Coucou !
Je voudrais vous présenter un extrait d'une pièce de théâtre que j'ai tentée il y a quelques mois désormais. J'étais totalement fan de Racine et des autres grands dramaturges classiques (et je le suis encore), donc mon style a... suivi le leur, en boitant et en se cassant la gueule !

Bon, je n'étais pas encore au courant de toutes les règles de la métrique classique... pas du tout, même

Du coup, j'ai seulement des alexandrins, mais alors les autres règles...

Je vais pas vous proposer la lecture du texte intégral, il est bien trop long. Je vous met seulement un extrait : la fin de la pièce. En fait, j'hésite à la reprendre pour intégrer les règles de métrique classique que j'ai désormais apprises, mais ce serait un travail monstre, et je ne sais pas du tout si ça en vaut le coup.
Je me devais de trouver le sujet de ma pièce dans l'Antiquité, mais tous les mythes avaient déjà été monopolisés par les auteurs du XVIIème

J'ai déniché celui d'Apollon et Hyacinthe, qui me plaisait pas mal parce qu'il mettait en scène une relation pédérastique. Au moment de l'écriture de la pièce, la loi sur le mariage gay venait d'être voté, aha, alors ça m'a donné envie de faire la pièce (mon dieu, j'ai des motivations pourries quand même

) !
Bon, dans la grèce antique y avait pas de mariages hein. Mais bon. Disons que je me suis amusé. Le problème c'est que du coup ma pièce n'a rien de classique : métrique incomplète, anachronisme, intervention directe de dieux, et même la présence d'un cadavre sur scène... bref !

Petite introduction : (extrait de acte I scène 1)
HYACINTHE
Être aimé d'Apollon ! Que soient bénis les dieux
Qui m'ont permis de naître avec ce beau visage ;
Puisse-t-il demeurer intact à travers l'âge.
Sans mes traits, Apollon, que dirais-tu de moi ?
Tu me mépriserais sans un quelconque émoi.
Par chance ou par destin, j'ai la beauté d'un ange,
Et depuis ma naissance on m'en fait les louanges.
Mais je suis honoré que désormais mes yeux
M'attirent l'attention -même l'amour !- d'un dieu.
Pas n'importe quel dieu : celui de tous les Arts,
Et du puissant destin, triomphant du Hasard !
La musique avec lui est emplie de secrets ;
Lorsqu'il frôle sa lyre, avec magie se créent
Les sons de cent ou mille instruments mélodieux.
Cette grande maîtrise, unique chez les dieux
N'a d'égale qu'au tir à l'arc sa précision ;
Et la Pythie de Delphes lui doit ses visions.
Une statue de lui en ville est édifiée,
Et devant sa splendeur je reste pétrifié :
Son profil définit à lui seul la beauté ;
Dans tout sport Olympique il a l'habileté ;
Contre la démesure, il représente l'ordre,
Le mal face à lui ne peut que geindre et se tordre ;
Sa flèche peut aussi disséminer la peste ;
Dans deux mille ans encore on chantera sa geste ;
Il lève avec son char aux crins dorés le jour ;
N'a-t-il point de défaut ?
APOLLON
Si, j'en ai un : l'amour.
Alors, je vous explique en bref la situation :
Hyacinthe, le fils du roi de Sparte (Amyclas) a une relation avec le dieu Apollon. À Sparte la chaleur est horrible, la canicule bloque toute activité, et Zéphyr, le vent du Nord jaloux d'Apollon, a proposé au roi de souffler le vent frais sur la ville. Il veut en échange la main d'Hyacinthe ; Amyclas, au pied du mur, accepte le marché. Mais Hyacinthe n'est évidemment pas d'accord, et pour convaincre son père, lui annonce sa relation avec Apollon et lui promet qu'Apollon pourra également sauver la cité de la canicule. Mais Borée, le frère de Zéphyr, apprend que le roi a changé d'avis... voilà où nous en sommes. (j'ai du inventer tout ce schéma... la seule pièce fournie par le mythe d'Hyacinthe est sa mort, qui survient à la dernière scène)
Acte IIScène 5
[/b]
BORÉE, ZÉPHYR
BORÉE
Alors que je soufflais, comme selon tes ordres,
Le Borée sur la ville où règne le désordre,
Où l'on fuit comme un monstre affreux la canicule
Où l'on jouit de l'air frais qu'offre le crépuscule,
Alors que je soufflais, disais-je, le Borée,
J'ai aperçu le roi hors du palais doré :
Nous l'aurions pensé las et empli de mollesse
Vexé d'avoir cédé son enfant par faiblesse ;
Mais son corps de vieillard, tordu par la scoliose,
Était comme animé d'une énergie grandiose !
Il marchait fièrement à travers la Cité,
Et par tous les passants était félicité.
Je me suis approché, souffle frais et discret,
Et j'ai tâché d'entendre un peu mieux ses secrets.
Tu vas devoir me croire : il clama haut et fort
Qu'Amyclées aurait désormais le confort
D'une ombre le matin, garante de fraicheur.
Tout le monde admirait ses yeux et la blancheur
De sa barbe royale, qui semblait divine ;
Car grâce à lui la mort, la fièvre et la famine
Et les intempéries, et les dieux, tout recule.
Amyclas prétendit vaincre la canicule.
Le peuple émerveillé lui demanda comment,
Et le roi répondit que le soleil dormant
Resterait couché tard grâce au dieu Apollon ;
Et l'ombre couvrirait les prés et les vallons.
- Mais pour quelle raison ? les hommes demandèrent.
Pourquoi la protection d'un pouvoir légendaire ?
C'est alors qu'Amyclas expliqua simplement
Qu'Apollon et son fils Hyacinthe étaient amants,
Le dieu ayant été par le prince ébloui ;
Qu'ils allaient se marier le lendemain. Réjoui,
Il a clamé cela, sous mes yeux ébahis !
On ne peut l'ignorer : Zéphyr, tu es trahi.
Hyacinthe aime Apollon ; même Amyclas te ment.
Aux noces de son fils, le monarque consent.
ZÉPHYR
Ah, le fourbe vieillard ! Ambitieux ! Scélérat !
Leur union lui profite, et il la scellera !
Pense-t-il toujours que nos pouvoirs sont immenses ?
Il sera terrifié, plongé dans la démence,
Quand il constatera ma haine et ma colère,
Et il implorera l'aide du dieu solaire !
Quel pitoyable roi. Eh bien, soit ! Qu'il implore !
Le bonheur dont il jouit ne verra pas l’aurore.
Il admettra ses torts, et il les paiera cher.
Zéphyr a trop d'honneur pour se vendre aux enchères !
Fin du deuxième acte.
Acte IIIScène 1
AMYCLAS, DAPHNÉ, ZÉPHYR
AMYCLAS
Quelle est cette clameur qui gronde et nous entoure ?
Quels sont ces cris perçants qui montent dans la tour ?
Cette rage indistincte aux accents impérieux
Semble jaillir d'un dieu ou d'un monstre furieux !
Elle approche. Ah ! Daphné, je suis saisi de peur.
À qui sont destinées ces sinistres vapeurs ?
ZÉPHYR
Au stupide vieillard qui règne sur l’État !
Tu m’as trahi, vieux singe, et ce triste constat
Condamne tes vieux jours, et ta progéniture !
Regrette désormais ta vile forfaiture,
Supplie, implore, insiste : ce sera en vain.
Rien ne m’éloignera de mon courroux divin.
AMYCLAS
Par Zeus, je suis perdu ! Essayez de comprendre...
Sans crédibilité, je ne vais vous surprendre,
Et ne vais qu’attirer sur moi d’autres tourments...
Mais sachez-le, Zéphyr, quand j’ai prêté serment,
J’ignorais la liaison d’Hyacinthe et Apollon...
Et vous voilà, violent, emplissant mes salons
De votre acharnement et de votre colère,
Vous abattant sur moi furieux comme un éclair ;
Je n’ai rien préparé, et rien prémédité !
ZÉPHYR
Tu n’as fait preuve alors que de stupidité.
Tu as trahi un dieu, la parole d’un roi,
Et un peuple confiant engourdi par l’effroi ;
Et dans quel intérêt ? Pour ton propre salut,
Pour garder le respect de ton fils résolu,
Et pour te conforter dans l’idée erronée
Que l’honneur d’Apollon te maintient couronné !
Ah ! Sois maudit, vieillard, ainsi que tes enfants !
Que je hais Apollon et son air triomphant !
Je m’en vais le chasser de son parfait visage !
DAPHNÉ
Oh ! Père, ce serment est de mauvais présage !
AMYCLAS
Oui, Daphné, je le crains...
ZÉPHYR
Tout à fait, jeune femme !
J’abhorre son bonheur et sa joie m’est infâme,
Je hais Hyacinthe pour l’amour qu’il lui alloue ;
Ce n’est pas un secret : oui, Zéphyr est jaloux.
Je vais prendre ton fils, Amyclas, roi de Sparte,
Au nom de ton offense à la supposée charte
Dont tu as accepté sans hésiter les clauses.
Sans doute aurais-tu mieux fait de la décliner.
Oh ! Pour te sanctionner, je vais l’assassiner,
Car si ma tolérance est connue dans les mythes,
Ta trahison, vieillard, a atteint ses limites !
AMYCLAS
Ô Zéphyr, offrez-moi votre miséricorde !
J'ai trahi, j'ai trompé, j'ai triché, je l'accorde,
Mais déchaînez sur moi votre haine indicible !
Je veux cela, plutôt qu'Hyacinthe en soit la cible.
Et vous l'aimez, Zéphyr. Cela n'a pas de sens.
Ne le punissez pas de sa pure innocence !
ZÉPHYR
Tu crains que j'aie sur lui mon attention rivée,
Que je vole au vieillard ce dont il m'a privé,
Que le coupable passe au statut de victime ?
Eh bien ! Crains, Amyclas. Ta crainte est légitime,
Contrairement au trône où tu poses tes fesses.
Tais-toi donc, vieux monarque. Je fais la promesse,
Oui, je fais le serment que même si je l’aime,
Les fleurs de mon amour, funestes chrysanthèmes,
Fleuriront sur sa tombe, et mon bras triomphant
Aura vaincu l’amour d’Apollon pour l’enfant !
Scène 2
ZÉPHYR, BORÉE
BORÉE
Alors, frère ? Le roi a-t-il eu des remords ?
A-t-il au moins cessé de voir sa propre mort
Parmi nos objectifs ? Et n’a-t-il pas compris
Que nous n’avons pour lui qu’un infini mépris ?
Qu’il n’y a que son fils qui te pousse à agir
Contre ses intérêts ? Ne peut-il s’assagir ?
Car c'est son fils, en vrai, que tous deux convoitons ;
La terreur que chez lui, Zéphyr, nous suscitons,
N’a pas d’autre objectif que d’obtenir son prince.
Je croyais qu’il tenait à toutes ses provinces,
Et à sa propre ville et à la Laconie,
À son honneur de roi et son hégémonie ;
Je croyais qu’il saurait nous présenter son fils,
Qu’il accepterait vite un si bas sacrifice ;
Zéphyr, je dois avouer que je me suis trompé.
Le roi semble espérer que son fils soit en paix.
Et s’il peut contrôler le grand soleil qui luit,
Et surtout si nos vents n’ont pas d’effet sur lui,
Si même la tempête ne peut le contraindre,
Ah ! Je ne saisis plus comment il peut nous craindre.
ZÉPHYR
Il nous pense puissants, et craint notre ouragan,
Il nous attribue maints pouvoirs extravagants.
Il est tétanisé par Zéphyr et Borée,
Et il n'a pas cessé de prier, d'implorer.
BORÉE
Face aux supplications, ah ! mon frère, que faire ?
ZÉPHYR
Pas de gant de velours : juste une main de fer.
Il faut chasser de soi toute idée d'indulgence,
Et laisser libre cours au désir de vengeance !
Il eut beau supplier, je fus impitoyable ;
Et je me montrai digne du pire des diables.
Je conclus fièrement ma brusque intervention,
Prenant un air furieux, et faisant la mention
De mon affreux projet d'assassiner le prince ;
Et face au vent de l'Ouest qui l'accuse et qui grince,
Et face à son courroux de très mauvais augure,
Le grand roi Amyclas faisait pâle figure.
BORÉE
Tu vas donc le tuer ? Sais-tu comment t’y prendre ?
Il faut craindre Apollon. Il ne doit pas comprendre
Que tu es l’assassin de son amour profond.
Il doit nous accorder l’estime de bouffons,
Car nos pouvoirs mineurs font rire sa splendeur.
Mieux vaut cela plutôt qu’il te croie pourfendeur.
Nous ne représentons pour lui aucun danger.
Être attaqué, défié, ça lui est étranger.
Soit ! Nous le surprendrons. Si tu te tiens discret,
Ta culpabilité restera un secret.
Hyacinthe est occupé, et il s’entraîne au disque.
Il n’imagine pas qu’il court un affreux risque.
Cours jusqu’à ses jardins où il rit et il danse ;
Fais regretter au dieu des Arts son imprudence.
ZÉPHYR
Apollon est prudent... mais ignore ma haine.
Mon souffle est invisible, et il est notre aubaine.
Je peux l’utiliser d’une manière fourbe.
Le zéphyr déviera du lourd disque la courbe.
Le projectile en pierre, gravé d’un fleuron,
Violemment frappera le beau prince en plein front.
Mon amour s’étendra, mort, dans les liserons,
Et Apollon croira coupable un disque rond,
Pendant que le zéphyr soufflera sur la scène.
Ah ! Mon frère, je jouis d’une allégresse obscène.
Scène 3
DAPHNÉ, AMYCLAS
AMYCLAS
Ah ! Daphné, j’ai perdu toute ma dignité,
Ou du moins, vais la perdre, et la malignité
De Zéphyr n’a d’égale que sa cruauté !
Peut-il tuer Hyacinthe et aimer sa beauté ?
Oui, il en est capable, hélas ! Il va le faire,
Aucun de mes remords ne peut le satisfaire.
Il a la volonté, pour remplir sa promesse,
Que j’ai perdue moi-même, en manquant de sagesse.
Il remet en question ma faible loyauté,
À juste titre, mon indigne royauté,
La façon dont je dis, sinistre opportuniste :
Pour que j’offre mon fils, montre-toi altruiste,
Et pour me sanctionner d’avoir trahi un dieu,
Va tuer mon enfant, prunelle de mes yeux !
Et je ne peux agir, juste voir s’opérer
La ruine d’une vie que j’ai vue prospérer.
L’anéantissement de tout ce que j’aimais
Est de son plan haineux le ténébreux sommet !
Son terrible ouragan ravagera ma ville,
Détruira les maisons, l’agora, les civils,
Prendra d’assaut ma tour de son souffle furieux,
Et quand il me tiendra dans son poing victorieux
Je sentirai la rage ultime qu’il me voue ;
Je l’entendrai hurler sa colère, et j’avoue
Que je préférerai ma mort à son courroux.
Trente-mètre plus bas, mon sort serait plus doux,
Et ma mort plus rapide, et mes souffrances moindres ;
Mon suicide imprévu m’offrira de rejoindre
Dans les Enfers Hyacinthe, et feu mon digne père ;
Là-bas je connaîtrai un séjour plus prospère.
DAPHNÉ
Quoi ! Ne vous tuez pas !
AMYCLAS
Daphné, tel est mon choix.
Il critique le trône où je me suis assis.
Il va tuer Hyacinthe ; il me tuera aussi.
DAPHNÉ
La macabre vision de votre corps qui choit
Du haut de votre tour nourrit mon épouvante !
Ne cédez pas, mon père, au zéphyr qui se vante !
Vous êtes dans le cœur d’une foule fervente ;
Votre peuple vous aime, Amyclas. Vos servantes
N’ont pas connu de maître ayant plus de bonté ;
Je vous aime. Restez.
AMYCLAS
Telle est ma volonté.
Je partirai heureux, quoique terrorisé.
Mon large front, au sol, sera pulvérisé.
Et quand je percerai les courants ascendants,
Je verrai en mon sort un salut transcendant !
La dignité que j’ai perdue, en trahissant
Mon Hyacinthe innocent pour me sentir puissant,
Je la regagnerai grâce à mon sacrifice
Et serai pardonné de mon peuple et mon fils.
DAPHNÉ
Vous vous trompez ! Pourquoi ?
AMYCLAS
Car si je reste en vie,
Vexé que je le sois, Zéphyr aura envie
De déchaîner sur nous les pires catastrophes ;
Il étendra sa haine aux régions limitrophes,
Et il n’aura de cesse de nous pourchasser.
Moi, face à sa colère, je suis dépassé.
Je laverai tout seul mon tort impardonnable.
DAPHNÉ
Ressaisissez-vous, père, et soyez raisonnable !
AMYCLAS
Comment pourrais-je l'être s'il me terrorise ?
Approche-toi plutôt. Donne-moi une bise.
DAPHNÉ
N'imposez pas au peuple d'avoir à pleurer
Le suicide du roi, et de vous enterrer !
AMYCLAS
Tais-toi, et offre au roi sa dernière accolade.
Elle l'embrasse, puis lui tourne le dos.DAPHNÉ
Père...
Elle se retourne et ne le voit plus ; elle court au balcon.DAPHNÉ
Il s’est jeté du haut de la balustrade !
Scène dernière
DAPHNÉ, APOLLON
DAPHNÉ
Oh, Hyacinthe, quel drame ! Amyclas notre père
Vient de plonger du haut de son balcon de pierre !
Il te pensait tué...
Elle s'arrête, découvrant Apollon.APOLLON
Pardonne-moi, Hyacinthe...
Puisses-tu vivre encore à travers ces jacinthes.
DAPHNÉ
Par les dieux de l'Olympe, j'ai soudain si peur...
APOLLON
Qu’à jamais soit gravé ton prénom sur ces fleurs...
DAPHNÉ
Quelle est cette terreur qui se saisit de moi ?
Je ne me connais pas cette humeur en émoi,
Mes jambes vacillant sous la vision d’effroi
De mon frère couché, sa tunique d’orfroi
Souillée d’un sang affreux, recouvrant son corps froid !
Après un père, un frère : où s’arrête l’horreur ?
Vais-je devoir pleurer le prince et l’empereur ?
Par pitié, Apollon, soulagez-moi... Vit-il ?
APOLLON
En mon coeur vit encor son visage infantile.
Mais ces jacinthes-là sont nées de ses entrailles ;
Son sang, mes mains, ce disque, la peur qui m'assaille...
DAPHNÉ
Vous tenez un discours secret et ténébreux,
Mais votre voix dénonce un accent douloureux...
Que signifient vos mots ? Et que s'est-il passé ?
APOLLON
Nous ne faisions que jouer, et il a trépassé...
Il reçut en plein front le disque violent.
En sa fragilité d'ange sanguinolent,
Il s'écroula au sol et sa mort fut subite.
La lumière et l'éclat quittèrent ses orbites,
Et privée de vigueur, accablée par sa charge,
Sa nuque retomba sur ses épaules larges.
DAPHNÉ
Ah ! Ma gorge se serre et des larmes me prennent !
Que la mort de mon frère et cette affreuse scène
Tourmenteront mes nuits et hanteront mes jours,
Comme celle du roi basculant de sa tour !
Amyclas, puis Hyacinthe ! Ai-je à craindre la mort ?
Mon coeur s’affole et bat trop vite à ce transport !
Le roi, en se jetant de sa tour, n’avait tort
Car il n’aurait trouvé ici nul réconfort !
Ô, jour de désespoir ! Mon frère Hyacinthe est mort !
APOLLON
Hélas ! Si je pouvais lier à lui mon sort !
Mais je suis immortel, et c'est là ma sentence :
À la perpétuité je crie ma repentance...
Ô mon unique amour, ma douleur et mon crime...
Je suis ton assassin et tu es ma victime !
Car il attribuer l'accident à ma main ;
L'auteur de ta blessure est mon bras surhumain !
Par désespoir j'usai de mon dernier recours,
Mais même l'Art des soins ne fut d'aucun secours.
Moi le grand Apollon, dieu de la guérison,
Par les diables d'Enfer tourné en dérision...
Je métamorphosai son sang noble en jacinthes,
Et pour l'éternité ces fleurs chantent ma plainte.
DAPHNÉ
Écoutez, par pitié ! Vous êtes dans l'erreur,
Et n'êtes responsable en rien de cette horreur !
APOLLON
Sœur d'Hyacinthe, Daphné, laisse Apollon pleurer.
Sur la grandeur des dieux cesse de te leurrer :
Pour répandre le bien, nous, les dieux que nous sommes,
Demeurons inférieurs à n'importe quel homme.
Fin.