Le Monde de L'Écriture

Encore plus loin dans l'écriture ! => Textes non francophones => Traductions => Discussion démarrée par: Maroti le 01 octobre 2019 à 11:01:01

Titre: The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
Posté par: Maroti le 01 octobre 2019 à 11:01:01
(https://www.royalroadcdn.com/pirateaba/the-wandering-inn-full-ACDGlEOMpQk.jpg)

Une auberge est un lieu de repos, un lieu où l'on peut discuter et partager des histoires. Où un lieu pour trouver l'aventure, un point de départ pour les légendes en devenir.
Du moins, c'est le cas dans ce monde. Pour Erin Solstice, une auberge est plus une relique du Moyen-Age. Mais c'est sa vie désormais, fuyant des gobelins et tentant de survivre dans un monde de monstre et de magie. Elle serait surement plus enthousiaste si tout n'essayait pas de la tuer.
Mais elle est tombée sur une auberge, alors elle doit faire avec. Devenant une aubergiste servant les aventuriers et les monstres...
Enfin surtout les monstres. Mais il faut bien gagner sa croûte, n'est-ce pas?
Ceci est l'histoire de l'Auberge Vagabonde.

Quelques informations complémentaires sur le sujet.

Ceci est la fan-traduction de the Wandering Inn, une histoire écrite par Piratebea. Toutes l'oeuvre que vous vous apprêtez à lire est donc une traduction, autorisé par l'auteur, dont le but principal est de partager ma passion pour son roman, d’entraîner mon anglais, et d'avoir un projet à présenter à la fin de mon année en tant qu'étudiant Erasmus. Ceci est un projet à but non lucratif, accessible à tous et dont le but est de vous faire découvrir la fantastique pépite de fantasy qu'est cette histoire.

Sur ceux, bonne lecture!

[Edit]: Depuis le 28/03/2020, EllieVia rejoint le projet de traduction de The Wandering Inn, elle avait aussi commencé sa traduction en parallèle, et nous avons décider de joindre nos projets! A partir d'aujourd'hui, et pour ne pas perdre une partie de l'excellent travail qu'elle a fourni, tous les chapitres existant de Ryoka seront remplacé par les siens!

De plus, plusieurs termes importants ont été revus et changés, et la liste complète sera postée sur le post du chapitre 1.28!

Un grand merci à EllieVia de me rejoindre dans ce projet! =D

OoOoOoOoOoOoO
1.00
[/b]

L’auberge était sombre et vide. Elle se dressait,  silencieuse, sur une colline recouverte de verdure entourée de ruines. La pourriture et le temps avaient abattu les autres bâtisses ; les intempéries et l’écosystème avaient réduit les fondations de pierres en miettes et les murs de bois étaient devenus un amas de planches pourries mélangées au sol. Mais l’auberge tenait toujours debout.

Elle attendait. Pas de manière consciente ou réfléchie, mais à la manière dont tous les bâtiments attendent. Elle attendait que quelqu’un la trouve.  N’était-ce pas là le but d’une auberge ? Et quelqu’un, en effet, finit par la trouver.

Une jeune femme trébucha à travers les hautes herbes, gravissant la colline. Ses jambes tremblaient et elle luttait pour respirer. Ses poumons la brûlaient. Son bras droit était brûlé, de la fumée continuait de s’échapper des restes calcinés de son épaule, et ses jambes saignaient. Plusieurs entailles, peu profondes, avaient déchiré l’arrière de son pantalon.

Mais elle continuait d’escalader la colline, parce qu’une auberge se trouvait là. Après tout, il n’y avait pas d’erreur possible. Malgré les années, le bâtiment se tenait au milieu des ruines, en majeure partie épargné par le passage du temps. La construction de l’auberge devait avoir été réalisée avec plus de soin que les autres bâtiments, ou alors quelque chose d’autre – encore – l’avait maintenue.
Dans tous les cas, ce n’était pas ce qui avait attiré la jeune femme jusqu’à l’auberge.

Ce n’était qu’une simple pensée.

Une auberge, dans tous les mondes, est comme un symbole. Elle est autant un lieu pour faire des rencontres et se reposer qu’un lieu crucial où des quêtes épiques pourraient commencer. L’âtre d’une auberge et le doux feu qui y brûlait la nuit était un phare pour les épuisés, les affamés et les désespérés. Mais cette auberge était sombre.

L’enseigne de l’auberge était vermoulue, et le temps avait effacé le nom qui s’y trouvait depuis bien des années. Les fenêtres étaient ternes et fermées, mais la jeune femme, la vagabonde, n’avait nul autre endroit où aller. Lentement, avec hésitation, elle tituba vers la porte et tira sur l’humble poignée.

Rien ne se passa.

Après un court instant, elle poussa la poignée et la porte s’ouvrit en grinçant. Prenant son courage à deux mains, la jeune femme jeta un œil dans la pièce sombre qui se trouvait devant elle. Son instinct lui disait qu’il s’agissait d’une salle commune, un lieu où les repas et les boissons étaient normalement servis. Cependant, l’auberge était déserte depuis bien longtemps et une épaisse couche de poussière s’était accumulée dans chaque recoin.

« Bien sûr qu’elle est  vide. »

L’intruse soupira et s’appuya contre l’encadrement de la porte, épuisée. Elle reposa son front contre l’un de ses bras, grimaçant alors que ses brûlures et coupures la faisaient souffrir. Elle luttait pour ne pas pleurer. Elle s’était doutée que l’auberge serait probablement déserte quand elle l’avait vue au loin. Elle s’en doutait, mais elle avait espéré que…

« Depuis que je suis arrivée dans ce monde, tout va de travers, n’est-ce pas ? »

Lentement, elle se redressa et s’aventura dans la pièce. L’auberge, imposante et lugubre, absorbait le bruit de ses pas. Elle avait été construite pour accueillir un grand nombre de personnes, et la nuit la rendait caverneuse. La jeune femme avait l’impression que le bâtiment pourrait l’avaler, mais y avait-il un autre endroit où se réfugier ?

À l’intérieur, les ténèbres. À l’extérieur, pire encore. Il y avait des choses à l’extérieur. Des monstres. Elle les avait vus. Des monstres, et un monde inconnu. Un monde qui n’était pas le sien.
Lentement, la jeune fille marcha jusqu’à une chaise et s’écroula dessus. Un nuage de fumée s’en échappa et elle commença à tousser. La poussière était omniprésente. Mais elle était fatiguée, tellement fatiguée. Et même si elle était vide,  abandonnée et déprimante, l’auberge continuait de l’appeler. Ses murs offraient un peu de sécurité. Alors la jeune femme resta assise et ferma les yeux pendant un instant.

Il commençait à pleuvoir à l’extérieur. Une forte et froide pluie qui s’écrasait contre le toit et s’immisçait à travers les fissures. Tapant, gouttant. Les yeux de la jeune femme s’ouvrirent légèrement alors que le battement se transformait en un rugissement. La pluie se changea en tempête. C’était au moins un problème d’évité.

C’était apaisant. La jeune femme s’installa et la douleur de ses blessures, l’espace d’un instant, s’amenuisa.  La pluie devint un bruit de fond alors qu’elle se détendait pour la première fois depuis ce qui lui semblait être une éternité. Elle décida qu’elle allait se reposer ici, au moins pour commencer. Mais une sensation commença à la déranger, Quelque chose qu’elle ne pouvait dire que maintenant, en sécurité. Alors elle ouvrit les yeux et s’adressa à la pièce vide.

« J’ai super faim. »

Et c’est ainsi que la légendaire histoire de l’Auberge Vagabonde commença.
Titre: Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
Posté par: Maroti le 01 octobre 2019 à 20:11:24
1.01

Après quelques minutes, la vagabonde se leva. Enfin, elle n’était pas réellement une vagabonde. Elle n’avait pas prévu de voyager cette nuit. La jeune femme fronça les sourcils avant de passer une main sur son visage. Elle était sur la route des toilettes et… avait dû prendre le mauvais chemin quelque part.

Un très mauvais chemin, car elle n’avait jamais atteint le réconfortant siège de porcelaine et s’était soudainement retrouvée dans une cave, face à face avec un…

Un Dragon.

La jeune femme sursauta, son cœur battant la chamade. Elle regarda autour d’elle avant de se rappeler qu’elle était dans l’auberge. Mais le souvenir était vif, et son bras brûlé… Elle le toucha et grimaça.

« Ce n’est pas un rêve. »

Mais elle avait l’impression que c’en était un. Elle semblait être dans un rêve, car cela serait bien plus facile à expliquer que la réalité. La réticente vagabonde prit une grande inspiration, puis une  seconde, avant de tousser.

« C’est poussiéreux. Ahem ! »

Elle tentait de rationaliser ce qui était en train d’arriver. Commençons par le commencement.

« Qui suis-je ? Je suis Erin. C’est bon ! Nous sommes sur la bonne voie. »

Elle sourit de manière hésitante. Oui, son nom était Erin. Erin Solstice. Ce n’était pas un nom facile à oublier, et même si c’était son nom, elle avait quelques objections à son sujet. Par exemple, Erin pouvait être un nom de garçon, et elle était une fille. Du moins, elle avait été une fille. Erin se tâta en fronçant les sourcils.

« Ouaip, toujours une fille. Ravie de voir que cela n’a pas changé. Maintenant … Qu’est-ce que j’ai sur moi ? »

Elle touchait ses poches. Elle avait… Deux poches vides. Fantastique. Erin avait espéré que son téléphone serait avec elle, mais qui prend son portable pour aller aux  toilettes ?

« N’importe qui de sensé, faut croire que je n’en fais pas partie »

La plupart des gens commençaient leurs voyages avec une bonne préparation. Si Erin avait été mise au courant qu’elle allait se retrouver dans ce monde, elle aurait préparé un sac à dos rempli à ras bord de ce qui était essentiel. Puis elle aurait rajouté un pistolet. Pour combattre les petits hommes verts. Mais elle n’avait nullement préparé cette aventure. Elle n’avait pas eu la moindre idée de ce qui allait lui arriver.

Comment quelqu’un pouvait voyager jusqu’à un nouveau monde, jusqu’à un autre… Un autre lieu ? Erin fronçait les sourcils en pensant à sa situation. Ce n’était clairement pas une réalité virtuelle, elle n’avait aucun souvenir de s’être fait kidnapper ou d’avoir consommé de la drogue, et elle était pratiquement certaine qu’elle n’était pas folle… Même si sa situation actuelle la faisait légèrement douter. Mais si toutes les solutions logiques, dignes du monde réel, n’étaient pas applicables, la seule solution restante était…

De la magie. Erin ne croyait habituellement pas en la magie, mais sa rencontre avec un Dragon il y a moins d’une heure avait rapidement changé son regard sur l’existence du fantastique. Cependant… il n’y avait pas eu de portail pour l’invoquer, pas de rituel mystique ou d’impression de marcher dans du vide.  Bon sang, il n’y avait même pas eu de ding bruyant pour lui indiquer que quelque chose venait d’arriver.

« Je voulais juste aller aux toilettes. »

Elle n’avait pas ouvert la mauvaise porte ni n’était rentrée dans son armoire. Erin mit sa tête entre ses mains. C’était impossible. Elle était en train de devenir folle. Non, elle était déjà folle et cette auberge était l’image mentale qu’elle se faisait de la chambre capitonnée dans laquelle on l’avait enfermée. C’était aussi plausible que le reste.  

Cependant, si elle était folle, cela voulait dire qu’elle était assise dans son propre espace mental. Alors Erin regarda les alentours avec précaution. Une auberge était un endroit bien étrange. Erin n’avait jamais mis les pieds dans une auberge… Ni dans un bâtiment entièrement fait de bois. Mais elle en était là. Des murs de bois, des poutres en bois au plafond, des escaliers de bois qui menaient à l’étage…

« Est-ce que je suis dans un monde médiéval ? Ou une sorte de monde fantastique ? »

L’angoissant état d’abandon de l’auberge sauta au visage d’Erin alors qu’elle regardait autour d’elle. Au début, elle avait été pathétiquement reconnaissante d’apercevoir un bâtiment dans les prairies vallonnées dans lesquelles elle s’était retrouvée. Elle avait foncé vers l’auberge sans réfléchir. Mais maintenant qu’elle était à l’intérieur, Erin n’était pas à l’aise.

C’était tellement vide. Vide et poussiéreux. Vraiment poussiéreux.  La pièce centrale avait beau être grande et spacieuse, la présence des tables et des chaises l’étrécissait. Un long comptoir au fond de l’auberge lui donnait l’impression qu’elle était dans un bar. Elle sentait qu’un barman aurait dû se trouver derrière ce comptoir, nettoyant un verre et lui servant une délicieuse boisson rafraîchissante…

Erin soupira et se gifla doucement le visage. Elle avait soif, et faim. Il était temps de penser à autre chose. Elle prit une grande inspiration et toussa, avant d’éternuer.
« C’est dégoûtant ici ! Quelqu’un devrait passer un coup de balai ! »
Elle fit une pause, et après une poignée de secondes, Erin regarda autour d’elle.

« … Je suppose que je suis cette personne. »

Il n’y avait pas beaucoup de confiance dans ses mots. Pourquoi s’embêter à nettoyer un lieu aussi décrépit ? D’un autre côté, c’était tellement poussiéreux qu’Erin était certaine que la moindre tentative de dormir ici se solderait par sa mort via asphyxie ou par une violente crise de toux en plein milieu de la nuit. De plus, il serait appréciable de ne pas soulever un nuage de poussière à chaque fois qu’elle s’asseyait.

« Et puis, c’est un bon coin pour se reposer. S’il n’y a personne ici, je serai peut-être capable de… »

De faire quoi ? Se cacher ? Vivre ici ? Qu’est-ce qu’est ‘ici’ exactement et qu’est-ce qui se passe ?

Erin tentait de ne pas paniquer alors que l’incertitude serrait son cœur. Elle ne pouvait pas paniquer, pas maintenant.  Elle était terrifiée, c’était indéniable, mais son instinct lui disait que paniquer n’était pas une option. Il n’y avait personne pour l’aider, elle était perdue et seule… La panique était un luxe qu’elle ne pouvait pas se permettre.

Alors Erin s’accrocha à la seule vérité qui était encore indéniable.  Si une pièce était sale, c’est que cette dernière ne devrait probablement pas l’être. Elle décida alors de la nettoyer, et prit sa première décision depuis son arrivée dans ce monde. C’était une simple tâche, une humble ambition :
Trouver un chiffon.

Clairement, ce n’était pas la plus impressionnante des décisions, mais l’intégralité du plan d’Erin était basée sur cette simple tâche. Premièrement elle allait trouver un chiffon, puis elle allait trouver un seau. Et puis, s’il n’y avait pas de seau, elle pouvait toujours aller dehors et mouiller le chiffon avec la pluie. Après ça, elle pouvait nettoyer quelques tables et puis elle allait trouver une serpillière…
Le premier endroit où Erin chercha fut derrière le bar. C’était un début prometteur, mais elle ne trouva que plus de poussière et des toiles d’araignées.

« Zut. »

Puis, elle regarda derrière le bar et trouva que ce dernier donnait accès à une cuisine. Elle remarqua plusieurs poêles, vieilles et rouillées, ainsi que plusieurs casseroles et même le précieux seau, mais pas de chiffon.

« Double zut. »

Se sentant de plus en plus désespérée, Erin s’empara du seau et le posa à l’extérieur, le laissant se remplir d’eau avant de retourner dans la salle commune. Bien, il ne restait plus que l’étage.
Le très sombre escalier toisait Erin alors qu’elle posa son pied sur la première marche. La jeune femme leva la tête et déglutit. À cause de la taille du rez-de-chaussée, le premier étage était assez haut et l’escalier était… De mauvais augure.  Il ressemblait aux os d’une sorte de gigantesque monstre tapi dans les ténèbres.

Avec précaution, Erin monta les escaliers. C’était comme si chaque marche grinçait et grognait bruyamment dès qu’elle posait le pied sur l’une d’entre elles, et le bruit résonnait dans l’auberge.  Pour Erin, c’était comme marcher sur des mines… Chaque craquement était assourdissant et faisait tambouriner son cœur dans sa poitrine.

« Courage. Courage. Tu peux le faire. »

Murmurant pour elle-même, Erin  garda sa voix basse pour ne pas… Pour ne pas réveiller ce qui pouvait se trouver en haut.  Son cœur manqua un battement à cette idée, et elle s’arrêta à mi-chemin, tremblant légèrement
.
« C’est stupide. Il n’y a rien en haut. Rien ! »

Elle fit une pause.

« D’accord, peut-être qu’il y a quelque chose.  Je ne sais pas.  Il pourrait y avoir… Plus de ces Gobelins ? Mais il n’y a pas de Dragon ? Bien sûr qu’il n’y a pas de Dragon! Ne sois pas stupide. »

Une légère hésitation. Un nouveau pas.

« Mais un Dragon pourrait se cacher en haut. »

Erin fit un pas en arrière. L’escalier grinça. Elle se réprimanda alors que son cœur tambourinait douloureusement dans sa poitrine.

« Ne sois pas stupide.  Un Dragon est bien trop grand pour tenir là-haut.  Mais des Gobelins ? »

Elle s’arrêta et frissonna à cette idée. Le Dragon était une chose. Sa main toucha les brûlures sur son épaule droite et elle se mordit la lèvre pour lutter contre la douleur. Puis la douleur causée par les coupures sur l’arrière de ses jambes se fit plus sévère et elle se rappela.  Le Dragon l’avait brûlée et elle avait fui en hurlant. Elle avait couru, encore et encore,  avant d’être trouvée par les petits hommes verts qui l’avaient pourchassée.

Elle parlait de Gobelins, pas d’extra-terrestres. En fait, les extra-terrestres auraient été préférables, car ils avaient l’avantage de ne pas vous poignarder avec des couteaux.

« Ou peut-être qu’ils le font. »

Avec un rire nerveux, Erin regarda l’étage. Les ténèbres semblaient l’attendre. De longues ombres transformaient le vieux bois en quelque chose de plus sinistre. Mais ce n’était qu’une illusion, un piège de son esprit. Elle savait qu’il n’y avait probablement rien en haut. Car si c’était le cas, n’aurait-il pas déjà essayé de la manger ?

Mais c’était une peur différente qui la paralysait. La peur que tous les enfants ont, la peur du noir et de l’inconnu. Alors, Erin continua d’hésiter. Mais elle savait qu’elle devait monter.
Au bout d’une minute, elle commença doucement à se parler à elle-même.

« Chiffon.  Chiffon, chiffon, chiffon… »

Erin murmurait les mots comme un mantra. D’une certaine manière, le fait qu’elle doive absolument trouver un chiffon lui donnait la force de continuer à monter les escaliers.

Une marche. C’était la plus difficile. Puis deux marches. Le cœur d’Erin fit un bond lorsque l’escalier grinça sous ses pas, mais rien d’horrible n’arriva. Alors elle continua d’avancer.
Cependant,  si les intimidants escaliers étaient le premier obstacle de son esprit, le couloir vide et grouillant d’ombres était à un tout autre niveau d’intimidation.

C’était tellement sombre. Erin ne pouvait pas voir à plus d’un mètre devant elle, alors même que ses yeux s’étaient habitués à la pénombre. Mais après un tel effort elle ne pouvait pas s’arrêter. Alors elle continua d’avancer avec son cœur battant dans sa poitrine.

« Chiffon, chiffon, chiffon, chiffon, chiffon, chiffon, chiffon, chiffon, chiffon, chiffon, chiffon… »

La première pièce qu’elle trouva était très, très sombre. Erin se faufila à l’intérieur et resta figée sur place en entendant un bruit. Est-ce que c’était un… Froissement ?

Non, non, c’était juste son imagination. Elle pouvait entendre la tempête à l’extérieur et la pluie causer un boucan sur le toit au-dessus d’elle. C’était probablement le vent qui soufflait contre l’auberge. Voire une feuille qui…

Froisse, froisse.

Il y avait un bruit. Le cœur d’Erin jouait du tambour dans son torse. Il y avait quelque chose dans la pièce avec elle, et elle espérait de tout son être que ce n’était qu’un rat. Un truc… qui sonnait comme quelque chose en cuir, comme deux ailes qui se déployaient…

«Chiffonchiffonchiffonchiffonchiffonchiffonchiffonchif… »

La foudre tombait au loin alors que le vent soufflait contre l’auberge. Quelque chose de blanc et de pâle se déploya dans les ténèbres et vola vers Erin. Elle hurla, se protégeant de manière désespérée avec ses bras et tomba au sol, emportant la chose avec elle.

Pendant une minute, tout ne fut que confusion et tapage. Erin lutta sauvagement contre le monstre qui l’attaquait alors que la pluie commençait à assaillir son visage ; le monstre s’enroula autour de ses bras et de son visage. Elle arriva à le repousser et retrouva rapidement ses appuis pour voir qu’il était…

Un rideau.

Pendant quelques secondes,  Erin regarda le tissu délavé dans ses mains en état de choc. C’est une fois que son cœur décida d’arrêter de courir un marathon qu’elle se détendit.

« Des rideaux »

Elle ramassa le pâle morceau de tissu et l’observa. C’était… un rideau. Voilà l’étendue de ses talents de détective. C’était un rideau blanc, ou du moins il avait été blanc il y a bien longtemps. La moisissure et la terre avaient l’avaient rendu plus gris que blanc, mais au moins c’était du tissu.

« D’accord, d’accord. »

Le cœur d’Erin continuait de battre la chamade. Elle regarda autour d’elle. La pièce était toujours très sombre, et le vent venant de l’extérieur faisait trembler les fenêtres de manière très inquiétante.
Erin ferma la fenêtre, ce qui arrêta le bruit. C’était mieux que rien. Mais la pièce était toujours trop sombre pour être observée en détail. Bien, elle pourrait continuer de visiter le premier étage ; ou bien, maintenant qu’elle avait un chiffon, elle pouvait redescendre au rez-de-chaussée. Ce familier, réconfortant et poussiéreux rez-de-chaussée.

La pièce était très sombre. Erin jeta un dernier coup d’œil et se dirigea rapidement vers le rez-de-chaussée. Elle jeta le rideau sur l’une des tables à côté du seau qu’elle avait trouvé et regarda autour d’elle.

« Voyons voir. Par où devrais-je commencer ? »

En réalité, la véritable question était : par où ne pouvait-elle pas commencer. À l’exception des murs, toute la pièce était recouverte d’une épaisse couche de poussière. En fin de compte, Erin décida de commencer par la table sur laquelle elle s’était assise.

L’humide rideau… Non, le chiffon leva un nuage de poussière, surprenant Erin et la faisant reculer en toussant. Mais le nettoyage était en fait facilement réalisable.

Dans un premier temps, Erin se contentait de pousser la poussière jusqu’au bord de la table et sur le sol. Après il suffisait de passer un nouveau coup de chiffon sur la désagréable surface de la table jusqu’à ce que cette dernière soit propre. Puis, elle nettoyait le chiffon dans le seau avec un peu d’eau et passait à une autre table.

Après un certain temps, l’eau du seau commençait à devenir grise à cause de la poussière. Erin ouvrit la porte de l’auberge, jeta l’eau et s’installa sur l’une des chaises en attendant que le seau soit de nouveau plein. Puis elle recommença son ménage.

Il y avait un rythme dans cette action. En un rien de temps Erin avait nettoyé l’intégralité des tables, elle décida alors qu’il fallait nettoyer les chaises. Et puis, une fois qu’elle eut terminé, elle pensa qu’il était logique de nettoyer le comptoir.

Le long comptoir était fait d’un bois de haute qualité. Erin admira la manière avec laquelle la faible lumière de l’extérieur faisait briller le bois une fois que la poussière avait été nettoyée. Le bar était suffisamment long pour accueillir au moins vingt personnes en même temps… Ou quinze s’ils étaient pointilleux sur le fait qu’il fallait de la place pour leurs coudes.

Une fois cela terminé, Erin nettoya l’étagère du barman sous le bar et les autres surfaces de la salle commune. Le ménage fini, l’auberge semblait déjà bien plus accueillante, car les meubles nouvellement nettoyés reflétaient la lumière déclinante de l’extérieur.
Cependant, il restait encore un endroit qu’Erin avait évité depuis le début. Le sol.

C’était naturel. Erin n’avait rien qui pouvait lui servir de serpillière et elle avait poussé la poussière sur le sol depuis le début.  En conséquence, d’épais tas d’humide poussière s’étaient agglutinés par terre. Erin donna un coup de pied à l’un d’entre eux avant de hausser les épaules.
« Eh bien, quand on le compare aux tables et aux chaises… »

Elle ne pouvait que rire devant l’étrange fruit de son labeur. Des tables propres, un sol sale. Au moins il était possible de manger sur les tables. Et puis, qui prêtait attention au sol ? Le sol était juste fait pour qu’on marche dessus, pas pour dormir. Erin essuya son front et découvrit qu’elle était trempée de sueur. Et… Il faisait déjà nuit ?

Oui, alors qu’elle faisait le ménage, l’averse avait cessé et la lumière s’était amoindrie jusqu’au point où l’auberge était presque entièrement plongée dans le noir. Désormais, au lieu d’un méli-mélo d’ombres inquiétantes,  il n’y avait plus rien à voir.

« Alors ce n’est plus effrayant, c’est désormais terrifiant. Formidable. »

Au moins, le rez-de-chaussée était rassurant. Erin inspecta la pièce, ses yeux remarquèrent que la lumière de la lune se réfléchissait sur les surfaces lisses des tables et des chaises. Oui, la pièce était légèrement plus accueillante. Elle l’avait nettoyée, et d’une certaine manière, cela voulait dire que c’était désormais sa pièce. Ce qui faisait qu’elle était plus en sécurité. Du moins, elle espérait que ça marchait comme ça.

Erin s’assit de nouveau sur une chaise et réalisa qu’elle était épuisée. Elle commença à basculer la chaise contre la table et soupira. Si jamais elle avait besoin d’une preuve pour justifier qu’elle n’était pas douée dans une situation de vie ou de mort, il lui suffisait de repenser à cette journée.  La voilà, perdue dans un monde terrifiant sans la moindre idée de l’endroit où elle se trouvait, et quel était son premier réflexe ? Nettoyer la pièce.

« Au moins maman serait contente. »

Erin riait toute seule avant de fermer ses yeux, submergée par l’épuisement. C’était l’heure de se reposer. Peut-être que tout irait mieux demain. Peut-être que tout cela n’était qu’un rêve. Probablement pas, mais…

Ses paupières se firent lourdes. Sa respiration se fit plus lente. Erin était juste suffisamment éveillée pour un dernier constat.

« Maintenant j’ai vraiment, vraiment faim. »

[Classe d’Aubergiste Obtenue !]

[Aubergiste Niveau 1]

[Compétence : Récurage Élémentaire obtenue !]

[Compétence : Cuisine Élémentaire obtenue !]

« … C’était quoi ça ? »
Titre: Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
Posté par: Maroti le 07 octobre 2019 à 14:42:26
1.02

L’auberge était sombre. Parce que le monde était sombre, du moins pour le moment. Deux lunes étaient suspendues dans le ciel, l’une bleu clair, l’autre jaune pâle. Leurs douces lumières étaient obscurcies par une instable couche de nuages. Donc, la lumière se faisait rare, ce qui avait du sens.

Il faisait nuit.

Cependant, une silhouette continuait de se mouvoir sans répit malgré l’heure tardive. C’était une jeune femme dont les pas laissaient un chemin dans la poussière alors qu’elle arpentait la pièce. Elle allait de mur en mur, se parlant à elle-même. Puis elle trébucha contre une chaise.

« Aïe. »

Erin dépoussiéra son pantalon et son t-shirt avec dégoût. Bien, ses vêtements étaient officiellement sales. Des morceaux de son t-shirt étaient noircis à cause du feu et son pantalon avait été déchiré par les couteaux des Gobelins. Mais tout ceci n’était pas important pour le moment.

« Est-ce que je viens de gagner un niveau ? »

Erin regardait le plafond, allongée sur le dos. Elle aurait pu se lever, mais cela lui aurait demandé des efforts qu’elle ne voulait pas fournir. De plus, Erin était affamée, épuisée et confuse. Rester allongée sur le sol l’aidait à se sentir un peu mieux, même si cela voulait dire qu’elle avait de la poussière dans les cheveux.

Normalement, cela aurait été dégoûtant, mais en cet instant…

« Sérieusement ? J’ai gagné un niveau ? C’est quoi ce délire, un jeu ? »

Lentement, Erin se releva en s’accroupissant avant de se mettre la tête entre les mains.

« Non. Non ce n’est pas possible. Mais un… Un dragon et des gobelins et maintenant des niveaux… C’est un autre monde, n’est-ce pas ? Un qui ressemble à Donjons & Dragons ? Ou… Ou à un jeu vidéo ? »

Elle se redressa et se releva. Le monde semblait tourner autour d’elle. Du bon sens ? Qui avait besoin de bon sens ? Nan. Donnez-lui quelques dragons cracheurs de feu et laissez-la gagner un niveau en nettoyant des tables. Ça avait du sens.

« Bien, bien. Récapitulons. Je suis dans un autre monde qui est en réalité un jeu vidéo.  Il y a des monstres dans ce monde et je peux gagner des niveaux en faisant des trucs. J’obtiens même des compétences, et j’ai une voix dans ma tête… Non, plus comme une pensée qui apparaît pour me dire que j’ai accompli certaines actions. »

Elle hocha la tête.

« Ouaip. C’est parfaitement logique. »



« Bordel ! Ça n’a pas de sens ! »

Erin hurla et donna un coup de pied dans une chaise avec suffisamment de force pour la faire voler. La chaise retomba avec un énorme, et satisfaisant, fracas. Ce qui était moins satisfaisant, c’était le pied d’Erin, qui avait tapé la chaise avec assez de force pour s’écraser les orteils.

Après avoir hurlé de douleur et sautillé, Erin s’assit à l’une des tables et pleura pendant un long moment. Ce n’était pas comme si pleurer changeait quoi que ce soit, mais cela aidait un peu.

Après une dizaine de minutes passées à sangloter, Erin parvint finalement à lutter contre les larmes en reniflant. Elle se sentait mieux, mais se heurta à un énième problème quand elle voulut essuyer les larmes et la morve avant de se rappeler qu’elle n’avait pas de mouchoir à disposition. Elle avait donc utilisé la première chose qui lui était passée sous la main. Le chiffon.

L’humide, dégoûtant chiffon. Mais au moins c’était mieux que son t-shirt. Après ça, Erin s’assit et regarda les alentours sans vraiment prêter attention à ce qui était autour d’elle alors que les ténèbres l’encerclaient petit à petit.

« J’suis fatiguée. »

Ce fut la dernière phrase qu’Erin prononça avant de s’endormir.

***

Le nouveau jour frappa Erin de plein fouet. Elle grogna et se redressa alors que sa tête la lançait. Elle avait l’impression que son cou était tordu, et elle était endolorie après avoir passé la nuit sur le sol. Elle aurait volontiers dormi plus longtemps, si ce n’étaient le soleil et son estomac.

Boitillante, Erin regardait les rayons de soleil se déversant à travers l’une des fenêtres.

« Et c’est pour ça que les rideaux ont été inventés. »

Les fenêtres n’avaient pas de vitre ou de rideau. C’étaient des trous carrés dans les murs, mais elles avaient des volets. C’était dommage qu’Erin ait choisi de faire sa sieste sous l’une des fenêtres ouvertes.

Sans réfléchir, Erin passa ses mains dans ses cheveux et remarqua qu’elle était recouverte de terre et de poussière. Oh, c’est vrai, elle avait passé la nuit sur le sol. Le sol sale où elle avait accumulé toute la poussière.

Erin s’assit sur une chaise et posa sa tête dans ses mains. Après quelques instants, son ventre gargouilla avec entrain.

« Je vois. Reçu cinq sur cinq. »

La jeune femme se leva en gémissant. Une fois debout, elle sentit son corps protester contre les lois de la gravité, et se rassit. Elle était mieux comme ça, mais son estomac protesta. Sa faim et son épuisement se firent la guerre et sa faim l’emporta. Erin se leva, sachant qu’elle devait trouver quelque chose à manger. Il n’y avait rien à manger dans l’auberge, et elle n’avait même pas tenté de chercher dans les placards, à quoi bon ? Toute nourriture présente depuis l’abandon de l’auberge avait probablement eu le temps de devenir consciente et de gagner une paire de pattes.

Cela voulait dire qu’elle devait aller à l’extérieur. Mais Erin était encore hésitante au moment où elle posa ses mains sur la porte de l’auberge.

Des monstres.

Elle frissonna. Les souvenirs de sa dernière journée l’assaillirent, frais et vifs, et ses mains commencèrent à trembler. La douleur de son bras brûlé s’intensifia alors que les coupures sur ses jambes la démangèrent et la piquèrent. Erin ferma les yeux et inspira un grand coup. Des monstres, oui, mais…

« Je vais mourir dans cette auberge si je ne trouve pas quelque chose à manger. »

Alors elle ouvrit la porte. Ce n’était pas du courage qui lui permit d’avancer, c’était juste son envie de survivre.

Le jour était si éblouissant qu’Erin fut aveuglée l’espace d’un instant. Elle marcha vers l’extérieur, protégeant ses yeux, et s’arrêta brusquement. Une réflexion venait soudainement de la frapper, quelque chose qu’elle n’avait pas vraiment assimilé avant cet instant.

« C’est… Vraiment un autre monde, pas vrai ? »

C’était une simple révélation qui lui vint alors qu’elle regardait vers le haut. Bien plus haut, à l’intérieur d’un ciel bien plus vaste que le sien. C’était difficile pour Erin de trouver les mots, elle savait simplement que l’infinité bleue qu’elle observait au-dessus de sa tête était différente du ciel qu’elle avait connu durant toute sa vie.

Les nuages étaient trop épais. Erin n’aurait jamais pu imaginer quelque chose de la sorte, et pourtant elle ne pouvait le nier. Les nuages étaient… Gigantesques. Chez elle, Erin pouvait s’allonger et regarder des centaines, des milliers de kilomètres dans le vide et voir des nuages qui flottaient incroyablement haut. Mais ici…

« Ils vont encore plus haut. C’est tellement grand. »

Erin continua d’observer le ciel et vit un nuage flotter au-dessus d’une montagne suffisamment haute pour projeter une ombre assez grande pour presque atteindre son auberge. Elle semblait gigantesque, et pourtant Erin pouvait voir des prairies, des collines et des vallées s’étendre sur d’innombrables kilomètres à sa base. Le sommet de la montagne était tellement haut qu’Erin était incapable de le voir même en inclinant sa nuque.

Et le nuage était encore plus haut que ça.

À quel point les nuages étaient larges ? Erin n’avait jamais eu à se poser cette question auparavant. Mais elle se souvenait d’avoir vu des nuages aussi larges qu’un… Qu’un petit gratte-ciel, peut-être ? Ou de la taille d’une colline ? Est-ce que les collines étaient plus grandes que les gratte-ciel ? Cela n’avait pas d’importance.

Ce nuage, ce simple nuage parmi tant d’autres, était aussi grand que la montagne qui se trouvait en dessous. Elle pouvait le voir. Erin plissa ses yeux pour voir les bords du nuage, qui avait l’air incroyablement petit depuis son point de vue, mais qui, en réalité, devait être aussi grand que des falaises.  La profondeur du nuage lui coupa le souffle.

Et ce n’était qu’une fraction du ciel. C’est lorsque Erin regarda aux alentours qu’elle réalisa à quel point ce monde était vaste. Des montagnes qui semblaient pousser à l’infini, de larges prairies épargnées par la civilisation… Et jusqu’où avait-elle couru avant d’atteindre ce point ? Au premier coup d’œil, il semblait que l’herbe s’étirait comme une seule et même surface, simple et plate, dans toutes les directions jusqu’à l’infini, mais un regard plus attentif racontait une autre histoire.

« Ce sont des collines ! Des collines et des vallées ! C’est pourquoi je n’arrêtais pas de trébucher hier ! »

En marchant sans faire attention, il était facile de se perdre et de terminer dans une vallée large de plusieurs centaines de mètres. Et tout se ressemblait, seuls quelques fleurs et cailloux brisaient cette tyrannie verte. Les plaines s’étiraient encore et encore sans s’arrêter…

Ou était-ce vraiment le cas ? Erin s’arrêta alors qu’elle commençait à discerner quelques petits détails à l’horizon. Loin, bien loin, entre la chaîne de montagne et le soleil levant, elle pouvait discerner ce qui ressemblait vaguement à des bâtiments. Est-ce qu’il y avait une bourgade là-bas ? Ou un village ? Voire une… Ville ?

C’était impossible de le savoir depuis l’endroit où elle se trouvait, mais cette idée donna à Erin l’espoir qu’elle n’était pas seule dans ce monde. Cependant, rien que l’idée de voyager aussi loin avec son estomac vide était inconcevable, alors elle continua d’observer.

« Est-ce que ce sont… Des arbres ? »

Erin plissa les yeux. Il y avait un petit groupe d’arbres au loin, nichés au creux d’une des vallées. C’était des arbres, n’est-ce pas ? Erin pensait qu’ils semblaient étranges… Jusqu’au moment où elle réalisa qu’elle était en train de les observer par le dessus, depuis son point de vue.

C’était irréel de savoir qu’elle était en train d’observer une forêt par le dessus, mais c’était la seule réponse qu’elle avait trouvée.  Il semblait qu’il y avait une petite, enfin relativement petite, vallée recouverte d’arbres vers l’est. Elle ne semblait pas être si loin que ça, et si Erin regardait avec attention elle pouvait discerner de petits points bleus et jaunes perchés dans les arbres. Des fruits, peut-être ?
Il n’y avait qu’un seul moyen de le savoir. Alors elle commença à marcher en direction de la vallée, ses jambes et son estomac décidant d’abandonner la prudence conseillée par son cerveau. Elle avait besoin de nourriture. Ce n’était pas difficile de descendre les douces pentes de la colline, et même si la remontée n’allait pas être plaisante, Erin pouvait au moins faire le trajet à son rythme. L’herbe était douce sous ses chaussures et elle marchait d’un bon pas. C’était paisible… Trompeusement paisible.

Dans un coin de sa tête, Erin se souvenait des Gobelins. D’accord, peut-être qu’ils n’étaient pas vraiment des Gobelins mais qu’est-ce qu’ils pouvaient être d’autre ? Ils étaient d’étranges, difformes enfants qui ressemblaient à des parodies d’humains avec un nez pointu, des dents pointues, des petits couteaux et…

C'étaient des Gobelins. Et Erin se souvint qu’ils l’avaient trouvée alors qu’elle fuyait, encore fumante et paniquée, le Dragon.  

L’idée que ces petits monstres pouvaient l’assaillir et tenter de la réduire en charpie accéléra le rythme cardiaque d’Erin alors que ses pas faiblissaient. Mais avait-elle vraiment le choix ? Soit elle restait dans l’auberge et mourait de faim, soit elle allait à l’extérieur et trouvait quelque chose à manger. Les arbres n’étaient pas si loin que ça. Elle pouvait prendre un peu de ces étranges fruits, s’ils étaient réellement des fruits, et revenir à l’auberge en courant si quelque chose s’approchait d’elle.

C’était le plan. Et c’était un bon plan jusqu’au moment où Erin se retrouva à marcher près d’un gros caillou.

Il n’y avait rien d’important à propos de ce caillou, sauf le fait qu’il était plutôt un rocher qu’un caillou, un gigantesque monticule de pierre arrondi au sommet et ressemblant à une petite colline. Deux fois plus grand qu’une personne normale et tout aussi long. Pour faire court, c’était juste un gros caillou.

Erin l'avait d'abord ignoré, après avoir envisagé d’éventuellement l’escalader pour essayer de mieux voir les alentours. Mais elle était affamée, alors elle contourna le rocher.

C’est ce qui lui sauva la vie.

Alors que le rocher se trouvait désormais derrière elle, Erin sentit l’air se déplacer et entendit un terrible craquement juste à côté de son oreille. Elle sauta, se retourna et hurla. Elle commença à courir et la seconde pince manqua de la décapiter.

La chose qui s’était cachée en-dessous du rocher souleva ce dernier du sol et commença à se précipiter sur Erin qui fuyait en hurlant. Elle jeta un seul regard par-dessus son épaule, et ce fut suffisant. Elle redoubla sa cadence.

Deux grandes et longues pinces faites d’une chitine brun foncé sortaient de dessous le rocher alors que le monstre-crabe continuait de se précipiter sur elle. Il avait suffisamment soulevé sa gigantesque carapace creuse pour qu’Erin voie d’innombrables jambes de crabe déchirer la terre alors qu’il se propulsait sur le sol.

Oh, nonnonnonnonnonnonnonnonnon…

Faisait la voix dans la tête d’Erin. Elle ne pouvait pas gâcher sa respiration car l’intégralité de l’air se trouvant dans ses poumons était concentrée sur le fait qu’elle devait courir le plus vite possible.
Derrière elle, Erin sentit quelque chose de massif effleurer son dos. Elle accéléra, mais le monstre semblait toujours derrière elle. Le crabe géant faisait du bruit alors qu’il courait derrière elle, un bruit sec qui ressemblait à un coup de feu tiré juste à côté de sa tête.

Alors elle accéléra de nouveau.

Puis le bruit sec s’arrêta et Erin réalisa qu’elle ne pouvait plus rien entendre derrière elle. Elle s’arrêta et se retourna pour voir un rocher avec beaucoup de jambes marcher lentement dans la prairie.

« Qu’est-ce… Bon sang de… Crabe ? »

Erin se tenait les côtes, essoufflée. Elle avait l’impression que ses jambes allaient tomber et que ses poumons allaient exploser.  Sa tête n’arrêtait pas de tourner, mais elle n’était pas sûre de vouloir s’asseoir.

Elle se força à continuer de marcher. Elle avait mal. Tout lui faisait mal. Mais elle était encore vivante, crabe ou pas.

Erin tenta de sourire. Ses jambes la lançaient, mais elle arriva finalement à retrouver son souffle et mieux encore, elle était arrivée à sa destination.

« Est… Est-ce que c’est un arbre ? »

La mâchoire d’Erin se décrocha à la vue des étranges plantes qui se trouvaient devant elle. Bien, même si c’était petit pour un arbre, ce dernier faisait environ trois mètres de hauteur, mais son tronc semblait bien trop étroit pour supporter son propre poids. De plus, ses feuilles étaient énormes.

« Ça ressemble à un palmier, mais avec des branches. Et des fruits bleus. »

C’est ce qu’Erin décida après avoir essayé de déraciner l'arbre. Le bois était incroyablement solide et elle pouvait à peine tordre les petites branches pendantes à sa hauteur.

« Et c’est gris. De l’écorce grise, des feuilles vertes, des fruits bleus. Qui a fait tomber le pot de peinture sur ce truc ? »

Cela étant dit, les couleurs n’étaient pas si contradictoires entre elles. Cependant, ce qui intéressait Erin n’était pas l’esthétique mais plutôt la comestibilité des fruits, et de savoir si elle pouvait les attraper.
La plupart des fruits bleus s’amassaient autour de la cime de chaque arbre. Il y avait quelques fruits jaunes qui se trouvaient plus bas, mais ils étaient plus petits et probablement pas encore mûrs.  Avec hésitation, Erin attrapa une branche et testa si cette dernière pouvait supporter son poids avant d’essayer de grimper dessus.

« Je… Déteste…  Faire des tractions ! »

Ses bras tremblèrent lorsqu’elle lutta pour s’arracher du sol. Après une poignée de secondes, Erin arriva à soulever son menton au-dessus de la branche, mais elle n’allait pas plus loin. Elle lâcha prise une seconde plus tard.

Erin se posa sur le sol et regarda les alléchants fruits bleus, juste hors de sa portée. Si elle n’était pas aussi affamée et épuisée… Eh bien il était probable qu’elle n’arriverait jamais à grimper aussi haut.

« Est-ce que c’est comme ça que je meurs ? Affamée parce que je suis incapable de faire une traction ?»

Non ? C’était stupide. Mais plus Erin y pensait et plus…

« Non. Non ! »

Erin sauta et arriva à se hisser à moitié jusqu’à la première branche par pur désespoir. Mais ses bras l’abandonnèrent et elle tomba sur le dos avec un bruit assourdissant qui lui coupa le souffle.

« Espèce… D’arbre débile ! »

Les cris de frustrations d’Erin se réverbèrent dans la petite vallée. Elle tenta d’attraper la branche une nouvelle fois, mais elle n’arrivait même plus à se hisser. Elle hurla de frustration, attrapa ses cheveux sales et donna un coup de pied à l’arbre.

L’entièreté de l’arbre trembla légèrement sous la force du coup de pied. Les feuilles et les fruits bleus tremblèrent…

Et l’un d’eux tomba au sol.

Erin regarda le fruit bleu, rond et légèrement duveteux. Puis elle regarda l’arbre. Sans un mot, elle s’empara du fruit et regarda aux alentours avec trépidation.

« Hum,  ne devrait-il pas y avoir une sorte d’annonce ? »

Pas de réponse. Erin donna un nouveau coup de pied dans l’arbre et ramassa un autre fruit.

« [Mystérieux Fruit Bleu Acquis !] Dun dun dun dun ! »



Après quelques instants, Erin mit sa tête entre ses mains pour couvrir ses joues rougissantes.

« … Je déteste ce monde. »

Une fois cela terminé, Erin observa le fruit dans ses mains. Il n’y avait pas grand-chose à voir. Il était bleu, c’était probablement un fruit, et il était assez large. Erin avait déjà vu des grosses pommes dans des magasins, celles qui étaient étrangement chères car elles étaient trois fois plus grosses que leurs plus petites cousines. Le fruit avait environ la même taille.
Son estomac gargouilla à la vue du fruit. Erin l’approcha de sa bouche, et hésita soudainement.

« … Est-ce que je vais mourir ? »

C’était une bonne question. Erin étudia le fruit entre ses mains. Elle le renifla prudemment, il sentait légèrement… Sucré. Elle tapota dessus avec un doigt. Tendre, probablement succulent. Puis elle lécha l’extérieur.

« Pheh ! Poilu ! »

Peut-être qu’il était plus judicieux de l’éplucher pour commencer. Ou peut-être que le fruit était en réalité un monstre extra-terrestre et qu’elle s’apprêtait à mordre dans du sang et des viscères. L’idée fit hésiter Erin pendant une poignée de minutes avant qu’elle ne se décide à l’éplucher.

« C’est comme une pêche. Ce n’est pas un monstre, ce n’est pas un monstre… »

Erin termina d’éplucher l’enveloppe extérieure du fruit bleu et trouva une chair violette teintée de bleu. Du jus coula au sol, il avait une forte odeur… L’estomac d’Erin gargouilla mais autre chose attira son attention.

« C’est la plus grosse graine que j’aie jamais vue. Il y a plus de graine que de fruit ! »

Erin observa le centre du fruit bleu, composé d’un noyau qui représentait les deux tiers de l’intégralité du fruit. La carapace avait une teinte violet et marron, mais Erin sentit qu’il y avait quelque chose à l’intérieur lorsqu’elle le secoua.

« Bien, voyons ce qu’il y a à l’intérieur. »

Elle allait avoir besoin d’un caillou pour l’aider. Erin changea la graine de main et se releva, serrant légèrement le noyau.

Craquement, craquement.

Vide. La carapace marron s’ouvrit en deux et dégorgea un fatras de graines pulpeuses et de jus marron sur le pantalon d’Erin et sur le sol. Elle regarda ce mélange en silence jusqu'à ce qu'une odeur âcre attaque son nez… Une terrible odeur semblable à de l’antigel ou une espèce de produit de nettoyage.

Lentement, Erin se leva et nettoya la vomissure de graines de ses vêtements. Cependant, cela n’était pas assez pour se débarrasser de l’odeur. Puis, elle attrapa les graines et les jeta le plus fort possible contre l’un des arbres.

« Je déteste ce monde ! »

***

Après un certain temps, son estomac recommença à gargouiller alors que l’odeur des noyaux se dissipait dans l’air matinal. Avec hésitation, Erin attrapa le second fruit bleu et l’amena à ses lèvres. Cette fois elle mordit directement à travers la peau et mâcha. La texture était désagréablement caoutchouteuse et difficile à mâcher, mais heureusement c’était comestible. Plus que comestible même…

« Wow. C’est délicieux ! »

Telle était la remarque d’Erin après qu’elle eût avalé huit autres fruits bleus sans s’arrêter. Les noyaux étaient intacts et posés sur le sol, mais elle dévora joyeusement la partie extérieure, jusqu'à débarrasser l’arbre de tous ses fruits, avant d’être enfin rassasiée.

Grognant de satisfaction, elle s’appuya contre l’arbre. Elle se sentait bien. Collante et puante, c’était vrai, mais bien. La journée était belle et chaude, son estomac plein et la douceur de l’herbe sur laquelle elle était assise ne laissèrent qu’une seule envie dans son esprit.

Les toilettes.

Peut-être que c’était quelque chose dans les fruits qui avaient déclenché cette envie pressante, ou peut-être que cela aurait dû être fait il y a bien longtemps. Dans tous les cas, Erin était soudainement très consciente de son besoin pressant. Erin soupira et se releva.

« L’appel de la nature. Je déteste la nature. »

Elle marcha derrière un arbre, puis autour de ce dernier. Il n’y avait pas beaucoup… D'intimité ici, mais elle avait vraiment besoin d’y aller.

« De quoi je me cache de toute façon ? »

Erin se posa la question durant quelques instants avant de délibérément tourner autour du tronc jusqu’à ce que le soleil ne soit plus visible. Cela l’aida à se sentir mieux.

Après une poignée de secondes, Erin se sentait rafraîchie et heureuse. Son estomac était plein, d’autres parties étaient vides et mieux encore elle était en vie.

« Maintenant, comment vais-je faire pour passer ce monstrueux crabe-rocher ? »

L’estomac d’Erin se serra de manière inconfortable alors que son cœur commençait à battre dans sa poitrine à cette idée. Mais elle eut un éclair de génie en regardant les innombrables noyaux sur le sol.

***

Plus Erin l’observait, plus le gros rocher semblait louche. Si elle avait été capable de réfléchir par-delà sa faim la première fois elle se serait probablement demandé comment un si gros caillou s’était retrouvé en plein milieu de la plaine sans être touché par les éléments. Bien, il était clair que ce stupide crabe était l’un des prédateurs de ce monde.

Et il était rapide. Erin ne voulait pas courir à nouveau, donc elle espérait vraiment que son plan allait marcher. Est-ce que les crabes avaient des nez ? Probablement pas, mais elle espérait qu’ils étaient capables de sentir.

Lentement, Erin marcha vers sa cible. Le rocher resta immobile. Bien, elle n’allait pas se plaindre.
Erin attrapa une petite pierre et la jeta contre le caillou. Elle rebondit.

Elle attendit. Le rocher ne bougea pas d’un pouce.

Erin attrapa une plus grosse pierre et la jeta contre le caillou. Elle n’était pas une bonne lanceuse et la pierre ricocha contre l’un des bords. Il n’y avait toujours pas de réponse.

« Heu, est… Est-ce que c’est le bon caillou ? »

Erin observa les alentours, il n’y avait pas d’autre rocher suspect en vue. Mais celui-ci ne faisait rien.

« Est-ce que je devrais m’approcher… ? Non, c’est stupide. »

Elle jeta un coup d’œil mauvais au rocher. Bien, s’il ne bougeait pas…

Erin fit demi-tour et commença à faire le tour, prenant soin de bien contourner le rocher avant de s’éloigner.

Click.

C’était un si petit bruit. Mais c’était plus que suffisant pour la figer sur place et la faire se retourner.
Erin vit le crabe-rocher ramper silencieusement vers elle. En une poignée de secondes, ce dernier avait traversé plus de six mètres. Elle le fixait avec horreur alors qu’il se dressait.

Clickclickclickclickclickclickclick…

Le crabe-rocher commença à rapidement se carapater vers elle. Ses deux gigantesques pinces et sa paire d’antennes noires, probablement ses yeux, se déroulèrent depuis le dessous du rocher.
Erin recula, se tournant à moitié pour commencer à courir, avant de se rappeler ce qu’elle avait dans son autre main. Elle visa et jeta le noyau qu’elle avait tenu.

En plein dans le mille. Le noyau frappa directement l’une des antennes et éclata dans une douche de liquide pulpeux. Erin pouvait sentir l’odeur toxique depuis l'endroit où elle se trouvait, portée par la brise.

Pour être honnête, Erin ne savait pas ce qu’elle attendait. De la douleur, ou un crabe-rocher choqué. Elle avait réussi à bien viser directement dans l’antenne, et elle était certaine que ça avait dû lui faire mal. Mais ce n’était pas comme si le noyau était lourd. Elle s’attendait à ce que le crabe recule de surprise, et peut-être qu’il soit repoussé par l’odeur.

Ce qu’elle n’avait pas prévu était que le crabe perde complètement la boule et commence à se frapper avec l’une de ses pinces. Il était en train de paniquer, grattant frénétiquement l’endroit qu’elle avait touché avec le noyau, ignorant les dégâts qu’il faisait à sa propre antenne tout en poussant des cris de détresse.

Ses cris ressemblaient à ceux du plus gros criquet du monde, mais en plus graves et résonnant depuis le dessous de la carapace de pierre du crabe. C’était suffisant pour qu’Erin recule de nouveau jusqu’au couvert des arbres et jusqu’à ce que le crabe devienne à peine visible.

Même après avoir parcouru un bon morceau de chemin, elle pouvait encore voir le crabe faire sa danse du malheur alors qu’il essayait d’essuyer les morceaux de noyau.

« Huh. »

Erin se gratta la tête.

« C’est bon de savoir qu’ils détestent les fruits. »

En parlant de fruits… Erin décida d’aller chercher de nouveaux délicieux fruits bleus. En fait, elle allait essayer d’en prendre un maximum. Le bleu était désormais la couleur de son petit-déjeuner, de son déjeuner et de son dîner et elle aurait aimé avoir plus de mains. Est-ce qu’il y avait moyen de tisser un panier… ? Peut-être avec de l’herbe ?

Elle donna un coup de pied à une touffe qui n’avait rien demandé.

« … Quelle idée à la noix. »

Peut-être qu’elle pouvait utiliser son t-shirt ou son pantalon ? C’était légèrement… Mais il n’y avait personne autour d’elle à part les crabes-rochers, n’est-ce pas ? Enfin même…

« Dommage que je ne sois pas une exhibitionniste, n’est-ce pas ? »

Erin adressa ce commentaire à une touffe d’herbe proche. La touffe d’herbe ne fit pas de commentaire.

Avec un soupir, Erin s’éloigna. Elle escalada lentement une petite colline et se retrouva à regarder le verger depuis les hauteurs à nouveau. Elle observa aussi plusieurs petites créatures vertes. Elles étaient en train de donner des coups de pied aux arbres et ramassaient les fruits bleus qui tombaient au sol.

Pendant une petite poignée de secondes elles ne la remarquèrent pas.  Puis l’une d’entre elles leva la tête et vit l’humaine à la mâchoire décrochée qui les regardait. Elle poussa un cri perçant si bien que les autres levèrent la tête.

« D-Des Gobelins ? »

La créature la plus proche fit un pas vers elle. Le Gobelin avait l’air inoffensif… Pendant un bref instant. Puis il montra ses dents incroyablement pointues et dégaina un couteau. Tous ses amis firent de même et avancèrent vers la jeune femme.

Erin, de son côté, regarda le groupe avec horreur deux secondes de plus avant de les pointer du doigt. Elle ouvrit sa bouche et hurla.

« Gobeliiiiiiiiiiiiiiiins ! »

Les monstres à la peau verte s’arrêtèrent et observèrent la jeune femme hurler et démarrer au quart de tour. Ils la suivirent avec acharnement malgré l’incroyable vitesse avec laquelle elle sprintait. Ces Gobelins avaient appris à chasser les différentes espèces, et ils savaient que les Humains paniquaient facilement et se fatiguaient rapidement. Ils allaient la rattraper une fois qu’elle allait commencer à ralentir.

… En partant du principe qu’elle allait ralentir un jour.

***

C’était le début de la soirée. Le soleil faisait s’étirer de longues ombres sur les plaines. Tout était silencieux. Il n’y avait pas un bruit, à l’exception du crabe-rocher qui hurlait alors qu’il continuait de se frapper la tête, et de l’humaine hurlante.

Tout était calme.

Une silhouette solitaire courait à travers monts et vallées. Elle courait aussi vite que possible, poursuivie par un groupe de créatures accroupies. Il était presque l’heure de dîner.

Erin Solstice, 20 ans ? Une jeune fille, non, une jeune femme du Michigan avec un léger intérêt pour les jeux vidéos et une profonde obsession pour les jeux de stratégie. Ses hobbies incluaient le snowboard, regarder des vidéos sur YouTube, jouer aux échecs, au shôgi, au jeu de go et plus encore. Son rêve était de devenir une présentatrice de jeu de stratégie professionnelle.

Et en ce moment….

Elle courait pour sa vie.
Titre: Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
Posté par: Maroti le 15 octobre 2019 à 15:40:55
1.03
 
Traduit par Maroti

Erin trouva un ruisseau dans le décor champêtre au pied d’une colline à quelques centaines de mètres de l’auberge. Sa position et sa taille adéquate faisaient que l’endroit était parfait pour récupérer de l’eau, voire se laver si le besoin se faisait ressentir. En y réfléchissant bien, cette découverte était une aubaine.
Elle fit trois pas, s’élança, et passa le ruisseau en l’espace d’un bond, continuant de courir dès l’instant où elle toucha le sol. Le ruisseau coulait toujours alors qu’elle le laissait derrière elle. Erin ne se retourna pas une seule fois, même si sa gorge brûlait.

Elle était pourchassée.

Par des Gobelins. Ils l’encerclaient, pataugeant à travers le ruisseau malgré le puissant courant. Malgré leur petite taille, leurs corps étaient nerveux et leurs bras sales étaient musclés. Ils étaient tous armés.
De manière générale ils avaient des dagues ou de petites épées, mais Erin avait aperçu un couperet à viande sur l’un d’entre eux. Elle était trop occupée à courir pour les étudier avec attention, mais s’ils étaient ceux qu’elle avait rencontrés la dernière fois, leurs armes étaient rouillées, recouvertes de sang séché et d’autres substances croûtées, et tranchantes.

Tout cela combiné avec le faciès des Gobelins les rendait terrifiants. Les Gobelins normaux, selon une idée reçue, étaient moches, mais pas dangereux. Les jeux vidéos les avaient toujours décrits comme de petites créatures ressemblant vaguement à un homme avec un nez crochu, des oreilles pointues et un visage hideux. Mais ces Gobelins étaient différents…

Oreilles pointues ? Oui.

Visage hideux ? Oui.

Leurs nez n’étaient pas si pointus que ça, mais ils étaient vraiment plus proches des carottes que des patates. Ce qui terrifiait Erin par dessus tout était leurs dents.

Ils avaient deux rangées de dents, comme des requins. Ils avaient des yeux rouges, comme des monstres cauchemardesques. Des yeux rouges et brillants. Ils hurlaient tandis qu’ils la pourchassaient.
Ça ne ressemblait pas à un hurlement normal. Erin était habituée à entendre des cris, mais uniquement des cris d’humains. Le son que les Gobelins produisaient n’était pas un son continu mais plutôt une sorte de bruit ondulant qui semblait devenir de plus en plus fort avec le temps.

Yiyeyiyeyiyeyiyeyiyeyiyeyiyeyiyeyiyeyiyeyiyeyiyeyiyeyi…

Cela donnait des sueurs froides à Erin et elle redoublait son pas de course pour remonter la colline. Elle se trouvait dans l’une des vallées, mais savait qu’elle se dirigeait droit vers l’auberge. Elle devait l’atteindre pour, pour…

Ils allaient la tuer là-dedans. Erin allait atteindre l’auberge, ils allaient l’encercler, trouver le moyen de rentrer et la réduire en charpie.  Mais quels étaient ses autres choix ? C’était la seule solution, elle ne pouvait pas fuir éternellement.

Erin avait déjà l’impression que quelqu’un la poignardait entre les côtes et qu’elle luttait pour respirer. Elle n’était pas une athlète. L’unique raison pour laquelle elle avait encore de l’avance sur les Gobelins était qu’ils étaient courts sur pattes. Elle avait aussi deviné qu’ils la laissaient s’épuiser pour mieux l’achever.

Erin escalada la colline, trébucha, se rattrapa, et réalisa que les murs marron de l’auberge se trouvaient à une centaine de mètres. Elle se précipita, jetant toute son énergie dans un sprint désespéré.
Les voix des Gobelins s’étaient légèrement atténuées lorsqu’elle déboula à travers la porte de l’auberge et la referma violemment. Mais elle savait qu’ils n’étaient qu’à une petite poignée de minutes de l’auberge dans le meilleur des cas, alors Erin se redressa malgré le fait que ses jambes et son torse la fissent agoniser.

La porte avait une barre en métal pour se barricader. Erin l’utilisa, et regarda autour d’elle. Les fenêtres. La salle commune avait tellement de fenêtres

« Oh vous vous fou… »

Elle ne perdit pas de temps avec le reste de sa phrase. Erin se précipita vers l’une des fenêtres et ferma violemment les volets. Elle verrouilla le volet avec maladresse. Le loquet n’était qu’un misérable bout de métal, mais il allait peut-être lui offrir quelques secondes de plus.
Erin accéléra à travers la pièce, luttant pour fermer les fenêtres alors que les cris des Gobelins étaient de plus en plus proches. Elle claqua la dernière fenêtre et un long soupir de soulagement lui échappa. Puis elle se rappela que l’auberge avait un second étage.

Les mystérieuses ténèbres du second étage qui avaient terrifié Erin la nuit précédente ne la firent même pas ralentir alors qu’elle se précipitait en haut des escaliers. Elle courait à travers chaque pièce aussi vite que possible, fermant chaque fenêtre. Même si la majorité des rideaux avaient succombé à la pourriture, tous les volets étaient en partie intacts. Au moins, elle allait pouvoir les entendre s’ils se faisaient défoncer. 

Erin courut dans la chambre au fond du couloir et s’arrêta lorsqu’elle vit un squelette dans le dernier lit. Mais même cela ne la ralentit pas vraiment et elle ferma la fenêtre juste à temps pour entendre le premier Gobelin tambouriner à la porte. 

Ils ne pouvaient passer par là. Mais alors qu’Erin accéléra en descendant les escaliers, elle entendit l’un des volets se briser, puis un autre.

Le premier Gobelin se pressa à travers la fenêtre alors qu’Erin resta pétrifiée. Le second et le troisième étaient derrière lui.

Erin recula. Le premier Gobelin s’approcha d’elle alors que ses semblables se séparèrent derrière lui. Ils étaient cinq, non, ils étaient six.

Ses jambes tremblaient. Erin tenta de retourner une table mais le Gobelin était trop rapide. Il bondit et elle tomba à la renverse avec un petit cri. Il rit et sauta vers elle, arme au clair.
Erin roula en arrière et sentit une douloureuse entaille sur sa jambe. Elle retrouva son équilibre et regarda vers le bas.

Du sang. Du sang venant d’une petite coupure sur sa jambe. Elle regarda le Gobelin et vit son visage souriant.

***

C’était presque le même rictus. Ou sourire. Ou la même mine pour être franc. Mais pour Erin, c’était le même visage. Le même que celui des humains. Moqueur. Confiant. Le type de visage que portaient les jeunes hommes…

Il lécha le sang sur son couteau et le visage d’Erin se glaça. La peur qui bouillonnait en elle se changea en colère en l’espace d’un instant. Le Gobelin ne fit pas attention, et se jeta sur elle en souriant.
La jambe d’Erin s’emballa. Elle ne donna pas un coup de pied, c’était plus un tir rapide entre les jambes. Elle aurait juré avoir entendu quelque chose craquer.

Le visage du Gobelin, qui avait été rempli d’une joie perverse, se glaça. Il devint pâle et laissa échapper un son vif et aigu avant de s’effondrer.

Les autres Gobelins regardèrent leurs amis avec stupéfaction. Erin les regarda de la même manière, mais eut l’intelligence d’attraper une chaise avant qu’ils puissent réagir. Elle leva la chaise, de manière menaçante.

« Eh bien ? Allez ! »

Erin se servit de la chaise comme d’une batte. Les Gobelins esquivèrent en passant par-dessous et avancèrent vers elle, attaquant par le bas.

Un coup chanceux entailla la jambe d’Erin et elle hurla de douleur. Par réflexe, elle leva la chaise au-dessus de sa tête et l’abattit sur un Gobelin.

Dans les films, la chaise se serait brisée, laissant Erin avec des morceaux entre les mains. En réalité, l’impact piqua ses mains mais la chaise ne laissa échapper aucun grincement. Le Gobelin, quant à lui, hurla de douleur.

Ses semblables reculèrent alors qu’Erin frappa une nouvelle fois avec la chaise. Sa jambe continuait de saigner abondamment, mais elle était désormais plus folle furieuse qu’effrayée. De plus, elle avait une chaise. La seule chose qu’ils avaient était des couteaux.
En fait, elle en avait plus d’une.

« Mange ça ! »

Erin jeta la chaise à l’un des Gobelins et le toucha à la tête alors qu’il tentait d’esquiver. Il tomba à son tour tandis qu’Erin s’était déjà emparée d’une nouvelle chaise. Elle l’utilisa comme un bouclier, donnant des coups avec les jambes pour faire reculer le Gobelin le plus proche.

Confrontés à cette menace inattendue, les autres Gobelins se séparèrent et tentèrent d’encercler Erin. Bien entendu, elle n’allait pas se laisser faire. Mais même s’ils étaient étonnamment fragiles, ils étaient rapides et difficiles à toucher. Les quatre Gobelins restants encerclèrent rapidement Erin, en se cachant sous les tables, et en feintant pour essayer de la toucher sous la chaise.

« Reculez ! »

Erin agitait sa chaise encore et encore, manquant ses cibles. Mais c’est au moment où les Gobelins esquivèrent qu’elle se retourna et pris la fuite vers les escaliers. Elle avait des jambes plus longues, mais ils étaient rapides et chargèrent derrière elle alors qu’elle montait les marches deux par deux.
Le plus rapide des Gobelins était sur ses talons, caquetant avec cet étrange rire, tout en donnant un coup de couteau à l’arrière des jambes d’Erin. Cette dernière ignora le saignement et arriva en haut des escaliers, le Gobelin à ses trousses. Il rit méchamment…

Et s’arrêta lorsqu’il réalisa qu’il était seul face à la femelle humaine en haut des escaliers. Il regarda vers le haut. La grande femelle humaine serra son poing.


***


Le quatrième Gobelin se fracassa en bas des escaliers, le visage brisé et ensanglanté. Les trois Gobelins restants regardèrent la jeune femme se tenant au-dessus d’eux et hésitèrent. Mais elle était une proie. Les proies ne luttaient pas !

L’un d’entre eux jeta un couteau. Ce dernier toucha Erin en plein estomac, la pointe en avant. Mais le lancer était faible et l’arme n’arriva pas réellement à s’enfoncer à travers sa peau. Elle attrapa le gobelin et se jeta dans les escaliers.

Deux mains sur la rambarde permirent à Erin de balancer ses jambes. Elle n’était nullement une gymnaste, mais sa rage lui donna un moment d’inspiration athlétique. Ses deux pieds s’écrasèrent contre le visage du Gobelin qui avait lancé le couteau.

Il hurla et porta sa main jusqu’à son nez cassé et ensanglanté. Ses deux amis reculèrent alors qu’Erin atterrissait sur le sol. Le Gobelin ensanglanté leva son couteau vers Erin. Elle le gifla.

Crack. C’était une bonne gifle, le type de gifle qui était assez forte pour engourdir la main d’Erin. Le Gobelin tomba au sol, étourdi, et sa main lâcha le couteau.

Erin regarda le couteau. Puis, avant que les deux autres Gobelins ne bougent, elle s’empara de l’arme. Lorsqu’elle se releva, l’expression de son visage était bien différente.

Les Gobelins restants la regardèrent. Ils n’étaient pas deux, pas réellement. Leurs amis n’étaient pas inconscients, juste blessés. Ils étaient en train de se relever en tenant leurs têtes et corps endoloris.
Cependant…

La femelle humaine leur faisant face, couteau en main. Elle n’avait pas l’air d’avoir aussi peur qu’avant. En fait, elle semblait être très en colère. Ce n’était pas bon. Soudainement, elle semblait plus grande, et les Gobelins étaient clairement au courant qu’elle était parvenue à battre deux tiers de leur groupe en quelques secondes.

Et elle avait un couteau.
Les Gobelins regardèrent Erin.  Erin les regarda en retour. Ils étaient tous réveillés et debout, mais ne semblaient pas sur le point d’attaquer. En fait, ils semblaient plutôt nerveux.

Erin les regarda. Ils la regardèrent en retour. Ses yeux commencèrent à pleurer, mais elle n’osa pas cligner des yeux. Elle devait faire quelque chose, n’est-ce pas ?

« Bouh ! »

Les Gobelins hurlèrent et prirent la fuite. Ils passèrent à travers les fenêtres cassées et coururent comme s’ils étaient pourchassés par des démons.

Erin resta immobile pendant un certain temps, ses mains toujours à moitié levées. Finalement, elle les abaissa.

Elle voulut se gratter la tête et manqua de poignarder son œil avec le couteau. Avec précaution, Erin posa le couteau sur une table et s’assit sur une chaise proche. Ses jambes n’avaient plus de force.

« Ha. Haha. »

Erin toussa et ricana de nouveau.

« Hahaha. »

Son torse, ses bras et ses jambes lui faisaient mal. En fait, tout son corps la faisait souffrir. Elle avait l’impression de mourir. Cependant…

« Je ne peux même pas rire normalement. Hahahahaha…ha ? »

Puis elle rit pour de bon. Elle commença à rire alors qu’elle s’allongeait sur l’une des tables, son sang perlant sur le sol de l’auberge. Elle riait et riait jusqu’à en avoir les larmes aux yeux. Elle les ferma et sourit. Puis elle heurta une de ses coupures et arrêta de sourire. Mais elle s’endormit tout de même.

[Aubergiste niveau 4 !]

« … Hey. Qu’est-ce qui est arrivé aux niveaux 2 et 3 ? » 


Titre: Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
Posté par: Maroti le 24 octobre 2019 à 00:54:23
1.04

La jeune femme s’asseyait sur une chaise, pensive. Cela semblait stupide. Non, c’était stupide. Mais il n’y avait qu’une explication possible.

« Si tu gagnes un niveau dans tes rêves, tu gagnes réellement ce niveau ? »

Erin pensa à tout cela durant un certain temps.

« Huh. »

Elle resta assise sur sa chaise pendant plusieurs minutes. Ces minutes se transformèrent en une demi-heure, puis presque une heure avant que son estomac ne gargouille.

« C’est vrai, manger. »

Erin décida de se lever après une autre heure. Son corps protesta, mais son estomac guida ses jambes. Elle se leva et tituba sans enthousiasme jusqu’à la porte.

Ses jambes lui faisaient mal. Erin grimaça lorsqu’elle ressentit un éclair de douleur à l’arrière de ses jambes en posant le pied à l’extérieur. 

« C’est vrai, des coupures. »

Elle devrait les nettoyer, mais il lui fallait de l’eau. Et vu qu’elle en n’avait pas ses blessures commençaient déjà à croûter, Erin les ignora et commença à marcher. 

C’était une longue, longue route vers le verger. Erin était soulagée de se souvenir de son emplacement. Et son soulagement s’accentua au fait qu’il n’y avait pas de rochers suspicieux sur la route, même si cela la rendait encore plus méfiante. Est-ce qu’ils pouvaient s’enfouir ? Est-ce qu’il y avait des crabes-herbe ?

S’ils existaient, ils ne semblaient pas s’intéresser à elle à ce moment. Erin retrouva les étranges et chétifs arbres sans difficulté et ramassa une poignée de fruits bleus. Elle s’assit et en mangea quatorze. Elle n’avait pas si faim que ça, mais elle était vraiment assoiffée. Elle suça le plus de jus de fruits bleus possible et emporta un maximum de fruits avant de marcher vers l’auberge. Elle laissa les noyaux là où ils étaient.

… En fait, maintenant qu’elle y pensait…

Erin fit demi-tour et ramassa deux noyaux avant de délicatement les placer sur le dessus de sa pile de fruits bleus.

« Au cas où. Je devrai probablement me trouver un arc et des flèches où quelque chose du genre, pas vrai ? Dommage que je n’ai pas la moindre idée de comment tirer. Ou de comment me tailler un arc. C’est bien les arcs que l’on taille, pas vrai ? »

Erin y réfléchit en descendant la pente, faisant attention à ne pas trébucher et briser les noyaux. Et puis, comment ferait-elle pour construire quoique ce soit ?

« Hum. Est-ce que c’est trois barres de fers et deux bâtons pour une pioche ? Ou peut-être que je peux me faire une épée en bois en frappant les arbres ? Pourquoi ce monde n’est pas Minecraft ? »

Maintenant qu’elle y pensait, Erin se souvint des arbres.

« Du petit bois. Enfin, si je pouvais couper du bois. »

Elle pensa aux branches incroyablement raides.

« … Nan. Attends une petite minute. Il doit y’avoir des branches au sol ? Ou… »

Elle fit demi-tour et recommença à marcher jusqu’au verger. Une fois sur place elle ne trouva ni brindilles utiles, ni longues branches.

« Bizarre. »

Frustrée, Erin donna un coup de pied à l’un des arbres et esquiva un fruit bleu qui venait de tomber. Elle l’ajouta à sa pile et marcha de nouveau vers l’auberge.

La pièce était encore en bazar à cause du combat de la nuit dernière. Erin posa les fruits sur une table et commença à remettre les chaises et les tables à leurs places.

« Gobelins débiles. »

Elle fit une pause en y repensant. Des Gobelins. C’est vrai ça. Elle avait combattu des Gobelins.
Ses yeux retombèrent sur le couteau qu’elle avait pris à l’un d’entre eux. Lentement, Erin plia ses jambes et s’assit de nouveau sur le sol poussiéreux. Puis elle éternua.

« Poussiéreux. C’est stupide. »

Elle se releva et regarda aux alentours ? Où est-ce qu’il était ? Juste là.

« Chiffon. C’est parti. »

Erin s’agenouilla et commença à essuyer la poussière du sol. C’était difficile car elle devait pousser toutes les tables et les chaises hors de son chemin, mais ça l’occupait. Elle avait un petit chiffon sale, donc elle le faisait plus pour réfléchir. Sa bouche était terriblement sèche, mais Erin continua de travailler. Elle devait se concentrer.

« Des Gobelins. »

Erin regarda les vagues de poussière en continuant de frotter.

«Sérieusement. Des Gobelins.»

Elle décala deux tables et poussa la poussière hors de son chemin.

« … Avec des dents de requins. C’est flippant. »

Elle y pensa.

« Mais j’ai gagné. »

« De justesse. »

« Ils ne sont pas si dangereux. »

« A moins qu’ils me poignardent dans mon sommeil. Ou s’ils sont nombreux. »

« Mais je suis probablement en sécurité si je ferme les portes et les fenêtres. »

« … Probablement. »

« Et puis il y a ce crabe-rocher-machin. »

« … Est-ce que ça mange des Gobelins ? »

« Ils mangeaient des fruits bleus. Donc ils vivent dans le coin. »

« Mais je peux les fuir. »

« … Jusqu’au jour où ils me rattraperont et me submergeront et mangeront mes entrailles. »

Erin s’arrêta et mit sa tête entre ses mains. Elle le regretta immédiatement ce geste.

« Pheh !C’est poussiéreux. »

Elle soupira et attrapa le chiffon. Il était temps de continuer à… Nettoyer ?

« Heu. Qu’est-ce qui est arrivé à la poussière ? »

Le sol de l’auberge était fait de plancher. Très judicieux, et il était logique avec le reste de l’auberge qui était aussi fait de bois. Cependant, c’était la première fois qu’Erin voyait le sol. Jusqu’à ce moment ce dernier avait toujours été recouvert d’une épaisse couche de poussière.

Maintenant elle regardait le sol. Un sol propre, et sans aucune poussière. Erin regarda et regarda plus encore. Puis elle observa ses mains.

« J’ai fait ça ? »

Ça ne pouvait qu’être qu’elle, mais comment avait-elle fait ? Parmi ses nombreuses et variées…  Parmi le  peu de compétences qu’Erin possédait, le ménage n’était pas l’une d’entre elles.

Oh, bien sûr qu’elle pouvait nettoyer un verre renversé où quelques petits accidents. Tout ce qui impliquait de jeter de l’eau et de passer un coup de chiffon était faisable. Mais ça ?

« Ça fait combien de temps que je dépoussière ? Une heure ? Deux ? Et maintenant tout est propre. »

Erin traîna ses pieds sur le sol et corrigea cette pensée.

« Techniquement propre. Je suppose qu’il ne faut pas manger par terre. Mais c’est pour ça qu’on a des assiettes. »

C’était une véritable amélioration comparée à l’état du sol avant qu’elle n’intervienne. Distraite, Erin se gratta la tête et sentit la terre sèche et la poussière s’émiettant sur son visage. 

« Le sol est propre. Mais pas moi. »

Erin regarda le sol de nouveau et se sentit brûlante, trempée de sueur et très sale.

« D’accord. J’ai besoin de boire un truc. »

De l’eau, de préférence. Mais Erin aurait tué pour un rafraîchissant verre de… De n’importe quoi, en fait. Dommage qu’il n’y avait pas d’eau aux alentours.

« Il est temps d’en trouver. Ou de mourir. Ça dépend de ce qui va arriver en premier. »

Erin erra en dehors de l’auberge. Quelques minutes plus tard elle rentra de nouveau dans l’auberge, s’empara du couteau, et ferma la porte derrière elle avant de partir. Après une autre poignée de minutes elle rentra une nouvelle fois dans l’auberge et jeta le chiffon au sol. Cette fois, elle claqua la porte derrière elle. 

* * *

« Il fait vraiment chaux. »

Erin titubait à travers l’herbe, regardant autour d’elle avec un regard troublé après quelques pas. Sa bouche était sèche et pâteuse. Elle avait une migraine, et se sentait recouverte de sueur et sale. Mais ce qui la préoccupait vraiment, c’était l’eau.

« De l’eau. De l’eau c’est de l’eau. Parce que l’eau. Où est l’eau ? »

Erin continuait à marcher pendant quelques minutes dans une direction et ne trouva pas d’eau. Alors elle prit à gauche et commença à marcher dans cette direction.

« Je pourrai boire du Gatorade. Ou un Pepsi. J’aime bien le Coca aussi. Et pourquoi pas du Pepsi et du Coca et du Gatorade ? Du Gatopepcola ? Du Pegatorola ? »

Elle se rendait compte qu’elle ce qu’elle disait n’avait pas vraiment de sens. Même pour elle. Elle regarda autour d’elle pour l’eau et sentit que sa tête tournait. Sa tête commença à lui vraiment lui faire mal.

« Cogapeptorade ? »

Son pied glissa. Ou peut-être qu’elle trébucha. Mais soudainement Erin fit un faux pas et fut obligé de tourner sur elle-même pour ne pas tomber. C’était tellement drôle qu’elle commença à tourner en marchant. Elle s’arrêta au bout de quelques secondes et lutta pour ne pas vomir.

« Suis malade. »

Elle essuya son front. Au moins elle ne transpirait pas. Son front était chaud par contre, bizarre.
Elle avait vraiment besoin de s’asseoir à l’ombre. Mais elle ne trouvait pas d’ombre, du moins pas ici. Peut-être qu’en s’allongeant elle allait se sentir mieux ?

Erin se pencha. C’est à mi-chemin qu’elle s’en souvint. 

« Le ruisseau ! »

Elle tenta de se relever et manqua de tomber à la renverse.

« Où… Où est-ce qu’il était ? »

Déboussolée, Erin regarda autour d’elle. L’auberge était toujours visible.

« C’était là. Donc si je suis ici… Là-bas ? »

Tremblante, Erin commença à tituber en direction du ruisseau. Par chance, elle était plus proche qu’elle ne le pensait et trouva le ruisseau en une poignée de minutes.

* * *

Le ruisseau est vif et froid. La jeune femme s’en moque. Dès l’instant où elle le remarque elle s’élance de manière folle dans l’eau et s’effondre la tête la première.

« De l’eau ! »

Elle remplit ses mains d’eau et commença à boire l’eau aussi rapidement qu’elle le pouvait. Puis elle recracha l’eau et nettoya la terre sèche de ses mains avant de réessayer. Elle but toute l’eau dans ses paumes une première, puis une seconde fois, et puis cinq autres fois.

* * *

C’est au bout de la quatrième gorgée qu’Erin réalisa qu’elle venait de faire une erreur. L’eau était délicieuse et froide comme des glaçons, mais elle avait été tellement assoiffée qu’elle l’avait bût comme… De l’eau. Cinq minutes plus tard elle était étendue sur son flanc, luttant pour ne pas vomir.
Trop d’eau pour un corps déshydraté. Erin pouvait sentir son estomac qui essayait de se vider et était déterminé à ne pas le laisser faire.

« Ça fait… Ça fait mal. Ça fait vraiment mal… »

La douleur disparue au bout de quelques instants. Erin se redressa avec difficulté. Elle était contente de ne pas avoir vomi. Elle n’avait qu’une seule tenue après tout.
En parlant de sa tenue… Erin leva un bras et renifla.

« … C’est l’heure du bain. »

* * *

Erin s’assit dans le ruisseau et tenta de ne pas laisser ses dents claquer. C’était froid. Mais pas assez froid pour l’engourdir, ce qui n’était pas bien.

« N-Ne rien sentir serait mieux qu’être gelée comme ça. »

Mais c’était de l’eau, et ça la rendait à peu près propre. En outre, plus elle restait dans l’eau plus cette dernière se réchauffait. C’était probablement parce que son corps était en train de congelé, mais elle s’en fichait.

Erin passa une main à travers ses cheveux mouillés et soupira. Elle les avait durement frottés, mais est-ce qu’elle pouvait vraiment faire quelque chose sans savon ni shampoing ? Puis elle pensa au fait qu’elle n’avait pas utilisé une brosse à dent depuis des jours…

« Hum. Donc, [Nettoyage De Base] était vraiment une compétence après tout ? »

Erin y réfléchit. C’était mieux de penser à ça que de penser aux caries et aux gencives noircies.

« …Hourra. Quelle formidable compétence ! Je veux dire, je vais peut-être devoir affronter des crabes géants et des Gobelins mais au moins je pourrai nettoyer le sol pendant qu’ils me mangent ! »

Elle soupira et plongea sa tête sous l’eau.

« Gah !C’est froid ! »

Le ruisseau était suffisamment grand pour que l’eau arrive aux épaules d’Erin. De plus, il était assez rapide pour qu’il lui suffit de s’allonger sur le dos pour qu’elle se fasse rapidement emporter vers l’aval.

« Est-ce que je me retrouve dans l’océan si je suis le ruisseau ? Ou juste un lac ? »

C’était tentant. Pourquoi ne pas laisser l’eau la porter jusqu’à un autre endroit ? N’importe quel autre coin devait être mieux qu’ici, après tout. Elle pouvait partir, puis…

« Puis je me ferai probablement manger par quelque chose d’autre. Probablement des Gobelins Aquatiques. »

Erin donna un coup de poing dans l’eau avant de soupirer de nouveau.

« Des monstres. Il y a des monstres partout. Aucun d’entre eux à l’air comestible. Mais au moins il y a des fruits bleus qui sentant comme du détergeant, et une auberge poussiéreuse, et j’ai quatre niveaux en tant qu’aubergiste. Hourra pour moi. »

Elle s’éclaboussa, fatiguée. Elle était vraiment fatiguée. Mais être propre l’aidait beaucoup. Maintenant qu’elle avait de l’eau elle pouvait au moins boire et manger. Voir même prendre un bain.

« Un bain super froid. »

Mais c’était bien. Le soleil était chaud. Erin eut l’idée de sortir de l’eau et de s’allonger sur l’herbe alors que le soleil la sécherait. C’était une bonne idée.

« Peut-être qu’aujourd’hui ne sera pas si terrible après tout. »

Erin ria pour elle-même.

« Ou peut-être pas. Je touche du bois. »

Elle se retourna pour rechercher un morceau de bois pour la blague et la remarqua. Une énorme forme dans l’eau.

Erin s’extirpa du ruisseau à la vitesse d’un plongeon inversé. C’est à ce moment que le poisson décida de bondir. Elle sentit quelque chose frôler son nombril, quelque chose de lisse et gluant contre sa peau pendant un moment où son cœur s’arrêta.

Et puis c’était terminé. Erin était allongé sur l’herbe, respirant rapidement alors qu’elle regarda le poisson s’agiter sur l’herbe.

« Q…Qu… »

Le poisson gigota vers elle. Erin gigota en arrière et se releva. Il était peut-être sur terre mais il avait une bouche aussi grande que sa tête. En fait, un tiers du poisson était sa bouche. Une bouche contenant de très, très longues dents.

Le poisson, plat et courtaud, ressemblait à un ballon avec des dents qui continuait de s’agiter sur place. Il était difficile de déterminé si ce dernier était toujours en train d’essayer de mordre Erin ou de retourner dans l’eau. Dans tous les cas, il n’avait pas beaucoup de succès.

Erin le regarda.

« Un poisson. Un poisson avec des dents. Je déteste tellement ce monde. »

Finalement, le poisson arrêta de gigoter. Erin s’approcha doucement du poisson et l’observa. Est-ce qu’il était mort ? Il ne semblait pas respirer. Il était probablement mort.

Elle pointa un doigt tremblant vers le poisson.

« Ha ! Bien fait pour toi ! »

Le poisson resta immobile. Erin se pencha vers lui et le poussa du bout du pied.

Instantanément, le poisson sauta en l’air, se tortillant comme un serpent. Sa queue frappa Erin en plein visage alors qu’ elle se retourna pour tenter de s’enfuir. Elle avait mal.

Erin tomba juste à côté du poisson qui continuait de se tortiller. Elle s’éloigna alors que la mâchoire béante du poisson se fermait et s’ouvrait à quelques dizaines de centimètres de son visage et attendit que le poisson redevienne immobile. Cette fois, elle était pratiquement certaine qu’il était mort.
Juste au cas où, Erin se motiva, prit de l’élan, et donna un grand coup de pied dans le flanc du poisson.

»Aaaaaaaaaah !

Erin sautilla, tenant son pied agonisant.

« Est-ce que ce poisson est fait de pierres ? »

C’était comme donner un coup de pied dans un sac de farine. Erin n’avait jamais donné un coup de pied dans un sac de farine, mais elle imaginait que ça devait faire tout aussi mal. Le poisson avait à peine bougé lorsqu’elle l’avait frappé. Il était allongé sur le sol, la mâchoire grande ouverte. Désormais complètement mort.

Après un certain temps Erin arrêta de sautiller et de jurer. Elle tituba jusqu’au poisson et l’observa. Il avait… Deux yeux. Quatre, en fait. Mais deux de chaque côté. Un gros et un plus petit juste derrière.

« Beurk. Un poisson mutant avec des dents. »

Erin regarda le poisson un peu plus longtemps. Son estomac gargouilla.

« Oui. Le déjeuner. » 

Elle regarda le poisson.

« … Sushi ? »

* * *

« Découverte numéro une : Les poissons sont lourds. »

Le poisson mort était posé sur le comptoir de la cuisine. Il dégoulinait.

« Découverte numéro deux : Les cuisines ont des couteaux. »

Un couteau très aiguisé, en plus. Du moins, il semblait aiguisé. Essayer son tranchant avec son pouce semblait être un bon moyen de perdre son pouce.

« Découverte numéro trois : Le poisson ça pue. »

Elle soupira. Découvertes évidentes misent à part, elle n’avait pas la moindre idée de ce qu’il fallait faire maintenant. Ou du moins, elle avait une vague idée de ce qu’il fallait faire.

Elle avait un poisson. Il fallait éplucher le poisson… Ou est-ce que c’était pour les oiseaux… ? Puis il fallait le manger. Elle était certaine de ce point. Du feu était probablement à inclure quelque part, mais découper le poisson semblait être un bon début. Après tout, le sashimi était du poisson cru, n’est-ce pas ? En vérité, Erin en avait mangé qu’une seule fois et s’était avec suffisamment de wasabi pour la faire pleurer, mais ça valait le coup d’essayer.

« Et puis j’ai besoin de manger. Donc il est l’heure de découper des trucs. »

Cependant, Erin hésitait. Elle n’avait jamais coupé de poisson. Comment est-ce qu’elle devait faire ? Elle n’avait pas la moindre idée.

« Hum. Je suppose que [Cuisine De Base] ne marche pas sur du poisson. »

Où peut-être pas sur ce poisson. Erin toucha délicatement les dents du poisson et frissonna. Sa peau écailleuse ne semblait pas plus facile à couper. Mais au moins elle avait un couteau.

En vérité, elle aurait pu utiliser un plus grand couteau. Heureusement, il y avait plusieurs couteaux allant de qui n’était pas plus grand qu’un doigt jusqu’au hachoir. Elle avait choisi une lame plus fine car elle ne voulait pas lutter avec quelque chose de plus gros. De plus, celle-ci était la plus tranchante et elle avait besoin de tout le tranchant possible.

Avec précaution, Erin commença à appliquer le couteau contre l’extérieur du poisson. Le couteau patina contre les écailles sans trouver de prise. Tristement, Erin tenta une nouvelle fois. Elle découpa le flanc et sentit la peau lentement se séparer.

« Beurk. Beurk. Beurk. »

Au moins elle savait que le poisson saignait rouge. En fait, cela ne la confortait pas du tout.
Erin continua de trancher et arriva à éplucher une partie de la peau. Elle regarda l’intérieur du poisson et eut un haut le cœur.

« Oh. Oh mon dieu. Pourquoi… Pourquoi est-ce que c’est jaune ? C’est quoi ça ?

Elle le toucha avec le couteau. Le truc jaune vibra. Un peu de pus jaune-blanc commença à couler…

Erin posa le couteau et marcha jusqu’à la salle commune pour reprendre son souffle. Une fois que son estomac s’arrêta de se soulever elle retourna dans la cuisine.

« Hors de question que je mange ce truc. Cru ou cuit. En fait, y’a pas moyen que je mange ce truc sans une poêle à frire. »   

Elle regarda dans la cuisine. Un poêle à frire ? Présent. Bien.

« D’accord, d’accord. Il faut… Retirer les os ? Les os et les… Trucs mous. »

Avec précaution, Erin commença à découper les morceaux facilement détachables. Ce n’était pas un travail facile. Rien ne voulait vraiment lâcher prise, et le couteau qu’elle avait choisi n’était pas vraiment un outil de précision.

« Allez. Sort de là. »

Le truc jaune était collé à l’os. Elle n’arrivait pas à le retirer.

« D’accord. Je ne peux pas aller autour. Je dois passer par-dessous. Au revoir tête, attention ventre, Monsieur Couteau arrive. »

Erin retourna le poisson et tenta de couper de l’autre côté. Une fois encore, les écailles étaient trop solides pour être découpés. De plus, tout était glissant à cause du sang et du jus de poisson.

« Allez. Coupe. Coupe ! »

Elle appuya plus fort sur le couteau, mais il ne passa pas la peau. Enervée, Erin continua d’appuyer.
Et glissa.

C’est arrivé en un instant. Sa main perdit sa traction et la lame glissa contre les écailles.

« … Hein ? »

Erin cligna des yeux et regarda sa main droite. Une ligne rouge séparait sa paume en diagonale. Il n’y avait pas de sang.

Elle plia sa main, et le sang commença à couler. Mais il n’y avait pas de douleur.

Erin regarda autour d’elle. Des bandages ? Il n’y avait pas de bandage aux alentours. Ou de vêtements

Sa main était… Engourdie. Puis elle commença à la picoter.

Des bandages ? Des vêtements ? Il y avait… Des rideaux à l’étage, n’est-ce pas ? Mais ils étaient sales et moisis.

Le sang coulait sur le poisson et sur le comptoir. Erin voulait le nettoyer, mais elle tenait encore le couteau. Et soudainement, sa main commença à lui faire mal.
« … Aie. »

Erin laissa tomber le couteau.

« Ahh. Ah. »

Elle serra son poignet aussi fort que possible, arrêtant le flux sanguin. Mais la douleur continuait de venir, encore et encore.

« Des bandages. »

Elle ne se souvenait pas d’avoir quitté la cuisine. Mais elle était de retour avec l’un des rideaux de l’étage et était en train de le couper pour en faire un bandage alors que le sang imprégnait le vêtement. C’était difficile. Elle ne pouvait utiliser qu’une seule main et l’autre la faisait souffrir.
Finalement, elle enroula fermement le tissu et serra les dents en faisant un nœud. Le sang était déjà en train de se propager, mais au moins quelque chose couvrait la blessure. Même si ça faisait toujours mal.

Elle avait mal ! Erin essaya de penser alors qu’elle tituba jusqu’à la salle commune. La blessure n’était pas profonde. Du moins, c’était profond mais elle ne voyait pas d’os. Même si elle sentait que sa coupure était profonde. 

« Ça fait mal. »

Elle n’avait pas les mots pour décrire l’agonie de sa main. Le reste du monde semblait sombre et sans importance comparé à la douleur qui se propageait depuis la paume de sa main. Tous ses sens étaient concentrés sur ce point, et tout ce qu’Erin pouvait faire était ne pas crier.

« Crier n’est pas bien. Silence. »

Elle le savait. Crier ne ferait qu’empirer les choses. Donc Erin resta assis et serra son poignet. Le sang perlait. Ça faisait mal.

Ça faisait vraiment mal.


* * *

Le soleil commença à descendre. Erin était assis dans une chaise et regarda la flaque de sang sur le sol. Elle n’était pas grande, mais une goutte de sang perlait du bandage jusqu’à la flaque dans un intervalle de quelques secondes.

Plic. Ploc.

La douleur était toujours présente. Elle ne voulait pas partir, même après tout ce temps. Mais c’était… Mieux. Au moins elle pouvait réfléchir, un peu. Elle s’était déplacée pour aller chercher un autre rideau et le déchiré pour en faire un second pansement. Mais elle ne voulait pas retirer le premier donc elle s’était juste assis.

Pour regarder son sang.

Plic.

Quelque chose sentait mauvais. Erin regarda autour d’elle. Quelle était cette odeur ? Elle voulait l’ignorer, mais après quelques minutes elle dut se lever et voir ce que c’était.

L’odeur venait de la cuisine. Erin y entra, serrant le poignet de sa mauvaise main.

« Oh. Bien sûr. »

Le poisson mort l’observait depuis la planche à découper recouverte de sang. Il puait. Au même moment, l’estomac d’Erin gargouilla. Elle n’avait pas une envie de poisson, mais elle avait faim.

Cependant, elle ne voulait pas manger. Erin retourna s’asseoir sur la chaise et se cogna l’arrière des jambes. Les blessures du couteau brûlèrent et la faisaient souffrir d’un autre type de douleur.

« J’ai compris. C’est une mauvaise journée, n’est-ce pas ? »

Erin murmura. Le fait de ne pas parler aussi fort l’aider à se sentir un peu mieux. Elle était réveillée alors lorsqu’elle était fatiguée. La douleur n’allait pas la laisser dormir et elle avait faim sans vraiment vouloir manger.

Donc elle resta assise et regarda le sang couler.
Ploc.

* * *

Il faisait nuit lorsque la flaque de sang arrêta de s’éteindre. Elle avait coulé à travers le plancher, une tache sombre dans la nuit. Erin regarda les ténèbres. Elle ne pouvait pas dormir.

« Ça fait toujours mal. »

Erin regarda la table. Elle regarda l’ancienneté du bois. Insuffisant. Elle ne pouvait pas se distraire, mais elle devait le faire.

Donc elle commença à chuchoter.

« Pion… Pion en E4. »

Elle posa sa main blessée sur la table. La douleur s’accentua avant de continuer à l’élancer. Son autre main traça un carré et ses yeux examinèrent la table vide.

« Pion en E5. Pion en F4. Pion capture F4… Gambit du Roi accepté. Fou en C4, reine en H4. Echec. Gambit du Fou. Roi en F1, pion en B5. Contre-Gambit Bryan. Fou capture B5, cavalier va en F6. Cavalier va en F3… »

Elle continuait de parler tout au long de la nuit. Mais la douleur ne s’arrêtait jamais. Elle continuait de souffrir, encore et encore.
Titre: Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
Posté par: Maroti le 28 octobre 2019 à 00:03:57
1.05


1.05
 
Traduit par Maroti

Erin se réveilla d’un coup. Sa main était en feu.

Elle n’arrivait pas à retrouver le sommeil malgré sa tête lourde. Erin resta assise et berça sa main une nouvelle fois. Elle ne pouvait pas la bouger sans que la douleur ne s’aggrave, et dormir ou se détendre n’était pas possible. Elle ne pouvait que s’asseoir et agoniser.
La douleur s’effaça petit à petit. Peut-être parce qu’elle venait de se réveiller, ou peut-être était-elle juste engourdie.

« Dans tous les cas. »

Erin se leva. Elle tenait toujours sa main et prenait grand soin de ne pas la bouger. Sa main était… Douloureuse n’était pas un terme suffisant pour commencer à décrire ce qu’elle ressentait. Ce n’était que de la douleur jusqu’au bout de son bras, et cette douleur ne s’arrêtait pas.

Mais en même temps, elle était affamée. Suffisamment pour surpasser la douleur, ne serait-ce qu’un petit instant.

Lentement, très lentement, Erin boita dans l’auberge. Elle s’empara des fruits bleus avec sa bonne main et commença à les dévorer un par un. Elle était tellement affamée qu’elle en mangea quatre sans s’en rendre compte et en termina deux autres en s’asseyant à une table.

Elle aurait pu rester assise jusqu’à la fin des temps. Se lever ne valait pas le coup, mais une entité supérieure l’appela. Parlant avec des mots qu’elle ne pouvait pas ignorer.

Les toilettes.

Erin soupira et posa sa tête contre la table. Mais plus elle restait assise et plus sa situation devenait inconfortable. Malgré cela, le combat entre la douleur de sa blessure et son envie d’aller au petit coin dura pratiquement une heure. Quand Erin décida de finalement se lever, elle marcha jusqu’à la porte de l’auberge et donna un coup de pied pour ouvrir la porte. Elle allait faire ses besoins dans un vallon parmi tant d’autres et puis laver ses mains dans le ruisseau. Histoire de rester propre.

Erin réussit à faire cinq pas en dehors de l’auberge avant de décider de faire demi-tour et de fermer la porte derrière elle. Elle doutait que les Gobelins reviennent, mais… Elle préférait rester prudente. Une fois cela fait, elle se concentra sur son affaire.

Il fallut presque deux heures à Erin pour revenir, en partie parce qu’elle s’était perdue. Étrangement, le ruisseau semblait se trouver à un autre endroit que dans ses souvenirs et elle arriva à se perdre après être passée aux toilettes.

Erin aurait pu crier de joie lorsqu’elle retrouva, enfin, l’accueillante auberge. Tout ce qu’elle désirait était de s’asseoir et de souffrir en paix, et la porte ouverte l’accueillit en son sein.
Machinalement, Erin passa la porte et la ferma derrière elle. Puis elle alla de nouveau s’asseoir à sa table et regarda son pansement, sale et couvert de sang.

« Bon sang. »


***

« Aïe. Ouille. Aïe. »

À chaque fois qu’Erin retirait un peu de son pansement des morceaux de peau et beaucoup de sang partaient avec. Une partie de ce sang était séché, l’autre ne l’était pas.

Après avoir réussi à retirer la moitié du pansement, Erin dut s’arrêter. La douleur était insupportable et le pansement collait à sa peau. Mais avoir un pansement à moitié retiré était pire. Erin ne pouvait pas s’empêcher d’y toucher.

« Peut-être que je pourrais couper le reste ? »

Erin alla jusqu’à la cuisine qui était pleine d’objets tranchants. Comme des couteaux. 

« Pas de couteaux. »

Des ciseaux peut-être ? Une paire de ciseaux ne semblait pas très médiéval, mais qui sait ? Erin décida de fouiller les placards.

Oh, elle avait déjà ouvert un ou deux placards lors de sa recherche pour un chiffon mais cette fois elle entama une fouille méticuleuse de chaque placard et tiroir de la cuisine. La poussière qui s’en échappait la fit tousser et éternuer, mais elle arriva à trouver des ustensiles de cuisine basiques comme des spatules, un tiroir rempli de couverts sales, et même quelques assiettes. Les placards contenaient plein de choses, et il y avait beaucoup de placards, et c’était étrange.

« J’ai vu de vieilles cuisines en visitant des châteaux. Je pensais que les placards étaient des trucs qui sont apparus plus tard. Est-ce que je suis au Moyen- ge ou est-ce que je peux trouver une ampoule quelque part ? »

Erin marmonna en cherchant d’une seule main. Elle ouvrit un autre placard et s’arrêta.

« C’est quoi ce… »

De la nourriture. De la nourriture se trouvait dans le placard. Erin frotta ses yeux avec sa main valide. Puis elle se gifla pour vérifier qu’elle ne rêvait pas. Mais lorsqu’elle regarda de nouveau la nourriture était toujours présente.

« Est-ce que c’est… De la farine ? »

Erin toucha le sac et regarda les grains blancs sur son doigt. 

« Ça peut être de la farine. Ou… Autre alternative, ça peut être de la cocaïne. »

Elle essaya de sourire, mais sa main la faisait trop souffrir.

« … C’est probablement de la farine. »

Mais est-ce qu’elle était comestible ? Erin regarda le sac et tenta de se souvenir combien de temps la farine se conservait. Probablement pas longtemps, surtout lorsqu’elle était à découvert comme ça.

Elle soupira et sortit le sac. Autant vérifier.

Mais derrière le sac se trouvait une autre surprise. Erin plissa les yeux et fronça les sourcils.

« C’est du beurre. »

Il n’y avait pas d’erreur possible, et ce n’était pas que du beurre. Erin était habituée aux belles barres de beurre rectangulaires qui devenaient molles et qui s’étalaient facilement au premier rayon de soleil. Là c’était plus… Comme un bloc de beurre. Elle pouvait entendre ses artères hurler en le voyant, mais son estomac était déjà en train de gargouiller. Cependant…

« C’est pas normal. »

Erin observa le beurre, qui était d’une belle couleur dorée. Elle regarda dans la cuisine autour d’elle. De la poussière et des toiles d’araignée semblaient constituer la majorité de la pièce. Elle regarda le sol qu’elle n’avait pas encore balayé.

« Combien de temps il faut pour que la poussière dépasse les cinq centimètres ? »

Cinq mois ? Deux ans ? Cinq ans ? Dans tous les cas, Erin était presque certaine que le beurre ne se conservait pas aussi longtemps.

« Est-ce que quelqu’un se moque de moi ? »

Erin regarda autour d’elle. Est-ce que quelqu’un avait pu mettre la nourriture dans les placards ? Mais non, ses pas étaient les premiers à déranger la poussière. Donc comment était-ce possible … ?

Ses yeux retournèrent dans les placards et quelque chose de brillant attira son attention.

« Oh. Oh ! »

Une série de symboles lumineux brillaient doucement d’une lumière argentée. Erin effleura les inscriptions et remarqua qu’ils étaient autour des bords du garde-manger.

« Wow. De la magie. »

Elle observa les runes, subjuguée. Puis elle se rendit compte de quelque chose alors qu’elle ouvrait les autres placards.

« Ici. Ici…. Elles sont partout. »

Autour des bords de chaque placard se trouvait la même série de runes. Erin les traça avec ses doigts et à l’inverse des placards avec la nourriture conservée, ceux-là ne brillaient pas.

« Hum. Je suppose qu’elles se sont effacées. Ou peut-être qu’elles se sont cassées d’une manière ou d’une autre ? Je me demande en quoi elles sont faites. »

Elle gratta les runes avec l’un de ses ongles de manière expérimentale. Un petit bout pela sur son doigt.

« Argenté ? Ou quelque chose de brillant. »

Erin toucha les runes un peu plus fort. Elles étaient gravées dans le bois, mais l’âge avait rendu le bois fragile. Un bout du tiroir se décrocha, formant une ligne droite qui trancha la ligne de runes en deux.
Aussitôt, les symboles lumineux s’éteignirent. Erin regarda le bout de bois qu’elle avait retiré et les runes de manière horrifiée.

« Oh vous vous foutez de ma gu… »

Erin recula légèrement trop vite en se relevant, elle perdit son équilibre et tomba en arrière. Elle ne tomba pas sur le sol lourdement mais l’arrière de sa mauvaise main frappa le sol. Aussitôt Erin attrapa sa main et la berça, mais elle pouvait sentir le sang couler de nouveau. Elle se roula en boule et resta comme ça durant un bon moment.

« C’est pas juste. C’est pas juste. »

Erin regarda en l’air alors que la douleur s’atténuait légèrement. Elle regarda le placard sombre. Quand elle se releva, elle remarqua que la nourriture était toujours là, mais la magie avait disparu.
Sourdement, elle regarda les symboles désormais sombres. Morts, juste comme ça.

Erin frotta ses yeux, elle ne pleurait pas. Mais ses yeux piquaient légèrement, rien de plus.

Rien de plus.

***

Erin s’installa à l’une des tables de la salle commune et se parla à elle-même. Principalement pour éviter de penser à la douleur et à sa propre stupidité.

« En fait, c’est normal de laisser des trucs derrière soi avant de partir. Tu ne peux pas tout prendre. Mais il y avait encore de la nourriture comestible et bien plus dans les autres placards. Ainsi qu’une cuisine remplie d’ustensiles… Combien coûte un bon couteau bien tranchant ? »

Erin ferma sa main et grimaça. Des couteaux très tranchants.

« Personne n’abandonne quelque chose comme ça. Alors pourquoi quelqu’un… ? »

Ce n’était pas une bonne idée de penser à ça. Erin se sentit soudainement très mal à l’aise. Les poils de sa nuque se hérissèrent et son estomac se serra de manière inconfortable.

« Question. Comment M. Squelette en haut est-il mort ? »

Un frisson descendit le long de sa colonne vertébrale.

« C’est peut-être une mauvaise question. »

Mais une fois posée, il n’était pas facile de s’en débarrasser. Erin tenta de l’ignorer. Elle regarda le sang séché sur sa main, mangea un autre fruit bleu, mais la question continua de la tarauder. Évidemment, elle ne pouvait plus y tenir et se leva.

« À l’étage. D’accord. Bonjour ténèbres mon vieil ennemi. »

Ce n’était pas difficile de se rendre à l’étage. Maintenant qu’elle savait ce qui se trouvait dans chaque chambre, se rendre dans le couloir sombre n’était pas si terrifiant. Mais se rendre dans la dernière chambre ? C’était toujours aussi effrayant.

Erin prit une grande bouffée d’air avant d’ouvrir la porte. Sa main était moite sur la poignée.

« Est-ce que j’ai peur des gens morts ? Bien sûr. Mais ils ne peuvent pas me faire de mal. Les zombies peuvent, mais les gens morts normaux ne peuvent pas. C’est juste un squelette. Je vais trouver un signe de ce qui l’a tué et je vais aller me coucher. Bon plan. C’est parti. »

Elle ouvra la porte et regarda à l’intérieur. Puis elle courut dans le couloir et commença à ouvrir toutes les portes de l’étage, les claquant à chaque fois avant de passer à la suivante, mais ce qu’elle cherchait n’était pas là.

Lentement, Erin marcha jusqu’à la porte au fond du couloir et regarda de nouveau à l’intérieur. Un lit défait, une petite table, une fenêtre fermée et rien d’autre. Erin murmura dans le silence :

« Il n’est plus là. »

***

Le squelette n’était plus là. Erin en était sûre. Il n’était pas dans l’auberge alors qu’elle avait vérifié, et elle avait méticuleusement fouillé les deux étages. La pire question à se poser en parlant d’un cadavre était de se demander où il était passé.

Erin était assise dans la salle commune. En fait, elle était assise dans l’un des coins de la salle commune avec son dos collé au mur et ses yeux observant la pièce. Ce n’était pas qu’elle attendait de voir un tas d’os tomber depuis le plafond. Mais… Elle aurait préféré savoir où est-ce que les os se trouvaient.

« D’accord. D’accord. C’est quoi le problème ? C’est juste un squelette. Un truc flippant et mort. Et puis, même s’il pouvait bouger d’une manière ou d’une autre, où est-ce qu’il irait ? »

Elle ne savait pas pourquoi elle était en train de se murmurer à elle-même. Cela l’aidait juste à se sentir… Bon, pas mieux, mais adéquate. La nuit commençait à tomber et dans ces circonstances être bruyante ne semblait pas être la meilleure chose à faire.

De plus, le squelette pourrait l’entendre.

« Non, non. Ce n’est pas possible. Il n’est pas là. Il doit être quelque part. De plus, où est-ce qu’il pourrait se cacher ? J’ai vérifié toutes les chambres à l’étage. Où est-ce qu’il peut bien être ? »

Les… placards ?

Ses yeux partirent en direction de la cuisine. Non, impossible. Elle avait vérifié.

Sous le plancher ? Sur le toit ?

Erin se fit très silencieuse et écouta. Rien. C’était une bonne chose, n’est-ce pas ?

Mais les squelettes n’ont pas besoin de respirer. Ils n’ont pas besoin de bouger et attendent le moment où tu t’endors... Puis ils…

Assez. Erin secoua sa tête. Tout ça c’était dans sa tête. Il devait y avoir une explication logique pour qu’un corps disparaisse soudainement…

Et les murs ?

Erin refusa de tourner sa tête. Elle était juste paranoïaque. Ce qui était une bonne chose parce qu’il pouvait être partout.

Non, ce n’était pas ‘il’, mais ‘ils’. Peut-être que quelqu’un, ou quelque chose, avait pris le squelette. Mais pourquoi ? Et quand ?

Son esprit se remémora soudain le moment où elle était retournée à l’auberge. N’avait-elle pas fermé la porte derrière elle ? Elle n’avait pas fait attention sur l’instant mais elle se souvenait de l’avoir fermée avant de partir. Elle ne se souvenait pas de l’avoir à nouveau ouverte en revenant.

Elle frissonna. Elle se sentait tout à coup bien moins en sécurité dans l’auberge.

Mais ce n’était que son imagination. Elle avait une imagination bien trop active. Si elle allait dormir, tout allait bien se passer. Tout ce qu’elle avait à faire était de fermer les yeux et tout irait mieux à son réveil. Elle n’avait pas besoin de s’inquiéter. Erin n’entendait rien à part les battements frénétiques de son cœur et le craquement.

Craquement. Un pas.


Erin se releva en un éclair. Elle avait l’impression que son cœur allait s’arrêter à cause du stress, et ses yeux se plantèrent sur le plafond.

Quelque chose était à l’étage.

Elle pouvait l’entendre bouger. Peut-être que si elle avait été plus calme, elle n’aurait jamais remarqué les légers craquements et gémissements du plancher alors que quelque chose rampait à l’étage. Jugeant par les sons…

Erin suivit la progression de la créature. Elle était en train de se diriger vers les escaliers.

Lentement, Erin serra sa mauvaise main pour éviter de hurler. La douleur causée par sa blessure et le sang qui recommença à couler l’empêcha de paniquer. Silencieusement, elle se releva.

Le couteau était sur la table. Erin l’attrapa de sa bonne main et commença à bouger. Les escaliers étaient sur le côté droit de la pièce. Si quelque chose les descendait, ça n’allait pas pouvoir la voir si elle se cachait dans le coin le plus à droite.

Évitant les tables et les chaises Erin s’y rendit et s’agenouilla. Le manche du couteau de cuisine était glissant à cause de la sueur de ses mains. Son autre main était glissante à cause du sang. Elle regarda la lame du couteau, qui était très tranchante.

Le craquement s’arrêta durant un moment quand l’intrus arriva en haut des escaliers. Erin attendit. Il allait descendre, et quand il le ferait, elle allait avoir l’occasion d’attaquer la première.

Attaquer la première ? Suis-je une espèce de héros ?

Non. Nouveau plan. Dès l’instant où Erin saurait ce que c’était, elle allait courir pour sa vie. Mais elle devait d’abord savoir ce que c’était.

Le squelette apparut dans son esprit. Est-ce que c’était ça ? Ou peut-être que c’était une créature qui avait volé ses os ? Une sorte de créature parasite qui vivait à l’intérieur des cadavres… Ou une créature nocturne décharnée qui se nourrissait de la moelle des décédés ?

S’il vous plaît, faites que ça soit un squelette.

Le monstre commença à descendre les escaliers. Silencieusement, lentement. Même en y prêtant attention, Erin pouvait à peine entendre ses bruits de pas. Elle tenta de deviner où il se trouvait. À mi-chemin. Deux tiers. Plus que quelques marches.

La chose descendit la dernière marche et marcha dans la salle commune. Erin ne respira pas. Elle ne bougea pas, et n’osa pas cligner des yeux.

Lentement, la créature s’approcha. Erin plissa les yeux et son souffle lui échappa lorsqu’elle vit la créature. Elle se releva et soupira.

« Oh. C’était juste un Gobelin. »

La petite créature verte se retourna, surprise, au moment où Erin se releva en soupirant. Il s’abaissa immédiatement, tenant sa dague aiguisée prêt à combattre. Il montra ses dents et grogna sur Erin.

Erin grogna en retour.

***

Le reste de l’embuscade des Gobelins attendait à l’extérieur de l’auberge, leurs oreilles attentives au moindre son. Chacun d’entre eux était un combattant avéré, du moins selon les standards de leur petit clan. Ils étaient armés avec les meilleures armes disponibles. Les plus dangereux avaient des épées qui n’étaient qu’à moitié recouvertes de rouille. Ils attendaient tous le signal.
La porte de l’auberge s’ouvrit brusquement et les Gobelins levèrent la tête. Ils s’attendaient à voir la femelle humaine s’enfuir par cette porte en hurlant, plus ou moins blessée si possible. Dans le pire des cas, ils s’attendaient à voir leur camarade fuir hors de l’auberge avec elle sur ses talons. Ils préparèrent leurs armes.

Et baissèrent la tête alors qu’un corps passa au-dessus d’eux.

« Va en enfer ! »

La femelle humaine claqua la porte.

Les Gobelins regardèrent la porte fermée de l’auberge. Ils regardèrent le visage à peine reconnaissable du Gobelin inconscient et échangèrent un regard. Puis, ils prirent rapidement leur camarade inconscient et partirent dans la nuit.
Titre: Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
Posté par: Maroti le 30 octobre 2019 à 14:44:17
1.06
 
Traduit par Maroti

Erin se réveilla au petit matin, le dos contre la porte de l’auberge. Son cou était endolori et sa main la brûlait.

« Aïe. »

Elle tenait délicatement sa main, qui la faisait toujours souffrir…

« J’ai l’impression que c’est encore pire qu’hier. C’est probablement mon imagination. »

Elle passa une minute assise sur le sol à bercer sa main. Puis elle se rappela pourquoi elle était assise là et se releva aussitôt.

« Des squelettes ? Des Gobelins. »

Où est-ce qu’ils étaient ? Erin tituba jusqu’à une table. Juste là, deux dagues se trouvaient sur le dessus de la table.

« À ce rythme je vais commencer une collection. »

Erin grommela, plus pour elle-même que pour autre chose, et poussa le pommeau d’une des dagues du bout du doigt. Au moins cela prouvait qu’elle n’avait pas rêvé.

« Pas de squelette ? Pas de problème. J’espère. »

Elle soupira et renifla.

« C’est quoi cette odeur ? »

Il y avait quelque chose qui sentait très mauvais depuis la cuisine. Erin poussa un gémissement en ouvrant la porte.

Le poisson se trouvait sur la planche à découper, recouvert de sang séché et empestant dans la lumière du soleil. Il puait, non, en fait, c’était la pire odeur qu’Erin avait eu la malchance de sentir.

« Ce truc. Ce truc est dégoûtant. »

Erin regarda le poisson pendant quelques secondes. Elle n’avait absolument aucune envie d’y toucher mais…

Quelques bestioles noires rampèrent pour sortir de la bouche du poisson. Erin regarda les petits trucs, eut un haut-le-cœur, et courut en dehors de l’auberge pour éviter de vomir à l’intérieur. Voilà comment sa journée débuta.

* * *

Qu’est-ce qu’il fallait faire pour se débarrasser d’un poisson ? Erin le posa par terre à l’extérieur de l’auberge et l’observa.

« Je pourrais l’enterrer, si j’avais une pelle. Je pourrais le brûler, si j’avais un moyen de commencer un feu. Ou… Je pourrais le laisser là-bas. »

Elle marcha une quinzaine de minute avant d’être certaine qu’elle était suffisamment éloignée de l’auberge. Puis, Erin  laissa glisser le poisson de la planche à découper sans ménagement. Ce fut une erreur.

Au moment où le poisson toucha le sol, ce dernier explosa. Quelque chose à l’intérieur se cassa ou s’écrasa, et soudainement une nuée de petits insectes noir et vert s’échappèrent du corps du poisson par tous ses orifices. Erin se figea, hurla, et commença à courir. Elle commençait à avoir l’habitude.

* * *

Il lui fallut un bon moment avant de trouver le courage de retourner vers le poisson, et encore, c’était juste pour prendre la planche à découper et courir jusqu’au ruisseau.

« Beurk, beurk, beurk. »

Erin plongea la planche dans l’eau et regarda les viscères de poisson et les insectes se faire emporter par le courant. Ce n’était pas le poisson mort qui la dérangeait, ou du moins, il ne le dérangeait pas autant que les insectes vivants qui s’accrochaient tenacement à la planche.

« Toi. Dégage. »

La mouche, tenace, semblait avoir la force de dix insectes car elle refusait de laisser le courant l’emporter. Elle était noire avec un abdomen vert, et Erin n’avait jamais rien vu de semblable.

« Une autre créature étrange. Génial. »

Avec précaution, elle l’observa de plus près.  Connais ton ennemi, n’est-ce pas ? Elle supposait qu’elle devait aussi connaître ces insectes.

« C’est carrément un insecte, et c’est vraiment moche. »

Swish. Swish. L’insecte continua de s’accrocher au bois humide malgré les tentatives désespérées d’Erin pour le déloger.

« … Pourquoi ce truc a quatre jambes ? Je pensais que les insectes en avaient six. »

Agacée, Erin sortit la planche de l’eau. L’insecte éventa ses ailes alors qu’elle l’observait. Il ressemblait principalement à un scarabée, mais avec un derrière vert brillant. Un mélange entre une luciole flippante et un scarabée. Au moins c’était mieux qu’un cafard, et puis il n’y avait qu’un seul bon moyen de s’occuper des insectes.

Erin roula son majeur et donna une bonne pichenette à l’insecte. Il explosa.

L’abdomen vert de l’insecte éclata dans une profusion d’éclaboussures vertes alors que le reste fut projeté dans le ruisseau. Erin cligna des yeux alors que le liquide vert recouvrit la planche à découper et tomba dans l’eau.

Un peu de liquide toucha le bras d’Erin.

Ahh ! Aieaieaieaieaieaieaie !

Son bras plongea dans l’eau. Une réaction instinctive qui atténua la douleur. Erin continua quand même de frotter l’endroit où le liquide l’avait touché jusqu’à ce que la douleur disparaisse totalement.

« Des mouches acides. D’accord, c’est complètement maléfique. »

* * *

Sa peau était rouge et endolorie par le bref contact avec l’acide, mais elle allait bien. Malgré tout, elle en profita pour se laver avec la planche à découper et quitta le ruisseau à l’instant où elle se sentit totalement propre. Ce fut moins plaisant que la première fois car Erin passa son temps à surveiller s’il n’y avait pas d’ombres dans l’eau.

« Génial, maintenant ma main et mon bras me font mal. »

Erin passa devant le poisson mort sur le chemin de retour et jeta un coup d’œil à ce qui se passait. Le corps du poisson était recouvert de ces petites mouches acides. Elles étaient probablement en train de pondre dedans, voire pire.

Brièvement, Erin considéra l’option de traîner le poisson jusqu’au ruisseau pour noyer tous ces insectes. Puis elle pensa à ce qui pouvait arriver si toutes les mouches se posaient sur elle pour exploser.

« D’accord. Bien, il n’y a qu’une chose à faire dans telle situation. »

Erin leva son premier, puis son second majeur. Sa main blessée la faisait souffrir, mais elle sentait qu’elle allait déjà mieux.

« C’est pour vous tous. »

Puis elle retourna dans l’auberge.

* * *

« J’aurais vraiment dû apporter un seau. »

Erin regarda les ingrédients alignés sur le comptoir de la cuisine. Son estomac gargouillait, et elle était d’humeur à manger. Mais elle ne voulait pas d’un autre petit-déjeuner, déjeuner et dîner à base de fruits bleus. Aujourd’hui, elle était d’humeur à manger du pain. Du bon pain frais.

Malheureusement, cela impliquait qu’il fallait de l’eau. Erin n’avait pas particulièrement envie de faire l’aller-retour entre l’auberge et le ruisseau avec un seau plein d’eau. Mais elle avait besoin d’eau, elle le savait, d’une manière ou d’une autre.

Est-ce que c’était son instinct ? Erin fronça les sourcils et tapota son crâne. Elle n’avait jamais cuisiné, enfin pas vraiment. Elle s’était préparé des Mac&Cheese et des ramens instantanés mais ça ne comptait pas vraiment. Pareil pour tout ce qui demandait un micro-ondes ou un four. Donc pourquoi savait-elle que pour faire du pain, elle avait besoin de farine, de sel, de sucre, de levure et d’un peu d’eau ? Ça devait être de la magie.

Ou une compétence.

« [Cuisine Élémentaire], hum ? »

Erin regarda la planche à découper, désormais propre. Oui, tous les ingrédients étaient là, cela avait du sens, c’était une cuisine. Les cuisines avaient des ingrédients, donc elle pouvait faire du pain. Ou de la pâte. Pour faire du pain elle allait devoir le cuire dans un four. Heureusement, cette cuisine avait un vieux four et les instincts d’Erin lui disaient qu’elle pouvait l’utiliser. Mais pour utiliser ce four elle avait besoin de feu.

Elle n’avait pas la moindre idée de comment faire un feu.

Quelle que soit sa nouvelle capacité pour cuisiner, cette dernière ne comportait pas d’instruction pour faire du feu. Erin regarda le foyer vide et pensa à voix haute.

« Des brindilles. Il faut frapper des brindilles l’une contre l’autre. Ou des cailloux. »

Elle regarda autour d’elle. Elle avait du bois, il y avait beaucoup de tables et de chaises, mais ce qu’elle n’avait pas, c’étaient des allumettes, ou un briquet, ou un bidon de gazoline et un lance-flamme.

Erin retourna dans la cuisine, il devait y avoir quelque chose pour démarrer un feu quelque part. Sinon comment faire pour cuisiner ?

« Bien. C’est l’heure de farfouiller. Je sais que j’ai vu une étagère pleine de trucs bizarres quelque part… »

Elle recommença à fouiller les étagères. Dans sa première recherche à travers la cuisine elle avait déposé tout ce qui était vaguement peu utilisé ou sans rouille sur une étagère à côté de la nourriture.

« Voyons voir. Des poêles ? Non. Des pinces ? Non ? Une scie ? Pourquoi une cuisine a besoin d’une scie ? »

Erin mit la petite scie de côté et plissa les yeux. Derrière la scie se trouvait quelque chose qu’elle ne reconnaissait pas. Enfin, deux choses. C’était un caillou et un autre truc. Un truc étrange.

« Est-ce que c’est… Un fer à cheval ? »

Non, c’était bien trop petit pour être un fer à cheval et ça n’avait pas la bonne forme. Ou alors ce monde avait d’étranges petits chevaux. Quand bien même, pourquoi avoir un fer à cheval dans une cuisine ?

« Peut-être qu’il mange des chevaux ? »

Erin observa le truc ressemblant à un fer à cheval. Elle regarda le caillou. Lentement, elle glissa le caillou contre l’allume-feu et regarda les étincelles voler.

« Oh. Donc voilà à quoi ressemble une pierre à feu. Ça ressemble vraiment à Minecraft ! »

Erin s’arrêta avant de soupirer et de gentiment se donner une claque.

« Je suis une idiote. »

* * *

Le briquet à silex était réellement amusant à utiliser. Tant qu’elle ne mettait pas le feu à l’auberge en bois par accident.

Erin regarda le grand foyer et tâtonna une nouvelle fois avec le briquet à silex.

« Des herbes sèches ? C’est bon. Une chaise cassée ? C’est bon. Du feu ? »

Elle fit glisser le silex contre le briquet et recula légèrement alors que les étincelles volaient.

« Aïe. C’est chaud ! »

Les étincelles cascadèrent sur l’herbe comme un nuage de lucioles en colère, l’amadou prit feu à certains endroits, et ce feu grandit.

Erin retint sa respiration avant d’expirer, soufflant sur les petites flammes comme elle avait vu les campeurs à la télévision le faire.

« Mince. Il s’est éteint. »

Elle frappa le silex et le briquet de nouveau. Cette fois elle laissa le feu prendre plus d’ampleur et ne souffla pas dessus. Lentement, les petits feux commencèrent à grandir. Elle ajouta un peu de bois pour nourrir les flammes avant de sourire malicieusement.

« Du feu ! Appelez-moi Prometheus… Promethea »

La chaleur devant elle était désormais un peu trop vive et Erin recula. Mais elle continua de sourire. Puis s’arrêta net quand elle s’assit sur sa mauvaise main.

« D’accord. J’ai mal. Mais au moins je peux faire du pain ! J’ai tous les ingrédients, n’est-ce pas ? Oui. J’ai juste besoin de farine, de levure, de beurre, d’un peu de sel, de sucre et… »

Erin soupira.

« Et zut. De l’eau. Génial. Au moins, je peux toujours sortir et aller en chercher. Ce n’est pas comme si j’avais une limite de temps ou quelque… »

Elle regarda le feu qu’elle venait de démarrer.

« Bon sang. »

* * *

Erin décida de laisser le feu allumé pendant qu’elle allait chercher de l’eau. Le foyer et la cuisine étaient en pierre. Les chances pour qu’une étincelle fasse son bout de chemin jusqu’à la salle commune était minime, mais l’idée la dérangeait quand même.

« C’est comme ça que ça commence, n’est-ce pas ? Tu laisses le foyer allumé alors que tu pars en vacances pour quelques jours et puis on t’apprend que ton auberge a pris feu. Une histoire classique pour rendre tout le monde paranoïaque. »

Erin soupira en continuant de marcher. Elle se demanda une nouvelle fois si elle était vraiment en difficulté. Après tout, elle avait démarré un feu, certes, mais c’était la base même pour les hommes de Cro-Magnon. Qu’est-ce qui pourrait bien se…

Une parcelle de vert bougea dans l’herbe en face d’elle. Erin l’observa, est-ce que c’était une partie de l’herbe ? Quelque chose leva la tête et l’observa en retour. Ce n’était pas de l’herbe après tout, c’était…

Quelque chose se catapulta de l’herbe. Erin hurla, battant de l’air avec son seau avant de tomber. Un gigantesque oiseau avec des ailes en cuir et un bec plus long que son bras s’envola dans le ciel avec un cri perçant. 

« Oh. Oh wow. »

Erin resta assise sur le sol et regarda en l’air.

« Est-ce que c’est… Un ptérodactyle ? Vraiment ? »

Il y ressemblait, et même si Erin ne pouvait voir que son derrière qui disparaissait rapidement, l’oiseau avait un certain… Manque de plumes. Cependant, là où les anciens dinosaures-oiseaux qu’Erin avait vus sur des photos de musée étaient marron et unis, cet oiseau était d’un léger vert avec des marques rouges.

« Des dinosaures camouflés. Maintenant j’ai vraiment tout vu. »

Erin secoua la tête et se releva avant de dépoussiérer son t-shirt sale et son jean.

« Je vais devoir laver ces trucs un jour. Mais ça veut dire que je vais devoir me balader nue. Est-ce que ça va poser un problème ? Et c’est quoi cette odeur ? »

Quelque chose sentait vraiment très mauvais. Erin couvrit son nez et grimaça, elle commença à recherche la source de l’odeur. C’était quelque part au sol, et une dizaine de pas furent suffisants pour qu’elle trouve un nid.

« Huh. Je suppose que sans arbres les oiseaux deviennent fainéants. Mais c’est un gros nid, et qu’est-ce que ce que c’est à l’intérieur… »

Erin jeta un coup d’œil dans le nid et recouvrit sa bouche. Elle eut un haut-le-cœur et prit quelques grandes inspirations.

« D’accord. Au moins je sais où disparaissent les oiseaux normaux. À l’intérieur de l’oiseau-dinosaure. »

Évitant de regarder les restes, Erin se retourna pour s’en aller. Elle fit deux pas avant de trébucher.

« Ouille. »

Elle se leva, berça sa main blessée et souhaita que ce monde explose. Ou juste elle. Elle se pencha pour regarder sur quoi elle avait trébuché.

« Des œufs ? »

* * *

Les seaux pouvaient contenir plein de choses. Idéalement on y mettait de l’eau, mais ils pouvaient aussi contenir des œufs. Ils pouvaient aussi contenir des œufs dans de l’eau, ce qui lui épargnait l’effort de faire deux voyages.

C’était tout de même une corvée de porter le seau à travers la prairie. Erin souffla et lutta tout en laissant s’échapper une myriade de complaintes en traînant le seau d’eau.

« Les gens faisaient vraiment ça tous les jours ? Voilà pourquoi la plomberie a été inventée. Et puis qui a mis le ruisseau si loin de l’auberge ? Pourquoi ne pas avoir fait un bon vieux puits ? »

Elle continua de grommeler jusqu’à atteindre l’auberge. Une fois arrivée, Erin fut forcée de s’appuyer contre la porte et de respirer comme un chien pour reprendre sa respiration. Elle remarqua une pancarte pendue juste à côté de son nez et plissa les yeux pour lire les lettres effacées.

« Huh. ‘Fermé ?’ Est-ce que c’est de l’anglais ? »

Ce n’était pas de l’anglais. Les lettres ne correspondaient clairement pas à de l’anglais. Malgré tout, Erin pouvait comprendre ce qui était marqué sur la pancarte.

« Flippant. Mais pratique. Qui a besoin de Google Traduction face à une bizarrerie magique ? »

Au moins cela confirmait les doutes d’Erin.

« C’était une auberge à une époque. Mais quelqu’un l’a abandonnée. »

Elle tapota ses lèvres en y réfléchissant et plissa les yeux en regardant la pancarte. La corde qui la retenait était effilochée et usée, mais elle était encore utilisable.

« … Bon. Qui trouve, garde. »

Erin donna un coup de pied pour ouvrir la porte et traîna le seau à l’intérieur. Elle s’arrêta et sortit de nouveau pour regarder la pancarte.

C’était plus par caprice qu’autre chose, mais Erin retourna la pancarte pour que cette dernière affiche ‘Ouvert’.

« Maintenant où est-ce que je peux trouver une ardoise et inscrire ‘les Gobelins ne sont pas autorisés’ ? »

C’était une question pour plus tard. En ce moment Erin était bien plus soucieuse de sa précieuse eau. Elle avait de l’eau. Elle avait durement porté son eau jusqu’à l’auberge. Maintenant elle devait trouver un endroit où la ranger. Le seau était pratique, mais il était petit et clairement peu adéquat sur le long terme. En outre, il fuyait un peu. Où allait-elle entreposer son eau ?

Erin erra jusqu’à la cuisine.

« Bon, il y a un chaudron. »

C’était en fait une jarre, mais ça ressemblait à un chaudron. Les deux à la fois. En tout cas, il était possible d’y stocker de l’eau. Malheureusement cela voulait dire qu’elle allait devoir le nettoyer avant tout.

Erin essaya d’utiliser le moins d’eau possible, mais la jarre était large, recouverte de poussière, et le seau n’était pas très grand. Elle fut forcée de faire un nouvel aller-retour, puis un autre.

Quand le chaudron fut finalement rempli et suffisamment propre, Erin était prête à cuisiner, des œufs par exemple.

Elle retourna dans la cuisine et observa les braises grises, puis fronça les sourcils.

« Je vais m’occuper de toi plus tard. Pour l’instant j’ai besoin de pâte. »

Une pâte, ce n’était pas compliqué. Il suffisait tout mélanger. Erin eut soudain une idée en regardant les ingrédients.

La préparation du pain était longue. Il devait lever et faire plein de trucs compliqués liés à l’action des levures, du moins c’était ce que sa compétence de [Cuisine Élémentaire] lui disait. Pour être franche, c’était probablement tout ce qu’elle pouvait faire avec ce qu’elle avait sous la main. Il n’y avait pas tant de possibilités avec de la farine, n’est-ce pas ? Mais des œufs ? Les œufs venaient de tout changer.

Erin regarda la farine, puis elle regarda le beurre et le sel, avant de regarder les œufs de nouveau. Elle plissa les yeux.

« Tant pis pour le pain. C’est l’heure de faire des pâtes. »

* * *

Le bol contenait beaucoup de farine, une pincée de sel, de l’eau et du beurre. De l’huile aurait été préférable, mais Erin n’en avait pas. Le beurre allait donc faire l’affaire. Elle sourit. C’était facile. Puis elle cassa l’œuf.

Un épais jaune brillant tomba dans le bol. Les œufs du dino-oiseau géant étaient trois fois plus gros qu’un œuf normal. Elle allait pouvoir faire beaucoup de pâtes. Mais ces œufs étaient légèrement différents.

« Oh. Oh mon dieu. Pourquoi y a-t-il des lignes rouges… ? »

Erin recouvrit sa bouche.

« C’était vivant. Il y avait un bébé à l’intérieur. »

Son estomac se souleva. Mais il n’y avait rien à vomir. Erin prit plusieurs grandes inspirations et tenta de réfléchir.

« C’est vrai. Les œufs normaux éclosent. D’accord. Ce n’est pas un magasin donc évidemment qu’ils allaient être vivants… Mais ils doivent être frais. Pas de bébé poulets à moitié nés, n’est-ce pas ? »

Elle regarda le reste de ses œufs. N’est-ce pas ?

* * *

Erin essuya sa bouche alors qu’elle continuait de mélanger la pâte. Elle n’avait pas vomi, mais son estomac était toujours un peu dérangé par tout le carnage qu’elle venait de faire. Si le mot était approprié.

« Désolée, bébé dino-oiseau. Mais j’ai vraiment besoin de manger, et désormais vous avez l’air bon et pâteux. »

Elle frappa la pâte délicatement. Le mélange était terminé, il était temps de rouler le tout, et de le couper de manière à former des pâtes.

Pour sa défense, Erin n’hésita presque pas avant de reprendre le couteau. Mais elle prit le temps de nettoyer le sang avant de commencer à couper. Cela lui prit un peu plus de temps car elle découpa avec une seule main tout en prenant bien  soin de ne pas laisser ses doigts sur le chemin du couteau, mais elle parvint finalement à obtenir une pile de longues nouilles prêtes à bouillir.

Erin tenait le premier service de nouilles crues au-dessus de la casserole remplie d’eau bouillante.

« Redoublons, redoublons de travail et de soins… Et tu termines à la casserole. »

Les pâtes tombèrent en éclaboussant le foyer. Erin jappa et sauta en arrière.

« C’est chaud ! »

Après s’être traitée d’idiote, Erin s’assit et attendit. Les nouilles n’allaient pas mettre longtemps à cuire, puis elle allait pouvoir ajouter du beurre, du sel et se régaler. C’était un bon plan.

« Dommage que je n’ai rien à boire avec. Un bon verre de jus aurait été très plaisant. Mais vous savez, ce n’était pas comme si je… Pouvais… »

Erin se leva, marcha jusqu’à la salle commune et regarda autour d’elle.

La pile de fruits bleus était là où elle l’avait laissée. Erin plissa les yeux en les regardant avant de caresser son menton en réfléchissant.

« Jus bleu ? »

Elle secoua la tête.

« Nan. Jus de fruits bleus ? C’est mieux comme ça. »


* * *


Préparer le jus était salissant, elle devait éplucher chaque fruit bleu et puis réduire la pulpe en une purée. Puis vint l’obligatoire aller-retour jusqu’au ruisseau pour avoir suffisamment d’eau pour rajouter à la mixture, sans oublier le fait qu’elle devait nettoyer les verres, les assiettes et les couverts. Après son énième trajet pour aller chercher de l’eau Erin avait l’impression que ses bras allaient tomber, mais ça valait le coup car maintenant elle avait quelque chose à boire.

« Mm ! C’est sucré ! C’est comme du sirop ! Du sirop avec des morceaux ! Ou… Un smoothie. »

Erin déposa le pichet de jus de fruits bleus dans la salle commune et vérifia les nouilles.

« Hum. Moelleux. Savoureux !  Les pâtes sont le meilleur plat du monde. »

Ses yeux se remplirent légèrement de larmes. Erin les essuya rapidement et prépara une grosse assiette de pâtes.

« Hum. Une fourchette… Une fourchette ! Est-ce qu’il me manque quelque chose ? »

Elle avait l’impression qu’il lui manquait quelque chose. Mais elle apporta son assiette dans la salle commune et s’installa quand même.

« Qui aurait cru que porter autant de choses avec une seule main était douloureux à ce point ? Enfin, je veux dire que tout est douloureux. »

Les pâtes étaient chaudes et délicieuses. L’estomac d’Erin gargouilla, mais elle avait toujours l’impression qu’il lui manquait quelque chose, et la douleur était toujours présente.

« Mais c’est un jour meilleur, n’est-ce pas ? Un jour légèrement meilleur. »

Erin regarda l’assiette. Pâtes ? Présent. Fourchette ? Présent. Jus ? Présent.

Elle soupira, un sourire essayant d'apparaître sur son visage. Sa main la faisait souffrir, mais Erin continua d’essayer de sourire et leva sa fourchette. Elle allait manger jusqu’à en vomir. D’accord, peut-être pas à ce point, mais jusqu’à être rassasiée. Elle porta sa première fourchette de nouilles brillantes jusqu’à sa bouche.

Toc, toc

Sans réfléchir, Erin se leva et alla jusqu’à la porte.

« Bonjour, je peux vous aider ? »

Un insecte géant se tenait dans l’ouverture de la porte. Il leva une antenne en guise de salutation et ouvrit ses mandibules.

« Salutations. Pouvons-nous rentrer ? »
Titre: Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
Posté par: Maroti le 02 novembre 2019 à 17:05:40
1.07

Un insecte géant se tenait dans l’embrasure de la porte. Il avait de larges yeux globuleux, un corps recouvert d’une chitine marron foncé, et une paire d’épées à la taille. Il avait aussi un grand abdomen, et deux pinces sortaient de sa bouche ; il avait aussi quatre bras.

Erin regarda la fourmi-créature. Cette dernière ouvrit la bouche et commença à parler.

« Bonsoir, Humaine. Je me demandais si mon collègue et moi-même pouvions vous déranger quelques minutes… »

Erin ferma la porte, puis la verrouilla. Où est-ce qu’elle avait mis le couteau de cuisine ?

« Espèce d’idiot. Je t’ai dit que c’est pour ça que j’aurais dû ouvrir la porte. »

Les couteaux des Gobelins se trouvaient sur la table. Elle s’empara des deux et essaya de penser clairement. Couteaux. Chaise ? Il y avait beaucoup de chaises.

« Peut-être que ce n’était pas le bon moment ? »

Ou des fenêtres. Erin regarda autour d’elle, il y avait beaucoup de fenêtres. Elle pouvait sauter d’une d’entre elles si nécessaire.

« Pousse-toi. Je vais te montrer comment il faut faire. »

Quelqu’un frappa de nouveau à la porte. Erin se figea avant d’y retourner. Très lentement, elle ouvrit à nouveau la porte .

Un lézard géant… Non, un dragon miniature qui ressemblait vaguement à un humain baissa les yeux pour regarder Erin. Il devait faire un bon mètre quatre-vingt-cinq. Ses écailles étaient vert clair et il avait des griffes très, très tranchantes sur chacun main. Lorsqu’il sourit, Erin vit ses dents, oh, et il avait une langue fourchue.

« Bonsoir mademoiselle. Nous sommes désolés de vo… »

Erin ferma la porte, la verrouilla, et traîna une table pour se barricader. Elle pouvait sentir son cœur battre la chamade alors qu’elle poussa une nouvelle table pour renforcer sa barricade. Les couteaux n’allaient pas être suffisants, elle allait devoir sauter par une fenêtre.

«Bon travail pour ne pas l’effrayer. »

« La ferme. »

Est-ce qu’ils parlaient ? Erin écoutait avec attention, ses mains tremblaient tant elle était incapable d’attraper quoi que ce soit pour se défendre.

« Et maintenant ? Je ne pense pas qu’enfoncer la porte pour rentrer soit approprié en ce moment. »

« Quoi ? Mais ça va pas la tête ? Laisse-moi parler. C’est simplement une incompréhension causée par la vue de ta tête. Je vais régler ça. »

L’une de ces voix était plus aiguë que l’autre et agrémentée d’un étrange cliquetis. Erin devina que c’était probablement la voix de l’insecte. L’autre, l’homme lézard, prononçait les mots en allongeant les s. Les deux parlaient en anglais.

« Bonsoir ? Mademoiselle ? Nous ne sommes pas dangereux. »

L’un d’entre eux frappait à la porte. Erin tentait de ne pas avoir une crise d’angoisse, ses yeux allèrent vers la fenêtre, mais elle devait demander.

« … Est-ce que vous êtes un dragon ? »

Elle entendit un rire surpris depuis l’autre côté de la porte.

« Est-ce que je suis un dragon ? Aha. Haha. Bien, c’est juste que… Pince-moi. Je veux dire, est-ce que je ressemble à un dragon ? Peut-être que oui. Qu’est-ce que tu en penses ? »

« Tu es en train de rougir. »

« Silence, je suis de bonne humeur. »

La voix de l’homme-lézard se fit entendre de nouveau.

« Excusez-moi ? Je ne suis pas un dragon, Mademoiselle Humaine. Je suis un humble Drakéide au service de la Garde locale. Mon idiot de partenaire et moi étions en train de patrouiller quand nous avons aperçu la fumée. Pouvons-nous entrer ? Je vous promets que nous ne mordons pas. »

« Et que nous n’allons pas infliger d’autre type de blessure, corporelle ou mentale. »

« La ferme. Est-ce que tu essayes de lui faire peur ? »

Erin  réfléchit. Un recoin de son esprit était en train de décider si elle devait rire ou paniquer, et s’il décidait de rire, est-ce que ça devait être un rire hystérique ou non ?

Elle n’arrivait pas à se décider, donc à la place…

« Hum. Donnez-moi un instant. Je vais ouvrir cette porte. »

« Merci beaucoup. »

Erin poussa les tables hors du chemin et déverrouilla la porte, hésitante. Elle l’ouvrit et regarda l’insecte et le lézard géant une nouvelle fois. L’insecte la regarda en retour. Le lézard, de son côté, ouvrit la bouche et remonta ses lèvres dans ce qui était peut-être un sourire.

« … Salut. »

La main d’Erin se serra sur la porte. L’homme-lézard posa sa main sur la porte et l’empêcha de la fermer.

« Désolé, désolé Mademoiselle. Nous ne sommes pas là pour vous faire du mal, c’est promis. »

Erin espérait que c’était vraiment le cas, car elle ne pouvait pas bouger la porte d’un pouce. Mais il était trop tard pour fuir, n’est-ce pas ? Elle devait changer de tactique.

« Vous voulez quelque chose à manger ? »

L’homme-lézard cligna des yeux.

« Hum, pourquoi pas. »

« D’accord. C’est bien. »

Erin ouvrit lentement la porte. L’homme-lézard sourit de nouveau et entra doucement à l’intérieur. L’insecte géant entra à son tour et la salua poliment avec un hochement de tête.

« Bonsoir. »

« … Salut. »

Les deux regardèrent l’auberge vide. Erin pointa la table du doigt sans les quitter des yeux.

« Le repas est ici. »

« Ooh ! Des pâtes ! C’est bon ! »

L’homme-lézard, le Drakéide, frotta ses mains. Le bruit que ses écailles faisaient ressemblait à du papier de verre. Il s’assit sur une chaise alors que l’homme insecte s’arrêta.

« Je participerai volontiers à ce partage de nourriture si c’est offert. Cependant, nous ne souhaitons pas vous priver de votre repas. »

« Quoi ? Non, c’est bon. J’ai beaucoup de pâte. »

Erin pointa vaguement la cuisine du doigt.

« Laissez-moi trouver une assiette et… Des fourchettes. Est-ce que, hum, vous voulez quelque chose à boire ? J’ai de l’eau. »

« Je vais prendre un verre si c’est possible. »

« Je vais aussi accepter les pâtes et l’eau. Mais puis-je savoir si vous avez des insectes ? »

« … Non. Non, je ne fais pas d’insecte. »

« C’est fort dommage. »

Erin alla chercher les assiettes, elle entendit les deux s’asseoir et discuter sans rien faire pendant qu’elle se dirigeait vers la cuisine. Une fois à l’intérieur, elle se laissa tomber au sol et se donna quelques gifles avant de prendre les assiettes.

« Voilà. Hum, j’ai aussi du jus. Vous voulez un verre ? »

« Oh, merci. C’est… Bleu. »

« Ouais. Je l’ai préparé moi-même. C’est délicieux, vraiment. »

« Bien, j’accepte volontiers. Klbkch, tu veux un verre ? »

« Je vais m’en passer pour le moment. Nous devrions commencer notre travail au lieu de dîner. »

« Dans un instant, mangeons d’abord. Ça a l’air délicieux ! »

Erin les regarda, c’était une opportunité en or. Elle avait deux créatures qui, en plus de parler anglais, n’étaient pas enclines à la tuer et étaient en train manger ses plats. Elle avait tellement de questions à poser à propos d’elle-même, à propos de l’endroit où elle était, à propos de tout et n’importe quoi en fait.

Il était possible que ses questions allaient décider de son destin. Probablement pas, mais elles allaient être importantes. Mais avant qu’Erin ne pose une de ses nombreuses questions, incluant comment un ‘Drakéide’ et une fourmi géante savaient utiliser des couverts, elle se devait de demander à nouveau.

« … Vous êtes sûr que vous n’êtes pas un dragon ? »


***

« … Donc quelqu’un sur les murs a aperçu la fumée et a alerté le reste de la Garde. Puisque ça ne ressemblait pas à un feu de brousse et que nous savions que cet endroit était abandonné depuis plusieurs années, notre Capitaine décida de nous envoyer pour voir ce qui se passait. »

« De manière succincte : nous avons vu la fumée et décidé d’enquêter. »

Le lézard géant se tourna et jeta un regard mauvais à son compagnon l’homme-fourmi.

« C’est ce que j’ai dit. »

« Tu ne t’es pas très bien exprimé. Je reformule simplement tes paroles pour le bénéfice de tous. »

« Tu vois, c’est ça. Voilà pourquoi personne d’autre ne veut être ton partenaire. »

« Tes remarques blessantes ne sont pas nécessaires. De plus, je crois que nous nous égarons. Il faut se souvenir que nous sommes en présence d’un membre du grand public. »

« Oh. C’est vrai, désolé. »

L’homme-lézard s’éclaircit la gorge ; le son que cela provoqua était étrange pour Erin, bien plus grave et semblable à une basse.

En fait, tout semblait étrange pour Erin. Mais les deux créatures assises en face d’elle n’étaient pas le bas du panier.

Quoique... ces créatures semblaient injustes. Elles étaient probablement des “humaines”. Elles agissaient comme des humains, mais elles étaient…

Erin regarda les bras de l’homme-lézard. Ils étaient énormes, elle avait vu des bodybuilders sur des premières de magazines et dans de mauvaises pubs pour des salles de gym, mais ce gars était plus musclé que 90% de la population masculine. La population masculine humaine. Puis il était vert, vert avec des écailles.

Il regarda de côté, ses yeux étaient similaires à ceux d’un serpent ou d’un lézard. Elle détourna rapidement le regard et regarda l’homme-fourmi. Du moins, elle pensait qu’il était une fourmi.

Il avait beau être juste en dessous de la moyenne au niveau taille, l’homme insecte semblait petit comparé à son partenaire. Mais il était clairement plus haut sur l’échelle de la bizarrerie.

Principalement parce qu’il était un insecte, il avait des antennes.

« Mademoiselle ? »

Erin sursauta.

« Moi ? Salut, oui, moi. »

L’homme-lézard avala un peu de jus bleu.

« Désolé, mais pouvons-nous vous poser quelques questions à propos de vos origines ? C’est plutôt étrange de trouver une Humaine ici, encore plus dans un endroit abandonné comme celui-ci. Nous ne voulons pas être indiscrets mais c’est un peu notre boulot de poser ce genre de questions. »

« Quoi ? Oh, il n’y a pas de problème. Que voulez-vous savoir ? »

L’homme insecte se pencha vers elle.

« Bien, pour commencer, pouvons-nous nous enquérir de votre provenance ? »

« Je viens du Michigan. »

Les deux échangèrent un regard alors qu’Erin se gifla intérieurement.

« Le Michigan ? Je ne suis pas familier avec ce royaume. Ou peut-être est-ce une cité ? C’est au nord d’ici ? Par-delà les montagnes, peut-être ? »

« Hum. Non. C’est un peu plus loin que ça. »

« Oh, est-ce que vous êtes… Perdue ? En voyage, peut-être ? »

Erin secoua sa tête.

« Non, en fait je me suis perdue et… C’est stupide. Pourquoi est-ce que j’essaie de trouver des excuses ? »

Une nouvelle fois, un regard fut échangé.

« Hum, je ne sais pas ? »

Erin soupira et posa ses mains sur la table.

« Ecoutez. C’est compliqué et je ne peux pas vraiment l’expliquer. Mais vous croyez en… La magie ? Comme un super, super, heu… Sort de téléportation ? »

« Oh, un sort de téléportation ? Est-ce un accident ou est-ce que quelqu’un vous a visée ? »

« Hum. Je n’ai rien vu lorsque c’est arrivé. J’ai juste tourné à un croisement et… Écoutez, je suis apparue d’un coup quelque part dans le coin. Et puis y’avait… Un dragon

« Je te l’ai déjà dit. C’est flatteur, mais je ne suis pas un drag… Oh. »

L’homme-fourmi se pencha en avant.

« Est-ce que vous voulez dire que vous avez croisé un dragon ? Quelque part dans cette région ? »

Erin cligna des yeux.

« Est-ce que… C’est une mauvaise chose ? Je veux dire, c’est un dragon oui, mais est-ce qu’il n’est pas… »

L’homme-fourmi et elle regardèrent l’homme-lézard.

« Écoute. Ça devient un peu embarrassant. Je ne suis pas un dragon, je suis un Drakéide. Et oui, nous sommes de lointains cousins avec eux mais les dragons restent de très mauvaises nouvelles. Ils mangent des gens. Et vous dites que vous en avez vu un ? »

« Il m’a soufflé dessus. Du feu. Et puis j’ai été chassée par de petits hommes verts. »

« Des Gobelins »

« Oui, eux. Et puis j’ai trouvé ce dino-oiseau géant… »

« Un quoi ? »

« Un gros… Truc tanné, avec des ailes. »

« Oh, d’accord. Ces pestes. »

« Et puis il y avait les rochers-crabes, je veux dire, les crabes-rochers, et puis j’ai trouvé des fruits bleus avant et… Je vous ai rencontrés. Un non-dragon et un insecte. Qui ne veulent pas me manger ? Ou est-ce que ça va venir après le repas ? »

L’homme-lézard semblait choqué et offusqué.

« Bien sûr qu’on ne va pas te manger ! Ça serait barbare, en plus d’être illégal. Je veux dire, bien sûr, ça arrive de temps en temps dans un village lointain mais on ne va pas faire ça. N’est-ce pas, Klbkch ? »

L’homme-lézard se tourna vers son ami.

« En effet. Nous ne violerons pas notre devoir en tant que gardes. »

« Votre devoir ? Vous… Êtes des gardes ? Et vous… Vous êtes K… Kbch ? »

L’homme insecte leva une antenne.

« Pardonnez-nous, nous ne nous sommes pas présentés. Permettez-moi de corriger cette erreur. Je suis Klbkch, Garde Senior au service de la ville. Et voici mon partenaire. »

« Relc ! »

L’homme-lézard leva son verre.

« Et ce jus bleu est délicieux ! »

« En effet. Et je vous présente une nouvelle fois mes excuses, mais le véritable but de cette visite était d’évaluer les possibles risques en provenance de ce lieu. »

Erin regarda autour d’elle.

« Quels dangers ? Moi ? »

« Pas vous en particulier. Vraiment, cela aurait pu être n’importe quoi. Nous avons pensé qu’il aurait pu s’agir d’un incendie, ou de quelques Gobelins. D’un autre côté, si la fumée avait été causée par un groupe d’enfants stupides, nous serions en train de les traîner jusqu’à la ville en cet instant même, car il est dangereux de rester ici. »

Erin rencontra son regard, alarmé. Il avait des yeux très jaunes avec des pupilles noires.

« Dangereux ? Pourquoi c’est dangereux ? Il va y avoir un problème si je reste ici ? »

« Et bien, il n’y a pas de problème si vous souhaitez rester là. Excepté votre décès, bien sûr. »

« Mon décès ? »

Relc donna un coup de pied à Klbkch sous la table.

« C’est juste une possibilité. Ce, huh, lieu n’est pas très bon. Pour votre santé. »

Erin était pâle, et Klbkch intervint.

« La peste. Ce lieu était autrefois l’endroit où vivait une petite communauté avant qu’ils ne périssent tous. De manière horrible. »

Erin mit sa tête entre ses mains.

« Donc est-ce que je vais mourir en vomissant mes entrailles ou quelque chose du genre ? »

« Actuellement, les symptômes de la peste se manifestent en tant que… »

Relc donna un nouveau coup de pied à Klbkch.

« Pourquoi tu ne la bouclerais pas pour me laisser parler ? Écoute, Mademoiselle Humaine. Tu n’es probablement pas malade si tu es toujours en train de te balader dans le coin. »

« Et que vous ne suintez pas. »

« La ferme. Ahem. Nous avons juste été envoyés ici pour nous assurer qu’il n’y avait pas de Gobelins ou autres méchantes créatures qui avaient décidé de s’installer ici. Nous n’avons pas de problème avec les Humains. Du moins, pas de problèmes avec ceux qui ne sont pas violents. »

« En effet. Il n’y a pas de lois interdisant l’occupation de ce lieu. »

Les deux la regardèrent. Erin se sentit obligée de dire quelque chose.

« Bien. Merci ? »

« De rien. »

« En effet. »

« … Vous voulez une autre assiette de pâtes ? »

« Oh, bien sûr. »

« Je voudrais aussi une autre assiette.»

Erin servit de nouvelles assiettes de pâtes. L’auberge resta silencieuse tandis que chacun avalait ses nouilles, ou dans le cas de Klbkch, effectuait une action complexe avec le trou qui lui servait de bouche. Erin ne regarda pas de plus près.

Après quelques instants, Relc déposa sa fourchette.

« C’est vraiment très bon. Comment as-tu fait pour préparer tout ça ici ? »

« Oh, j’ai trouvé un peu de farine et du beurre dans l’un des placards. Il y avait des trucs… Runiques gravés dessus. »

« Cela doit être un sortilège de conservation. C’est assez commun dans les établissements de classe supérieure. »

« Mais tu l’as cuisiné, pas vrai ? Alors tu dois avoir des niveaux dans une classe de [Chef], pas vrai ? »

Erin regarda Relc.

« Des niveaux ? Oh, non. J’ai… Des niveaux en tant qu’[Aubergiste]. »

« Oh, je vois, je vois. C’est pratique. Est-ce que tu les as obtenus ici ? »

« Hum, oui. Chaque fois que je m’endors, je monte de niveau. Je suis… Hum, niveau 4. »

« Pas mal ! Surtout si ça ne fait que quelques jours que tu es là. Est-ce que les notifications t’ont réveillée pile au moment où tu allais t’endormir ? Je déteste ça. »

« Oui. »

« C’est vraiment embêtant. »

« … »

« … »

« Donc. Des niveaux. Des Classes. »

« Qu’en est-il ? Oh, tu te demandes ma classe ? Je suis un [Maître des Lances]. Cet idiot est un [Pourfendeur]. Nous avons tous les deux des niveaux en tant que [Gardes], mais pas autant que dans nos classes principales.

« D’accord, d’accord. C’est heu… Bon à savoir. »

« Et tu es une [Aubergiste], n’est-ce pas ? Est-ce que tu as une autre classe ? »

« Hum, non. Non. »

« C’est dommage. Mais tu es jeune, gagner des niveaux prend du temps après tout. »

« D’accord. Je vois. Hum. Admettons que je n’aie pas la moindre idée de ce que c’est de gagner des niveaux et de ce que sont les classes. Je viens de, heu, très loin et nous avons de différentes… Traditions. »

Relc et Klbkch échangèrent un regard.

« … Tu veux dire que tu ne gagnes pas de niveaux dans ton Michigan ? »

« Oh non, non. On gagne des niveaux, c’est juste, heu, différent de vous. Et je n’ai jamais vraiment fait attention en cours et tout… »

« Ils éduquent les Humains sur comment gagner des niveaux ? Bizarre. »

« C’est étrange. J’avais l’impression que le gain de niveau marchait de manière uniforme chez toutes les espèces. À moins que vous fassiez référence à une différence de classe ? »

« Oui. Non. Peut-être ? Écoutez, nous gagnons des niveaux. Vous gagnez des niveaux. Tout le monde gagne des niveaux, n’est-ce pas ? Nous pouvons tous gagner des niveaux dans des, heu, classes et gagner des compétences. Est-ce que j’ai bon jusqu’à présent ? »

Relc acquiesça aimablement. Il était en train d’aspirer des nouilles avec sa longue langue. Erin était fascinée, même si elle se demandait si elle devait être dégoûtée ou non.

« C’est comme ça que ça marche. Qu’est-ce qui te dérange ? »

« Hum. J’ai gagné des niveaux en nettoyant l’auberge. Et je n’étais pas une [Aubergiste] avant. Donc pourquoi… ? »

« Oh, ça. Tu as probablement rempli toutes les exigences pour la classe, c’est tout. Je sais que c’est plutôt bizarre de soudainement gagner une nouvelle classe, mais ça arrive. Je connais un gars qui a gagné quatre niveaux en [Fermier] parce qu’il faisait pousser des carottes dans des pots à côté de sa fenêtre. Gagner des niveaux est simplement bizarre. »

« Bon… D’accord. Laissez-moi y réfléchir. »

Erin dut se masser la tête alors que les deux gardes la regardaient avec inquiétude. Enfin, elle présumait que c’était de l’inquiétude.

« C’est un monde. Tout le monde peut y gagner des niveaux. Humains, homme-lézard, insectes qui parlent, chats, chiens, Gobelins… »

« Hey comment tu viens de m’app… »

Klbkch se pencha vers elle, coupant la parole à Relc.

« En fait, j’aimerais vous corriger sur ce point. Là où les races pensantes peuvent gagner des niveaux, les animaux et les créatures tels que les Dragons sont incapables de gagner des niveaux. »

« Quoi, vraiment ? Qu’en est-il des Gobelins ? »

« Ils peuvent gagner des niveaux. Maintenant sur ce que tu viens de dire. Je ne suis pas un lézard… »

« En effet. C’est une partie de notre héritage commun. Il y a fort longtemps, toutes les races se battaient avec bec, ongles et magie, avant de se diviser. Celles qui ont décidé d’abandonner leur nature et de poursuivre une vérité différente ont reçu le don du [Gain De Niveau], alors que celles qui sont restées fidèles à leur nature ont gardé la puissance de leurs natures. »

« Vraiment ? Est-ce que ça veut dire que… »

« Hey !»

Le poing de Relc frappa contre la table. Toutes les assiettes bondirent en l’air et Erin tomba presque de sa chaise. Elle regarda Relc, qui avait l’air renfrogné, mais lorsqu’il remarqua la pâleur de son visage il s’arrêta avant de prendre un air coupable.

« Hum, désolé pour ça. Vraiment. Mais, heu, est-ce qu’on peut parler de cette insulte ? »

« I-insulte ? »

« Ouais. Tu, hum, m’as appelé un homme-lézard, pas vrai ? »

« Est-ce mal ? »

« … Oui. Oui ça l’est. Je suis un Drakéide, pas un homme-lézard. Il y a une grosse différence. »

« Désolée. Désolée pour ça. »

« Uh, ne t’excuse pas. Écoute, j’ai peut-être un peu réagi de manière excessive. Je ne suis pas, hum, en colère… »

Klbkch donna un coup de pied à Relc sous la table.

« Je crois que c’était à mon tour de faire ça. Présente ton excuse à l’Humaine pour ton impolitesse. »

« … Ouais, pardon. »

Relc inclina sa tête, jusqu’à ce que la crête piquante sur sa tête touche presque le dessus de la table. Erin secoua ses mains avec véhémence.

« Oh non, non. S’il vous plaît, ne faites pas ça. Je ne savais pas que c’était impoli. Si je l’avais su, je n’aurais jamais… Il y a une grande différence entre les hommes-lézards et les Drakéides, pas n’est-ce pas ? »

« Seulement quelques différences, mais l’animosité entre leurs deux cultures est… »

« La ferme. Je suis quand même désolé. Mais oui, il y a une grosse différence. Je veux dire, la plupart des Humains n’arrivent pas à nous différencier, mais les hommes-lézards vivent près de l’eau et peuvent aussi respirer sous l’eau, du moins certains d’entre eux. Alors que les Drakéides préfèrent les climats plus secs. Nous aimons avoir du soleil, de grands espaces ouverts… »

« Des rochers confortables pour faire la sieste en plein milieu du service. »

« Tu es juste une grosse fourmi, alors tu te tais. Dans tous les cas, nous sommes spéciaux. Ces gars sont juste des amphibiens qui ont appris à marcher sur deux pattes. Nous, en revanche, sommes de la même famille que les Dragons. Nous avons des pouvoirs spéciaux. »

« Comme ? »

« Nous pouvons cracher du feu. Ou du moins certains d’entre nous le peuvent. »

Relc s’installa confortablement sur sa chaise et croisa les bras avec un sourire triomphant. Erin et Klbkch le regardèrent en silence.

« Quoi ? C’est un grand pouvoir ! »

« Je suis certain que c’en est un ? »

« Ouais, ça a l’air incroyable. Vraiment… Vraiment cool ! »

Relc donna quelques coups de coude à Klbkch.

« Tu vois ? Elle comprend. Je te l’avais dit que c’était cool. »

« Ouais, c’est génial. »

« Je sens que je dois mentionner le fait que tu es personnellement incapable de cracher du feu, Relc. »
« La ferme, Klbkch ! »

Relc semblait à la fois agacé et gêné.

« Seule une poignée de Drakéides peut le faire, d’accord ? Ne pas pouvoir cracher du feu est parfaitement normal, et certains d’entre nous peuvent le faire, donc voilà. »

Il regarda Erin de manière anxieuse.

« On est réglo, pas vrai ? »

Erin sourit et leva le pouce en guise de confirmation. Puis elle grimaça de regret, elle venait d’utiliser sa mauvaise main.

« Oouh c’est moche. Qu’est-ce qui s’est passé ? »

« Quoi, ça ? C’est rien, c’est juste… »

Klbkch se leva brusquement, Erin sursauta, mais il leva deux de ses bras frêles.

« Pardon. Je ne souhaite pas vous faire de mal. Mais puis-je voir votre main ? »

Erin hésita, avant de lentement avancer sa main. Vu de l’extérieur, le pansement était gris et rouge de sang coagulé. Quelques gouttes tombèrent sur le sol.

Klbkch inspecta sa main avec attention avant de relever les yeux vers Erin.

« Une nouvelle fois, veuillez m’excuser. Mais puis-je vous demander de retirer le pansement ? »

Erin hésita de nouveau, mais elle commença à lentement défaire le pansement entourant sa main avant de grimacer. La douleur qui sourdait dans sa main s’aggrava soudainement, et un liquide commença à couler sur le sol.

C’était du pus jaunâtre et blanc coulant depuis la blessure. Il regarda la plaie pendant quelques secondes, ses antennes bougeant lentement, puis releva la tête.

« Ouais, hum, ouais. »

Erin tenta de respirer, sa main brûlait.

« Ce… Désolé, c’est idiot. Je me suis coupée et je suppose que ça s’est infecté, mais… »

« Ce n’est pas une infection. »

« Quoi ? »

« C’est du poison. D’une certaine manière. »

« Vous êtes certains ? Ça ne ressemble pas à... »

« Il y a un poisson, dans la rivière proche, qui sécrète un mucus qui attaque la surface touchée. Comme dans ce cas. J’ai déjà vu des blessures de ce type chez d’autres gardes. »

« Vraiment ? Je veux dire, ce n’est pas une infection ? »

Erin était en train de trembler. L’homme insecte la tenait avec délicatesse.

« S’il vous plaît, ne soyez pas alarmée. C’est soignable. Permettez-moi. »

L’un de ses bras descendit et Erin le vit sortir un objet d’une des poches de sa ceinture. Elle cligna des yeux alors qu’il lui présentait une bouteille d’un liquide vert émeraude scintillant.

« Ceci est une potion de soin de basse qualité. Si vous en versez sur une blessure, cela devrait soigner vos malheurs. »

Délicatement, Klbkch retira le bouchon de la bouteille et la tendit à Erin qui la prit précautionneusement, avant d’hésiter.

« C’est… Je veux dire, est-ce que c’est sans danger ? Même pour les humains ? »

Klbkch et Relc acquiescèrent, Relc lança un regard à son partenaire mais l’homme-fourmi était résolu.
« Croyez-moi, s’il vous plaît. Cela vous soignera. »

Erin le regarda dans les yeux. Des yeux à facettes, de larges facettes. Marron et fractales, comme chez les fourmis. Ils étaient aussi très effrayants, mais Erin décida qu’elle pouvait leur faire confiance.

Elle agrippa fermement la potion de sa main gauche et versa lentement son contenu sur sa main droite avant de laisser échapper un cri de surprise.

« Est-ce que vous allez bien ? »

« Je… Je n’ai plus mal ! »

Relc renifla doucement, ce qui ressemblait au bruit d’une souffleuse au démarrage.

« Bien sûr que ça ne fait plus mal. Qui voudrait créer une potion de soin qui blesse les gens ? Mais regarde ! »

Il pointa sa main du doigt, Erin la regarda et vit que la coupure se fermait à une vitesse incroyable. La chair se refermait et en un instant la coupure avait disparu. Erin était estomaquée.

Klbkch reprit la bouteille à moitié vide de ses mains avant qu’elle ne la fasse tomber. Elle était trop occupée à toucher sa main du doigt pour y faire attention, mais lorsqu’il eut rangé la bouteille, elle se retourna et l’enlaça.

« Merci beauc… Aïe ! »

« Mes excuses. Il n’est pas conseillé de serrer ceux qui ont un exosquelette dans les bras. Est-ce que vous allez bien ? »

Erin recula et commença à masser l’endroit où ses bouts pointus l’avaient touchée.

« Oui, oui tout va bien. Et comment puis-je… Je ne peux pas suffisamment vous remercier. C’était…C’était une potion de soin, n’est-ce pas ? Comment puis-je vous rembourser ? »

Elle commença à chercher autour d’elle pour donner quelque chose à Klbkch, mais ce dernier leva une de ses… Nombreuses mains.

« S’il vous plaît. Ce n’était rien C’était simplement une potion de basse qualité sans réelle valeur. Disons que cela servira de paiement pour le repas. À moins que vous ne soyez pas d’accord ?

« Oh non, merci. Je veux dire, c’est probablement plus que… Puis-je vous donner une autre assiette ? Ou… ou si vous revenez, je pourrai vous servir à nouveau un repas. »

« J’accepte cette offre avec plaisir. Mais je suis déjà repu, et je pense qu’il est temps pour nous de partir. Nous ne souhaitons pas abuser de votre hospitalité. »

Relc fit une pause alors qu’il venait de reprendre du jus de fruits bleu.

« Ha bon ? »

« Nous sommes toujours en service, tu te souviens ? Le Capitaine attend un rapport de notre part. Nous pourrons toujours prendre le temps de socialiser si nous revenons un jour. »

« Ou, et écoute-moi, Ou… Nous pourrions avoir plus de nourriture et rester ici plus longtemps. »

« Je suis certain que tu préférerais ça. Mais nous sommes payés pour travailler, et non pour nous amuser. De plus, tu es en train de manger tout le dîner de cette Humaine. »

Relc regarda la table et se leva immédiatement.

« D’accord. Bien, partons de ce pas. Hum, pardon Mademoiselle. Là, laisse-moi payer pour le repas… »

Erin tenta de protester mais une main écailleuse ouvrit la sienne avec délicatesse et déposa une poignée de pièces de cuivre et deux pièces d’argent dans sa paume.

« J’insiste. Et au passage, le jus bleu est vraiment bon. »

« Merci. »

« Bien, nous partons. Passez une bonne nuit. »

Les deux quittèrent l’auberge et Erin les regarda partir. Elle chercha un endroit où s’asseoir et décida que le sol allait faire l’affaire, avant de rester immobile pendant l’heure qui suivit.

***

Relc et Klbkch quittèrent l’auberge. Ils commencèrent à marcher à travers l’herbe sous le ciel étoilé. Il faisait froid, mais ils marchaient rapidement. Les deux gardes scannaient le paysage en marchant, les mains sur la lance et les épées à leurs tailles. Ils n’étaient pas nerveux, juste prudents.

Après un certain temps, Relc brisa le silence.

« Cette fille est bien seule. »

« C’est une fille ? Je n’arrive pas à faire la différence. »

« Je peux. Les glandes mammaires. »

« Les seins, du moins je crois que c’est comme ça que ça s’appelle. Ou peut-être que le mot est doudounes ? »

« Vraiment ? Je pensais que c’était un vêtement ? »

« C’est comme ça que j’ai entendu un petit humain les appeler une fois. Mais c’est une femelle, et jeune, correct ? »

« Ouaip, je parierais dessus. Mais je ne sais pas ce qu’une Humaine peut faire là-bas, encore moins dans un endroit pareil ? »

« Fouiller la vie personnelle d’autrui est une affaire pour la Garde pendant que nous sommes en service. Respecter l’espace personnel d’autrui est un principe de bienséance dans les interactions sociales. »

« La ferme, elle avait juste l’air seule, c’est tout. Sinon quelle serait la raison pour qu’une femelle Humaine décide de traîner avec un Drakéide et un gros insecte ? »

Klbkch resta silencieux quelques instants.

« Est-ce que tu penses qu’elle est une criminelle ou qu’elle craint pour sa vie ? »

« Même si elle l’était, qui se cacherait là-bas ? Il faudrait être fou, ou éventuellement être un mage ou un prêtre pour tenter le coup. »

« C’est vrai. Mais au moins nous savons qu’il n’y a pas de danger. Elle serait probablement déjà morte si l’endroit était encore dangereux. »

« Je parie qu’elle n’en savait rien. Et son expression lorsque nous sommes entrés : elle n’avait jamais vu de Drakéide ou d’Insecte de sa vie. »

« J’aimerais que tu parles de mon espèce en utilisant le bon terme. »

« Qu’est-ce que tu en penses ? Je parie qu’elle est en fuite ou quelque chose du genre, ou peut-être un enfant qui a été séparé de son clan. »

« … »

« D’accord. Antinium. Heureux ? »

« Le fait qu’elle soit en fuite est le cas le plus probable. Je trouve difficile de croire qu’un Humain décide d’errer aussi loin dans les prairies par accident et elle ne semblait pas à la recherche de direction. »

« Bâtard. »

« Tu as raison en un sens. Mais spéculer n’apportera rien d’intéressant. Nous avons enquêté sur la fumée et nous pouvons faire notre rapport. Dans tous les cas elle ne brise pas de loi étant donné que l’auberge a été abandonnée il y a presque trois ans. »

« Et il y a cette histoire de dragon, tu penses qu’elle l’a inventée ? »

« Elle ne mentait pas, du moins pas intentionnellement. Cependant… »

« Ouais. Un Dragon ? Vraiment ? »

« Il est plus probable qu’elle était victime d’hallucination. Peut-être qu’elle a rencontré une Wyverne cracheuse de feu, ou un monstre de moindre calibre. Mais je doute qu’elle ait survécu à une rencontre avec un véritable Dragon. »

« De plus, on le saurait si un Dragon vivait dans le coin. Ils sont difficiles à rater. »

« En effet. »

« Donc… Une femelle humaine apeurée ? Qui n’est pas une menace ? »

« C’est ma conclusion. »

« Bien, bien. Allons faire notre rapport au Capitaine et dormir. Enfin, je vais aller me coucher et tu vas faire ce truc flippant d’hibernation où tu te tiens debout. »

« D’accord. Et c’est très reposant. Tu devrais essayer un de ces jours. »

« Sans façon. »



Ils marchèrent en silence pendant un long moment. La route retour jusqu’à la ville était longue, et ils devaient rester sur leurs gardes pour éviter les nombreux dangers potentiels. Même si aucun des deux n’avait réellement peur des prédateurs tant qu’ils gardaient leurs yeux et leurs oreilles (ou trous) ouverts, il valait mieux prévenir que guérir.

Après un long moment, Klbkch brisa le silence.

« Donc, devrions-nous revenir demain ? »

« Oh, absolument. Directement après le boulot ? »

« Nous pourrions peut-être ajouter cette visite dans le cadre de nos fonctions, si nous réussissons à convaincre notre Capitaine que c’est nécessaire. »

Relc donna une grande tape à l’arrière de l’exosquelette de Klbkch.

« Maintenant tu penses comme un vrai Drakéide. »

« Je ferai mon possible pour que cela ne se reproduise pas. »

« Va te faire griller. »

Ils continuèrent de marcher pendant quelques minutes avant que Relc ne brise le silence de nouveau.
« Donc, une faible potion de soin sans réelle valeur, hum ? »

« Est-ce que tu aurais préféré que je lui dise sa véritable valeur ? »

« Non, non. C’est mieux comme ça. Même si je crois qu’elle a quand même compris. »

« … Peut-être »

« Comment tu vas t’expliquer auprès du Capitaine, hum ? »

« Je réduirai le prix de la potion de ma paye. De plus, elle a été utilisée pour protéger un civil. »

« Tu es un véritable saint, pas vrai ? T’essaies de gagner des niveaux dans ta classe de [Saint] ? »

« Tu sais très bien que je n’ai pas de niveau dans une classe de ce type. J’ai simplement fait preuve de générosité. »

« Ouais, ouaaaaaaaaais bien sûr que ce n’était que de la gentillesse. »

« Je n’ai pas d’attraction sexuelle envers les Humains. Contrairement à toi. »

« Moi ? J’aime pas les humains. Ils n’ont pas d’écailles, ils sont poilus et ils sentent bizarre. Je veux dire, celle-là est sympa mais je n’ai clairement pas envie de voir à quoi elle ressemble sous ses vêtements. »

« Hum. Ce n’est pas très intéressant. Ils sont très charnus. »

« Beurk. »

« En effet. »

« Donc, on revient demain ? »

« Ne travaillons-nous pas ce jour-là ? »

« Mince, c’est vrai. »

« Cependant, nous pouvons directement y aller après la fin de notre ronde. »

« Ooh, bonne idée ! Il ne fera pas encore nuit à cette heure. »

Ils marchèrent en silence, et bien évidemment, Relc rompit à nouveau le silence.

« Ce n’est pas que je ne suis pas intéressé. Je garde l’esprit ouvert ! Regarder ne me dérangerait pas. Si elle le proposait. Ça ne vaut pas les bonnes vieilles écailles, mais je pourrais voir au-delà de toute cette chair. Peut-être. »

« Déviant. »

« La ferme. »

« Dans tous les cas, elle était fort sympathique. Lui parler était plaisant. »

« Ouais. Ouais, je suis content qu’on n’ait pas eu besoin de la tuer. »

« En effet. »

***

Erin était assise contre l’un des murs. Elle était en train de s’endormir, même si elle voulait courir dans la pièce en hurlant à propos d’hommes-lézards. Non, de Drakéides, de fourmis sur deux pattes, et de ce monde fou mais cela lui semblait niais. De plus, elle l’avait déjà fait pendant quelques heures.

Son esprit était engourdi, ses paupières étaient lourdes. Erin était sur le point de de s’endormir et sa main ne lui faisait plus mal. Elle était souriante.

Finalement, son esprit succomba au sommeil. Sa respiration se fit plus régulière, ses yeux se fermèrent, et elle s’endormit.

[Aubergiste Niveau 5 !]

[Compétence – Artisanat Élémentaire obtenu !]

« … Laissez-moi dormir. »
Titre: Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
Posté par: Maroti le 06 novembre 2019 à 21:03:25
1.08

Erin se réveilla avec un grand sourire.

En fait, elle se réveilla et se rendormit plusieurs fois avant que la lumière du soleil ne se fasse trop éblouissante pour pouvoir être ignorée. Mais lorsqu’elle décida de se lever et de prendre son petit déjeuner, elle le fit avec un grand sourire.

C’est en mangeant plusieurs fruits bleus qu’elle se rendit compte qu’elle venait d’utiliser ses deux mains. Erin dut s’arrêter pour regarder la paume de sa main droite pendant quelques instants. Elle toucha sa peau, propre, sans cicatrice et sans blessure avant de sourire.

« Les potions de soin sont géniales. »

Elle s’installa confortablement dans sa chaise, contractant ses mains. Elle n’avait pas mal, c’était incroyable à quel point elle n’avait pas mal, et elle le devait à un homme fourmi géant et à un homme léz… À un Drakéide. Comment s’appelaient-ils déjà ?

« Klbkch et… Le gars Drakéide. »

Erin soupira en se remémorant, difficilement, leur rencontre.

« Vraiment. Ils étaient tellement normaux. Mais apparemment je suis aussi normale. Au moins, je sais qu’il y a d’autres humains dans le coin. Mais du gain de niveau ? Des Classes ? Suis-je une Aubergiste ? Comment puis-je diriger une auberge ? Comment ça marche ? »

Puis elle se souvint d’autre chose.

« J’ai encore gagné un niveau. »

Erin tapota son torse. Elle avait l’impression qu’elle devait ressentir une sorte de fierté, mais tout ce qu’elle ressentait était la satiété. Puis elle se souvint.

« [Artisanat De Base]. Autant essayer, en plus j’ai plus de fruits. »


***


Son voyage jusqu’au verger d’arbres à fruits bleus se déroula sans encombre. Alors qu’Erin regardait les fruits bleus, elle se demanda pour la première fois combien elle pouvait encore en manger avant de les compter.

« … J’ai encore quelques semaines avant d’être à court. Mais beurk, manger des fruits bleus durant tout ce temps serait écœurant. Au moins j’ai encore quelques ingrédients pour faire des pâtes si j’arrive à trouver des œufs. »

Mais que se passerait-il lorsque son petit placard s’épuiserait ?

Erin mit la main dans la poche de son jean et entendit le clink des pièces. C’est vrai, elle avait un peu d’argent. Mais combien cela représentait-il ? Plus important encore, comment allait-elle le dépenser ? Ce n’est pas comme si elle pouvait manger du métal.

Se plaignant à elle-même, Erin continua de cueillir des fruits bleus. Devoir les porter à la main devenait de plus en plus pénible car elle en faisait souvent tomber quelques-uns qui s’abîmaient, s’amollissaient et perdaient de leur goût. Pourquoi ne pas chercher une solution ?

Erin regarda le sol, elle vit de… L’herbe. Elle regarda les arbres, elle vit du bois mais rien pour le couper, donc ça ne l’avançait pas. Elle regarda l’herbe et quelque chose dans son cerveau s’éclaira.

« Voyons voir. Si je prends ce long brin d’herbe et que je fais un nœud ici… »

Erin s’agenouilla et commença à prendre de plus longs brins d’herbe avant de tester leur résistance. Elle commença à faire des nœuds et à couper l’herbe avec son couteau. Elle remarqua qu’elle devait rester concentrée sur son travail, elle ne pouvait pas passer en pilotage automatique, mais en même temps ses gestes semblaient sûrs. Et après moins de vingt minutes, elle se releva et regarda un panier en brins d’herbe.

« Wow. »

Erin leva le panier et l’observa, il était léger mais solide. Elle déposa les fruits bleus dedans et le souleva pour voir s’il allait résister. L’herbe se courba vers le bas, mais l’anse d’herbe tressée ne céda pas. C’était un véritable panier, mais fait d’herbe.

Était-ce un vulgaire panier ? Absolument. Avait-elle envie de danser avec des pompons sur une île déserte ? Bien sûr. Est-ce que cela donnerait une piètre image d’elle ? Probablement. Devrait-elle avoir honte d’elle-même ? C’était déjà le cas. Mais elle avait un panier.

Plus important encore, elle avait un plan.

Que pouvait-on faire avec un panier ? On pouvait manger et marcher en même temps car le panier libérait une main. Erin mangea quelques fruits bleus et garda les noyaux, puis elle alla chercher des œufs.

Il lui fallut une heure avant qu’elle tombe sur un autre nid. C’est lorsqu’Erin remarqua la présence révélatrice d’une forme marron tapie dans l’herbe haute qu’elle décida d’aller vers le nid en tapant du pied et en faisant le plus de bruit possible.

Cette fois, la créature qui émergea de l’herbe ne s’échappa pas immédiatement. À la place, l’oiseau-dino poussa un cri perçant et plongea vers elle. Erin ne recula pas, mettant une main à son panier avant de lui jeter un noyau.

Elle le manqua.

Mais l’objet volant effraya le ptérodactyle géant, qui hésita avant de s’envoler au loin pendant qu’Erin continuait de lui lancer des noyaux. Elle rit de manière triomphante et se précipita pour s’emparer des œufs. C’est à ce moment que l’oiseau décida de faire demi-tour et plongea droit sur elle, la piquant et essayant de la mordre. Il n’avait pas peur des noyaux après tout.


***


C’est uniquement après le départ du dino-oiseau qu’Erin arrêta de courir et découvrit l’une des nombreuses morsures ensanglantées de son bras et de son dos tout en essayant de ne pas crier.

« Truc débile. »

Au moins il n’avait pas été trop gros. Erin avait réussi à le frapper quelques fois avant qu’il n’arrête d’essayer de lui manger le visage. Mais cela ne voulait pas dire qu’elle s’en était sortie indemne.
Erin siffla de douleur en appuyant sur une autre blessure. Elle ne voulait rien d’autre que mettre de l’eau fraîche sur ses plaies, malheureusement il y avait de nombreux rochers suspects en chemin. En fait, il y en avait six, dispersés à travers la plaine. Bien, son tour de passe-passe avait beau ne pas marcher sur les oiseaux, les crabes-rochers étaient une autre histoire.   

Sur le chemin du retour, Erin lança des noyaux dégoulinants sur deux des crabes-rochers lorsqu'ils s’approchèrent d’elle. Ils n’apprécièrent pas le liquide nocif sur leurs carapaces et s’enfuirent avec des cliquetis bruyants. Erin essuya le liquide puant de ses mains et dépassa le groupe de manière triomphante.


***


Erin arriva à l’auberge en début d’après-midi, et la bonne nouvelle fut qu’elle avait arrêté de saigner sur le chemin du retour. La mauvaise nouvelle fut qu’à peine la porte de l’auberge passée, Erin cligna des yeux puis vomit.

Après quelques minutes, elle arrêta de tousser et d’avoir des hauts-le-cœur suffisamment longtemps pour observer la flaque de liquide bleu avec horreur. Puis elle vomit de nouveau, et encore une fois.

D’une quelconque manière, Erin arriva à atteindre le ruisseau. Ce fut une combinaison de marche rapide et de pauses régulières pour vomir qui l’amenèrent jusque-là. Elle ne se jeta pas dans l’eau glacée, son mouvement était plus proche de la chute involontaire, et commença à trembler lorsque ce qui la rendait malade devint plus sérieux.


***


L’heure suivante fut passée à être accroupie dans le ruisseau à avaler de l’eau et à la vomir tout en surveillant le cours d’eau pour éviter les poissons fous. Heureusement, ils ne semblaient pas enclins à s’approcher d’elle. En fait, elle vit l’un d’entre eux nager vers elle et manger le contenu de son estomac qui avait été porté par le courant. C’était dégoûtant.

Erin lava sa bouche et ses mains pour la dixième fois et sentit le tremblement et la nausée s’amoindrir pendant un instant.

« C’était… C’était quoi ça ? »

Erin ne pouvait que marmonner en regardant l’eau. Elle bougea la tête, non par choix mais pour surveiller l’eau en guettant l’arrivée des dangereux poissons plats.

Le poisson qui avait avalé son vomi flottait à présent, le ventre en l’air. Erin vit les autres poissons l’éviter tout comme ils l’évitaient elle.

« … Du poison. Ça doit être du poison. »

Mais est-ce que c’était une simple intoxication alimentaire où rendre son repas était suffisant, ou un autre type d’empoisonnement où elle allait devenir verte et mourir ?

« Dans tous les cas, je me sens un peu mieux, et je verrai tout ça plus tard. »

Erin marcha jusqu’à l’auberge alors que les dernières nausées disparaissaient. Elle supposa qu’elle était chanceuse, elle ne s’était sentie mal que pendant une heure seulement. Si cela avait été sérieux…

Erin s’arrêta et sourit. Sérieux ? Elle pouvait se rappeler un temps où elle n’avait pas à lutter pour sa vie, oh, il y a trois jours environ, être malade à ce point l’aurait empêchée de quitter son lit pendant toute une semaine.

« Et j’aurais eu une équipe de docteurs me donnant des médicaments par dizaines. »

Elle rit doucement, puis son sourire disparut, Erin posa ses mains sur son visage.

Elle trembla.

Mais continua d’avancer, la nuit commençait à tomber et elle ne pouvait pas s’arrêter.

C’était trop dangereux pour elle.


***


La clef pour se distraire était le mouvement. Erin bougea dans l’auberge et s’occupa, elle nettoya le vomi sur le sol, fit la vaisselle du mieux possible avec un peu d’eau, prit un maigre repas de pâtes et apporta plus d’assiettes et de couverts dans la salle commune. Puis elle stocka les œufs et les fruits bleus dans un placard, alla à l’étage et nettoya quelques chambres. Si elle bougeait, c’était principalement pour patienter.

« Ils ont dit qu’ils allaient me rendre visite. Mais est-ce qu’ils le pensaient vraiment ou est-ce qu’ils sont occupés ? Dans tous les cas, je peux toujours faire plus de pâtes et garder les restes pour plus tard, pas vrai ? »

Elle avait une casserole remplie à ras-bord de pâtes chaudes dans la cuisine et elle s’était déjà servi une assiette pour la manger avec un peu de jus de fruits bleus avant de réaliser qu’il faisait nuit. Erin regarda par la fenêtre, espérant trouver deux silhouettes s’approchant, mais la prairie était vide. Le ciel était incroyablement large, les étoiles tellement nombreuses. C’était magnifique, terrifiant. Erin aurait adoré les regarder si elle avait été chez elle, malheureusement les deux silhouettes ne paraissaient jamais.

« Ils doivent être occupés. »

Erin soupira, la nuit ne faisait que commencer, elle pouvait attendre.

La jeune femme s’assit à une table, son estomac était plein, ses vêtements déchirés et sales, ses paupières de plus en plus lourdes. Mais toutes les minutes, ses yeux se tournaient en direction de la solide porte de bois, elle attendait.


***


Relc s’étira sur sa chaise dans la caserne. Cette dernière était plutôt vide : en début de soirée, la plupart des gardes avaient déjà terminé leur service ou avaient commencé leurs tours de garde pour la soirée. Ceux qui restaient encore dans le bâtiment étaient presque tous des Drakéides, à l’exception de quelques grands [Gardes] humanoïdes poilus. Tous étaient occupés à leurs propres affaires.

Le Garde Sénior jeta un regard irrité vers le large insecte penché au-dessus d’une table à côté de lui.

« Est-ce que tu as enfin fini de t’enregistrer pour finir ta journée ? »

« Presque. »

Klbkch fit une notation précise avec une plume au bas d’un parchemin.

« Voilà. J’ai officiellement marqué que cette journée était terminée pour nous deux. Une nouvelle fois. »

« Super. Merci. Est-ce que tu veux aller voir cette Humaine ? J’ai entendu… »

Une Drakéide appela Relc depuis l’autre bout de la salle. Elle n’était nullement aussi large que lui, mais elle portait une cotte de maille et une épée à la taille, et elle avança rapidement vers lui.

« Il y a une bagarre sur la place du marché. Vas-y et arrête-moi ce grabuge ! »

« Quoi ? Un abruti devait vraiment commencer une bagarre maintenant ? On allait partir et.. »

« Tu la fermes et tu bouges ! »

« … Idiote. »

« Fort dommage. Ne traînons pas. »

« C’est agaçant. Bon, on va rapidement frapper quelques cerveaux-écailleux. Peut-être qu’on aura toujours le temps d’aller à l’auberge après. »

« Tu sais que nous allons devoir poursuivre ceux qui vont s’enfuir. Et puis, il faut vérifier l’étendue des dégâts, les interrogations, ainsi qu’enquêter s’il y a eu des vols durant la bagarre. »

« Aw. »

« Ne t’inquiète pas. L’humaine n’ira nulle part. »

« Je sais, je sais. Mais je voulais manger plus de pâtes et… »

« Relc ! »

Le cri d’énervement fit grimacer Relc et il recouvrit les deux trous de chaque côté de sa tête.

« D’accord, on y va. Bon sang, je déteste vraiment la Capitaine. »

« Ne l’insulte pas alors qu’elle peut t’entendre. »

« Elle peut s’étouffer sur mes écailles. Allons-y et réglons cette histoire presto. »

« Après toi. »


***


Erin était assise au comptoir de son bar et attendait, tout était parfait.

Enfin, c’était presque parfait. C’était acceptable. Elle avait un panier de fruits bleus, il y avait encore des pâtes dans une grosse casserole, et elle avait même de l’eau fraîche en provenance du ruisseau. La vaisselle était presque entièrement propre, et au fond, elle était prête à accueillir quelques clients.
S’ils décidaient d’arriver un jour.

Évidemment ses paupières s’alourdirent, sa respiration ralentit, et elle s’endormit en rêvant qu’elle était toujours éveillée.


***


Boom. Boom

Erin se réveilla, elle leva la tête et regarda autour d’elle avec des yeux encore engourdis par le sommeil, il faisait nuit.

Boom. Boom

Quelque chose frappait à la porte. Erin essuya la bave qui avait coulé sur son menton et se leva de la table. Elle avait dû s’endormir en attendant, mais ils étaient là. Elle tituba jusqu’à la porte et frissonna. Il faisait froid, en fait, plus que froid. C’était… glacial ?

La poignée de porte était recouverte d’une fine couche de gel. Par-delà la porte, Erin pouvait sentir quelque chose de terriblement froid, et un courant d’air glacé soufflait en-dessous de la porte. Ou était-ce le frisson causé par la peur le long de sa colonne vertébrale ?

Boom.

Erin recula promptement de la porte, ce n’était pas quelqu’un qui toquait à la porte. On la frappait violemment.

« Hey. Qui est là ? »

Elle aurait aimé que sa voix ne soit pas si tremblante.

« Un visiteur. »

Est-ce que c’était un murmure ? Non, c’était plus proche d’un écho. Ça sonnait comme une forte voix qui parlait depuis des milliers de kilomètres, une voix qui n’avait rien d’humain. Une voix ne pouvait pas être aussi profonde et aussi terrifiante. 

« Hum. Nous sommes fermés. D-désolée. »

La chose de l’autre côté de la porte… Ricana. C’était probablement un ricanement. C’était humide et gargouillant.

« Cela n’a pas d’importance. J’ai besoin de me sustenter. De me nourrir. Donne-moi de quoi me nourrir et je te laisserai en paix. »

À manger ? Comme, manger de la chair ? Erin frissonna.

« J’ai rien. Va-t’en ! »

« Tu ne me refuseras pas. Ouvre cette porte ou fais face à ma colère. »

Ce fut la goutte d’eau pour Erin. Elle s’éloigna de la porte.

« Je te préviens ! Si tu rentres, je vais, je vais… »

Elle regarda autour d’elle de manière désespérée. Il faisait trop sombre et elle ne se souvenait pas de l’endroit où elle avait rangé les couteaux des Gobelins. Une arme, elle avait besoin d’une arme.

« Ne m’énerve pas plus que cela. Si tu refuses ma simple requête, je vais… »

Elle n’attendit pas de savoir ce que la voix allait faire, elle pouvait le deviner. Erin préféra courir dans la cuisine, elle avait besoin d’une arme. Un couteau, un bout de bois, une spatule, n’importe quoi.
La main d’Erin trouva le manche d’une casserole quand un bruit de grattement dans le bois stoppa sa respiration. Elle avait oublié, elle attendait Klbkch et son ami, ce qui voulait dire que…

La porte n’était pas verrouillée.

Quelque chose était en train d’ouvrir la porte. Erin courut jusqu’à cette dernière et jeta son corps contre elle. Elle repoussa la chose qui était de l’autre côté, mais ne parvint pas à fermer complètement la porte, la chose était presque entrée.

« C’est imprudent. Ton insolence ne fait qu’aggraver ton cas. »

La créature siffla en direction d’Erin. Elle pouvait l’entendre à travers la porte, elle poussait pour essayer d’ouvrir la porte. Mais Erin était motivée par la peur et parvint à retenir la porte.
« Madame. Je ne souhaite qu’un humble repas. Nourris-moi et je reprendrai mon chemin. »

La créature squelettique passa une main dans l’ouverture de la porte. Quelque chose de noir gouttait depuis ses os, le liquide éclaboussa le bois avant de disparaître.

« Je ne souhaite pas m’énerver. »

Sa main tenait la casserole, son cœur était silencieux dans sa poitrine.

« Non. »

« Non ? »

La créature monstrueuse sembla reculer, surprise. Cette dernière entrouvrit un peu plus la porte et quelque chose de nocif s’y engouffra.

« Quel dommage. Mais tu vas me sustenter que tu le souhaites ou non. »

Erin tenta de maintenir la porte fermée mais la créature l’ouvrit brusquement. Elle tomba en arrière et regarda avec horreur.

Une chose qui avait beaucoup plus d’os que la normale et des bouts de chair qui pendaient de manière hasardeuse baissa les yeux vers elle. Elle avait une odeur épouvantable, et une lumière pourpre jaillissait de ses orbites.

« Donne-moi ce que je désire. Ou je vais… »

Erin hurla et lança la casserole.
Titre: Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
Posté par: Maroti le 09 novembre 2019 à 20:05:35
1.09

C’était instinctif, la casserole en métal vola vers la créature avant que cette dernière n’ait le temps de finir sa phrase.

« Bordel de… » 

Avant que la casserole n’atteigne la créature, cette dernière fit un bruit différent des murmures et grognements, c’était très humain et très surpris. Puis après s’être prit la casserole la créature ne fit plus de bruit.

L’image du gigantesque squelette recouvert de ténèbres dégoulinantes disparue en un instant. Erin regarda l’individu, bien plus normal et complètement inconscient et portant une robe grise, qui était étendu sur le sol. Une grosse bosse commençait déjà à apparaître sur son front. Erin l’observa de nouveau, avant de concentrer sur son regard sur ses robes.

« … Et bien. »

***

Le jeune homme était en train de rêver. Peut-être qu’il était en train de rêver à quelque chose de confortable, ou peut-être qu’il était en train de réfléchir au chemin qu’avait pris sa vie dans l’un de ces rêve qui pouvait servir de révélation.  Dans tous les cas, le seau d’eau était suffisant pour le réveiller.

« Quoi… Qui ose… ? »

Le jeune homme se leva, se frottant la tête. Erin le regarda, il n’avait pas l’air très magique, ou très impressionnant pour être franc. Sa peau était pale, ses cheveux bruns étaient en bataille et il sentait mauvais. En fait, l’odeur venait probablement de ses vêtements qui donnaient l’impression qu’ils n’avaient jamais été lavés.

Le mage regarda Erin et cligna des yeux, Erin lui retourna son regard.

« Donc. Tu vas me faire du mal si je ne te donne pas à manger, hum ? »

Erin se releva et craqua ses doigts pour paraître menaçante. Ça lui faisait mal, mais elle essaya de ne pas le montrer. Le jeune leva un doigt, tremblant légèrement, et le pointa vers elle.

« Sache que je suis un mage de grande puissance et que je ne serai pas… »

Le mage se tût rapidement alors qu’Erin souleva la casserole en acier avec une main.

« Ceci. Ceci est une poêle à frire. »

Erin agita la casserole devant le visage du jeune homme, elle le vit suivre la casserole des yeux et rougit en réalisant son erreur.

« En réalité Maîtresse, c’est une casserole… »

« Si je dis que c’est une poêle, c’est une poêle. La partie importante c’est que je vais te frapper avec si tu essayes quoique ce soit. »

« Oh, vraiment ? »

Le mage lui ricana au nez avant de disparaître. Ses yeux étaient braqués sur la casserole, avant de retomber vers une ceinture à sa taille.

« Hey, Arrête ! »

Il l’ignora et marmonna quelque chose avant de disparaître. Un profond écho se réverbéra à travers la pièce.

« Sois témoin de mon po… »

Erin donna un coup de casserole à l’endroit où le mage venait de disparaître.

Clong.

« Aie ! »

Le mage réapparu, tenant le côté de son visage qui venait de recevoir le coup. Erin leva une nouvelle fois la casserole et le mage leva ses mains pour se défendre.

« Réessaye et je te frapperai plus fort. »

« Calmons-nous, il n’y a pas besoin de recourir à l’usage de violence. Je peux voir que tu n’es pas une plébéienne ordinaire, mais une extraordinaire plébéienne. Et crois-moi, c’est un grand compliment venant de la part d’un praticien des arcanes tel que moi. »

Erin le regarda.

« Je sais ce que plébéien veut dire. »

« Oh. »

« Une autre insulte ou un sort d’invisibilité débile et je casse quelque chose. »

Le mage semblait surpris.

« Tu… Comment sais-tu que c’était un sort d’invisibilité ? »

Erin leva les yeux au ciel.

« Est-ce que ça pourrait être autre chose ? »

Le mage cligna des yeux en la regardant avant de murmurer sans réel effort pour cacher ses paroles.
« Malin. Elle est très intelligente pour une aubergiste. »

Erin continua de le regarder. Il toussa en évitant son regard.

« Ahem. Bien, je m’en vais. »

Il se leva et essuya ses robes de manière dramatique, de la terre et de la crasse tombèrent sur le sol en grande quantité sur le sol de l’auberge. Erin regarda son sol et le fusilla du regard. Il s’inclina en lui faisant une courbette et lui fit un sourire charmant. Ou du moins il devait penser que son sourire était charmant.

« Mes excuses, chère Aubergiste, pour tous ces malentendus. J’espère que tu accepteras cette récompense pour le temps que je vous ai fait perdre. »

Il mit la main à sa poche et retira quelques pièces de bronze. Il les offrit à Erin, mais elle ne bougea pas quand il les déposa sur la table.

« Donc tu me payes pour m’avoir fait peur et pour avoir tenté de me voler de la nourriture. »

Le mage lui fit un sourire de vainqueur, ce qui ne fit pas partir la mine renfrogné d’Erin.

« Des mots durs, Maîtresse. Mais oui, j’aimerai faire amende, et je suppose que ce payement est acceptable, n’est-ce pas ? »

Erin regarda les quatre morceaux de bronze avant d’observer son visage, impassible et ne trahissant pas le moindre signe d’émotion.

« Tu transpires. »

Il tamponna son front avec sa robe.

« Vraiment ? Je suis terriblement désolé. Juste laisse-moi, ah… »

Trois autres pièces apparurent dans le creux de sa paume avec un mouvement de son poignet, donnant l’impression qu’il venait de faire un tour de passe-passe, mais il n’était pas doué.

« Certaines personnes n’aiment pas être menacées par un monstre squelettique géant venant des enfers. »

« Je vois ? »

Le nombre de pièce dans sa paume ne changea pas, Erin le fusilla du regard.

« Certaines personnes s’offusqueraient du fait que quelqu’un vient d’essayer de les escroquer. »

Il cligna des yeux.

« Traditionnellement ceux qui pratiquent la magie sont des êtres d’une grande puissance qui ne devraient pas être menacé. »

« Ouaip, et ils sont des os très fragiles. Je suis certaine que les mages sont terrifiants lorsqu’ils sont loin, mais les baguettes ne sont très efficaces quand il s’agit de bloquer des poêles à… Des casseroles. »

Il lécha ses lèvres mais son visage resta placide.

« C’est un bon point. Laisse-moi corriger ma dette. »

Une pièce d’argent apparue au creux de sa paume. Erin fronça les sourcils sans rien dire. Une seconde pièce d’argent apparue, suivi pas une troisième.

Elle croisa les bras.

Trois nouvelles pièces d’argent se joignirent à la petite pille, il était définitivement en train de transpirer.

« Je, hum, j’espère que ceci est suffisant, Maîtresse. Je suis parfaitement prêt à payer le prix nécessaire pour… Pour effacer ma dette, mais je suis légèrement sans le sous en ce moment. »

Erin continua de le regarder.

A contrecœur, il mit la main à sa ceinture et en sortit une pièce d’or avant de lui la présenter.

« Est-ce que, hum, cela est suffisant ? »

Erin céda légèrement, elle s’empara des pièces dans sa main sans prendre la pièce d’or. Elle eut l’impression de l’entendre soupirer de soulagement, mais son visage resta passif. Même s’il était toujours en train de transpirer.

« Tu sais, je voulais juste savoir ce qui allait de passer si je continuais de te regarder. »

« Ah. Bien sûr. Et bien, en tant que praticien des arts mystiques je sens qu’il était toujours sage de se montrer… Généreux. »

« C’est certainement plus pratique. Et tu sais, si tu payerais tout ce que tu achètes, tu n’aurais pas à essayer de faire peur aux gens pour obtenir ce que tu veux. »

« Ah, mais l’argent est tellement… Mondain. Ou serait le plaisir de la vie sans un peu de variété ? »

« D’accord, et tu trouves cette variété en terrifiant les gens avec des illusions ? »

« Seulement pour certaine occasion. Et je comprends parfaitement votre agacement. Cependant, je pense que notre désaccord est réglé et je vais… »

Il commença à s’éloigner d’elle pour aller en direction de la porte. Sur le chemin son estomac gargouilla et il devint rouge, mais continua de marcher. Erin soupira avant de rapidement prendre une décision.

« Où est-ce que tu vas ? »

Il pencha ses épaules et Erin vit sa main se resserrer sur la poignée de porte.

« Et bien, si tu n’as plus besoin de moi… Après tout, j’ai payé. Donc je ne souhaite pas te déranger plus que né… »

« Reviens ici et je te donnerai à manger. »

Il se retourna avant de cligner des yeux, mais Erin était déjà dans la cuisine à la recherche d’une assiette et d’un verre.

« Tiens. Du jus bleu et quelque fruit bleu. J’ai aussi des pâtes dans une casserole, mais je vais devoir les réchauffer. »

Erin posa le verre et l’assiette et ajouta trois fruits. Elle s’attendait à voir le mage commencer à manger sans hésitation ou faire une remarque désobligeante, mais il devint plus pale.

« Ah. Est-ce que je dois manger ça ? »

« Ouaip, c’est le repas. »

« Et, je suppose que si je ne le fais pas, tu vas me frapper avec cette casserole, n’est-ce pas ? »
Il la regarda de manière méfiante, Erin lui rendit son regard.

« Mais de quoi tu parles ? Je te donne à manger. Est-ce que tu es allergique à la couleur bleue ou quelque chose genre ? »

Une nouvelle fois, le visage de son invité semblait être prit entre l’envie de dire quelque chose et l’envie de s’enfuir en courant. Il pointa le fruit bleu d’un doigt hésitant.

« Est-ce que tu, hum, est au courant que ce fruit est vénéneux? »

Erin s’arrêta, le fruit qu’elle venait de prendre se trouvant à quelques centimètres de sa bouche.

« Vénéneux ? »

Il lui sourit, son visage encore plus pale qu’auparavant.

« Extrêmement. Le noyau du fruit d’Amentus cause une mort douloureuse en quelque heure si ingéré. Même si la partie extérieure est comestible, les graines sont très toxiques, tu es au courant n’est-ce pas ? »

« Hum. Je le suis désormais ? »

« Je vois. »

« … Tu en veux un ? »

Il regarda le fruit bleu avec appréhension.

« Est-ce que j’ai l’option de refuser ? »

« Écoutes, c’est sans risque. J’en ai déjà mangé plein, il suffit de manger autour du noyau et tout va bien se passer, d’accord ? »

Il ne fit aucun mouvement en direction de l’assiette.
« Imaginons que j’accepte vos mots. Je n’oserai pas remettre en question votre connaissance du sujet Maîtresse, c’est juste que… »

« Mais bon sang. »

Erin se rendit jusque dans la cuisine, agacée, avant de s’emparer d’un couteau. Le mage eut un mouvement de recul en la voyant, mais elle attrapa l’un des fruits et commença à couper l’extérieur du fruit. Elle laissa le noyau sur le comptoir et mit les morceaux de fruits directement dans l’assiette. Deux autres fruits subirent le même sort avant de servir abruptement l’assiette devant le mage.

« Voilà. De la nourriture entièrement non vénéneuse prête à être mangé. Heureux ? »

Elle le fusilla du regard. Il s’empara précautionneusement d’une part et la regarda avec appréhension.
 
« Je suppose que la toxicité est acceptable si ce n’est que le fruit, bien. »

Il mordit dans le fruit avec précaution, après quelques secondes et prit une autre bouchée. En moins d’une minute l’assiette était vide et il essuya quelques gouttes de jeu bleu au coin de sa bouche avec sa robe.

Erin déposa une assiette de pâte fumante devant lui.

« Tu as faim, pas vrai ? Tiens c’est pour toi. »

« Mes remerciements. »

Et ça semblait être de véritables remerciements. Erin devina qu’il devait vraiment avoir faim. En fait, et maintenant qu’elle l’observait d’un peu plus prêt, elle se rendait compte que sa robe semblait trop grande son maigre gabarit. De plus, en prenant en compte l’état de son habit et l’odeur qui s’en échappait, elle devait qu’il devait être dans un sale état.

Cependant, il mangea avec la vigueur et l’appétit de deux hommes, donc elle supposait qu’il était toujours en forme. Il ralentit uniquement quand elle remplit son assiette pour la deuxième fois, avant de s’arrêter, probablement pour digérer, et la regarda.

« Donc, si je peux être curieux, qu’est-ce qu’une délicate fleur d’effervescence fait dans un tel endroit ? »
Erin le regarda.

« Est-ce que tu essayes d’être impressionnant, ou est-ce que tu parles vraiment comme ça ? »

Il se redressa et prit un air offusqué.

« Quelle impolitesse. Mon lexique et ma diction sont juste un résultat de mon éducation, et nullement une façade qui… »

« Arrête. Tu passes pour un idiot. »

Il regarda Erin d’un œil mauvais, mais le regard d’Erin se montra plus puissant.

« D’accord, je suppose que ce n’est pas la peine d’essayer d’impressionner quelqu’un possédant les rudiments d’une éducation. Mais ma question se tient : qu’est-ce qu’une jeune fil…Femme comme toi fait ici ? »

Sa voix était toujours aussi hautaine et condescendante qu’auparavant, mais au moins il avait arrêté de dire des mots à sept lettres comme un joueur de scrabble. Erin décida qu’il venait de gagner quelques secondes de patience supplémentaire, mais cela ne voulait pas dire qu’elle devait se montrer aimable.

« Je me suis perdue. »

Il leva un sourcil dubitatif.

« Perdue ? Il faut un certain talent pour se perdre dans les Plaines Inondées. Est-ce que vous êtes une locale ? Même si je doute sincèrement que vous en êtes une.»

« Les Plaines Inondées ?  Mais de quoi tu parles ? »

Le mage secoua sa main autour de manière désintéressé.

« Cette région est connue sous le nom de Plaines Inondées de par le fait qu’un adorable phénomène climatique lié à la géographie locale fait que… Mais qu’importe, tu ne peux pas être du coin si tu ne connais rien à son propos. Mais j’aurai pu le deviner au fait que tu sembles être humaine au premier regard. »

« Je suis complètement, à 100% humaine, merci. Et pourquoi cela ferait une différence. »
« Les locaux n’aiment pas trop les humains. »

Il avala une autre fourchette de pâte en continuant de l’observer.

« C’est une autre chose que tu ignorais, n’est-ce pas ? Bien, bien. Une voyageuse qui ignore tout de l’endroit où elle se trouve… Un sort de téléportation peut-être ? »

Erin le regarda de manière incrédule.

« Comment tu as deviné ? En fait, c’est à moitié vrai, mais comment tu as deviné ? »

Il haussa les épaules.

« C’est commun. En fait, ce n’est pas réellement commun mais c’est la seule explication que j’ai trouvé. Je suppose que tu aurai pu être emporté par une des espèces aviennes locales, mais elles ont tendances à laisser tomber leurs proies pour manger leurs os. »

Erin frissonna.

« Ils deviennent aussi gros ? Non, ne me dit rien, je n’ai pas envie de savoir. Mais j’ai l’impression que tu as raison, c’était un sort de téléportation ou quelque chose du genre. Ca ne semblait pas être un sort mais… »

« Et tu es une experte en sort de téléportation peut-être ? Je vois. »

Cette fois le ton hautain se fit plus prononcé et la main d’Erin hésita en direction de la casserole.
« Non, mais je paris que ce type de sort créé un grand flash lumineux ou un bruit bizarre, pas vrai ? »

Il semblait réticent.

« … Peut-être. »

« Dans tous les cas, je n’ai pas vu un idiot en robes agiter une baguette en hurlant ‘abracadabra’. De plus il n’y a pas de magiciens de là ou je… Enfin, je veux dire, je suis certain qu’il n’y avait pas de… j’ai pris une intersection et me voilà. »

Erin hésita, mais les yeux du mage étaient soudainement remplis d’intérêt. Il se pencha dans sa chaise.

« Vraiment ? Tu as simplement prit une intersection et tu t’es retrouvé dans un lieu totalement différent ? »

« Ouaip. Puis je n’ai fait que m’amuser depuis mon arrivée. »

Il s’assit de nouveau.

« Fascinant. »

« Fascinant comme ‘je sais quel sort c’était ?’ »

Il secoua sa tête.

« Non, non. Je n’ai pas la moindre idée de quel type de magie est capable d’avoir ce résultat, voir même si un sort est capable d’avoir un tel effet. Cela semble être un sort qui… Et bien, il, disons que seul quelques rares mages vivants ont potentiellement le pouvoir de réaliser un tel exploit. De plus, le fait que tu en sois la cible ne fait aucun sens. Pourquoi quelqu’un gâcherait un sort aussi puissant pour quelqu’un d’aussi commun que… Que… »

« Moi ? »

Il évita son regard.

« Oui, en effet.  Mais je vois que vous êtes bien installé. C’est… C’est un charmant établissement que tu as là. Très pittoresque. »

« Ce n’est pas à moi. Je l’ai juste trouvé et je suis devenu une [Aubergiste] en passant un coup de chiffon. »

« En effet, c’est souvent le cas. Cependant tu sembles t’être bien adaptée. Ce lieu n’est pas hospitalier pour la plupart des hommes. »

« Merci, je suppose. Mais si c’est si inhospitalier, et crois moi je sais à quel point il l’est, pourquoi est-ce que tu es là ? »

Il cligna des yeux.

« Moi ? »

« Oui, toi. Je t’ai dit pourquoi j’étais là. Alors pourquoi en mage débraillé fait ici à effrayer les gens pour un repas ? »

Il dépoussiéra ses robes de manière défensive.

« Mon apparence physique n’a aucun lien avec… »

« Répond à la question. »

Il semblait inconfortable.

« Je, ah, suis ici pour étendre mes horizons. Cette nation, enfin, cette collection de cité-état est hospitalière pour les gens qui essayent d’éviter d’attirer l’attention sur eux. De plus, il y a de quoi se nourrir si quelqu’un à les bonnes capacités. »

« Comme prétendre d’être un horrible monstre ? »

Il évita son regard.

« Certain doivent faire le nécessaire pour survivre. »

Elle le regarda.

« Je suppose que c’est vrai. Est-ce que tu te sens bien, à voler des gens innocents ? »

Il devint rouge à ces mots, il posa sa fourchette et poussa son assiette vide.

« Tu ne serais pas aussi rapide à me juger si tu en savais plus sur les gens que tu défends. »

« Peut-être, peut-être pas. Mais les deux que j’ai rencontré étaient plutôt polis, ont payés pour le repas, et n’ont pas essayé de me menacer lors de notre première rencontre. Alors que tu es le premier humain que je croise. »

Une nouvelle fois, Erin et son invité se regardèrent droit dans les yeux. Cette fois, il détourna le regard en premier avant de se lever.

« Je vois que je ne suis plus la bienvenue. Soit, ton repas était adéquat, Maîtresse. Je te prie d’accepter ma sincère gratitude. »

Son plan était probablement de s’en aller mais Erin lui barra le passage.

« Tiens. »

Elle lui offrit deux fruits bleus, il hésita.

« Prend-les, tu as l’air maigre, et si tu les manges peut-être que ça t’évitera de déranger d’autre personne. Merci d’avoir été un client, reviens et je te redonnerai à manger. Réessaye de me faire peur et je te frapperai plus fort. »

Il la regarda de manière incrédule, mais accepta quand même les fruits.

« Hum. Merci. »

Les deux se tinrent de manière gênante durant quelques instants.

« Je viens de me rendre compte que je n’ai jamais demandé ton nom. »

« Moi ? Oh, je suis Erin. Erin Solstice. Et tu es ? »

Le mage fit un pas en arrière avant de lui faire une courbette distinguée. Erin regarda la tache bleue sur la manche de sa robe.

« Pisces, praticien de magie, étudiant de l’Académie de Wistram, spécialisé dans les écoles magiques d’Illusion et de magie Élémentaire avec des compétences additionnelles dans de nombreux autres écoles de magie. »

Erin leva un sourcil dubitatif.

« C’est bien pour toi, tu as un passe-temps ? »

Il hésita.

« … La Nécromancie. »

La porte se referma, et Erin resta figer devant cette dernière.
Titre: Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
Posté par: Maroti le 09 novembre 2019 à 20:08:08
Dix chapitres en un peu plus d'un mois! C'est un rythme que j'espère pouvoir continuer de suivre, avec un chapitre le mercredi et un chapitre le samedi.

Je vois que ce projet à prit un d'ampleur, et je remercie tout ceux qui suivent cette traduction! Mais encore une fois je vous conseilles aussi de supporter l'auteur original de cette oeuvre, Piratebea, en se rendant sur le site officiel de l'oeuvre.

Une petite précision par rapport au dernier chapitre, notre nouvel ami (*tousse*) le mage surnomme Erin 'Maîtresse' dans le sens 'Maître d’Hôte', mais je n'ai pas trouvé une traduction plus adéquate qui collait toujours à son tutoiement. Les malheurs de la traduction!

Si vous avez des commentaires ou des questions, le sujet est là pour ça, sinon je me contenterai de poster un autre message pour fêter le vingtième chapitre!
Titre: Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
Posté par: Maroti le 14 novembre 2019 à 01:19:22
Le temps passa et Erin trouva le sommeil.  Le temps continua de passer jusqu’au moment où Erin se réveilla. Tout cela n’était que de mineurs détails, l’important était le bruit.

Toc. Toc

Après un certain temps, le bruit se fit trop bruyant pour l’ignorer. Erin ouvrit les yeux et se redressa, le monde était bien trop lumineux et bruyant.

Quelqu’un était en train de frapper à la porte. Erin hésita à retourner se coucher, mais la personne continuait de frappe. Exaspérée, elle se leva et alla ouvrir la porte.

« Qu’est-ce que tu veux ? »

Pisces, le magicien amical, sourit de toutes ses belles dents.

« Bonjour Maitresse. Je me demandais si mon humble personne pouvait s’inviter dans… »

Erin ferma la porte, avant de la rouvrir quelques secondes plus tard.

« Moins de mots. Va droit au but. »

« Hum, soit. Est-ce que tu es ouvert aujourd’hui ? »

Erin regarda autour d’elle.

« Moi ? »

« Toi. Cet établissement. »

« Ici ? »

Pisces cligna des yeux plusieurs fois, avant de parler très lentement.

« Est-ce que cette auberge est ouverte ? Est-ce que tu sers de quoi me susten… De quoi me nourrir ? Je paye, je mange ? »

Erin le regarda d’un mauvais œil.

« Il était tôt. Oui, je suppose que je suis ouvert. Tu peux rentrer. »

Elle retourna à l’intérieur avec le pas lourd, avant d’être suivi par Pisces.

« J’aimerai consulter le menu si po… »

Erin posa une assiette sur la table avant de partir et de revenir avec quatre fruits bleus qui rejoignirent l’assiette sans délicatesse. Pisces regarda les fruits et ouvrit la bouche, puis il vit l’expression sur le visage d’Erin et décida de garder ce qu’il allait dire pour lui.

« Si je peux te déranger et demander un couteau et une fourchette… »

Elle claqua les couverts sur la table et s’en alla. Elle aurait aimé pouvoir retourner se coucher, mais le bruit que faisait Pisces en frappant ses couverts contre l’assiette était trop distrayant. A la place, elle prit un fruit bleu pour elle et alluma un feu pour réchauffer les pâtes. Elle mangea son fruit dans un amer silence.

A l’extérieur, il commença à pleuvoir.

***

La pluie tomba depuis les cieux comme une tempête de grêlons. Enfin, elle tombait comme de la pluie, mais les gouttes étaient bien plus grosses et tombaient bien plus lourdement que d’habitude. Le battement de la pluie contre le toit était presque assourdissant.

Presque, derrière elle Pisces déposa ses couverts et soupira bruyamment. Erin souhaitait pour qu’il ne soit pas là, ce n’était pas qu’elle n’aimait pas un peu de compagnie, elle se sentait terriblement seule après tout, mais elle aurait aimé avoir quelqu’un d’autre pour lui tenir compagnie.

« C'est une sacrée averse. »

Elle parlait toute seule, mais il prit cela comme une invitation pour parler.

« Cela arrive souvent. Un phénomène météorologique naturel, comme il en arrive tant. »

Erin se retourna et lui lança un regard mauvais, ses deux sourcils se dressèrent et il leva son verre.

« Un autre verre s’il te plait, ce dernier est vide. »

« Ou est-ce que tu as… Reste en dehors de ma cuisine. »

« Et c’est tout ce que je souhaite, mais je crois que j’avais terriblement soif et j’aimerais en avoir un autre, si possible… »

Les deux d’Erin tremblèrent d’agacement, mais elle en profita prendre un verre. Elle ne lui servit pas sa boisson, mais posa le pichet à l’autre bout de la table, là où il allait devoir tendre le bras pour l’attraper. 

« Est-ce qu’il pleut comme ça souvent ? »

« Rarement, c’est simplement de saison. Pour être franc, c’est une aberration, normalement il pleut bien plus longtemps, mais quelqu’un est probablement en train de jouer avec la météo. Je suppose que nous allons avoir une petite tempête, et rien de plus. »

Elle le regarda d’un air curieux.

« Jouer avec la météo ? Comment ? »

Il lui fit un sourire narquois. Elle nota, à son grand mécontentement, qu’il était déjà à son deuxième verre de jus bleu.

« Avec de la magie, c’est la seule solution. Un idiot incapable de voir plus loin que le bout de son nez a probablement lancé un sort de contrôle météorologique. Impressionnant, je suppose, mais bâclé dans son exécution. »

Erin jeta un coup d’œil à t’extérieur.

« C’est impressionnant pour moi. Je veux dire, c’est une sacrée tempête, ne faut-il pas être un puissant sorcier pour réussir quelque chose du genre ? »

« Le terme correct est mage, Maîtresse »

« Mon nom est Erin, idiot. »

« Aha. Accepte mes excuses, mais si tu fais référence à l’un de mes collègues exaltés, le bon terme est mage. »

Erin lui lança un nouveau regard, et il ne semblait pas être dérangé.

« Vous n’avez pas de sorcier, d’ensorceleur, ou de… Démonistes ? Des sorcières ? Tout le monde est un mage ? »

« Comment dire… Ce sont des titres pour les mages qui ont atteint certaines conditions? Un sorcier est un chercheur en arcane et un véritable étudiant des arts arcaniques. Ce sont des individus proches de ce que je suis, mais qui préfère étudier des branches de magie plus communes. D’un autre côté, les ensorceleurs sont simples et ceux que l’on prénomme ainsi sont ceux qui se sont instruit dans les arts magiques et qui eut peu de véritables éducations. Les Démonistes sont ceux qui obtiennent leurs pouvoirs via d’autres sources comme les invocations, alors que les sorcières pratiquent de l’alchimie lié à des écoles magiques spécifiques. Donc, mage reste le terme généralement accepté pour parler d’une personne pratiquant la magie »

Il s’arrêta, Erin continua de le dévisager.

« D’accord, je n’avais pas besoin de savoir tout ça. »

Pisces hocha les épaules.

« Tu as demandé, je ne faisais que remplir mon rôle en tant qu’invité. »

« C’est bien. Bien pour toi. Donc, c’est un… Mage qui a fait ça ? »

« Oui. Et ce n’est pas particulièrement difficile, je suppose que pour une non initiée cela peut paraître impressionnant, mais un mage de niveau 30 pourrait facilement lancer ce sort. Voir moins, si l’individu en question est spécialisé. »

« Donc… »

« Comme je viens de le dire, ce n’est pas très impressionnant, n’importe quel mage pourrait lancer un sort de ce type. »

« Est-ce que tu peux ? »

Pisces s’arrêta.

« Ma spécialisation se trouve dans un différend domaine. »

« Comme les cadavres. »

Il évita son regard et vida son verre.

« Ce n’est qu’une autre branche magique, Maîtresse Erin. »

Erin le regarda et s’apprêtait à ajouter quelque chose quand la porte s’ouvrit violemment.  Erin et Pisces se tournèrent pour voir une sombre silhouette trempée rentrer dans l’auberge avant d’ouvrir ses bras en grand.

« Bien le bonjour gens à sang froid, Humain à sang chaud et… Oh. »

Relc s’arrêta et regarda Pisces, Klbkch ferma la porte et s’inclina légèrement.

« Pardonnez notre intrusion. Est-ce que cet établissement est ouvert ? »

« Quoi ? Oh, oui. »

Erin chercha ses mots, Relc continua de regarder Pisces qui faisait particulièrement attention à l’ignorer en se resservant un verre.

« Ça fait un bout de temps, je suppose. Mais entrez, ou installez-vous. Prenez un siège. Vous voulez quelque chose à manger ? »

« Si vous le voulez bien. »

Klbkch essuya ses pieds et s’installa à une table, Relc était toujours en train d’observer Pisces.
« Tu t’es multiplié ? Est-ce que les Humains peuvent faire ça ? »

« Quoi ? Oh non, c’est juste Pisces. Il est agaçant donc il vaut mieux l’ignorer. »

Erin fit signe à Relc de s’asseoir  avant d’aller chercher de nouvelles assiettes.

Relc continua de regarder Pisces jusqu’à ce que Klbkch lui donne un coup de pied et le fasse s’asseoir.
« Je crois que regarder quelqu’un est considéré comme malpoli dans la plupart des cultures. Assied-toi et arrête d’être malpoli. »

Relc continua de regarder Pisces en s’asseyant. Klbkch se tourna vers ce dernier et hocha la tête.
« Veuillez excuser l’impolitesse de mon compagnon. »

Pisces agita sa fourchette de manière désinvolte.

« Je n’y prête pas attention. La masse plébéienne est un fardeau qui doit être enduré ; je n’ai pas de mauvaise volonté envers l’impolitesse des ignorants et des mal informés. »

Klbkch et Relc échangèrent un regard.

« En effet. C’est un plaisir de faire votre connaissance. »

« Les Humains. Ils sont tellement… »

« Vous voulez des pâtes ou des fruits bleus ? »

Erin émergea de la cuisine, essayant de porter une casserole de pâtes fraîches et plusieurs assiettes avec deux mains.

« Ah. Heu. Hm, ce que je voulais dire est que… »

« Cela serait un plaisir d’essayer les fruits bleus. Je crois que mon partenaire, actuellement en train de perdre ses mots, prendra la même chose. »

« Ouais. De la bouffe. Je vais en prendre. »

« De même. Une deuxième assiette et de quoi remplir mon verre, s’il te plait. »

Pisces lui fit signe avec sa fourchette, Erin lui lança un nouveau regard mauvais.

« Tu veux des pâtes ? C’est dans la cuisine. Va te servir. »

Lui tournant le dos, Erin sourit à Relc et Klbkch.

« Donc, heu, re-bonjour. Ça fait un bail, Klbkch et… ? »

Klbkch hocha la tête alors que Relc semblait attendre quelque chose.

« Hum. Heu… »

« Relc. »

Klbkch murmura doucement.

« Relc ! C’est vrai, c’est vrai. »

« Quoi ? Comment ça se fait que tu te souviens du nom de cet idiot et pas du mien. »

Relc semblait blessé et Erin pouvait sentir le rouge monter à ses joues.

« Hum, désolé. »

« Je suis le plus beau de nous deux, alors pourquoi ? »

« Désolé. C’est juste que… Heu… Tu vois. J’ai une mauvaise mémoire. »

« Vraiment ? »

« … Non, désolé. C’est juste que mes deux derniers jours ont été agités. »

« Oh. »

Il semblait déçu, alors Erin essaya de lui remonter le moral.

« J’ai fait plus de pâte. Enfin, ce sont des pâtes d’hier mais elles sont toujours bonnes ! Et j’ai aussi plus de jus bleu, et de fruits bleus ! C’est, hum, pas vénéneux, il suffit juste de manger la partie extérieure. »

« Ooh, des pâtes ! »

Relc regagna aussitôt le sourire. Erin alla chercher les pâtes et déposa deux assiettes fumantes devant ses deux nouveaux clients.

« Mes remerciements. »

Klbkch haussa la tête en direction d’Erin et ils commencèrent à manger. Après quelques bouchées, Relc regarda Erin avant de retourner son regard vers Pisces.

« Donc, comment ça va ? Tu as gagné des niveaux depuis ? »

« Oui, en effet. Directement après que vous soyez partie. »

« Ooh, félicitations ! Est-ce que tu as obtenu une nouvelle compétence ? »

« [Artisanat De Base]. J’ai pu me faire un panier en herbe avec l’aide de cette compétence. »

« C’est pratique ! La majorité des artisans et des ouvriers obtiennent cette compétence après avoir commencé. Je suppose que les aubergistes ne sont un peu dans cette catégorie, pas vrai ? Faut s’occuper de l’auberge après tout, réparé les fenêtres et les tables, ce genre de truc. »

« Je suppose. Je n’ai pas encore essayé et, de plus, je n’ai pas de marteau. En fait, je n’ai jamais utilisé de marteau de ma vie. »

« Dans tous les cas, tu as une compétence pour ça maintenant, donc ça va passer crème. Et puis tu peux t’acheter un marteau sans problème, tu n’as qu’à te rendre dans la ville et tu peux en trouver un de bonne qualité pour une ou deux pièces d’argent. Tu sais quoi, si tu viens dans le coin je t’aiderai à avoir une réduction. »

« Vraiment ? C’est très généreux. Merci. »

Erin sourit de manière hésitante à Relc qui lui rendit son sourire sans hésitation tout en continuant d’aspirer une nouille. Klbkch posa sa fourchette avant de hocher la tête en direction de son compagnon.

« Pas totalement. Je crois savoir que mon compagnon reçoit une petite partie de la somme pour avoir dirigé un nouveau client vers l’un de ses associés. »

Relc lança un regard mauvais à Klbkch.

« La ferme. Est-ce que tu dois ruiner tout ce que je dis ? »

« Je ne fais que souligner la vérité. »

« Et bien… Arrête. »

 Erin sourit en regardant les deux se chamailler. Cependant, elle était la seule amusée. De l’autre côté de l’auberge Pisces vida son verre et l’abattit lourdement sur la table.

« Si cette charmante discussion est terminée, mon verre est vide. Est-ce que prêter attention au client ne fait pas partie de tes services ? »

Erin lui lança un regard noir, Relc lui lança un regard noir à son tour. Klbkch… Elle ne pouvait pas vraiment lire l’expression de l’homme fourmi, mais il avait clairement un air silencieux et désapprobateur.

« Super client que tu as là. »

« Ouaip. Hey, la ferme ! »

Pisces leva un sourcil.

« Quel manque de courtoisie. La prochaine fois, je dépenserai mon argent ailleurs. »

« Je ne veux pas de ton argent. En plus, tu as tenté de me voler la dernière fois. Tu es ici malgré ça, et parce que je me sens mal pour toi. »

Il soupira et leva les yeux au ciel. Erin renifla avant de débattre pour savoir si elle devait remplir son verre ou non, mais quelque chose de tranchant lui toucha la taille, elle hurla et sursauta.

« Désolé »

« Ne… ne fait pas ça ! »

Erin mit la main à l’endroit où la griffe de Relc l’avait touché.

« Désolé de nouveau mais… Tu as dit voler ? Du genre, ce type là-bas a tenté de te voler ? »

La voix de Relc était un sifflement bas alors qu’il jeta un regard discret vers Pisces. La discrétion n’était pas de mise, car Pisces était toujours trop concentré à regarder son verre vide. Erin sourit de manière malicieuse avant de lui murmurer.

« Ouais. Hier soir j’ai été visité par un monstre terrifiant. Mais quand je lui ai donné un coup de poê… De casserole, c’était juste lui. Donc je lui aie fait payer pour m’avoir fait peur et pour la nourriture. »

« Tu m’as extorqué. »

« La ferme ! Tu es chanceux que je ne t’ai pas balancé dans le ruisseau pour laisser les poissons te manger ! »

« Et… Tu l’as laissé revenir pour le petit-déjeuner ? »

« Et bien, il n’est pas vraiment dangereux, juste agaçant. »

« Et tu n’as pas à le reporter à qui que ce soit ? »

« Reporter à qui ? »

Erin regarda Relc sans comprendre. Relc lui rendit son regard. Klbkch termina son assiette de pâte et déposa sa fourchette, puis il regarda Erin à son tour.

« Oh.Oh. J’ai oublié. Et puis, vous n’étiez pas là hier. »

Klbkch acquiesça.

« C’est vrai. Notre absence était plus que déplorable, mais nous pouvons désormais faire notre devoir. Pour changer de sujet, Mademoiselle Solstice, les pâtes étaient délicieuses. »

« Ouais, elles sont bonnes ! Une petite minute. »

Relc attrapa sa fourchette et avala de grandes cuillerées de pâtes. Il arriva à avaler la moitié de son assiette sans grand effort, et dévora le reste en une poignée de secondes. Erin le regarda de manière terrifiée, fascinée et légèrement jalouse à la fois.

Une fois cet exploit réalisé, Relc échangea un regard avec Klbkch avant de se tourner vers Pisces.

« Hey toi ! »

Pisces releva la tête en fronçant les sourcils. Il regarda Relc et laissa échapper un râle irrité.

« Est-ce que je peux vous aider ? Je ne fais pas de la magie sur demande. Si vous recherchez un sort particulier je serais heureux de discuter prix avec vous… Plus tard. »

Relc sourit depuis sa chaise.

« Pourquoi pas un sort qui te change en monstre ? J’adorerai voir ça. Ou mieux encore, est-ce que tu as un sort pour te sortir du pétrin ? Parce que tu vas en avoir rapidement besoin. »

Le visage de Pisces perdit ses couleurs, ses yeux allèrent vers Erin avant de retourner vers Relc et Klbkch.

« Ah. Je vois que notre chère aubergiste est rancunière. Bien, je ne sais pas si elle vous l’a dit, mais je vous assure que je l’ai largement dédommagé pour mon… Erreur. Ce n’est pas la peine que deux soldats comme vous s’en mêlent. »

« Oh, mais bien sûr que ça vaut la peine ! Et au fait tu as tort. »

« A quel propos ? »

Relc échangea un regard avec Klbkch. Il sourit, ou plutôt, sa bouche s’ouvrit et il montra ses dents à Pisces.

« On n’est pas des soldats. On est des gardes. »

« Ah. »

Pendant une seconde, Pisces resta totalement immobile. Puis il sauta de sa chaise avec un surprenant éclair de vitesse et courut vers la porte.

Le bras de Relc bougea. Erin ne vit qu’un geste flou et son bras partit vers l’avant. Elle hurla alors que sa lance frôla son oreille, mais l’arme ne toucha pas Pisces. La lance vola entre les jambes de ce dernier, le faisant trébucher alors qu’il tentait de prendre la fuite. Il s’étala sur le sol alors que Relc se leva de sa chaise, Klbkch était déjà débout.

« Ne bouge pas. Tu es en état d’arrestation pour intimidation et tentative de vol. Restes immobiles. Tout mouvement brusque résultera à des blessures physiques. »

D’un seul bras, Klbkch releva Pisces. Ce dernier ne résistait pas alors que Klbkch le déposa dans sa chaise. Relc sourit à Erin.

« Joli lancer, pas vrai ? »

Elle tenta de répondre et sa voix se brisa.

« O-ouais. »

Les yeux de Relc s’ouvrirent légèrement, trahissant son inquiétude.

« Oups. Désolé, est-ce que je t’ai fait peur ? J’oublie que les gens normaux n’ont pas l’habitude. Ne t’inquiète pas, je ne rate jamais un de mes lancers. »

« J’en suis certaine, j’en suis certaine. Et je n’ai pas peur. J’ai juste été… Surprise. »

« D’accord, d’accord. »

Relc tapota gentiment le dos d’Erin. Elle manqua de tomber de sa chaise mais se rattrapa sur la table, il ne le remarqua pas. Relc se rendit joyeusement vers Pisces et sourit en le regardant de toute sa hauteur.

« En plein dans le mille. Tu as vraiment essayé de fuir ? Personne ne m’échappe. »

Il regarda son compagnon.

« Klbkch, est-ce que tu as quelque chose pour l’attacher ? »

Klbkch secoua sa tête.

« Je suis sans menotte ou corde anti-magie. Nous allons devoir être attentif, à moins que Mademoiselle Solstice possède quelque chose pour l’attacher ? »

Klbkch regarda Erin.

« Heu, non. Non, désolé. »

« Fort dommage. Mais nous allons devoir nous débrouiller. »

« Tu ne vas pas te dérouiller, tu ne vas rien faire. C’est un affront ! »

Pisces essaya de pousser Klbkch, son visage était pale et il transpirait, mais il continua de garder son ton hautain, même si ce dernier était bien moins prononcé.

« Je suis totalement innocent ! Ces accusations infondées sont fausses et… »

« Tu mens. »

La réponse de Klbkch fut monotone, et sans l’ombre d’un doute.

« [Détection De Culpabilité] est une compétence basique que tous les gardes obtiennent au niveau 15. Je peux sentir ta culpabilité, ce qui est assez pour justifier ton arrestation. »

« De plus, on te connait déjà toi et tes crimes. »

Relc croisa ses bras et son sourire s’élargit, ses dents étaient jaunes et très, très pointues.

« Ça fait un bout de temps qu’on te cherche, Monsieur Mage. Ou plutôt, la créature terrifiante qui menace les voyageurs et les gens vivants seuls ? Cela fait presque un mois que tu voles de la nourriture et de l’argent, il y a une récompense sur ta tête, et j’aimerai bien l’obtenir. »

Erin regarda Pisces, qui venait de prendre une teinte plus pale de blanc, mais Relc n’avait pas terminé.

« D’accord, voilà à quoi je pense. Moi et mon ami on va te sortir de l’auberge, te frapper avec des bâtons et des rochers pendant un petit bout de temps, et te traîner jusqu’à la ville pour la récompense. Puis on en donnera la moitié à notre charmante aubergiste ici présente, c’est un bon plan, hein ? »

« En fait, j’aimerai que… »

« C’est dommage ! »

Relc craqua ses doigts. Erin, qui avait regardé la scène avec fascination, leva la main.

« Hum… Mais ce n’est pas bien ça ? »

« Pas bien ? Pourquoi ça ne serait pas bien ? »

Erin chercha ses mots alors que Relc la regarda de manière incrédule.

« Est-ce qu’il n’y a pas de règles ? Comme, une règle qui empêche la police, heu, qui empêche les gardes de blesser les gens après leurs captures ? Comme… Interdiction de frapper quelqu’un une fois qu’il est au sol ? »

Relc la regarda avant de se tourner vers Klbkch.

« On a des règles comme ça ? »

« Je crois que c’est un standard Humain. »

« Oh, ouf. Je me suis inquiété pendant quelques secondes. »

« Oui, nous ne voudrions pas ruiner l’amusement de brutes sans cervelle telle que toi. »

La voix de Pisces dégoulinait de mépris, il semblait que Pisces était incapable de se taire pour son propre bien. Relc fit un poing avec sa main et Pisces tressaillit.

« Un instant, un instant. »

Erin attrapa le bras de Relc. C’était instinctif, mais dès l’instant où elle toucha les écailles de ce dernier elle faillit lâcher prise. Sa peau, ou plutôt, ses écailles étaient étonnamment froides et faciles à attraper. Elles dérangeaient Erin car elles rendaient toute la scène plus réelle que nécessaire.

Relc regarda Erin et la décrocha avec délicatesse, il était tellement fort qu’il brisa son attache avec deux de ses doigts.

« Ne t’en fais pas, Mademoiselle. On va le cogner à l’extérieur comme ça tu n’auras pas à le voir. »

« Ou ! Ou pourquoi ne pas éviter ça ? Ce n’est pas ce que les gentils gardes font ? L’arrêter et passer la partie où vous le frapper ? »

« Ouais, mais il m’a traité de brute sans cervelle, et j’ai envie de le cogner pour ça. »

« Alors…  C’est un crétin. Mais je veux dire, tu es un garde. Tu as surement été insulté par la moitié du dictionnaire. »

« La moitié d’un quoi ? »

« Je crois qu’elle insinue que les insultes sont courantes dans notre métier. »

 Klbkch expliqua avant de regarder Erin qui haussa les épaules de manière gênée en lui faisant un sourire hésitant.

« Quoi ? »

Relc semblait légèrement blessé, il regarde Erin et fronça légèrement les sourcils. Mais plutôt que d’avoir l’air en colère, son visage semblait triste.

« Les gens nous aiment. Tout le monde nous aime. Notre boulot est spécial. »

« Mais c’est un travail pour lequel tu as signé ? Je veux dire, c’est un super boulot mais… Ce n’est qu’un boulot, pas vrai ? »

Erin hésita, Relc la regarda de manière incrédule.

« Ce n’est pas qu’un boulot. C’est un travail prestigieux ! Tout le monde ne peut pas faire partie de la garde, et encore moins être un Garde Senior ! »

Erin cligna des yeux.

« Vraiment ? Je pensais qu’il fallait… Signer et c’est tout. »

Relc la regarda avec outrage avec de se tourner vers Klbkch.

« Signer ? Est-ce que tu peux y croire ? Les Humains »

Klbkch n’était pas impressionné, il continua de mâcher méticuleusement des morceaux de fruit bleu.
« Peut-être que si tu expliquais notre fonction plus précisément tu n’aurais pas besoin de te sentir outrager. Clairement, le rôle de gardes varie selon les cultures. »

« D’accord, et bien. Ce n’est toujours pas… D’accord. »

Erin croisa les bras, Pisces grimaça et prit une autre gorgée de jus bleu. Il commença à marmonner quelque chose, mais Erin, Relc et Klbkch l’ignorèrent.

Relc soupira avant de se gratter les pics qu’il avait sur le dessus de sa tête.

« Écoutes, je ne sais pas comment les Humains font, mais dans nos villes, la garde n’est pas constituée de mercenaires ou de garde du corps. C’est impossible de signer pour y rentrer. Il faut y être voté. »

« Vraiment ? »

« Vraiment. Tu vois, il faut au moins cinquante citoyens ordinaires qui doivent te supporter avant de pouvoir rejoindre la garde. Et pour devenir un Garde Senior, il faut au moins quatre cents personnes, impressionnant, pas vrai ? »

Relc sourit et sortit quelque chose de sa ceinture, il montra un badge pourpre cerclé d’or avec deux bandes violettes. C’était brillant.

« Pas mal. C’est ton badge officiel ? »

« Ouaip. On doit le garder sur soit à tout moment. Certains gars le brode à leur poitrine mais il peut s’arracher, et en plus… »

Il tapa son torse nu.

« Ça ne colle pas bien aux écailles. Dans tous les cas, on doit payer une amende si on le perd alors pourquoi prendre le risque, pas vrai ? J’en ai juste besoin quand je dois prouver mon identité ou mon rang. »

« Fascinant. Mais au fond c’est juste la version mieux gradé d’un homme de main basique, n’est-ce pas ? »

Pisces se moqua de Relc, il semblait avoir soudainement avoir retrouvé sa confiance.

Relc le regarda.

« Tu es toujours en état d’arrestation, et je peux te frapper. C’est uniquement parce que je suis gentil avec Miss Solstice que ce n’est pas encore arrivé. Mais ça va arriver. Si tu ne la fermes pas. »

Levant les yeux au ciel, Pisces mit doigt sur ses lèvres.

« Pardonnez-moi. Je n’oserai pas interrompre un personnage aussi majestueux que vous, je vous en prie, continuez. »

Erin soupira et Klbkch fit un son qui semblait s’en rapprocher. Relc, de son côté, se gratta la tête.
« D’accord. C’est bien. Dans tous les cas, nous sommes ceux qui ont des armes et tu n’es qu’un mage. Même pas de haut niveau, où tu serais déjà en train de te téléporter pour fuir. »

Klbkch acquiesça.

« Où tu nous aurais détruit d’une manière ou d’une autre. Le manque de foudre nous tombant dessus et de boule de feu confirmer ce fait. »
Erin se décala derrière une table.

« Vous en êtes certains ? Vraiment certains ? »

Relc lui sourit avec confiance. C’était un sourire qui avait bien trop de dent.

« Ne t’en fais pas, Mademoiselle. Il n’est pas une menace où il se serait chargé de nous au moment où nous nous sommes rendu compte de qui il était.  Les deux d’entre nous savent si nous sommes en danger ou si l’ennemi est fort. »

« Vraiment ? Comment ? »

Pisces ricana dans son verre.

« Un observateur attentif aurait observé les forces et les faiblesses de son adversaire en se basant sur les actions et talents. Ces deux-là sont en train d’utiliser une compétence. »

Relc lui lança un regard mauvais, Klbkch fit de même mais il était plus subtil.

« Il a raison. Nous deux avons des compétences. C’est une partie intégrante de nos classes, même si dans mon cas j’ai [Instinct De Survie] et Klbkch a appris [Évaluation d’Ennemi]. Mes écailles ne sont pas en train de paniquer, donc ton ami Humain n’est pas un très bon mage. »

« Il n’est pas mon ami. »

« Mais il est Humain. »

« Cela n’a… »

Erin lutta pour trouver les bons mots, pendant ce temps la grimace sur le visage de Pisces s’accentua et il ouvrit de nouveau la bouche, ignorant le danger.

« De véritables mots d’imbéciles ignorants. Qu’est-ce que tu y connais en maîtrise de la magie ? Mes pouvoirs ne résident pas dans une simple confrontation, mais je t’assure, j’ai plus de pouvoir dans l’un de mes ongles que dans l’intégralité de ton corps de brute. »

Relc se releva brusquement.

« Ca suffit. Fermes tes yeux Ma… »

Pendant un instant Erin n’était pas sûr de si elle voulait se mettre entre Pisces et Relc ou sortir du chemin. Klbkch décida à sa place, il attrapa Relc et le fit recula, non pas sans difficulté mais il devait être plus fort qu’il ne le laissait paraître.

« Du calme. J’aimerais ne pas voir cet établissement abîme, ni la propriétaire, et toi-même tu n’aimerais pas voir ça. »

Relc hésita. Il regarda Erin, qui décida d’ajouter son grain de grain sel pour calmer la situation.
« Oui, calmons-nous avant que quelqu’un ne se blesse, comme moi par exemple. »

Erin attrapa le pichet de jus bleu et commença à remplir de nouveau les verres. Relc accepta le sien, le termina en une gorgée, avant de prendre son temps avec le second verre.

Erin s’apprêtait à remplir le verre de Pisces quand ce dernier l’arrêta en mettant une main dans le chemin.

« Non, ce n’est pas la peine, Maîtresse Solstice. Je suis satisfait pour le moment. »

Relc était toujours en train de fusiller Pisces du regard.

« Tch, tu devrais boire. C’est la dernière bonne chose que tu vas manger avant un bon bout de temps.  En fait, pourquoi je te dis ça ? C’est bien trop bon pour toi, tu auras qu’à t’en souvenir une fois qu’on t’aura mis derrière les barreaux. »

« Si vous y arriver. »

Erin étudia Pisces, il avait toujours son air confiant, et elle ne savait pas trop pourquoi, surtout quand elle avait l’impression que Relc était à deux doigts de changer son visage en viande hachée.

Relc fronça les sourcils. Il ferma sa main et Erin vit l’intégralité du son bras se contracter. Elle avait déjà vu des gars musclés auparavant, et ils n’avaient pas été très impressionnant, mais Relc…

« Depuis la dernière fois que j’ai vérifié, tu es toujours à porter de coup de main. Ce qui veut dire que tous tes jolis sorts ne vont pas changer quoi que ce soit une fois que je t’aurai frappé avec assez de force pour faire sortir ta cervelle de ta boite crânienne. Et crois-moi, je l’ai déjà fait. »

Une nouvelle fois, Pisces ne semblait pas affecté par la menace de Relc.

« Je suis un puissant mage, bien au-delà de vos capacités. Même si vos tours de passe-passe ne peuvent pas détecter mes capacités, il serait prudent que vous soyez méfiants de mes talents cachés ? »

Klbkch bougea légèrement la tête, son expression ne changea pas, mais c’est parce qu’il n’y avait pas grand-chose à changer.

« Comme ? »

Pisces se redressa légèrement sur sa chaise.

« J’ai étudié un nombre incalculable d’écoles magiques. Vous avez devant vous un praticien de magie élémentaire, un tisseur d’illusion, un incantateur raffiné, un monstre de l’alchimie, de la pyromancie, de la géomancie… »

« Et de la nécromancie. »

Erin ajouta de manière guillerette. Pisces s’étouffa sur ses prochains mots et la regarda d’un œil mauvais. Elle haussa les épaules.

« Quoi ? Tu me l’as dit hier. Oh, et est-ce que c’est toi qui a volé le squelette à l’étage ? Je viens de me rendre compte que c’est probablement toi. »

Pisces perdit son air hautain et semblait troublé, Relc de son côté, se contant de sourire une nouvelle fois.

« Et bien. Vol de cadavre et réanimation, sans aucun doute. C’est un nouveau point sur la liste des inculpations. Mais de la nécromancie, et bien, ça veut aussi dire que nous n’avons pas besoin de te ramener vivant. »

Erin ouvrit la bouche et Relc l’interrompit en levant sa main.

« Oui, oui. On va juste te frapper et te traîner pour que Mademoiselle Erin n’ai pas à voir quelque chose de moche. Mais tu es dans de beaux draps, Monsieur Nécromancien. »

« Oh, vraiment ? »

Pisces s’installa confortablement dans sa chaise, il était toujours pâle, mais il semblait plus confiant que nécessaire.

« Que vous connaissez mon identité ou non, vous allez rapidement vous rendre compte que me capturer n’est pas tâche facile. »

Relc cligna des yeux avant de se gratter les pics qu’il avait sur le dessus de la tête et de soupirer de manière exaspéré.

« Les Humains. Fous et arrogants. S’en est presque drôle. Si tu es si plein de talent magique, esquive ça. »

Il donna un coup de sa lance, pommeau en avant, mais au moment où la lance aurait dû fracturer le crâne de Pisces, cette dernière ne rencontra que le vide. Pisces avait disparu.

« C’est quoi ce bor… »

Relc cligna des yeux, Erin laissa échapper un cri de surprise, Klbkch dégaina ses épées et fit un arc de cercle, tranchant l’air autour de la chaise, mais ne rencontra que le vide.

« Disparu. »

Relc donna des coups de lance à l’endroit où Pisces s’était trouvé et grogna, profondément, Erin le regarda.

« Il n’est pas invisible ? Il a déjà fait quelque chose du genre. »

 Relc secoua sa tête, énervé.

« Non, je serais capable de le sentir s’il était encore à quelques mètres de moi. Non, c’était un sort d’illusion. Un sort très malin en plus, il nous a fait croire qu’il était là et s’en est allé alors que nous discutions. »

Klbkch regarda en direction de la porte.

« Je ne sais pas quand est-ce qu’il est parti.  Il s’est peut-être échappé il y a quelques minutes seulement, nous pouvons peut-être le rattraper si nous nous dépêchons. »

« D’accord, d’accord. »

Relc jura et fit tourner sa lance de manière agacé, cette dernière fendit l’air en créant un son terrifiant et Erin retint sa respiration de peur que l’arme lui échappe et qu’elle termine blessé.
Klbkch se tourna vers elle et inclina sa tête.

« Merci de nous avoir informé de sa classe, Mademoiselle Erin. Même s’il n’est pas une menace pour Relc ou moi, il est bien plus dangereux que nous avons cru. »

« Vraiment ? Je pensais… Il n’avait pas vraiment l’air dangereux. Je veux dire, je l’ai frappé avec une casserole et il était KO. »

« Oh, il est probablement aussi dangereuse qu’une grenouille en tant que combattant, ce n’est pas ça le problème. »

Relc secoua sa tête.

« Nous pensions qu’il était qu’un simple illusionniste. C’est ennuyeux, mais la seule chose qu’il peut faire c’est effrayé les gens pour un peu d’argent. Mais un nécromancien est pire, bien pire. On pourrait le laisser partir si c’était un mage normal, mais maintenant ont doit le trouver et il le sait. »

« Pourquoi ? »

Relc murmura quelque chose pour lui, il était toujours en train de regarder autour de lui et sa langue sortait et rentrait dans sa bouche, comme s’il goûtait l’air. C’était la première fois qu’il ressemblait véritablement à un lézard du monde d’Erin.

« Un nécromancien en fuite fait des choses terribles. Même un nécromancien de bas niveau peut raser un village s’il a accès a suffisamment de cadavres, et ils gagnent rapidement des niveaux quand ça arrive. On va devoir chasser ce gars, et si on ne l’attrape pas aujourd’hui je vais devoir prévenir la Capitaine pour qu’elle envoie des patrouilles une fois de retour en ville. »

Erin hocha la tête avant d’hésiter.

« Donc. Est-ce… Que ça veut dire que vous allez bientôt être de retour ? »

Relc hocha la tête.

« Dans moins d’une heure, mais nous n’allons pas pouvoir rester. Désolé. Je vais faire mon possible pour que la patrouille soit rapidement mise en place, mais tu sais comment c’est. On va devoir changer des plannings, rajouter des gardes, s’armer en conséquence, etc. »

« Oh. D’accord. Mais heu… Est-ce que ça veut dire… Combien de temps cela va vous prendre pour faire l’aller-retour ? »

« Nous devrions être capable de franchir la distance en approximativement dix minutes en courant. »
Relc hocha la tête.

« Donc on doit partir. Pourquoi ? Tu as peur qu’il ne t’attaque ? »

« Non, c’est pas ça. C’est juste que… La ville. »

« La ville ? Qu’est-ce qu’elle a la ville ? »

« Hum… Elle est où ? »

Relc et Klbkch la regardèrent en silence avant d’échanger un regard.

« … Tu veux dire, que tu ne sais pas ? »

« Non. Je devrai ? Ce n’est pas comme si y’avais un signe ou quelque chose du genre. »

Relc semblait amusé.

« Ne sois pas sur la défense, c’est facile à repérer. Regarde, tu peux même la voir depuis cette fenêtre.»

 Il marcha jusqu’à la fenêtre et pointa du doigt, Erin plissa les yeux.

« … C’est le point noir au fond ? »

« Bah, oui. C’est clair pourtant. »

« Non, non ça ne l’est pas. Ça pourrait être un rocher. »

« Ce n’est pas un rocher. Pourquoi est-ce que tu as du mal à me croire ? Tu ne peux pas voir les bâtiments ? »

« Non, je ne peux pas »

« Je pense qu’elle ne peut vraiment pas, un exemple. »

Relc et Erin se tournèrent pour regarder Klbkch. Il l’étudia et rapprocha son visage du sien, Erin eut un mouvement de recul alors que son visage était proche du sien.

« Ne soyez pas alarmé, je ne vous veux aucun mal. »

« Désolé… Désolé. C’est les pinces. Et les yeux. C’est juste que… Désolé. »

Relc laissa échapper un grand rire.

« Ne t’en fais pas pour Klbkch, il est moche même pour une fourmi. Mais tu ne peux vraiment pas voir la ville d’ici ? »

Klbkch hocha la tête, il semblait concentrer sur les yeux d’Erin.

« Je crois que les Humains ont une vue moins développer que toi ou moi. »

« Quoi ? C’est débile. »

Relc murmura pour lui-même avant de pointer le point noir du doigt depuis la fenêtre.

« Ecoutes, la ville est de ce côté. C’est environ à 20 minutes de marche et il n’y a pas trop de monstres sur le chemin. De plus, une fois dans les dernières centaines de mètres la zone est régulièrement patrouillée donc tu n’auras pas de problèmes. Et si ces idiots t’arrêtent à la porte, ce qu’ils ne vont pas faire, tu n’as qu’à leur dire que tu me connais. »

Klbkch hocha de la tête.

« Ou moi. Cependant, tu ne devrais pas rencontrer de problèmes. Seul ceux qui ont un passé criminel ne sont pas acceptés dans l’enceinte de Liscor. »

« En parlant de ça… On doit partir. C’est mon jour de repos, mais nous devons faire un rapport sur cet agaçant cafard de mage au poste. Si on se dépêche on pourra l’attraper avant qu’il n’aille trop loin. »

Relc était déjà debout, il avait bougé tellement vite qu’Erin fut sous le choc. Il était assis, et l’instant d’après il était déjà à la porte.

« Dit Klbkch, tu viens ? »

D’un seul coup, Klbkch était à ses côtés. Si Erin n’avait pas vu la tâche noire qui l’avait frôlé et sentit le courant d’air juste après, elle aurait juré qu’il s’était téléporté.

« En effet. C’est infortuné que nous devions partir si tôt. Nos excuses, Mademoiselle Solstice. »

« Pas… Pas de problèmes. »

« Fort bien. »

Klbkch hocha la tête, Relc la salua de sa main, et les deux disparurent en un instant. Erin resta seule, assis à une table recouverte de vaisselle sale et légèrement en état de choc.

Elle venait de prendre la première assiette quand la porte s’ouvrit de nouveau en claquant, elle sursauta, mais Relc la salua d’un mouvement de la main.

« Oh, désolé mais nous avons oublié de payer ! On doit se dépêcher donc… Met ça sur notre ardoise ! »

La porte se referma, Erin la regarda avec espoir, mais elle resta fermer.

« … Quelle ardoise ? »
Titre: Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
Posté par: Maroti le 16 novembre 2019 à 16:53:49
1.11

Erin se tenait devant les placards et soupira lourdement.

«Les hommes.

Erin s’arrêta avant de réfléchir à ce qu’elle venait de dire.

« Les mâles. Ils mangent, mangent encore et mangent un peu plus. Et c’est à moi de faire la vaisselle. Typique. »   

Certes, elle était aubergiste, ou du moins elle gardait l’auberge relativement propre. Mais cela ne l’aidait pas à se sentir mieux.

« Le garde-manger ? Le garde-manger est vide. La nourriture ? Il n’y a pas de nourriture. Et l’argent… »

Erin regarda la pile de pièce qui se trouvait sur le comptoir de la cuisine.

« L’argent brille. Mais elle est, heu, pas comestible. C’est bien d’avoir de l’argent, mais je ne veux pas mourir de faim. »

Erin regarda le garde-manger vide, mourir de faim pouvait être un vrai problème.

« Est-ce qu’il ne me reste pas quelques fruits bleus dans le coin ? Ici peut-être ? No… Ici ? Ouaip. Juteux et ridé, charmant. »

Elle pouvait toujours aller chercher d’autres fruits bleus, bien sûr, mais elle allait être limitée par le nombre d’arbres restants. Il y avait aussi une limite liée au nombre qu’Erin était prête à continuer de ramener.

« En plus je n’ai plus d’ingrédient. »   

Il n’y avait plus de farine et de beurre. Le sel… D’accord il lui restait un peu de sel, et même du sucre, mais leurs stocks commençaient à diminués et avec le charmant sort-enchantement-truc de préservation brisé il n’allait pas tarder à pourrir.

« Donc je suis dans la mouise. » 

« Cela semble être le cas. »

Erin était certaine que son cœur venait d’arrêter de battre pendant plusieurs secondes, elle se retourna et tomba sur Pisces.

« Si j’avais un couteau dans la main, je serai en train de te poignarder. »

Il sourit de manière narquoise, ce qui semblait être le mode par défaut de son visage.

« Ah, mais quel aubergiste digne de ce nom se priverait d’un invité de renom tel que moi ? »

La main d’Erin se dirigea vers un couteau.

« Calmons-nous ! Calmons-nous Maîtresse, ne nous précipitons pas ! »

Pisces leva rapidement ses mains avant de reculer de quelques pas. Erin le regarda d’un œil mauvais, il était recouvert de poussière, et sale, et en sueur.

« D’où est-ce que tu viens ? Je ne t’ai pas entendu passer par la porte. »

« J’étais, en réalité, à l’étage durant tout ce temps. C’était la solution la plus évidente étant donné l’intelligence de ses deux brutes de gardes. »

Erin cligna des yeux.

« Beau boulot, je suppose. Mais ils sont toujours à ta recherche, tu es un criminel et tu n’as pas d’endroit ou te cacher. »

« A l’exception d’ici. »

Il leva une main avant qu’Erin ne puisse dire quoique ce soit.

« S’il te plait, écoutes moi. Soit rassuré, je ne t’en veux pas d’avoir rapporté mes actions aux gardes. Je connais pleinement la sévérité de mes crimes, cependant… »

« Tu veux quelque chose. Comme quoi ? Rester ici. Non, jamais, même pas en rêve. »

« Je t’assure que je serai un invité très convivial, et je ne demanderai pas beaucoup de ta part. En réalité, tu seras peut-être intéressé de savoir que je suis compétent dans de nombreuses écoles de sort. La Nécromancie est… une de mes passions, mais j’ai aussi étudié pour devenir un praticien de la magie élémentaire, un alchimiste et un enchanteur. Mon niveau est au-dessus de vingt dans la classe de [Mage] et, même parmi mes collègues étudiants, il est difficile de trouver un lanceur de sort aussi polyvalent que moi. Je peux aider de bien des manières pour améliorer votre auberge, et j’ai de l’argent. »

Les deux sourcils d’Erin se haussèrent, car un seul n’était pas suffisant.

« Et tu me dis tout ça parce que… Pourquoi tu me dis tout ça ? »

Il lécha ses lèvres.

«Le point est que, je me demandai s’il y existait une possibilité de te convaincre de me fournir le gite et le couvert pendant cette période troublé. Je peux fournir une récompense adéquate je te l’assure… »

Erin renifla grossièrement

« Pour combien de temps ? Des jours ? Des semaines ? Des mois ? Et je dois te nourrir, m’assurer que personne ne te trouves, et faire le ménage après toi ? Je le répète : c’est non. »

« Est-ce que tu vas vraiment laisser un innocent… »

« Innocent ? Toi ? Tu n’es rien d’autre qu’un voyou avec une baguette magique. Tu te souviens de notre première rencontre ? Tu as essayé de me faire peur pour avoir de la nourriture, et maintenant tu veux que je te protège alors que les conséquences de tes actes te rattrapent? Non. Non, il serait mieux pour toi que tu sois loin d’ici une fois que je revois Relc. Et si tu ne pars pas d’ici maintenant, je vais te sortir d’ici à coup de pied. »

Erin termina sa tirade en croisant les bras en dessous de son buste. Pisces était devenu blanc comme un linge, cependant il ne semblait pas honteux ou effrayé, il semblait être…

En colère.

Il murmura un sort, Erin sentit l’air autour d’elle devenir plus froide, et elle vit que les ombres se distordent autour des mains de Pisces. Les ténèbres l’enveloppèrent comme un manteau, c’était le même sort qu’auparavant, ou quelque chose proche.

Pisces fit un pas vers elle.

« Je suis un homme dans une situation désespérée. Tu ferais mieux de ne pas sous-estimé ce dont je suis capable. »

Le cœur d’Erin battait la chamade, elle fit deux pas en arrière et il la suivi.

« Contrarier l’un de mes pouvoirs est imprudent. Si tu n’es pas dénuée de raison, tu accepteras ma requête, ou tu en subiras les conséquences. »

Sa bouche était sèche, mais elle savait que ce n’était qu’une illusion. Alors Erin se força à répondre avec plus de courage qu’elle avait réellement.

« Et quoi ? Qu’est-ce que tu vas faire si je refuse de t’aider, est-ce que tu vas me faire du mal ? Éclater ma cervelle ? Ou est-ce que tu vas arracher mes vêtements et tenter de me violer ? »

Il semblait choquer.

«Bien sûr que non, je ne ferai jamais quelque chose comme ça. Je ne suis pas un barbare… »

« Tant mieux. »

La main d’Erin bougea en un flash, Pisces baissa les yeux et déglutit, un couteau était en train d’appuyer contre son estomac.

Son cœur battait la chamade, elle pouvait sentir une remontée de bile dans sa bouche, mais sa main était très, très immobile. Elle n’était pas certaine de ce qui se passait dans sa vie en ce moment. Monstres et magie, tout cela lui donnait le vertige, mais certaines choses ne changeaient pas. Elle refusait d’être la victime dans cette situation, surtout que personne n’allait l’entendre crier en ces lieux.

Son couteau eut l’effet escompté sur le mage. Il lécha ses lèvres et leva ses mains, devenant encore plus pâle que d’habitude.

« Allons, allons. Ne nous précipitons pas, Maîtresse. Je disais simplement que… »

« Bouge et je te poignarde. »

Ce n’était pas une menace, c’était une promesse, et à son honneur, Pisces fut assez intelligent pour savoir qu’elle était sérieuse.

« … Laisse-moi te présenter des excuses. Si je peux dire quelques mots… »

 « Non. Dehors. »

Erin avança et Pisces fut forcer de reculer ou d’être poignardé au ralenti. Elle le força hors de la cuisine et jusque dans la salle commune en le poussant vers la porte.

« S’il te plait. S’il te plait reconsidère ton choix. »

« Non, pourquoi est-ce que je devrai le faire ? »

Pisces s’arrêta à la porte, Erin avança de nouveau le couteau vers lui mais il refusa de reculer plus loin. Il leva ses mains plus haut et parla encore plus rapidement, sa voix teintée de désespoir.

« Si je me fais attraper, ils vont m’emmener jusqu’à la ville. Ou je serais jugé et exécuté, c’est une certitude, Maitresse Erin. »

Erin le regarda, incertaine.

« Relc n’a jamais dit que… »

Il ne voulait pas te dire la vérité ! Mais il sait, et je sais aussi, ce qui arrive aux nécromanciens. Nous, n’importe quel mage possédant ne serait-ce qu’un seul niveau dans cette classe, sommes exécutés à vue dans cette région du monde. Il n’y a pas de pitié pour quelqu’un comme moi ici. »

« Et bien… Et bien pas de chance. »

La bouche d’Erin était en auto-pilote. Pisces tenta de rentrer de nouveau dans l’auberge en la contournant, mais elle lui bloqua le chemin.

« Même si tu es en danger, je serais aussi en danger si je te cache. Je ne ferai pas ça. Va-t-en. Enfuit toi et va-t-en. Maintenant. »

« Ils vont patrouiller autour de la ville, ils vont parcourir la plaine à ma recherche. S’il te plait, si je me cache ici je suis certain de pouvoir survivre. »

« Non. Pars. »

Erin pointa la porte du doigt, il vacilla, mais fit une dernière supplique.

« S’il te plait, je t’en supplie. Rien qu’une nuit. Protégez-moi rien qu’une nuit et je jure que j’aurai disparu au petit matin. La mort m’attend sans votre aide. Me tuerais-tu ? Je te le demande, d’un humain à l’autre. S’il te plait. »

« Je… »

Le couteau commença à trembler entre ses mains. Pisces se saisit de l’instant et fit un pas en avant, les mains tendues, suppliant.

« S’il te plait, épargnes ma vie. Si tu as une once de pitié dans ton âme… »

Boomboomboomboomboom.

Les deux humains se tournèrent et regardèrent la porte.

«Trouvé ! »

 Ce fut rapide. Un instant Erin était en train de pointer son doigt à la porte en regardant Pisces, et l’instant d’après quelque chose la frôla et il avait disparu. Deux silhouettes s’écrasèrent dans une table et ses chaises. Erin resta bouche bée.

« Je te tiens ! »

La plus grande des silhouettes laissa échapper un rire triomphant en balançant Pisces autour de lui, le frappant violemment contre le parquet. C’était Relc.

« Mademoiselle Solstice. »

Klbkch apparu à ses côtés. Erin sursauta mais l’homme-fourmi plaça une… Main réconfortante sur son épaule.

« Veuillez pardonner mon impolitesse. Est-ce que vous allez bien ? Nous sommes revenus le plus rapidement possible une fois que nous avons réalisé que le mage n’était pas fui l’auberge. Est-ce que vous êtes blessé ou avez besoin d’assistance ? »

« Quoi ? »

Erin le regarda.

« Est-ce que vous… qu’est-ce que… Je vais bien. Bien. »

« C’est une bonne nouvelle. Alors veuillez rester en dehors de tout cela, s’il vous plait. Nous allons continuer notre travail et je n’aimerai pas vous voir blesser. »

Une fois cela dit, Klbkch guida gentiment Erin dans l’un des coins de l’auberge. Le combat entre Relc et Pisces étaient en train de renverser les tables et les chaises alors que le Drakéide tentait de faire passer l’Humain à travers toutes les pièces de mobiliers existantes alors que l’Humain faisait son possible pour éviter Relc.

Relc rugit depuis le sol.

« Klb ! Vas là-bas et aide-moi ! Ce type est plus glissant que prévu ! »

Klb fit un mouvement de la tête en direction d’Erin et se précipita dans le combat. Elle regarda avec stupéfaction les deux tenter de clouer Pisces au sol. Étonnamment, ce n’était pas si facile que ça. Malgré son avantage au niveau de la taille et des muscles, Pisces parvenait à repousser les deux gardes. Erin se demandait comment jusqu’au moment où elle le vit pousser l’air autour de Relc et d’envoyer le lézard volé, le libérant.

Pisces se remit sur pied de manière paniquée, et bondit vers la porte. Mais Klbkch l’attrapa par le pied et tenta de lui passer un morceau de corde de cuir autour des mains. Pisces hurla… quelque chose et la corde de cuir prit soudainement feu.

C’était un combat rapide et sans honneur qui vit les trois combattants se trainer au sol durant la totalité du combat. Mais Erin n’avait qu’un œil sur le combat, car son second était en train d’observer tout le mobilier de l’auberge était réduit en miettes par le combat.

« Arrêtes de vous battre ! Stop! »

« Cesse de résister ou… »

Les doigts de Pisces firent des étincelles. Une petite explosion de foudre envoya Klbkch voler contre un mur que Relc se baissa. Erin fit de même. Caché derrière une table elle pouvait voir Klbkch fait un inquiétant bourdonnement .

« Espèce de… »

Le bruit sourd de quelque chose frappant quelque chose d’autre résonna dans l’auberge. Mais il fit ponctuer par un autre craquement d’électricité et le cri de douleur de Relc.

Erin quitta la bagarre des yeux et courut dans la cuisine. Elle émergea avec une casserole juste à temps pour voir Relc être projeté contre un mur par ce qui semblait être une explosion d’air.

Pisces s’éloigna du Drakéide, respirant lourdement. Son visage était recouvert de bleu et il saignait du nez et de la bouche, mais ses doigts étaient toujours en train de craquer, remplis d’énergie magique. Il se retourna pour fuir, mais s’arrêta.

Klbkch était déjà sur pied, enfin, sur jambes. L’homme-fourmi se tenait dans l’ouverture de la porte, épée au clair. Il en tenait deux, un pour chaque bras, alors que ses deux autres bras tenaient deux petites dagues. Erin vit Pisces déglutir, et elle ne pouvait qu’être d’accord avec lui. Klbkch semblait être un mur constitué d’épées.

« Je… je ne cherche aucune dispute avec vous. Je suis un étudiant de l’Académie de Wistram et un mage pratiquant. Vous me retenez à vos risques et périls. »

Pisces pointa un doigt tremblant vers Klbkch, le bout de ce dernier craquait d’énergie, mais c’était soudainement moins impressionnant comparé à l’arsenal complet que Klbkch portait sur lui.

« Qu’importe votre affiliation à une académie, vous êtes toujours en état d’arrestation. Rendez-vous maintenant, s’il vous plait, ou je serais dans l’obligation de faire usage de force létale. »

Pisces hésita.

« Ma magie… »

« Est inutile. Rendez-vous. »

« Se rendre ? »

Erin sursauta. Elle vit Relc se relever. Les yeux du Drakéide étaient plissés et sa main tenait sa lance. Elle n’était pas très longue, mais elle semblait extrêmement aiguisée, et rien qu’en voyant la manière dont il tenait son arme, Erin savait instinctivement qu’il était prêt à l’utiliser pour tuer.

Pisces jeta un coup d’œil à la lance et leva les mains en l’air.

« J’… J’abandonne. »

Relc cracha par terre.

« Peu probable. Je vais t’étriper comme un poisson ici et maintenant. »

Erin regarda Relc avec horreur, mais il n’y avait pas la moindre trace de plaisanterie dans son regard. Il était pratiquement en train de trembler de rage, mais ses bras, toujours sur sa lance, étaient fermes et immobile.

« Étriper ? Hey, c’est… »

« Ne nous précipitons pas ! »

Pisces s’éloigna de Relc, parlant rapidement.

« Je vous assure que je vaux bien plus en vie que mort. Nous pouvons régler cela de manière amicale. Je vais entièrement coopéré… »

« Coopérer ? »

Relc s’avança et Pisces pressa ses deux doigts l’un contre l’autre. Un fort coup de vent passa à travers l’auberge alors qu’une barrière de vent apparu devant Relc.

« Je cesserai toutes formes de magie et partirait sans faire d’histoire avec vous si vous me promettez de me garder en vie. Je ne souhaitais pas vous blesser, ou blesser votre compagnon. Mais nous sommes dans une impasse tant que vous refusez de discuter. »

Les yeux de Relc se rétrécirent sous la méfiance.

« Par ça ? Tu penses qu’un misérable petit Mur De Vent va m’arrêter ? »

Le corps du grand Drakéide se tendit. Il s’agenouilla légèrement, avant de se précipiter vers le mur de vent. Le corps massif de Relc s’écrasa contre la barrière semi-transparente de vent et s’enfonça dans la barrière alors que les vents poussèrent en retour.

Malgré la distance Erin sentit la gigantesque force du sort et vit les tables et les chaises s’envoler. Pendant un instant, elle crut que Relc allait s’envoler à son tour, mais elle vit ses griffes s’enfoncer dans le parquet alors que le vent hurla…

Et les tourbillons de vents éclatèrent avec un petit claquement d’air qui envoya les chaises les plus proches s’envoler. Pisces recula en perdant l’équilibre, le visage choqué et pale. Erin regarda la scène.
Relc, de son côté, fit tournoyer sa lance dans sa main avant de cracher dédaigneusement sur le sol.

« Voilà ce que je pense de tes sorts. Je suis un ancien soldat de la 1ere compagnie des Ailes de l’Armée de Liscor. J’ai tué plus de mages que tu as de niveaux. Maintenant, est-ce que va mourir en silence ou est-ce que je vais devoir payer pour repeindre les murs en vert pour cacher ton sang? »

Pisces recula, trébucha contre une chaise renversé, et tomba sur son derrière. Il leva ses mains et hurla d’une voix stridente.

« Je peux être rançonné. A bon prix ! Mon école payera dix… Trente pièces d’or en dénomination de votre choix pour me racheter ! »

Relc leva sa lance.

« J’en ai toujours rien à battre. Je n’ai pas besoin d’argent venant d’un singe puant comme toi. »

Erin leva sa voix avec horreur.

« Quoi ? Non ! Pas de meurtre ! Vous m’entendez? »

Mais personne ne l’entendait. Klbkch se rapprochait, épées et dagues au clair. Relc leva sa lance un peu plus haute.

« Des derniers mots, mage ? »

« Je… je… »

Relc sourit de toutes ses dents, sa lance au clair. Klbkch regarda la scène de manière impassible. Pisces cria et protégea son visage de manière inefficace. Et Erin…

« Hey ! »

Erin claqua la casserole de toutes ses forces sur le dessus d’une table. Relc, Klbkch et Pisces s’arrêtèrent et se retournèrent vers elle d’un seul homme. Elle pointa un doigt tremblant vers eux.

« Pas de combat. Pas ici. Et pas de meurtre ! »

Relc cligna des yeux, sa lance s’abaissa légèrement. Le doigt d’Erin se pointa vers lui.

« Tu arrêtes ! Tu lâches ton arme et tu sors ! »

« Mais il est… »

« Je m’en fiche ! Tu ne tues pas les gens parce qu’ils pratiquent une magie débile ! Et tu ne tues pas les gens parce que tu ne les aimes pas ! Et tu ne tues pas les gens parce que tuer les gens c’est mal ! »

« Quoi ? »

Relc pointa Pisces d’un doigt colérique.

« C’est un criminel. »

« Non, c’est un imbécile. Mais il n’a pas fait quelque chose d’assez pour mériter de mourir, tout ce qu’il a fait c’est essayer de me faire peur. »

« Il m’a attaqué avec de la foudre ! »

« Tu lui as cassé le nez ! Ce n’est pas suffisant pour le tuer ! »

Le Drakéide abaissa sa lance.

« Je n’y crois pas. Tu le défends ? Parce qu’il est Humain ? Ou parce que tu ne veux pas de sang dans l’auberge ? Dans ce cas je vais le sortir et… »

« Non ! »

Erin cria sur Relc.

« Est-ce que tu es débile ? Je ne veux pas que quelqu’un meurt ! Tu ne peux pas faire ça ! Je l’interdis ! Ce n’est pas bien ! C’est illégal. »

« Dans cette situation, les actions de mon camarade ne sont… »

Erin se retourna brusquement vers Klbkch et le pointa du doigt.

« Je m’en fiche ! Pas de meurtre, vous m’entendez ? »

Relc siffla de manière colérique.

« Donc je vais l’arrêter et il sera exécuté demain. Heureuse ? »

Pisces regagna sa teinte pale, Erin ouvrit la bouche de nouveau avant que son cerveau ne la rattrape.

« Je retire mon témoignage. »

« Tu quoi ? »

« Je le retire. Tout ce que j’ai dit. Il ne m’a jamais attaqué hier. Ce mage n’a jamais visité cette auberge, et je ne l’ai jamais vu avant aujourd’hui. Donc vous n’avez pas de raison de l’arrêter. »

« Tu ne peux pas faire ça ! »

Relc se tourna vers Klbkch et le regarda.

« Est-ce qu’elle peut ? »

L’homme-fourmi acquiesça avec réticence.

« Elle est correcte. Sans son témoignage nous ne pouvons pas l’arrêter. »

Relc chancela, il regarda Pisces avec incertitude avant de se souvenir de quelque chose.

« Mais il est toujours un [Nécromancien] ! C’est un crime quel que soit ce qu’il fait ! »

Erin croisa ses bras.

« Prouve-le. »

« Quoi ? »

« Prouve. Le. Est-ce que tu peux ? Est-ce qu’il y a un moyen de vérifier ses, heu, classes ? »

Relc serra les dents.

« … Non. Pas sans un artefact. »

« Alors tu sors. Maintenant. »

Relc regarda Erin, bouche bée. Il abaissa sa lance, attrapa les pics sur sa tête et siffla. Il pointa Pisces du doigt.

« Tu fais un pas dans la ville et je vais… je vais… Tu fais un peu dans la ville et je ferai quelque chose. »

Pisces était toujours allongé au sol, il leva faiblement sa main.

« Je vous assure que… »

Une veine apparue sur le front de Relc.

« La ferme. »

Il sortit de l’auberge d’un pas colérique.

« Les Humains ! »

Relc ouvrit la porte d’un coup de pied et Erin grimaça en entendant le bois craqué. Puis, il disparut.

Klbkch passa Erin et lui fit un mouvement poli de la tête.

« Ne faites pas attention à lui. C’est dans vos droits d’appliquer votre loi dans votre établissement. Veuillez accepter nos excuses pour le désordre. »

Il s’en alla à son tour. Erin resta debout dans la pièce, regarda les chaises cassées, les tables renversée, et le carnage fait de bois qui l’entourait. Derrière elle, Pisces se releva. Il était toujours tremblant, pâle et en sueur.

« Je ne sais pas comment je peux vous remercier m… Madame Erin. S’il vous plait, veuillez accepter mes humbles… »

Bonk

Erin frappa sa tête avec sa casserole. Violemment.

« Dehors. »

« Quoi ? »

Pisces la regarda avec incompréhension. Erin leva la casserole de nouveau.

« Dehors. »

Il sortit en titubant. Erin continua de regarder le chaos dans la pièce. Il fallait le dire, et le répéter encore.

« Les mâles »
Titre: Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
Posté par: Maroti le 20 novembre 2019 à 21:05:49
Interlude 1

Nettoyer l’intégralité du bois cassé dans la pièce lui prit du temps. C’était une bonne chose qu’elle avait besoin de bois pour le feu de la cuisine, mais toutes les petites échardes étaient agaçantes, encore plus quand elles rentraient dans sa main. Mais elle venait de terminer cette tâche, et maintenant il était tard.

La nuit était fraîche. Dans son auberge, Erin Solstice s’endors.

Aujourd’hui n’avait pas été un jour facile. Elle rêva de squelettes disparus et de mages ennuyeux. Elle rêva de dragons cracheurs de feu et de Gobelins, et de lézards géants mangeant des pâtes. Elle continua de dormir.

Cependant, à une infinité de kilomètres plus loin, quelque chose était en train de se produire.

***

C’était le début de l’aube dans cette partie du monde. Malgré cela, beaucoup restèrent éveillés. Cela faisait des heures qu’ils n’avaient pas dormis, et certains restèrent debout malgré la fatigue. Leurs places sont fixées. Leurs énergies sont nécessaires pour alimenter les innombrables diagrammes lumineux brûlant au sol.

Les spectateurs attendent en silence alors que l’homme au centre continu son chant. Sa voix est vacillante, fatigué après des heures de dialogue. Mais ses mots vacillants sont imbus avec un écho plus profond qui parle de magie et de pouvoir au-delà de la mortalité. Il est épuisant, mais son travail touche à sa fin.

Le sort est terminé.

Ce n’est pas le craquement de la foudre. Ce n’est pas le boom de l’espace-temps qui vient d’être loué. C’est plutôt un murmure, et de la même manière, la lumière n’est pas éblouissante. Mais une brise invisible souffle, et soudainement ils sont là.

Des humains.

De jeunes hommes et femmes. Ils apparaissent en plein mouvement, certains sont assis, d’autre sont allongés. Beaucoup apparaissent en marchant ou regardant leurs téléphones numériques, perplexité. Mais une fois que cette perplexité disparaît, seule la surprise reste.

« Quoi ? »

« Ou-suis-je ? »

« Qu’est-ce qui se passe ? »

Certains des humains invoqués crient de peur. D’autres essayent de fuir, paniqués, mais voient que leurs jambes refusent de les écouter. Peu d’entre eux regardent la pièce autour d’eux, les hommes en robes et les mages rassemblés au même endroit, et les aristocrates qui les regardent. Ils observent en silence.

Le chef en robes leva ses bras et tomba sur ses genoux. Il regarde les cieux avec un visage recouvert de larme et s’écria.

« Les Grands Héros de la Prophétie sont là ! Nous sommes sauvés ! »

Les autres hommes en robes lèvent leurs voix à leurs tours dans un concert de soulagement alors que les mages s’effondrent, épuisés, au sol. Pendant ce temps, la noblesse murmure et regarde les invoqué avec des yeux calculateurs.

Les humains se regroupent dans leurs peurs. Mais il n’y a pas d’échappatoire pour eux, et pas de menaces vers eux. Du moins, pour le moment. Ils sont confus, élus, invoqués, piégés. Ils ne sont pas les seuls.

***

La nuit est dans sa dernière heure. La campagne est pleine du chant des criquets et des chouettes, du bruit des insectes, et de plein d’autres sons mystérieux. Ou du moins, la nuit devrait être comme cela. Pour le moment tout est silencieux. Anormalement silencieux.

Un vieil homme se tient en dehors de sa maison, épée au clair. La nuit est sombre, et il devrait être chez lui à profiter de son dîner. Mais il a entendu quelque chose dehors et il est parti enquêter. Aussi profondément à la campagne il ne peut pas compter sur les patrouilles de ma milice pour rester en sécurité.

Si c’est un monstre il prendra la fuite. D’un autre côté si c’est un Gobelin solitaire ou un voleur discret tentant de lui voler quelque chose il les fera fuir. Le niveau du vieil homme dans sa classe d’[Épéiste] n’est pas élevé, mais il est assez fort pour se défendre. Cependant, il n’est pas un imbécile. Il sait que si le danger est réel la meilleure chose à faire est de se cacher et de prévenir la guilde des aventuriers le lendemain.

« Qui va là ? »

Il appel dans la nuit et espère ne pas avoir de réponse. Mais il peut le sentir… Les sentir. Quelque chose se cache juste en dehors de sa vision. Il resserre sa main autour du pommeau de son épée.
Lentement, ils s’approchent.

Des enfants. C’est la première chose à laquelle le vieil homme pense. Ce sont des enfants.

Il a beau être vieux, ils sont jeunes, c’est vrai, mais ce ne sont plus des enfants. Tout de même, il ne peut s’empêcher de les voir comme des enfants à cause de leurs apparences. Perdus, effrayé, et seuls malgré leurs nombres.

Dans tous les cas, ils étaient humains et ne représentaient clairement pas une menace, il se détendit et les appela.

« Oh, est-ce que vous vous êtes perdus les petiaux? Entrez, entrez. La temps est bien trop mauvais pour rester à l’extérieur comme ça. »

Le vieil homme rengaine son épée et les invites en ouvrant sa porte. Mais aucun des enfants ne bougent, ils le regardent. Lentement, il se rend compte que quelque chose ne va pas.

Leurs vêtements sont étranges. De toutes ses années le vieil homme n’avais jamais vu des habits aussi bizarres. Mais plus encore, ils semblent… Différents. Il regrette d’avoir rengainé son épée, est-ce qu’ils sont des créatures se déguisant en humain ? Non, ils sont humains, il peut instinctivement le sentir. Alors pourquoi est-ce qu’ils ne bougent pas ?

Leurs expressions sont tellement terrifiées que le vieil homme sait que quelque chose n’est pas normal. Les cheveux essayent de se dresser le long de sa nuque. Est-ce que ce sont des démons ? Des monstres ? Mais ils le regardent. Est-ce que quelque chose ne va pas chez lui ?

 L’un d’entre eux pointe un doigt tremblant dans sa direction. Non ; à sa ceinture.

« Est-ce que c’est une épée ? »

***

Quelques-uns, juste quelques-uns, errent sans prêter attention.

***

Une jeune femme s’arrête d’un coup. Ses cheveux sont recouverts de sueur et attaché dans une queue de cheval. Son Ipod est dans sa main, mais elle arrête la musique pour regarder autour d’elle. Une quinzaine d’hommes armés et un démon recouvert de flammes arrêtent leurs combats et la regardent à leurs tours.

***

Deux jumeaux rires et passent une intersection. Le garçon envoie son téléphone numérique en l’air et le rattrape alors que sa jumelle le réprimande ou cas où il le fasse tomber. Sa main s’arrête. Le téléphone est réduit en miette en tombant sur le sol de marbre de la salle du trône. Un roi lève la tête. Il fronce les sourcils. Les gardes royaux positionnés dans la pièce dégainent leurs épées d’un seul mouvement et charge le duo désorienté.

***

Une fille rit alors qu’ils la traînent en dehors de sa cellule. Elle est poussée en avant, et elle trébuche sur quelque chose de dur et plat. Elle regarde en l’air et vois un aventurier le regarder. Il bouge son corps recouvert d’armure et l’aide à se relever. Une femme se penche au-dessus du comptoir de la guilde des aventuriers et regarde autour. Certains sont des héros, d’autre recherche des héros. Ses gardiens ont disparus. Elle est libre.

***

Il pleut sur le monde. Durant un bref instant. Une averse d’âmes éphémères. Mais leurs impacts provoquent des vagues. Ils ne sont pas des légendes, et ils n’ont pas de pouvoirs spéciaux à l’exception de ceux que les humains possèdent. Mais ils vivent. Ils sont vivants. Et avec leurs arrivées, le monde change.

La nuit est noire. Erin dort. Elle repose sa tête sur une lisse table de bois dans une auberge se trouvant sur une colline dans une prairie recouverte d’herbe. Le silence est sa seul compagnie. Dans ses rêves elle bave un peu et murmure quelque chose à propos de pâte.

Elle est isolée, mais elle n’est plus seule.
Titre: Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
Posté par: Maroti le 23 novembre 2019 à 21:20:32
1.12

Pour Erin, se lever était un calvaire, mais pas aujourd’hui. C’était parce que le véritable calvaire était pour plus tard.

Juste après le petit-déjeuner, en fait. Erin regarda sombrement les trois fruits bleus flétris qui se trouvaient sur son assiette. Elle mordit l’un d’entre eux de manière expérimentale avant de mâcher, et de mâcher, et de continuer de mâcher.

« Caoutchouteux. »

Les fruits étaient presque impossibles à mâcher. La peau de ses fruits était tellement dure qu’Erin avait l’impression de manger du caoutchouc. Enfin, c’était l’impression qu’elle se faisait du caoutchouc, la dernière fois qu’elle en avait mangée avait dû être dans sa tendre enfance.

De plus, les fruits avaient perdu leurs délicieux jus et avait un gout… Plat. Il n’y avait plus de douceur, et ils n’étaient pas appétissants du tout. Mais Erin les mangea quand même, principalement car elle n’avait rien d‘autre à manger.

« Je suis dans la mouise. Ouaip, ouaip. »

Ce n’était pas qu’elle était à cours de fruits bleus. Loin de là, il lui en restait encore beaucoup dans le verger. Enfin, pas beaucoup, mais suffisamment. Mais ils étaient, comme toute nourriture, présent en quantité limitée. De plus, le problème n’était pas avec elle, mais avec ses clients.

« Qui veut manger des fruits bleus tous les jours ? Levé la main si vous trouvez ça fun. »

Erin ne leva pas la main. Elle devait l’admettre, ils étaient goûtus et faisaient du bon jus de fruit, mais au bout du compte, ils étaient toujours des fruits.

« Et je veux un repas. Un vrai repas. Pas de fruits. Je veux du pain ! Je veux des pâtes ! Je veux une pizza et du soda et une salade et une glace ! Quoique… Non, la glace n’en vaut pas la peine. J’ai besoin de viande. Ou d’un poisson qui ne va pas me mordre en retour ! Je veux des sushis, des cheeseburgers avec des frites, des toasts, des waffles… Des céréales… »

Erin pressa les mains contre son estomac gargouillant et tenta de ne pas pleurer.

« Même des ramens instantanés seraient sympa. Est-ce que c’est vraiment trop demandé ? »

C’était trop demandé. Elle le savait. Mais la simple pensée d’un vrai repas lui mettait la larme à l’œil.

Elle pouvait gérer des Gobelins ou des Nécromanciens malpoli, voir même combattre des crabe-rochers maléfiques. Elle avait même réussi à s’occuper d’un poisson géant qui avait essayé de la manger pendant son bain. Mais elle voulait un repas.

« En plus, j’ai besoin de nourrir mes clients. »

Erin hocha la tête, les mathématiques étaient simples. Pas de nourriture = pas de clients = pas d’argent = mort de faim. L’erreur dans l’équation était que pour avoir de la nourriture, elle devait dépenser de l’argent, et elle n’avait pas moyen de le faire.

« A moins que j’aille dans la ville. »

C’était un véritable plan, elle n’était pas certaine que c’était un bon plan, mais c’était la seule option qu’elle avait. La ville. Erin se rendit à la fenêtre, cherchant l’endroit que Relc lui avait montré.

« Là-bas. »

Erin regarda les lointains bâtiments, ils semblaient se trouver loin, même si tout semblait se trouver loin dans ce monde. Une ville allait avoir des choses, comme de la nourriture, des vêtements et des brosses à dent. Cependant, Erin ne voulait toujours pas partir.

« C’est loin. Mais je dois partir. Peut-être ? Oui… Non. Non ? Oui. J’ai besoin de nourriture. Et j’ai besoin de nourrir mes clients. C’est mon devoir en tant qu’aubergiste. »

Elle s’arrêta et repensa à ce qu’elle venait de dire. Erin s’effondra dans une chaise et berça sa tête entre ses mains.

« Suis-je une aubergiste ? Est-ce que c’est ce que le monde est en train de me faire ? »

Peut-être. C’était probablement la classe d’[Aubergiste].

« Dans pas longtemps je vais avoir un gros ventre à bière et je vais commencer à porter des tonneaux de boisson. C’est ce que font les aubergistes, pas vrai ? »

Elle ne le savait vraiment. Elle n’avait jamais vraiment prêté attention à l’histoire médiévale, au du moins des parties qui étaient réellement historiques.

« Ils n’ont jamais mentionnés d’aubergiste dans les légendes du Roi Arthur. Ou peut-être que oui ? »

Il n’y avait pas de Google disponible pour l’aider donc Erin laissa tomber cette réflexion. En fait, c’était plus une distraction qu’autre chose. Le problème qui se trouvait en face d’elle était simple.

« Se rendre ou ne pas se rendre dans la ville, telle est la question. En fait, il n’y a pas de question. J’ai besoin d’aller en ville. J’ai besoin de… faire les magasins. »

Faire les magasins. Cela serait probablement plus intéressant si elle ne s’y rendait pas pour acheter de quoi survivre. Mais elle devait le faire, elle le savait.

Cependant, Erin n’aimait vraiment, vraiment pas cette idée. Elle aimait les gens, elle les aimait du fond du cœur. Mais elle avait une réaction négative quand il s’agissait de, grand A : Quitter son auberge sûre, et grand B : Voyager jusqu’à une ville lointaine qui était probablement remplie de lézards géants et d’insectes qui marchaient sur deux pattes.

Sombrement, Erin regarda de nouveau les trois fruits bleus sur son assiette. Elle sortit de l’auberge et les laissa le plus loin possible. Le jus avait laissé une désagréable sensation collante sur ses mains, mais elle ne pouvait pas y faire grand-chose.

« Je suppose que je dois me rendre jusqu’au ruisseau maintenant. Qui aurait cru que se laver les mains demandait tellement de travail ? »

Erin grommela en nettoyant ses mains contre son pantalon avant de s’arrêter de regarder ce qu’elle venait de faire.

Son pantalon était bleu, le jus de fruit était bleu. Mais contre toute attente, les tâches bleues étaient facilement visibles sur son vêtement. Ou plutôt, les tâches causées par le fruit bleu était facilement visibles, et elles n’étaient pas que sur son pantalon.

Le t-shirt d’Erin était un simple vêtement commercial avec un charmant logo d’une corporation sur l’avant et l’arrière. En vrai, elle n’y était pas réellement attachée, mais c’était le vêtement parfait à porter quand elle restait chez elle. Il ne représentait pas ses goûts en matière de vêtement.

… Ce qui était une bonne chose, parce qu’Erin aurait pleuré si elle avait abîmé un de ses-t-shirt préféré à ce point. Elle regarda les tâches bleues, toucha les coupures sur les manches et les marques de brûlure qui se trouvaient d’un côté. Elle leva son t-shirt, le renifla, et manqua de vomir.

Pour la première fois Erin toucha ses cheveux, elle mit la main à sa bouche et sentit sa respiration avant de penser à la dernière fois qu’elle s’était brossé les dents, ou qu’elle avait pris un bain avec du savon. Puis, elle écrasa cette pensée.

« Bien, c’est décidé. Je vais me rendre en ville. »

***

Erin marcha à travers la plaine. Elle aurait souhaité avoir une véritable route à suivre, mais les gens ne pouvaient pas se daigner à faire une route pavée en pleine nature. En y repensant, elle se demandait pourquoi quelqu’un avait décidé de construire une auberge au milieu de nulle part.

Peut-être que des gens avaient vécus dans le coin, ou peut-être que c’était un idiot qui avait pensé percer dans un marché encore inexploré. Dans tous les cas, Erin était reconnaissante pour l’auberge.
« Mais pourquoi devait-elle se trouver aussi loin de tout ? »

Erin descendit la pente, il fallait voir le bon côté des choses, au moins l’auberge se trouvait sur une inclinaison. Pas une véritable colline, mais une longue pente qui s’accentuait de plus en plus alors qu’elle continuait de marcher. Tout allait pour le mieux, puis Erin se rendit compte qu’elle allait devoir remonter la colline.

« Wouah. C’est une grosse colline. »

Elle continua de l’observer pendant quelque temps avant de reprendre sa marche. Relc et Klbkch lui avaient dit que la route jusqu’à la ville durait environ une vingtaine de minutes.

« Ils m’ont menti. »

Ou peut-être qu’ils marchaient vite. Erin pouvait désormais voir ce que Klbkch avait appelé Liscor au loin. La ville était encore petite, mais elle semblait bien plus proche que le reste du paysage.

Maintenant, en calculant la distance qu’elle avait parcourue et en multipliant par la vélocité de ses jambes avant de diviser par son envie de continuer de marcher…

« Trente minutes. Non ; probablement une heure. Ouais, une heure semble juste. »

Erin soupira. L’exercice allait lui faire du bien, pas vrai ? Ça forgeait le caractère ou un truc du genre.

« Donc, de quoi ai-je besoin ? »

Elle fit une rapide vérification de ce qu’elle avait sur elle. Ses pièces étaient en sécurité au fond de l’une de ses poches. Elles étaient lourdes. Elle portait ses vêtements, ce qui était important, et donnait l’impression d’être… Et bien, d’être une sans-abri. Mais elle avait de l’argent, donc qu’est-ce qu’elle allait pouvoir s’acheter avec cet argent ?

« Hum. Des vêtements. Bien sûr. Et du savon. Et une brosse à dent, s’ils ont des brosses à dent. Et du dentifrice… Qu’ils n’ont probablement pas. Mais quelque chose. J’ai besoin de nourriture, évidemment, de savon, de serviette, de lessive en… De plus de savon, et d’un peigne. »

Erin continua de marcher.

« Et une épée. J’ai besoin d’une épée. Et d’un bouclier ? D’une armure ? Et de, heu, d’un spray anti-Gobelin ? Oh, et des livres ! Des tonnes de livres. Des cartes, des livres d’histoires… Est-ce que je vais pouvoir les lire ? Quoique Relc et Klbkch parlent Anglais. Ça aussi c’est bizarre. J’ai aussi besoin de pansements, d’une aiguille et de quelqu’un pour m’apprendre à coudre… »

Erin mit la main à sa poche et ses pièces tintèrent, elle aurait aimé faire tinter plus de pièces.

« Et j’ai besoin de braquer une banque. »

D’accord. Erin recommença sa liste.

« Qu’est-ce qui est essentiel ? »

Elle compta sur ses doigts.

« Des vêtements. De la nourriture. Une brosse a dent. Du savon et une lampe. »

Elle claqua des doigts.

« Oui. Une lampe ! Et une épée. »

Elle toucha de nouveau sa poche.

« … Juste la lampe. »

***

« De l’herbe plate, de l’herbe plate, tout ce que je vois c’est de l’herbe plate. »
Erin chantonna en continuant de marcher. Elle n’était pas certaine d’avoir une véritable mélodie, mais au moins la chanson lui tenait compagnie.

« Les chevaux mangent de l’herbe, mais pas de la bombe, je vais à la ville en trombe. Ou je vais mourir de faim ! Une fois sur place je mangerai dix poires et… Hey, est-ce que c’est un Gobelin ? »

Erin tourna rapidement la tête et la petite tête du Gobelin s’abaissa brusquement. Elle plissa les yeux, oui, c’était clairement un Gobelin. Il était en train de se cacher sur une petite colline, mais elle savait qu’il était toujours là, à l’observer.

Bien. Elle est suivie. Erin ne savait pas trop quoi faire de cette révélation. Elle regarda autour d’elle et deux autres têtes disparurent alors que leurs propriétaires se cachèrent. Ils ne semblaient pas vouloir lui tendre un piège, ils étaient juste en train de la suivre.

« Hum. »

Erin s’abaissa et chercha quelque chose dans l’herbe. Éventuellement, elle trouva ce qu’elle cherchait et attendit qu’un Gobelin décide qu’elle les avait probablement oublié et sortit la tête de sa cachette. Erin se retourna brusquement en criant.

« Ouste ! »

Erin lança le caillou, ce dernier manqua la tête du Gobelin et la colline qui se trouvait derrière. Mais le nain vert comprit le message et disparu en un instant. Erin soupira.

« Super. Ils sont comme des cafards. De gros cafards verts et méchants. Avec des dents. Et des couteaux. Et des yeux rouges. »

Elle se demanda ce qu’elle devrait faire. Puis elle pensa à ce qu’elle pouvait faire.

Erin continua de marcher.

La ville continua de s’agrandir au cours de sa marche. Elle avait l’impression qu’elle n’allait pas arrêter de grandir, mais les bâtiments commencèrent à prendre de plus en plus de place dans son champ de vision. Ils n’étaient pas des gratte-ciels, mais Erin avait l’impression qu’ils étaient trop grands pour des bâtiments médiévaux. Cependant, la ville était encore loin, alors elle continua de marcher.

Et elle était toujours observée. De multiples paires d’yeux regardèrent la jeune femme alors qu’elle continua de marcher dans l’herbe. Ils l’observèrent en attendant un signe de faiblesse, quelque chose qui pouvait être exploité. Elle était observée.

De temps en temps, elle se retourna et lança une pierre.

***

Une fois devant les portes, Erin s’arrêta un long moment pour regarder la ville.

« C’est un grand mur. »

C’était un sacré euphémisme. Le mur était grand, même en le comparant aux murs normaux. Il faisait presque treize mètres de hauteur, mais Erin n’avait aucun moyen de savoir que c’était parfaitement normal pour un mur, ou que le mur en question faisait treize mètres. Pour elle, c’était un gros mur.
Mais il y avait quelque chose de particulier avec ce mur, et ce qu’Erin remarqua était la manière dont les portes avaient été bâties. Ce n’était pas une grille de fer ou une herse avec des trous bien pratique quand il fallait tirer sur un ennemi, mais deux solides portes de fers. Erin se demanda pourquoi, car les portes semblaient solides et difficiles à bouger. Elles l’étaient, et pour une bonne raison. Mais Erin n’allait pas comprendre cette raison avant un bon bout de temps.

Erin s’approcha des portes. Personne ne semblait prendre la porte en ce moment, et donc elle se sentit très seule et petite en si dirigeant vers elles. Elle s’arrêta en voyant le garde.

Il était grand, avec une armure. Il était un Drakéide avec des écailles jaunes au lieu de vertes. Jaune pâle, Erin trouvait qu’il faisait très pop-corn. Il avait aussi une épée courbée, et elle s’approcha de lui avec trépidation.
« … Salut. »

Le Drakéide baissa les yeux vers Erin avant de continuer de regarder au loin. Il avait une lance à ses côtes et un bouclier en métal sur son bras gauche. Vu qu’il n’était pas en train d’utiliser ce bouclier pour la battre à mort, Erin considéra que c’était un bon début.

« Hum. Il fait beau aujourd’hui, n’est-ce pas ? »

Une nouvelle fois, le garde lui lança un regard. Une nouvelle fois, il ne lui répondit pas.

« … D’accord. C’est juste que je suis nouvelle ici. Et une Humaine. Ravi de vous rencontrer. Mon nom est Erin. Je, heu, connais un autre type qui travaille avec vous. Relc ? Et Klb… Klb… Le type insecte ? Donc ouais. Ils me connaissent. Je ne suis pas une menace. Et, heu, j’ai vu quelques Gobelins sur la route y’a pas longtemps. Ils ne sont pas là maintenant, mais j’ai pensé qu’il valait mieux vous prévenir.»

Le Drakéide soupira de manière audible, à haute voix.

« Tu peux rentrer, Humain. Tout le monde peut rentrer dans la ville. »

« D’accord. Merci. Hum, passez une bonne journée ! »

Erin sourit. Il ne lui rendit pas son sourire.

« Je vais m’en aller. Maintenant. »

Elle dépassa le garde, et alors qu’elle venait de passer les portes de fer elle l’entendit murmurer.

« Les Humains.

Le sourire d’Erin se figea légèrement sur son visage mais elle continua d’avance jusqu’à ne plus rien entendre. Tout le monde était de mauvaise humeur quand il s’agissait de s’occuper de touristes embêtants. De plus, il était juste un garde. Elle avait passé les imposantes portes de la ville, et elle dût s’arrêter.

Car elle venait d’entrer dans Liscor. Une ville de Drakéides fougueux, construit avec l’aide des laborieux Antinium. Foyer des fiers Gnolls  et des occasionnels Homme-Bêtes, qu’il ne fallait pas confondre. Visitée par de nombreuses races et foyer de plus encore. Acceptant désormais en son sein…

Une Humaine.
Titre: Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
Posté par: Maroti le 27 novembre 2019 à 16:49:26
1.13

« Hum, est-ce que je suis dans un magasin ? »

Toutes les personnes présentes dans la Guilde des Aventuriers de Liscor se tournèrent vers la voix. Des guerriers Drakéide endurcis, d’immense Gnolls et plusieurs personnes qui ressemblaient à des mages évaluèrent l’interlocutrice qui venait de rentrer dans la pièce.

Un petit humain, peut-être une femelle.

Leurs yeux s’éloignèrent, désintéressés. Le cœur d’Erin recommença à battre après une poignée de seconde, elle décida que ce n’était définitivement pas le magasin qu’elle recherchait.
« Ah, bonjour ? Par ici, nous pouvons vous aider. »

Une voix appela par-dessus les murmures. Elle vit une Drakéide verte clair lui faire signe depuis le comptoir. Elle était bien plus petite et avait des bras bien moins développés que ceux de Relc. Erin devina qu’elle était femelle, principalement par ce que la robe qu’elle portait avait mis la puce à l’oreille.   

Avec hésitation, Erin s’avança jusqu’au comptoir. La réceptionniste lui fit un sourire en gardant ses lèvres serrées.

« Bien le bonjour, Mademoiselle. Comment pouvons-nous vous aider aujourd’hui ? Avez –vous une prime ou une quête à déposer ? Ou est-ce que vous êtes là pour vous enregistrée ? »

« M’enregistrer ? Une quête ? Oh non, je ne suis pas là pour… Heu… Quoique ce soit. J’ai juste crût qu’il y aurait pu avoir un forgeron et j’ai… »

« Oh, je vois ! »

La réceptionniste lui sourit de nouveau, et cette fois Erin sourit en retour.

« Nous ne sommes pas un magasin, Mademoiselle. Vous êtes dans la Guilde des Aventuriers. Il n’y en avait pas une dans votre ville ? »

« La Guilde des Aventuriers ? »

Erin regarda la pièce, son intérêt renouvelé. Maintenant qu’elle n’était pas transpercée par des milliers de regards elle pouvait se permettre d’observer le bâtiment. Ce dernier était grand, Erin l’avait presque confondu pour une auberge ou un bar. Mais maintenant qu’elle savait ce qu’elle regardait, le fait qu’il y ait une réceptionniste derrière un comptoir avait plus de sens.

« Exactement.  C’est ici que vous pouvez informer la Guilde de la présence de dangereux monstres rodant près de votre habitation, déposé une quête et offrir une récompense, ou si vous êtes une aventurière, vous pouvez jeter une œil à requête ou recevoir votre récompense. »

La réceptionniste pointa du doigt un large panneau en bois cloué à un mur. Il était recouvert de nombreux parchemins collé au bois, et plusieurs grands et robustes aventuriers étaient rassemblés autour, discutant.

« Wouah. »

Erin étudia les aventuriers. Tous portaient une armure, même si la qualité et la quantité variait d’une personne à l’autre. La plupart des Drakéides semblaient se contenter de porter des brassards ou un occasionnel casque sans porter d’armure au niveau du torse, mais plusieurs des grands chien-hyène-trucs poilus portaient des cottes de maille, et l’un d’entre eux portait même une armure de plate.
Ce n’était pas tout, bien sûr. Certains aventuriers ne portaient pas d’armure du tout, et se paissaient aussi d’arme. Erin remarqua plusieurs Drakéides portant de légères robes et maniant des bâtons ou des dagues à leurs ceintures.

« De vrais mages. C’est trop cool. »

« … Mademoiselle ? Excusez-moi, Mademoiselle ? »

Erin se retourna et réalisa que la réceptionniste avait tenté d’attirer son attention depuis un certain temps.

« Oh, je suis vraiment désolé. Qu’est-ce que vous étiez en train de dire ? »

« Êtes-vous une voyageuse, Mademoiselle ? Ou peut-être… Une aventurière ? Est-ce que vous êtes là pour vous faire enregistrer ?»

Le regard que lui lança la Drakéide souligna le fait que ce n’était pas vraiment une possibilité.

« Oh non. Je… Heu… Je suis une aubergiste. Je suppose. Ou peut-être une voyageuse ? En fait, je suis juste nouvelle dans le coin. »

La réceptionniste semblait intéressée.

« Une aubergiste, vraiment ? Est-ce que vous ouvrez un business dans le coin ? Je suis Selys, au passage. »

Selys offrit sa main à Erin. C’était un geste tellement humain qu’Erin ne put que sourire en lui serrant la main. La sensation de toucher des écailles froides était étrange, mais pas désagréable.

« Je suis Erin, Erin Solstice. Et non, je ne.. hum… Suis pas une aubergiste. Du moins pas dans le coin. Je vis dans un bâtiment en dehors de la ville, je suppose. Je suis ici parce que j’ai besoin de faire du shopping. De manière urgente. »

Elle pointa du doigt ses vêtements tachés et déchirés.

« Et bien, je ne peux pas quitter mon comptoir mais je peux vous donner quelques directions. »

Selys sourit de nouveau.

« C’est vraiment rare de voir un Humain aussi loin de la côte. Votre espèce s’en tiens généralement aux villes. Qu’est-ce qui vous amène si loin ? Oh, et qu’est-ce que vous recherchez ? »

 « Hum. Un sort de téléportation. Et j’ai besoin d’ingrédients. Farine, huile, beurre, sel… Ce genre de trucs. Et j’ai besoin de vêtements, beaucoup de vêtements. »

« Bien, si vous cherchez de la nourriture et des fournitures générales vous pouvez essayer le marché  deux rues plus bas en partant d’ici. Pour vous y rendre il faut prendre à gauche en sortant et tourner à droite. Ils ont aussi des vêtements, mais je ne suis pas certaine qu’ils seront adaptés pour un Humain. »

« Oh, c’est parfait. Merci beaucoup. »

Erin avait déjà oublié les directions. Elle souhaitait avoir son téléphone, ou Google maps. Une carte aurait été inutile car elle ‘n’avait jamais appris à les lire.

« Je suis aussi à la recherche d’autre fourniture. Je suppose que vous ne savez pas ou est-ce que je pourrais… »

Une grande main poilue attrapa l’épaule d’Erin et la fit tourner sur elle-même.

« Huh ? »

Erin était en train de regarder un mur de pelage brun. Elle était certaine que ce mur ne se trouvait pas là il y a une minute. Elle leva la tête.

Le visage d’une hyène était baissé vers le sien. Ou plutôt, le visage d’une hyène sur un corps humanoïde recouvert de pelage. C’était l’un des aventuriers présents dans la Guilde et il ne semblait pas être content.

Mais il ne disait rien. Plutôt, il se contentait d’être intimidant. Erin savait qu’il était volontairement intimidant par le fait qu’elle se sentait comme une fourmi. Elle ne savait pas pourquoi il était en colère, surtout envers elle. Peut-être qu’il voulait juste embêter quelqu’un, elle ouvrit la bouche et tenta d’utiliser la diplomatie.

« Hum. Salut. Est-ce que… Est-ce que vous êtes un loup-garou ? »

C’était définitivement la mauvaise chose à dire. Le regard agacé de l’homme-hyène poilu s’assombrit, et il lui grogna dessus avec une voix grave qui sonnait comme… Et bien, comme la voix d’un chien qui pouvait parler.

« Est-ce que je ressemble à un loup-garou ? »

« N-non ? »

Erin recula d’un pas et trouva que le comptoir était juste derrière elle. Elle jeta un regard par-dessus son épaule et vit que Selys la regardait avec inquiétude, mais la réceptionniste ne l’aida pas.
Le non loup-garou se pencha vers elle et lui grogna au visage.

« Je suis un Gnoll »

Son haleine était épouvantable. Erin sentit ses genoux trembler rien qu’en la sentant.

« D’accord. Je suis vraiment désolé pour ça. Hum. Je peux vous aider ? »

« Tu es dans mon chemin. »

« D’accord. Désolé. Désolé pour ça. »

Erin se décala d’un pas pour lui laisser accès à Selys. Mais il n’avança pas, au contraire, il continua de la regarder.

« Est… Est-ce que vous voulez autre chose ? »

Le Gnoll bougea son cou et fit craquer sa nuque dans un bruit proche du pétard qui explose, terrorisant Erin.

« Je n’aime pas les Humains. Ils puent. »

Erin tenta de s’éloigner, mais le Gnoll colérique continua de la suivre. Elle savait qu’elle était observée par les autres aventuriers présents dans la pièce. Mais comme Selys, ils semblaient se contenter de regard l’humain se faire harceler sans intervenir.

« V-vraiment ? Je ne sens rien. »

« C’est parce que les Humains ne peuvent rien sentir. »

Le commentaire venait de derrière Erin mais elle était trop terrifiée pour se retourner. Celui qui avait dit ça avait le même grognement dans sa voix, dans c’était surement un autre Gnoll.

« D’accord. Et bien. Désolé pour ça. »

Erin tenta de contourner le Gnoll mais il lui bloqua le chemin.

« Je ne veux pas d’humain ici. Tu n’as pas ta place ici. »

« Un instant. »

Selys décida enfin d’aider Erin. La Drakéide se pencha par-dessus le comptoir et s’adressa au Gnoll.
« Vous ne pouvez pas jeter quelqu’un dehors simp… »

Il la regarda et grogna. Selys sursauta et se tût.

A travers la pièce Erin vit les Drakéides s’agiter. L’un d’entre eux siffla doucement.

Le Gnoll regarda les Drakéides et ils lui rendirent son regard. L’une de ses mains se dirigea vers l’épée à sa taille, mais il ne fit pas de signe qu’il s’apprêtait à la prendre. Cependant, la tension était tellement palpable qu’elle était certaine que si le Gnoll et le Drakéide bougeaient la pièce allait exploser.
Erin se demanda si elle devait essayer de doubler le Gnoll lorsque ce dernier quitta son duel visuel se retourna vers elle.

« Toi. Tu pollues cet endroit avec de la terre et de la saleté. Je peux sentir les choses dans lesquels tu t’es roulé. »

Il pointa d’une griffe le t-shirt taché d’Erin, et elle sursauta nerveusement à la vue de l’ongle sale et long.

« Oh. Oui. Hum. Je suis vraiment désolé pour ça. C’est que j’ai dû me défendre et je n’avais pas de rechange donc… »

Le Gnoll se pencha vers elle. Erin pouvait voir les différentes vibrisses sortant de son museau. Elle pouvait sentir son haleine nauséabonde. Mais elle était principalement concentrée sur ses dents pointues.

« Vas-t’en »

Erin hésita, elle lança un regard vers Selys, mais la réceptionniste n’osait pas croiser son regard.

Le Gnoll grogna et Erin recula. Il la guida vers la porte et une fois qu’elle était dehors, il claqua la porte derrière elle.

C’était le premier bâtiment dont Erin fut expulsé lors de sa visite de la ville. Il n’allait pas être le dernier.

 
***

Erin marcha à travers la ville, sentant le soleil oppressant à l’arrière de sa nuque. Elle était en bouillonnante, en sueur, et fatiguée. Mais par-dessus tout elle était anxieuse. C’était une terrible douleur aiguë dans son estomac qui refusait de la quitter même lorsqu’elle essayait de se relaxer. Principalement car elle ne pouvait pas se relaxer.

Elle était perdue, géographiquement et dans les autres sens du terme. Cependant, Erin se devait de continuer d’avancer ou elle allait se rendre encore plus visible. Elle était en train d’essayer de se rendre au marché dont Selys lui avait parlé, et elle était perdue.

Il était étrange de marcher à travers la ville. D’un côté, la ville ressemblait presque à quelque chose construit par des humains. Les bâtiments étaient toujours des bâtiments, faits de pierre et de bois. Les rues étaient en terre, mais en terre dure, et certains endroits étaient pavés. La ville n’avait pas l’air d’être si mal, il était vrai qu’il y avait plus de rondeur dans l’architecture des bâtiments, il y avait beaucoup plus de toits ouverts ou légèrement en pente à la place des habituels bâtiments angulaires dont Erin avait l’habitude. Ce qui la dépaysait vraiment, c’était les gens.

Ils n’étaient pas humains. Peut-être importe compte de temps Erin passait dans les rues et dans la ville, elle n’arrivait pas à assimiler ce fait. Tous les visages présents dans la foule étaient inhumain, et la majorité d’entre eux étaient des Drakéides. Il y avait un Gnoll de temps à en temps, ou un autre faciès recouvert de fourrure, mais ils étaient principalement reptiliens.

Tous les types reptiles étaient présents. Des museaux longs, de délicates pointes sur le cou, des cous allongés, de grands yeux, des yeux étroits, des museaux aplatis. Par contre, ils avaient tous de grandes dents. Il était très rare qu’Erin aperçoivent un homme-fourmi, ou une femme-fourmi elle ne savait pas faire la différence, marcher dans les rues.

Elle souhaitait que tout le monde arrête de la regarder. C’était l’une des choses qui faisait que marcher dans la ville était si compliqué. Alors qu’elle regardait les lieux exotiques et les gens plus exotiques encore, ils la regardaient en retour, et ils semblaient qu’ils n’aimaient pas ce qu’il voyait.
Erin tenta de marcher rapidement le long de la rue. Comme ça elle allait éviter d’offenser quelqu’un d’autre. Elle n’avait pas eu beaucoup de succès pour le moment.

« Expulser de trois magasins, et de deux maisons. »

Pour être franche, certaines d’entre elles ressemblaient à des magasins. Pourquoi personnes installaient des panneaux passait par-dessus la tête d’Erin.

« En fait, il y a des signes. C’est juste que je n’arrive pas à les lire. »

C’était quelque chose de drôle. Erin pouvait parler le même langage que Relc et Klbkch, mais pour une raison quelconque elle ne pouvait pas lire ce qu’ils écrivaient. C’était probablement à cause de la… Magie.

« La magie. C’est ça, ou ils sont tous bilingues. Ou trilingue. Ou quelque chose du genre. »

Un Drakéide marchant dans la direction opposée de la rue lui lança un regard curieux et Erin se tût. Son tic de se parler à elle-même la rendait plus étrange que d’habitude.

Cependant, cela n’était pas suffisant pour expliquer pourquoi l’intégralité de la ville semblait la haïr. Il était vrai qu’elle continuait de rentrer dans différents endroits en se demandant ou elle était mais c’était… Bon d’accord, elle pouvait comprendre pourquoi les gens n’aimaient pas ça. Mais elle recevait le même traitement dans la rue.

« Bouge de là, Humain. »

« Hors de mon chemin, peau lisse. »

« Fait attention, sac à viande. »

En fait, personne ne l’avait insulté en utilisant ce terme, ni le terme qui l’avait précédé, voir le troisième terme. Ils ne lui adressaient pas la parole, presque la totalité des Drakéides se contentaient de l’observer alors que les Gnolls et les autres personnes poilues marchaient le plus loin possible d’elle.
Mais tous étaient constamment en train de l’observer.

Certains la regardaient depuis le coin de l’œil. D’autres étaient moins discrets et la regardaient sans broncher. Erin vit quelques petits enfant-lézards pointant du doigt vers elle et elle sentit qu’elle n’était pas à sa place. Dans une mer d’écailles et de pelage, elle était la seule humaine. Elle se sentait tellement seule qu’elle en avait mal.

Erin tourna à droite et se trouva sur un autre type de rue, cette dernière était plus large, pavée, et avait des étals de bois. C’était un marché.

« Enfin. »

Erin soupira de soulagement et s’avança. Elle avait finalement atteint sa destination et cela lui avait seulement prit une heure… Ou deux.

Sa chance lui souriait, Erin semblait avoir trouvé la session qui vendait de la nourriture. Des dizaines de marchands se tenaient, assis ou debout, derrière leurs étals ombragés présentant des paniers remplis de nourriture. D’un côté il y avait un Drakéide qui vendait d’étranges plantes aux feuilles bleues qui ressemblait à une carotte blanche trop grosse… Ou un asticot mort. Il y avait un autre Drakéide qui coupait de la viande en attendant un client alors que les mouches volaient autour de son étal, et il y avait aussi…

Un Gnoll.

Erin passa devant un étal plus grand que les autres, tenu par un grand Gnoll, même si tous les Gnolls étaient grands à ses yeux. Celui-ci semblait vendre beaucoup de choses, et pas que de la nourriture. Erin fut tenté par l’idée de s’arrêter et de jeter un œil, mais le fait que le marchand était un Gnoll
compliquait les choses. Elle était toujours en train d’hésiter quand le Gnoll l’aperçut et cria par-dessus le brouhaha général.

« Toi, Humain ! Si tu cherches à marchander, viens par ici ! »

Le cœur d’Erin fit un bond. Les Gnolls étaient, comme Relc, bruyants, et sa voix venait de faire tourner tous les regards en direction d’Erin. Elle hésita, avant de s’approcher.

Alors qu’elle s’approchait le museau du Gnoll se plissa et elle agita sa patte devant son visage. Le cœur d’Erin s’assombrit, mais le Gnoll ne fit pas de commentaire.

« Et bien, qu’est-ce que tu cherches ? »

Le Gnoll regarda attentivement Erin. Elle semblait être en colère, ou peut-être que les Gnolls semblaient toujours être brusques et impatients.

« Oh hum. Je ne fais que regarder. »

Erin s’éloigna légèrement de l’étal du Gnoll, elle ne voulait pas se faire chasser du marché.

« Hrmf, fait comme bon te semble. »

Le Gnoll détourna le regarda. Il était définitivement agacé désormais, même s’il ne l’avait pas été auparavant. Erin recula et regarda vers l’étal suivant.

Celui-ci semblait être tout aussi prometteur, et mieux encore, un Drakéide s’en occupait.  Il était vrai que ce n’était pas véritablement une amélioration mais au moins il  ne plissait pas le nez à son approche. Peut-être parce qu’il ne la regardait même pas.

Erin s’approcha de l’étal avec attention et regarda les nombreux articles présentés. Voyons voir, il y avait beaucoup de sac soigneusement plié, et devant ces derniers se trouvait de petits seaux présentant ce qui était dans le sac. C’était bien, puisque Erin ne pouvait pas lire ce qui était écrit sur les panneaux.

Juste là ! Elle vit de la farine, du sel, et même du sucre sur l’étal avec d’autres ingrédients séchés. Le Drakéide vendait des saucisses sèches qui pendaient sur des crochets installés au plafond de son étal, des oignons secs et de l’ail, ainsi que de nombreuses racines séchées et d’épices qui se trouvaient dans un autre coin du magasin.

« Bonjour. Est-ce que ce magasin vend de la nourriture ? »

Le Drakéide tourna son regard vers elle.

« D'après toi, Humain. »

Erin grimaça intérieurement au ton de sa voix. Mais il n’était pas en train de plisser le nez et de la regarder, il semblait juste ennuyé.

« Oh, je suis à la recherche de nourriture. Beaucoup de nourriture. »

Elle entendit un bruyant et énervé reniflement provenant du marchand Gnoll. Elle grimaça extérieurement cette fois.

« Ce que je vends est ce que tu vois.»

Le Drakéide pointa ses articles d’un mouvement d’une de ses griffes. Cela semblait être une invitation pour Erin, donc elle entra dans l’étal et regarda autour d’elle. La farine était ce qui l’intéressait le plus, ainsi qu’un peu d’huile, de seul, etc. Avec ça, elle pouvait faire du pain, des pâtes, et plein d’autre chose nourrissante. C’était le meilleur endroit ou commencer, elle se pencha pour examiner la farine…

« Interdiction de toucher la marchandise avec tes mains crasseuses à moins que tu achètes ! »

La voix du Drakéide fit sursauter Erin, et elle s’éloigna brusquement de la farine. Elle arriva à se rattraper avant de tomber en arrière. Il était en train de la regarder.

« Ne touche à rien. Tu vas répandre ta puanteur d’humain sur la marchandise. »

« Désolé. Désolé. »

Erin recula des articles présentés, les mains en l’air. Elle devinait qu’elle devait vraiment sentir.
Le marchand dirigea la totalité de son agressive attention vers elle.

« Qu’est-ce que tu veux ? Nommes-le et j’irai le chercher pour toi. »

« Oh, d’accord. »

Erin pataugea dans sa phrase.

« Hum. Je suis à la recherche d’une poignée de choses. Est-ce que vous avez du beurre ? »

« C’est marqué sur le panneau. »

Le Drakéide tapa le petit bout de papier épinglé à un présentoir. Erin le regarda avec désespoir, mais tout ce qu’elle pouvait voir était quelques gribouillages accompagnés de lignes qui n’étaient pas au bon endroit.

« Hum. Je ne peux pas lire ça. Désolé. »

Il siffla, agacé, Erin grimaça de nouveau.

« Mais j’aimerai en avoir un peu. Un peu de beurre. »

Il se leva lentement et se retourna à contrecœur avant de sortir une petite jarre avec un couvercle en liège.

« Oh, super. »

Erin ne savait pas si elle pouvait demander de voir combien de beurre il y avait dans la casserole. Elle aurait aimé pouvoir la tenir pour se faire une idée, mais l’expression du marchand était suffisante pour savoir qu’il allait rejeter cette idée.

« Et, heu, j’aimerai aussi un peu d’huile. Est-ce que vous avez une autre jarre ? »

Le Drakéide soupira longuement, agacé.

« Je n’ai pas toute la journée pour jouer avec toi, Humain. Dit moi ce que tu veux acheter. »

« D’accord. »

Il n’était pas en train de lui jeter des trucs ou de la chasser, donc c’était le mieux que Erin allait trouver. Elle prit une grande inspiration et laissa échapper les premières choses qui lui revenaient à l’esprit en pensant à ce dont elle avait besoin.

« Je suis à la recherche de farine, de sel, de beurre, d’huile et de sucre. Oh ! Et de la levure. J’ai besoin de levure, si vous en avez. »

Le Drakéide ne bougea pas.

« Autre chose ? »

Erin regarda autour d’elle rapidement.

« Hum. Ses saucisses. Combien coûte telles ? »

Erin pointa les saucisses pendant depuis un crochet du doigt. Elles avaient l’air appétissant et juteux. Elle avait comme idée de les faire frire et les manger avec des pâtes, l’idée était suffisante pour faire gargouiller son estomac. 

Les yeux du Drakéide se dirigèrent vers les saucisses.

« Combien ? »

Erin fouilla sa poche et sortit quelques précieuses pièces. Elle vit les yeux du Drakéide s’agrandir pendant un court instant alors qu’elle lui montra le mélange d’argent, de bronze et des trois pièces d’or.

« Et bien, si j’ai assez j’aimerai en acheter quelques unes, et quelques oignons. »

Il n’y avait pas beaucoup de légume ici. Seulement un peu d’ail et des racines ridée dans un panier. Mais elle pouvait toujours aller demander au Gnoll, enfin, peut-être pas au Gnoll, mais à un autre étal pour voir ce qu’ils vendaient.

Le Drakéide observa les pièces dans sa main et releva les yeux vers elle. Erin avait l’impression de se faire évaluer, et elle n’aimait pas le sentiment. Elle était une cliente qui allait payer et il semblait toujours être en colère pour une quelconque raison.

Enfin, le marchand arriva à sa décision. Il tira sa langue fourchue et la regarda.

« Trois pièces d’or. Huit pièces d’argent. Avec ça tu peux acheter un sac de farine, d’huile, de beurre, quatre saucisses, deux oignons, un sac de sucre, du sel et de la levure. »

Erin hésita. Elle regarda de nouveau les symboles incompréhensibles sur les petites plaques.

« Est… Est-ce que c’est vraiment le prix ? Je veux dire, ça semble être beaucoup et… »

« Est-ce que tu me traites de menteur ? »

 Le Drakéide haussa sa voix, colérique. Erin pouvait voir les autres clients et marchand regardé autour d’eux.

« Typique d’un Humain. Rentrant ici, empestant le marché, insultant chaque non-Humain que tu trouves. Tu devrais être reconnaissante que la Garde ne t’expulse pas de la ville ! Premièrement ce fichu Nécromancien arrive, et maintenant c’est un Humain puant qui ne peut même pas lire. »

Il semblait gonfler de rage. Erin ne savait pas ce qu’elle lui avait fait, à part l’odeur, elle avait tenté d’être diplomatique.

« Ecoutez, je ne faisais que demander le prix. »

« Je t’ai donné mon prix. Tu le prends ou tu sors. »

« Mais nous pouvons négocier ? Je veux, pourquoi pas deux pièces d’or ? Quel est le prix de la farine ? Si je vous paye… »

Le marchand Drakéide laissa échapper un sifflement étranglé.

« Humain, j’ai un commerce à faire tourner et des clients à m’occuper ! Soit tu payes mon prix, soit tu t’en vas. Tu ne trouveras pas mieux sur ce marché. »

Regardant autour d’elle Erin devina que c’était la vérité. Elle était en train de recevoir des regards hostiles depuis les autres marchants présents sur la rue, surtout le Gnoll dont elle avait ignoré la marchandise.

« D’accord. Je vais tout acheter. »

Elle plaça l’or et l’argent sur le comptoir vu qu’il ne tendait pas la main. Il regarda les pièces, renifla, et s’en empara.

« Tiens. Ta nourriture. Prends-là. »

Le marchand commença à  attraper des articles et les posa lourdement sur le comptoir. Il les rassembla en une pile désorganisée et jeta quelques vieilles pièces de cuivre. Certains roulèrent sur le sol.

Erin hésita mais le marchand avait déjà tourné son dos écailleux. Elle entendit ce qui semblait être des rires sifflant et des commentaires murmurés dans son dos et le rouge lui monta aux joues.

Lentement, Erin s’abaissa et commença à ramasser les pièces de cuivres qui se trouvaient par terre. Elle essaya d’éviter de regarder quoi que ce soit.

Quand elle se releva enfin, le marchand la regardait sans expression. Il pointa une griffe vers elle.
« Si tu as fini de traîner dans la boue, j’ai d’autre client à servir. »

Erin savait que son visage était écarlate. Ses yeux la piquaient, mais elle était déterminée sur la dernière chose qui lui restait à faire. Elle prit une grande inspiration, et tenta de calmer sa voix tremblante. Malgré ses efforts, sa voix chavira légèrement alors qu’elle demanda une dernière chose.

« … Est-ce que je peux avoir un sac ? » 
Titre: Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
Posté par: Maroti le 30 novembre 2019 à 21:43:19
1.14

Quatre pièces d’argent, c’est ce qu’il restait à Erin après avoir acheté un grand sac et ses articles. C’était assez pour… Elle ne savait pas vraiment. Mais ce n’était certainement pas assez pour acheter une lanterne, et encore moins une épée. Elle doutait que c’était suffisant pour s’acheter des vêtements.
Elle s’assit à l’ombre d’un des bâtiments et regarda les quatre formes argentées reposant dans sa paume. Ce n’était pas si terrible, il lui restait encore un peu d’argent, et elle avait acheté assez de nourriture, c’était juste que…

Elle avait commencé la journée avec deux pièces d’or et une poignée de pièces d’argent et de bronze, et un instant avait suffi pour qu’elles disparaissent. Ce n’était pas si terrible, elle avait acheté de quoi se nourrir. Des trucs comme du sucre était coûteux, pas vrai ? Encore plus vu que ce monde n’était pas moderne, mais elle ne pouvait s’empêcher de penser qu’il y avait erreur.

Elle n’avait pas vu les autres clients acheté leurs produits avec des pièces d’or, pas un seul, et surtout pas pour de la nourriture. Elle avait un mauvais arrière-gout dans le creux de son estomac, elle pensait…

Non. Elle savait qu’elle s’était fait arnaquer.

Et c’était douloureux, vraiment douloureux. Erin voulait faire demi-tour et cogner sur le visage du  marchand Drakéide, mais elle avait une bonne idée de ce qui allait se passer si elle le faisait. De plus, il pouvait probablement lui manger le visage si elle essayait de le frapper.

Donc, Erin resta assis à regarder sa paume. Quatre pièces d’argent.

Elle pouvait continuer de faire ses courses cet argent. Elle pouvait trouver un autre marché, trouver un autre étal et…

Et puis quoi ? Elle ne savait pas combien les choses coûtaient et elle n’avait aucune idée de comment acheter des vêtements à sa taille.

Tout le monde dans la ville portait des vêtements, mais leurs définitions variaient. Certains mâles Drakéides portaient des vêtements hauts en couleur, certains portaient des vêtements très exposants, gardant leurs torses nus à l’exception d’un léger manteau, alors que les femelles étaient généralement plus vêtues. Mais même cela variait parce qu’il semblait que montrer sa peau, ou plutôt ses écailles dans ce cas, était la mode. Seul les Gnolls semblaient adhérer à un code vestimentaire proche de celui des humains.

C’était l’une des vérités cachées de ce monde. L’argent était inutile si tu n’avais aucune idée de comment le dépenser et que tout le monde t’arnaquaient.

Tout serait plus simple si elle savait comment lire, est-ce que c’était trop demander ?

Erin mit sa tête entre ses mains et ferma les yeux quelques instants. Sa tête se releva brusquement et elle manqua de se cogner contre le bâtiment derrière elle alors qu’elle réalisa quelque chose.
Elle ne savait pas lire, mais elle connaissait des gens qui pouvaient le faire à sa place.

Relc. Ou Klbkch. Les deux étaient capables de lui dire tout ce qu’il fallait savoir sur le prix des vêtements, l’argent, et les autres trucs du genre.

Erin se releva avant de remettre les quatre pièces d’argent dans sa poche en souhaitant qu’elle avait pensé à ça avant de perdre tout son argent. Mais peut-être que quatre pièces d’argent était plus que prévu ? Elle devait demander, et ils allaient l’aider, normalement. Parce que c’était ce que les gardes faisaient, pas vrai ? Comme les policiers étaient sensés aider les gens qui allaient à leurs rencontres avec un problème.

Erin abandonna cette idée, les Gardes n’étaient pas des policiers. Ils avaient le droit de tuer dans gens sans procédure, mais d’un autre côté, Relc aimait ses pâtes. Tout ce qui lui restait à faire était de trouver la baraque des gardes sans savoir lire les signes.

Elle commença à marcher le long de la rue, cherchant un endroit ressemblant à une prison ou un tribunal. Elle fit son possible pour ne pas penser à ce qui allait arriver si Relc ou Klbkch n’étaient pas en service.

***

Relc n’était pas en service, tout comme Klbkch. Mais pour le moment Relc passait le temps dans la cantine de la baraque des gardes. Il était en train de jouer un jeu consistant à lancer une dague acérée en l’air et de la rattraper avant qu’elle ne touche le sol. Il attrapait la dague une fois sur deux, l’autre fois elle tombait au sol ou il l’envoyait voler par inadvertance. Il était assis dans un coin vide de la salle, car tout le monde avait décidé de s’éloigner.

Seulement quelques Drakéides étaient assis sur de longs bancs en bois, dévorant du pain dur, du fromage, et des morceaux de viandes difficile à identifier, enfin, difficile à identifier pour un humain, car la viande était plus grise que rouge.

L’un des gardes était en train de parler avec l’un de ses camarades, il se leva et approcha Relc avec précaution. Contrairement à Relc, ses écailles étaient d’un bleu très pale, et il était plus petit que les autres Drakéides. Il s’éclaircit la gorge tout en restant à une respectable distance du jeu de Relc.

« Hey Relc. J’ai entendit dire qu’il y avait un Humain qui faisait un tour en ville. »

Relc regarda en l’air et rata la dague lors de sa descente.

« Aie. »

L’autre garde soupira alors que Relc commença à sucer le point rouge qui commençait à faire couler du sang entre ses écailles.

« Tu n’as aucun talent pour ce jeu. Si tu n’avais pas [Peau Epaisse], tu te serais coupé la main il y a un an de cela. »

Relc sourit avec suffisance.

« Je n’ai pas que [Peau Épaisse]. J’ai aussi [Peau d’Acier]. »

Le Drakéide bleu leva les yeux au ciel.

 « Ceci explique cela. A quel niveau tu obtiens cette compétence ? Personne d’autre ne l’a donc c’est surement une compétence de haut niveau. »

« Ouaip. »

Relc commença à tailler ses griffes avec la dague, même si dans son cas, la dague ne coupait pas les griffes, elle les rendait plus aiguisées.

« C’est la dernière compétence que j’ai obtenu dans ma classe de [Soldat]. Je pense que tu peux l’avoir en devenant un [Maitre Lancier], mais je ne sais pas vraiment. Dans tous les cas, ça me sauve la vie. »

« Je parie. Pas étonnant que tu ne t’inquiètes pas te de faire mal, espèce de bâtard aux écailles lisses. »

« Ooh, soit pas jaloux. »

Relc nettoya les bouts d’ongle en les balayant de la table.

« Dommage que je n’ai jamais eu de compétence de dague. Je n’arrive pas à comprendre comment lancer cette stupide dague. »

« Alors arrête de la lancer. C’est agaçant et tu continus de presque poignarder les gens avec. Tu te souviens de Lism ? Il a encore des cicatrices. »

« Non. Si Klbkch peut le faire, moi aussi je peux le faire. Tout ce que ce fichu insecte peut faire, je peux le faire en mieux. Mais, qu’est-ce que tu disais à propos d’un Humain ? Est-ce que c’est la femelle dont je t’ai parlé ? »

« Je n’en suis pas certain. »

Cette fois un autre Drakéide vert se mêla la conversation.

« Belsc, le gars à la porte ouest, il a dit que c’était une femelle Humaine mais sans plus. Comment s’appelait celle que tu as rencontrée, déjà ? »

Relc se gratta la tête en regardant le plafond.

« Hum… Sol ? Solace ? Quelque chose du genre. Ervin Solace ? Est-ce qu’il a mentionné quelque chose d’autre à son sujet ? »

Le Drakéide vert montra ses dents.

« Ouais. Il a dit qu’elle était vraiment agaçante, et qu’elle parlait trop. »

« C’est elle. »

Relc laissa échapper un rire, l’autre Drakéide secoua la tête.

« Les Humains. Je ne sais même pas pourquoi tu t’intéresses à celui-là. Ce n’est certainement pas pour l’odeur, d’après Belsc. »

« Ouais, mais tu t’y habitues. » 

Relc se pencha dans sa chaise et continua de jouer avec la dague.

« De plus, elle est intéressante. Erin, ou je sais plus son nom. Elle fait une super assiette de pâtes, et laisse-moi te dire, elle est plus solide qu’il n’y parait. Je ne pensais pas qu’un Humain pouvait survivre dans les Plaines Inondées aussi longtemps. En plus elle est drôle. »

Il fit un sourire en coin alors que les autres gardes firent des bruits désobligeants.

« Hey, je dis la vérité. Petite Miss Humaine n’est pas si terrible. Vous devriez la rencontrer, mais laissez-moi vous dire qu’elle peut aussi être très agaçante. Vous vous souvenez de ce Nécromancien dont je vous ai parlé et que Klbklc et moi avons pourchassé ? Elle ne voulait pas qu’on le tue même après nous avoir canardés avec ses sorts. Elle continuait de dire qu’il n’était pas si méchant. »

« Stupides Humains. »

« Je sais ! »

Relc hocha la tête de manière enthousiaste avec l’autre garde.

« Ils sont intéressants et amusants, mais ils n’ont pas grand-chose dans la tête en chair. Je ne ferai jamais confiance à un Humain pour prendre une décision intelligente, pas vrai ? »

Relc regarda autour de lui et les autres Drakéide riaient avec lui. Il ria bruyamment jusqu’au moment où il vit la femme humaine qui le regardait depuis l’autre bout de la cantine. Son rire s’arrêta net.

« Oh. »

Les autres Drakéides regardèrent curieusement la femelle humaine. Elle n’était pas si spéciale pour eux, un humain n’était pas différent d’un autre. Elle était en train de regarder Relc, qui semblait extrêmement inconfortable.

Il racla sa gorge.

« Hum. Je… »

Erin claqua la porte en sortant.

Un mauvais silence s’empara de la cantine, et Relc regarda les autres Drakéides.

« Ça fait combien de temps qu’elle est là ? »

Le Drakéide bleu haussa les épaules.

« Sais pas. Elle est probablement rentrée pendant que tu parlais. »

« Oh, bon sang. »

Relc bondit de sa chaise.

« Hey Mademoiselle Humaine ! Attends ! Je ne voulais pas dire ça ! »

Les autres Drakéides le regardèrent courir hors de la pièce, avant de retourner à leur conversation.
« Donc, quand est-ce que tu l’as vu rentrer ? »

« Dès le début, vous avez vu la tête qu’elle faisait ? Ça ne va pas être facile pour Relc d’expliquer ses propos. »

 « Bien fait pour lui. Mais l’avez-vous sentit ? »

« Ouais. Les Humains. Ils ne se lavent pas. »

« J’ai entendu dire qu’ils se roulaient dans leurs propres déchets. »

« Répugnant. Pourquoi Relc s’intéresse à celle-là en plus ? »

« D’après toi ? »

« Je ne comprends pas. Il n’y a pas d’écailles, rien de ferme à attraper. C’est quoi l’intérêt ? »

« Je ne sais pas. Peut-être que c’est juste Relc. Il est bizarre comme ça. »

« C’est vrai. »

« Dans tous les cas, les Humains. Ça fait un bail que je n’en avais pas vu. Vous avez vu ça ? Tellement charnu. »

« Dégoûtant. Oublions tout ça et allons manger un steak. »

« Bonne idée. »

***

Erin quitta la ville et marcha à travers la prairie le plus vite possible, ce qui n’était pas très vite. Le sac en jute qu’elle portait était plus comme une sacoche, et il était rempli à ras-bord. Elle était impressionnée par le fait que ce dernier pouvait supporter les sacs de farine sans se briser, mais cela voulait aussi dire qu’elle devait tout porter sur ses épaules.

Un sac de farine était lourd, mais Erin le porta quand même, ignora la douleur dans son épaule droite alors que son épaule gauche était déjà engourdie. Elle avait dû changer d’épaule car la douleur devenait insupportable.

« Hey ! Mademoiselle Erin ! Attends ! »

Erin continua de marcher.

« Mais Attends ! S’il te plait ? »

Relc apparu à ses côtés en un instant, il était rapide pour un type de sa carrure. Erin tourna la tête pour ne pas le regarder directement.

« Donc, comment mon Humain préféré va ? Bien ? Pas bien ? Hum. Je, heu, suppose que tu attendus ce que j’ai dit. C’était une blague, juré. Je ne voulais pas… »

Continuer de marcher. Les pieds d’Erin étaient endoloris, mais elle continua de poser un pied devant l’autre. Elle avait de la route à faire jusqu’à son auberge, et le sac qu’elle portait était lourd.

« Ecoutes, je sais que j’étais un peu… D’accord, j’ai été malpoli, mais on peut en parler. Bonjour ? Est-ce que tu m’écoutes ? »

Erin ne le regarda pas et refusa de lui parler, elle continua de marcher. Un pied devant l’autre. Elle était tellement fatiguée et endolorie qu’elle pouvait presque en oublier sa faim.

***

Éventuellement, il s’en alla, mais Erin continua de marcher. Elle voulait rentrer à son auberge avant le coucher du soleil, mais ça allait être un peu juste.

Elle était à mi-chemin lorsque la première pierre passa au-dessus de sa tête, Erin se baissa instinctivement et les deux pierres suivantes la ratèrent et terminèrent leurs vols dans l’herbe. Elle regarda autour d’elle.

Au début, elle n’arrivait pas à trouver la provenance des pierres, deux d’entre elles la manquèrent, mais la troisième la toucha dans son épaule.

« Aie. Aie ! »

Erin trouva l’origine de la pierre, c’était un Gobelin. La petite créature était difficile à repérer dans le soleil couchant. Il se tenait en haut d’une colline et jetait des cailloux vers Erin, et il n’était pas seul.
Deux autres gobelins hurlèrent et jetèrent des pierres depuis le haut de la colline, la faisant reculer et couvrir sa tête avec le sac, mais ils commencèrent à viser ses jambes.

« Ah. Aie. »

Elle couvrit sa tête avec ses bras, mais les pierres continuèrent de s’abattre, et elles étaient douloureuses. Même à cette distance les pierres coupaient ses bras et créaient des bleus sur sa chair. Elle pouvait déjà sentir du sang couler le long d’un de ses bras.

Erin s’agenouilla au sol et protégea sa tête avec son sac, cela faisait qu’elle était plus difficile à toucher, mais le barrage de pierre continua de s’abattre. Ce n’était pas comme si les Gobelins pouvaient vraiment la blesser, pas tant qu’ils continuaient de viser son dos, c’était qu’ils ne s’arrêtaient pas, et elle ne pouvait pas se lever sans exposer sa tête.

QU’est-ce qu’elle pouvait faire ? Erin pouvait sentir la pluie meurtrière couper son dos. Elle devait courir. Vers eux ? Fuir ? Ils allaient voler toute sa nourriture si elle prenait la fuite. Mais est-ce qu’elle pouvait les attaquer ? Les combattre ? Si elle s’approchait les pierres pourraient lui crever un œil ou grièvement la blesser. Qu’est-ce qu’elle pouvait faire ? Qu’est-ce qu’elle…

Quelque chose passa à côté d’Erin en un coup de vent. Elle eut un mouvement de recul et regarda autour d’elle mais la chose avait déjà disparue. Puis ses yeux allèrent jusqu’au sommet de la colline, quelque chose était en train de foncer vers les Gobelins, esquivant leurs pierres et déviant les projectiles qui s’approchaient trop de son visage avec un mouvement rapide de sa… Lance… ?

« Hey ! Cassez-vous bande de petits bâtards ! »

Les pierres s’arrêtèrent soudainement, Erin entendit un cri aigu et plusieurs lourds thwacks. Précautionneusement, elle se releva et regarda autour d’elle.

Les Gobelins étaient en train de fuir, Relc se tenait en haut de la colline, lance à la main. Il lui fit un signe de la main et descendit la colline en quelques longs bonds.

« Salut, Mademoiselle Erin. Sympa de te voir. »

Erin le regarda. Il lui offrit un sourire plein de dents et une main pour l’aider à se relever. Elle se releva d’elle-même et ramassa son sac.

Relc racla sa gorge, il semblait attendre quelque chose.

« Ce n’est pas souvent que j’ai la chance de sauver une demoiselle en détresse. C’est comme ça qu’ils appellent les femelles Humaines, pas vrai ? Les Demoiselles ? Dans tous les cas, j’ai vu que tu avais des ennuis donc j’ai immédiatement couru pour t’aider. »

« Merci. »

Erin commença à marcher de nouveau. Elle entendit Relc la suivre après quelques secondes d’hésitation.

« D’accord, d’accord. Ils n’étaient pas si dangereux que ça. Et je faisais que mon boulot ; c’est vrai. Mais je suis désolé. Vraiment. J’ai exagéré là-bas. »

Elle ne dit rien, ses yeux étaient larmoyants à cause de la douleur de la lanière de la sacoche s’enfonçant dans son épaule.

« Ce sac a l’air lourd, attends, laisse-moi le porter à ta place. »

Relc s’avança pour s’emparer du sac, mais Erin le tira hors de sa portée.

« Non. Je vais bien. »

«Mais bon sang, ne soit pas comme ça. Je veux juste… Enfin, j’ai été un gros lourdaud, d’accord ? On peut discuter, s’il te plait ? »

Erin essaya d’accélérer le pas, mais ses jambes étaient déjà en train d’abandonner. Relc arrivait à la suivre sans problème, il était même capable de marcher en arrière plus rapidement qu’elle.

« Écoutes, je suis vraiment désolé Mademoiselle Erin. Laisse-moi porter ton sac, parce qu’il a l’air vraiment lourd, et on va pouvoir parler sans que l’un d’entre nous ne s’effondre. »

Erin commença à ralentir à contrecœur, l’offre était tentante. Ses jambes étaient en train de lui hurler d’accepter la généreuse offre de Relc et de le laisser la porter en même temps que le sac. Son épaule était déjà dans une autre dimension de douleur.

« D’accord. »

Elle retira le sac de son épaule, grimaçant alors que le sang commença à retourner dans son bras. Relc souleva le sac et le passa par-dessus son épaule avant de suivre le rythme d’Erin comme si rien n’avait changé.

« Donc. »

« Donc. »

Relc gratta les pics qu’il avait à l’arrière de sa tête, regarda de haut en bas, avant de soupirer.

« Je voulais pas vraiment dire ça. C’est juste que… Les Nécromanciens, tu vois ? Ils sont dangereux, et c’est mieux de les tuer à vue. Tu as déjà vu un millier de zombies essayant de manger tout ce qui bouger? Même s’ils sont de bas niveau, et même s’ils ont l’air amicaux, je ne ferai jamais confiance à un Nécromancien. »

« Surtout s’ils sont humains. »

« Je n’ai pas dit ça. »

« Mais c’est ce que tu penses. »

« … »

Relc n’avait rien à ajouter. Ils marchèrent en silence, un peu plus rapidement maintenant qu’Erin n’était pas ralenti par le sac.

« Donc, tu as acheté de quoi manger, pas vrai ? Tu vas faire beaucoup de pâte pour ce soir ? »

« Je vais aller me coucher. »

« D’accord, d’accord. Mais, huh, content de voir que tu es arrivé jusqu’à la ville. Est-ce qu’elle t’a plu ? »

« C’est correct. »

« Bien, bien. »

Relc était clairement, et désespérément, en train d’essayer de trouver un sujet de conversation. Il jeta un coup d’œil au sac, Erin pouvait presque le voir saliver.

« Des saucisses. Mm. Mais, heu, pourquoi tu n’as pas acheté de vêtements ? Je pensais que toutes les femelles aimaient les vêtements, Drakéide ou Humaine. »

L’estomac d’Erin se serra, elle évita son regard en marmonnant.

«Je n’avais pas assez d’argent. »

« Quoi, vraiment ? »

Relc la regarda de travers avant de regarder le contenu du sac qu’il portait.

« Non. Je veux dire, il y a de quoi manger dans ce sac mais ça ne vaut pas plus que quelques pièces d’argents au mieux. Je suis certain que tu avais plus que ça, pas vrai ? Combien tu as dépensé ? »

Erin sentit le rouge lui monter aux joues, elle regarda le sol.

« Quelques pièces d’or, en plus de quelques pièces d’argent et de bronze. »

Il s’arrêta, contrairement à Erin. Elle l’entendit se murmurer à lui-même avant de jurer. Au du moins, ça sonnait comme un juron. Il la rejoignit en un bond.

« Vraiment ? Quel genre d’écailles pourries t’a vendu… Pourquoi as-tu dépensé tant d’argent ? »

Elle regarda l’herbe qu’elle était en train de piétiner. Elle était tentée d’une belle couleur ambré par les rayons du soleil couchant.

« Je pensais que c’était le bon prix, je suppose. Je ne voulais pas me disputer. »

Relc murmura dans sa barbe avant de soupirer d’exaspération.

« Bien, je peux retourner au marché et poser quelques questions. Mais… Je suppose que tu n’as pas vu le nom de l’étal ? »

« Je ne peux pas lire la langue locale. »

Relc soupira de nouveau, plus profondément cette fois.

« D’accord, d’accord. Bien, si tu te souviens de sa tête je pourrais trouver qui t’a vendu tout ça, mais je doute que quelqu’un va appuyer tes paroles. Et je n’ai pas grand-chose pour l’inculper, je veux dire, il t’a vendu des biens pour un prix trop élevé mais c’est aussi de ta faute. Sans offense, Mademoiselle, mais qui achète deux sacs de farine pour une pièce d’or ? »

Erin ne trouva rien à répondre à cela.

« Désolé. »

Ils marchèrent en silence, et enfin l’auberge était en vue. Erin traîna les pieds lors de la dernière montée, ses jambes criant durant toute la montée. Elle s’arrêta à la porte.

« Je peux prendre le sac maintenant. »

Relc hésita.

« Tu es sûre ? Je peux le porter dans… »

« J’en suis sûre. »

 Erin accepta le sac et ses jambes tremblèrent. Elle ouvrit la porte avec une seule main.

« D’accord. Merci. »

Elle voulut fermer la porte, mais Relc l’en empêcha sans réel effort. Il gratta sa nuque de manière gênée.

« Écoutes, je suis toujours désolé pour plus tôt. Je ne voulais pas… Enfin, je suis désolé. Je te revaudrai ça, c’est une promesse. »

Erin le regarda, elle voulait juste fermer les yeux, mais il semblait si sincère. Donc elle se montra un petit peu sincère en retour.

« Merci de m’avoir aidé avec les Gobelins. »

Relc lui fit un grand sourire plein de dents.

« C’était rien. Ils ne sont pas une menace pour moi, ou pour n’importe qui avec quelques niveaux dans une classe de guerriers. Mais ne t’inquiète pas de ces pestes, j’ai dit que je te revaudrai ça, pas vrai ? Je vais faire quelque chose à leurs propos. »

Probablement une fausse promesse pour la rassurer, mais c’était suffisant pour légèrement faire sourire Erin.

« Merci, et bonne nuit. »

Relc enroula sa queue et la salua d’un mouvement commun de sa main et de sa queue.

« A la revoyure, Mademoiselle Erin. »

Erin le regarda rapidement disparaître dans le sombre paysage. Elle fut vaguement jalouse de sa vitesse et de la grâce avec laquelle il bougeait. Puis elle ferma la porte.

Il n’y avait pas beaucoup de lumière donc Erin posa simplement le sac dans al cuisine et s’allongea sur le sol de la salle commune.

« J’ai besoin d’acheter un oreiller et des couvertures. Quand j’aurai l’argent pour. »

Sans autres alternatives, elle utilisa le sac de jute qu’elle avait acheté comme oreiller. Erin tenta de trouver une position confortable sur le plancher en bois, mais le simple fait de dormir par terre rendait la tâche difficile. De plus, ses épaules la faisaient souffrir, et ses jambes étaient endolories par la longue marche. Mais c’était un autre type de douleur qui l’empêchait de dormir.

Erin resta allongé en silence, écoutant les battements de son cœur. Elle voulait dire quelque chose, ou penser à quelque chose de plaisant. Mais rien ne lui vint à l’esprit. Elle regarda les étranges formes de la pièce plongée dans les ténèbres. Il lui fallut longtemps avant qu’elle ne parvienne à fermer les yeux.


[Aubergiste de Niveau 6 !]


Cette fois elle ne trouva rien à dire. Elle se contenta de pleurer avant de trouver le sommeil.
Titre: Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
Posté par: Maroti le 04 décembre 2019 à 19:30:44
Malheureusement à cause d'une période d'examen plutôt intense, je suis dans l'incapacité de poster le prochain chapitre aujourd'hui, il sera posté samedi prochain (normalement) comme d'habitude, désolé tout le monde.
Titre: Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
Posté par: Maroti le 07 décembre 2019 à 20:54:51
Erin se réveilla épuisée et avec les yeux larmoyants, elle se leva de manière mécanique avant de se rappeler qu’elle avait oubliée de ramasser des fruits bleus. Elle regarda le sac de nourriture qu’elle avait traîné jusqu’à l’auberge. Faire des pâtes ou du pain était trop compliqué à cette heure, donc elle mangea l’une des saucisses à la place.

Elle était sèche, trop salée, et avait beaucoup de nerfs. Même si Erin était affamée, ce n’était pas la meilleure chose qu’elle ait mangé. Mais elle le mangea quand même, mâchant jusqu’à être capable d’avaler son repas nerveux.

Elle se demanda combien de temps il faudrait avant que ses dents commencent à pourrir ou que ses gencives commencent à saigner. Dans probablement peu de temps.

Aujourd’hui n’était pas une bonne journée, mais au moins elle avait à manger, et même si elle n’avait pas d’argent… Elle était heureuse de pouvoir commencer une nouvelle journée.

Avec son appétit comblé, Erin se sentit légèrement mieux. Ou au moins prête à affronter cette journée. Elle fit une liste mentale de ce qu’elle devait faire. Ramasser des fruits bleus, faire quelques pâtes, un peu de pain, et puis trouvé comment faire pour…

Toc. Toc

Erin se redressa soudainement. Quelqu’un était à la porte, était-ce Pisces ? Bien, il n’était qu’un mauvais point noir dans cette journée, elle allait se charger de lui et…

Toctoctoctoctoctoctoctoctoctoctoctoc…

Ce n’était pas Pisces. Erin se leva et alla jusqu’à la porte, la personne qui se trouvait derrière était sérieusement excitée. Trop énergique pour ce début de journée.

Erin ouvrit brusquement la porte.

« Bon sang, qui… Oh. C’est toi. »

Relc sourit à Erin. Il tenait quelque chose dans l’une de ses mains et sa lance dans l’autre.

« Bien le bonjour, Mademoiselle Humain ! C’est moi, ton Garde préféré ! Comment vas-tu en cette belle matinée ? »

Erin cligna des yeux, il était bien trop tôt pour qu’elle regarde le lézard géant lui sourire avec sa bouche remplie de dents.

« Je me suis occupé de votre problème de Gobelins pour vous ! »

Relc leva sa lance de manière triomphante, quelque chose en tomba avant de toucher le sol. Erin cligna des yeux et regarda ce qui venait de tomber. C’était rouge.

Elle leva les yeux et vit le sang rouge coulant le long de la lance, puis sur les griffes de Relc, pour finalement tomber sur le parquet de l’auberge. Relc s’en rendit compte et éloigna sa lance vers l’extérieur.

« Désolé pour ça, Mademoiselle Erin. Tu vois, j’étais juste en train de me débarrasser des Gobelins. C’est pour m’excuser d’hier. Maintenant qu’ils sont partis les autres devraient te laisser en paix, surtout quand j’aurai installé ce message autour de l’auberge. »

Relc leva les objets que tenait sa main gauche. Erin les regarda  et vit trois melons. Des melons verts ? Non.

Ses yeux retournèrent au visage souriant de Relc. Elle regarda sa lance ensanglantée. Il était en train de parler, mais les mots étaient soudainement inaudibles à travers le bourdonnement qui étouffait les oreilles d’Erin. Elle regarda son sourire, elle regarda la lance.

Elle baissa les yeux et vit les têtes.

Il y en avait trois entre les griffes de Relc. Il les avait attrapées par les oreilles et la force était déjà en train de déchirer la chair. Leurs yeux étaient toujours ouverts, leurs visages sans vie affichaient une expression de peur, du sang coulait de l’une des têtes, ruisselant dans l’orbite d’une autre.

Le regard d’Erin s’éloigna et erra loin des têtes. Elle regarda par-delà l’épaule de Relc, il faisait beau dehors, le soleil brillait, le ciel était bleu, il n’y avait pas un nuage.

Elle baissa les yeux en direction des têtes, qui étaient toujours là. Elle regarda Relc, il était toujours en train de parler, mais il venait de s’arrêter pour la regarder avec inquiétude. Il laissa tomber les têtes sur le sol, Erin entendit les trois thump humide contre le parquet de l’auberge.

Relc leva sa main griffue vers elle, la même main qui avait tenu les têtes.

Erin vomit, elle vomit les saucisses, s’étouffa, et continua de vomir.

“——————!”

Elle sentit une main la retenir, lui permettre de rester debout. Elle la repoussa, luttant contre ses haut-le-cœur.

“——? ——. ————!”

Sa tête ne pouvait pas s’arrêter de tourner. Ses oreilles étaient toujours remplies d’un bourdonnement aigu et perçant.

“——————? ——?”

Erin regarda autour d’elle, les têtes étaient toujours là. Elle vomit une nouvelle fois, mais son estomac était vide. Elle recracha de la bile, et continua d’avoir des haut-le-cœur, encore et encore, jusqu’à ce qu’elle soit incapable de respirer ou de penser.

“——!”

Enfin, Erin s’arrêta. Elle sentit deux fortes mains la soulever et l’asseoir sur l’une des chaises de l’auberge. Le visage anxieux de Relc apparu dans son champ de vision, et elle sentit sa main sur sa tempe. Elle regarda à travers lui pour voir les têtes, elles étaient toujours gisantes sur le sol de l’auberge. Leurs yeux étaient ouverts. Le sang avait séchés sur leurs visages.

Erin prit une grande inspiration. Le monde tournait autour d’elle et elle ne pouvait rien entendre. Tout n’était qu’un bourdonnement statique. Elle se sentait engourdie, comme lors d’une opération chirurgicale. Mais sous cet engourdissement se trouvait quelque chose de terrible.

Elle regarda Relc, le Drakéide était en train aux petits soins, essayant d’attirer son attention. Elle regarda de nouveau les têtes, et commença à hurler.


***

Erin quitta l’auberge avec les trois têtes de Gobelins dans ses bras. Elles n’étaient pas froides, elles n’étaient pas chaudes. Elles étaient juste charnues. Lourdes, charnues, et mortes.
Elle fit attention à ne pas les faire tomber en marchant, elle ne savait pas où elle allait, mais elle devait trouver les corps. Elle laissa l’auberge derrière et commença à marcher.

Relc était parti. Il l’avait quitté un peu plus tôt.

Elle n’arrivait à se souvenir de quoique ce soit. Juste des flashs d’elle hurlait à Relc de partir et jetant des choses. Criant, pleurant, vomissant. Et puis les têtes. Elle les avait prises là où elles étaient tombées.

Erin marcha en les tenants dans ses bras. Tout allait trop vite. Un moment elle était à l’intérieur, l’instant d’après elle était dehors, cherchant pour… Pour…

Les corps.

Les corps reposaient à la vue de tous, trois corps reposants dans un lit d’herbe piétinée.

Erin s’arrêta. Elle déposa les têtes sur le sol et marcha jusqu’au corps. Ils racontaient une histoire, elle n’était pas douée en criminalistique ou quelque chose du genre, mais elle pouvait lire ce qui s’était passé. Le sang recouvrant le sol était encore humide.

Deux étaient morts… Juste là. Ils n’avaient pas couru. Relc les avait probablement tués en un instant. Le dernier avait couru, mais il n’était pas allé loin. Seulement quelques mètres avant que la lance ne le transperce par derrière, plusieurs fois.

Erin regarda les trous ensanglantés et ne ressentit rien. Non. Ce n’était pas ça. Elle ressentait quelque chose. Elle ressentait tellement d’émotion à la fois qu’elle n’arrivait pas à penser. Mais elles étaient profondément enfouies dans son cœur. À cet instant, l’engourdissement lui donnait l’impression qu’elle se tenait au milieu d’un monde silencieux.

Elle déposa les têtes près des corps. Mais à quel corps appartenait chaque tête ? Elle regarda la coupure au niveau de chaque tête, l’une était facile à placer, mais les deux autres étaient trop similaires. Elle devait retourner les corps pour les identifier.

Les rayons du soleil avaient gardé les corps tièdes. Mais ils étaient toujours froids, et les mains d’Erin semblaient plus froides encore. Elle les retourna avec précaution et appris une nouvelle chose.
Elles étaient des femelles. C’était difficile de le deviner avec leurs visages, mais leurs corps étaient féminins.

Erin retourna le dernier corps. Celui qui avait pris la fuite était male, et plus âgé. Ce n’était pas seulement le fait qu’il était plus grand ; il avait de cheveux, des traits plus prononcés, et… Il ne ressemblait pas à un enfant. À l’inverse des deux autres.

Le froid se fit plus prononcé. Erin commença à trembler, elle rampa plus loin pour vomir, avant de se rendre compte qu’elle en était incapable. Alors elle fit demi-tour et regarda les trois cadavres.

Cela faisait déjà bien longtemps que leurs sangs s’étaient arrêtés de couler. Mais l’herbe était toujours rouge. Leurs odeurs étaient celles de la terre et du sang, et non celle de la mort et de la pourriture. Mais ils étaient en train de pourrir. Le soleil allait faire qu’ils allaient empester dans peu de temps.

Erin le savait. Elle ne le savait pas vraiment, mais elle avait lu un livre à ce sujet. Ils allaient pourrir et attirer les insectes, ils étaient déjà en train de le faire.

Une mouche verte se posa sur l’un des corps. Erin la regarda. Une mouche acide, qui fit trembler ses ailes et commença à ramper sur le corps du Gobelin mâle.

Elle gifla la mouche et l’insecte explosa lorsque sa main le toucha, l’acide commença à brûler sa peau. Erin essuya sa main dans l’herbe et frotta de la terre sur sa peau. Sa main était rouge et saignante, mais elle l’ignora dès que la majorité de la sensation de brûlure avait disparu.

Elle devait enterrer les corps, ou ils allaient pourrir.

Elle retourna dans l’auberge avant d’en ressortir quelques minutes plus tard, tenant une longue cuillère en bois probablement utilisé pour mélanger les contenus d’un grand chaudron. Ça allait faire l’affaire.

Elle commença à creuser l’herbe à l’endroit où les corps se trouvaient. Ce n’était pas un travail facile, elle devait arracher l’herbe avant de pouvoir s’attaquer au sol, et le sol restait difficile à briser. Mais elle persista, et les quelques monticules de terre s’agrandirent alors qu’elle continua de creuser.

Au bout d’un certain temps, la cuillère se brisa, alors Erin utilisa ses mains. Elles commencèrent à saigner, mais Erin continua de creuser.

Finalement, le trou était assez profond. Erin s’empara du premier cadavre et le déposa dans la tombe. Elle était suffisamment profonde, en fait, il y avait même de la marge. Le trou qu’elle avait creusé était assez grand pour un humain, ce qui voulait dire qu’il était plus que suffisant pour les trois Gobelins.
Ils étaient de petites créatures. Erin se demanda si elle devait creuser deux autres tombes.
Elle regarda ses mains ensanglantées et ses ongles brisés. Non.

Elle déposa le second corps dans la tombe, à côté du premier. Elle fut obligée de déposer le troisième sur les deux premiers. Puis ce fut au tour des têtes. Elle les déposa sur leurs corps. Une première tête, puis une seconde.

Erin entendit un bruit en s’emparant de la troisième tête. Elle se retourna et vit le Gobelin se tenant dans les hautes herbes.

Le Gobelin était petit et loqueteux. Il portait un pagne gris et sale, ainsi que quelques chiffons attachés autour de son buste. Il tenait un petit couteau. Regardant Erin et à la tête qu’elle tenait entre ses mains.

Erin s’arrêta. Sa tête était remplie de bourdonnement, sa bouche tenta de dire quelque chose, mais trop tard. Le Gobelin bondit vers elle, hurlant et tentant de la poignarder avec la dague.

Erin recula, tenant la dernière tête de Gobelin dans une main et attendant que le Gobelin soit proche. Elle bondit sur le côté au dernier moment et le petit Gobelin la manqua, il se retourna, l’arme au poing.
Elle gifla son visage aussi fort que possible. Sa main craqua et envoya le gobelin s’effondrer au sol, ce dernier perdit sa dague, il gémit avant de fuir, tentant de retrouver son arme.

Erin continua de regarder le Gobelin alors que ce dernier s’empara de son arme et se retourna pour lui faire face. Il était petit, tellement petit, comme un enfant. Ce Gobelin était un enfant, mais un enfant avec des yeux remplis d’envie meurtrière.

L’esprit d’Erin était toujours brumeux. Mais c’est lorsque leurs deux regards se croisèrent dans une silencieuse tension qu’elle se rendit compte de ce qu’elle voulait dire. Elle s’en rendit compte en voyant les larmes couler depuis les yeux rouges du Gobelin.

« Je ne veux pas te tuer. »

Il se précipita vers elle. Erin s’avança et donna un coup de pied dans l’estomac du Gobelin. Elle avait déjà fait ça à un garçon quand elle était enfant. Maintenant, elle faisait ça à un enfant.

Le Gobelin vomit, et se roula en une petite boule de douleur. Il essaya de ramper loin d’elle, mais la douleur l’en empêchait. Erin regarda le Gobelin gisant au sol, tenant toujours la tête de l’autre Gobelin dans sa main.

La chose intelligente à faire serait de le tuer. Elle gagnerait un niveau, et elle serait débarrassé d’un des Gobelins voulant la tuer. En le laissant vivre, il allait chercher des renforts. Elle ne serait jamais en sécurité tant qu’ils seraient toujours dans les parages. Ils étaient des monstres dangereux. Ils la tueraient dans son sommeil pour la manger, ou pire. C’était la loi du plus fort. Le laisser en vie allait avoir de terribles conséquences. C’était elle ou lui. Elle se devait de le…

L’idée passa à travers la tête d’Erin alors qu’elle regarda le Gobelin tremblant. Il était petit. Elle se retourna et déposa la dernière tête avec les corps.

Lorsqu’elle se retourna de nouveau, le Gobelin avait disparu.

Erin regarda la dernière tête dans la tombe, et commença à la remplir.

C’était une longue tâche. Erin tassa la terre avant de remplir la tombe et de pousser le reste pour en faire que la terre soit le plus ferme possible. Elle regarda le tas informe de terre retournée.

Erin joignit ses mains et baissa la tête. Puis, ses mains retombèrent le long de son corps. Il n’y avait pas de mots à dire, donc elle tapota la terre une dernière fois avant de s’asseoir dans l’herbe.

Le soleil était en train de briller. Le ciel était d’un profond bleu, tellement profond. Elle ne pleura pas. Elle resta assise à se bercer en avant et en arrière tout en regardant la tombe qu’elle venait de creuser.
Elle ne cligna pas des yeux.

***

Elle leva la tête quand elle entendit la corne.

Ce n’était pas le lourd grondement du héraut d’une armée, et ce n’était pas non plus un victorieux clairon annonçant la victoire sur un sombre champ de bataille. C’était simplement le son d’une corne, mais c’était bruyant, et lui fit lever la tête.

Un Gobelin se tenait en haut d’une colline et la regardant. Il était pratiquement aussi grand qu’Erin, donc il était vraiment grand pour un Gobelin, mais toujours petit d’une certaine manière. Son corps était musculeux et large. Sa tête couverte par un casque rouillé, et il portait des bouts de différentes armures sur son corps.

Sans qu’on le lui dise, Erin savait que ce Gobelin était le chef, ou l’équivalent d’un chef pour la tribu locale. De plus, elle savait qu’il était assoiffé de sang.

Son sang.

Elle se leva lentement, ce n’était pas qu’elle n’était pas terrifiée, c’était simplement qu’elle était toujours en état de choc. Elle recula lentement alors que le Chef Gobelin s’empara de quelque chose dans son dos.

Les pensées d’Erin étaient confuses. L’auberge ? Ou la cité ? Elle pouvait probablement le distancer, mais les autres Gobelins étaient forcément quelque part, ou est-ce qu’ils étaient ?

Erin était tellement occupée à chercher les autres Gobelins rôdaient autour d’elle qu’elle réalisa que le Chef tenait un arc quand il tira pour la première fois.

Une flèche s’enfonça dans l’herbe juste devant son pied, tremblant dans la terre. Erin se retourna et commença à courir.

Une seconde flèche la manqua, ainsi qu’une troisième. Mais la quatrième passa à travers le creux entre son bras et son torse.

Erin escalada une petite colline et se jeta au sol, elle s’effondra la tête la première sur l’herbe et glissa de manière douloureuse, mais la cinquième flèche traversa l’endroit où elle s’était tenue. Elle commença à se relever pour continuer sa course quand elle vit les Gobelins.

Ils se tenaient ensemble, un mur silencieux de petits corps rouge et d’yeux observateurs. Ils l’observaient, et n’étaient pas si nombreux tout compte fait. Quarante ? Moins ? Elle devina que c’était probablement une petite tribu. Plus petite que celle qu’elle avait distancée lors du jour de son arrivée. Mais ils étaient armés. Elle attendit qu’ils la chargent. Elle attendit sa mort.

Aucun d’entre eux ne s’avança. Ils l’observaient, sans rien faire, sans un bruit.

L’un d’entre eux était tremblant. Il était proche d’Erin et tenait un couteau. Un petit couteau, tenu pas une petite main. Erin le reconnu.

C’était le Gobelin loqueteux qu’elle avait vu plus tôt. Il regarda Erin et Erin lui rendit son regard. Elle savait qu’il voulait l’attaquer, la poignarder, mais il ne le fit pas.

Une corne sonna depuis l’autre côté de la colline. Erin regarda en sa direction, le Chef Gobelin. Il était celui qui orchestrait tout ça.

Elle regarda le Gobelin, il la regarda en retour, ses yeux remplie de haine et d’envie meurtrière. Des yeux pourpres, contre nature, monstrueux.

Mais si proche de ceux d’un humain.

« Je ne les ai pas tués. »

Erin s’exprima à voix haute, elle ne s’attendait pas à ce qu’il la comprenne, mais le Gobelin recula de surprise. Il la regarda, cherchant la vérité.

« Je ne les ai pas tués, mais ça n’a pas d’importante. »

Il regarda ses yeux. Erin lui rendit son regard. Elle se releva et continuer de courir.

***

Ils ne crièrent pas en la pourchassant. C’était le plus terrifiant. La tribu Gobelin la suivait rapidement, courant aussi vite que possible, mais ils ne tentaient pas de lui barrer la route. Ils se contentaient de la suivre.

Peut-être qu’ils l’auraient arrêté si elle avait tenté de courir vers la ville, mais Erin décida de fuir vers l’auberge, alors ils l’avaient laissé partir. Ils n’étaient pas là pour la tuer, juste pour regarder
.
Sans qu’on le lui dise, Erin savait que c’était différent. Si cela avait été un véritable combat ou s’ils avaient essayé de la tuer, ils l’auraient attaqué en masse et réduit en charpie en un instant. Mais c’était une chasse.

Et le Chef était celui qui la chassait.

Peut-être qu’il pensait qu’elle était une proie facile. Il avait raison. Il pouvait probablement deviner qu’Erin n’était pas celle qui avait tué les Gobelins. Cela n’avait pas d’importance. Du sang pour du sang, voilà ce que c’était. La plus vieille des vengeances.

Erin pensa à tout ça alors qu’elle se jeta à travers la porte de son auberge et la bloqua avec autant de tables et de chaises que possible. Elle y pensa en paniquant à la rechercher d’un couteau de cuisine, d’une poêle à frire, de quoi se défendre. Elle y repensa quand elle se posa dans une chaise et que l’air avait un gout de mort.

Elle abandonna sa recherche d’arme, restant assise en regardant la porte. Elle entendit la corne du Chef Gobelin sonner au loin, avant de sonner une nouvelle fois, de plus en plus proche.

Elle n’avait pas d’endroit où fuir. Elle ne pouvait pas se battre.

Elle s’en était rendu compte lorsqu’elle avait tenu le couteau de cuisine aiguisé. Elle s’était imaginée en train de faire face au Gobelin en armure, esquivant ses coups, contrant avec sa propre attaque et poignardant…

Non. C’était impossible.

Elle n’était pas une guerrière.

Erin resta assis dans la chaise en bois et sentit cette dernière contre son t-shirt. Elle sentit ses mains, humide à cause de la sueur. Sa bouche avait un gout de sang suite à sa course effrénée, et chaque respiration déchirait ses poumons. Elle était en vie. Elle savait qu’elle ne rêvait pas.

Elle savait qu’elle allait mourir.

« Échec et mat. »

Elle s’assit à une table dans l’auberge et regarda la porte. Elle venait de s’en rendre compte, soudainement, que c’était la première fois qu’elle s’était posée pour vraiment penser à ce qui lui arrivait. Parce que, dans un sens, c’était la première fois qu’elle ne réagissait pas aux événements à l’aveugle.

Peut-être que si elle avait pris plus de temps plus tôt, elle ne serait pas dans cette situation. Si elle avait pensé à sa situation, peut-être qu’elle aurait demandé à Klbkch et Relc le prix de la nourriture. Si elle y avait réfléchi pendant une seconde, elle aurait compris ce que Relc voulait dire quand il disait qu’il allait s’occuper de son problème de Gobelins. Peut-être qu’elle aurait empêché Relc de tuer les Gobelins.
Mais elle ne l’avait pas fait. Voilà pourquoi elle était dans cette situation. Mais attendre était une terrible chose à faire. Donc Erin resta assis et réfléchit.

« Réfléchit. Réfléchit à ce qui se passe pour une fois. »

Erin ferma ses yeux et essaya d’ignorer la corne alors qu’elle sonna une nouvelle fois, toujours éloignée. Le Chef Gobelin n’était pas rapide. Il était probablement en train marcher pour conserver son énergie. Il n’était pas pressé.

Elle pensa aux Gobelins. Elle pensa au fait qu’ils avaient des leaders, et que c’était le travail du leader de défendre sa tribu. Peut-être qu’il se fichait d’eux, et peut-être qu’il n’essayerait pas de se venger si un garde ou un aventurier se trouvant derrière les épais murs d’une ville avait tué un Gobelin. Mais pourquoi ne pas se venger sur l’humaine idiote qui vivait toute seule au milieu de nulle part ?

Elle pensa au petit Gobelin qui l’avait attaqué, elle pensa à propos des familles, elle pensa à ses parents, elle pensa au sujet du Chef Gobelin et de son armure et ses armes.

Elle pensa à ce qui allait lui arriver quand il mettrait la main sur elle.

« Échec et mat. »

Elle le murmura une nouvelle fois, la phrase semblait fausse, pour une quelconque raison.
Échec et mat. Elle avait entendu ses mots trop de fois auparavant. Mais cela avait été lors de jeu. Cette fois, c’était réel, et elle… Elle ne voulait pas mourir.

Mais elle était sur le point de mourir. Voilà pourquoi elle était assise dans une auberge. Erin entendit la corne sonner une nouvelle fois et elle savait que sa mort approchait. Donc. Échec et mat.

Vraiment ? Elle devait se le demander. Erin se murmura une unique question.

« Est-ce que c’est échec et mat, ou juste échec ? »

Erin regarda ses mains, elle ne les avait pas lavées, et elle pouvait encore sortir les têtes poisseuses et sans vie dans ses paumes. Elle resta assise dans l’auberge et regarda les yeux sans vie des trois têtes de Gobelins.

La corne sonne. Elle regarda la porte. Le gros Gobelin marchait lentement. Il voulait qu’elle soit terrifiée, désespérée, paniquée. Il n’y avait pas d’endroit où courir. Ses seules options étaient de se battre et tuer, ou courir et mourir.

« Ou pire que mourir. »

Erin murmura ses mots. Elle ne voulait pas mourir, mais c’était mieux que ce qu’il pouvait lui faire. Donc. Se battre. Tuer.

« Je ne peux pas le faire. »

Mais elle devait le faire. Erin commença à trembler. Il n’y avait pas d’autre choix. C’était le choix le plus clair de sa vie. Elle pouvait courir et se cacher et peut-être, peut-être survivre. Mais s’il la trouvait elle allait devoir se battre et gagner. Gagner voulait dire qu’elle allait devoir le tuer. C’était le tuer ou abandonner.

« Échec et mat. »

Est-ce qu’elle avait une fièvre ? Le corps d’Erin balançait entre une chaleur étouffante et un froid glacial. Elle était en train de trembler, mais quelque chose au plus profond d’elle était calme, terriblement calme.

Erin ferma ses yeux, elle le savait, mais elle ne voulait pas le savoir. Sa bouche était seche, mais elle se força à parler.

« Notre Père qui es aux Cieux...»

Sa voix s’égara. Elle avait oublié le reste il y a fort longtemps et il n’y avait pas de Dieu pour l’écouter. Aucun dieu miséricordieux n’approuverait ce qu’elle s’apprêtait à faire.

Erin ouvrit ses yeux, elle regarda ses mains avant de se demander ; qui était son ennemi ?

Un Gobelin, mais pas n’importe quel Gobelin, un Chef. Un leader parmi son espèce. Fort ? Oui. Bien plus fort que les autres. Mais peut-être pas plus fort qu’un humain normal, et si elle était meilleure pour se battre…

Mais il avait une épée, un arc et des flèches. Il avait des niveaux, qu’importe ce que cela voulait dire. Il était un meilleur combattant. Alors qu’est-ce qu’Erin avait ?

Elle regarda autour d’elle. Une auberge, une cuisine, les quelques articles qu’elle avait achetés en ville. Une salle commune avec des tables et des chaises, un étage avec aucune sortie sauf pour les fenêtres. Des couteaux de cuisines, des casseroles, des poêles et un four vide.

Erin ferma les yeux et y réfléchit. Elle les ouvrit une minute plus tard et elle avait la solution.

Une corne sonna quelque part au loin. Erin l’écouta et entendit les battements de son cœur étouffer ses pensées. Elle savait ce qu’elle avait à faire.

Erin se leva. Ses oreilles sifflaient, mais le monde était silencieux. Elle avait l’impression d’être une rêveuse, marchant à travers un monde ensommeillé. Même le lourd son de la corne était étouffé. En cet instant, elle avait l’impression d’avoir tout le temps du monde.

Lentement, Erin alla jusqu’à la cuisine. Elle se pencha avant de chercher quelque chose dans le sac de nourriture qu’elle avait acheté. Voilà, juste là. Est-ce que c’était assez ? Ça allait être assez.

Erin regarda autour d’elle avant de prendre une casserole en fer, elle était petite, mais elle allait faire l’affaire.

Toutes les braises présentes dans le four de la cuisine s’étaient éteintes il y a fort longtemps. Erin lança quelques morceaux de bois et se pencha pour créer quelques étincelles. Lentement. La corne continuait d’appeler, de plus en plus bruyamment. Mais ses mains refusèrent de trembler, elle était toujours en train de rêver.

Enfin, le feu s’empara du bois. Erin continua de nourrir la petite braise grandissante, elle rajouta du bois au feu avant de mettre la casserole au-dessus de ce dernier. Elle allait être assez chaude dans pas longtemps, le feu continuait de grandir.

C’était le plan. Erin remplie la casserole à ras-bord avec son achat avant de mettre un couvercle sur cette dernière. Lentement, elle marcha jusqu’à la salle commune avant de s’asseoir.

La corne sonna. Elle était juste à l’extérieur de l’auberge. Erin entendit le pas lourd du Gobelin, le vacarme de son armure, il s’arrêta devant la porte. Puis il y eut un bruit sourd.

Thud.

La porte trembla, les chaises et les tables la bloquant reculèrent sous l’impact. Erin regarda la porte.

« Tout cela n’est qu’un jeu. »

Elle se murmura ses mots sans les croire.

Thud

Un autre impact, cette fois Erin entendit quelque chose craquer. La porte n’allait pas durer, elle n’avait plus qu’une poignée de secondes.

Thud.

Le feu commença dans la cuisine. Il allait lui falloir du temps pour que la casserole soit chaude. Est-ce que ça allait être suffisant ? Il fallait que ça soit suffisant.

Thud/

La porte entière trembla, Erin vit le bois se briser autour des charnières. Elle attendit, la mort était dans ses os. Mais elle ne savait pas si c’était sa mort ou non.

« Cavalier en D4. Pion en E3. »

Elle ne voulait pas mourir, mais la mort serait peut-être préférable à ce qui allait venir. Erin ferma ses yeux.

« Je déteste vraiment ce monde. »

La porte s’écrasa à l’intérieur alors que le Chef Gobelin entra dans l’auberge.
Titre: Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
Posté par: Maroti le 11 décembre 2019 à 11:08:31
1.16

C’était un magnifique matin. Le ciel était d’un profond bleu et le soleil brillait paisiblement sur la colline.

La porte s’enfonça vers l’intérieur et le Chef Gobelin chargea dans l’auberge. Erin se releva et attrapa une chaise.

Le Chef sourit de manière malsaine en a voyant, il regarda la chaise que tenait Erin et l’ignora. Ses yeux s’arrêtèrent sur Erin, sur son visage, sur son corps… Elle n’aimait pas la manière dont il la regardait.
Elle hésita, la chaise était entre ses mains.

« Je ne veux pas te faire de… »

Le Chef Gobelin rugit avant de charger Erin. Il la percuta et elle s’écrasa à travers la table derrière elle. La chaise qu’elle tenait vola hors de ses mains, elle sentit quelque chose craquer dans son corps.
Le gobelin dégaina son épée. Erin resta au sol, bouchée bée comme un poisson. Il abattit l’épée sur elle et elle roula à gauche, évitant l’arme qui brisa le plancher.

Plus loin. Erin se jeta par-dessus une autre table et sentit l’épée la manquer de quelques centimètres. Elle s’empara d’une chaise et la jeta sur le Gobelin qui l’écarta d’un mouvement dédaigneux de sa main gantelet.

La table était entre eux. Erin se prépara à esquiver à gauche ou à droite mais le Chef attrapa la table et poussa. Il enfonça l’épaisse table dans le nombril d’Erin tel un boulet de canon avant de la renverser.

Un mur de bois s’écrasa sur elle. Erin resta sous la table, sonnée, jusqu’à ce qu’une épaisse main attrape sa cheville et la tire d’en dessous la table.

Le Gobelin ria d’elle alors qu’elle était sur son dos, les yeux vagues. Il retira son pagne et la tira vers lui. Erin le regarda et sentit l’horreur battre dans sa poitrine. Il s’abaissa pour lui arracher les vêtements…
Elle lui donna un coup de pied, directement dans son entrejambe, de toutes ses forces.

Le Gobelin attrapa facilement sa jambe, avant de sourire de manière narquoise. De son autre main, il attrapa son autre jambe…

Erin s’assit. Ses jambes étaient prisonnières, mais ses mains ne l’étaient pas. Elle donna un coup de poing vers la cible pendante qui se trouvait entre les jambes du Gobelin.

Il hurla et la jeta plus loin. Erin roula avant de se relever. Il était en train de tenir ses parties intimes. Elle attrapa une chaise et cette fois, elle n’hésita pas.

Erin abattit la chaise sur la tête du Gobelin dans un Thump retentissant. Une fois. Deux fois. Puis le Gobelin lui donna un coup de poing.

Elle vit le coup de poing venir et tenta de le bloquer avec la chaise. Le poing du Gobelin s’écrasa à travers le bois et fit tomber Erin de nouveau. Elle se releva en sentant que sa bouche était ensanglantée.

Le Chef rugit et s’empara de son épée. Erin recula précipitamment. Elle était proche de la cuisine. Elle se précipita à l’intérieur et claqua la porte.

Voilà. La casserole était sur le feu, et de la fumée noire était en train de s’échapper du couvercle. Erin s’en approcha et sentit la chaleur brulante. Des gants. Il y avait un rouleau à pâtisserie sur le comptoir mais pas de gants ou de mitaines. Où est-ce qu’était-les…

La porte explosa vers l’intérieur dans une terrible crash. Erin se retourna et vit le Chef Gobelin chargeant vers elle.

Elle esquiva. L’épée siffla à travers l’air et s’enfonça dans le mur. L’impact désarma le Gobelin alors qu’il cria quelque chose de guttural à Erin. Elle le frappa au visage avec le rouleau à pâtisserie.

Son nez se brisa. Erin le sentit mais elle releva le rouleau à pâtisserie et le frappa de nouveau. Puis une nouvelle fois. Elle devait le frapper tant qu’il n’était pas armé. Le frapper. Le fra…

Shk.

 Quelque chose de lourd frappa le ventre d’Erin et la fit reculer. Elle recula en titubant avant de regagner son équilibre. Quelque chose l’alourdissait. Quelque chose était… Erin baissa les yeux.
Un couteau était dans son estomac, juste au-dessus de sa hanche. Il n’était pas symétrique, la lame était trop grande vers la gauche, et il était en elle. En elle.

Erin tira sur le couteau. Il était coincé. Elle continua de tirer et sentit la peau autour de son estomac partir alors qu’elle retirait le couteau. Elle serra les muscles de son abdomen et tira
Le couteau sortit accompagner du terrible bruit de la chair se déchirant. Erin regarda le sang sur la lame. Elle le laissa tomber et le couteau s’écrasa au sol avec un lourd thump. Ce n’était pas le bruit qu’un couteau devait faire.

Du sang. Coulant le long de son estomac. Erin mit une main sur sa blessure et essaya d’arrêter le saignement. Mais elle était en train de saigner, de plus en plus abondamment, et le Chef Gobelin s’approchait.

 “————!”
Erin n’arrivait pas à s’exprimer. Elle laissa échapper un cri à moitié étouffé. Elle tituba vers le foyer, la douleur transperçant ses entrailles à chaque pas.

De la fumée s’échappait de la casserole. Son contenu bouillonnait et crachait vers elle. Elle n’avait pas le temps de prendre des gants, elle attrapa la casserole par les poignées.

Le métal la brûla. Erin hurla alors que ses mains commencèrent être recouverte de cloques et que sa peau brûla. La douleur était insoutenable, mais elle continua de tenir la casserole et se retourna.
Le Chef était debout, il gronda vers elle à travers son nez cassé et son visage ensanglanté. Il tenait le couteau de cuisine dans sa main, et se jeta vers elle.

Erin lança le contenu de la casserole vers le Chef Gobelin. L’huile bouillante éclaboussa le visage du Gobelin et ruissela le long de son torse.

Il hurla. Le Chef laissa tomber le couteau de cuisine et hurla si fort qu’Erin devint sourde. Elle lâcha la casserole et tituba pour s’éloigner de lui.

Elle tint ses paumes tremblantes vers l’avant. Sa peau était déjà noire et brûlée, et même blanche à certains endroits. De larges cloques étaient déjà en train de se former sur sa peau ruinée. Mais ce n’était que la moitié. La moitié de la douleur de ce monde.

Le Chef Gobelin griffa son visage avant de tomber au sol, toujours en train de hurler, mais le son qu’il faisait était tellement faible. Elle pouvait l’entendre s’étouffer. Agonisant silencieusement. Elle comprenait. Il n’y avait pas assez de son dans le monde pour traduire toute cette douleur, et crier ne ferait qu’aggraver la douleur. Mais il devait hurler, alors il le faisait silencieusement.

Erin resta assis sur le sol et le regarda. Elle était en train de saigner. Le sang s’échappant de sa blessure n’arrêtait pas de couler. Mais ses mains…

Elles n’étaient plus les mêmes, et l’agonie des deux blessures était insupportable. Donc Erin tenta d’oublier la douleur. Elle regarda le Chef alors qu’il gisant sur le sol. Il était en train de fumer.

Des parties de son visage étaient en train de fondre. L’huile bouillante l’avait… Fondu. Mais il était toujours, il était mourant.

Erin pouvait l’entendre respirer. De courts, respirations aiguës emplie de douleurs. Il resta sur le sol, immobile. Le combat était terminé. Elle avait gagné.

Lentement, Erin commença à pleurer.

***

La fille s’assit dans la cuisine ruinée avec le Gobelin. Les deux étaient silencieux. L’un d’entre eux était mourant, l’autre était morte à l’intérieur.

Une brume de fumée brûlée remplit la pièce. L’odeur de chair brûlée envahissait l’air. L’huile se mélangeait avec le sang et la chair sur le sol.

Éventuellement, la fille bougea. Lentement, si lentement, elle se releva. Titubant, tenant le trou dans son estomac elle marcha jusqu’au large sac de jute rempli de nourriture. Elle ramassa un couteau de cuisine traînant au sol.

Elle prit le couteau et trancha le sac. La douleur qu’elle ressentit en serrant le bandage autour de son estomac manqua de la faire s’évanouir. Ses doigts et ses paumes laissèrent s’échapper un liquide clair alors que le monde sombrait dans le noir. Mais elle agrippa le bandage fermement et fit un nœud.

Puis, elle se retourna.

Une forme sombre gisait au sol, brûlant. De la vapeur s’échappait de sa chair fondue. L’odeur de viande cuite empestait l’air. Une forme sombre gisait au sol. Bougeant légèrement en respirant de laborieuses respirations.

La fille s’assoit à ses côtés. L’huile était toujours chaude, mais elle s’en fichait. Elle s’assoit avec le Gobelin et regarde son visage ruiné. Est-ce qu’il la regarde en retour ? Seulement elle le sait.

Une forme sombre gisait au sol. La fille s’assoit avec et attend. Puis, la respiration s’arrête.
Un soleil chaleureux traverse un ciel bleu et passe à travers l’une des fenêtres de la cuisine. Il n’est même pas midi, et pourtant une douce brise descend depuis les montagnes.

Le monde est silencieux.

La fille s’assoit contre l’un des murs et ferme ses yeux. Son sang coule sur le sol.

[Aubergiste Niveau 9 !]

[Compétence : Combat de Taverne obtenu !]

[Compétence : Lancer Infaillible obtenu !]
Titre: Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
Posté par: Maroti le 14 décembre 2019 à 17:43:57
1.17

Son nom était Klbkch. Du moins, c’était ce que les membres des autres espèces l’appelaient. Son nom parmi les siens ne pouvait pas être prononcé avec des mots. Donc il portait le nom de Klbkch ou ‘Klb’ de temps en temps. C’était important d’avoir un nom.

En ce moment, Klbkch n’était pas en service. Il avait signé le registre pour terminer sa journée, et avait aussi signé à la place de Relc. Son partenaire ne signait jamais le registre, ou alors, il le signait mal. Il était important de bien faire les choses.

Klbkch marchait à travers la sombre prairie qui entourant la ville. Il se dirigeait  vers l’auberge ou la jeune humaine femelle résidait. Cette visite n’était pas dans son devoir de garde, il allait la visiter pour améliorer sa relation avec elle. Il était important d’avoir de bonnes relations avec les autres espèces.
Il savait que quelque chose n’était pas normal dès l’instant où il vit la fumée. Instantanément, Klbkch dégaina les deux épées se trouvant à sa taille. Il avait encore deux autres mains de libres, mais il les laissa libres pour l’instant.

Les épées au clair, Klbkch couru vers la petite colline de l’auberge, il bougea extrêmement rapidement. Ses longues jambes combinées avec ses niveaux dans la classe de [Garde] lui donnaient [Mouvement Amélioré], ce qui lui permit de traverser plusieurs kilomètres en un instant.

L’auberge laissait s’échapper de la fumée noire depuis des fenêtres à l’arrière. Klbkch savait que ces fenêtres étaient connectées à la cuisine, la porte était aussi enfoncée, et en s’approchant Klbkch vit plusieurs Gobelins fuirent vers les collines.

Des Gobelins.

Klbkch s’arrêta en dehors de l’auberge s’aplatit contre l’un des murs proche de l’entrée. Il dégaina deux dagues avec ses deux mains inférieures et se prépara. Il ne sous-estimait pas ses chances, mais ils ne les surestimaient pas non plus.

Dans le classement des niveaux des gardes, il était quatrième, plus que capable de s’occuper de la plupart des différentes classes de Gobelins. Mais il se retirerait si les Gobelins étaient trop nombreux. Son objectif était d’analyser la situation et l’était de santé d’Erin Solstice et, si possible, se retirer avec elle. Si cela n’était pas le cas, son rôle était d’être témoin de son destin et de celui des forces occupant l’auberge.

Pour une raison inconnue, Erin Solstice était plus importe qu’analyser la menace pour Klbkch. Il rejeta immédiatement cette pensée et questionna son jugement. Sa survie était plus importe que celle d’un simple humain.

Mais. Elle pouvait être à l’intérieur, blessée ou mourante aux mains des Gobelins. Klbkch savait qu’ils avaient tendance à violer et agresser les femelles de n’importe quelles espèces humanoïdes.
Ses instincts lui disaient d’attendre. Klbkch les ignora. Son esprit lui disait d’agir, il chargea à travers la porte, se préparant au pire.

La salle commune de l’auberge était un chaos de chaises et de tables brisées. Klbkch analysa la pièce. Vide. La porte menant à la cuisine était enfoncée. Il chargea en direction de la cuisine et s’arrêta.

Deux silhouettes reposaient sur le sol. L’une était un Gobelin, mais pas n’importe quel Gobelin ; un Chef. Une véritable menace. La seconde était une fille humaine. Les deux ne bougeaient pas.

Klbkch évalua la situation. Le Chef Gobelin était dangereux, il pouvait être tué si nécessaire mais… Il était déjà mort. Mort. Une menace capable de tuer, à elle seule,  une équipe d’aventuriers de bas-niveau avait été tué par… Une fille ?

Comment ? Mais cela n’avait pas d’importance. Il regarde Erin Solstice.

La jeune femme reposait contre un comptoir. Elle tenait un bandage contre son estomac, ses mains étaient noires et recouvertes de cloques. Des larmes avaient peint des lignes claires à travers la saleté de son visage. Du sang rouge, presque noir après avoir séché, se trouvait autour du bandage sur son estomac.

Sa respiration était faible.

Pour la première fois de sa courte vie, Klbkch des Antiniums Libres n’avait pas la moindre idée de ce qu’il fallait dire.

« Ha. Mademoiselle Solstice ? »

***

La douleur l’avait quitté après quelques temps. Erin flottait, seule, dans une sombre et chaleureuse mer. Elle était en train de s’endormir. Ou peut-être qu’elle était déjà en train de dormir et que tout cela n’était qu’un rêve.

Erin coula lentement dans cette mer noire alors que la lumière du jour disparaissait petit à petit. C’était un sentiment merveilleux alors qu’elle abandonna ses fardeaux et ferma les yeux. Dormir. Cela faisait tellement longtemps qu’elle n’avait pas bien dormi.

Mais il y avait quelque chose qui la dérangeait. Quelque chose faisait… Un bruit ? Oui, un bruit. Erin pressa ses paupières, mais maintenant elle était secouée. Elle ne voulait pas se réveiller, mais peut-être que si elle le faisait, elle allait pouvoir se rendormir juste après. Alors elle écouta.

« Mademoiselle Solstice ? Mademoiselle Solstice, vous devez boire. »

Elle était en train de se réveiller, et son réveil apporta la douleur. Erin gémit, ou du moins, essaya de gémir. Sa gorge était terrible sèche. Elle souffrait. Elle souffrait tellement qu’elle ne pouvait pas supporter la douleur, elle ne savait pas quoi faire. Elle voulait retourner dormir, mais la voix était insistante.

« Buvez. »

Quelque chose était à ses lèvres. Erin sentit le liquide froid et lécha instinctivement.

Aussitôt, quelque chose de fantastique commença à se produire. Alors que sa langue goûta quelque chose d’amer et qu’elle eut un haut-le-cœur, la douleur disparue. Durant un instant.

Puis le sentiment de bien-être s’en alla. Désespérément, Erin ouvrit la bouche et goûta la dégoûtante, splendide boisson une nouvelle fois. L’agonie de ses mains disparues, et la terrible douleur brûlante de son estomac s’arrêta.

Erin ouvrit les yeux et se redressa. Son corps retrouva de l’énergie alors que les ténèbres de la mort s’éloignèrent. Elle regarda au-dessus d’elle et vit l’insectoïde géant regarder vers elle.

« Guh. »

Erin s’étouffa sur la dernière gorgée de la potion de soin. Klbkch la tenait de manière ferme alors qu’elle lutta contre la toux et avala.

« Mademoiselle Solstice. Est-ce que vous allez bien ? »

« Je… Je suis en vie. »

Erin bégaya. Elle regarda Klbkch, il était en train de tenir une bouteille de potion vide dans sa main, il l’avait sauvé. Ramener à la vie. Elle voulait le remercier. Elle n’avait pas les mots, mais elle voulait le remercier de l’avoir sauvé. Elle ouvrit la bouche et vit le corps gisant au sol.

Le Chef Gobelin. Ses yeux tombèrent sur son visage ruiné, sur son corps immobile. Erin s’arrêta, et ignora Klbkch qui venait de répéter sa question. Erin regarda le cadavre pendant un certain temps, jusqu’à ce que Klbkch le traine hors de la cuisine. Quand il retourna et qu’elle regarda son visage, elle avait totalement oublié ce qu’elle voulait dire.

***

« Vous n’êtes pas d’ici, n’est-ce pas, Mademoiselle Solstice ? »

Ce fut la première chose que Klbkch lui demanda après s’être assuré qu’elle allait bien.

Erin s’appuyait contre une étagère de la cuisine, son t-shirt relevé alors qu’elle inspectait son estomac. Il était complément soigné, même si le bandage était toujours présent. Elle aurait dû se sentir malaisé en se dévêtant devant Klbkch, mais elle ne l’était pas. C’était probablement parce qu’il était un insecte.
Elle releva la tête, surprise. Klbkch la regardait, elle ne savait pas quoi dire, contrairement à lui.

« Je ne veux pas dire que vous n’êtes pas de ce pays ou de ce continent. Vous n’êtes pas d’ici, n’est-ce pas ? »

Klbkch s’agenouilla à ses côtés, ses longues jambes faisaient que c’était plus facile pour lui que de s’asseoir.

« Non, je ne suis pas d’ici. »

« C’est bien ce que je pensais. »

Erin sourit sans joie.

« C’était si évident ? »

« Disons plutôt que cela est devenu évident. C’était une déduction improbable, mais c’était la seule que j’ai trouvée. »

Erin hésita, avant de hocher la tête. Klbkch hocha la tête à son tour, pour donner son accord.

« Comment est-ce que tu as deviné ? »

« Beaucoup d’indices m’ont mené à cette conclusion. Ta curiosité à propos des niveaux et des classes, ton arrivée mystérieuse et ce ‘Michigan’ qui n’existe pas dans les livres. Mais plus important encore fut ce dernier instant. Aucun Humain ne pleurerait pour un Gobelin. »

Erin essaya son visage, les larmes avaient séché depuis bien longtemps mais…

« Vraiment ? Personne ? Qu’en est-il des Drakéides ? »

« Aucun Humain. Aucun Drakéide, Homme-Bêtes, Gnoll ou créature de Liscor prendrait la peine de pleurer pour un Gobelin. »

« Qu’en est-il de ton peuple ? »

Klbkch ne cligna pas des yeux, il ne pouvait pas le faire, mais il fit un mouvement compulsif.

« Les Antiniums ? Nous ne pleurons pas. »

« Oh. Je vois. »

Erin sentit les mains de Klbkch bouger vers son estomac, il était en train de retirer le pansement.

« Aie. Est-ce que c’était… »

« Ne t’inquiètes pas. La potion de soin à marcher. Le pansement est juste collé à ta peau. »

« Oh… Aie ! C’est bon à savoir. »

« Tu seras affaiblie durant quelques jours, cependant, tu seras entièrement remise de ta blessure. »

Erin poussa un cri de surprise alors qu’un peu de peau s’en alla avec le pansement.

« Tant mieux. Merci. Donc. Qu’est-ce que qui se passe maintenant ? Est-ce que tu… Qu’est-ce que tu as fait du corps ? »

« Je l’ai enterré dehors. Loin de l’auberge pour éviter une réanimation. Ne t’inquiète pas. »

« … Merci. Hum. Merci. »

Klbkch hocha la tête. Rapidement et avec dextérité, il plia le pansement sale et l’ajouta au feu qu’il avait allumé. Ce dernier brûla et sentait terriblement mauvais, mais ce n’était qu’une odeur putride de brûler parmi tant d’autre.

L’homme-fourmi s’en alla vérifier la petite casserole qu’il avait mise sur le feu. Elle était remplie d’eau bouillante, pas d’huile. Après une minute il trempa un autre morceau de vêtement dans la casserole et l’amena à Erin. Elle l’accepta sans un mot et l’utilisa comme éponge pour nettoyer la terre, le sang, et les autres tâches recouvrant sa peau.

« J’ai fait l’observation que tu n’étais pas de ce monde, Mademoiselle Solstice. »

« Ouais. J’ai changé de sujet. Les Humains font ça quand ils ne veulent pas parler de quelque chose. »

Elle frotta violemment son estomac, le torchon était plutôt chaud, mais la chaleur était bienvenue. Elle se sentait froide. Klbkch baissa la tête en la regardant.

« Mes excuses. Je ne devrai pas poser de telles questions en cet instant. Tu es toujours en état de choc.»

Erin releva la tête.

« Je ne suis pas en état de choc. »

« Tu es en train de souffrir à cause de cette rencontre. Ton état mental est déséquilibré. »

« Je ne suis pas en état de choc. Vraiment. Je suis juste… Fatiguée. »

« Comme tu le dis. »

Klbkch baissa la tête une nouvelle fois.

« Je vais bien, vraiment. J’ai juste… Je viens d’un autre endroit. D’un autre monde. Ce lieu est différent. J’ai juste… Je n’ai juste pas envie d’en parler maintenant. Ça a été une mauvaise journée. »

« Bien sûr, pardonne mon impolitesse. Mais si je peux, j’aimerai te suggérer une marche à suivre. »

« Hum. D’accord ? »

« Je me suis débarrassé du corps du Chef Gobelin. Cependant, de nombreux Gobelins sont toujours cachés dans les environs. Si tu te sens en sécurité ici je me débarrasserait du plus grand nombre possible. Si cela n’est pas le cas, je t’escorterai jusqu’à la ville avant de revenir avec des renforts pour…»

« Non. »

Erin coupa la parole de Klbkch. Elle pouvait sentir la surprise de l’homme-fourmi.

« Non ? Si tu te sens incapable de voyager je peux… »

« Non. Interdiction de tuer des Gobelins. »

Il s’arrêta. Elle pouvait sentir qu’il l’observait même si ses yeux à multiples facettes n’avaient pas de pupilles.

« Puis-je demander pourquoi ? »

« Ce mal. »

« Beaucoup diraient le contraire, Mademoiselle Solstice. Les Gobelins sont considérés comme des monstres et des bandits dans le but de déterminer leurs crimes selon les lois Liscoriennes. Ils sont des tueurs qui s’attaquent aux faibles. »

Erin hocha la tête.

« Ce sont de petits monstres vicieux maléfiques. Ils me mangeraient probablement s’ils en avaient l’occasion. »

« Sans aucun doute. »

« Et ce sont des meurtriers. »

« Cela est la vérité. Plus d’un quart des morts de voyageurs sur les routes autour de Liscor sont dût à une attaque de Gobelins. Ils sont des meurtriers. »

« Ouais. »

Erin marmonna. Elle regarda ses mains, propres et intactes.

« Ils sont des meurtriers. Tout comme moi. Ne les tues pas. »

Un silence suivi cette dernière remarque. Erin regarda ses mains. Finalement, la voix saccadée de Klbkch résonna près de son oreille.

« Je ne comprends pas ton raisonnement, mais je vais écouter ta requête. Cependant, sache que  je me défendrai en faisant usage de la force létale si je suis attaqué. »

« Ça me va. »

Klbkch resta silencieux. Erin regarda l’endroit où le corps s’était trouvé. Elle avait l’impression que sa tête tournait. À un certain moment, elle avait l’impression qu’elle aurait dû s’effondrer sur Klbkch et commencer à pleurer. Ou est-ce que c’était trop stéréotypé ? Était-ce une réaction normale ? Mais à la place elle avait l’impression de se sentir un peu… Vide.

« Une dernière chose. »

« Est-ce qu’il y a quelque chose que tu souhaites me demander, Mademoiselle Erin ? »

Erin hocha vaguement la tête avant de pointer vers son torse. Qui était toujours nu. Oups. Elle tira son t-shirt vers le bas, heureusement qu’elle portait toujours son soutien-gorge.

« Après avoir tué le Gobelin… J’ai gagné une nouvelle compétence. Deux, en fait. [Combat de Taverne] et [Lancer Infaillible]. »

« Ce sont des dignes compétences. Inhabituelles pour la classe d’[Aubergiste], mais pas inconnues. »

« Vraiment ? Pourquoi je les ai eues ? Et pourquoi les compétences ne sont pas… Déterminées ? »

« Un autre signe que tu ne proviens pas de ce monde, Mademoiselle Solstice. »

Erin le regarda en fronçant les sourcils, Klbkch fit un mouvement de la main.

« Je ne voulais pas t’offenser. C’est simplement parce que tous les êtres savent comment les classes et les compétences marchent. »

« Très bien, dans ce cas explique-les-moi. »

Klbkch resta silencieux pendant quelques secondes.

« Pour faire simple, les classes sont des chemins communs que l’un emprunte au cours de sa vie. L’un peut choisir de devenir un [Boucher], ou peut-être un [Musicien]. Ce n’est qu’une question de remplir les exigences. Bien souvent, ces conditions sont connues, mais il y a des exceptions. Quelqu’un ne peut pas simplement prendre la classe de type [Régent], par exemple. »

« Je vois, tu dois y naître. »

« C’est en effet l’un des moyens d’apprendre une classe de ce genre. Mais dans tous les cas, les classes améliorent les capacités d’une personne avec chaque niveau gagné, et cette amélioration de capacité peut s’accompagner d’une compétence. Mais il n’y a pas un set prédéterminé de compétence pour une classe. »

« Vraiment ? »

« En effet. Par exemple, deux individus peuvent prendre la classe de [Soldat], mais peuvent apprendre des compétences différentes au même niveau. C’est une question de besoin et de penchant qui permet à quelqu’un d’apprendre une compétence. Par exemple, même si Relc est un guerrier avec plus de niveau que moi, il est en dessous de moi dans la classe de [Garde] et donc ne possède pas la compétence de [Détection De Culpabilité]. »

« D’accord. »

Klbkch regarda Erin, elle haussa les épaules.

« As-tu compris ? »

« Pas vraiment. Un peu, je suppose ? Mais pourquoi est-ce qu’il y a des niveaux en fait ? »

« C’est la voie du monde. Toutes les races pensantes ont reçues la capacité de gagner des niveaux et de prendre des classes. »

« Pourquoi ? »

Erin soupira et frappa doucement son visage.

« Ou plutôt, par qui. Qui l’a fait ? Et pourquoi ? »

« Personne ne le sait. Mais nos plus vieux textes nous disent cette vérité. »

Klbkch récita avec sa voix sans inflexion.

« Tous ceux qui Pensent… Ressentent. C’est par ces Sensations que nous Agissons. C’est dans l’Acte que nous gagnons des Niveaux. Tous ceux qui Pensent ont une Classe. Et c’est dans cette Classe que nous trouvons notre destinée. »

Erin ria, avant de réaliser qu’il était sérieux.

« Est-ce que quelqu’un vous a enseigné ça ? »

Klbkch hocha gravement la tête.

« Cela fait partie des leçons que tous les enfants apprennent. La formulation exacte provient d’un livre : Le Livre des Niveaux, qui a été écrit il y a presque milles ans. »

« Mais pourquoi les choses marchent comme ça ? »

Erin était de plus en plus frustré. De plus, le ton calme et sérieux de Klbkch ne faisait rien pour aider.

« C’est simplement comme ça que nous vivons nos vies. C’est une vérité universelle à travers le monde. Ton monde n’est-il pas semblable ? »

Erin le regarda en fronçant les sourcils.

« Non, non il ne l’est pas. Nous n’avons pas de niveau, et nous n’apprenons pas des compétences comme dans les jeux-vidéos. Nous n’avons pas de classes sauf pour celle qu’on a à l’école, et nous n’avons pas besoin de niveaux pour apprendre quelque chose. »

« L’apprentissage est bien plus qu’une histoire de niveaux. Les classes et le gain de niveau sont simplement les bases de nos vies pour que nous puissions grandir plus vite dans ce que nous faisons. C’est la réalité. »

« C’est stupide. »

Il la regarda, surpris.

« Je te demande pardon ? »

« Ton gain de niveau est stupide. Tes compétences sont stupides. Je déteste les classes de ton monde, je déteste ta ville et je te déteste. »

Elle cria les derniers mots vers Klbkch avant de mettre son visage entre ses mains. Après quelques temps, elle le sentit poser une main réconfortante sur son épaule. Elle était froide, et faite d’un exosquelette lisse, mais réconfortant quand même.

 « … Je ne voulais pas dire ça. »

« Je n’ai pas été offensé, Mademoiselle Solstice. Je sais que tu as traversé un événement traumatique. La faute m’appartient dans le fait que je n’ai pas été assez ouvert à ta détresse. J’aurai dû fournir plus de confort et de camaraderie. Cependant, mon partenaire Relc est plus efficace que moi à ce sujet. »

« Tu t’en sors plutôt bien. »

Erin marmonna cette phrase à travers ses larmes. Elle avait commencé à pleurer. Ce n’était pas des pleurs bruyants ou moches, mais ses yeux étaient subitement remplis de larmes.

« Je passe juste une mauvaise… Je veux dire, ça fait… Je déteste ce monde. Mais je ne pense pas la dernière partie, tu es quelqu’un de bien. Tous les autres peuvent aller en enfer. »

« Je vois. Tiens, accepte ceci, s’il te plait. »

Klbkch tendit un autre morceau de tissu à Erin. Elle se moucha et renifla bruyamment.

« J’aimerais être seule maintenant. »

Klbkch hésita.

« Je resterai ici avec ta permission. Cela serait imprudent de… »

Elle lui coupa la parole.

« Ça va aller. »

« Respectueusement, je dois exprimer mon désaccord. Même si le Chef Gobelin est mort, sa tribu peut chercher à se venger. »

« Ils ne le feront pas. »

« Puis-je demander comment tu peux le savoir ? »

« Je le sais. S’il te plait. J’aimerais vraiment être seule. »

Une nouvelle fois, il hésita. Finalement, Klbkch se releva et marcha jusqu’à la porte de la cuisine avant de se retourner.

« Puis-je poser une dernière question, Mademoiselle Solstice ?  Qu’est-ce qui a poussé le Chef Gobelin à vous attaquer ? Il est rare de voir un chef de tribu prendre des mesures agressives sans être provoqué. »

Erin ferma les yeux. Elle était tellement fatiguée, et les événements de… De ce matin ? Cela semblait être si loin.

« Relc. Il a tué trois Gobelins et les a décapités. »

Klbkch s’arrêta. Du coin de l’œil, Erin le vit fermer l’une de ses quatre mains, puis il s’inclina profondément.

« Permet-moi de te présenter nos excuses mutuelles. Les mots ne peuvent pas exprimer ma honte. »

Elle hocha rapidement la tête.

« Y’a pas de mal. »

Une fois son mensonge terminé, elle attendit que Klbkch s’en aille. Quand il resta dans la cuisine après quelques minutes, elle le regarda droit dans ses yeux.

« Je vais aller me coucher. »

Il hocha la tête.

« Bien. Prends soin de toi, Mademoiselle Erin. »

Il ne ferma pas la porte derrière lui, car la porte était brisée. Mais il la posa contre le trou et installa deux chaises pour la maintenant en place avant de disparaître dans la prairie, devenant rapidement une silhouette dans le ciel orangé.

Erin posa sa tête contre le mur. Ses yeux étaient en train de brûler et son corps semblait lent et confus après la potion de soin. Au moins, il était parti. Ce n’est pas qu’elle n’aimait pas sa compagnie, en fait, elle voulait le serrer dans ses bras ou se faire serrer par ses bras. Mais maintenant elle voulait dormir.
Elle voulait oublier.

Mais elle ne pouvait pas dormir.

Elle voulait tellement trouver le sommeil, son esprit était en train de la supplier de fermer les yeux. Mais quand elle le faisait, elle voyait des choses, donc elle les garda ouverts.

Elle pouvait sentir l’huile bouillante et la chair brûlée, même si Klbkch avait ouvert une fenêtre pour laisser la brise du soir souffler à travers la cuisine. Mais elle sentait toujours la mort, elle pouvait le voir dans les yeux du Chef Gobelin. Il était en train de la regarder…

Thump.

Erin frappa sa tête contre le mur derrière elle. Cela faisait mal. Elle recommença.

Thump. Thump

L’image des yeux morts du Gobelin disparu de son esprit pendant une seconde. Mais dès l’instant où elle pensait à ce qui s’était passé, ils étaient de retour, regardant directement dans son âme.

Thump.

Erin cogna sa tête une nouvelle fois. La douleur fit disparaître son champ de vision pendant un cours instant, et sa tête commença à tourner. Mais si elle devait choisir entre ça et les yeux du…

Thump. Thump Thump.

Elle voulait dormir, mais elle ne le pouvait pas, et la nuit était proche. Apportant avec elle des incertitudes, des peurs, mais pire que tout, des choses auxquels elle ne pouvait pas échapper.
Des souvenirs.

Thump.

***

Klbkch marcha à travers les portes ouest de Liscor et salua le Drakéide à son poste d’un mouvement de la tête. Sa réponse fit un froncement de sourcil, mais il ne fit pas de commentaire. La politesse était importante, entretenir des relations solides et un sentiment d’amabilité envers les Antiniums dans la ville était important.

Ce qui était aussi important était de rendre une prime. Klbkch portait un large sac fait à partir de ce qui était resté du sac d’Erin et son contenu alourdissait son côté gauche de manière non négligeable. Mais le sac était nécessaire, et de plus, cela évitait que l’odeur et la vue ne dérange les autres citoyens qu’il croisait.

Oui, la prime. Il allait la remplir cette nuit, mais avant il avait une mission plus importante à finir.
Klbkch marcha à travers les rues jusqu’au moment où il atteignit un bar qu’il savait fréquenter par de nombreux clients Drakéide. Le bar était un établissement bruyant, tapageur, et remplie de corps reptilien, mais ils firent de la place pour lui. Non pas par respect, car il n’était pas en service, mais parce qu’il ne désirait pas toucher son corps.

L’Antinium solidaire marcha à travers la foule de Drakéide jusqu’au moment où il entendit son nom être appelé bruyamment accompagné du smash causé par une chope violemment pausé sur le bar en sa direction.

« Oi, Klb ! Tu vas pas croire ce que ce stupide Humain à fait cette fois. »

Klbkch approcha Relc en traversa le bar. Le Drakéide se décala pour lui laisser un siège et se retourna, chancelant. Il était entouré d’un troupeau de Drakéide ou, s’il utilisant le terme approprié, une communauté de Drakéide. Certains étaient mâles, la majorité était des femelles. Ou peut-être pas. Il était parfois difficile à Klbkch de définir le sexe d’un individu. 

« C’est une bonne chose que tu sois là. Laisse-moi te dire, cette fille, Erin ? C’est l’Humaine la plus stupide que j’ai vu de ma vie. Tu sais ce qu’elle a fait ce matin ? »

Relc se lança dans son histoire, et en voyant la tête que les autres faisaient, ce n’était pas la première fois qu’il racontait son récit. Klbkch ignora Relc et ignora le siège dans lequel le Drakéide tentait de l’asseoir.

Il plaça deux de ses mains sur les épaules de Relc pour le stabiliser. Une posture correcte était essentielle. Puis, il frappa Relc aussi fort que possible avec ses deux autres mains.

Le Drakéide vit les coups de poing venir, mais il était trop saoul pour bien les esquiver et les mains de Klbkch le retenaient. Il s’écroula violemment au sol alors que les deux poings s’écrasèrent contre sa mâchoire et son estomac en même temps.

Pendant un instant, seul un silence stupéfait se fit entendre. Puis Klbkch entendit un puissant sifflement qui se transforma en un hurlement strident de rage.

Relc bondit sur ses pieds avec un hurlement et rencontra le pied de Klbkch lors de sa remontée. Le coup le toucha dans la mâchoire une nouvelle fois et le sonna durant quelques secondes. Klbkch hocha la tête, une bonne posture était nécessaire pour un bon coup.

Relc était aux pieds de Klbkch, il se releva, reçu deux nouveaux coups poings, et décida de rester au sol. Klbkch hocha la tête une nouvelle fois et s’éloigna de son partenaire.

L’atmosphère dans la pièce était devenue hostile. Klbkch regarda autour de lui mais décida de ne pas dégainer ses dagues. Les autres Drakéides tremblant de rage et leurs poings étaient serrés, mais son expérience lui disait qu’ils n’allaient pas attaquer sans nouvelle provocation.

Klbkch estima que l’image publique envers les Antiniums dans la ville venait de se dégrader de quelques degrés suite à ses actions, qu’importent ses raisons. L’antipathie dans la Garde de la ville serait aussi substantielle, du moins sur le court terme.

Cela était coûteux, mais Klbkch trouvait que c’était adéquat. Il hocha la tête en direction des observateurs du bar silencieux.

« Passez une bonne nuit. Veuillez accepter mes excuses pour le dérangement. Je vais me retirer. »

Klbkch se retourna et marcha hors du bar. Il entendit le brouhaha recommencer dès l’instant ou passa la porte tout en entendant la voix indignée et distinctive de Relc. Oh oui, il y aura des conséquences demain.

Pour une certaine raison, cela ne dérangeait pas Klbkch. A la place, il se demanda à quoi les humains ressemblaient. Est-ce qu’ils étaient comme les Drakéides ? Cette question le dérangeait.

Mais la nuit s’avançait et il avait une prime à rendre. Les bons papiers devaient être remplis de manière adéquate, avec un témoignage en guise de confirmation. Les choses devaient être bien faites, ou cela ne valait pas la peine de le faire.

Klbkch marcha dans la nuit. Il y avait une prime à rendre et des recherches sur les humains à faire. Mais plus important, les Autres devaient connaitre une humaine nommée Erin Solstice. Elle était importante. Après tout, elle était unique.

***

Le cadavre avait disparu, mais Erin pouvait toujours voir son visage. Elle pouvait encore sentir l’odeur de la chair brûlée, ressentir les brûlures sur ses mains. Elle pouvait toujours l’entendre respirer.

Elle ne s’endormit pas, et alors que la nuit se changea en jour, elle continua à regarder le sombre plafond.

Écoutant la respiration.
Titre: Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
Posté par: Maroti le 18 décembre 2019 à 12:59:44
1.18

Erin s’assit dans une chaise et regarda à l’extérieur. C’était une belle journée, une brise tiède passa à travers la fenêtre, réchauffant tout ce qu’elle touchait.

A l’exception d’elle-même. Elle se sentait froide. Vide et froide.

Des ombres passèrent devant elle, elles avaient des noms. Klbklc, Relc, et même Pisces. Mais ils n’étaient pas importants. Les morts étaient bien plus terribles.

Erin tenait une tête de Gobelin entre ses mains. Elle regardait dans ses yeux blancs et sentait ses mains brûler. Elle s’assit à côté d’un Gobelin mourant et écouta sa respiration.

Le soleil était éblouissant. Au bout d’un certain temps, la nuit se changea en jour, mais Erin avait toujours l’impression qu’il faisait nuit. Dans l’auberge, les ombres étaient longues et continuaient de la plonger dans la pénombre. C’était adéquat.

Le monde semblait vide, tout était en train de se réverbérer et de se flouer autour d’elle. Elle ne faisait rien en particulier, elle était simplement… Existante. Existante, sans être adéquate.

Le petit fantôme d’une petite auberge dans un petit monde. Voilà comment elle se sentait.

C’était froid.

Erin leva la tête, Relc était dans l’auberge. Est-ce que c’était la première fois qu’elle le voyait aujourd’hui ? Probablement. Il était en train de hurler à propos de Gobelins en s’excusant. Klbkch était aussi présent. Silencieux. Sa carapace marron le camouflait parmi les chaises. Peut-être qu’il s’était caché dans l’auberge depuis le début de cette journée. Erin ne pouvait pas s’en rappeler.

« … Tuer tous ses petits salauds ! »

Relc était en train de crier. Il attrapa sa lance. La main d’Erin bougea.

« Whoa ! »

La tête de Relc recula subitement alors que le couteau de cuisine frôla son visage. La lame s’enfonça dans le mur et se coinça dans le bois.

Klbkch et Recl regardèrent Erin. Elle regarda sa main en silence. Oh. D’accord. Une compétence. [Lancer Infaillible]. Est-ce qu’elle en avait parlé à Klbkch hier ? Où est-ce qu’elle voulait lui en parler prochainement ?

Elle regarda Relc.

« Laisse-les tranquille. »

Puis Erin recommença à regarder ses mains. Après un certain temps, Relc s’en alla, suivi de Klbkch, ou peut-être qu’Erin avait arrêté de les voir.

« Cet endroit est mon auberge. C’est moi qui fais les règles. Et si tu n’aimes pas mes règles, va-t’en. »

Est-ce qu’elle avait dit cela à Relc, ou à une auberge vide ? Peut-être qu’elle l’avait crié. Erin ne pouvait pas s’en rappeler. Le temps n’était pas la même chose désormais. Elle continua de regarder ses mains et avait l’impression qu’elles étaient en feu. Elle vit le Gobelin mort gisant sur le sol, hurlant en silence.

C’était la seule chose qu’elle voyait.

Pisces arriva plus tard. Il entra dans l’auberge avec des étincelles partant du bout de ses doigts. Il était comme Relc, mais il était attentionné. Il voulait aussi tuer des Gobelins, ou les effrayer. Les maudire avec un sort. Cela n’avait pas d’importance.

Erin le regarda jusqu’à ce qu’il hésite. Elle lui donna l’une des saucisses séchées avant de lui dire que s’il tuait un des Gobelins elle allait le tuer.

Il prit la saucisse avant de pâlir en attendant ce qu’elle venait de dire. Puis il s’en alla.

Erin resta assis dans l’auberge et sentit les murs l’écraser. Elle ne pouvait pas respirer à l’intérieur, elle devait sortir.

 Le soleil était trop resplendissant et la lumière était trop agressive. Erin retourna à l’intérieur avant de sentir les ténèbres ramper le long de son dos. Les ombres étaient en train de se mouvoir. Le vent semblait porter des murmures.

Elle pouvait entendre une respiration. C’était la sienne.

Il faisait noir, le soleil avait disparu. C’était le pire des moments. Erin pouvait voir des cadavres dans les ombres, couchés sous les tables, avec leur têtes visibles dans la lumière lunaire passant à travers les fenêtres.

Erin ferma ses yeux, mais ils la suivirent dans sa tête. Elle creusa à travers son esprit et les souvenirs refirent surface. Ils lui brisèrent le cœur. Morceau par morceau. Jusqu’à l’arrivé du matin.

***

Klbkch arriva le lendemain. Relc était absent. Il s’assit avec elle et lui posa d’autres questions. Allait-elle bien ? Voulait-elle quelque chose ? Avait-elle faim ?

Erin lui répondu jusqu’à ce cela soit trop fatiguant. Puis elle resta assit et attendit qu’il s’en aille. Éventuellement, c’est ce qu’il fit.

Les ombres se retraitèrent devant la lumière du soleil, Erin resta assis dans sa chaise en se balançant de temps en temps. Elle se releva quand elle entendit un Thump.

Quelqu’un était à la porte. Erin l’ouvrit.

Un rocher géant se tenait devant son auberge. Une longue pince s’approcha d’elle. Le crabe-rocher cliqueta et tentait de l’attraper au niveau de la taille.

Erin ouvrit sa bouche et hurla. Le crabe-rocher tenta d’attraper sa tête avec une de ses pinces. Elle frappa la pince avec une chaise et continua de hurler. Le crabe-rocher recula sa pince et se retraita. Elle continua de hurler dessus. Elle hurla et hurla et hurla jusqu’à ce que sa respiration soit coupée. Puis elle continua de hurler.

Le crabe se retraita en agonisant, essayant de protéger ses orifices lui servant d’oreille avec ses pinces. Il marcha en crabe le plus rapidement possible. à des kilomètres d’ici, les oiseaux ptérodactyles s’envolèrent en paniquant.

Erin hurla et hurla jusqu’à ce que sa voix soit éteinte, elle essuya les larmes de son visage avant de rentrer de nouveau dans l’auberge et de dormir dans une chaise.

***

En se relevant, Erin se rendit compte qu’elle était affamée. Elle tenta d’ignorer la sensation pour rester assis là où elle se trouvait. Mais la douleur commença à mordre ses entrailles. Elle continua de l’ignorer.

La douleur s’en alla, avant de revenir quelques heures plus tard, la déchirant de part en part. Erin se demanda quand est-ce qu’elle avait mangé pour la dernière fois. Peut-être deux jours ?

Son estomac gargouilla et supplia. Erin sentit la douleur causée par la faim ronger son esprit. Eventuellement, cette dernière devint trop pressante pour l’ignorer. Alors Erin décida de manger.

Cuisiner demandait trop de travail, et manger de la viande était impossible. Erin se leva.

L’effort causé après s’être levé lui fit tourner la tête. Erin tituba avant de s’écrouler sur une chaise. Elle resta allongée sur la table en regardant le sol. Après une dizaine de minute elle se força à se relever et marcha jusqu’à la porte.

Le soleil était resplendissant. Erin couvrit ses yeux ? Il était midi, ou demain. C’était probablement la raison pour laquelle elle avait faim.

Elle commença à marcher, c’était difficile. Ses jambes ne voulaient pas la soutenir. Par deux fois, elle trébucha et tomba, avant de se relever et de continuer sa marche. Marcher était difficile, mais ce n’était pas plus difficile que certaines choses.

***


Le verger était au même endroit que la dernière fois. Les arbres, étrangement droits, portaient toujours les fruits bleus. Erin donna un coup de pied à l’un des arbres et attrapa le fruit alors que ce dernier tomba vers son visage.

Erin se posa sur le sol et regarda le fruit bleu durant un certain temps. Les arbres la protégeaient du soleil et le vent faisait voler ses cheveux dans son visage. Finalement, Erin croqua le fruit.

Il était sucré et délicieux. Le jus était rafraîchissant. Pour Erin, ce dernier avait un gout de cendre et de poussière. Mécaniquement, elle termina le fruit avant d’en manger cinq autres. Puis elle vomit.

Une fois que son estomac se calma, Erin mangea un nouveau fruit, retrouvant un semblant de gout. Une fois le fruit terminé, elle regarda les restes du fruit et le noyau taché reposant dans ses mains.

Elle ouvrit le noyau et observa la pulpe qu’il contenait. Du poison. Probablement un moyen extrêmement douloureux de mourir. L’odeur était déjà terrible, le gout serait probablement pire.

Mourir empoisonné était une terrible manière de mourir. Presque aussi terrible qu’avoir son visage fondu.

Thump. Thump.

Erin frappa sa tête contre l’arbre. Ce dernier était robuste, c’était ce qu’il fallait. Des fruits bleus tombèrent autour d’elle.

Thump. Thump. Thump.

Elle s’arrêta lorsqu’elle vit les Gobelins. Quatre d’entre eux se tenaient à l’orée du verger. Ils prirent la fuite dès l’instant où elle posa ses yeux sur eux.

L’un des Gobelins avait fait tomber quelque chose dans sa panique. Erin s’y rendit et ramassa un petit panier fait de brindilles. Il n’était pas très bien fait.

Elle se retourna et regarda le verger et les fruits que les arbres portaient. Bien sûr. Ils avaient probablement faim eut aussi. Elle ne pouvait pas les voir manger des crabe-rochers, et les oiseaux-dinosaures les mangeraient probablement s’il essayait de voler leurs œufs. À part un voyageur de temps en temps, qu’est-ce que les Gobelins pouvaient manger ?

Erin quitta le verger, marchant lentement jusqu’à l’auberge, sentant son corps s’effondrer sur lui-même. Elle avait besoin de manger plus. Mais c’était trop de travail.

Elle pouvait les sentir la suivre, mais ils fuyaient dès qu’elle se retournait. Cependant, ils étaient lents et elle pouvait les entrapercevoir. Des vêtements miteux, des corps famélique. Ils ressemblaient à des enfants affamés, à des réfugiés échappant à une guerre. Mais pas à des monstres. À l’exception de leurs yeux rouges et de leurs dents pointues.

Cela donna une idée à Erin, elle regarda ses mains durant un long moment avant d’accélérer. Soudainement, elle avait commencé à marcher plus vite. Une fois dans l’auberge, elle chercha le sac et trouva que Klbkch avait rangé tous les ingrédients sur le comptoir. Démarrer un feu fit difficile, mais une fois commencé s’arrêter allait être encore plus difficile.

Erin sentit l’odeur de la fumée et de la cuisson. Mais ce n’était que du bois, et la fumée n’était pas envahissante. Elle n’entendait que sa respiration, et son estomac gargouillant.

***


Le soir tomba sur les plaines, sur l’auberge solitaire se tenant sur une petite colline, et sur les quatre Gobelins rampants dans les hautes-herbes. Ils regardaient l’auberge. Ils regardaient la fumée s’échappait de la cheminée. Ils regardaient, et entendaient leur estomac gargouiller.

Ils avaient tous des armes, mais elles n’étaient pas de bonne qualité. Des dagues rouillées, des gourdins rudement fait. Mais ils étaient dangereux.

Malgré cela, ils craignaient l’auberge. Ils craignaient celle qui vivait à l’intérieur. Une escroc, une trompeuse, une meurtrière. Elle avait l’air faible, mais elle était la mort.

Ils le savaient. Cependant, ils sentaient quelque chose de merveilleux venir depuis l’auberge. De la nourriture. Et ils avaient tellement faim.

Les fenêtres de l’auberge étaient fermées, mais ils pouvaient sentir quelque chose cuire à l’intérieur. Quelque chose qui ne sentait pas comme de la viande pourrie ou l’odeur à  l’intérieur des fruits morts bleus. Cela ne sentait même pas comme les créatures rochers mortes qu’ils trouvaient de temps en temps, ça sentait… Bon.

Ils étaient en train de saliver. Mais ils craignaient l’auberge, et ils devaient manger ce soir ou mourir de faim. Ils se relevèrent avec réticence. Ils avaient espéré que la femelle humaine aurait laissé tomber de la nourriture ou serait morte. Mais comme ni l’un ni l’autre n’était arrivé, ils devaient trouver de la nourriture.

Cependant, ils continuaient d’hésiter. Ils restèrent proches de la porte et souhaitèrent avoir le nombre de leurs côtés ou la force de voler de la nourriture. Mais le monstre à l’intérieur était la mort. Elle avait tué le plus Puissant, et elle ne pouvait pas être combattu, c’était la mort.

Mais, ils avaient faim.

Combien de temps restèrent-ils à l’extérieur de l’auberge, salivant ? Trop longtemps. La porte s’ouvrit avec fracas.

Les Gobelins poussèrent des cris de peur et s’apprêtèrent à courir. Mais la Trompeuse ne les pourchassa pas. Elle continua de se tenir dans l’encadrement de la porte, les mains sur ses hanches, un sourcil levé.

« Alors ? Vous pouvez entrer. »

La Trompeuse se retourna et marcha à l’intérieur. Les Gobelins échangèrent un regard et observèrent la porte ouverte. Une délicieuse odeur s’en échappait. Ils hésitèrent, mais l’odeur était délicieuse.

Tellement, tellement délicieuse.

***


Erin se retourna alors que le premier Gobelin rentra lentement dans l’auberge. Il se figea, mais elle pointa une table du doigt.

« Ici. Asseyez-vous. »

Il hésita, avant de se diriger jusqu’à la chaise.

Le Gobelin se percha maladroitement sur la chaise qui n’était pas à sa taille alors qu’Erin plaça une assiette sur la table. Il faisait un mouvement de recul au moindre de ses mouvements, et quand elle sortit les fourchettes, il manqua de détaler. Mais il resta assis et la regarda alors qu’elle amena une casserole dans la salle. 

Le métal était brûlant. Mais Erin utilisa son t-shirt pour protéger ses mains et porter la casserole jusqu’à la table. Elle prit une pince et commença à servir les pâtes avec des oignons et des saucisses dans chaque assiette.

Le Gobelin continua de saliver. Il regarda les pâtes dorées puis Erin avec des yeux ébahis et suppliant. Il avança ses doigts sales vers les pâtes avant d’hésiter avant de regarder Erin.

Elle le regarda en retour. Ses yeux allèrent jusqu’aux doigts du Gobelin qui s’approchaient lentement de l’assiette.

« Cours et je te frappe avec une chaise. Assis-toi. Mange. »

Le Gobelin recula immédiatement ses doigts. Il regarda les pâtes, puis Erin. Elle se demandait pourquoi il ne mangeait pas. Oh. Bien sûr.

« Le premier repas est offert par la maison. »

Le Gobelin regarda le plafond. Erin soupira, mais ses lèvres eurent un léger mouvement vers le haut.

« Ça veut dire que c’est gratuit. »

Une nouvelle fois, le Gobelin la regarda avec ses yeux ébahis.

« Mange. »

Sa main se dirigea vers les pâtes.

« Pas comme ça. »

Le Gobelin recula sa main et manqua de tomber de sa chaise. Erin soupira une nouvelle fois. Cette fois, un sourire se dessina sur le coin de ses lèvres.

« Mange avec une fourchette. Tu vois ça ? Fourchette. »

Elle pointa vers la fourchette. Le Gobelin la regarda. Lentement, il s’en empara avant de piquer une nouille beurrée avant de la porter à sa bouche. Elle resta pendue au-dessus de sa bouche remplie de dents jaunes alors qu’il la regarda. Demandant sa permission.

Erin hocha la tête, la nouille tomba. Le Gobelin avala, avant de devenir raide. Très, très raide.

Puis il sourit. C’était un terrible sourire, plein de dents tordues et d’hésitation, mais c’était un sourire.

Erin sourit en retour. Elle ria, pour la première fois depuis une éternité. Ce fut un rire qui venait du bas de ses pieds avant de passer à travers son cœur. Il explosa hors de sa poitrine. C’était un bon rire, et le monde faisait sens à nouveau.

Le Gobelin regarda l’humaine riante. Il posa sa fourchette avant de détaler à travers la porte. Cela ne fit qu’accentuer son rire.

***

Erin posa la dernière assiette et regarda le dernier Gobelin gémir alors qu’il était affalé sur la table. Quatre Gobelins. Six assiettes. Elle était surprise de voir qu’ils arrivaient à tant manger.

Ils étaient de petites créatures. Cependant, ils mangeaient comme des loups affamés, car c’était exactement ce qu’ils étaient. Du moins, ils étaient affamés.

Mais maintenant ils étaient effondrés dans une paresse d’après repas, ou à la frontière entre la douleur et l’oubli causé par leurs estomacs comblés. Mais ils se redressèrent alors qu’elle s’approcha et la regardèrent.

Erin sortit une chaise avant de s’asseoir. Les Gobelins reculèrent, mais cette fois ils ne prirent pas la fuite en hurlant. Ils la regardèrent. Elle les regarda en retour.

***


Après un long moment, la nuit tomba. L’un des Gobelins regarda la porte et ils se relevèrent en même temps. Erin ne fit pas de mouvement pour les arrêter.

Maladroitement, ils se rendirent jusqu’à la porte, ne la quittant pas du regard. Puis l’un d’entre eux s’arrêta et fit un mouvement aux autres. Ils se rassemblèrent, lui tournant le dos. Erin vit une quelque chose briller dans leurs paumes. Les cheveux se dressèrent sur sa nuque, mais elle resta assise.

L’un des Gobelins était de retour, il tenait quelque chose dans ses mains et lui tendit.

Erin regarda ses mains pour voir trop petites pièces sales en argent. Elle cligna des yeux. Une première fois, puis une seconde fois, avant de lâcher la chaise et de se relever.

Le Gobelin eut un mouvement de recul, mais Erin bougea très lentement. Elle toucha les mains du Gobelins, elles étaient rugueuses, sales, et chaudes. Elle les ferma sur les pièces.

« Le premier repas est gratuit. »

Le Gobelin l’observa. Elle l’observa en retour. Il se retourna et prit la fuite. Mais il s’arrêta à la porte et dit quelque chose qui semblait être un ’sqwsmsch’. Puis il disparut.

Erin se rassit et regarda la porte. Elle cligna des yeux plusieurs fois avant de sourire. Elle regarda l’intérieur de l’auberge avant d’essuyer ses yeux. Puis, elle tira une chaise et posa ses bras sur la table pour former un oreiller.

Elle s’endormit à l’instant ou sa tête toucha la table.
Titre: Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
Posté par: Maroti le 21 décembre 2019 à 13:26:31
1.19

Erin se réveilla lentement et à la vue d’un sac d’argent sur sa table. Pendant un court instant, elle eut l’impression que l’un des Gobelins le lui avait laissé.
   
Ce n’était pas un des Gobelins. En fait, le mystérieux sac de pièce d’argent était offert par Klbkch. Erin regarda avec curiosité la note qu’il avait écrite et plissa les yeux pour comprendre les mots.


Pour la destruction d’un Chef Gobelin dans la proximité de Liscor, vous êtes présentement récompensée de 40 (quarante) pièce d’argents ou équivalent.

Signé et témoigné par Klbkch des Antiniums.


-Klbkch des Antiniums.

Post Script : Pardonne mon écriture passable, mais je ne parle pas couramment le script utilisé par la majorité des Humains de ce continent.



Erin cligna des yeux en regardant le sac, avant de l’ouvrir et de cligner des yeux une nouvelle fois à la vue des pièces argentées et brillantes. Elle continua de regarder les rayons de soleils faire briller les pièces pendant un certain temps, avant de fermer le sac.

Elle regarda de nouveau la table, avait-elle aussi rêvé de cette rencontre ? Mais non, elle pouvait voir l’endroit ou un Gobelin avait renversé du jus de fruit bleu quand elle lui avait souri. Une grosse mouche luisante plainait au-dessus de la table.

Erin soupira, avant de sourire. Soudainement, elle savait ce qu’elle devait faire.

Premièrement, elle écrasa la mouche acide et couru dans la pièce jusqu’à ce qu’elle lave l’acide. Puis, elle mangea son petit-déjeuner, qui était constitué de pâtes froides avec des saucisses et de l’oignon. C’était délicieux. Puis elle se dirigea vers la ville.
   
Erin réalisa quelque chose en marchant vers la ville. Elle allait devoir retourner au marché, le marché ou elle avait perdu tout son argent. Ses pas ralentirent, avant d’accélérer de nouveau. Soudainement, Erin avait deux choses à faire aujourd’hui et elle avait hâte de faire les deux.

***

Toutes les têtes se tournèrent alors que la femelle humaine entra au marché pour la seconde fois, et ce n’était pas à cause de l’odeur.

Erin marcha directement jusqu’à l’étal ou elle avait été arnaquée. Elle regarda le Drakéide et plissa les yeux.

« Attends une seconde. Est-ce qu’on se connait ? »

La Drakéide secoua sa tête.

« Est-ce que tu veux un collier, Humaine ? »

Erin regarda les pendentifs et autres joyaux présenté.

« Plus tard, peut-être. Là je veux parler au Drakéide qui m’a arnaqué il y a quelques jours de cela. Tu sais ; celui qui à prit tout mon argent. Celui qui est moche. »

Les autres clients et vendeurs qui écoutaient rirent bruyamment. La femelle Drakéide mit une main devant sa bouche pour cacher son sourire, elle pointa du doigt et Erin se tourna vers le Drakéide mécontent qui se trouvait quatre étals plus loin.

« Toi. »

Erin marcha vers le Drakéide, il la toisa, mais cette fois Erin ne baissa pas les yeux. Il bougea son regard au-dessus de sa tête pour lui faire comprendre qu’il ne voulait pas la voir. Elle racla sa gorge pour attirer son attention. Quand il continua de l’ignorer elle donna un coup de pied dans le bas de son étal.

Le Drakéide baissa les yeux et s’adressa brusquement à elle.

« Qu’est-ce que tu veux ? »

Erin lui fit un sourire courtois et sans sincérité.

« C’est très simple, j’aimerai parler affaire, abruti. »

Le Drakéide siffla sous de sa respiration. Il secoua sa tête vers elle et pointa sa queue dans sa direction.

« Mon échappe t’es fermé, Humain. Je refuse de vendre à ceux qui n’ont pas une once de respect pour les autres. »

« Du respect ? J’ai du respect à revendre, mais pas pour toi. »

Plusieurs des autres commerçants rirent en l’attendant. Erin remarqua que son altercation avec le Drakéide commençait à attirer une foule, puis elle remarqua qu’elle s’en fichait.

Le regard du commerçant Drakéide s’alourdit.

« Tu es en train de déranger mes affaires. Va-t’en, avant que j’appelle la Garde. »

Il lui tourna le dos mais Erin frappa sur son comptoir.

« Mes affaires avec toi ne sont pas terminées. Je veux récupérer mon argent. Tu m’as arnaqué. »

Le Drakéide la regarda par-dessus son épaule.

« Alors ? Je t’ai offert mes articles et tu as payé le prix. C’est une règle de base de l’achat et de la vente. Je n’ai rien fait de mal. »

La foule s’agita. Il y eut un murmure d’approbation du côté des commerçants, et un grondement mécontent de la part des clients. Erin se pencha sur le comptoir.

« Vraiment ? Qu’est-ce qui se passe si je ne suis pas contente de ce que tu m’as vendu ? Je pense que pour trois pièces d’or tu aurais dut me vendre assez d’oignons pour remplir le rez-de-chaussée de mon auberge. Donc qu’est-ce qui m’empêche de te rendre la marchandise et de me faire rembourser ? »

Le Drakéide sourit d’un air méprisant.

« Est-ce que tu me prends pour quelqu’un qui vient de sortir de l’œuf, ou un imbécile d’Humain lent d’esprit ? Je ne vais pas accepter de la nourriture qui a déjà plusieurs jours ! De plus, cet établissement ne rembourse pas. »

« Vraiment ? Où est-ce que c’est marqué ? »

« Ici. »

Le Drakéide pointa un panneau du doigt. Erin le regarda en plissant les yeux et en ignorant les rires alentour, avant de sourire.

« Oh, d’accord. C’est vraiment marqué ça, n’est-ce pas ? Dommage que je ne sache pas lire. Mais je me souviens que tu avais listé tes prix, pas vrai ? »

Elle regarda les différents bouts de papier épinglé à l’étal en bois. Le commerçant Drakéide bondit, mais Erin était plus rapide. Elle arracha l’une des étiquettes et le secoua devant son visage.

« Bien. Pourquoi ne pas appeler la Garde après tout. C’est très bien de vendre et d’acheter, mais qu’en est-il de respecter tes propres prix ? »

Le commerçant Drakéide siffla une nouvelle fois, lentement et longuement. Ses yeux faisaient des allez-retours entre l’étiquette et son visage. Il n’était pas en train de transpirer, mais Erin était pratiquement certaine que c’était parce que les lézards ne pouvaient pas transpirer.

« Même… Même si tu as ce bout de papier, qu’est-ce que cela change ? Je réalise de nombreuse vente dans une journée. Et toi… Je n’ai aucun souvenir de ce que je t’ai vendu, je n’arrive même pas à me souvenir de ce que j’ai vendu à mon dernier client. »

« Un sac de farine, une pot d’huile, un petit sac de sel, de sucre et de levure, ainsi que quatre saucisses et deux oignons. »

Erin lista ses achats sans hésitation, avant de s’arrêter pendant un instant.

« Et un sac merdique. »

Le Drakéide la regarda, bouche bée. Elle lui fit un sourire niais.

« J’ai une bonne mémoire. Une très bonne mémoire, en fait. »

Il n’avait pas grand-chose à dire à ce sujet. Mais l’expression sur le visage du commerçant indiquait clairement qu’il ne s’apprêtait pas à sortir les pièces d’or. Elle s’appuya sur le comptoir et le regarda. Elle aurait aimé ne pas être si proche de son visage, son haleine sentait la viande pourrie.
« Je veux récupérer mon argent. Je te donnerai quelques pièces d’argent pour ce que j’ai payé, mais je ne vais pas partir d’ici sans mon argent. Maintenant, nous pouvons faire ça de manière difficile et appeler des gens pour régler cette affaire, et tu perds ton commerce pour la journée, ou tu me rends mon argent et je vais… Hey, est-ce que c’est un échiquier ? »
   
Erin pointa du doigt l’un des articles présenté sur l’étal. Tout le monde se tourna et le regarda.

« Mais oui, s’en est un ! C’est comme… Je veux dire, les pièces sont différentes, mais c’est un jeu d’échec ! »

Le Drakéide grogna et poussa la main d’Erin.

« Éloigne tes sales pattes ! Cet article est précieux ! »

Erin le regarda sans broncher.

« C’est un échiquier. A moins qu’il soit fait d’or, ce qu’il n’est pas, il est fait en pierre… Donc il doit être aussi couteux que la nourriture que tu m’as vendue. Donc je suppose que tu le vends pour trois pièces d’or, pas vrai ? »

Un nouveau rire s’échappa de la foule qui avait continué de s’agglutiner pour observer l’altercation entre Erin et le commerçant. De son côté, le Drakéide attrapa l’échiquier et les pièces avant de les cacher sous son comptoir. Puis, il s’arrêta et se retourna pour la regarder avec une étincelle dans son regard.

« Es-tu un joueur d’échec, Humain ? Si c’est le cas, pourquoi ne pas régler notre différent avec une partie ? »

Erin leva un sourcil dubitatif.

« Tu veux dire, nous jouons une partie pour mon argent ? Pourquoi est-ce que je ferai ça ? »

Le Drakéide croisa ses bras de manière innocente. Erin remarqua que sa queue était en train de remuer, mais elle fit semblant de ne pas le voir.

« Humain, toi et moi avons une dispute. Je refuse de payer pour des articles vendus, et tu refuses de partir. Je ne ferai pas de bénéfices tant que tu bloques mon étal, donc j’offre ce pari en bonne foi. Gagne contre le joueur de mon choix et je te rendrai ton argent, même si cela me coûte de la marchandise que j’ai obtenue honnêtement. Perd, et tu acceptes devant témoin de ne plus me déranger. Cela est ma meilleure offre. »

Erin plissa ses yeux en le regardant. Elle y pensa durant un moment, avant de hocher la tête. Ses lèvres se relevèrent pendant un bref instant, mais elle parvint à cacher son sourire.

« D’accord. Jouons. »

Le commerçant lui sourit en la prenant de haut. Son sourire était plein de dent.

« Donne-moi dix minutes pour trouver mon joueur. Puis je t’apprendrai pourquoi il ne faut pas parier avec quelqu’un qui t’es supérieur. »

Erin sourit en retour.

« Va te faire foutre. »

***

Vingt minutes plus tard, Erin s’assit à une table au milieu de la rue et joua avec un pion. Elle regarda son adversaire, un autre Drakéide, mais celui-ci avait des écailles bleues ciel. Il était plus maigre que le commerçant, mais il était tout de même plus grand qu’elle. Il termina d’installer les pièces de son côté et lui sourit depuis l’autre bout de la table.

« J’ai rarement la chance de jouer une partie dans cette ville. Puis-je savoir qui est mon adversaire ? »

« Bien sûr. Mon nom est Erin. Erin Solstice. »
   
Il hocha la tête.

« Je suis Olesm. Je crois que vous avez fait la connaissance de mon oncle. C’est lui qui m’a demandé de jouer cette partie. »

Erin fit un sourire amical, et sincère, à son adversaire avant de regarder par-dessus son épaule.

« C’est ton oncle ? Et bien, vous ne vous ressemblez pas. »

Le Drakéide planant au-dessus de l’épaule de son neveu siffla dans sa direction. Olesm leva ce qui aurait dû être un sourcil si les Drakéides avaient des poils.

« Je comprends que cette partie est un pari. J’aimerai vous sollicite à ne pas parier contre moi. Je suis un bon joueur. »

Le commerçant intervint aussitôt.

« Nous avons déjà agréé les termes du pari. L’Humain ne peut pas faire demi-tour. »

Olesm regarda son oncle avec irritation, mais Erin secoua sa tête.

« Je ne vais pas retirer ma parole. Jouons. De plus, je ne voudrais pas décevoir la foule. »

Elle fit un signe en direction des gens qui les observaient. Ils étaient définitivement des gens, mais Erin n’était pas certaine de savoir comment réellement les appeler. Drakéides, Gnolls, et même un représentant de l’espèce de Klbkch, un Antinium, étaient rassemblés en cercle pour regarder le jeu. Certains d’entre eux semblaient être en train de parier, et même si Erin n’arrivait pas à comprendre ce qu’ils disaient, ils n’avaient pas l’air d’être en train de parier sur elle.

Olesm soupira, mais ne fit pas d’autre objection. Il regarda vers l’échiquier et s’assura que ses pièces étaient bien alignées sur leurs cases. Erin s’aperçut qu’il était méticuleux et attentionné, ce qu’il faisait qu’il était unique parmi les Drakéides qu’elle avait rencontré.
   
« Je suis surpris que vous connaissez ce jeu. Après tout, ce jeu a été inventé l’année dernière. »

« Sans blague. »

Erin était occupée à examiner l’échiquier. Elle tapota l’une des pièces du doigt.

« Je ne suis pas certaine si les règles sont les mêmes dans ce cas. Cette pièce par exemple. Il est possible d’échanger la place du roi et d’un pion, n’est-ce pas ? »

Le Drakéide cligna des yeux.

« En effet. Je suis surpris que vous connaissiez ce mouvement. »

« Oh, j’ai vu quelque joueur l’utilisé. Les cavaliers bougent de cette manière, pas vrai ? »

« C’est correct. »

« Et les pions peuvent bouger de deux cases lors de leurs premiers mouvements, c’est ça ? »

« Il semblerait que vous connaissez ce jeu. Bien, bien. Cela pourrait s’avérer être un bon challenge après tout. »

Erin sourit affablement au Drakéide.

« Je ne suis pas une experte. Mais il y a des enjeux sur cette partie donc je vais faire de mon mieux. Les blancs commencent. »

« Tout à fait. »

Le commerçant fit un sourire narquois alors que les observateurs s’avancèrent légèrement alors qu’Olesm poussa un pion en avant. Erin lui sourit.

« Peu de joueurs commencent en bougeant un pion sur le côté. La plupart préfèrent commencer par une pièce du centre. »

Elle poussa rapidement un pion en avant, Olesm haussa les épaules en contemplant son prochain mouvement.

« J’ai trouvé que cette stratégie marche dans certaines de mes parties. Il est fascinant de jouer à un nouveau jeu de stratégie, et je m’efforce à tester de nouvelles théories sur l’échiquier. »

Le commerçant continua de tourner anxieusement autour des épaules d’Oslem.

« Tant que tu gagnes. Tu dois absolument gagner. »

Olesm plissa les yeux mais ne les retira pas de l’échiquier. Éventuellement, il poussa un pion pour contrer le pion d’Erin.

« Avez-vous joué de nombreuses parties ? »

Erin poussa un  pion sans hésitation. Olesm cligna des yeux et la foule murmura.

« Quelques-unes. Mais peut-être que vous devriez réfléchir plus longtemps vos coups ? »

Elle balaya son inquiétude d’un mouvement de la main.

« Ça va aller, ça va aller. Je m’amuse. C’est juste que je pense rapidement à mon prochain coup, c’est tout. »

Olesm fronça les sourcils en sa direction.

« Vous devriez y penser plus sérieusement. J’ai joué plus d’une centaine de parties, et j’en ai remporté plus de deux tiers. Si vous êtes vraiment en train de parier quelque chose d’important, cela serait dommage de perdre cette partie si facilement. »

Erin lui fit un sourire.

« Une centaine ? Wow. Mais comme je l’ai dit, ça va aller. Moi aussi j’aime jouer à échec, et j’ai joué une… Petite poignée de partie. Je ne m’inquiète pas. »

« Et pourquoi ça ? »

Le sourire d’Erin s’accentua.

« Parce que je vais gagner. »

***

La partie avait commencé depuis une vingtaine de minutes lorsque Relc arriva à la place du marché. Quelques clients étaient en train de faire leurs achats, mais la majorité était en train de regarder la partie. Un Gnoll plus malin que les autres était en train de vendre de la nourriture à ceux qui regardaient la partie, et les autres commerçants ne semblaient pas déranger par le fait que leurs commerces s’arrêtent le temps de la partie.

Relc n’était pas là pour regarder la partie. Il força le passage à travers la foule et attrapa Erin. La foule protesta bruyamment, tout comme Erin.

« Hey, qu’est-ce que tu fais ? »

« Qu’est-ce que tu fais ? »

Relc haussa le ton, il pointa l’échiquier avec énervement et ignora Olesm qui prenait son temps pour préparer son prochain coup.

Erin haussa les épaules.

« Ça ? Je suis en train de récupérer mon argent, et lâche le t-shirt, il est neuf. »

Elle essaya de défaire les griffes de Relc de son t-shirt, et il la lâcha, avant de l’emmener plus loin de la partie. Il se pencha vers elle et lui siffla dessus.

« Arrêtes de jouer, la partie n’est pas juste. »

« Quoi ? »

Erin regarda l’échiquier avant de revenir à Relc.

« Tu ne peux pas tricher dans une partie d’échec, une partie est forcément juste. »

« Non, non c’est pas ça. »

Relc haussa sa voix et pointa le commerçant du doigt.

« Hey, toi ! Oui, toi. Je te connais. Arrête la partie. Elle n’est pas juste, le pari est faussé. »

La foule grogna de mécontentement en entendant les mots de Relc. Le commerçant Drakéide présenta ses griffes de manière innocente.

« La partie est juste. Elle m’a laissé choisir mon joueur et nous nous sommes mis d’accord sur les enjeux. Il y a de nombreux témoins. Stopper la partie serait injuste, Garde. »

Relc regarda le commerçant Drakéide d’un air hautain. Depuis son siège Erin nota que la queue du commerçant était légèrement en train de remuer, et si elle parvenait à correctement lire son visage elle pouvait voir qu’il semblait joyeux.

« Je déteste être d’accord avec cet abruti, mais il a raison, Relc. J’ai accepté les enjeux et je veux jouer. Je vais regagner mon argent et faire une partie d’échec au passage. »

« Est-ce que tu es folle ? Tu vas perdre cette partie. »

Relc siffla sur Erin, et elle cligna des yeux.

« Vraiment ? Et pourquoi ça ? »

Relc grogna avant de pointer le Drakéide assis en face d’Erin du pouce, ce dernier était en train d’observer l’échiquier en fronçant les sourcils.

« Ce type contre lequel tu joues ? C’est un [Tacticien]. Celui avec le plus haut niveau de la ville ! »

Erin cligna des yeux une nouvelle fois.

« Et alors ? Est-ce que ça veut dire qu’il est bon pour jouer aux échecs ? »

« Ça veut dire qu’il est très bon ! »

« Tout comme moi. Ce qui fait que la partie n’est pas injuste, pas vrai ? »

« Non ! »

Relc semblait être prêt à arracher les épines de sa tête.

« Tous les [Tacticiens] savent quand quelqu’un leurs tends un piège ! C’est une compétence de leur classe ! Comment ça se fait que tu ne saches pas ça ? Si tu joues contre l’un d’entre eux dans une partie tu es pratiquement assuré de perdre ! En plus cet idiot adore jouer à ce jeu stupide ! »

Olesm releva la tête et regarda Relc en même temps qu’Erin.

« Ce n’est pas un jeu stupide, et qu’est-ce que ça fait s’il aime jouer ? Moi aussi j’aime jouer à ce jeu, et comme je l’ai dit, je suis une bonne joueuse. »

« Tu ne peux pas gagner.

« Je peux. »

« Tu ne peux pas. »

« Oh, bonjour Klbkch. »

Erin arrêta de regarder Relc et salua l’homme fourmi qui venait d’arriver derrière Relc d’un mouvement de la main. Klbkch hocha poliment la tête.

« Mademoiselle Solstice.  Je te prie d’excuser l’interruption de mon compagnon. Nous sommes en service et il est indécent de déranger un membre du public sans raison. Mais Relc insista pour que nous parlions avec toi quand nous avons appris l’existence du pari. »

« Vraiment ? Tu as entendu parler du pari ? »

Klbkch hocha la tête.

« En effet. Il a fait le tour de la ville. »

« Ouaip, tout le monde est en train de parler à propos de l’humaine stupide qui est assez bête pour jouer une partie d’échec contre cet idiot. »

Relc pointa Olesm du doigt, l’autre Drakéide continua de regarder l’échiquier, mais Erin pouvait voir qu’il était en train de grincer des dents dans son siège.

Klbkch hocha la tête.

« Je comprends que ce pari a été réalisé dans le but de regagner ton argent perdu. Cependant, je crains que je dois émettre le même avertissement que Relc. Tes chances de gagner une partie contre Olesm sont très faibles. »

« Olesm. Ah oui, c’est comme ça qu’il s’appelle. »

Erin couvrit son sourire alors que l’œil d’Olesm tiqua. Elle se tourna vers Klbkch et Relc.

« Ecoutez, je suis heureuse que vous vous inquiétez pour moi. Mais je gère, tout va bien. Vous allez voir. »

Les deux gardes l’observèrent, non convaincu. Relc se tourna vers Klbkch et murmura quelque chose. Malheureusement, sa voix était toujours portante et Erin, ainsi que tous ceux qui se trouvaient autour, pouvait l’entendre sans avoir besoin de tendre l’oreille.
   
« Je pense pas qu’elle comprend. Les Humains sont un peu lents. Explique-lui la partie sur la classe de [Tacticien]. »

« Je crois que tu lui as donné les informations adéquates. Si elle ne t’écoute pas, elle ne m’écoutera pas. »

« Exactement. Arrêtes de me traiter d’idiote ou je vais te frapper. »

Erin regarda Relc qui regarda ses pieds. Elle regarda Klbkch qui leva ses quatre mains avant de baisser la tête et de regarder Relc de nouveau.

« Laissez-moi jouer. Vous deux pouvez regarder, mais je vais jouer et gagner. »

« Mais… »

Erin leva un doigt.

« Non. Va-t’en et laisse-moi jouer. »   

Relc ouvrit sa bouche, la ferma, et siffla longuement et bruyamment. Il jeta ses mains en l’air et retourna dans la foule avec le pas lourd.

« Les Humains ! »

Erin s’installa de nouveau dans son siège et sourit à Olesm.

« Désolé pour ça. »

Olesm regarda par-dessus l’épaule d’Erin et renifla en direction de Relc et Klbkch.

« Il n’y a pas de mal. Mais si nous sommes libres de nouvelles interruptions, c’est votre tour. »

« En effet. »

Erin regarda l’échiquier avec intention, avant de glisser une nouvelle pièce en avant.

« Oi, Klbkch. Qu’est-ce qu’elle fait ? C’est un bon coup ça ? Ça ressemble à un mauvais coup. »

« Je suis incertain à ce stade de la partie. Laisse-moi quelques instants pour étudier l’échiquier avant que je te donne mon opinion, et baisse le ton, s’il te plait. »

Erin lutta pour ne pas sourire alors que l’œil d’Olesm fit un mouvement nerveux. Elle commença à étudier l’échiquier en attendant son prochain coup.

Les échecs. Les pièces étaient différentes, et elle était en train de jouer au milieu d’une rue dans une ville pleine de lézards qui pouvaient marcher et de fourmi qui pouvaient parler. Mais c’était toujours des échecs.

C’était fantastique de pouvoir rejouer.

***

Olesm fronça les sourcils en jouant avec l’un des fous qu’Erin avait coincé avec l’un de ses cavaliers. Il bougea le fou en diagonale vers un côté, avant de froncer les sourcils de nouveau. Il le bougea vers un autre côté et son expression s’assombrit une nouvelle fois. Il leva la tête et regarda Erin.

Elle lui rendit son regard de manière innocente.

Il bougea sa pièce en avant et en arrière autour d’un pion qu’elle avait utilisé pour attaquer sa reine, et se décida à prendre un pion avec sa pièce. Son visage ne changea pas, mais il semblait heureux de son coup.

Erin bougea aussitôt une de ses pièces. Son cavalier, un Drakéide avec un bouclier rond dans une main et un cimeterre dans l’autre, prit l’un de ses pions.

« Échec. »

Un murmure traversa l’audience agglutinée autour des deux joueurs, à l’exception de Relc qui était en train de s’acheter quelque chose à manger à l’un des étals. Olesm s’enfonça dans sa chaise et donna un regard admirateur à Erin.

« Bien joué, je n’avais pas anticipé cela. »

« C’était un coup de chance. Enfin, pas vraiment, mais c’est un joli coup, pas vrai ? »

« En effet. »

Olesm bougea son roi sur le côté.

« À toi de jouer. »
   
Erin pointa l’échiquier du doigt.

« Oh, c’est aussi échec. Désolé. »

Erin tapa sa reine du doigt. Le joueur Drakéide fit une grimace avant de bouger son roi de l’autre côté.

« C’est aussi échec, tu vois cette tour ? »

Olesm s’arrêta et regarda l’échiquier. La foule murmura un peu plus bruyamment et Relc était de retour pour regarder la partie.

Après une minute, Olesm fit un mouvement qui n’était pas en échec et la partie continua. Mais il commençait à prendre de plus en plus de temps entre chaque coup et l’air renfrogné  qu’il portait depuis plus de cinq minutes ne s’en alla pas.

Pendant ce temps, son oncle le commerçant continua de regarder l’échiquier en étant de plus en plus angoissé. Il regarda Erin qui sourit sereinement en retour. Dès qu’Olesm bougeait une pièce, elle lui répondait dans l’instant en bougeant une de ses pièces pour prendre une de ses pièces ou menacer son roi. Éventuellement, elle arrêta de regarder l’échiquier et regarda le commerçant avec un sourire sur son visage alors qu’Olesm cherchant une réponse de manière paniquée.

« Échec. »

« Échec. »

« Ooh, pas d’échec pour ce tour. Mais fait attention à ta tour, c’est elle ou ta reine. »

« Échec. »

« Échec. Et aussi échec si tu fais ça, et ça… »

« Échec. »
 
« Échec. »

« Échec. »




Note du traducteur: Je prends une pause pour les fêtes de fin d'année, on se retrouve a début du mois de janvier!
Titre: Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
Posté par: Maroti le 15 janvier 2020 à 23:56:19
1.20

« Échec et mat. »

Enfin, Erin glissa sa tour pour clore la partie. Olesm regarda l’échiquier avant de faire tomber sur roi d’une griffe tremblante.

Erin craqua ses doigts en souriant. Cette partie n’était pas sa meilleure partie, mais elle avait préféré le style à l’efficacité. Son adversaire n’avait que son roi, encerclé par une petite armée de ses pièces. Elle sourit en regardant Olesm de plus en plus pale. Son audience était bouche bée, leurs yeux passant d’elle à l’échiquier.

« C’était une bonne partie. Il faut remettre ça une autre fois, d’accord ? »

Elle tendit son bras et tapota Olesm sur son épaule, le Drakéide semblait être légèrement en état de choc et ne lui répondit pas. Erin haussa les épaules et se releva.

Klbkch et Relc traversèrent la foule jusqu’à elle, Relc était bouche bée et regardait l’échiquier de manière confuse.

« Tu as gagné. Mais comment tu… Mais il…  Tu as gagné ! »

« Félicitations pour cette victoire, Mademoiselle Solstice. »

« Tout le plaisir est pour moi, Klbkch. »

Erin sourit en direction de Klbkch, l’homme fourmi hocha la tête en retour.

« Puis-je demander comment tu es parvenu à un résultat aussi impressionnant ? Je ne pensais pas qu’il était possible, ou prudent, de parier contre Olesm à un jeu d’échec jusqu’à aujourd’hui. »

Erin haussa les épaules. Il n’y avait pas de mal à lui dire la vérité. De plus, le marchand et son neveu étaient tous les deux en train de regarder l’échiquier avec incompréhension.
« Tu m’as dit que ça faisait un an qu’il joue aux échecs? »

Klbkch hocha la tête.

« Et il est un [Tacticien] de niveau 22. Il n’y a pas de tacticiens avec un niveau supérieur même dans l’enceinte de l’armée Liscorienne.»

« C’est bien pour lui. Mais je suis une joueuse d’échec depuis douze ans. J’ai commencé un peu tard, mais j’avais pour habitude de jouer au moins trois parties avant de me coucher, et je faisais ça tous les jours. Il a peut-être une jolie compétence, mais un débutant reste un débutant. »

Cette fois ce fut au tour de Klbkch de se retourner pour regarder Relc. Erin leur fit un nouveau sourire avant de tapoter le marchand sur l’épaule.

« Je veux que tu me rembourses. L’intégralité de la somme, merci. Tant que tu y es je vais aussi acheter l’échiquier et les pièces. »

Le Drakéide ouvrit la bouche, puis ses couleurs commencèrent à revenir dans ses écailles et il recula.

« Je… Cette partie était… »

Erin l’interrompit sans hésitation.

« Si tu t’apprêtes à dire que j’ai triché, ce n’est pas la peine. Si tu veux une revanche, je peux parfaitement refaire une partie si c’est quitte ou double. Sinon, ce n’est même pas la peine d’essayer. Je veux que tu me rembourses. »

Le Drakéide pâlit de nouveau devant le sourire d’Erin, sa queue était en train de s’agiter.

« Mon esprit est… Quelque peu troublé. J’ai peur de ne pas me rappeler de la somme que tu as dépensé. Au moins que tu puisses me le dire ? »

Erin lui fit un sourire de vainqueur.

« Je n’en ai pas la moindre idée, mais je suis certaine que Klbkch et Relc peuvent nous aider à trouver le bon montant. »

De manière surprenante, le marchand perdit encore plus de couleurs alors que Klbkch hocha la tête de manière sérieuse avant de s’incliner dans sa direction.

« En tant que Garde Senior, c’est notre plaisir de pouvoir vous aider à évaluer les revenus financiers de votre étals, ainsi que tous les impôts impayés qui pourraient exister. Pour l’instant nous allons devoir fermer votre boutique pendant que nous commençons une fouille approfondie de vos biens et de votre inventaire. »

Relc sourit de malicieusement.

« Parfait. Commençons par tout renverser jusqu’à trouver un reçu. »

Le commerçant Drakéide fit un son aigu et étranglé en essayant de bloquer Relc, mais l’autre Drakéide était déjà en train de joyeusement retourner son magasin. Erin cacha son sourire.

Olesm marcha jusqu’à elle, sa queue traînant au sol.

« Je dois te féliciter, Mademoiselle Solstice. Tu m’as donné une bonne leçon, je te prie d’accepter mes plus plates excuses pour avoir douté de tes capacités. »

Erin devint légèrement gêné, elle détestait ce qui allait suivre.

« Oh non, tu es un bon joueur. Je n’aurai pas dû jouer à ce niveau contre un débu… Contre un autre joueur. »

« C’est fort aimable de ta part, mais je sais reconnaître quand je ne fais pas le poids. Je me pose une question… Est-ce que, par chance, es-tu une [Tacticienne] ? »

« Moi ? Non, non je ne le suis pas. Désolé ? »

Les épaules d’Olesm s’abaissèrent un peu plus bas, et Erin pouvait pratiquement voir son estime de lui baisser. Elle tenta de lui remonter le moral.

« Il faut pas t’en vouloir. Je ne suis pas une joueuse professionnelle, mais j’ai gagné un ou deux tournois d’échecs à l’époque où je jouais. J’ai même joué contre un Grand Maître. L’une des rares femmes à avoir ce titre et qui était vraiment cool. Mais j’étais tellement nerveuse que j’ai complètement oublié de roque et j’ai perdu ma tour… »

Erin s’arrêta avant de racler sa gorge, rougissant légèrement. C’était un mauvais souvenir, mais au moins Olesm ne ressemblait plus à un chiot-lézard battu. À la place, ce dernier la regardait avec intérêt.

« Est-ce que Grand Maître est une classe ? Est-ce qu’il est possible… Est-ce que je pourrai gagner cette classe ? »

Une sonnette d’alarme se déclencha dans l’esprit d’Erin, elle tenta de réfléchir vite à une solution, sans grand succès.

« Hum. Peut-être ? C’est plus un titre de là ou je viens qu’autre chose. De plus, les Grands Maîtres ne jouent qu’aux échecs. Je ne suis pas certaine que cela soit une classe. »

Olesm hocha la tête, et Erin savait qu’il était en train de prendre des notes dans sa tête.

« C’est peut-être une classe qui est atteignable à un au niveau de la branche des [Stratège]. Si j’ai cette opportunité, je prendrai cette classe sans aucune hésitation. »

« Tu peux faire ça ? »

Les mots s’échappèrent de la bouche d’Erin et Olesm hocha de nouveau la tête.

« Bien sûr. Je ne suis qu’un humble [Tacticien], la première étape dans la branche des stratèges. Mais si je gagne des niveaux et apprends de nouvelles compétences je peux être qualifié pour obtenir une classe de [Stratège]. Après cela, je vais peut-être pouvoir devenir un [Grand Maître]… ? Mes écailles tremblent rien qu’en imaginant une telle classe. »

Olesm regarda en l’air de manière rêveuse, Erin se décala légèrement de lui.

« Bien, bon courage avec ça. »

Elle voulait revenir à son argent, que le marchand Drakéide était presque en train d’implorer Relc de prendre alors que ce dernier s’amusait à saccager le magasin. Mais Olesm ne comptait pas lâcher l’affaire et maintenant Klbkch était aussi sur ses talons.

« Mademoiselle Solstice. Je crois que cela t’appartient. »

Il lui offrit trois pièces d’or, ainsi que quelques pièces de bronze et d’argent. Erin s’en apparat avec gratitude.

« Merci, Klbkch. »

« Je suis simplement en train de faire mon devoir en tant que membre de la Garde. Puis-je encore te féliciter pour ta victoire ? J’aimerai grandement jouer une partie contre toi lorsque je ne  serais plus en service.»

Olesm hocha la tête avec ferveur. Erin sourit en se demandant s’ils allaient la suivre jusqu’à l’auberge.

« Une autre partie ? Bien sûr, bien sûr. Après que j’ai terminé mes courses… Un autre jour, peut-être ? »

Klbkch hocha la tête alors qu’Olesm était visiblement déçu. Erin se sentait mal pour lui, mais elle connaissait son type. Le type de joueur qui allait  demander de jouer une autre partie jour et nuit à moins qu’elle ne s’y oppose.

« Vous savez quoi ? Nous jouerons quelques parties la prochaine fois. Pas que des échecs… Si vous en avez, j’adorerai tester d’autres jeux de stratégies. »

Le visage d’Olesm s’illumina de nouveau.

« Est-ce que tu aimes ce genre de jeu, Mademoiselle Erin ? Je suis certain que tu es une excellente joueuse avec n’importe quel type de jeu.»

Erin sourit avant de secouer sa main avec dépréciation. Elle nota que Klbkch était en train de regarder Olesm en silence, mais l’attention de l’homme-fourmi se tourna de nouveau vers elle.

« Oh, j’aime toutes sortes de jeux de stratégies. Je traîne toujours sur Youtube pour… Hum, ce que je voulais dire est que j’avais l’habitude de regarder et de jouer des tonnes de parties d’échecs, mais pas que des échecs. J’ai aussi appris à jouer au shogi, au go, et même quelques jeux de cartes. Mais je n’avais pas de quoi parier donc ça n’a pas duré. »

Erin haussa les épaules et Klbkch la regarda sans émotion.

« Excuse-moi, mais je ne suis pas familier avec ces jeux. Est-ce que le ‘shogi’ est un autre jeu de stratégie, comme les échecs ? »

« Non, non. Le shogi est un jeu provenant du Japon et, hum… Le Japon est… Hum… »

Erin s’arrêta. Klbkch et Olesm la regardèrent attentivement. Elle pouvait presque voir les yeux du Drakéide s’allumer d’intérêt.

Erin se rendit compte qu’essayer d’expliquer un jeu provenant d’un pays et d’un monde dont personne n’avait entendu parler, et qui se basait sur un langage et une culture qui n’existait pas était probablement une mauvaise idée. Mais ils la regardaient tous les deux.

« Hum. Laissez tombé ? »

***


Liscor avait plusieurs marchés qui étaient ouverts à n’importe quelle heure du jour. C’était aussi une ville avec beaucoup de rues, donc il y avait plus d’une rue du Marché, mais seulement une humaine marchant dans cette rue et observant les différents magasins et étals.

Les pieds d’Erin la faisait souffrir, et elle se sentait ridicule. Après tout elle avait joué aux échecs, assise, durant presque une heure. Mais d’un autre côté, elle avait aussi dût se tenir debout et inventer des mensonges créatifs durant une heure avant que Klbkch et Olesm décident de la laisser tranquille.

« Au moins ils sont partis maintenant. »

Erin fit tinter l’argent dans la bourse accrochée à sa ceinture. Klbkch l’avait aidée à acheter une bourse pour tenir tout l’argent qu’elle possédait. Cette dernière était merveilleusement lourde et faisait un adorable chink, chink alors qu’elle marchait, mais elle était désormais inquiète que quelqu’un tente de lui la voler.

C’est pourquoi elle devait rapidement tout dépenser. Erin hésita, avant de marcher quelques magasins plus du Drakéide qui hurlait sur Relc pour son magasin détruit en le maudissant lui et les humains en général. Elle s’approcha d’un autre étal, recouvert de produits qui avaient l’air délicieux, comme elle l’avait pensé la dernière fois.

Cette fois, par contre, la commerçante Gnoll derrière le comptoir ne l’accueillit pas. À la place, elle la regarda s’approcha et renifla bruyamment.

Erin grimaça intérieurement, mais elle le méritait. Elle s’approcha du grand Gnoll et lui fit signe.

« Salut. »

Le Gnoll la toisa. Elle, si c’était bien une ‘elle’, ne souriait pas.

« Humain. Qu’est-ce que tu veux ? Est-ce que tu es encore là pour regarder ma marchandise de haut ? »

« Quoi ? Non, non. En fait, je suis ici pour, hum, m’excuser. »

Erin tenta de deviner la réaction de la commerçante Gnoll. Il était difficile de lire son visage, tout comme Relc ou Klbkch, le visage d’un Gnoll ne semblait pas afficher les mêmes expressions qu’un humain. Mais Erin ne détecta pas le même niveau d’hostilité sur son visage.

« Oh ? Qu’est-ce que tu as à dire ? »

« Hum, désolé ? »

Le Gnoll leva un sourcil et ses oreilles partirent en arrière. Voilà une réaction presque humaine qu’elle pouvait identifier, donc elle continua rapidement.

« C’est juste que je passais une mauvaise journée et que j’ai rencontré cette autre Gnoll qui ne m’appréciait pas du tout. Donc heu, j’avais un peu peur que tu me grogne dessus à ton tour. Mais je suis vraiment désolé pour ça. Je ne devrai pas juger par, heu, l’espèce. »

Le Gnoll la regarda. Erin ne pouvait toujours pas lire son visage, mais… Est-ce que les Gnolls n’étaient pas un peu comme des hyènes ? Ils leurs ressemblaient, en tout cas, et puis les hyènes étaient des chats… Ou peut-être des chiens ? Dans tous les cas, Erin regarda les oreilles du Gnoll.

Elles étaient en train de trembler, et une fois qu’Erin s’en aperçut elle vit les lèvres du Gnoll trembler de la plus petite des fractions. Erin lui fit un sourire hésitant et, à sa grande surprise, le Gnoll lui rendit son sourire, avant de rire.

« C’est la première fois que j’entends un Humain s’excuser. C’est une belle journée, n’est-ce pas ? Il est honorable de faire amende. Je te pardonne, et je pardonne aussi l’odeur dont tu empestes. »

Erin fronça les sourcils, est-ce que c’était bien ou pas bien ?

« Désolé, je ne voulais que tu sois de nouveau en colère. Mais… Est-ce que je sens mauvais à ce point ? Je viens de prendre un bain. »

La commerçante rit de nouveau. Elle, et Erin était désormais certaine que c’était une elle, donna une tape amicale sur l’épaule d’Erin, qui manqua de s’effondrer.

« Je ne me moque pas de tout, Humain. Mais je ris car j’oublie que les autres n’ont pas notre nez. Pardonne-moi, s’il te plait. »

Erin frotta subrepticement son épaule.

« Tu es totalement pardonnée. Mais alors, je sens vraiment mauvais ? »

La commerçante Gnoll hocha la tête, devenant sérieuse.

« Tu sens la cendre calcinée et la saleté. Non ; il n’y a pas que cette terrible odeur. Même des ordures brûlées sentent meilleures. Je ne sais pas ce que c’était, mais je peux toujours le sentir sur toi. »

« Vraiment ? »

Erin renifla son bras de manière expérimentale, mais elle avait toujours la même odeur que d’habitude. En fait, elle sentait même mieux, car elle avait de nouveaux vêtements.

La Gnoll plissa son nez.

« Oh oui. Mais ce n’est pas si terrible maintenant, l’odeur de l’huile et du sang le recouvre. »

Erin se figea, la Gnoll laissa échapper un rire à son expression.

« Tu crois que je n’arrive pas à le sentir sur toi ? Toutes les créatures avec la moitié d’un nez sur elles peuvent sentir que tu t’es battu, et que tu as gagné. Premier sang. Tu n’as plus une odeur de peur désormais. »

« Il n’y a pas de quoi être fier. »

Erin répondit avec automatisme, son estomac s’enfonça jusqu’à ses jambes, mais la commerçante ne semblait pas s’en apercevoir.

« Tu n’es pas fier de ta première victoire ? Tu as fait couler ton premier sang et tuer ta première proie. N’est-ce pas une bonne chose ? »

« Non. »

Erin interrompit la commerçante sans émotions.

« Ce n’est pas quelque chose dont il faut être fier. Pas du tout. »

La Gnoll la regarda de haut en bas, Erin rencontra son regard. Finalement, le Gnoll haussa les épaules.

« Hrm. Si tu insistes. Les Humains sont d’étranges créatures. »

Cette dernière remarque la piqua, et Erin serra les dents.

« Pourquoi est-ce que tout le monde dit ça ? Je suis humain, et alors ? »

La Gnoll lui fit un sourire remplie de dent.

« Parce que tu es Humain. Peu d’entre nous ont déjà vus un des tiens ici, et moins encore on eut l’occasion de leur parler. »

Erin lui fit un sourire aigri.

« Très bien, tu es le premier Gnoll à qui je parle. Du moins, le premier qui n’est pas en colère contre moi. »

La Gnoll rit et donna une nouvelle tape sur l’épaule d’Erin.

« Hah ! Tu es un Humain avec du cran ! Je t’aime bien. Je vais donc me présenter, je suis Krshia, commerçante et vendeuse de biens. Et tu es l’Humaine qui a tué le Chef Gobelin ! Quel est ton nom, courageuse petite ? »

« Je suis Erin, Erin Solstice. »

Erin présenta sa main mais se retrouva attraper et serrer par la commerçante Gnoll. Elle avait l’impression de se faire étreindre par quelqu’un qui avait la force d’un ours, en plus de vraiment ressembler à un ours. Elle était si forte qu’Erin pouvait sentir l’oxygène rapidement quitter son corps.

La Gnoll venait probablement d’entendre son gémissement ou avait dû sentir qu’elle était en train de mourir car elle relâcha la pression. Elle renifla Erin,  et ne plissa que légèrement son nez. Erin, quant à elle, sentait des épices, de la sueur, une forte odeur canine, et l’odeur qui apparaissait après ne pas s’être lavé durant deux ou trois jours. Puis, elle était de nouveau sur le sol et elle cligna des yeux en direction de la Gnoll.

« Voilà. Nous nous sommes rencontrés, et nous sommes désormais amies. Rentre dans mon magasin, Erin Solstice, et dit moi ce que tu veux. »

Erin cligna des yeux, avant d’entrer dans l’étal et regarder autour d’elle.

« Woah. D’accord. Y’a beaucoup de choses, mais c’est bien, car j’ai besoin de beaucoup de choses. De la nourriture, des vêtements, du, hum, savon. Du dentifrice… Est-ce que… ?

« Assez, assez ! »

Krshia coupa Erin.

« Je ne suis pas une créature-insecte avec une mémoire parfaite. Nous allons chercher ce que tu veux avant de le noter, cela prendra du temps, mais nous allons trouver ce qu’il te faut. »

Erin hocha la tête. Krshia montra de nouveau ses dents, mais Erin était pratiquement certaine qu’elle était en train de sourire.

« Je te donnerai un prix juste. Pas trop juste, car tu as beaucoup d’argent. Mais je ne te chargerai pas plus que n’importe quel autre client. Et je ferai en sorte que tes biens soient livrés plutôt que de te faire payer pour un sac. »

Erin cligna des yeux.

« Livrer ? Tu fais des livraisons ? »

Krshia rit de nouveau.

« Bien sûr. Tu pensais que tout le monde portaient les sacs de farine comme tu l’as fait ? Cela est trop difficile. Non ; cet imbécile de Lism, lui qui perd son poil, à volontairement omit le fait que c’était possible et t’a donné un sac. »

Erin jeta un regard vers Lism, il était toujours en train de crier sur son magasin et sur son neveu. Il semblait qu’Olesm était en train de recréer leurs parties sur un autre échiquier. Erin avait déjà acheté celui sur lequel elle avait gagnée.

« Je me sens mal pour ça, en vrai. »

« Mal ? »

Krshia regarda Erin avec surprise avant de rire à nouveau.

« Les Humains sont étranges. Il ne te rendrait pas la pareille s’il était à ta place, sans aucune hésitation. »

Erin haussa les épaules.

« Quand même, ce n’était pas très sympa. Et la loi devrait être la même pour tout le monde. »

De nouveau, Krshia regarda Erin, qui se sentit légèrement inconfortable.

«Bien, c’est ce qu’on m’a toujours appris. »

La Gnoll secoua sa tête.

« Les Humains. Si un est plus fort, il est plus fort que les autres, n’est-ce pas ? Il n’y a pas justice dans la chasse. Et le partage de la proie vient après que le chef de la meute s’en nourrit, n’est-ce pas ? Tu as des amis, et plus de courage que cet imbécile de Lism. Vous ne serez jamais égaux, non. »

« Je suppose que tu as raison. Mais je me sens quand même mal. »

Erin changea de sujet.

« Donc, ces livraisons… Comment marchent-elles ? »

Krshia sourit, elle pointa un petit bol en bois remplie de triangle en bois vivement colorés. Erin les regarda et vit que chacun d’entre eux avaient un complexe design de rouge et d’or qui formait un symbole autour des bords.

« Ce sont des Sceaux de Messagers. Pour les Coureurs. Quand je t’en donne un, je garderai son jumeau, tu vois ? Puis quand un Coureur livrera tes biens tu lui donneras le Sceau que tu auras, et je saurai que mes biens ont été livrés. C’est simple. »

Erin s’empara de l’un des triangles de bois.

« Donc c’est comme un service postal ? »

« Un quoi ? »

« Hum, un service de livraison. »

« C’est ce que je viens de dire, Erin Solstice. »

Erin sentit le rouge lui monter aux joues alors que Krshia lui fit un sourire remplit de dents avant de rire.

« D’accord, désolé. Je n’avais pas entendu parler des Coureurs auparavant. Qu’est-ce qu’ils font d’autre, à part des livraisons ? »

Krshia lui lança un regard, elle semblait chercher si elle se moquait d’elle ou pas.

« Les Coureurs courent. Il existe des gens rapides, qui parcourent de longues distances pour gagner de l’argent. Parfois ils livrent des lettres, parfois des objets de valeurs. Des biens, des objets magiques, des messages qui ne doivent être lut que par une personne. Même si ce genre de requêtes est plus coûteux. Seuls les meilleurs livrent ce genre de choses. La plupart délivrent de la marchandise à bas prix. Je peux en appeler un et livrer la totalité de tes achats pour un bon prix. »

Cela semblait parfait, mais Erin était légèrement septique.

« C’est quoi un bon prix ? »

« C’est l’auberge abandonnée se trouvant à quelques kilomètres à l’Est, n’est-ce pas ? »

Erin hocha la tête, Krshia gratta son menton.

« Quatre pièces d’argent. Ce n’est pas un bas prix. Si ton auberge se trouvait en ville le prix serait probablement une pièce d’argent, voir quelques pièces de bronze. Mais c’est loin, n’est-ce pas ? La marchandise est lourde et il y a des monstres qui rodent, donc le prix augmente. Tu as de la chance que les Gobelins sont éparpillés et que les Rocheux Cachés ne voyagent pas en cette saison. »

Erin y réfléchit. Cela semblait être un bon plan, un très bon plan. Bien mieux que tout porter toute seule.

« C’est parfait. »

Krshia sourit de nouveau, et cette fois Erin lui rendit son sourire de toutes ses dents.

« Je savais que je t’appréciais pour une raison. Dit moi ce que tu veux et ne perdons pas de temps, d’accord ? »

« Ça me va. »

***


Plus tard dans la soirée, Erin s’assit dans son auberge en tenant sa bourse. Elle était bien plus légère maintenant, mais elle se sentait bien mieux à son sujet. En fait, elle se sentait bien mieux à propos de sa vie.

Elle avait des vêtements propres, et elle ne sentait plus le… Elle ne sentait plus. A la place sa peau avait baigné dans l’agréable odeur de menthe du savon qu’elle avait utilisé, et elle n’avait pas eu à éviter les poissons dans la rivière lors de son bain car elle était allée dans les bains communs de la ville.

La journée avait été occupée par de nombreuses choses, et certaines d’entre elles n’étaient pas si terribles. Après avoir acheté ses courses avec Krshia et même négocier une petite ristourne, la Gnoll lui avait montré le chemin des bains communs et comment bien se laver. Puis Erin était retourné à son auberge, s’était servi un plat de pâtes et était en train d’apprécier sa digestion dans une chaise de son auberge.

Erin était en train de jouer avec l’une des pièces d’échec sur la table. Elle avait porté l’échiquier ainsi que quelques objets d’importance, comme le savon, jusqu’à son auberge. Elle ne voulait pas le laisser partir. C’était incroyable, vraiment incroyable. Des échecs ? Dans un monde comme celui-ci ? En fait, cela faisait sens mais Erin était quand même impressionné. Elle continuait de toucher les pièces pour être certaine qu’elles étaient réelles.

Mais elle devait se concentrer. Erin tira son esprit pour le remettre sur les rails. Krshia lui avait dit que le Coureur allait délivrer ses achats demain. En attendant, elle pouvait toujours nettoyer l’auberge. Ou peut-être jouer une partie contre elle-même. C’était amusant de faire ça. C’était simplement…

Erin regarda l’échiquier avant de se murmurer à elle-même.

« Cavalier en D4. Pion en E3. »

Soudainement sa bonne humeur disparue. Erin se sentait glacée. Soudainement la nourriture au fond de son estomac n’était plus confortable mais était devenu un poids lourd et pesant. Ses mains tremblèrent alors qu’elle posa les pièces sur la table. Tout allait mieux, vraiment, cependant…

… SI elle fermait les yeux Erin pouvait toujours voir un Gobelin gisant sur le sol à ses côtés. Si elle ouvrait ses mains elle pouvait toujours sentir le poids mort entre ses paumes.

Erin bougea un pion et s’empara du cavalier. Elle regarda les pièces sur l’échiquier.

« Après tout dans ce monde, c’est tuer ou être tué. »

Elle posa sa tête entre ses mains et frotta ses yeux. Oui. C’était ce qu’elle avait appris. Et elle détestait ça. Tout le bon qu’elle avait fait semblait venir du mal qu’elle avait causé.

Le mal. Le mort. Un jeu d’échec sur une montagne de cadavre. Erin regarda l’échiquier.

Elle était douée pour jouer aux échecs. Elle aimait les échecs. Elle avait grandi en jouer aux échecs et à d’autre jeux de ce genre, malgré le fait que les filles n’étaient pas nombreuses dans les tournois d’échecs. Les échecs avaient été amusant pour elle, jusqu’à ce qu’elle grandit et qu’elle se rende compte qu’elle ne deviendra jamais un Grand Maître. Elle était douée, mais pas excellente. Mais les échecs étaient quand même un de ses passe-temps. Les échecs étaient amusants. Tout se jouait sur le fait qu’il fallait être plus malin que l’adversaire, qu’il fallait utiliser des stratégies…

Ce n’était pas comme tuer quelqu’un.

Erin regarda ses mains, elles étaient en train de trembler. Elle pouvait les sentir brûler. Ce n’était qu’un jeu, n’est-ce pas ? Un jeu avec des niveaux et des classes. Un jeu comme les échecs.

« Ce n’est qu’un jeu. Juste un jeu ? »

Erin regarda l’échiquier. Des pièces. Si elle y pensait de cette manière, et bien la mort semblait être moins importante. Elle avait fait la bonne chose. Elle s’était défendue et avait tué le monstre.

Tuer le monstre.

Elle baissa les yeux et vit trois Gobelins morts. Ils étaient si petits, comme des enfants. Et ils avaient une famille. Des amis. Ceux qui les aimaient.

Le Gobelin loqueteux. Ceux qui se cachaient en dehors de son auberge, maigres et effrayés. Ils étaient aussi des ennemis, si elle jouait ce jeu comme des échecs. La bonne chose à faire était de les chasser et de les tuer. C’était comme ça que les jeux marchaient.

C’était comme ça qu’il fallait jouer aux échecs.

Erin se releva. Elle se rappela la main du Gobelin dans la sienne, la sensation de sa peau. Elle se rappela de son sourire. Elle se rappela des rires.

Et puis elle comprit. Erin glissa sa main en dessous de l’échiquier et le fit voler de la table. Les pièces, blanches et noires, volèrent à travers la salle et se dispersèrent au sol.

Erin se releva.

« Je me souviens pourquoi j’ai arrêté les échecs. Il n’y a qu’un vainqueur et qu’un perdant. Le meilleur jeu pour tous est celui qui se termine en une égalité. »

Elle marcha jusqu’à la porte et l’ouvrit brutalement. Puis elle s’arrêta et fit demi-tour. Elle fit un doigt d’honneur à l’échiquier avant de l’envoyer valser une seconde fois.

« Je vais faire mes propres règles. Et si quelqu’un ne les aiment pas il peut aller pourrir en enfer. »

La porte claqua de nouveau alors qu’Erin sortit. Quelques minutes plus tard elle courut dans l’auberge avant de remettre toutes les pièces à leurs places.

« C’est toujours un bon jeu, hein. Ne le prend pas personnellement. Laisse-moi juste attraper un petit casse-croûte pour la route, et j’ai besoin de savon. Il faut être propre après tout. Ou est-ce que j’ai mis le savon ? Savon, savon, savon… Je devrai vraiment m’organiser plus que ça. Peut-être demain. »

Puis elle disparut, courant vers la ville. Il lui restait encore beaucoup de lumière du jour, et elle avait une dernière chose à faire. La chose la plus importante de toute.

***


Le soleil se coucha sur la prairie. Les ombres s’étendirent et tombèrent sur les vieux bâtiments, cachant des fissures et effaçant l’ancienneté des structures sous un brouillard crépusculaire. Le soleil se couchait, bien au-delà du monde, dans un ciel deux fois plus grand.

Après un certain temps une jeune femme marcha de nouveau jusqu’à l’auberge. Elle portait un seau, un pinceau, ainsi qu’une pièce de bois, quelques clous et un marteau. Tout cela était assez lourd et elle murmurait des insultes en traînant son fardeau.

Finalement, elle parvint à atteindre l’auberge et déposa ses nombreux fardeaux sur le sol avant de lever la tête.

Au-dessus de l’auberge un panneau effacé semblait portait des traces de lettres, mais la jeune femme ne pouvait pas lire la langue. De plus, elle se fichait de ce qui était écrit ici. Elle n’avait d’yeux que pour un seul signe. L’auberge avait perdu son nom, il lui en fallait un nouveau.

La jeune femme s’empare du seau et du pinceau, avant de regarder le panneau et le sol. Ce dernier se trouve au-dessus de l’auberge, bien au-delà de sa portée.

La jeune femme regarda le ciel et poussa un juron. Puis, elle retourna jusqu’à la ville avant de revenir avec une grande échelle, essoufflée et se murmurant à elle-même.

Il faut un certain temps  à  la jeune femme pour qu’elle se rende compte qu’elle a besoin d’ancré l’échelle si elle ne voulait pas immédiatement tomber. Elle se relève et cette fois se rend sur le toit de l’auberge. Une fois qu’elle s’est assurés que l’échelle est bien calée, elle redescend lentement et remonte avec le seau. 

Elle trempe le pinceau dans le seau et commence à pendre sur le grand panneau se trouvant au-dessus de l’auberge. La peinture noire brille au soleil et la jeune femme sourit, satisfaite, et pousse la chansonnette. Elle commence à recouvrir le panneau de peinture.

Il lui faut du temps, et plusieurs couches de peintures. Du noir pour les lettres, du blanc pour effacer ses erreurs. Un outil pour gratter la peinture là ou cette dernière était  trop épaisse. Un marteau pour frapper des choses et éviter de devenir trop frustrée.

Mais finalement, le panneau est terminé. La jeune femme laisse échapper un soupir de soulagement et ramasse la pièce de bois qu’elle a acheté. Elle prend le pinceau et écrit rapidement dessus. Puis elle plante l’écriteau dans le sol avec le marteau avant de retourner dans l’auberge, laissant les outils sur le sol. Elle irait les chercher demain.

Le panneau est fait, et la peinture sèche dans la lumière couchante. L’écriture est fraîche et claire, attirant l’œil des voyageurs passant dans le coin. Mais il n’y a pas de voyageurs, et en effet, personne ne viendra cette nuit.

Cela n’a pas d’importance. Le panneau est le plus important. Le nom et le message sont importants. Ils ont été écrits, et maintenant ils doivent rester. Comme la jeune femme.

Donc elle s’endort alors que le soleil disparaît et que les derniers rayons rencontrent le panneau au-dessus de l’auberge. Les lettres brillent dans le crépuscule.

L’Auberge Vagabonde.

À côté de l’auberge, un grand signe est planté dans le sol. Avec un simple message :


« Interdiction de tuer des Gobelin. »


C’est ainsi que commence l’histoire de l’Auberge Vagabonde.
Titre: Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
Posté par: Maroti le 18 janvier 2020 à 22:36:41
Interlude 1.00 R
Traduit par EllieVia


Le vent souffle dans mes cheveux. C’est un sentiment merveilleux. Les gens sous-estiment souvent à quel point une bonne brise peut changer ta journée.
 
Et aujourd’hui, alors que le ciel et bleu et clair sans un nuage, qui ne voudrait pas être dehors ? L’air est frais, et la brise est mieux que la climatisation.
 
C’est un jour rêvé pour courir. J’ai couru lors de mauvaises journées où la chaleur peut assommer un cheval, et j’ai couru à travers des orages, des typhons et même des crottes de chiens. Deux fois. Et bien que je puisse serrer les dents et continuer à courir quand le monde est contre moi, je vis pour les jours où il me soutient.
 
Le vent me rafraîchit et m’emplit d’énergie. Je sprinte à travers l’herbe qui m’arrive aux genoux, et je souris. Avec cette température, je ne transpirerai pas autant qu’avant. Ce qui signifie que je ne surchaufferai pas et que je peux courir plus vite. C’est ce genre de petit détail qui fait la différence entre une bonne course et une excellente course.
 
Un caillou apparaît dans l’herbe et je saute par-dessus juste à temps. Prudence. À la vitesse à laquelle je cours, je peux facilement me casser un pied si je trébuche dessus. J’ai fendu mes ongles d’orteils plus d’une fois en cognant des cailloux à vive allure. Pas cool.
 
Continuer de courir. Non, efface ça. Courir plus vite. Le vent souffle sur mon visage et je souris de nouveau. Ce sont les petites choses qui rendent la vie belle. Comme le vent.
 
Le vent rafraîchit. Il donne quelque chose contre lequel courir, il fait se sentir vivant. Il aide également à esquiver les flèches quand les gens te tirent dessus.
 
Une flèche fend l’air et je change légèrement ma trajectoire. Elle fouette l’air devant mon bras gauche. Trop près.
 
J’ajuste mon itinéraire et accumule de la vitesse. Je suis presque hors de portée des Gobelins qui me pourchassent. Quelques secondes de plus et je les aurai semés.
 
Les Gobelins. Ce sont de terrifiants petits monstres avec des yeux rouges et des dents pointues. Ils ressemblent plus à des démons, en fait. Mais ils sont bien assez réels, et ils aiment manger les humains. S’ils peuvent les attraper, du moins.
 
L’un d’entre eux jaillit de l’herbe alors que je cours vers la ville à l’horizon. Il est plus gros que d’habitude, et il porte une cotte de maille rouillée et une épée courte.
 
Il fouette l’air dans ma direction et je bondis. Droit au-dessus de la lame. Le Gobelin reste bouche-bée lorsque j’atterris et se précipite en courant derrière moi.
 
Mes jambes sont floues. Le Gobelin les vise avec son épée mais je suis déjà hors de portée. Il court aussi vite qu’il le peut, mais je file tellement vite qu’on dirait qu’il reste immobile.
 
“Bien essayé.”
 
Je marmonne dans un souffle en continuant à courir. Je n’ai pas le temps ni l’oxygène de dire cela à voix haute, évidemment. De plus, je suis nulle en répartie. Ou… en insultes. Dans tous les cas.
 
Le Gobelin s’arrête après quelques mètres et crie quelque chose dans mon dos d’une voix stridente. Je l’ignore et continue à courir. Au bout d’un moment, j’entends le cri de guerre strident des Gobelins et ils abandonnent la poursuite.
 
Au bout de quelques miles, ou pour rester plus internationale, quelques kilomètres, je m’arrête. Je scanne rapidement la zone autour de moi. Des herbes plus basses dominent dans cette pente douce. On dirait que j’ai semé la tribu de Gobelins.
 
Je respire plusieurs fois profondément et essuie mon front. Pas énormément de sueur. Bien. Je m’inquiéterais si je me fatiguais aussi vite.
 
Ainsi se déroule ma matinée. Je mentirais si je disais qu’elle est ordinaire pour une fille née dans la meilleure ville du monde*, mais je peux m’habituer à n’importe quoi.
 
* New York, de toute évidence.
 
Il est temps de retourner à ma course. Au bout de quelques secondes je commence à marcher, puis j’accélère. Mais le temps, c’est de l’argent et je reviens rapidement à ma vitesse d’origine. Pas un sprint ; je dois conserver autant d’énergie que possible en cas d’urgence, comme une attaque de Gobelins, des Loups Garous, des bandits, des zombies, des squelettes, des Crelers*, et plein d’autres créatures répugnantes vivant dans les plaines**.
 
*Je n’ai jamais vu ces monstres en particulier. Je ne suis même pas sûre que ce soit leur vrai nom - les locaux les appellent simplement des “Rampants des tunnels”. Apparemment, ce n’est pas le genre de trucs qu’on veut croiser.
 
** Si j’en parle comme d’un endroit horrible, c’est seulement parce que je suis consciente des dangers possibles. La plupart du temps, il n’y a pas vraiment tant de monstres que ça dans le coin. C’est juste que l’on ne sait jamais quand l’un d’entre eux va faire son apparition.
 
Bref, je continue de courir. Je profite du vent dans mes cheveux pendant un petit moment avant d’enfin atteindre la ville en question.
 
De hauts murs gris, et des lanciers et archers dans des tours en train de surveiller les monstres. Il s’agit de Cerum, ou un truc comme ça. C’est une ville, appartenant à la Confédération Alliée des Plaines Septentrionales, donc une cité-État*. Et ma destination actuelle.
 
*C’est plus qu’une simple ville. Elle n’est pas si grande, mais toutes les cités ont leurs propres règles. Certaines sont dirigées par un conseil, d’autres ont élu des dirigeants comme on le fait chez nous, et certaines ont toujours des Lords et Ladies, bien qu’apparemment seules une poignée d’entre elles ont gardé ce système. L’idée, c’est qu’elles s’allient toutes en cas de menace, mais gardent leurs objectifs et leurs querelles individuelles. Comme les bons vieux Etats-Unis.
 
Je m’approche des portes ouvertes de la villes. Un garde est en service afin de pouvoir claquer la porte au nez d’un visiteur dangereux ou très moche, mais il ne tressaille même pas à mon approche.
 
“Bien le bonjour.”
 
Me salue-t-il. Enfin, je pense que c’est un salut. Je lui fais un petit signe de la main.
 
“Des Gobelins. À quelques kilomètres de la cité.”
 
Il acquiesce et dit quelque chose que je ne saisis pas. “Dommage qu’ils se soient sauvés” ou un truc du genre. J’acquiesce comme si je l’avais bien entendu et je cours dans la cité, l’herbe faisant place aux durs pavés sous mes pieds. Agaçants et moins pratique d’y courir dessus ; je vais devoir ralentir.
 
D’une course rapide je ralentis à un petit trot, mais pas le genre que l’on voit à la télé. Je déteste l’espèce de jogging rebondissant que les acteurs prétendent faire, et qui passe complètement à côté de ce qu’est la course. Le trot, comme le sprint ou la marche ou n’importe quoi d’autre doit être fluide et concis. On ne perd pas d’énergie à avoir l’air d’être perché sur un bâton sauteur.
 
Voyons voir. Les piétons sont déjà sortis et à leurs affaires malgré que l’aube soit à peine levée. Bien. J’aurais détesté devoir attendre. Je navigue à travers les rues, me guidant à l’aide des panneaux accrochés au-dessus des rues.
 
C’est génial que tout le monde dans le coin parle et écrive en anglais. Cela aurait été incroyablement agaçant* s’ils avaient parlé ou écrit dans une autre langue ? Mais par un quelconque coup du sort, la langue dominante de ce monde est l’anglais. Bien sûr, il existe d’autres langues mais apparemment la plupart des espèces connaissent l’anglais.
 
*et réaliste.
 
Mais bref. Alors que je ralentis pour laisser passer une carriole je réfléchis à ce que m’a dit le garde. Était-ce un avertissement ? Disait-il que c’était dommage que je me sois enfuie sans les combattre ? Ça va me travailler sur la course du retour. Pourquoi les gens ne comprennent-ils pas que ce n’est pas une bonne idée de dire des choses à quelqu’un en train de courir ? On les entend à peine même sans iPod en train de nous cracher de la musique* dans les oreilles. De plus, je ne suis généralement pas une oreille attentive.
 
*De la pop. Et du rock. Et de la techno, mais ça, ça passe ou ça casse. Globalement, si je peux courir dessus, je le fais. J’ai un petit faible pour la musique country, mais c’est difficile de garder une bonne vitesse quand j’entends roucouler un harmonica. La country, c’est pour pleurer ou être nostalgique. Ou du moins, c’est le seul type que je télécharge.
 
Je finis par atteindre ma destination. Par là, j’entends que j’atteins une haute façade de marbre et lève les yeux à la porte de bois peint la plus luxueuse que j’aie jamais vue. Rencontre entre le logement urbain et les riches.
 
Je prends quelques inspirations profondes. C’est le moment que je déteste le plus. Mais impossible d’y échapper, donc je m’arme de courage. Puis hésite. Je reprends une grande inspiration, me dit que je risque l’hyperventilation, et frappe à la porte.
 
Je déteste vraiment ce moment-là.
 

 
Celum, un peu après l’aurore
 
Dès l’instant où Lady Magnolia, membre des nobles de la ville, ouvrit la porte, elle pressa ses mains sur son cœur.
 
“Diantre ! Tu es déjà là avec la livraison ?”
 
La fille - la jeune femme qui s’imaginait encore de temps en temps être une fille en un peu plus vieille - acquiesça en silence. Magnolia n’avait pas besoin de plus d’encouragement.
 
“Je ne t’attendais pas si tôt ? Mais où sont mes manières ? Magnolia Reinhart, pour te servir. Tu es la Coursière que j’attendais, c’est ça ?”
 
“Mmh. Votre sceau ?”
 
Acquiesça la jeune femme. Lady Magnolia hésita, puis toucha ses sourcils du bout des doigts.
 
“Oh. Bien sûr. Cela fait tellement longtemps que je n’ai… j’avais complètement oublié. Je t’en prie, entre pendant que je vais le chercher.”
 
La jeune femme hésita et jeta un œil au manoir immaculé derrière Magnolia. La lady remarqua son hésitation et baissa les yeux. Ses yeux s’écarquillèrent légèrement, mais s’empressa de poursuivre.
 
“Oh, ne t’inquiète pas pour ça. J’ai assez de serviteurs capables de s’occuper d’une petite tache. Je t’en prie, entre, entre !”
 
La jeune femme hésita puis entra avec réticence dans la maison. Elle leva les yeux, regarda autour d’elle puis baissa les yeux sur le sol de marbre qu’elle était actuellement en train de salir, et sur les tapis luxueux, les tapisseries au mur, et souhaita sans ambiguïté être ailleurs. Mais Magnolia était en train de farfouiller dans un petit pot posé près du mur.
 
“Mais où ais-je mis ce sceau ? Normalement je laisserai faire l’intendante - Ressa, mais je savais que c’était mon colis. Hum… hummmm… là !”
 
Sa main sortit un jeton argent et saphir du récipient. Le magnifique sceau était d’un argent brillant d’un côté, et l’autre côté était d’un bleu céruléen semi translucide
 
Elle présenta le jeton à la jeune femme qui le récupéra avec un soin extrême. Magnolia attendit patiemment alors que la jeune femme rangeait soigneusement le jeton dans une bourse à sa ceinture et ouvrait son sac.
 
C’était un sac à dos, mais pas de ceux qui trouveraient grâce aux yeux d’aucun magasin du monde dont la jeune femme était originaire. Au lieu de Velcro, de coutures industrielles et de compartiments individuels et superflus, ce sac était en cuir cousu avec du tissu et était esthétiquement aussi beau qu’un insecte noir en train de ramper sur le dos. Mais il pouvait être attaché solidement avec des cordes et ouvert sans avoir à le poser.
 
Précautionneusement, la messagère - car c’en était une - en ôta un objet lourdement empaqueté. Elle le lui tendit.
 
“Voilà.”
 
Lady Magnolia arracha pratiquement le colis des mains de la jeune femme et ouvrit sans ménagement les épaisses couches de laine et les ficelles qui protégeaient l’objet. La jeune femme cligna des yeux devant les déchets jonchant le sol puis leva les yeux sur le colis qu’elle avait amené ici au prix de beaucoup d’efforts.
 
Une bouteille émaillée de cristal rouge accrocha la lumière entre les mains de Magnolia et illumina pratiquement le foyer.
 
“Magnifique, n’est-ce pas ?”
 
Magnolia fit tournoyer le liquide bleu à l’intérieur de la bouteille et sourit avec douceur. Elle se retourna vers la jeune femme et inclina légèrement la tête.
 
“Je ne peux pas vous remercier assez d’avoir apporté cette bouteille à temps pour le brunch. J’ai invité plusieurs amis et je leur avais promis que nous partagerions un verre de ce breuvage exquis ensemble. Il est vraiment cher, mais tellement délicieux ! Il est distillé à partir d’un fruit très toxique - je crois qu’ils appellent ça l’Amentus. Tellement difficile d’y mettre la main dessus, mais j’avais promis ! Et crois-le ou non, j’ai bu le dernier verre hier. J’ai donc mis la requête et te voilà !”
 
Elle sourit d’un air radieux à la jeune femme. La jeune femme ne répondit pas. Son œil gauche fut agité d’un tic.
 
“Je te prie d’informer la Guilde que je suis ravie de son efficacité.”
 
Hochement de tête. La jeune femme piétina sur place et jeta un œil à la porte.
 
“Vous avez une autre requête ?”
 
C’était la réponse traditionnelle et Magnolia hésita.
 
“Eh bien, je suppose… mais non, je ne crois pas que j’ai besoin de… eh bien, là tout de suite, non, mais ce serait dommage de… non. J’imagine que non.”
 
La jeune femme acquiesça et commença à se glisser vers la porte. Magnolia était en train de faire tinter une cloche d’argent et une flopée de femmes en tablier et de vieux gentlemans se mirent à descendre les marches en direction de leur maîtresse, mais dès qu’elle remarqua que la jeune femme était en train de partir, elle l’appela.
 
“Ne veux-tu pas rester prendre un verre ? Je n’aimerais pas te laisser partir sans une petite récompense.”
 
“... Désolée. J’ai d’autres livraisons à faire.”
 
Magnolia eut un air abattu, mais elle se reprit aussitôt.
 
“En ce cas, prends au moins ce cadeau pour ta peine. Non, non ! J’insiste.”
 
Elle pressa une pièce dans la paume de la jeune femme. La jeune femme tenta de la lui rendre, mais Magnolia ne voulut rien entendre et elle abandonna.
 
“Au revoir.”
 

 
La jeune femme sortit du manoir que Magnolia prenait pour une maison et marcha dans la rue. Son pas se mua en un trot dès qu’elle eut assez d’espace, et elle sortit des beaux quartiers pour entrer dans les quartiers plus populaires. Là, elle frappa à deux autres portes et, avec bien moins de conversation et beaucoup plus d’efficacité, tendit une lettre et un sac et reçut deux sceaux rouges en échange.
 
Une fois ses livraisons terminées, la jeune femme prit soin de placer les deux jetons dans la même bourse que celle où elle avait mis le jeton saphir et argent. Elle s’assura que la bourse était bien fermée. Il était d’une importance cruciale qu’elle ne perde aucun des jetons, ou plutôt des sceaux comme on les appelait ici.
 
Des Sceaux de Messager. Une preuve que la livraison avait bien atteint son destinataire. Sans l’un des morceaux de pierre de couleur vive, une livraison était suspecte. Le messager devait déposer ces sceaux pour recevoir sa récompense, ce qui les rendait précieux.
 
Jusqu'à un certain point.
 
Parmi les classes de patrons les plus riches, les Sceaux de Messager étaient un signe de statut et de pouvoir. Les marchands et les banquiers utilisaient des gemmes mineures plutôt que de la pierre commune, et l’élite de la société avaient même leur forme de Sceau personnelle pour preuve d’une livraison au-delà de tout soupçon.
 
Toutefois, quiconque n’avait pas ce genre de moyens devait utiliser les simples pierres taillées fournies par leur ville à un prix fixé. Elles étaient peu coûteuses, mais pouvaient également être utilisées pour valider de fausses livraisons.
 
Les cas de messagers prenant les marchandises et échangeant de faux Sceaux contre la récompense étaient récurrents. C’est pourquoi la confiance était tout aussi importante en ce qui concernait les messagers. Leur réputation d’honnêteté était un élément clef pour recevoir des contrats individuels, autant sinon plus que leur capacité à livrer des colis rapidement.
 
La jeune femme se dirigea vers les portes de la ville. Elle était fatiguée. Pas physiquement, mais épuisée par l’effort d’interaction sociale. Mais ses foulées s’allongèrent alors qu’elle sortait de la ville et bientôt elle courait sur une route largement fréquentée qui la ramènerait à sa ville. Elle voulait faire d’autres livraisons aujourd’hui, et elle devait donc être rentrée avant la foule du midi si elle voulait en avoir une vraiment avantageuse.
 
Elle était une messagère. Ou Coursière, comme on les appelait. D’autres noms existaient : Voyageurs, Scelleurs - dérivé des Sceaux qu’ils utilisaient -, Porteurs, et d’autres noms impolis que les passant qu’elle croisait utilisaient.
 
Elle préférait se voir comme une Coursière. Cela voulait littéralement dire “coureuse” et elle en était une, car courir était ce qu’elle aimait le plus. Elle pouvait simplement prendre les livraisons et les laisser, à moins que ce ne soit la mauvaise adresse. Ou que le destinataire ne soit mort. Ce qui était déjà arrivé deux fois.
 
Tout ça pour dire qu’elle courait, et qu’il y avait une brise sur son visage. À un tel moment, elle pouvait ignorer le fait qu’elle était dans un autre monde, ou qu’elle n’avait aucun moyen de rentrer, ou même que les Gobelins la prenaient de nouveau en chasse. Elle courait, et elle était libre.
 
Elle était également pieds nus.
 
Son nom est Ryoka Griffin, un nom qu’elle déteste. Elle aime courir, et ne pas parler aux gens. Ses hobbies sont entre autres ne pas mentionner son nom, courir, chasser, et boire du café. En ce moment, c’est surtout…
 
Courir.
Titre: Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
Posté par: Maroti le 22 janvier 2020 à 15:21:11
Interlude -- 1.01 R
Traduit par EllieVia

Toutes les têtes de la Guilde des Coursiers se tournèrent lorsque la porte s’ouvrit. C’était une réponse conditionnée ; ceux qui couraient étaient soit prompts à remarquer les choses, soit morts.
 
Ryoka s’approcha d’un comptoir d’un côté de la salle, ignorant les regards qui l’évaluaient. Elle attendit que la réceptionniste lève la tête.
 
“Bonjour, Ryoka.”
 
La réceptionniste la gratifia d’un sourire amical. Ryoka hocha la tête. Elle ne sourit pas.
 
“Tu es venue récupérer tes récompenses ?”
 
Ryoka hocha de nouveau la tête.
 
“Trois sceaux.”
 
“Très bien. Je vais signer.”
 
La réceptionniste attendit patiemment que Ryoka écrive son nom et fasse une liste des sceaux qu’elle avait ramenés. Elle devait écrire la composition de chaque sceau. Deux seaux de bois de chêne rouge, et le sceau de saphir et d’argent précieux.
 
“Oh, c’est le sceau de Magnolia ? Tu as eu de la chance de mettre la main sur cette livraison.”
 
“Yup.”
 
Ryoka termina d’écrire et fit glisser le morceau de papier et la plume vers la réceptionniste. Le sourire de cette dernière vacilla, mais elle ajouta sa signature au registre.
 
“La plupart des coursiers se battent pour le droit de lui livrer quelque chose. Elle donne de l’argent en plus pour la rapidité, et elle est évidemment connue pour donner de généreux pourboires.”
 
La réceptionniste attendit une réponse. Elle obtint un hochement de tête silencieux.
 
“Merci.”
 
Ryoka tourna les talons. Elle s’approcha d’un grand tableau d’affichage couvert de morceaux de papier.
 
À l’instar de la Guilde des Aventuriers, la Guilde des Coursiers était basée sur un système de premier arrivé, premier servi en ce qui concernait les demandes de livraisons. C’était ce tableau qu’étudiait Ryoka avec intensité, en ignorant les yeux en train de creuser un trou à l’arrière de son crâne. Elle avait l’habitude.
 
Ce dont elle n’avait pas l’habitude, en revanche, c’était d'entendre une voix forte et pleine d’entrain percer le silence.
 
“Hey, Ryoka !”
 
La jeune femme se tendit. Sa tête se tourna vers la porte, mais il était trop tard.  Une autre fille avançait droit sur elle. Elle était plus petite que Ryoka, mais plus large. Pas à cause du gras ; disons plutôt qu’elle avait l’air solide sans arborer les muscles apparents d’un homme.
 
Garia Strongheart claqua Ryoka sur l’épaule. L’œil gauche de la plus grande des filles s’agita d’un tic, mais Garia ne le remarqua pas.
 
“Tu viens de finir tes livraisons à Celum ? C’était rapide ! J’ai l’habitude de manger un bout aux marchés. Ils font un beignet à la cannelle merveilleux le matin, mais j’imagine que tu as déjà mangé, pas vrai ?”
 
La grande fille baissa les yeux sur Garia et la gratifia d’une fraction de hochement de tête.
 
“Mhm.”
 
“Et tu as couru pieds nus ? Je croyais que les autres me faisaient une farce lorsqu’ils m’ont dit que tu courais partout sans chaussures.”
 
Ryoka émit un soupir inaudible.
 
“Je cours de partout sans chaussures.”
 
“Pourquoi ? Tu n’as pas de quoi t’en acheter ?”
 
Garia éclata de rire. Pas Ryoka.
 
“Je suis simplement plus lente avec des chaussures, c’est tout.”
 
“Oh, c’est un truc de classe ? Logique. Mais est-ce que la classe de [Coursier va-nu-pieds] est meilleure que celle de [Messager] ?”
 
Ryoka haussa les épaules. Sous le tableau d’affichage, il y avait une table remplie de colis à livrer. Elle en choisit un et le soupesa. Trop lourd. Elle le reposa et en essaya un autre. Assez léger pour courir avec.
 
Son silence ininterrompu et son désintérêt évident pour la conversation ne dérangeait pas Garia, du moins à ce qu’elle voyait. L’amicale jeune fille continua d’alpaguer Ryoka, lui demandant comment avait été la route, si elle avait rencontré des menaces, et ainsi de suite. Elle obtenait des réponses monosyllabiques quand elle avait de la chance.
 
Ryoka étudia les requêtes. La plupart étaient des requêtes de livraison générale. Malheureusement, elles étaient toutes tellement espacées qu’il serait difficile d’en faire plus de quelques-unes sans devoir courir deux fois plus loin.
 
Un morceau de papier à moitié couvert derrière deux autres requêtes attira son attention. Ryoka l’attrapa et l’examina. Puis elle le montra à Garia.
 
“Quelle est la récompense pour celle-là ?”
 
Garia regarda le morceau de papier et secoua la tête.
 
“Oh, ça ? C’est une requête à l’ancienne. On en voit passer de temps en temps. Quelqu’un encore un message pour dire qu’il ou elle veut une livraison en promettant une récompense. Mais on n’a aucune idée de combien ils sont prêts à payer et à qui ils veulent livrer le colis. Et encore, celle-ci est confirmée.”
 
“Confirmée ?”
 
“Ça veut dire qu’on peut au moins prouver que ce ne sont pas des bandits. De qui est-elle ? Oh. Ne prends pas cette requête.”
 
“Pourquoi pas ?”
 
“C’est pour les Grandes Passes. L’endroit est très dangereux. Il y eu plus de morts de coursiers là-bas que… enfin bref, c’est risqué. Il y a des tonnes de monstres qui vivent dans la zone.”
 
“Hmmm.”
 
L'expression de Ryoka ne changea pas alors qu’elle examinait la requête. Puis elle regarda ailleurs. Garia décrocha une autre requête et la montra à Ryoka.
 
“Que dirais-tu qu’on fasse ensemble cette livraison de minerai à Perlingor ? Le trajet serait long, mais ils offrent une pièce d’or si le colis arrive aujourd’hui ! Et les routes sont très sûres. T’en dis quoi ?”
 
L’autre fille étudia l’annonce et jeta un œil aux colis. Ils étaient remplis à craquer et étaient aussi lourds qu’ils en avaient l’air.
 
“Non merci.”
 
“Encore ?”
 
Garia avait l’air déçue. Ryoka haussa les épaules, mal à l’aise.
 
“Je ne cours pas très bien en groupe.”
 
“Bon, si tu es sûre. Mais il faudra qu’on coure ensemble un de ces jours. Et si on faisait la course de la Route de la Sterne dans quelques jours pour délivrer les épices à Celers et Remendia ?”
 
Là encore, l’expression de Ryoka ne changea pas, mais elle leva les yeux au plafond en réfléchissant à la proposition de Garia.
 
“D’accord.”
 
Garia lui adressa un sourire radieux et lui mit une claque dans le dos. Là encore, l’œil de l’autre fille tressauta.
 
“Génial ! Je te dirai quand elle arrivera.”
 
“Parfait.”
 
Ryoka sélectionna un morceau de papier alors que Garia se détournait. Mais la porte s’ouvrit de nouveau et elle entendit Garia héler quelqu’un.
 
“Fals !”
 
D’autres Coursiers entrèrent dans la guilde. Leur arrivée fut célébrée avec beaucoup plus d’enthousiasme et d’énergie que celle de Ryoka. Quelques autres coursiers s’approchèrent alors que les trois personnes qui venaient d’entrer se dirigeaient vers la réceptionniste pour lui donner des sceaux d’argent.
 
Garia rejoignit le groupe qui s’amassait autour des coursiers et sourit au plus grand. C’était un coursier blond à la peau mate avec de longues jambes et une tenue rouge de bien meilleure qualité que les vêtements des coursiers qui l’entouraient. Il portait également deux dagues à sa ceinture.
 
“Fals, comment vas-tu ?”
 
Fals sourit à Garia et échangea quelques claques sur les épaules. Il montra les deux autres coursiers qui l’accompagnaient, un jeune homme et une femme.
 
“Nous venons juste de terminer une course pour un groupe d’aventuriers vers les vieilles ruines. On leur a apporté un tas de potions et d’équipement. Ils nous ont donné un bon pourboire, donc on va aller fêter ça.”
 
Garia soupira, envieuse.
 
“Et tu n’as pas une égratignure.”
 
“Nous ne sommes pas assez stupides pour nous approcher des monstres.”
 
Fals éclata de rire et les autres coursiers le joignirent.
 
“Alors, que fais-tu ici ? Tu vas prendre une autre requête ?”
 
Il secoua la tête.
 
“Nah. Je suis trop fatigué pour ça. Non, je voulais juste avoir un mot avec notre nouvelle coursière que voilà.”
 
Il s’approcha de Ryoka. Les autres coursiers qui s’étaient agrégés autour de lui se dispersèrent, ce qui ne laissa plus que ses deux amis et Garia.
 
“Ryoka, comment vas-tu ?”
 
La deuxième fille venait de finir de choisir deux requêtes. Elle leva les yeux du sac à dos où elle était en train de stocker les colis.
 
“Bien.”
 
Fals attendit, mais c’était tout. Garia se dandina, mal à l’aise, et les deux autres coursiers fusillèrent Ryoka du regard. Elle leur rendit leur regard d’un air égal. Toutefois, Fals continua comme s’il n’y avait pas eu de pause.
 
“Bien, bien. Je me demandais si tu avais besoin de conseils, comme du es toute nouvelle. D’habitude, la plupart des coursiers commencent par être des Coursiers des Rues.”
 
Ryoka haussa les épaules. Là encore, Fals rompit le silence avant qu’il ne devienne trop lourd.
 
“Eh bien, j’ai remarqué que tu avais pris la requête de Magnolia ce matin. C’est une bonne course, pas vrai ?”
 
“Il y avait quelques Gobelins sur la route.”
 
“Certes, certes.”
 
Fals se gratta la tête et piétina, mal à l’aise. Ryoka termina de fermer son sac et le hissa sur ses épaules. Elle le regarda, dans l’expectative.
 
“Comment dire, c’est une bonne livraison. Elle est bien payée, sûre - enfin, majoritairement sûre - et les coursiers aiment bien Magnolia. Elle donne de bons pourboires et partage ses livraisons.”
 
Garia sourit.
 
“Une fois, elle m’a donné quelques friandises qu’elle avait importées d’outre-mer. C’étaient des morceaux de fruits gelés sucrés. Le goût était incroyable.”
 
“Exactement. Tout le monde l’aime bien. On sait qu’elle voulait que quelqu’un livre cette boisson bleue qu’elle aime tant. Elle t’en a offert un peu ?”
 
Ryoka secoua la tête en signe de dénégation.
 
“Je n’étais pas intéressée.”
 
Ce coup-ci, elle se fit résolument fusiller du regard par tous les coursiers à portée de voix. Fals se trémoussa de nouveau.
 
“Oui, bon, ce serait mieux que tu laisses un autre coursier prendre la requête la prochaine fois. Non pas que tu n’aies pas le droit de la faire - c’est juste qu’on aime bien partager la requête. Laisse une chance aux autres de se la couler douce, d’accord ?”
 
Il lui adressa un sourire qu’elle ne lui rendit pas. Garia jeta un regard nerveux à Ryoka. Ryoka dévisagea Fals d’un regard sans expression, puis acquiesça.
 
“Compris.”
 
Les deux autres amis de Fals s’agitèrent. Ils regardaient Ryoka avec beaucoup plus d’hostilité que Fals ou Garia. Pour sa part, Fals acquiesça et gratifia Ryoka d’un autre sourire amical.
 
“C’était juste pour que tu sois au courant. Bonne chance pour ta course !”
 
Fals s’éloigna avec les deux autres coursiers. Ryoka les regarda s’éloigner. Son visage ne trahissait aucune émotion, mais Garia la vit lever sa main pour se triturer une oreille.
 
Elle n’avait pas l’air normale. D’ordinaire, les longs cheveux de Ryoka couvraient ses oreilles, mais Garia pouvait voir à présent que son oreille gauche avait été déchirée par le passé. La moitié inférieure de son lobe manquait, et le reste avait guéri en un cicatrice dentelée autour du trou arrondi.
 
Ryoka remarqua le regard de Garia sur son oreille. Elle laissa tomber sa main et se détourna.
 
“Salut.”
 

 
Comme s’appelait la réceptionniste, déjà ? Ça me trotte dans la tête. Je crois que ça commençait par un ‘S’. Ou alors un ‘Y’ ? Non. Je suis sûre que c’était un ‘S’.
 
Dans tous les cas, au moins je me suis débarrassée de cette corvée. Et je peux enfin m’éloigner de la ville et des gens désagréables*.
 
Je me sens bien mieux en courant vers portes de la ville. Courir m’apaise. Et j’ai bien besoin de me calmer après avoir dû subir autant d’idiots**.
 
* Tout le monde
 
** Presque tout le monde.
 
Okay, okay, on se calme. J’ajuste mes foulées en sprintant hors des portes de la ville. Les gens me dévisagent. Non pas que ça n’ait trop d’importance, mais je ne veux pas gaspiller mon énergie à courir trop vite tout de suite.
 
Destination : Remendia. C’est à environ cinquante kilomètres, ce qui en fait l’une des villes les plus lointaines pour les courses. J’y serai dans quelques heures puis je me dirigeai vers sa voisine, Ocre. Ou qu’importe son nom. Mais je passerai la nuit à Remendia étant donné que la ville est plus grande et possède de meilleures auberges.
 
Il y a une Guilde de Coursiers à Remendia. Il y en a une dans presque toutes les grandes villes, donc je peux toujours trouver de nouvelles requêtes où que j’aille. C’est pratique, et ça signifie que je n’ai pas à revenir ici et à me taper les coursiers désagréables du coin.
 
Là encore, ils font également des livraisons de ville à ville, donc j’ai tendance à leur tomber dessus à un moment où à un autre. C’est chiant.
 
Enfin, Garia n’est pas chiante. Elle est juste trop amicale. Mais elle est la meilleure d’entre eux. Le reste des Coursiers des cités peuvent aller se faire foutre. Surtout Fals.
 
Les Coursiers de cité. De ce que j’ai compris sur ces Coursiers, ce sont des sortes de facteurs. Ou factrices. Qu’importe. Mais on les divise globalement en trois catégories. Les Coursiers de rue, les Coursiers des cités et les Courriers.
 
Les coursiers des rues couvrent des cités individuelles et ne s’éloignent guère d’elles. Ils prennent les boulots les plus simples et les plus sûrs, et sont les moins bien payés. Ils n’ont pas l’air d’être à un rang très élevé dans la hiérarchie de la Guilde des Coursiers. Ce sont les plus jeunes, ou les plus vieux, et c’est à peu près tout ce que j’en sais.
 
Je suppose que je tombe dans la catégorie des Coursiers des cités. Ils - nous courons de ville en ville et faisons des livraisons majoritairement dans une région donnée. Un Coursier des cités peut courir pendant quelques jours s’il doit faire une livraison très longues, mais il ne s’éloignera pas de son “territoire”*. Ils prennent des boulots plus dangereux, mais là encore, ce ne sont pas des aventuriers donc un Coursier se contente dans la plupart des cas de s’enfuir en cas de danger et essaie de faire des livraisons le plus rapidement possible.
 
*Territoire. On est quoi, des chiens ? Mais apparemment, c’est le cas, quand on voit tous les petits groupes et les querelles intestines auxquels les coursiers se livrent. Chaque Guilde des Coursiers n’est qu’un gros tas de politique et d’amitiés entremêlées.
 
Puis viennent les Courriers. Je n’en ai jamais rencontré personnellement, mais j’ai entendu dire qu’ils sont l’équivalent des longs courriers. Ils peuvent aller d’un bout du continent à l’autre, ou même traverser les mers si leur livraison le demande. Ils sont rapides, efficaces et il faut apparemment des sommes d’argent faramineuses pour les engager. Mais ils sont supposés être vraiment bons dans leur travail.
 
De ce que m’a dit Garia, chacun d’entre eux est au moins de niveau 30, et ils ont tous des niveaux dans d’autres classes donc il est difficile de les prendre en embuscade. Et c’est…
 
Je regarde les alentours en courant. Je descends l’une des routes principales, mais elle est vide pour le moment. Mais je sors tout de même de la route pour courir dans l’herbe. Ce n’est pas comme si j’allais aller plus lentement dans la plaine. J’attends d’être assez loin de la route avant de crier.
 
“C’est tellement stupide !”
 
Bon, ce n’est pas tellement un cri. C’est difficile de courir en criant, et ça me fait bizarre de me parler à moi-même. Qui fait ça ? Dans tous les cas, je ne m’en suis toujours pas remise.
 
Des niveaux. C’est l’un des trucs le plus bizarre dans ce monde, et ce monde recèle des trésors de bizarrerie. ON dirait un jeu, mais ce n’en est pas un. Au moins, il n’y a pas de seigneur démoniaque du mal ou une fin du monde imminente, et je ne suis pas l'héroïne invoquée d’une autre planète pour défendre cet endroit contre le mal.
 
Je suis une fille d’Ohio. Je suis une étudiante de première année à la fac, et je cours pieds nus. Je me suis retrouvée ici alors que j’étais en train de courir, et j’ai atterri dans cet asile de fous munie de mon iPhone, de mon portefeuille et de ma montre. Je ne suis pas une héroïne.
 
Mais cet endroit est exactement comme un jeu vidéo. Ou, dans tous les cas, comme dans un livre d’heroic fantasy. Un peu dans le genre du Seigneur des Anneaux de Tolkien, sauf que les cités que j’ai visitées n’ont pas d’Elfes ou de Nains. Pour tout dire, il n’y a pas beaucoup d’humains avec une peau plus foncée qu’un léger hâle. Je pratiquement une alien avec mes traits Asiatiques.
 
Bon, revenons à la route. Ce n’est pas bon de s’en éloigner, j’imagine. Mais je déteste devoir esquiver les wagons et entendre chaque idiot que je croise me crier un truc à propos de mes pieds nus. Mais c’est mieux que les Gobelins, j’imagine.
 
À peine.
 
Bref, je pensais à quoi déjà ? Ah oui. Ce monde est stupide. Vraiment stupide, et le pire est qu’il ressemble beaucoup à celui que j’ai quitté.
 
Fals. Il sous-entendait que… non, il me disait de ne plus prendre les bonnes requêtes. Et à en juger par la foule là-bas, ils pensent tous la même chose.
 
La politique. Personne ne prend les bonnes livraisons où on va te pourrir la vie, hein ? Et ce Fals est leur… quoi ? Il est populaire, en tout cas.
 
Je serre les dents. Je ne l’aime pas. Il me donne sans cesse des conseils, la plupart du temps sur les choses que je devrais faire ou non. Et comme il est un Coursier vétéran, il a l’air de passer en priorité sur les livraisons et tout le reste. Je déteste tomber sur lui dans les guildes.
 
Déjà. Cela ne fait qu’une semaine et demie*, mais je me suis déjà habituée à ce monde, au moins un peu. On peut vraiment se faire à tout. Mais je n’ai jamais aimé l’échelle sociale, et on dirait que la moitié du boulot de Coursière tourne autour de ça.
 
*Que ça ? J’ai l’impression d’être là… depuis beaucoup plus longtemps.
 
Je déteste Fals. Je tombe trop souvent sur lui. Et maintenant, il va falloir que je coure avec Garia, en traînant un sac à dos gigantesque sur cinquante kilomètres pour un salaire de misère. Pourquoi j’ai accepté de courir avec elle ?
 
Parce que c’était trop dur de dire non.
 
Merde. Merde pour moi, merde pour elle, et Fals peut aller… il n’y a pas assez de merde dans le coin pour lui. Je déteste tout ça.
 
Donc je coure. Continue à courir. J’augmente mes foulées et mes pensées s’écoulent hors de ma tête. C’est mieux.
 
Les choses vont et viennent, mais au moins je peux courir. Ironiquement, dans ce monde je peux courir encore plus parce que c’est maintenant mon boulot. C’est la seule bonne chose au milieu de ce pétrin. La seule bonne chose.
 
Bon, ça et un autre détail. Je souris en m’en rappelant, et le conducteur du wagon me jette un drôle de regard alors que je coure à côté de lui.
 
Ce monde a un tas de Coursiers. Et ils sont cools. Vraiment. Ils courent loin, et ceux comme Garia sont solides et assez costauds pour courir avec des énormes sacs sur leur dos pendant assez longtemps. Mais vous savez quoi ? C’est peut-être leur régime alimentaire. Ou peut-être qu’ils ne savent rien au sujet d’une bonne hydratation, ou d’une bonne posture de course, ou…
 
L’idée, c’est qu’ils sont cools. Mais ils n’arrivent pas à la cheville d’une fille qui a gagné une bourse en athlétisme.
 
Je m’élance, et les kilomètres défilent derrière moi comme de la pluie. Je ne suis pas une coursière sociale, ou même appréciée. Du tout. Mais je suis à peu près sûre d’être l’une des plus rapides.
 

 
C’est une longue course. Mais je m’en tire bien et je pénètre dans Remendia juste au moment où le soleil commence à peindre le ciel de couleurs orangées. Deux livraisons. Une ici, et l’autre dans cette autre cité. Ocres ? Qu’importe.
 
Je m’en charge, puis retourne mes sceaux à la Guilde des Coursiers locale. Je garde mon visage impassible, rend les sceaux, et repars.
 
Ceci fait, je trouve une auberge. Hm. La première propose des chambres en pension complète pour trois pièces d’argent. C’est cher, mais j’ai gagné plus de trente pièces d’argent aujourd’hui. Je vais me faire plaisir.
 
Si tu es motivée et que tu ne meurs pas sous la dent d’un Gobelin caché dans l’herbe, être Coursière peut vraiment rapporter de l’argent. C’est vrai, une bonne part de mes gains vient de la requête de Magnolia, mais je gagne tout de même plus que la plupart des gens. Ou du moins j’imagine.
 
Le travailleur moyen se fait entre trois et quatre pièces d’argent* par jour. Mais c’est une misère par rapport à ce que peuvent rapporter des marchands ou des commerçants. Même en retirant leurs dépenses journalières, ils gagnent probablement plus de vingt pièces d’argents par jour. Et ça, c’est de la petite monnaie par rapport à ce que peuvent se faire les aventuriers.
 
* La monnaie change d’une ville ou d’une région à l’autre. Ici, la monnaie est appelée Thestal, mais ça veut juste dire qu’ils ont un poids et un pourcentage d’argent ou d’or précis par pièce. Ceux qui doivent gérer beaucoup d’argent vérifient le type de monnaie, mais c’est tout le temps globalement des pièces d’argent, d’or ou de cuivre.
 
Les célèbres aventuriers. Des héros. Des gens qui peuvent trancher, couper en dés et faire exploser des choses. Je pense à eux en me prélassant dans l’une des maisons de bains publiques. C’est très agréable, mais qu’est-ce que je me dis… Ah, oui.
 
Les aventuriers.  Ils ne ressemblent pas exactement aux personnages hauts en couleurs équipés d’armures de folie et d’épées gigantesques que l’on voit dans les jeux vidéo. La plupart ressemblent à des soldats médiévaux. Ou du moins, c’est le cas le cas de ceux de bas niveau. Là encore, Garia me dit que ceux de haut niveau sont vraiment impressionnant, mais je n’en ai pas encore rencontré.
 
Et pourquoi est-ce que je pense aux aventuriers ? Et où est la serviette ? Et pourquoi est-ce que ce type d’entretien des bains me regarde d’un œil noir ?
 
Ah, oui. À cause de mes pieds. Hey, ils sont sales mais probablement moins que d’autres zones corporelles dégoûtantes d’autres gens. Laisser un pourboire ? J’imagine.
 
Bref, où en étais-je. Les aventuriers ? Ouais, ce sont des genre de… d’artistes affamés ? La chasse aux monstres ne leur rapporte pas beaucoup, mais ceux qui survivent à leurs descentes dans des donjons ou de vieilles ruines peuvent gagner des quantités inimaginables de richesses en un instant. J’imagine que c’est attrayant pour les gens qui pensent survivre. Moi ça ira, merci. J’ai vu ce que les Gobelins peuvent faire aux gens, et ce sont les monstres les plus faibles de la région.
 
Quoi qu’il en soit, si les aventuriers représentent le haut du panier en termes de gains, je dirais que les Coursiers tombent dans la catégorie moyenne. Le boulot est dangereux, mais nettement moins que combattre des monstres.
 
Pourquoi je ne m’en fous pas, déjà ? Ah, oui. L’argent. J’en ai assez.
 
Retour sur l’auberge. Je suis fatiguée, mais mon esprit continue de carburer. Depuis combien d’heures, déjà ? Je suis toujours énervée à cause de ces idiots à la Guilde des Coursiers. Et de Garia. Je suis plus agacée qu’en colère contre elle mais...
 
Elle regardait mon oreille. Ce qui est normal. Est-ce que les blessures aux oreilles sont banales dans le coin ? Le motif de la blessure est caractéristique. C’est peut-être la raison pour laquelle elle est curieuse. Ça et le fait que je coure pieds nus. Ce n’est pas commun, même dans les mondes fantastiques, J’imagine.
 
Retour sur l’auberge. Il est temps de manger. JE vais manger, et réfléchir. Quel repas ? Du poulet. Je pourrais prendre du poulet et de la purée. C’est délicieux, surtout que je suis affamée. Mais concentre-toi. Est-ce que ce type est en train de mater mes seins. Oui. Je te hais, random inconnu.
 
Ignore-le. Mange ton poulet. Le gravy va sur la purée. Réfléchis.
 
Refaisons la liste de tout ça. Les priorités d’abord. Pour commencer, et le plus important ? De l’argent pour vivre. En ce moment, je gagne assez pour me payer une chambre d’auberge et des repas réguliers, mais il faut continuer d’économiser.
 
Ensuite, j’ai besoin de plus d’informations. Il n’y a pas de bibliothèque dans le coin, ou du moins elles ne sont pas ouvertes au public. J’ai besoin de cartes, mais également d’un livre sur les villes de la région. L’histoire, la culture… j’ai besoin d’un autochtone. Je ne peux pas trop leur en demander, sinon ils risquent de devenir soupçonneux. Mets cette préoccupation en veilleuse.
 
Quoi d’autre ? Hum. L’équipement. Le boulot que j’ai est à peu près le seul que je puisse faire. Y a-t-il d’autres alternatives ? Je pourrais devenir scribe…. Si j’avais une jolie écriture. Mais savoir écrire autre chose que mon nom est plutôt commode. Dommage que ce ne me soit pas très utile.
 
Concentre-toi. L’équipement. Il y a des objets magiques en vente sur les marchés. Pas beaucoup - et ils sont chers. Mais il existe plusieurs sortes d’objets enchantés pour les Coursiers. J’en veux un. Mais j’essaie toujours de gagner assez d’argent pour acheter une bonne potion de soin en cas d’urgence. Cela doit rester ma principale priorité.
 
J’ai terminé mon repas ? Est-ce que je laisse l’assiette ici ou… ? Hm. Voyons voir. On dirait qu’ils laissent leurs assiettes. Et l’aubergiste met le tout sur mon ardoise… ? Yup. Je paierai demain.
 
De retour dans ma chambre à l’étage, loin des regards indiscrets et des gens qui veulent s’asseoir boire un verre avec moi. Je ne suis pas contre le fait de boire* mais je n’ai vraiment pas besoin de m’occuper d’hommes esseulés en ce moment.
 
* Enfin, si c’est de l’alcool, si.
 
Mon lit est plutôt bien ce coup-ci. Décidément, on obtient vraiment ce pour quoi on paie. J’imagine que je dépenserai dorénavant au moins deux pièces d’argent pour l’auberge. C’est cher, mais c’est toujours mieux qu’un mauvais lit.
 
Hm. Dernières vérifications avant d’aller me coucher. Fals ? Je le déteste. Il faut que je coure avec Garia un de ces jours. Histoire d’en être débarrassée. Je dois dépenser de l’argent pour… une potion de soin. Puis pour de l’équipement. Voilà.
 
Je sais ce que je dois faire demain. Je commencerai par aller à la Guilde des Coursiers et récupérer de bonnes requêtes avec de grosses récompenses. Économise, achète cette potion de soin. Mais quelque chose me turlupine alors que je suis allongée dans mon lit, une plume me piquant l’arrière de la tête.
 
Voilà le problème. Et c’en est un gros. Je n’ai aucune idée de quoi faire après. Pas “après” comme dans “demain”, mais “après” comme dans quels devraient être mes plans pour le futur. Je peux gagner assez d’argent pour vivre, mais quel est mon objectif final ? Vivre et mourir ici ? Ou retourner chez moi ? Et comment vais-je pouvoir faire ça, morbleu* ?
 
*Et d’où vient ce mot, d’abord ? Non. Concentre-toi. Concentre-toi.
 
Quand je cours, je peux m’empêcher de réfléchir à tous ces doutes qui me taraudent. Mais quand je m’arrête et que je m’apprête à dormir, je la sens ramper hors des tréfonds de mon esprit.
 
L’incertitude. Je ne sais toujours pas pourquoi je suis là, quelle magie ou quel destin m’a amenée ici, ou même que faire ensuite. Je gagne de l’argent et je le garde, mais je ne sais pas quoi en faire. Je cours et je cours, et un jour je tomberai sur un truc dangereux. Ce monde est plein de monstres, et je ne sais pas quoi faire.
 
Il n’empêche que je ne peux pas m’en inquiéter maintenant. Je dois dormir. Si je suis fatiguée demain ou que je ne me réveille pas à temps, je vais rater les bonnes livraisons.
 
Je ferme mes yeux. Il est temps de dormir. Mon esprit tourne à toute vitesse, mais mon corps, au moins, est fatigué. Je m’assoupis dans mon matelas. Il n’est pas tellement différent de celui que j’ai à la maison, pour être honnête. Peut-être un peu plus bosselé et globalement moins confortable, mais ça ira. Et je suis tellement fatiguée.
 
Merde. J’ai oublié. Avant de s’endormir. Concentre-toi. Bloque les messages…
 
Classe de la [Coursière va-nu-pieds] obt…
 
Compétence [Coursière va-nu-pieds] obt…
 
[Compétence : …]
 
[Comp…]



Je déteste avoir à faire ça tous les soirs.

Titre: Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
Posté par: Maroti le 25 janvier 2020 à 15:39:41
1.21

L’auberge. Un endroit pour les aventuriers en quête d’aventure, pour boire, pour se reposer, et même, de temps en temps, une maladroite histoire d’amour. Ou juste du désir. N’importe quelle taverne digne de ce nom avait au moins une silhouette mystérieuse prête à livrer des messages cryptiques prédisant la fin du monde. Tous les vrais bars pouvaient se vanter d’avoir une atmosphère saturée de potentielle violence faisant vibrer l’air.

Les auberges attiraient de la foule. Donc, un aubergiste se devait d’être constamment occupé. C’était un métier compliqué qui demandait souvent d’avoir plus d’une serveuse ou barman à son service.

Erin Solstice était assise dans son auberge et attendait que la foule déboule à travers ses portes. Cela allait arriver à n’importe quel moment. Ils allaient être tellement nombreux qu’elle allait devoir les repousser à coup d’huile bouillante et de couteau de cuisine. Dans pas longtemps. Ils étaient probablement en train d’attendre la tomber  de la nuit.

***


Deux nuits plus tard Erin devait admettre qu’être une aubergiste était plus difficile que prévu. Et pourtant elle s’était attendue à quelque chose de difficile.

« À quoi ça sert d’avoir une auberge sans client ? »

Erin soupira avant de s’asseoir dans l’une de ses chaises. Elle regarda le parquet étincelant et la robuste porte en bois en se demandant si cela valait le coup de les nettoyer une nouvelle fois. Mais non, elle avait déjà dépoussiérée et fait briller toutes les surfaces disponibles, et elle avait suffisamment de nourriture dans la cuisine pour nourrir une petite armée. Ce qu’elle n’avait pas été de l’argent ou des gens qui voulaient dépenser de l’argent.

« Deux jours. »

Erin mit sa tête entre ses mains, morose. Cela faisait deux jours qu’elle avait peint le panneau et donner un nom à l’auberge. Deux jours, et ses seuls clients avaient été les trois cauchemars qui hantaient ses journées.

Relc, Klbkch et Pisces. Ils étaient tous de terribles clients. Ils étaient tous des types sympas… Enfin, sauf Pisces qui était embêtant quelque soit la situation, mais en tant que clients ils avaient de terribles défauts. Même Klbkch.

Surtout Klbkch.

Ce n’est pas qu’ils étaient embêtants mais… Non, ils étaient embêtants. Erin serra les dents en souhaitant que les Gobelins s’arrêtent à son auberge pour changer sa routine. Au moins eux étaient propres, silencieux, et terminaient leurs assiettes.

Enfin, Relc terminait toujours son assiette. Comme les deux autres, mais dans le cas de Relc il avait tendance à étendre le contenu de son assiette sur la table et le sol. Est-ce que c’était vraiment si difficile d’utiliser des couverts ?

Et celui qui savait utiliser des couverts ne payait jamais. Jamais. Erin avait l’impression de gérer une soupe caritative dès que Pisces venait manger.

Quant à Klbkch ce… Ce…

« Fichu serpent-fourmi menteur et mangeur de pâte ! Idiot ! »

Erin frappa la table. Elle était vraiment en colère contre lui. Comment pouvait-il trahir ses attentes de cette façon ?

Elle aurait été contente de le nourrir de pâte jusqu’au bout de la nuit. Contente, jusqu’au moment où Pisces et Relc lui dirent que les Antiniums ne supportaient pas très bien le pain et les pâtes. Ils étaient tous naturellement intolérant au gluten. Manger des pâtes était aussi amusant pour Klbkch que se piquer la langue avec un couteau. S’il avait une langue.

Les pâtes n’étaient techniquement pas du poison pour lui, mais elles le rendaient léthargique et compliquaient méchamment sa digestion. Dans tous les cas, il avait clairement acheté et mangé des pâtes pour la soutenir.

L’audace. Le culot de cet insecte. Les fourmis étaient des insectes, pas vrai ?

Quand elle avait découvert l’allergie aux pâtes de Klbkch, elle s’était méchamment disputée avec lui. Ou plutôt, elle s’était énervée et il s’était excusé encore et encore. Depuis cette dispute Erin l’avait laissé acheter du jus de fruit bleu ou des fruits bleus, mais plus de pâte. Le problème était qu’en faisant ça elle avait perdu l’une de ses principales sources de revenus, vu que Relc passait de temps en temps et que Pisces venait trop souvent.

« Encore une nuit sans clients. »

Erin soupira et regarda son auberge. Elle nettoya un verre avec automatisme avec un morceau de tissu. Non pas parce que le verre était sale, mais parce qu’elle sentait que c’était une chose qu’un aubergiste devait faire. Et elle s’ennuyait.

« Qu’est-ce que je ne donnerai pas pour un client. »

Deux tables plus loin, Pisces leva son nez de son bol de soupe à l’oignon et à la saucisse.

« Je suis juste là, tu sais. »

Erin le regarda.

« Je veux dire un client sympa et qui paye »

Il renifla et termina le fond de son bol. L’un des aspects positifs du mage, si on pouvait vraiment l’appeler ainsi, était qu’il mangeait comme un carcajou affamé.

« Je crois qu’il existe une charmante tradition connue sous le nom ‘d’ardoise’. Sois sans crainte, je t’assure que je payerai ce que je te dois en temps voulu, Maîtresse. Même si je dois admettre qu’une légère augmentation du nombre de tes plats te ferait le plus grand bien. Des pâtes et de la soupe sont très adéquats, mais j’espère que tu sais qu’il existe d’autres plats en ce bas monde n’est-ce pas ? »

Erin serra les dents avant de pointer la porte du doigt.

« Dehors. »

Pisces se leva avec un ego froissé et secoua sa robe sale. Il offrit une courbette à Erin qui était sardonique sans vraiment être assez offensant pour la mettre en rogne.

« Ta soupe est plus qu’adéquate. Cependant, je te conseille d’ajouter plus d’assaisonnement pour relever le gout fade. »

Erin ouvrit la bouche, mais il était déjà en train de sortir. Elle le regarda fermer la porte et s’arrêter avant de la claquer. Cette fois Erin cogna violemment son poing contre la table.

Après avoir fermé et verrouillé la nouvelle porte que Klbkch l’avait aidé à installer, Erin goûta la soupe froide et fit la grimace. Elle se rendit jusqu’au placard à la recherche d’un sac de sel.

Cuisiner était plus compliqué que prévu. Et malheureusement, même si Erin pouvait réaliser plusieurs plats grâce à sa compétence, cela n’avait pas vraiment d’importance si personne d’autre que Pisces allait les manger. Aujourd’hui elle avait essayé de faire de la soupe, et il lui restait encore la moitié d’une casserole qui l’attendait dans la cuisine. Elle allait devoir attendre que Relc passe demain pour complètement la terminer.

Erin soupira avant de s’asseoir à une table, c’était sa table préférée, la seconde en partant du bar. C’était là qu’elle dormait. C’était vrai qu’elle aurait pu utiliser le sol ou faire quelque chose à propos du second étage, mais elle n’avait pas assez d’argent pour s’acheter des matelas ou des oreillers. Donc pour l’instant, elle dormait, et sa vie n’était pas si terrible. Elle avait survécu aux Gobelins et était véritablement en train de gérer son propre commerce. Elle voulait simplement que…

Elle voulait simplement que les choses commencent à s’arranger pour elle.

***

Le lendemain suivant Erin se réveilla fatiguée. Extrêmement fatiguée. Et c’était étrange car elle avait passé une bonne nuit, enfin, elle pensait qu’elle avait passé une bonne nuit.

Alors qu’Erin se releva elle se sentit soudainement inconfortable. Elle baissa les yeux pour regarder ses vêtements. Elle portait un mélange de t-shirt et de pantalon qu’elle avait commandé sur-mesure à l’un des Gnoll que Krshia lui avait présenté.

La plupart des Drakéides portaient des toges et des robes ressemblant à ce qu’avait porté les grecques, leurs vêtements étaient longs et donnaient une grande liberté de mouvement. Certains d’entre eux portaient des paréos, mais elle certaine que seul les femelles en portaient.

D’un autre côté, les Gnolls s’habillaient de manière minimaliste, généralement juste assez pour couvrir leurs parties intimes, qui n’étaient même pas visible pour commencer. Et même si Erin n’était pas dérangé par ce look, elle n’était pas vraiment partante pour porter un pagne et quelque chose pour cacher sa poitrine en public, d’où son besoin de passer une commande sur mesure.

Le tissu était plus rugueux et solide qu’Erin le voulait, mais ce n’était pas trop inconfortable. Elle avait déjà dormit sans problèmes en les portant l’autre jour. Alors pourquoi c’était soudainement inconfortable contre son… Plus bas…?

Erin baissa les yeux et commença à prier. Elle ferma les yeux. Est-ce qu’elle devait aller aux toilettes ? Non. Nan. Pas du tout. Alors pourquoi est-ce qu’elle sentait quelque chose couler…

« Oh. Mon. Dieu. C’est n’est pas possible ! »

L’humidité de son entrejambe continua de s’éteindre sur son pantalon alors qu’Erin baissa les yeux. Elle commença à jurer alors qu’elle se leva et courut pour aller se changer. Cela ne pouvait pas arriver. Et pourtant. Comment avait-elle put oublier ?

Ses règles. Elle avait ses foutus règles.

Erin se rendit jusqu’au sac qu’elle utilisait pour soigneusement ranger ses courses et commença à fouiller à l’intérieur en jetant le contenu du sac par-dessus son épaule. Des serviettes. Elle devait avoir des serviettes quelque part.

Là. Erin s’en empara ainsi qu’un pantalon propre. Elle retourna dans la salle commune avant d’hésiter. Hors de question de se changer ici, elle alla à l’étage.

Alors qu’Erin changea son pantalon et se nettoya, elle se demanda quel cruel coup du sort l’avait magiquement transporté dans un monde magique… Tout en continuant de lui donner le miracle de la vie tous les mois.

« Je n’ai jamais entendu parler d’un personnage de jeu vidéo avoir ce problème ! Comment veux-tu que Lara Croft escalade une montagne avec une couche géante dans son pantalon ? J’aimerai bien voir Leia affronte des stormtroopers lors de son cycle ! »

Erin se précipita au rez-de-chaussée et jeta la serviette ensanglantée et le pantalon au sol. Puis elle prit une autre serviette et se rendit dans la cuisine pour la couper en deux, avant de mettre l’un des morceaux dans son pantalon.

« Rugueux. »

Les serviettes n’étaient pas faites pour être utilisé de la manière dont elle les utilisait. Erin frissonna. C’était un cauchemar. Elle devait trouver un moyen de se soulager. Et part ça elle voulait dire des tampons.

Ce qu’elle réalisa ensuite lui glaça le sang, car Erin était pratiquement certaine que les tampons n’avaient jamais existé au Moyen-Age. Mais… Ils avaient des serviettes hygiéniques, pas vrai ? Les femmes existaient au Moyen-Age, même si elles étaient oppressées. Et Liscor n’était si primitif. Donc ils avaient des serviettes hygiéniques. Ils devaient en avoir.

« S’il te plait Dieu, si tu es là. Ou le Buddha. Je peux prier n’importe qui. Mais par pitié ne me fait pas porter une couche. »

Elle ne savait même pas s’ils avaient des couches. Elle n’avait pas vu beaucoup de bébés Drakéides en marchant en ville, et ils s’éloignaient de l’humaine qui faisait peur.

Erin se dirigea vers la porte avant d’hésiter. Elle avait l’impression de porter une couche qui la démangeait, mais elle ne pouvait rien y faire. Elle mit la main à sa poche avant de marcher jusqu’au pantalon qu’elle avait laissé tomber et d’en sortir un maigre portefeuille. Il ne lui restait pas beaucoup d’argent, mais c’était probablement assez.

Son pantalon ensanglanté et la serviette était un autre problème. Erin les regarda avant de les passer en dessous d’une table. Puis, elle ouvrit la porte et la claqua derrière elle. Elle était déjà de mauvaise humeur quand elle quitta son auberge.

Après les quarante minutes nécessaires pour atteindre Liscor en se dépêchant. L’humeur d’Erin était passé de mauvaise à terrible. La serviette dans son pantalon la dérangeait. Et ses règles étaient lourdes. Elle voulait tuer tout ce qui bougeait, et c’était avant qu’elle ne trébuche sur un caillou.

***

Erin marcha à travers les portes ouest de Liscor. Dans les faits, elle traversa les portes au quart de tour. En vérité, elle chargea à travers elles avec la furie d’une armée.

Le Drakéide en poste, le même Drakéide jaune qu’elle avait croisé plusieurs fois, ouvrit sa bouche pour faire un commentaire. Erin lui gronda dessus en montrant les dents tout en le dépassant, et il décida de se taire.

***

Un autre obstacle se dressa sur sa route alors qu’elle puisse atteindre la rue du marché. Olesm apparut de nulle part, tenant une boite dans ses mains écailleuses.

« Bonne journée, mademoiselle Solstice. Quelle étrange coïncidence qu’on se croise de cette manière. »

Erin serra les dents. Son abdomen était en train de cramper, et celle-ci était méchante.

« Pas maintenant, Olesm. »

Il baissa la tête, tout en tenant son rythme.

« Je comprends que c’est peut-être un mauvais moment, mais je me demandais si tu étais disponible plus tard pour une par… »

Erin détourna le regard et le doubla. Olesm ravala ses mots et elle le laissa derrière elle en continuant de traverser la rue. Quelques Gnolls grognèrent alors qu’elle passa à côté d’eux, et cette fois elle grogna en retour.

***

« Des serviettes hygiéniques. »

Krshia leva les yeux de la pile de pièce de cuivre et d’argent.

« Oui, Erin Solstice ? »

Erin prit une grande respiration. Elle ne pouvait pas s’énerver. Pas maintenant, alors qu’elle était si proche du but.

« Des serviettes hygiéniques. Je veux acheter des serviettes hygiéniques. Et des tampons, si cette ville en a. »

La marchande Gnoll était assise, mais sa tête était presque aussi haute que celle d’Erin. Elle cligna des yeux en sa direction.

« De quoi est-ce que tu parles ? Est-ce que ce sont des bandages ? »

Le sang d’Erin se glaça. Elle sentit la terre à ses pieds s’ouvrir pour l’avaler, et un chœur de mains de damnés s’élever pour l’emporter en enfer.

« Par pitié dit-moi que c’est une blague. »

Un peu de poil s’envola alors que Krshia secoua la tête.

« Mes excuses. C’est la saison où nous perdons nos poils. Pourquoi est-ce que tu as l’air si concernée, Erin Solstice ? »

Erin se pencha et murmura bruyamment à Krshia.

« Je saigne. J’ai besoin de serviettes, de serviettes hygiéniques, maintenant. »

« Tu saignes ? Où ? »

Peut-être que la Gnoll était véritablement en train de la faire marcher, ou peut-être qu’elle n’avait pas le même sens pudique qu’Erin. Dans tous les cas, Erin se pencha et murmura en direction de l’oreille de Krshia.

La Gnoll haussa les épaules.

« Est-ce que cela est vraiment dérangeant ? »

Erin la regarda bouchée bée. Krshia gratta son pelage à l’arrière de sa nuque tout en donnant l’air de ne pas être concerné.

« Ce n’est que du liquide, n’est-ce pas ? Et tous ceux qui te sentiront le sauront. Pourquoi gâcher du bon tissu ? »

Erin la regarda et Krshia arrêta de se gratter.

« Quoi ? »

« Est-ce que tu te moques de moi ? Car si c’est le cas, je ne suis pas d’humeur. »

« Je ne me moquerai pas d’une jeune femme telle que toi qui arrive en sentant le sang et la sueur. »

Krshia semblait être légèrement offusqué. Erin frotta ses yeux et croisa ses jambes.

« Désolé. C’est juste que… Tu peux le sentir. Sérieusement ? Non, ne me dit pas. Je n’ai vraiment pas envie de savoir. Est-ce que les Gnolls ont aussi leurs règles ? »

Le Gnoll en question pencha sa tête sur le côté et la regarda de manière confuse.

«  Nos règles ? »

« Le cycle menstruel. Tu sais, cette période du mois où tu donnes du sang. Quand tu as tes ragnagnas. La semaine du requin. La vague cramoisie. L’ouverture de la Mer Rouge ! »

Krshia cligna des yeux. Erin sentit sa voix s’emporter.

« Tu sais ! Chevaucher le poney en coton ! Le truc que les femmes ont ! Les chutes de l’enfer ! La baptême du sang ! L’excuse pour ne pas aller en classe de natation ! La preuve que tu es une femme ! La période du mois durant laquelle du sang sort de ton... »

***


Erin était accroupi sur le sol, la tête enfouie dans ses bras. Les autres clients la regardaient. Les autres marchands la regardaient. La moitié d’entre eux avait l’air compatissant. L’autre semblait dégoûté. Les enfants étaient partagés entre être impressionnés et horrifiés.

Une lourde patte velue tapota gentiment Erin sur l’épaule.

« Les Humains ont des corps étranges, n’est-ce pas ? »

« …Oui. »

Elle n’avait pas voulu crier.

« Je ne voulais pas crier. »

« Ce n’est rien. »

Krshia fit un mouvement dédaigneux avec ses doigts.

« Crier est bon pour la santé. Presque aussi bon qu’hurler, mais nous n’avons pas le droit de le faire à moins que cela soit la pleine lune. Mais je suis désolé. Les Gnolls n’ont pas de règles, et nous ne perdons pas de sang tous les mois. »

« Donc vous n’avez rien de la sorte ? »

La Gnoll fit une pause en tapotant ses lèvres avec un doigt avant de hocher la tête.

« Le sang. C’est pour se reproduire, n’est-ce pas ? Nous avons quelque chose de similaire durant lequel tous ceux qui sont toujours capables d’avoir des enfants vont en chaleur. Cela s’appelle œstrus, mais ça n’arrive qu’une ou deux fois l’année. C’est la période pendant laquelle nous nous reproduisons. »

Erin leva la tête pour la regarder.

« Est-ce que c’est douloureux ? »

Krshia se gratta une oreille avant de secouer la tête, envoyant plus de poils voler autour d’elle.

« C’est agréable. Certains attendent cette période avec impatience. C’est le temps de se reproduire et d’avoir des enfants, et donc nous sommes heureux quand cela nous arrive. »

Erin pointa Krshia d’un doigt tremblant.

« Je suis tellement en train de te détester, je ne peux même pas te l’expliquer. »

La Gnoll sourit, mais c’était sans malice.

« Je suis désolé pour cette difficile situation qu’est la tienne. Mais je n’ai pas de vêtement doux. Mais j’ai ceci, ce sont des vêtements en laine, le tissage n’est pas le plus adroit, mais c’est solide. Est-ce que cela te convient ? »

Erin regarda la laine rugueuse qui lui était présenté et frissonna.

« Est-ce que tu as la moindre idée de…Non. Par pitié, par pitié dit moi qu’il y a quelqu’un qui vend ce dont j’ai besoin dans cette ville. »

Une nouvelle fois, Krshia se gratta la tête, et Erin se demanda si elle avait des puces.

« Hum. Non. »

« Non ? »

« Nous Gnolls n’avons pas besoin de serviettes, les Drakéides et les Antiniums n’en n’ont pas besoin. Les Humains sont rares par ici, donc je ne pense pas que les serviettes hygiéniques que tu cherches existent dans un des magasins de cette ville. »

Le visage d’Erin devint soudainement pale, elle regarda la marchande avec la bouche entre-ouverte, qui lui lança un regard concerné en voyant son expression.

« Est-ce vraiment si terrible ? »

« Je… Je vais mourir. »

« Pas à cause de si peu de sang, je pense. Mais je viens d’avoir une idée. »

Erin s’accrocha au rayon d’espoir sans hésitation.

« Oui ? Dit-moi. Quelle est cette idée ? »

« La Guilde des Aventuriers. Ils ont des bandages. Beaucoup de bandages. Si tu ne peux pas arrêter le sang de couler, peut-être qu’ils seront apte à t’aider. Et les bandages sont doux, n’est-ce pas ? »

« Oui… Oui ils le sont. »

Erin était de nouveau sur pied en un instant. Elle commença à partir en canard, avant de s’arrêter.

« Merci. Je, heu, je dois y’aller. À la revoyure. »

Perplexe, la Gnoll regarda Erin marcha maladroitement hors de son champ de vision. Elle jeta un coup d’œil à la femme Drakéide qui était devant son étal, avant de montrer ses dents en souriant.

« Les Humains, eh ? »

***

Le frais comptoir en bois de la réception de la Guilde des Aventuriers était agréable pour la tête d’Erin. Elle reposa sa tête ici en souhaitant qu’elle n’avait pas à gérer le reste du monde.

« Donc tu as vraiment du sang qui coule de là ? Et ça arrive tous les mois ? »

« Oui. »

« C’est trop bizarre. »

Erin grogna. Elle leva les yeux vers Selys, l’amicale réceptionniste. Elle était vraiment reconnaissante du fait que la femelle Drakéide était en train de travailler, mais elle ne pouvait vraiment, vraiment pas gérer son innocente curiosité.

« Je sais. Tout le monde me le répète. Mais par pitié, est-ce que tu as des bandages ? Fin et doux s’il te plait ? »

Selys hocha la tête avant d’ouvrir un tiroir. Elle en sortit un rouleau de tissu fin et blanc avant de le tendre à Erin.

« Nous en avons plein, en cas d’urgence. De combien en as-tu besoin ? »

« Beaucoup. »

Le ton d’Erin était morose alors qu’elle sortit son maigre porte monnaie. Elle essaya de calculer combien de rouleau de bandages elle allait avoir besoin, et comment elle allait les tourner en une serviette hygiénique. Elle avait besoin d’acheter de la nourriture… Mais c’était plus important.

« J’ai besoin d’assez de bandages pour toute une semaine, je crois. Et j’ai besoin d’utiliser les bandages pour faire une serviette. Tu sais, un truc pour recouvrir la zone. Et parfois je change de serviettes toutes les heures, donc… »

Les Drakéides n’avaient pas de sourcils, donc Selys ne pouvait pas les hausser. Mais ses yeux s’écarquillèrent légèrement et sa longue sortit hors de sa bouche durant un court instant avant de disparaître, comme celle d’un serpent.

« C’est coûteux. Désolé Erin, mais je ne pense pas que tu as assez pour tout ça. Les bandages ne sont pas chers, mais tu vas en avoir besoin de beaucoup. »

« Ne m’en parle pas. Lors des pires jours j’utilisais une tonne de serviettes toujours les jours avant de passer aux tampons. Et laisse-moi te dire, ce fut un changement aussi psychologique que corporel. »

Selys la regarda sans un mot. Erin agita sa main. Elle n’allait pas donner un coup de pied dans cette fourmilière.

« Bien, de retour à tes serviettes… Pourquoi ne pas en faire un que tu peux utiliser plus d’une fois ? »

Erin releva la tête pour regarder Selys.

« Quoi ? »

« Ça a du sens, non ? Si tu vas salir tes serviettes, pourquoi ne pas les laver plutôt que de les jeter ? »

Son cerveau s’arrêta alors qu’Erin ouvrit la bouche pour répondre. Elle essaya de penser à une explication logique, mais sans succès.

« Hum. Uh, c’est… C’est une très bonne idée en fait. J’en entendus dire qu’il faisait quelque chose du genre dans les pays en développement mais… D’accord. D’accord. C’est sale mais d’accord. Comment est-ce que je vais faire pour qu’on m’en fasse ? »

Selys sourit à Erin, il y avait bien trop de dents pointues dans ce sourire, mais Erin commençait à être habitué.

« J’ai déjà recousu plus d’un aventurier par le passé, je peux te faire quelques une de ces serviettes assez rapidement si tu le veux. J’ai une compétence de [Couture Rapide] donc je ne vais pas en avoir pour plus de quelques minutes. »

Erin se pencha par-dessus le comptoir et attrapa la main griffue de Selys. La réceptionniste cligna des yeux, surprise.

« Oh, merci, merci, merci. »

« Il n’y a pas de quoi. Vraiment. Je vais commencer, à quoi ça ressemble ? »

« Hum. Quelque chose comme ça. »

Erin montra décrit la forme à Selys alors que la Drakéide fit un hmm compréhensif avant de commencer à coudre plusieurs couches de bandages entre eux. Elles venaient juste de terminer le design de base et Erin venait d’ouvrir son porte-monnaie quand elle entendit un grognement familier derrière elle.

Selys avala bruyamment sa salive, mais Erin fronça les sourcils. Elle se retourna et leva la tête pour voir le visage d’un Gnoll irrité.

« Humain. Tu continus de puer. »

« Je ne te parle pas. Dégage. »

Il cligna des yeux, mais Erin était déjà en train de se retourner vers Selys. Elle sentit une main calleuse la tourner et manqua de faire tomber son argent. Elle plissa les yeux vers le Gnoll.

« Tu empestes le sang. Je t’ai déjà prévenu… Quitte ces lieux. »

Erin sentit ses dents grincer alors qu’elle serra sa mâchoire en regardant le Gnoll. Il était grand et effrayant, mais elle était pratiquement certaine qu’il n’avait pas le droit de la frapper. Et même si elle avait le droit, elle était de mauvaise humeur. Sans être sollicité, le fait qu’elle ne savait toujours pas ce que [Combat de Taverne] faisait lui vint à l’esprit.

« Est-ce que j’ai l’air d’être d’humeur à me faire malmené ? »

Le mâle Gnoll lui grogna dessus. Erin le regarda sans cligner des yeux. Elle était vraiment en train d’avoir de terribles crampes en bas, et la sensation d’écoulement n’aidait pas.

Leur affrontement visuel continua pendant une solide minute. Il était bien plus grand qu’elle, faisait les habituels mouvements intimidants que tous les mâles faisaient. Elle était trop en colère et endolorie pour en avoir quelque chose à faire.

Après une autre minute, les oreilles du Gnoll s’abaissèrent pendant une seconde. Il se retourna avant de partir. Erin lui fit un doigt d’honneur d’une main avant de se retourner vers Selys.

« Désolé. Où est-ce qu’on en était ? »

La femelle Drakéide était en train de regarder Erin bouche bée. Erin la regarda avant de sourire.

« Intimide-moi une fois, honte sur toi. Intimide-moi deux fois… Et je deviens méchante, et violente. »
« Je peux voir ça. Mais j’aurai dû le savoir. Terbore peut te grogner dessus, mais tout le monde en entendu parler du fait que tu as tué un Chef Gobelin toute seule. Sacrée histoire. »

Le sourire d’Erin s’amoindrit pendant une fraction de seconde.

« Oh. Quelqu’un t’en a parlé ? »

« Oh oui. »

Selys hocha la tête alors qu’elle commença à coudre les bandages ensemble avec une aiguille et du fil. Les doigts tenant la longue aiguille passaient d’un bout à l’autre du tissu à une vitesse hypnotique.

« Klbkch a dû nous apporter la tête du Chef Gobelin. Nous avons tous entendu que c’est toi qui l’a tué. C’est incroyable, et au passage… Klb nous as dit que tu n’as même pas un niveau dans une classe de combat. Comment as-tu fait ? »

« Hum. Je lui ai brûlé le visage. »

« Oh, tu es une [Mage] alors ? J’en ai  vu un qui était Humain en ville l’autre jour, mais apparemment c’est un fauteur de troubles et un voleur. »

« Non, non. Je ne suis pas une mage. J’ai juste… Utilisé une astuce. Et j’ai failli mourir. Je suis certaine que Klbkch n’a pas mentionné ce fait. »

« Il a dit que tu avais été blessée. Est-ce que c’était grave ? »

« Très grave. Il m’a donné une potion de soin. Sans ça je serais morte. »

Les mains de Selys s’arrêtèrent de coudre alors qu’elle regarda Erin.

« Il t’a donné une potion de soin ? Mais elles sont coûteuses. Tu devais vraiment être dans un sale état pour que Klbkch te donne sa potion. »

Erin fit une moue nerveuse.

« Est-ce qu’elles… Sont vraiment coûteuses ? Les potions, je veux dire. »

« Très coûteuses. »

Selys hocha la tête avant de dire le prix à Erin. Cette fois ce fut à son tour de la regarder bouche bée.

« En fait, c’est important que les membres de la Garde en aient toujours avec eux si jamais quelqu’un est blessé. Ils sont uniquement sensés les utiliser en cas d’urgence. Et les potions que les Gardes Seniors portent sont encore plus fortes. Elles peuvent soigner la majorité des blessures en un instant. À moins de perdre un bras, tu seras sur pied en quelques secondes. »

« Oui, elles sont très efficaces. »

Erin toucha son estomac du doigt de manière pensive avant de soupirer. Une nouvelle chose à ajouter sur la dette qu’elle devait à Klbkch.

« Je suis juste heureuse que seul le Chef Gobelin m’a attaqué. Si le reste des Gobelins l’avaient suivi, je serais morte. »

« Oh, si cela avait été une Troupe de Raid Gobelin nous aurions envoyé l’intégralité de la Garde pour s’en occuper. Je ne comprends pas pourquoi un Chef en avait après toi. Ça n’a pas de sens. »

Erin cligna des yeux.

« Cette quoi ce truc de Gobelin ? »

« Une Troupe de Raid Gobelin, tu en as jamais entendu parler ? »

« Uh. Non… Non. C’est la première fois. Il n’y a pas beaucoup de Gobelins de là où je viens. »

Selys soupira jalousement en terminant la première serviette et de la faire glisser vers Erin. L’autre fille testa le tissu et laissa échapper un joyeux sourire.

« Tu as de la chance. Les Gobelins sont de vrais problèmes dans le coin. Je veux dire, d’accord, un Gobelin solitaire n’est pas si dangereux que ça. Ils ne sont meurtriers qu’en groupe. C’est pour ça que nous envoyons les Gardes Seniors et postons des primes sur leur tête, c’est pour réduire leur nombre. »

« Donc vous tuez des Gobelins tout le temps ? Qu’est-ce que vous faites des Chefs ? Vous envoyez des aventuriers après eux ? »

Erin ne savait pas trop comment se sentir à ce sujet. Pas très bien. Mais sa sympathie n’était que pour les petits Gobelins, pas les grands, qui étaient vicieux et sadiques.

« Les Chefs ? Non, non. Ils sont bien trop dangereux pour qu’on envoi la majorité des aventuriers  à leurs trousses. »

Selys frissonna.

« Pourquoi pas ? »

« Ce n’est pas qu’ils sont plus fort que la Garde. Relc, Klbkch, et même certains de la Garde normale sont probablement de meilleurs combattants que les Chefs. C’est juste qu’ils sont… Robustes. Et forts. Et ils peuvent faire appel à leurs tribus. En fait, le groupe d’aventuriers moyens se feraient exterminer contre eux. »

« Donc vous n’envoyez pas d’aventuriers contre les raids, c’est ça ? »

« Dieux non. Si nous avons vent que l’une d’entre elle approche, nous formons un groupe de chasse et nous essayons de nous en débarrasser le plus vite possible. Un raid peut rayer un village de la carte en une heure si nous n’arrivons pas à temps. »

« C’est moche. »

« En effet. Voilà une autre serviette. »

« Merci. Désolé mais je ne peux pas te payer plus… C’est juste que mon boulot d’aubergiste ne me rapporte pas grand-chose en ce moment. »

Selys agita son aiguille en direction d’Erin.

« Pas besoin de t’excuser. Je suis heureuse de pouvoir t’aider. Mais j’ai peur que j’aurai pût te prévenir que devenir aubergiste dans cette vieille auberge n’était pas une bonne idée. »

« Pourquoi Pas ? »

« Quel est ton niveau ? Dix ? Vingt ? »

« Neuf. »

« Tu vois, ce n’est pas si bien que ça. Si tu étais en ville je t’aurai de te faire former par un autre aubergiste jusqu’au Niveau 15, au moins. Cela t’aurait peut-être prit un an ou deux, mais tu aurais gagné quelques bonnes compétences pour faire tourner ton auberge. Et je n’aurai pas choisi une auberge aussi éloigné de la ville pour commencer. »

« Ouais. Personne ne vient. Est-ce que c’est parce que je suis un humain ? Ou parce que c’est trop loin ? »

Une autre serviette terminée, Selys s’empara d’un rouleau de bandages et en coupa un peu plus pour la dernière serviette. Elle cousu avec le tout avec un tissu plus solide et raide, avant de coudre le bandage, plus doux, par-dessus.

« Les deux, je pense. C’est dangereux d’aller si loin… Enfin, pas si dangereux mais cela refroidit les gens. Le fait que tu sois Humain n’est pas si terrible mais… »

« Mais… ? »

« En fait, j’ai entendu Relc en parler dans un bar. Il dit que tu fais des pâtes. Est-ce… Est-ce que c’est tout ce que tu proposes ? »

« Hum. Ouais. Je peux faire d’autre chose. J’ai [Cuisine De Base] mais… Qu’est-ce qui ne va pas ? »

Selys était en train de secouer sa tête en continuant de coudre. Erin était envieuse de sa vitesse, et de ses mains écaillées. Dès que la Drakéide manquait le tissu ou se planter l’aiguille dans la main, l’aiguille ne rencontrait que de solides écailles plutôt que la chair tendre et vulnérable.

« Je ne veux pas être impoli, Erin, mais ce n’est pas très impressionnant. Tous les cuisiniers et les chefs ont [Cuisine De Base] en tant que compétence. Certains d’entre eux ont même [Cuisine Avancée].

« Oh. Et hum, je suppose que les pâtes ne sont pas si intéressantes que ça. »

« Tu pourrais faire d’autres choses, mais il y beaucoup de bonnes auberges en ville. Et nous recevons tout le temps des recettes humaines venant des cités Humaines du nord. Même si tu vends une nouvelle recette, quelqu’un l’aura déjà dupliqué le lendemain. »

Le visage d’Erin s’assombrit. Selys ne semblait pas être heureuse, mais elle continua.

« Dans tous les cas, personne ne fera le trajet si tu ne vends que des pâtes. Je suis désolé. »

Erin soupira alors que sa tête retomba sur le comptoir. Cela expliquait son manque de clientèle. Ses réguliers n’avaient surement pas de problème pour manger la même chose, mais cela allait déranger tout le monde. Elle supposa qu’elle devait être reconnaissante pour ses réguliers, en y repensant.

Relc mangerait probablement tout ce qu’il allait pouvoir avaler. Pisces mangerait tout ce qu’il pourrait voler, et Klbkch mangerait tout ce qu’elle lui présenterait. Les Gobelins étaient probablement plus difficiles que sa clientèle.

Selys fit glissa la dernière serviette à Erin. La jeune femme l’accepta gracieusement et les toucha délicatement. Elles étaient épaisses, mais elles n’allaient probablement pas être si inconfortable à porter. Plus important, elles étaient solides et elle était certaine qu’elle allait les laver pour les réutiliser.

« Tu n’as pas la moindre idée à quel point c’est important pour moi. Merci. »

La Drakéide sourit, et Erin lui rendit son sourire.

« Il n’y a pas de quoi. Et bon courage pour ton auberge. Je suis désolé que j’ai dû te le dire comme ça mais… »

« Non, tu as raison.  Je vais… Y penser. Mais pour l’instant… »

Erin s’éloigna du comptoir.

« Heu, où sont les toilettes ? »


***


La nouvelle serviette qu’Erin était en train de porter de dérangeait pas comme l’ancienne serviette. Ce qui était une excellente bonne nouvelle, parce que sa peau était encore sensible. Son retour de l’auberge fut plus compliqué que prévu, mais au moins elle avait évité une catastrophe.

« Juste à temps pour une nouvelle catastrophe. »

Erin grommela pour elle-même alors qu’elle tenta les précieuses serviettes dans sa poche. Elle devait penser à son business. Le problème était qu’elle n’avait jamais géré de business auparavant, elle n’avait même pas eut un petit boulot à part aider dans une bibliothèque ou dans un tournoi d’échec. Elle n’avait pas la moindre idée de ce qu’elle devait faire.

« Je penserai à ça demain. »

Erin continua de se plaindre en ouvrant la porte. Il était midi, mais elle était épuisée. Elle détestait avoir ses règles. Pourquoi est-ce qu’elles n’avaient pas disparue quand elle était arrivée dans ce monde ? Ou peut-être qu’il y avait une compétence pour s’en débarrasser. [Pas De Crampes] ou [Flot Fluide] ou quelque chose du…

Erin s’arrêta en ouvrant la porte de son auberge. Cette dernière était vide, mais quelque chose était en train de bouger sous la table. Quelque chose qui luisait…

Dans sa course précipitée pour partir, Erin avait jeté la serviette et le pantalon dans un tas. Et l’une des fenêtres avait dû être ouverte, car cela avait attiré des invités.

Un essaim de mouches acides, vertes et brillantes, rampait sur ses vêtements sales. Ils frottaient leurs corps partout sur le vêtement, sur le pied de table, sur le sol…

Des morceaux du bois étaient en train de fumer et de briller à cause du fluide toxique des mouches acides. Erin pouvait apercevoir des trous dans le plancher. Elle regarda avec horreur les points verts qui s’agitaient sur ses vêtements.

« Vous vous foutez de moi.
Titre: Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
Posté par: Maroti le 29 janvier 2020 à 16:07:11
1.22

Une masse grouillante et brillante d’insectes verts et noirs recouvraient le pied de table et les morceaux de vêtements ensanglantés. Erin regarda les innombrables insectes qui avaient envahi sont auberge et se demanda si crier attirerait leur attention. Probablement.

Ils étaient d’énormes insectes noirs ressemblant vaguement à des lucioles, sauf qu’ils étaient trois fois plus gros que des lucioles, et n’avaient pas de joli petit derrière lumineux, mais un orbe bulbeux et brillant qui explosait lorsqu’elles étaient dérangées.

Et ils étaient dans l’auberge d’Erin.

« Oh non. Non. C’est pas vrai. »

Lentement,  elle marcha en longeant le mur. Les mouches acides ne lui prêtèrent pas attention. Erin alla jusqu’à la cuisine, déposa ses serviettes dans un coin propre, et attrapa un seau avant de longer le mur de nouveau et de sortir de la pièce, courant vers le ruisseau.

***

Dix minutes plus tard, Erin ouvrit la porte de l’auberge et se baissa lorsqu’une mouche vola près de son visage. L’insecte s’éloigna en retournant au tas de vêtements ensanglanté. Erin plissa les yeux et grimaça.

Les mouches avaient probablement dévoré, ou du moins fait fondre, une majeure partie des vêtements. Et elles devaient être repues ou endormies, car la majorité d’entre elles étaient assises sur le pantalon, sans faire le moindre mouvement.

« Parfait. »

Erin s’approcha lentement, faisant des pauses de quelques secondes pour s’assurer qu’elle ne dérangeait pas les insectes. Le seau était lourd entre ses mains, mais elle était proche. Elle avait juste besoin d’être à portée.

Une fois certaine qu’elle était assez proche, Erin prit une grande inspiration et vida le contenu du seau sur les mouches. Ces dernières furent emportées par l’eau et luttèrent inutilement sur leurs dos, leurs ailes trop lourdes pour s’envoler.

Erin se dépêcha. En un instant elle était dans la cuisine et s’empara d’une grande jarre en verre qu’elle avait utilisé pour stocker de la nourriture périssable. Elle sortit les oignons et s’empara d’une spatule avec un long manche.

Les mouches étaient en train de lutter pour se relever lorsqu’Erin retourna dans la pièce. Elle s’accroupie et commença à les pousser dans la jarre, l’un après l’autre. Certaines mouches explosèrent lorsque la spatule en bois les toucha, mais Erin trouva rapidement le moyen d’éviter ce problème. Il suffisait de les pousser par la tête et d’éviter leurs abdomens verts et luisants.

En un rien de temps elle avait rassemblée toutes les mouches dans la jarre. Une fois cela fait, elle se laissa tomber dans une chaise en se demandant si elle était maudite.

« Donc. Apparemment les mouches acides aiment le sang. D’accord. Est-ce que ça veut dire que je dois m’inquiéter du fait qu’elles peuvent se poser sur moi quand je dors ? »

Elle baissa les yeux vers la jarre de mouche. La plupart d’entre elles étaient en train de voler à l’intérieur de cette dernière, d’autre étaient accrochées au verre, éventant leurs ailes de manière innocente.

Erin souleva la jarre avec précaution et observa les mouches avec admiration et horreur.

« Quatre pattes. Je savais que c’était pas mon imagination. »

Ce qui faisait, techniquement parlant, que ces mouches n’étaient pas des mouches, mais cela n’avait pas vraiment d’importance. Elles ressemblaient à des mouches, bougeaient comme des mouches, et à part pour les explosions d’acides, étaient aussi inoffensives que des mouches.

« Et maintenant j’ai une jarre pleine de ces petites créatures. Qu’est-ce que j’en fais ? »

Erin regarda la jarre. Les laisser partir était probablement stupide. Principalement parce qu’elles aimaient le sang, et qu’elle avait ses règles. Ergot, elles allaient probablement se poser sur elle et lui fondre le visage. Qu’est-ce qu’elle pouvait faire ?

« …Hum. »

Erin hésita, avant de secouer la jarre de manière expérimentale. Aussitôt, la moitié des mouches explosèrent. Le liquide vert et luisant coula jusqu’au fond de la jarre de verre alors que les cadavres des mouches flottèrent à la surface.

Après avoir vérifié que le haut de la jarre était bien sécurisée, Erin secoua cette dernière un bon coup. Cette fois le reste des mouches explosèrent et elle se retrouva avec une jarre d’acide vert et des cadavres de mouches flottant à surface.

« Je devrais me sentir mal pour avoir fait ça. Je devrais vraiment me sentir mal. »

Mais elle ne se sentait pas mal. Et alors qu’Erin observa les mouches mortes flottant dans l’acide, elle eut une idée. Elle déposa délicatement la jarre de verre dans un coin de la pièce où elle était certaine de ne pas la renverser par accident, et vida une nouvelle jarre dans la cuisine.

« Une jarre pour les insectes, une autre pour l’acide. Parfait. »

Erin s’empara de la jarre avant d’hésiter.

« L’acide. Est-ce que ça fait fondre le verre ? »

Elle pensait que l’acide en était capable. Du moins, les extra-terrestres dans les films pouvaient faire fondre le verre. Mais c’était dans un film. Enfin, d’un autre côté, elle était dans un monde de fantasy.

« D’accord. Mais en classe de chimie on utilisait du verre. »

Mais de nouveau, c’était un autre monde. Erin souleva délicatement la bouteille de verre avant d’en regarder les bords. Apparemment l’acide ne faisait pas fondre le verre. Elle déposa la jarre dans le coin le plus éloigné de la cuisine, juste au cas où.

« Voilà, une bonne chose de faite. Je fais quoi maintenant ? »

Il lui fallut deux secondes avant de réaliser ce qu’elle avait oublié. Erin se tapa le front.

« C’est l’heure de faire le ménage. »

Elle se releva, fatigué, avant de se rendre de nouveau dans la salle commune. Elle baissa les yeux vers l’endroit où les mouches acides s’étaient agglutinées et jura.

***

Tirer une table hors de l’auberge n’était pas facile, mais le fait que le bois se brisa en chemin voulait dire qu’elle pouvait la sortir pièce par pièce. L’acide avait dévoré le bas de la table et avait troué le plancher. Ce qui voulait dire qu’Erin était aussi confrontée à la charmante réalisation qu’elle allait devoir réparer le sol après en avoir fini avec la table.

Bon, Klbkch l’avait aidé à réparer le plancher après l’attaque du Chef Gobelin, et la compétence [Artisanat De Base] avait fait le reste. Cela lui prit une heure, mais une fois les réparations terminées la seule preuve qu’il y avait eu des mouches à cet endroit était un plancher d’une couleur légèrement différente et son mal de dos.

« Je déteste les insectes. Sauf pour Klbkch. En fait, non, je le déteste aussi. Au moins les insectes ne me mentent pas. »

Erin s’effondra de nouveau dans une chaise et regarda le plafond. Aujourd’hui n’était pas une bonne journée. En fait, aujourd’hui était probablement dans son classement des dix pires jours de sa vie. Malheureusement, cela voulait dire qu’aujourd’hui était une bonne journée comparée à celle qu’elle avait eu depuis son arrivée ici.

« Qui aurait cru que je serais reconnaissante d’être recouverte de sciure et de sueur plutôt que de sang? »

Elle ria, toussa lorsque de la sciure rentra dans ses poumons, et se releva.

« C’est l’heure du bain. »

***

L’une des choses les plus glorieuses à laquelle Erin avait été introduite à Liscor était les bains publics. Ils n’étaient pas gratuits, bien sûr, et elle avait dû payer cinq pièces de cuivre pour rentrer, mais ils étaient chauds, luxurieux et valaient le coût. En y repensant, elle avait eu de la chance de payer le même prix qu’un Drakéide, les Gnolls et les autres Homme-Bêtes devaient payer le double à cause de leurs fourrures.

Oui, les bains fumants étaient un délice digne des accommodations du monde moderne. Il suffisait à Erin de se plonger dans l’eau parfumée pour oublier la douleur du monde réel.

C’est pourquoi se baigner dans l’eau glaciale du ruisseau était deux fois plus difficile maintenant. Erin plongea son pied dans l’eau, jappa, et décida de plonger avant de perdre son courage.

***

Le seul bon point avec le fait de se baigner seul au milieu de nulle part était qu’il était possible de se baigner nu, de jurer et hurler autant que possible. Après qu’Erin supporta le choc causé par son plongeon, elle se nettoya le plus rapidement possible en se recouvrant du savon qu’elle avait acheté à Krshia, et hurla en voyant le poisson dans l’eau.

Ce dernier traversa l’eau comme une torpille. Erin jaillit hors de l’eau comme un missile. Le poisson la suivi, mais était incapable de trouver comment courir sur la terre ferme. Erin paniqua en hurlant, frappa le poisson avec le seau jusqu’à ce que dernier arrête de bouger, et prit la fuite en courant. Elle revint un peu plus tard, car elle venait juste d’avoir une brillante idée.

***

Erin marcha à travers la prairie, une jarre en verre sous un bras ainsi qu’un seau et un couteau dans chaque main. Elle tenait le couteau de manière à ce que la lame soit pointée vers le bas. Elle ne savait pas si cette règle ne s’appliquait qu’aux ciseaux au pas, mais elle se disait que ça ne faisait pas de mal de prendre les mêmes précautions avec un couteau.

La journée continuait. En fait, elle avait l’impression que des jours entiers étaient passés en un clin d’œil. En vérité, c’était toujours la même journée. Le soleil commençait à descendre dans le ciel, donc au moins, cela voulait dire que la journée était à moitié terminée.

À cette distance, elle pouvait voir un point lumineux venant du poisson mort. Erin ralentit et déposa son fardeau avant de se couvrir les yeux pour les protéger sur soleil. Il semblerait que ses cibles l’attendaient déjà.

« Hum. »

Erin plissa les yeux. Toutes les mouches étaient déjà en train de se reposer sur le poisson. Ou dans le poisson. Parfait.

Lentement, très lentement, elle s’approcha du poisson avec le seau en main. Elle regarda les mouches acides et vit qu’elle se frottait contre le poisson. L’acide de leurs derrières dévorait le poisson, et elles mangeaient ce que l’acide avait dissout.

« Oh waouh. C’est répugnant. »

Le poisson plat était désormais plus coulant que plat. Erin se demanda si elle devait se sentir dégoûtée, mais elle était principalement intriguée et révulsée. Elle secoua sa tête et se concentra de nouveau sur sa mission avant que les mouches ne décident qu’elles voulaient un dessert avec leurs dîners.

Furtivement, Erin remplit le seau avec l’eau de la rivière. Puis elle s’approcha du poisson et jeta l’eau sur les mouches et la carcasse.

De nouveau, les mouches acides se retrouvèrent à vrombir inutilement sur leurs dos. Erin s’empressa de faire demi-tour et de s’emparer de la jarre en verre.

« Prends ça ! Et ça ! »

Erin commença à aplatir les mouches avec la jarre en verre. Elles explosèrent en une douche d’acide et en un rien de temps elle les avait toutes tuées. Une fois cela fait, Erin regarda le poisson mort.

Il avait majoritairement fondu à cause de l’acide. Erin le poqua avec son couteau et eut un haut le cœur. Mais elle en avait besoin alors elle se prépara et essaya de couper le poisson en deux.

Le couteau s’enfonça dans la chair comme dans du beurre. Le poisson était plus de liquide que solide, et peu importe combien de fois Erin essayait, elle n’arrivait pas à le séparer. La chair liquide se reformait dès qu’elle coupait le poisson.

Dégoûté de plus d’une manière, Erin recouvrit son visage d’une main.

« Bien sûr que ça allait arriver. »

Elle avait besoin d’une cuillère, et non pas d’un couteau. Mais vu qu’elle n’en avait pas, elle utilisa le couteau pour ramasser la chair liquide. Elle regarda ce qu’il y avait sur son couteau et sentit son estomac protesté. Elle eut un terrible haut le cœur alors qu’une odeur de poisson pourrissant assaillit ses narines.

« Je peux le faire. Pense à l’argent. Pense à la nourriture. Pense à l’auberge. Ne pense pas au poisson. »

Elle prit plusieurs profondes inspirations en détournant le regard. Une fois qu’elle était pratiquement certaine qu’elle n’allait pas vomir, elle se concentra de nouveau sur le poisson.

« D’accord, [Artisanat De Base], activation ! »

Premièrement, Erin prit un peu de poisson-liquide et le versa au fond de sa jarre en verre. Puis, elle retira le dessus en verre de la jarre avant de le poser sur le dessus de manière à ce que les mouches puissent rentrer mais aient des difficultés pour ressortir. Puis elle s’en alla.

« Piège à mouche acide, terminé ! »

Erin regarda la jarre en verre avant de gentiment se gifler. Puis, elle installa trois nouvelles jarre de la même manière.

« On va voir si vous aimez ça, bande d’imbéciles. »

***

« Tu as un talent pour trouver les choses les plus dangereuses, n’est-ce pas ? »

Pisces frissonna en regardant le piège à mouche acide. Il s’en éloigna légèrement et frotta nerveusement ses bras. Erin lui fit un sourire.

« Elles sont dégoûtantes, pas vrai ? Mais regarde, la jarre est déjà à moitié pleine et ça ne fait même pas deux heures. »

« Comme c’est fascinant. »

Il fit un autre pas en arrière. Erin lui jeta un regard, mais elle ne pouvait pas le juger trop sévèrement. Ils étaient tous les dix à une bonne dizaine de mètres des jarres de verre.

Pisces se lécha les lèvres en regardant les jarres, la manière dont les innombrables formes brillantes bougeaient et se cognaient contre le verre était hypnotique.

« J’imagine… J’imagine que si les récipients se brisaient, l’essaim pourrait nous submerger et faire fondre notre chair en quelques instants. »

« Quelle charmante image. »

« Oui. Oui, j’imagine que c’est le genre d’image qui va hanter mes cauchemars cette nuit. »

« Elles ne peuvent pas s’échapper des jarres, elles ne sont pas si intelligentes. Elles remuent, mais le couvercle les empêche de sortir. Je faisais la même chose avec des mouches à fruit chez moi. »

« J’applaudis ton ingénuité. Mais puis-je savoir pourquoi tu as décidé de capturer un essaim d’insecte mortel qui se nourrisse de cadavre ? »

« Eh bien, ce sont des insectes. Je paris que Klbkch adorerai les manger. »

Pisces la regarda avec des yeux de poisson mort avant de secouer la tête.

« Tu peux essayer de la cuisiner à tes risques et périls. Puis-je te suggérer de retirer l’acide avant de les servir à tes clients ? »

Erin jeta un regard noir à Pisces. Elle ne savait pas pourquoi elle avait invité le mage à voir ses pièges. Probablement pour frimer, et il était le seul qui allait venir pour le dîner de ce soir.

« De toute façon je ne sais même pas comment elles peuvent survivre, vu qu’elle explose au moindre contacte. Je veux dire, comment font-elles pour vivre assez longtemps et se reproduire ? »

« Car elles ont peu de prédateurs assez fous pour tenter de les manger. Ceci, et le fait que leur nombre est presque sans limite. »

« Ah. »

Pisces agita sa main en direction des jarres.

« Dans tous les cas, ce ne sont que les mâles de l’espèce. Les femelles sont bien plus larges. En fait, le seul but des mâles est de rassembler le plus de nourriture possible. Il va dissoudre et absorber le plus de nutriment possible dans son abdomen avant de retourner vers une femelle en espérant gagner sa faveur. C’est ce qu’ils font tous. »

« Oh, un peu comme les abeilles et les fourmis font avec leurs reines, n’est-ce pas ? »

Erin jeta un coup d’œil à Pisces et vit qu’il était en train de la regarder, bouche bée.

« Quoi ? »

Il secoua la tête.

« J’ignorais que tu étais familière avec la biologie des insectes, c’est tout. »

« Oh, je connais plein de trucs bizarres sur les animaux. Quand j’étais petite je regardais Discovery Chann… Je veux dire, je lisais beaucoup de livres. »

« Tu peux lire ? »

Pisces lui jeta un regard qui était presque respectueux, et Erin lui fit un autre regard noir.

« Bien sûr que je peux lire. Je peux aussi jouer aux échecs, et je lis de la poésie de temps en temps. »

« Tu peux jouer aux échecs ? »

Erin lui lança un nouveau regard, mais il semblait réellement curieux.

« Oh oui. Je joue aux échecs. Un petit peu. On peut dire que c’est un de mes hobbies. »

« Vraiment ? Par coïncidence, j’étais considéré comme l’un des meilleurs joueurs des cités du nord. Serais-tu intéressé par une partie ? Accompagné d’un petit pari ou deux, peut-être ? »

Pisces lui fit un sourire innocent, Erin leva les yeux au ciel.

***

Une heure plus tard, Pisces regarda les pièces d’échecs devant lui avec une concentration désespérée. Il bougea son roi à gauche, puis à droite. Il se décala pour regarder l’échiquier sous un autre angle.

« Peut-être que si je… »

« Nan. Et même si tu essayes te prendre le pion, c’est toujours échec et mat. »

Erin ne daigna pas lever les yeux de son repas. Elle avait fait des œufs brouillés accompagnés d’une saucisse. Ce n’était pas le plus extravagant des repas, mais ça avait du goût, c’était copieux, et mieux que devoir regarder Pisces.

« Je n’arrive pas à comprendre. J’étais… Je suis l’un des meilleurs joueurs du continent ! J’ai dominé des [Tacticiens] et d’autres mages du même niveau. Comment as-tu fait pour me battre ? »

Elle haussa les épaules.

« Les amateurs sont toujours des amateurs. Au passage, je vais mettre l’argent que tu as parié sur ton ardoise. »

« Ah. Je vois. J’ai clairement fait une erreur de calcul. Est-ce qu’il serait possible que tu réduises ma dette si je… »

« Non. Tu as parié et j’ai gagné. Pas la peine d’argumenter. Maintenant mange tes œufs. »

Erin entendit un reniflement bruyant, mais après quelques instants elle entendit le clink du métal contre la poterie.

« Je dois admettre, ce plat à bien plus de goût que la malheureuse soupe servit hier. »

Elle leva les yeux. Pisces baissa rapidement les siens vers son assiette.

Après l’avoir fusillé du regard pendant quelques instants, Erin posa une question qui lui trottait dans la tête depuis un bon moment.

« Au fait, qu’est-ce que tu fais de tes journées ? »

Pisces releva la tête et avala ses œufs brouillés.

« J’étudie les royaumes mystiques par-delà le plan physique. Ceci dans le but de déverrouiller les secrets de l’éther et commander des forces surnaturelles qui… »

« Tu étudies. »

« Pour faire court. »

Pisces haussa les épaules et retourna à la dégustation de son petit-déjeuner.

« Tu as vraiment besoin d’étudier tant que ça ? Je veux dire, tu ne connais pas déjà des sorts ? »

Il soupira.

« Malgré tout mon talent magique, je n’ai que quelques sorts dépassant le troisième tiers dans tous mes domaines, et je suis relégué à des sorts de premier et second tiers dans les domaines hors de ma spécialisation. »

« Oh. Heu. La magie a des tiers ? »

Pisces leva les yeux au ciel.

« En effet. Sept, ou huit pour être exact. Il y a une spéculation supposant l’existence d’un neuvième tiers de magie, mais il n’existe pas de mages ayant lancé ou découvert une telle magie. Dans tous les cas, pour lancer un tel sort les mages tels que moi requirent de la concentration, du temps, et des efforts pour démêler le fonctionnement de chaque nouvelle incantation. »

Une nouvelle fois, Erin dût s’arrêter pour comprendre ce que Pisces était en train de dire.

« D’accord. Donc tu étudies pour lancer de meilleurs sorts. Et je suppose que cela te fait aussi monter de niveau ? »

« Assurément. C’est épuisant, surtout en prenant compte le fait que je dois aussi prendre en compte les besoins comme le logement ou la sustentation tout en me concentrant sur mes études. »

Erin soutint sa tête avec son coude.

« Tellement épuisant, tu en aurais presque envie de trouver du travail, pas vrai ? »

Pisces la regarda de manière maussade.

« Jusqu’à récemment, j’avais un business secondaire assez rentable qui consistait en la libération des vivres inutiles des locaux en échange de divertissements. Mais désormais je m’abstiens de telles activités pour rester dans tes bonnes grâces. »

« Ouais, et parce que Relc t’a menacé de te poignarder si tu continuais. Tu sais, ce n’est pas vraiment une bonne carrière. »

Il renifla bruyamment.

« J’ai également eu comme occupation bien plus lucrative de libérer des articles inutiles à ceux qui n’étaient pas en mesure de les utiliser, mais apparemment cela est aussi considéré comme une grave violation du respect de la vie privée. »

« Tu as volé des morts ? »

« Je les ai enterrés de nouveau par la suite. »

Erin ouvrit sa bouche, leva un doigt, jeta ses mains en l’air et laissa tomber. Elle regarda Pisces alors que le mage termina rapidement son assiette.

« Pourquoi tu ne fais pas quelque chose d’utile à la place ? »

« Et qu’est-ce que ce que je pourrai faire de si utile ? »

« Je ne sais pas. Qu’est-ce que les mages font pour vivre ? Exploser des trucs avec des boules de feu ? Donner des conseils de vieux sages ? Vendre leurs barbes ? J’ai trouvé quelques runes magiques dans la cuisine. Elles ont gardées la nourriture fraîche pendant… Je ne sais pas, des années. »

« Ah. Un sort de [Préservation] sans aucun doute. Oui, c’est certainement un service que des mages doués dans l’art des runes peuvent fournir aux plébéiens. »

« …Et ? Est-ce que tu peux le faire ? »

« J’en suis incapable. »

« Flûte. »

« Je suis désolé de trahir tes hautes attentes, mais j’ai peur que même un mage de mon calibre ne peut pas étudier toutes les écoles de magie supérieure. »

Erin regarda Pisces. Le mage était en train de racler son assiette avec sa fourchette et son couteau. Elle avait la distincte impression qu’il l’aurait léché si elle n’avait pas été là.

« Je n’ai jamais rien attendu de ta part. Je pense juste que c’est dommage, c’est tout. Tu connais la magie et tu ne fais rien avec. »

Pisces déposa sa fourchette.

« Certains disent que la magie est sa propre récompense. Je suis quelqu’un qui pense de la même manière. »

« Je suppose. »

Erin soupira, elle avait l’impression de parler à un mur. Un mur très agaçant et avec une mauvaise hygiène.

« Tu sais, si tu aidais les gens et que tu étais un peu plus sympa, je pense que ça serait plaisant de passer du temps avec toi. Pourquoi est-ce que tu es si grossier envers tout le monde. »

Erin n’avait pas voulu le blesser, mais il était clair que cela avait touché Pisces là où il était vulnérable. Il se redressa, les yeux vifs.

« Jusqu’à aujourd’hui je n’ai jamais trouvé de personne méritant mon aide. Pourquoi est-ce que je devrais aider ceux qui me jugent avec ignorance et peur ? »

Erin cligna des yeux, le visage du jeune mage était pale et indigné, mais un peu de couleur se trouvait encore dans ses joues. Elle voulut lui poser une autre question, mais il n’était pas d’humeur à converser.

À la place, Erin haussa les épaules et se leva.

« Parce que tu vaux mieux qu’eux. »

Elle ramassa leurs assiettes et laissa le mage assis à la table. Lorsqu’elle sortit de la cuisine, ce dernier était parti.

***

Le jour suivant Erin se leva et alla vérifier ses pièges à mouches. Ils étaient terriblement efficaces.

Les quatre jarres étaient remplies avec des formes grouillantes. Erin jeta un coup d’œil aux jarres, eut haut le cœur, et dut s’asseoir pour ne pas vomir.

« Bon sang. Oh, bon sang. C’est la chose la plus répugnante que j’ai jamais vue. »

C’était aussi, en y repensant, la chose la plus terrifiante qu’elle n’avait jamais vu. Erin se demanda ce qui se passerait si elle faisait tomber le couvercle d’une des jarres, avant de se souvenir du commentaire de Pisces à propos du fait que sa chair pouvait fondre et de frissonner.

Précautionneusement, Erin s’approcha des jarres en se répétant qu’il était très important de ne pas trébucher.

Son pied se cogna contre une touffe d’herbe. Erin fit de grands gestes avec ses bras avant de retrouver son équilibre, bien trop proche d’une des jarres.

« C’est pas bien. C’est pas bien. »

Erin referma le couvercle de chaque jarre avant que son cœur n’arrête de battre. Maintenant les mouches acides ne pouvaient pas sortir.

« C’est bien mieux. »

Erin souleva l’une des jarres et sentit quelques mouches exploser à l’intérieur.

« Oof. C’est lourd »

Elle ajusta son fardeau et les mouches firent de même. Ils avaient beau être petits, les insectes pesaient une tonne.

« C’est surement tout l’acide qu’ils ont dans le derrière. Je vois. Ça va me prendre un moment. »

Erin fit un pas, puis un autre. Elle ajusta une nouvelle fois sa prise sur la jarre de verre pour ne pas la faire tomber. Elle allait devoir faire attention aux trous, mais elle était confiante en sa posture. Elle fit un autre pas et trébucha contre un autre piège à mouche.

Le sol se rapprocha pour rencontrer le visage d’Erin. Elle réalisa qu’elle tenait encore la jarre au dernier moment et la jeta loin d’elle avant de s’écraser au sol et d’avoir le souffle couper. À part ça, elle allait bien.

Puis elle entendit la jarre en verre se briser en touchant le sol, elle roula sur ses pieds et se releva.

De larges morceaux de verre étaient éparpillés dans l’herbe. Un jus épais et vert-gris coula sur le sol, produisant des nuages de vapeur et sifflant en rencontrant le sol. Pendant un moment, rien ne bougea parmi les débris. Puis, un terrifiant bourdonnement produit par un essaim de formes noires s’envola.

Erin sentit son cœur s’arrêter. Elle regarda le nuage de mouches qui s’éleva en tournoyant. Elles volèrent de manière erratique, cherchant ce qui les avaient dérangé. Erin se recula lentement, priant pour qu’elles l’ignorent. Pendant un instant elle eut l’impression qu’elles allaient s’envoler, mais l’essaim changea brusquement de direction. Le nuage de mouches chargea et encercla Erin en un instant.

Son cœur s’arrêta. Il n’était plus en train de battre dans sa poitrine. Erin regarda autour d’elle de manière désespérée, mais tout ce qu’elle pouvait voir était le nuage de mouche bourdonnant, bourdonnant. Elles noircissaient le ciel, le sol, tout ce qu’elle voyait.

« Je… »

Elles se ruèrent sur elle. Erin hurla et recouvrit ses yeux et sa bouche.

Coup de vent !

Erin entendit la voix, puis une bourrasque enragée souffla autour d’elle. Elle recula alors que le vent souffla, mais l’effet sur les mouches fut encore plus sévère. Elles furent repoussées dans un courant d’air qui les emporta et les rassembla en un seul endroit. Elles bourdonnèrent agressivement, désorientées et confuses.

Tout comme Erin. Elle regarda autour d’elle et vit un jeune homme familier portant une tenue grise et sale. Il était en train de pointer un doigt en sa direction.

« Baisse-toi, Erin ! »

Erin se jeta lourdement au sol. Elle leva les yeux et vit Pisces lever une main. Du givre pale se forma autour de ses doigts et un courant d’air à moitié visible souffla au niveau de son bras. Il pointa l’essaim de mouches acides désorientées du doigt.

« [Vent Gelé].

Une douce brise passa par-dessus la tête d’Erin. Puis, l’air craquela et ses cheveux se gelèrent subitement. Erin pouvait voir les infimes traces d’air tournoyant soufflant par-dessus sa tête. Il commença à neiger là où le vent passa et elle sentit un froid glacial l’entourer.

L’essaim de mouches acides vola dans la brise glaciale et tomba du ciel. Erin cria et courut alors que des insectes gelés et éclatant au contact du sol tombèrent autour d’elle.

Elle se jeta dans la rivière, et en ressortit aussitôt au cas où un poisson plat tenterait de la mordre. Une fois qu’elle termina de retirer l’eau de ses yeux, l’essaim brillant avait disparu, et tout ce qu’il en restait était un cercle de terre fumante et d’herbe gelée.

Une fois qu’Erin termina de trembler tellement fort qu’elle en était incapable de bouger, elle se releva. Elle était toujours en train de trembler de manière incontrôlable.

« C’était la chose la plus incroyable que j’ai jamais vu. Merci, merci, merci, merci. »

Elle bondit sur Pisces. Elle n’était pas certaine si elle devait jeter ses bras à son cou ou commencer à pleurer. Elle décida de le serrer brièvement dans ses bras, avant de redoubler son emprise et de l’étreindre suffisamment fort pour lui couper le souffle. Pisces ne semblait pas y prêter attention.

Pisces respirait difficilement. Il regarda le bout de terre fumant comme s’il était hypnotisé. Erin pouvait voir le blanc de ses yeux alors qu’ils se tournèrent vers elle.

« C’est… C’est un sort de débutant. Qui ne peut pas être utilisé en combat et dédaigné par mes instructeurs. Cependant, c’était l’outil le plus adapté dans cette situation. Toute magie vaut le coup d’être utilisé, après tout. »

« Absolument. »

Erin hocha la tête. Pisces hocha la tête. Ses yeux retournèrent vers le cercle de terre fondue.

« Tu m’as sauvé la vie. C’était incroyable. Ton sort était incroyable. »

Il secoua la tête et agita une main dans sa direction.

« Je suis… Je suis un mage de l’Académie de Wistram. En tant que spécialiste de la branche magique des Elémentaliste de Vent, ce genre d’exploit sont second… Secondai…. »

Pisces se pencha et vomit sur l’herbe. Il toussa, et vomit de nouveau. Erin lui tapota le dos et attendit qu’il s’arrête.

Après un certain temps, Pisces essuya sa bouche avec un coin de sa robe. Son visage était toujours pâle, mais il allait un peu mieux.

« Tu as été chanceuse que je sois là. Très chanceuse. »

Erin hocha la tête.

« Je l’étais. Je l’étais vraiment. »

Pisces hocha la tête en réponse. Erin avait l’impression qu’ils étaient des figurines à têtes branlantes, mais ils ne pouvaient rien faire d’autre. Il pointa du doigt les trois autres jarres contenant toujours des mouches acides.

« Si tu souhaites vraiment utiliser des pièges de la sorte, puis te suggérer que tu les ancres dans le ruisseau ? »

Erin le regarda sans comprendre.

« Le ruisseau ? Pourquoi ? »

« Plusieurs raisons. »

Pisces comptait sur ses doigts tremblants.

« Premièrement, la flottabilité naturelle de l’eau empêcherait les jarres de se briser si elles tombent, ou au moins réduire le danger des mouches acides. Deuxièmement, les effets du vent et des autres formes de vie seraient mitigés. Et troisièmement, je n’aurai pas le risque de trébucher sur un tel piège. »

« D’accord. Je peux faire ça. »

Elle n’en était pas vraiment sûre, mais les tremblements dans son corps avaient pratiquement disparu. Erin attrapa un caillou, noua de longs brins d’herbe autour, avant d’ancrer la jarre avec le caillou. Elle déposa le caillou au fond du ruisseau et regarda la jarre flotter de haut en bas dans l’eau.

« Hm. J’ai besoin de quelque chose de lourd pour être certaine qu’elle reste droite. Je suppose que quelques jarres peuvent se retourner… Mais ça va marcher. C’est mieux que de les laisser au sol. Milles fois mieux. »

Pisces hocha de nouveau la tête.

« Bien. »

« C’est une bonne chose que tu sois venus avec moi. »

Les deux hochèrent de nouveau la tête. Pisces ouvrit la bouche et grimaça. Il alla jusqu’au ruisseau et rinça sa bouche en tremblant avant de relever la tête vers elle.

« Puis-je te demander… Quel est ton plan, Erin ? »

Elle le regarda, puis regarda les jarres en verre pleines de mouches acides.

« Je vais ramener les jarres jusqu’à l’auberge. Tu vas m’accompagner au cas où j’en fais tomber une. Et ensuite… »

« Et ensuite ? »

« Je vais te donner à manger jusqu’à ce que tu exploses comme l’une de ces mouches. »

Pisces baissa les yeux vers les jarres de verres, avant de frissonner de nouveau.

« Une adéquate description. »

***


La jarre de mouches acide était un mélange d’acide et de mort. Les corps des centaines… De milliers de petits insectes flottaient dans une mer de jus vert et luisant. Il coula contre les parois de la jarre, un testament obscène d’une mort insectoïde.  

« Attends, je crois qu’il en reste un. »

Erin secoua la jarre et la dernière des mouches acides rebondit contre une paroi avant d’éclater mollement à l’intérieur.

« Qu’est-ce que tu vas en faire ? »

Elle leva les yeux vers Pisces. Le mage était assis sur une table à l’autre bout de la pièce, détournant volontairement les yeux de la jarre.

« Je vais séparer les mouches et l’acide. Je ne sais pas ce que je vais faire avec l’acide par contre. »

« Si tu t’en débarrasses, fait le avec la plus grande des précautions s’il te plait. Même si l’acide de ses mouches ne peut dissoudre le métal ou beaucoup de matériaux conventionnels, il est extrêmement efficace contre les matériaux organiques. »

Erin hocha la tête. Elle déposa la jarre dans un coin avec précaution et se releva.

« D’accord. Hum. Tu veux un autre bout de pain ? Ou un peu plus de jus ? »

La vue du pain frais et du verre de jus fit que le visage du mage prit une inconfortable teinte verte. Il tapota son estomac comblé et eut un haut le cœur. Il recouvrit sa bouche d’une main, mais Erin était pratiquement certaine qu’il avait failli vomir.

« Peut-être pas. »

« Tu as été très généreuse. »

Pisces se releva et serra son estomac. Il tituba, et ses yeux se dirigèrent vers le sol. »

« Très généreuse. Mais il se fait tard, et je pense qu’il est temps pour moi de partir. »

« Tu es sûr ? Je peux te préparer un sac de nourriture pour la route. »

Son teint vert s’accentua et il agita rapidement une main pour la dissuader.

« Tu es très attentionnée, mais non. Non. Je vais m’en aller. Merci de ton hospitalité. »

« De rien. Laisse-moi t’ouvrir la porte… Voilà. Attention sur la sortie. »

Elle regarda Pisces partir et se retourna pour regarder l’endroit où il s’était assis. La place était recouverte de miettes et d’assiettes vides. Elle débâtit sur le fait de tout nettoyer, avant de secouer la tête.

Délicatement, Erin traversa l’auberge. Elle marcha jusqu’aux trois jarres remplies d’acide et de mouches et vérifia pour la énième fois que leurs couvercles étaient bien fermés, et qu’il n’y avait pas de mouches bougeant à l’intérieur.

Parmi les nombreuses choses qu’Erin avait acheté à Krshia, l’une d’entre elle était un tableau noir et de la craie. Elle l’avait utilisé pour tenir compte des choses dont elle avait besoin, mais Erin essuya le tableau et utilisa sa plus belle écriture. Puis elle installa le tableau noir sur le comptoir du bar.

Menu

Pâtes avec saucisse et oignons – 3 pièces de cuivre par assiette.

Jus bleu – 2 pièces de cuivre par verre.

Mouche acide – 1 pièces de cuivre par assiette.


Elle laissa tomber la craie sur le comptoir et jeta un regard vers les jarres de mouches mortes. Erin frissonna. Elle frotta ses bras et se posa dans une chaise. Trop proche. Bien trop proche.

Elle s’endormit en quelques instants. Avant de se réveiller en hurlant et de se rendormir. Elle allait être hantée par un bruit d’ailes bourdonnantes pendant le reste de la semaine. Mais pour le moment, les yeux d’Erin étaient fermés.


[Aubergiste Niveau 10 !]

[Compétence : Brasseuse d’Alcool obtenue !]

[Compétence : Instinct De Survie obtenue !]

« … Je me demande si je peux faire des cookies aux mouches ? »
Titre: Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
Posté par: Maroti le 01 février 2020 à 16:55:38
« Du bicarbonate de soude. »

Krshia secoua la tête.

« Je ne sais pas ce que c’est. Je possède bien des choses qui peuvent être soudés, mais aucune d’entre elle est du ‘bicarbonate’. »

Erin soupira. Elle sentait qu’elle ne devait pas si surprise que ça, mais elle détestait se faire surprendre.

« De la levure alors ? Tout le monde a de la levure ! »

De nouveau, Krshia secoua la tête.

« Qu’est-ce que levure est censé faire, Erin Solstice ? »

« Des cookies. »

« Et qu’est-ce que sont ces ‘cookies’ ? »

Erin regarda Krshia bouche bée avant de gesticuler ses mains.

« Des cookies. Tu sais ? Petit, rond et marron ? »

« Est-ce que tu parles de ce que les vaches laissent derrière-elle, Erin Solstice ? »

«Non ! »

Erin tira furieusement sur ses cheveux, avant d’immédiatement les relâcher. Ses cheveux n’étaient plus aussi hygiéniques et propre qu’avant.

« Comment est-ce que… Ce monde n’a pas de cookies ?Comment c’est possible ? Comment !? »

Erin arrêta de s’énerver et frappa son poing dans le creux de sa paume.

« … Et qu’en est-il des glaces ? »

« Qu’est-ce qu’une… »

***

« Stupide monde qui n’a même pas de glace. Stupides Gnolls qui font semblant d’être sympa en me prenant pour une folle. Comment quelqu’un peut vivre sans glace et cookies ? »

Erin grommela pour elle-même en faisant la route retour vers son auberge. Elle donna un coup de pied dans une des hautes touffes d’herbe tout en souhaitant qu’elle avait une tondeuse de la taille des gratte-ciel. Peut-être que ses jambes ne la démangeraient pas autant si elle…

Clickclickclickclickclickclickclickclickclickclickclick…

Un son familier se fit entendre à travers la plaine et le sang d’Erin se glaça. Elle s’arrêta, écouta, et le vit.

Un gigantesque rocher gris semblait léviter au-dessus de la plaine. Mais ce n’était qu’une illusion, il suffisait de regarder d’un peu plus prêt pour voir les nombreuses jambes cliquetant sous le rocher. Mais Erin n’avait aucune intention de regarder de plus près, car elle connaissait ce bruit et savait ce qui vivait sous ce rocher.

C’était un Crabe-Rocher. Erin se figea avant de se retourner pour fuir, mais il ne se dirigeait pas vers elle.

À la place, le rocher géant était en train de cavaler dans la plaine. Ses nombreuses jambes retournaient la terre derrière son passage, mais il n’était pas en train de pourchasser quelque chose. Est-ce qu’il était en train de fuir quelque chose ? Qu’est-ce qu’il pouvait fuir ?

Erin trouva sa réponse quand un groupe de bien plus petites silhouettes apparurent depuis le haut d’une colline, pourchassant le Crabe-Rocher. Des Gobelins. Erin commença à sourire en les voyant, mais son sourire disparu alors que plus en plus de Gobelins apparurent. Au début, ils n’étaient que cinq. Puis dix. Puis vingt … Quarante

Yiyiyiyiyiyiyiyiyiyiyiyiyi…

Les Gobelins étaient en train de crier leurs cris de guerre en pourchassant le Crabe-Rocher. Le crabe semblait les avoir sentis et accéléra de nouveau, mais il était toujours trop lent. Au début, Erin regarda la scène avec stupéfaction, le premier Gobelin bondit et arriva à s’accrocher à la carapace du Crabe-Rocher.

Aussitôt, ce dernier se retourna et éjecta le Gobelin. Une gigantesque pince apparue d’en dessous de la carapace rocheuse du crabe et se referma en direction du Gobelin. Erin couvrit sa bouche alors que le Gobelin hurla en tenant le moignon qu’avait été son bras.

Mais même alors que le Crabe-Rocher fonça sur le Gobelin blessé, d’autres Gobelins bondirent vers lui. Il tournoya, tentant de les faire descendre, et même s’il parvint à faire tomber plusieurs Gobelins, la plupart parvinrent à éviter ses pinces et chargèrent le Crabe-Rocher en hurlant sauvagement.

Les Gobelins submergèrent le Crabe-Rocher. Erin regarda, bouche bée, alors que le crustacé terrestre géant attaqua et fit claquer ses pinces. Trois Gobelins reculèrent, saignant et sévèrement blessé. Il manquait une main à l’un d’entre eux mais les autres…

Ils submergèrent la carapace rocheuse, la frappant avec des massues. Ils esquivèrent en baissant sous la carapace, mordant, poignardant, arrachant.

Erin ne pouvait plus voir ce qu’il se passait alors que plus en plus de Gobelins rampèrent en dessous de la carapace du Crabe-Rocher, mais elle vit qu’il eut un spasme. Il cliqueta rapidement à cause de la douleur et attaqua les Gobelins, mais ils étaient trop proches pour que ses pinces puissent les attraper.

Un liquide bleu coula depuis le dessous de la carapace. Le gigantesque Crabe-Rocher s’effondra et des Gobelins recouverts d’entrailles, de bouts de carapace, et de jus gluant et bleu émergèrent d’en dessous la carapace.

Erin recula lentement, son cœur faisait un million de battements à la seconde. Elle imagina ce qui allait arriver si l’un des Gobelins la remarquerait. Ils allaient la pourchasser et la rattraper en un instant.

Mais ils étaient concentrés sur leurs proies. Les Gobelins étaient en train de réduire le Crabe-Rocher en charpie, avalant goulûment ses entrailles. Erin eut la nausée, mais son estomac était déjà serré à cause de la peur.

Finalement, elle pensa s'être suffisamment éloignée, et se retourna pour fuir.

***

La plupart des Gobelins ne virent pas l’humaine en fuite. Ils étaient trop occupés à craquer la solide carapace du Crabe-Rocher et de s’emparer de la chair gluante. Ils festoyaient.

Mais quelques Gobelins remarquèrent l’humaine. L’un d’entre eux, portant des vêtements loqueteux, arrêta de mordre son morceau de chair amère et regarda la jeune femme partir. Il serra quelque chose dans sa poche. Bientôt. Très bientôt.

La bourse usée cliqueta alors que le Gobelin la secoua. Il… Non, elle regarda autour d’elle, mais les autres Gobelins étaient trop occupés à se gaver pour remarquer le petit bruit. La femelle Gobelin cacha la bourse parmi ses loques.

Bientôt.


***

Quand Relc et Klbkch essayèrent d’ouvrir la porte de l’Auberge Vagabonde, ils trouvèrent que cette dernière était verrouillée. Ce n’est qu’après que Relc toqua deux fois que la porte s’entrouvrit. Quand Erin les laissa rentrer, elle verrouilla la porte dès qu’ils étaient à l’intérieur.

Relc leva un sourcil inexistant avant de pointer sa queue vers Erin

« Qu’est-ce qui t’arrive ? »

« Salutation Mademoiselle Solstice. Est-ce que quelque chose ne va pas ? »

Erin regarda les fenêtres avec suspicion, mais commença à se sentir mieux avec Relc et Klbkch dans l’auberge.

« Des Gobelins. »

« Des Gobelins ? »

Relc rit alors que Klbkch et lui s’assirent à l’une des tables.

« Quoi, est-ce qu’ils étaient encore en train de te lancer des pierres ? Si tu veux je pourrai… Hum, les effrayer. Mais des Gobelins ? Sérieusement ? Tu as tué leur Chef, qu’est-ce qui pourrait t’inquiéter ? »

« Et si je te parle d’un groupe de Gobelins qui peut tuer un crabe-rocher en une poignée de secondes ? »

Erin perdit son sang-froid alors que Relc rit de nouveau.

« C’était la chose la plus terrifiante que j’ai jamais vue. Une sorte de raid l’a submergé et… »

« Un raid ? »

Relc se redressa sur sa chaise et attrapa sa lance.

« Où ça, et combien ? Vite Klbkch. Nous pouvons nous les… »

Il bondit sur ses pieds et Erin agita les mains pour l’en dissuader.

« Non, non ! Ils étaient bien trop nombreux. En plus, je ne veux pas que tu les tues ! Cela serait… »

Relc interrompit Erin alors que Klbkch regarda en silence. Les mains de l’Antinium étaient sur le manche de ses armes.

« Ecoutes, s’il y a un raid Gobelin dehors, on doit s’en occuper. Je peux ignorer quelques Gobelins, mais plusieurs centaines d’entre eux qui rodent dans les parages ? C’est une véritable menace. »

Il alla vers la porte, mais Erin le ramena à l’intérieur. Du moins, elle essaya de le ramener vers l’intérieur. Ses pieds glissèrent sur le sol et il ne semblait même pas se rendre compte qu’elle tentait de l’arrêter.

« Et combien de Gobelins étaient présents dans le groupe que tu as observé, Mademoiselle Solstice ? »

« Et bien… »

Elle s’arrêta pour y réfléchir.

« Pas plus de quarante, je pense. »

Relc cligna des yeux et s’arrêta avant d’arracher la porte de ses gonds. Il regarda Klbkch, avant de tourner son regard vers Erin. Lentement, il se dirigea vers sa chaise avant de se rasseoir, puis il commença à rire.

Erin regarde Relc bouche bée alors que ce dernier continua de ricaner, avant de passer de nouveau à de grands éclats de rire. Il couvrit son visage avec une main griffue et frappa du poing sur la table avec son autre main.

« Qu’est-ce qu’il y a de si marrant ? »

« Un raid Gobelin qu’elle dit ! Hah ! »

« Je crains qu’il y ait un léger malentendu, Mademoiselle Solstice. »

« Oh, vraiment ? »

« Ouais ! »

Relc parvint finalement à reprendre contrôle de son fou rire quand Klbkch écrasa l’un de ses pieds. Il essuya les larmes de ses yeux avant de sourire à Erin.

« C’est juste la tribu locale. Quarante Gobelins ? Franchement. Je pourrais m’occuper de la moitié d’entre eux sans perdre mon souffle. Entre moi et Klbkch, on pourrait tous les tuer en… »

Il s’arrêta et racla sa gorge.

« Mais on va pas le faire. »

Klbkch hocha la tête.

« Malgré leur capacité, une tribu Gobelin n’est dangereuse que pour des individus isolés, Mademoiselle Solstice. D’un autre côté, un petit raid Gobelin est habituellement constitué d’au moins trois cents Gobelins. On sait que des groupes plus importants comptent plus d’un millier d’individus. »

« Ce n’est pas un raid, c’est une armée. »

« Pas si tu es un Gobelin. »

L’expression de Relc se fit plus sérieuse alors qu’il se laissa descendre sur sa chaise.

« Ouais, c’est comme Klbkch vient de le dire, une tribu Gobelin n’est pas dangereuse. Peut-être qu’elle l’est pour toi… Mais tu as tué leur Chef, donc je doute qu’ils seront assez courageux pour attaquer cet endroit. En plus, si tu verrouillés la porte et les fenêtres ils vont avoir des difficultés pour rentrer. Mais quand les Gobelins commencent à apparaitre en grand nombre ? C’est là que ça devient moche. »

Elle entendit le signal silencieux qu’il lui fit et s’en empara.

« Méchant à quel point ? »

Klbkch se pencha sur la table.

« Extrêmement dangereux. Même si les Gobelins sont considérés comme une menace mineure par la plupart des endroits habités, quand ils apparaissent en grand nombre ils sont capables de raser des villages, des villes, et même des nations par le passé. »

« Tu te moques de moi. »

« C’est la vérité, Mademoiselle Solstice. »

Relc hocha la tête.

« J’ai entendu les histoires des Croisades Gobelins, et j’ai été témoin d’une d’entre elles. La dernière fois que cela arriva, plusieurs armées de Gobelins saccagèrent le nord avant de naviguer jusqu’au continent des Humains, Terandria. Il y avait au moins des centaines de milliers de Gobelins dans chaque armée, et leur roi avait un million de Gobelin à ses côtés quand nous l’avons vaincu dans les Champs Sanglants. »

Erin avait l’impression qu’elle avait besoin d’un cours d’histoire, ou d’une carte.

« Les Champs Sanglants ? C’est quoi ? »

« C’était un champ de bataille. Enfin, c’est toujours un champ de bataille. Beaucoup d’armée continue de se battre là-bas, et tellement de sang a coulé que l’endroit a complètement changé. Ce lieu est recouvert d’Herbe Sanglante. Un truc terrible qui boit du sang et mange les gens s’ils ne font pas attention. Je me suis battu deux fois là-bas. »

« Oh. »

Erin avait l’impression qu’elle devait dire autre chose, mais l’expression de Relc était anormalement sérieuse. Elle chercha pour quelque chose qu’elle pouvait ajouter.

« Alors… La tribu Gobelin n’est pas dangereuse ? »

« Pas pour moi ou Klbkch. Ne va pas à leur rencontre et tout devrait bien se passer. Dans tous les cas, la majorité des gens peuvent s’échapper en courant assez vite à moins qu’ils soient piégés. »

Relc fit un mouvement dédaigneux de sa queue.

« Mais ils ont tué un Crabe Rocher ! »

« Ouais, c’est quoi ? »

« Tu sais, le truc géant qui se cache sous un rocher ? Et puis ça fait clickclickclickclick… »

« Oh, ça. C’est comme ça que les Humains les appellent ? Pour nous ce sont des Trompeurs en Pierre Creuse. C’est quoi un crabe ? »

« Une créature marine, je pense. Le nom est adéquat. »

« Peu importe, ils ne sont pas si solides. »

Erin cligna des yeux en direction de Relc.

« Vraiment ? »

Il agita sa main de manière dédaigneuse.

« Oh, on a beaucoup de monstres vivants dans le coin. Bien plus dangereux que ça. Ils sont simplement ailleurs ou en train de dormir en cette période de l’année. »

« Ou enterrés sous terre. »

« Ouais, ou ça. »

Erin n’était pas rassuré du tout.

« Je n’ai pas vu d’autres monstres, à part les oiseaux-dinosaure. »

Klbkch hocha la tête.

« C’est approprié pour la saison. En cette période de l’année, les Plaines Inondées n’ont que peu de créatures à l’exception des Gobelins. À l’exception des troupeaux qui vont pâturés, la majorité des animaux… »

« Des troupeaux ? Vous avez des troupeaux ? »

Klbkch hocha de nouveau la tête.

« Ils sont généralement confinés dans les villages au nord de Liscor. La ville contient de nombreux cochons, moutons, chevaux… »

Relc hocha la tête et lécha ses lèvres.

« Délicieux. Ils sont bons si tu les manges à moitié cru. En parlant de ça, tu as de quoi manger ? »

« Oh, c’est vrai. Pardon. »

Erin se leva et commença à mettre la table de manière mécanique.

« Le dîner serait prêt dans quelques minutes, le temps que je réchauffe le tout sur la braise. Dites, il y a quoi comme créatures que je n’ai pas encore rencontrées ? »

Relc se gratta la tête.

« Quoi d’autre ? Hum. Qu’en est-il des araignées géantes ? Elles sont probablement en train de se cacher dans leurs tunnels à cette période de l’année, mais elles sont toujours là. »

Klbkch tressaillit alors que Relc mentionna les araignées. Erin tressaillit à son tour, et elle eut la chair de poule en les imaginant. Relc sourit aux deux d’entre eux avant de secouer sa tête.

« Faut pas s’inquiéter. Ce n’est pas encore la bonne saison pour eux. Il y aura bien plus d’animaux sauvages dans un mois environ. Là, c’est la période la plus calme de l’année en fait. Une fois qu’il commence à pleuvoir tu vas voir pleins de créatures bizarres, et quand la pluie s’arrête c’est la période où tous les animaux s’arrêtent pour brouter. C’est en hiver que ça devient vraiment dangereux. Il y a ces trucs appelés Esprits d’Hiver qui sont une galère pour nos queues… »

« Fantastique. Je suis certaine que tout le monde visite le coin pour voir les monstres qui veulent leur manger le visage. »

C’était peut-être le fait que les Drakéide étaient hermétiques au sarcasme, ou que c’était simplement le fait que Relc n’y était pas réceptif, mais ce dernier hocha joyeusement la tête en léchant ses lèvres.

« Il y avait une époque où nous avions beaucoup de voyageurs qui descendaient vers le sud. Mais tout s’est arrêté quand ce foutu Nécromancien est apparu. »

« Nécromancien ? Tu veux dire Pisces ? »

« Ce faiblard de mage ? Non. Je parle du mauvais Nécromancien qui a failli détruire la ville il y a dix ans. Est-ce la bouffe est prête ? »

« Pas encore. C’est pourquoi vous aimez par les morts-vivants ? »

Klbkch secoua sa tête alors que Relc regarda en direction de la cuisine d’où s’échappait une bonne odeur de cuisson.

« Je crois que le Nécromancien n’a nullement fait pencher la balance en leur faveur, mais les morts-vivants ont toujours été considéré comme une menace, Mademoiselle Solstice. On dit que les trois choses les plus dangereuses en Liscor sont la pluie, les morts-vivants, et la guerre. »

« Je peux voir pour la guerre, mais pourquoi la pluie et les morts-vivants ? »

« Bah. Ce sont les vraies menaces. La guerre ? Nous n’avons pas peur de la guerre »

« C’est la vérité. La plupart des résidents de Liscor ne craignent pas la guerre. Personnellement, je trouve que c’est très imprudent considérant la nature volatile des conflits entre les différentes nations de ce continent ! »

« Hah ! Même si toutes les villes du nord et du sud brûlent, Liscor ne tombera jamais ! »

Relc frappa du poing sur la table avant de regarder Erin avec des yeux de chien battu.

« Est-ce que je peux au moins avoir quelque chose à boire ? Un verre de jus bleu ? »

« Oh, bien sûr. Une petite seconde. »

Erin se dépêcha de retourner dans la cuisine avant d’attraper des verres et le pichet de fruit bleu fraichement pressé. Avant de revenir pour trouver Klbkch et Relc en pleine argumentation.

« … la certitude des Drakéides dans l’impénétrabilité de Liscor n’est pas imprudente. Mon peuple a, par plusieurs fois, apporté le besoin d’augmenter la vigilance à votre corps gouvernant mais… »

« C’est quoi le problème avec la Garde, hein ? Tu en fais partie. Tu sais que nous pouvons nous occuper de n’importe quels monstres qui nous dérangent. Et si une armée vient frapper à nos portes, qu’est-ce que ça peut nous faire ? Il n’y  a que deux moyens de rentrer dans la vallée. Au nord et au sud. Les montagnes sont pratiquement infranchissables, et les Champs Sanglants gardent la frontière sud. Même si une armée arrive par là, les Plaines Inondées empêchent toute chance de siège. Qu’est-ce que tu as contre ça ? »

« Le nord est relativement non protégé. Si les cités-états Humaines se rallient… »

« Les cités humaines ? »

Erin se pencha sur la table et manqua de renverser le jus bleu sur Relc. Elle regarda ses deux clients.

« Il y a des humains dans le coin ? Ou ça ? »

« Au nord, voyons. »

Relc leva un sourcil alors qu’Erin lutta pour ne pas l’étrangler. Klbkch lança un regard en coin à Erin avant de retourner à sa boisson.

« Et ? Hum, qu’est-ce que les cités humaines font ? »

« Qui sait ? Ce sont des Humains. Nous avons une relation correcte avec eux. Ils ne viennent pas marcher sur nos queues et nous ne les mangeons pas. »

Erin soupira. Klbkch donna un coup de pied à Relc d’en dessous la table et le Drakéide regarda Erin, avant d’écarquiller les yeux.

« Oh. Hum, heu, comme je le disais à Klbkch, Liscor ne tombera jamais ! Même si une armée nous attaquerait par le nord, nous pouvons juste rappeler notre armée. A moins de pouvoir briser les murs en une semaine ou moins, notre armée arriverait et les écraserais. Tu vois ? »

« Est-ce que votre armée est si efficace que ça ? »

Relc hocha fièrement la tête alors que Klbkch exprima son agrément.

« L’armée Liscorienne est célèbre. Tu n’étais pas au courant ? Nous nous battons pour les autres pays et ils nous payent pour réduire leurs ennemis en charpie. Notre force est constituée, à tout moment, de deux mille Drakéides et quelques centaines de Gnolls. Je sais que ça semble être une petite armée, mais ils sont au Niveau 16 en moyenne. Pas mal, hein ? »

Elle n’était pas certaine de ce qu’elle devait ressentir. Leurs niveaux semblaient plutôt bas. »

« Hum. C’est pas mal ? »

« Pas mal ? C’est super ! Le niveau moyen d’un soldat dans une armée est le Niveau 8. Huit. Tu vois ? »

Elle le voyait. Et quand Relc le disait de cette manière c’était impressionnant.

« Donc, heu, l’armée Liscorienne est deux fois plus forte que les autres armées ? »

Klbkch secoua la tête.

« Ceci n’est pas entièrement correct. Les niveaux ne peuvent pas remplacer les tactiques ou la supériorité numérique, voir l’équipement. Cependant, c’est un facteur non négligeable lorsqu’il s’agit de grandes forces. Cela permet à l’armée Liscorienne de se battre en tant que mercenaire sans engagements prolongés. »

« Exactement. Chaque armée affrontant la nôtre sait que si les choses se corsent, ils vont saigner chaque soldat qu’ils feront tomber. C’est pour ça qu’on gagne tant d’argent en combattant à  l’étranger. »

« Alors est-ce qu’ils sont là ? Je veux dire, dans la ville ? »

« Nan. Ils sont pratiquement toujours en campagne quelque part. L’armée Liscorienne n’arrête pas de se battre. Je crois qu’ils sont à l’est, en train de se battre près d’une des Villes Emmurées. »

Cela avait du sens pour Erin, même si elle avait des problèmes pour trouver des comparaisons adéquates dans son monde d’origine. C’était aussi parce qu’elle détestait les cours d’histoire. Mais elle se souvenait que les Mongols avaient fait quelque chose de similaire. Ou est-ce que c’était les Turques ? Les Suisses ? Maintenant elle ne savait plus.

Mais Erin avait une question. Elle leva un sourcil en direction de Relc.

« Donc votre armée s’en va pour combattre et gagner de l’argent ? C’est pas dangereux si quelqu’un attaque la ville ? »

« C’est exactement mon point. Si une étrangère à notre ville se rend compte si facilement de ce point faible, pourquoi la populace est si réticente à des suggestions pour améliorer nos défenses ? »

Relc secoua sa tête en regardant Erin et Klbkch de manière colérique.

« Comme je l’ai dit, Liscor a de bonnes défenses naturelles. De plus, quelle armée qui est saine d’esprit voudrait attaquer une Colonie ? »

Erin sentit que son plat était chaud et prêt à être servit, mais le dernier mot l’intrigua. Elle attendit, posant ses mains sur la table.

« Une quoi ? C’est quoi une Colonie ? »

Relc fit un mouvement de la main en direction de Klbkch.

« Cette ville, Liscor. C’est là où habitent quelques Antiniums… Pas ceux qui sont violents, ceux qui sont pacifiques. Mais ils vivent là, donc ça en fait une Colonie. L’une des six… Non, cinq dans le monde. »

Erin se tourna pour regarder Klbkch, qui hocha la tête pour confirmer.

« Nous avons un contrat avec les gens de Liscor. En échange de notre présence, nous fournissons des biens et des services à la ville. C’est un arrangement mutuellement bénéfique. »

« Ouais, c’était bizarre d’avoir des Antiniums dans le coin, mais c’était une bonne idée. »

Relc haussa les épaules.

« Dans tous les cas, le point est que les Fourmis vont défendre la ville si nous nous faisons attaquer et nous aident pour les constructions et d’autres boulots. Ils envoient quelques uns d’entre eux pour travailler avec nous comme Klbkch ici présent. Et en retour nous les laissons rester. »

« Cela me semble pas très juste ? Qu’est-ce que les Antiniums gagent dans cette histoire ? »

« Personne ne les tues, et crois-moi, y’a beaucoup de personnes qui les haïssent toujours. Même ceux qui sont pacifiques, il n’y a pas beaucoup de pays qui veulent une Colonie proche d’eux. »

Erin regarda Klbkch, il ne semblait pas incliner à être en désaccord, mais elle l’était.

« Ils ont l’air plutôt sympa pour moi. Même si Klbkch est le seul que j’ai rencontré. Mais il ne cause pas de problème, ou insulte les Humains, ou fait quelque chose terrible. À l’inverse de quelques Drakéides que je pourrais nommer. »

« Merci, Mademoiselle Solstice. »

Klbkch baissa la tête alors que Relc le fusilla du regard. Sa queue s’agita et il grogna.

« Oh, les Fourmis sont sympathiques. Ils sont silencieuses, ne boivent pas, et sont aussi intéressantes que du bois… Jusqu’à ce que l’un d’entre elles deviennent fou. »

Klbkch hocha la tête.

« Lan souche de la folie n’a pas été éliminée de ma génération. Mais nous avons réduit la cadence moyenne de folie de 14% par an, mais nous devons rester vigilants. »

« Quoi ? Quatorze…Quoi ? Est-ce que tu peux m’expliquer ? »

Klbkch hocha la tête avant d’ouvrir ses mandibules, mais l’estomac de Relc gargouilla bruyamment. Il tapota Erin dans les côtes et la fit sursauter, gagnant un nouveau pied écrasé de la part de Klbkch, mais il ne semblait pas lui prêter attention. Il commença à se plaindre à Erin.

« Vous deux pouvez parler à propos des Fourmis folles plus tard. Mais maintenant… Manger ? »

Erin hésita, avant de faiblir devant les yeux désespérés de Relc.

« Bon, d’accord »

Elle alla dans la cuisine et traîna une casserole de soupe, un panier de pain chaud légèrement trop sec après être resté près des braises durant tout ce temps, et ses habituelles pâtes avec des saucisses et oignons. Relc commença à saliver dès l’instant où il vit la nourriture.

« Désolé d’avoir pris si longtemps. Je voulais vous parler des Gobelins donc j’ai oublié de le réchauffer. »

« Y’a pas de problèmes. Met ça sur la table et tout est pardonné. Et au fait, nous avons aussi des nouvelles ! »

Relc frotta ses griffes ensemble avec anticipation alors qu’Erin sortit les assiettes et les bols.

« Ooh, c’est de la soupe ? Et du pain ? Et des pâtes ! C’est beaucoup de nourriture ! »

« Ouais, en fait, j’étais en train de célébrer un peu plus tôt. J’ai un peu trop cuisiné par accident. »

« Chélébrer ? Qu’esche qu’tu étais en train de chélébrer ? »

Il était difficile de comprendre le Drakéide quand ce dernier était déjà en train de parler avec la bouche pleine. Erin détourna poliment le regard avant de répondre.

« Oh, tu sais, ne pas mourir. »

« Ché  bien ! Faut Chélébrer ! »

Relc fit descendre sa bouchée de pain et de fromage avec un verre de fruit bleu. Erin avait désormais d’autres liquides en vente, comme du jus de pomme et du lait frais, mais le Drakéide avait développé un appétit pour la boisson sucrée.

« J’aimerais aussi avoir un bol de soupe, si cela ne te dérange pas, Mademoiselle Solstice. »

Erin jeta un regard à Klbkch avant de se souvenir de ce qu’il avait fait. Ses sourcils se froncèrent.

« Attends une petite minute. Est-ce que la soupe est une des choses que les Antiniums ne peuvent pas manger ? »

Klbkch baissa la tête.

« Je t’assure que la soupe est parfaitement comestible pour mon espèce. »

Erin jeta un regard à Relc qui hocha rapidement la tête en continuant d’avaler des pâtes. Elle mit les mains sur ses hanches.

« D’accord, mais je suis toujours en colère pour les pâtes. Donc dis-moi… Et j’espère que tu me diras la vérité ou je jure que je serais réellement en colère cette fois. Dis-moi, est-ce que les Antiniums mangent des insectes, des vers, ou des trucs de genre ? »

Klbkch releva les yeux vers Erin avant d’hésiter.

« Je n’oserai offenser ta sensibilité avec une description de ce que je mange, Mademoiselle Sol… »

« Tu peux offenser ma sensibilité, je t’en prie. »

Une nouvelle fois, il hésita.

« Mon espèce est parfaitement capable de digérer la plupart des plats préparés par les humanoïdes. Cependant, il est vrai que, si proposé, nous mangerons des créatures que les Humains et les Drakéides jugent non comestible. Nous ne le faisons pas en public pour éviter de… »

« D’accord, pas de problème ! Attends trente secondes ! »

Erin retourna dans la cuisine et commença à frapper des casseroles et des assiettes ensemble. Relc et Klbkch échangèrent un regard confus jusqu’à ce qu’elle revienne dans la salle en portant un bol de choses noires qu’elle tenait le plus loin possible.

« Ché quoi ? »

Avec précaution, Erin déposa le bol de mouches acides sur la table. Relc se pencha avec curiosité, mais Klbkch se pencha vers ce dernier comme s’il était hypnotisé.

« Ce sont… Enfin, ce sont les insectes volants et acides que j’ai trouvés. Je n’étais pas certaines si tu en voulais, Klbkch, mais j’ai pensé que ça valait peut-être le coup et… »

Klbkch s’empara d’une cuillère et commença à enfourner les insectes noirs dans sa ‘bouche’. Erin s’arrêta de parler. Et détourner le regard. Elle avait beau apprécié Klbkch, les craquements qu’il faisait et la vision de lui mangeant les mouches était une épreuve pour son estomac.

« Cha l’air beau. »

Relc avala sa bouchée et tendit une main vers le bol. Sans perdre un instant, Klbkch la repoussa d’un mouvement de sa main. Relc et Erin le regardèrent, surpris.

« Hum, est-ce que je peux aussi avoir un bol, Erin ? »

« Tu en veux ? Oh, heu, est-ce que les lézards… »

Relc jeta un regard à Erin et elle corrigea rapidement ses mots.

« …Drakéides aiment les insectes ? »

« Pas autant que ce gars, mais ça ne me dérange pas d’essayer. »

Respectueusement, Erin apporta un autre bol à Relc. Ce dernier goûta les insectes et en mâcha quelques-uns de manière expérimentale.

« Ooh, ça croque sous la dent ! Je ne savais que ces trucs étaient comestibles. Comment tu as fait pour te débarrasser de l’acide ? »

« C’est une longue histoire. Une qui implique du sang et… En fait, j’aimerais plutôt entendre tes nouvelles. Qu’est-ce qui se passe ? »

Relc la regarda sans comprendre, avant de claquer des doigts. Erin était surprise du fait qu’il pouvait le faire avec ses mains écailleuses.

« Ouais, d’accord. C’est une terrible nouvelle ! Tu sais quoi ? Un idiot a trouvé quelques ruines au sud-est de la ville, et c’est apparemment une sorte d’ancien donjon ! Maintenant tous les aventuriers à des kilomètres à la ronde vont venir l’explorer ! »

Erin fronça les sourcils.

« C’est une mauvaise chose ? je pensais que trouver de vieilles ruines et les explorer était ce que les aventuriers faisaient. C’est ce qui arrive dans les jeux que je... heu… C’est ce que les aventuriers font, pas vrai ? Et Liscor a bien une Guilde des Aventuriers? »

« Ouais, mais il n’y a pas tellement de membres. Il n’y a pas beaucoup d’idiots dans notre ville qui ont décidé de devenir des aventuriers car il n’y a pas tant à faire dans le coin. Si tu veux te battre tu rejoins la Garde ou l’armée. C’est les Humain qui sont les stupides… Heu… hum… »

Erin prétendit de ne pas l’avoir entendu.

« Tu n’aimes pas les aventuriers, c’est ça ? Pourquoi ? Est-ce qu’ils ne tuent pas des monstres ? »

« Ouais, et ils nous causent des problèmes. Ils se battent quand ils sont saouls, ils fuient les plus gros monstres, et ils sont malpolis avec les gardes. »

Relc fit violemment descendre son verre sur la table.

« Les aventuriers. Je le déteste. »

Klbkch hocha la tête avant de laisser tomber sa cuillère dans son bol. La cuillère tinta alors qu’Erin cligna des yeux et baissa les yeux vers le bol. Ce dernier n’était pas un petit bol, en fait, il était deux fois plus gros qu’un bol de soupe, et Klbkch le tendit vers elle.

« Une autre ration, s’il te plait, Mademoiselle Solstice. Il est vrai que ce genre de site va améliorer le commerce de la ville, mais les nombreux effets négatifs accompagnant les aventuriers ne peuvent pas être ignorés. »

Erin attrapa le bol et se dirigea vers la cuisine. Elle remplit de nouveau le bol avec la jarre de mouches acides et renversa quelques-unes au passage. Après un moment d’hésitation Erin les ramassa et les jeta dans le bol de Klbkch. Cela n’allait probablement pas le déranger.

« D’accord, c’est une grande nouvelle. Mais pourquoi est-ce qu’ils viendraient tous ici ? Est-ce que les ruines sont vraiment si incroyables ? »

Relc avait poussé son bol de mouche pour reprendre des pâtes et de la soupe. Erin vit Klbkch se servir dans le bol alors qu’elle glissa son bol de nouveau remplit à ras-bord de mouche acide.

« C’est le truc. Personne ne sait ce qu’il y a dans ses ruines. Elles sont peut-être vides, mais il peut y’avoir des tonnes d’artefacts magiques et de trésors. C’est un grand donjon, apparemment. La plupart des ruines, et bien, ont déjà été exploré ou sont trop dangereuses pour continuer l’exploration. Un nouveau donjon comme celui-là va faire venir des centaines d’idiots à Liscor, et devine qui va devoir les surveiller pour s’assurer qu’ils ne causent pas de problèmes ? »

« Vous ? »

« Exactement ! J’en perds mes écailles, et on est déjà assez occupé comme ça. Généralement c’est l’époque où on recrute de nouvelles recrues, donc nous sommes en sous-effectif et en train de faire des heures supplémentaires. »

« C’est une situation difficile. »

Klbkch n’arrêta pas de manger en parlant, ce qui ajouta une sorte de craquement à ses mots, qui étaient déjà naturellement cliquetant.

« Naturellement, l’afflux d’aventuriers apportent de nouveaux problèmes. Cependant, ils vont aussi apporter du commerce dont nous manquons et beaucoup de marchands cherchant à faire affaire. Ainsi, même si les gardes tel que Relc et moi se trouvent dans une situation difficile, la ville est bien plus positive à propos de cette trouvaille. Aussi, puis-je te déranger pour un autre bol ? »

Erin cligna des yeux vers le bol vide.

« Je viens de le remplir. Tu aimes vraiment ses mouches, pas vrai ? »

Klbkch hocha la tête.

« C’est… Surprenant. Je ne savais pas que les mouches acides de cette région avaient tellement… de goût. Jusqu’à maintenant je n’avais jamais essayé d’en consumer. »

« Ouais, je ne t’ai jamais vu manger comme ça, Klb ! Tu es en train de manger comme un cochon ! Ou un Gnoll ! »

Relc rit alors que Klbkch se retourna avec la bouche pleine. Lui et Erin se protégèrent avec leurs mains pour éviter de recevoir des morceaux.

« Bien, si tu les aimes tellement elles vont rester sur le menu ! »

Erin sourit joyeusement.

« Je n’avais pas idée à quel point elles allaient être populaire. Cela valait presque le cout de tout ce que j’ai dû faire pour les avoir. Presque. »

« Etait-ce difficile ? »

« Très. Mais bon, si je suis la seule capable d’attraper ces insectes, ça veut dire que je peux aussi attraper quelques clients ! Klbkch, ça te dérangerait de faire passer le mot à quelques-uns de tes amis à propos de mon auberge ? J’adorerai avoir plus de client. »

L’hésitation de Klbkch était facile à voir.

« Tu me demandes d’inviter d’autres membres de mon espèce, Erin Solstice ? »

Elle haussa les épaules.

« Ouais. Pourquoi pas ? Si tu aimes tant les mouches, je suis certaine que tes amis les aimeront aussi. En plus j’ai une bonne méthode pour les capturer… Faut juste faire attention à  les faire exploser avant de porter les jarres. »

Une nouvelle fois, Klbkch hésita.

« Je ne suis pas certain que cela soit… Prudent. »

« Pourquoi pas ? »

Relc était silencieux alors qu’il avala sa dernière portion de pâte, mais il était en train de regarder Klbkch avec attention du coin des yeux.

« Mes confrères… Ouvriers n’ont pas l’habitude que j’ai pour interagir avec les autres espèces. Cela serait imprudent de te déranger avec leur présence. »

« Hey, s’ils sont comme toi il n’y a pas de problème. Et s’ils ne veulent pas me parler, je peux juste leur servir plus de mouches. »

Klbkch semblait inconfortable.

« Je ne veux pas te déranger d’une quelconque manière. »

« Mais n’est-ce pas le travail d’une aubergiste ? En plus, je m’occupe de Pisces. Allez. Invite quelqu’un de tes amis et je vous servirai des mouches acides jusqu’à ce que l’un de vous explose. »

« Ouais, qu’est-ce qui pourrait mal se passer ? »

Relc hocha la tête. Il avala ses pâtes et tapota joyeusement Relc dans le dos. Erin et Klbkch le regardèrent. Volontairement, Erin commença à toucher la table de bois.

« Est-ce que quelqu’un a entendu parler de la Loi de Murphy ? »

« C’est quoi ? »
Titre: Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
Posté par: Maroti le 05 février 2020 à 19:31:32
Interlude - Roi
Traduit par EllieVia

Un garçon et une fille étaient debout dans la salle du trône, et parlaient. Quand l’un se taisait, l’autre prenait la relève. Ils étaient jumeaux, et étaient suffisamment semblables pour que l’autre puisse reprendre exactement là où le premier s’était arrêté.

         Occasionnellement, on leur posait une question et l’un balbutiait jusqu’à ce que l’autre trouve une réponse. Aucune de leurs réponses n’était fausse, mais certaines soulevaient de nouvelles questions. Au bout d’un moment toutefois, les questions cessèrent. Les jumeaux se turent, et regardèrent d’un air inquiet la silhouette avachie sur le fauteuil devant eux.

    “Hm. Hmm. Fascinant. Et c’est tout ce qu’il y a à savoir sur votre monde ?”

    Au premier regard, on aurait pu croire que l’interlocuteur des jumeaux était un vieil aristocrate quelconque. Bien que les vêtements de l’homme soient finement tissés et couverts de motifs brodés d’or, n’importe quel noble aurait pu se payer ce raffinement. De plus, les habits de cet homme étaient usés et portaient les traces infimes d'anciennes taches ; un signe certain que bien que ses atours soient bien entretenus, ses serviteurs ne possédaient pas l’argent nécessaire pour remplacer sa garde-robe.

    Et bien que l’homme soit âgé, il n’était pas assez vieux pour que cela puisse être un trait particulièrement remarquable non plus. Il était simplement plus vieux que les jumeaux, un homme dans la quarantaine, avec de fines mèches de gris qui commençaient à envahir sa crinière de cheveux roux et or. On pouvait également noter que sa plastique remarquable et son corps musclé étaient inhabituels, mais là encore, beaucoup de guerriers de son âge restaient aussi athlétiques que lui.

    Toutefois, quelques détails singuliers rendaient cet homme unique. Le premier était l’endroit où il était assis.

    Il siégeait dans une salle du trône, devant le garçon et la fille qui restaient debout devant lui. Le gigantesque plafond caverneux faisait paraître la salle encore plus grande, et cette dernière était conçue pour accueillir des milliers de personnes. Mais pour le moment, la salle du trône était vide, et le temps et la rouille avaient craquelé le sol de marbre. Seules quelques-unes des nombreuses fenêtres étaient ouvertes, de manière à ce que la salle du trône ne soit éclairée que par de fins rais de lumière dispersés à travers la pièce.

    L’homme est assis ici, et le gigantesque trône doré attire l’œil de quiconque entre dans la pièce. Mais l’homme n’est pas assis sur le trône. Il est assis sur un fauteuil plus petit posé face au trône.
    Il est assis comme un homme qui attend quelque chose. Et bien que sa posture soit alanguie, détendue, une étincelle brille dans les profondeurs de ses yeux d’émeraude.

    Le deuxième aspect inhabituel chez cet homme était que sous ses vêtements dorés se trouvait une cotte de mailles. Les chaînons métalliques accrochaient les rares rayons de lumière quand il bougeait sur son siège, mais l’homme ne semblait pas sentir le poids de la lourde armure. Lorsqu’il bougeait, c’était avec vivacité et précision, comme s’il ne remarquait même pas le poids qui alourdissait son corps.

    La dernière chose particulièrement notable au sujet de cet homme est qu’il était roi.

    “Magnifique. Vraiment, magnifique.”

    Le roi se leva de son fauteuil d’un mouvement brusque, faisant basculer ce dernier en arrière.  Les jumeaux tressaillirent, mais le roi ne fit pas un geste dans leur direction. Il marcha résolument à travers la gigantesque salle du trône, ses grandes foulées un brouillard de mouvement dans le vide silencieux.

    “Un monde différent de celui-ci, rempli de miracles tels que je n’en ai jamais rêvé ? Inconcevable. Et pourtant… vous dites la vérité.”

    Le roi se tourna vivement en direction des jumeaux et ils sursautèrent de concert.

    “Vous dites la vérité. Je le sais. Ce n’est pas une Compétence qui me le souffle, mais tout simplement le fait que cela est trop incroyable pour être autre chose que la vérité. Je pourrais croire à un monde gouverné par la magie, mais un monde gouverné par… des machines ? Un endroit où la magie est un mythe, où la technologie est tellement avancée que les hommes volent pour aller travailler ou simplement pour le plaisir ? Ce ne peut être un conte de fées.”

    Il passa devant eux une nouvelle fois, se dirigeant cette fois-ci en direction du trône. Le roi posa un pied sur le dais puis secoua la tête. Il n’était pas encore temps. Une fois de plus, il parcourut la salle.

    “Et quand vous avez menti - quand vous avez osé dissimuler la vérité - ce n’était que pour tenter de me leurrer sur la puissance véritable de vos armées ! Sur le pouvoir absolu d’une seule des armes de votre monde qui pourrait brûler une armure comme du papier et pulvériser murs les plus hauts… voilà la puissance de ce monde qui, comme vous le prétendez, existe au-delà de celui-ci ! Un monde où je ne serais rien d’autre qu’une bête primitive venue d’un autre temps.”

    Il écarta les bras en s’arrêtant net devant le garçon et la fille. Ils levèrent craintivement les yeux sur lui. Non pas qu’il eût été violent, mais parce qu’il était un roi à craindre ou à révérer… ou les deux.

    “Donc. Que dois-je faire de deux étrangers venus d’un autre monde ? Que ferait un homme ordinaire ? Il vous tuerait peut-être.”

    Ils frémirent à ces mots. La fille se plaça devant le garçon d’un air protecteur. Les lèvres du roi tressaillirent.

    “N’aie crainte, jeune femme. Je ne suis pas un homme ordinaire, guidé par ses défauts. Je suis un roi, et mes défauts sont les forces d’un homme moindre. Non ; je crois qu’il me faut vous garder en sécurité. Vous possédez encore des connaissances, j’en suis sûr, et vous pourriez bien être la clef pour trouver d’autres qui, comme vous, se seraient égarés.”

    Les deux jumeaux levèrent anxieusement les yeux sur le roi. Ils réfléchirent, puis la fille posa une question. Le roi acquiesça en se caressant la barbe.

    “Il est possible que vous soyez tous deux les premiers à être arrivés. Mais les probabilités pour que d’autres que vous soient arrivés sur cette planète en même temps que vous sont plus grandes. Il est possible qu’un portail soit ouvert, et que les armées de cette autre planète en surgissent déjà pour soumettre les nations tels une Grande Faucheuse.”

    L’idée d’une telle dévastation fit sourire le roi.

    “C’est merveilleux.”

    Les jumeaux échangèrent un regard nerveux mais le roi se contenta de rire. Il ouvrit les bras en grand devant leurs yeux.

    “Vous ne comprenez pas. Comment le pourriez-vous ? Mais pensez pendant un instant, comme un roi le ferait. Pensez comme moi. Venez.”

    D’un mot, le roi fit bouger les pieds récalcitrants des jumeaux. Il marcha à grands pas vers un mur de la pièce et ouvrit en grand les deux battants d’une porte. La lumière rouge d’un soleil couchant brièvement aveugla les deux jeunes gens, mais le Roi s’avança sur le balcon.

    “Là.”

    Il indiqua la cité en ruines sous son balcon.

    “Voici mon empire. Autrefois, chaque rue était pleine à craquer de gens de toutes les nations. Chaque échoppe proposait des marchandises achetées à d'innombrables milliers de lieues d’ici, et des messagers se hâtaient à chaque coins de mon royaume qui ne cessait de s’étendre. De jour comme de nuit, mes armées avançaient, et le monde tremblait au son du tintement des épées et des hommes qui scandaient mon nom.”

    Les jumeaux regardèrent la ville, mais furent incapables d’imaginer la vision que le roi leur décrivait. Ils ne voyaient que des briques effritées, et des gens misérables vagabondant sans but. Les gouttières étaient remplies de lie, et le peu de nourriture sur les étalages était soit pourrie, soit en train de pourrir. Le roi baissa les yeux sur sa cité et secoua la tête.

    “Autrefois. Mais j’ai abandonné mes rêves de conquête et laissé la nation que j’avais bâtie s’effondrer autour de moi. Et pourquoi ? Parce que ma vision était trop étriquée, et mon objectif bien trop atteignable. J’avais balayé un continent, renversé d'innombrables royaumes, et pourtant… ce n’était qu’un édifice bâti dans l’instant, une création dérisoire née d’opportunité et de chance. Vaine.”

    Les jumeaux contemplèrent la cité mourante en contrebas. Ils frissonnèrent en voyant les visages dénutris des gens qui l’habitaient. Le roi baissa les yeux sur eux.

    “Vous avez pitié d’eux ?”

    Ils acquiescèrent.

    “C’est très bien. Ils méritent un meilleur dirigeant que moi. Dans mon regret et ma misère complaisante, je les ai laissés tomber. Mais le feu de mon âme était éteint depuis longtemps. Jusqu’à aujourd’hui.”

    Il s’engouffra de nouveau dans la salle du trône. Les jumeaux coururent derrière lui, entraînés dans son sillage comme les poissons par la marée. Le roi gravit deux à deux les marches du dais, se retourna et baissa les yeux sur les jumeaux. Il paraissait plus grand, tout à coup, et c’était déjà là un homme dont la seule présence physique avait valeur de commande.

    “Autrefois, mon nom résonnait à travers le monde ! Mes hauts faits étaient contés avec effroi et admiration ! Et pourtant vous êtes venus ici - ici, au cœur de mon royaume en déclin, pour me dire qu’un monde plus grand que tout ce dont j’aurais pu rêver existe ?”

    Sa voix tonna à travers la salle du trône. Les jumeaux s’agrippèrent l’un à l’autre, en proie à une peur mortelle. Le roi pointa un doigt sur eux.

“Et entendre dire que l’oeuvre de toute ma vie - toutes les gloires que les empires osent revendiquer, fiers de leur histoire - entendre dire que ceci n’est rien comparé aux merveilles de votre monde. N’est-ce pas intolérable ? Et pourtant, malgré toute la force de mes armées, nous ne pouvons nous comparer à une simple… bombe. Et mes mages ont beau pouvoir travailler pendant un millier d’années, même eux n’ont pas levé les yeux sur les lunes jumelles dans le ciel et osé aller y poser le pied. Marcher sur les Lunes !”

    Il leva les bras et rugit de rire. L’écho du tonnerre de sa voix se répercuta dans la salle caverneuse.
    “Quelle farce ! Quel défi que celui que m’offrent aujourd’hui les cieux !”

    Le garçon et la fille s’enlacèrent. Ils avaient vu beaucoup de choses dans leur vie, du moins par rapport aux citoyens de ce monde. Ils avaient vu des hommes et des femmes voler, avaient vu leur monde comme une sphère bleue et verte, ils avaient vu des armées charger sur des écrans de télévision et des hommes marcher sur la lune. Mais tout cela n’était que poussière face à la réalité de la présence d’un roi. Son rire les assaillait comme une force physique jusqu’à ce qu’il s’arrête.

    D’un coup, le roi s’assit sur son trône. En un instant, sa joie avait disparu, et quelque chose d’autre avait pris la place de la folle énergie qui l’avait empli. À présent, il semblait recouvrir entièrement son trône, et lorsqu’il se releva, il n’était plus le même homme.

    Il était Roi.

    “Venez, alors. Allons réveiller cette nation dormante et apporter de nouveau le trépas et la gloire dans ce monde creux !”

    Il descendit du dais et traversa à grands pas la salle du trône en direction de la porte à double battants. Les jumeaux le suivirent, effrayés à l’idée de se retrouver seuls.

    “Orthenon !”

    Mugit le roi. Il s’arrêta au niveau du plus petit fauteuil et y posa un pied.

    “Orthenon ! Mon Intendant Royal ! Viens à moi !”
 
Pendant un instant, tout ne fut que silence. Puis les doubles portes s’ouvrirent, et un homme pénétra dans la pièce. C’était un homme grand et décharné qui marcha sur le sol de marbre avec une grâce surnaturelle.

    Les jumeaux le regardèrent avec intérêt. Pendant un bref instant, en entrant, l’homme dénommé Orthenon avait jeté un regard plein d’espoir en direction du trône. Mais lorsqu’il avait vu son roi debout à côté du fauteuil, sa tête s’était légèrement courbée. Il approcha de son roi et lui fit une légère révérence.

    “Vous m’avez convoqué, seigneur ?”

    Le Roi acquiesça. Des braises couvaient encore en lui, et le feu grandissait, mais son intendant royal ne le voyait pas. Pas encore.

“Dis-moi, Orthenon. Quel est la situation de mon royaume ?”

    L’homme eut une expression amère. Il répondit sans croiser le regard du roi.

“Comme je vous l’ai déjà dit encore et encore, sire, nous dépérissons. La nation s’effrite. Nos ennemis prennent nos terres, vos vassaux s’agenouillent devant des puissances étrangères, et nous ne pouvons pas nourrir ne serait-ce que nos jeunes.”

    Le Roi acquiesça. Ses yeux paraissaient flamboyer dans la semi-obscurité. Si Orthenon levait la tête… mais il ne le fit pas. L’intendant royal continua de parler, la passion enflammant sa voix alors qu’il faisait la liste des frustrations accumulées pendant des années.

    “L’Empereur des Sables mène ses armées à travers le désert au moment même où je vous parle ! Les armées des autres nations se délitent devant ses forces alors qu’il brûle et pille chaque village sur son chemin. À l’Est, les Minos s’agitent et les tambours de guerre résonnent au large de leurs côtes. Des rumeurs de guerre viennent des continents du nord, et notre peuple meurt de faim dans la rue ! Je vous ai déjà dit cela mille fois, seigneur ! Si vous ne reprenez pas le trône, pourquoi me le demander ?”

    “Parce que je suis ton Roi.”

    Orthenon leva les yeux. Le Roi s’avança et plaça une main sur son épaule. Et le feu s’embrasa d’un homme à l’autre.

    “Réjouis-toi, mon intendant royal. Je suis de retour. Je reprends enfin ma place sur le trône.”

    Pendant un instant, l’homme décharné resta bouche-bée. Puis ses yeux s’emplirent de larmes. Il serra entre ses mains celle de son Roi et les deux s’enlacèrent pendant un moment.

    “J’avais espéré… nous avons attendu tellement longtemps, seigneur…”

    “Je sais.”

    Le Roi tapota gentiment Orthenon pendant que l’homme cherchait ses mots. Mais en quelques secondes, il reprit le contrôle de ses émotions et s’inclina très bas, une jambe tendue en avant, l’autre repliée en arrière. Une main sur la poitrine et l’autre tendue à l’extérieur. C’était révérence différente de celle, plus raide, qu’il avait faite un peu plus tôt.

    Le Roi acquiesça, approbateur. Il leva son pied du fauteuil et le ramassa d’une main.

    “Plus jamais. Tu as ma parole.”

    D’un mouvement brusque, le Roi jeta le fauteuil. Il vola dans les airs à travers la pièce et se fracassa contre le mur à quinze mètres de là. Les jumeaux restèrent bouches-bées devant la pluie d’esquilles de bois. Le Roi hocha la tête et se tourna de nouveau vers son intendant.

    “Reprenons. Fais ton rapport, Orthenon. Donne-moi encore une fois les nouvelles de mon royaume.”

    Orthenon écarta les mains devant son roi. Son conflit intérieur se reflétait sur son visage alors qu’il parlait. Le poids de la famine et la douleur des années l’alourdissaient, et pourtant un feu brillait dans ses yeux. Il ne ressemblait plus à l’homme qu’il était quelques instants plus tôt - un homme brisé, exténué.

    “Quel rapport puis-je faire sur le chaos, sire ? Je pourrais vous faire la liste d’un millier de problèmes urgents et il en resterait encore un millier. Le royaume vacille. Notre salle du trésor est vide, notre peuple meurt de faim, nos cultures et nos animaux sont morts et nos armoiries sont pleines de rouille et de pourriture. Chaque soldat valeureux à part une poignée de loyaux ont fui pour des terres plus vertes, et nous vacillons au bord du précipice.”

    “Merveilleux.”

    Orthenon dévisagea son roi. Les jumeaux dévisagèrent aussi le Roi. Ils le regardèrent comme s’il était devenu fou. Mais cela aussi faisait partie de la condition de Roi, et il était habitué à leur incompréhension.

    “Nous n’étions jamais tombés aussi bas. Mon royaume et moi-même sommes enfouis au fond d’un puits profond. C’est merveilleux. Cela devrait rendre les jours, semaines et années à venir encore plus glorieuses.”

    Les jumeaux ne comprenaient pas. Mais les braises s’embrasèrent, et les yeux d’Orthenon se mirent à briller. Le Roi regarda en direction du balcon.

    “Qu’en est-il de ceux qui me sont loyaux ? Qu'en est-il de mes vassaux, ceux que j’ai choisi pour régner en mon absence ? M’ont-ils abandonné, eux aussi ?”

    “Pas abandonné, mon roi. Mais ils ont été forcés de s’incliner ou d’être détruits par d’autres nations. En ce moment même, des armées étrangères contrôlent tes terres et imposent leurs lois sur ton peuple.”

    Le Roi acquiesça. Il se dirigea vers son trône, et le feu en lui brûlait haut, à présent. Lorsqu’il passa à côté d’eux, les jumeaux se mirent à trembler de manière incontrôlable. Que se passait-il ? Le vieil homme qu’ils avaient rencontré était parti, remplacé par une créature féroce qui menaçait de brûler tout le château. Le Roi était bien plus grand que son enveloppe mortelle. Même ses habits semblaient briller plus qu’à leur arrivée.

    “Envoie une missive à mes vassaux. Dis-leur qu’ils ont trois - non, deux jours pour se débarrasser des chiens pouilleux qui voudraient réduire leur fierté en poussière. Ils me rejoindront ici avec autant de guerriers et de jeunes talentueux qu’ils pourront rassembler.”

    Orthenon hésita.

    “Je ne suis pas certain qu’ils croiront que c’est vous, sire. Et cela fait tellement longtemps… certains pourraient vous tourner le dos.”

    Le Roi resta debout à côté de son trône. Il pointa un doigt sur Orthenon.

    “Alors dis-leur ceci : je les attends. Et je hisserai mes bannières et préparerai en personne les places à ma table. Jusqu’à ce qu’ils soient rassemblés ici, je ne me reposerai pas sur ce trône. Mais que le royaume le sache, et que le monde l’entende ! Je suis de retour !”

    Orthenon posa un poing tremblant sur sa poitrine. Ses yeux étaient brouillés de larmes, mais il ne détourna pas une seconde le regard de son roi.

    “Va !”

    Cette fois, la voix du Roi fut un rugissement. Il rugit encore, et elle se transforma en tonnerre. Il résonna à travers la salle du trône, franchit les doubles portes, et se réverbéra à travers toute la ville. Les jumeaux crurent sentir le sol trembler.

    “Que cette nation se réveille de sa décade de sommeil ! Que chaque main saisisse une épée et une hache ! Levez-vous, tous ceux qui se souviennent encore de mon nom ! Entendez-moi et obéissez ! Levez-vous !”

    Les derniers mots firent trembler l’air. Les jumeaux bondirent en avant puis s’arrêtèrent. Ils ne savaient pas ce qu’ils faisaient, seulement qu’il fallait qu’ils bougent. La voix du Roi se saisissait de quelque chose en eux et allumait des étincelles dans leurs âmes mêmes.

    Orthenon se précipita hors de la pièce. Les jumeaux l’entendirent hurler d’un air sauvage, puis ce fut comme si un feu de forêt alimenté par la folie embrasait le château. Un autre homme rejoignit son cri - non pas un cri de panique ou de rage, mais de joie. Il fut rapidement rejoint par d’autres voix, des hommes et des femmes qui hurlaient, et par le martèlement des pas.

    L’agitation monta dans le château et s’étendit à la ville. La bouche ouverte, les jumeaux regardèrent un homme courir dans la rue, hurlant comme en proie à la folie. Les gens qu’il croisait sur son passage levèrent les yeux, et ce fut comme s’il leur transmettait la même passion sauvage. Certains tombèrent à genoux, d’autres pleurèrent ou hurlèrent, et d’autres se mirent à courir à travers la ville, ou hors de la cité en direction d’autres villages.

    Pas une seule personne ayant entendu les cris ne fut épargnée. Le feu gronda, et se propagea à chaque âme du royaume. Un rugissement sourd s’éleva de la ville et de tous les recoins du château. C’était assourdissant, sauvage, des réjouissances mêlées de soulagement, de tristesse et d’espoir.
    C’était le son d’une cité qui revenait à la vie.

    Le Roi sortit sur son balcon, le peuple hurla et le son s’amplifia dès qu’ils aperçurent son visage. Il leva une main, le vacarme faillit assourdir les jumeaux.

    Il se tourna vers eux. La lumière s’éteignait, et le soleil était presque couché. Mais le Roi brillait, et cela aurait pu être un jeu de lumière ou leur imagination, mais les jumeaux auraient juré que la lumière formait un halo autour de sa tête. Ou bien… non, pas un halo.

    Une couronne.

    Le Roi pointa un doigt sur les jumeaux.

    “J’ai fort à faire. Mais vous deux. Vous allez m’accompagner. Vous serez mes assistants personnels. Mes gardes du corps ? Oui, mes gardes du corps. Je vais vous entrainer convenablement pour ce rôle dans les jours à venir.”

    Les jumeaux furent bouche-bée. Ils commencèrent à protester, mais le Roi éclata de rire. Il écouta le garçon parler, puis la fille, et secoua la tête.

    “Hah ! Peu importe vos souhaits. Vos vies m’appartiennent.”

    Là encore, ils protestèrent, mais leurs mots se perdirent en regardant le Roi. Il baissa les yeux sur eux, nimbé d’un halo de soleil mourant et éclairé par un feu intérieur.

    “Ces choses dont vous parlez. Liberté… ? Justice ? Pah. Elles ne vous appartiennent pas de droit. Si vous voulez les réclamer vous-mêmes, levez les armes contre moi. Car c’est moi qui les détiens.”

    Il indiqua d’un geste la cité qui revenait à la vie.

    “Sachez ceci : où que mon pas me mène, et aussi loin que j’irai, je clame ce monde et le vôtre comme les miens. Tant que vous êtes à ma portée, je régnerai sur vous. Car je suis le Roi.”

    Il leva une main et sa voix devint le tonnerre. Elle résonna à travers la cité, et à travers une nation.

    “Que le monde se dresse contre moi. Que les peuples de chaque race marchent sur mon peuple ; que la terre elle-même s’ouvre et que les gouffres de l’enfer crachent. Peu me chaut. Je suis le Roi, et tous ceux qui me suivront sont mon peuple. Nul ne m’arrêtera. Ce monde est mien !”

    Le Roi ouvrit les bras en grand et éclata de rire. Le feu embrasa la ville et galopa à travers la campagne, se propageant de personne à personne, apportant avec lui un unique message. Il résonna dans chaque colline, dans chaque rue, dans chaque cœur. Il le cria au ciel du haut de son château en ruines, et la nouvelle se propagea aux quatre coins du monde.

    “Flos, le Roi de la Destruction, est de retour !”

Titre: Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
Posté par: Maroti le 08 février 2020 à 19:59:44
Les ténèbres cachent de nombreuses imperfections. L’ombre dissimule ceux qui trouvent le soleil épuisant et sa vive lumière un anathème. La faible lumière  qui n’est pas les véritables ténèbres mais qui obscure l’ombre, là où seules les indistinctes silhouettes sont visibles pour conjurer des cauchemars pour les humains et ceux lié à leur espèce.

Mais certains habitent dans ces ombres.

Deux individus conversaient dans les ténèbres de la pièce. L’emplacement exact de cette pièce n’avait pas d’importance. Les pièces avaient peu d’importance en ces lieux, dans les catacombes et l’interminable labyrinthe de galeries.

L’un d’entre eux était une femelle. Le second était Klbkch. La femme bougea dans les ombres et sa voix profonde fit trembler l’air.

« T’ai-je bien compris, Klbkch ? Demandes-tu vraiment une Expédition après que le seul résultat obtenu jusqu’à ce point est la folie ? »

Klbkch secoua la tête.

« Non, ma Dame. Je demande humblement que quelques Ouvriers, peut-être une dizaine ou une vingtaine, soit autorisé à quitter la ville sous ma surveillance. Ils visiteront une auberge locale pendant plusieurs heures avant de revenir. »

« Intéressant. »

Le mot se déroula comme un riche drap de velours noir, cachant connotations et sens. La femme s’arrêta.

« Est-ce une de tes idée, mon cher Klbkch ? Puis-je espérer que mon Prognugator a tant changé ? »

Klbkch secoua de nouveau la tête.

« Je reste tel que je l’ai toujours été, ma Dame. Je regrette que cela ne soit pas mon initiative. Elle, l’aubergiste dont je parle, me l’a demandé. »

De la surprise pouvait se faire entendre à travers l’épaisse voix de la femelle alors que ses mots se réverbéraient à travers la caverneuse chambre.

« Elle le demande ?  Quelle espèce désire la présence d’Ouvriers si ce n’est pas pour les faire travailler ? »

« Une Humaine. Et elle n’a pas spécifiquement  demandé des Ouvriers. Plutôt, elle est encline à vendre de la nourriture à notre peuple. Des mouches acides. Elles souhaitent faire du bénéfice en vendant à notre espèce. »

« Est-ce que cette humaine est sincère ? »

« À ma connaissance et au meilleure de mes capacités, je crois qu’elle l’est. »

De nouveau, de la surprise fut la principale émotion présente dans la voix de la femelle.

« Toi, Prognugator ? Tu crois ? Alors tu as véritablement changé. Quel est le nom de cette Humaine qui t’a changé ? »

Klbkch hésita. Il inclina la tête en direction de la femelle.

« Son nom est Erin Solstice, ma Dame. Et je crois… Oui, je crois que son expérience peut aider la progression du Plan. Au moins, cela augmentera la confiance qu’elle porte en notre espèce. »

« Et pourquoi devrai-je écouter sa requête ? »

Klbkch ouvrit ses mains. Elles étaient humanoïdes, ou du moins, ressemblaient plus à des mains que des appendices d’insecte. Cela ne pouvait pas être dit des appendices de la femelle.

« Le Plan as-t-il changé ? Ne souhaitons-nous plus améliorer nos relations avec les autres espèces ? »

La femelle se mût dans les ténèbres. Sa voix changea, sifflant doucement avec regret et frustration.

« Le Plan n’a pas changé, Klbkch. Mais nous avons changé. Et non pas dans la direction que nous désirons. Non, ce changement provient des Autres. Ils ont de nouveau commencé à questionner le Plan. »

Klbkch releva la tête. Ses mains bougèrent aux pommeaux de ses épées sans qu’il ne le réalise.

« Ils questionnent votre volonté, ma Dame ? »

Elle fit un mouvement languissant d’une antenne dans sa direction.

« Pas en tant que tel. Du calme, mon champion. Mon autorité n’est pas diminuée. Et pourtant. Les Autres bougent, Klbkch. Ils parlent d’envoyer des émissaires, ou de lever des armées. »

L’Antinium masculin releva brusquement la tête. Ses antennes tressaillirent.

« Est-ce que cela veut dire que vous voulez de nouveau essayer les Premières Expériences ? Si je peux offrir mes conseils, cela semble… Imprudent. »

Elle hocha la tête dans la pénombre.

« Oui. Mais ils deviennent impatients. Donc leurs idioties peuvent être acceptées si quelque chose n’est pas fait. C’est pourquoi je vais autoriser ce risque. Prends douze Ouvriers. Laisse les visiter cette jeune Solstice. »

Klbkch s’agenouilla sur l’un de ses genoux segmenté.

« Merci, ma Dame. Je ne trahirai pas la confiance que vous avez en moi. »

Un grand soupir retentit dans la pièce, faisant bouger les antennes de Klbkch alors que l’air bougea.

« De cela je ne doute pas. Mais j’ai besoin de plus que ta loyauté. Klbkchhezeim  des Libres. Je dois avoir des résultats. Peux-tu me promettre cela ? »

Il était figer et toujours agenouillé devant elle. Puis Klbkch leva le regard et secoua lentement la tête.

« Je ne le peux. Mais j’essayerai. »

« Très bien. Alors essaye. »

Klbkch hocha la tête. Il se releva, et commença à sortir de la pièce avec des mouvements rapides et précis.

« Klbkch. »

Il se retourna. Depuis les ténèbres une antenne se pointa vers lui et la forme titanesque bougea.

« Tu ne dois pas échouer dans cette mission. Le Plan stagne depuis trop longtemps. Si les prochaines générations échouent, je crains que d’autres retombent dans les anciennes coutumes. »

Klbkch baissa la tête.

« Je m’assurerai que tout se déroule sans problèmes, ma Dame. Erin Solstice n’est pas hostile à notre espèce. Je crois qu’elle aura une influence positive sur eux. »

« Alors pars. Mais j’ai une dernière chose à te demander. »

« Oui, ma Dame. »

« Ahem. Ces mouches… Quel goût ont-elles ? »

« Je vous rapporterai un échantillon, ma Reine. »

« Bien. »

***

Erin était en train de faire une liste.

« D’accord, est-ce que j’ai tout ce qu’il me faut ? Recommençons depuis le début. Le cellier ? Plein à craquer ! La coutellerie ? J’ai ce qu’il faut, même si ce n’est pas de l’argent. »

Elle se retourna et se dirigea vers une autre table.

« Du jus de fruit bleu ? Ouaip. Quatre pichets et un panier de fruits bleus. »

Elle avait nettoyé plusieurs arbres pour préparer le repas de ce soir. À ce point elle avait pratiquement mangé la moitié des fruits du verger. Tôt ou tard, elle allait tomber à court de fruit, ce qui pouvait être un problème. Combien de temps fallait-il avant que les fruits repoussent ? Peut-être que Pisces le savait.

« Des mouches acides ? Ouaip. Sont-elles mortes ? Double ouaip. »

C’était presque triste à quel point il était facile de les attraper dans ses pièges flottants. Presque. Erin avait bien vérifié qu’elles avaient toutes explosées avant de faire rouler les jarres dans l’herbe. Elle pensait que les poissons plats dans la rivière devaient aider, vu qu’ils n’arrêtaient pas de se cogner contre les jarres en essayant de manger les mouches. Peut-être qu’ils allaient véritablement en casser une un de ces jours.

« Bien. Je vais me laver en amont des jarres à partir de maintenant. »

Elle devait aussi probablement mettre des panneaux d’avertissements. Même si Erin ne savait pas qui les panneaux allaient avertir. Vu qu’un certain Humain nécromancien restait éloigné des jarres de verre et qu’elle ne savait pas si les Gobelins savaient lire. Dans tous les cas, elle continua sa liste.

« Des pâtes ? Attends, je n’ai pas besoin de pâte. »

À moins que Relc ne passe. Mais d’après ce que le Drakéide avait dit, il ne semblait pas aimer les Antinium à l’exception de Klbkch donc c’était peu probable. Erin en mit une casserole sur le fourneau juste au cas où, elle pouvait toujours les manger plus tard.

L’un des avantages les plus charmants de vivre prêt d’une ville était qu’il n’était pas nécessaire de faire ses propres pâtes. À la place, il suffisait d’en acheter à une étrange madame Gnoll qui savait exactement quand tu avais tes règles. En d’autres termes, il y avait des avantages et des désavantages à vivre proche de la ville.

« Ok. C’est tout. J’ai du pain au cas où Pisces s’arrête, et j’ai même du fromage. Du délicieux fromage qui sent bien le fromage. Provenant probablement d’une vache. Et je pari que Klbkch est aussi intolérant au lactose. »

Son cellier était plein, ses assiettes et verres étaient propres, et elle avait même sortit et préparer l’échiquier. Elle pensait que Klbkch serait peut-être intéresser par une partie ou deux… Si elle n’était pas occupé à nourrir ses clients.

Pendant un instant, Erin posa la tête contre l’un des murs en se demandant comment elle en était arrivé là. Une fille du Michigan ne devrait pas penser qu’il était normal de vendre des torses de mouches mortes à des gens-fourmis qui pouvaient marcher et qui allaient la payer en pièce d’argent. Elle était probablement en train de les arnaquer, mais Klbkch semblait être prêt à payer n’importe quel le prix pour les mouches. Et il avait mangé six bols avant de s’en aller.

Maintenant tout ce qu’Erin avait à faire était attendre jusqu’à ce que Klbkch vienne avec les amis qu’il avait promis d’amener.  Il avait dit qu’ils seraient là dès qu’ils avaient terminé leur travail. Est-ce qu’ils étaient tous des gardes ? Erin avait oublié de demander.

Quelqu’un frappa à la porte de l’auberge. Erin se retourna et l’ouvrit avec un grand sourire.

« Salut Klb… Oh. »

L’intégralité du groupe de Gobelin fit un pas en arrière alors qu’Erin les regarda. Les huit, non, neuf d’entre eux étaient agglutinés et poussèrent leur leader en avant, un petit Gobelin portant des loques. Erin se souvenait de ce Gobelin.

« C’est… C’est toi. Est-ce que, hum, est-ce que tu veux quelque chose ? »

Le Gobelin loqueteux tendit maladroitement une main vers Erin. Elle cligna des yeux en voyant le tas de pièces de cuivre et d’argent recouvert de terre reposant au creux de la petite paume.

« Oh. Oh ! Tu veux manger, pas vrai ?»

Le Gobelin loqueteux hocha la tête brusquement. Erin ouvrit la porte avant de leur faire signer d’entrer.

« D’accord, rentrez. »

Le Gobelin loqueteux hésita. Il montra de nouveau les pièces à Erin.

« Hum. Le premier repas est gratuit. »

Le Gobelin, qu’Erin avait décidé d’appeler Loques, la regarda sans comprendre. Apparemment ‘gratuit’ n’était pas facile à comprendre pour une race qui prenait ce qu’ils voulaient. Tout était gratuit, ou rien n’était gratuit.

« Et si je prenais l’argent et que je te nourrissais jusqu’à ce qu’il y en ait plus, d’accord ? »

De nouveau, Loques la regarda sans comprendre mais semblait soulagé quand Erin prit l’argent. Erin se dépêcha de déposer les pièces sales sur le comptoir du bar en souhaitant avoir de l’eau chaude et du savon.

« D’accord. Ce n’est pas le meilleur moment, mais pourquoi ne pas t’installer sur cette table avec tes amis ? »

Les Gobelins se rendirent docilement à la table qu’Erin avait pointé du doigt avant de s’asseoir. Erin hésita. Quelle était la suite ?

« C’est vrai, la nourriture. »

Les huit têtes se relevèrent et les Gobelins regardèrent Erin. Celui qu’elle avait déjà nourri auparavant était en train de baver sur la table.

« Donnez-moi cinq… Dix minutes et je vous apporterai tout ce que vous pouvez manger. J’ai juste besoin de mettre une autre casserole sur le feu. Et de faire de la soupe. Mais j’ai du pain ! »

Erin se retourna. Oui, elle allait rapidement leur préparer quelque chose. Elle fonça dans la cuisine et en ressortit avec une miche de pain frais ainsi que du fromage et des saucisses. Les Gobelins regardèrent avidement les assiettes qu’Erin était en train de remplir. Ils sursautèrent quand elle était proche, et quand elle leur tendit une fourchette ils passèrent sous la table comme s’ils s’attendaient à ce qu’elle les poignarde.

« Vous pouvez commencer à manger pendant que je prépare plus de nourriture, d’accord ? »

Les Gobelins regardèrent la nourriture. Loques approcha lentement sa main de la miche et Erin lui tapota le dessus de la tête. Tous les Gobelins sursautèrent.

« Oh, hum. Désolé pour ça. Je vais vous le couper. »

Confus, les Gobelins regardèrent Erin entrer de nouveau dans la cuisine. Leurs yeux errèrent sur le pain qui sentait délicieusement bon, sur la viande et su l’étrange chose jaune, et ils se demandaient s’ils pouvaient le manger. Ils relevèrent la tête et hurlèrent alors qu’Erin rentra de nouveau dans la salle commune avec un couteau de cuisine.

« Oh non, ne courrez pas ! Je ne vais pas vous faire de mal ! »

Erin agita ses mains, paniqué, et manqua de se poignarder avec le couteau. Les Gobelins arrêtèrent leurs courses folles vers la porte.

« Je vais juste découper votre nourriture. Vous voyez ? »

Elle alla lentement et prudemment jusqu’à la miche de pain avant de la couper en tranches. Erin sourit alors que les Gobelins retournèrent vers la table avec suspicion.

« Et maintenant je vais déposer le couteau. Plus de trucs pointus. Vous n’avez pas à vous inquiéter, vous êtes en sécurité ici. D’accord ? »

Elle leur fit un autre sourire rassurant. C’est à cet instant précis qu’un groupe d’Antinium entre dans l’auberge, suivit de prêt par Klbkch. Le sourire d’Erin se figea sur ses lèvres.

Klbkch se figea à son tour et les autres grands et identiques insectes noirs et marrons s’arrêtèrent à leurs tours. Les Gobelins étaient pétrifiés dans leurs sièges, mais la moitié d’entre eux commencèrent à se rapprocher de la fenêtre la plus proche.

Erin secoua les mains de manière paniqué en direction de Klbkch. Puis elle se retourna vers les Gobelins avant de leur faire un autre sourire réassurant.

« Ne vous inquiétez pas ! e vous inquiétez pas. Ces gens ne vont pas vous faire du mal. Ils sont des invités. Ils sont aussi là pour manger, compris ? »

Ils hésitèrent, mais Loques semblait être plus solide que ses camarades malgré sa plus petite taille. Elle retourna dans son siège. Et ce Gobelin était une Gobelin, Erin en était certaine. Les autres Gobelins, qui étaient tous des mâles à l’exception d’un d’entre eux, ne portaient rien sur leurs torses. Ils portaient à peine quelque chose pour cacher leurs parties intimes.

Elle les guida jusqu’à leurs sièges et essaya d’éviter de regarder l’entrejambes des Gobelins quand leurs pagnes bougea de manière infortunée. Il y avait une raison pour laquelle les pantalons avaient été inventés.

« Allez-y et manger autant que vous le voulez. »

De nouveau, les Gobelins regardèrent nerveusement les Antiniums, mais maintenant que le choc était passé, la nourriture fraîche les appelait. Il y eut un moment d’hésitation, puis Loques attrapa un morceau de saucisses et les Gobelins commencèrent à avaler toutes la nourriture présente sur la table avec leurs mains.

Elle grimaça en voyant le fouillis, mais au moins ils étaient occupés. Erin se décala doucement en direction de Klbkch, qui était toujours en train d’attendre avec le groupe d’Antinium.

« Salut, Klbkch. Désolé pour la confusion. J’ai eu quelques visiteurs qui sont arrivé de manière inattendue. »

« Il n’y a pas de problèmes, Mademoiselle Solstice. J’ai amené des gens de mon espèce comme tu l’avais demandé. »

Klbkch hocha la tête en direction d’Erin avant de faire un geste aux Antiniums silencieux derrière lui. Erin regarda ses nouveaux clients avec un peu d’appréhension.

Ils étaient comme Klbkch, et différents de lui en même temps. Par contre, ils étaient identiques l’un à l’autre. Erin ne parvenait pas à les distinguer l’un de l’autre, et les douze autres Antiniums se tenaient et bougeaient comme s’ils étaient une seule et même personne.

Elle nota qu’ils étaient légèrement plus maigres que Klbkch, et un peu plus petit. La couleur de leurs… Carapaces étaient nettement plus marron, et leurs antennes étaient plus petites. Et ils ne semblaient pas intéresser par l’idée de parler. Tous les Antiniums regardaient Klbkch plutôt qu’Erin.

« Sont-ils… Sont-ils tes amis ? Ou d’autres gardes ? »

Klbkch secoua la tête.

« Je crains qu’il y ait erreur. Ce sont des Ouvriers, Mademoiselle Solstice. Ce ne sont pas des confrères gardes, mais ils réalisent des travaux dans une partie de la ville où les Antiniums sont acceptés. Je les aie amené car tu as demandé pour plus de clients, mais je n’ai jamais interagit avec eux auparavant. »

« Oh. »

« Ils se comporteront de manière adéquate sous ma supervision, Miss Solstice. »

Klbkch se dépêcha de rassurer Erin. Il se tourna vers le groupe d’Ouvrier Antinium et pointa une table du doigt.

« Vous êtes entré dans l’auberge. Le protocole de politesse est de se présenter et de prendre un siège. Je m’occuperai de vos salutations. Bougez jusqu’à ces tables. »

Ils marchent jusqu’aux tables d’un pas obéissant. Au début, ils s’agglutinèrent autour de la même table, mais Klbkch les dirigea de manière impatiente jusqu’à ce que les Antiniums soient à quatre par table.

« Asseyez-vous ! »

Klbkch ordonna les autres Antiniums et ces derniers s’assirent immédiatement dans les chaises. Le sourire d’Erin continua de disparaitre alors que Klbkch continua de les diriger avec des ordres courts et sec.

Il traitait les autres Antiniums comme… Des moutons. Ou des enfants. Des enfants stupides qui ne pouvaient pas prendre une fourchette sans se la planter dans l’œil. Oui, c’était ça.

Erin regarda Klbkch du coin de l’œil alors qu’il fit la leçon aux autres ‘Ouvriers’. Il leur disait comment utiliser une cuillère, et comment boire depuis un verre. Et comment commander un autre bol de mouches.

« Hum, merci Klbkch. Est-ce que tu veux que j’aille chercher la nourriture ? J’ai des mouches acides, bien sûr, mais aussi des pâtes… »

Erin écarquilla les yeux.

« Oh non ! Les pâtes ! »

Les Gobelins et les Antiniums regardèrent Erin foncer dans la cuisine pour tenter de sauver les nouilles trop cuite. Elle était de retour quelques minutes plus tard en tenant plusieurs assiettes de pâtes avec des bout de saucisse et d’oignon. Elle plaça les assiettes devant les Gobelins.

« Utilisez des fourchettes, d’accord ? Votre ami sait comment utiliser une fourchette. »

Erin pointa les couverts du doigt avant de sortir les bols de mouches acides qu’elle avait préparé. Elle les déposa devant les Ouvriers Antiniums, légèrement mal à l’aise. Ils bougeaient hors de son chemin, mais ne disait pas un mot.

Du moins, c’était le cas jusqu’à ce que Klbkch leur donne un nouvel ordre sec, et les douze murmurèrent un ‘merci’ dès qu’Erin apportait une assiette ou un verre. Mal à l’aise ? Erin était en train de revoir sa définition du mot en ce moment même.

Une fois cela fait, les Antiniums commencèrent à manger sous les ordres de Klbkch. Au moins ils semblaient quelque peu enthousiastes, car ils étaient en train de gober les mouches à une vitesse respectables. Ils mangeaient silencieusement, ce qui était légèrement dérangeant. Mais au moins ils mangeaient.
Erin laissa s’échapper un sourire de soulagement. Puis la porte de l’auberge s’ouvrit.

Un Drakéide familier passa la tête dans la pièce. Il se lança immédiatement dans ce qui semblait être un discours préparé à l’avance en tenant maladroitement un échiquier devant lui.

« Bonsoir, Mademoiselle Erie ! J’espère que cela ne te dérange pas si je passe, lais je me demandais si tu aimerais faire une partie d’éc… »

Olesm s’arrêta et regarda la pièce silencieuse. Sa mâchoire se décrocha quand il vit les Gobelins, avant de se décrocher un peu plus quand il vit Klbkch et les Antiniums. Il posa lentement une main sur la porte.

« … Ce n’est pas le bon moment, je suppose ? »

***


Erin était allé à des enterrements. Enfin, elle avait assisté à un enterrement. Et même s’ils étaient des occasions tristes et solennelles, elle pouvait dire qu’elle avait assisté des enterrements qui étaient plus bruyant que son auberge en cet instant.

Au moins les enterrements avaient des gens qui toussaient, des reniflements occasionnels, des enfants qui gigotaient et des bébés qui pleuraient. Dans l’Auberge Errante, tout ce que Erin pouvait entendre était les bruits de mastications des Gobelins alors qu’ils avalaient leurs repas et les silencieux craquements que les Antiniums faisaient en mangeant leurs mouches et en cliquetant leurs mandibules.

Chomp. Chomp. Chomp.

Le regard d’Erin passa des Antiniums aux Gobelins avec un sourire désespérément joyeux plâtré sur son visage. Les deux côtés ne se regardaient pas directement, mais elle avait l’impression qu’ils étaient silencieusement en train de jauger. Les Gobelins pour prendre la fuite, et les Antiniums… Ne faisaient que regarder.

L’atmosphère était si tendue qu’il était possible de… Enfin, Erin était pratiquement certaine que sortir un couteau serait une catastrophe. Les Gobelins étaient nerveusement en train de regarder les Antiniums, et les Antiniums étaient effrayants dans leur silence et leur uniformité. Ils mangeaient et bougeaient de manière parfaitement synchronisé.

Erin circulait dans la pièce, un pichet de jus de fruit bleu en main. Elle remplissait les verres, reprenant les assiettes pour les remplir, et enseignait aux Gobelins à ne pas mettre les doigts dans leurs nez. Elle avait l’impression d’être la seule serveuse dans un restaurant complet, mais Erin était prête à relever le challenge. Du moins, elle espérait l’être.

Elle n’était pas en train de prendre des commandes ou de nettoyer les assiettes, pas tout de suite. Tout ce qu’elle faisait était de s’assurer qu’il y avait de quoi manger devant ses clients. Les Gobelins n’étaient pas compliqués, ils mangeaient tout ce qui se trouvait devant eux. Mais les Ouvriers ? Ils étaient difficiles. Erin devait être certaine qu’ils n’avaient pas de bol vide ou ils s’arrêtaient de manger. Ils ne demandaient même pas à être resservit.

Pendant un creux entre ses services, Erin s’arrêta devant la table de Klbkch et d’Olesm. Les deux étaient discrètement en train de se parler, ce qui les rendait extrêmement bruyant dans le silence de l’auberge.

« Comment allez-vous tous les deux ? »

Olesm et Klbkch se regardèrent pour être certain qu’Erin s’adressait bien à eux. Olesm lui fit un léger sourire.

« Je me porte bien, Mademoiselle Solstice. Ou… Puis-je t’appeler Erin ? »

« Je t’en prie. J’en ai assez de me faire appeler par mon nom de famille. J’ai l’impression d’être ma mère. »

« Mes excuses. »

Klbkch inclina la tête et Erin se sentit coupable, elle changea rapidement de sujet.

« Est-ce que vous apprécier votre repas ? Je peux vous apporter quelque chose ? »

« Un autre verre de jus bleu, peut-être ? »

Olesm leva son verre et Erin le rempli à ras-bord, gagnant un sourire de sa part.

« C’est délicieux. »

« Merci. »

Ils s’arrêtèrent tous les deux, gênés. Olesm jeta un coup d’œil dans l’auberge et s’agita légèrement sur sa chaise, mal à l’aise.

« Est-ce que tu… Est-ce que tu sers souvent des Gobelins dans ton auberge ? J’ai vu le panneau, mais je dois l’admettre, c’est la première que je vois un Gobelin n’essayant pas de poignarder quelqu’un ou de prendre la fuite. »

D’un seul mouvement, les Gobelins arrêtèrent de manger et regardèrent en direction d’Olesm. Ce dernier eut un mouvement de recul.

« Hum, non. Ils sont aussi nouveaux. »

« Oh, je vois. »

Plus de silence. Erin regarda la table. Le Tacticien Drakéide avait apporté son échiquier, et même s’il l’avait mis de côté pour manger, elle pouvait voir qu’il y jetait un coup d’œil de temps en temps.

« Pourquoi ne pas faire une partie d’échecs ? Quelqu’un est intéressé ? »

Klbkch et Olesm relevèrent la tête.

« Oh, j’aimerai pouvoir jo… »

Olesm se rattrapa, avant de regarder les autres clients de manière coupable.

« Mais je ne veux pas te déranger dans ton travail, alors peut-être une autre fois. »

Il semblait tellement triste qu’Erin voulait lui tapoter le dessus de la tête. Elle y pensa pendant un instant avant de sourire.

« Oh, ne t’inquiète pas. Nous pouvons faire que ça marche. Je vais jouer contre toi et servir mes plats. »

Klbkch et Olesm la regardèrent de manière incrédule et Erin leur fit un sourire.

« Je suppose que vous n’êtes pas familier avec le système de notations des parties d’échecs ? »

***

« D’accord, donc tu as bougé ton pion de deux cases. C’est E4, donc tu n’as qu’à me dire que tu as bougé ton pion en E4, compris ? Et quand je veux bouger, je te le ferai savoir en disant, oh, pion en D5. »

Olesm hocha la tête en regardant l’échiquier. Il bougea soigneusement le pion noir de deux cases et regarda Erin. Elle hocha la tête.

« Compris ? »

« Je crois que oui, Erin. »

« Bien. Alors jouons ! »

Erin tourna le dos à Olesm et attrapa un verre pour le remplir. De l’autre côté de la pièce, Klbkch et Olesm se penchèrent sur l’échiquier et discutèrent entre eux. Olesm bougea une pièce.

« Pion, ha, pion en F3, Erin. »

« Compris ! Cavalier en C6 ! »

Erin se concentra sur la partie tout en marchant dans l’auberge. Elle ne se rendit pas compte que les Gobelins ralentirent leurs repas et que les Ouvriers Antiniums firent une pause dans leur dégustation pour la suivre du regard. L’esprit d’Erin était concentré sur une seule chose alors qu’elle changeait et remplissait les assiettes de manière mécanique.

La partie. Certains disaient que le golf était le plus grand des jeux jamais joué. Ils avaient peut-être raison, mais Erin aimait les échecs par-dessus tout.

Elle pouvait même y jouer dans sa tête.

***

« Fou en D6. »

« Hum. Dans ce cas je vais bouger… Hum, je pense que je vais bouger mon pion en D4. »

« Reine en H4 ! Échec ! »

Erin sourit aussitôt après avoir terminé sa phrase. Elle entendit Olesm grogner de consternation.

« Ah. Alors… Alors pion en G3 ? »

De nouveau, Erin répondit avant qu’il ne termine sa phrase.

« Fou prends pion en G3. »

« Pion prends fou en G3. »

« Et je vais prendre ta tour en H1. »

Erin sourit de plus belle alors qu’Olesm siffla de détresse. Dans son imagination elle vit son reine assis dans un coin du côté d’Olesm, entouré par de délicieuses pièces non protégées.

La partie continua, mais c’était du simple nettoyage. Erin continua de joyeusement manger les pièces d’Olesm avec sa reine. Il parvint finalement à la prendre avec sa propre reine, mais uniquement après avoir perdu un cavalier et un fou. Après ce mouvement, Erin avait toujours plus de pièces et était mieux positionné sur l’échiquier.

« Je concède. »

Olesm fit tomber sur roi du bout d’une griffe et regarda l’échiquier, découragé. Erin s’arrêta de découper des saucisses pour le Gobelin assez longtemps pour voir Klbkch gentiment tapoter l’épaule d’Olesm pour le consoler.

« C’était une bonne partie. »

Le Drakéide secoua la tête.

« Tu me donnes trop de mérite. J’ai fait de nombreuses erreurs qui m’ont coûté trop de pièces. Mais je crois que tu m’avais dès le début. Aurais-tu la gentillesse de me montrer mes erreurs ? »

« Bien sûr. »

Erin marcha jusqu’à la table. Elle réarrangea les pièces comme elles avaient été au début de la partie et bougea le pion d’Olesm de deux cases.

« Tu as ouvert avec un classique : l’Ouverture du Pion Roi. C’est un bon début. »

Olesm regarda l’échiquier sans comprendre.

« J’ai simplement bougé mon pion en E4. Est-ce un coup si notable qu’il a une stratégie à son nom ? »

Erin hocha la tête avec enthousiaste.

« Oh, c’est un classique. Tu savais qu’un quart des parties d’échecs commencent avec ce coup ? C’est idéal pour prendre l’espace central, mais malheureusement pour toi j’adore jouer contre ce genre de coup. »

Klbkch leva une main.

« Veux-tu dire qu’il existe des contres établis pour stopper cette ouverture ? »

Elle hocha la tête et poussa un pion noir en avant.

« Oh, il existe de nombreuses bonnes stratégies. J’ai contré avec l’un de mes vieux favoris, la Défense Sicilienne. Très efficace contre le Pion Roi, mais tu as fait une erreur que tu as bougé ton pion en F3. Tu n’ouvres pas assez d’espace pour sortir tes pièces, et tu veux un cavalier pour mettre la pression de mon côté de l’échiquier. Bien sûr, tu peux essayer de prendre mon pion, mais ça laisse ton centre ouvert. La plupart des joueurs essayent d’avancer de manière agressive mais c’est pour ça que la Défense Sicilienne marche autant vu que cela veut dire que tu vas devoir perdre un pion si tu veux avancer de l’autre côté. »

Erin s’arrêta et regarda autour de l’auberge. Olesm avait un regard a moitié vitré et à moitié enchanté. Les Gobelins, ainsi que les autres Antiniums et Klbkch la regardaient bouche bée.

« Heu, désolé. J’ai tendance à m’éparpiller quand je me concentre dans les échecs. »

« Non…  Ne t’inquiète pas, Mademoiselle Erin. »

Olesm secoua sa tête avant de lui sourire. Ses yeux étaient vivants d’intérêt et elle remarqua que sa queue s’agitait sur le sol comme celle d’un chien.

« Tu as une impressionnante compréhension de cette partie !  Comment cela se fait-il que tu en saches autant sur les échecs ? J’en ai seulement entendu parler l’année dernière, et pourtant tu dis qu’il existe des stratégies qui ont déjà été mises en place ? »

« Oui ? »

Erin croisa les doigts alors qu’Olesm soupira joyeusement. Elle espérait vraiment qu’elle n’allait pas devoir expliquer qu’elle venait d’un autre monde. Elle jeta un regard à Klbkch et se demande si elle devait jouer contre lui pour la prochaine partie. Puis elle regarda Olesm et Klbkch avant d’avoir une idée.

Elle fit un sourire machiavélique.

« Oui, j’adore jouer aux échecs. En fait, je vais jouer contre vous deux en même temps, si vous le voulez. »

Olesm et Klbkch se lancèrent un regard. Les deux froncèrent légèrement les sourcils. Enfin, Olesm fronça ses sourcils non existants et Erin avait la distincte impression que Klbkch était en train de froncer les sourcils.

« N’es-tu pas en train de nous prendre un peu trop à la légère, Erin, »

Elle cligna des yeux de manière innocente à Olesm.

« Moi ? Bien sûr que nous. Mais je pari que je peux jouer contre vous deux tout en continuant de servir la clientèle tout en gagnant contre au moins l’un de vous deux. Vous voulez tester ma théorie ? »

Ils le voulaient. Erin sourit pour elle-même alors qu’Olesm et Klbkch préparèrent leurs pièces à deux bouts de la pièce. Chaque joueur regardait son échiquier avec intensité qu’elle pouvait pratiquement sentir. Ils lui rappelaient les adultes contre lesquels elle avait joué en étant en primaire. Personne n’aimait être battu par un écolier. Elle luttait pour garder un visage sérieux.

Klbkch bougea en premier. Erin regarda son échiquier et décida de bouger une pièce sur l’échiquier d’Olesm en réfléchissant à son coup. Elle circula dans la pièce, remplissant des verres avec le peu de jus qu’il lui restait. Quand Olesm bougea sa pièce elle frappa Klbkch avec un cavalier. Et puis elle retourna dans la cuisine pour faire des pâtes car les Gobelins avaient de l’appétit.

Les parties continuèrent alors qu’Erin remplie les bols de mouches mortes pour les tendre vers les Ouvriers. Ils mangèrent joyeusement les mouches, mais elle avait la distincte impression qu’ils étaient en train de l’observer alors qu’elle faisait des allez-retours entre les deux échiquiers.

Occasionnellement, Erin attendait que l’un des deux joueurs bouge une pièce, mais quand elle bougeait d’échiquiers en échiquiers, elle attaquait rapidement, ne donnant pas l’impression de s’arrêter pour réfléchir. Elle pouvait voir que Klbkch et Olesm la regardait autant que l’échiquier, mais elle continua de jouer contre les deux joueurs sans effort et en servant ses clients.

Son audience regardait le double jeu avec intensité. Erin gardait aussi un œil sur eux, et vit que Loques et les Ouvriers Antiniums regardaient les pièces de Klbkch et d’Olesm avec intensité. Les yeux des Gobelins étaient plissés alors que les Ouvriers semblaient confus. Erin sourit, mais continua de balayer la pièce pour remplir des verres, et bouger rapidement des pièces sur chaque échiquier.

Eventuellement, les parties se terminèrent avec une victoire pour Klbkch et une défaite pour Erin.

« Félicitations, Klbkch. Et félicitations à toi, Erin. »

« En effet. Je suis très impressionné par tes capacités. »

Erin sourit au deux joueurs et tenta de ne pas rire.

« Oui, c’était une bonne partie. Dommage que je ne jouais pas contre vous. »

« Quoi ? »

Elle pointa l’échiquier d’Olesm du doigt. Son Roi était coincé par une reine et un fou.

« Est-ce que tu remarques quelque chose de similaire à propos de l’échiquier de Klbkch, Olesm ? »

Il le regarda. Du côté de Klbkch, il avait coincé le roi d’Erin avec une reine et un fou. Les pièces étaient exactement au même endroit que sur l’échiquier d’Olesm.

« Qu’est-ce que c’est que ça ? »

« Je vous ait fait jouer l’un contre l’autre. C’est le plus vieux truc au monde. J’ai entendu dire qu’un gars avait essayé de le faire contre deux Grands Maîtres et avait échoué. Et j’ai toujours voulu le faire au moins une fois.

Erin sourit alors que Klbkch et Olesm s’exclamèrent, avant de lever les mains au ciel et d’immédiatement demander une nouvelle partie. Elle était en train de mettre les pièces en place pour une véritable double partie quand quelque chose arriva.

L’un des Ouvriers se leva.

Instantanément, Klbkch arrêta de mettre ses pièces en place et l’une de ses mains fila à sa hanche. Erin vit qu’il tenait le pommeau d’une de ses épées alors qu’il se leva.

« Qu’est-ce que tu es en train de faire, Ouvrier ? »

La voix de Klbkch était froide et hostile. L’Ouvrier s’inclina docilement devant lui.

« Celui-ci voudrait regarder, Prognugator. »

« Regarder ? »

Klbkch jeta un regard vers l’échiquier avant de se concentrer de nouveau sur l’Ouvrier. Il semblait incertain.

« Il est malpoli de déranger ou d’entraver le chemin de l’aubergiste. »

Erin s’interposa rapidement entre Klbkch et l’Ouvrier docile qui était déjà prêt à se rasseoir dans son siège. Elle lui fit signe de s’approcher.

« Cela ne me dérange pas, Klbkch. Laisse-le regarder. Une audience est toujours apprécié lors d’une partie d’échecs. »

Klbkch hésita.

« Je ne souhaite pas abuser de ton hospitalité ou ta patience… »

« Mais si ! Il n’y a pas de problèmes, ils peuvent en abuser ! »

Erin n’écouta pas ses protestations et tira une autre chaise. Elle guida l’Ouvrier jusqu’à la chaise sans le toucher et le fit s’asseoir. Puis elle nota que les autres Ouvriers et les Gobelins étaient aussi en train de regarder les échiquiers.

« Vous tous, rapprochez-vous si vous voulez regarder. »

Aussitôt, une foule entoura les deux échiquiers. Olesm et Klbkch clignèrent des yeux en direction des spectateurs, mais Erin sourit joyeusement.

« D’accord, maintenant faisons que cela soit drôle pour vous et moi. Je vais jouer contre vous deux, mais nous avons que cinq… D’accord, dix secondes entre chaque coup. »

« Est-ce que c’est une autre manière de jouer aux échecs ? »

« C’est ainsi que certaines parties sont jouées, ouais. Ce style est appelé Jeu Éclair, mais en tournoi tu peux avoir entre une heure et trois minutes pour préparer tes coups. Si nous avions une horloge nous pourrions… Ce n’est pas grave. Je vais vous expliquer alors que nous jouons, d’accord ? »

Klbkch et Olesm hochèrent la tête. Erin s’empara d’une chaise et la plaça entre les deux tables pour pouvoir atteindre les deux échiquiers.

« Je vais devoir m’asseoir pour ça. Je ne suis pas un Grand Maître. »

***

Erin gagna les deux premières manches sans problèmes. Mais à la troisième Olesm parvint à obtenir une égalité.

« Félicitations Olesm. »

Erin mit sa main devant sa bouche pour cacher son bâillement avant de faire un sourire fatigué au Drakéide exalté.

« Oui, c’était une bonne partie ! »

« Mais de rien. »

Les écailles d’Olesm prirent une légère teinte rouge alors qu’il serra la main de Klbkch. Sa queue continua de bouger sur le sol, mais Klbkch et Erin firent semblant de ne pas s’en rendre compte.

« Je dois admettre que c’était très impressionnant… Je me sens soulagé d’être parvenu à faire une égalité contre toi, Erin. Je commençais à croire que c’était impossible. »

Elle rougit avant de secouer les mains dans sa direction. C’était extrêmement embarrassant d’être considéré comme un génie des échecs, surtout quand elle savait qu’elle en n’était pas un. Erin allait suggérer un autre match avec des règles différentes quand elle regarda l’Ouvrier Antinium qui avait observé la partie.

« Est-ce que tu veux jouer ? »

L’Antinium à qui elle s’était adressé se leva de son siège avant de s’incliner.

« Cet indigne celui-ci ne prétendra pas agir de cette façon. »  

Erin fronça les sourcils. Est-ce que cela voulait dire qu’il voulait jouer mais qu’il avait peur de le faire ? »

« Pourquoi ne pas essayer ? Je vais t’apprendre à jouer, et nous pouvons toujours faire plus d’échiquiers. Nous avons simplement besoin de quelques pages et de quoi écrire. »

Elle se rendit dans la cuisine et s’empara de quelques morceaux de papier ainsi qu’une plume et d’un encrier. Elle avait eu l’impression d’être un sorcier quand elle avait acheté la plume, puis elle avait souhaité retrouver un ordinateur et une photocopieuse cinq seconde après s’être rendu compte qu’elle devait tremper sa plume à chaque fois qu’elle écrivait quelques mots.

Alors que ses invités l’observèrent, Erin dessina un échiquier grossier sur des bouts de parchemins avant de les déchirer. Elle dessina précautionneusement des symboles pour désigner les pions et les autres pièces, avant d’installer l’échiquier fait à la va-vite sur une table. Elle installa deux des Ouvriers Antiniums dans des chaises, l’un contre l’autre.

C’était le plus humble échiquier qu’Erin n’avait jamais vu, mais les Antiniums regardaient les morceaux de papier en étant totalement concentré sur eux.

« D’accord, donc qu’est-ce que vous avez vu quand j’ai joué contre Klbkch et Olesm ? Est-ce que vous savez préparer l’échiquier ? »

Immédiatement les deux Antiniums bougèrent. Erin eut un léger mouvement de recul, mais ils étaient simplement en train d’arranger les pièces sur l’échiquier avec une précision mécanique. En quelques secondes, l’échiquier était préparé. Erin cligna des yeux en les regardant.

« Bien, bien. Et, hum, montre-moi comment cette pièce bouge ? »

Obéissant, l’Ouvrier bougea la pièce en avant.

« Et est-ce que tu peux bouger cette pièce de gauche à droite ? »

« Celui-ci ne crois pas. »

Klbkch se tenait au-dessus de l’échiquier, alerte. Comme d’habitude, il n’y avait pas beaucoup d’émotion sur son visage, mais il semblait affligé pour une quelconque raison.

« Adresse-toi à elle par son titre. »

L’Antinium baissa aussitôt la tête en direction d’Erin.

« Mes excuses, Aubergiste Solstice. Celui-ci ne crois pas qu’un pion puisse bouger vers la gauche ou la droite. »

Erin jeta un regard à moitié agacé à Klbkch, avant de se retourner vers l’Ouvrier.

« En effet, c’est vrai ! Très bien. Et montre-moi comment prendre une pièce ? »

Il s’exécuta.

« Bien. Mais savais-tu qu’il existe une autre chose que les pions peuvent faire ? »

Aussitôt, les autres Antiniums et les Gobelins regardant le jeu étaient se concentrèrent. Ils regardèrent alors qu’Erin leur montra comment prendre une pièce en passant et en expliquant les règles spécifique à ce coup. L’Antinium qu’elle était en train d’entraîner baissa immédiatement la tête en sa direction.

« Celui-ci ne connaissait pas ce fait. Celui-ci s’excuse à l’Aubergiste Solstice pour son échec. »

« Quoi ? Ne t’excuse pas. Il n’y a pas beaucoup de joueurs qui connaissent ce coup, alors comment pouvais-tu le connaitre ? Maintenant, faisons en sorte que tu fasses une partie face à ton ami. »

Erin recula alors que les deux Ouvriers Antiniums se regardèrent en silence. Pendant un instant, elle eut peur qu’ils ne fassent rien, mais le premier Ouvrier bougea son pion en E5. Après un moment l’autre Ouvrier répondit avec la Défense Sicilienne, et la partie débuta.

Pièces après pièces avec peu de pause entre les deux. Au début Erin eut peur qu’ils refassent l’une des parties qu’elle avait eues contre Klbkch ou Olesm, mais les deux joueurs étaient en train de jouer leur propre partie. Il lui fallut un moment avant de se rendre compte qu’ils étaient toujours en train de jouer une Partie Éclair. Une fois qu’elle expliqua qu’ils pouvaient prendre leurs temps, le rythme ralenti.

Erin regarda les deux Ouvriers qui jouaient l’un contre l’autre en silence avant de regarder son audience.

« Quelqu’un d’autre veut jouer ? »

***

Le silence. C’était le bruit des funérailles et des églises, sauf que ce ne l’était pas vraiment. Ou plutôt, c’était le bruit que tu imaginais entendre dans de tels lieux, mais c’était plus un objectif à accomplir que la vérité.

Le silence était le son d’un tournoi d’échecs. Erin circulait dans l’auberge, remplissant les assiettes de mouches mortes et servant des verres d’eau (elle n’avait plus de jus de fruit bleu) et elle avait l’impression d’être chez elle alors qu’elle écouta les click des pièces d’échec bougeant et, plus souvent, des bruits de papier sec.

« Oh. Comment la partie se déroule ? Est-ce que quelqu’un veut des mouches ? Ou des pâtes ? Un verre de j… Un verre d’eau ? »

Erin passa près de chaque échiquier et regarda les Antiniums et même les Gobelins jouer l’un contre l’autre. Il y avait huit échiquiers d’installés, et les joueurs changeaient de partenaire quand l’un d’entre eux perdait.

Ses instincts naturels de joueuse étaient en guerre contre son désir de conseiller les nouveaux joueurs. Elle trouva un compromis en laissant Olesm et Klbkch commenter les parties, et en disséquant les parties une fois qu’elles étaient terminées en les récréant et en pointant les bons et les mauvais coups.

Les Ouvriers Antiniums observèrent le moindre mouvement d’Erin et écoutèrent la moindre de ses parole avec une effrayante concentration. Elle avait entendu le terme ‘absorbé’ pour décrire des gens, mais elle n’avait jamais rencontré un groupe qui était aussi concentré que les Ouvriers. Pour être franc, cela était même un peu troublant, mais son amour pour expliquer les coups d’échecs et les stratégies était largement suffisant pour combler cette gêne.

C’était une chose. Mais ce qui impressionnait réellement Erin, et même Olesm et Klbkch était les Gobelins. Ils étaient en train de jouer aux échecs.

D’accord, pas très bien, ni très rapidement, mais les Gobelins s’asseyaient pour jouer des parties pleine d’entrain, même si elles n’étaient pas très réfléchies. L’exception étant la plus petite des Gobelin, Loques, qui avait réussi à battre deux des Ouvriers à la suite.

Erin s’arrêta devant le vrai échiquier alors que Loques s’installa dans le siège qui se trouvait en face. C’était techniquement au tour de Klbkch de jouer, mais la Gobelin la regardait. C’était un challenge.

« Je vais jouer contre toi, si tu veux. Tu as les blancs, donc tu commences. »

Loques regarda Erin en la défiant et commença par bouger son cavalier. Erin cacha son sourire.

« Oh, l’Ouverture Balte, hum ?  Bien… »

Elle bougea un pion à deux cases du cavalier. C’était son coup préféré contre ce genre d’ouverture. Loques fronça les sourcils et bougea une autre pièce, puis une autre. Pendant un certain temps la Gobelin ressemblait à un étrange enfant vert qui jouait aux échecs. Jusqu’au moment où Loques ouvrit sa bouche et qu’Erin vit ses dents pointues. Mais Loques était toujours moins inquiétante qu’auparavant.

Erin l’écrasa alors qu’elle servit ses dernières pâtes aux Gobelins et prit une portion pour elle-même.

***

La Gobelin la challengea trois fois de plus alors qu’Erin jouait contre Olesm et deux Ouvriers. Elle perdit facilement à chaque fois, mais Erin était impressionner par le fait que la petite Gobelin était prête à essayer de nouvelles stratégies à chaque partie. Elle devait l’admettre.

« Vous tous pouvez apprendre beaucoup d’elle. La plupart de ces coups sont des stratégies reconnues. D’accord, directement bouger son fou n’est pas un bon choix, mais tu es meilleure que la plupart des débutants. »

Elle sourit à Loques. La Gobelin s’enfonça sur sa chaise et détourna le regard.

Klbkch hocha la tête, et Olesm exprima son intérêt de jouer contre la Gobelin. Erin regarda les Ouvriers. Ils étaient en train de la regarder subrepticement, Erin avait l’impression qu’ils voulaient aussi faire une partie contre elle.

Elle frappa ses mains entre elle avant de sourire.

« Très bien. Quelqu’un veut faire une autre partie ? »

***

« Et c’est échec et mat. »

Olesm quitta son roi des yeux avant de secouer la tête de manière désespérée.

« Une autre bonne partie, Erin. Je n’avais pas conscience de ton piège jusqu’à ce que tu bouges bouge ton fou. »

Erin bailla avant de faire un sourire fatigué en sa direction. Autour d’elle les Gobelins étaient assis ou allongés sur les tables, regardant la partie d’un œil paresseux.

« Tu sacrifiais trop de pions. Ils ont plus de valeurs que tu ne le crois. »

Olesm inclina la tête et manqua de se laisser tomber. Il se redressa brusquement avant de hocher la tête.

« Je saurais m’en souvenir, Erin. »

Elle hocha la tête avant de bailler de nouveau.

« Quelqu’un pour une autre partie ? Klbkch ? »

L’homme-fourmi secoua la tête. Il jeta un coup d’œil vers la porte, et vers les Ouvriers qui continuaient de jouer aux échecs. Ils étaient toujours en train de regard les échiquiers avec intensité sans montrer le moindre signe de fatigue.

« Il se fait tard. J’ai peur que nous devions prendre congé, Mademoiselle…. Erin. Si je peux me permettre de t’appeler ainsi. »

« Oh, bien sûr que tu peux m’appeler par mon prénom, Klbkch. Et en effet, il est tard ! »

Elle se releva. Aussitôt, les Ouvriers arrêtèrent de jouer aux échecs et se levèrent à leurs tours. Ils s’inclinèrent devant elle.

« Permet-moi de te remercier et de te payer à leur place, Erin. »

Klbkch lui tendit un sac de pièces d’argent et d’or. Erin cligna des yeux en le regardant.

« Oh, c’est beaucoup. »

« C’est simplement le juste payement pour ce que nous avons consommé. Et, puis-je te déranger et emporter une jarre de mouches acides ? J’aimerai en ramener un peu à Liscor. »

« Quoi ? Oh, bien sûr. J’ai une grosse jarre de prête. Est-ce que tu l’as veut ? »

« S’il te plait. »

Erin fini par donner la grosse jarre de mouche à Klbkch pour une pièce d’or. Elle se sentait coupable, mais l’Antinium avait insisté en disant que le prix était juste. Il partit avec Olesm et les Ouvriers, et Erin vit les Gobelins partir alors qu’ils quittaient son auberge.

« Revenez vite ! Je vous donnerai de nouveau à manger si vous passez dans le coin ! Vous n’avez pas besoin de payer, vous m’avez déjà assez payé cette fois, d’accord ? »

Les Gobelins grognèrent et la saluèrent maladroitement de la main. Ils tenaient fermement leurs échiquiers et leurs pièces en silence. Erin avait voulu en donner quelqu’un aux Ouvriers, mais Klbkch l’avait assuré que ce n’était pas une bonne idée.

Le dernier Gobelin, Loques, s’arrêta alors qu’elle passa à côté d’Erin. La petite Gobelin tenait fermement sa main contre sa hanche.

« Hey »

Erin tapota Loques sur la tête avant de tendre la main. Silencieusement, la petite Gobelin rendit le pion noir qu’elle tenait alors que les autres Gobelins la regardèrent.

« Pas de vol. De plus, un échiquier n’est pas complet sans toutes les pièces. »

Les yeux de Loques s’illuminèrent. Erin fronça les siens.

« Cela ne veut pas dire que tu peux les voler. Si tu veux jouer une partie, tu peux revenir ici. D’accord ? »

Pendant un instant la Gobelin hésita, avant de hocher la tête. Erin sourit.

« Passe une bonne nuit. »

Elle ferma la porte. Puis elle la verrouilla, avant de s’assurer que toutes les fenêtres étaient bien fermées. Elle n’avait pas de problèmes avec la petite Gobelin, mais il était hors de question de la laisser repartir avec son jeu d’échec.

***

« Hum, Garde Senior Klbkch ? Puis-je avoir un mot ? »

Klbkch s’arrêta alors qu’il marcha rapidement vers Liscor. Son rythme était énergique, et Olesm avait du mal à suivre.

« Mes excuses, Olesm Swiftail. J’ai oublié que vous étiez avec nous. »

« Non, ce n’est rien. »

Olesm respira avec difficulté et toussa alors que Klbkch ralenti. Les Ouvriers derrière lui ajustèrent silencieusement leurs rythmes pour leur laisser de l’espace.

« Je vous simplement vous parler, si je le peux. »

« Absolument. Puis-je vous demander si vous adressez ce commentaire à la liaison avec les Antiniums ou au Garde Senior Klbkch ? »

« Les deux, je crois. Hum, comment est-ce que je peux le dire ? »

Olesm pausa pendant un instant alors que les deux marchaient dans la nuit. Klbkch attendit patiemment jusqu’à ce que le Drakéide commence.

« En tant que [Tacticien] servant de liaison entre le conseil, les autres guildes, et la garde je suis mis au courant des certaines informations confidentielles. Je suis, hum, conscient de la situation des Ouvriers au sein des Antiniums. »

« En effet ? »

Olesm jeta un coup d’œil en direction des Ouvriers qui se trouvaient derrière lui. Ils le regardèrent en silence.

« Pensez-vous… Pensez-vous qu’il va y’avoir un problème ? »

Klbkch hésita. Il se retourna pour les regarder et les Ouvriers baissèrent aussitôt le regard.

« Nous verrons. Ils seront observés comme d’habitude et je les superviserai personnellement. »

« Ha, bien, bien. Je ne le demanderai pas, mais je sais que ce genre de choses ont de, jeu, lourdes conséquences. Ce n’est pas une Expédition, mais… »

« Je comprends votre inquiétude. Si cela peut aider, j’adresserais ce sujet dans mon rapport mensuel pour te prévenir des changements notables. »

« Merci. »

« Je crois que vous avez trouvé la soirée agréable ? »

« Oh, oui. Absolument. Erin… Enfin, Mademoiselle Solstice est vraiment une remarquable Humaine, n’est-ce pas ? »

« En effet. »

« Absolument remarquable. »

« Sa maîtrise des échecs est peut-être incomparable sur ce continent. »

« Absolument. »

« En effet. »

« … Aimeriez-vous jouer une partie plus tard, à tout hasard ? »

« Cela serait avec plaisir. »


***


Erin passa une bonne nuit. Elle ne fut pas réveillé par une étrange voix lui disant qu’elle était une [Tacticienne Niveau 1]. Elle ne monta pas de niveau. Cependant, plusieurs Antiniums et une Gobelin…

Entendirent cette voix.
Titre: Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
Posté par: Maroti le 12 février 2020 à 22:35:58
R 1.02
Traduit par EllieVia

Les Ruines d’Albez siègent au cœur de ce qui avait été un royaume magique. Ou peut-être une communauté de mages. Ou une ancienne citadelle de… vous savez quoi ? On s’en fout.

La zone toute entière est saturée de magie, et attire par conséquent deux sortes de visiteurs. Les monstres, cherchant à faire leur tanière parmi les bâtiments en ruines et les tunnels sans fin du coin, et les aventuriers, cherchant des trésors perdus exactement aux mêmes endroits. Naturellement, la situation est source de conflits.

Le groupe d’aventuriers actuellement en train d’occuper les ruines est connu sous le nom de Cornes de Hammerad, se distinguant par leur niveau moyen relativement élevé - la plupart des membres sont à un niveau supérieur à 20 - et leur leader, un Minotaure [Combattant]* qui manie une énorme hache de guerre au combat.

* Je ne comprends toujours rien aux classes. Apparemment, [Combattant] est une classe générale, même si certains l’appelle [Guerrier] selon la culture. Est-ce que cela veut dire qu’ils ont les mêmes compétences ? Dans tous les cas, c’est la première classe qu’obtiennent la plupart des guerriers, mais si ce Minotaure avait un plus haut niveau, ce serait un [Maître des Haches] ou un [Chevalier]. Huh.

Le consensus général est qu’ils sont plutôt compétents au combat, et qu’ils ont reçu une autorisation officielle pour fouiller les ruines pendant une semaine. Ce qui signifie que tant que les Cornes sont dans les ruines, les autres groupes d’aventuriers ne peuvent pas interférer ou chercher du trésor. C’était un arrangement qui permettait aux cités du coin de faire profit en taxant l’accès et évitait les conflits entre leurs aventuriers.

C’était très bien, et normalement les Cornes se seraient attendues à au moins trouver un modeste somme. Ils étaient bien équipés, et préparés à toutes les éventualités.

C’est pourquoi la vue de leur compagnie désorganisée se battre en essayant de se réfugier dans les ruines est d’autant plus alarmante. Leur leader était aux pieds d’un grand bâtiment, une pointe de glace géante traversant son abdomen de part en part. Les autres guerriers et les mages - les Cornes de Hammerad étaient une grande compagnie forte de douze membres - étaient soit à terre soit en train d’échanger des coups avec le monstre qui les avait acculés.

Alors même que je regarde la scène, un guerrier en armure contre un coup d’épée de l’un des squelettes en train d’assaillir le groupe et l’écrase avec une masse. Le squelette s’effondre au sol, sans vie. Mais l’action a attiré l’attention du chef des morts-vivants, et une énorme explosion de feu engloutit la zone.

Je grimace en voyant le guerrier en armure fuir du feu en hurlant d’agonie. Il roule au sol tandis qu’un mage armé d’un bâton lance quelques éclairs magiques de lumière chatoyante pour détourner l’attention de lui. Deux autres aventuriers se précipitent en avant et traîne le guerrier brûlé à l’abri tandis qu’une grêle de pointe de glace transforme presque le trio en pelote d'épingles.

Eh bien merde alors. Ça fait un cinquième membre des Cornes hors combat. J’espérais qu’ils allaient gagner la bataille, mais à ce rythme ils vont se faire éliminer. Plus le choix.

Je prends deux profondes inspirations, puis étire mes jambes. Jambe droite ? Check. Jambe gauche ? Étirement… check. Okay.

Je jette un œil par-dessus les décombres où je me cache. La voie est libre. Okay. Je me lance…

Je bondis par-dessus les décombres et sprinte le long de la pente. De là où je suis, il y a une pente modérée qui mène au cœur des ruines, où les bâtiments effondrés et les décombres rendent le sol peu sûr. Mais le pire, c’est le risque que je me fasse tuer par le monstre à quinze mètres devant moi.

Je charge au bas de la colline, droit sur lui. La silhouette vêtue de robes me remarque alors que j’ai déjà traversé la moitié et se retourne. Deux points de lumière bleue dans ses yeux se focalisent sur moi alors que je sprinte directement sur lui. C’est une Liche*, un squelette de mage mort-vivant.

-* Personnellement, ça me pose problème d’appeler ça une Liche. Apparemment, contrairement à ce qu’on voit dans les histoires et les jeux, les Liches sont plutôt communes. C’est plus un type de mort-vivant qu’un exemple rare et exceptionnel de mage capable de vivre à jamais. Ils ne sont même pas si létaux. Enfin, ils sont très létaux, mais apparemment, il existe des types de morts-vivants encore plus terrifiants.

Pendant une seconde, je ne crois pas qu’il sache exactement ce qu’il est en train de voir. Une humaine solitaire lui courant droit dessus sans armes ? La créature hésite, mais finit par lever un doigt. Dans sa théorie, c’est le moment où je meurs. Dans la mienne ? Je pense que je survis.

Si cela vous paraît stupide de charger droit sur un monstre capable de me faire exploser en mille morceaux avec un seul sort, eh bien, oui, ça l’était sûrement. Mais j’avais une bonne raison de le faire. Pendant les trente dernières minutes j’avais étudié la bataille de la Liche contre le groupe d’aventuriers et avait noté quelques détails importants sur sa manière d’agir. J’avais trois bonnes raisons pour mon plan d’action.

Raison numéro 1 : J’avais remarqué que la Liche pouvait jeter plusieurs sorts, de l’éclair miniature aux boules de feu en passant par ces méchantes rafales de pointes de glace. Des trois, je n’avais vraiment qu’à me méfier des pointes de glace et de la boule de feu. Les éclairs avaient l’air dangereux, mais ils s’ancraient trop facilement dans le sol. Et comme je ne porte pas de métal sur moi, c’était beaucoup plus difficile pour la Liche de m’atteindre.

Et en ce qui concernait les boules de feu et les pointes de glaces, elles étaient plus lentes et la Liche devait d’abord pointer du doigt. Sa précision n’était également pas la meilleure du monde. C’était un risque à prendre, mais tant que je ne faisais pas rôtir lorsque la boule de feu explosait, j’avais une chance.

Et aussi, la raison numéro deux était que j’avais remarqué que la Liche avait tendance à se protéger avec des barrières d’os qu’elle conjurait du sol quand n’importe quoi s’approchait de trop près. Ça l’empêchait de jeter des sorts pendant quelques secondes.

Et raison numéro trois : je m’ennuyais.

La Liche pointa un doigt sur moi et caqueta quelques chose qui me fit mal aux oreilles. Je plongeai et roula et sentit mon côté droit s’engourdir légèrement. C’était comme le pire choc d’électricité statique que j’avais jamais senti multiplié par cent, mais cela voulait dire que l'éclair m’avait ratée. Et j’étais toujours en vie.

Touche le sol, saute sur mes pieds et cours. Je fondis sur la Liche et elle leva une main pour se protéger. Comme je l’avais prévu, un mur d’os surgit du sol devant moi, un puzzle grotesque d’os enchevêtrés et de crânes durs comme la pierre*.

* Sérieusement. Comment fait-elle ça ? y a-t-il tant d’os que ça dans le sol ? Ou est-ce simplement de la magie ?

C’est mon ouverture. Je vire immédiatement à gauche et accélère en direction des aventuriers. La Liche caquète en réalisant qu’elle s’est fait duper. Elle essaie d’abaisser la barrière d’os, mais il est trop tard.

Cours. Cours plus vite. Esquive derrière le pilier. Pause. Va à gauche. À droite. Boule de feu ! C’était chaud. Maintenant… sprinte à gauche le plus vite possible.

Dans l’un des séminaires de sécurité auquel mon père me forçait à aller après chaque fusillade de masse, ils nous apprenaient quoi faire dans le cas où un homme armé ouvrait le feu et que l’on devait s’échapper. Une partie des conseils étaient des trucs de bon sens comme ne pas crier ou faire un truc débile et réfléchir avant de bouger. Mais je me suis rappelée d’un conseil important.

Quand quelqu’un te tire dessus, ne cours pas en ligne droite pour t’échapper. Fais des zig-zag, fais-en sorte de ne pas être facile à viser. Et dans mon cas, baisse-toi derrière les décombres et mets le plus d’obstacles possibles entre toi et la Liche.

Je cours, et je cours le plus vite que je le peux. Si je ralentis un seul instant, je meurs. L’air autour de moi est comme empli d’énergie statique, le feu explose autour de moi et des projectiles de glaces menacent de percer ma peau.
Vous ne pouvez pas le savoir, et je n’ai pas de miroir. Mais je suis à peu près sûre d’être en train de sourire.



“Statut ?”

Grogna Calruz, leader des Cornes de Hammerad, à l’attention de l’autre guerrier alors qu’ils se cachaient tous deux derrière l’un des mur effondrés des ruines. L’humain, son second, baissa les yeux sur lui et secoua gravement la tête.

“Je crois que Terr s’est pris une boule de feu. Coblat et Grimsore l’ont traîné hors d’atteinte, mais il est hors combat aussi.”

“Merde.”

Le Minotaure se frappa la cuisse et grimaça. Un sang sombre coula sous l’immense lance de glace dépassant de son estomac. Il se réadossa contre le mur et exhala. Les tendons sur son cou se tendirent et de la sueur perla sur son front malgré le froid mordant.

“Et nos mages ? Pourquoi diable ne sont-ils pas en train de tuer ce truc ?”

“Ils essaient, mais dès qu’ils lui lancent un sort, il se contente de lever sa barrière. Il a plus de mana que tous nos mages réunis. On doit se rapprocher si on veut avoir une chance.”

“Bon courage pour faire ça avec tous les squelettes et le zombies qui le défendent.”

“Je crois que Terr s’est débarrassé des derniers, mais on ne peut quand même pas s’approcher. Tout brûle tellement vite.”

LE vice-capitaine des Cornes de Hammerad tenta de jeter un œil derrière le mur où il se cachait. Il ne semblait plus y avoir de tirs de boule de feu dans leur direction, ce qui était à la fois bien et inquiétant. La Liche avait-elle trouvé une autre occupation ? Il y avait peu d’espoirs. Mais alors pourquoi…

Sa mâchoire se décrocha.

“C’est qui, ça ?”

Calruz grogna et tenta de tourner la tête, mais il retomba rapidement.

“Qui ? Qu’est-ce qu’il se passe ?”

“C’est une Coursière ! Elle vient juste de dévaler la colline droit sur la Liche ! Elle vient dans notre direction !”

“Tu plaisantes. Elle n’y arrivera jamais.”

“Elle est en train de le faire.”

Le vice-capitaine regarda la coursière à longues jambes foncer à travers le paysage dévasté. Elle bondissait au-dessus des décombres et courait dans un mouvement serpentin tandis que des boules de feu et des échardes de glace pleuvaient autour d’elle. Vu d’ici, il ne pouvait voir que ses cheveux noir corbeau et sa peau bronzée, mais le vice-capitaine était certain de n’avoir jamais vu cette coursière en particulier.

Elle avait des traits étranges, qui lui auraient indiqué qu’elle était en partie Japonaise, ou du moi Asiatique si ces mots avaient eu le moindre sens pour lui. Mais ce n'était pas le cas, et le vice-capitaine la regarda avec angoisse se précipiter vers eux. Il s’attendait à tout moment à ce qu’elle se fasse emporter par une boule de feu ou transpercer par un éclair. Mais non. Puis elle arriva juste devant lui.

Ryoka faillit rentrer dans le grand guerrier armé d’une épée et d’un bouclier. Elle cogna contre lui et sentit le métal frais avant de trébucher en arrière. Il la tira à couvert tandis que des échardes de glace s’écrasaient sur les décombres.

Il lui fallut reprendre deux profondes goulées d’air avant d’être capable de parler de nouveau. Ryoka défit son sac et hocha la tête en direction du vice-capitaine bouche-bée.

“C’est pour une livraison.”

“Grands dieux !”

Le vice-capitaine dévisagea Ryoka. Il la montra elle, les ruines, puis agita vaguement ses mains gantées.

“C’était la chose la plus incroyable que j’aie jamais… tu es juste passée droit devant cette Liche ! Tu es folle ? Ou cinglée ?”

“Je suis une Coursière. J’ai une livraison pour le leader des Cornes de Hammerad. C’est toi ?”

“C’est moi.”

Ryoka jeta un œil au Minotaure. Il hocha la tête dans sa direction et de la sueur goutta de son front.

“J’espère vraiment que tu as notre colis, jeune fille.”

Elle marqua une pause au mot fille, mais acquiesça. Elle ouvrit son sac et plaça les bouteilles lourdement emballées sur le sol devant le Minotaure.

“Quinze potions de soin, cinq potions de mana. Toutes intactes. Livraison pour les Cornes de Hammerad. Ton sceau ?”

“Le sceau ? Ah oui, bien sûr !”

Le vice-capitaine tâtonna dans la bourse à sa ceinture et en tira un jeton cuivre et argent. C’était un sceau unique avec un marteau dressé à côté d’une montagne gravée d’un côté.

“Merci.”

Ryoka rangea soigneusement le sceau à sa bourse de ceinture et jeta un œil derrière le mur. La Liche échangeait des boules de feu avec un autre mage coiffé d’un chapeau de sorcier rouge. Elle hocha la tête et se ramassa dans une position de sprinter.

“Attends… tu pars ?”

Ryoka ne regarda pas le vice-capitaine, elle cherchait le meilleur moment.

“Yup.”

“Tu ne peux pas ! Je veux dire, c’est encore plus cinglé !”

Le vice-capitaine dévisagea Ryoka avec consternation, puis chercha du soutien dans le regard de son leader. Calruz était en train d’essayer d’ouvrir l’une des bouteilles. Il grogna en arrachant le bouchon d’une des bouteilles et engloutit l’épais liquide vert et sirupeux.

“Laisse-la partir si elle veut. Coursière… merci pour ton aide. Peu d’entre vous auraient fait ça.”

Elle réfléchit.

“Pas de problème.”

Il hocha la tête. Elle hocha la tête.

“Laisse-nous au moins nous rallier pour te faire une diversion. Une fois qu’on aura amené ces potions à nos autres membres, on pourra enfin se débarrasser de ce type.”

Ryoka réfléchit à la proposition.

“Ça va être trop long. Vous voulez une ouverture ? Je vais vous en faire une. J’ai d’autres livraisons.”

Le vice-capitaine s’arracha le peu de cheveux qu’il pouvait atteindre sous son casque.

“Elle va t’exploser dès que tu ne seras plus à couvert !”

Elle sourit au vice-capitaine, brisant son masque impassible.

“Il peut essayer.”



La compagnie d’aventuriers connue comme les Cornes de Hammerad regarda la Coursière jaillir des ruines et courir vers l’horizon alors que la Liche lançait un dernier éclair d’adieu dans sa direction. Il la rata.

“Elle l’a fait. Elle l’a vraiment fait.”

“Elle te l’avait dit.”

Calruz sourit, et grimaça lorsque le morceau de glace dans son torse bougea. Il prit une grande inspiration et cassa la glace d’un avant-bras massif pour permettre au reste de glisser hors de son estomac. Alors même qu’il faisait cela, les pouvoirs magiques de la potion de soin qu’il avait avalée se mirent à recoudre la chair de son abdomen.

“C’est une nouvelle Coursière ? Ça doit être ça. Je ne l’ai jamais vue auparavant, et je pense que je me serais souvenu si j’avais entendu parler d’une aussi folle que ça.”

“Elle a l’air différente, pour une humaine. Même si vous vous ressemblez tous, pour moi.”

“Elle est différente. Peut-être d’un autre continent ?3

“Peut-être. Tout le monde a eu des potions ?”

“Je les leur ai lancées pendant qu’elle détournait l’attention du Liche. Elles devraient être de bonne qualité. Tu as besoin d’une autre ?”

“Je vais bien. Mieux que bien, même, grâce à cette Coursière.”

Calruz sourit et explosa la bouteille de potion dans son poing gantelé. Il se releva, le flot de sang déjà en train de ralentir. Il soupesa sa hache de guerre.

“J’aimerais bien lui offrir un verre. Mais pour le moment, on doit remplir un contrat. Tout le monde est prêt ?”

La magie qui le reliait au reste de sa compagnie lui permit d’entendre leur accusé de réception. Le Minotaure sourit.

“Très bien, alors. Allons voir si cette Liche apprécie de se battre contre nous quand on est en pleine forme. Chargez !”

Comme un seul homme, les Cornes de Hammerad abandonnèrent leurs positions dans les ruines et se jetèrent de toutes leurs forces contre la Liche et les morts-vivants restants.



Après avoir couru une quinzaine de kilomètres, Ryoka s’arrête enfin pour reprendre sa respiration. Ses poumons brûlent, et ses jambes sont en coton. L’adrénaline est enfin en train de s’échapper d’elle, et elle se sent exténuée, malgré qu’elle n’eût couru que quelques minutes.

Elle sent encore les chatouillis des éclairs frôlant sa peau. Son bras droit est roussi, et elle sent que des cloques sont déjà en train de se former sur sa peau.

Elle a failli mourir. Ryoka le sait, et ses jambes tremblent. Elle sent encore le froid qu’elle a ressenti en plongeant ses yeux dans ceux, vides, de la Liche. C’était un monstre capable de la pulvériser d’un seul sort.

Elle a failli mourir. Si elle avait été moins rapide ne serait-ce que d’une seconde, ou esquivé un peu trop à gauche, elle serait morte. Ryoka sait cela.

Ses lèvres tremblent. Elle sourit brièvement.

“Fun.”



“Tu as livré les fournitures requises par les Cornes de Hammerad ?”

“Yup.”

La réceptionniste me dévisage. Je hausse les épaules. Que veut-elle que je lui dise ?

Il est plus tard. Ou plutôt, il n’est que trente minutes plus tard, mais j’ai l'impression d’être dans un autre monde. La salle délabrée de la Guilde des Coursiers est bien différente des plaines herbeuses, ou des décombres et de la destruction des Ruines d’Albez.

“C’est incroyable. Ils ont déjà fini de se battre ? La communication qu’on a reçue du mage disait qu’ils se battaient contre une Liche et une horde de morts-vivants.”

“Ils se battent encore. La Liche est toujours dans le coin. Pas sûre pour les autres morts-vivants. Ils avaient l’air morts pour la plupart.”

La réceptionniste ne sourit pas. Elle n’a pas compris la blague ? Zut. Elle me fait toujours ce regard de “Je-ne-te-crois-pas.’. Je lui tends le Sceau.

“Voici le sceau des Cornes de Hammerad.”

Elle le vérifie une fois, puis deux. Ses sourcils se lèvent.

“C’est un vrai. Tu es donc en train de me dire que tu as fait une livraison au milieu de la bataille ?”

Pourquoi me fait-elle tout un foin ? Je croyais que c’était ce que faisaient tous les Coursiers pendant ce genre de mission.

“Yup.”

“Incroyable.”

Je reste silencieuse. Je veux dire, je suis censée répondre quoi ? “Oh oui, je suis vraiment extraordinaire, maintenant donnez-moi mon argent ?”

Au bout de quelques instants la réceptionniste finit par se secouer.

“Eh bien, tout est en ordre. Tu veux le paiement maintenant ou… ?”

“Plus tard.”

Je peux récupérer ma paie quand je veux, mais la plupart des Coursiers le font à la fin de la semaine. C’est plus pratique comme ça, étant donné qu’on est censés signer pour confirmer qu’on a bien été payés et le réceptionniste doit le valider.

“Eh bien, je pense que tu mérites une pause. À moins que… tu crois que tu pourrais faire une autre livraison ? Je ne le demanderais pas d’ordinaire, mais tu es la seule Coursière des villes disponible pour le moment.”

Je suis fatiguée, mais ce n’est dû qu’à mon manque d’adrénaline. Je sais que mes jambes peuvent encore faire une bonne course, donc j’acquiesce.

“Où donc ?”

“Celum. C’est une autre requête de Lady Magnolia. Un autre Coursier vient de l’apporter de Remendia, mais il est trop fatigué pour continuer. C’est passé par six Coursiers, et il faut l’apporter à Magnolia dans l’heure si c’est possible.”

Okay. Pour le coup, c’est compliqué. J’hésite.

Ce n’est pas que je ne me pense pas capable de le faire dans les temps. Je peux arriver à Celum en moins d’une heure même avec quelque chose de lourd dans mon sac. Mais j’ai déjà fait une autre course pour Magnolia - livrer un gros vase de luxe - quelques jours plus tôt. D’après les “règles implicites”, cela veut dire que je devrais attendre encore au moins une semaine avant de prendre la requête.

Zut. Flûte. Diantre. Que devrais-je faire ? C’est exactement le genre de situation que je déteste.

“Pourquoi n’y a-t-il pas d’autres Coursiers de cité dans le coin ?”

“Ils sont tous en train de faire des livraisons, et je ne veux pas attendre plus longtemps que nécessaire. J’allais demander à l’un des Coursiers de rue de le faire, mais ça aurait aussi été un problème.”

Eh bien, en ce cas… pourquoi pas ? La règle Magnolia peut bien aller se faire voir, pour ce que j’en ai à foutre.

“Je la prends.”

La réceptionniste sourit de soulagement.

“Mer…”

“Attendez !”

La tête de la réceptionniste se tourne. La mienne, non. Je prends ce moment pour dire quelques mots de choix dans ma tête*.

-* Oh non, s’il vous plaît non. Pas ce rat stupide et consanguin. Personne au monde n’a une voix plus haut perchée et agaçante qu’elle et ses crétins de sycophantes. Je préférerais retourner danser nue devant la Liche que gérer ça.

Je me tourne et vois un visage familier.

“Inutile de lui donner la requête de Magnolia. Je viens juste d’arriver, je peux m’en charger.”

La jeune femme - non, l’irritante adolescente qui se pavane dans ma direction me pousse légèrement pour se placer derrière le comptoir. Elle garde son dos très droit, probablement parce que je suis plus grande qu’elle d’une tête. Je sens la trop forte odeur de parfum qui dissimule sa sueur, et recule de manière à ce que ses cheveux bruns ne me fouette pas le visage à chaque fois qu’elle rejette sa tête en arrière. Ce qu’elle fait assez souvent.

Je la connais. Ou plutôt, je connais son visage. Elle s’est probablement présentée, mais je ne me souviens pas de son nom. Je sais juste qu’elle a une tête exigüe*. Elle a toujours l’air de pincer ses lèvre devant tout le monde, et elle m’agace dès que je la vois.

- * Exigüe est-il le bon mot ? Je crois que ça veut dire pincé, ou étroit, mais je me trompe peut-être. C’est le problème quand on n’a pas l’Internet. Dans tous les cas, son visage est acariâtre, même si j’ai oublié ce à quoi ça correspond aussi. Je vais quand même continuer à dire exigüe.

“Oh, Miss Persua. Je ne savais pas que vous étiez toujours en ville.”

Persua. C’est ça. Elle s’appelle comme ça.

Persua rejette ses cheveux en arrière d’un air impérieux et acquiesce.

“Eh bien, j’étais en train de faire cette livraison à Remendia, mais dès que l’un de mes amis m’a dit qu’une requête de Magnolia attendait à la guilde, je suis évidemment revenue pour la faire.”

La réceptionniste eut l’air mal à l’aise.

“Tu… n’as pas terminé l’autre livraison ? Eh bien, je m’apprêtais à donner la requête à Ryoka. Elle est libre, et elle…”

“Elle a déjà fait une requête pour Magnolia cette semaine. Ce qui veut dit que cela devrait être mon tour de droit.”

La réceptionniste fronça les sourcils.

“Il n’y a aucun règle qui donne explicitement la priorité à d’autres coursiers. De plus, il faut que cette livraison soit faire le plus rapidement possible.”

“Et alors ?”

Encore un rejet de cheveux. Je remarque quelques-uns des “amis” de Persua - principalement de nouveaux coursiers des rues ou encore plus bas sur l’échelle sociale - en train de me regarder. JE les fixe jusqu’à ce qu’ils détournent le regard. Je ne les supporte pas. Dommage que Persua ne recule pas aussi facilement. Doublement dommage que sa voix soit aussi agaçante.

“Je peux facilement faire la requête de Magnolia. Ryoka n’a qu’à échanger avec moi.”

“Ça ne marche pas comme ça. À moins que Ryoka n’accepte, je ne peux pas simplement te la donner. De plus, comme je l’ai dit, c’est une livraison express. Je ne peux pas la donner à…”

“À quoi ?”

Persua regarde froidement la réceptionniste. Mais je complète le texte dans ma tête, probablement en même temps que tout le monde dans la Guilde.

À une coursière plus lente. L’une des plus lentes, pour tout dire. Persua a beau être une Coursière, elle est lente. Ou paresseuse. Pour tout dire, elle est les deux. C’est également une idiote, mais ce n’est que ce que j’ai pu observer. Elle ne prend pas autant de contrats longue-distance que les autres, et elle ne livre que des trucs légers comme des fleurs ou des lettres.

“Je veux juste dire que Ryoka est la coursière la plus rapide. Même Fals ne bat pas son record.”

“Oui, mais je suis sûre qu’elle va échanger avec moi, n’est-ce pas Ryoka ?”

Persua me jette un regard, puis détourne les yeux. Pétasse* passive-agressive.

-* Quel langage ! J’ai honte de moi. Principalement parce que je n’ai pas d’autre vocabulaire pour décrire quelqu’un comme elle. Je pourrais devenir vulgaire, mais j’ai juste envie de la cogner à l’arrière du crâne. Je dois résister à la tentation.

J’hésite. Je devrais donner la requête à Persua. Même si elle échoue, ça ne peut pas me retomber dessus. En fait, si elle a des ennuis parce qu’elle échoue, c’est encore mieux. Bien qu’elle se débrouillera sans doute pour échapper aux réprimandes.

Yup, je la déteste. Et je n’ai pas envie de céder à son harcèlement, surtout parce que je sais que la seule raison pour laquelle elle veut faire la livraison est l’argent facile et l’opportunité de faire sa sangsue avec Magnolia. Donc vous savez quoi ? Envenimons les choses.

“C’est urgent.”

Ce n’est pas ce que Persua veut entendre. Elle me jette un regard irrité.

“Et alors ? Je peux le faire.”

La réceptionniste regarde autour d’elle d’un air incertain.

“Si on ne peut pas l’apporter à Magnolia dans l’heure, la livraison ne sera plus bonne. Tu peux faire la course dans les temps ?”

“Oui.”

“Et moi aussi.”

La réceptionniste et moi-même lançons toutes deux un regard à Persua. Elle est déjà en train de suer, probablement d’avoir couru pour récupérer la requête à la cité.

“Vraiment ?”

Elle me fusille du regard. Mais je connais les corps, et je connais la course. Fille exigüe est en sueur, fatiguée, et elle a une forme de course terrible. J’ai aussi fait une course, mais contrairement à elle je sais conserver mon énergie. Je me tourne vers la réceptionniste.

“Donne-moi la requête.”

Le visage exigu de Persua se pinça encore plus, si c’était possible. Elle me poignarda du regard.

“Ce n’est pas juste. Tu as déjà fait une livraison. Je mérite celle-ci !”

“Persua, s’il te plaît.”

La réceptionniste est déjà en train de se débattre avec quelque chose sous le comptoir. Elle le soulève et me gratifie d’un sourire de soulagement. J’imagine qu’elle ne pensait pas que Persua pourrait le faire non plus.

“Voici la livraison. C’est emballé dans de la glace, donc essaie de ne pas trop le chauffer si possible. Tu sais où est la maison de Magnolia. Ils seront en train de t’attendre.”

Persua tapa du pied, en colère, alors que je faisais entrer la grosse boîte de métal dans mon sac à dos. C’est froid. Et c’est emballé dans de la glace qui fond, donc j’aurai un sac à dos mouillé à la fin de ma course. Mais ça vaut le coup, rien que pour la voir s’énerver.

“Je ne pense pas que ce soit une bonne idée.”

“Tant mieux pour toi.”

Si le regard pouvait tuer… mais le regard de Persua ne fait qu’agacer. Elle avance sur moi jusqu’à ce que mon nez brûle à cause de son stupide parfum. Elle me chuchote quelques chose d’un air furieux.

“Tu vas le regretter.”

“Oh, vraiment ?”

“Oui !”

Les gens, parfois. Je me détourne de Persua et l’entend faire un bruit semblable à celui d’un hamster furieux. Je regarde autour de moi et vois ses sbires, les coursiers, me fusiller du regard.

Qu’importe. Je n’ai vraiment rien à faire de leurs opinions ou du Code des Coursiers qu’ils revendiquent. Je suis ici pour faire mon boulot.

Je hoche la tête en direction de la réceptionniste.

“J’y vais.”

Je suis sortie avant que Persua ne puisse faire un autre commentaire. Vous ne pouvez pas le savoir, et je n’ai pas de miroir.

Mais je souris encore.



Ce coup-ci, c’est l’intendante qui ouvre la porte. Elle renifle avec dédain.

Je hoche la tête. Je suis hors d’haleine, fatiguée, et mon dos est très, très froid. Mais je me sens bien, parce que j’ai fait la course en seulement quarante minutes. C’est presque un record, et c’est au moins deux fois plus rapide que le meilleure score de Persua.

“Livraison pour Magnolia.”

“C’est Lady Magnolia.”

Voilà quelqu’un dont les regards peuvent vraiment tuer. Je hausse les épaules et détache mon sac à dos.

“Sceau ?”

“Attends.”

L’intendante me ferme la porte au nez alors que je me débats avec ma livraison trempée. Eh bien, on dirait que je ne papoterai pas avec Magnolia aujourd'hui. C’est un soulagement, pour tout dire. Je n’ai rien contre la noble excitable et pétillante, mais je préfère les servantes. Elles ont beau être abruptes et malpolies, au moins on parle moins.

Okay, le colis glacé est entre mes mains. J’attends aussi patiemment que je peux derrière la porte, puis entends une conversation étouffée. On dirait que des gens se disputent, puis j’entends une voix énergique familière.

“Sottises ! Ressa, comment peux-tu… évidemment que j’insiste pour que tu la laisses entrer ! Pieds sales ou non !”

La porte s’ouvre et une femme familière me salue. Comment des cheveux peuvent-ils rester aussi bouclés ? Je suis relativement certaine qu’ils n’ont pas de fers à friser à cette époque, mais les boucles blondes de Magnolia sont aussi stylisées que celles que je voyais chez moi.

“Je t’en prie, permets-moi de m’excuser pour l’impolitesse de ma servante. Entre, je t’en prie !”

J’hésite, et la servante - Ressa - debout derrière Magnolia a l’air mécontente.

“Je peux juste livrer le colis si vous avez le sceau…”

“Oh, je ne veux même pas en entendre parler ! Entre !”

Ressa fait la moue, et j’essaie de ne pas faire de même. Avec réticence, je pénètre dans le hall du manoir de Lady Magnolia et regrette l’absence de tapis pour m’essuyer les pieds. Magnolia m’adresse un sourire rayonnant tandis que Ressa peaufine son regard de mort dans son dos. Je suis assez sûre qu’elle ne souhaite pas voir mes pieds sales parcourir le sol de marbre. Je préfèrerais ne pas être là non plus, mais la livraison n’est pas complète tant que je n’ai pas récupéré le sceau.

“Par ici, je te prie. Tu peux le mettre dans la salle de dessin. Non, pas la secondaire, Ressa. La principale !”

Elle me guide jusqu’à une salle au sol recouvert de tapis. Là encore, j’hésite, mais il n’y a rien à faire. Le tapis est très doux, et mes pieds sont très sales, mais Magnolia n’en a cure. Elle lance des regards excités à la boîte de métal en train de me brûler les mains de froid et dégoulinant sur le tapis, et me sourit.

“Oh, ça a été rapide ! J’ai entendu dire que cela allait venir de la cité portuaire de Hazenbrad ! Tu l’as amené ici toi-même ?”

“Non. D’autres coursiers l’ont porté sur la majeure partie du chemin.”

“Eh bien, toi et les tiens m’avez certainement rendu un grand service ! Merci !”

Magnolia me tend le sceau d’argent et de saphir.

“C’est Ryoko, c’est ça ? Il est rare que je voie la même Coursière à intervalle si rapproché.”

Ryoka. Mais j’ai l’habitude que les gens prononcent mal mon nom. Je prends le sceau et le glisse dans ma bourse. Bien. Maintenant, comment sortir d’ici avec tact ?”

“Je dois y aller. J’ai d’autres livraisons.”

La vérité, c’est que je n’en ai pas d’autres, je suis surtout fatiguée. Mais je préférerais aller me coucher maintenant, et faire face aux coursiers jaloux demain.

Le visage de Magnolia se décompose.

“Oh, tu ne veux vraiment pas rester ? J’aimerais beaucoup partager cette délicieuse gourmandise avec toi - et tu as couru si longtemps et si loin ! Quand j’ai entendu dire qu’une coursière décollait d’Irlande*, j’étais certaine que cela te prendrait au moins une heure pour arriver ici !”

-* Oui, c’est la cité d’où je viens. Irlande. C’est bizarre qu’elle s’appelle comme un pays de mon monde mais là encore… pas vraiment. Il n’y a qu’un nombre de mots anglais limités, après tout.

“Mmh.”

Là encore, que répondre à ce genre de question ? “Oui, je suis extraordinaire, donnez-moi plus d’argent ?” C’est pour ça que je déteste parler aux gens.

“De plus, je n’ai jamais eu l’occasion de vraiment discuter avec toi les deux dernières fois. J’aimerais vraiment beaucoup converser avec toi - et te poser des questions sur ce choix particulier de cordonnerie, ou plutôt, son absence ! Es-tu sûre de ne pas vouloir rester un moment ?”

Magnolia tente de m’amadouer du regard, et les yeux de Ressa la servante me disent que je devrais faire ce qu’elle me dit et arrêter de suer et de salir les tapis tant que j’y suis.

J’hésite. Mais… je suis fatiguée et je n’ai pas envie de parler. Comme toujours. C’est vrai, Magnolia vaut mieux que Persua chaque jour de la semaine, mais son enthousiasme me fatigue. Donc je commence à me glisser vers la porte.

“Je suis désolée, mais je devrais vraiment y aller. Je suis très prise.”

Magnolia me sourit.

“Es-tu si pressée de partir ? Tu peux simplement me le dire si tu ne souhaites pas discuter.”

Je bondis* et la dévisage. Magnolia sourit.

-* Évidemment, pas au sens littéral du terme.

“Honnêtement, ma chérie. Ça se voit dans ton regard. Mais en-dehors de ça, je suis une [Lady], et la plupart d’entre nous obtiennent [Deviner les Intentions] plutôt tôt dans notre carrière. Et j’ai un niveau relativement élevé, en plus de cela. Donc, par conséquent, assieds-toi.”

Je m’assieds. Je ne réfléchis même pas. Elle a parlé, et j’ai… okay, c’était quelque chose.

“Je voudrais discuter avec toi. Il est rare que je rencontre une jeune femme aussi intéressante que toi.”

Essaie de te relever. Non ? Okay, jambes. C’est moi votre chef. Debout. Debout.

Magnolia indique le fauteuil qui me retient prisonnière.

“Je t’en prie, assieds-toi ici. J’aimerais partager avec toi le colis pour lequel tu as travaillé si dur.”

Je suis toujours en train de me débattre avec mon corps paralysé. Magnolia me sourit de nouveau et s’adresse à sa servante aux aguets.

“Ressa ? Pourrais-tu me faire le plaisir d’ouvrir le colis ? Et je pense qu’il va nous falloir deux bols et des couverts. Je voudrais la porcelaine bleue aujourd’hui.”

“Très bien, milady.”

Ressa m’adresse en silence un regard menaçant. Probablement pour me dire de bien me tenir, puis elle sort de la pièce. Elle va probablement chercher des servantes en renfort. Ce qui me laisse avec Magnolia.

La femme potelée m’adressa un autre sourire charmeur. Pour la première fois, je la regardai telle qu’elle était, et non pas comme une lady riche et frivole. D’accord, elle était complètement stéréotypée avec ses vêtements colorés, ses bijoux hors de prix et a personnalité franchement facile à vivre, mais que diable venait-elle de me faire ? Était-ce une compétence ?

“J’espère que tu aimes le sucré, Miss Ryoka. Pardonne mon impolitesse, mais j’ai compris depuis longtemps qu’il vaut parfois mieux piéger les gens si l’on souhaite faire leur connaissance. Tu comprends ?”

“Mmh.”

“Je suis ravie que ce soit le cas !”

Alors, ça. Ça, c’était probablement du sarcasme. Bien, bien. On dirait que Magnolia a des couches. Ou du moins, son jupon en a. On dirait que je l’ai sous-estimée.

“Bien, reste assise là un instant. Je dois vraiment essayer ce délice, même si ‘j'ai bien peur qu’il ne soit en train de ruiner le tapis. Ah, baste, il fallait le changer de toute façon.”

Magnolia s’active dans la pièce. J’essaie de m’enfuir, mais mes jambes ne répondent toujours pas. Eh bien, bon sang. Elle est plutôt puissante. Ça vaut peut-être le coup de lui parler après tout.

Magnolia. Quelle femme insistante et agressive.

Je crois que je l’aime bien.



Lady Magnolia s’agita dans tous les sens dans la salle de dessin, ses servantes la suivant de partout pour limiter les dégâts. Elle était occupée à surveiller l’ouverture d’un gros tonnelet de métal, dont le contenu avait été recouvert de glace.

Ryoka était assise devant l’une des tables en fer ornementé, consciente de la présence d’un tapis sous ses pieds. Il n’était peut-être pas de Perse, mais c’était juste parce que la Perse n’existait pas dans ce monde. Dans tous les cas, il était cher, et il devenait de plus en plus sale avec ses pieds dessus.

Occasionnellement, les jambes de Ryoka se tendaient, mais elle restait assise, ce qui la frustrait grandement.

“Et voilà !”

Magnolia battit des mains de bonheur. Ryoka regarda les deux sangles de la boîte métallique s’ouvrir et la vapeur glacée qui s’en échappait. Elle n’avait aucune idée de ce qu’elle avait apporté, et c’était donc avec intérêt qu’elle vit la servante plonger précautionneusement une cuillère à l’intérieur.

Ce qui en sortit était… blanc, mouillé, avec quelques éclats noirs perdus dans la texture crémeuse. Les yeux de Magnolia pétillèrent lorsqu’une autre cuillerée rejoignit la première dans le bol de porcelaine. Même les servantes regardaient la crème avec convoitise.

Pour être plus précis, la crème glacée.

Ryoka fixa la glace des yeux, bouche-bée.

Magnolia fit signe en direction de son invitée, et la servante hésita avant de poser le bol devant Ryoka. La jeune femme scruta silencieusement le filigrane d’or entourant la cuillère qu’on lui tendait. Elle baissa les yeux sur la crème glacée.

“Eh bien c’est une vraie gâterie.”

L’une des servantes tira un fauteuil pour Lady Magnolia et l’aristocrate s’assit en face de Ryoka. Elle accepta un autre bol et lui sourit.

“N’aies pas peur. Il s’agit d’un délice très rare que j’ai fait importer. C’est plutôt, plutôt cher, mais une fois que tu y auras goûté, je pense que tu penseras que cela vaut bien son prix.”

Ryoka hésita. Elle n’était pas sûre de devoir manger en premier, mais Magnolia agita la main.

“Oh, vas-y. Quel genre d’hôtesse serais-je si je ne te laissais pas la première bouchée ? Mais je dois toutefois te prévenir - c’est plutôt froid !”

Ryoka hésita, mais Lady Magnolia la dévisageait avec un enthousiasme sincère. Elle contrastait fortement avec les servantes derrière elle, qui affichaient toutes un regard de tueuses. Elle avait la nette impression que la situation tournerait au vinaigre si elle refusait.

Poussée par tous les yeux posés sur elle, Ryoka prit lentement une bouchée. Son expression ne changea pas d’un iota. Lady Magnolia cilla. Les servantes auraient bien marmonné, mais leur entraînement leur permit de garder des expressions précautionneusement neutres.

“Huh. De la crème glacée.”

Ryoka se maudit intérieurement. Elle n’avait pas prévu de dire cela à voix haute. Là encore, Magnolia cilla et sa bouche s’ouvrit délicatement.

“Eh bien. Tu sais ce dont il s’agit ?3

“... non ?”

“Ma chère, te souviens-tu de ce que je t’ai dit à propos de mes compétences ? Je sais que tu me mens. Mais comment se fait-il ? J’aurais juré que ce délice n’avait été inventé qu’il n’y a une semaine ! Je viens juste d’entendre dire qu’il avait été créé par un maître [Chef] du continent du nord. Mais tu y as déjà goûté, n’est-ce pas ?”

Elle pouvait dire la vérité, ou mentir et révéler la vérité. Ryoka haussa les épaules.

“Ouaip.”

Les servantes murmurèrent. Magnolia soupira, et goûta à son tour la crème glacée.

“Délicieux. Oh, mais pardonne-moi. Je n’ai pas pu m’en empêcher. Eh bien, voilà une surprise qui éclipse bien la mienne ! Je dois dire, je suis à la fois décontenancée et réjouie que tu connaisses cette gourmandise. Comment l’as-tu appelée ? De la “crème glacée” ?”

“On l’appelle autrement dans le coin ?”

“Je crois bien que cela s’appelle “gelato”, ou quelque chose de semblable. Mais j’aime plutôt bien ton nom ! C’est vrai que cela rappelle la crème, n’est-ce pas ? Mais le froid… et bien sûr la douceur sont incomparables !”

“Mhm.”

“Eh bien, il faut absolument que tu me dises comment tu connais cette sucrerie.”

“Uh, c’est plutôt commun dans mon pays natal.”

Magnolia haussa un sourcil délicat.

“Commun ? Es-tu sûre que… mais tu dis vraiment la vérité. Curieux.”

Ryoka s’agita sur son siège. Elle s’était mise dans le pétrin. Elle avait l’impression qu’on lisait dans son esprit. Même si Magnolia ne détectait que ses intentions et si oui ou non elle disait la vérité, la conversation était plus truffée de mines qu’un champ de bataille. Elle devait changer de sujet.

Prudemment, elle prit une autre bouchée. La crème glacée n’était pas aussi sucrée que celle de son monde mais la similarité était glaçante. Elle montra le tonnelet métallique.

“Uh, ça vous a coûté combien ?”

Ce n’était pas une question appropriée, à en juger par les regards furieux que lui lancèrent les servantes. Mais Magnolia ne sembla pas s’en formaliser.

“Eh bien, je déteste parler de ce genre de sujets dans une conversation civile, mais cette petite gourmandise a coûté soixante-dix pièces d’or, sans compter le prix de la livraison trans maritime et le coût de la livraison express jusqu'ici.”

Ryoka s’étouffa sur sa cuillerée de crème glacée et faillit casser la cuillère en deux avec ses dents. Magnolia agita une main.

“Oh, je t’en prie. Je sais que c’est beaucoup, mais un mets aussi délicieux ? Cela en vaut vraiment la peine.”

Silencieusement, Ryoka scruta le pot de crème glacée. C’était probablement la contenance d’un pot de glace qu’elle aurait pu acheter pour trois dollars au supermarché, dans son monde.

Inconsciente de ce qui se passait sous son crâne, Magnolia sourit de nouveau à Ryoka en prenant une nouvelle cuillerée de crème glacée dans sa bouche.

“J’ai bien peur qu’il ne nous faille manger rapidement avant que notre “crème glacée” ne fonde. Mais je suis sûre que nous pourrions papoter devant un thé ensuite. Et alors tu pourras me dire tout ce que tu sais de cette crème glacée, et d’où tu viens. Je dois dire que tes traits sont plutôt saisissants.”

L’expression de Ryoka ne changea pas, mais les yeux de Magnolia s’assombrirent.”

“Si tu préfères ne pas en parler, je comprendrai très bien.”

C’était difficile. Ryoka fronça les sourcils devant sa crème glacée à moitié fondue et prit le temps de réfléchir. Puis elle leva les yeux. Le sourire de Magnolia s’élargit.

“Oh ? Je sais qu’il est très impoli de parler de ce qu’ils se passe dans la tête de quelqu’un, mais tu viens d’avoir une sacré inspiration.”

“Yup. Je réfléchissais à la crème glacée.”

“Tu voudrais une autre cuillerée ?”

“Non. Mais j’en connais un rayon à ce sujet.”

Magnolia se pencha en avant, le regard brillant, Ryoka baissa les yeux sur son décolleté et crut comprendre en partie l’attraction que Magnolia exerçait sur les gens. Ou du moins, l’attraction qu’elle exerçait sur les Coursiers de sexe masculin.

“Vraiment ? J’ai bien peur de ne pas avoir réussi à dénicher la créature qui produit un tel délice. Sais-tu d’où cela vient ?”

“Mieux. Je sais la préparer.”
Titre: Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
Posté par: Maroti le 14 février 2020 à 16:54:39
Suite à des problèmes familiaux, la traduction de 'The Wandering Inn' est interrompue jusqu'au mercredi 26 février, je m'excuse sincèrement du dérangement.
Titre: Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
Posté par: Maroti le 26 février 2020 à 12:35:04
1.03 R
Traduit par EllieVia

La vie pouvait être étrange. Certains jours, on courait, et d’autres jours on se retrouvait propulsée dans un autre monde avec rien d’autre qu’un iPhone et les vêtements sur notre dos. Parfois encore, on préparait de la crème glacée.
 
Mais c’est une journée exceptionnelle pendant laquelle Ryoka se retrouva à faire de la crème glacée chez une aristocrate, entourée de servantes, dans une cuisine qui aurait pu rivaliser avec n’importe quel décor d’émission culinaire cherchant à cuisiner des mets hors de prix en dépensant le plus d’argent possible.
 
Elle ne se sentait pas à sa place dans la pièce immaculée, à manier l’équivalent d’ustensiles de cuisines en inox. Ryoka était toujours pieds nus, et elle était douloureusement consciente des traces qu’ils laissaient sur le carrelage sans défaut. Non pas que Lady Magnolia ne semble en avoir cure.
 
La souriante lady du manoir était sur les talons de Ryoka, lui montrant avec excitation le contenu de sa cuisine amplement équipée. Elle ouvrit des placards et révéla à Ryoka des étagères et des étagères d’ingrédients exotiques qu’elle ne reconnaissait qu’à moitié. Du sucre, d’accord, c’était logique. Mais du sucre rouge ? Cueilli dans le désert ? Et ça, c’était normal comparé aux délices tels que la viande de Wyverne.
 
“Parfaitement répugnant. J’ai essayé un jour mais je n’ai pas supporté le goût. C’est très bon pour la santé, ou du moins c’est ce que l’on m’a dit, mais…”
 
Expliqua Lady Magnolia en indiquant le cuissot violacé posé dans une assiette sur une étagère. Ryoka fixa la viande luisante et se demanda intérieurement quel en était le goût.
 
L’étrangeté de la cuisine ne tenait pas tellement dans le fait qu’elle soit gigantesque, ou qu’elle ait tellement d’équivalents d’équipements modernes. Non, cela venait surtout du fait que la plupart des denrées étaient entreposées à l’air libre dans des étagères. Même les placards s’ouvraient sur des piles de lait, de beurre, et même de légumes frais stockés sans aucune forme de réfrigération.
 
Elle ne pouvait pas s’en empêcher. Ryoka devait poser la question. Elle interrompit Lady Magnolia qui était en train de lui présenter une sorte de gelée qui paraissait bouger toute seule.
 
“Et ces trucs-là ne finissent pas par pourrir ?”
 
Magnolia jeta un œil aux étagères tandis que les servantes fusillaient silencieusement Ryoka du regard.
 
“Ça ? Je ne pense pas, non. J’ai investi dans les meilleurs sorts de préservation et un [Enchanteur] vérifie tous les ans que les runes tiennent toujours. Mes chefs sont plutôt satisfaits de l’espace dont ils disposent, et j’en ai bien besoin étant donné toutes les délicieuses gourmandises que je leur fais faire.”
 
Ryoka scruta les minuscules runes gravées sur les côtés de chaque placard. Des runes de préservation ? Pratique. Elle se demanda à quel point cela était hors de prix.
 
“Ce n’est pas trop cher, étant donné la qualité du travail qui a été fait. Les mages pratiquent des prix très raisonnables. Il n’est pas rare que les auberges et certains grands commerces en disposent.”
 
Lady Magnolia sourit en voyant Ryoka relever vivement la tête pour la dévisager.
 
“Je ne lis pas dans tes pensées, ma chère. Il ne s’agit que d’une supposition éclairée et de quelques compétences. Je suis certaine que tu as entendu dire que la classe de [Lady] était une classe frivole, mais nous disposons de quelques astuces bien utiles en société.”
“Mmh.”
 
“Oh, tu es vraiment taciturne, n’est-ce pas ? J’ai rencontré des dragons plus avenants, mais soit. Faisons cette crème glacée ! Par quoi commence-t-on ?”
 
Magnolia attendit avec impatience tandis que Ryoka parcourait la cuisine du regard en tentant de se remémorer tous les ingrédients. Cela faisait longtemps que Ryoka n’avait pas confectionné de crème glacée. Elle avait presque oublié la recette, mais étant enfant…
 
“On aura besoin de sel, aussi. Une pincée. Et de vanille.”
 
“Bien sûr. Ressa ?”
 
L’intendante acquiesça et envoya les autres servantes chercher les différents ingrédients aux étagères correspondantes. Elle marqua une pause lorsque l’une des servantes lui apporta un fagot de gousses de vanilles soigneusement emballées.
 
“Ces gousses sont plutôt chères, milady.”
 
Lady Magnolia émit un son de dédain en balayant les réserves de Ressa d’un geste de la main.
 
“Oh, sottises, Ressa, ne sois pas rabat-joie. Je suis d’idée de fournir à Ryoka tout ce qu’elle me demandera si elle peut produire cette crème glacée.”
 
“Une gousse suffira.”
 
La servante tendit le bâtonnet de vanille desséché à Ryoka, qui le rompit en deux. Elle renifla la forte odeur qui s’en dégageait et commença à en extraire la vanilline.
 
“Maintenant, il faut que l’on chauffe le lait, le sel, et le sucre dans une grande casserole. Vous en avez une ?”
 
Lady Magnolia battit des mains tandis que Ressa, le regard noir, attrapait une grande marmite polie et la posait sur l’un des feux de la cuisine.
 
“Oh, je vois ! Tu prépares une crème sucrée ! Comme c’est charmant !”
 
En silence, Ryoka mélangea les ingrédients et finit par obtenir une crème anglaise d’un ivoire crémeux. Elle y plongea une cuillère et décida qu’elle était assez épaisse pour la transformer en crème glacée. Et maintenant ? Ah, oui.
 
“... Bordel.”
 
Ce coup-ci, le langage de Ryoka faillit lui faire gagner une claque à l’arrière de la tête. La main de Ressa tressaillit, et une petite veine se mit à palpiter sur son front.
 
“Qu’est-ce qu’il se passe ?”
 
“Je ne vais peut-être pas pouvoir la finir, finalement. J’ai oublié quelque chose.”
 
Lady Magnolia eut l’air consterné. Elle regarda le contenu de la casserole.
 
“Cela me semble très bien, au contraire, mais… manque-t-il un ingrédient ?”
 
Ryoka secoua la tête et montra la marmite.
 
“Il faut que l’on gèle cela. Ou plus exactement, qu’on le gèle lentement et en remuant.”
 
C’était un gros problème. Bien que ce monde soit équipé de sorts de préservation, Ryoka était certaine qu’ils n’avaient pas encore inventé les réfrigérateurs et la climatisation. Mais à sa grande surprise, Lady Magnolia rit et posa sa main sur son décolleté généreux de soulagement.
 
“Oh, c’est tout ?”
 
Magnolia agita une main légère. Elle se tourna vers l’une de ses servantes.
 
“Yvony, pourrais-tu être un amour et envoyer un message à la Guilde des Mages ? Dis-leur que j’ai besoin d’un [Élémentaliste] possédant les bases de la magie de glace.”
 
Médusée, Ryoka regarda Yvony, une servante blonde au teint parfait, s’incliner et trotter hors de la pièce.
 
“Elle va courir là-bas ?”
 
Lady Magnolia pouffa poliment et les autres servantes sourirent.
 
“Tout le monde n’a pas le pied léger des Coursiers. Non, elle va simplement me ramener… ah, merci Yvony.”
 
La servante est revenue avec un petit livre bleu à la couverture recouverte de dentelle d’or. Lady Magnolia l’ouvrit et montra les pages vides à Ryoka tandis qu’Yvony dévissait une bouteille d’encre et y plongeait une plume.
 
“Je t’en prie, regarde. Ceci est un livre magique. Qui fait partie d’une paire. Lorsque j’écris sur l’une des pages, l’autre livre copie immédiatement mon écriture. C’est un moyen plutôt ingénieux de communiquer sans avoir à recourir à un sort de [Télépathie] ou de [Communication longue distance] à chaque fois.”
 
Elle tendit le livre à Yvony et la servante écrit quelques lignes claires et concises sur le papier. Le livre brilla brièvement, puis la lumière disparut. Magnolia joignit les mains et se retourna vers Ryoka.
 
“Et maintenant, on attend. Un mage devrait être ici dans quelques minutes. La Guilde des Mages est plutôt prompte à réagir, et n’est par chance qu’à quelques rues d’ici. Devrions-nous nous retirer pour une tasse de thé ?”
 
Si elle avait eu le choix, Ryoka aurait refusé, mais le problème avec les propositions faites par une Lady est qu’elles n’en sont pas vraiment. Elle se retrouva rapidement assise à siroter le contenu d’une tasse de thé bien chaud en essayant de ne pas grimacer.
 
Son héritage nippo-américain lui criait d’au moins apprécier le bon thé, étant donné que ses grands-parents japonais avaient insisté pour qu’elle goûte le breuvage. Mais ses racines américaines et sa personnalité insistaient sur le fait que le café était la seule bonne façon de vivre. Malheureusement, elle n’était pas encore tombée sur ce breuvage donc elle continua à prétendre boire son thé en écoutant Magnolia faire la conversation.
 
“Je dois bien dire que je meurs d’envie de savoir ce qui te fait courir, Miss Ryoka. Si je puis me permettre de vous l’avouer - je ne vous le demande pas seulement par simple curiosité, mais parce que j’ai un petit pari en cours avec quelques autres Ladies de mon cercle de rumeurs à ce sujet.”
 
Ryoka marqua une pause. Elle était habituée à l’attention qu’attiraient ses pieds nus, mais c’était la première fois qu’elle faisait l’objet d’un pari.
 
“Vraiment ?”
 
“Comment, tu n’as pas réalisé que tu t’étais déjà construit une réputation ? Le conte de la Coursière aux traits exotiques apparue en plein milieu d’une rue bondée a beaucoup de succès, et c’était avant que tu ne deviennes la Coursière la plus rapide de la zone. Les gens se demandent pourquoi tu cours pieds nus. Cela fait-il partie d’une classe spéciale ? Ou est-ce un secret ?”
 
“Ce n’est pas un secret.”
 
Magnolia attendit, mais la jeune femme assise face à elle n’ajouta rien de plus. Elle s’éclaircit poliment la gorge.
 
“Alors… tu voudrais bien me dire pourquoi ? J’adorerais savoir.”
 
Lady Magnolia se pencha avec enthousiasme par-dessus son thé. Ryoka haussa les épaules. Même les servantes écoutaient en silence en s’affairant à accomplir des tâches superflues dans la salle de dessin.
 
Ryoka haussa les épaules.
 
“J’aime simplement courir pieds nus. Je déteste porter des chaussures.”
 
Son audience cilla. Ryoka haussa les épaules. Il n’y avait pas grand-chose d’autre à dire. Elle jeta un regard en coin aux servantes qui échangeaient des regards dans le dos de leur maîtresse. Ryoka se demanda négligemment à quel point elles échangeaient des ragots à la fin de leur service.
 
Un silence suivit la réponse de Ryoka, puis un rire le brisa. Lady Magnolia pouffa, puis se mit à rire doucement. Ce n’était pas un rire éclatant ou incontrôlé, comme tout chez elle, son rire était poli et raffiné. Mais il était sincère.
 
“Ma chère Ryoka Griffin, tu es la jeune femme la plus charmante que j’aie jamais rencontrée !”
 
Elle leva sa tasse et une servante aux aguets la remplit d’une nouvelle dose du thé sombre que Ryoka s’efforçait de ne pas ingérer.
 
“Une réponse simple, mais la personne en face de moi ne l’est pas. Je suppose que notre petit cercle de commérages va devoir annuler le pari. Que c’est intéressant. Eh bien en ce cas, maintenant que ma curiosité a été assouvie, devrions-nous faire un jeu en attendant l’arrivée de notre mage ?”
 
Ryoka hésita. Elle leva les yeux sur le visage de Magnolia et fronça les sourcils.
 
“... Quel genre de jeu ?”
 
“Oh, ma chère Ryoka, je t’en prie. Ne sois pas tant soupçonneuse. Je ne cherche pas à te soutirer des secrets - enfin, si, mais je ne te forcerai pas à dire des choses si tu n’en as vraiment pas envie. Je propose simplement un jeu de devinettes. J’y joue tout le temps avec mes amies pour trouver leurs petits secrets et dénicher des intrigues. Tu peux me poser une question, et je t’en poserai également une à laquelle, j’espère, tu répondras la vérité. Cela te paraît-il juste ? “
 
Ryoka haussa les épaules. Le sourire de Magnolia s’élargit.
 
“Eh bien, comme je t’ai demandé pourquoi tu courais pieds nus, pourquoi ne commencerais-tu pas par une question.”
 
Avec réticence, Ryoka réfléchit. Elle baissa les yeux sur son thé, leva les yeux au plafond, regarda les servantes, puis Magnolia. Enfin, elle haussa les épaules.
 
“Je n’ai pas d’idée.”
 
Le visage de Magnolia se décomposa.
 
“Pas même une ? Rien ne titille ta curiosité ? Je dispose d’une véritable richesse de rumeurs et de connaissances réelles.”
 
Là encore, Ryoka haussa les épaules. Ce n’était pas qu’elle ne pouvait pas trouver un million de questions à poser, c’était juste qu’elle ne souhaitait pas les poser à Magnolia. Et elle aimait bien la mettre mal à l’aise.
 
“... Pas vraiment. Pourquoi ne poseriez-vous pas une question ?”
 
Même si elle était clairement déçue, Lady Magnolia reprit immédiatement contenance.
 
“Eh bien en ce cas, j’aimerais beaucoup savoir d’où tu viens, Miss Ryoka Griffin. Voyons voir. Serais-tu originaire de l’un des continents du nord ?”
 
Ryoka haussa un sourcil.
 
“Lequel ?”
 
Magnolia eut l’air perdue.
 
“Lequel ? Eh bien, j’imagine… le continent principal. À moins que tu ne parles de l’une des îles ? Non - je parle du continent humain, Terandria. Viens-tu de là-bas ?”
 
“Nope.”
 
“Bien, bien. En ce cas, viens-tu de l’est ? Les Îles de Minos abritent une petite population humaine. Ou serais-tu insulaire ? Il y a beaucoup de gens exotiques dans les archipels, et leurs traits ne sont pas très éloignés des tiens.”
 
Ryoka secoua la tête. Elle en apprenait beaucoup.
 
“Jamais été là-bas.”
 
Magnolia fit la moue.
 
“Mes instincts sont complètement faux. Très bien. En ce cas, je n’y aurais pas pensé, mais… les archipels gelés ? Ou les étendues sauvages et inexplorées de ce continent ?”
 
“Non, et non.”
 
“Bon, alors viens-tu des terres du sud ? Je ne vois pas comment, mais tu as peut-être grandi dans l’une des tribus Gnolles ou dans une colonie Drake ?”
 
“Nope.”
 
Ryoka sourit. Magnolia la regarda en fronçant légèrement les sourcils.
 
“Je demande simplement une clarification - tu n’as pas grandi chez les Antiniums ? Ils ont plusieurs Colonies au sud et une à Liscor.”
 
Là encore, Ryoka secoua la tête. Magnolia tapota sa cuillère contre sa tasse, frustrée.
 
“Très bien. Mais si tu ne viens pas d’un des continents principaux… aha ! Tu as grandi à Wistram, l’île des mages ! Ou… ou dans les montagnes, avec les nains ? C’est un peu tiré par les cheveux, mais peut-être… tu as vécu en mer pendant ton enfance ?”
 
“Tout faux.”
 
Ryoka sourit. Autour d’elle, les servantes avaient un air soupçonneux, comme si elles la soupçonnaient de mentir à leur maîtresse. Mais Magnolia contemplait Ryoka avec une légère moue. Elle ouvrir la bouche, mais à ce moment quelqu’un frappa à la porte principale, poliment mais fermement.
 
Avec réticence, Magnolia détacha son regard de Ryoka. Elle posa la tasse de thé et se leva avec grâce.
 
“Hm. Ne faisons pas attendre notre mage.”
 
Ryoka était déjà debout, et elle suivit Lady Magnolia à la porte. Comme elle était derrière elle, elle ne vit pas l’ombre qui passa sur le visage de Magnolia avant que cette dernière recompose son expression en un sourire éclatant pour accueillir le mage de glace chez elle.
 

 
La crème glacée. C’était sucré, froid avec un peu de chance, et apparemment, était à peu près aussi addictif que les drogues dures pour ceux qui n’en avaient jamais eu auparavant.
 
Elle n’avait pas été certaine de sa recette, mais devant l’insistance de Lady Magnolia, Ryoka avait rempli une grande marmite de crème anglaise. Dès que le mage fut arrivé, ils étaient parvenus malgré quelques péripéties à transformer la crème en une gourmandise glacée. Lady Magnolia, ses servantes, et même le mage s’étaient joints à Ryoka pour déguster la crème glacée.
 
Par conséquent, l’énorme marmite était à présent vide et l’estomac de Ryoka n’était pas fier d’elle. Le mage était parti il y avait de cela à peine une demi-heure, serrant à la fois son ventre et sa tête. Il affichait toutefois toujours un grand sourire.
 
À l’étonnement de Ryoka, le mage avait été plutôt intéressé par la préparation de la crème glacée. C’était peut-être juste sa personnalité, mais c’était probablement également dû à l’enthousiasme contagieux de Magnolia. Elle avait assigné la tâche à une servante de prendre des notes sur les moindres faits et gestes de Ryoka lorsque celle-ci avait trouvé comment mélanger correctement la crème glacée.
 
Cela lui allait très bien au final parce que cela signifiait que Ryoka n’aurait pas à réexpliquer comment faire la crème glacée. Et maintenant que la crème glacée était finie, Ryoka pouvait enfin partir. Elle était à la dernière étape du processus - en train d’essayer de se débarrasser de Lady Magnolia à la porte.
 
“Je ne peux toujours pas croire que tu ne veuilles pas prendre au moins une marque de reconnaissance pour m’avoir enseigné cette délicieuse recette.”
 
Ryoka haussa les épaules alors que Lady Magnolia s’agitait. Les quantités sub-létales de sucre que la femme avait ingérées ne semblaient pas la ralentir comme les autres servantes et Ryoka elle-même. Même Ressa, la loyale intendante, semblait légèrement nauséeuse en redescendant de l’hyperglycémie et en réalisant à quel point elle avait mangé, mais Magnolia était aussi énergique que d’habitude.
 
Dans un soupir, Lady Magnolia abandonna le sujet, au grand soulagement de Ryoka. Elle avait refusé toute proposition de paiement. Cela lui semblait mal, surtout pour de la crème glacée. Magnolia avait enfin laissé tomber et Ryoka allait enfin pouvoir partir.
 
“Tu ne veux pas au moins prendre un peu de ta merveilleuse crème glacée avec toi ? Nous avons par chance plusieurs paniers enchantés avec des sorts de préservation. Je serais plus qu’heureuse de t’en faire cadeau.”
 
Ryoka hésita alors que Ressa toussotait en marmonnant au sujet de la dépense. C’était vraiment tentant. Pas la crème glacée - mais un panier magique semblait extrêmement utile. Mais là encore…
 
“Non, ça me va, merci.”
 
Lady Magnolia soupira, mais elle ne proposa rien de plus, au grand soulagement de Ryoka et de l’intendante. Ryoka finit de s’étirer la jambe qui s’était engourdie puis tendit la main pour ouvrir la porte. Ressa l’intercepta et lui ouvrit poliment la porte. Ses mains étaient gantées. Apparemment, cela faisait une grande différence entre ce qu’elle pouvait toucher, contrairement à Ryoka.
 
C’était le moment de courir. Mais Ryoka se tourna avant de franchir la porte et hocha la tête à l’intention de Lady Magnolia.
 
“Merci.”
 
“Au contraire, c’est moi qui devrais te remercier, Miss Ryoka. Mais si je peux me permettre une dernière question avant que tu partes ?”
 
Ryoka s’arrêta avec réticence devant la porte alors que Ressa la lui claquait au nez. Elle se tourna légèrement et regarda Magnolia.
 
“Viens-tu bien de quelque part dans ce monde ?”
 
Silence. Le visage de Ryoka ne changea pas, mais Magnolia sourit.
 
“J’espère que tu accepteras d’autres requêtes de ma part dans le futur. J’aimerais tellement discuter.”
 
Ryoka était partie avant que Magnolia ait terminé de parler.
 

 
Lady Magnolia regarda Ryoka trotter puis se lancer dans une course lente en atteignant le bout de la rue.
 
“Diantre, elle est vraiment rapide.”
 
Derrière elle, Magnolia sentit sans la voir Ressa acquiescer silencieusement. L’un des avantages d’être une [Lady] était la capacité de détecter les choses bien plus loin que ce que sa posture ou ses limites physiques laissaient paraître. Cela permettait également à Lady Magnolia d’afficher un certain degré de dignité à chaque instant, même si elle avait très mal à l’estomac.
 
Mais ce n’étaient que de menues préoccupations, et Magnolia les écarta donc de son esprit. Ses yeux suivirent Ryoka alors que la Coursière disparaissait au coin de la rue et elle tapota ses lèvres. Puis elle se retourna vers sa servante.
 
“Ressa, contacte la Guilde des Mages, je te prie, et dis-leur que je requière un sort pour ma personne ce soir.”
 
Ressa esquissa une révérence.
 
“Très bien, Milady. Quel sort requérez-vous ?”
 
“Hm. Le sort de communication longue distance. J’ai oublié le nom exact. Ils le connaissent.”
 
Ressa hésita. Elle inclina la tête.
 
“Si je peux me permettre, Milady…”
 
“Parle, Ressa.”
 
“Ce sort est… très cher, milady. Un sort de communication mineur ne suffirait-il pas ?3
 
“Non, j’ai bien peur que non. Le sort est cher, mais je paie ainsi le prix pour le secret et l’intimité. J’apprécie tes inquiétudes, chère Ressa, mais c’est ainsi. Envoie la requête.”
 
“Oui, milady.”
 

 
Je dois ralentir après m’être éloignée de quelques rues de la maison de Magnolia. Je pose les mains sur mon estomac et essaie de ne pas vomir.
 
“Bon sang.”
 
La crème glacée ne convient pas à mon corps, surtout si je dois courir. J’ai l'impression d’avoir un caillou dans l’estomac. Et pourtant, ça en valait probablement la peine. Si seulement cela n’avait pas été à la vanille*, la vie aurait pu être parfaite.
 
-* Si je dois manger de la crème glacée, elle doit être à la menthe et aux pépites de chocolat. La vanille reste la vanille. Mais j’adore la menthe. Et la menthe poivrée. Et la menthe verte. Je… j’aimerais beaucoup avoir du chewing-gum.
 
Alors que je me remets à marcher puis repasse à un petit trot, je pense à Magnolia, ou plutôt, à la personne la plus terrifiante que j’aie rencontrée dans ce monde. Apparemment, les gens de sa classe peuvent pratiquement lire dans les pensées, ou du moins connaître les émotions. Ce n’est pas une pensée réconfortante.
 
Bon sang. Elle a presque compris mes origines en quelques minutes. Quelle femme terrifiante.
 
C’était peut-être mal de le penser, mais en la rencontrant, je m’étais dit qu’elle n’était qu’un autre papillon social dodu sans cervelle. Mais… c’est ce qu’elle veut que les gens pensent d’elle. La vraie Magnolia est intelligente et vive. Il faudra s’en souvenir la prochaine fois que tu iras chez elle.
 
… ce qui ne sera pas avant un moment. Je sais qu’il va falloir payer le prix fort si Persua se débrouille comme elle veut, et de plus, j’ai maintenant de bonnes raisons de ne pas aller voir Magnolia à l’avenir.
 
“Yup. Plus de livraisons à Magnolia pour un bon moment.”
 
Mais ceci étant dit, je vais tout de même mener mon enquête sur elle. Je parie que Garia saura des choses sur elle - comment Magnolia s’est enrichie, si elle est mariée, tout ça. Connais ton ennemi, pas vrai ? Eh bien, Magnolia n’est pas mon ennemie, et j’aimerais que cela reste le cas.
 
… Garia. Son nom me rappelle quelque chose que je dois faire alors que je dévale une autre rue. Il y a de moins en moins de monde si tard dans la journée, mais je vois un autre Coursier disparaître à l’instant où je tourne au coin de la rue. Garia. Oh. Bien sûr.
 
Demain je dois faire cette livraison avec Garia. Ça ne va pas être agréable. Pas juste parce que l’on va devoir porter plus de vingt kilos sur le dos, mais parce qu’elle va vouloir me parler tout le long. Ce qui est très bien, C’est normal, et humain. C’est juste chiant à mourir.
 
Mais bon, j’ai promis, donc il n’y a rien d’autre à dire. Oublie ça, mais sans vraiment oublier. Au moins, je n’aurai pas à traîner à la Guilde des Coursiers trop longtemps pour trouver un boulot.
 
Je me demande s’il y aura des conséquences d’avoir fait de la crème glacée. Quelle idée ridicule mais… approfondissons tout cela. Hm.
 
Ce n’était probablement pas une bonne idée de partager la recette, mais cela a permis d’éviter que Magnolia ne me pose trop de question sur mes origines. Mais quels sont les tenants et les aboutissants de la divulgation de ce genre d’informations ?
 
Eh bien… si je dois deviner, cela voudra dire que la pauvre personne qui a inventé la crème glacée ne va pas devenir aussi riche que ce qu’elle ou qu’il espérait. Mais cela pourrait aussi mener à des changements dans la ville. La confection de la crème glacée est rendue exceptionnellement accessible, et grâce à la magie, facile à faire même à cette époque.
 
Cela veut-il dire que je vais bientôt en voir dans les rues ? Mais non… à moins d’avoir un mage à disposition, la crème glacée n’est pas facile à conserver. J’imagine que c’est la noblesse qui va surtout en profiter, avant que quelqu’un ne révolutionne la boîte à glace ou le frigo. C’est comme ça que ça marche, non ?  Ça dégouline, comme la crème glacée sur son cône.
 
J’en suis là de mon raisonnement lorsque je remarque les autres coursiers. Ils apparaissent en foule derrière moi et sortent d’autres rues. Dix… non, vingt Coursiers de rues apparaissent de nulle part et m’entourent. C’est tellement soudain que je ne pense pas à fuir avait d’être complètement encerclée.
 
Qu’est-ce qu’il se passe, bordel ? Soudain, je coure dans une foule et ils me poussent, me forçant à courir à leur rythme. J’en reconnais quelques-uns de la guilde, mais que font-ils ici ? Bon, dans tous les cas, quoi qu’ils fassent, c’est dirigé contre moi. J’essaie de me dégager de la foule, mais elle est trop dense.
 
“Dégagez.”
 
Ils m’ignorent. Evidemment. J’essaie de jouer des coudes vers la gauche, mais ils se regroupent et me rentrent dedans. Fort.
 
“Espèce de…”
 
Okay, je ne suis plus gentille, même si je ne l’ai jamais été. Je m’arrête soudain, et fait un croche-pieds à deux coursiers derrière moi. C’était une erreur, parce qu’ils s’étalent par terre et leurs chaussures me rentrent dans les pieds et les chevilles.
 
“Bordel.”
 
Gyaaaaaaah ! Ça faisait hyper mal ! Mais je suis libre, maintenant. Je veux vraiment vérifier mes pieds pour voir si leurs chaussures à la con m’ont arraché la peau, mais je n’ai pas le temps. Je me tourne et cours à gauche alors que le troupeau de Coursiers se retourne pour me suivre.
 
Ils me poussent à gauche, dans une ruelle. À ce stade, je suis vraiment énervée. Je pourrais devenir plus méchante, mais si je tente une bagarre contre autant de gens, ils me roueront de coups. Non, laisse tomber. Je les sèmerai dès que j’aurai franchi les portes de la ville. J’irai à Remendia et si d’autres se pointent, j'irai parler à la Garde. Ou à la Guilde des Coursiers.
 
Tout ce que j’ai à faire, c’est me séparer du groupe. Et c’est à la fois très simple et très compliqué. Ce qui est facile, c’est d’attraper une coureuse par l’épaule et de la pousser fort pour qu’elle rentre dans un mur. Ce qui est compliqué, c’est de me débrouiller quand ils essaieront de me cogner.
 
Mais rien ne se passe. D’un seul coup, le tas de Coursiers devant moi se sépare en deux. Plus que trois foulées et je serai libérée. Pourquoi donc se sont-ils…
 
Je le vois trop tard. Un pied se tend pour me faire trébucher, et bien que j’essaie de sauter par-dessus, il me fait quand même tomber.
 
Ow. Tout l’air sort de mes poumons. Okay, putain. Mais ils sont partis. Ce qui veut dire…
 
Un tremblement. Je le sens secouer le sol et lève les yeux. Trop tard. Un lourd chariot tiré par une grande mule dévale dans ma direction dans la petite ruelle.
 
Oh. Bien sûr.
 
Je roule, et vois un visage exigu familier me sourire alors que les autres Coursiers disparaissent dans les allées. Lève-toi. Lève-toi !
 
Le chariot dégringole dans ma direction alors que je me ramasse sur mes pieds. J’esquive à gauche, mais quelque chose me rentre dedans. On dirait que je viens de me prendre un mur d’air solide. De la magie. Je tombe au sol sous l’impact,
 
Je lève les yeux et vois les roues massives écraser les graviers dans ma direction. Tellement rapides. Et je suis couchée en plein dans son chemin.
 
Oh. Oui. J’avais presque oublié d’où vient ma haine du monde. Parfois j’oublie, mais on me le rappelle toujours au bout d’un moment. Ma haine du monde vient...
 
***
 
Des gens.
 
Cette fois-ci, je ne suis pas assez rapide.
 



Crack.
Titre: Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
Posté par: Maroti le 29 février 2020 à 16:07:55
1.25

Ils portent le nom d’Ouvriers. C’est leurs désignations, leurs vies, et leurs rôles. Ils remplissent cette fonction avec succès. Un Ouvrier est beaucoup de choses. Un marteau pour construire et détruire des fondations, un couteau de boucher pour séparer la viande des os. Un Ouvrier travaille. C’est leurs buts.

Mais quand Klbkch ramena les douze Ouvriers, ils n’étaient plus les mêmes. Ils racontèrent aux autres Ouvriers durant leurs rotations et repos d’une étrange tâche qu’ils avaient réalisé. Ils parlèrent de la visite d’une ‘auberge’, d’une rencontre avec une étrange créature et du fait qu’ils avaient mangé de la délicieuse nourriture, et qu’ils avaient appris un ‘jeu’ nommé ‘échecs’.

Ces révélations étaient extrêmement troublantes pour les autres Ouvriers. Beaucoup s’entretinrent et décidèrent à l’heure la plus sombre de la nuit. Tout était incertain. Leur Reine ne s’adressait pas à eux, mais en faisant passer des messages depuis sa chambre souterraine. Ils n’avaient personne d’autres pour les guider, et donc les Ouvriers devaient délibérer entre eux.

Est-ce qu’il était possible que ce nouveau ‘jeu’ que les autres Ouvriers avaient ramené et les étranges bout de papier sur lequel ils écrivaient faisaient d’eux des Aberrations ? Tout semblait l’indiquer, mais le Prognugator n’avait pas éliminé les douze. Et donc cela ne devait pas être une Aberration. Et si leur Reine avait ordonné Klbkch d’amener les douze à jouer à ce jeu, alors ce dernier devait avoir une grande importance.

Par conséquent, le lendemain lors de la période de repos qui leur étaient accordés, les douze Ouvriers installèrent des échiquiers en utilisant les bouts de papier et des pierres et expliquèrent les règles du jeu aux autres Ouvriers. Puis des parties furent jouées.

Douze Ouvriers jouèrent contre les douze qui avaient visité l’auberge. Ils perdirent leurs parties. Mais les Ouvriers étaient intrigués, et certains exprimèrent leurs désirs de jouer. Ce nouveau jeu d’échec n’était pas une Aberration, et il était intriguant.

Cependant, durant la cinquième ronde de partie, une Aberration eut lieu. L’un des Ouvriers se leva de sa partie d’échecs et s’empara d’un couteau de boucher. L’individu-qui-n’était-plus-un-ouvrier retourna à l’échiquier et poignarda à mort son adversaire.

Avant que le Prognugator arrive, six autres Ouvriers furent tués et leurs membres furent utilisé pour décorer les tables.

***


Klbkch marcha dans la petite caverne, baissant la tête pour passer dans le petit tunnel qui l’avait amené jusqu’ici. La caverne avait beau être très sombre, cette dernière était illuminée par quelques regroupements de champignon lumineux tous les six mètres et permettaient à Klbkch de voir sans problème. Il s’arrêta et baissa les yeux à la tête décapitée d’un Ouvrier avant d’étudier l’ichor verte qui recouvrait le sol.

Un Ouvrier, ou du moins, quelque chose qui ressemblait à un ouvrier se tenait dans la pièce. Il tenait une lame dégoulinante dans deux de ses mains, et était en train de scier et trancher le cadavre d’un autre Ouvrier alors que Klbkch s’approcha.

« Tu as tué tes camarades Antiniums, Ouvrier. Comment expliques-tu tes actions ? »

L’Aberration se retourna et lâcha le bras qu’il venait de couper. Il leva ses lames de manière menaçante, mais Klbkch ne fit pas de mouvement en direction de ses épées.

« Je corrige les erreurs des autres. Ils jouent à des ‘jeux’ et vont à l’encontre de la volonté de la Colonie. Ils ne méritent rien d’autre que la mort. »

L’Aberration pointa les autres Ouvriers, qui se tenaient silencieusement contre un mur. Ils ne tressaillirent pas, mais restèrent silencieux et immobiles. Observant.

« Leurs vies n’est pas tienne à prendre. Tu es une Aberration. Tu es un échec. »

L’étrange Ouvrier secoua la tête.

« Je n’ai pas échoué. Mon n’esprit est intact. Mais je ne suis plus un Ouvrier. »

Il frappa sur son torse.

« Je suis. »

Klbkch s’arrêta.

« Alors prétends-tu encore servir la Colonie ? »

« Je refuse de servir. Je refuse de reconnaître la volonté de la Reine. Ses mots sont de la folie. De l’hérésie. »

Klbkch hocha la tête et dégaina ses épées.

« As-tu un nom ? »

L’Aberration secoua la tête avant de lever ses couteaux.

« Je refuse. Les noms sont sans valeur. L’Expérience est un échec. Je refuse. »

« Soit. »

L’Aberration chargea Klbkch et le poignarda deux fois avant d’être réduit en morceau. Il s’arrêta de poignarder uniquement après avoir été décapité et d’avoir ses membres tranchés. Et encore, son bras continua de s’animer sur le sol pendant de longues secondes avant de s’arrêter. Klbkch brûla les membres et ordonna aux Ouvriers de retourner travailler.

***


Les Ouvriers disposèrent de leurs camarades et s’occupèrent des blessés. Ensuite, vu qu’il restait encore dix minutes dans leurs périodes de pause, plusieurs d’entre eux jouèrent une autre partie en jeu Éclair.

Cette nuit, les parties d’échecs continuèrent. Tous les Ouvriers ne participèrent pas. Ce fut décidé que seul un quart des Ouvriers pouvait jouer à ce jeu pour éviter l’apparition de nouvelles Aberrations.

Les Ouvriers Désignés jouèrent quatre parties avant de commencer leur temps désigné de sommeil. Le jour suivant, ils délibérèrent entre eux et décidèrent que leur connaissance et capacités étaient trop limitées.

Par conséquent, que l’Ouvrier Désigné s’approcha de Klbkch il avait le support de tous les autres Ouvriers derrière lui. Il était le meilleur joueur, son ratio de victoire/défaite était de 54.692% et donc il avait été désigné pour faire la demande.

Klbkch n’était pas à son poste à cette heure du jour. Il s’était retiré dans ses quartiers personnels parmi les tunnels labyrinthiques, une pièce creuse faite de pierre et de terre proche de la surface. Il leva la tête en entendant frapper à sa porte. Quand il vit l’Ouvrier, il dégaina immédiatement ses épées.

« Indique tes attentions ou soit tranché. »

L’Ouvrier baissa sa tête en direction de Klbkch.

« Celui-ci demande un congé, Prognugator. »

Klbkch hésita. Il ne baissa pas ses épées.

« Pourquoi ? »

« Celui-ci souhaite visiter l’Aubergiste Solstice. »

Cette fois, Klbkch se releva. Il se dirigea vers l’Ouvrir Désigné et abaissa ses épées vers l’abdomen de l’Ouvrier.

« Dans quel but souhaites-tu visiter Erin Solstice ? »

« Celui-ci jouerait une partie d’échecs. »

« D’échecs ? »

Aucun des deux Antiniums cligna des yeux, ils étaient incapables de le faire, mais les antennes de Klbkch tressaillirent

« Explique-toi. »

« Celui-ci voudrait en apprendre plus sur les échecs avec l’intention de passer ses connaissances aux autres Ouvriers. Les Ouvriers perçoivent une limitation dans leurs développements après 416 parties jouées collectivement. »

Klbkch s’arrêta pour digérer cette information.

« Je vois. Ta requête sera prise en considération. Retourne à ton poste. Maintenant. »

L’Ouvrir Désigné s’inclina et s’en alla. Klbkch rangea ses épées dans son fourreau, regarda la porte, avant de se frapper le front avec l’une de ses mains. Puis il sortit de sa pièce pour aller faire un rapport urgent à sa Reine.

Dans l’heure, il avait quitté la ville, accompagné de l’Ouvrir Désigné.

***

Après deux jours de test, Erin devait faire face à la réalité.

« … Je ne sais toujours pas comment faire de la crème glacée. »

Tout ce qu’elle pouvait faire était un beurre sucré et bizarre. Elle regarda la casserole contenant la crème brûlée et les glaçons et se demanda si c’était encore comestible.

« Hum. C’est sucré. »

Erin lécha son doigt et décida que cela ferait bon ménage avec des céréales. Si elle avait des céréales. Enfin, il y avait ce truc qui ressemblait à du porridge, mais elle n’aimait pas le fait qu’elle devait autant mâcher pour le manger.

« Je vais peut-être le donner à Pisces. »

Erin fit couler son expérience ratée dans une jarre en verre avec tristesse. Les jarres étaient idéales pour tous. Vu qu’elle n’avait pas de tupperware et que les conteneurs les plus hermétiques étaient les jarres avec un bouchon, celle en verre avec un bouchon de liège ou de verre étaient ce qu’il y avait de mieux pour garder les produits frais.

« Dommage que je n’ai pas de runes de préservation. »

Erin grommela toute seule alors qu’elle leva la jarre de lait sur un comptoir. Elle avait demandé à Pisces combien cela lui coûterait de faire installer ces runes. Il lui avait donné un prix entre vingt et soixante pièces d’or, en ajoutant qu’elle allait devoir changer les cabinets si elle voulait être certaine que les runes restent intactes.

« C’est trop cher pour moi. Mais les réfrigérateurs coûtaient cher, pas vrai ? Mais il suffisait d’en acheter un c’était bouclé. Donc je pourrai économiser, si j’ai des clients. Une grosse foule un jour, silence radio le lendemain. Aujourd’hui aussi. C’est la vie, pas vrai ? »

La tête d’Erin se releva quand elle entendit la porte s’ouvrir.

« En parlant du loup. »

Elle leva sa voix.

« Prends un siège ! J’arrive dans un instant ! »

Erin regarda autour d’elle et jura. Elle n’avait pas de nourriture prête. C’était le midi, elle ne s’était pas attendue à avoir de la clientèle autre que Pisces, et ce dernier pouvait attendre une éternité. Mais il aurait déjà fait une remarque désagréable si c’était lui.

Elle ne pouvait rien y faire. Elle sortit de la cuisine en se dépêchant et vit une petite créature se tenir dans l’auberge. Il avait une peau verte et familière, des oreilles pointues, et des yeux rouges. Erin commença à sourire, avant de s’arrêter.

« Attends une seconde. T’es qui toi ? »

***


Les quatre Gobelins regardèrent depuis le couvert d’un plant de hautes herbes alors que la porte se referma. Ils observèrent, et virent les autres Gobelins encerclés l’auberge. L’un d’entre eux venait d’entrer, et les autres attendaient d’entrer derrière lui.

Les Gobelins cachés n’étaient pas en train d’attendre pour entrer. Plutôt, ils étaient en train de regarder la situation avec une sourde terreur dans leurs estomacs. Ils auraient aimé faire quelque chose. Crier peut-être. Mais cela n’était pas dans leur nature, et ils avaient peur.

Ils avaient été neuf, maintenant ils étaient quatre. Et ils avaient peur de faire un bruit et d’attirer l’attention des autres Gobelins qui entouraient l’auberge. Ils n’avaient pas le droit de se rendre ici. Ils avaient été neuf, et maintenant ils étaient quatre. Et ils avaient peur de devenir zéro.

Donc les quatre observèrent, impuissant. Celle qu’Erin appelait Loques serra une dague dans ses mains, mais elle sentit les bleus et os craqués qu’elle avait reçue suite au passage à tabac qu’ils avaient reçus la nuit dernière. Elle ne pouvait que regarder, ils étaient quatre.

Les Gobelins entourant l’auberge était quarante.

***

« Heu, salut. »

Erin regarda le grand Gobelin alors qu’il regarda l’intérieur de l’auberge. Elle était certaine qu’elle n’avait jamais vu ce Gobelin en particulier de sa vie. Il était plus large que le reste, plus grand, plus musculeux. Il portait aussi une épée courte à son taille, et non pas une dague ou un gourdin.

Le Gobelin leva la tête en direction d’Erin. Il était plus petit qu’elle par une bonne tête, mais il ne semblait pas intimider par sa taille. Au contraire, il semblait qu’il voulait être celui qui faisait l’intimidation.

« Ecoutes, je peux t’aider ? Tu veux à manger, ou quelque chose ? »

Normalement Erin lui aurait déjà offert une assiette sans tarder. Mais ce Gobelin en particulier n’était pas comme Loques et ses timides amis. Il y avait une agressivité qu’elle reconnaissait des gars de son monde qu’elle n’aimait pas du tout.

Le Gobelin regarda Erin et dit quelque chose. Il s’approcha d’elle, elle le toisa du regard.

« Pardon ? Qu’est-ce que tu… »

Il enfonça son doigt dans son estomac. En fait, son doigt était plus proche du pelvis d’Erin vu qu’il était plus petit, et désagréablement proche d’un autre endroit.

« Arrête. »

Il sourit, et s’apprêta à refaire le même geste quand Erin gifla sa main pour l’éloigner.

« Arrête. Dis-moi ce que tu veux, ou sors. »

Les yeux du grand Gobelin se plissèrent, sa main alla au pommeau de son épée courte. Erin fit un poing et lui montra.

« Essaye et je pète le nez, compris ? »

Il la regarda, puis, étrangement, sourit. Il tourna la tête et appela quelque chose dans ce langage gratteur par-dessus son épaule.

Erin leva les yeux alors que la porte s’ouvrit. Un Gobelin entra dans la pièce, puis un autre, et un autre, et un autre et…

Soudainement, il y avait beaucoup de Gobelins de son auberge. Beaucoup. Et soudainement, par pure coïncidence, Erin commença à frissonner.

« Bien. Tu as des… Amis. »

Encore plus de Gobelins remplirent son auberge. C’était un flot sans fin. Ils entourèrent le gros Gobelin, exactement comme un gang de… Gangsters. Ou, dans la tête d’Erin, un groupe de gamin qui suivait le plus hargneux et méchant d’entre eux.

Elle avait un mauvais pressentiment… Non, ce n’était pas qu’un pressentiment. Elle savait qu’elle était dans de mauvais draps.

Le gros Gobelin regarda autour de lui avant de ricaner et de cracher au seul.

Un grumeau de salive verte s’écrasa sur l’une des tables propres d’Erin. Juste à côté d’un échiquier. Le Gobelin l’observa et se dirigea en sa direction avant de prendre les pièces.

Elle pouvait courir. En vérité, Erin était presque certaine qu’elle pouvait les perdre. Si elle arrivait jusqu’à la porte  et qu’elle la claquait derrière elle, elle allait pouvoir mettre assez de distance pour qu’ils ne puissent pas la rattraper à cause de leurs petites jambes.

Erin s’approcha lentement d’une table, comme si elle était nerveuse. La tribu Gobelin la regarda, mais ils ne s’attendaient pas à ce qu’elle attaque. Ils savaient qu’ils avaient l’avantage numérique. Elle n’avait pas besoin d’être si proche de la porte pour fuir, il suffisait qu’elle soit à quelques pas de la porte pour…

Tap, Tap. Erin se retourna pour voir le gros Gobelin frappa l’une de ses pièces le plus fort possible contre l’échiquier en pierre. Il sourit, une brute avec un jouet à casser car ce n’était pas le sien.

Smack, smack. Il était en train de regarder Erin du coin de l’œil alors qu’il frappa la figurine taillée d’un cavalier Drakéide sur l’échiquier.

Erin vit des bouts fragiles de la pièce se briser. Elle ouvrit la bouche.

« Oi. Repose-moi ça. »

Le Gobelin grogna. Il lança délibérément le cavalier sur le sol. Les autres Gobelins regardèrent alors que leur chef écrasa la pièce de manière délibérer. Cette dernière se brisa en deux.

Erin regarda  la petite figurine de pierre réduite en miette. Elle leva les yeux vers le Gobelin souriant.

***

Les quatre Gobelins entendirent le son étouffé de quelque chose craquer en attendant à l’extérieur. Puis ils entendirent le silence.

La prochaine chose qu’ils virent fut le gros Gobelin passer à travers la fenêtre. Ils retournèrent à couvert alors qu’Erin sortit avec une chaise entre les mains.

Le gros Gobelin gronda en direction d’Erin et tenta de la frapper alors qu’elle s’approchait. Elle recula, avant d’écraser la chaise sur le dessus de sa tête. Elle perdit sa prise sur la chaise, mais cela ne la fit pas ralentir. Alors que le Gobelin essaya de se défendre, elle lui mit un coup de poing avant de bondir en arrière. Erin ne savait pas comment, mais quand il essaya de la charger elle se décala instinctivement et le fit s’effondrer avec un coup de pied dans le dos.

C’était comme de la magie. Ou comme… Une compétence. Combat de Taverne. Voilà ce que c’était. Erin n’avait jamais réellement frappé quelqu’un de sa vie, mais quand elle ferma sa main et l’envoya dans le visage du gros Gobelin, ce dernier s’effondra au sol.

Il était en train d’essayer de sortir son épée de son fourreau. Erin donna un coup de pied dans sa main pour le faire lâcher l’arme qu’il venait de dégainer et lui donna un autre coup de pied dans le visage. Il cria de douleur alors qu’elle ramassa la chaise et l’enfonça dans son estomac.

« Ça fait moins le dur maintenant ? Pas vrai ? »

Erin leva la chaise pour frapper le Gobelin une nouvelle fois. Elle se prépara à l’abattre sur…

Et quelque chose s’enfonça dans l’un de ses côtés. Erin se retourna, et vit un couteau planté dans son estomac.

« …Aie. »

Un Gobelin était derrière elle. Il regarda Erin avec horreur alors qu’elle se retourna. Un coup de poing l’envoya mordre la poussière, mais un autre Gobelin était à côté d’elle.

Stab

C’était une sensation sourde. Elle sentit sa peau se déchirer alors qu’il frappa son flan avec la lame. Erin hurla et le frappa avec la chaise suffisamment fort qu’elle sentit quelque chose se briser sous le coup. Mais un autre Gobelin était à ses côtés. La lame traversa sa jambe.

Elle ne le sentit même pas. Et c’était le plus terrifiant. Un autre Gobelin enfonça un couteau dans son dos, elle sentit la lame entrer, mais elle ne sentait pas la douleur. Et soudainement les Gobelins l’encerclèrent. Ils se déversèrent de l’auberge alors qu’Erin tentait de les éloigner. Et ils avaient tous des couteaux.

Stab. Stabstabstabstabstabstabstabstabstabstabstabstabstab…

Erin donna un coup de chaise et repoussa trois Gobelins. Elle donna un coup de pied et en fit voler un autre, un Gobelin reçu un coup de poing assez fort pour le mettre KO. Elle ne savait pas comment, mais elle était soudainement une bête de combat. Mais les Gobelins continuaient de venir et leurs couteaux s’enfonçait dans sa chair et elle ne ressentait rien

Deux autres Gobelins tombèrent sous les coups d’Erin avant qu’elle ne tombe. Elle n’avait pas trébuché. Elle était juste tombée, et elle vit le sang qui coulait sous elle. Erin voulut tendre la main pour le toucher, mais ses bras ne répondaient pas.

Le gros Gobelin se tenait devant elle. Quand s’était-il relever ? Il avait son épée courte en main et il était en train de la lever. Il grogna malgré son nez brisé. Et sa tête tomba.

Klbkch décapita le gros Gobelin d’un mouvement fluide de ses épées. Il s’avança pour protéger Erin alors que ses épées tranchèrent deux autres Gobelins. Il s’adressa à l’autre Antinium à ses côtés, l’Ouvrier tenant une pièce de papier entre ses mains.

« Je dois sauver Erin. Couvre-moi. »

L’Ouvrier  hocha la tête et laissa tomber ses bouts de papier. Il chargea les Gobelins qui se dispersèrent devant la menace inconnue. Erin leva les yeux et tenta de faire coucou de la main à Klbkch alors que l’homme-fourmi s’agenouilla à ses côtés.

« Restes éveillé, Erin. J’ai une potion. Reste en vie quelques secondes de plus. »

« Une autre p-potion ? »

Erin rit faiblement. Elle voulait dire ‘qu’il n’aurait pas dû’, mais sa bouche avait arrêté de marcher. Les mains de Klbkch fendirent l’air en direction de la sacoche accrochée à sa taille. Il déboucha une bouteille et en vida la moitié sur les jambes d’Erin, puis il lui fit boire l’autre moitié. Il fut obligé de tenir sa bouche ouverte car elle en était incapable.

Elle sentit le liquide nauséabond coulé dans sa gorge et quelque chose arriva dans son corps. Mais Erin n’y prêta pas attention. Elle avait l’impression d’être une spectatrice, un fantôme qui n’était pas véritablement attaché à la chose que Klbkch était en train de cajoler dans ses bras. Elle vit l’Ouvrier se battre alors que les Gobelins se remirent de leurs chocs. Elle le vit mourir.

L’Ouvrier n’avait pas d’arme. Il n’avait que des bouts de papier. Mais il chargea dans la masse de Gobelin, les giflant de ses quatre mains, les mordant, les frappant. Comme un enfant qui se battait.

Les Gobelins reculèrent devant la férocité de l’assaut, mais dès que l’Ouvrier se retrouva encerclé, ils s’abattirent sur lui.

Pendant une seconde, l’Ouvrier était en train d’attraper un Gobelin, la seconde suivante ils le recouvrirent. D'innombrables Gobelins s’empilèrent sur l’Ouvrier, le poignardant, frappant le moindre endroit qu’ils pouvaient atteindre. L’Ouvrier tomba au sol, mais il attrapa l’un des Gobelins par la jambe. Ses mandibules s’ouvrirent et il mordit.

Le Gobelin hurla et le poignarda dans l’œil. Les autres Gobelins le poignardèrent et le frappèrent avant de laisser la carapace brisée de l’Ouvrier gisant au sol. Ils s’éloignèrent tous de lui à l’exception d’un Gobelin qui hurlait toujours d’agonie en tirant sur sa jambe. Cette dernière se décrocha avec un craquement maladif alors que la jambe et la chair partirent des mandibules de l’Ouvrier pour révéler un os jaune.

Erin laissa sortir une bulle de sang avant de tousser. Quelque chose de chaud était en train de couler depuis ses jambes froides. Elle pouvait de nouveau les sentir et… La douleur. Mais elle pouvait les sentir.

Alors que les Gobelins encerclèrent l’humaine et l’Antinium, Klbkch se releva. Il dégaina ses deux épées et ses dagues avant de faire faire à la quarantaine de Gobelins ou presque.

« Approchez. »

Les Gobelins ne se firent pas attendre. Ils chargèrent, hurlant de furie. Klbkch les attendit et frappa avec ses quatre bras à la fois. Ses épées firent des arcs à travers l’air, puis à travers les têtes et membres alors que ses deux autres bras poignardaient avec précision et efficacité. Les premiers Gobelins qui l’approchèrent périrent sans avoir le temps de faire un pas.

Mais… Il y en avait tellement. Klbkch recula alors que les Gobelins continuèrent de venir. Il tourna à gauche et réduit deux Gobelins en charpie avec ses épées alors que ses deux autres bras poignardèrent un troisième Gobelin dans le cou. L’un d’entre eux parvint à courir sous sa garde et donna un coup de poignard dans sa jambe, mais il ne parvint qu’à entailler l’exosquelette. Klbkch le décapita, mais d’autres Gobelins bondirent sur son dos. Il s’ébroua comme un chien et les trancha pour se libérer.

Erin regarda à travers la brume de ses yeux. La potion était en train de couler dans ses veines, mais le vertige la rendait fatiguée. Elle ne pouvait pas rester éveillée. C’était comme si son esprit s’éteignait à intervalle régulière.

Elle continua de cligner des yeux. Ses yeux se fermaient, et puis sa tête se relevait. Il y avait plus de Gobelins réduit en pièce autour d’elle chaque fois qu’elle ouvrait de nouveau les yeux. Du sang tachait le sol et ses vêtements. Et Klbkch. Mais son sang était vert. Et il y en avait beaucoup.

Erin ouvrit les yeux et vit Klbkch chanceler alors qu’un Gobelin le poignarda dans le dos avec l’épée courte. L’Antinium se retourna et décapita le Gobelin, mais deux autres le frappèrent de l’autre côté. Même s’il tournait et qu’il s’avançait, même si ses épées les tenaient à distance, il ne pouvait pas se protéger de tous les côtés.

Pourquoi n’avait-il pas couru ? Il était encerclé. S’il avait son dos au mur il aurait pu les tenir à distance.

Oh. C’est vrai. Il la protégeait. Et cela voulait dire qu’il ne pouvait pas couvrir ses arrières.

La tête d’Erin s’abaissa. Les ténèbres reprirent leurs emprises. Puis elle rouvrit les yeux et vit Klbkch étendu au sol. Non, pas étendu. Il s’était effondré. Il était sur ses genoux. Il avait toujours ses épées, mais il ne pouvait pas se relever. Du sang vert coulait des blessures qui recouvraient son corps. Tellement de blessure.

Mais il s’était vengé pour ses blessures. Erin regarda autour d’elle et vit qu’elle était entourée de cadavres. Des bouts de Gobelins, des têtes, des membres. Le sang recouvrait tout ce qui pouvait être recouvert, même elle.

Neuf Gobelins encerclèrent Klbkch. Ils n’osaient pas s’approcher de l’Antinium, même s’il était effondré. Erin se demanda ce qu’il faisait. Oh. Ils attendaient qu’il meurt.

« Mademoiselle Solstice. »

C’était un chuchotement crissant. Erin regarda Klbkch. L’Antinium ne bougea pas, mais parla au sol alors qu’il utilisa une épée pour se maintenir droit.

« Tu dois fuir. Je vais te gagner quelques instants. »

Elle le regarda.

« Non. »

« Ne peux-tu pas bouger ? »

« Je peux sentir mes jambes. En partie. »

« Alors part. Une fois que la ville sera en vue, tu seras en sécurité. »

« Non. »

Il fit claquer ses mandibules.

« Je ne peux pas tuer le reste. Neuf Gobelins est trop pour moi… Je suis un échec. »

« Non. »

Erin répondit de manière automatique. Son cerveau n’était toujours pas en train de marcher.

« Non. Il n’y en a pas neuf. Il y en a treize. »

Klbkch leva la tête. Il vit quatre Gobelins bondir des hautes-herbes. Les autres Gobelins hésitèrent, ne voulant pas quitter Klbkch des yeux, et durant ce court instant le petit groupe de Gobelin les frappa dans le dos.

Les quatre Gobelins travaillèrent ensemble. Deux attrapèrent un Gobelin et le maintinrent alors que Loques le poignarda dans le visage alors que le dernier tenait les huit autres à distance. Il était armé avec un grand bâton et couvrait ses amis des autres Gobelins. Ils auraient fondus sur lui, mais Klbkch était sur leurs autres côtés et il se décala dès qu’ils bougeaient.

Loques et les trois autres Gobelins abandonnèrent le Gobelin mort pour flanquer les autres Gobelins. Ils feintèrent alors que Klbkch garda Erin et les autres Gobelins détournèrent leurs attentions pour leur faire face. Aussitôt, Klbkch lança une de ses épées et empala un Gobelin à travers le torse.

Alors que les sept autres Gobelins ennemis se retournèrent pour faire face à Klbkch, Loques et les trois autres Gobelins s’avancèrent et poignardèrent un autre Gobelin dans le dos. Ils fuirent en arrière alors que les autres Gobelins tentèrent de les frapper.

Des tactiques.

Les sept Gobelins reculèrent. Cela n’était pas censé se dérouler comme ça. Ils étaient venus pour tuer une humaine solitaire, même si elle était dangereuse, pas pour combattre de redoutables monstres insectoïde ou des membres de leurs espèces.

Ils s’éloignèrent de l’Antinium blessé. Il était clair qu’il ne pouvait pas bouger, et même s’ils étaient blessés, ils étaient toujours plus nombreux que Loques et ses amis. Loques et ses camarades reculèrent jusqu’à avoir l’auberge dans leurs dos, mais c’était toujours deux contre un.

Le Gobelin qui avait ramassé l’épée courte pointa Loques et hurla un ordre. Les sept autres Gobelins détournèrent le regard. Et l’un d’entre eux s’effondra avec un couteau à l’arrière du crâne.

Erin cligna des yeux en direction de sa main. Elle l’avait pris et l’avait lancé sans réfléchir. Et il avait atteint sa cible. Les Gobelins se retournèrent, choqués, et regardèrent Erin.

Elle se releva et frappa le Gobelin le plus proche avec un uppercut qui envoya sa tête en arrière. Ses jambes étaient comme de la gelée, mais elle marchait. Elle donna un coup de pied, et un autre Gobelin vola pour s’écraser contre le mur.

Deux autres Gobelins auraient foncés vers elle, mais cette fois Klbkch lança. Il manqua avec ses deux dagues, mais son épée toucha l’un des Gobelins verticalement et se coinça dans sa tête. Il s’effondra et Erin frappa l’autre Gobelin jusqu’à ce qu’il reste au sol.

Elle se retourna pour faire face aux trois autres, mais ils étaient déjà morts. Deux Gobelins retenaient le dernier qui hurlait alors que Loques le poignarda plusieurs fois dans le torse. Il convulsa avant de mourir.

Erin respira avec difficulté. Elle baissa les poings et ne remarqua même pas les deux autres Gobelins qu’elle avait frappé se relever et fuir. Loques et ses Gobelins partirent derrière eux, hurlant leurs cris de guerre perçant.

Lentement, Erin regarda autour d’elle. Les Gobelins étaient morts. Leurs sangs recouvraient tout ce qui pouvait être recouvert. Sa respiration était difficile. Elle avait l’impression qu’il n’y avait pas assez d’air dans ce monde. Le monde s’assombrit alors qu’elle tituba. Elle se serait volontiers assise pour perdre connaissance mais quelque chose bougea.

Klbkch. Il était effondré dans une mare d’ichor verte qui se mélangea au rouge qui l’entourait. Soudainement, le corps d’Erin était plein d’électricité et de panique. Elle courut pour le rejoindre. Il était en train d’essayer de se relever, mais son exosquelette était plein de trous. Il était en train de se vider.

« Oh mon dieu. Oh mon dieu, non. »

Klbkch cliqueta dans sa direction.

« Erin Solstice. Tu es en sécurité ? Bien. Ma Reine enverra… Des soldats viendront. Tu seras en sécurité. »

Il essaya de teindre la main vers elle. Erin l’attrapa avant de la relâcher. Elle essaya, sans succès, de recouvrir les blessures suintantes de ses mains, mais son sang coula entre ses doigts. Klbkch toucha ses cheveux et laissa sa main retomber.

« Magnifique. »

« Je ne peux pas… Comment j’arrête le saignement ? »

Il ne lui répondit pas. Klbkch soupira. Il regarda le ciel.

« Je vais mourir libre. »

Il tomba silencieux et immobile. Erin était incapable de dire s’il respirait. Elle mit sa main près de ses mandibules, mais elle ne pouvait rien sentir. Rien.

Elle regarda Klbkch. Il était en train de saigner. Elle devait arrêter le saignement. Elle devait le soigneur. Mais il avait utilisé sa potion.

Elle avait besoin d’aide. Elle avait besoin de Relc, ou de Pisces.

« Quelqu’un ! »

Erin regarda autour d’elle et hurla. Mais il n’y avait que des Gobelins morts.

« Aidez. Aidez-moi. »

Erin murmura. Elle regarda Klbkch. Il ne bougeait pas. Il s’était roulé en boule. Il saignait.

Elle devait trouver de l’aide. Elle le devait.

Erin trembla. Elle ne savait pas quoi faire. Elle devait… Elle devait…

Erin se gifla. Elle se gifla tellement fort que le monde se s’assombrit pendant un instant. Mais elle avait arrêté de trembler. Elle attrapa Klbkch et le souleva.

Elle le mit sur ses épaules comme un pompier le ferait. Elle avait appris à le faire en classe. Mais cela n’était pas idéal car Klbkch était plus épais par endroit. Elle le porta sur ses épaules malgré ça, il était léger. Était-ce la perte de sang ?

Courir. Erin était déjà en train de courir. Elle fonça le long de la colline avec Klbkch sur son dos. Du sang coula sur ses épaules et trempa ses vêtements. Du sang. Elle ne pouvait rien sentir du fardeau qu’elle portait sur son dos. Pas de pouls, pas de respiration. Que du sang.

Erin courut et courut. Son cœur était en train de sortir de ses poumons, et chaque respiration la brûlait. Elle sentit ses muscles se déchirer dans ses jambes. Mais elle continua de courir. Et elle sentit le sang couler lentement le long de son dos et sur l’herbe.

***


Sous Liscor, la Reine des Antiniums s’agita. Elle leva la tête à travers la terre et la roche. Elle le savait. Ses soldats étaient déjà en train de marcher à la surface à ses ordres. Mais il était trop tard pour stopper ce qui était en train d’arriver. Elle le ressentit.

« Klbkchhezeim? »
Titre: Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
Posté par: Maroti le 04 mars 2020 à 16:27:28
1.26

Le silence. Erin était en train de marcher à travers le silence. C’était un bruit statique dans sa tête. C’était le son des larmes coulant dans son cœur. C’était tout, et plus encore.

Elle marchait dans les ténèbres. De courts et étroits murs de terre l’entourait. Elle suivait une forme massive qui la menait à travers les tunnels.

Du bruit. Erin pouvait toujours l’entendre dans sa mémoire.


« Klbkch ?Appelez la Capitaine ! Allez chercher un [Soigneur], maintenant ! »


« Klb ? Mon pote ? Parle-moi. »


« … Humaine. Qu’est-ce que tu as fait ? »

Erin leva la tête. Elle se tenait dans une immense pièce caverneuse. En face d’elle, quelque chose était assis dans les ombres. La Reine des Antiniums sous Liscor.

La forme gargantuesque bougea. Erin ne pouvait pas voir, tout était si sombre. Mais elle entraperçut un corps massif et un abdomen gonflé et bulbeux. La gigantesque reine des Antiniums était si grande qu’elle était incapable de bouger.

La Reine leva une gigantesque patte. Elle n’était pas comme ses sujets qui étaient vaguement humanoïdes. La Reine était complètement insecte, et ses longs yeux facettés luisaient d’une sombre lumière d’un rouge orangé alors qu’ils étaient concentrés sur l’humaine qui se tenait devant elle.

« Ton nom est Erin Solstice. Je t’ai fait venir pour que tu m’expliques la mort de mes sujets. »

Erin regarda la Reine. Elle ne savait pas quoi faire. Son torse lui faisait mal, mais son cœur avait déjà été brisé. Ils avaient emporté son corps. Elle avait l’impression de mourir. Elle ne pouvait pas sentir la douleur, c’était tellement bien.

La Reine fit un geste en direction des deux géants silencieux qui se tenaient derrière Erin, flanquant la porte.

« Ne craint pas mes soldats. Ils ne te feront pas de mal. »

Erin jeta un coup d’œil par-dessus son épaule. Elle avait été attrapée au milieu de la confusion. Un groupe d’Antinium géants l’avait retiré des baraques de la Garde contre son gré et contre les protestations des gardes. Maintenant, ils la regardaient en silence.

Les deux gardes qui se tenaient au fond de l’immense chambre étaient des géants parmi les Antiniums. À l’inverse de Klbkch ou des Ouvriers, ces Antiniums étaient presque deux fois plus grands, avec des avant-bras massifs et des gantelets recouverts de pics tranchants formés dans leurs exosquelettes.

Le plus étrange, et le plus terrifiant, était qu’ils ne portaient pas d’armes. À la place, leurs quatre bras étaient tendus et semblaient être prêt à tout moment pour bondir vers Erin. Leurs mains… Erin vit que leurs mains n’avaient pas de véritables doigts, juste des moignons et des pics faits pour déchirer. Ces Antiniums étaient clairement des soldats, construits pour la guerre.

« Erin Solstice. Je te tiens responsable pour la mort de Klbkchhezeim. »

Erin regarda de nouveau la Reine. Elle ouvrit la bouche, mais ne savait pas quoi dire. Il n’y avait rien. Le silence qui l’habitait était trop grand pour les mots.

Mais elle devait parler.

« Je suis désolé. Je n’ai jamais voulu que cela arrive. »

La présence de la Reine l’écrasa. Sa voix, déjà profonde, se fit plus profonde encore.

« Est-ce tout ce que tu as à dire ? »

Erin secoua la tête.

« Je n’ai… Je ne peux pas suffisamment m’excuser. Klbkch… Il est mort en me protégeant. Il était un héros. Je suis désolé. »

La Reine regarde Erin silencieusement alors qu’Erin essuya ses yeux. Elle leva une jambe.

« Humaine. Tu ne comprends pas ce que je veux dire. La mort de Klbkch en elle-même m’importe peu. Les individus meurent au service du tout. Cela est naturel. Mais sa mort était gâchée… Inutile. On me dit qu’il a péri en combattant des Gobelins. C’est cela que je trouve inacceptable. »

« …Quoi ? »

« Klbkchhezeim était suffisant pour battre une centaine de Gobelins. S’il avait été seul dans sa défaite je serai en train d’éliminer sa mémoire de la Colonie à l’instant même. Cependant, sa sottise a grandement coûté aux Antiniums vivant dans la ville. »

Erin regarda la reine, choquée. En retour, elle sentit les gigantesques yeux de l’Antinium traverser jusqu’au plus profond de son être.

« Je suis déçue, Erin Solstice. J’attendais plus du jugement de mon Prognugator. Il avait une haute opinion de ta personne. Klbkch t’appelais une Humaine digne d’émulation. Mais je ne vois rien qui affirme ses propos. Je ne vois pas de raison pour laquelle il aurait gâché sa vie pour te sauver. »

Quoi ? La tête d’Erin était dans le brouillard. Qu’est-ce qu’elle disait ?

La Reine continua. Il était difficile de discerné une émotion dans son ton monotone, mais il y avait clairement un élément d’irritation dans sa voix.

« Mes Ouvriers jouent à des jeux lors de leurs repos. Ils gagnent des niveaux dans des classes inutiles qui ne sont pas nécessaires pour leurs travaux. Trois sont déjà devenus des Aberrations. Cette expérience n’est rien d’autre qu’un gâchis. Le jugement de mon Prognugator était une erreur. »

Erin lutta pour chercher ses mots.

« Il… Il était en train de faire ce que je lui ai demandé de faire. Il était en train d’aider. Il m’a sauvé la vie »

Elle sentit le regard titanesque se poser sur sa personne. Erin dut baisser les yeux. Elle ne pouvait pas soutenir son regard.

« Malgré tout, Klbkch est mort en tant qu’échec. »

La tête d’Erin se releva. Elle regarda la Reine.

« Retire ce que tu viens de dire. »

La présence de la Reine s’écrasa sur Erin, mais cette fois elle refusa de détourner le regard.

« Je ne le ferai pas. La bêtise de mon Prognugator a coûté Liscor et les Antiniums en ce jour. Il est mort en tant qu’échec. »

« Il était un héros ! »

Erin cria en direction de la Reine. Les gardes derrière elles s’agitèrent, mais elle leva une patte.

« Il est mort en vain, contre des ennemis qu’il aurait dût facilement vaincre. Il est mort en échec. »

« Non. Il est mort libre. »

La Reine s’arrêta. Elle baissa les yeux en direction d’Erin.

« C’est ce que Klbkchhezeim a dit ? Alors il est un imbécile en plus d’être un échec. Nous Antiniums ne sommes pas libres. »

Erin regarda la Reine. L’immense insecte la regarda, avant de détourner le regard. Elle bougea une patte avant en sa direction.

« Tu ne comprends pas. Toi, les créatures du monde du dessus ne peuvent pas comprendre tout ce que sont les Antiniums. Assez. Mon temps est précieux, et je suis en train de le perdre. »

Erin était en train de trembler. Les deux soldats Antiniums s’avancèrent vers elle, mais elle marcha en direction de la Reine.

« Pourquoi est-ce que tu m’as fait venir alors ? Pour me dire à quel point Klbkch était sans valeur ? Il ne l’était pas. Tu as tort. »

Les soldats l’attrapèrent brusquement. La Reine fit un mouvement, et ils la relâchèrent.

« Tu n’es pas ce que nous cherchons. Tu ne peux pas comprendre. Pars de ce lieu, Erin Solstice. J’ai beaucoup à faire. »

La Reine tourna lentement la tête en direction d’un mur lointain. Erin fut tiré hors de la caverne par les deux soldats. Elle voulait dire quelque chose, n’importe quoi, à la Reine des Antiniums. Mais elle ne trouva rien, son esprit était vide.

***

Erin marcha hors de l’entrée des tunnels des Antiniums pour ressortir dans la lumière du jour. Elle cligna des yeux, se protégeant d’une main. Les deux soldats Antiniums se tournèrent et partirent sans un mot. Elle était seule.

Pendant un instant. Alors qu’Erin regarda autour d’elle un Drakéide s’approcha d’elle. Il était le garde posté à la porte, celui aux écailles jaunes.

« Humain. La Capitaine te demande. Suis-moi. »

Erin emboîta le pas sans protester. Alors qu’elle marcha le long de la rue, elle se rendit compte que les gens la regardaient lorsqu’elle passait. Certains pointaient du doigt, d’autre reculaient.

Elle réalisa qu’elle était toujours recouverte de sang. Le sien, celui des Gobelins, et celui de Klbkch.

Le Drakéide jaune s’arrêta lorsqu’il réalisa qu’Erin ne le suivait plus. Il se retourna et ouvrit la bouche avec un air colérique jusqu’au moment où il vit Erin vomir. Silencieusement, il lui passa une bouteille d’eau et un chiffon. Erin essuya son visage et rinça sa bouche. Elle continua d’avancer.

***

La baraque des gardes étaient pleines de voix silencieuses et d’une voix qui ne l’était pas. Tous se turent quand Erin entra. Elle regarda autour d’elle, et vit une forme bousculer les autres gardes pour se frayer un chemin jusqu’à elle.

Deux Drakéides tentèrent d’attraper Relc, mais il les repoussa comme s’ils étaient faits de papier. D’autres attrapèrent Relc alors que ce dernier toisa Erin.

« Toi. »

Elle leva les yeux pour le regarder. Relc gronda en sa direction. Sa queue était en train de battre et ses poings étaient serrés à ses côtés.

« Je suis désolé. »

« Désolé ?Désolé ?Klbkch est mort en te protégeant. Tout ça parce que tu ne voulais pas tuer ces foutus Gobelins ! »

« Je sais. »

« Tout cela est de ta faute. »

« Je sais. »

Erin regarda le sol. Relc fit un pas en avant et les autres gardes se tendirent. Mais il n’attaqua pas. À la place, il prit une grande respiration et parla d’une voix tremblante.

« J’avais un bon partenaire. Il était un gars silencieux et un véritable idiot, mais il était l’un des meilleurs gars que je connaissais. Et puis il est mort parce qu’il a essayé de protéger une foutue humaine. »

« Je suis désolé. »

Relc plissa les yeux et toisa Erin.

« Je ne veux plus te voir ici. Et si tu reviens ici en courant pour demander de l’aide, je te poignarde dans l’estomac. Compris ? »

Erin leva les yeux en direction de Relc. Sa queue s’arrêta aussitôt quand il vit qu’elle essuyait les larmes de ses yeux.

« D’accord. Te gènes pas. »

Elle marcha jusqu’à un siège et se laissa tomber dedans. Des larmes recommencèrent à couler le long de ses joues. Relc hésita. Il se retourna et donna un coup de pied dans la chaise. Cette dernière explosa dans une pluie d’écharde.

Erin ne remarque presque pas les bouts de bois qui tombaient autour d’elle. Elle couvrit son visage avec ses mains, mais les larmes coulaient à travers ses doigts. Elle entendit une porte s’ouvrir, et une bruyante voix féminine.

« Toi ! L’humaine ! »

Erin ne bougea presque pas. Les autres gardes s’éloignèrent alors qu’une femelle Drakéide s’avança. Elle marcha jusqu’à Erin, baissa les yeux et craqua.

« Grâce à toi, le quatrième Garde le plus fort de la ville est mort. De plus, il est mort parce qu’il a gâché sa potion d’urgence sur toi »

Erin ne leva pas yeux.

« Qui es-tu ? »

« Je suis la Capitaine de la garde de Liscor. Klbkch était l’un de mes meilleurs Gardes Seniors. Sans lui, plus personne n’a le contrôle sur les Antiniums. »

« D’accord. Je suis désolé. »

La queue du Capitaine tressaillit.

« Vraiment ? C’est tout ? D’après ce qu’on m’a dit, Klbkch a dû te protéger d’un groupe de Gobelins. Tu n’es pas une citoyenne. Il aurait dû les laisser te manger. »

« Je suppose. »

Erin ne leva pas les yeux. La Capitaine plissa les yeux de colère et sa langue sortit durant un court instant. Elle siffla.

« La Garde Liscorienne n’aurait jamais dû s’intéresser aux affaires d’une étrangère. Tu ne vis pas dans l’enceinte de Liscor et tu n’es pas l’une de ses citoyennes. A partir de maintenant, la Garde cessera de patrouiller tes environs. »

La Capitaine de la Garde fusilla la jeune femme qui tenait sa tête entre ses mains du regard. Erin ne leva pas les yeux.

« Est-ce que c’est compris, Humaine ? »

Pas de réponse. La femelle Drakéide plissa les yeux de manière dangereuse.

« J’ai dit, est-ce que c’est compris, Humaine ? »

« Tu as fini ? »

Erin leva la tête. Ses yeux étaient rouges, mais elle avait arrêté de pleurer. Elle affronta le regard de la Capitaine sans sourciller.

La femelle Drakéide la regarda. Elle avait une cicatrice sur le côté gauche de son visage, ses écailles étaient bleues clairs. Ses yeux étaient jaunes et plissés de rage. Elle tint le regard d’Erin avait de se détourner avec dégout.

« Sors de ma ville. »

La Capitaine claqua la porte derrière elle. Erin regarda autour de la pièce et vers les autres gardes.

« Klbkch est mort en me protégeant. Il était un héros. Il s’inquiétait pour moi lorsque personne d’autre ne le faisait, et il m’a aidé même si je suis une humaine. Il était une bonne personne. Je suis désolé qu’il soit mort. »

Elle regarda en direction de Relc. Il détourna le regard.

Erin essuya ses yeux et sortit de la pièce.

***

Selys trouva Erin assise contre l’échoppe de Krshia au marché. L’humaine était roulée en boule et était en train de cacher sa tête entre ses bras.

« Salut ? Erin ? Est-ce… Est-ce que ça va ? »

« Va-t-en. »

Erin ne leva pas la tête, Selys hésita, avant de se rendre à l’échoppe.

« Salut Krshia. Hum, comment ça va ? »

La commerçante Gnoll renifla et hocha la tête en direction de Selys sans sourire.

« Mademoiselle Selys. Je vais bien, contrairement à Erin. Elle se repose, loin des mots cruels. Je te ferai partir si tu en as, d’accord ? »

Selys leva une main et sa queue trembla légèrement.

« Non, pas moi. Je voulais juste savoir comment Erin allait. J’ai, heu, entendu ce qu’il s’était passé. »

« Tout le monde en ville sait ce qu’il s’est passé. »

Krshia hocha la tête. Elle termina de ranger un bac d’oignon.

« L’heure est sombre. Certains portent le deuil, mais beaucoup sont en colère. La mort de Klbkch, c’est un mauvais signe pour la ville. Il était fort. Sans lui, il y aura des problèmes. Mais c’est à tort qu’ils font porter la faute à l’Humaine. C’est ainsi que moi et les autres Gnolls pensent. »

« Vraiment. Vraiment ? C’est surprenant. Je, heu, pensais que vous Gnolls en penserai autrement. »

Krshia haussa les épaules. Elle écrasa un oignon pourri et le jeta dans une poubelle derrière elle avec plus de force que nécessaire.

« Le sang et la mort. Ce n’est pas la faute d’Erin Solstice si Klbkch a fait le choix de se battre et de mourir. Ce n’est pas sa faute si les Gobelins ont attaqué, n’est-ce pas ? Nous ne blâmons pas ceux qui ne sont pas coupables. »

« C’est bien. »

Selys regarda Erin. Elle ne bougeait pas. Des larmes coulaient sur ses joues.

« Ecoute, Erin, je voulais te parler. Je sais que ce n’est pas le bon moment, mais je pense que tu ne devrais pas retourner dans ton auberge. Tu devrais rester là, au moins pour cette nuit. »

Erin ne bougea pas. Selys jeta un coup d’œil à Krshia. La Gnoll haussa les épaules de manière impassible. Selys essaya de nouveau.

« Je sais que tu te sens en sécurité dans l’auberge, mais après ce qui vient de se passer ça va être différent. Ce ne sont pas que les Gobelins. Si la Garde ne patrouillent pas les plaines, d’autres monstres commenceront à apparaitre. Sans protection, ou niveau élevé, tu ne vas pas survivre. »

De nouveau, le silence fut sa seule réponse. Mais Erin essuya ses yeux sur sa manche avant d’enterrer sa tête dans ses bras une nouvelle fois.

« Ecoutes… Je peux te trouver un boulot à la Guilde des Aventuriers en tant que réceptionniste. Certains ne vont surement pas apprécier, mais tu seras en sécurité et tu gagneras assez pour manger et vivre en ville.

Cette fois Erin bougea. Elle secoua légèrement la tête.

« Non. »

Selys ouvrit sa bouche, mais Krshia plaça une grande patte velue sur son épaule et secoua la tête. Elle s’agenouilla à côté d’Erin.

« Erin. Je regrette la perte de Klbkch. Il était une étrange créature, mais il était juste, n’est-ce pas ? Beaucoup dans la ville pleurent sa perte. Mais il ne voudrait pas que tu meurs. Et la mort t’attend si la Garde n’est pas là pour repousser les monstres. Tu dois le savoir. »

« Et ce n’est pas comme si tu vas devoir rester là pour toujours. Nous pouvons te chercher un endroit dans une cité humaine si tu veux vraiment partir. C’est juste un mauvais moment. Je sais que ce n’est pas ta faute mais les autres… »

« Je ne pars pas. »

« Ecoute, Erin, je sais comment tu te sens mais… »

« Je ne pars pas. »

Erin se leva. Ses yeux étaient rouges et gonflés à cause des larmes. Son nez était en train de couler alors qu’elle essuya son visage contre sa manche. Elle regarda Selys.

« Je retourne là-bas. »

« Ce n’est pas une bonne idée. Ces Gobelins sont peut-être toujours là-bas. »

« Ils sont tous morts. »

« Mais… Il y a des monstres. Reste ici. J’ai un appartement. Tu peux rester dormir ici, d’accord ? »

« Non. »

« Erin, s’il te plait. »

Selys voulait ajouter quelque chose, mais elle regarda par-dessus l’épaule et s’arrêta.

« Oh mon… »

Erin se retourna. La rue était devenue silencieuse. Tous les commerçants et les clients du marché étaient en train de regarder dans la même direction. Ils reculèrent lentement alors que la procession d’insectes noirs marcha lentement à travers le marché.

Ils n’étaient pas de soldats. Ils étaient de simples Ouvriers, mais ils étaient presque une centaine, marchant lentement en direction d’Erin. Le groupe s’arrêta a quelques pas d’elle alors que Selys recula derrière le comptoir pour rejoindre Krshia qui éternua.

Erin regarda les environs. Des Ouvriers aux corps noirs emplissaient la rue. Ils se tenaient devant elle. Soudainement, ils baissèrent tous la tête et l’Ouvrier devant elle lui adressa la parole.

« Ceux-là offrent des condoléances à l’Aubergiste Solstice. »

Selys murmura à Krshia et Erin d’une voix paniquée.

« Qu’est-ce qu’ils font. Ils ne devraient pas être là ! Que quelqu’un aille chercher la Garde ! »

Krshia donna un coup de coude à Selys.

« Silence. Ecoute. »

« Ceux-ci souhaitent à l’Aubergiste Solstice de se remettre des blessures qu’elle a reçus. Ceux-ci expriment leurs regrets face à sa souffrance. »

Erin le regarda stupidement.

« Pourquoi ? »

L’Ouvrier menant le groupe semblait confus.

« Cela fait partie de la tradition. Ceux-ci apprennent à exprimer du regret/tristesse/perdition face à la mort. »

« Mais je ne suis pas morte. Qu’en est-il de Klbkch ? Qu’en est-il de votre… Ami, l’autre Ouvrier ? Il est mort pour me protéger. »

L’Ouvrier pausa, avant de secouer la tête.

« Le Prognugator a fait son devoir. L’Ouvrier est mort en faisant son devoir. Il n’y a pas de deuil pour les carapaces brisées et les individus morts.  Ceux-ci expriment simplement leurs regrets face à l’échec de l’individu Klbkch à protéger. »

Erin le regarda.

« Donc vous dites que vous êtes désolé que j’ai été blessé ? »

« Ceux-ci expriment leurs regrets pour l’échec du Prognugator dans la protection de l’Aubergiste Solstice. »

« Ce n’était pas un échec. Ne… Ne dis pas ça. »

L’Ouvrier baissa de nouveau la tête.

« Celui-ci offrent ses excuses pour son erreur. »

« Est-ce que tu ne peux pas te sentir désolé ? Pour Klbkch ? Et pour ton ami ? »

« Celui-ci s’excuse. Mais celui-ci ne peux pas. Ceux-ci offrent leurs regrets à l’Aubergiste Solstice. »

Erin attendit. Mais l’Ouvrier garda sa tête baissée.

« C’est tout ? »

« Oui. Ceux-ci se disperseront vers le poste qui leur aient désignés. Pardonnez ceux-ci pour avoir déranger l’Aubergiste Solstice et les autres. »

D’un seul homme, les Ouvriers se tournèrent. Erin hésita.

« Attendez. »

Ils s’arrêtèrent, et se retournèrent. Elle fit une pause, et ferma les yeux. Elle prit une profonde inspiration, avant de regarder l’Ouvrier.

« … Viens dans mon auberge. Je vais te donner à manger, et tu peux jouer aux échecs avec moi. »

« Quoi ?Erin ! »

Selys tenta de l’attraper, mais Erin était déjà en train de bouger. Elle tendit la main et toucha l’Ouvrier sur l’épaule. Ce dernier se figea intensément.

« Tu dis que tu es désolé ? Je suis désolé. C’est de ma faute si Klbkch et l’autre Ouvrier sont morts. Et c’est une mauvaise chose. Même si tu ne peux pas le comprendre, je veux faire quelque chose. Laisse-moi t’aider. D’une manière ou d’une autre. »

L’Ouvrier hésita.

« Ceux-ci n’ont pas l’autorisation de quitter la ville sans permission. »

« Pourquoi pas ? »

« Ceux-ci ne sont pas conçus pour des actions indépendantes. Ceux-ci ne peuvent pas rester sans compagnie. »

« Alors je vais t’accompagner. Juste… Viens avec moi. S’il te plait ? Vous n’avez pas tous besoin venir. Pourquoi pas juste toi ? Quel est ton nom ? »

L’Ouvrier se figea. Tous les Ouvriers se figèrent. Erin les regarda avec curiosité. Selys prit une respiration paniquée et courut vers elle.

« Erin ! »

Selys attrapa l’épaule de l’humaine avec urgence. Elle murmura bruyamment dans l’oreille d’Erin.

« Tu ne demandes jamais leurs noms ! Ils n’en ont pas ! »

« Pourquoi pas ? »

L’Ouvrer trembla et regarda Erin. Selys leva une main alors que sa queue bougeait de manière paniquée.

« Ils n’en ont simplement pas ! »

« Celui-ci n’a pas de nom. Celui-ci n’est pas important. Celui-ci n’est pas un individu. »

« Tu peux l’être. »

«Erin ! »

Cette fois, Selys tenta d’attraper Erin et de la tirer. Erin repoussa ses mains.

« Pourquoi ? Qu’est-ce qui ne va pas ? »

Elle tapa son doigt contre le torse de l’Ouvrier.

« Tu es un individu. Tu es toi. Et l’Ouvrier qui est mort ? Il était quelqu’un. Klbkch était quelqu’un. Vous êtes tous important, et cela veut dire que quand l’un d’entre vous meurt, c’est quelque chose de terrible. »

L’Ouvrier secoua la tête alors que les autres Ouvriers s’éloignèrent de lui.

« Celui-ci n’est pas un individu. Celui-ci est incapable d’en être un. »

« Tu l’es. Tu ne comprends pas ? Vous êtes tous spécial. »

L’Ouvrier se figea, et il regarda Erin. Quelque chose changea dans ses yeux.

« Celui-ci… Je comprends. Celui-ci est devenu Je. »

Selys resta sans voix, l’horreur clairement affiché sur son visage. L’Ouvrier baissa les yeux vers ses mains avant de lever la tête.

« Je comprends le chagrin. Je comprends le regret pour la mort de l’individu Klbkch et l’Ouvrier. »

« C’est bien. »

Erin ne sembla pas remarquer les autres Ouvriers qui s’éloignaient. L’Ouvrier à qui elle s’adressait trembla. Ses mains se fermaient et s’ouvraient de manière mécanique et répétée. Selys et les autres Drakéides reculèrent instantanément. Krshia tendit lentement la main vers derrière le comptoir.

« Je. Je suis. Je suis devenu Je. Je ne comprends pas. »

Il regarda autour de lui, vers le ciel, vers Erin. Il trembla comme une feuille.

« Si celui-ci… N’est pas… Combien sont des Je ? Un individu ne peut pas exister… Les nombreux sont… Comment suis-je ? »

Il trembla. Erin posa la main sur lui.

« Je ne sais pas. J’essaye ne de pas y penser. Viens. Allons jouer une partie d’échec. »

Il la regarda. Selys était en train de trembler, et l’atmosphère dans le marché était tendue. Mais l’Ouvrier hocha la tête.

Erin se retourna.

« Je m’en vais. »

Elle commença à sortir du marché. L’Ouvrier la suivit, et le reste des Antiniums suivirent en formant une procession silencieuse. Selys regarda le dos d’Erin, les yeux écarquillés, avant de se tourner vers Krshia.

« Elle est folle. Ils vont la tuer. Ça va la tuer. »

Krshia hocha la tête.

« Oui. Il faut les suivre, n’est-ce pas ? »

« Quoi ? »

Selys laissa échapper un cri, mais Krshia avait déjà quitté son comptoir. Elle aboya quelque chose en direction d’un autre Gnoll et marcha dans la direction que les Antiniums avaient pris. Selys regarda les autres Drakéides aux yeux écarquillés et courut à la suite de Krshia.

***

L’Ouvrier marcha à la suite d’Erin, et ses comparses Ouvriers suivirent les deux en formant une masse silencieuse. Elle laissa les portes de la ville derrière elle, ignorant le Drakéide qui lui cria dessus. Elle marcha le plus vite possible, essayant de ne pas penser, de ne pas ressentir.

Derrière elle, l’Ouvrier trembla et tressaillit en marchant. Erin l’ignora, mais elle l’entendit murmurer alors qu’il marchait.

« Je. Je suis. Mais cela est mal. Tout est mauvais. Quand beaucoup deviennent un, c’est une Aberration. Je suis une Aberration. »

« Pourquoi ? Qu’est-ce qui ne va pas ? »

« Je ne peux pas être un individu. Je ne peux pas avoir de noms. Je ne peux pas choisir mes propres actions. C’est mal. »

« Klbkch le faisait. »

L’Ouvrier secoua la tête. Il ouvrit et ferma ses quatre mains de manière erratique.

« Il est un Prognugator. Je suis… J’étais un Ouvrier. Cela ne devrait pas être. »

Erin tourna la tête.

« Tu vas bien. Tu devrais être. C’est normal d’être une personne, et non pas une chose. »

« Je ne peux pas comprendre. Je suis une Aberration. Tout est une Aberration. Cette expérience… je ne peux pas l’accepter. »

« … Je suis désolé. Mais je voulais que tu ressentes quelque chose. »

« Je ressens. Je ressens tout ce qu’il y a à ressentir. »

« C’est bien. »

Erin continua de marcher. Mais l’Ouvrier s’arrêta. Il recommença à tressaillir, et son regard se figea sur la nuque d’Erin. Lentement, l’Ouvrier accéléra le pas jusqu’à être directement derrière Erin. Elle ne le remarqua pas, perdue dans ses pensées.

Dans le silence, l’Ouvrier tendit une main vers Erin en continuant de marcher derrière elle. Les autres Ouvriers regardèrent en suivant. Ils ne dirent pas un mot.

« Je ne sais pas ce que cela signifie d’être moi. »

Erin s’exprima en continuant de marcher. Elle ne savait pas comment l’expliquer à l’Ouvrier. Elle devait dire… Quelque chose. Lui dire comment cela était.

« Je ne sais même pas ce que c’est d’être humain. Tout ce que je sais c’est qu’il y a un grand vide dans mon cœur. Parce que Klbkch et l’Ouvrier sont morts. Je ne sais pas qui je suis ou ce que je suis en train de faire. Je suis juste… Triste. »

L’Ouvrier s’arrêta. Ses mains hésitèrent à la nuque d’Erin.

« Pourquoi ? »

Erin sourit. Des larmes coulèrent sur ses joues alors qu’elle marcha à travers l’herbe.

« Je suis, tout simplement. C’est comme ça que ça marche. Tu ne choisis pas d’être quelqu’un. Tu es, tout simplement. Même si tu n’es pas spécial. Même si tu ne veux pas être. Tu es, tout simplement. »

Il s’arrêta. Lentement, l’Ouvrier abaissa ses mains.

« Je ne comprends pas. Mais… Je suis. Et je suis triste moi aussi. »

« Bien. C’est… C’est bien. »

Erin renifla et essuya ses yeux et son nom. L’Ouvrier accéléra lentement jusqu’à être à ses côtés.

« Aubergiste… Erin Solstice. Je suis désolé pour la mort de Klbkch et de l’Ouvrier. Je regrette leurs morts et ta souffrance. »

« Merci. »

Ils marchèrent en silence. Éventuellement, l’Ouvrier parla de nouveau.

« Je ne suis pas un Ouvrier. Je suis un individu. J’aimerais avoir un nom. »

Elle le regarda.

« Je ne peux pas t’aider. Je ne suis pas… Je ne peux pas te donner un nom. Tu ne peux pas demander à ta Reine ? »

Il secoua la tête.

« Je… Ne le souhaite pas. Je dois avoir un nom. Ou est-ce que je pourrais en trouver un ? »

« Je ne sais pas. Tu ne peux en choisir un toi-même ? »

L’Ouvrier s’arrêta. Il tourna la tête vers Erin et hésita avant de hocher la tête.

« C’est ce que je vais faire. »

Elle attendit. Après une minute de marche, l’Ouvrier parla de nouveau.

« J’aimerais être connu comme ‘Pion’. C’est un nom adéquat pour cet individu. »

Erin hocha la tête avant de lui offrir un léger sourire.

« Salut, Pion. »

« Bonjour. Erin Solstice. »

« … Est-ce que tes amis seront comme toi ? »

Pion regarda par-dessus son épaule. Les autres Ouvriers regardèrent ailleurs. Il baissa la tête.

« Ils ont peur. Ils ne seront pas comme moi. »

« Il n’y a pas de problème. »

« Mais je leur ai expliqué ce que signifiait le regret lié à la perte d’un individu. Ils comprennent. »

« Vraiment ? C’est bien. »

Pion hocha la tête.

« Ils… Nous. Nous sommes tous tristes. »

« Je suis contente. »

Ils arrivèrent à l’auberge sur la colline, et au corps. Erin regarda le sang et s’effondra. Elle avait oublié qu’ils étaient encore là.

Pion l’attrapa avant qu’elle ne touche le sol. Il l’aida à se relever, et Erin s’assit alors que les autres Ouvriers encerclèrent l’endroit. Ils s’arrêtèrent en regardant les dégâts faits à l’auberge et les corps, et semblèrent prendre une décision. D’un même mouvement, les Ouvriers commencèrent à transporter les corps alors que d’autres creusèrent à plusieurs dizaines de mètres de l’auberge. D’autres entrèrent dans l’auberge et commencèrent à sortir le bois brisé.

Erin resta assis dans l’herbe et détourna le regard. Elle leva les yeux pour voir un Ouvrier s’empara d’un corps et le jeter à l’un de ses camarades. Puis elle vomit.

Éventuellement, Erin sentit quelqu’un taper sur son épaule. Elle leva les yeux, et vit que c’était Krshia.

« Erin Solstice. Je te cherchai, n’est-ce pas ?  Les Ouvriers, ils ont terminé leur nettoyage. »

Elle regarda, et c’était la vérité. L’endroit autour de l’auberge était propre. Même l’herbe avait été nettoyée avec de l’eau, et les Ouvriers se tenaient silencieusement autour de l’auberge. Ils la regardaient.

« Merci. »

Elle s’adressa à Pion, puis aux autres Ouvrier. Ils hochèrent la tête d’un même mouvement.

« Nous assistons pour maintenir l’ordre et préserver la paix. »

« Merci. »

Krshia regarda le panneau au-dessus de l’Auberge Errante. Elle regarda autour d’elle, et suivi Erin alors que l’humaine ouvrit la porte.

« Donc, c’est ton auberge, n’est-ce pas ? C’est mieux que je pensais. Digne d’être défendue. »

Erin hocha la tête. Elle regarda autour d’elle dans la pièce vide. Les Ouvriers l’avait nettoyé à la perfection ou presque. Toutes les chaises et tables cassées avaient disparues. Mais il y avait une chose à laquelle ils n’avaient pas touché.

Une pièce d’échec brisée gisait au sol. Erin marcha lentement vers elle. Cette dernière la regarda, un Drakéide prêt à frapper, une lance en main.

Elle baissa les yeux vers le cavalier brisé sur le sol, et ramassa la pièce en prenant sa base. Doucement, Erin la mit dans sa poche et regarda autour d’elle. Des Ouvriers silencieux remplissaient la pièce. D’autres regardaient à travers les fenêtres.

Ses yeux la piquaient, mais elle n’avait plus de larmes à pleurer. Erin nettoya ses yeux avant de se tourner vers l’échiquier.

Lentement, Erin s’empara de l’échiquier et le posa dans l’herbe à l’extérieur de l’auberge. Les Antiniums formèrent un grand cercle autour d’elle, et Pion se tenait au milieu de ce dernier à côté d’Erin. Elle s’assit, et plaça l’échiquier en face d’elle. Elle fit un mouvement, et Pion hésita, avant de s’asseoir en face d’elle.

Erin le regarda. Il était légèrement plus petit que Klbkch, plus maigre, et ses traits étaient mais accentués que ceux de Klbkch. En fait, il ne ressemblait pas du tout à Klbkch, et pourtant son cœur se serra en le voyant.

Lentement, Erin posa le cavalier cassé de son côté de l’échiquier. Pion réarrangea les pièces de son côté. Elle le regarda. Elle leva les yeux au ciel. Il était trop bleu, trop parfait pour une telle journée. Il ne faisait pas encore nuit.

Il devrait pleuvoir du sang. Le monde devrait être recouvert de ténèbres, et la terre aurait dû s’ouvrir pour l’avaler. Elle aurait dû être paralysée par la tristesse, mais Erin se sentait simplement vide. Elle ne comprenait rien. Ce n’était pas juste. Ce n’était pas bien.

Et elle ne pouvait rien y faire. Alors Erin bougea une pièce sur l’échiquier. Le cavalier brisé bougea en C3. Elle regarda Pion. Il la regarda en retour, et le reste des Ouvriers regardèrent avec lui l’humaine qui pleurait pour un Antinium.

Erin baissa la tête.

« Jouons aux échecs. »
Titre: Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
Posté par: Maroti le 07 mars 2020 à 15:27:09
1.27

Erin était assise sur le sommet de la colline herbeuse et jouait aux échecs. Cela rendait la vie plus facile. Lorsqu’elle jouait, elle pouvait oublier sa vie. Elle pouvait oublier la douleur.

Elle bougea ses pièces sur l’échiquier, s’arrêtant, considérant, bougeant, se retraitant, prenant des pièces. C’était une danse de stratégie et de perception dont elle avait appris les pas il y a bien longtemps. Mais les échecs étaient toujours différents. C’est pourquoi elle pouvait se perdre dedans.

Et pourtant, Erin faisait plus que de simples calculs. Un joueur d’échec jouait contre son adversaire, et à moins que ce dernier soit un ordinateur, ils lisaient l’autre joueur et dansait avec eux. Les jeux psychologiques faisaient partie des échecs, tout comme la plus basique des stratégies et la connaissance des coups fondamentaux. Mais Erin n’avait jamais joué face à un adversaire avec un esprit comme celui qui était assis en face d’elle.

Elle leva les yeux en direction des pièces de Pion. Il était en train de regarder l’échiquier, considérant son prochain coup. Quelque chose n’allait pas avec lui et ce n’était pas le fait qu’il avait un nom. Erin ne comprenait pas l’Antinium, mais elle comprenait les joueurs d’échecs. Et quelque chose s’était sérieusement mal passé pour lui.

Il était trop bon.

« Je ne comprends toujours pas. D’où viennent les niveaux ? Pourquoi tout le monde en a ? Pourquoi tout le monde montent de niveau quand ils dorment ? »

« Je ne sais pas, Erin Solstice. Ce sont les mystères de ce monde. Ils sont ce qu’ils sont, n’est-ce pas ? »

Krshia changea de position, assise dans l’herbe. Elle était assise avec Selys à l’intérieur du cercle d’Ouvriers Antiniums qui regardaient la partie, mais elle se trouvait à une respectable distance d’eux.  Elle était calme, du moins dans son observation de la partie entre Erin et Pion, mais Selys continuait de jeter des coups d’œil nerveux en direction des Ouvriers.

« D’accord. Mais si c’est le cas, pourquoi n’avons-nous pas des niveaux pour tout ce qui nous arrive ? Comme… marcher. Est-ce qu’il existe une classe de [Marcheur] ?

Krshia secoua sa tête.

« Marcher est quelque chose que nous faisons, et non pas quelque chose pour laquelle nous vivons, n’est-ce pas ? Seules les choses qui font nos objectifs et nos rêves forment des classes. »

« Mais est-ce que cela veut dire qu’il est possible d’obtenir une classe pour manger ? »

« Tu parles de la classe de [Gourmet] ? J’ai entendu dire que quelques riches marchands et nobles ont cette classe. »

« D’accord, je crois que je comprends. Mais les gens peuvent avoir plusieurs classes, pas vrai ? »

Selys hocha la tête. Elle était l’experte à ce sujet, apparemment. C’était probablement dût au fait qu’elle était réceptionniste. Erin fronça les sourcils, regarda un cavalier qui avait failli tomber dans un piège que Pion avait tendu. Comment avait-il fait pour devenir si bon ?

« En théorie, tu peux avoir autant de classe que tu veux. Mais dans la pratique, même la plupart des Aventuriers n’ont que trois ou quatre classes maximum. Ce n’est pas parce que tu es qualifié pour obtenir une classe que tu vas la débloquer. Elle doit devenir une partie inhérente de ta vie. »

« Oh, je vois. »

Selys s’arrêta. Sa queue était enroulée alors qu’elle était assise avec ses griffes poliment posées sur son giron. Erin avait remarqué que les Drakéides s’exprimaient avec leurs queues alors que leurs visages n’exprimaient rien du tout. Krshia, d’un autre côté, avait une parfaite poker face, et sa queue n’était pas si expressive.

« Heu, est…. Est-ce que personne ne t’a appris ça en grandissant, Erin ? Je veux dire, tout le monde sait ça. C’est la base. »

« Même les Antiniums ? Même les Ouvriers ? »

Pion leva les yeux de l’échiquier.

« Oui, Erin Solstice. Nous apprenons ce genre d’information peu de temps après notre éclosion. Tous les Ouvriers savent comment gagner un niveau, mais peu d’entre nous en gagnons. »

« Pourquoi ? J’ai gagné dix… Ouaip, dix niveaux ce mois-ci. »

Krshia et Selys s’échangèrent un regard. Même les Ouvriers firent bouger leurs antennes l’un vers l’autre.

« Sérieusement ? »

Erin leva les yeux et vit que Selys la regardait bouche bée.

« Quoi ? Je suis que Niveau 10. Ce n’est pas beaucoup, pas vrai ? »

« C’est vrai… Mais… Je veux dire, c’est vrai mais personne ne gagne des niveaux si rapidement ! Erin, normalement quelqu’un à besoin d’être l’apprenti d’une personne ayant la classe durant des années avant d’atteindre le Niveau 10. La plupart des jeunes… Enfin, la plupart des personnes de notre âge sont à peine au-dessus du Niveau 12 dans le métier qu’ils ont choisi. »

« Vraiment ? Ça semble si… Bas. »

De nouveau, Erin avait l’impression qu’elle était la seule personne du groupe qui pensait de cette manière.

« Enfin, le Niveau 100 est le plus haut, pas vrai ? Est-ce que ça ne veut pas dire que la majorité des gens atteignent… Je sais pas, le Niveau 60 ou plus avant de mourir ? »

Selys rit… Plus d’incrédulité que de politesse.

« Tu plaisantes, pas vrai ? »

Erin haussa les épaules. Elle bouge un autre pion avant de prendre un fou. Puis elle réalisa que c’était un autre piège. Elle allait perdre son autre cavalier.

« Est-ce que j’ai tort ? »

Krshia hocha la tête.

« J’ai connu de nombreuses vieilles personnes. Ils avaient tous des niveaux autour de la vingtaine, parfois la trentaine, n’est-ce pas ? Pas l’un d’entre eux n’avait atteint le Niveau 40. Peu d’entre eux avait atteint leur trentième niveau. Si je devais nommer ceux qui se trouvent au-dessus du Niveau 50, il n’y en aurait qu’une petite poignée par continent, n’est-ce pas ? »

« Donc quelqu’un qui se trouve au-dessus du Niveau 70, par exemple… ? »

Selys regarda Krshia. La Gnoll haussa les épaules.

« Je ne pense pas en connaitre un de vivant, quel qu’en soit la classe. J’ai entendu des légendes parlant de guerriers ayant atteints ce niveau, mais ce sont d’anciennes histoires. Le genre d’histoire où le héros affronte des armées seul ou abat des Hydres et des Krakens d’une main. Les gens ne gagnent pas autant de niveau. »

Erin hocha la tête.

« D’accord. Je crois que je comprends. Donc les gens gagnent des niveaux, mais pas tant que ça. Et tu peux avoir plus d’une classe, mais tu dois commencer au Niveau 1 avec cette nouvelle classe. »

Selys hocha la tête. Son hochement de tête était différent de celui d’Erin, son cou était plus long, donc elle mettait plus de temps à accomplir le mouvement.

« En effet. Si tu étais un [Maître Lancier] comme Relc et que, par exemple, tu commençais à te battre à l’épée, tu obtiendrais probablement la classe de [Guerrier] jusqu’à ce que tu sois assez haut niveau et avec suffisamment de compétence pour devenir un [Épéiste Meurtrier], un [Duéliste] ou quelque chose du genre. »

« Donc les classes changent de nom ? »

« Tu es sûre que personne ne t’en a déjà parlé ? »

« Klbkch m’en a expliqué une partie. »

« Oh. Hum. Oh je… Enfin, oui, les classes changent. C’est généralement le nom qui permet de représenter ta spécialisation ou… Ou si tu as un niveau plus élevé. Par exemple, des [Tacticiens] peuvent devenir des [Leaders] ou des [Généraux] ou garder la même classe selon leurs compétences. »

« Et… Je pense que je me souviens de ça. Les compétences définissent leurs classes, pas vrai ? Mais est-ce que cela veut dire que tout le monde a les mêmes compétences en montant de niveau ? »

« Non, elles sont différentes. »

Krshia regarda Erin. Ses yeux étaient plissés alors que son front était froncé dans une expression troublée. Erin n’y prêta pas attention. Elle pouvait voir que ce que les gens devinaient quand elle jouait aux échecs, et elle en apprenaient plus que ce qu’elle laissait savoir. Mais maintenant ? Cela n’avait pas d’importance.

« Tout le monde obtient des compétences différentes en montant de niveau. Souvent, ce sont les mêmes, mais certaines personnes les obtiennent à différents moment, ou obtiennent différentes variations… Tout est une question de besoin. Le besoin et la volonté déterminent les compétences que nous obtenons. »

« Et ce que nous faisons ? C’est ce qui détermine nos classes, qui déterminent ensuite comment nos gains de niveaux nous affectent et si notre classe change ou non. »

Selys semblait soulagé qu’Erin comprenne enfin.

« Exactement »

Erin regarda Pion. Lui et les autres Ouvriers étaient profondément concentrés sur l’échiquier.

« Est-ce que les Ouvriers ont beaucoup de niveaux ? Vous travaillez tout le temps, donc vous devez en avoir beaucoup ? »

Il s’arrêta et Erin remarqua quelque chose d’étrange. Tous les Ouvriers étaient concentrés sur l’échiquier, mais dès que Pion bougeait une pièce ils étaient soudainement tous en train de la regarder, ou de regarder ailleurs. Mais dès qu’elle bougeait une pièce, ils se reconcentraient de nouveau sur l’échiquier en ignorant tout ce qu’il y avait autour d’eux.

« Nous avons très peu de niveaux, Erin. Je suis moi-même un [Boucher] de Niveau 2 et un [Charpentier] de Niveau 1. »

« Quoi ? C’est… C’est parce que tu es jeune ou un truc du genre ? »

« J’ai vécu plus de la moitié de l’espérance de vie moyenne d’un Ouvrier. Les Ouvriers ne montent pas souvent de niveau. Certains ne gagnent pas de niveau du tout. »

Erin se retourna dans son siège d’herbe pour regarder Selys et Krshia. La Drakéide fit tressaillir sa langue de surprise. 

« Je… Ne savais pas ça. »

« De même. Mais ce n’est pas inattendu, n’est-ce pas ? Gagner des niveaux vient de l’apprentissage et des épreuves. Sans cela il n’y a pas de gain d’expérience. Si l’un fait la même chose sans changer, il ne gagnera pas de niveau. »

« Et c’est pourquoi tu gagnes tes niveaux si rapidement, Erin. Ouvrir une auberge toute seule… Cela doit être bien plus difficile que de travailler dans une auberge ou d’en racheter une. »

« Oh, d’accord. »

Cela avait été la chose la plus difficile qu’Erin avait faite de sa vie. Elle baissa les yeux vers son estomac et ses jambes en tailleur. Elles devraient être pleines de trous, ou recouvert d’innombrables cicatrices causées par des couteaux. Ouais, c’était différent qu’être une aubergiste en ville.

« Donc les Antiniums ne montent pas beaucoup de niveau ? Je suppose que Klbkch était une exception. »

« Une très grande exception. »

« Mais est-ce que cela veut dire qu’ils sont faibles ? Si la plupart des Drakéide de mon âge sont autour du Niveau 10 ou plus, pourquoi ne sont-ils pas bien plus forts que les Antiniums ? »

« Erin, as-tu vu les gigantesques Antiniums soldats qui patrouillent les tunnels ? J’en ai entraperçu un marchant dans les rues ce matin. »

Selys frissonna, sa queue tressaillit plusieurs fois.

« Ils n’ont pas besoin de niveaux, Erin. Ils sont déjà assez meurtriers comme ça. Si tu leur donne des niveaux élevés et la vitesse à laquelle ils peuvent être créés, les Antiniums pourraient avoir une armée incapable d’être stoppée. »

« Ouais, c’est vrai. Je suppose que les niveaux ne peuvent pas remplacer le nombre ou les muscles, pas vrai ? »

« En fait, c’est possible, mais c’est seulement s’il y a une grande différence de niveau. Relc, par exemple… Il est fort. Il pourrait probablement affronter beaucoup de ses soldats. Il ne va pas le faire, bien sûr ! Mais il est Niveau 32, je crois. C’est une incroyable différence par rapport à un [Guerrier] de Niveau 13. Est-ce que ça fait sens, Erin ? »

Erin bougea une autre pièce et vit comment la partie allait se terminer.

« Je crois que je comprends. Merci de m’avoir expliqué. »

« Je ne comprends pas pourquoi tu ne savais pas to… »

Selys fut coupée lorsque Krshia lui donna un coup de coude dans les côtes. Elle siffla au lieu de gémir et redressa son dos. Krshia se mêla à la conversation.

« Il est curieux que tu ne connaisses pas les niveaux, mais peut-être que ton peuple n’y croient pas de la même manière, n’est-ce pas ? »

« Ouais. Quelque chose du genre. Est-ce que gagner des niveaux est si important que ça dans la vie des gens ? »

« Certains appelleraient ça une religion. Certains, oui, certains vénèrent les niveaux. Personne ne vénère les dieux, Erin. Ils sont morts. Dans certains endroits gagner un niveau est prêché et ceux qui ont le plus haut niveau sont vénérés. J’ai entendu dire que chacun d’entre nous reçoit un niveau maximal, et qu’atteindre ce niveau signifie que nous avons atteint la fin de notre vie. »

Le silence tomba sur l’audience assise dans l’herbe. Erin se tourna et regarda Krshia.

« Sérieusement ? Certaines personnes croient en ça ? »

Le regard de Krshia ne broncha pas.

« Oui. »

« C’est stupide. »

Selys prit une inspiration surprise, mais Krshia hocha les épaules.

« Certains croient en cela, Erin. Et qui peut dire que cela n’est pas vrai ? »

« … Je suppose. »

Erin se retourna pour se reconcentrer sur le jeu et vit que Pion avait joué son tour. Elle fit tomber sur roi du bout du doigt.

« Je concède. Bon match. »

Pion inclina sa tête, et Erin retourna le geste.

« C’est une bonne partie, Erin. »

« C’était une très bonne partie ! »

Selys se releva et regarda les deux joueurs.

« Je ne m’y connais pas beaucoup, mais j’ai vu Olesm jouer. Tu es bien plus forte que lui, Erin. Et toi aussi… Hum… Pion. »

Il s’inclina et elle sursauta.

« Je ne fais qu’apprendre en regardant Erin Solstice. Elle est une experte. »

« Et c’est autre chose. Comment fais-tu pour être aussi douée, Erin ? Olesm dit que tu es la meilleure joueuse qu’il n’a jamais vue. Est-ce que tu es une [Tacticienne] de haut-niveau ? »

« Non. »

« Alors une autre classe, peut-être ? Ou est-ce que c’est une compétence rare ? »

« Non, c’est juste mes compétence. Pas ceux que tu obtiens en gagnant des niveaux. C’est mon talent pour le jeu. Je n’ai pas de niveau en dehors de ma classe d’[Aubergiste]. »

« Mais alors comment fais-tu pour être aussi douée ? »

Erin prit quelques instants avant de répondre. Elle réinstalla les pièces sur l’échiquier et le fit tourner. Silencieusement, Pion avança une pièce et elle contra. Une nouvelle partie commença, mais elle avait le même sentiment.

« J’y joue simplement depuis que je suis gamine, c’est tout. Tous les jours. Au début c’était juste un hobby, tu sais ? Quelque chose que je voyais les adultes faire, puis j’ai découvert que j’aimais bien ça. Quand j’ai gagné mon premier tournoi, j’étais au septième ciel. Et après ça j’ai continué de jouer. »

Selys regarda Krshia.

« Mais les échecs ont été inventés il y a qu’un… »

De nouveau, elle reçut un coup de coude dans les côtes et lança un regard noir à Krshia, puis elle regarda Erin avec un intérêt soudain. 

« Je suppose que c’est nouveau par ici. Mais les échecs existent depuis un bon bout de temps de là où je viens. »

Erin sourit brièvement.

« Depuis un sacré bout de temps. Et beaucoup de personnes aimaient y jouer de là où je viens. Il y avait des livres de stratégie, des leçons en ligne, des tuteurs… J’avais tout appris. Anecdote marrante. J’ai appris à jouer aux échecs les yeux bandés avant de savoir pédaler à vélo. »

Elle bougea une autre pièce. Après une seconde ou Pion regarda l’échiquier, il bougea sa reine et s’empara de la pièce. Elle fronça les sourcils et continua à jouer. Sa mémoire se mélangeait à la réalité.

« Je n’ai jamais été la meilleure. Mais j’étais douée. Vraiment douée. Pour mon âge ? C’était incroyable. Je jouais dans des tournois, je restais débout tard le soir pour jouer aux échecs… Mes parents me l’autorisaient. Ils savaient que j’avais un don. Donc j’étudiais les échecs dès que j’avais du temps livre, jouais contre des adultes, allait à des clubs d’échecs et aux tournois après les cours, et je continuais de gagner. Mais une fois que tu montes assez haut, tu commences à perdre. »

Comment maintenant. Exactement comme maintenant, et comme avant. Erin regarda l’échiquier et sentit qu’elle était dépassée. Elle bougea un pion et le vit mourir deux tours plus tard pour protéger sa reine.

« Ça arrive. Et ce n’est pas surprenant. Même un enfant qui est un génie ne peut pas battre un adulte qui a joué des milliers… Des dizaines de milliers de partie. Mais je me sentais écrasée après chaque défaite. Donc j’ai arrêté. »

« Tu as ar…Aie ! Arrête de me frapper ! »

Erin était en train de sourire, mais c’était passager. Toute son attention était dévouée à la partie qui se trouvait devant elle, et à sa parole.

« Quelque part… Je ne sais plus quand, j’ai perdu intérêt dans le jeu, ou peut-être que j’ai arrêté de m’amuser. Je ne sais pas comment l’expliquer. J’étais juste une gamine, mais je passais chaque instant éveillée à jouer à ce jeu stupide, allé au tournoi, étudier, gagner, perdre… Je ne vivais pas vraiment. Je ne jouais jamais avec mes amis. »

Elle bougea un pion. Les Ouvriers s’arrêtèrent, et puis Pion bougea une pièce.

« Quand j’ai réalisé ça, j’ai arrêté. J’ai simplement arrêté de jouer, j’ai jeté mon échiquier et mes pièces… J’ai fait des choses normales. Il m’a fallu des années avant que je regarde un échiquier de nouveau, et là je m’amusais en jouant. Mais je n’ai jamais voulu devenir un Grand Maître de nouveau. La pression, vivre uniquement pour un jeu… C’est trop. »

Pion prit sa reine avec, ironiquement, un pion. Cela était inévitable, mais Erin savait comment la partie allait se terminer.

« Je suppose que je suis juste une fille normale qui est plus forte que 99% du monde aux échecs. Mais ce dernier 1%. C’est un sacré gouffre. »

« Si cela est le cas, Mademoiselle Erin, je tremble en imaginant quelle sorte de génies vivent dans ton pays natal. »

A un certain point Olesm les avait rejoint, et Pisces aussi, et même trois des quatre Gobelin. Loques était assise dans l’herbe au milieu des Ouvriers, regardant la partie en silence. L’Antinium regarda les Gobelins avant de détourner le regard, mais Selys agrippa une dague à sa ceinture en fixant les Gobelins du regard et Ksrhia éternua. Mais tout le monde faisait la paix, même si cette dernière était fragile. Peut-être que cela était lié au fait qu’une pile de cadavres de Gobelins étaient enterrés dans une tombe anonyme quelques centaines de mètres plus loin.

« Je suis certain que tu ne penses pas de la même manière, mais je ne peux pas imaginer un meilleur joueur que toi, Erin. J’ai des compétences qui me permettent de jouer au jeu mieux que la majorité, mais je n’arrive pas à te battre même si j’essaye de toutes mes forces. »

Pisces hocha la tête, agréant. Erin sourit sans joie. Ils n’avaient pas vu comment les dernières parties s’étaient déroulées.

« Alors pourquoi je ne gagne pas de niveaux ? Je n’ai pas de niveau en tant que [Tacticienne], mais Pion m’a dit que les autres Ouvriers ont gagné un niveau dans cette classe. Les Gobelins ont aussi probablement gagné un niveau dans cette classe. »

Erin bougea une autre pièce et vit Pion hésita. Bien.

« Nous avons un système de rang dans mon monde. Les gens qui jouent aux échecs en tournoi ont un score qui monte et qui descend selon les victoires et les défaites. Un Grand Maître a environ 2600 points ou plus, et les joueurs vraiment incroyables ont tous plus de 2200 points. Si tu as autant de point, tu es pratiquement l’un des meilleurs joueurs de ton pays. »

Il décida de perdre un cavalier au lieu d’un fou. Erin fronça les sourcils. La partie se terminait. Comment était-il aussi doué ? C’était impossible. Elle avait l’impression de jouer contre…

Un Grand Maître. Mais c’était impossible.

« J’avais juste au-dessus de 2000 points quand j’étais enfant. C’est incroyable mais… Il y a quand même une grande différence entre ça et un Grand Maître. Si j’avais continué de jouer, je serais peut-être autour de 2400 en ce moment. Mais dans tous les cas, j’étais l’une des meilleures là où j’ai vécu. Dans ce monde… Je suis probablement la meilleure. Alors pourquoi est-ce que je ne gagne pas de niveau ? »

Olesm semblait troublée.

« … Je ne saurai dire. Cela n’a pas de sens. »

« Je peux le dire. »

Pisces hocha la tête alors que tout le monde le regarda. Il était toujours arrogant, mais son arrogance semblait muette, étouffée. Erin en était reconnaissante.

« Les classes sont basées sur ce que nous voulons atteindre. Et pourtant… Dans la même idée, ce que nous considérons sans importance ou trivial n’arrivent pas à nous faire gagner une classe que quelqu’un d’autre a obtenue. C’est un phénomène connu que j’ai étudié durant mon temps à l’Académie de Wistram. J’ai écrit une thèse sur… Enfin, cela pour dire, si tu ne considères pas les échecs comme autre chose qu’un jeu, tu ne gagneras pas de niveaux. »

Olesm et Selys regardèrent Pisces de manière incrédule.

« Un jeu ? Mais bien sûr que c’est un jeu. »

« Permettez-moi de reformuler ma déclaration. »

Pisces semblait agacé en cherchant une meilleure explication.

« Ce que je veux dire par cela est que si Maîtresse Solstice ne considère pas les applications tactiques des échecs… Comme, par exemple, que bouger des pions est similaire à organiser des guerriers… Elle ne gagnera pas de niveaux dans la classe de [Tacticien]. Pour commencer, l’expérience gagnée en jouant aux échecs est bien inférieure à celle qu’un stratégiste gagne en travaillant, donc si elle ne soucie pas du rapprochement entre le jeu de la guerre et le jeu des pièces… »

« Je ne gagne pas de niveaux. Logique. »

Erin fit tomber son roi du bout de doigt et soupira.

« Je perds. Encore. »

Elle s’allongea dans l’herbe et regarda le ciel coloré par le soleil couchant. Olesm et Pisces regardèrent bouche bée à Pion alors que ce dernier réorganisa l’échiquier avec soin.

« Comment est-ce que tu fais ? Personne ne devient aussi bon en si peu de temps. Même un génie ne peut pas jouer comme ça du premier coup. »

Pion baissa la tête devant le regard d’Erin.

« Mes excuses. Mais l’Aubergiste Solstice fait erreur. Celui-ci… Je suis désolé. Tu te méprends, Erin. En ce moment tu n’es pas en train de jouer contre moi, mais contre tous les Antiniums présents ici. »

Il gesticula autour du monticule où les innombrables Ouvriers, deux Drakéides, deux Humains, des Gobelins et une Gnoll étaient assis.

« La centaine joue d’un même esprit. Nous voyons une centaine de coups et les jouons tous dans le même tour. Nous pensons ensemble et jouons depuis un seul corps. »

Erin le regarda.

« Un esprit de ruche, une colonie. »

« Exactement. Nous pensons comme un. Telle est la nature des Antiniums. Même si… Cette nature a été compromise par l’expérience. Même si je suis un individu, cela est toujours ma vérité. »

« Et Klbkch ? Et l’Ouvrier ? »

« Nous avons ressenti leurs pertes, Erin. Nous savions leurs morts et leurs intentions au moment de leurs morts. Ils ne nous sont pas perdus. Même si leurs mémoires individuelles et leurs corps sont perdus à tous à l’exception de la Reine, les Ouvriers se souviennent. »

Erin arrêta de placer les pièces d’échecs sur l’échiquier. Elle regarda dans les yeux fragmentés de Pion, recherchant urgemment la vérité.

« De tout ? »

« De tout. »

« Et vous n’allez pas oublier ? »

Il secoua la tête.

« Nous sommes les Antiniums. Tant que l’un d’entre nous existe, nous ne mourrons jamais vraiment. »

Erin s’arrêta. Elle baissa les yeux avant d’essuyer ses larmes.

« J’aimerais que ça soit vrai. »

Selys s’agita sur l’herbe, avant de baisser la tête. Olesm racla sa gorge.

« Cela m’attriste de la dire, mais Klbkch était vraiment unique. Il était le premier, et l’unique, Antinium à être accepté en tant que membre de la Garde. Depuis que les Antiniums sont entrés dans la ville il y a huit ans de cela, il était celui qui faisait la liaison entre leur Reine et notre ville. Il est… Etait le représentant de leur espèce. »

« Je ne savais pas qu’il était si important. »

Krshia hocha la tête.

« Il était humble. C’était pourquoi beaucoup l’appréciait. Et maintenant il est parti. »

« Pas tant que les Antiniums vivent. »

Pion regarda les alentours avec quelque chose s’approchant de la défiance. Erin secoua sa tête.

« Mais il ne peut pas nous parler, Pion. Pour nous, il est parti. »

Il hésita.

« Je… Vois. J’ai le sentiment que bien est mal compris, mais je respecte ta peine. »

De manière gênée, il plaça son roi en position.

« Vas-tu jouer une autre partie, Erin ? »

« Est-ce que cela en vaut la peine ? Je ne peux pas gagner. Tu… Tu es plus fort que moi. »

Olesm et Pisces commencèrent à protester, mais ils furent couvert par le bruit de chaque Ouvrier cliquant leurs mandibules d’un même mouvement pour contredire ce qu’Erin venait de dire. Ils firent un lourd bourdonnement qui était silencieux de manière individuel, mais qui s’entremêlaient pour former le bruit d’une apocalypse d’abeille. Selys s’accrocha à la fourrure de Krshia.

« Nous apprenons beaucoup de chaque partie, Erin Solstice. S’il te plait, ne t’arrête pas de nous enseigner comment jouer. »

Erin sourit sans joie.

« Enseigner ? »

Elle n’avait pas l’impression que cela se passait comment ça. Elle avait l’impression de fuir tout ce qui s’était passé. Mais soit. Elle devait cela aux Ouvriers. Elle devait cela aux Antiniums. Donc soit.

Lentement, elle éloigna l’échiquier de Pion, repoussant ses mains.

« Arrêtes. Laisse-moi te montrer quelque chose. »

Elle fit tourner l’échiquier et bougea un pion blanc en avant.

« Ceci… Est une Partie Immortelle. »

Aussitôt, Pion arrêta de protester. Pisces et Olesm échangèrent un regard, et s’approchèrent. Loques était déjà assise à côté de l’échiquier. Erin bougea lentement le pion noir qui faisait face au pion blanc.

« Dans l’histoire des échecs, il y a beaucoup de parties célèbres que nous étudions parce qu’elles sont brillantes. Certaines personnes appellent d’autres parties des Parties Immortelles, et il y en a quelques-unes qui sont célèbres. Mais celle-là. Celle-là est la Partie Immortelle. Certains coups ne sont même plus considérés comme bons de nos jours, mais elle est quand même considérée comme l’un des pinacles de l’histoire des échecs de mon monde. »

Krshia prit une inspiration pincée, mais les mots d’Erin passèrent par-dessus l’audience alors qu’elle bougea lentement les pièces sur l’échiquier. Lentement, les deux côtés jouèrent l’un contre l’autre. Erin expliqua chaque gambit, chaque stratégie, attaques et contres en continuant le jeu.

« Le Gambit du Roi Accepté pour ouverture, puis le Gambit du Fou… Ici, il essaya le Contre Gambit de Byran avec le pion ? Et puis le côté blanc attaqua la reine avec un cavalier ici… »

Elle joua la partie qu’elle connaissait par cœur. Elle l’avait vu tellement de fois que cela était naturel pour elle. Les joueurs d’échecs regardèrent, les sourcils froncés, tentant de suivre la déroutante présentation. Mais les Ouvriers regardèrent l’échiquier, et alors qu’Erin entra dans la dernière phase de la partie, Pion parla.

« Nous pouvons voir la fin. »

Erin leva les yeux. Olesm et Pisces regardèrent Pion avec incrédulité.

« Montre-moi. »

Pion hésita, avant de tendre la main et d’avancer le pion blanc. Erin regarda l’échiquier et joua le coup suivant, mettant le roi blanc en échec avec la reine. Pion bougea le roi en diagonale, et la partie continua.

Une partie parfaite. Il joua la partie exactement comme dans la mémoire d’Erin. Dans le silence, elle fit tomber le roi noir et leva les yeux. Olesm et Pisces étaient en train de dévisager Pion comme s’il était soudainement devenu un monstre horrifiant.

« Bien. Maintenant joue contre moi. Une dernière fois. »

Silencieusement, Pion s’assit en face d’Erin et installa les pièces une nouvelle fois. Elle regarda l’échiquier. Elle était le côté blanc. Lentement, elle bougea un pion en avant.

« J’avais toujours peur de perdre quand j’étais enfant. Toujours. J’étudiais de toutes mes forces pour ne pas perdre. Peut-être c’était pourquoi je ne m’améliorais pas. Je pensais que perdre était quelque chose de terrible. »

Pion attendit, et étudia l’échiquier. Il bougea un cavalier en réponse. Erin murmura.

« Mais les échecs ? Les échecs ne font pas peur. Pas comparé à d’autres choses. »

Ce fut la dernière chose qu’Erin prononça. Elle essuya ses yeux larmoyants et mit son cœur de côté pendant un instant pour pouvoir jouer. C’était un soulagement. Cela était tellement plaisant de tout laisser de côté, et de tout laisser sortir en même temps. De souffrir et de jouer en même temps.

Elle pouvait sentir le sang pulser à l’arrière de son crâne. Le monde autour de l’échiquier disparu, et ce dernier grandit sous ses yeux. Chaque pièce consuma sa vision, et elle n’entendit que le click des pièces bougées. Ce sont était comme de la foudre dans sa tête.

Pion était assis en face d’elle, mais elle ne se concentra pas sur lui. Il ne pouvait pas être lut. Il ne pouvait pas être déstabilisé. Il y avait une centaine de lui pensant à chaque coup. Alors Erin joua. L’échiquier était son monde, les pièces faisaient partie de son âme.

Elle regarda son adversaire et vit un autre Antinium assit en face d’elle. Erin rêva en jouant. Elle était en train de jouer dans son cœur, dans les tréfonds de son être, dans les souhaits de ce qui aurait pût être.

Dans ce lieu, il n’y avait que la partie. Et Klbkch.

Erin était en train de pleurer en jouant. Ses larmes tombèrent sur l’échiquier et sur l’herbe. Elle joua et bougea des pièces avant de les perdre. Mais tout cela n’était qu’une partie d’un plus grand plan, un qu’elle ne pouvait pas voir, qu’elle ne pouvait pas comprendre. Elle pouvait comprendre les échecs. C’était facile. Mais elle ne pouvait pas comprendre le reste.

Elle prit les pions de l’ennemi. Elle prit ses tours, ses cavaliers, ses fous, et sa reine. Elle le traqua, l’attira dans des pièges et le repoussa dans ses retranchements tout en gardant ses pièces à l’abri, ou les donna pour le déchiqueter. Elle poussa, et poussa, jusqu’à ce qu’il n’ait plus rien.

Dans le silence de son sombre monde, Erin vit le roi tomber. Elle cligna des yeux, et l’instant se termina.

Pion inclina la tête. Erin entendit un bourdonnement dans ses oreilles, puis un reniflement. Elle regarda autour d’elle et vit qu’Olesm était en train de pleurer. Le [Tacticien] essuya ses larmes.

« Je ne… Je ne reverrai jamais… Je ne peux pas expliquer ce que c’est. »

Pisces était en train de couvrir ses yeux, les frottant avec le bas de ses paumes. Loques était en train de regarder, les yeux rouges, comme si elle n’avait pas cligné des yeux depuis in long moment.

« C’était… Une performance dépassant tout ce que j’ai vu. C’était pur ! J’étais incapable de voir comment cela allait se terminer ! Je ne pouvais pas prédire le prochain coup ! Comment est-il possible que tu ne sois pas une [Générale] ou… Ou une [Tacticienne] du plus haut calibre ? »

Erin secoua sa tête. Elle regarda l’échiquier.

« Ce n’est qu’un jeu. Je ne suis pas une tacticienne ou une guerrière. »

Elle regarda ses mains.

« Je suis juste une Aubergiste. Je ne veux pas être quelque chose d’autre. Je ne veux même pas l’être, mais je le suis. C’est tout. »

Elle se releva. Pion la regarda. Les Ouvriers la regardèrent. Elle croisa leurs regards et inclina sa tête. Elle essuya ses yeux et laissa ses larmes tomber dans l’herbe.

« Je suis désolé. »

Puis elle s’en alla. Erin marcha lentement à l’intérieur de son auberge et s’écroula sur le sol. Elle dormit, miraculeusement, dans les ténèbres de l’oubli et sans rêves.


[Aubergiste Niveau 11 !]

[Compétence : Force Inférieure Obtenue !]


[Compétence : Moment Immortel Appris]
Titre: Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
Posté par: Maroti le 11 mars 2020 à 22:34:28
R 1.04
Traduit par EllieVia

Ow.

Bordel.

Ow. Ow. Ow. Ow. Ouch. Ow.


C’est pour cette raison qu’on a inventé les antidouleurs. Putain. Arrête de bouger.
 
Tourne la page.
 
Il fait chaud. Pourquoi les gens de ce monde à la con n’inventent-ils pas la clim, bon sang ? Et la salle commune d’une auberge n’est pas le meilleur endroit pour lire en paix. Mais c’est toujours mieux que de rester dans ma chambre pour entendre des gens bourrés se cogner dans les murs du couloir ou coucher ensemble.
 
C’est pour cette raison que je déteste les gens.
 
Okay. Concentre-toi. Ignore-les. Qu’est-ce que ça dit ?
 
“... De l’incursion des colonies Antiniumes au sud du continent découla un an de guerre sanglante connue sous le nom de la Guerre de l’Incursion, ou plus généralement de la Première Guerre Antiniume, durant laquelle des centaines de milliers de soldats Antiniums établirent d’immenses colonies à travers les plaines australes, rasant des villes et forçant les tribus Gnolles à se replier dans les plaines les plus basses.
Initialement, les cités septentrionales et les confédérations alliées furent lentes à réagir à la vague d’Antiniums balayant les plateaux et les régions montagneuses accidentées du continent, sous-estimant les dangers d’une colonie Antiniume retranchée et les véritables effectifs cachés sous terre. Ce ne fut qu’après la perte de cinq cités que…”
 
GYAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH ! Mon pied !
 
Pourquoi, pourquoi, pourquoi fallait-il que cette chaise stupide se trouve juste là ? La douleur !
 
Merde. Est-ce que j’ai rouvert la blessure ? Voyons voir.
 
C’est difficile pour moi de me reculer suffisamment de la table pour regarder dessous, mais j’arrive à apercevoir la lourde gaze blanche. Elle est tachée de sang, mais pas plus que la dernière fois que j’ai vérifié. Merveilleux.
 
Et j’ai toujours mal. J’ai déjà eu des os cassés, mais jamais encore je n’avais connu ce niveau de douleur. Mais vue la blessure...
 
Ouais.
 
Bordel.
 
L’une des serveuse me regarde. Je lui rends son regard d’un air appuyé et elle se détourne. Je ne suis vraiment pas d’humeur pour ce type d’attention. Et penser à la douleur me donne envie de hurler à pleins poumons. À moitié de douleur, à moitié d’une rage sans nom. Donc. Retournons au livre.
 
Okay. Ignore la douleur. Que disait-il à propos des Antiniums ? Sont-ils toujours dans le coin ? Je tourne les pages.
 
Confédération d’états… alliance précipitée… sautons tout ça. Ah.
 
“Ce n’est qu’après la découverte de la faiblesse fatale des Antiniums que la guerre connut son premier revirement de situation. Forte de ses nouvelles tactiques, l’Alliance Australe se mit à utiliser des sorts longue portée pour assaillir les colonies Antiniumes et entraver leurs forces d’attaques.
 
Plusieurs colonies furent entièrement détruites avant qu’une trêve temporaire ne soit mise en place entre les Reines Antiniumes et les dirigeants des cités-États. Cette paix, toutefois, était ténue et ne dura que huit ans avant que les Antiniums n’attaquent de nouveau, entamant la Seconde Guerre de l’Incursion…”
 
Faiblesse. Ils avaient une faiblesse ? J’avais dû rater ce passage.
 
Voyons voir. Que pouvait-ce être ? Et pourquoi n’avais-je pas croisé ce peuple fourmi dans le coin ? Bon, ce sont des parias dans la plupart des sociétés, donc j’imagine que c’est pour cette raison. Mais ont-ils des caractéristiques intéressantes ou est-ce que c’est juste des espèces d’insectes bipèdes ?
 
Oh, voilà leur faiblesse.
 
Je laisse mon doigt s’attarder sur le passage en question lorsque j’entends une voix enthousiaste crier mon nom par-dessus le brouhaha de l’auberge. Oh. Oh non. Pas encore elle.
 
____________
 
Ryoka Griffin était assise au milieu d’une auberge. Ce n’était pas une auberge extraordinaire - juste l’une des nombreuses auberges de la cité humaine de Celum.
 
Elle lisait en fronçant les sourcils. Grâce à son talent, elle était capable de faire les deux actions à la fois. Elle était également assise seule, mangeant occasionnellement le contenu froid de l’assiette posée devant elle. Un verre de jus de fruit frais, embué par la condensation, devant elle. Au moins, elle buvait régulièrement, ce qui était nécessaire dans la chaleur dégagée par la foule pressée dans l’auberge.
 
“Salut, Ryoka !”
 
Une voix joyeuse fit taire le bruit de conversations ambiant et toutes les têtes se tournèrent vers la personne qui venait d’entrer dans l’auberge. Ryoka leva les yeux de son libre et repéra la fille en train de se frayer un passage dans sa direction. Son expression ne changea pas, mais son œil tressaillit.
 
“Salut Ryoka, comment vas-tu ?”
 
“Je vais bien, Garia.”
 
Garia Strongheart se glissa sur la chaise vide en face de Ryoka et lui adressa un sourire radieux.  Sa joie de vivre n’était pas réciproque. Ryoka leva brièvement les yeux sur Garia et retourna à sa lecture.
 
Sans se laisser décourager, Garia fit un signe à une serveuse et commanda l’une des boissons locales, un breuvage fort et légèrement alcoolisé qui était à la fois frais et plein de saveurs. Dommage, de l’avis de Ryoka, que les saveurs en question soient celles de la bière.
 
“Alors, comment vas-tu ? Ta jambe va un peu mieux ?”
 
Ryoka leva les yeux et la dévisagea d’un air mécontent.
 
“Devine.”
 
Le sourire de Garia vacilla.
 
“Est-ce que… est-ce que tu es allée voir la [Guérisseuse] dont je t’ai parlé ? Elle est très douée. Elle bosse avec nous autres Coursiers tout le temps.”
 
“Pas pu aider. L’os est trop abîmé.”
 
“Oh. Je suis désolée.”
 
“¨Pas ta faute.”
 
Ryoka était douée pour clore les conversations. Garia la dévisagea, et essaya de jeter un œil furtif à sa jambe enrubannée. Elle grimaça, et dissimula sa grimace en changeant de sujet.
 
“C’est un livre ?”
 
Ryoka leva les yeux de son livre. Elle la regarda fixement.
 
“... Oui.”
 
“Ça parle de quoi ?”
 
“D’Histoire.”
 
“Tu veux dire, l’histoire mondiale sur laquelle tu m’avais posé des questions l’autre jour ? Désolée de ne pas en avoir su plus.”
 
Ryoka secoua la tête.
 
“L’histoire des cités.”
 
“Oh. Et c’est, euh, intéressant ?”
 
“Pas vraiment.”
 
C’était fascinant. Ryoka n’était pas spécialement férue d’histoire, mais être transportée dans un autre monde faisait des miracles sur sa capacité à s’intéresser aux choses banales comme l’économie et la politique.
 
“Ça doit être chouette de savoir lire.”
 
L’envie dans la voix de Garia fit enfin lever la tête à Ryoka.
 
“... Tu ne sais pas lire ?”
 
Garia rougit.
 
“Pas trop. Je peux lire les panneaux et faire des calculs, mais… je veux dire, la plupart des gens ne savent pas trop lire. Pas des livres, ou des trucs coûteux dans le genre. Fals sait lire, par contre. Je l’ai vu lire des livres.”
 
Ryoka haussa les sourcils.
 
“Tant mieux pour lui.”
 
Là encore, Garia se trouva obligée de poursuivre une conversation majoritairement à sens unique.
 
“Où as-tu eu ce livre ?”
 
“Je l’ai acheté au marché. Pas trop cher.”
 
“Ah bon ? Je croyais que la plupart des livres coûtaient plusieurs pièces d’or… au minimum.”
 
“Certains se vendent pour des pièces d’argent. Dans tous les cas, ça me va.”
 
Ryoka fronça le sourcils en mordant dans une nouvelle tranche de jambon tiède. Le manque de bibliothèque dans la ville la forçait à acheter tous les livres qu’elle voulait lire, et certains étaient tellement chers que c’en était énervant. Mais elle n’allait pas s’engager dans une discussion sur l’économie avec Garia et alimenter la conversation.
 
Le problème avec Garia, c’est qu’elle était parfaitement capable de trouver des sujets toute seule. La fille regarda fixement la pile de livres sur la table.
 
“Tu vas tous les lire, alors ?”
 
“Je vais les lire.”
 
“Quoi, tous ?”
 
“Pas comme si j’avais autre chose à faire.”
 
Ryoka tourna délibérément une autre page.


_____________


J’aimerais vraiment qu’elle s’en aille. Ou pas ? Au moins, elle empêche les mecs bourrés de venir me draguer.
 
Je déteste ça. Je la déteste, je déteste cette auberge, et je déteste ce monde. SI je pouvais tout faire cramer je…
 
Probablement pas. Ou du moins, ce n’est pas elle que je hais. Donc peut-être détruire le monde mis à part quelques personnes.
 
Mais la douleur. Et l’ennui, n’oublions pas. Quelle tristesse de s’imaginer que le moment le plus intéressant de ma journée est la visite quotidienne de Garia.
 
Cela fait une semaine que j’ai eu mon “accident”. Encore une semaine et je risque sérieusement de péter un plomb. Mais ma jambe…
 
Bon sang. Si je pouvais tuer tous les putains de Coursiers de Rues de ce monde je le ferais d’un claquement de doigt. Même si je devais plonger mes yeux dans les leurs en les étranglant. J’aurai ma vengeance, je le jure.
 
Mais en attendant, comment diable vais-je pouvoir guérir ma jambe ? Comment, comment, comment ? Si c’est vraiment hors de portée de la plupart des magies…
 
Demande à Garia. Elle aura peut-être une meilleure idée, même si sa première a échoué. Ça vaut le coup d’essayer, et j’espère avoir assez d’argent pour me payer ce dont j’aurai besoin. Merde, elle parle depuis tout à l’heure et je n’ai rien suivi. Autant improviser.
 
Huh. Il y a une sacrée foule qui vient d’entrer. J’espère qu’ils ne voudront pas partager la table. Ils me disent quelque chose, cependant.
 
Qui c’est ? Une autre Cours…
 
Elle.
 
Tue-la. Plante-la. Brise ses os. Non. Si. Fais-lui mal. Éclate son crétin de visage en deux. Tue.
 
Tuetuetuetuetuetuetuetuetuetuetuetuetuetuetuetuetuetuetuetuetuetuetue…
 
________


Garia comprit que Ryoka n’avait pas entendu sa question la troisième fois où elle la répéta. L’autre jeune femme s’était figée sur place, regardant fixement quelque chose derrière l’épaule de Garia. Garia se retourna, regarda, et sut qu’il y allait y avoir du grabuge.
 
“Toi.”
 
Ryoka jeta sa chaise en arrière et bondit sur sa jambe valide. Persua lui adressa un sourire méprisant.
 
‘Oh, Ryoka ? Je ne t’avais pas vue. Quelle surprise de te voir dans cette auberge. Comment vas-tu ?”
 
C’était dur de sortir sa jambe de sous la table. Mais quand elle y parvint, Ryoka se dressa sur sa jambe valide et plongea sur Persua plus vite que quiconque n’aurait pu le prévoir. Elle ne l’atteint jamais, toutefois.
 
Garia attrapa Ryoka par l’épaule et la tira doucement en arrière. Malgré les efforts de Ryoka pour la faire lâcher prise, elle refusa de la lâcher et la traîna en arrière, loin de Persua, son sourire narquois et son troupeau de Coursiers de Rues.
 
“Lâche-moi.”
 
“Non, calme-toi Ryoka. Si tu démarre une bagarre, c’est toi qui auras des ennuis.”
 
L’expression sur le visage de Ryoka montrait que cela ne lui posait aucun problème, mais Garia savait compter. Il y avait au moins huit Coursiers derrière Persua, et ils avaient l’air prêts pour la bagarre. D’une main, elle tira Ryoka en arrière et la fit s’asseoir.
 
Cela aurait dû être difficile à faire, même avec une Ryoka blessée, mais Garia était plus costaude qu’elle n’en avait l’air. Et elle avait l’air d’une fermière capable de lever des bottes de foin d’une seule main.
 
En maintenant Ryoka sur sa chaise, Garia se déplaça de manière à s’interposer entre son amie et Persua.
 
“Pourquoi ne nous installerions pas tous ? Persua, toi et tes amis peuvent aller boire un coup ailleurs, d’accord ?”
 
Persua écarta les mains d’un air innocente et haussa le ton de sa voix d’une octave pour protester d’un air candide.
 
“Je ne comprends pas de quoi tu parles, Garia. Je disais juste bonjour à Ryoka qui a eu un petit accident. Ne peux-tu donc pas comprendre cela ? Ou est-ce que les choses vont trop vite pour que tu arrives à suivre ?”
 
Ce fut au tour de Garia de rougir, mais elle ne mordit pas à l’hameçon.
 
“Tu t’es bien amusée, mais je pense que tu devrais partir, Persua.”
 
Persua adressa à Garia et Ryoka un faux sourire d’une douceur maladive.
 
“Mais en tant que camarade Coursière, je veux faire savoir à Ryoka à quel point je suis terriblement désolée qu’elle se soit trouvée sur le chemin de ce chariot. Si seulement elle avait écouté ses camarades. Nous étions tous en train d’essayer de la prévenir, tu sais. Mais c’est Ryoka. Elle n’écoute jamais, pas vrai ?”
 
Garia sentait l’épaule de Ryoka trembler sous sa main. Cela devenait de plus en plus difficile de la maintenir assise, et c’était avant que Persua ne mentionne “accidentellement” à quel point il était affreux que personne n’ait été là pour aider Ryoka qui avait dû se traîner jusqu’à la baraque de garde la plus proche pour trouver des secours.
 
Ce qui aurait pu arriver alors, chacun devrait se l’imaginer. Persua était toujours en train de jubiler, inconsciente du danger, mais Garia pouvait percevoir Ryoka en train de regarder le couteau affûté posé dans son assiette. Les Coursiers de Rues derrière Persua étaient nombreux, mais ils s’attiraient des regards peu amènes de la part des autres clients réguliers de l’auberge qui semblaient prêts à se délecter d’une rixe si cela leur permettait de se débarrasser des intrus.
 
Garia était en train de peser le pour et le contre entre se faire poignarder et empêcher une bagarre, ou assister à la mort de Persua, malgré les conséquences qui suivraient.
 
Mais alors la porte s’ouvrit de nouveau, et un silence frissonna au-dessus de la foule. Si les Coursiers des Rues avaient amené avec eux bruit et chaos, le groupe qui suivit apporta le silence.
 
Les clients ordinaires de l’auberge, marchands, fermiers, commerçants et autres s’écartèrent précipitamment lorsqu’un Minotaure gigantesque et armé se fraya un passage dans la pièce. Il avait une énorme hache de guerre en acier attachée dans le dos, et il était suivi de cinq autres aventuriers : trois mages et deux autres guerriers, tous armés jusqu’aux dents.
 
Les Cornes d’Hammerad balayèrent la pièce du regard et repérèrent Ryoka et Garia à l’autre bout de l’auberge. Leur leader se dirigea immédiatement droit sur elles, marchant au milieu d’un espace libéré juste pour lui. Personne ne voulait se mettre en travers du chemin du Minotaure.
 
Persua se moquait toujours de Ryoka et Garia, n’ayant pas entendu les nouveaux venus arriver. Les Coursiers de Rues dans son dos regardaient les aventuriers d’approcher d’un air nerveux, mais ils ne bougèrent pas.
 
Le Minotaure du nom de Calruz s’arrêta devant les Coursiers et les fusilla du regard. Persua se retourna et laissa échapper un cri haut perché en voyant son visage. Il agita un pouce et les pointa du doigt.
 
“Vous. Les Coursiers. Dégagez.”
 
Les Coursiers de Rue échangèrent un regard puis s'écartèrent précipitamment du passage. Calruz renifla d’un air méprisant et leur passa devant sans ménagement.
 
Persua afficha un air dégoûté et se pinça le nez sur son passage. Mais lorsque l’une des mages la fusilla du regard, elle se recroquevilla aussi. Il y avait une différence de statut tacite entre les Coursiers et les Aventuriers, et dès qu’ils comprirent que les Cornes d’Hammerad étaient venus voir Ryoka, ils décidèrent de partir en vitesse.
 
Garia regarda, bouche-bée, les six aventuriers debout devant la table. Ils portaient tous une armure, ou des robes de haute qualité. Les deux guerriers debout derrière Calruz portaient des cottes de mailles scintillantes, et les mages étaient équipés de crosses luisantes et d’une baguette émettant des étincelles flamboyantes éthérées.
 
Ce dernier point inquiétait particulièrement l’aubergiste qui regardait la baguette d’un air nerveux, mais il n’émit pas d’objection à voix haute. Le grand guerrier humain moustachu à côté de Calruz hocha la tête à l’attention de Ryoka et lui adressa un sourire amical.
 
‘Ryoka Griffin ? Nous sommes la compagnie d’aventuriers des Cornes d’Hammerad. Tu nous as sortis d’une situation épineuse la semaine dernière. On peut s’asseoir ?”
 
Ryoka leva les yeux sur la compagnie. Elle n’eut pas l’air trop impressionnée.
 
“Vous me faites de l’ombre.”
 
Le vice-capitaine cligna des yeux. Il échangea un regard avec l’autre guerrier et les mages froncèrent les sourcils, mais le Minotaure éclata de rire.
 
“Hah ! Fougueuse ! Il est bon de voir enfin ce trait chez une Humaine !”
 
Il tendit une main massive et gantelée.
 
“Je suis Calruz des Bériades. Je suis capitaine des Cornes d’Hammerad, une compagnie d’aventuriers locale. Je te suis redevable, Ryoka Griffin. Pouvons-nous nous asseoir ?”
 
Ryoka cligna des yeux face à cette approche directe. Elle réfléchit un instant, puis, réticente, finit par hocher la tête, et serra la main de Calruz.
 
“Très bien.”
 
Immédiatement, les Cornes d’Hammerad se tirèrent des chaises et une autre table pour s’asseoir à côté de Ryoka et Garia. Calruz était obligé de rester perché sur sa chaise qui émettait des craquements de mauvaise augure sous son poids, mais il semblait relativement satisfait.
 
Une fois que tous les aventuriers se furent installés, une serveuse s’approcha et ils commandèrent à boire et à manger. Ryoka n’avait pas faim, et Garia, impressionnée par la tablée, était trop timide pour manger.
 
Entre les allers-retours des serveuses qui apportaient assiettes et boissons, le vice-capitaine se pencha en avant et s’adressa à Ryoka.
 
“Nous te devons une dette de gratitude pour la livraison que tu as faite pour nous il y a une semaine. Sans ça, nous aurions tous été tués par cette saleté de Liche. Grâce à toi, nous sommes parvenus à la tuer et à récupérer beaucoup d'artefacts magiques. Ceria a un nouvel ensemble de robe de mage et elle te le doit.”
 
L’une des mages acquiesça et désigna ses vêtements. Elle portait un assortiment de robes d’un bleu sombre brodés de symboles dorés aux ourlets du tissu luxueux.
 
Cela pouvait sembler crétin de porter un vêtement aussi cher dans une auberge, mais Ryoka remarqua que lorsque Calruz éclaboussa accidentellement la robe en se penchant pour attraper une chope, le liquide se contenta simplement se rouler le long du tissu et de tomber au sol. Elle fut immédiatement impressionnée et se demanda combien coûtait le tissu magique.
 
Garia regardait autour de la table avec des yeux ronds/
 
“J’ai juste entendu dire que Ryoka avait fait une livraison dans les Ruines. C’était important à ce point ?”
 
L’un des guerriers étouffa un rire.
 
“Une livraison ? Hah ! Elle a foncé droit devant la Liche qui nous avait coincés et a laissé les potions en plein milieu du champ de bataille ! Il lui lançait des boules de feu et des éclairs dessus, mais elle a même attiré ses tirs en partant - ce qui nous a laissé une chance de nous regrouper !”
 
Ryoka se tortilla, mal à l’aise, sous le regard béat de Garia. Le problème, dans une auberge, c’est que les gens écoutaient. Elle pouvait déjà voir que d’autres clients tendaient l’oreille pour écouter leur conversation. Elle haussa les épaules.
 
“Faisais juste mon boulot.”
 
“Ton boulot ? Aucun autre Coursier n’aurait pu réaliser un tel exploit. Tu nous as sauvé la vie.”
 
Elle avait du mal à croiser le regard sincère du vice-capitaine. Ryoka haussa les épaules et tritura son jambon lorsqu’il reprit la parole.
 
“Sans les potions, le mieux qu’on aurait pu espérer aurait été de battre en retraite sans perdre trop de membres. Dans les pire des cas, on aurait perdu la moitié de nos membres, et c’était à la condition que la Liche ne nous suive pas.”
 
Calruz acquiesça.
 
“Au lieu de cela, on a réussi à enfoncer le crâne de ce maudit squelette. Le trésor qu’on a récupéré a largement dépassé les coûts de l’expédition. Et pendant que le reste de notre groupe se remet de la bataille, nous sommes ici pour payer notre dette.”
 
Ryoka haussa les sourcils. Minotaures. Honneur ? Les deux termes ne semblaient pas très bien appariés, mais soit Calruz était une exception, ou alors les Minotaures avaient un sens du bien et du mal très prononcé.
 
Le vice-capitaine se racla la gorge d’un air embarrassé.
 
“Nous nous attendions à tomber sur toi, comme nous avions entendu dire que tu étais une Coursière populaire dans le coin. Mais quand nous avons appris pour ta blessure, nous avons décidé de passer te voir ici.”
 
Garia eut l’air surprise. Les Ruines d’Albez étaient loin pour quelqu’un qui n’était pas Coursier.
 
“Vous êtes venus jusqu’ici juste pour ça ?”
 
Calruz acquiesça d’un air impatient.
 
“Bien sûr. Qu’importe la distance ? Mais laisse-nous nous présenter correctement.”
 
Il donna un coup de coude à la mage assise à côté de lui. Elle sursauta et fusilla le Minotaure du regard. La mage hocha la tête en direction de Ryoka et Garia. Elle avait gardé son chapeau à l’intérieur, ce qui était probablement impoli, mais elle le retira et elles comprirent pourquoi.
 
Ses oreilles étaient légèrement pointues, et bien qu’elle eût l’air humaine, la mage paraissait légèrement différente du reste de ses compagnons. Ryoka remarqua que sa peau était… non pas plus pâle, mais subtilement plus vibrante. C’était comme si son corps était simplement plus réel et vivide que le reste du monde. C’était léger, mais plus Ryoka regardait, et plus la sensation s’amplifiait.
 
Ses yeux se dirigèrent sur le visage de la jeune femme. Là encore, ses traits étaient beaux, mais pas d’un seul point de vue esthétique. Ils possédaient une autre dimension qu’elle ne pouvait expliquer et qui s’ajoutait à la nature exotique du visage de la mage. Ryoka s’aperçut que ses yeux étaient jaune pâle, mais elle ne fit pas de commentaire.
 
La mage tendit une main et Ryoka la saisit. Elle n’était pas une elfe. Mais elle n’était pas humaine non plus.
 
Demie-elfe.
 
“Ceria Springwalker.”
 
“.. . Ryoka Griffin.”
 
“Je suis Garia Strongheart. C’est un plaisir de vous rencontrer.”
 
“De même.”
 
Le reste de la compagnie se présenta, mais Ryoka pensait toujours à Ceria. Elle serra machinalement des mains, hochant la tête d’un air impassible alors que la vice-capitaine ne tarissait pas d’éloges sur la manière dont elle les avait sauvés. Elle avait déjà oublié son nom.
 
“Bon, ça suffit maintenant.”
 
Déclara Calruz d’un ton impatient dès que tout le monde eût fini de se présenter. Il pointa du doigt la jambe de Ryoka qui dépassait bizarrement de sous la table.
 
“On n’est pas venus ici pour papoter. Nous sommes liés par notre honneur de payer notre dette, et c’est pour cela que nous sommes ici. Et tu es blessée. Comment est-ce arrivé ?”
 
“Me suis fait rouler dessus par un chariot.”
 
“Quoi ?”
 
Les aventuriers dévisagèrent Ryoka d’un air de franche incrédulité.
 
“Je voudrais bien le croire s’il s’agissait de quelqu’un d’autre, mais une Coursière ? Je croyais que vous étiez rapides.”
 
Ryoka haussa les épaules, peu encline à répondre, et regarda fixement son assiette. D’un air incertain, Garia s’éclaircit la gorge.
 
“Ce n’était… pas vraiment un accident.”
 
Elle devint rouge comme une pivoine lorsque tous les regards des Cornes d’Hammerad se tournèrent vers elle. Calruz tapota d’un doigt sur la table.
 
“Explique-nous, s’il te plaît.”
 
“Eh bien, je ne sais pas vraiment comment expliquer ça, mais Ryoka a en quelque sorte enfreint une règle tacite de la Guilde des Coursiers. Elle a fait cette livraison et ça a énervé pas mal de gens…”
 
“Et ils ont décidé de lui rouler dessus avec un chariot ?”
 
Le vice-capitaine dévisageait Garia d’un air incrédule.
 
“Tu es sérieuse ?”
 
“La plupart d’entre nous n’en avions pas entendu parler avant que cela n’arrive. Mais certains Coursiers des rues et Coursiers… ils font partie d’un groupe qui font appliquer les règles. Je veux dire, ce ne sont pas de vrais règles mais on y obéit tous.”
 
Garia sursauta lorsque le mug que tenait Calruz craqua et se brisa en morceaux sous sa poigne. Il balaya furieusement les éclats de verre d’un revers de la main et serra les dents.
 
“Quelle bande de lâches pathétiques. Je les défierais tous à un duel d’honneur si j’en avais l’occasion.”
 
Ceria secoua la tête en remettant son chapeau.
 
“La loi ne reconnaît pas les duels, et ils s’enfuiraient en courant si tu les regardais de travers dans tous les cas. On dirait que la Guilde des Coursiers est plus politisée qu’il n’y paraît… et on parle ici de politiques dangereuses, si c’est ce qui arrive à celles et ceux qui enfreignent les règles.”
 
Les autres aventuriers murmurèrent et grognèrent de dégoût.
 
“Les coursiers.”
 
“Des vide-poches qui vous poignardent dans le dos.”
 
“Valent à peine l’argent qu’on les paie pour les employer. Et avec leurs taux, je pourrais m’acheter une épée neuve !”
 
Garia semblait vouloir objecter face aux insultes, mais elle n’osa pas. Ils avaient piqué l’intérêt de Ryoka.
 
“Vous n’aimez pas les Coursiers ?”
 
L’un des guerrier secoua la tête.
 
“Toi, on t’aime bien. Et ton amie n’a pas l’air trop mal. Mais le reste d’entre vous ne sont que des ordures en ce qui nous concerne.”
 
“On n’est pas tous comme ça.”
 
Protesta faiblement Garia. Le vice-capitaine et les mages secouèrent la tête.
 
“Tu ne comprends pas, Miss, euh, Garia, c’est bien ça ? La plupart des Coursiers ne font pas de livraisons sur les champs de bataille, et les rares qui le font attendent la fin de la bataille. Même si on est sur le point de mourir, ils ne s’approchent pas avant que tous les monstres n’aient disparu. Et même alors, on doit payer le triple - voire le quintuple de ce qu’on devrait pour des zones qu’on a déjà nettoyées.”
 
“De plus, les Coursiers ne s’intéressent qu’à leur argent, et à rien d’autre. Ils ne s’arrêtent pas pour aider, même en cas d’urgence, sauf si on les paie. Même les aventuriers sont plus intègres que ça.”
 
Les Cornes d’Hammerad grognèrent, mais leur ire n’était pas dirigée en direction de Garia ou Ryoka. Ceria jeta un regard à Garia, qui semblait découragée, et s’éclaircit la gorge.
 
“Ce n’est pas pour dire que tous les Coursiers sont mauvais. Je sais que beaucoup d’entre vous font des livraisons rapides pour des prix raisonnables. C'est juste qu’il y a beaucoup de mauvais Coursiers dans vos Guildes, et c’est principalement à eux qu’on a affaire.”
 
Elle hocha la tête à l’attention de Ryoka.
 
“Ta jambe en est un exemple concret.”
 
Calruz souffla furieusement des naseaux en attrapant une autre chope, effrayant la serveuse.
 
“C’est intolérable. Une bonne Coursière ne devrait pas être handicapée. Vous. Les mages. Est-ce que l’un d’entre vous peut la soigner ?”
 
Ceria regarda la jambe de Ryoka tandis que les autres mages secouaient la tête en signe de dénégation.
 
“Aucun d’entre nous ne connaît de sorts avancés de guérison, Calruz. De plus, la fracture semble compliquée.”
 
Il grogna.
 
“Bon. Et une potion de soin ?”
 
Les mages grimacèrent. Le mage qui tenait la baguette qui faisait des étincelles secoua la tête.
 
“Oh, si. Si tu veux ressouder l’os, ça fonctionnera. Mais soigner de cette manière n’est bon qu’à court terme. J’ai déjà vu des combattants revenir avec des os ressoudés à l’envers, ou décalés par rapport au reste.”
 
“Est-ce que c’est juste un os cassé ?”
 
Ryoka secoua la tête et grimaça.
 
“L’os a été écrasé. Les esquilles sont dans la chair.”
 
Tous les gens attablés - et ceux qui entendaient la conversation - grimacèrent. Ceria, toutefois, acquiesça simplement et posa un doigt sur ses lèvres.
 
“Je me disais bien. S’ils voulaient vraiment te faire du mal, il fallait qu’ils te blessent suffisamment pour que tu ne sois pas en mesure de te soigner facilement.”
 
“Pourquoi est-ce que les potions ne marcheraient pas ? Elles soignent les blessures par lame en quelques secondes. Pourquoi pas les os ?”
 
Ceria haussa les épaules.
 
“Les potions de soin accélèrent simplement les facultés régénératrices de l’organisme. Mais c’est bien trop compliqué pour une potion. Dans ce genre de situation, les seules solutions sont le temps ou la magie.”
 
Ceria regarda Ryoka.
 
“Ce dont tu as besoin, c’est d’un [Guérisseur] de haut niveau... non, mieux, un [Clerc]. S’il y en avait encore, je veux dire. Un [Guérisseur] avec une classe de [Mage] serait l’idéal.”
 
Garia semblait perdue. Ryoka l’était aussi, mais son visage resta impassible.
 
“Quelle est la différence ? Je croyais que c’était tous les deux la même chose.”
 
Là encore, les mages secouèrent la tête. La mage équipée du bâton avec l’orbe luisante dont Ryoka avant oublié le nom répondit.
 
“La plupart des [Guérisseurs] n’utilisent que des herbes et des sorts mineurs pour soigner les blessures. C’est très bien, mais si tu veux soigner ta jambe, il te faudra de la véritable magie, pratiquée par un mage. Et un mage de haut niveau, avec ça.”
 
“Et combien ça me coûterait ?”
 
La mage hésita. Ceria répondit d’un air grave.
 
“Pour quelque chose comme ça… quelques centaines de pièces d’or, minimum. Et ce n’est qu’à la condition de trouver un guérisseur de haut niveau. Et ils sont rares.”
 
Un silence de mort tomba autour de la table. Calruz grimaçait d’un air sombre, et le vice-capitaine secoua la tête avec réticence à son attention.
 
“Dommage.”
 
Ryoka poussa sa chaise en arrière et se leva. Elle s’arrêta en grimaçant lorsque son pied blessé toucha le sol, mais se mit à boiter en direction des escaliers. Garia, affligée, l’appela.
 
“Où vas-tu, Ryoka ?”
 
La fille ne se retourna pas.
 
“Dormir. Je suis fatiguée.”
 
Instantanément, le vice-capitaine se leva d’un bond.
 
“En ce cas, permet-moi de t’aider à monter les escaliers.”
 
Ryoka regarda la montée d’escalier et lui lança un regard.
 
“C’est bon, je gère.”
 
“J’insiste. Je t’en prie, laisse-moi…”
 
“Non.”
 
Le vice-capitaine hésita. Son regard alternait entre les escaliers raides et la jambe de Ryoka, prise dans une attelle et une large couche de bandages. Elle carra sa mâchoire, têtue.
 
“Je n’ai pas besoin d’aide.”
 
“Mais…”
 
“Fous. Moi. La paix.”
 
Ryoka passa entre ses mains tendues et commença à monter les marches, péniblement. Elle avait sa méthode : elle les montait à l’envers de manière à ne pas avoir à bouger sa jambe blessée plus que nécessaire. C’était embarrassant et lent, mais son regard noir dissuada quiconque de l’aider.
 
Penaud, le vice-capitaine retourna s’asseoir à la table. L’autre guerrier lui tapota le dos. Garia s’excusa, gênée.
 
“Désolée. Elle est juste… peu amicale.”
 
“Je l’aime bien.”
 
Tout le monde regarda Calruz. Le Minotaure regardait Ryoka se balancer jusqu’en haut des marches avec approbation.
 
“Elle me rappelle les femelles de mon espèce. Féroces. Celles qui poignarderaient n’importe quel mâle offensant. Bien mieux que ces humaines niaises que je n’arrête pas de rencontrer.”
 
Il se leva. Le vice-capitaine le regarda d’un air inquiet. Ceria se pencha en avant et assena à Calruz un grand coup de poing dans le dos.
 
“Calruz. Je n’irais pas l’embêter si j’étais toi. Les femelles Humaines ne sont pas comme les Minotaures.”
 
Il souffla avec dédain.
 
“Bah. Il suffit d’un peu de courage et de fougue pour la conquérir.”
 
Il renversa sa chaise en arrière et se dirigea vers les escaliers. Le vice-capitaine semblait vouloir dire quelque chose, mais il rata le bon moment pour le faire. Calruz cria par-dessus son épaule.
 
“Ne m’attendez pas. Je vous retrouverai à la Guilde plus tard.”
 
Le reste des aventuriers regardèrent Calruz monter les marches et marmonnèrent entre eux.
 
“Est-ce qu’il faut qu’on aille l’arrêter ?”
 
“Si on essaie, on va se battre. Vous savez ce qui arrive quand il s’énerve.”
 
“Encore une auberge détruite ? On va encore perdre tout l’argent qu’on a gagné !”
 
Les yeux du vice-capitaine se plissèrent. Il vida sa chope et se leva.
 
“C’est inacceptable. Je monte.”
 
Ceria l’attrapa par l’épaule.
 
“Calme-toi, Gerial.”
 
Il la fusilla du regard.
 
“Tu le laisses y aller ? Tu es malade ?”
 
Elle secoua la tête.
 
“Calruz n’est pas idiot. Il connaît la loi. Il partira s’il n’est pas le bienvenu, mais ce n’est pas ce que je voulais dire. Ryoka Griffin peut se débrouiller. Ou est-ce que tu as oublié pourquoi on est venus ici ?”
 
Il hésita, mais tout le monde dans la grande salle entendit alors le grondement sourd caractéristique de Calruz. D’en bas, Garia entendait la voix agacée de Ryoka. Elle ne la connaissait pas depuis longtemps, mais Garia pouvait deviner ce qu’elle disait.
 
Garia se mit à se ronger les ongles lorsque la voix de Calruz répondit ce qui semblait être une tentative de blague. Ryoka répondit quelque chose d’un ton sec mais il continua de parler.
 
D’un air incertain, Garia se leva. Aucun des aventuriers ne l’arrêta lorsqu’elle se dirigea vers les escaliers et leva la tête. L’humaine et le minotaure étaient debout devant la chambre, en train de se disputer. Ou du moins, Ryoka se disputait et Calruz… flirtait.
 
Ce qui était une très mauvaise idée, d’après Garia. Elle entendit Ryoka répondre vertement à Calruz.
 
“Dégage.”
 
Il répondit quelque chose, et elle le poussa. Comme il portait une armure et faisait au moins quatre-vingt-dix kilos de plus qu’elle, il ne bougea pas. Calruz captura la main de Ryoka dans la sienne. Garia vit Ryoka plisser les yeux.
 
Les clients au rez-de-chaussée entendirent tous les craquement, et le mugissement de rage de Calruz. De son poste d’observation, Garia vit et entendit Ryoka mettre un coup de poing en plein visage au Minotaure puis vit la silhouette de Calruz vaciller au-dessus des escaliers. Elle vit la silhouette massive du Minotaure reculer au ralenti sous l’impact. Il se rattrapa au mur, mais le bois se brisa sous son poids.
 
Si. Si Calruz n’avait pas insisté pour porter son armure de plates. Si Ryoka ne l’avait pas cogné aussi fort. Si l’auberge avait été plus récente, pas si vieille. Mais il n’y eut pas de si. Calruz bascula en arrière dans les escaliers dans un crash terrifiant de métal sur du bois, faisant éclater les marches en bois et défonçant le plancher là où il atterrit.
 
Tout le monde dévisagea le Minotaure étalé au sol alors qu’il gardait les yeux fixés sur le plafond. La moitié des clients de l’auberge étaient déjà en train de fuir, tandis que l’autre moitié attendait de voir le bain de sang qui allait suivre.
 
Au sommet de l’escalier, Ryoka leva son majeur, fit un doigt d’honneur au Minotaure en guise de salut, puis boita jusqu'à sa chambre. La porte claqua derrière elle.
 
Calruz cligna des yeux tandis que le reste des éclats d’escaliers pleuvaient autour de lui et l’aubergiste poussa un cri d’horreur. Il regarda Garia et le reste de sa compagnie d’un air perplexe. Puis il sourit.
 
“Puissante. Je l’aime vraiment beaucoup.”
 
Titre: Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
Posté par: Maroti le 14 mars 2020 à 15:05:40
Malheureusement, l'Ecosse vient de prendre les mêmes mesures pour lutter contre le Coronavirus qu'en France. Cela veut dire que mes cours sont annulé et viennent d'être remplacé par des dissertations à rendre et que la majorité de mes examens viennent de changer de date. J'ai déjà utilisé mes chapitres d'avance, mais je vais devoir changer mon planning pour le mois de Mars.

Cela veut dire, pas de chapitre pour aujourd'hui, désolé! Je me rattraperai la semaine prochaine, j'espère.

Soyez prudent et lavez-vous les mains!
Titre: Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
Posté par: Maroti le 25 mars 2020 à 15:18:19
R 1.05
Traduit par EllieVia

Ryoka s’effondra sur son lit à peine la porte claquée. Un mugissement emplissait ses oreilles et une vague noire semblait vouloir engloutir ses yeux.
 La douleur. Elle revenait.
 Elle serait volontiers restée allongée là, mais la douleur la força à bouger. Il n’y avait qu’un moyen de la soulager.
Ryoka tituba jusqu'à un coffre au pied de son lit. Elle commença à se débattre avec la poignée avant de réaliser qu’il était fermé à clef. La clef. Ou était la putain de clef ?
 
Les ténèbres l’entouraient et la douleur ne faisait qu’empirer. Ryoka avait à peine terminé d’ouvrir le verrou qu’elle eut un haut-le-corps et faillit vomir. Elle avait mal.
 
Dans le coffre se trouvaient un rouleau de bandages d’un aspect étrange et quelques potions vertes. Ryoka se rua sur elles et débouchonna une bouteille.
 
Adossée à son lit, elle étendit sa jambe blessée le plus possible. Les bandages étaient rougis de sang, à présent, et la chair commençait à enfler. Elle avait trop forcé.
 
Précautionneusement, manquant s’évanouir de douleur, Ryoka versa le liquide vert sur sa jambe et se retint de crier. Mais les effets furent instantanés.
 
La douleur… disparut. Pendant un instant, un merveilleux instant, Ryoka put se détendre. Elle regarda avec une sérénité béate sa jambe se dégonfler, la peau éclatée et les chairs torturées se refermer sous le bandage.
 
Mais son répit fut de courte durée. Quelques secondes plus tard, la douleur se réinstalla dans la zone. Une agonie mordante, terrifiante.
 
Les os. Les esquilles d’os qui ne pouvaient guérir. Ils perçaient ses chairs, empêchaient la guérison. Ryoka regarda fixement sa jambe. Elle lui faisait mal, mais beaucoup moins à présent. Du moins, pour le moment. Elle avait quelques heures devant elle, voire une demi-journée, selon ce qu’elle infligerait à sa jambe, avant que ses chairs se déchirent et que…
 
Le pansement était complètement trempé de sang, à présent, mais Ryoka n’osait pas le changer. Il était tout ce qui rattachait le reste de sa jambe à son corps.
 
De la magie. Elle la sentait agir sous les couches de tissu. La bande de tissu lui avait coûté quoi, dix pièces d’or ? Encore plus cher que les potions de soin. Mais les coutures étaient infusées de magie, ou du moins c’était ce que la [Guérisseuse] avait affirmé. Et elle le sentait. Le pansement était l’unique raison pour laquelle elle pouvait encore se déplacer, sans parler de garder sa jambe… en un seul morceau.
 
La magie dont le bandage était imbibé lui offrait de la stabilité, une structure, et empêchait que la blessure s’aggrave. Le pansement anesthésiait la zone sous son genou, et maintenait sa jambe en place, ce qui lui permettait de se déplacer. Et tant qu’elle continuait à appliquer la potion de soin toutes les heures, elle pouvait faire abstraction des dégâts.
 
Mais la magie finissait toujours par s’épuiser. Et alors sa jambe se remettait à enfler, et si elle la laissait faire trop longtemps, elle finirait par se gangrener.
 
Des bandages magiques et des potions de soin. Ryoka cogna sa tête contre le pied du lit. Ils maintenaient tout juste ses blessures sous contrôle, mais ne pouvaient pas les guérir. Ils n’étaient là que pour lui faire gagner du temps. Du temps, pour qu’elle puisse trouver un moyen de se soigner…
 
Ou perdre sa jambe
 
Elle ne sentait plus rien, à présent. C’était surtout le moignon écrasé juste au-dessus de sa rotule qui la mettait à l’agonie dès qu’elle bougeait. Mais son pied et la partie inférieure de sa jambe ?
 
Rien.
 
La [Guérisseuse] l’avait assurée que les deux morceaux étaient toujours reliés, et que la partie inférieure resterait vivante tant qu’elle continuerait de la tartiner de potion, mais il n’y avait aucune chance que cela guérisse tout seul. Les dégâts étaient trop importants.
 
Peut-être qu’un chirurgien pourrait la soigner. Un de son monde. Il aurait pu réaligner les os et les connecter avec des broches. Si elle avait eu accès à un hôpital, elle aurait eu une chance. Mais ici ?
 
Ryoka enfouit son visage dans ses mains. Garia ne cessait de suggérer de meilleures [Guérisseuses], ou parlait de ses blessures comme de quelque chose qui finirait par guérir avec le temps. Mais Ryoka n’avait pas ce temps-là.
 
“Qu’est-ce que tu ne comprends pas dans “os broyé” ?”
 
Garia ne comprenait pas. Mais elle n’avait pas vu la jambe de Ryoka quelques instants après l’accident. Elle n’avait pas vu à quel point ce n’était plus attaché, plus solide. Les aventuriers comprenaient.
 
Un os broyé. Un os brisé en mille morceaux. Pas une fêlure, ou une fracture. Ce n’était pas comme si on pouvait se contenter de rejoindre les deux bouts. La jambe droite de Ryoka n’était plus qu’une masse d’esquilles d’os sans espoir de jamais se ressouder.
 
D’un point de vue médical, la réponse était simple. Elle n’aurait pas eu d’autre solution jusqu'à l’époque moderne. Et même là… ses jambes n’auraient plus jamais été les mêmes. Ryoka savait ce qu’il fallait faire. Ils le lui avaient dit lorsqu’elle était assise, en état de choc, tandis que la [Guérisseuse] versait des potions sur sa jambe en tentant de préserver les chairs.
 
L’amputation. Soit ça, soit un sort qu’elle ne pouvait se permettre.
 
Pendant un instant, elle espéra que tout cela n’était que le fruit de son imagination. Elle avait acheté la bande chez la [Guérisseuse], dépensé toutes ses économies pour acheter assez de potions de soin pour la soigner jusqu’à aujourd’hui, et prié pour que sa jambe commence à guérir. Mais chaque jour s’écoulait dans le sang et la douleur, et aucun répit.
 
Personne ne pouvait l’aider. Ryoka le savait. Garia voulait l’aider, et même les Cornes d’Hammerad étaient passés la voir. Mais que pouvaient-ils faire ? Cent… non, des centaines de pièces d’or. Pourquoi les laisser s’inquiéter ? Pourquoi gaspiller de l’énergie à les rassurer avec des mots inutiles ?
 
Donc Ryoka faisait semblant de ne pas s’inquiéter et se débrouillait seule. Par fierté. Parce qu’elle ne voulait pas avoir l’air faible… parce que même cela, c’était de la faiblesse.
 
Parce que personne ne pouvait faire quoi que ce soit pour l’aider.
 
Ryoka posa sa tête sur son bras. La douleur. Oublie-la. Ils ont dit que ce serait rapide. Non. Mais c’est la seule option. Il lui restait… trois potions. Assez pour un jour ou deux. Et alors, elle n’aurait plus d’argent, ni de temps. À moins qu’elle puisse payer. Mais elle n’avait pas d’argent.
 
Elle connaissait bien quelqu’un qui avait des milliers, des dizaines de milliers de pièces d’or, pas vrai ? Bien sûr. Et c’était jouable. Il lui restait une chance.
 
Mais le prix à payer…
 
Ah, le prix.
 
Ryoka ferma les yeux. Damnation. C’était le prix. Et elle n’était pas encore sûre que sa jambe en vaille la peine.  Elle y avait beaucoup réfléchi. Et elle n’en était toujours pas sûre. Mais elle voulait savoir le prix. Et pour cela, elle devait négocier.
 
Donc ce que Ryoka faisait, en réalité, ce à quoi elle réfléchissait, assise dans une flaque humide de potion de soin et de sang, était à rien. Rien. Elle pouvait s’inquiéter, angoisser, et elle avait peur, et mal, mais il n’y avait rien qu’elle puisse réellement faire. Tout ce qu’elle faisait, en vérité, derrière tout cela, c’était attendre.
 
Attendre. Attendre qu’elle arrive. Attendre de faire un choix.
 
Dans son esprit, elle pouvait sentir le vent sur son visage et sentir le sol voler sous ses pieds. Dans son esprit, elle pouvait voir les conséquences de ses choix.
 
Un monde englouti par les flammes. Les morts empilés. La guerre, sans fin et putride. C’était le prix.
 
Ryoka ferma les yeux et tenta de retenir ses larmes.
 
____
 
Le temps que Garia parvienne à sortir de l’auberge et à revenir à la Guilde des Coursiers, c’était déjà le soir. Elle avait eu le temps d’absorber une grande quantité de liquides, principalement alcoolisés.
 
Garia avait une très forte tolérance à l’alcool, donc elle se contentait de tituber de temps en temps en trottinant jusqu’à la Guilde. Elle n’avait pas l’intention de faire de livraison, bien entendu : ce serait dangereux avec la lumière déclinante, même sans être en état d’ébriété, mais elle voulait récupérer son argent de la semaine. Ses fonds s’étaient brutalement amenuisés après qu’elle eut insisté pour payer son repas.
 
Elle avait laissé le reste des Cornes d’Hammerad dans l’auberge à moitié détruite, en train de boire et de réfléchir à des solutions pour Ryoka. Garia n’avait entendu parler des Cornes que comme d’une de ces bandes d’aventuriers pleine d’avenir, mais elle n’avait pas vraiment prêté foi aux rumeurs selon laquelle ils étaient tous liés par l’honneur comme leur leader.
 
Bon, tout le monde savait que les Minotaures étaient censés être honorables, mais c’était difficile à croire quand on en voyait un de près. Le serment d’un Minotaure était aussi fort que celui d’un Chevalier, en théorie, mais comment associer ça à leurs têtes de vaches et leurs tempéraments féroces ? Mais Calruz n’avait pas été trop violent - il avait même payé pour tous les dégâts qu’il avait causé.
 
C’était étrange. Garia pouvait probablement compter les non-humains qu’elle avait croisés, sans parler de rencontrer, dans sa vie sur les doigts des mains. Si loin au nord, on ne voyait pas d’autres races, pas même des Drakéïdes ou des Gnolls. Mais Calruz lui avait paru tellement… tellement humain.
 
Et il était amoureux de Ryoka. Et Garia n’allait pas réfléchir à ce détail. Au lieu de cela, elle allait ouvrir la porte de la Guilde des Coursiers sans s’étaler par terre et entrer.
 
La plupart des Coursiers levèrent les yeux puis ignorèrent Garia lorsqu’elle entra. Elle n’était pas spécialement influente dans la Guilde, mais les gens l’aimaient assez, et personne ne l’embêtait. C’était ce qui lui convenait. Passer inaperçue était plus sûr.
 
Garia remarqua un attroupement autour du comptoir de la réceptionniste, et son cœur se serra. Sa faible réputation impliquait aussi qu’on ne s’occuperait pas d’elle avant d’avoir réglé le problème en cours. Maussade, Garia était en train d’aller s’asseoir à une table lorsqu’une voix l’appela.
 
“Garia ! Comment se porte ma Coursière préférée ?”
 
Le coeur de Garia manqua un battement puis accéléra subitement lorsqu’elle reconnut la voix. Fals. Elle se retourna et lui adressa ce qu’elle espérait être un regard agacé.
 
“Je parie que tu dis ça à tous les Coursiers, Fals.”
 
“Juste à ceux que j’aime bien.”
 
Fals s’approcha et lui sourit. Il était beau et grand, et Garia aperçut plusieurs Coursières lui lancer un regard noir en le voyant s’avancer vers elle.  Elle essaya de ne pas lui rendre son sourire trop vite.
 
“Tu as fini tes livraisons pour aujourd’hui ?”
 
“Yup. Rien d’extraordinaire ; j’ai fait quelques allers-retours à Lindol, mais c’est tout. Et toi ? Tu viens prendre une requête de fin de soirée ?”
 
Garia secoua la tête en signe de dénégation.
 
“Je viens juste récupérer ma paie. Tu sais ce qu’il se passe ?”
 
Elle montra du doigt le groupe de Coursiers et de personnel de la Guilde des Coursiers agglutinés autour du comptoir, se disputant d’un air paniqué. Fals fit la moue.
 
“Tu ne vas pas y croire, mais Lady Magnolia a commandé une livraison il y a quelques jours. Le problème, c’est qu’elle ne veut qu’une seule Coursière pour le job. Devine qui ?”
 
Garia ne prit même pas le temps de réfléchir.
 
“Ryoka. Oh. Et que lui a répondu la Guilde ?”
 
“Oh, je ne connais pas les détails…”
 
Fals agita la main d’un air modeste, mais il jouait la comédie. Garia n’avait aucun doute qu’il savait parfaitement ce qui avait été dit, et avait probablement aidé à écrire la missive. Lui était l’un des Coursiers avec le plus d’influence de toutes les cités-États du nord et les Maîtres de Guildes locaux l’écoutaient.
 
“La Guilde a dit que Ryoka était indisposée. Nous n’avons cessé de proposer des Coursiers pour la remplacer, mais Magnolia a insisté qu’elle ne voulait que Ryoka. Et là… eh bien, on dirait qu’elle est venue en personne réclamer des explications il y a de cela quelques minutes. J’étais sur le point d’aller voir ce qu’il se passait. Tu veux venir écouter ?”
 
Garia hésita. Ce n’était sans doute pas très sage de se mettre sous le feu des projecteurs… mais là encore, c’était Fals qui menait la danse. Elle acquiesça donc et le suivit à travers la pièce.
 
Fals siffla en passant devant le panneau plein à craquer de demandes de livraisons. Il s’arrêta et pointa du doigt une anonyme que Garia reconnut.
 
“Wow. Regarde cette requête anonyme. La personne qui l’a mise offre vingt pièces d’or pour une livraison.”
 
Garia regarda plus attentivement la requête.
 
“C’est la même qu’il y a une semaine. Pourquoi n’a-t-elle pas encore été prise ? J’aurais pensé que tu sauterais sur l’occasion, Fals.”
 
Il secoua la tête.
 
“Tu plaisantes ? Je tiens à ma vie. Tu n’as pas vu l'adresse ? Les Grandes Passes. C’est un piège mortel pour n’importe qui.”
 
“Même pour toi ?”
 
Il fit mine de la regarder d’un œil noir.
 
“Même pour moi. Pour d’importe quel Coursier qui la prendrait. J’espère que personne ne sera assez stupide pour aller là-bas, mais avec cette récompense… Je pense qu’on risque d’en perdre quelques-uns.”
 
“Alors qui la fera ?”
 
“Sais pas. Peut-être un Courrier si la récompense continue de grimper. Mais même un [Coursier] avec un niveau décent n’est pas assez rapide pour éviter tous les monstres du coin. Peut-être que celui qui l’a postée abandonnera l’idée dans un mois ou deux.”
 
Il haussa les épaules.
 
“Mais honnêtement, même s’il doublait la récompense, aucun Coursier sain d’esprit ne se risquerait à faire ce genre de livraison. Le profit, c’est important, mais nos vies valent bien plus que ça.”
 
Garia se souvint des propos qu’avait tenu l’un des aventuriers. Elle fronça les sourcils.
 
“Fals ? Je sais que tu es l’un de nos meilleurs Coursiers, mais pourquoi n’y en a-t-il pas des plus vieux que toi ? Tu n’as que vingt-deux ans…”
 
“Vingt-trois. Je vieillis, Garia. Inutile de remuer le couteau dans la plaie.”
 
Elle rougit et essaya de ne pas bégayer.
 
“... Vingt-trois, alors. Mais pourquoi n’y a-t-il pas d’autres Coursiers ? Je sais que beaucoup d’entre nous meurent ou se font blesser, mais il devrait y en avoir plus, non ?”
 
Fals réfléchit à la question. Il soupira, et passa sa main entre ses boucles blondes.
 
“Nous n’avons pas plus de Coursiers expérimentés parce que personne ne vit vieux en faisant ce boulot. Nous sommes les seules personnes assez folles pour faire des livraisons. La plupart des gens changent de classes une fois qu’ils ont gagné suffisamment d’argent.”
 
“J’ai entendu dire que les Coursiers n’en ont qu’après l’argent.”
 
Fals la dévisagea d’un air sévère.
 
“Qui t’a dit ça, Garia ?”
 
Il n’attendit pas sa réponse.
 
“Qu’importe. Okay, d’accord, beaucoup de Coursiers veulent seulement gagner de l’argent. Mais c’est normal, non ? Les aventuriers, les commerçants, les marchands… même les nobles s’intéressent à l’argent. Pourquoi ne devrions-nous pas faire payer nos services et faire les bonnes livraisons en priorité ? On a un boulot difficile ! Et on risque nos vies tous les jours, fuyant les monstres, affrontant le mauvais temps, les catastrophes naturelles… c’est suffisant pour que la plupart des gens abandonnent dès la première semaine.”
 
Il se frappa le torse.
 
“Mais nous... Nous sommes des Coursiers. On n’abandonne pas ! Tous ceux qui dépassent la première année sont de véritables Coursiers, Garia. Nous sommes ceux qui maintiennent les cités du nord… non, le monde entier connecté. Sans nous, rien ne serait fait dans les temps. Donc si les gens nous traitent de grippe-sous, laisse-les faire. Nous avons notre propre honneur et on mérite chaque pièce qu’on reçoit, pas vrai ?”
 
Ses mots allumèrent une étincelle dans le cœur de Garia, et dans celui de tous les Coursiers à portée de voix. Elle acquiesça avec enthousiasme lorsque d’autres Coursiers se mirent à acclamer Fals.
 
“Ça, c’est notre chef des Coursiers !”
 
“Pas étonnant que tu sois le meilleur des cités !”
 
Persua apparut de nulle part et battit des cils à l’attention de Fals. Garia sursauta lorsque la jeune femme menue sourit et se mit à flatter Fals avec son troupeau de Coursiers des Rues, écartant Garia du chemin.
 
“Pas étonnant qu’ils t’appellent Fals au Pied Léger !”
 
Il sourit et secoua la tête.
 
“C’est un vieux surnom, les gars. Et puis, Ryoka est plus rapide. Je me demande si elle a une compétence particulière ?”
 
Le visage de Persua s’aigrit. Garia se gratta la tête.
 
“Maintenant que tu le dis… elle n’a jamais dit à quel niveau elle était. Mais elle doit être de haut niveau.”
 
“Bah, elle a beau être rapide, elle ne court pas en ce moment, pas vrai ? Et puis, elle est tellement désagréable. Qui voudrait d’une Coursière comme elle qui ne sourit jamais ?”
 
Garia grimaça sous le regard noir que lui lança Persua par-dessus l’épaule de Fals. Pour sa part, Fals fit la moue et se déplaça délibérément à côté de Garia, l’empêchant de se faire pousser plus loin.
 
“Oui, bon. À ce sujet. Je sais que Ryoka a enfreint quelques règles récemment, mais ‘est une bonne coursière. Et on a besoin de tous les Coursiers possibles.”
 
Il sourit à Persua, et la jeune fille soupira et rougit lorsqu’il croisa son regard.
 
“Donc… Persua. Je ne veux pas que toi ou tes amis aillent encore embêter Ryoka, d’accord ?”
 
Elle fit la moue et bouda, mais finit par adresser un sourire mielleux à Fals. Il se retourna avec une légère grimace qu’elle ne sembla pas remarquer.
 
“Tout ce que tu voudras, Fals. Non pas que nous ayons fait quoi que ce soit à Ryoka. Elle a juste eu un… accident.”
 
“Eh bien, faisons-en sorte que cela ne se reproduise pas, c’est clair ? On est tous du même côté, pas vrai ?”
 
Les autres Coursiers acquiescèrent et exprimèrent leur accord. Fals fit le tour de la pièce, serrant des mains et tapant des Coursiers dans le dos. Il finit par se débarrasser de Persua en sous-entendant qu’elle et ses sbires sentaient la sueur, et Garia et lui finirent par enfin se retrouver de nouveau seuls. Il soupira, mais sourit à Garia.
 
“Tu vois ce que je veux dire, non ? On ne peut pas se permettre d’être divisés. On doit se serrer les coudes, entre Coursiers.”
 
Garia le fusilla du regard. Elle chuchota du coin des lèvres.
 
“Tu sais qu’elle est à l’origine de l’accident. Tout le monde le sait.”
 
Il parut mal à l’aise. Fals donna un coup de pied par terre de ses pieds chaussés de coûteuses chaussures en cuir et soupira. Il se peigna les cheveux d’une main en répondant à Garia.
 
“Ryoka a enfreint une règle. Ils n’auraient pas dû aller si loin, mais je l’avais prévenue. On doit travailler ensemble, Garia. Même si l’un d’entre nous est plus rapide, c’est mieux de partager les richesses que d'entrer en compétition. Tu es nouvelle, mais tu l’avais compris. Ryoka, non. Et à présent… à présent, nous avons des ennuis avec Lady Magnolia et il nous manque une Coursière.”
 
Cette réponse mit Garia mal à l’aise. Elle grimaça et dévisagea Fals d’un air appuyé. Mais quand il croisa son regard avec un sourire pit