Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

02 Octobre 2026 à 07:12:38
Bienvenue, Invité. Merci de vous connecter ou de vous inscrire.


Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Métaphores oisives

Auteur Sujet: Métaphores oisives  (Lu 2252 fois)

Hors ligne Dot Quote

  • Équipe Mammouth - Maquette
  • Vortex Intertextuel
  • Messages: 6 201
  • ?
Métaphores oisives
« le: 15 Mars 2014 à 10:34:25 »
Quelques petits contes-paragraphes, qui ne poursuivent rien d'autre qu'un léger moment de paix, une touche, une impression, une image. Je ne sais pas trop ce que vous en penserez.

- Métaphores Oisives
- Métaphores Oisives 2
- Oups (Métaphores Oisives 3)
- Anesthésie (Métaphores Oisives 4)
- Entière (Métaphores Oisives 5)
- Albinos (Métaphores Oisives 6)
- Mer de sable (Métaphores Oisives 7)



Ne plus choisir. Se laisser dériver. Un pétale de rose au milieu d’un étang, qui vogue au gré d’un courant inexistant. Je suis l’absence totale de volonté de mon monde automatisé, perdu au milieu de cette immensité d’eau calme et plate. Au dessous de moi se promènent des poissons voile, ces bestioles orangées aussi placides que mon état stationnaire.

Zen. Ce petit rocher gris posé dans ce jardin de sable, entouré de stries marquées par le maitre, de son râteau miniature. Ce sable pas vraiment jaune, mais pas vraiment gris non plus, qui forme un petit désert pas loin des pagodes. Un sphinx bat des ailes au dessus des bonzaïs.

En orbite. L’immensité ronde, à cette altitude, est le dernier vestige d’éléments de repères. Au dessus. En dessous. Et je flotte. Dans l’espace, le jour est aussi noir que la nuit : il n’y a pas cette atmosphère pour diffuser la lumière. Le prisme de la vie n’est plus, il n’y a plus que le vide intersidéral.

Le supplice de la goutte. Au fond de cette caverne, la source est presque tarie. Les larmes coulent l’une après l’autre, comme le tic-tac d’une horloge. Elles se succèdent, sans fléchir. Plic. Plic. La rythmique de métronome est cent pourcents naturelle, composée de ces perles nacrées qui se détachent de la congère. C’est enivrant de douceur, mais la folie guète.

Une éternité. La concaténation millénaire de toutes ces secondes, s’enchainant au rythme de la vie, et la lente course du temps. La pousse d’une écorce, immobile au milieu de la forêt. D’un jour à l’autre, tout est pareil, mais tout est changé. Un micron de plus, partout, pour tout.

Erosion. La caresse du vent, chose la plus fragile qui soit, face à la dureté de la roche, qui pourtant s’effrite, s’effrite. Rien n’arrête l’air, même si tout le déchire. Le fluide face au solide. L’un se modèle, se transforme et se reforme, tandis que l’autre reste là, et s’use. Lentement, très lentement.

Un grincement sur un mat. Le bois se plie, se tord. La voile se gonfle, et emprisonne le vent. Celui-ci pousse, souffle, et fait avancer le navire. La toile tendue se contorsionne pour épouser l’effort invisible. L’horizon au loin n’est qu’un arc de cercle infini, une boucle, un dôme.

Une toile dans un musée. Rien de plus inerte que ce rectangle dans lequel est emprisonnée une vie, une impression, une image. Et pourtant, le mouvement nait de cette immobilité. Une scène. Devant elle se succèdent des regards figés, qui tentent d’y pénétrer l’espace d’un instant. Plonger à l’intérieur, s’y confondre le temps de l’observation.

Le roulis des vagues de sable dans un désert. Infiniment plus lent que celui de l’eau. Des milliards de morceaux solides qui forment un fluide. Comme un immense sablier. Les dunes filent au gré du vent, qui passe et repasse, brûlant, sur la surface fine et lisse, orangée.

Cent degrés. Les bulles naissent au fond, puis courent vers le haut avant de mourir, à la surface des reliefs mortels de toutes ces agitations ébouillantées. La transparence calme n’est plus, tout n’est que déformation, tout n’est qu’anamorphose. Le fond de la casserole se tord, se découpe, se morfond.

Orage. L’air chaud et l’air froid ne se mélangent pas. L’atmosphère s’assombrit, et la pression change. Des gouttes se forment, puis tombent. La tension s’accumule, et un éclair surgit. Une explosion. Le trait de lumière parcourt en un instant la distance qui le sépare de la terre, et le son est assourdissant.

Miroir. Un rideau lisse et plat. D’un côté le monde, ses reliefs, ses aspérités. On s’y promène, on s’y perd. De l’autre côté le néant. Et le reflet. L’exact inverse du monde, qui part loin derrière la perspective. On s’y retrouve lorsqu’on est en face, mais jamais on ne peut passer.

« Modifié: 26 Février 2016 à 15:30:03 par Dot Quote »
.

Kalhem

  • Invité
Re : Métaphores oisives
« Réponse #1 le: 15 Mars 2014 à 10:45:40 »
Salut Dot Quote !

J'ai trouvé chacun des paragraphes très sympa, notamment l'érosion *o*. En revanche j'ai trouvé ça très dommage qu'il n'y ait pas vraiment de lien entre chacun d'entre eux. Peut-être pourrais tu faire une sorte d'effet de zoom ou de de-zoom, je sais pas si je suis bien claire là  :???: plus on avancerait dans les paragraphes, plus on zoomerait ou inversement. M'enfin ce n'est qu'une proposition  :-[.

Au plaisir de te lire à nouveau !
« Modifié: 15 Mars 2014 à 10:57:59 par Kalhem »

Camille Acristem

  • Invité
Re : Métaphores oisives
« Réponse #2 le: 15 Mars 2014 à 10:48:29 »
C'est intéressant parce que tu pars dans une direction esthétique très moderne, qui peut te permettre d'interroger ta voix en tant que voix et non pas en tant qu'élément de coïncidence à ton identité. Même si la littérature, je suppose, est importante dans ton approche du réel et/ou de l'irréel, au point, certainement, de te définir à tes yeux, tu t'engages là sur une poétique et des réflexions qui permettent de s'extraire d'une confusion entre langage et bouche qui, souvent hélas, taisent petit à petit l'un par l'autre. C'est la dépersonnalisation, qui est à mon sens une étape nécessaire de l'évaluation de soi par soi hors de soi. Je ne manipule pas des idées élégantes, je te parle vraiment là. Contempler un monde qui est à la foi soi, à la fois en soi et à la fois contenant de soi. C'est très intéressant. L'onirisme et les rêveries sont un des moyens d'expérimenter cet espace intervallaire presque indéfinissable et presque impossible à trouver spontanément, ce sont les fameuses limbes qu'on connaît tous et sur lesquels nul autre n'a de regard. Ces métaphores sont des traitements de ces interrogations.

Mais par contre évite les paratextes c'est vraiment maladroit. Enfin, ça n'apporte aucun confort de lecture ni même, je ne pense pas, d'écriture.

Hors ligne Dot Quote

  • Équipe Mammouth - Maquette
  • Vortex Intertextuel
  • Messages: 6 201
  • ?
Re : Métaphores oisives
« Réponse #3 le: 15 Mars 2014 à 10:57:25 »
Waw, Camille, c'est vraiment poussé ta critique. Je suis pas sûr d'avoir tout compris. Pour le 'soi/hors soi', j'avoue que j'y avais pas pensé, on le remarque bien d'ailleurs avec la présence du 'je' au début, qui disparait après ce premier paragraphe. Pour l'onirisme, c'est exactement ce que je recherchais, un moyen instantané de décrire quelque chose de langoureux, d'atemporel.

Kalhem, je suis content que ça t'ai plu. Pour l'effet de dézoom, ça aurait justement mis trop de lien entre ces petits contes, et je voulais qu'ils soient pris un par un (par contre, va poster un texte pour chaque et tu te feras virer d'ici, c'est pour ça que c'est une petite compil).

En tout cas merci d'être passés.
.

Hors ligne LeBossu

  • Grand Encrier Cosmique
  • Messages: 1 306
Re : Métaphores oisives
« Réponse #4 le: 15 Mars 2014 à 22:51:52 »
Salut !
Déjà, je vais me débarrasser de deux-trois coquilles :
Citer
cent pourcents
Citer
la folie guète

et puis ces deux choix d'adjectifs qui m'ont semblé un peu en-dessous :
Citer
de mon monde automatisé
Citer
le vide intersidéral
Sinon, je dois te dire que je dois souvent m'accrocher pour te suivre, mais cette fois-ci, merci de t'être mis un peu à mon niveau de lecture, parce que j'ai trouvé ce texte limpide. Donc avant que je n'essaie de me perdre dans des trucs subjectifs, permet-moi de te balancer un simple « j'ai beaucoup aimé », parce que c'est vraiment la façon la plus simple de résumer mon impression.

Maintenant, place au blabla :
Avant tout, j'ai apprécié la concentration de ton regard le long de ton texte ; tu tiens une ligne et tu ne la lâches quasiment pas jusqu'au bout ; le fait que je n'aie chipoté que sur deux points, minuscules, infimes, montre bien que je t'ai suivi avec la plus grande attention. J'ai aimé cette tentative de définir plus à partir de la simple sensation : on contemple, on entend le son, et en cherchant à le saisir, ou plutôt, en en traquant le sens, l'esprit semble nous en donner l'écho, ou une idée de l'écho. Enfin il y a la précision du terme ; beaucoup de pièces s'emboitent vraiment bien.
Avant de terminer, une petite phrase qui m'a bien plu.
Citer
Un grincement sur un mat. […]La voile se gonfle, et emprisonne […]. La toile se contorsionne pour épouser l’effort invisible.

Bref, j'ai vraiment beaucoup aimé ; tu fais chier.
Mais surtout, merci, bien entendu.  :)

PS :
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
Et alors ?

MillaNox

  • Invité
Re : Métaphores oisives
« Réponse #5 le: 10 Juin 2015 à 13:42:22 »
Salut ! :)

j'allais lire le 2 donc je viens d'abord commenter le 1 ^^

Citer
Le supplice de la goutte. Au fond de cette caverne, la source est presque tarie. Les larmes coulent l’une après l’autre, comme le tic-tac d’une horloge. Elles se succèdent, sans fléchir. Plic. Plic. La rythmique de métronome est cent pourcents naturelle, composée de ces perles nacrées qui se détachent de la congère. C’est enivrant de douceur, mais la folie guète.
guette

Citer
Une éternité. La concaténation millénaire de toutes ces secondes, s’enchainant au rythme de la vie, et la lente course du temps. La pousse d’une écorce, immobile au milieu de la forêt. D’un jour à l’autre, tout est pareil, mais tout est changé. Un micron de plus, partout, pour tout.
je connaissais pas le mot, je sais pas s'il marche pour du temps ?

J'aime beaucoup l'idée, c'est bref mais ça ouvre à plein de sensations, c'est visuel, ça fait réfléchir, ou rêver  ^^
Je trouve que ça se prêterait particulièrement bien à en faire des calligrammes !

j'ai mes petits préférés ;)
Citer
Ne plus choisir. Se laisser dériver. Un pétale de rose au milieu d’un étang, qui vogue au gré d’un courant inexistant. Je suis l’absence totale de volonté de mon monde automatisé, perdu au milieu de cette immensité d’eau calme et plate. Au dessous de moi se promènent des poissons voile, ces bestioles orangées aussi placides que mon état stationnaire.
Citer
Erosion. La caresse du vent, chose la plus fragile qui soit, face à la dureté de la roche, qui pourtant s’effrite, s’effrite. Rien n’arrête l’air, même si tout le déchire. Le fluide face au solide. L’un se modèle, se transforme et se reforme, tandis que l’autre reste là, et s’use. Lentement, très lentement.
Citer
Le roulis des vagues de sable dans un désert. Infiniment plus lent que celui de l’eau. Des milliards de morceaux solides qui forment un fluide. Comme un immense sablier. Les dunes filent au gré du vent, qui passe et repasse, brûlant, sur la surface fine et lisse, orangée.
Citer
Cent degrés. Les bulles naissent au fond, puis courent vers le haut avant de mourir, à la surface des reliefs mortels de toutes ces agitations ébouillantées. La transparence calme n’est plus, tout n’est que déformation, tout n’est qu’anamorphose. Le fond de la casserole se tord, se découpe, se morfond.
:coeur: :coeur: :coeur: :coeur: :coeur:

Merci et on se retrouve tout de suite au n°2  :D

Milla

 


Écrivez-nous :
Ou retrouvez-nous sur les réseaux sociaux :
Les textes postés sur le forum sont publiés sous licence Creative Commons BY-NC-ND. Merci de la respecter :)

SMF 2.0.19 | SMF © 2017, Simple Machines | Terms and Policies
Manuscript © Blocweb

Page générée en 0.016 secondes avec 23 requêtes.