toit et le chercha pendant près d’une heure, en ignorant le froid.
 
TOREN ! ES-TU ?
 
Sa voix, amplifiée par sa compétence de [Voix de Stentor], résonna comme un coup de tonnerre. Erin entendit l’écho de sa voix qui rebondissait sur les collines. Elle cria, encore et encore.
 
TOREN !
 
Elle ne vit aucun mouvement, aucune flammes bleues familières brûlant au fond d’orbites tout aussi familières. Puis Erin entendit quelque chose.
 
Une voix ténue, en provenance des murs beaucoup plus proches à présent de Liscor. Une voix familière résonna lorsque Zevara hurla du haut des créneaux.
HUMAINE ! FERME-LÀ !
 
Erin finit par aller se coucher. Mais elle le sentait bien. Son auberge était reconstruite. Elle était magnifique, rebâtie, repensée, meilleure. Mais elle n’était pas encore terminée. Il manquait Toren. Tant qu’il ne serait pas revenu, elle ne serait pas complète.
 
Elle se demandait… où il était.


[Aubergiste Niveau 19 !]
 


Hors ligne Maroti

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  • Traducteur de The Wanderin Inn par Piratebea
Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
« Réponse #88 le: 19 septembre 2020 à 17:52:19 »
2.12
Traduit par Maroti
Partie 1

Ils étaient capables de se parler malgré la distance, car c’était de la magie. Plus de six mille cinq cents kilomètres séparait les deux, mais pour Lady Magnolia et Teriarch, la conversation se déroulait comme s’ils étaient côte à côte.

S’il fermait les yeux, Teriarch pouvait imaginer Magnolia assise à côté de lui. Non pas là plus vieille et distingué [Lady], mais la jeune fille qu’il avait connu.

Trente ans ? Quarante ? Il perdait parfois le compte. C’était comme si tout s’était passé en un battement de paupière, un simple battement de son cœur. Mais la fille pleine de rire et de malice avait disparue.

À sa place se tenait une femme qui n’était pas moindre que la fille qu’elle avait remplacée. Mais elle était différente. Sa jeunesse et son énergie avaient été remplacées par… Plus d’énergie, mais d’un autre genre. Les espoirs et les rêves sont devenus des ambitions forgées par la praticité. Les impulsions et l’instinct sont devenus de la sagesse. L’insouciance transcendée en grâce.

Il l’aimait pour cela. Mais elle continuait de vieillir. C’était quelque chose que ni lui, ni elle ne pouvait échapper. Lorsque l’heure viendra, elle allait mourir. Pas maintenant, pas dans de nombreuses années. Des décennies, peut-être. Mais elle allait mourir, et il allait perdurer. Inchangé.

C’était sa nature, et Teriarch se sentait plus alourdie par elle à chaque fois qu’il rencontrait quelqu’un comme Magnolia. Un rare mortel avec une étincelle. C’était dans leur nature. Ils amenaient de la lumière et de la passion dans sa vie, mais comme les étincelles et les lucioles, ils s’éteignaient bien trop rapidement.

Grace à la magie, ils pouvaient parler malgré la distance. Grace à sa magie, ils pouvaient parler sans courir le risque d’être écouté, même par les plus puissants mages du continent. Mais cela ne voulait pas dire qu’elle pouvait être là, devant lui. La magie pouvait faire bien des choses, mais c’était qu’un outil à utiliser, pas une excuse pour faire des miracles.

Teriarch soupira de manière irrité. Mais le pouvoir nécessitait de la sécurité, surtout dans le cas de Reinhart. Cela serait difficile, même pour lui, de défaire ses complexes protections et de la téléporter jusque ici. Et vice-versa. Sa demeure était protégée avec plus de sorts contre les intrusions qu’il pouvait se rappeler. Non, la transportation était impossible.

Donc ils parlèrent. Ils pouvaient entendre l’émotion dans leurs voix et sentir la subtilité dans leurs dialogues, grâce à la magie. Parfois, Teriarch souhaitait que cela ne soit pas le cas.

« Je n’arrive pas à croire que tu l’a laissé rentrer dans ta petite cave et la laisser repartir sans demander son nom ! »

Teriarch grimaça et ajuste son sort pour que la voix de Reinhart soit moins bruyante dans ses oreilles. Il parla de manière irrité, son œil gauche tressaillant.

« Ne prends pas ce ton avec moi, Reinhart. Je pensais qu’elle était une quelconque Coursière, une Coursière incompétence qui plus est. Je l’ai soigné et je lui ai donné sa mission. Comment étais-je sensé savoir que c’était la fille ? De plus, je lui es demandé son nom à la fin. »

« Et je peux voir que cela t’as fait beaucoup de bien. Bravo. »

Certains disaient que Magnolia Reinhard, la fleur meurtrière poussant au nord, était une [Lady] d’une grâce imperturbable et d’une ruse insondable. Mais Teriarch connaissait Magnolia depuis fort longtemps, et elle était bien plus directe et véhémente envers lui.

« Elle a survécu. Je l’ai téléporté dans la ville. De plus, tes informations ne m’ont pas aidé à la localiser. J’ai essayé de la scruter de nombreuses fois avant et après l’avoir rencontré, sans aucun succès. C’est de ta faute. »

La voix de Magnolia craquela depuis l’autre bout du sort, faisant grimacer Teriarch en souhaite qu’il pourrait lancer un sort de [Silence] sur elle jusqu’à ce qu’elle se calme.

« Je t’ai dit son nom, et elle t’a dit son nom. Ryoka Griffin. Si tu ne peux pas la scruter, c’est de la faute de ta magie. Peut-être qu’elle est protégée magiquement d’une manière ou d’une autre. »

« Aucune magie ne pourrait autant résister à mes sorts. Non, il doit y avoir une astuce lié à son nom. »

C’était la seule explication que Teriarch avait trouvée. Un sort de scrutation demandait le nom exact de la personne qu’il voulait voir, ou si ce n’était pas possible, un morceau de tissu ou une partie d’entre eux. Il souhaitait avoir gardé un peu de sang qu’elle avait fait couler dans sa cave, mais il l’avait brûlé, bien sûr.

« Elle a dû te mentir, et me mentir. »

« Et comment ? Elle n’a pas de compétences… Ou de niveaux ! C’est une fille sans classe, Teriarch. Est-ce que tu te rends compte à quel point le fait qu’elle soit arrivé dans ta cave sans aide est extraordinaire ? »

Teriarch grogna.

« Je le sais bien. Et ma demeure n’est pas une ‘cave’. »

« Ta petite masure, alors. Ta fente dans la montagne. Ton petit trou où tu amasses des objets brillants en te cachant du monde. Je te le dis, cette fille est importante ! »

Indigné, Teriarch ouvrit la bouche pour rétorquer, Mais Magnolia ne lui laissa pas le temps de se plaindre et continua, comme elle l’avait fait tant de fois auparavant.

« Je t’ai demandé de me prevenir si elle avait fait quelque chose de spécial. Mais c’est maintenant que tu me dis qu’elle a outrepassé le sort que tu as lancé pour qu’elle livre ta ridicule lettre à Az’kerash. »

« Ce n’est pas ridicule du tout. C’est un message très important. »

« C’est inutile. Et cet anneau ? C’est magique, ou purement symbolique ? »

« Bien sûr qu’il est magique. »

Teriarch était légèrement vexé. Qui se prenait la peine d’envoyer des anneaux non-magiques ? Il essaya de reprendre contrôle de la conversation.

« Mon message n’est… pas aussi important que  pourquoi Ryoka a été capable de briser mon sort. Es-tu certaine qu’elle n’a pas de classe ? »

« Absolument certaine. Ce qui est pourquoi j’aimerais en apprendre plus sur elle. »

Teriarch serra les dents de manière colérique. Mais Reinhart avait raison. Elle avait toujours raison. C’était juste qu’il n’aimait pas le fait qu’il passait pour un incompétent quand elle pointait les choses. Il ouvrit la bouche pour rétorquer et s’arrêta. Quelque chose était en train de tirer aux frontières de sa penser. Il fronça les sourcils.

« Attends. Quelque chose approche ma cave… je veux dire, ma résidence. »

Teriarch murmura un mot, et une image apparut dans son esprit, décrivant la zone entourant les Hautes-Passes. Il se concentra sur l’image et cligna des yeux.

Sa mâchoire s’ouvrit sur trois mètres.

« Je n’y crois pas. C’est elle. »

« Elle ? Ryoka ? »

« Elle est dans les Hautes Passes, venant dans cette direction. »

« Quoi ? Pourquoi ? »

« Comment suis-je sensé savoir cela ? Silence, femme. Je dois me concentrer. »

Ryoka courrait droit dans la passe vers sa cave. Bon, elle connaissait la location, mais elle n’était pas en train de se faire attaquer. Teriarch fronça les sourcils. Pourquoi ?

La voix de Lady Magnolia vrilla dans son esprit, lui faisant faire une grimace irritée.

« Elle doit arriver ici en vie ! Tu dois… »

« Oui, oui. Mais il semblerait qu’elle n’ait pas besoin de mon aide. »

Il se passait quelque chose. Teriarch pouvait voir les monstres aux alentours, mais ils s’éloignaient de Ryoka. Pourquoi ?

Teriarch fronça les sourcils, prit une grande inspiration, et toussa. Il sentit une terrible odeur lui piquer douloureusement le nez et manqua de vomir alors que l’odeur assaillit ses narines. Il regarda autour de lui.

« Quelle est cette odeur ? »

« Quelle odeur ? »

***

Une demi-journée plus tôt…

Je ne peux pas le faire. Je peux m’occuper des commerçants un peu trop poussif, mais je ne peux pas m’occuper des gens. Je… Ne sais simplement jamais quoi dire.

Garia et moi prîres une pause d’Octavia après que je lui ait arraché ma potion des mains. Et j’avais besoin d’une pause, et j’avais aussi besoin de lui dire ce qui était arrivé aux Cornes d’Hammerad.

J’avais presque oublié qu’elle ne savait pas. Et la pire chose était qu’elle commençait à me demander comment leur aventure dans les ruines s’était déroulée. Elle était aussi joyeuse, et je lui ai arraché son sourire.

Je… Je ne savais pas comment lui dire. Je n’avais jamais annoncé une mauvaise nouvelle à quelqu’un. Et c’était horrible.

Elle commença à pleurer. Garia se plia sûr elle-même et commença à pleurer. Dans la rue, devant tout le monde.

Qu’est-ce qu’il fallait faire quand quelqu’un venait de perdre quelqu’un ? Qu’est-ce qu’Erin aurait fait ? Je lui ai vaguement tapoté l’épaule en attendant que cela s’arrête. Mais elle ne pouvait pas s’arrêter. Je me suis tenu là, essayant de la calmer et..

Cela lui prit un long moment pour qu’elle arrête de pleurer. Son visage après cela… n’était pas beau à voir. Je lui ai donné un mouchoir, c’était plus un bandage que je gardais en cas de blessure, et elle m’a dit qu’elle allait pouvoir retrouver son chemin vers l’auberge.

Et c’était tout. J’ai regardé Garia tituber dans la rue, les yeux rouges et coulants. Bon sang. Qu’est-ce que j’étais sensé faire ? Qu’est-ce que je…

Les gens. Cela ne devrait pas être comme ça. Je ne devrais pas devoir m’occuper d’eux. C’était ce qui arrivait quand tu avais des gens qui pensaient te connaître. Si j’étais seule je n’aurais pas à devoir gérer ce genre de problèmes. Et les Cornes d’Hammerad. Ils…

Ils n’auraient pas dû mourir. Pas comme ça.

Parfois j’étais tellement fatigué. Mais je continuais, je continuais de courir car c’était la seule chose que je savais faire. Je m’accrochais à ça. Ceria était vivante, et je devais m’assurer qu’elle allait bien, je le devais aux autres.

De l’argent. 80 pièces d’or. De l’argent pour du pouvoir, de la sécurité, de la liberté. Je n’avais jamais eut à m’inquiéter de ça à la maison. Je n’étais pas riche…

En fait, je l’étais. Avoir un père qui était un gros poisson à la fois dans le domaine de la politique et du business faisait que j’obtenais autant qu’une personne travaillait au-dessus du salaire minimal en tant qu’allocation. Et c’était sans compter les choses que l’on m’offrait.

Ce n’était pas une bonne chose a laquelle penser. Mais c’était soit ça, soit pensé à quel point Garia était misérable. Enfin. Au moins il y une bonne chose qui en ressort. Je suis absolument furieuse quand je rentre de nouveau dans le magasin d’Octavia, Tissémixe, qui porte bien son nom.

Elle s’illumina dès l’instant où je rentre. Je l’avais senti regarder par la fenêtre alors que Garia pleurait. Je pense qu’elle avait peur que je m’en aille avec la potion avant d’avoir une autre chance de l’étudier ;

« Oh, bien. Tu es de retour. Qu’est-ce qu’il s’est passé dehors ? Une mauvaise nouvelle pour Garia ? C’est vraiment dommage ; laisse-moi savoir si je peux faire quelque chose pour aider, d’accord ? Elle est une bonne cliente et, pour être franche, elle est un peu l’une de mes préférées. »

Je la regarde. Octavia n’en perd pas un instant. Elle me fait rentrer et verrouille la porte derrière elle. Cela ne m’inquiète pas vraiment, s’il elle veut s’assurer que tout cela reste secret il n’y a pas de problème. Mais si elle essaye de me voler je vais lui présenter ma chaussure*.


* Ouais, chaussure. J’ai une nouvelle paire et j’ai laissé tomber les bottes Gnolles que je portais. Elles sont toujours serrées, mais j’ai soigné mes cloques et au moins elles me vont assez bien. Foutue neige. Je déteste courir avec des chaussures.


« Dans tous les cas. Je suis certaine qu’elle ira mieux avec un bon chagrin et un peu de repos. De la nourriture chaude, un bain… Mais toi et moi, nous devons parler affaire. »

Octavia ne regarde pas vraiment la potion à ma ceinture, mais ses yeux brillent d’avarice. Au moins elle est honnête dans son avidité. Mais cela m’agace quand même.

La Tissée pose ses mains sur le comptoir avant de prendre une grande inspiration. Voilà le discours.

« Bon, je sais que je t’ai insulté avec ma première offre. Alors, je suis prête à te proposer un marcher. Cinquante potions, utilisables à l’ instant où je les ai créée. Je t’échange cela contre… La moitié de ta potion, je vais même ajouter… »

« Ferme. La. »

Par miracle, Octavia se tait. Elle me regarde alors que je masse mes tempes. J’essaye de mettre mes idées en ordre. Pourquoi est-ce que je suis là déjà ? Ah oui.

Je pointe Octavia du doigt, essayant de garder mes yeux loin de ses coutures au cas où c’est malpoli ou quelque chose du genre.

« Pas d’offres. Pas de marché. Je ne connais pas le prix de cette potion, mais je ne la vends pas. »

La bouche d’Octavia s’ouvre et je parle plus fort.

« Mais je vais t’en donner un peu. Un échantillon. Si tu arrêtes de parler et que tu me donnes ce que je veux. »

J’ai son attention. Et Octavia semble être plus intelligente que la… Tissée lambda car elle n’essaye pas de marchander ou de parler.

« Voilà ce que je veux. Premièrement, des informations sur l’alchimie et ta race, si ce ne sont pas des secrets mortels. Deuxièmement, je veux une consultation pour savoir comment passer à travers les Hautes Passes en vie. »

Pendant une seconde Octavia cligne des yeux en me regardant, surprise. Et puis ses yeux s’illuminent et elle me sourit.

« Bien, je connais un bon deal quand j’en entends un. Et tu me donnes de ta potion ? »

Je lève le doigt.

« Une cuillère à soupe. »

Octavia fronce les sourcils.

« Ce n’est pas beaucoup. Pour toutes les informations que tu veux, je devrais avoir au moins la moitié d’une tasse. »

La potion n’est pas si grande. Je la regarde.

« Pour quoi ? Parler ? Je te laisse avoir 1/64ème. Ca te va ? »

Elle hésite et je peux la voir faire le calcul dans sa tête.

« Heh. Je préférerai un peu plus que ça. Quand est-il de trois centilitres ? C’est un très bon marché. »

Je lève un sourcil.

« Non. Cinq cuillères. »

« Six. »

« Cinq. »

« S… »

« Cinq »

« Je vais prendre ça. »

Octavia sourit et lâche l’affaire. Elle me montre sa main et je la serre. Je ne peux m’empêcher d’avoir un léger sourire en la serrant. Elle a une poigne ferme, et quand je lâche son sourire se fait plus grand.

« Même si peu vaut une fortune, tu sais. Bien plus que quelques minutes ou heures de dialogue. »

« Je m’en doutais. »

J’aurai probablement pu négocier pour qu’elle n’ait qu’une cuillère ou même que quelques gouttes, mais cela aurait trop de travail. L’un des rares leçons que mon père m’a appris et que j’ai retenue était de toujours savoir avec quoi tu peux t’en tirer et à quel point tu peux influencer l’autre personne.

« Donc tu as des questions. Et j’ai des réponses. »

Octavia sort de derrière le comptoir et montre les chaises, mais je secoue ma tête et je m’appuie sur le concert. Il y a assez d’instruments et d’objets dans son magasin pour que j’ai trop peur de renverser quelque chose de dangereux si je me déplaçais.

« Je suis intéressé par l’alchimie et comment cela marche. »

« Et moi, n’oublions pas ça. Est-ce la première fois que tu rencontres un Tissé, Ryoka Griffin ? »

« En effet. »

« Alors, commençons par ça. Je peux te dire que je suis comme toi, plus ou moins. Je ressens les sensations et ce n’est pas comme si j’avais des pouvoirs spéciaux. Je ne peux pas jeter mon bras et t’étrangler comme un Dullahan et je meurs si quelqu’un me découpe. Enfin… Je peux peut-être survivre tant que ma tête n’est pas trop abîmée, mais je brûle facilement. C’est un échange, tu ne penses pas ? »

Octavia parle facilement en trouvant un tabouret derrière le comptoir pour s’asseoir et discuter. Elle parle rapidement et clairement, ce qui est quelque chose que j’apprécie quand je discute.

« Autre chose ? Je peux changer mon corps, c’est vrai. Mais c’est n’est pas comme si je peux me changer en quelqu’un d’autre. »

Elle claque des doigts pour souligner son propos. Je hoche la tête, et j’essaye de me concentrer. De rassembler des informations. Posez les questions tacites, celles qu’il faut poser.

« Mais est-ce que tu peux te changer toi ? Le tissu qui fait ton corps,, est-ce que tu peux décider à quel point tu es forte, ou à quoi tu ressembles ? »

« Je pourrai le faire. Si je le voulais. Je te l’ai dit, j’ai ajouté un peu de muscle pour ce travail, et je suppose que je pourrais en rajouter encore un peu. Mais le tissu ne s’étend pas à l’infini et, en plus, cela cause des problèmes si je dérange l’équilibre. C’est assez complexe, tu sais. Tout comme l’alchimie. Qui, au passage, n’est pas aussi facile à débuter si tu demandes. »

« Ce n’est pas ça. Je voulais savoir comment cela marche en théorie. Et est-ce que tu peux changer les pigments de ta peau et de ton bras ? Est-ce que, par exemple, tu pourrais prendre un autre bras ou est-ce que tu es limite à ton tissu… D’origine ? »

« Hah ! Une érudite, pas vrai ? Je n’ai jamais rencontré de Coursière comme ça. Seuls les mages sont intéressés, mais généralement ils savent comment l’alchimie marche. Ce qui nous faisons est de prendre les effets magiques et de les insufflons dans les potions, ou dans d’autres objets. Nous utilisons des réactions, comme le silex et l’acier faut des étincelles, mais sur une plus grande échelle pour faire des potions avec des effets spécifiques. »

Octavia pointe vers son bras. La peau de son épaule dénudée semble totalement normale, et c’est difficile de se souvenir du coton qui se trouvait ici avant.

« Mon bras n’est que du tissu. Il n’y a rien de spécial, même si je suppose qu’il y a quelque chose ici qui est plus que des coutures et du coton, pas vrai ? Chez moi, les gens débâtent constamment sur ce sujet. Généralement, tu peux dire que c’est la majorité de ce qui fait de moi Octavia. Retire trop de moi et je meurs, mais avec assez de temps je pourrais entièrement changer mon corps et je serais toujours Octavia. »

Elle sourit.

« À la guerre, les soldats changent tellement de morceaux que parfois un gars reviens plutôt beau gosse ! C’est difficile pour une femme de découvrir que son mari est mieux roulé qu’elle. »

Je rigole, et Octavia ricane aussi, avant de continuer.

« J’ai la peau noire car c’est la couleur du tissu avec lequel on m’a tissé. Je suppose que je pourrais le changer, mais être différente ne me dérange pas contrairement à certaines personnes. Pourquoi ? Ça te dérange ? »

« J’ai vu des gens avec une peau plus sombre que la tienne. »

« Vraiment ? Où ? »

Oups. Merde. Je dois changer de sujet. Je secoue la tête.

« C’est pas grave. Je me suis baladé. Mais ton alchimie… Comment tu peux dire que ce n’est qu’une réaction ? J’ai vu comment les potions de soins marchent et ce n’est pas qu’une simple réaction. Il y a de la magie dans ces potions. »

« Bien sûr. »

Octavia ne semble pas surprise. Je suppose que c’est naturel par ici.

« Mais est-ce que tu dois être un mage pour faire une potion de soin ? Comment cela marche exactement ? »

« Je ne suis pas une mage. Non, tout ce dont tu as besoin sont des ingrédients magiques. Tu les transformes en les bouillant et les mélangeant avant de combiner les bons et… Poof ! »

Elle fait un geste exagérée et rit.

« Enfin, ce n’est pas aussi simple. Mais tu as compris l’idée. »

« Cela n’a toujours pas de sens. Comment la magie marche-t-elle comme ça ? Ce n’est pas une substance ou quelque chose de physique. Comment est-ce que tu peux la convertir en forme liquide ? Or… Changer sa nature ? À moins qu’il y a des herbes de soins que tu peux faire bouillir et transformer en liquide. »

Octavia mêla ses doigts et les craqua.

« Wow. Tu as déjà réfléchi à cette question, pas vrai ? Alors, pour y répondre, c’est à propos de la magie des choses. Tout le monde, et absolument tout, contient de la magie en soi. Généralement peu, à peine des traces dans les rochers et les herbes. Mais quelque chose comme une pierre de mana contient beaucoup de magie, et la magie à souvent des propriétés. »

« Des propriétés ? Comme des effets spécifiques ? »

« Quelque chose du genre. Rien de bien impressionnant ; tu ne peux pas lancer une boule de feu en partant d’une peau de salamandre, même si elle va te donner une horrible éruption cutanée ou une brûlure. Mais elle a ses propres propriétés. Tu peux la changer en un baume ou une crème qui résiste au feu, mais si tu veux l’utiliser d’une autre manière tu dois changer la magie en quelque chose d’autre. »

Octavia s’éloigne du comptoir et se rend à la grande étagère de potions. Elle en prend délicatement une et me la montre. La bouteille est pleine d’un liquide clair, légèrement grisé.

« C’est l’un des secrets derrière l’alchimie. La magie existe dans les objets qu’elle habite, mais elle peut être extraite et contenu dans des choses. Comme du liquide. C’est le liquide de base, quelque chose que nous utilisons pour conserver de la magie. Si je prends un ingrédient, comme la peau de salamandre et que je la dissous dans cette substance, alors elle peut tenir la magie et je peux rajouter d’autres choses au mélange. »

« C’est ça le secret. »

Je regarde le liquide gris et je l’imagine. C’est un peu comme la chimie mais avec un million de réactions. Prends une base, rajoute des ingrédients et prie pour que tu obtiennes ce que tu veux.

« Pratiquement. Bien sûr, l’alchimie n’est pas aussi simple qu’ajouter les bonnes choses ensemble. Parfois l’ordre est ce qui à de l’importance, et des choses comment la chaleur et le temps affecte aussi la magie. Tu ne peux pas utiliser de la rosée lunaire dans un mélange à moins que la lune soit gibbeuse et qu’il fasse nuit, et les oreilles de Gobelins ont besoin d’être bouillies quand tu les mélanges ou elles se figent. »

Des oreilles de Gobelins ? J’essaye de laisser celle-là passer, mais c’est difficile. Octavia continue de parler en me montrant des potions.

« C’est imprévisible, et bien sûr, dangereux. Mais c’est l’[Alchimie] en résumé. Ce n’est pas que de la préparation de potions comme beaucoup de gens le pensent. Enfin, il y a beaucoup de préparation de potions. Elles sont juste le moyen le plus simple de mélanger les ingrédients. Mais je peux faire un sac de vignes accrocheuses si besoin, même si fourrer toutes les graines à l’intérieur avant qu’elles ne poussent est une véritable épreuve. Est-ce que cela répond à ta question ? »

Essentiellement.

« Essentiellement, mais j’ai encore une question pour toi. »

« Vas-y. Cela ne me dérange pas. »

Je fais signe vers son bras.

« Est-ce que tu as besoin de tous les détails ou est-ce que tu peux utiliser quelque chose qui ressemble à un bras ? »

Octavia semble légèrement surprise. Elle fléchit son bras.

« Tu as vu ça ? La plupart des gens sont trop mal à l’aise pour le voir. Oui, nous avons besoin des os et des autres choses. C’est difficile à décrire, vu que vous les Humains ne voyez jamais l’intérieur de votre corps, mais il y a plus de choses que de la chair et des os. Les corps sont très complexes, tu sais. »

« Je le sais. Mais est-ce que tu peux changer ton corps pour faire d’autres créatures ? »

Pour la première fois, la Tissée semble hésiter.

« Si… Nous le devons. Je ne l’ai jamais fait, mais parfois j’entends des histoires d’horreur. Cela peut terriblement mais se passer si tout n’est pas cousu comme il le faut. En fait, si cela était aussi facile nous aurions cousu une armée entière et conquiert le monde, pas vrai ? »

« Je n’espère pas. Dernière question sur toi. Est-ce que le type de tissu à de l’importance ? »

Un autre rapide sourire.

« Tu es rapide. Oui, c’est important. Le coton est ce que les personnes normales utilisent, mais j’ai vu des gens plus pauvres utiliser de la laine ou des choses plus rugueuses. La qualité nous rend… Différents, et peut nous rendre plus fort ou plus rapide selon le tissu. La toile fait des gens très rugueux et lourd, mais ils peuvent prendre des coups ! »

« Qu’en est-il de quelqu’un fait entièrement de soie ? »

Les yeux d’Octavia s’écarquillent de manière incrédule.

« De soie ? Tu veux dire, leur corps entier ? Par les dieux morts, je ne pense pas connaître quelqu’un d’assez riche pour faire ça. Tu vois à peine un fil de soie sur quelques grosses femmes ici. Cela peut être bien, mais je n’ai pas la moindre idée de la sensation que cela procure. »

« Huh. Merci. »

« De rien ! Est-ce que c’est tout ? »

Octavia regarde de nouveau ma potion. Je soupire et la couvre d’une main.

« Pas encore. Il y a autre chose pour laquelle j’ai besoin d’aide. »

« Oh oui, les Hautes Passes. »

Octavia plisse son nez et hausse les épaules.

« Je ne peux pas t’aider. Désolé. »

« Quoi, tu ne peux rien faire ? »

« Je suis une [Alchimiste], pas une faiseuse de miracles. Il y a d’innombrables monstres rôdant là-bas. Je n’ai rien qui puisse les arrêter. »

« Quand est-il d’une potion d’invisibilité ? Ou tes potions de stamina ? Une potion de régénération ? Est-ce que cela aiderait ? »

Octavia tape le comptoir avec un doigt et secoue la tête.

« Premièrement… Si je pouvais faire des potions d’invisibilités je ne serais pas dans une petite boutique. Et tu ne serais pas en mesure de t’en acheter une. Et une potion de régénération ? Demande-moi dans cinquante niveaux. Je peux faire des potions de stamina, et de bonne qualité. Mais elles ne te font pas courir plus vite. »

« Décrit les moi. »

« Les potions de stamina ? Bien sûr. Prête pour mes arguments de vente ? »

Octavia se retourne et dépose la potion de base sur l’étagère avant de ressortir la potion bleue luisante. J’ai la distincte impression qu’elle devrait être verte, pas bleu. Mais après tout, ce monde n’avait pas des décennies de jeu vidéo pour standardiser les stéréotypes liés aux couleurs.

« Cette petite gemme va restaurer ton énergie et te donner un second souffle pour courir plus loin et plus vite que normal. Mais c’est la potion que te donne un coup de fouet. Si tu t’arraches un muscle, ça ne va pas le soigner, et tu continu d’utiliser de l’énergie même avec la potion. Quand elle arrêtera de faire effet le contrecoup va être rude. Mais si tu as besoin de courir pendant trois jours… »

Elle secoue le liquide à l’intérieur et je hoche la tête.

« Je pourrais en avoir besoin d’un peu, mais cela ne règle pas mon problème avec les Hautes Passes. »

« Ma solution est de ne pas y aller. C’est endroit est un piège mortel. À moins… Que cela soit le lieu où tu as obtenu ta potion, alors je dis que tu dois tenter ta chance et m’en ramener une autre. »

Octavia hausse les épaules et débouche la potion bleue. Elle la met sous mon nez.

« Tiens. Si tu achètes une potion, goûte et soit certaine que tu peux la boire. J’ai eu des aventuriers qui se sont plaint parce qu’ils ont vomi avant de pouvoir boire certaines de mes potions. »

L’odeur qui se dégage manque de me faire vomir, et c’est sans la goûter. Je pousse la bouteille avant de tousser.

« Ca sent mauvais. Est-ce que tu peux y faire quelque chose ? »

Octavia semble vaguement outrée, elle secoue la potion.

« Est-ce que tu sais à quel point c’est difficile d’ajouter du goût aux potions sans créer un effet totalement différent ? J’ai vu des aventuriers mettre un peu de citron pour rajouter du goût à leurs potions et finir recouvert de mousse toxique. Ne fais pas ça, au passage. »

Bon, voilà une information rassurante. J’essaye de ne pas avoir un haut-le-cœur alors qu’Octavia renifle la potion. Elle ne semble pas être dérangée par l’horrible odeur, mais après tout, elle doit probablement respirer le truc tous les jours.

Mais pour quoi, cela me fait presque pleurer. Bon sang, j’ai l’impression de m’être fait attaquer par un putois. Je vais devoir demander a quel point le verre des potions est épais. Si une bouteille de brise dans mon sac je vais probablement avoir la rue pour moi toute seule ou me faire virer de la ville. Même si un peu de temps sans personne n’est…

Je cligne des yeux. Attenduneminute.

« Attend, je pense que je sais comment tu peux m’aider à passer les Hautes Passes, après tout. »

Octavia lève les sourcils.

« Si cela veut dire que je peux me faire payer je peux essayer de te mijoter tout ce que tu veux. Tant que ce n’est pas déraisonnable, bien sûr. Tu penses qu’il y a quelque chose qui puisse t’aider ? »

Je hoche la tête. Vais-je le regretter ? Mais cela marchera probablement. Et si ce n’est pas le cas, je vais me détester.

« Ouais, mais je vais avoir besoin de bouche-nez. »

« Des bouche-nez ? Hah ! Combien est-ce qu’il t’en faut ? »

***

Presque une journée plus tard, je cours en direction des Hautes Passes. À quoi est-ce que je pensais la première fois que je suis venue ici ? Mourir de manière glorieuse ? Je parie que c’était quelque chose de stupide comme ça.

Cette fois, je suis prête.

Je cours vers les Hautes-Passes, des montagnes incroyablement hautes visibles à l’horizon. Une chaîne de montagnes plus hautes que le Mt. Everest avec un minuscule passage pour laisser passer des voyageurs.

‘Minuscule’ dans ce cas voulait dire qu’il y avait assez de place pour laisser passer une petite armée. Tout est relatif.

Une tribu de Gobelin court vers moi alors que je me dirige vers les Hautes Passes et la neige se change en terre sous mes pieds. Il semblerait que même les Fées de Givres n’ont pas encore atteint cet endroit.

Le Gobelin en tête cri et hurle en courant vers moi. La tribu converge rapidement, et j’ai la suspicion que c’est le même groupe que la dernière fois. Peut-être qu’ils gardent les Hautes Passes ou que leurs bases se trouve dans le coin ?

Bon, cela allait peut-être être un problème. Les arcs et tout ça. Mais j’ai confiance en mal nouvelle stratégie, donc je cours.

Le premier Gobelin court vers moi, et puis le vent change. Il fait encore quelques pas, et son visage son tord soudainement. Ses yeux s’écarquillent, et il commence à courir dans l’autre direction. Les autres Gobelins s’arrêtent pendant une seconde, avant d’hurler et de courir.

Bien. Ça marche.

Continue de courir. Maintenant les Hautes Passes sont de plus en plus grandes, et j’entends un hurlement au loin. Des Loups Carnassiers. Les massifs loups couleur rouille qui aiment bien le goût des Gobelin et des Asiatiques. Bon, je pense qu’ils ont moins faim que d’habitude.

Et j’ai raison. Les loups ne s’approchent même pas de moi que j’entends déjà un jappement paniqué et que les loups fuient rapidement. Je suis intouchable. Invincible.

Je suis dans la passe, et je cours rapidement. La magie, ou plutôt l’aura qui m’entoure, ne s’arrête pas alors que les parois rocheuses se font plus grandes autour de moi.

Les chèvres maléfiques avec des dents hurlent et escaladent les parois. Les Hautes Passes sont vides de vie alors que les monstres fuient en ma présence.

Oui, je suis totalement en sécurité, de tout. Je continue de courir alors que les monstres fuient.

Au passage, ce n’est pas dû à une compétence que j’aurai gagnée ou une classe. Les potions d’Octavia font tout le boulot.

Moi ? Je suis juste en train d’essayer de ne pas vomir. J’ai déjà échoué trois fois, et je pense que ça va bientôt être quatre. L’odeur est insoutenable, et cela venant de la fille qui s’est fait asperger par un putois plus d’une fois.

Question : quel est l’animal le plus craint de notre monde ? Je l’ai un peu déjà dit, mais c’est le putois. Les hippopotames, grands requins blanc et armée de fourmis peuvent aller se faire mettre. Les putois instillent une peur dans les quartiers de banlieue qui est inégalable.

Et qu’est-ce qui rends ses petits rongeurs aussi terribles ? Un mot. L’odeur.

Ils empestent. Tout comme moi, parce j’ai eu une idée brillante et parce qu’Octavia savait comment faire une potion décente.

Version longue ? Version courte. Je lui ai demandé de faire quelque chose qui serait capable de faire fuir tout ce qui pourrait me blesser, et elle l’a fait. Je l’ai utilisé sur moi-même, et je regrette de l’avoir fait.

L’odeur de la potion qu’elle a créée était tellement forte que le quartier a été évacué quand elle l’a brassée. Même scellé dans une bouteille hermétique, j’ai pratiquement été chassé de la ville et je n’ai pas eut de problèmes sur la route.

Directement en contact avec la peau ? Bon sang. J’aimerai être morte.

J’ai des bouche-nez, et je retiens ma respiration jusqu’à en avoir la tête qui tourne. Mais l’odeur…

Je ne peux même pas la décrire. Je continue d’espérer pour que mon nez arrête de marcher, comme ce qui se passe quand tu sens quelque chose de très mauvais pendant trop longtemps. Mais même si mes yeux sont larmoyants et que mon nez est en train de brûler, je suis toujours capable de la sentir.

Elle ne s’en ira jamais. Je vais être capable de marcher dans un nid de putois et de les expulser.

Au-dessus de moi et sur la gauche, une crête recouverte de rocher inoffensif bouge. J’esquive, mais les gargouilles n’attaquent pas. Elles déploient leurs massives ailes et bondissent loin de moi, grimpant les falaises.

Huh. Bon, il semblerait que les gargouilles ont de l’odorat. C’est ça, ou j’empeste tellement que même les choses sans nez peuvent me sentir.

Mais j’ai demandé ça. Je dois me le rappeler. Cela fait partie du plan. Et je peux y survivre. Et peut-être que cette course silencieuse et néfaste ne serait pas si mal. Oui, si cela est le prix à payer pour entrer dans les Hautes Passes, cela peut-être jouable. Mais il y a un type de créature qui ne semble pas être dérangé par l’odeur.


« Sentez-là, mes sœurs ! Elle pue comme les bulles d’un marais et la soupe d’une sorcière ! »

« Pire encore ! »

« Hah ! Même ceux de pierre craignent sa puanteur ! Quelle idiotie !



Elles papillonnent autour de moi, et certaine se posent sur ma tête. Je serre les dents. Ces petites démones m’ont suivie hors de la ville, à mon grand désarroi. Je pensais qu’elles allaient me laisser en paix avec toute une ville d’humain à embêter, mais non*.


*Ouais, c’est vrai. J’étais en train d’essayer de les lâcher sur d’autres gens. Et alors ? Si tu devais faire affaire avec ces capricieuses créatures surnaturelles pendant plus de cinq minutes tu serais prêt à faire la même chose.


L’une des fées rit et tire mes cheveux. Je sens quelques cheveux s’arracher de mon scalp et je craque. C’est bon. Je sais que c’est une mauvaise idée, mais j’essaye d’en envoyer une valser d’un mouvement de main et les éloigner de ma tête.

« Dégagez ! »

Les fées s’en vont et le bout de mon doigt qui en a frôlé une s’engourdit. Elles sont trop froides pour être touchées, et elles n’ont pas peur. L’une d’entre elles bourdonne à côté de mon visage, me tirant la langue en se moquant de moi.


« Ooh, terrifiant, terrifiant ! Ça mord ! »


Je lui grogne dessus, mais elle rit avant de me faire un doigt d’honneur. Où est-ce que les fées ont appris ce geste ?

« Mais pourquoi vous me suivez, putain ? Vous n’avez rien de mieux à faire ? »

La fée semble outrée et penche sa tête. Elle se tourne vers l’une de ses amies et s’adresse assez fort pour que je l’entende.

« Hark, la chose puante parle ! »

« Répugnant ! Ça devrait mourir ! »



Mon pied glisse sur une plaque de glace et je m’écrase au sol. Aie !

Je me relève et je réalise qu’un rocher pointu s’est planté dans ma main. Je le retire, et du sang commence à couler de ma paume.

Ces putains de…

Tu sais quoi ? Je vais continuer de courir. Et ce n’est pas parce que je sais que je ne peux rien leur faire.

Je me relève et je continue de courir le long chemin serpenteaux et rocailleux. Au moins mes chaussures me protègent des cailloux aiguisés. Bon, où est cette foutue cave ? Je peux à peine me souvenir l’avoir atteinte la dernière fois, j’étais presque morte après tout. Mais je pense que Teriarch devrait se trouver un peu plus loin…

Je passe une falaise et je vois soudainement un massif trou béant plus grand et plus large que les portes de Liscor. Bon, je suis là.

J’hésite en regardant un bout de tissu jaune délavé accroché à un rocher à l’entrée de la cave. Je me souviens que maintenant de qui Teriarch est. Voyons voir. Ryoka, si c’est maintenant que tu repenses véritablement à tes choix de vie, est-ce que cela fait sens de déranger le possible mage Elfique aux incroyables pouvoirs sans avoir réaliser ce qu’il t’avait demandé de faire ? Oui ? Si oui, c’est tout droit. Cordialement, un message de ton cerveau.

Je prends une grande inspiration et je le regrette aussitôt. Mais je suis là, et la fortune sourit aux audacieux. Même si les audacieux sont souvent les premiers à tomber, au lieu de gagner, mais je dois le faire.

Les Fées de Givres tournent autour de ma tête, ignorant ma trépidation. Elles rient en volant dans la cave, continuant de jacasser.


« Ooh, est-ce que l’humaine pense que nous avons peur des caves ? »

« Au moins elle est assez intelligente pour ne pas utiliser de fer. Ou nous aurions dû geler son nez ! »

« Devrions-nous faire s’effondrer le plafond sur elle ? Ou peut-être… »


J’entends la voix caverneuse faire trembler mes os avant de comprendre les mots. Une massive voix explose de la cave, irritée et autoritaire.

« Hors de ma vue, pestes ! »

L’effet de la massive voix est instantané. Les Fées de Givres réagissent comme si elles avaient été frappées. Elles hurlent et fuirent dans toutes les directions alors qu’un grand jet de flamme passe au-dessus de ma tête. Je me jette au sol alors que la chaleur me cuit avant de se dissiper.

Pendant un moment, la seule chose que je peux faire est de rester en sol en tremblant légèrement. Putain de merde. C’est un sort terrifiant. Je me lève enfin, non pas parce que je veux rentrer, mais au cas où je dois fuir.

La même voix écho de l’intérieur, pas aussi bruyant, mais tout aussi écrasant. Le ton est désapprobateur, et la voix s’adresse à moi.

« Entre, Ryoka Griffin. »

Si j’étais religieuse… Mais je ne le suis pas, donc j’espère de tout mon cœur que tout se passera bien en entrant. J’espère que je ne suis pas sur le point de mourir.

La cave est ouverte et grande, c’est plus un hangar à avion qu’une cave, elle était même légèrement plus grande que la majorité des hangars à avions que j’avais visité. Cela me donnait l’impression d’être dans une espèce d’autre monde, et même si la cave était immense, elle était loin d’être vide.

En un rien de temps, le sol rugueux se transforme en marbre lisse. Les murs rugueux… Restent, mais ils sont soudainement recouverts de tableaux et d’armes accrochées au mur.

Des piédestaux apparaissent, tenant des objets magiques et des étagères pleines de livres partageant l’espace à côté de choses que je ne peux même pas décrire. Un mourir plaqué d’or qui ne me reflète pas ? Une armure fait de pierre ? Un… Keyblade ?

Les merveilles autour de moi sont irréelles, mais elles vont avec l’unique habitant de la cave. Il se tient au centre, il m’attend, et je peux sentir l’air autour de moi se changer alors que je m’approche.

Il est là, la personne responsable d’une partie de mon malheur de ces dernières semaines. Un mage. Un homme ? Un mystère. Un dragon.

Teriarch.

Hors ligne Maroti

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Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
« Réponse #89 le: 19 septembre 2020 à 17:53:25 »
2.12
Traduit par Maroti
Partie 2


La première chose qu’il fait est de se débarrasser de l’horrible odeur m’entourant. Un claquement de doigt, et non seulement je me retrouve à sentir la rose, mais la potion à ma ceinture est dans ses mains. Je devrais plutôt dire, dans une bulle dans sa main. Cela ressemble presque exactement à une bulle, alors qu’une délicate membrane aux couleurs de l’arc-en-ciel tourne dans ses mains.

Il est comme je me le rappelais. Ce qui veut dire, trop parfait. Teriarch se tient devant moi du haut de ses presque deux mètres, un vieil homme habillé dans des habits de roi.

Il est comme un archétype de l’humanité, un grand homme à la peau bronze avec des cheveux blancs, mais avec le corps et la présence d’un dieu Olympien. Il se tient devant moi et baisse les yeux, ses oreilles pointues et ses yeux célestes se plissent de dédain.


Un massif dragon aux écailles dorées me regarde, agacé. Ses gigantesques ailes se déploient et battent une seule fois, déplaçant l’air…


Une bourrasque de vent me frappe le visage et je cligne des yeux. Qu’est-ce que c’était que ça ? Un sort ? Teriarch me regarde, agacer, et secoue sa main. Ce qui a causé la bourrasque s’arrête.

« Ryoka Griffin. »

Je ne sais pas si c’est la magie où juste lui, mais la voix de Teriarch est profonde et résonnante. Il me regarde, et mes genoux commencent à trembler. Et ce n’est pas parce qu’il ressemble à une version inégalable de la beauté masculine. Il me terrifie, et je ne sais pas pourquoi. Peut-être est-ce parce que je sens le pouvoir qu’il a en lui.

« Teriarch. »

« Cela fait longtemps depuis la dernière fois que je t’ai vu. Et maintenant, tu arrives quand… Et tu ramènes aussi ces pestes. Comme c’est étrange. »

Merde, c’est difficile. L’intégralité de mon plan tournait autour d’arriver ici et je ne pensais honnêtement pas que j’avais y arriver. Mais j’avais complètement oublié à quel point Teriarch était intimidant. C’était un type qui pouvait me téléporter en quelques mots et cracher de feu suffisamment chaud pour faire fuir les Fée de Givre, et j’allais…

« Je suis aussi contente de vous voir. »

Ma première et dernière réponse à n’importe quelle situation est le sarcasme, rapidement suivi par de l’ironie et du mépris. Teriarch me regarde comme si j’étais un insecte et secoue la tête.

« Mm. Et je dois te demander la raison de ton retour. Je t’avais pourtant donné des instructions claires la dernière fois que je t’ai vu. Tu devais livrer un anneau et une lettre au mage nommé de Perril Chandler, aussi connu sous le nom d’Az’kerash. Ce qui tu n’as pas fait. »

« Ouaip. J’étais occupée. »

« A quoi donc ? »

J’avale ma salive. Le regard de Teriarch est presque impossible à soutenir, donc je regarde par-dessus son épaule à la place.

« Ce ne sont pas vos affaires. Mais je suis revenu pour vous dire que je ne vais pas livrer votre lettre et votre anneau à Az’kerash. »

« Et puis-je savoir pourquoi ? »

« Vous m’avez lancé un sort. »

« Et ? »

Il semble totalement désintéressé. Et c’est assez pour m’énerver. Je hausse la voix.

« Et je n’aime pas que les gens me disent ce que je dois faire contre mon gré. Vous m’avez lancé un sort sans mon consentement. Pour ça, vous pouvez oublier que je livre quelque chose pour vous. »

Teriarch cligne des yeux, surpris, avant de les plisser. Il secoue sombrement sa tête, et je sens l’inquiétante présence se faire plus forte autour de moi. La peur est en train de trouer mon estomac.

« Effronterie. Tu viens dans ma maison pour me dire… Mais c’est ainsi que marche ton espèce, après tout. Mais il y a autre chose que cette… Cette démonstration d’insolence, n’est-ce pas ? »

Il passe la main dans sa barbe et me regarde. Les yeux de Teriarch se plissent.

« Tu ne serais pas revenu après t’être débarrassé du sort juste pour me dire que tu refuses de me servir. Tu veux autre chose. Dit moi pourquoi tu es ici. »

Il me pointe du doigt, et j’ai envie de lui répondre. Mais je me mords la langue.

« N-non. »

Il fronce les sourcils. Son doigt brille, et sa voix se fait plus profonde.

« Dis-moi. »

Il me regarde droit dans les yeux et je sens quelque chose toucher mon esprit. C’est la même chose que la première fois que je l’ai regardé. Je sens le besoin irrésistible de lui obéir, de cracher le morceau et de lui dire tout ce qu’il voulait.

Mais je combats. Je l’ai déjà fait. Cela prit tout ce que j’avais, mais cette fois ce fut plus facile. Je refuse d’ouvrir la bouche, et la pression monte et monte avant de soudainement s’arrêter. Je secoue la tête et je le regarde.

« Non. T’arrête ça. »

Pour la première fois depuis que je l’ai rencontré, Teriarch semble belle et bien sidéré. Il regarde son doigt, avant de me regarder de nouveau sans comprendre.

« Tu… As résisté à mon sort. Comment est-ce que tu as fait cela ? Tu n’as pas de Classe. »

« Ça s’appelle de la volonté. »

« Uniquement par la volonté ? Mais cela ne devrait pas… Je suppose que cela est possible… »

Il s’arrête, me regardant avec un peu plus d’intérêt et possiblement plus de respect qu’avant. Il ouvre ses mains.

« Fort bien. Que souhaites-tu dire ? Pourquoi est-ce que tu es revenu sans avoir livré ma lettre et mon anneau à Az’kerash ? »

Il est toujours intimidant, pour une raison que je ne peux pas expliquer. Mais je tiens tête. Je dois lui répondre. Je ne vais pas me rouler en boule, pas vrai ? Allez Ryoka ! Vanne ce stupide mage ! Tu peux le faire ! Tu peux lancer des piques, tu es la maîtresse des piques ! C’est comme ça qu’ils t’appelaient à l’école !*


*Non, c’est faux. Ils m’appelaient ‘salope’ et d’autres insultes fades.


« Je ne l’ai pas trouvé. J’ai vérifié les Plaines Sanglantes et je n’y ai rien trouvé. Oh oui, j’ai aussi trouvé que j’étais sous l’emprise d’un sort et je l’ai brisé. Ça te dérange ? »

« Oui. »

Qu’importe qui est Teriarch, il est clairement en retard au niveau des réponses modernes. La réponse appropriée est ‘je t’emmerde’ ou quelque chose du genre. Il me regarde.

« La localisation exacte d’Az’kerash est hors de propos. Je t’ai donné un emplacement. C’est à toi de le trouver et de lui délivrer le message. »

Je lui rends son regard. Et pour une fois, je pense que je suis en train de perdre le combat de regard, mais je ne baisse pas les yeux.

« Comment est-ce que je suis sensé faire ça ? Je n’ai pas la moindre idée d'où il se trouve. Et pourquoi est-ce que je devrais faire quoique ce soit pour quelqu’un qui m’a lancé un sort pour me le faire faire contre mon gré ? »

Il secoue la tête comme si cela n’avait pas d’importance.

« Tu es une Coursière. J’ai formulé une requête. La logique est simple. Tu compléteras la livraison. »

Je serre les dents tellement fort que j’entends ma mâchoire craquer.

« Non. Je ne vais pas le faire. »

« Tu vas le faire. »

Je secoue la tête. Cela prend plus d’effort que je l’imaginais.

« Je ne le ferai pas. »

Il me grogne dessus. Un vrai grognement !

« Tu as agréé de remplir ma requête. Tu as été payé p… »

« Pour collecter ta requête et le payement. J’allais la livrer à la Guilde des Coursiers pour que quelqu’un puisse la remplir. Possiblement moi. C’est comme ça qu’une requête anonyme marche. Je n’ai pas agréé à faire la livraison moi-même, encore moins être enchanté et être forcé de la faire ! »

« Alors qu’est-ce que tu vas faire ? Refuser ma requête ? Détruire ma livraison ? La jeter ? »

Teriarch me toise. Est-ce qu’il a toujours été aussi grand ? Il semble furieux.

« Ou est-ce que tu es venu jusqu’ici pour te plaindre, Ryoka Griffin ? »

Je lève la tête et le regarde. Ne flanche pas. Lâche la bombe.

« Non. Je suis venu te dire que tu es sur la liste noire. »

«… Quoi ? »

Mon sac est dos est sur mes épaules. Je le prends et l’ouvre pour en sortir quelque chose. Le petit livre de loi de la Guilde des Coursiers que j’ai acheté. Je l’ouvre et je pointe un passage sur lequel j’avais mis un marque-page.

« Règle numéro 21 de la Guilde des Coursiers dit que ‘tout Coursier affecté par un sort ou une Compétence peut refuser de réaliser le service et annuler la requête.’ Aussi, il est dit que toute personne qui attaque, gène, ou change le comportement d’un Coursier lors de la réalisation de son devoir peut-être banni de recevoir ses livraisons ou de déposer de futures requêtes. Tu peux le voir ici. »

Je lève le livre et je le lance sur Teriarch. Il cligne des yeux et seul un mouvement de ses doigts arrête le livre de lui frapper le visage*. L’expression d’incrédibilité et d’irritation sur son visage vaut presque le coup du terrible destin que je vais subir.


*Oh oui. Je lui ai jeté le bouquin dessus.


Il ouvre le livre et lit rapidement les pages, son visage figé dans une expression d’incrédulité. Il me regarde.

« Tu… Tu n’es pas sérieuse. Ne sais-tu pas qui je suis ? »

« Non. Pourquoi est-ce que tu ne m’éclaires pas ? »

Son œil gauche tressaillit.

« Je suis Teriarch, et je n’obéis pas aux requêtes d’une simple… Je ne serais pas censuré par toi ou la Guilde des Coursiers. »

« D’accord. Dans ce cas je ne vais pas compléter ta livraison. Tu peux reprendre ton anneau et ta lettre. »

J’ouvre la bourse à ma taille et en sort la lettre pliée et l’anneau. Je les tends vers Teriarch et il cligne des yeux, incrédule.

« Je garde la potion, au passage. C’est aussi dans les règles. »

« Tu ne peux pas faire ça. »

« On parie ? »

Pendant une seconde j’ai cru que j’étais allé trop loin et que le mage allait exploser. Le visage de Teriarch devient rouge, il tire sur sa barbe, avant de commencer à hurler.

« Non. Je ne serais pas… Silence, femme ! »

J’ai trop peur pour faire un commentaire sur son sexisme, mais Teriarch ne semble pas être en train de me parler. Il fait des allers-retours, marmonnant sombrement dans l’air, avant de se tourner vers moi et de me regarder furieusement.

« Cette livraison doit être réalisée. Et tu la feras. Non… ! J’insiste ! Et il en sera fait ainsi ! »

« Je ne la ferais pas sans un autre deal. »

« Alors demande ! Qu’est-ce que tu désires, humain ? »

Okay, restes calme Ryoka. Je fais signe vers l’entrée de la cave.

« Je suis allé aux Plaines Sanglantes, mais je n’ai rien trouvé. Tu as dit qu’il allait être ici ou entouré de mort-vivants, mais comment est-ce que je peux les trouver. Ce continent est grand. Je n’ai pas la moindre idée d'où est-ce qu’Az’kerash se trouve. Si tu veux que je lui livre quelque chose, tu vas devoir me donner une carte ou quelque chose de la sorte. »

Teriarch me regarde. Il prend une grande inspiration avant de longuement expirer et de hocher la tête. Il lève sa main, dit cinq mots secs qui font siffler mes oreilles. Je ne peux même pas me souvenir de ce qu’il a dit, mais une fois qu’il a terminé, il tient une… Pierre ?

Oui, une pierre. Juste… Une pierre, pas plus grande que ma paume. C’est parfaitement normale, sauf pour la flèche dorée et brillante gravée en son centre, bien sûr. La flèche tourne avant de pointer vers le sud-ouest.

Teriarch me la lance et je manque de la laisser tomber. C’est chaud.

« Tiens. Cela te pointera vers sa signature magique. Est-ce que tu veux autre chose ? Ou est-ce que tu veux que je te donne un tapis volant tant que nous y sommes ? »

« Tu es as un ? »

Le regard que me lance Teriarch devrait me griller sur place, mais ses yeux tressaillent un tout petit peu vers le côté droit de sa cave. Non, c’est impossible. Mais il se rattrape et il me pointe du doigt, le bout de son doigt luisant de manière inquiétante.

« Tu délivrera l’anneau et la lettre à Perril Chandler ou tu le regretteras, Ryoka Griffin. C’est une promesse. »

La vision du doigt luisant me terrifie plus qu’un zombie essayant de manger ma gorge ou Scruta avec son épée. Je suis complètement terrifiée, mais ma bouche et mon corps sont en auto pilote. Je lève ma main.

« Pas si vite. Lancer un sort sur moi veut dire que tu as abandonné le payement pour la requête que tu as fait. Si tu veux que je livre cette foutue livraison, fait moi une meilleure offre.

« Te. Payer. »

Une veine apparaît sur la tempe de Teriarch. Je déglutis.

« Ouaip. Paye-moi. Ou sinon tu vas voir. Trou du cul. »

J’aurai vraiment, vraiment dû la fermer avant la fin de la phrase. J’attends la boule de feu, mais Teriarch ne fait que me regarder. Je pense… Qu’il est trop sonné pour parler.


***


Teriarch regarde bouche bée l’impudente humaine devant lui. Une partie de son esprit voulait simplement la réduire en cendre, mais c’était une toute petite partie. Vraiment, la seule chose qu’il avait dans son esprit à pour le choc et l’outrage était un tout petit peu d’admiration.

Un tout petit peu. Minuscule, vraiment. Mais il n’avait jamais été challengé de manière aussi… Aussi…. Aussi originale. Des règles et des lois ? Comme si de simples mots pouvaient le retenir.

Mais il devait l’admettre, les règles avaient une certaine emprise sur lui. Il était une créature avec une parole, il était peut-être au-dessus de la loi, mais il en respectait le concept. Et en effet, peut-être qu’il devrait la suivre. Il ne faisait peu de communication par Coursier, mais s’il était banni…

« Fort bien. Je suppose que je peux dédommager ton… Dérangement. »

L’humaine la regarda, sans cligner des yeux. Elle était tellement étrange. Qui avait entendu parler de quelque assez courageuse pour braver les Hautes Passes non pas une mais deux fois ? Pour se plaindre du fait qu’il lui avait lancé un sort ? Il n’arrivait pas à se faire à l’idée, mais il n’allait pas montrer de faiblesse.

Il regarda discrètement autour de lui en essayant de se décider sur une récompense adéquate. Il parla de manière dédaigneuse à Ryoka, comme si cela n’avait pas d’importance.

« Je suppose que quarante pièces d’or seront suffisantes pour cette tâche ? »

L’humaine plissa les yeux en le regardant.

« C’est le prix pour venir ici et prendre ta requête. Tu m’as donné une seule potion pour le prix d’une livraison. Ce n’est clairement pas assez. »

Bien sûr. Sapristi. Teriarch avait oublié comment le système des requêtes marchait. Et lui-même devait l’admettre, une simple Potion de Célérité était une bien piètre récompense même pour une bête livraison. Il était simplement habitué à donner des ordres aux Courriers qu’il avait totalement oublié ce qui valait la peine d’être donné.

Teriarch chercha, autant avec ses sens magiques que ses yeux. Qu’est-ce qu’il pouvait donner pour calmer sa colère ? Il avait beaucoup de choses qu’il pouvait donner, mais qu’est-ce qui était approprié ? Une arme ? Non, sûrement les Coursiers ne les utilisaient pas. Des gemmes ? De l’or ? Des livres de sorts ? Et combien coûtait une livraison ?

« Magnolia. Quel est le taux d’échange dans tes misérables villes ? »

Teriarch murmura les morts, essayant que l’humaine ne perçoivent pas son incertitude. Il savait que Magnolia était une experte dans l’étrange équilibre des échanges commerciaux des humains, en étant elle-même une, mais elle était trop occupé à rire de lui pour répondre.

Fichtre. Sans elle pour l’aider, Teriarch allait devoir bluffer. Il passa la main dans cette maudite barbe que les humains semblaient aimer et essayer de paraître sévère.

« Pour une livraison aussi simple, surtout avec l’aide d’un sort de traçage, je pense que de l’or sera suffisant. Disons… Deux cents pièces d’or ? »

Il n’avait pas la moindre idée de si cela était approprié. L’humaine s’arrêta, avant de secouer lentement la tête. Malédictions ! Elle était probablement offensée.

« Deux… Cents ? Bien sûr que non. »

« Mm. Bien sûr. Quatre cent… Non, huit cent seraient plus appropriés, n’est-ce pas ? »

« P-possiblement. Bien. J’accepte ce tarif. »

Teriarch plissa les yeux, mais Ryoka avait déjà retrouvé une expression neutre. Il hocha lentement la tête, écoutant toujours Magnolia s’étouffer de rire dans son esprit.

« Fort bien. C’est décidé. »

Sous lui, Ryoka hocha la tête. Elle regarda l’entrée de la cave et tapota sa bourse où il pouvait sentir l’anneau et la lettre qu’il lui avait donné.

« Alors d’accord, je vais m’en aller. Je vais compléter la livraison quand j’aurai le temps. De toute façon, je pars vers Liscor dans quelques jours. »

Teriarch hocha la tête. Il devait s’y attendre. Il allait la laisser partir et espérer qu’elle allait rapidement livr…

Il s’arrêta.

« Attends. Quoi ? »

***


Teriarch ne semblait pas bien le comprendre. Je fis un pas en arrière en répétant ce que je vais de dire, mon cœur battant la chamade.

« Je m’en vais. Pour faire ta livraison. C’est ce que tu veux, n’est-ce pas ? »

« Oui… Non. Humaine… Ryoka Griffin, j’ai beaucoup de questions à te poser. »

« Tant pis. »

Deux autres pas. Teriarch fronce les sourcils en me regardant et lève une main.

« Tu ne peux pas encore partir. J’ai des questions à te poser, et tu vas y répondre. »

Je hausse les épaules comme si c’était le cadet de mes soucis.

« Dommage. Je suis une Coursière. Je livre tes trucs. Tu n’as pas à me poser de questions. »

« Quoi ? Non. Tu vas rester ici. »

Je sens de nouveau la force de la magie essayant de me ralentir, mais cette fois je suis prête. Je lui fais un doigt d’honneur et je me retourne.

« Essaye de nouveau ça et je double le prix de la livraison. Tu as engagé une Coursière, et c’est ce que tu as. Je ne fais pas d’interview. »

Je commence à m’éloigner en marchant. C’est terrifiant, je sens ses yeux posé sur mon dos. Il lève la voix de manière colérique.

« Tu ne peux pas t’en aller ! Stop ! Je te l’ordonne ! »

Je lève une main pour lui dire au revoir.

« Reviens ici ! »

La voix de Teriarch est comme la foudre, mais je l’ignore. Je commence à courir hors de la cave, tendue en m’attendant à ce qu’une boule de feu me change en tas de cendre.

Mais rien ne se passe. À la place, j’entends Teriarch s’étouffer et bégayer d’outrage. J’accélère, et je suis presque à la sortie. La lumière du soleil m’accueille alors que je sors de la cave en direction du chemin que j’avais déjà emprunté.

Derrière moi, j’entends un rugissement qui semble être presque… Bestial. Mais je suis trop occupé à courir pour y penser. Je sprinte sur plus de trois kilomètres de la cave avant d’avoir l’impression que je peux ralentir.

Ma tête n’arrête pas de tourner, mais je continue de courir sans la moindre conséquence. Lentement, très lentement, je commence à me relaxer. Je l’ai fait. Je l’ai vraiment fait !

Je sors des Hautes Passes. Elles sont toujours vides, et le ciel est ensoleillé et clair au-dessus de moi. Même ces foutues journées hivernales peuvent être plaisantées si tu as un mage pour effrayer les Fées de Givres.

Mon pas est léger, et mon corps est légèrement en sueur, mais cela ne me dérange pas. J’ai une potion de vitesse à ma ceinture, une lettre et un anneau valant huit cents pièces d’or dans ma bourse, et une destination en tête.

Oh et oui. Je suis en train de sourire.

C’est définitivement un sourire.

 


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