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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Un train de retard [explicite]

Auteur Sujet: Un train de retard [explicite]  (Lu 8279 fois)

Léilwën

  • Invité
Un train de retard [explicite]
« le: 04 Mars 2018 à 23:39:59 »
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« Je peux m’asseoir en face de toi ? »
Je relève à peine les yeux pour accompagner mon haussement d'épaules. Le wagon est presque vide. Je ne comprends pas ce besoin d'aller se coller aux gens qu’on ne connaît pas. Mais bon, si elle veut.
« Salut, je m’appelle Brainda, avec « AI » à la place du « E ». C’est ma maman qui m’a choisi ce prénom en disant que ça me rendrait intelligente parce que " brain" en anglais, ça veut dire cerveau. »
Je réprime un sourire moqueur.

Faut la voir cette pimbêche : coloration blond frites n°45B, faite maison, achetée 99 centimes chez Lidl (je l’imagine déjà minauder : « Ben oui, 99 centimes, c’est même pas un euro, c’est trop pas cher ! ») ; fond de teint de contrefaçon Charnel®, appliqué à la truelle ; cils de biche atteinte d’hypertrichose et rimmel assorti ; bouche rouge tapin, généreusement élargie au-delà des contours.
Comment ça, je suis jalouse ? Oui, bon, d’accord… j’ai un peu grossi le trait… elle n’est pas non plus maquillée comme une 4L® volée, et ça lui va bien. Même que j’aimerais peut-être lui ressembler… ou pas. Je préfère la détester d’avance et penser qu’elle est moche et vulgaire, c’est plus simple.
Habituellement, mon aspect peu engageant suffit à éloigner les gens, mais pas aujourd’hui : Brainda est d’humeur bavarde… C’est vraiment pas mon jour… J’aurais jamais dû prendre ce train.
« Et toi, tu t’appelles comment ? carillonne-t-elle.
– Marie », grogné-je
Bah oui, moi, mes parents, ils n’ont jamais été très originaux. Déjà qu’on s’appelle « Dupont », ils n’ont rien trouvé de mieux que de m’appeler « Marie »… Originalité, bonjour ! Mais bon, je leur en veux pas, c'est les seuls à être sympas avec moi... à part ça.
Mais la blondasse est d’humeur tenace…
« C’est quoi ton programme télé préféré ?
– J’ai pas la télé. »
Ah ! ça y est ! J’ai avoué l’inconcevable : je n’ai pas la télé ! Je l’imagine déjà me répondre un truc du genre : « Ah boooooon ? Mais comment tu fais pour survivre ? Moi, c’est Nabila qui m’a tout appris ! » Un truc auquel je pourrais répondre : « Ouais. Ça m’étonne pas. Désolée ma grande, mais on va vraiment pas avoir grand-chose à se dire. ».

Mince, il n’en est rien : Brainda n’a pas l’air d’être aussi décérébrée que je l’aimerais. Dommage…
« Oh ! Du coup, tu dois faire plein d'autres trucs ! Tu fais quoi quand t’es chez toi habituellement ? s’enquiert Brainda.
– Je lis.
– Ah ouais ? Mais c’est trop bien ! Moi aussi j’adore lire ! »
Mouais. Je suis sûre que tu lis les super histoires de Closer® toi… il ne s’agirait pas qu’on se trouve un point commun, sinon c’est foutu : je risquerais d’avoir envie de discuter avec toi. Et j’ai pas envie. Je peux pas me le permettre. Je finirais déçue, comme toujours.
Je me tais, dans l’espoir qu’elle aussi. Raté…
« Et tu fais quoi dans la vie ?
– Je crée des sites Internet.
– Waoh ! C’est trop la classe ! Moi, j’ai plus de boulot pour l’instant. Mais je fais TOUS les castings : je rêve de devenir actrice, alors je me bouge ! »

Actrice porno, ouais, pourquoi pas, avec ton 105-60-110. Ça m’écœure. Non, mais c’est moche quand même un croisé de Lolo Ferrari et de Jennyfer Lopez… Ben oui, bien sûr que je suis de mauvaise foi ! Bien sûr que je suis jalouse ! On se soulage comme on peut.

Notre train arrive en gare de Viry-Noureuil. Viry-Noureuil, 2 minutes d’arrêt !

Et là, un jeune wannabe entre en voiture, la démarche chaloupée, la radio agressive, la casquette dorée bling-bling assortie aux chaînes de vélo enroulées négligemment autour de son cou. Magnifique ! Ah bon, ce ne sont pas des chaînes de vélo ? Ah. Pardon. Mea culpa.
Et le kéké en question ne trouve rien de mieux que de s’installer à côté de Brainda, face à moi.
« Salut, moi c’est Djézonne, et toi ?
– Moi c’est Brainda. »

J’imagine déjà la suite de la tirade : « Avec « AI » à la place du « E ». C’est ma maman qui m’a choisi ce prénom en disant que ça me rendrait intelligente parce que « brain » en anglais, ça veut dire cerveau. » Et Djézonne de répondre : « Waoh, c’est trop d’la balle. Eh mademoiselle, ton père c’est un voleur, nan ? » Et Brainda de minauder : « Quoiiiiii ? Mais pourquoi tu dis çaaaaaa ? » Et LE bouquet final : « Ben parce que ! Il a volé toutes les étoiles du ciel pour les mettre dans tes yeux ! ». Une vraie parade nuptiale de boubourseland. Sauf que ça, ce n’est que dans ma tête : en vrai ils parlent boulot… Encore ! Le kéké se démène dans le BTP… Pfff, si même les kékés veulent bosser et se conduisent de manière civilisée maintenant… Non, vraiment, j’aurais jamais dû prendre ce train.

Le côté positif, c’est que la pétasse blonde ne me parle plus maintenant, absorbée par son Djézonne. Oui, je sais, je suis méprisante. Mais franchement, c’est plus simple comme ça. Les relations humaines, j’ai donné… Ça finit toujours en cacahuète, alors autant les éviter. Je préfère détester les autres d’avance, pour être sûre. Au cas où. Bon, papa et maman, c’est autre chose : ils ont fait leurs preuves ; je les ai bien testés. De chantage au suicide bidon en vraie dépression, ils n’ont jamais dévié ; même quand moi-même je trouvais que je poussais le bouchon un peu trop loin. Ils m’ont toujours dit qu’ils m’aimaient, même quand Marie dépassait les bornes des limites… Bah quoi, je l’aime bien cette pub – un vestige télévisuel –, j’ai le droit de la caser dans ma tête si je veux, non ? Bref, je ne sais pas comment mes parents font. Moi, je ne m’aime pas. J’aimerais bien, mais c’est trop risqué : et si jamais je me rendais compte que je ne suis pas digne d’être aimée ? Non, je ne m’en remettrais pas. Mieux vaut se détester. Et puis mes parents m’aiment pour deux. C’est déjà ça.
Ils sont pas drôles les zozos en face, ils pourraient se comporter un peu plus en animaux, ça m’aiderait à les mépriser... Allez Djézonne approche tes mains des roploplos de Brainda… Histoire que je puisse me dire que c’est dégueulasse. Histoire que je puisse me dire : « Non, je ne suis pas jalouse. » Si, je suis jalouse : personne ne me plote les roploplos à moi. Pourtant, il y aurait de quoi faire…

Pfff, et maintenant qu’elle m’ignore, je lui en veux à cette greluche : ça sert à quoi de faire semblant de s’intéresser à moi pour me délaisser au premier kévin qui passe ? Je hais les gens. Tu penses qu’ils vont s’attacher à toi, mais tu peux te foutre le doigt dans l’œil. Bien profond. Ce ne sont que des mots et du vent. Toujours.
Mon drame, c’est que j’hésite. En surface, j’arrive toujours à trouver une raison de haïr les autres, à les empêcher de rentrer dans ma vie. Mais au fond… je doute. Au fond… Raaah, j’aime pas penser à ça, ça me donne envie de pleurer. Au fond, j’aimerais bien que tout le monde fasse comme mes parents. J’aimerais bien que les gens trouvent des raisons de m’aimer. Et qu’ils me le hurlent, qu’ils tiennent bon. Jusqu’à ce que je les entende, jusqu’à ce que je les croie. Et que jamais, ô grand jamais, ils ne changent d’avis...
Oui, Brainda, j’aimerais bien être aussi sympa avec elle qu’elle a essayé de l’être avec moi. J’aimerais bien lui dire qu’en vrai elle est très jolie et très avenante et qu’elle a de la chance. Je pourrais peut-être même en prendre de la graine. Mais bon, si je laisse à nouveau l’amitié rentrer dans ma vie, je suis foutue : en cas de naufrage, je ne me relèverai pas. Et l’amour, n’en parlons pas... Non, non, pas de souvenirs, stop ! N’en parlons pas.
Mouais… Brainda qui pourrait avoir envie de devenir mon amie ? Je nage en plein rêve là. Les autres au fond, ils n’en ont rien à foutre de moi… Ça tombe bien, moi non plus.
Ils ne pensent pas eux, ça se voit. Moi, je ne fais que ça.

En parlant de rêve, c’est mou du genou en face : je m’attendais à assister impuissante à un féroce assaut de langues… mais rien ! Si on ne peut même plus compter sur les gens pour être des clichés ambulants... J’enrage ! C’est con, j’imaginais déjà la scène : Djézonne qui culbute sa prostipute sur la table basse du salon entre les emballages graisseux de pizza et les cadavres de bière… Non, vraiment il n’y aurait rien eu à envier. Mais bon, au fond, si je dois être honnête, j’aurais bien aimé que Djézonne il me retourne, moi aussi. Peut-être pas sur la table basse ; mais sur le tapis, pourquoi pas.
Je veux les haïr.

Non, ils sont juste là, à discuter posément… Quoi ? C’est si facile que ça ? Je veux qu’on m’ampute le cerveau. Non… non, finalement non. Mieux vaut avoir un cerveau et penser (pas comme Brainda) plutôt que de se faire ramasser par le premier Brandon qui passe. Merde, j’ai vraiment envie de pleurer…

J’étais normale, à la base. Enfin, je crois. En tout cas, pas d’anomalie déclarée. Bon, ça n’a jamais été simple mais… plus qu’aujourd’hui quand même.
Tout a changé le jour où un connard m’a dépucelée. Le cliché, je sais… il m’a fait croire au grand amour, du coup j’ai cédé. Et puis, il ne m’a jamais rappelée. Il m’a envoyé une lettre un jour ; j’étais frénétique, mais je me suis écroulée en la lisant :

« Arrête de me harcelé, tu n’est qu’une monstruositer !
Et tu peux m’appelé Dieu et me remercié, ce que t’a entre les jambe, personne d’autre n’en aurai jamais voulu. »

Au départ, j’ai voulu répondre. Au moins pour corriger les fautes d’orthographe. Et puis j’ai laissé tomber. Pire : j’ai eu trop mal, alors j’ai voulu lui donner raison. Si je devenais consciemment une monstruosité, ça ne me vexerait plus qu’on me le fasse remarquer ?
J’ai mangé. Englouti des tonnes de chocolat, des camions de pizzas, des océans de soda. Sans oublier les kilomètres d’os à moelle. Encore et encore. Inlassablement. Jusqu’à atteindre deux quintaux et la difformité que j’espérais. J’étais blindée. Enfermée au fond de ma graisse impénétrable : vous pouvez y aller les gars, à partir de maintenant, c'est fini : je ne ressentirai plus rien !
La haine, c’est venu après : avant tout ça, j’avais des amis. Mais après l’épisode du connard, j’ai tellement morflé que j’étais en demande affective tout le temps. Je les ai étouffés je crois, alors ils m’ont tous tourné le dos. Et j’ai eu mal à l’intérieur. Je n’en pouvais plus. J’étais une douleur vivante : dedans, dehors, partout. J’ai décidé de me blinder : j’ai haï. Il n’y a que mes parents qui ont réussi à traverser toutes les couches. À ce jour.
Je me suis isolée. J’ai choisi un boulot solitaire. Et je m’y abrutis. Aucun risque d’interaction sociale comme ça. Normalement…

C’est peut-être bizarre, mais je trouve une certaine satisfaction à me dire que c’est moi qui ai décidé de ce que je serais. Je ne dois rien au hasard. Tout est maîtrisé. Ou presque.
Aujourd’hui, je rigole quand je vois les « grosses » taille 54 se plaindre. Oui, souvent, ce n’est pas de leur faute ; mais elles se plaignent pour rien. Elles sont jolies encore ELLES. Souvent, elles sont rondement harmonieuses… et elles voudraient ressembler à Kate Moss. Non, mais je me marre ! Elles ont de la chance, souvent, elles sont ENCORE belles, elles. Et elles ne le voient même pas. C’est pathétique.
Tout comme les gens qui m’abordent. Ouais, parfois, ça arrive. Et quand on en arrive à mon physique, c’est tout un sketche. Ils tentent maladroitement de me dire que j’ai de beaux yeux parfois… Super… ! D’autres fois, ils me parlent de l’injustice de la génétique… Nan, mais, réveillez-vous les mecs : je n’ai même pas cette excuse-là ! Tout ça, c’est voulu. Mes gènes, ils vont très bien.
Même que parfois j'en veux à mon corps : il paraît qu'à manger n'importe comment on tombe malade. Et ben pas moi. J'ai des prises de sang de jeune fille, malgré mes 27 ans. Même mon propre corps ne me fait pas de cadeau : si ma santé se dégradait, peut-être qu'on s'inquièterait un peu pour moi, au moins. Mais non, même ça, c'est pas possible. Tu dérailles ma vieille... Tu souhaites être malade pour qu'on s'occupe de toi. Oui, mais au fond, parfois, j'ai tellement envie de briser la glace... J'ai envie d'une excuse. Même mauvaise...

Aïe, un souvenir revient me titiller les méninges… J’avais dit non ! Oh, celui-là, je l’aime pas… Je vais pas pouvoir retenir mes larmes… ’tain… On peut jamais être tranquille quand on a un cerveau. Oui, je veux être Brainda… Sauf qu’elle a l’air d’avoir un cerveau finalement. C’est nul.
Bon, puisque t'es là, souvenir… Un jour, il y a un homme qui m’a approchée. Il avait les yeux qui brillaient et il cherchait désespérément à me faire parler. C’était dans un train, encore (je ne sors de chez moi que pour rejoindre mes parents, une fois par mois – en train…). À un moment il m’a sorti « tu me plais » et ses yeux ont brillé plus fort. Il mentait, forcément, comment pouvais-je plaire ?
Alors je lui ai dit : « Ah ah, très drôle, t’inquiète va, il y en a un autre qui s’est déjà chargé de me faire péter la rondelle ».
Et l’autre imbécile de me répondre « Non, mais je ne déconne pas. J’aurais bien envie de toi. »
J’étais perdue, prise au dépourvu : « Mais pourquoi ? »
Il s’est penché pour me susurrer à l’oreille : « J’aime bien les grosses ! ».

C’était trop. Je me suis levée, et je suis partie. Courage, fuyons !
Bah oui, il était sec comme un coup de trique et j’ai toujours aimé avoir le dessus. Même au pieu... je crois. Non, c’était la bonne solution, il aurait étouffé sous mon poids… J’imagine déjà le scoop journalistique : « Un cachalot s’échoue sur une crevette : bilan, un asphyxié ! ». Oui, vraiment, c’était plus raisonnable… J’aurais espéré plus : j’espère toujours plus.
Sauf que… Le problème, maintenant, c’est qu’à intervalles réguliers, ses yeux brillants me hantent. Je me déteste quand j’y crois, mais je suis presque sûre qu’il ne mentait pas. Je regrette. J’aurais bien aimé sentir ses mains dans les replis où même moi je ne vais plus. J’aurais dû y aller, et puis tant pis. Je n’aurais peut-être pas eu plus qu’une histoire  de cul sordide. J’aurais peut-être été frustrée de ne pas en tirer un peu d’amour. Mais au moins j’aurais osé… Et peut-être que je ne serais pas là comme une bêtasse à verdir de jalousie devant les deux zozos que j’imagine prêts à s’accoupler devant mes yeux... Et qui ne font rien !!!

C’est nul. Il y a des jours où je préfèrerais être sous le train plutôt que dedans. Au moins, je pourrais me dire qu'on me passe dessus et je ne me poserais plus la question de savoir si je pourrais être appréciée et aimée ou pas. Mais bon, mes parents seraient tristes… Courage, vivons !
« Modifié: 29 Mars 2018 à 21:33:05 par Léilwën »

Hors ligne Chouc

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  • Chourlotte Brontë
Re : Un train de retard [explicite]
« Réponse #1 le: 04 Mars 2018 à 23:55:45 »
Coucou Leilwen,

Je crois que c'est la première fois que je te lis vraiment. Et je sais pas trop quoi te dire là tout de suite. Ca m'a donné une furieuse envie de pleurer, de te lire. Du coup c'est bien, ça prouve à quel point tu as su me toucher. Je me permets un gros bémol sur l'aspect ultra "rapide" du traitement. Il y a toute une psychologie là-dessous qui est restée silencieuse et c'est fort dommage.

Bref, j'ai du mal à trouver les mots ce soir, donc je repasserai peut-être t'en dire plus demain.

Merci pour le partage.

A bientôt
Tel esprit qui croyait se pendre.

Nocte

  • Invité
Re : Un train de retard [explicite]
« Réponse #2 le: 04 Mars 2018 à 23:59:08 »
Ça y est, Brenda est sur les genoux
Brainda.

Oui, je veux être Brenda…
Pareil.


C'est un peu trop amer et gratuit pour que j'apprécie, au fait.
Le self-consciousness de sa jalousie ne change pas grand chose.

Léilwën

  • Invité
Re : Un train de retard [explicite]
« Réponse #3 le: 05 Mars 2018 à 00:08:11 »
Waoh, je ne m'attendais pas à des retours aussi rapides :o

@ Chouc : Merci d'être passée  _/-o_ ce texte est un "essai d'autre chose". Et oui, j'ai volontairement fait des ellipses - la faute à WEG  :P et aussi parce que je trouvais le texte long et que j'ai eu "peur" d'ennuyer le lecteur... Je tenterai de développer sa psychologie cette semaine en retouchant le texte.

@ WEG : Merci d'avoir pris le temps de passer et de commenter  _/-o_ hum... comme l'a dit Chouc, c'est pas "gratuit" c'est la conséquence de tout un tas de loupés et d'actes manqués qui l'ont rendue aigrie et intolérante à l'extérieur (enfin, j'imagine^^). Pour le coup, en écrivant, j'ai pensé à ce que tu m'avais dit "trop d'explications, pas assez de show, don't tell"... il va falloir que j'apprenne à doser ! :)

Je revois ma copie très vite !

Bisous à tous les 2, et encore merci  _/-o_

Hors ligne Mélo

  • Tabellion
  • Messages: 21
Re : Un train de retard [explicite]
« Réponse #4 le: 05 Mars 2018 à 00:52:41 »
Hé bien, j'aime bien moi.
Je ne pense pas que cela soit nécessaire de s'étaler sur la psychologie, en fait, une simple suite serait suffisante puisque ici, tu nous révèle son coté amer.

Même si elle peut, elle ne veut pas, elle préfère s'enliser dans sa dimension d'envie jalouse plutôt que de tenter. Elle explique rapidement pourquoi elle ne veut pas tenter ou même y croire, bien sur, c'est rapide, mais c'est un texte cours et efficace.

Par contre, j'ai rigolé du début à la fin. Je ne me suis pas sentie particulièrement touché vu que je retrouve ces clichés du quotidien, râler à tout va pour des âneries, croire que ça arrive qu'aux autres, pester, fuir, l'ironie (Ah! j'aime beaucoup l'ironie). Une vie parfaitement banale.

Je suis curieuse de savoir si tu feras une suite et comment tu vas t'en sortir avec toute cette normalité


Hors ligne Ari

  • Palimpseste Astral
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Re : Un train de retard [explicite]
« Réponse #5 le: 05 Mars 2018 à 07:22:43 »
Coucou

Bon je suis vraiment désolée ma Léli mais cette fois-ci je n'ai pas aimé :( .
Une chose est positive toutefois : je trouve que le ton est bien rendu ; ce n'est pas ton style habituel et pourtant tu sembles tout à fait à l'aise, ça coule tout seul, l'amertume est là, le style est agréable.

Mais les personnages... Les trois me semblent de grossières caricatures.
Le prénom  Brainda est vraiment chouette. Mais je n'aime pas le fait qu'elle parle direct de télé - Nabila - Closer. Que la narratrice voit les deux autres comme des caricatures, pourquoi pas, mais là il n'y a rien pour nuancer cela dans ton texte, tous les faits "concrets" (déplacements et dialogues des deux autres) renforcent la caricature donc on n'est pas seulement dans le point de vue de la narratrice, on a aussi factuellement des personnages complètement creux et qui interviennent de manière grossière.

Pour la narratrice, j'ai aimé son côté cultivé et son côté amer, et un petit peu son côté conscient de sa jalousie, mais... On reste dans un cliché aussi, on ne s'éloigne pas de la grosse qui a décidé de l'être en se gorgeant de soda et qui jalouse les autres en rêvant de se faire culbuter. Pour moi ça ne sonne pas "vrai". Il manque quelque chose. Il manque de la nuance. Il manque aussi de la douleur. Il manque des paradoxes et de la lutte.

Voilà...  :-[  pour moi c'est pas une question de développer + ou - ses pensées mais plutôt d'introduire un ingrédient à toi, de sortir des clichés.
~ Ari ~

Hors ligne Chouc

  • Palimpseste Astral
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  • Chourlotte Brontë
Re : Un train de retard [explicite]
« Réponse #6 le: 05 Mars 2018 à 08:20:14 »
Bonjour,

Je reviens comme prévu et je pense qu'Ariane a parfaitement su placer des mots sur  ce qui engendrait un malaise chez moi. Beaucoup de clichés, pas assez de subtilité. Je pense que j'ai abordé l'aspect psychologique parce que pour moi, une nana qui "décide" soudainement de peser 200 kilos simplement parce qu'elle ne trouve personne avec qui coucher, ça ne tient pas debout. Ca ne tient pas debout pour un personnage lambda et ça tient encore moins debout pour ce personnage précis, qui semble plus "profond".
Après, peut-être que cette profondeur n'est qu'illusion, qu'elle n’apparaît qu'au regard du contraste des deux autres protagonistes. Et du coup, il y a une sorte de satyre sociale qui se dessine. Est-elle réellement moins creuse et superficielle que Brainda et Jazonne alors qu'elle se sert de son physique pour repousser les gens et que la jalousie est son seul moteur ? En quoi ça la rend différente de Brainda, au bout du compte ?

Bref, je m'égare, mais parce que je pense que ce texte peut réellement porter quelque chose. Reste à définir quoi.

A bientôt
Tel esprit qui croyait se pendre.

Hors ligne Ari

  • Palimpseste Astral
  • Messages: 3 564
Re : Un train de retard [explicite]
« Réponse #7 le: 05 Mars 2018 à 08:31:55 »
Rien à voir Chouc mais j'adore ta phrase de signature.  :coeur:

Rien à voir, et en fait on pourrait imaginer que si...
Et si ta narratrice avait peur de séduire ? Si tu veux rester sur une obésité d'ordre psychologique (de là à dire volontaire et choisie... franchement j'ai du mal), si tu veux développer le sentiment que tu esquisses quand elle est toute troublée qu'on la désire... “Un oiseau né en cage pense que voler est une maladie.” Et si tu gardais en tête cette cage dont elle n'arrive pas à se sortir ? (Bon moi aussi je pars en cacahuète ; au moins ton texte nous inspire ;) ).
~ Ari ~

Hors ligne avistodenas

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Re : Un train de retard [explicite]
« Réponse #8 le: 05 Mars 2018 à 08:51:04 »
Eh bien moi j'adore.
Témoignage de notre temps, que nul n'ose dire, et que l'on qualifie donc de cliché. En même temps qu'un modèle schizophrénique tellement banal et concernant chacun d'entre nous : on veut mais on veut pas.
La schizophrénie est un fondement de toute activité psychique humaine : être capable de représenter une chose et son contraire et nous voilà pris dans cette frustration de l'un ou de l'autre : On déteste le riche que l'on voudrait être, même sujet.
Mine de rien et sous couvert de marrade, tu es au coeur du sujet humain. Rien n'est plus profond en nous.

En tous cas, bravo pour ta magnifique intuition (que peu de gens sont en mesure de théoriser).
« Modifié: 05 Mars 2018 à 08:52:55 par avistodenas »

Léilwën

  • Invité
Re : Un train de retard [explicite]
« Réponse #9 le: 05 Mars 2018 à 08:56:32 »
Coucou Avisto ! :)

Merci de ton appréciation ! Je laisserai cette version dans un spoiler pour toi ;)
Les clichés dérangent, forcément, on n'a pas envie de s'y identifier.

Pour le coup, les autres ont raison : je n'ai mis là qu'une "ossature" (par peur de m'étendre) mais dans ma tête il était évident qu'il y avait des choses plus profondes que ça. Du coup je vais refondre le texte.

Contente que tu y aies trouvé ton compte malgré tout ! ;)

A très vite !

Hors ligne avistodenas

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Re : Un train de retard [explicite]
« Réponse #10 le: 05 Mars 2018 à 09:14:42 »
Ma chère Léilwën je n'ai pas trouvé mon compte "malgré tout" mais totalement.
Et justement j'aimerais pouvoir comparer les deux textes car à mon avis tu vas l'édulcorer étant donné que le sujet de fond ne consiste pas tant dans la souffrance de l'héroïne que dans ce qui la cause : la schizophrénie native de l'âme humaine, qui veut la liberté mais pas l'insécurité, la voiture mais pas les bouchons... l'omelette mais sans casser les oeufs qui sont la vie... le sexe libre mais sans les connards du lot...


Hors ligne Ari

  • Palimpseste Astral
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Re : Un train de retard [explicite]
« Réponse #11 le: 05 Mars 2018 à 09:30:14 »
De mon point de vue l'ambivalence (qui n'est pas spécifique à la schizophrénie loin de là) peut être pleine de nuances, d'intensité et de complexité ; elle ne se résume pas à la bêtise ou à un mauvais choix, elle a une histoire qui se crée. On peut s'éloigner de la caricature sans édulcorer les paradoxes et l'absurde.
~ Ari ~

Léilwën

  • Invité
Re : Un train de retard [explicite]
« Réponse #12 le: 05 Mars 2018 à 09:41:58 »
Oups, je viens de me rendre compte que je ne vous ai répondu que dans ma tête, Chouc et Ariane... désolée...  :-[ :-[

Oui, je suis totalement d'accord avec vos commentaires... j'ai expérimenté et du coup je n'ai pas voulu faire dans la longueur (j'ai supprimé des bouts d'histoire de Marie, où elle explique un peu plus ce qui se passe dans sa tête, son histoire etc... pour éviter le pathos etc, mais du coup ça rend les choses plus superficielles). Et puis en relisant, je me dis que ce serait plus "parlant" si c'était Marie qui imaginait plus que les autres ne font.

@ Chouc : je me rends compte que vraiment j'ai esquissé, parce que non, pour moi elle ne décide pas de peser 200kg parce que personne ne veut coucher avec elle mais POUR que personne ne veuille coucher avec elle ; ce que je voulais faire ressentir, c'est qu'elle est dans une boucle sans fin (et sans faim^^) où elle a peur de ce qu'elle désire et plus elle s'en protège plus elle a envie... et plus elle est jalouse des autres...:(

@Ariane : oui, c'est bien ça, c'est une peur de séduire et de nouer des liens sociaux en général. Pour l'obésité psychologique, c'est peut-être pas réaliste, mais pour l'instant, j'y tiens... Et non, tu ne pars pas en cacah(o)uète (;) ) tu as juste compris ce que je voulais faire ;)

Merci à toutes les 2 et désolée pour la réponse loupée... :-\

Hors ligne Ari

  • Palimpseste Astral
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Re : Un train de retard [explicite]
« Réponse #13 le: 05 Mars 2018 à 09:46:15 »
Contente de t'avoir bien comprise :) (et ça me rassure un peu). Je disais pas que les causes psychologiques n'existent pas, bien au contraire, mais que c'est plus complexe qu'une décision consciente un jour de pluie.
~ Ari ~

Hors ligne avistodenas

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Re : Un train de retard [explicite]
« Réponse #14 le: 05 Mars 2018 à 09:49:03 »
Arianne, de l'ambivalence à la schizophrénie, tout en effet est question de nuances. Il n'empêche que les deux sont porteuses de toute la malédiction humaine (en même temps que sa richesse). L'animal n'est guère ambivalent.

C'est ce que je voulais signaler à Léilwën : son texte est loin d'être creux, il touche à l'essentiel, dans sa banalité même.
« Modifié: 05 Mars 2018 à 09:57:59 par avistodenas »

 


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