Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

20 Juin 2026 à 21:46:30
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Le Monde de L'Écriture » Encore plus loin dans l'écriture ! » L'Aire de jeux (Modérateur: Claudius) » Défi micro textes

Auteur Sujet: Défi micro textes  (Lu 51615 fois)

En ligne Luna Psylle

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Re : Défi micro textes
« Réponse #330 le: Aujourd'hui à 00:41:36 »
t'as triché, je l'ai vu !

— Ambrosía, fille de Dionysos : tu as triché.
Je me tournai, un sourire las, vers Héphaïstos. Il disait vrai : j'avais triché. J'avais agi comme eux tous, par excès de fierté, par orgueil. Je savais ne pas être à la hauteur par la seule force de mes qualités. Je le savais... alors j'avais triché, et lui, plus que tout autre, l'avait découvert. Je voulais ses bras autour de mon corps et je les avais senti, je voulais son cœur et j'avais obtenu son amour, mais cela ne suffisait pas, cela ne suffisait jamais. Ma fierté de toute jeune déesse ne supportait pas la concurrence d'Aphrodite. Je voulais l'écraser, la voir ramper, souffrir. Je me perdais dans mes désirs, incapable d'y voir clair et reportai mon attention sur la ville. Depuis les hauteurs, chaque vie paraissait si futile. Je me laissai tomber du gratte-ciel, plongeai vers eux, cherchai la réponse. J'avais triché et j'avais perdu ; ou bien avais-je gagné. La petite héroïne devenue demi-déesse puis déesse par ses seuls talents, si semblable à eux. Je voulais la voir ramper. Je voulais son cœur. Je voulais... les dieux voulaient toujours plus, toujours toujours plus... était-ce tout ce que j'étais devenue ? je voulais... me souvenir d'Ambrosía avant Dionysos, avant l'ivresse, avant... oublier, retrouver les bras d'Héphaïstos, son amour sans faux-semblant. Retrouver le vrai. Je tendis ma main à l'instant où je réalisai :
— Héphaïstos !

Prochain thème : Orage, Ô désespoir !
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En ligne Robert-Henri D

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Re : Défi micro textes
« Réponse #331 le: Aujourd'hui à 10:36:18 »
L’horizon devint menaçant. Puis, il s’est fendu d’un éclat brutal, et le ciel, d’un seul geste, a renversé sa colère. Dans ma poitrine, quelque chose répondit par le biais d'un tumulte que je croyais éteint : Orage, Ô désespoir !
 
Voici que la pluie gifle la terre comme pour réveiller les ombres qui s’y sont endormies.

Et moi, debout sous la foudre, je sens revenir la part de nuit que je me refuse à nommer.

Nouveau thème : peut-on nommer l’innommable ?
Lorsqu'un texte respire comme une prose d'antan, avec ce grain de subtilité stylistique quelque peut archaïque qui le différencie, c'est peut-être que son auteur se refuse à suivre la cadence uniforme du présent ?

En ligne Aionia Apektasis

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Re : Défi micro textes
« Réponse #332 le: Aujourd'hui à 10:57:48 »
Peut-on nommer l'innommable ? (c'est l'intro d'un autre truc que j'écris.)

Note du flic

Note interne – Inspecteur divisionnaire David Moreau
Destinataire : Cellule spéciale/Direction centrale
Date : 17 mars 2026

   J’ai retrouvé ça pendant la filature.
   Dissimulé dans une planque qu’il savait que nous finirions par découvrir, évidemment. Pas caché, non. Bien en évidence, comme une carte de visite. Comme s’il nous disait : « lisez-moi. Regardez ce que je suis. Et essayez donc de m’attraper. »
   Ces pages sont son journal, ou du moins une partie. L’enfance, les origines, la genèse du monstre. Il y parle de lui à la première personne, sans filtre, avec un mélange de cruauté, de lucidité glaciale et de ce putain de ton prophétique qu’il affectionne. Il sait que nous le lisons. Il le veut. Chaque chapitre, chaque provocation, chaque détail sordide est une claque supplémentaire. Il se fout de nous. Il se fout de la justice. Il se fout de tout, sauf du spectacle qu’il offre.
   J’ai passé des nuits à les lire. À les relire. À chercher le mensonge, la faille, le détail qui nous permettrait enfin de l’anticiper. Mais plus j’avance, plus je me demande si ce n’est pas exactement ce qu’il veut : nous faire entrer dans sa tête. Nous contaminer, nous aussi.
   Je vous transmets l’intégralité de ce que j’ai récupéré pour l’instant. Les originaux sont sous scellés, mais je joins ici la transcription fidèle. Ne cherchez pas de cohérence morale ou chronologique parfaite : il écrit comme il tue. Sans ordre. Sans remords. Avec une jouissance évidente.
   Je ne sais pas ce qui est le plus dangereux : l’homme que ces pages décrivent, ou le plaisir qu’il prend à nous le montrer. Parce que cet enfoiré pense pouvoir, sans doute, nommer l’innommable. Pour nous le faire accepter.
   Il m’appelle « Grodavid » dans ses écrits, bien sûr. C’est depuis toujours. Comme si ça l’amusait de me réduire à ça. Peu importe. Je continue la traque. Il m’a semé il y a trois jours près de la frontière italienne, mais il reviendra. Il revient toujours. Il aime trop jouer.
   En attendant, lisez. Et préparez-vous. Ce n’est que le début.

- David Moreau

Thème suivant : j'ai trouvé une mitraillette
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En ligne Luna Psylle

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Re : Défi micro textes
« Réponse #333 le: Aujourd'hui à 11:14:03 »
Salut,

j'ai trouvé une mitraillette

C'était surprenant d'entrer dans le havre d'un homme. Un homme solitaire, taciturne, qui savait garder les secrets et taisait les siens avec une minutie qui me plaisait. Il n'était pas de ceux qu'on souhaitait aimer, qu'on souhaitait marier. Il était synonyme de danger et de mort. Je n'aimais pas ce genre d'homme. Je n'aimais aucun genre d'homme. J'adaptais mon cœur tant qu'ils répondaient à une consigne simple. Du bout du doigt, j'effleurai un meuble. Bois terne, quelques vêtements rangés dedans. Pas de déco, pas de photo. Il n'ouvrit pas le store, m'observa. Le soleil couchant nous éclairait par rais. Je lui souris, la main sur la poignée du tiroir :
— Caleçons ou mitraillette ?
Il haussa un sourcil, son ricanement presque malsain. Je continuai mon exploration quand il m'attrapa par les hanches. Tant pis, je ne trouverais pas la mitraillette ; ou peut-être demain.

Prochain thème : une glace à l'ananas

Une bonne journée,
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En ligne Aionia Apektasis

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Re : Défi micro textes
« Réponse #334 le: Aujourd'hui à 11:43:59 »
La glace à l’ananas

On est ressortis dix minutes plus tard, moi en canette de Carlsberg, elle en clown. Maquillage complet, nez rouge, perruque verte. Maintenant j’étais en fuite, sans doute recherché par tous les services secrets de la planète, avec une princesse de vingt-deux balais, fugitive et alcoolique, déguisée en clown. Tout se passait bien.
- Du trengte ikke å banke opp Julenissen, vi kunne jo ha betalt !* qu’elle me balance pendant que je crochette une voiture. J’ai haussé les épaules. Va falloir qu’on apprenne à communiquer autrement qu’en parlant, ça commence à me gaver, sa langue natale. J’ai fait les fils, la bagnole a démarré, et on s’est barrés pied au plancher.
D’un coup, Ingrid s’est mise à hurler. Un cri de princesse-clown avec deux grammes dans le sang, c’est très aigu. J’ai pilé net. Elle est descendue, j’me suis demandé où elle allait. Elle est revenue deux minutes plus tard, avec les lapins, la caisse de pinard et une glace à l’ananas. J’ai senti un truc bizarre dans la poitrine. Peut-être de l’affection. Ou un début de cirrhose. J’ai pas osé lui demander où elle avait trouvé la glace. De toutes façons, elle aurait pas compris.
On a repris la route.

*Tu n'avais pas besoin de frapper le Père Noël, on aurait pu payer !

Thème suivant : et une pizza à l'ananas ?

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Re : Défi micro textes
« Réponse #335 le: Aujourd'hui à 12:39:33 »
et une pizza à l'ananas ?

Le magasin se trouvait en plein centre-ville. Une boutique de fleurs, tenue par Mamie Zhu. Tout le monde ici connaissait, aimait Mamie Zhu. Plus que des fleurs, elle apportait une forme de sérénité au voisinage, un rythme lent et tranquille. J'avais compris tout ça en quelques jours à travailler pour Mamie Zhu. Ce qui, au début, ne devait être qu'un job passager pour payer ma fugue s'était transformé en havre permanent. Ce matin-là, je gardais la boutique pendant que Mamie Zhu réglait quelques affaires à la banque. Dans ces moments de solitude, elle ne me donnait qu'une seule et unique consigne stricte : s'il entre, laisse-le passer. J'ignorais qui, mais Mamie Zhu semblait confiante que je comprendrais le moment venu. Et il entra. Il ne me regarda pas, ne s'intéressa à aucune fleur, ses mains recouvertes de... je lui adressai un sourire timide qu'il ne remarqua même pas. Avais-je seulement besoin de lui sourire ? Il n'était pas un client, après tout. Et oui, je le reconnus immédiatement, d'une aura si intense qu'il écrasait tout. Mamie Zhu arriva quelques instants après lui, m'intima le silence d'un doigt ridé sur son sourire. Elle me proposa d'aller chercher les pizzas pour le déjeuner. J'acceptai avant de me rappeler que Mamie Zhu ne mangeait que les plats qu'elle cuisinait elle-même. Depuis la table de la pizzeria, j'attendais ma commande et observais la boutique de fleurs. L'homme en ressortit quand j'entamai mon hawaïenne. Ses vêtements différents, son allure différente, mais toujours cette intensité. Il se tourna vers moi, me sourit et replaça la casquette sur ses cheveux, un remerciement silencieux.

prochain thème : poètes de l'automne
(si vous retrouvez l'origine du thème, pourquoi ne pas vous laisser tenter à les nommer aussi ^^)
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Re : Défi micro textes
« Réponse #336 le: Aujourd'hui à 18:53:10 »
Poètes de l’automne.
(Merci Luna pour la balade, je me suis perdu toute la journée dans le vieux Paris. Et je suis sorti de mes sentiers battus. Bon, faut pas que ça devienne une habitude hein 😉)

Il descendit du Quartier Latin en remontant le col de son manteau. Sous un porche, une violoniste jouait une mélodie si lente qu’elle semblait tomber des arbres avec les feuilles. Il eut l’impression étrange d’entendre la saison elle-même se plaindre.
Sur l’Île Saint-Louis, la Seine charroyait un ciel de cendre. Une vieille femme jetait des miettes aux pigeons, un homme fouillait une corbeille, et les réverbères s’allumaient un à un. La ville était belle et triste, comme un sourire donné par quelqu’un qui ne croit plus au bonheur.
Il poursuivit jusqu’à Montmartre. Un peintre repliait son chevalet. Des amoureux riaient sous un parapluie trop petit. Le vent poussait devant lui des feuilles jaunes qui couraient sur les pavés comme des petits animaux pressés. Il lui sembla que le jour s’en allait avec grâce, un peu malade peut-être, mais encore capable de s’émerveiller.
Il termina sa marche dans le Marais. Une cour silencieuse s’ouvrit devant lui, avec un arbre presque nu et une flaque où tournoyait une unique feuille rousse. Il s’arrêta. Tout passait donc ainsi : les saisons, les amours, les hommes, les souvenirs.
Alors il leva les yeux vers le ciel de Paris.
Et, sans savoir pourquoi, il eut l’impression de ne plus être seul. Comme si, dans l’air frais du soir, quelques vieux rêveurs marchaient encore à ses côtés, invisibles et patients, en ramassant des feuilles mortes pour en faire des poèmes.

Thème suivant : Le milieu du terrain
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Re : Défi micro textes
« Réponse #337 le: Aujourd'hui à 19:30:34 »
Citer
(Merci Luna pour la balade, je me suis perdu toute la journée dans le vieux Paris. Et je suis sorti de mes sentiers battus. Bon, faut pas que ça devienne une habitude hein 😉)
:potichat:

je ne sais pas dans quoi ces textes m'embarquent, mais j'y plonge...

L’amour est un océan, une eau calme ; paisible. Ton amour… m’entraîne dans ses profondeurs. Les eaux s’assombrissent, reflet vermillon. J’embrasse tes mains entachées. Tu me supplies de rester à la lumière, tu m’y repousses avec tant d’ardeur que je me laisse suffoquer pour mieux te succomber. Plonger.
À la lisière de nos deux vies, tu me prends dans tes bras. Je m’y noie. Tu accueilles ma décision comme un cadeau teinté de regret. Plus tu me serres, plus je me sens enfin à ma juste place. Protégée. Le monde n’existe plus, tes bras mon refuge dans l’obscurité. Un premier souffle, un premier pas auprès de toi. Dans ton ombre, je m’épanouis. Notre amour au goût de mort, j’y cède sans peur.

Prochain thème : l'envol de la coccinelle
« Modifié: Aujourd'hui à 19:37:44 par Luna Psylle »
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Re : Défi micro textes
« Réponse #338 le: Aujourd'hui à 21:18:02 »
L'envol de la coccinelle

On dit que la liberté, c’est enlever les costumes que la société t’a imposés. C’est faux. La liberté, c’est parfois en mettre un autre, encore plus idiot, juste parce que tu l’as toi-même choisi. Ingrid n’était plus une princesse en robe de mariée, j’étais plus un pseudo-curé en fuite : on était un clown et une canette de bière. Et bizarrement, c’était la première fois depuis longtemps que je me suis senti vraiment moi. On se comprenait sans parler la même langue. La liberté, parfois, c’est juste deux déguisements qui se reconnaissent.
On a croisé nos poursuivants qui fonçaient dans l’autre direction, comme des abrutis. On est arrivés au sommet d’une butte. La Coccinelle a décollé, puis a rebondi contre l’asphalte. J’étais Peter Sollberg. J’ai claqué la troisième, et on a continué la course.
Une heure plus tard, devant nous, un fjord immense, un soleil qui se couchait en orange et violet, et une vallée qui s’ouvrait comme une promesse. J’ai appuyé à fond. La princesse clown a souri. Les lapins ont hoché la tête quand j’ai allumé la radio. Ozzy Osbourne chantait Crazy Train. Avec la princesse on s’est regardés. Elle a posé sa main sur la mienne, qui tenait le levier de vitesse. Et, pour la première fois depuis longtemps, j’ai trouvé que la vie avait un goût de pinard, de début d’amourette, et de vraie liberté.

Thème suivant : y'a des paillettes dans mon bleu
« Modifié: Aujourd'hui à 21:20:08 par Aionia Apektasis »
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