Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

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Auteur Sujet: Poésie et sens  (Lu 12247 fois)

Hors ligne Treva

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Re : Poésie et sens
« Réponse #15 le: 05 Janvier 2012 à 21:06:32 »
Je me sens obligé de mettre mon avis ici, car j'ai eu ce débat de nombreuses fois avec un ami:
"Qu'est-ce que la poésie ? Où s'arrête la beauté, où commence la description?"

Je suis de ceux qui estiment que la poésie est effectivement un effort de la part de l'écrivain de la recherche de beauté profonde dans son écriture, à tel point qu'à terme les mots agencés deviennent un art, un sillon qu'il creuse pour que repose son essence.

Il est évident qu'aucuns poètes n'a le même style, la même sensibilité, vocabulaire ou sens du rythme. Il n'empêche que tous écrivent avec leurs tripes et leur sang.
Ecrire de la poésie exige un total abandon de pudeur, une totale liberté d'esprit, à tel point que son art deviennent une porte ouverte sur son être profond.

Ainsi, et même si l'on peut ne pas aimer le texte écrit, le lecteur sentira (s'il a  un minimum de sensibilité) si le poète se livre ou s'il ne fait que décrire ce qu'il ressent...

Pour moi, la poésie est la porte de l'âme: elle s'y déverse. Au lecteur le soin se la boire, de s'y noyer ou de la fuir.

"Et le reste n'est que littérature."

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Re : Poésie et sens
« Réponse #16 le: 05 Janvier 2012 à 22:12:25 »
Je trouve que Loredan a vraiment trouvé les mots justes...En tous cas, je suis vraiment d'accord.

Vouloir absolument décortiquer toutes les images du poème pour savoir ce qu'il y a dans la tête et le ventre de celui qui écrit est un acte assez violent de démystification du texte qu'il a sorti de ses tripes...Perso, j'ai l'impression qu'on regarde mes entrailles.

Hors ligne ernya

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Re : Re : Poésie et sens
« Réponse #17 le: 05 Janvier 2012 à 22:21:22 »
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Vouloir absolument décortiquer toutes les images du poème pour savoir ce qu'il y a dans la tête et le ventre de celui qui écrit est un acte assez violent de démystification du texte qu'il a sorti de ses tripes...Perso, j'ai l'impression qu'on regarde mes entrailles.
ben si ton texte tu l'as vraiment sorti de tes tripes, on les voit tes entrailles. :mrgreen: Et c'est pas forcément plus mal, ça veut dire que t'as été vraiment sincère, c'est plutôt cool.
"Je crois qu'il est de mon devoir de laisser les gens en meilleur état que je ne les ai trouvés"
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Re : Poésie et sens
« Réponse #18 le: 06 Janvier 2012 à 16:15:04 »
J'ai pas grand chose à apporter à la conversation, si ce n'est que je suis en tout point d'accord avec l'avis d'ernya. ^^
C'est aussi surtout qu'en poésie y a un certain snobisme, comme en peinture ou en sculpture, qui fait que de nos jours, on peut avoir une bouteille en pastique posée sur un piédestal et considérer ça comme de l'art... La poésie me fait un peu le même effet. Comme dit ernya, tout et n'importe quoi se dit poésie.

A titre personnel (mais je ne pense pas être un cas unique ^^^), les oeuvres hermétiques, si je sens à la fin qu'il y a un fil conducteur mais que je n'ai pas réussi à le suivre, je peux apprécier. Mais il faut que j'aie le sentiment que, si je décortique le poème, si je le lis davantage, en grattant un peu la surface, je vais trouver quelque chose, de posé, de réfléchi. (Je n'utilise pas "réfléchi" par opposition à la spontanéité ou à ce qui vient des tripes. J'oppose texte réfléchi à texte écrit "comme ça", qui ne veut rien dire et ne prétend rien dire - qui, en fait, se donne les allures de poème hermétique mais qui en réalité est juste un assemblage de mots).
Par contre, si arrivée à la fin, je n'ai strictement rien compris et que je n'ai pas cette impression que quelque chose m'a échappé, je passe mon chemin sans accorder d'attention au texte.
C'est un peu comme quand on lit une de mes nombreuses citations qui apparaissent partout, sur internet, sur les agendas, etc. Souvent, la phrase est toute simple mais cache plein de sens. Un poème hermétique est un peu pareil à mes yeux. Il faut que je sente qu'il y a quelque chose derrière les mots.

Je pense que, quand on lit un texte au sens opaque, on a le sentiment au début que les mots constituent une sorte de fil rouge, auquel on s'agrippe et qui va nous entraîner quelque part - même si pour le moment on ne voit pas où. Si au bout de quelques lignes, on s'aperçoit qu'en fait il n'y a pas de fil, que c'est juste un assemblage vain, on décroche. De la même façon, si, à la fin, on s'aperçoit que ça ne nous a amené nulle part, on passe aussi son chemin.
Après, ce fil rouge peut être un sens, mais il peut être d'autres choses : une métaphore filée, un jeu de sonorités, d'images, etc. Même une sorte de non-sens, mais assumé (je pense aux trucs surréalistes, dont le sens est en quelque sorte le non-sens... Je me comprends, mdr.). Ça rejoint ce que disait Loredan sur la cohérence.
Mais il faut qu'il y ait quelque chose, un but, un sentiment d'achèvement qui fait du poème un texte en soi et pas un assemblage incohérent ; et il faut que le lecteur le sente.

Je ne vise personne ici non plus (je ne t'ai même jamais lue, Menthe), mais je trouve que l'excuse "ça vient des tripes" est souvent un peu facile. T'as pas aimé/pas compris ? C'est tant pis pour toi, parce que de mon côté, ça venait des tripes. Euh oui, mais, comme disait ernya, quand on écrit, peint, etc., on fait un acte qui s'adresse à un lecteur, à un autre. C'est assez facile d'écrire quelque chose de personnel. Après, que ce qui en résulte soit suffisamment mis en forme pour toucher quelqu'un d'autre,  je trouve que c'est là que réside la difficulté - et l'intérêt.
« Modifié: 06 Janvier 2012 à 16:23:28 par Milora »
Il ne faut jamais remettre à demain ce que tu peux faire après-demain.

Hors ligne Sensei

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Re : Poésie et sens
« Réponse #19 le: 06 Janvier 2012 à 17:09:31 »
Sans vouloir éviter les vraies questions, je suis intimement persuadée que cela reste une question de goût...
Certains voudront tout comprendre et d'autres n'en ressentiront pas le besoin et cherchent autre chose en poésie.

Pas de vérité absolue sur cette question.

Hors ligne Milora

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Re : Poésie et sens
« Réponse #20 le: 06 Janvier 2012 à 17:40:08 »
Je pense qu'il y a effectivement une question de goût : un bonne œuvre peut plaire ou ne pas plaire (je trouve Roubaud sans la moindre espèce d'intérêt, alors que ça émeut certains jusqu'aux larmes).
Mais un texte raté sera raté pour tous ses lecteurs  ;)
Il ne faut jamais remettre à demain ce que tu peux faire après-demain.

Hors ligne Menthe

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Re : Poésie et sens
« Réponse #21 le: 06 Janvier 2012 à 19:59:56 »
@Milora : peu de chances que tu me lises, je suis très pudique pour mes instantanés (parce que oui je fais des instantanés et pas de la poésie, je harponne l'oiseau en plein vol pour le planter directement sur les mots, je ne cherche pas à l'accompagner  :mrgreen:)

Je pense qu'au fond nos idées sont quand même plus ou moins semblables sur le sujet. Si on résume, même si on n'aime pas ou ne comprend pas tout ça ne veut pas dire que ce n'est pas de la poésie, mais tout texte se réclamant l'être ne l'est pas forcément non plus.
Après, pour détailler plus et préciser mieux, il faudrait élargir le débat à la consistance et l'essence de l'art, et là, parbleu, on n'est pas couché...
C'est pas que je suis loin du but, c'est que je suis à côté de la plaque !

Hors ligne lulli

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Re : Poésie et sens
« Réponse #22 le: 27 Janvier 2012 à 08:10:07 »
En tant que lecteur : je me contrefous de ce que l'auteur a pu dire ou penser, il n'y a que mon interprétation qui compte.

Du coup, quand j'écris, j'aime pas forcément tout expliquer. D'autant plus que je jongle sur l'absurde, le non-sens et les rapprochement de mots par sonorité.

Je pars du principe qu'on doit tous bosser : celui qui écrit certes mais aussi celui qui lit. Et le lecteur a le droit de ne pas aimer et d'interpréter comme il l'entend ce que l'auteur écrit... En fait, le point de vu de l'auteur me semble toujours illusoire.

Quand on lit du Michaud, qu'est-ce qui compte le plus ? compréhension ou ressenti personnel ?
(Michaud, pour moi est une sorte de modèle en terme de licence poétique).

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C'est aussi surtout qu'en poésie y a un certain snobisme, comme en peinture ou en sculpture, qui fait que de nos jours, on peut avoir une bouteille en pastique posée sur un piédestal et considérer ça comme de l'art...
C'est un peu dommage de rester sur ce genre d'exemple qui commence à franchement dater (ceux qui le font encore ont oublié à qui il le devait !). Duchand, ça commence à être vraiment vieux et éculer : on ne met plus d'objet en musée, c'était une idée d'un temps qui avait ça raison d'être (et qui interrogeait la société sur la place des objets entre autre). A force de ne parler que de ce type d'art en fait j'en arrive à penser qu'on ne connais vraiment rien à l'art actuel dont les modèle sont de plus en plus flous... D'ailleurs combien d'artistes vivants et en activité sommes nous capable de citer ? L'art évolue plus vite que nos clichés !

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mais je trouve que l'excuse "ça vient des tripes" est souvent un peu facile
C'est pour moi, l'inverse de ce qui est intéessant d'ailleurs... Si ça vient des tripes alors le sens doit être limpide (car les peines ça s'exprime de façon simple et claire)... Pour moi, l’hermétisme doit venir d'un travail laborieux plus que d'un lâché de tripes. C'est mon avis pour tout en fait : le jeter d'idées sur le papier donne, que ça soit hermétique ou pas, des résultats bien moins intéressants à lire qu'un texte travaillé (qui peut parler en filigrane de la même chose mais qui le met en scène différemment).
Enfin personnellement, je trouve peu d’intérêt au texte écrit sur soi, quand on va mal, sans trop de retravail... c'est rare que ça fonctionne vraiment bien (manque de construction pensée).

Pour moi, s'il y a débat sur le sens il faut que ça soit pour des raisons de travail. Travail sur le non-sens par exemple ou l'absurde, ou même un travail pur : écrire un texte qui doit éveiller le dégout par tous les moyens possibles (consonance, figure de style, déconstruction du phrasé etc).

Mais dans ce cas, il y a un but et il est porteur de sens en lui même (il n'est pas creux) !

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Vouloir absolument décortiquer toutes les images du poème pour savoir ce qu'il y a dans la tête et le ventre de celui qui écrit est un acte assez violent de démystification du texte qu'il a sorti de ses tripes...Perso, j'ai l'impression qu'on regarde mes entrailles.
En fait, un texte n'est pas le corps de la personne qui écrit, ni même son "bébé" comme on aime à le croire... enfin, je ne vois pas mes textes de la sorte, ce sont des travaux, les décortiquer ne remet pas en cause ce que l'auteur est mais ce qu'il écrit. Ne pas avoir de distance entre soi et ses textes c'est dangereux : on ne peut pas écrire des textes qui plaisent à tous...


Loredan parle de sincérité et je n'y entend absolument rien : depuis quand les auteurs doivent être sincères ? ça veut dire quoi déjà ?
On peut être sincère dans sa démarche d'écrire, ok, à la rigueur, mais pour le reste je ne comprend pas ce genre d'obligation tacite : sois sincère sinon tu écrira mal !
On peut pourtant travailler sur la forme, avoir un objectif qui ne soit pas sur le fond et parvenir à faire quelque chose de bien ficelé et qui vaut le coup ! L'OULIPO le prouve assez, la contrainte peut apporter un regain au signifiant, la sincérité dans la démarche à la rigueur, mais dans le fond, je vois pas trop à quoi ça sert...
Puis à la lecture il est dur de savoir si l'auteur est sincère ou pas : il peut vouloir défendre l'inverse de ce qu'il pense, vouloir écrire un texte dans un style qui lui parle peu, pour ce mettre à l'épreuve - et ça peut fonctionner très bien.
« Modifié: 27 Janvier 2012 à 10:31:47 par ernya »
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Re : Re : Poésie et sens
« Réponse #23 le: 28 Janvier 2012 à 13:23:34 »
En tant que lecteur : je me contrefous de ce que l'auteur a pu dire ou penser, il n'y a que mon interprétation qui compte.

Du coup, quand j'écris, j'aime pas forcément tout expliquer.
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mais je trouve que l'excuse "ça vient des tripes" est souvent un peu facile
C'est pour moi, l'inverse de ce qui est intéessant d'ailleurs... Si ça vient des tripes alors le sens doit être limpide (car les peines ça s'exprime de façon simple et claire)... Pour moi, l’hermétisme doit venir d'un travail laborieux plus que d'un lâché de tripes. C'est mon avis pour tout en fait : le jeter d'idées sur le papier donne, que ça soit hermétique ou pas, des résultats bien moins intéressants à lire qu'un texte travaillé (qui peut parler en filigrane de la même chose mais qui le met en scène différemment).
Enfin personnellement, je trouve peu d’intérêt au texte écrit sur soi, quand on va mal, sans trop de retravail... c'est rare que ça fonctionne vraiment bien (manque de construction pensée).

Loredan parle de sincérité et je n'y entend absolument rien : depuis quand les auteurs doivent être sincères ? ça veut dire quoi déjà ?
On peut être sincère dans sa démarche d'écrire, ok, à la rigueur, mais pour le reste je ne comprend pas ce genre d'obligation tacite : sois sincère sinon tu écrira mal !
On peut pourtant travailler sur la forme, avoir un objectif qui ne soit pas sur le fond et parvenir à faire quelque chose de bien ficelé et qui vaut le coup ! L'OULIPO le prouve assez, la contrainte peut apporter un regain au signifiant, la sincérité dans la démarche à la rigueur, mais dans le fond, je vois pas trop à quoi ça sert...
Puis à la lecture il est dur de savoir si l'auteur est sincère ou pas : il peut vouloir défendre l'inverse de ce qu'il pense, vouloir écrire un texte dans un style qui lui parle peu, pour ce mettre à l'épreuve - et ça peut fonctionner très bien.
+ 1, je suis très d'accord avec beaucoup de choses que dit lulli.
notamment sur la sincérité (moi aussi j'ai du mal à comprendre ce que ça veut dire. être sincère quand on donne une opinion, je vois ce que ça veut dire. Etre sincère en art, je n'"y entends rien" comme dit lulli. 8). à moins que ça veuille dire "ne pas faire de concessions par rapport à ce que les autres veulent lire. écrire ce que soi-même on trouve beau".

sur ce qui sort des tripes, là aussi bien d'accord. Je constate que les choses que j'aime lire ou écouter, c'est des choses travaillées... l'art brut, bof. L'écriture spontanée façon Kerouak, bof. 8)

Et pareil, non seulement je me fous de ce qu'a voulu exprimer un auteur, de ses intentions, mais + que ça : quand j'apprends quelles ont été les intentions de l'auteur, ça m'éloigne de l'oeuvre, ça m'éloigne de moi, ça m'éloigne de mes sensations, ça m'éloigne de ce que je peux trouver de jouissif dans une oeuvre, ça m'éloigne du plaisir en fait. Et il m'est arrivé de prendre soin de ne surtout pas avoir d'informations sur "ce-que-voulait-dire-l'auteur" pour pouvoir mieux jouir de son oeuvre, de son style, etc.
 ^^

D'une manière  générale d'ailleurs, les procès d'intention ("son livre est pas mal, mais il l'a écrit dans tel but malsain" ; "il fait semblant d'aimer ça, mais c'est par snobisme" ; etc.) je trouve ça souvent injuste (quand quelqu'un me dit qu'il aime quelque chose, fût-ce une bouteille de plastique sur une table, qu'est-ce qui me permet d'affirmer qu'il simule? au nom de quoi réduirais-je ce goût affirmé à du snobisme ?) et stérile (quand une oeuvre me plait, pourquoi devrais contenir ou retenir mon goût pour cette oeuvre sous prétexte que l'auteur, en la créant, avait des desseins immoraux ou malsains?).
 ;)

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Re : Re : Re : Poésie et sens
« Réponse #24 le: 28 Janvier 2012 à 13:54:49 »

+
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1, je suis très d'accord avec beaucoup de choses que dit lulli.
notamment sur la sincérité (moi aussi j'ai du mal à comprendre ce que ça veut dire. être sincère quand on donne une opinion, je vois ce que ça veut dire. Etre sincère en art, je n'"y entends rien" comme dit lulli. 8). à moins que ça veuille dire "ne pas faire de concessions par rapport à ce que les autres veulent lire. écrire ce que soi-même on trouve beau".
pour moi, être sincère en art, c'est se dévoiler sans fioritures. C'est arrêter de cacher ce qu'on pense/ éprouve réellement derrière des formules alambiquées, des métaphores à tout va, bref, c'est éviter tout artifice littéraire. Et je pense que c'est très difficile d'être vraiment sincère en art. Il y a une grande différence entre écrire en voulant être sincère et l'être véritablement. J'ai lu beaucoup de gens sur ce forum qui me répondaient qu'ils avaient été sincères en écrivant le texte alors qu'à l'arrivée leur texte était tellement saturé de métaphores et de formules pompeuses qu'on n'y voyait aucun embryon d'entrailles. On n'est jamais sincère si à la fin le lecteur n'a pas compris de quoi on parlait ou n'a pas été ému. Si c'est sincère, on sera ému. Si le lecteur ne l'est pas, c'est que ça ne l'était peut-être pas. Quand on veut être sincère et parler vraiment de ce qu'on ressent, ben ça demande un certain sacrifice de soi, ça demande d'exposer sans voiles et sans artifices ce qu'on est, c'est pas du tout évident en soi.

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D'une manière  générale d'ailleurs, les procès d'intention ("son livre est pas mal, mais il l'a écrit dans tel but malsain" ; "il fait semblant d'aimer ça, mais c'est par snobisme" ; etc.) je trouve ça souvent injuste (quand quelqu'un me dit qu'il aime quelque chose, fût-ce une bouteille de plastique sur une table, qu'est-ce qui me permet d'affirmer qu'il simule? au nom de quoi réduirais-je ce goût affirmé à du snobisme ?) et stérile (quand une oeuvre me plait, pourquoi devrais contenir ou retenir mon goût pour cette oeuvre sous prétexte que l'auteur, en la créant, avait des desseins immoraux ou malsains?).
Si t'as aimé une oeuvre, tu l'as aimée. C'est débile d'aller contre à cause de la personnalité de celui qui l'a écrit. L'oeuvre et l'auteur sont deux choses totalement différentes.
Mais sinon, oui, y a beaucoup de simulation dans l'art, il ne faut pas croire que tous les artistes sont sincères, l'art, c'est aussi de l'illusion, faut pas l'oublier.  :huhu:
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Hors ligne lulli

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Re : Poésie et sens
« Réponse #25 le: 28 Janvier 2012 à 19:12:23 »
Pour moi, tu mélange complètement deux choses : le style et la sincérité. Et celons ta vision des choses un style épuré est plus sincère qu’un style florissant (on peut voir les fioritures comme positives dans certain cas). Écrire c’est forcément utiliser un artifice pour dire ce qu’on pense ou ce qu’on veut (ce qui est fort différent). Finalement, écrire c’est faire l’effort de mettre en phrase, c’est faire des choix stylistiques mais aussi de vocabulaire et savoir en jouer.

De plus, on peut aussi ne pas vouloir écrire avec ses tripes, et être dans le juste. J’écris du gore et du violent dans un style à l’os (comme tu sembles l’aimé) or je n’y suis pas sincère dans le sens où j’écris ces textes dans un but qui n’est pas littéraire mais réactif : je tente de dégoûter le lecteur. En gros : je joue, non pas sur mon propre dégoût mais sur celui que les autres peuvent ressentir… C’est par les retours qu’on m’en fait que je sais si un tel texte est réussi (celons moi) ou pas… Mais où est la sincérité dans ma démarche sommes toutes très oulipienne (énormément de contrainte stylistique pour parvenir à ce qui me convient) ? Pourtant tu dirai que c’est des entrailles à nue, peu être... mais surement pas les miennes !

Prendre de la distance avec ce qu’on écrit me semble très important et propice à la démarche du retravail…

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« On n'est jamais sincère si à la fin le lecteur n'a pas compris de quoi on parlait ou n'a pas été ému. »
Pourtant, si j’écrivais un texte réellement sincère, je pense vraiment que le lecteur serrait moins toucher que par mes faitaisie… Parce qu’émouvoir ça ce travail ! En fait c’est ça qui me vient le plus : le travail peu apporter tout, l’émotion, la fantaisie et l’illusion d’une sincérité si c’est ce que le lecteur veut y voir (l’auteur, lui il y met ce qu’il veut ou peu !)

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« Quand on veut être sincère et parler vraiment de ce qu'on ressent, ben ça demande un certain sacrifice de soi, ça demande d'exposer sans voiles et sans artifices ce qu'on est, c'est pas du tout évident en soi. »
Je suis un peu de ton avis, mais je pense que si on trop souffert d’une chose on est pas forcément apte en écrire un texte potable dessus (parce qu’écrire sur sa propre douleur à un biais énorme : on ne travail plus la forme parce que le fond nous submerge)…

En faite, plus je te lis, plus je pense que le travail vaut bien mieux que toute les histoires écrite sur une base réel (à moins d'en avoir la force, on s’enlise vite dans le pathos a faire de l'auto-fiction), bref sincère ? je suis toujours pas convaincu que ce soit un atout !
Amicalement et dyslexiquement votre,
Lulli

Hors ligne ernya

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Re : Poésie et sens
« Réponse #26 le: 28 Janvier 2012 à 19:50:35 »
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Pour moi, tu mélange complètement deux choses : le style et la sincérité.
ben les deux peuvent être liés, il me semble, non ? Ils ne le sont pas TOUJOURS mais de toute façon ça serait absurde de parler d'une règle absolue en littérature : chaque texte a sa propre logique. Donc non je ne confonds pas, je parle du cas précis où les deux se rejoignent.

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  Mais où est la sincérité dans ma démarche sommes toutes très oulipienne (énormément de contrainte stylistique pour parvenir à ce qui me convient) ?

j'ai envie de dire que la vocation de l'OULIPO n'a jamais été d'être sincère, xD. Leur truc, c'était les contraintes, les jeux de réécritures, l'introduction de maths dans la litté. Rien à voir pour moi avec la sincérité. Peut-être que je n'étais pas claire : on peut tout à fait ne pas être sincère dans un texte. Etre sincère n'est pas une règle absolue qu'on doit respecter à tout prix. Tout dépend de ce qu'on veut faire. Si j'ai envie d'écrire un truc drôle, qu'est-ce qu'on s'en contrefout de la sincérité !  Mais quand on veut faire un texte personnel, oui, pour moi, c'est mieux d'être sincère et d'en payer le prix (c'est-à-dire aller vraiment au fond des choses sans se cacher derrière une métaphore qui voile/cache/ enrobe ce qu'on voulait dire au départ)

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« Quand on veut être sincère et parler vraiment de ce qu'on ressent, ben ça demande un certain sacrifice de soi, ça demande d'exposer sans voiles et sans artifices ce qu'on est, c'est pas du tout évident en soi. »
Je suis un peu de ton avis, mais je pense que si on trop souffert d’une chose on est pas forcément apte en écrire un texte potable dessus (parce qu’écrire sur sa propre douleur à un biais énorme : on ne travail plus la forme parce que le fond nous submerge)…
c'est bien pour ça que je dis que c'est galère. Et puis tu peux écrire un texte personnel sans te conforter dans le pathos, hein. Notre vie n'est quand même pas faite que de malheurs.

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En faite, plus je te lis, plus je pense que le travail vaut bien mieux que toute les histoires écrite sur une base réel (à moins d'en avoir la force, on s’enlise vite dans le pathos a faire de l'auto-fiction), bref sincère ? je suis toujours pas convaincu que ce soit un atout !
En fait, lulli, je crois que tu te méprends sur ce que je pense. J'essayais d'expliciter ce qu'on disait à propos de la sincérité en poésie. Je ne faisais pas de discours sur l'écriture en général. Chaque texte a sa propre logique d'écriture, on est d'accord là-dessus. Et je ne suis pas non plus en train d'établir une hiérarchie entre "textes de fiction" et "autofiction". Je tenais juste à expliciter ce que moi, j'entendais sous le terme de sincérité en art (et en particulier en poésie vu que ce topic à l'origine traite de la poésie). Lo' a sûrement sa propre vision de la chose. Tout comme toi.
En tout cas je ne suis absolument pas en train de dire que tous les textes doivent parler de ta petite personne parce que c'est comme ça qu'on atteint l'art, ce n'est pas du tout ce que je voulais dire. Je parlais bien des textes qui veulent être personnels en reprenant ce que les autres disaient avant (c'est le problème des topics qui ont du succès, on perd rapidement le fil initial de la conversation  :mrgreen:) : pour moi, si ton texte sort vraiment de tes tripes, il n'y a aucune raison que le lecteur bute sur tes images. Si tes images sont absconses, c'est que tu t'es foiré quelque part et qu'en quelque sorte tu n'as pas été sincère, que tu ne tiens pas véritablement à te mettre à nu. En soi, ce n'est pas bien grave, si tu t'en fiches d'être sincère et ben tant pis, mais si tu voulais l'être ben c'est qu'il y a quelque chose qui coince et qu'il faudrait modifier.

Ensuite je pense que tu peux être sincère dans un texte sans que ce texte parle de toi ou que tu sois le personnage principal de ce texte.  Si tu préfères, je rapproche la sincérité du ton juste.  ^^
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Re : Poésie et sens
« Réponse #27 le: 28 Janvier 2012 à 23:16:30 »
J'ai pas le temps de tout reprendre, mais je suis bien plus proche de ton avis une fois que tu lui rend sa complexité ! On ne peu pas vraiment généraliser... un texte sincère peu être nul et inversement, ça dépend.


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pour moi, si ton texte sort vraiment de tes tripes, il n'y a aucune raison que le lecteur bute sur tes images. Si tes images sont absconses, c'est que tu t'es foiré quelque part et qu'en quelque sorte tu n'as pas été sincère, que tu ne tiens pas véritablement à te mettre à nu. En soi, ce n'est pas bien grave, si tu t'en fiches d'être sincère et ben tant pis, mais si tu voulais l'être ben c'est qu'il y a quelque chose qui coince et qu'il faudrait modifier.

Quand il y a trop de figure de style complexe et qu'on oublis qu'un clitoris n'est pas un bouton de rose ça me gonfle... En fait, je suis de ton avis sur un point : trop de fioriture nuit au texte... Mais j’avoue que personnellement je le rapproche plus d'une timidité, ne pas osé dire crument... comme si ça pouvais blesser. Et souvent, c'est un choix de l'écrivant d'être alambiquer...
Amicalement et dyslexiquement votre,
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Re : Poésie et sens
« Réponse #28 le: 07 Février 2012 à 22:02:35 »
Oh ! Mon sujet de dissertation !
Bon, quand ma prof me l'aura rendue, cette foutue dissert', je vous la recopierai, ça vous donnera une idée.

Mais globalement, la poésie à trois "sens" :
- donner un sens au monde, les sentiments etc. (poésie lyrique)
- transmettre un message (poésie didactique ou engagée)
- laisser le lecteur interpréter comme il veut, cacher le sens (c'est le cas de la poésie symbolique et surréaliste)

Après, je m'étalerais plus tard, ce sujet m'a assez dégoûté pour un bon moment :D

Hors ligne koutoumi

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Re : Poésie et sens
« Réponse #29 le: 05 Juillet 2012 à 17:46:58 »
"Si l'interprétation d'un texte est laissé à la propre interprétation de chacun et qu'on peut rien dire dessus, et surtout pas poser de questions, ben excusez-moi, hein, mais ne postez pas pour avoir un commentaire si vous trouvez que de toute façon il y a un sens, que le texte a été écrit avec vos tripes et que si un lecteur n'aime pas parce qu'il n'a pas compris, c'est qu'il est fainéant ou braqué."

Je suis plutôt d'accord avec cette analyse. Cependant le truc, je pense, c'est que chaque personne écrivant un poème a, au préalable, une visé, un but. A la fin le sens de l'ensemble peut être voilé mais il est quand même présent. Par conséquent les commentateurs se doivent de demander à l'auteur des explications et éviter de lui dire que son poème est fait de mots mis bout à bout, sans soucis apparent de sens. 


"parce que voilà en poésie, maintenant, on ne peut plus rien dire. Du moins, c'est l'impression que j'ai. La poésie, ça ne se critique plus, on l'apprécie ou on se tait, on l'aime ou on la quitte.  Ben voyons."

Au contraire, c'est tellement facile de critiquer de la poésie en disant : "je ne comprend pas donc c'est de la merde"
Tu dis que tout le monde peut écrire de la poésie, c'est sans doute vrai. Mais c'est encore plus vrai pour les nouvelles, où aucun talent particulier est necessaire.
En outre la longueur plutôt courte du poème fait qu'il est plus facile de le lire puis de le critiquer, qu'un roman d'une trentaine de pages. 
Donc peut être que tout le monde se dit poète, mais moi je rajouterais que beaucoup se pensent exégètes dès qu'ils aperçoivent un poème totalement obscure. (je dis ça sans te viser nécessairement, Ernya).


"Moi je pense que le lecteur n’est pas débile, et que si sincèrement il ne comprend rien, alors qu’il parle la même langue et qu’il est de la même culture"

La maitrise de la langue française ainsi que la culture générale diffère selon les individus.
Tout le monde n'a pas le meme degrès d'intelligence. Tout le monde ne connait pas la mythologie grec sur le bout des doigts.
Tout le monde n'a pas lu du Artaud ou du Breton dans sa vie. Tout le monde n'a pas fait des etudes de lettres.
Donc un texte est appréhendé et compri de differente façon selon le lecteur.
Mais après si tout le monde te dis que ton poème est obscure et incompréhensible c'est qu'il l'est réellement ; en somme l'avis general prime sur un avis individuel.

J'ai fait une preface dans mon recueil ou j'ai essayé d'expliquer comment je voyais l'écriture poétique, je mets un petit extrait  :

"A partir de quand les écrits d'un anonyme nombriliste, dépassent le simple stade de faire-valoir ?
Est-ce le lecteur qui fait du travail d'un écrivaillon un mets comestible, ou est-ce « l'écrivain » lorsqu'il le décrète ?
L'écrivaillon qui se dit écrivain, écrit en vain des litres de mauvais vin puis oblige le lecteur à l'ingurgiter.
Recouvrir de hiéroglyphes d'or le papyrus d'Horus n'est pas chose facile, pour les jeunes immortels qui se risquent à l'écriture.
Pour les milliers de nuits brûlées à l'encre héroïne de Chine, l'auteur de ce recueil rend hommage aux écrits vaillants des écrivaillons"



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