Le Monde de L'Écriture

Salon littéraire => L'Atelier => Discussion démarrée par: Alan Tréard le 28 octobre 2017 à 13:34:47

Titre: Traiter le handicap
Posté par: Alan Tréard le 28 octobre 2017 à 13:34:47
Bonjour tout le monde,

Tout est dans le titre : avez-vous déjà traité le handicap dans l'un de vos textes ou poèmes ? Et si oui, comment avez-vous abordé le sujet ?

Je me suis récemment rendu compte qu'il existait un véritable mutisme sur un sujet qui concerne cependant beaucoup d'entre nous, le handicap n'est pas quelque chose dont on a toujours conscience, ce qui peut nous induire en erreur.

Il existe en vérité autant de handicaps que de qualités humaines, c'est un fait.

Il y avait cet article que nous proposait Loïc (http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,18768.0.html) pour voir le sujet de la surdité d'un autre œil, plein d'enseignements.

On a pu aborder la question de la dyslexie il y a quelques mois (http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,24787.0.html), qui est un sujet très douloureux pour certaines & certains, on s'en rend bien compte.

Et vous ? Avez-vous déjà traité le sujet du handicap dans l'un de vos textes ou poèmes ?
Titre: Re : Traiter le handicap
Posté par: Eveil le 28 octobre 2017 à 14:02:13
J'ai traité du syndrome d'asperger à ma manière : subjective, intime, tendre. C'est après avoir écouté un entretien d'une "aspi", comme on les appelle, que j'ai compris que cette forme d'autisme pouvait passer inaperçue, car l'autisme véhicule toute une imagerie populaire qui n'est pas la leur. Bref, c'est une vision partielle de l'aspi, évidemment, je l'ai écrit sur un coup de tête, mais l'exacerbation des sens et la communication maladroite qui en résultent notamment me parlaient personnellement, parce que ces particularités comportementales coïncidaient avec des thèmes que je chéris. 

http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,21595.msg352851.html#msg352851
Titre: Re : Traiter le handicap
Posté par: Alan Tréard le 28 octobre 2017 à 14:48:46
Très intéressant !
Titre: Re : Traiter le handicap
Posté par: Ptit_Pimousse le 06 novembre 2017 à 09:34:07
Travaillant avec des personnes en situation de handicap mais également des personnes dépendantes à cause de l'avancée en âge et les pathologies associées... j'ai un peu de mal aujourd'hui à mettre en mots des conditions d'existence que nous sommes incapables de comprendre (car simplement nous ne les vivons pas, par chance !)

Mais tu as raison pour insister sur le mutisme qu'il existe à ce propos, du moins peut être dans la fiction, et pourtant il y aurait tant à dire et écrire sur ! Mais je pense que le respect nous incite à d'abord mieux comprendre le ressenti et le quotidien de ces personnes en difficultés, mais aussi leurs proches, et tout l'environnement dans lequel vit la personne ;)

Qu'est-ce qui t'animerais Alan Tréard ?
Titre: Re : Traiter le handicap
Posté par: Alan Tréard le 06 novembre 2017 à 11:04:50
Bonjour Ptit_Pimousse,

Qu'est-ce qui t'animerais Alan Tréard ?

L'objectif d'animer ou d'encourager des discussions sur un sujet que l'on connaît mal, c'est de s'en faire une idée, de s'enrichir l'esprit. Et si ça peut également inciter des auteurs à s'y pencher dans leurs fictions, c'est d'autant plus intéressant d'y avoir participé.

Je ne suis pas sûr, cependant, de cerner la nature de ton intervention.

J'espère que tu comprends l'importance pour les auteurs de pouvoir travailler sereinement et discuter autour de sujets de société dans un espace commun ; nous avons besoin de poser des questions d'actualité ou de fond, même lorsque ça peut être mal perçu, merci à toi pour ta considération.
Titre: Re : Traiter le handicap
Posté par: Kanimp le 06 novembre 2017 à 11:49:59
Je n’ai pas encore abordé le sujet.
Mais je pense le réaliser avec l’autisme.

Grosso modo j’envisage la chose comme suit :
Les ingénieurs et scientifiques impériaux sont en train d’analyser les options pour transformer les propulseurs des transporteurs pour non plus changer de système solaire, mais aussi pour changer de galaxie. Lors des discussions préalables Dalmos (Michel Talgor) a l’attention attirée par un jeune qui se balance d’avant en arrière sur sa chaise.

Après les tests et la mise en œuvre du système lors que Dalmos récupère le transporteur transformé, il apprend que c’est le jeune qui a vérifié tous les calculs. Il ira donc le remercier.

Je ne sais pas si cela fait clicher ou non. Ce qui m’intéresse c’est d’utiliser l’approche où tout un chacun aide l’Empire au mieux de ses capacités.
 
Titre: Re : Traiter le handicap
Posté par: Ben.G le 06 novembre 2017 à 13:26:52
Ahem, je t'avoue que je trouve ça un peu cliché oui... Rain man quoi, après, dans certains cas c'est vrai, mais l'autisme a des formes bien plus variées et se manifeste sous plein d'autres petits indicateurs que ces deux plus connus-ci (ce qui ne veut pas dire que tu ne peux pas faire un personnage comme çà hein, mais je t'invite à te documenter un peu plus, tu y trouveras sans doute plein d'informations intéressantes à ce sujet :) )

Citer
l'exacerbation des sens et la communication maladroite
Pour citer éveil,  par exemple ^^ (Autisme asperger)


Tiens oui, j'avais écris un poème avec une personne en fauteuil roulant, une scène de la vraie vie, avec cette fille qui était la seule à avoir un grand sourire dans un métro morose, même si ca reste relativement anecdotique
mais bon, je le "traite" de façon à ce qu'il n'y que l'information, comme on pourrait dire de quelqu'un qu'il est gaucher, je ne l'ai jamais traité dans le sens en faire réaliser les difficultés et sensibiliser là dessus, peut être parce que je n'ai jamais été confronté à aux problématiques que ca implique dans mon entourage proches, même si j'en ai parlé pas mal avec des gens, ou je ne sais pas, 'jaurai plus tendance à le considérer de façon à ne pas différencier des autres en fait, comme pou le racisme ou quoi, je crois  que le jour où on n'a plus besoin d'en parler c'est qu'il n'y aura plus de problème (et of course c'est pas le cas et on en est à des kilomètres et il faut en parler, continuer à sensibiliser, mais je me dis que la première étape à mon échelle ca reste de ne pas marquer de différence dans la facon de considérer les gens, aider si l'occasion se présente )

(par contre j'aimerai bien écrire une histoire avec des personnages qui ont des névroses particulières et envahissantes, j'ai déjà des pistes)
Titre: Re : Re : Traiter le handicap
Posté par: Kanimp le 06 novembre 2017 à 13:52:20
Ahem, je t'avoue que je trouve ça un peu cliché oui... Rain man quoi, après, dans certains cas c'est vrai, mais l'autisme a des formes bien plus variées et se manifeste sous plein d'autres petits indicateurs que ces deux plus connus-ci (ce qui ne veut pas dire que tu ne peux pas faire un personnage comme çà hein, mais je t'invite à te documenter un peu plus, tu y trouveras sans doute plein d'informations intéressantes à ce sujet :) )

Citer
l'exacerbation des sens et la communication maladroite
Pour citer éveil,  par exemple ^^ (Autisme asperger)
Je pense que je me documenterai en temps et en heure.
Je préfère éviter l'aspet cliché, par contre il faut que le handicap soit identifiable sans le nommer.
Car du point de vue impérial, cet individu n'est pas handicapé.
C'est juste un individu qui sait mieux faire des choses (ici des calcul) et moins bien d'autres (relation sociale, qui font que les tueurs impériaux ne prennet pas la mouche quand il refuse d'exécuter leurs ordres. Bref ce genre de trucs).
L'autre raison, c'est que l'intégration des handicapés dans la société est un sujet que j'aimerai abordé, sans me focalisé dessus.
Donc, abordé le sujet du hadicap (en référence aux questionnements de notre société moderne) mais d'avoir une approche d'une société qui ne consdère pas cette personne comme handicapé.
Dans ce cadre, y-a-til moyen de s'affranchir des cliché de rain-man?

Dans tout les cas de figure, lorsque j'arriverai jusque là, je verrai bien comment aborder la chose.
De toute façon, si je me louppe, sur le forum on m'en informera.

Titre: Re : Traiter le handicap
Posté par: Ben.G le 06 novembre 2017 à 14:01:20
Ta démarche est super intéressante en tout cas ^^

Tout dépendra de la façon dont c'est amené, au final, ca peut passer sans soucis je pense. (mais ca vaut le coup de se documenter quand même haha)
Titre: Re : Traiter le handicap
Posté par: Zéro Janvier le 06 novembre 2017 à 14:47:53
Le handicap est un sujet qui me touche particulièrement, étant moi-même né avec une malformation du bras droit et de la main droite. C'est donc une thématique qui m'intéresse beaucoup, même si je n'ai pas encore eu l'occasion d'écrire spécifiquement sur le sujet. Si je devais le faire, et je le ferai certainement un jour, ce sera à travers l'axe du regard des autres et des impacts psychologiques sur l'intégration sociale.
Titre: Re : Traiter le handicap
Posté par: Alan Tréard le 06 novembre 2017 à 15:06:53
Il faut du temps pour changer son regard sur la situation d'une ou plusieurs personnes (le handicap est un sujet qui touche plusieurs millions de personnes).

Toutes celles & ceux qui travaillent sur un sujet peu abordé ont besoin de temps pour changer leur propre regard sur la situation (peu importe qu'on la traite d'un point de vue interne ou non).

C'est l'affaire de tous, ça ne peut pas être ignoré, selon moi.
Titre: Re : Re : Traiter le handicap
Posté par: Zéro Janvier le 07 novembre 2017 à 09:53:36
C'est l'affaire de tous, ça ne peut pas être ignoré, selon moi.

Nous sommes d'accord, c'est une question que nous devons traiter collectivement, en tant que société humaine mais aussi en tant qu'auteurs, puisque je fais partie de ceux qui considèrent que la littérature a un rôle important à jouer pour s'interroger sur la vie en société, sur la différence et sur notre rapport aux autres.
Titre: Re : Traiter le handicap
Posté par: vinzWallbreaker le 12 décembre 2017 à 14:01:03
J'ai dans mes cartons plusieurs personnages avec des handicaps... Mais celui qui revient le plus c'est la cécité. Je crois que c'est parce que c'est un des handicaps physique que je trouve des plus durs lorsqu'on sait que le sens le plus utilisé par l'homme c'est la vue. Et puis, j'ai aussi une espèce de phobie qu'il m'arrive une merde et de le devenir (c'est con ,je sais, mais c'est bien là la définition de phobie : c'est con). J'ai toujours pensé que le pire pour moi serait de devenir aveugle.
J'avais d'ailleurs commencé une nouvelle sur un aveugle de naissance (chose finalement assez rare)... Faudrait que je la remette sur le haut de la pile de chose à faire/finir.
Titre: Re : Traiter le handicap
Posté par: Alan Tréard le 12 mai 2018 à 15:13:46
J'ai pas mal médité sur le sujet du handicap depuis la création de ce sujet, et j'en suis venu à une idée qui, peut-être, peut vous intéresser.

Si on part du principe que le handicap crée un fossé social, comme une rupture douloureuse entre l'individu et son environnement (comme en décalage), alors on devrait pouvoir imaginer des moyens de recréer ce lien au quotidien.

Et si l'on partait du principe qu'on ne parle non plus du handicap de quelqu'un d'autre, mais de notre handicap commun ?

Ce que j'entends à travers cela, c'est qu'on peut aussi nommer le handicap de manière inclusive en considérant à l'avance que ce qui handicape autrui nous handicape également, ce serait également une manière de se vouloir sensible aux difficultés de l'autre, de les porter soi-même en partant du principe que ce sont nos difficultés communes.

Qu'est-ce que vous inspirerait ce principe d'un handicap commun ou partagé ?
Titre: Re : Traiter le handicap
Posté par: avistodenas le 12 mai 2018 à 19:21:43
Pensez aussi qu'un handicap peut devenir une force.
Titre: Re : Re : Traiter le handicap
Posté par: Alan Tréard le 12 mai 2018 à 19:35:02
Pensez aussi qu'un handicap peut devenir une force.

Je trouve cette réflexion intéressante, et je m'y intéresserai plus en profondeur.

Pour l'instant, c'est vrai que je constate que le handicap est avant tout un très gros facteur de rupture avec les conventions, et cela au quotidien. C'est un sujet  extrêmement douloureux, et c'est tout l'enjeu de savoir le prendre en considération dans une optique de vivre ensemble ; du moins c'est mon ressenti sur cette problématique de société.
Titre: Re : Re : Traiter le handicap
Posté par: Zéro Janvier le 12 mai 2018 à 22:25:45
Pensez aussi qu'un handicap peut devenir une force.

Etant directement concerné, je le confirme.
Le fait de vivre avec un handicap et de le "surmonter" peut aider à gagner une certaine force morale, entre persévérance et capacité à faire face aux épreuves.
Plusieurs personnes différentes, à des époques différentes, m'ont affirmé que mon handicap me rendait plus fort que d'autres.
Titre: Re : Traiter le handicap
Posté par: Alan Tréard le 12 mai 2018 à 22:39:40
Merci beaucoup pour ton retour, Zéro Janvier.
Titre: Re : Traiter le handicap
Posté par: Alela le 15 mai 2018 à 08:24:03
Un angle qui n'est jamais abordé concernant le handicap, c'est la précarité qu'il induit pour beaucoup. Précarité qui peut accentuer l'isolement... Les ressources accordées par l'état sont autour de 800 euros par mois... Difficile d'accéder au logement dans ces conditions... Difficultés à trouver un emploi, difficultés pour certains à se maintenir dans l'emploi qu'ils occupent...

Enfin, moi je dis ça, je dis rien...
Titre: Re : Traiter le handicap
Posté par: Alan Tréard le 15 mai 2018 à 14:22:56
Bonjour Alela,

Enfin, moi je dis ça, je dis rien...

Je ne sais pas ce que tu essaies d'évoquer à travers ces mots, mais le handicap est effectivement une source d'isolement très grave, et c'est un sujet qui est malheureusement peu discuté, et peu présent dans les discussions.

Des livres que j'ai pu lire, j'ai pu me souvenir effectivement que le handicap est discuté de temps à autre, mais cela reste souvent un détail ou un élément évoqué légèrement ; j'ai pu entendre le témoignage d'un tétraplégique qui m'expliquait son plus grand désarroi à ne pas pouvoir profiter d'une vie familiale épanouie, avec tous les impossibles que cela évoque. Je pense que c'est un thème réellement important à étudier, et qu'on se laisse rapidement conquérir par ses acquis sans penser que ceux-ci ne sont pas toujours accessibles à d'autres.

Je ne sais pas s'il existe des ouvrages qui font référence en la matière, mais je reste très curieux d'en savoir plus sur le sujet, donc n'hésitez pas à nous les partager s'ils existent.
Titre: Re : Traiter le handicap
Posté par: Sundaysuki le 15 mai 2018 à 14:32:05
Je pense que ce qu'Alela voulait dire c'est que les possibilités financières des personnes avec handicap est fortement réduite.

Ces personnes, pour la plupart, ne peuvent pas travailler ou en tout cas, pas à temps complet ce qui induit une perte de salaire énorme. Les aides de l'état ne sont pas suffisantes pour vivre de façon décente.

Mes parents par exemple sont en invalidité tous les deux. Ils tournent à moins de 2000 euros par mois avec un crédit de maison sur le dos. Ils ne vivent pas non plus dans la précarité, ils ne sont pas pauvre mais ils doivent sans arrêt faire attention à leurs dépenses. Ou passer par des crédits longues durée pour obtenir des objets "cher".

Le manque d'argent dû à un handicap est une source d'isolement qu'il ne faut pas laisser de côté.
Titre: Re : Traiter le handicap
Posté par: Alan Tréard le 15 mai 2018 à 14:41:45
Oui, effectivement, c'est un sujet important, je te remercie pour cette remarque.

Je me rends compte aussi d'une certaine forme de confort dans lequel je me trouve moi-même, parce que le manque d'argent ne me paraît pas être autant une fatalité que ce que tu évoques concernant tes parents.

Je te remercie chaleureusement de m'expliquer tout cela, c'est aussi ce qui m'oblige à prendre conscience de la souffrance que peuvent représenter ces situations de fragilité.

N'hésite surtout pas à en dire plus sur le sujet, il est essentiel que chacune & chacun puisse donner son sentiment sur la situation avec tout ce que ces témoignages représentent.
Titre: Re : Traiter le handicap
Posté par: Sundaysuki le 15 mai 2018 à 15:22:08
Je pense parler suffisament du handicap dans mon texte long pour en rajouter une couche ici ^^
Titre: Re : Traiter le handicap
Posté par: Alan Tréard le 15 mai 2018 à 15:31:38
C'est toi qui décides, ma chère Sunday.
Titre: Re : Traiter le handicap
Posté par: Ariane le 15 mai 2018 à 19:08:12
Citer
Des livres que j'ai pu lire, j'ai pu me souvenir effectivement que le handicap est discuté de temps à autre, mais cela reste souvent un détail ou un élément évoqué légèrement ;
Ca dépend des livres que tu choisis en fait, il y a certes une grande prédominance de personnages / narrateurs indemnes de tout handicap (comme dirait Aube si je me souviens bien de ses mots : prédominance du "validisme" ?) mais tu peux probablement trouver d'autres ouvrages. Je n'ai pas fait de recherche approfondie sur le sujet mais je pense à "Je suis né un jour bleu" pour l'autisme, "Le cri de la mouette" pour la surdité, "Le pavillon des enfants fous" pour l'anorexie... Il doit y en avoir plein d'autres, même dans ma propre bibliothèque, mais ce sont les trois premiers qui me viennent à l'esprit là tout de suite. Du coup, pour ce qui est de lire, il y a certainement matière :)

Pour ce qui est d'écrire ça me semble beaucoup plus fin et risqué d'essayer en tant qu'auteur indemne de tout handicap (a priori !) d'emprunter un regard qui n'est pas le mien. J'aimerais tenter l'expérience, par souci d'empathie, de prise en considération, ou je ne sais comment appeler cela... Mais j'ai peur que mon regard ne tombe pas juste et là pour le coup j'aurais peur que ce soit vécu de manière irrespectueuse. Malgré tout certains de mes narrateurs ne sont pas tout à fait sains ! Donc probablement que j'approche un peu cette idée, mais sans oser plonger dans l'inconnu de façon assumée.
Titre: Re : Traiter le handicap
Posté par: Alan Tréard le 15 mai 2018 à 19:53:55
Merci Ariane pour ces conseils (notamment pour les livres, c'est une très bonne chose).

Je ne pense pas que nous soyons exactement dans la même démarche, toi et moi, même s'il est probable qu'il y ait une complémentarité (voire que je n'aie pas suffisamment compris tes choix d'écriture pour constater que nous sommes très proches).
j
En ce qui me concerne, je cherche un peu comme l'a fait Zola précédemment à apporter un autre regard sur certains statuts, leur donner une identité propre qui leur apporte une considération suffisante. Considérer le handicap avec un regard mieux construit, mieux approprié à la réalité de ce que cela représente. Je me souviens d'ailleurs de L'Assommoir que j'ai lu dans ma jeunesse et dont le personnage féminin (dont j'ai oublié le nom) boitait, avec le rapport au quotidien qui se trouve transformé.

Bon, je dis cela en toute humilité, je pourrais très bien être dans l'erreur, mais au-delà de l'incarnation d'un handicap, c'est la question d'une considération des enjeux que cela entraîne au quotidien, c'est ce que je cherche à mieux percevoir. Cette rupture qu'il peut exister entre ceux qui ont une plus grande liberté d'agir et les autres, elle m'est parfois difficile à appréhender, et c'est bien que je manque d'éléments pour en prendre pleinement conscience. On est parfois conforté par son accessibilité à beaucoup de choses, et on n'anticipe pas forcément que ces mêmes choses ne sont pas données à tout le monde.

Je ne sais pas si je suis suffisamment clair dans mon explication, je n'ai pris conscience qu'il y avait un réel manque d'accompagnement en France que très récemment quand j'ai eu des échanges avec des personnes touchées par le handicap, et je pense qu'il serait bon de se pencher sur le sujet et de l'approfondir avec une certaine mesure. Je pense que c'est un sujet qui mérite toute ma considération.
Titre: Re : Traiter le handicap
Posté par: Ben.G le 15 mai 2018 à 19:58:41
Citer
En ce qui me concerne, je cherche un peu comme l'a fait Zola
rien que ça, quel homme



La meilleure solution si t'as t'intéresse ca serait encore d'aller vers une asso, ou parler avec des gens, leurs poser des questions, avoir leurs ressentis et te renseigner sur ce qui se fait
Titre: Re : Traiter le handicap
Posté par: Alan Tréard le 15 mai 2018 à 20:12:47
Pardonne-moi, Ben.G, mais je pense que si certains membres se sentent concernés par le sujet, il serait de bon ton que tu ne réagisses pas d'une manière aussi impulsive.

Pour ma part, j'aurai effectivement toute l'occasion d'aller vers des associations ou d'approfondir un sujet qui me paraît essentiel, mais cela reste lié à une démarche d'écriture, et je souhaite pouvoir échanger sur ce sujet.

Citer
En ce qui me concerne, je cherche un peu comme l'a fait Zola
rien que ça, quel homme

Je ne pense pas que cette réaction soit appropriée à un sujet qui mérite une certaine humilité. J'ai mes références, elles sont ce qu'elles sont, et je te prie de m'excuser si ma démarche ne te paraît pas appropriée à un tel thème, mais je te prie de considérer un minimum que cette même discussion a son sens, en toute amitié, et en toute sincérité.
Titre: Re : Traiter le handicap
Posté par: Alela le 05 juin 2018 à 17:10:10
Un livre intéressant pour ceux qui s'intéressent au handicap psy et qui voudraient écrire là-dessus c'est : "Mary Barnes, un voyage à travers la folie", très instructif sur ce thème...
Pour son cas il s'agit de schizophrénie... peu de livres sur ce sujet, il peut paraître un peu cliché pour certains car elle se sert de sa folie pour créer, une idée récurrente d'ailleurs que les "fous" seraient souvent des créatifs... Mais dans son cas il s'agit d'une histoire vraie.
Titre: Re : Traiter le handicap
Posté par: Ariane le 05 juin 2018 à 18:19:51
Citer
"Mary Barnes, un voyage à travers la folie",
Merci pour la référence :)
Titre: Re : Traiter le handicap
Posté par: Alan Tréard le 06 juin 2018 à 12:23:33
Un livre intéressant pour ceux qui s'intéressent au handicap psy et qui voudraient écrire là-dessus c'est : "Mary Barnes, un voyage à travers la folie", très instructif sur ce thème...
Pour son cas il s'agit de schizophrénie... peu de livres sur ce sujet, il peut paraître un peu cliché pour certains car elle se sert de sa folie pour créer, une idée récurrente d'ailleurs que les "fous" seraient souvent des créatifs... Mais dans son cas il s'agit d'une histoire vraie.

Bonjour Alela,

Effectivement, je crois que le sujet mérite que je m'y intéresse ; j'ai pris note de cette référence en plus, et je verrai comment je souhaite avancer mes lectures (je me penche déjà sur un premier livre, j'aurai probablement l'occasion de découvrir les autres).

La notion de folie me semble parfois changer selon les mœurs et les croyances, je m'intéresse donc en priorité au handicap, celui qui limite l'accessibilité d'un individu aux choses du quotidien, y compris bien sûr si ce handicap vient de sa personnalité ou de son état d'esprit.

J'espère pouvoir mieux comprendre cette réalité pour savoir en parler et la représenter sous la plus juste des formes, c'est aussi mon parcours de vie et d'ouvrage qui m'amène à m'intéresser à cette problématique.
Titre: Re : Traiter le handicap
Posté par: Erwan le 30 juillet 2018 à 16:25:02
Citer
il peut paraître un peu cliché pour certains car elle se sert de sa folie pour créer, une idée récurrente d'ailleurs que les "fous" seraient souvent des créatifs...

Je suis très étonné par ce préjugé là, par ailleurs. La folie révulse souvent, mais là elle semble fasciner. J'ai tendance à penser que l'un est aussi peu fondé que l'autre, mais c'est un avis personnel.

Pour ce qui est du handicap, j'ajouterais juste quelques remarques. Déjà, de quoi parle t-on ? Il y a une définition je dirais plus administrative, l'autre plus socio-médicale. Je pense que c'est à la deuxième que tu fais référence, Alan. Je dis ça parce que tous les handicapés n'ont pas de reconnaissance administrative, très loin de là. Soit par manque d'information ou accès aux démarches, soit par absence d'intérêt (on peut-être handicapé et compenser si bien qu'on vit normalement sans aide). Ça peut être un choix, aussi. Une personne peut refuser le statut d'handicapé, car c'est une étiquette qui n'est pas neutre. J'ai travaillé pour un employeur dans son service de médecine du travail et l'employeur faisait des pieds et des mains pour que les handicapés se déclarent et fassent les démarches auprès de la MDA. Donc s'ils le font c'est que ce n'est pas forcément évident pour tous.

Sinon, pour ce qui est des moyens financiers et d'accès à l'emploi, je crois que le problème est plus large que la question du handicap, qui n'est que la partie émergée du problème. On vit dans un monde économique ultra-compétitif et qui laisse toute une portion de la population active sur le carreau (inégalités salariales, de conditions de travail). Les handicapés sont bien sûr touchés de plein fouet et on les retrouve en masse dans le lot des gens laissés sur le bord de la route. Mais ils ne sont pas seuls! J'ai croisé dans ma carrière beaucoup de souffrance au travail, en faisant la plonge dans un restaurant, en travaillant comme agent de service hotelier dans un EHPAD, etc. Il n'est d'ailleurs par rare que l'emploi et ses conditions dégradées provoque le handicap. Certaines professions sont coûtumières du fait (exemple : éboueurs, dont l'espérance de vie au travail n'excèdait pas quinze ans chez mon ancien employeur). De ce fait, les difficultés de l'handicapé sont en fait partagées par beaucoup.

Je note aussi de mon passage dans le milieu paramédical que les soigants ne sont pas bons élèves en la matière, ce qui est drôle à sa manière. Lorsque je m'étais renseigné, il n'y avait qu'un seul IFSI (centre de formation pour infirmier) en France qui acceptait des handicapés (14 places pour la France entière). Par contre, attention, ils insistaient, c'étaient des handicaps qui n'affectaient pas les conditions professionnelles, les conditions d'accession au diplôme étant identiques, donc c'était très restrictif. Je sais qu'il existe des kinés aveugles, mais le monde du soin est très ambivalent avec les handicapés (ils les soignent, mais de là à les avoir comme collègue ?).

Un autre point que je remarque personnellement en ce moment : je veux devenir peintre professionnel (en auto-formation) et aucun organisme (type cap-emploi) ne peut m'aider sur ce point, car la démarche est trop atypique vis à vis de ce qu'ils connaissent. Ces institutions sont paradoxales, elles sont centralisés, elles gèrent les dossiers industriellement comme les autres institutions le font, mais veulent prétendre approcher l'humain au plus près, et le prendre en compte dans une démarche individualisée. C'est légèrement contradictoire, à mon avis... Pour moi, ce changement professionnel n'est pas un choix de vie, mais une nécessité stricte, car le monde du travail n'a rien à me proposer d'émancipateur (c'est une "prison" sans espoir d'évolution). Donc, logiquement je cherche à m'en sortir pour aller dans un environnement plus prometteur pour moi. Le fait que les handicapés prennent l'initiative et surprennent est aussi une autre façon d'aborder les choses que de les "prendre en charge", comme le veut l'expression. Je ne trouve pas aujourd'hui que l'on nous aide beaucoup en cela.

Le problème du handicap n'est pas tant celle de l'handicapé que celle d'un environnement social/matériel qui le met en situation de handicap. La violence du monde du travail touche tout le monde, par exemple, mais l'handicapé y est plus vulnérable. Donc il trône souvent en tête de file pour pointer à cap-emploi, voir on estime qu'il n'a carrément aucune chance et touche l'AAH. Mais dans un environnement professionnel moins compétitif, le handicap serait adouci, moins déterminant et moins lourd à porter.

Voilà ces quelques réflexions en vrac. Je ne sais pas si c'est ce type de réflexions que tu cherches cependant...
Titre: Re : Traiter le handicap
Posté par: Alan Tréard le 30 juillet 2018 à 16:46:52
Merci pour cette prise de parole, Erwan, qui pousse à la réflexion.

Je me demande aujourd'hui s'il n'y a pas un besoin de mieux connaître le handicap, de pouvoir en parler suffisamment pour que chacune & chacun comprenne mieux ce que cela signifie. Écrire une fiction, c'est aussi mettre un point sur des sujets de société, la lecture laisse alors place à la prise de conscience.
Titre: Re : Traiter le handicap
Posté par: cyamme le 30 juillet 2018 à 17:01:54
Et un truc qui parle de handicap et de regard différent (je crois) :

- un blog  (http://handi-capable.eu.org/?cat=14)écrit par un anarchiste handicapé (ou un handicapé anarchiste, mais je pense que c'est moins juste, l'amarchisme passe cliarement avant le handicap dans sa façon de se définir) et plein de collaborateurs.

- pour les adeptes de la radio, deux Podcasts (https://www.franceculture.fr/emissions/une-histoire-particuliere-un-recit-documentaire-en-deux-parties/attention-handicapee-mechante-une-femme-par-dela-le-handicap-22-le-comite-de-lutte-des-handicapes) historiques plutôt chouettes et qui parlent de la création du journal Handicapés méchants auquel le blog au-dessus emprunte son nom.

J'espère que je suis pas trop hors-sujet, sinon n'hésitez pas à supprimer/déplacer.
Titre: Re : Traiter le handicap
Posté par: Baptiste le 30 juillet 2018 à 18:52:37
Citer
- un blog écrit par un anarchiste handicapé (ou un handicapé anarchiste, mais je pense que c'est moins juste, l'amarchisme passe cliarement avant le handicap dans sa façon de se définir) et plein de collaborateurs.
Il est hyper intérréssant ce blog, merci cyamme
Titre: Re : Traiter le handicap
Posté par: Erwan le 30 juillet 2018 à 18:53:50
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Je me demande aujourd'hui s'il n'y a pas un besoin de mieux connaître le handicap, de pouvoir en parler suffisamment pour que chacune & chacun comprenne mieux ce que cela signifie. Écrire une fiction, c'est aussi mettre un point sur des sujets de société, la lecture laisse alors place à la prise de conscience.

En fait, je me rends compte qu'on apprend parfois autant par le bon exemple (un très bon livre sur le handicap) que par un très mauvais (bourré de préjugés), bien que de façon différente (le second stimule l'esprit critique et provoque une colère parfois bénéfique). C'est tellement fréquent qu'un contre-exemple soit l'idiot utile d'une cause, par exemple un producteur hollywoodien agresseur en série qui malgré lui va servir à la cause féministe. La prise de conscience vient par des voies que l'on ne peut prévoir et qui ne cesse de surprendre je trouve. La question de provoquer une prise de conscience chez le lecteur reste aussi soumise au fait que le lecteur s'empare toujours des propos de l'auteur et les interprète comme il le souhaite. Disons que proposer à la lecture des situations intéressantes permet d'amorcer une réflexion chez certains, ce qui est déjà bien. Mais c'est un exercice incontrôlable, j'ai l'impression que les prises de conscience viennent quand elles le veulent, et non quand on les veut...
Titre: Re : Traiter le handicap
Posté par: Dot Quote le 06 avril 2020 à 12:38:08
Alan, cela fait longtemps que ton sujet m'intrigue et que je n'ai pas le courage de plonger l'orteil...

La situation de handicap est, comme tu aimes souvent à le dire, une vaste question. D'un côté le handicap physique, celui qui indéniablement fait foi visuellement aux yeux d'une société dont on dit parfois que la gestion de ses déficiences est un indice de civilisation ; et d'un autre côté le handicap psychiatrique, qui regroupe les déficiences de capacité ou de constructions mentales, le cognitif contre le psychique, les deux s'étendant par principe et prérogatives, sur un impact social mésestimé encore, à l'heure pourtant d'un savoir correct en ce qui concerne les bases réfléchies de la pensée, de la communication, du langage et de leurs incidences et liaisons au sein de l'individu et de la société, conjointement.

Je viens ici parler d'UN handicap, particulier, singulier, égoïste car syndromique et donc unique, que même un ou plusieurs psys ne sauraient vraiment affirmer avec des certitudes, d'un point de vue catégorique. UNE psychose qui m'habite et que j'ai décidé depuis que je lui en soupçonne des traits, de rendre en un compte par un art total, gratuit, généreux, atemporel et public, honnête et transparent, car en lien direct avec ce qui se fait depuis mon intériorité.

Déjà, le trauma psychotique :
De nature culturelle, il m'impacte car d'un événement choc, je ne peux plus dorénavant ni lire, ni visionner de film, ni vraiment me concentrer pondérément sur la plupart des manifestations de la pensée humaine envers laquelle je développe des symptomes paranoïaques.
Voilà pour les grands traits, qui impactent bien plus d'autres grands traits...

Pour ce qui est de la littérature témoignage, je lui octroie un peu plus de valeur que celle de fiction, et pourtant pour le handicap psychique, il est difficile de démêler les deux, ce que je fais par ma métaphysique, mes appelations, mes formules... Donc ta problématique, je ne sais comment la prendre... Beaucoup de stéréotypes se falsifient depuis la science jusqu'à l'art, et ce aussi pour le handicap ; mais moi je ne suis aucun des deux : je suis la victime, le sujet...

Je m'arrête là parce que je me rends alors compte que par effet, je survole énormément la question, et ce de manière pourtant logique et légitime... Comment comprends-tu ce paradoxe, Alan, ai-je envie de te demander...
Titre: Re : Traiter le handicap
Posté par: Alan Tréard le 06 avril 2020 à 13:06:27
Bonjour Dot Quote,


Merci à toi pour ce témoignage qui oblige à prendre en compte plus d'une difficulté.

Il y a beaucoup de notions de handicap différentes à considérer : tu exposes l'une des visions qui t'appartient pleinement et oblige à repenser le sujet. Tu te demandes à quoi bon questionner la notion de handicap dans l'écriture : je pense tout simplement que pour pouvoir écrire sur le handicap voire même, sans écrire sur ce sujet précis en particulier, créer un personnage avec un handicap, il y a un certain nombre de critères à prendre en compte pour être au plus proche des difficultés évoquées.

Ça peut être une question de réalisme, mais aussi d'accessibilité (représenter le handicap au plus proche peut devenir une préoccupation première pour rendre l'histoire accessible et compréhensible par toutes & tous) ; ça peut également être pour des questions de considération.


Personnellement, j'écris aujourd'hui pour la jeunesse, et je sais combien cette jeunesse est diversifiée, multiple et en pleine croissance. Il est préférable, dans mes préoccupations d'écriture, de prendre en considération des sujets du quotidien comme celui du handicap : soit dans la représentation du handicap (en tant que contrainte), soit dans la représentation des défis humains (en tant qu'objectif). Certains objectifs peuvent paraître accessibles à toutes & tous, mais c'est souvent sans compter sur la notion du handicap.

Que ce soit pour créer un personnage particulier, ou pour donner à un personnage commun (exemple : un enfant) le pouvoir d'agir, je souhaite avoir en main une majorité de critères de « sélection » afin de les éviter le plus possible, ou de leur donner un sens explicite. J'estime que c'est ma capacité à prendre en compte les thématiques du handicap qui me permettra au mieux de me rapprocher des préoccupations quotidiennes. Même en tant que « valide », rien n'empêche tout un chacun d'avoir dans son entourage une personne à mobilité réduite ou avec des difficultés de compréhension ou d'expression, c'est un sujet du quotidien qui concerne un grand nombre d'entre nous.


Bien entendu, ce sont mes raisons de m'intéresser à la thématique du handicap, or d'autres excellentes raisons peuvent pousser quelqu'un à réagir à ce sujet, et c'est le propre de nos discussions de pouvoir réagir à propos.
Titre: Re : Traiter le handicap
Posté par: Heldscalla le 06 avril 2020 à 14:45:20
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Titre: Re : Traiter le handicap
Posté par: Erwan le 06 avril 2020 à 18:20:34
[...]
Il ne faut pas que le handicap comme la maladie deviennent des tabous, mais il faut aussi avoir conscience qu'avoir des informations sur ces soucis ne suffit pas à les comprendre de manière intime.

Outre que la notion de handicap est difficile à définir, voire carrément foireuse parfois, un écrivain n'est pas forcément censé connaître ce sur quoi il écrit. Typiquement, la littérature de l'imaginaire consiste justement à écrire sur ce que, par définition, aucun humain ne connaît, et peut-être ne connaîtra jamais. Un écrivain peut se revendiquer "réaliste", c'est son choix, mais ce n'est pas une obligation. Dès qu'on fout un personnage bossu dans une histoire, on a un handicapé, selon ce qu'on met derrière ce mot. Ce qui est plus à craindre, ce n'est pas tellement l'auteur qui ne cherche pas à savoir, et qui s'en fout, mais celui qui croit savoir et qui va faire passer sa came pour de la réalité. Personnellement, je suis un auteur du premier type, qui s'en fout royalement, et qui l'assume. Après, je prétends pas savoir, je ne mets aucun nom de diagnostic ou autre, et mes récits ne se veulent même pas réalistes.
Titre: Re : Traiter le handicap
Posté par: Heldscalla le 06 avril 2020 à 18:38:24
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Titre: Re : Traiter le handicap
Posté par: Ariane le 06 avril 2020 à 19:12:10
Certains auteurs tombent dans certains travers, c'est sûr... Pour autant, à mes yeux, ça reste toujours aussi important que les handicaps apparaissent dans le paysage littéraire qui nous est offert. Les témoignages et autres autobiographies y sont présents. A mes yeux, la fiction peut apporter un écho complémentaire. La représentation des handicaps y est délicate, le résultat peut être maladroit ou franchement offensant ; mais la sous-représentation dans la fiction me semble elle-même porteuse d'un message triste ou blessant.

D'ailleurs, je vois que lorsque cette conversation a été lancée, j'hésitais, je tâtonnais un peu, je n'étais pas sûre de vouloir me lancer... mais ma nouvelle actuelle est en plein dans le sujet, avec un narrateur souffrant d'un handicap psychiatrique. Par contre, ça s'accompagne pour le coup d'un travail en profondeur, et non du côté on-s'en-fout décrit par Erwan (mais on a déjà discuté de ce désaccord  :mrgreen: ).
Titre: Re : Traiter le handicap
Posté par: Heldscalla le 06 avril 2020 à 19:27:17
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Titre: Re : Re : Traiter le handicap
Posté par: Ariane le 06 avril 2020 à 19:48:10
on peut apprendre les aspects ''techniques'' d'une maladie, mais on ne peut pas les ressentir pour autant, et pour moi cet aspect là prive de fait l'écrit d'une certaine justesse.
Empathie - lecture approfondie de nombreux témoignages - capacités de représentation du vécu de l'autre (parfois en parallèle avec nos propres vécus) - proximité avec des personnes concernées...
Je pense que ces aspects sont utiles pour produire différents personnages en fait, pas uniquement dans le domaine du handicap. Sinon, tu pourrais t'interdire aussi de décrire le deuil d'un enfant si tu ne l'as jamais vécu ; d'écrire une scène de combat, n'ayant jamais été plongé au cœur d'une guerre ; etc etc. C'est généralisable à toute la fiction ; le handicap ne dispose pas à mes yeux d'un statut tabou par rapport au reste, bien qu'il puisse être plus complexe.

Par ailleurs, chaque handicap peut être vécu de multiples manières par les multiples individus qui en souffrent ; ce n'est pas comme s'il y avait UN vécu unique et sacré qui ne peut être nuancé.
Titre: Re : Traiter le handicap
Posté par: cyamme le 06 avril 2020 à 20:15:49
Je suis plutôt d'accord avec Ariane et Erwan. On peut écrire sur un personnage avec un handicap qu'on n'a pas. On peut avoir des personnages masculins sans avoir fait l'expérience d'être un homme. Hétéro ou homosexuelles sans l'être soit-même, avec des nationalités différentes, qui vivent à des époques différentes de la notre...
Bien sûr que tomber dans les clichés grossiers n'est pas souhaitable, mais comme le dit Ariane, la documentation et l'empathie permettent d'écrire des choses qui ne relèvent pas du domaine de l'autobiographie ou de "l'autofiction".

Ceci dit, avoir un personnage handicapé et écrire sur le handicap ce sont deux choses différents, selon moi.
Titre: Re : Traiter le handicap
Posté par: Heldscalla le 06 avril 2020 à 20:29:53
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Titre: Re : Traiter le handicap
Posté par: Chouc le 06 avril 2020 à 20:38:04
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sinon je doute qu'on puisse comparer la souffrance d'une maladie avec la souffrance d'être un homme ou une femme.
Pourquoi chercher à graduer la souffrance ? C'est un exercice inutile, qui a pour seul résultat de minimiser le ressenti de chacun.

Tu l'as dit, quand on est pas handicapé, il est difficile de s'imaginer la souffrance qui va avec. Et bien quand on est une femme piégée dans un corps d'homme aussi, ou tout autre cas de figure.

Concernant le reste, je ne suis pas d'accord non plus, désolée  :-\
Je crois savoir que tu es malade et handicapée Heldscalla, tout comme je le suis, et pour moi que quelqu'un qui ne traverse pas la même chose veuille s'en imprégner pour essayer d'en parler, je trouve au contraire que c'est admirable.

Un handicapé est une personne comme une autre. Perso je m'autorise à écrire parfois comme un narrateur masculin et pourtant je ne suis pas un homme. Je m'autorise aussi, quand j'écris, à parfois être quelqu'un qui va bien, alors que c'est pas le cas.

Bref, j'y vois aucun manque de respect, c'est juste de la littérature. Si chacun devait s'en tenir exclusivement à ce qu'il maitrise et vit au quotidien pour écrire, il n'y aura plus que des autobiographies.
Titre: Re : Traiter le handicap
Posté par: Ariane le 06 avril 2020 à 22:25:01
Chouc et Cyamme s'expriment bien mieux que moi...  :-[

Je souhaite cependant réaffirmer (!) qu'on peut écrire sur le handicap en dehors de tout effet de mode (!) et nos vies personnelles peuvent nous y amener de différentes façons. Ici je ne parle pas d'une empathie et d'une prise de renseignement qui seraient passagères mais bien de quelque chose qui baigne constamment mon quotidien.

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Et justifier qu'on peut inventer parce que tout le monde n'a pas la même réaction, je trouve que c'est une excuse un peu bancale.
Les vécus des gens sont réellement très différents les uns des autres (parfois avec de tels extrêmes... !). Du coup, qu'une partie des émotions retranscrites soit (involontairement) puisée dans notre propre personnalité et certaines de nos perceptions du monde, non, ça ne me choque pas. L'idée est de faire passer un personnage, qui ne se limitera justement pas à son handicap, et parmi tout ce qui le caractérise, il aura sa propre vision des choses, ses propres ressentis. Ça me semble incontournable : il n'existe pas de perception unique d'une maladie. Donc oui, dans tout récit, autobiographique ou non, il y a des ingrédients personnels.

Je pense qu'en plus des approches médicales, j'accorde une place de choix aux personnes que j'ai côtoyées / que je côtoie, ainsi qu'aux témoignages que j'ai lus, parce que de fait, toutes ces personnes m'ont semblé capables d'exprimer énormément de choses et de m'emmener avec elles suffisamment loin pour me représenter leur univers. Pour moi, nier totalement mes capacités d'empathie à leur égard, ce serait nier aussi leurs capacités de transmission et d'expression.

Par ailleurs je suis comme Chouc : toute tentative d'une autre personne pour se représenter mon propre handicap (l'autisme, pour en résumer l'essentiel) me touche beaucoup. Et il m'est arrivé récemment de lire un texte écrit par une personne "valide" et pourtant tellement sensible que je me suis vraiment interrogée sur l'auteur... ! J'approuvais sans hésiter la diffusion de ce texte. Je suis consciente aussi que pour d'autres formes de handicap, les personnes concernées ne peuvent pas s'exprimer, et leur invisibilité ou la manière dont ils sont caricaturés me blessent et me donnent envie d'essayer un récit un peu plus juste ; ou au moins, de faire de mon mieux.

Comme Chouc, enfin, j'ai du mal avec l'idée de graduer la souffrance, et la notion de handicap étant très vaste, où placer la limite ? Faut-il supprimer des récits de fiction toute particularité physique / psychique / sensorielle / anamnestique n'ayant jamais été vécue ?

Je suis peinée que tu trouves cela irrespectueux, cependant je ne partage pas cet avis... du coup je vais essayer de poursuivre mes propres écrits.
Titre: Re : Re : Traiter le handicap
Posté par: Erwan le 06 avril 2020 à 23:06:05
[...]
Ceci dit, avoir un personnage handicapé et écrire sur le handicap ce sont deux choses différents, selon moi.

Complètement, c'est bien là le nœud du désaccord, de mon point de vue. J'écris actuellement un personnage qui est sûrement handicapé, ou du moins serait reconnu comme tel possiblement, je n'en sais rien, et je m'en tape royalement. J'écris ce personnage, comme beaucoup d'auteurs à mon avis, pour son intérêt, ses difficultés lui ajoutent de la profondeur. Beaucoup de personnages de roman pourraient être considérés aujourd'hui comme handicapés, mais là encore, il faut prendre garde à l'essentialisme (merci à Meilhac pour m'avoir fait découvrir le mot !  :mrgreen:), qui serait de résumer un personnage à son handicap.

Quand on écrit un personnage handicapé, comme on écrirait un personnage Noir, par exemple, non, on ne se renseigne pas des plombs, pas si on a aucune intention de parler du handicap ou de la condition spécifique des personnes noires. Si le personnage est directeur ou directrice d'une agence bancaire et qu'elle/il est Noir.e, par la peine de se bouffer des tomes de sociologie pour ça... Ça dépend complètement de ce qu'on veut faire, en fait, et de la place que le handicap prend dans le récit.

Je trouve en fait les personnages en situation de handicap plus attachants  :miaw:, mais aussi plus profonds, mais ça ne fait pas de moi l'auteur d'un ouvrage médical. D'ailleurs je suis souvent toujours totalement inconscient du nom de diagnostic que pourrait avoir le personnage. Ça m'intéresse aussi peu d'avoir le diagnostic de mes personnages que le mien propre, c'est pour dire...
Titre: Re : Traiter le handicap
Posté par: Alan Tréard le 06 avril 2020 à 23:12:39
Bonjour à toutes les participantes & participants au débat,


Je vais essayer de ne pas trop réagir sur vos différents ressentis, car ils vous appartiennent et me permettent personnellement de me projeter et de m'interroger sur un sujet qui m'apparaît tout à fait important. Je ne veux donc pas prendre le risque de surinterpréter une réaction.

Pour autant, je voulais répondre à Heldscalla sur cet « effet de mode » qui aurait pu m'encourager à ouvrir ce sujet. En vérité, à l'époque où j'ai ouvert le sujet, j'avais un ami tétraplégique qui s'était déplacé de Marseille à Paris pour aller militer auprès de l'Assemblée nationale mais aussi militer auprès de nos associations locales pour encourager la reconnaissance du handicap, la nécessité d'adapter la loi à ces difficultés quotidiennes, d'accélérer l’adaptation de notre société à toutes les formes de mobilité. J'ai une pensée particulière pour cet homme qui m'a poussé à aller plus loin dans mon propre cheminement pour prendre en compte l'importance d'un tel sujet dans mes propres écrits.

C'est ce qui m'a amené à ouvrir ce sujet, à le prendre en compte à travers mes propres écrits (à prendre en compte la thématique des préjugés, mais aussi celle de la sous-représentation, de la différence ou de la difficulté à comprendre des situations différentes, tout des sujets relatifs aux handicaps les plus diversifiés). Heldscalla, si tu t'inquiètes d'un certain « effet de mode » qui pousserait les auteur.e.s à aborder ces thématiques, je crois que tu ne dois absolument pas douter de la capacité de personnes en situation de handicap de surmonter les défis pour remettre un tel sujet au cœur des discussions. Je pense que ce sont avant tout des personnes en situation de handicap qui concourent à rétablir l'importance d'un tel sujet, ce sont elles qui m'invitent à m'en préoccuper.


Sans cet ami tétraplégique qui m'a convaincu, j'aurais pu éventuellement tarder encore un peu à me pencher sur ces questions du quotidien, et je pense que j'y aurais beaucoup perdu personnellement.


Je trouve également qu'Ariane est parvenue à me convaincre à changer mon regard sur l'autisme à bien des égards, preuve à mes yeux que l'on peut faire un premier pas vers une certaine réciprocité, une acceptation de la diversité ou un véritable esprit de responsabilité. Ce sujet mérite d'être pensé quelle que soit la mode actuelle. :)
Titre: Re : Traiter le handicap
Posté par: Chouc le 06 avril 2020 à 23:15:16
Erwan, j'étais d'accord avec tout, jusqu'à ce que tu parles de la supposée profondeur d'un personnage handicapé.
Je vois pas en quoi le fait d'être handicapé fait que subitement on est touché par la grâce ^^. Mais en dehors de ça, j'adhère à tout ce que tu dis.

Titre: Re : Traiter le handicap
Posté par: Heldscalla le 06 avril 2020 à 23:52:52
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Titre: Re : Traiter le handicap
Posté par: Ariane le 07 avril 2020 à 08:15:02
Ce qui m'attriste c'est qu'on dirait que tu n'as en tête que les mauvaises caricatures de l'autisme. Mais fiction et handicap ne se limitent pas à ça. (Et au passage, je pense qu'on peut garder en tête que l'autisme reçoit un traitement médiatique particulier.)

A mes yeux, sur les autres sujets que tu évoques (misogynie, racisme, homophobie...), là aussi un auteur maladroit peut pondre un résultat catastrophique. Pour moi les thèmes fiction et deuil, fiction et psychotraumatisme, fiction et guerre, fiction et discrimination... pourraient soulever les mêmes objections que ce que tu évoques là. Pourtant je suis contente que des fictions abordent ces sujets. Le handicap ajoute de la complexité je pense, mais le dialogue est ouvert (qu'il soit scientifique, affectif ou sociétal), les gens témoignent de leurs ressentis. Je pense que oui on peut se comprendre, dans une certaine mesure. D'ailleurs le fait de vivre une forme de handicap peut aider à se représenter une autre forme qui en serait proche.

C'est toujours relatif, la compréhension de l'autre... Je pense pas qu'on puisse prétendre à une perception parfaite des autres vécus, ou à une retransmission parfaite de nos propres vécus, même authentiques, dès lors que ça passe par le prisme de l'écrit et de la compréhension du lecteur. C'est là que j'évoquais de toute manière la pluralité des ressentis. Quand j'écris je ne cherche pas à "imposer un ressenti". J'en présente un comme possible, et il est le résultat d'une fusion entre de multiples témoignages, + des trucs vécus, + le caractère de mon personnage.

Je pense qu'en effet le sujet du handicap est ultra délicat, mais pas impossible à aborder correctement et de manière ultra respectueuse.

Alan : merci pour tes mots à mon sujet, ça me touche.

Erwan : moi aussi le côté "handicapé-chaton" me saoule, et me semble condescendant / chosifiant.

Helds : je crois que comme le sujet me tient à coeur, je ressens fortement le besoin de réexpliquer mon point de vue ; mais je respecte que le tien soit radicalement différent... ce qui m'attriste c'est l'impression que ce point de vue a été beaucoup modelé par les caricatures et les clichés ; alors que c'est précisément une de mes motivations à écrire, de proposer autre chose que des caricatures. Je pense pas que "écrire sur le handicap" = "impossible d'éviter les clichés".
Titre: Re : Traiter le handicap
Posté par: Chouc le 07 avril 2020 à 09:05:58
Bonjour Heldscalla  :)

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Ma phrase ne visait pas à graduer la souffrance, simplement à dire qu'en dehors de cas particuliers, être un homme ou une femme n'engendre pas de souffrances particulières.
Ok, au temps pour moi  ;)

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En revanche, jouer avec le handicap et la maladie, si, ça peut blesser les gens.
Et il en va de même pour des sujets tout aussi délicats : le viol, la mort, etc etc ...
Il me semble qu'il était question d'écrire, pas de jouer.

Tu sais, même si je ne le partage pas, je comprends ton point de vue.
Ce qui me pose souci, c'est qu'il repose entièrement sur ce que tu supposes de la personne en face.

Si demain, sur le forum, tu tombes sur un texte qui parle de viol et que la façon dont c'est tourné te choque profondément, tu vas te renseigner sur l'auteur pour savoir s'il en a été victime ?

Et de la même manière, si hier, avant de savoir que j'étais moi aussi concernée, tu étais tombée sur un de mes textes parlant de maladie et de handicap, tu me serais tombée dessus à bras raccourcis ?

Dans mon dernier texte long, le personne principal est une ex-junkie qui a été mère à l'âge de 15 ans. Je ne suis pas maman et je n'ai jamais touché à l'héroïne. Je ne devrais donc pas écrire sur ces thèmes sensibles ?

J'en reviens à ce que je disais à la fin de mon premier message et que tu n'as pas relevé : si chacun devait se cantonner à son pré carré et n'écrire que sur ce qu'il a réellement vécu, on aurait plus que des autobiographies.

Je pense qu'un texte portant sur un sujet délicat comme le viol, le handicap, le changement de sexe ou que sais-je encore peut choquer ou non, effectivement. Mais je pense que ça tient bien davantage de l'orientation voulue par l'auteur et de son talent que de son vécu personnel.


PS :
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Véhiculer des clichés sur les femmes, c'est du sexisme.
Véhiculer des clichés sur les homosexuels, c'est être homophobe.
Véhiculer des clichés sur les personnes d'origines étrangères, c'est être raciste.
Mais véhiculer des clichés sur les personnes handicapées, c'est une jolie manière de s'intéresser à eux ? Désolée, mais encore une fois, cette logique est bancale pour moi.
De la même manière qu'il n'y a pas besoin d'être une femme pour éviter les clichés sexistes,
De la même manière qu'il n'y a pas besoin d'être homosexuels pour ne pas tomber dans l'homophobie,
De la même manière qu'il n'est pas nécessaire d'être black pour ne pas être raciste,
Il n'y a pas besoin d'être handicapé pour éviter de tomber dans les clichés.  ;)
Titre: Re : Traiter le handicap
Posté par: Heldscalla le 07 avril 2020 à 14:57:13
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Titre: Re : Traiter le handicap
Posté par: Chouc le 07 avril 2020 à 15:20:57
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Après je suis désolée, mais je ne suis pas d'accord avec toi sur le fait qu'il est possible de parler de quelque chose qu'on ne vit pas.
Alors certes, on peut se renseigner sur un métier, un sport, un mode de vie... et se projeter dedans. Au pire des cas, si je présente le métier de coiffeuse ou alors le rugby de travers, les connaisseurs verront tout de suite que je ne suis pas renseignée, mais je ne ferais de tort à personne, je ne blesserais personne.
En revanche si, écrire des conneries sur les handicapés, ça peut être blessant. De même qu'écrire sur des sujets sensibles comme le viol.
Oui, là-dessus je pense qu'on n'arrivera pas à se rejoindre. Je trouve dommage que tu passes directement de "écrire sur quelque chose que l'on ne vit pas" à "écrire des conneries". Bien sûr qu'on en lit des conneries, sur tous les sujets, le handicap ne fait pas exception. Mais à mon sens, on peut tout à fait écrire sur des sujets sensibles sans les avoir vécu de près. C'est mon parti pris, le tien est à l'opposé, et c'est pas grave du moment qu'on peut échanger en bonne intelligence. Mais il est clair que tu ne vas pas me convaincre tout comme je ne vais pas te persuader non plus.  ^^

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Le simple fait d'écrire : ''X se lève, va aux WC, se doucher, s'habiller puis prendre son petit-déjeuner'' -> la phrase est basique. Mais dans son aspect basique, elle présente surtout une réalité tronquée, elle donne l'impression que tout est simple, tout est normal. Elle gomme les différences et les difficultés. Et c'est peut-être bête, mais moi ça me gêne, surtout lorsque l'auteur, en revanche, ne va pas oublier de faire de trèèèèès longs pavés pour expliquer que le perso a su faire de son handicap une force et patati et patata...
Pour moi ici on est plus dans l’ellipse que dans le cliché. Un lecteur qui sait que le personnage est en fauteuil se doute bien que ce perso passe par une série d'étapes quotidiennes fastidieuses simplement pour se préparer le matin. Je veux dire, dans mes textes, je précise jamais que le héro se verse un bol de Chocapic ou noue ses baskets, pourtant il le fait ^^.
Que cette ellipse te chiffonne parce que tu as le sentiment qu'elle gomme les différences et les difficultés, je le comprends, mais pour moi c'est vraiment de l'ordre de l'implicite.

Après, ouais, si le perso commence à faire des roues arrières ou des courses poursuites en fauteuil, là on tombe dans le grotesque, c'est évident.

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Je ne dis pas que toi, ou Ariane, vous ne vous êtes pas renseignées, je dis que beaucoup de gens ne se renseignent pas et pondent des horreurs, et que ce n'est pas tolérable.
Juste en passant, Ariane et moi on ne s'est pas juste renseigné sur le handicap, on le vit aussi au quotidien  ;)
Titre: Re : Traiter le handicap
Posté par: Heldscalla le 07 avril 2020 à 15:46:17
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Titre: Re : Traiter le handicap
Posté par: Chouc le 07 avril 2020 à 16:05:50
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Oui je comprends tout à fait que ce soit implicite... mais est-ce que ça l'est vraiment ?
Effectivement tu ne vas pas décrire une personne valide qui mange ses céréales et met ses baskets, parce que tout le monde sait ce que c'est et comment ça se passe. Mais parler d'un handicap avec honnêteté, c'est aussi en présenter tous les aspects, même implicites, parce qu'au final assez peu de gens savent ce qu'est justement une vie de personne handicapée. Faire cette ellipse, c'est donc gommer tout un pan de vie, et pour moi ça suffit à fausser la perception des choses. Surtout qu'encore une fois, les auteurs ne se gênent pas pour raconter leurs histoires de force morale et autre, alors pourquoi ne pas ellipser ça aussi ? En quoi faire des pavés sur les avantages et les forces, c'est plus intéressant que de faire des pavés pour présenter la basique réalité du quotidien ?
Je comprends ce que tu veux dire, mais je suis toujours pas d'accord  :mrgreen:
Je veux dire, si le roman en question s'intitule "moi et mon handicap", là ok c'est complètement con de faire l'impasse. Mais s'il s'intitule "La crème fraîche était périmée : histoire d'un gratin foutu", là pour moi ça devient moins pertinent.
Tout dépend si le handicap est, en définitive, LE sujet de l'histoire ou UN élément de l'histoire.
Quand un perso est noir dans une histoire, si le racisme n'est pas l'objet de l'histoire, ça ne me gêne pas qu'une ellipse soit posée sur tout ce qui est racisme ordinaire dont il fait l'objet, par exemple.

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Je ne sais pas si tu te rends compte du nombre de personnes qui sont persuadées que maîtriser un fauteuil c'est super simple. C'est sans doute parce que les athlètes paralympiques font des trucs de fou, parce que les gens ont une vision totalement faussée... Rien que le simple fait de basculer sur sa roue arrière pour grimper un trottoir, ça n'a rien d'évident, mais peu de gens s'en rendent compte. Donc à mes yeux, écrire une histoire sur quelqu'un qui devient handicapé et perd sa mobilité du jour au lendemain, ça implique forcément d'aborder ce genre de soucis.

Dans le cas de la demoiselle dont je parlais, son personnage ne rencontrait aucune difficulté, parce qu'elle voulait surtout se centrer sur son histoire d'amour. Alors ça ne rendait pas son texte moins bon, ça ne faisait pas d'elle quelqu'un de mauvais... mais au final, si tout l'intérêt était de raconter une histoire d'amour, pourquoi vouloir avoir un perso handicapé ?
C'est con à dire, mais quand je vois quantité de textes où les persos vivent leur handicap en toute facilité, je me dis que l'auteur n'a pas voulu se casser la tête, et qu'il a coller un handicap à son perso simplement pour le rendre attachant et mignon, comme il aurait pu choisir de lui coller un amour inconditionnel pour les chats ou alors un look à part. Le handicap devient un accessoire, un espèce de petit plus sympa. Et si ça ne mérite pas l’échafaud, mais c'est agaçant.
Alors juste pour être sûre, dans l'histoire que tu cites, le personnage perdait l'usage de ses jambes au cours de l'histoire et ensuite rencontrait l'amour de sa vie ? Parce que si oui, alors là effectivement, faire l'impasse totale sur la difficulté d'adaptation à sa nouvelle vie, c'est vraiment un oubli difficilement pardonnable.
En revanche, si le perso est en fauteuil depuis déjà, je sais pas, 10 ans, que l'auteure n'ait pas souhaité s'étendre sur les difficultés du quotidien, je trouve ça moins problématique. Tout simplement parce que aussi difficile que ce soit, c'est du quotidien de base.
S'il s'était agit d'une mère célibataire devant gérer 2 enfants en bas âge, son quotidien matinal aurait été bien lourd aussi, mais pas forcément plus pertinent.

Et euh, perso j'ai pas tant croisé de gens qui pensaient que manier un fauteuil roulant ça se fait les doigts dans le nez  :o faut ptet que tu changes tes fréquentations (et tes lectures bourrées de clichés  :mrgreen:)  :P

Citer
Mais après, à mon avis, ce n'est pas parce qu'on vit un handicap/maladie qu'on peut prétendre tous les connaître. Je ne prétendrais par exemple pas comprendre une personne aveugle ou schizophrène. Ça amène très certainement une sensibilité supplémentaire, mais ça ne permet pas pour autant de connaître ''intimement'' une maladie qu'on n'a pas.
Ouhlala ! Ca n'a jamais été mon propos ^^.
Nan, si je disais ça c'est que... je sais pas. Personnellement, si demain je tombais sur le texte de quelqu'un parlant de ma maladie, j'en serais touchée je crois. Peut-être que je serais agacée par certaines ellipses et autres contres-vérités, mais pas au point de déplorer la démarche.

Bon, après, si l'auteur dit nawak et raconte de la merde, je serais outrée. Mais ça serait vrai quelque soit le sujet, qu'il s'agisse de mon handicap, de la culture de la batavia en terre argileuse ou de l'annexion de la Wallonie par la Corée du Sud  :P



Je vais conclure en ce qui me concerne parce qu'il est grand temps que je bosse un peu  :mrgreen:.
Il existe de très nombreuses difficultés de la vie. Le handicap en est une, il en existe de nombreuses autres (être sidaïque, héroinomane, que sais-je). Si je ne suis pas fan des clichés, je ne vais jamais reprocher à quelqu'un qui n'est pas handicapé (sidaïque, héroïnomane...) d'avoir recours à un personnage handicapé (sidaïque, héroïnomane...)

En revêche (oui je l'ai fait exprès), si cette difficulté de la vie n'est pas qu'une caractéristique d'un personnage, mais le sujet principal du texte, alors là oui il faudra redoubler, retripler voire requadroubler de vigilance quant aux propos tenus.

Titre: Re : Traiter le handicap
Posté par: Heldscalla le 07 avril 2020 à 16:32:28
.
Titre: Re : Re : Traiter le handicap
Posté par: Erwan le 07 avril 2020 à 16:49:35
[...]
Une personne handicapée ou malade, ce n'est ni un concept ni un truc tout choupi-mignon, c'est quelqu'un qui va souffrir toute sa vie. Alors j'imagine bien que ta remarque ne se voulait pas insultante ou blessante, mais sincèrement quand je lis ça, j'ai envie de t'en coller une. C'est typiquement le genre de phrase qui prouve que tu glamourises la maladie (non parce que sinon, il faudra m'expliquer en quoi un cancéreux en phase terminal qui n'a plus que la peau sur les os et qui défèque dans une couche, c'est mignon et attachant, je suis toute ouïe...)
[...]

Excuse moi, mais j'ai bien rigolé devant ton agressivité, mais surtout ton ignorance totale de la notion de handicap. Une personne sourde d'une oreille peut-être handicapée, ou un boulanger qui devient allergique à la farine, est handicapé dans son travail. Il/elle aura une reconnaissance administrative de son handicap, etc. Une personne âgée (j'en ai croisée tellement quand je travaillais en EHPAD  ^^) peut être en fauteuil roulant. Ce que tu n'as pas l'air de comprendre (mais je ne t'en collerais pas une, juste ça me fait marrer  ^^), c'est que ces personnes peuvent être très heureuses, ne pas vivre leur handicap comme un sacerdoce, et encore moins "en souffrir toute leur vie". En fait, si je dis que tu me fais marrer, c'est qu'en plongeant dans le pathos le plus extrême comme tu le fais, tu craches des préjugés sur les handicapés à plein boulon, comme si être handicapé, ça se résumait à des situations atroces de cancer en phase terminal... Bref, dans ta façon de t'accaparer cette notion de handicap à ton profit (lequel d'ailleurs ?) et à nier toutes les autres visions / façons de le vivre, je ris jaune.


Erwan, j'étais d'accord avec tout, jusqu'à ce que tu parles de la supposée profondeur d'un personnage handicapé.
Je vois pas en quoi le fait d'être handicapé fait que subitement on est touché par la grâce ^^. Mais en dehors de ça, j'adhère à tout ce que tu dis.

Non, je me suis mal exprimé. D'une part, une très grande quantité de personnes sont handicapées, dans la vie. En vérité, beaucoup plus qu'on ne le croit. Il y a mille situations de handicap, donc autant d'handicapés potentiels. D'une part, il ne s'agit pas de multiplier les handicapés comme des petits pains parce qu'ils sont plus attachants dans un roman, mais de les représenter comme la normalité de la vie humaine. Et je les aime parce qu'ils représentent la part de vulnérabilité humaine qui est propre à chacun, qui fait que le handicap nous touche tous à un moment de notre vie, ou presque, et qu'on est de toute façon concerné. La définition du handicap est merdique à mon sens (administrativement parlant), parce qu'elle considère que le handicap est le fait de certains seulement, qui sont "touchés". Le handicap, pour moi, c'est la part de vulnérabilité que nous portons tous, parce que la vie peut nous rendre handicapé de naissance, mais aussi à chaque instant de la vie. J'aime cette partie là des gens, leur aspect fragile, c'est vrai d'une personne cancéreuse, mais c'est vraie d'un sportif de haut niveau en pleine force de l'âge. Je ne tombe pas, justement, ni dans l'essentialisation, ni dans le misérabilisme à outrance, ce qui explique mes propos décomplexés sur le fait que j'aime les personnages handicapés (en ce qu'ils dégagent de cette vulnérabilité commune). Mais il y a plein de personnages qui peuvent être vulnérables sans être handicapés, je ne glorifie pas les uns pour cracher sur les autres... En général, dans la vie comme dans un bon roman, on croise souvent les deux  ;).
Titre: Re : Traiter le handicap
Posté par: Chouc le 07 avril 2020 à 17:04:07
Ouais... Non, toujours pas Erwan  ^^

Citer
j'aime les personnages handicapés (en ce qu'ils dégagent de cette vulnérabilité commune)

Pour moi, ça passe pas mieux que "je les aime parce qu'ils sont attachants et plus profonds".
Titre: Re : Traiter le handicap
Posté par: Heldscalla le 07 avril 2020 à 18:59:20
.
Titre: Re : Traiter le handicap
Posté par: Alan Tréard le 07 avril 2020 à 19:37:34
Bonjour,


J'espère sincèrement que la discussion sur le handicap va pouvoir se poursuivre dans la diversité des échanges et la prise en compte de paroles « concernées » qui estiment que le sujet du handicap mérite d'être discuté/approfondi.

Je n'ai pas pour rôle de prendre position sur les différentes réactions pendant la discussion (l'équipe de modération peut, si elle l'estime nécessaire, réagir sur des propos qui ne seraient pas conformes à la charte du forum), mais je peux au moins exprimer mon besoin de voir ce fil permettre de continuer à aborder la thématique du handicap dans la littérature avec une certaine considération.


Je serais vraiment attristé que les échanges se concluent par des violences, j'espère donc que l'on puisse trouver une manière adaptée de parler de sujets parfois très douloureux voire bouleversants ; ça me paraît véritablement essentiel dans ma propre démarche d'écriture.
Titre: Re : Traiter le handicap
Posté par: cyamme le 07 avril 2020 à 19:39:39
Modération
 
Ce fil a été bloqué en attendant que l’équipe puisse statuer sur les décisions à prendre. Merci de votre patience
Titre: Re : Traiter le handicap
Posté par: Chapart le 09 avril 2020 à 13:11:46

Modération :

Merci à tous de revenir à des propos mieux maîtrisés.
Essayons de rester respectueux et courtois, particulièrement sur les sujets sensibles.

Rappel de la charte du forum, article 4 :

Citer
    Article 4 – Est strictement interdit et se verra sanctionné :
    - tout message comportant une insulte ;
    - tout message agressif envers d'autres membres du forum ;
    ...

Cette formulation est particulièrement agressive :

Citer
    en plongeant dans le pathos le plus extrême comme tu le fais, tu craches des préjugés sur les handicapés à plein boulon,

Et la réponse l'est aussi :

Citer
    tu ne sais pas de quoi tu parles, alors ferme-là !

Merci donc de revenir à une discussion sans agression, nous débloquons le fil.

L'équipe de modération
Titre: Re : Traiter le handicap
Posté par: Alan Tréard le 09 avril 2020 à 13:35:19
Bonjour,


Merci sincèrement à l'équipe de modération pour son intervention qui, je l'espère, permettra de pouvoir réagir de façon plus sereine sur le sujet si quelqu'un y trouve son importance.

Me concernant, et peut-être pour offrir un nouvel angle à la discussion, je suis très attentif à des témoignages sur un handicap en particulier (qui donne à voir une certaine vision de la vie), mais aussi éventuellement à des regards de personnes qui connaissent ou vivent des situations de handicap dans leur entourage.

Ce que j'entends par ma présente intervention, c'est que j'ai pu prendre conscience à certains moments de ma vie que le handicap pouvait bouleverser un peu plus qu'une seule personne, et pouvait également obliger une famille à revoir son quotidien, à porter assistance ou à faire des travaux d'aménagement pour accompagner leur proche dans la difficulté. Le handicap est réel là où c'est tout un environnement familial qui s'y voit impliqué. Je pense que le point de vue de proches compte beaucoup dans la création non pas d'un unique personnage handicapé mais aussi de son entourage, de ses relations, de personnages concernés dans la proximité du quotidien. Cela permet de porter un regard différent sans effacer pour autant le sentiment de la personne handicapée.


De ce fait, le regard sur le handicap depuis une extériorité proche (un conjoint ou un proche parent) me semble tout à fait significatif, et j'espère également que des membres dont les proches seraient touchés par un handicap n'hésiteront pas à donner leur sentiment sur la question depuis cette position tout aussi sensible. Je suis extrêmement attentif aux différents points de vue qui m'obligent à me poser des questions incontournables.


En espérant que cette proposition d'ouverture vous semble adaptée à la discussion, et permette de faire le lien avec la fiction et la littérature. Bien sûr, je lis assidûment les témoignages de personnes en situation de handicap et, si je ne peux les comprendre dans leur ensemble, celles-ci m'obligent avant tout à me poser la question de mes propres représentations quotidiennes.
Titre: Re : Traiter le handicap
Posté par: Heldscalla le 09 avril 2020 à 14:47:29
Charte du forum :

Citer
Article 4 – Est strictement interdit et se verra sanctionné :
- tout message explicitement diffamatoire, raciste, antisémite ou négationniste et haineux ;

Article 225-1 du Code Pénal :

Citer
Constitue une discrimination toute distinction opérée entre les personnes physiques sur le fondement de leur origine, de leur sexe, de leur situation de famille, de leur grossesse, de leur apparence physique, de la particulière vulnérabilité résultant de leur situation économique, apparente ou connue de son auteur, de leur patronyme, de leur lieu de résidence, de leur état de santé, de leur perte d'autonomie, de leur handicap, de leurs caractéristiques génétiques, de leurs mœurs, de leur orientation sexuelle, de leur identité de genre, de leur âge, de leurs opinions politiques, de leurs activités syndicales, de leur capacité à s'exprimer dans une langue autre que le français, de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une Nation, une prétendue race ou une religion déterminée.

Et j'ajoute également ces deux études, l'une de l'insee et l'autre du gouvernement :
- https://www.insee.fr/fr/statistiques/1280906
- https://www.vie-publique.fr/parole-dexpert/271792-handicap-et-discriminations

(je ne peux pas intégrer le graphique du second lien mais je vous laisse parcourir la page pour le trouver, son but est de mettre en avant le fait qu'à l'heure actuelle, la principale cause de discrimination en France n'est pas la nationalité (10.2%) ou l'origine (14.9%) comme on pourrait le supposer mais le handicap (22.8%) et la maladie (10.5%) )

Pour la suite, je n'interviendrai plus dans la discussion.

J'avoue être désolée, désolée d'avoir espéré que sur un forum comme celui-ci, le niveau serait plus élevé que sur Facebook et compagnie où chacun n'hésite pas à déverser librement sa haine et son mépris de l'autre.

Je vous laisse donc ''imaginer'' le handicap comme une belle aventure, ou comme un truc mignon et touchant, et je ne vais pas davantage vous embêter avec des détails  qui ne sont pas jolis jolis.
Titre: Re : Traiter le handicap
Posté par: Loup-Taciturne le 07 août 2020 à 15:40:59
Franchement je comprends plutôt les deux points de vue qui semblent s'opposer trop vivement ici :

- Il ne faudrait pas spolier la parole de l'autre en imaginant son vécu alors qu'on n'en a pas la moindre idée. Sur des problématiques d'accès à la parole et de visibilité pour des populations discriminées, l'argument se tient. Pourquoi choisir de parler "à la place de" et ne pas "donner la parole à". C'est d'abord ne pas faire avancer l'accès à la parole et la visibilité mais c'est aussi risquer de commettre des erreurs par rapport aux réalités du vécu des personnes dont on se fait l'incarnation ou le porte voix. Il n'est pas vrai de dire qu'une personne en situation de handicap ou qu'une personne de couleur de peau noire peut être fictionnée sans qu'une des caractéristiques de son identité, à plus forte raison quand c'est un facteur de discrimination, ne soit directement ou indirectement en jeu dans le récit et sa réception par le lecteur. A mon avis c'est un peu abstrait comme positionnement pour ne pas dire autre chose.

- D'un autre côté, je comprends parfaitement qu'un faiseur d'histoire ait envie de rendre compte d'une problématique qui le touche. D'ailleurs on dit "toucher" pour quelqu'un qui est atteint directement par une problématique pour la vivre, et pour quelqu'un qui est atteint par empathie, par compréhension. Il est juste à mon avis de rejeter l'idée qu'on ne peu pas avoir accès à l'expérience d'autrui, du moins à une partie de l'expérience d'autrui, par la compréhension, cela conduirait à l’essentialisme dénoncé plus haut. Et qui peut incriminer une personne qui essaye de partager un peu de ce qu'elle a compris des problématiques rencontrées par des personnes dans une situation particulière et différente ?

Cette contradiction me pousse à croire que le problème n'est pas tant qui parle de qui mais plutôt comment et pourquoi on parle de ceci ou cela. Ça paraitra une évidence pour beaucoup p-e. Mais il est courant d'aborder un débat sous l'angle de la prescription/interdiction avec des "il faut/on doit", "il ne faut pas/on ne doit pas", "c'est bien/c'est mal". Je pense qu'on ne peut pas moraliser a priori ce type de question. Ce n'est qu'une fois le texte (ou autre) commis qu'on peut discuter de l'art et la manière de porter le sujet. Ce n'est qu'en aval qu'on peut connaitre le chemin du ruisseau...

Sans vraiment apporter du nouveau au débat je remercie Alan pour ce fil important, ne serait-ce que pour la visibilité qu'il offre à ce type de problématique, ce qui me donne l'occasion de la remettre au goût du jour.
Titre: Re : Traiter le handicap
Posté par: Aube le 09 août 2020 à 14:54:40
Tout à fait d'accord avec la synthèse de Loup. Ya aussi la question des altérités qui n'ont pas accès au langage. Elle se pose de plus en plus concernant les animaux non-humains et les végétaux par exemple, mais certains handicaps ou certaines pathologies coupent également les facultés d'expression normées. Pour ces personnes, ne pas avoir de porte-parole, c'est ne pas avoir de parole du tout. Ces questions sont loin d'être simples, et je ne vois pas en quoi des attitudes prescriptives et une déontologie moraliste pourraient apporter quoique ce soit de positif dans la représentativité des handicaps & situations de handicaps, entre autre, dans l'art et les récits. (auto-contradiction -> de l'humilité à celles & ceux qui pourraient en bénéficier sans doute)

Bien sûr, plus la question implique des souffrances réelles, plus la responsabilité éthique de l'auteur est à mon sens engagée dans l'acte d'écriture puis a fortiori de publication. Je pense néanmoins que c'est le cas pour tous les récits, et qu'écrire depuis sa bulle de subjectivité préconçue sans chercher à la remettre en cause c'est à peu près du narcissisme en ego-huis-clos, tandis que prétendre qu'on peut tout à fait toucher une expérience dans sa singularité en y étant 100% fidèle c'est se tromper toujours.

Oui les témoignages "dans la peau de" auront toujours une part d'usurpation, et oui l'auteur/créateur a toujours une responsabilité quant aux fictions et autres véhicules expérientiels qu'iel propose à un lectorat donné. Pour autant, rendre tabou toute approche de l'altérité sous prétexte de cette usurpation, je pense que c'est hautement mortifère et pour l'art, et pour les personnes concernées.

ça rejoint un peu mon sentiment sur l'acte de création ou d'écriture aujourd'hui : j'ai l'impression que beaucoup prennent l'écriture comme une façon de voyager depuis chez soi, alors qu'une écriture plus exigeante, plus éthique et plus redoutable attendrait d'euxzéelles une confrontation maximale au réel et son caractère ineffable et incapturable pour nourrir cette intériorité sanctuarisée qu'on appelle un peu pompeusement l'imagination.

Littérature d'invasion plutôt que d'évasion !
Titre: Re : Traiter le handicap
Posté par: Loup-Taciturne le 10 août 2020 à 03:06:06
Citer
Pour ces personnes, ne pas avoir de porte-parole, c'est ne pas avoir de parole du tout.
Ah oui, ça c'est vrai que c'est pas faux.
Par contre, avant d'en arriver là, il y a parfois p-e d'autres moyens d'expression à proposer avant de s'improviser porte-parole autoproclamé.

Citer
j'ai l'impression que beaucoup prennent l'écriture comme une façon de voyager depuis chez soi, alors qu'une écriture plus exigeante, plus éthique et plus redoutable attendrait d'euxzéelles une confrontation maximale au réel et son caractère ineffable et incapturable pour nourrir cette intériorité sanctuarisée qu'on appelle un peu pompeusement l'imagination
Oui, ça pose la question de l'intention. l'intention du geste (pourquoi, pour quoi ?), et à l'intention de qui, de quoi ?
Quelqu'un qui écrit pour le loisir, pour changer le monde, pour documenter quelque chose, pour expulser quelque chose, pour témoigner, etc, il y a des tas d'intentions à écrire.

Citer
Littérature d'invasion plutôt que d'évasion !
Ça c'est une formule à méditer !
Titre: Re : Traiter le handicap
Posté par: Ariane le 10 août 2020 à 07:42:07
Citation de: Loup
Par contre, avant d'en arriver là, il y a parfois p-e d'autres moyens d'expression à proposer avant de s'improviser porte-parole autoproclamé.
Mais là, on sort du sujet de la fiction...
Quand j'écris de la fiction sur un thème, cela ne se substitue absolument pas à d'autres façons d'aborder ce thème, de témoigner sur ce thème, de le représenter ailleurs dans l'art, la communication sociale ou la vie politique. Quand on parle de représentation de minorités dans la fiction, cela n'a pas vocation à se substituer à d'autres formes de représentation, bien au contraire, le souhait est plutôt que cela se potentialise.

Le mot "usurpation" me gêne. Quand on écrit une autre personne que soit en fiction, est-ce toujours une "appropriation" "non légitime" ? Je veux dire, dans l'immense majorité des cas, le lecteur sait s'il s'agit ou non de fiction, il n'y a pas tromperie, pas de fausse prétention.

Je me sens très en accord avec ce que tu écris, Aube, cela dit une formule m'interpelle :
Citation de: Aube
prétendre qu'on peut toucher une expérience dans sa singularité en y étant 100% fidèle c'est se tromper toujours
Je ne suis pas sûre à 100% de comprendre ce que tu veux dire par là. Peut-être parce que j'ai du mal à me représenter l'unicité de l'expérience du handicap ?

J'ai des difficultés à imaginer le handicap comme "une expérience" globale et entière, je le perçois sous la forme de multiples petites et grandes réalités du quotidien. J'imagine bien que c'est cette somme qui donne pour résultat l'expérience vécue, mais personnellement j'ai le réflexe de le considérer à l'échelle de ces petites tesselles de mosaïque. La majorité de ces petites expériences me semblent accessibles au dialogue / à la projection / à l'empathie. (Certaines sont plus complexes j'en conviens, par exemple pour des symptômes psychotiques).
J'ai eu plusieurs fois l'impression, dans la présente discussion, que le handicap était perçu comme un truc étranger à l'identité solide et inaltérable (un diagnostic = un vécu unique inapprochable par les personnes non concernées). Mais pour moi, "un" handicap en tant que diagnostic ne se retranscrit pas par une expérience commune et similaire pour toutes les personnes concernées, mais plutôt par la somme de multiples réalités communes, entrecroisées d'un vécu qui est pour le coup personnel et singulier (avec pour résultat "un" handicap à l'échelle de comment il se traduit chez cette personne précise). A titre d'exemple, j'ai une patiente présentant un trouble du spectre de l'autisme qui s'est sentie en profond décalage avec un livre d'Alexandra Reynaud, dans lequel elle a eu l'impression de lire quelque chose d'enjolivé, présentant l'autisme sous l'angle de toutes les compétences qui peuvent y être associées, d'une manière qui ne retranscrivait absolument pas la réalité que ma patiente vivait. Pourtant leurs deux vécus sont tout aussi réels l'un que l'autre. Tout ça pour dire que je ne perçois pas le handicap comme "une" réalité inapprochable mais plutôt cette somme complexe de mille expériences quotidiennes chroniques, sur lesquelles patients, soignants et proches communiquent, sur lesquelles on peut se renseigner, c'est pourquoi ça ne me choque pas de penser que l'on peut y être très fidèle. Le reste, ce qui fait l'identité du personnage et donc achève de déterminer l'expérience vécue, reste singulier et surtout fictif dans le cas du personnage imaginaire.
Ce que je veux dire, je crois, c'est qu'à mon sens, c'est mieux de traquer les incohérences, mais sans sacraliser "un vécu" considéré inapprochable (à mon sens cette sacralisation et ce fossé renforcent le sentiment d'une altérité radicalement éloignée des autres... alors que la perception sous la forme d'une multitude d'expériences quotidiennes que l'on peut tendre à se représenter le mieux possible renforce les liens et la proximité avec l'autre).
Peut-être que j'enfonce des portes ouvertes  :-[ mais de mon point de vue il y a de petites nuances, qui sont importantes à mes yeux, et qui finalement aident à se rapprocher de "l'autre".

Citation de: Aube
Oui les témoignages "dans la peau de" auront toujours une part d'usurpation, et oui l'auteur/créateur a toujours une responsabilité quant aux fictions et autres véhicules expérientiels qu'iel propose à un lectorat donné.
Ici je me sens en accord :) (en remplaçant "témoignages" par "fictions" car le but n'est a priori pas de duper le lecteur).
Citation de: Aube
Pour autant, rendre tabou toute approche de l'altérité sous prétexte de cette usurpation, je pense que c'est hautement mortifère et pour l'art, et pour les personnes concernées.
:coeur:

Citation de: Aube
j'ai l'impression que beaucoup prennent l'écriture comme une façon de voyager depuis chez soi, alors qu'une écriture plus exigeante, plus éthique et plus redoutable attendrait d'euxzéelles une confrontation maximale au réel et son caractère ineffable et incapturable pour nourrir cette intériorité sanctuarisée qu'on appelle un peu pompeusement l'imagination.
J'aime beaucoup cette idée... (surtout la confrontation maximale au réel). Peut-être que je minimise trop l'ineffabilité et l'incapturabilité, ou au contraire, que je la généralise trop, pensant que de toute façon il restera quelque chose d'ordre individuel et indicible (et, bien sûr, une part qui appartiendra au lecteur).

Citation de: Aube
Littérature d'invasion plutôt que d'évasion !
Je trouve cette formule très "Voltique" ^^ !
Titre: Re : Traiter le handicap
Posté par: Loup-Taciturne le 10 août 2020 à 13:58:23
Citer
Quand j'écris de la fiction sur un thème, cela ne se substitue absolument pas à d'autres façons d'aborder ce thème, de témoigner sur ce thème, de le représenter ailleurs dans l'art, la communication sociale ou la vie politique. Quand on parle de représentation de minorités dans la fiction, cela n'a pas vocation à se substituer à d'autres formes de représentation, bien au contraire, le souhait est plutôt que cela se potentialise.
Bah justement c'est une question. Ce n'est pas parce que l'intention n'est pas de se substituer, que l'effet de substitution pourra forcément être évité. Il faut prendre en compte le fait que personne ne choisi de prendre connaissance d'une œuvre parmi toutes les œuvres existant dans le monde. Paradoxalement on ne peut prendre connaissance d’œuvres que si on les connait déjà, que si on en a au moins entendu parler ou si on fait une recherche à partir des informations de ceux qui en ont déjà entendu parler.
Donc il y a une sorte de "marché de l'attention" à se partager, à conquérir pour les gens qui communiquent. C'est toute la question de la visibilité des minorités (mais aussi des voix "anonymes") dans l'espace public, non pas visibles à travers un bienfaiteur, un tuteur ou je ne sais quoi, mais visibles en tant que telle.
Si je fais le choix de m'intéresser à une population peu visible, il s'agit aussi d'un choix de posture éthique que de décider de raconter moi-même ce que l'autre vit, de m’approprier son vécu avec plus ou moins de fidélité et de légitimité, sachant que la lumière risque de briller sur moi et p-e sur l'autre par ricochet, ou d'aller à la source, vers l'autre pour l'aider ou l'encourager si besoin à porter sa propre parole à la mettre en récit ou à la recueillir. Au delà de ce qu'on écrit sur l'autre, ça pose la question de ce qu'on fait de l'autre de ce qu'on fait avec l'autre. On écrit sur l'autre ou on écrit avec l'autre ? On travaille sur l'autre ou avec l'autre ?

Oui tout le monde a le droit d'écrire sur tout et d'écrire n'importe quoi. Mais la question est pour moi celle des effets.
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Citation de: Aube
    prétendre qu'on peut toucher une expérience dans sa singularité en y étant 100% fidèle c'est se tromper toujours
Je ne suis pas sûre à 100% de comprendre ce que tu veux dire par là.
Pour ma part j'ai interprété ça de façon très générale. Je me suis dit que même lorsqu'on écrit sur soi-même, ce que dit Aube se vérifie, alors quand on écrit sur les autres...

Ce n'est pas une condamnation à écrire, mais plutôt une mise en garde je crois.

En tout cas je rejoins ta conviction de la singularité irréductible de chacun, qu'il se trouve en situation de handicap ou non. Il n'y a pas d'altérité radicalement différente d'une personne à une autre que nous-même rencontrons, c'est toujours une question de degré et de situation, mais de l'intérieur chaque rencontre met en jeu de toute façon une relation d'altérité. Nous sommes seuls (même divisés) à l'intérieur de nous-même et face à l'existence, la notre et celle des autres. Il y a même de l'altérité à l'intérieur de nous-même. Cela n'empêche pas d'essayer de comprendre et de raconter ce qu'on croit avoir compris. Et s'y des personnes s'y retrouvent pour X raisons, c'est tant mieux. Je crois que c'est avant tout l'intérêt de la fiction, peut-importe le sujet, de faire en sorte que les gens s'y retrouvent, qu'ils se reconnaissent directement et en apprennent sur eux-mêmes ou qu'ils accèdent à l'expérience d'un autre vécu, d'un vécu autre.
Titre: Re : Traiter le handicap
Posté par: Ariane le 10 août 2020 à 14:49:37
Citation de: Loup
Citation de: Ariane
Quand j'écris de la fiction sur un thème, cela ne se substitue absolument pas à d'autres façons d'aborder ce thème, de témoigner sur ce thème, de le représenter ailleurs dans l'art, la communication sociale ou la vie politique. Quand on parle de représentation de minorités dans la fiction, cela n'a pas vocation à se substituer à d'autres formes de représentation, bien au contraire, le souhait est plutôt que cela se potentialise.
Bah justement c'est une question. Ce n'est pas parce que l'intention n'est pas de se substituer, que l'effet de substitution pourra forcément être évité. Il faut prendre en compte le fait que personne ne choisi de prendre connaissance d'une œuvre parmi toutes les œuvres existant dans le monde. Paradoxalement on ne peut prendre connaissance d’œuvres que si on les connait déjà, que si on en a au moins entendu parler ou si on fait une recherche à partir des informations de ceux qui en ont déjà entendu parler.
Donc il y a une sorte de "marché de l'attention" à se partager, à conquérir pour les gens qui communiquent. C'est toute la question de la visibilité des minorités (mais aussi des voix "anonymes") dans l'espace public, non pas visibles à travers un bienfaiteur, un tuteur ou je ne sais quoi, mais visibles en tant que telle.
Je ne pense pas que ce soit aussi simple que ça. L'attention humaine, la sensibilisation à tel ou tel sujet, ne me semblent pas correctement représentées dans un modèle où nous ne serions que des "temps de cerveau disponible" (avec une disponibilité simple et linéaire comme de petites cases à remplir) où il faudrait s'effacer pour laisser parler l'autre dès lors qu'on n'est pas parfaitement le mieux placé pour aborder un sujet. On parle de l'échelle d'une vie entière et de modalités d'expression variées (films, art, témoignages, documentaires, fictions...). En pratique, j'observe plutôt des personnes qui, une fois sensibilisées à un sujet, s'y intéressent davantage et prennent le temps de partir du plus visible pour aller vers le moins visible, approfondir leurs connaissances, leur compréhension. Ce mécanisme me semble dépasser la compétitivité de différents auteurs sur un sujet peu abordé, noyé dans le flot de toutes les fictions ou informations que l'on reçoit à longueur de journée.

Loup je te rejoignais sur une chose finalement, c'était surtout ceci :
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le problème n'est pas tant qui parle de qui mais plutôt comment et pourquoi on parle de ceci ou cela.
ou encore :
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Je pense qu'on ne peut pas moraliser a priori ce type de question. Ce n'est qu'une fois le texte (ou autre) commis qu'on peut discuter de l'art et la manière de porter le sujet. Ce n'est qu'en aval qu'on peut connaitre le chemin du ruisseau...
Excepté qu'à mes yeux, ce n'est pas tellement la question de "en amont" ou "en aval", c'est plutôt que ça me semble trop abstrait, au-delà d'un certain stade, de discuter de toutes ces questions de manière trop générale, et j'ai l'impression que c'est au cas par cas que l'on peut se faire une idée des intentions d'un auteur, de sa manière d'aborder les choses, de l'état actuel de la littérature et des arts autour du thème dont il est question, de la sensibilisation actuelle ou au contraire la stigmatisation ou les fausses croyances autour de ce handicap précis, etc.

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non pas visibles à travers un bienfaiteur, un tuteur ou je ne sais quoi, mais visibles en tant que telle.
Si je fais le choix de m'intéresser à une population peu visible, il s'agit aussi d'un choix de posture éthique que de décider de raconter moi-même ce que l'autre vit, de m’approprier son vécu avec plus ou moins de fidélité et de légitimité, sachant que la lumière risque de briller sur moi et p-e sur l'autre par ricochet, ou d'aller à la source, vers l'autre pour l'aider ou l'encourager si besoin à porter sa propre parole à la mettre en récit ou à la recueillir. Au delà de ce qu'on écrit sur l'autre, ça pose la question de ce qu'on fait de l'autre de ce qu'on fait avec l'autre. On écrit sur l'autre ou on écrit avec l'autre ? On travaille sur l'autre ou avec l'autre ?
J'ai l'impression que tu as comme présupposé une position haute de la part de l'auteur, qui s'auto-proclame porte-parole ou expert ou que sais-je encore. Personnellement je n'ai pas ce présupposé-là, surtout dans la fiction, y compris lorsque des messages sont en jeu. Tout texte de toute façon détient sa part de messages explicites ou implicites. Tout texte de fiction choisit de montrer une part d'émotions ou de sensibilisation à certains types de question ; ou une part de témoignage très indirect sur les réalités qui ont touché l'auteur. Je ne pense pas que ce type de communication soit nécessairement synonyme d'une posture dominante ou muselante pour les autres, bien au contraire.
J'ai l'impression qu'avec ce passage, on en revient aux questions du début de ce post et le fait que la fiction sur un thème, à mon sens, peut aiguiller vers ce thème et le mettre en lumière, plutôt qu'entrer en compétition avec ceux qui s'expriment sur ce sujet d'une autre manière (documentaire / témoignage / conférence).
Le job de pousser les personnes concernées à s'exprimer (je suis pas fan de cette formulation), ou, mieux, d'améliorer la visibilité de leur expression, il me semble indépendant de la fiction, c'est un autre axe, bien qu'il puisse être synergique. C'est aussi un axe qui souffre dans certaines situations de biais et de lacunes, comme cela a été exprimé par Aube plus haut.
Titre: Re : Traiter le handicap
Posté par: Loup-Taciturne le 10 août 2020 à 16:58:39
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j'ai l'impression que c'est au cas par cas que l'on peut se faire une idée des intentions d'un auteur, de sa manière d'aborder les choses, de l'état actuel de la littérature et des arts autour du thème dont il est question, de la sensibilisation actuelle ou au contraire la stigmatisation ou les fausses croyances
Oui en fait je suis d'accord avec ta posture et ta volonté de nuancer les choses et de ne pas enfermer l'action a priori dans une catégorie ou une autre qu'il faudrait interdire ou encenser.

La question de la visibilité était plus un point de détails parmi les nombreux points vers lesquels, il me semble, nous convergeons. D'ailleurs, c'est souvent les détails et les nuances qui sont les plus longues à développer, ce qui qui peut faussement conduire à l'impression d'un désaccord monumental alors que non, au contraire les points principaux d'accords ayant été laissés de côté car déjà harmonisés.

Donc je redis que je suis d'accord avec toi sur le fait qu'il ne peut pas être mauvais d'écrire sur un sujet qui nous touche, d'essayer de le comprendre et de le faire comprendre à son échelle, par quelque moyen que ce soit.

Je pose juste, comme ça, la question de la visibilité et de l'accès à l'expression et à la médiatisation.
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J'ai l'impression que tu as comme présupposé une position haute de la part de l'auteur
C'est juste que l'auteur ne subit pas, de fait, une situation de minoritaire. Son regard reste celui d'une personne non minoritaire sur une situation de minorité, même avec toute la compréhension possible. Je ne dis pas du tout que ça condamne sa démarche mais je trouve que ça mérite d'être interrogé.

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Je ne pense pas que ce type de communication soit nécessairement synonyme d'une posture dominante ou muselante pour les autres, bien au contraire.
J'ai l'impression qu'avec ce passage, on en revient aux questions du début de ce post et le fait que la fiction sur un thème, à mon sens, peut aiguiller vers ce thème et le mettre en lumière, plutôt qu'entrer en compétition avec ceux qui s'expriment sur ce sujet d'une autre manière (documentaire / témoignage / conférence).
Le job de pousser les personnes concernées à s'exprimer (je suis pas fan de cette formulation), ou, mieux, d'améliorer la visibilité de leur expression, il me semble indépendant de la fiction, c'est un autre axe, bien qu'il puisse être synergique.
Je ne dis pas les "pousser" à s'exprimer, je dis encourager leur expression plutôt que la "court-circuiter" (oui je provoque  :D) en faisant soit même œuvre.
Je suis d'accord avec tout ce que tu dis dans cet extrait. je reconnais les avantages potentiels de fictionner sur un sujet, peut-importe l'auteur. Ça c'est du point de vue de l’œuvre en tant que telle.
Et en même temps, les producteurs d’œuvre sont des personnes de la société. Si tu t'intéresses, par exemples aux troubles schizophréniques. Comment veux-tu en parler ? ca relève des choix de la personne entre ses compétences à mettre en forme son discours à travers un médium ou une démarche, et son rapport à son sujet, c'est-à-dire la manière qu'elle va avoir de le connaitre, d'entrer en relation avec lui et de le mettre en forme et en récit/scène. Tout ces choix doivent servir le sujet en rapport avec la manière dont la personne envisage sa relation avec le sujet. Ce que je veux dire c'est que le parti pris "artistique" ne témoigne pas uniquement du thème, du sujet qu'on veut faire connaitre, mais aussi de la relation qu'on entretient avec ce sujet.
Si tu écris sur la schizophrénie, tu peux lire dessus pour t'informer, tu peux aller rencontrer des personnes, mais tu peux même te dire que tu vas coécrire avec ces personnes parce que tu estimes que leur expression peut-être d'un intérêt tout particulier dans ta démarche et qu'en plus tu inclus ton sujet au discours qui portera à son propos. Tu le rends acteur de la production de discours à son sujet.

Je ne dis pas qu'il faut forcément faire ça, mais je dis que la réflexion ces degrés d'implication dans la relation qu'une personne entretient avec un sujet qu'elle veut raconter, et l'implication du sujet lui-même mérite de ne pas être jetée. Notamment quand les personnes ont peu accès aux processus de production de discours à leur sujet.

Oui toutes les expression artistiques sont légitimes et utiles pour le peu qu'elle ne soient pas malveillantes ou ignorantes ou irrespectueuses, mais le choix même de la démarche, de sa pertinence, de l'inclusion des personnes concernées au procès de création, fait aussi partie de la question "comment traiter le handicap" je pense. C'est en tout cas ce point de détail que je voulais exprimer
Titre: Re : Re : Traiter le handicap
Posté par: Erwan le 10 août 2020 à 20:24:34
[...]
Si tu écris sur la schizophrénie, tu peux lire dessus pour t'informer, tu peux aller rencontrer des personnes, mais tu peux même te dire que tu vas coécrire avec ces personnes parce que tu estimes que leur expression peut-être d'un intérêt tout particulier dans ta démarche et qu'en plus tu inclus ton sujet au discours qui portera à son propos. Tu le rends acteur de la production de discours à son sujet.
[...]

La visibilité pour tous est impossible, car il y a saturation d'informations déjà dans notre monde. En clair, plus personne ne peut tout connaître, et on ne peut pas rêver que tout ce qui mérite d'être connu le soit du plus grand nombre. Il y a un goulet d'étranglement naturel plus on augmente le niveau de visibilité souhaité.

Je rejoins Ariane sur la question "généraliste" du handicap. Cerner la schizophrénie est possible cliniquement, mais cerner "les schizophrènes" ne l'est pas. Du moins pas plus que "les surfeurs", ou "les parapentistes". Tu peux essayer de solliciter ces patients, oui, encore que tu risques d'avoir des surprises quant à leur motivation intrinsèque  :mrgreen:, mais ça ne changera rien. Tu auras "des témoignages", rien de plus, rien de moins. Le plus drôle, c'est que les personnes handicapées peuvent être percluses de préjugés sur leur propre handicap, ce qui s'explique assez aisément car ces patients peuvent "s'intoxiquer" par les mêmes sources que les autres.

Pour un texte de fiction sur le handicap, à mon avis le mieux que l'on puisse atteindre, c'est qu'il soit "vraisemblable". C'est déjà beaucoup. Espérer mieux me semble une insulte à l'altérité, dans le sens où un personnage ne représentera jamais toute une communauté de personnes. Et pour être vraisemblable, il n'est pas nécessaire d'être un auteur expert, heureusement. Il suffit que cela "puisse exister". Après, tu renvoies toujours une vision limitée/réduite du handicap, car tes personnages sont eux mêmes singuliers, et ne couvrent donc pas tout le champ des possibles du handicap concerné.

Un schizophrène tueur en série, par exemple, ne représente pas l'ensemble des schizophrènes, on pourrait dire que c'est un cliché bien que cela "pourrait exister". Mais si tu prends un schizophrène plus "dans la norme", ce qui ne veut rien dire, tu restes toujours en fait dans un cas particulier. Un schizophrène qui s'auto-mutile n'est pas plus "réaliste" qu'un autre tueur en série. Il est juste moins fréquent dans la littérature mainstream. De fait, on pourrait dire effectivement qu'il est vertueux de parler de ceux dont on parle moins, c'est un positionnement d'auteur qui d'ailleurs se retrouve dans bien d'autres domaines, qui consiste à oser sortir des conventions littéraires. Mais un auteur peut faire un livre magnifique sur un tueur en série schizophrène, et avec un personnage vraisemblable qui plus est. Ce qui est très délicat, c'est l'aspect commercial, car les tueurs en série attirent, fascinent, un schizophrène ordinaire moins. De fait, on peut se demander si les auteurs écrivent moins sur les schizophrènes ordinaires, ou s'ils écrivent beaucoup là-dessus, mais que seuls les livres de tueurs en série se diffusent largement. L'auteur ne fait pas tout, il n'est lu que par un public qui le choisit (et des éditeurs).

Bref... Je ne sais pas si ça apporte grand-chose ce que je dis là, mais voilà  ;).
Titre: Re : Traiter le handicap
Posté par: Ariane le 10 août 2020 à 21:13:36
Citation de: Loup
La question de la visibilité était plus un point de détails parmi les nombreux points vers lesquels, il me semble, nous convergeons. D'ailleurs, c'est souvent les détails et les nuances qui sont les plus longues à développer, ce qui qui peut faussement conduire à l'impression d'un désaccord monumental alors que non, au contraire les points principaux d'accords ayant été laissés de côté car déjà harmonisés.
Tout à fait :) je me le dis souvent aussi... !

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Donc je redis que je suis d'accord avec toi sur le fait qu'il ne peut pas être mauvais d'écrire sur un sujet qui nous touche, d'essayer de le comprendre et de le faire comprendre à son échelle, par quelque moyen que ce soit.
Oh, je pense que ça peut être mauvais  :mrgreen: et qu'il faut y mettre beaucoup de prudence même quand on est pétri de bonnes intentions. Mais ça peut aussi être bon :) enfin je l'espère. A petite échelle, j'ai déjà lu des textes sur l'autisme que j'ai trouvé très bons alors que je suis concernée et l'auteur ne l'était pas. (Mais ce n'était pas un roman entier).

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C'est juste que l'auteur ne subit pas, de fait, une situation de minoritaire. Son regard reste celui d'une personne non minoritaire sur une situation de minorité, même avec toute la compréhension possible. Je ne dis pas du tout que ça condamne sa démarche mais je trouve que ça mérite d'être interrogé.
Je sais pas... Je ne me sens pas appartenir à la majorité des gens sans problème psychique, par exemple. J'ai juste des problèmes différents de celui que je traite dans mon roman. Donc c'est un regard extérieur d'une certaine manière mais je ne me sens pas faire partie d'une majorité non plus.

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Et en même temps, les producteurs d’œuvre sont des personnes de la société. Si tu t'intéresses, par exemples aux troubles schizophréniques. Comment veux-tu en parler ? ca relève des choix de la personne entre ses compétences à mettre en forme son discours à travers un médium ou une démarche, et son rapport à son sujet, c'est-à-dire la manière qu'elle va avoir de le connaitre, d'entrer en relation avec lui et de le mettre en forme et en récit/scène. Tout ces choix doivent servir le sujet en rapport avec la manière dont la personne envisage sa relation avec le sujet. Ce que je veux dire c'est que le parti pris "artistique" ne témoigne pas uniquement du thème, du sujet qu'on veut faire connaitre, mais aussi de la relation qu'on entretient avec ce sujet.
Ben, oui. Je ne vois pas où tu m'emmènes avec ça '-' .
(Et en fait, je ne sais pas si tu as choisi le sujet de la schizophrénie par hasard ou bien parce que tu as lu plus haut ou ailleurs que c'était bel et bien cela le thème de mon roman actuel ;) ).

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Si tu écris sur la schizophrénie, tu peux lire dessus pour t'informer, tu peux aller rencontrer des personnes, mais tu peux même te dire que tu vas coécrire avec ces personnes parce que tu estimes que leur expression peut-être d'un intérêt tout particulier dans ta démarche et qu'en plus tu inclus ton sujet au discours qui portera à son propos. Tu le rends acteur de la production de discours à son sujet.
Je pense que je ne pourrais co-écrire qu'avec une personne dont je sois ultra proche tant dans notre relation que dans nos opinions. Et particulièrement sur ce sujet, je ne me verrais pas proposer à quelqu'un de concerné par un handicap d'écrire là-dessus avec moi, à moins que nous n'ayons de base une relation qui rende ce projet très spontané. Sinon, j'aurais l'impression justement d'exploiter son vécu, son handicap, de tirer un profit personnel de son histoire de vie, si je me dirige vers lui pour cette raison-là. Quand j'écris seule, je n'utilise pas le vécu personnel d'une personne ciblée, et je n'utilise pas le travail qu'elle produit (fut-ce pour un travail collectif). Me faire relire, demander l'avis de qqn qui a une approche différente du sujet, oui bien sûr ; mais je n'irai pas proposer un travail commun, pour le coup je me sentirais illégitime (sauf relation particulière et construction spontanée).

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Je ne dis pas qu'il faut forcément faire ça, mais je dis que la réflexion ces degrés d'implication dans la relation qu'une personne entretient avec un sujet qu'elle veut raconter, et l'implication du sujet lui-même mérite de ne pas être jetée. Notamment quand les personnes ont peu accès aux processus de production de discours à leur sujet.

Oui toutes les expression artistiques sont légitimes et utiles pour le peu qu'elle ne soient pas malveillantes ou ignorantes ou irrespectueuses, mais le choix même de la démarche, de sa pertinence, de l'inclusion des personnes concernées au procès de création, fait aussi partie de la question "comment traiter le handicap" je pense. C'est en tout cas ce point de détail que je voulais exprimer
Oh, je n'ai jamais considéré que c'était à jeter.
Je pense qu'il y a différents choix possibles (dès lors qu'on n'est pas concerné soi-même par la maladie ou le handicap), certains relevant davantage du recueil de témoignages / documentaire / art-thérapie, d'autres correspondant à l'élaboration classique d'une fiction, d'autres encore tenant un peu de la vulgarisation, et sûrement plein d'intermédiaires à (ré)inventer. A mes yeux la prise d'informations objectives et l'écoute (ou la lecture) des vécus subjectifs sont indispensables, mais le reste peut être composé à loisir.



Citation de: Erwan
Je rejoins Ariane sur la question "généraliste" du handicap. Cerner la schizophrénie est possible cliniquement, mais cerner "les schizophrènes" ne l'est pas.
Je suis assez d'accord avec ça oui :) (la formulation me semble plus limpide que la mienne).
Malgré tout, c'est possible que certains symptômes échappent à toute représentation possible si on ne les a pas vécus soi-même, mais j'essaye au maximum de franchir ce fossé... (et j'ai une petite expérience personnelle de certains symptômes dissociatifs). La lecture de témoignages aide beaucoup.

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Un schizophrène tueur en série, par exemple, ne représente pas l'ensemble des schizophrènes, on pourrait dire que c'est un cliché bien que cela "pourrait exister". Mais si tu prends un schizophrène plus "dans la norme", ce qui ne veut rien dire, tu restes toujours en fait dans un cas particulier. Un schizophrène qui s'auto-mutile n'est pas plus "réaliste" qu'un autre tueur en série. Il est juste moins fréquent dans la littérature mainstream. De fait, on pourrait dire effectivement qu'il est vertueux de parler de ceux dont on parle moins, c'est un positionnement d'auteur qui d'ailleurs se retrouve dans bien d'autres domaines, qui consiste à oser sortir des conventions littéraires. Mais un auteur peut faire un livre magnifique sur un tueur en série schizophrène, et avec un personnage vraisemblable qui plus est. Ce qui est très délicat, c'est l'aspect commercial, car les tueurs en série attirent, fascinent, un schizophrène ordinaire moins. De fait, on peut se demander si les auteurs écrivent moins sur les schizophrènes ordinaires, ou s'ils écrivent beaucoup là-dessus, mais que seuls les livres de tueurs en série se diffusent largement. L'auteur ne fait pas tout, il n'est lu que par un public qui le choisit (et des éditeurs).
Ben, en fait, précisément, c'est beaucoup beaucoup moins vraisemblable un schizophrène tueur en série. Et ce type de cliché est justement l'une de mes motivations à écrire.
Je suis d'accord avec toi sur certaines choses, comme le fait que de toute façon on ne représentera qu'une facette, qu'un personnage à part ; mais à mon sens il faut bien le choisir et bien traiter le thème si l'on veut une littérature engagée / éthique / respectueuse (je sais que toi et moi différons sur nos motivations à écrire).
Personnellement j'essaye de développer à plusieurs endroits du livre l'info qu'il existe des formes très très différentes de cette maladie... (Lui-même se renseigne sur sa maladie et fait des rencontres à l'hôpital).

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Pour un texte de fiction sur le handicap, à mon avis le mieux que l'on puisse atteindre, c'est qu'il soit "vraisemblable".
Je suis d'accord avec toi mais "vraisemblable" recouvre des degrés d'exigence très différents selon la réponse à la question : "vraisemblable aux yeux de qui ?". Si c'est vraisemblable aux yeux d'un public non sensibilisé, ça semble très facile ; si c'est vraisemblable aux yeux des personnes concernées, de leurs proches, des experts dans le domaine du handicap choisi, ça devient beaucoup plus ardu  :mrgreen: .



(Edit : j'ai l'impression que je commence à parler de façon trop importante de mon projet spécifique, alors que la discussion ici se veut générale ; du coup si qqn souhaite me répondre par rapport à mon roman en cours, j'ai commencé un carnet de bord ici (https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=34791.msg552551#msg552551).)
Titre: Re : Traiter le handicap
Posté par: Loup-Taciturne le 11 août 2020 à 06:21:49
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La visibilité pour tous est impossible, car il y a saturation d'informations déjà dans notre monde. En clair, plus personne ne peut tout connaître, et on ne peut pas rêver que tout ce qui mérite d'être connu le soit du plus grand nombre.
Ça n'est pas ce que j'ai dit, et c'est justement pour cette raison que la question de la visibilité est d'autant plus importante à mon sens.

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Je rejoins Ariane sur la question "généraliste" du handicap. Cerner la schizophrénie est possible cliniquement, mais cerner "les schizophrènes" ne l'est pas.
J'ai jamais dit ça... Du coup je suis d'accord...

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Tu peux essayer de solliciter ces patients, oui, encore que tu risques d'avoir des surprises quant à leur motivation intrinsèque, mais ça ne changera rien. Tu auras "des témoignages", rien de plus, rien de moins.
Je ne parlerais pas de « patient » mais de personnes dans ce cas précis d'un rapport horizontal démédicalisé. Je ne parle pas forcément non plus de recueillir des témoignages, je parle d'inclusion au processus d'écriture. L'inclusion des personnes à la société ça pourrait commencer par inclure les personnes dans son propre travail... surtout quand on travaille « sur elles », non ? Enfin je pose juste la question...

Après je pense qu'on peut parler des situations de handicap dans la fiction sans mettre en scène dans un souci de réalisme, mais en inventant complètement des choses sous l'angle de la métaphore, du conte, de la fable. Ça me parait une autre voie qui peut éviter les maladresse ou du moins les difficultés du "docufiction" ou d'une sorte de naturalisme et dont on n'a il me semble pas parlé pour l'instant. 
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Le plus drôle, c'est que les personnes handicapées peuvent être percluses de préjugés sur leur propre handicap, ce qui s'explique assez aisément car ces patients peuvent "s'intoxiquer" par les mêmes sources que les autres.
Je ne sais pas si c'est drôle mais c'est sûr que la fiction a sûrement un rôle à jouer dans le bouleversement des représentations collectives sur tout un tas de sujets concernant minorités, stéréotypes, préjugés et discriminations. Encore faut-il que la dite fiction ne reproduise pas les mêmes stéréotypes...

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Après, tu renvoies toujours une vision limitée/réduite du handicap, car tes personnages sont eux mêmes singuliers, et ne couvrent donc pas tout le champ des possibles du handicap concerné.
Oui mais il doit pouvoir être possible de présenter son personnage sous cet angle de la singularité en évitant de laisser entendre que le cas particulier vaut pour le tout, comme c'est trop souvent le cas avec l'exemple que tu cites de l'amalgame avec santé mentale et criminalité. Et même si cette piste glissante est prise, il est possible de donner à voir et comprendre le pourquoi le comportement se produit du point de vue de la personne, de faire entrer dans sa réalité, dans sa perception de la réalité, plutôt que de laisser libre cours à l'interprétation du regard extérieur. Je vois mal comment on peut appréhender le point de vue intérieur de personnes à la singularité particulière sans un solide travail de documentation et de compréhension. Si c'est vraisemblables pour ceux qui n'y connaissent rien, est-ce vraiment vraisemblable ?

Mais oui, je suis d'accord avec l'idée générale, un personnage comme une personne possède sa singularité irréductible.


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A petite échelle, j'ai déjà lu des textes sur l'autisme que j'ai trouvé très bons alors que je suis concernée et l'auteur ne l'était pas.
Oui je n'en doute pas, c'était le sens de ma remarque.

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Je sais pas... Je ne me sens pas appartenir à la majorité des gens sans problème psychique, par exemple. J'ai juste des problèmes différents de celui que je traite dans mon roman. Donc c'est un regard extérieur d'une certaine manière mais je ne me sens pas faire partie d'une majorité non plus.
Ah oui mais si on se fonde sur ton propre exemple pour articuler la discussion on risque d'être biaisé, non ? Moi je parlais dans un cadre plus général, partant du principe qu'on ne connaît pas l'histoire de l'auteur, c'est pour ça que j'étais d'accord avec toi sur le fait qu'à terme il faut regarder chaque œuvre et chaque « cas » dans sa singularité. Mais toi tu es déjà concernée par ce genre de questions dans ta vie personnelle si j'ai bien compris et dans ta vie professionnelle. C'est déjà un énorme atout par rapport aux « autres » pour commencer à appréhender ce type de question, même si ta situation est différente de celle de ton personnage. 

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Ben, oui. Je ne vois pas où tu m'emmènes avec ça '-' .
(Et en fait, je ne sais pas si tu as choisi le sujet de la schizophrénie par hasard ou bien parce que tu as lu plus haut ou ailleurs que c'était bel et bien cela le thème de mon roman actuel  ).
Ah non c'est parce que c'est un sujet qui est venu à moi à plusieurs reprise, et que je le trouve intéressant dans le sens où l’expérience de la réalité de la personne est très différente de celle des gens qui n'ont pas d'hallucinations. C'est donc il me semble un exemple qui pose les limites de la compréhension du vécu de l'autre. On peut difficilement concevoir et décrire la sensation d'entendre des voix et les angoisses que cela produit si on ne l'a jamais vécu. Même si on peut toujours essayer de s'en approcher, de l'imaginer. Après p-e que mon inconscient l'a connecté à toi je ne peux pas l'infirmer. Mais à première vu de ce côté là c'est un hasard.

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Je pense que je ne pourrais co-écrire qu'avec une personne dont je sois ultra proche tant dans notre relation que dans nos opinions. Et particulièrement sur ce sujet, je ne me verrais pas proposer à quelqu'un de concerné par un handicap d'écrire là-dessus avec moi, à moins que nous n'ayons de base une relation qui rende ce projet très spontané. Sinon, j'aurais l'impression justement d'exploiter son vécu, son handicap, de tirer un profit personnel de son histoire de vie, si je me dirige vers lui pour cette raison-là. Quand j'écris seule, je n'utilise pas le vécu personnel d'une personne ciblée, et je n'utilise pas le travail qu'elle produit (fut-ce pour un travail collectif). Me faire relire, demander l'avis de qqn qui a une approche différente du sujet, oui bien sûr ; mais je n'irai pas proposer un travail commun, pour le coup je me sentirais illégitime (sauf relation particulière et construction spontanée).
C'est intéressant que tu vois les choses comme ça.
de mon côté je ne vois pas ce qu'il y a d'illégitime, tant justement que l'autre n'est pas exploité. Inclure l'autre ce n'est pas l'exploiter, tant que les rôles sont définis, que chacun trouve sa place et que personne ne s'approprie l’œuvre collective.
Tous les gens qui font du film documentaire se posent ces questions et ce n'est pas pour autant qu'ils exploitent tous leurs sujets. Au contraire ils donnent une opportunité au récit d'exister en collaboration avec les personnes concernées. Et je trouve que c'est une démarche plutôt saine que de proposer son art à quelqu'un pour mettre en valeur son vécu et sa parole. C'est une occasion comme une autre de rentrer en relation avec l'autre à travers une activité de création qui produit de la rencontre et qui est un élément d'inclusion, à la démarche artistique mais plus généralement à la société.
Je reconnais que ma posture est largement influencée à la fois par les réflexions autour du cinéma documentaire mais aussi par celles de l'éthique de la recherche en sciences sociales, ou comment tendre à travailler "avec" les personnes et pas seulement "sur" les personnes ou "sur" une problématique.

Et puis même si tu n'utilises pas un vécu ciblé, du utilises une somme de données qui proviennent du travail et du vécu d'autres personnes, alors la question de la légitimité à raconter l'autre, pour moi on ne peut pas l'évacuer. Peu-importe qu'on travail seul sur les autre ou avec les autres.

Par contre je comprends parfaitement que cette manière ne te corresponde pas et que tu te sentes plus à l'aise dans ta démarche. Je défends juste l'idée d'un voie parallèle qui pose la question de la visibilité du sujet et de la place du sujet dans le procès de création.

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Je pense qu'il y a différents choix possibles (dès lors qu'on n'est pas concerné soi-même par la maladie ou le handicap), certains relevant davantage du recueil de témoignages / documentaire / art-thérapie, d'autres correspondant à l'élaboration classique d'une fiction, d'autres encore tenant un peu de la vulgarisation, et sûrement plein d'intermédiaires à (ré)inventer. A mes yeux la prise d'informations objectives et l'écoute (ou la lecture) des vécus subjectifs sont indispensables, mais le reste peut être composé à loisir.

Oui je souscris à ta synthèse, sachant que chaque démarche a ses avantages et ces inconvénients et ne témoigne pas du même type de relation au sujet. Après ce n'est qu'en bout chaîne qu'on peut « évaluer » ou « apprécier » les effets du discours.

Mais globalement je suis d'accord avec toi et je comprends mieux ta position du fait que tu tiennes à affirmer la démarche dans laquelle tu es inscrite, démarche qui ne me semble pas moins légitime qu'une autre pourvu qu'elle soit, comme chacune, effectuée en pleine conscience et réflexivité (ce qui m'a l'air d'être aussi ton cheval de bataille).

Désolé pour les redites avec tes réponses à Erwan, j'ai écrit au fil de la lecture.
Titre: Re : Traiter le handicap
Posté par: Ariane le 11 août 2020 à 07:57:06
Citation de: Loup
je comprends mieux ta position du fait que tu tiennes à affirmer la démarche dans laquelle tu es inscrite
Effectivement, je suis pas neutre dans ce débat...
Je pense aussi que ma position était plutôt de dire : "c'est possible de le faire de manière respectueuse", mais "c'est possible" ne veut pas dire que c'est facile, ne veut pas dire que c'est une évidence, au contraire ça me paraît plutôt un chemin tortueux.

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Ah non c'est parce que c'est un sujet qui est venu à moi à plusieurs reprise, et que je le trouve intéressant dans le sens où l’expérience de la réalité de la personne est très différente de celle des gens qui n'ont pas d'hallucinations. C'est donc il me semble un exemple qui pose les limites de la compréhension du vécu de l'autre. On peut difficilement concevoir et décrire la sensation d'entendre des voix et les angoisses que cela produit si on ne l'a jamais vécu. Même si on peut toujours essayer de s'en approcher, de l'imaginer. Après p-e que mon inconscient l'a connecté à toi je ne peux pas l'infirmer. Mais à première vu de ce côté là c'est un hasard.
C'est surprenant parfois de voir comment nos représentations diffèrent : ça ne me paraît pas difficile du tout de me représenter des hallucinations, c'est un phénomène assez simple. On fait tous l'expérience d'entendre, de voir ou de ressentir. Ce qui me paraît plus complexe ce sont certains symptômes dissociatifs, la dépersonnalisation très très poussée, la perte de la fluidité du langage, la manière dont peuvent apparaître des convictions délirantes, etc.

La démarche pour un documentaire ou une étude me semble différente de celle pour une fiction (on se propose de représenter le vécu des personnes en toute transparence) ; mais c'est peut-être parce qu'on y est plus habitué.
Titre: Re : Traiter le handicap
Posté par: Loup-Taciturne le 11 août 2020 à 10:08:48
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ça ne me paraît pas difficile du tout de me représenter des hallucinations, c'est un phénomène assez simple. On fait tous l'expérience d'entendre, de voir ou de ressentir. Ce qui me paraît plus complexe ce sont certains symptômes dissociatifs, la dépersonnalisation très très poussée, la perte de la fluidité du langage, la manière dont peuvent apparaître des convictions délirantes, etc.
Oui, également, j'avais en tête les voix car c'est souvent ce qui est rapporté et que je pensais aussi à un documentaire que j'avais partagé ici, "les entendeurs de voix" dans lequel un "entendeur de voix", qui préférait ne pas être appelé "malade" ou "schizophrène", essayait de travailler avec le son pour représenter ces "voix", les siennes et celles d'autres entendeurs de voix. Mais oui, j'imagine que d'autres "symptômes"/particularismes sont encore plus difficiles à appréhender.

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La démarche pour un documentaire ou une étude me semble différente de celle pour une fiction (on se propose de représenter le vécu des personnes en toute transparence) ; mais c'est peut-être parce qu'on y est plus habitué.
C'est aussi que le "grand public" est souvent habitué à des formes de documentaires "pédagogiques" ou de "reportages" qu'il confond ou amalgame au travail de documentaire "d'auteur' ou "de création". Dans cette dernière perspective ou parle parfois de "nouvelles écritures du réel" qui se donnent avant tout pour intérêt de mettre en récit, de raconter la réalité/à partir de la réalité. Je ne crois pas fondamentalement à une dichotomie entre documentaire et fiction. C'est une question de matériaux, de forme et traitement des matériaux et du rapport, de la distance, entretenue avec la réalité, avec le sujet dont on parle, que l'on met en scène.
Titre: Re : Traiter le handicap
Posté par: Earth son le 11 août 2020 à 12:59:03
Bon, je vais peut-être me faire lyncher mais je ne me voyais pas ne pas intervenir dans ce fil puisque le handicap, c'est un peu mon "fond de commerce".
Oui, c'est mal dit mais rien à faire, mes persos sont, le plus souvent, atteint d'une forme ou autre de handicap (physique). Allez savoir pourquoi, je ne sais pas, c'est comme ça que je les vois.
Je ne me sens pas comme une porte parole (d'ailleurs je n'ai pas de handicap et personne dans mon entourage donc...) mais je vois le handicap dans mes textes comme une particularité de mes personnages mais pas comme ce qui fait mon personnage : c'est une part d'eux sans être eux tout entier.
Je crois que je ne m'exprime pas très bien
Bref, il n'est pas question pour moi de prendre des pincettes et de traiter le handicap comme pourrait le faire une personne réelle à travers son témoignage. Je fais de la fiction. Fiction c'est, fiction cela restera.
Evidemment, j'essaye d'éviter d'écrire de grosses bêtises. Je me renseigne longuement avant d'écrire, je lis des témoignages, parcours les forums...
Bon voilà, je n'ai pas fait avancer le schmilblick mais je souhaitais intervenir.