Petite histoire qui prend doucement forme, il y a plusieurs parties à lire dans ce post, en voici le sommaire :
Chapitre
1-Le problème avec JudithChapitre
2- C'est gênant. Chapitre
3- Je trouve ça indigeste.Chapitre
4-Judith est une salope.Chapitre
5-Le sourire, c’est du service. 6-Tout blanc à l’intérieur. 7- Réveille-moi. 8- Comme du cotonChapitre
9- De Marbre. 10- Adieu, mon Amour. 11-Le plus beau jour de ma vie. 12-Et les moutons...Chapitre
13-Sans surprise. 14-Nouvelle donne. 15-Des larmes de joie 16-Tout en contraste. 17-Vous êtes un père comblé ? 18-Comment tu t’appelles ?
Histoire finie !

Bonne lecture !
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Sans surprise.Les choses deviennent ce qu’elles doivent devenir. Une seule femme c’est pas suffisant pour ton corps Eimeric, toi et moi on s’en doutait.
Alors forcément, y a ce soir particulier, où je rentre un peu plus tard, parce que j’étais chez mes parents, et que ma mère voulait me parler encore et encore.
Ce soir où tu as oublié que tu m’avais épousée. Le soir où tu as oublié qu’on vivait à deux chez toi.
Elle avait surement dû t’admirer toute cette soirée organisée en ton honneur, belle et parfumée, fine et brillante, à ta merci.
Maintenant, elle est nue et endormie dans ton lit. Oui, ton lit celui qui n’a pas vraiment eu le temps de devenir le nôtre.
Je suis dans l’encadrement. Paisible, limite libérée d’un poids.
Tu ouvres les yeux, je lis sur ton visage un mélange de surprise et de culpabilité. Soudain tu te souviens, l’alcool et l’orgueil ont dû se dissiper un brin.
Ma tête hoche doucement, un peu comme pour te rendormir. Tu ne te lèves pas, tu sais que ça sert à rien.
J’attrape quelques affaires dans ton salon, je viendrai reprendre le reste plus tard.
Ma mère se plaignait justement plus tôt de ne pas réussir à louer l’Appartement. Je retrouve tes clefs, près de ta télé, dans une petite coupelle turquoise que Judith t’a offerte un été, pour mettre de la couleur dans ton encre, elle avait dit.
Je caresse un instant son visage au creux de moi. Puis je ferme la porte sur ta vie.
Sans surprise, tu ne me retiens pas.
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Nouvelle donne.Rester dans l’Appartement ce soir-là, c’était juste un peu trop. Alors je suis sortie, retrouver mes pas sur les trottoirs du quartier, à la lumière blafarde des lampadaires.
Je n'étais pas vraiment triste. Pas vraiment blessée non plus. J’aimais Eimeric depuis assez longtemps pour savoir que c’était inévitable. Eimeric, il était pour Judith.
Je n’étais qu’une partie de l’Appartement, un bout de décor familier. Je devais retourner à ma place, et retrouver un second souffle.
Mes jambes animées de quelques dessins inconscients arrêtent le mouvement de mes pensées. Je lève la tête.
Evidemment, je retrouve le MacDo devant moi, en mode nocturne, replié sur lui-même, gros chat ventru, parcourus de ses clients agités et affamés.
Je reste postée devant. Dans une heure, c’est la fermeture.
La pluie commence à tomber.
Je la sens glisser sur mes cheveux, mes vêtements, rentrer dans ma nuque, imprégner mes vêtements et les pénétrer. Une pluie un peu chaude, d’été indien.
Je me rappelle du visage de Judith sous la pluie, en train d’hurler :
« Oh oui ! Pluie ! Lave moi ! Purifie moi ! Pénètre moi ! » et son explosion de rire, la danse de joie dans laquelle elle m’embarquait au milieu du parc, au milieu de la nuit, au milieu de mon cœur.
Je me mets à sourire, à sourire profondément, pleinement, totalement. A sourire comme j’ai jamais souri. Je me sens vivante. Incroyablement vivante. Et tremblante aussi…
« Tu ne serais pas en train d’attraper froid, Johanna ? ».
Mon ancien chef a toujours la même voix vibrante, mais pour le coup, là aussi, je ne suis pas la bonne personne.
Alors, ça me fait rire. Mais d’un rire presque compulsif. Un rire un peu fou, un rire qui explose en des milliers de morceaux de couleurs.
Je crois qu’il finit par se demander si je ne suis pas un peu ivre. Et il décide de me ramener chez moi.
Le seul chez moi qu’il connaisse, car pour le reste, il ne sait pas grand chose finalement.
Il monte avec moi à l’Appartement, il sait que je sais, et que donc tout va bien, les moutons, les vaches tout ça… Alors, il me dit, tranquillement :
« Va falloir se désaper et prendre une douche chaude, mademoiselle je-me-marre-comme-une-démente-sous-la-pluie ».
Quand je sors de là, habillée dans un de mes vieux tee shirts, enfourné à la va vite dans mon sac en partant de chez Eimeric, il m’a préparé un thé chaud, et il regarde la déco.
« C’est un peu vide ici ».
Alors, moi qui jusqu’ici ne parlait quasiment jamais, je lui raconte tout, depuis le début, en détail, je lui parle comme j’ai jamais parlé à quelqu’un. Et ça dure toute la nuit.
Il m’écoute, vif, intéressé, curieux, amusé, attristé.
Je crois que j’ai fini par m’endormir dans ses bras, et pour une fois, même l’aube ne m’a pas fait peur.
Quand je me réveille, il a monté des viennoiseries et il est en train d’enfiler son manteau.
« Je dois aller bosser, Johanna. Au fait, moi c’est Antoine pour toi maintenant, je repasserai peut être ce soir, si tu veux on se fera un truc ».
Je souris et j’acquiesce.
La porte se referme en douceur.
Et je crois que c’est là que j’ai vomi.
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Des larmes de joieJe continuais à vomir, à intervalles réguliers. Je m’étais donc assise directement dans la salle de bain. Les souvenirs en surface tremblotaient au-dessus de moi.
La tige blanche entourée de plastique était posée sur le lavabo, pas bien loin de là.
Je crois que si c’est une fille, je l’appellerai Judith, tu vois…
Antoine vient de frapper à la porte, comme je suis à nouveau en train de me pencher sur les toilettes, je l’entends entrer.
Il débarque dans la salle de bain, et me tient les cheveux.
Si tu savais comme ça me fait marrer, Eimeric. Si tu savais…
Il me récupère, un peu secouée, un peu tremblante, le visage couvert de larmes acides.
« Hey, ça va aller ? Retour de ta cuite d’hier ? »
Il ne sait pas encore que je bois jamais d’alcool. Je fais un mouvement de menton vers l’objet du délit.
Il lève un sourcil, me regarde surpris, prend la chose pour l’examiner.
« Oh la vache ! », exprime-t-il.
Et les moutons, je pense, décidément hilare.
Antoine m’observe tranquillement, il tente de jauger la situation. Puis, il aperçoit mon sourire sous le déluge.
Il m’aide à me redresser un peu, on dirait que la crise se calme enfin. On retourne s’installer dans le canapé rouge.
Tout me semble familier et nouveau. Évident un peu aussi.
On passe la soirée devant une pizza, à laquelle je touche à peine.
Cette fois, c’est lui qui me raconte sa vie.
Je lui demande si l’alliance appartient à une union.
Il me dit « Mascarade ».
Et je lui réponds que la mienne aussi.
C’est bon de parler enfin avec quelqu’un.
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Tout en contraste. Il faut quelques jours à ma mère pour débarquer chez moi. Une enveloppe craft à la main, ouverte évidemment, malgré mon nom inscrit dessus de la main d’Eimeric.
Elle est dans un état terrible. Un mélange de colère et de stupeur. Cela me donne envie de sourire.
Je la salue, en me levant pour allumer la bouilloire. L’après midi va être longue.
Ce sont les papiers du divorce, avec un petit post-it blanc qui porte un « je suis désolé ».
Un peu court pour un auteur, mais pour une fois qu’il me noie pas dans son discours, j’apprécie.
J’explique à ma mère que je vais rester ici, que j’ai repris mes études, et mon travail. Et que je vais lui payer le loyer de l’Appartement.
Elle refuse. Encore un peu choquée, mais peut être encore plus de me voir si sereine.
« J’étais tellement sûre ».
Tu as toujours été sûre de tout me concernant, ma pauvre petite maman. Mais je n’ai pas besoin de te le dire. Tu sens bien que tu t’es trompée tellement fort jusqu’ici que tu n’en rajoutes pas.
Je t’annonce pas tout de suite ce qu’il va se passer plus tard, je me garde ça pour un jour plus doux, avec plus de soleil et de chaleur dedans.
Au printemps surement, quand ça deviendra évident.
Je t’explique que je suis bien maintenant, toute seule. Et que j’ai juste besoin de calme, de tranquillité. De me concentrer sur l’essentiel.
Tu me regardes abasourdie. Tu es mignonne quand tu arrêtes de forcer ton sourire.
Je te demande si cela ne te dérange pas de me donner tes clefs, j’aimerais les prêter à un ami qui me soutient beaucoup ces derniers temps.
Je vois une lueur d’espoir mais là j’ai plus envie de jouer. Je lui explique les histoires des moutons et des vaches à ma petite maman.
Et dans la foulée, je lui parle de ma préférence en la matière. Et de Judith.
Ma mère, elle ressort de chez moi, en cherchant la réalité à tâtons.
Je m’excuse silencieusement auprès de mon père, la soirée va être compliquée pour lui.
J’enveloppe l’Appartement du regard, la lumière filtre par les grandes fenêtres de la cuisine, et se déverse jusqu’au canapé rouge. Mon coeur fait un petit bruit d’oiseau sorti du nid.
Je vais peut-être changer quelques coussins.
Quelque chose de plus vif, de plus intense.
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Un père comblé Antoine me tient la main, et je tente de ne pas hurler et de me concentrer sur ma respiration. La sage femme m’accompagne avec ses conseils.
Les murs sont blancs, et je me sens à la fois incroyablement mal et fabuleusement bien.
A chaque nouvelle vague, je serre la main sombre et rassurante de mon ami.
J’ai refusé de savoir avant ce que tu étais, petit bout de moi, mais j’y crois, j’y crois si fort.
Finalement, les choses sérieuses commencent à se mettre en place, j’ai une violente poussée de nausée.
Décidément, tu aimes me secouer les tripes, et j’ai l’impression que ça ne sera pas la dernière fois.
Et puis, tu commences à sortir de là, à trouver l’issue, mon issue.
Alors, on te pose sur moi, en me disant que tu es une fille. Une belle petite fille toute neuve.
Ma petite Judith.
La sage femme se tourne vers Antoine.
« Vous êtes un père comblé ! »
La première chose que tes petites oreilles ont entendu, je crois bien que c’était notre rire.
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Comment tu t’appelles ? Eimeric a su que tu existais bien sûr, mais il n’a jamais cherché à en savoir plus, je crois qu’il avait trop honte. Et qu’il n’avait pas envie de me retirer ça aussi, le privilège de t’avoir rien que pour moi.
Je l’en remercie. Profondément.
Tu as grandi avec cette force qu’ont les enfants. Cette gravité qui leur est propre. Cette joie d’être qui n’appartient qu’à eux.
Ta grand-mère était folle de toi. Ton grand-père aussi, mais il le montrait moins. Sans rire, faudrait quand même pas se laisser aller.
Antoine était devenu ton meilleur ami et ton plus grand confident, après ton nounours.
Et j’étais ta mère. Tout simplement.
Parfois, Judith, tu avais ce même sourire, le matin. Ce sourire que j’aimais si fort. Et cela me faisait du bien à l’intérieur, si fort, si intensément.
Tu as 4 ans aujourd’hui, tu es une grande !
Tu aimes m’affirmer ça avec tes grands yeux clairs, ceux de ton père.
Antoine t’a promis de te présenter le fils d’un ami à lui, pour ton anniversaire. Tu ne tiens plus en place.
On frappe enfin à la porte. C’est juste pour faire un peu dans le théâtral car y a bien longtemps qu’Antoine, il ne frappe plus à la porte.
« Mais rentre ! » hurles-tu en m’imitant malicieusement.
La porte s’ouvre sur la silhouette toujours impeccable d’Antoine, le très sympathique jeune homme blond qui m’était maintenant familier, et un petit garçon de ton âge, intimidé avec ses cheveux mi longs, et son petit visage triangulaire.
« Comment tu t’appelles ? » lui assènes-tu sans ménagement.
« Johan » murmure-t-il.
Evidemment.