(Ceci est de la procrastination pour pas travailler.)Suite au défi que Milora m'a envoyé en juillet dernier :
Verasoie, je te défie d'écrire une nouvelle à partir d'une tradition vosgienne (tu inventes à partir d'un truc typique de la région... Ou à la rigueur, tu reprends une légende du coin, si tu n'as pas d'idée). Attention, ça doit sentir le terroir ! 
Je voulais l'intituler "1001 légendes vosgiennes : la chasse au dahut", pour qu'il soit premier dans l'index, mais en fait les défis sont en bas, et puis j'avais pas envie d'en écrire mille autres
Le prenez pas trop au sérieux, hein, c'est surtout pour rigoler (c'était très marrant à écrire XD). Si un mot vous échappe, dites-le-moi

je fais pas de lexique parce que j'ai pas trop conscience de quels mots sont de l'argot compréhensible et desquels sont vraiment du patois (pis bon avec le contexte ça devrait aller 8D).
En espérant ne pas m'être complètement grillée (j'ai volontairement caricaturé hein... quoique.)
C'est parti :
***
- Vains rats ! Comme t’as grandi ! Viens voir par là que j’t’embrasse.
- Mais il est musclé maintenant ! Contracte voir ?
Dimanche-ci, les cousins sont remontés de Lyon pour venir faire les brochettes chez Mémère. J’aime bien quand on fait ça : le barbecue, la grande table de jardin dans l’herbe… C’est dommage que Jean, qui a un an de moins que moi et me colle tout le temps, vienne à chaque fois. Il est gentil, mais avec ma sœur Lucie on est toujours obligés de rester avec, parce que Maman dit qu’il faut pas le laisser tout seul… et il est pénible, il comprend jamais ce qu’on lui dit. D’ailleurs, les adultes s’amusent bien à se moquer de lui, mais en vrai, c’est plutôt lui qui parle bizarre.
- Dis-voir, Jean, tu préfères ton papa ou ta maman ?
- Ben…
Lucie se met à rire. On nous la fait tout le temps. Tonton l’a vue, il s’écarte de Jean, s’approche de nous et la soulève de par terre pour la mettre à sa hauteur.
- Dis-donc, zaubette, t’arrêtes de te moquer ? Tu préfères qui, toi ?
- J’aime mieux le lard !
- C’est bien. Allez, jartez de là les mômes, on va faire le barbecue.
- Où c’est qu’ils vont ?
- Qu’est-c’j’en sais moi ? Antoine, vous allez où ?
- Derrière, pas loin.
De toute façon, ils sont bien contents qu’on soit pas dans leurs pattes. Je sors de la cuisine avec Lucie et Jean, et on passe derrière la maison. Il y a un grand pré traversé par un peu d’eau, et qui longe la forêt. La porte du poulailler est, comme toujours, ouverte, et les poules se promènent un peu partout. J’aperçois Louise, notre autre cousine, avec mon grand frère, Mathieu. Ils sont à genoux au bord de la rigole, les deux mains dans l’eau.
- Vous faites quoi ?
- On pêche des pacots !
C’est Louise qui a répondu. Elle habitait près de chez nous quand on était petits, et avec Mathieu ils s’aiment bien. Pas comme Jean qui nous colle tout le temps. D’ailleurs il demande,
- C’est quoi des pacots ?
C’est Lucie qui lui répond - elle est fin gets parce que Papa en a déjà pêché pour les lui montrer.
- C’est des poissons !
- Quand on en aura dix, Papa a dit qu’on pouvait leur couper la tête et les mettre dans la poêle.
Moi, j’en ai jamais mangé. J’aurais bien aimé pêcher avec Mathieu, mais Louise dit à Jean d’aller jouer plus loin. Lucie et moi essayons de rester, au moins pour regarder, mais ils commencent tous les deux à nous trisser, alors on court au fond du jardin. Jean trébuche sur une poule, tombe par terre et se met à boualer.
- Qu’est-c’t’as ?
- J’ai mal au genou !
- Il a quoi ?
- Il s’est fait mal le genou…
- Oh ça va Jean, pleure pas pour ça !
- Tiens, assis-toi là, ça va passer.
Avec Lucie, on essaye de pas rire, mais c’est difficile, parce qu’on voit bien qu’il fait des siosses. Il s’est pas fait guère mal, c’est juste dommage pour son pantalon qu’était tout propre. On s’assit à côté de lui, en attendant qu’il se calme, et je réfléchis, parce que je viens d’avoir une idée.
- Bon, on fait quoi là ? demande Lucie.
- On va à la chasse au dahut !
Même Lucie me regarde toute étonnée. C’est vrai qu’on est jamais allés à la chasse ensemble. C’est Mathieu qui m’a raconté l’histoire la dernière fois, mais j’ai pas encore pu partir le chercher…
- C’est quoi le bahut ?
- Le dahut, c’est un monstre qui vit ici, dans la forêt. Il est gigantesque, et il peut marcher sur la montagne, sans jamais tomber !
- Comment qu’il fait ?
- Il a deux pattes plus courtes que l’autre, comme ça il peut marcher sur la pente, et rester en équilibre.
- Mônh !
- Mathieu m’a dit comment qu’on pouvait l’attraper.
- Comment ?
- Il suffit qu’on le trouve et qu’on aille derrière lui. Après, il faut le siffler. Et en se retournant, comme il aura plus les jambes du bon sens, il va tomber et on pourra l’attraper !
Tout en parlant, je mime le dahut avec deux doigts pour montrer la taille de ses pattes, et une main comme la pente de la montagne. Lucie a des étoiles dans les yeux mais Jean fronce les sourcils. Il m’énerve à être toujours rabat-joie, pour une fois que j’avais une bonne idée ! Alors je lui demande,
- Il nous faut quelqu’un qui sait siffler. Jean, t’y arrives ?
Il répond que oui. Il a l’air content qu’on ait enfin trouvé quet’chose qu’il sait faire. Il se remet debout, Lucie crie à Mathieu qu’on va dans le bois ; il nous répond de trisser de là, et on court jusqu’aux arbres. Dès qu’on est rentrés, ma sœur s’écrie :
- Ça meule, ici !
- Ça quoi ?
- On se les pèle.
Des fois je suis obligé d’expliquer à Jean, parce qu’il parle trop bizarrement.
On avance dans le sous bois en essayant de ne pas se faire prendre les chaussettes dans les ronces. Lucie fait attention à ne pas trop regarder par terre, parce qu’elle sait qu’il y a des araignées partout et qu’elle en a peur quand elle les voit. On regarde attentivement partout autour de nous, mais je pense qu’il faut qu’on trouve une pente, pour avoir plus de chances de voir le dahut.
Au bout d’un moment on arrive à la cabane que Mathieu a construite avec ses copains. Il veut pas qu’on aille dessus parce qu’il dit qu’on va tout frâler, mais je vais quand même dedans pour mieux voir la forêt. Rien. Jean regarde même sous les tas de feuilles. Plus loin, j’essaye de monter à un arbre mais les basses branches des sapins sont coupées alors on peut pas. À un moment, Lucie crie qu’elle a vu quelque chose et elle part tout vite. On essaye de la suivre mais Jean se broute sur une racine.
- Attends, Lucie ! Jean s’est encore rétamé !
- Mais il pas fini, oui ?
- Je veux rentrer…
- Naan, on a encore pas trouvé le dahut !
- Il existe pas, votre dahut !
- C’est Mathieu qui m’a dit qu’il existait, il l’a déjà vu !
- Je veux rentrer !
- C’est bon, arrête de chouiner, on y va…
Je suis fin déçu, mais comme Maman nous a demandé de nous en occuper… Je rappelle Lucie qui est barrée quet’part derrière les buissons.
- Lucie !
- J’ai trouvé des brimbelles !
- C’est quoi des brimbelles ?
- C’est des myrtilles, Jean…
Lucie est déjà toute marmosée parce qu’elle en a mangé plein. Je montre à Jean comment les cueillir en lui disant de pas arracher les pieds. Ça au moins ça a l’air de lui plaire.
- Les mange pas, y’a un renard qu’a pissé dessus !
- Parle-lui mieux, Lucie. Pis d’abord on s’en bat, des renards.
- On aurait dû prendre un cornet pour en ramener à la maison.
Pendant qu’on mange les brimbelles, j’entends Mathieu et Louise qui nous appellent depuis le début du bois.
- Où c’est qu’vous êtes ?
- On est là, on a trouvé des brimbelles !
- Y’a maman qui vous appelle, le barbecue est prêt.
- Y’a du lard ?
- Ouais ! Et des bonnes patates, et Mémère a fait une salade avec de la meurotte.
- Y’en a beaucoup ?
- Une grosse beaugeotte !
- On arrive !
On abandonne la chasse, et on dévale la pente pour retrouver Mathieu et Louise. Ils se moquent de Jean parce qu’il est tout marmosé de brimbelles, le pantalon plein de terre, les cheveux pleins de feuilles et qu’on voit sa boudette. Il rabaisse son tee shirt, mais comme on est tous dans le même état et que les grands sont fin trempés, il se vexe pas. Les parents nous attendent à table.
- Mônh, c’qu’ils sont peutts !
- Mais comment qu’vous avez fait votre compte ?
- Bah, Marie, laisse-les, ils sont petiots… assis-toi là, Antoine, et gaffe à c’que t’envoies pas valdinguer la cruche !
Papa retourne au barbecue et revient avec une grosse assiette.
- Qui qui veut du lard ?