Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

04 décembre 2020 à 23:43:16
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Le Monde de L'Écriture » Salon littéraire » L'Atelier » Traiter le handicap

Auteur Sujet: Traiter le handicap  (Lu 10001 fois)

Hors ligne Heldscalla

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Re : Traiter le handicap
« Réponse #45 le: 06 avril 2020 à 20:29:53 »
.
« Modifié: 09 avril 2020 à 14:48:46 par Heldscalla »
"Une nouvelle terreur a émergé de la mort, une nouvelle superstition a conquis la forteresse inexpugnable de l'éternité.
Je suis une légende."

R. Matheson

Hors ligne Chouc

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Re : Traiter le handicap
« Réponse #46 le: 06 avril 2020 à 20:38:04 »
Citer
sinon je doute qu'on puisse comparer la souffrance d'une maladie avec la souffrance d'être un homme ou une femme.
Pourquoi chercher à graduer la souffrance ? C'est un exercice inutile, qui a pour seul résultat de minimiser le ressenti de chacun.

Tu l'as dit, quand on est pas handicapé, il est difficile de s'imaginer la souffrance qui va avec. Et bien quand on est une femme piégée dans un corps d'homme aussi, ou tout autre cas de figure.

Concernant le reste, je ne suis pas d'accord non plus, désolée  :-\
Je crois savoir que tu es malade et handicapée Heldscalla, tout comme je le suis, et pour moi que quelqu'un qui ne traverse pas la même chose veuille s'en imprégner pour essayer d'en parler, je trouve au contraire que c'est admirable.

Un handicapé est une personne comme une autre. Perso je m'autorise à écrire parfois comme un narrateur masculin et pourtant je ne suis pas un homme. Je m'autorise aussi, quand j'écris, à parfois être quelqu'un qui va bien, alors que c'est pas le cas.

Bref, j'y vois aucun manque de respect, c'est juste de la littérature. Si chacun devait s'en tenir exclusivement à ce qu'il maitrise et vit au quotidien pour écrire, il n'y aura plus que des autobiographies.
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Re : Traiter le handicap
« Réponse #47 le: 06 avril 2020 à 22:25:01 »
Chouc et Cyamme s'expriment bien mieux que moi...  :-[

Je souhaite cependant réaffirmer (!) qu'on peut écrire sur le handicap en dehors de tout effet de mode (!) et nos vies personnelles peuvent nous y amener de différentes façons. Ici je ne parle pas d'une empathie et d'une prise de renseignement qui seraient passagères mais bien de quelque chose qui baigne constamment mon quotidien.

Citer
Et justifier qu'on peut inventer parce que tout le monde n'a pas la même réaction, je trouve que c'est une excuse un peu bancale.
Les vécus des gens sont réellement très différents les uns des autres (parfois avec de tels extrêmes... !). Du coup, qu'une partie des émotions retranscrites soit (involontairement) puisée dans notre propre personnalité et certaines de nos perceptions du monde, non, ça ne me choque pas. L'idée est de faire passer un personnage, qui ne se limitera justement pas à son handicap, et parmi tout ce qui le caractérise, il aura sa propre vision des choses, ses propres ressentis. Ça me semble incontournable : il n'existe pas de perception unique d'une maladie. Donc oui, dans tout récit, autobiographique ou non, il y a des ingrédients personnels.

Je pense qu'en plus des approches médicales, j'accorde une place de choix aux personnes que j'ai côtoyées / que je côtoie, ainsi qu'aux témoignages que j'ai lus, parce que de fait, toutes ces personnes m'ont semblé capables d'exprimer énormément de choses et de m'emmener avec elles suffisamment loin pour me représenter leur univers. Pour moi, nier totalement mes capacités d'empathie à leur égard, ce serait nier aussi leurs capacités de transmission et d'expression.

Par ailleurs je suis comme Chouc : toute tentative d'une autre personne pour se représenter mon propre handicap (l'autisme, pour en résumer l'essentiel) me touche beaucoup. Et il m'est arrivé récemment de lire un texte écrit par une personne "valide" et pourtant tellement sensible que je me suis vraiment interrogée sur l'auteur... ! J'approuvais sans hésiter la diffusion de ce texte. Je suis consciente aussi que pour d'autres formes de handicap, les personnes concernées ne peuvent pas s'exprimer, et leur invisibilité ou la manière dont ils sont caricaturés me blessent et me donnent envie d'essayer un récit un peu plus juste ; ou au moins, de faire de mon mieux.

Comme Chouc, enfin, j'ai du mal avec l'idée de graduer la souffrance, et la notion de handicap étant très vaste, où placer la limite ? Faut-il supprimer des récits de fiction toute particularité physique / psychique / sensorielle / anamnestique n'ayant jamais été vécue ?

Je suis peinée que tu trouves cela irrespectueux, cependant je ne partage pas cet avis... du coup je vais essayer de poursuivre mes propres écrits.
« Modifié: 06 avril 2020 à 22:36:41 par Ariane »

Hors ligne Erwan

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Re : Re : Traiter le handicap
« Réponse #48 le: 06 avril 2020 à 23:06:05 »
[...]
Ceci dit, avoir un personnage handicapé et écrire sur le handicap ce sont deux choses différents, selon moi.

Complètement, c'est bien là le nœud du désaccord, de mon point de vue. J'écris actuellement un personnage qui est sûrement handicapé, ou du moins serait reconnu comme tel possiblement, je n'en sais rien, et je m'en tape royalement. J'écris ce personnage, comme beaucoup d'auteurs à mon avis, pour son intérêt, ses difficultés lui ajoutent de la profondeur. Beaucoup de personnages de roman pourraient être considérés aujourd'hui comme handicapés, mais là encore, il faut prendre garde à l'essentialisme (merci à Meilhac pour m'avoir fait découvrir le mot !  :mrgreen:), qui serait de résumer un personnage à son handicap.

Quand on écrit un personnage handicapé, comme on écrirait un personnage Noir, par exemple, non, on ne se renseigne pas des plombs, pas si on a aucune intention de parler du handicap ou de la condition spécifique des personnes noires. Si le personnage est directeur ou directrice d'une agence bancaire et qu'elle/il est Noir.e, par la peine de se bouffer des tomes de sociologie pour ça... Ça dépend complètement de ce qu'on veut faire, en fait, et de la place que le handicap prend dans le récit.

Je trouve en fait les personnages en situation de handicap plus attachants  :miaw:, mais aussi plus profonds, mais ça ne fait pas de moi l'auteur d'un ouvrage médical. D'ailleurs je suis souvent toujours totalement inconscient du nom de diagnostic que pourrait avoir le personnage. Ça m'intéresse aussi peu d'avoir le diagnostic de mes personnages que le mien propre, c'est pour dire...

En ligne Alan Tréard

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Re : Traiter le handicap
« Réponse #49 le: 06 avril 2020 à 23:12:39 »
Bonjour à toutes les participantes & participants au débat,


Je vais essayer de ne pas trop réagir sur vos différents ressentis, car ils vous appartiennent et me permettent personnellement de me projeter et de m'interroger sur un sujet qui m'apparaît tout à fait important. Je ne veux donc pas prendre le risque de surinterpréter une réaction.

Pour autant, je voulais répondre à Heldscalla sur cet « effet de mode » qui aurait pu m'encourager à ouvrir ce sujet. En vérité, à l'époque où j'ai ouvert le sujet, j'avais un ami tétraplégique qui s'était déplacé de Marseille à Paris pour aller militer auprès de l'Assemblée nationale mais aussi militer auprès de nos associations locales pour encourager la reconnaissance du handicap, la nécessité d'adapter la loi à ces difficultés quotidiennes, d'accélérer l’adaptation de notre société à toutes les formes de mobilité. J'ai une pensée particulière pour cet homme qui m'a poussé à aller plus loin dans mon propre cheminement pour prendre en compte l'importance d'un tel sujet dans mes propres écrits.

C'est ce qui m'a amené à ouvrir ce sujet, à le prendre en compte à travers mes propres écrits (à prendre en compte la thématique des préjugés, mais aussi celle de la sous-représentation, de la différence ou de la difficulté à comprendre des situations différentes, tout des sujets relatifs aux handicaps les plus diversifiés). Heldscalla, si tu t'inquiètes d'un certain « effet de mode » qui pousserait les auteur.e.s à aborder ces thématiques, je crois que tu ne dois absolument pas douter de la capacité de personnes en situation de handicap de surmonter les défis pour remettre un tel sujet au cœur des discussions. Je pense que ce sont avant tout des personnes en situation de handicap qui concourent à rétablir l'importance d'un tel sujet, ce sont elles qui m'invitent à m'en préoccuper.


Sans cet ami tétraplégique qui m'a convaincu, j'aurais pu éventuellement tarder encore un peu à me pencher sur ces questions du quotidien, et je pense que j'y aurais beaucoup perdu personnellement.


Je trouve également qu'Ariane est parvenue à me convaincre à changer mon regard sur l'autisme à bien des égards, preuve à mes yeux que l'on peut faire un premier pas vers une certaine réciprocité, une acceptation de la diversité ou un véritable esprit de responsabilité. Ce sujet mérite d'être pensé quelle que soit la mode actuelle. :)
« Modifié: 06 avril 2020 à 23:27:52 par Alan Tréard »
Mon carnet de bord avec un projet de fantasy.

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Re : Traiter le handicap
« Réponse #50 le: 06 avril 2020 à 23:15:16 »
Erwan, j'étais d'accord avec tout, jusqu'à ce que tu parles de la supposée profondeur d'un personnage handicapé.
Je vois pas en quoi le fait d'être handicapé fait que subitement on est touché par la grâce ^^. Mais en dehors de ça, j'adhère à tout ce que tu dis.

" Les autres non plus ne savent pas ce qu'ils font. " 

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Hors ligne Heldscalla

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Re : Traiter le handicap
« Réponse #51 le: 06 avril 2020 à 23:52:52 »
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« Modifié: 09 avril 2020 à 14:48:58 par Heldscalla »
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Re : Traiter le handicap
« Réponse #52 le: 07 avril 2020 à 08:15:02 »
Ce qui m'attriste c'est qu'on dirait que tu n'as en tête que les mauvaises caricatures de l'autisme. Mais fiction et handicap ne se limitent pas à ça. (Et au passage, je pense qu'on peut garder en tête que l'autisme reçoit un traitement médiatique particulier.)

A mes yeux, sur les autres sujets que tu évoques (misogynie, racisme, homophobie...), là aussi un auteur maladroit peut pondre un résultat catastrophique. Pour moi les thèmes fiction et deuil, fiction et psychotraumatisme, fiction et guerre, fiction et discrimination... pourraient soulever les mêmes objections que ce que tu évoques là. Pourtant je suis contente que des fictions abordent ces sujets. Le handicap ajoute de la complexité je pense, mais le dialogue est ouvert (qu'il soit scientifique, affectif ou sociétal), les gens témoignent de leurs ressentis. Je pense que oui on peut se comprendre, dans une certaine mesure. D'ailleurs le fait de vivre une forme de handicap peut aider à se représenter une autre forme qui en serait proche.

C'est toujours relatif, la compréhension de l'autre... Je pense pas qu'on puisse prétendre à une perception parfaite des autres vécus, ou à une retransmission parfaite de nos propres vécus, même authentiques, dès lors que ça passe par le prisme de l'écrit et de la compréhension du lecteur. C'est là que j'évoquais de toute manière la pluralité des ressentis. Quand j'écris je ne cherche pas à "imposer un ressenti". J'en présente un comme possible, et il est le résultat d'une fusion entre de multiples témoignages, + des trucs vécus, + le caractère de mon personnage.

Je pense qu'en effet le sujet du handicap est ultra délicat, mais pas impossible à aborder correctement et de manière ultra respectueuse.

Alan : merci pour tes mots à mon sujet, ça me touche.

Erwan : moi aussi le côté "handicapé-chaton" me saoule, et me semble condescendant / chosifiant.

Helds : je crois que comme le sujet me tient à coeur, je ressens fortement le besoin de réexpliquer mon point de vue ; mais je respecte que le tien soit radicalement différent... ce qui m'attriste c'est l'impression que ce point de vue a été beaucoup modelé par les caricatures et les clichés ; alors que c'est précisément une de mes motivations à écrire, de proposer autre chose que des caricatures. Je pense pas que "écrire sur le handicap" = "impossible d'éviter les clichés".

Hors ligne Chouc

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Re : Traiter le handicap
« Réponse #53 le: 07 avril 2020 à 09:05:58 »
Bonjour Heldscalla  :)

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Ma phrase ne visait pas à graduer la souffrance, simplement à dire qu'en dehors de cas particuliers, être un homme ou une femme n'engendre pas de souffrances particulières.
Ok, au temps pour moi  ;)

Citer
En revanche, jouer avec le handicap et la maladie, si, ça peut blesser les gens.
Et il en va de même pour des sujets tout aussi délicats : le viol, la mort, etc etc ...
Il me semble qu'il était question d'écrire, pas de jouer.

Tu sais, même si je ne le partage pas, je comprends ton point de vue.
Ce qui me pose souci, c'est qu'il repose entièrement sur ce que tu supposes de la personne en face.

Si demain, sur le forum, tu tombes sur un texte qui parle de viol et que la façon dont c'est tourné te choque profondément, tu vas te renseigner sur l'auteur pour savoir s'il en a été victime ?

Et de la même manière, si hier, avant de savoir que j'étais moi aussi concernée, tu étais tombée sur un de mes textes parlant de maladie et de handicap, tu me serais tombée dessus à bras raccourcis ?

Dans mon dernier texte long, le personne principal est une ex-junkie qui a été mère à l'âge de 15 ans. Je ne suis pas maman et je n'ai jamais touché à l'héroïne. Je ne devrais donc pas écrire sur ces thèmes sensibles ?

J'en reviens à ce que je disais à la fin de mon premier message et que tu n'as pas relevé : si chacun devait se cantonner à son pré carré et n'écrire que sur ce qu'il a réellement vécu, on aurait plus que des autobiographies.

Je pense qu'un texte portant sur un sujet délicat comme le viol, le handicap, le changement de sexe ou que sais-je encore peut choquer ou non, effectivement. Mais je pense que ça tient bien davantage de l'orientation voulue par l'auteur et de son talent que de son vécu personnel.


PS :
Citer
Véhiculer des clichés sur les femmes, c'est du sexisme.
Véhiculer des clichés sur les homosexuels, c'est être homophobe.
Véhiculer des clichés sur les personnes d'origines étrangères, c'est être raciste.
Mais véhiculer des clichés sur les personnes handicapées, c'est une jolie manière de s'intéresser à eux ? Désolée, mais encore une fois, cette logique est bancale pour moi.
De la même manière qu'il n'y a pas besoin d'être une femme pour éviter les clichés sexistes,
De la même manière qu'il n'y a pas besoin d'être homosexuels pour ne pas tomber dans l'homophobie,
De la même manière qu'il n'est pas nécessaire d'être black pour ne pas être raciste,
Il n'y a pas besoin d'être handicapé pour éviter de tomber dans les clichés.  ;)
« Modifié: 07 avril 2020 à 09:09:08 par Chouc »
" Les autres non plus ne savent pas ce qu'ils font. " 

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Re : Traiter le handicap
« Réponse #54 le: 07 avril 2020 à 14:57:13 »
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« Modifié: 09 avril 2020 à 14:49:18 par Heldscalla »
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Re : Traiter le handicap
« Réponse #55 le: 07 avril 2020 à 15:20:57 »
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Après je suis désolée, mais je ne suis pas d'accord avec toi sur le fait qu'il est possible de parler de quelque chose qu'on ne vit pas.
Alors certes, on peut se renseigner sur un métier, un sport, un mode de vie... et se projeter dedans. Au pire des cas, si je présente le métier de coiffeuse ou alors le rugby de travers, les connaisseurs verront tout de suite que je ne suis pas renseignée, mais je ne ferais de tort à personne, je ne blesserais personne.
En revanche si, écrire des conneries sur les handicapés, ça peut être blessant. De même qu'écrire sur des sujets sensibles comme le viol.
Oui, là-dessus je pense qu'on n'arrivera pas à se rejoindre. Je trouve dommage que tu passes directement de "écrire sur quelque chose que l'on ne vit pas" à "écrire des conneries". Bien sûr qu'on en lit des conneries, sur tous les sujets, le handicap ne fait pas exception. Mais à mon sens, on peut tout à fait écrire sur des sujets sensibles sans les avoir vécu de près. C'est mon parti pris, le tien est à l'opposé, et c'est pas grave du moment qu'on peut échanger en bonne intelligence. Mais il est clair que tu ne vas pas me convaincre tout comme je ne vais pas te persuader non plus.  ^^

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Le simple fait d'écrire : ''X se lève, va aux WC, se doucher, s'habiller puis prendre son petit-déjeuner'' -> la phrase est basique. Mais dans son aspect basique, elle présente surtout une réalité tronquée, elle donne l'impression que tout est simple, tout est normal. Elle gomme les différences et les difficultés. Et c'est peut-être bête, mais moi ça me gêne, surtout lorsque l'auteur, en revanche, ne va pas oublier de faire de trèèèèès longs pavés pour expliquer que le perso a su faire de son handicap une force et patati et patata...
Pour moi ici on est plus dans l’ellipse que dans le cliché. Un lecteur qui sait que le personnage est en fauteuil se doute bien que ce perso passe par une série d'étapes quotidiennes fastidieuses simplement pour se préparer le matin. Je veux dire, dans mes textes, je précise jamais que le héro se verse un bol de Chocapic ou noue ses baskets, pourtant il le fait ^^.
Que cette ellipse te chiffonne parce que tu as le sentiment qu'elle gomme les différences et les difficultés, je le comprends, mais pour moi c'est vraiment de l'ordre de l'implicite.

Après, ouais, si le perso commence à faire des roues arrières ou des courses poursuites en fauteuil, là on tombe dans le grotesque, c'est évident.

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Je ne dis pas que toi, ou Ariane, vous ne vous êtes pas renseignées, je dis que beaucoup de gens ne se renseignent pas et pondent des horreurs, et que ce n'est pas tolérable.
Juste en passant, Ariane et moi on ne s'est pas juste renseigné sur le handicap, on le vit aussi au quotidien  ;)
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Hors ligne Heldscalla

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Re : Traiter le handicap
« Réponse #56 le: 07 avril 2020 à 15:46:17 »
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« Modifié: 09 avril 2020 à 14:49:29 par Heldscalla »
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Re : Traiter le handicap
« Réponse #57 le: 07 avril 2020 à 16:05:50 »
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Oui je comprends tout à fait que ce soit implicite... mais est-ce que ça l'est vraiment ?
Effectivement tu ne vas pas décrire une personne valide qui mange ses céréales et met ses baskets, parce que tout le monde sait ce que c'est et comment ça se passe. Mais parler d'un handicap avec honnêteté, c'est aussi en présenter tous les aspects, même implicites, parce qu'au final assez peu de gens savent ce qu'est justement une vie de personne handicapée. Faire cette ellipse, c'est donc gommer tout un pan de vie, et pour moi ça suffit à fausser la perception des choses. Surtout qu'encore une fois, les auteurs ne se gênent pas pour raconter leurs histoires de force morale et autre, alors pourquoi ne pas ellipser ça aussi ? En quoi faire des pavés sur les avantages et les forces, c'est plus intéressant que de faire des pavés pour présenter la basique réalité du quotidien ?
Je comprends ce que tu veux dire, mais je suis toujours pas d'accord  :mrgreen:
Je veux dire, si le roman en question s'intitule "moi et mon handicap", là ok c'est complètement con de faire l'impasse. Mais s'il s'intitule "La crème fraîche était périmée : histoire d'un gratin foutu", là pour moi ça devient moins pertinent.
Tout dépend si le handicap est, en définitive, LE sujet de l'histoire ou UN élément de l'histoire.
Quand un perso est noir dans une histoire, si le racisme n'est pas l'objet de l'histoire, ça ne me gêne pas qu'une ellipse soit posée sur tout ce qui est racisme ordinaire dont il fait l'objet, par exemple.

Citer
Je ne sais pas si tu te rends compte du nombre de personnes qui sont persuadées que maîtriser un fauteuil c'est super simple. C'est sans doute parce que les athlètes paralympiques font des trucs de fou, parce que les gens ont une vision totalement faussée... Rien que le simple fait de basculer sur sa roue arrière pour grimper un trottoir, ça n'a rien d'évident, mais peu de gens s'en rendent compte. Donc à mes yeux, écrire une histoire sur quelqu'un qui devient handicapé et perd sa mobilité du jour au lendemain, ça implique forcément d'aborder ce genre de soucis.

Dans le cas de la demoiselle dont je parlais, son personnage ne rencontrait aucune difficulté, parce qu'elle voulait surtout se centrer sur son histoire d'amour. Alors ça ne rendait pas son texte moins bon, ça ne faisait pas d'elle quelqu'un de mauvais... mais au final, si tout l'intérêt était de raconter une histoire d'amour, pourquoi vouloir avoir un perso handicapé ?
C'est con à dire, mais quand je vois quantité de textes où les persos vivent leur handicap en toute facilité, je me dis que l'auteur n'a pas voulu se casser la tête, et qu'il a coller un handicap à son perso simplement pour le rendre attachant et mignon, comme il aurait pu choisir de lui coller un amour inconditionnel pour les chats ou alors un look à part. Le handicap devient un accessoire, un espèce de petit plus sympa. Et si ça ne mérite pas l’échafaud, mais c'est agaçant.
Alors juste pour être sûre, dans l'histoire que tu cites, le personnage perdait l'usage de ses jambes au cours de l'histoire et ensuite rencontrait l'amour de sa vie ? Parce que si oui, alors là effectivement, faire l'impasse totale sur la difficulté d'adaptation à sa nouvelle vie, c'est vraiment un oubli difficilement pardonnable.
En revanche, si le perso est en fauteuil depuis déjà, je sais pas, 10 ans, que l'auteure n'ait pas souhaité s'étendre sur les difficultés du quotidien, je trouve ça moins problématique. Tout simplement parce que aussi difficile que ce soit, c'est du quotidien de base.
S'il s'était agit d'une mère célibataire devant gérer 2 enfants en bas âge, son quotidien matinal aurait été bien lourd aussi, mais pas forcément plus pertinent.

Et euh, perso j'ai pas tant croisé de gens qui pensaient que manier un fauteuil roulant ça se fait les doigts dans le nez  :o faut ptet que tu changes tes fréquentations (et tes lectures bourrées de clichés  :mrgreen::P

Citer
Mais après, à mon avis, ce n'est pas parce qu'on vit un handicap/maladie qu'on peut prétendre tous les connaître. Je ne prétendrais par exemple pas comprendre une personne aveugle ou schizophrène. Ça amène très certainement une sensibilité supplémentaire, mais ça ne permet pas pour autant de connaître ''intimement'' une maladie qu'on n'a pas.
Ouhlala ! Ca n'a jamais été mon propos ^^.
Nan, si je disais ça c'est que... je sais pas. Personnellement, si demain je tombais sur le texte de quelqu'un parlant de ma maladie, j'en serais touchée je crois. Peut-être que je serais agacée par certaines ellipses et autres contres-vérités, mais pas au point de déplorer la démarche.

Bon, après, si l'auteur dit nawak et raconte de la merde, je serais outrée. Mais ça serait vrai quelque soit le sujet, qu'il s'agisse de mon handicap, de la culture de la batavia en terre argileuse ou de l'annexion de la Wallonie par la Corée du Sud  :P



Je vais conclure en ce qui me concerne parce qu'il est grand temps que je bosse un peu  :mrgreen:.
Il existe de très nombreuses difficultés de la vie. Le handicap en est une, il en existe de nombreuses autres (être sidaïque, héroinomane, que sais-je). Si je ne suis pas fan des clichés, je ne vais jamais reprocher à quelqu'un qui n'est pas handicapé (sidaïque, héroïnomane...) d'avoir recours à un personnage handicapé (sidaïque, héroïnomane...)

En revêche (oui je l'ai fait exprès), si cette difficulté de la vie n'est pas qu'une caractéristique d'un personnage, mais le sujet principal du texte, alors là oui il faudra redoubler, retripler voire requadroubler de vigilance quant aux propos tenus.

« Modifié: 07 avril 2020 à 16:21:51 par Chouc »
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Hors ligne Heldscalla

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Re : Traiter le handicap
« Réponse #58 le: 07 avril 2020 à 16:32:28 »
.
« Modifié: 09 avril 2020 à 14:49:38 par Heldscalla »
"Une nouvelle terreur a émergé de la mort, une nouvelle superstition a conquis la forteresse inexpugnable de l'éternité.
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R. Matheson

Hors ligne Erwan

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Re : Re : Traiter le handicap
« Réponse #59 le: 07 avril 2020 à 16:49:35 »
[...]
Une personne handicapée ou malade, ce n'est ni un concept ni un truc tout choupi-mignon, c'est quelqu'un qui va souffrir toute sa vie. Alors j'imagine bien que ta remarque ne se voulait pas insultante ou blessante, mais sincèrement quand je lis ça, j'ai envie de t'en coller une. C'est typiquement le genre de phrase qui prouve que tu glamourises la maladie (non parce que sinon, il faudra m'expliquer en quoi un cancéreux en phase terminal qui n'a plus que la peau sur les os et qui défèque dans une couche, c'est mignon et attachant, je suis toute ouïe...)
[...]

Excuse moi, mais j'ai bien rigolé devant ton agressivité, mais surtout ton ignorance totale de la notion de handicap. Une personne sourde d'une oreille peut-être handicapée, ou un boulanger qui devient allergique à la farine, est handicapé dans son travail. Il/elle aura une reconnaissance administrative de son handicap, etc. Une personne âgée (j'en ai croisée tellement quand je travaillais en EHPAD  ^^) peut être en fauteuil roulant. Ce que tu n'as pas l'air de comprendre (mais je ne t'en collerais pas une, juste ça me fait marrer  ^^), c'est que ces personnes peuvent être très heureuses, ne pas vivre leur handicap comme un sacerdoce, et encore moins "en souffrir toute leur vie". En fait, si je dis que tu me fais marrer, c'est qu'en plongeant dans le pathos le plus extrême comme tu le fais, tu craches des préjugés sur les handicapés à plein boulon, comme si être handicapé, ça se résumait à des situations atroces de cancer en phase terminal... Bref, dans ta façon de t'accaparer cette notion de handicap à ton profit (lequel d'ailleurs ?) et à nier toutes les autres visions / façons de le vivre, je ris jaune.


Erwan, j'étais d'accord avec tout, jusqu'à ce que tu parles de la supposée profondeur d'un personnage handicapé.
Je vois pas en quoi le fait d'être handicapé fait que subitement on est touché par la grâce ^^. Mais en dehors de ça, j'adhère à tout ce que tu dis.

Non, je me suis mal exprimé. D'une part, une très grande quantité de personnes sont handicapées, dans la vie. En vérité, beaucoup plus qu'on ne le croit. Il y a mille situations de handicap, donc autant d'handicapés potentiels. D'une part, il ne s'agit pas de multiplier les handicapés comme des petits pains parce qu'ils sont plus attachants dans un roman, mais de les représenter comme la normalité de la vie humaine. Et je les aime parce qu'ils représentent la part de vulnérabilité humaine qui est propre à chacun, qui fait que le handicap nous touche tous à un moment de notre vie, ou presque, et qu'on est de toute façon concerné. La définition du handicap est merdique à mon sens (administrativement parlant), parce qu'elle considère que le handicap est le fait de certains seulement, qui sont "touchés". Le handicap, pour moi, c'est la part de vulnérabilité que nous portons tous, parce que la vie peut nous rendre handicapé de naissance, mais aussi à chaque instant de la vie. J'aime cette partie là des gens, leur aspect fragile, c'est vrai d'une personne cancéreuse, mais c'est vraie d'un sportif de haut niveau en pleine force de l'âge. Je ne tombe pas, justement, ni dans l'essentialisation, ni dans le misérabilisme à outrance, ce qui explique mes propos décomplexés sur le fait que j'aime les personnages handicapés (en ce qu'ils dégagent de cette vulnérabilité commune). Mais il y a plein de personnages qui peuvent être vulnérables sans être handicapés, je ne glorifie pas les uns pour cracher sur les autres... En général, dans la vie comme dans un bon roman, on croise souvent les deux  ;).

 


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