Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

02 Avril 2026 à 22:06:59
Bienvenue, Invité. Merci de vous connecter ou de vous inscrire.


Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Apollon et Hyacinthe [Théâtre/Extrait]

Auteur Sujet: Apollon et Hyacinthe [Théâtre/Extrait]  (Lu 5240 fois)

Hors ligne Sennar

  • Troubadour
  • Messages: 306
Apollon et Hyacinthe [Théâtre/Extrait]
« le: 19 Décembre 2013 à 20:07:49 »
Coucou !
Je voudrais vous présenter un extrait d'une pièce de théâtre que j'ai tentée il y a quelques mois désormais. J'étais totalement fan de Racine et des autres grands dramaturges classiques (et je le suis encore), donc mon style a... suivi le leur, en boitant et en se cassant la gueule !  :mrgreen: Bon, je n'étais pas encore au courant de toutes les règles de la métrique classique... pas du tout, même  :-\ Du coup, j'ai seulement des alexandrins, mais alors les autres règles...  8)

Je vais pas vous proposer la lecture du texte intégral, il est bien trop long. Je vous met seulement un extrait : la fin de la pièce. En fait, j'hésite à la reprendre pour intégrer les règles de métrique classique que j'ai désormais apprises, mais ce serait un travail monstre, et je ne sais pas du tout si ça en vaut le coup.

Je me devais de trouver le sujet de ma pièce dans l'Antiquité, mais tous les mythes avaient déjà été monopolisés par les auteurs du XVIIème  |-| J'ai déniché celui d'Apollon et Hyacinthe, qui me plaisait pas mal parce qu'il mettait en scène une relation pédérastique. Au moment de l'écriture de la pièce, la loi sur le mariage gay venait d'être voté, aha, alors ça m'a donné envie de faire la pièce (mon dieu, j'ai des motivations pourries quand même  :relou: ) !
Bon, dans la grèce antique y avait pas de mariages hein. Mais bon. Disons que je me suis amusé. Le problème c'est que du coup ma pièce n'a rien de classique : métrique incomplète, anachronisme, intervention directe de dieux, et même la présence d'un cadavre sur scène... bref !  :relou:

Petite introduction : (extrait de acte I scène 1)
HYACINTHE
Être aimé d'Apollon ! Que soient bénis les dieux
Qui m'ont permis de naître avec ce beau visage ;
Puisse-t-il demeurer intact à travers l'âge.
Sans mes traits, Apollon, que dirais-tu de moi ?
Tu me mépriserais sans un quelconque émoi.
Par chance ou par destin, j'ai la beauté d'un ange,
Et depuis ma naissance on m'en fait les louanges.
Mais je suis honoré que désormais mes yeux
M'attirent l'attention -même l'amour !- d'un dieu.
Pas n'importe quel dieu : celui de tous les Arts,
Et du puissant destin, triomphant du Hasard !
La musique avec lui est emplie de secrets ;
Lorsqu'il frôle sa lyre, avec magie se créent
Les sons de cent ou mille instruments mélodieux.
Cette grande maîtrise, unique chez les dieux
N'a d'égale qu'au tir à l'arc sa précision ;
Et la Pythie de Delphes lui doit ses visions.
Une statue de lui en ville est édifiée,
Et devant sa splendeur je reste pétrifié :
Son profil définit à lui seul la beauté ;
Dans tout sport Olympique il a l'habileté ;
Contre la démesure, il représente l'ordre,
Le mal face à lui ne peut que geindre et se tordre ;
Sa flèche peut aussi disséminer la peste ;
Dans deux mille ans encore on chantera sa geste ;
Il lève avec son char aux crins dorés le jour ;
N'a-t-il point de défaut ?

APOLLON
                                Si, j'en ai un : l'amour.

Alors, je vous explique en bref la situation :
Hyacinthe, le fils du roi de Sparte (Amyclas) a une relation avec le dieu Apollon. À Sparte la chaleur est horrible, la canicule bloque toute activité, et Zéphyr, le vent du Nord jaloux d'Apollon, a proposé au roi de souffler le vent frais sur la ville. Il veut en échange la main d'Hyacinthe ; Amyclas, au pied du mur, accepte le marché. Mais Hyacinthe n'est évidemment pas d'accord, et pour convaincre son père, lui annonce sa relation avec Apollon et lui promet qu'Apollon pourra également sauver la cité de la canicule. Mais Borée, le frère de Zéphyr, apprend que le roi a changé d'avis... voilà où nous en sommes. (j'ai du inventer tout ce schéma... la seule pièce fournie par le mythe d'Hyacinthe est sa mort, qui survient à la dernière scène)

Acte II
Scène 5
[/b]
BORÉE, ZÉPHYR


BORÉE
Alors que je soufflais, comme selon tes ordres,
Le Borée sur la ville où règne le désordre,
Où l'on fuit comme un monstre affreux la canicule
Où l'on jouit de l'air frais qu'offre le crépuscule,
Alors que je soufflais, disais-je, le Borée,
J'ai aperçu le roi hors du palais doré :
Nous l'aurions pensé las et empli de mollesse
Vexé d'avoir cédé son enfant par faiblesse ;
Mais son corps de vieillard, tordu par la scoliose,
Était comme animé d'une énergie grandiose !
Il marchait fièrement à travers la Cité,
Et par tous les passants était félicité.
Je me suis approché, souffle frais et discret,
Et j'ai tâché d'entendre un peu mieux ses secrets.
Tu vas devoir me croire : il clama haut et fort
Qu'Amyclées aurait désormais le confort
D'une ombre le matin, garante de fraicheur.
Tout le monde admirait ses yeux et la blancheur
De sa barbe royale, qui semblait divine ;
Car grâce à lui la mort, la fièvre et la famine
Et les intempéries, et les dieux, tout recule.
Amyclas prétendit vaincre la canicule.
Le peuple émerveillé lui demanda comment,
Et le roi répondit que le soleil dormant
Resterait couché tard grâce au dieu Apollon ;
Et l'ombre couvrirait les prés et les vallons.
- Mais pour quelle raison ? les hommes demandèrent.
Pourquoi la protection d'un pouvoir légendaire ?
C'est alors qu'Amyclas expliqua simplement
Qu'Apollon et son fils Hyacinthe étaient amants,
Le dieu ayant été par le prince ébloui ;
Qu'ils allaient se marier le lendemain. Réjoui,
Il a clamé cela, sous mes yeux ébahis !
On ne peut l'ignorer : Zéphyr, tu es trahi.
Hyacinthe aime Apollon ; même Amyclas te ment.
Aux noces de son fils, le monarque consent.

ZÉPHYR

Ah, le fourbe vieillard ! Ambitieux ! Scélérat !
Leur union lui profite, et il la scellera !
Pense-t-il toujours que nos pouvoirs sont immenses ?
Il sera terrifié, plongé dans la démence,
Quand il constatera ma haine et ma colère,
Et il implorera l'aide du dieu solaire !
Quel pitoyable roi. Eh bien, soit ! Qu'il implore !
Le bonheur dont il jouit ne verra pas l’aurore.
Il admettra ses torts, et il les paiera cher.
Zéphyr a trop d'honneur pour se vendre aux enchères !


Fin du deuxième acte.

Acte III

Scène 1
AMYCLAS, DAPHNÉ, ZÉPHYR


AMYCLAS

Quelle est cette clameur qui gronde et nous entoure ?
Quels sont ces cris perçants qui montent dans la tour ?
Cette rage indistincte aux accents impérieux
Semble jaillir d'un dieu ou d'un monstre furieux !
Elle approche. Ah ! Daphné, je suis saisi de peur.
À qui sont destinées ces sinistres vapeurs ?

ZÉPHYR

Au stupide vieillard qui règne sur l’État !
Tu m’as trahi, vieux singe, et ce triste constat
Condamne tes vieux jours, et ta progéniture !
Regrette désormais ta vile forfaiture,
Supplie, implore, insiste : ce sera en vain.
Rien ne m’éloignera de mon courroux divin.

AMYCLAS

Par Zeus, je suis perdu ! Essayez de comprendre...
Sans crédibilité, je ne vais vous surprendre,
Et ne vais qu’attirer sur moi d’autres tourments...
Mais sachez-le, Zéphyr, quand j’ai prêté serment,
J’ignorais la liaison d’Hyacinthe et Apollon...
Et vous voilà, violent, emplissant mes salons
De votre acharnement et de votre colère,
Vous abattant sur moi furieux comme un éclair ;
Je n’ai rien préparé, et rien prémédité !

ZÉPHYR

Tu n’as fait preuve alors que de stupidité.
Tu as trahi un dieu, la parole d’un roi,
Et un peuple confiant engourdi par l’effroi ;
Et dans quel intérêt ? Pour ton propre salut,
Pour garder le respect de ton fils résolu,
Et pour te conforter dans l’idée erronée
Que l’honneur d’Apollon te maintient couronné !
Ah ! Sois maudit, vieillard, ainsi que tes enfants !
Que je hais Apollon et son air triomphant !
Je m’en vais le chasser de son parfait visage !

DAPHNÉ

Oh ! Père, ce serment est de mauvais présage !

AMYCLAS
Oui, Daphné, je le crains...

ZÉPHYR

            Tout à fait, jeune femme !
J’abhorre son bonheur et sa joie m’est infâme,
Je hais Hyacinthe pour l’amour qu’il lui alloue ;
Ce n’est pas un secret : oui, Zéphyr est jaloux.
Je vais prendre ton fils, Amyclas, roi de Sparte,
Au nom de ton offense à la supposée charte
Dont tu as accepté sans hésiter les clauses.
Sans doute aurais-tu mieux fait de la décliner.
Oh ! Pour te sanctionner, je vais l’assassiner,
Car si ma tolérance est connue dans les mythes,
Ta trahison, vieillard, a atteint ses limites !

AMYCLAS
Ô Zéphyr, offrez-moi votre miséricorde !
J'ai trahi, j'ai trompé, j'ai triché, je l'accorde,
Mais déchaînez sur moi votre haine indicible !
Je veux cela, plutôt qu'Hyacinthe en soit la cible.
Et vous l'aimez, Zéphyr. Cela n'a pas de sens.
Ne le punissez pas de sa pure innocence !

ZÉPHYR

Tu crains que j'aie sur lui mon attention rivée,
Que je vole au vieillard ce dont il m'a privé,
Que le coupable passe au statut de victime ?
Eh bien ! Crains, Amyclas. Ta crainte est légitime,
Contrairement au trône où tu poses tes fesses.
Tais-toi donc, vieux monarque. Je fais la promesse,
Oui, je fais le serment que même si je l’aime,
Les fleurs de mon amour, funestes chrysanthèmes,
Fleuriront sur sa tombe, et mon bras triomphant
Aura vaincu l’amour d’Apollon pour l’enfant !


Scène 2
ZÉPHYR, BORÉE


BORÉE

Alors, frère ? Le roi a-t-il eu des remords ?
A-t-il au moins cessé de voir sa propre mort
Parmi nos objectifs ? Et n’a-t-il pas compris
Que nous n’avons pour lui qu’un infini mépris ?
Qu’il n’y a que son fils qui te pousse à agir
Contre ses intérêts ? Ne peut-il s’assagir ?
Car c'est son fils, en vrai, que tous deux convoitons ;
La terreur que chez lui, Zéphyr, nous suscitons,
N’a pas d’autre objectif que d’obtenir son prince.
Je croyais qu’il tenait à toutes ses provinces,
Et à sa propre ville et à la Laconie,
À son honneur de roi et son hégémonie ;
Je croyais qu’il saurait nous présenter son fils,
Qu’il accepterait vite un si bas sacrifice ;
Zéphyr, je dois avouer que je me suis trompé.
Le roi semble espérer que son fils soit en paix.
Et s’il peut contrôler le grand soleil qui luit,
Et surtout si nos vents n’ont pas d’effet sur lui,
Si même la tempête ne peut le contraindre,
Ah ! Je ne saisis plus comment il peut nous craindre.

ZÉPHYR

Il nous pense puissants, et craint notre ouragan,
Il nous attribue maints pouvoirs extravagants.
Il est tétanisé par Zéphyr et Borée,
Et il n'a pas cessé de prier, d'implorer.

BORÉE

Face aux supplications, ah ! mon frère, que faire ?

ZÉPHYR

Pas de gant de velours : juste une main de fer.
Il faut chasser de soi toute idée d'indulgence,
Et laisser libre cours au désir de vengeance !
Il eut beau supplier, je fus impitoyable ;
Et je me montrai digne du pire des diables.
Je conclus fièrement ma brusque intervention,
Prenant un air furieux, et faisant la mention
De mon affreux projet d'assassiner le prince ;
Et face au vent de l'Ouest qui l'accuse et qui grince,
Et face à son courroux de très mauvais augure,
Le grand roi Amyclas faisait pâle figure.

BORÉE

Tu vas donc le tuer ? Sais-tu comment t’y prendre ?
Il faut craindre Apollon. Il ne doit pas comprendre
Que tu es l’assassin de son amour profond.
Il doit nous accorder l’estime de bouffons,
Car nos pouvoirs mineurs font rire sa splendeur.
Mieux vaut cela plutôt qu’il te croie pourfendeur.
Nous ne représentons pour lui aucun danger.
Être attaqué, défié, ça lui est étranger.
Soit ! Nous le surprendrons. Si tu te tiens discret,
Ta culpabilité restera un secret.
Hyacinthe est occupé, et il s’entraîne au disque.
Il n’imagine pas qu’il court un affreux risque.
Cours jusqu’à ses jardins où il rit et il danse ;
Fais regretter au dieu des Arts son imprudence.

ZÉPHYR

Apollon est prudent... mais ignore ma haine.
Mon souffle est invisible, et il est notre aubaine.
Je peux l’utiliser d’une manière fourbe.
Le zéphyr déviera du lourd disque la courbe.
Le projectile en pierre, gravé d’un fleuron,
Violemment frappera le beau prince en plein front.
Mon amour s’étendra, mort, dans les liserons,
Et Apollon croira coupable un disque rond,
Pendant que le zéphyr soufflera sur la scène.
Ah ! Mon frère, je jouis d’une allégresse obscène.


Scène 3
DAPHNÉ, AMYCLAS


AMYCLAS

Ah ! Daphné, j’ai perdu toute ma dignité,
Ou du moins, vais la perdre, et la malignité
De Zéphyr n’a d’égale que sa cruauté !
Peut-il tuer Hyacinthe et aimer sa beauté ?
Oui, il en est capable, hélas ! Il va le faire,
Aucun de mes remords ne peut le satisfaire.
Il a la volonté, pour remplir sa promesse,
Que j’ai perdue moi-même, en manquant de sagesse.
Il remet en question ma faible loyauté,
À juste titre, mon indigne royauté,
La façon dont je dis, sinistre opportuniste :
Pour que j’offre mon fils, montre-toi altruiste,
Et pour me sanctionner d’avoir trahi un dieu,
Va tuer mon enfant, prunelle de mes yeux !
Et je ne peux agir, juste voir s’opérer
La ruine d’une vie que j’ai vue prospérer.
L’anéantissement de tout ce que j’aimais
Est de son plan haineux le ténébreux sommet !
Son terrible ouragan ravagera ma ville,
Détruira les maisons, l’agora, les civils,
Prendra d’assaut ma tour de son souffle furieux,
Et quand il me tiendra dans son poing victorieux
Je sentirai la rage ultime qu’il me voue ;
Je l’entendrai hurler sa colère, et j’avoue
Que je préférerai ma mort à son courroux.
Trente-mètre plus bas, mon sort serait plus doux,
Et ma mort plus rapide, et mes souffrances moindres ;
Mon suicide imprévu m’offrira de rejoindre
Dans les Enfers Hyacinthe, et feu mon digne père ;
Là-bas je connaîtrai un séjour plus prospère.

DAPHNÉ

Quoi ! Ne vous tuez pas !

AMYCLAS

            Daphné, tel est mon choix.
Il critique le trône où je me suis assis.
Il va tuer Hyacinthe ; il me tuera aussi.

DAPHNÉ

La macabre vision de votre corps qui choit
Du haut de votre tour nourrit mon épouvante !
Ne cédez pas, mon père, au zéphyr qui se vante !
Vous êtes dans le cœur d’une foule fervente ;
Votre peuple vous aime, Amyclas. Vos servantes
N’ont pas connu de maître ayant plus de bonté ;
Je vous aime. Restez.

AMYCLAS

              Telle est ma volonté.
Je partirai heureux, quoique terrorisé.
Mon large front, au sol, sera pulvérisé.
Et quand je percerai les courants ascendants,
Je verrai en mon sort un salut transcendant !
La dignité que j’ai perdue, en trahissant
Mon Hyacinthe innocent pour me sentir puissant,
Je la regagnerai grâce à mon sacrifice
Et serai pardonné de mon peuple et mon fils.

DAPHNÉ

Vous vous trompez ! Pourquoi ?

AMYCLAS

Car si je reste en vie,
Vexé que je le sois, Zéphyr aura envie
De déchaîner sur nous les pires catastrophes ;
Il étendra sa haine aux régions limitrophes,
Et il n’aura de cesse de nous pourchasser.
Moi, face à sa colère, je suis dépassé.
Je laverai tout seul mon tort impardonnable.

DAPHNÉ

Ressaisissez-vous, père, et soyez raisonnable !

AMYCLAS

Comment pourrais-je l'être s'il me terrorise ?
Approche-toi plutôt. Donne-moi une bise.

DAPHNÉ

N'imposez pas au peuple d'avoir à pleurer
Le suicide du roi, et de vous enterrer !

AMYCLAS

Tais-toi, et offre au roi sa dernière accolade.

Elle l'embrasse, puis lui tourne le dos.

DAPHNÉ

Père...

Elle se retourne et ne le voit plus ; elle court au balcon.

DAPHNÉ
     
       Il s’est jeté du haut de la balustrade !



Scène dernière
DAPHNÉ, APOLLON


DAPHNÉ

Oh, Hyacinthe, quel drame ! Amyclas notre père
Vient de plonger du haut de son balcon de pierre !
Il te pensait tué...
Elle s'arrête, découvrant Apollon.

APOLLON

          Pardonne-moi, Hyacinthe...
Puisses-tu vivre encore à travers ces jacinthes.

DAPHNÉ

Par les dieux de l'Olympe, j'ai soudain si peur...

APOLLON

Qu’à jamais soit gravé ton prénom sur ces fleurs...

DAPHNÉ

Quelle est cette terreur qui se saisit de moi ?
Je ne me connais pas cette humeur en émoi,
Mes jambes vacillant sous la vision d’effroi
De mon frère couché, sa tunique d’orfroi
Souillée d’un sang affreux, recouvrant son corps froid !
Après un père, un frère : où s’arrête l’horreur ?
Vais-je devoir pleurer le prince et l’empereur ?
Par pitié, Apollon, soulagez-moi... Vit-il ?

APOLLON

En mon coeur vit encor son visage infantile.
Mais ces jacinthes-là sont nées de ses entrailles ;
Son sang, mes mains, ce disque, la peur qui m'assaille...

DAPHNÉ

Vous tenez un discours secret et ténébreux,
Mais votre voix dénonce un accent douloureux...
Que signifient vos mots ? Et que s'est-il passé ?

APOLLON

Nous ne faisions que jouer, et il a trépassé...
Il reçut en plein front le disque violent.
En sa fragilité d'ange sanguinolent,
Il s'écroula au sol et sa mort fut subite.
La lumière et l'éclat quittèrent ses orbites,
Et privée de vigueur, accablée par sa charge,
Sa nuque retomba sur ses épaules larges.

DAPHNÉ

Ah ! Ma gorge se serre et des larmes me prennent !
Que la mort de mon frère et cette affreuse scène
Tourmenteront mes nuits et hanteront mes jours,
Comme celle du roi basculant de sa tour !
Amyclas, puis Hyacinthe ! Ai-je à craindre la mort ?
Mon coeur s’affole et bat trop vite à ce transport !
Le roi, en se jetant de sa tour, n’avait tort
Car il n’aurait trouvé ici nul réconfort !
Ô, jour de désespoir ! Mon frère Hyacinthe est mort !

APOLLON

Hélas ! Si je pouvais lier à lui mon sort !
Mais je suis immortel, et c'est là ma sentence :
À la perpétuité je crie ma repentance...
Ô mon unique amour, ma douleur et mon crime...
Je suis ton assassin et tu es ma victime !
Car il attribuer l'accident à ma main ;
L'auteur de ta blessure est mon bras surhumain !
Par désespoir j'usai de mon dernier recours,
Mais même l'Art des soins ne fut d'aucun secours.
Moi le grand Apollon, dieu de la guérison,
Par les diables d'Enfer tourné en dérision...
Je métamorphosai son sang noble en jacinthes,
Et pour l'éternité ces fleurs chantent ma plainte.

DAPHNÉ

Écoutez, par pitié ! Vous êtes dans l'erreur,
Et n'êtes responsable en rien de cette horreur !

APOLLON

Sœur d'Hyacinthe, Daphné, laisse Apollon pleurer.
Sur la grandeur des dieux cesse de te leurrer :
Pour répandre le bien, nous, les dieux que nous sommes,
Demeurons inférieurs à n'importe quel homme.


Fin.
« Modifié: 22 Avril 2014 à 11:12:19 par Sennar »

Hors ligne colette

  • Tabellion
  • Messages: 50
Re : Apollon et Hyacinthe [Théâtre/Extrait]
« Réponse #1 le: 19 Décembre 2013 à 22:37:40 »














  _/-o_ Le premier mot qui me vient à l'esprit: excellent!  :-\ 

Non vraiment, je ne suis vraiment pas du niveau pour juger ou corriger et j'en suis désolée.
Mais quel travail! Je trouve cela admirable, j'ai pris un plaisir immense à te lire!
C’est peut-être cela le Purgatoire, une solitude éternelle.

Hors ligne Bricoman

  • Calliopéen
  • Messages: 559
  • Batman, Superman, et pourquoi pas wham ?
Re : Apollon et Hyacinthe [Théâtre/Extrait]
« Réponse #2 le: 19 Décembre 2013 à 23:40:01 »
Tu l'as dit Colette !  ;D

Bon Sennar, t'es un vrai OUF qui touche à tout ma parole!!!

Je résiste pas à commenter à chaud ce texte, il est trop fort.

Comme tu l'as dit, la métrique est approximative, donc je m'y attarderai pas, mais le plus important c'est qu'à la lecture, on ait toutes les sensations de la tragédie, comme pour de vrai.  ^^

Citer
le fils du roi de Sparte (Amyclas)

Wikipédia n'est pas d'accord. Amyclas était le roi d'Amyclée, c'est aussi une ville de Laconie, mais c'est pas Sparte.

Citer
j'ai du inventer tout ce schéma...

Chapeau ! Et chapeau sur le u, également.

Citer
BORÉE, ZÉPHYR

Pendant que t'y es, bien qu'on prenne la pièce au milieu, tu pourrais nous mettre le générique avec les fonctions, ça aiderait à la compréhension :

Hyacinthe, fils d'Amyclas, frère de Daphné, amant d'Apollon
Borée, vent du Nord, frère de Zhéphyr 
Zhéphyr, vent d'Ouest, amant de Hyacinthe, frère de Borée
Daphné, soeur de Hyacinthe, fille d'Amyclas, amante d'Apollon
Amyclas, Roi d'Amyclée, papa de Hyacinthe et de Daphné
Apollon, dieu du Soleil, amant de Hyacinthe, neveu de Bricoman

Citer
Alors que je soufflais, fidèle à tes désirs,

Le "fidèle à tes désirs" montre tout de suite qu'il y a tout un scénario à déballer et que t'es pressé de planter l'organigramme des relations entre tes personnages. J'ai bon ?

Citer
Le Borée sur la ville où l'on entend gésir

T'es sûr qu'un dieu élémentaire distingue l'élément qu'il personnifie de sa personne ?

Citer
Alors que je soufflais, disais-je, le Borée,

Ce rappel était-il nécessaire ?

Citer
Nous le penserions las et empli de mollesse
Vexé d'avoir cédé son enfant par faiblesse ;
Mais son corps de vieillard, tordu par la scoliose,
Était comme animé d'une énergie grandiose !

Pas mal la préparation du terrain pour annoncer l'élément déclencheur de cette tragédie. Le vieux qui pète la forme, ça intrigue, pour sûr.

Citer
Je me suis approché, souffle frais et discret,
Et j'ai taché d'entendre un peu mieux ses secrets
.

La gestuelle, très théâtrale, intègre bien l'éoliomorphisme du dieu.

Citer
C'est alors, m'effrayant, qu'il clama haut et fort

"m'effrayant" me semble maladroit. Tu pourrais, par exemple, le remplacer avantageusement par un juron qui marquerait la mauvaise surprise.

Citer
Qu'Amyclées aurait désormais le confort
D'une ombre le matin, garante de fraicheur.

J'aime beaucoup ta manière de tourner autour du pot, en repoussant l'instant de la révélation.

Citer
Car grâce à lui la mort, la fièvre et la famine
Et les intempéries, et les dieux, tout recule.

Yeah ! Cette accumulation avec l'abus du "et"...  it's so seventeenth century !   

Citer
Le peuple émerveillé lui demanda comment,
Et le roi répondit que le soleil dormant
Resterait couché tard grâce au dieu Apollon ;
Et l'ombre couvrirait les prés et les vallons.

Les impératifs de timeline pour dérouler ton script n'ont pas étouffé la poésie de tes images, petit galopin surdoué va !

Citer
- Mais pour quelle raison ? les hommes demandèrent.

Par contre la contrainte de la rime aura eu raison de la préséance du verbe.

Citer
Que le dieu se montrait par le prince ébloui ;
Qu'ils allaient se marier le lendemain. Réjoui,
Il a clamé cela, sous mes yeux ébahis !
On ne peut l'ignorer : Zéphyr, tu es trahi.
Hyacinthe aime Apollon. Amyclas a menti.
Le mariage du prince, il y a consenti.

Le ton est sérieux, le rythme haletant, l'expression tout empreinte de clarté classique... tu gères, petit morveux transgénique va !

Bon, j'aurais juste eu le temps de commenter la première tirade ce soir, mais franchement, le souffle de la tragédie est au rendez-vous. Je reviendrai pour la suite.  ;)

P.S : tiens, puisque tu m'as bien énervé, je vais poster moi aussi la tragédie en BD que j'ai écrite il y a quelques années. C'est plein de fautes de versification, tous ceux qui l'ont lue l'ont trouvée à chier, mais comme toi, je me suis amusé comme un ouf à l'écrire.    :D
« Modifié: 19 Décembre 2013 à 23:47:23 par Bricoman »
" THE SELECTION FOR THE JUSTICE LEAGUE ® :

[...]
WONDER WOMAN/ADMITTED
BRICOMAN/REFUSED "

... Marvel sa mère !

Hors ligne Sennar

  • Troubadour
  • Messages: 306
Re : Apollon et Hyacinthe [Théâtre/Extrait]
« Réponse #3 le: 20 Décembre 2013 à 10:16:07 »
Merci beaucoup Colette d'avoir pris le temps de lire, et d'avoir commenté ! Le théâtre classique n'est pas forcément très appétissant, je te remercie de t'être lancé(e?) dans la lecture !

Bricoman :
Héhé ! Long commentaire = longue réponse !
Déjà merci de ta lecture !
Citer
Wikipédia n'est pas d'accord. Amyclas était le roi d'Amyclée, c'est aussi une ville de Laconie, mais c'est pas Sparte
Effectivement, j'ai voulu rendre mon explication la plus simple possible, mais si tu vas faire des petites recherches en plus...  :P J'ai expliqué cela dans le début de la pièce, qu'il régnait sur Amyclées. Son père, Lacédémon, était le fondateur de Sparte. Après de longues recherches où j'ai essayé de faire se croiser le max d'infos, j'ai conclu qu'Amyclas régnait à Amyclées (que je prononce Amikléesse, je sais pas trop comment faudrait ?), mais que son pouvoir s'étend sur toute la Laconie. C'est un peu flou. Si quelqu'un s'y connait mieux, je prends toute info !
Je ne suis pas chez moi, mais je tente de te restituer le passage explicatif sur la généalogie (de tête, hein, j'ai pas le texte, et ça date, donc mon par cœur est un peu approximatif)
Borée :
Hyacinthe a pour grand-père un roi : Lacédémon,
Qui d'une nymphe et Zeus est le fruit d'une union ;
Zéphyr :
Si le sang du grand dieu coule bien dans ses veines,
L'ascendance éclaircit sa beauté surhumaine !
Borée :
Lacédémon fonda la magnifique Sparte,
Et légua à son fils, puisqu'il voulait qu'il parte
Une grande région que les vents doux délaissent ;
C'est là-bas qu'Amyclas bâtit Amyclées.
A présent le monarque est vieux mais règne encore,
Et tu as vu son fils,  Hyacinthe, dont le corps
Et le visage, et l'âme, ont quelque éclat magique,
Lequel s'oppose hélas à son destin tragique.
Car s'il a la beauté d'une divinité,
Il connaîtra la mort, sort de l'humanité.

Citer
Chapeau ! Et chapeau sur le u, également
Aha ! Je les mets jamais ! Pas bien !
C'était pas facile de trouver un schéma cohérent. Je voulais Amyclas dans la pièce, alors qu'il ne sert à rien normalement. Je me suis dit qu'il serait faible, peureux et corruptible. Il fallait que Zéphyr, puis Apollon, lui offrent des richesses pour obtenir Hyacinthe, et le seul point commun que j'ai trouvé aux deux dieux fut ce rapport au soleil et à la canicule... et il fait chaud, en Grèce  :huhu: Je trouvais pas ça très crédible je t'avoue, mais j'essaie d'amener le problème de la chaleur dès les premières scènes, de façon à ce qu'il paraisse sérieux.

Citer
Apollon, dieu du Soleil, amant de Hyacinthe, neveu de Bricoman
Hahahahahaha
(tu pourrais être le frère de Léto, la mère humaine d'Apollon  ^^ )
Bon ! Tu imagines bien que j'ai déjà fait une telle présentation des acteurs, elle est au début de la pièce !
Citer
Daphné, soeur de Hyacinthe, fille d'Amyclas, amante d'Apollon
Ah ! Tu soulèves un problème ! Effectivement, on connait l'histoire de Daphné, qu'Apollon transforme en olivier me semble-t-il... Daphné est très ambiguë ! Celle de la légende est une chasseresse d'Artémis je crois. Aucun rapport avec Hyacinthe. Cependant, elle a été identifiée dans une version moins commune du mythe comme la fille d'Amyclas... et donc la sœur d'Hyacinthe. Je me suis dit que ce serait sympa de la mettre dans la pièce. Elle a un rôle de messager entre Hyacinthe et son père. Mais je ne lui ai créé aucune relation avec Apollon.

Citer
Le "fidèle à tes désirs" montre tout de suite qu'il y a tout un scénario à déballer et que t'es pressé de planter l'organigramme des relations entre tes personnages. J'ai bon ?
Oui, tu as juste  ;) Nous savions, avant cette scène, qu'Amyclas avait accepté le marché de Zéphyr, et que celui-ci était censé souffler le vent de l'ouest sur la ville. Mais bon, pour plus de crousssstillant, j'ai envoyé son frérot souffler, histoire que Zéphyr apprenne indirectement sa trahison ! Ça évite d'avoir à représenter sur scène un Zéphyr invisible et aérien qui apprend la nouvelle de la bouche d'Amyclas (bien que Shakespeare eut représenté des esprits sur scène (Ariel, an airy spirit - Ariel vanishes - comes Ariel, invisible), je l'apprendrais plus tard...). Et ça permet d'avoir la réaction de Zéphyr en live  :)

Citer
T'es sûr qu'un dieu élémentaire distingue l'élément qu'il personnifie de sa personne ?
Non, effectivement, j'ai plus tendance à penser comme toi, qu'il EST le vent du Nord... mais... j'étais gêné, parce que Zéphyr offre les vents à Amyclas comme des cadeaux, comme une marchandise, ce qu'il ne ferait pas s'il ne distinguait pas le vent de l'ouest et lui-même... j'étais obligé de l'intégrer comme une sorte de pouvoir, un élément qu'il contrôle. Mais tu me rappelles que cela me plaisait peu.
("Nous pourrions lui offrir quelque alléchant présent !
- Il nous vendrait son fils pour un cadeau plaisant ?
Ne l'espère pas trop. Seulement j'évoquais
Le vent doux et divin que tu peux invoquer")

Citer
Ce rappel était-il nécessaire ?
Dans la mesure où le début de la phrase était long (et où tout le monde n'a pas ton habitude de lire Hugo et ses structures à rallonge), j'ai trouvé ça plus clair. En temps normal j'aurais évité, car c'est lourd, mais Borée tourne autour du pot. Il veut ménager son frère héhé ! Du coup, ça ne m'a pas gêné. Tu le trouves trop pesant ? Je dois avoir moyen de le virer !

Citer
"m'effrayant" me semble maladroit. Tu pourrais, par exemple, le remplacer avantageusement par un juron qui marquerait la mauvaise surprise.
Ok ! J'ai corrigé, toujours dans cette optique de faire durer le "suspense" et de faire attendre la "révélation"

Je t'attends Brico ! Reviens avec plus de reproches, par contre, car certains vers en méritent vraiment !  :huhu:

Citer
P.S : tiens, puisque tu m'as bien énervé, je vais poster moi aussi la tragédie en BD que j'ai écrite il y a quelques années. C'est plein de fautes de versification, tous ceux qui l'ont lue l'ont trouvée à chier, mais comme toi, je me suis amusé comme un ouf à l'écrire.  :D
YEAAAH  :o :D :P je veux !
« Modifié: 20 Décembre 2013 à 10:31:50 par Sennar »

Hors ligne Baptiste

  • Palimpseste Astral
  • Messages: 3 616
  • Pingouin de Patagonie
    • Rêves de comptoir
Re : Apollon et Hyacinthe [Théâtre/Extrait]
« Réponse #4 le: 20 Décembre 2013 à 10:32:22 »
Salut
Citer
Hyacinthe, le fils du roi de Sparte (Amyclas) a une relation avec le dieu Apollon. À Sparte la chaleur est horrible, la canicule bloque toute activité, et Zéphyr, le vent du Nord jaloux d'Apollon, a proposé au roi de souffler le vent frais sur la ville. Il veut en échange la main d'Hyacinthe ; Amyclas, au pied du mur, accepte le marché. Mais Hyacinthe n'est évidemment pas d'accord, et pour convaincre son père, lui annonce sa relation avec Apollon et lui promet qu'Apollon pourra également sauver la cité de la canicule. Mais Borée, le frère de Zéphyr, apprend que le roi a changé d'avis... voilà où nous en sommes. (j'ai du inventer tout ce schéma... la seule pièce fournie par le mythe d'Hyacinthe est sa mort, qui survient à la dernière scène)
J'aime  bien cet argument

Citer
DAPHNÉ

Oh ! Père, ce serment est de mauvais présage !

AMYCLAS
Oui, Daphné, je le crains...

ZÉPHYR

            Tout à fait, jeune femme !
Mouais, pour  le coup, ça fait très vers pour remplir
Citer
Contrairement au trône où tu poses tes fesses.
:D c'est plus très "noble"
Citer
mais nous nécessitons
Son fils

Je comprends pas. Nécéssitons son fils, c'est étrange un peu
Citer
Luisants de suc d'olive, nous lancions le disque.
Genre ils se sont oint d'huile d'olive ? Je sais pas si le détails est très utile

Citer
Car il attribuer ton trépas à ma main ;
bug
Citer
Pour répandre le bien, nous, les dieux que nous sommes,
Demeurons inférieurs à n'importe quel homme.
Et pof, ça c'est de la morale  :mrgreen:

Bon, j'ai plutot aprecié la lecture. Un peu étrange pourtant, que Zephyr ne sois  pas condamné, ou en tout cas démasqué, mais bon, c'est personnel.
Je reviendrez pas sur le rythme, je trouve que parfois, l'emploie de certains mot dénote du ton général du texte ( "approche toi et viens me faire une bise" par exemple), ça crée je trouve un effet comique et je ne suis pas sur que tu recherchait cette effet là.

Sinon, je trouve ça chouette comme idée de refaire de la tragédie en vers.
En tout cas, encore une fois je trouve l'histoire pas mal.

Au plaisir

Hors ligne Sennar

  • Troubadour
  • Messages: 306
Re : Apollon et Hyacinthe [Théâtre/Extrait]
« Réponse #5 le: 20 Décembre 2013 à 10:50:23 »
Merci baptiste !!!
Citer
Mouais, pour  le coup, ça fait très vers pour remplir
C'en est  :-X

Citer
je trouve que parfois, l'emploie de certains mot dénote du ton général du texte ( "approche toi et viens me faire une bise" par exemple), ça crée je trouve un effet comique et je ne suis pas sur que tu recherchait cette effet là.
Pour l'histoire du trône où il pose ses fesses, c'est en effet recherché... après, ça l'est moins  pour la bise que Daphné lui donne... C'est cool que le comique ne gène pas au milieu d'une scène tragique !

Citer
Genre ils se sont oint d'huile d'olive ? Je sais pas si le détails est très utile
Alors ! je comprends que ça fasse bizarre. Cela vient en fait de la version d'Ovide du mythe. Comme la mort d'Hyacinthe est le seul passage que je n'ai pas inventé, j'ai voulu bien imiter l'Ancien Ovide.
Voici la traduction du passage de la mort (par Ovide) :
Ainsi le visage mourant gît et est privé de sa vigueur. Le cou est accablé par son poids et
tombe sur les épaules. « Tu t'échappes, Hyacinthe, ta première jeunesse t'est volée », dit Phoebus
« et je vois ta blessure, mon crime. Tu es ma douleur et mon crime, il faut attribuer ta mort à ma
main droite. Je suis l'auteur de ta mort.
Pourtant quelle est ma faute? Mais est-ce que jouer peut être appelé faute, et est-ce qu'avoir
aimé peut être appelé faute? Ah si seulement il m'était permis de rendre ta vie!
Puisque je suis tenu par la loi du destin, tu seras toujours avec moi et tu demeureras dans
mon souvenir par mes paroles. Pour toi ma lyre, touchée de ma main, pour toi mes chants
résonneront. Et, nouvelle fleur, par écrit tu imiteras mes pleurs. Un jour, un héros très courageux
se transformera en fleur et on le lira sur sa feuille. »

Tu y retrouves pas mal de détails bizarres que j'ai essayé d'intégrer dans mon texte. (tu es ma douleur et mon crime, il faut attribuer ta mort à ma main, etc...
Et le suc d'olive vient aussi d'Ovide, mais pas dans ce passage apparemment... je ne sais plus où ! Mais oui, l'idée est qu'il s'étaient oints d'huile d'olive ^^

Hors ligne ernya

  • Vortex Intertextuel
  • Messages: 7 683
  • Ex-dragonne
    • Page perso
Re : Apollon et Hyacinthe [Théâtre/Extrait]
« Réponse #6 le: 20 Décembre 2013 à 17:59:42 »
Mais  t'es un gros malade, toi  :D

Citer
Le Borée sur la ville où l'on entend gésir
ça s'entend quelqu'un qui est immobile voire mort  ?  :???:

Citer
Nous le penserions las et empli de mollesse
Vexé d'avoir cédé son enfant par faiblesse ;
penserions ou pensions ?  :\?

Citer
Et j'ai taché d'entendre un peu mieux ses secrets.
tâché

Citer
Que le dieu se montrait par le prince ébloui ;
chelou comme construction

Citer
Qu'ils allaient se marier le lendemain. Réjoui,
Il a clamé cela, sous mes yeux ébahis !
bof, ça passe l'emploi du démonstratif là avec "réjoui"

Citer
On ne peut l'ignorer : Zéphyr, tu es trahi.
Hyacinthe aime Apollon. Amyclas a menti.
Le mariage du prince, il y a consenti.
niveau rime, ça rame grave là. Dommage vu que c'est la fin de la réplique... c'est le "il y a consenti" qui fait vraiment space (aussi bien dans une perspective moderne que classique)

Citer
mais nous nécessitons
Son fils ;
t'es sûr de toi pour cette construction ?

Citer
et la terreur que nous lui suscitons
idem (on suscite de la terreur chez quelqu'un)

Citer
Approche-toi plutôt. Donne-moi une bise.
:D

Citer
Que la mort de mon frère et que son meurtre obscène
obscène ?  :o d'où ?

Haha, ouais, je confirme, t'es un grand malade. Hâte de te rencontrer en vrai, je veux voir comment est le type qui veut nous faire du Racine en 2013 !
C'est marrant, ça tire sûrement plus sur la parodie que sur le pastiche du coup jsuis pas tellement sûr que ce soit très valorisant pour des gays mais bon ! (je dis ça juste par rapport à ton intro et pas par rapport au mythe). Le forum est pas trop adapté comme support, c'est dommage. J'ai bien aimé, c'est assez drôle à lire, et je dois dire que je suis assez admirative de tes efforts. Surtout que tes vers sont pas mal (jsuis pas allée compter les syllabes mais disons que c'est très fluide quoi, ce qu'on ne peut pas dire d'autres poèmes de ce forum) ! Nan vraiment y a du boulot dedans, de la passion, un décalage assez amusant avec la bise et la scoliose, bref, je trouve ça assez sympa. Si t'es capable de faire ça, jpige mieux ton écriture d'invention au bac !

Continue surtout, t'es vraiment capable d'envoyer du lourd, toi.
"Je crois qu'il est de mon devoir de laisser les gens en meilleur état que je ne les ai trouvés"
Kennit, Les Aventuriers de la Mer, Robin Hobb.

Hors ligne Sennar

  • Troubadour
  • Messages: 306
Re : Apollon et Hyacinthe [Théâtre/Extrait]
« Réponse #7 le: 20 Décembre 2013 à 20:12:37 »
Citer
Le Borée sur la ville où l'on entend gésir
ça s'entend quelqu'un qui est immobile voire mort  ?
T'as raison, c'est moche. J'aime pas ça, alors je change :
"Alors que je soufflais, comme selon tes ordres,
Le Borée sur la ville où règne le désordre,
Où l'on fuit comme un monstre affreux la canicule
Où l'on jouit de l'air frais qu'offre le crépuscule"

Citer
penserions ou pensions ?   :\?
Penserions. Il serait logique de le penser las. "Nous le penserions volontiers las. Mais il se trouve que..." Ça va ?

Citer
tâché
Merci, corrigé :)

Citer
Que le dieu se montrait par le prince ébloui ;
chelou comme construction
Si on prend pour exemple une tragédie du XVIIème, j'ai l'impression que ça passe encore, mais je me trompe peut-être. C'est une simple inversion avec le verbe en fin de vers...

Citer
niveau rime, ça rame grave là. Dommage vu que c'est la fin de la réplique... c'est le "il y a consenti" qui fait vraiment space (aussi bien dans une perspective moderne que classique)
Hm, shit. Bon en principe autant de rimes en "i" ne peuvent pas se suivre (alternance rimes féminines / masculines) mais je l'ignorais. Je trouve pas que ça rame : mes rimes sont plutôt riches et le sens ne me semble pas forcé pour autant (ébahi/trahi, menti/consenti). Peut-être as-tu mal compris "Le mariage du prince, il y a consenti" ; tu crois que je dis "il y a consenti" comme je dirais "il y a la mer, il y a le soleil" ? C'est une vraie phrase : "Amyclas a menti : il a consenti au mariage du prince (il y a consenti)". Mais c'est vrai que le "il y a" est pas gracieux. M'enfin, j'aimais le découpage rapide de cette fin de tirade, qui se réduit carrément à des hémistiches très marqués, avec des nombreux points qui séparent différentes phrases très courtes.

Citer
t'es sûr de toi pour cette construction ?
idem (on suscite de la terreur chez quelqu'un)
Allez, je fais le ménage. Baptiste et toi avez raison, c'est cheum, les deux. Merci de vos remarques ! Je mets ça :
"Car c'est son fils, en vrai, que tous deux convoitons ;
La terreur que chez lui, Zéphyr, nous suscitons,
N’a pas d’autre objectif que d’obtenir son prince."

Citer
obscène ?   :o d'où ?
Haha t'as raison, c'était le besoin de la rime, que je voulais riche tout le temps aha. J'avais aucun scrupule à écrire des choses sans réfléchir à leur sens, du moment que la rime était riche. Bref. J'ai écourté ce passage qui était très lourd et long avec ces rimes en "ène" tout le temps. Ça donne ça :
"Ah ! Ma gorge se serre et des larmes me prennent !
Que la mort de mon frère et cette affreuse scène
Tourmenteront mes nuits et hanteront mes jours,
Comme celle du roi basculant de sa tour !"

Citer
Hâte de te rencontrer en vrai, je veux voir comment est le type qui veut nous faire du Racine en 2013 !
héhé, avec plaisir, avec plaisir...  :D

Citer
jsuis pas tellement sûr que ce soit très valorisant pour des gays mais bon ! (je dis ça juste par rapport à ton intro et pas par rapport au mythe)
Tu peux expliquer un peu ce que tu veux dire, stp ? quoi, précisément, dans l'intro ? :-\

En nombre de syllabes, je te confirme, je suis ok. Mais j'ai des hémistiches au milieu des mots parfois, des synérèses où il n'en faudrait pas....

Merci vraiment de ta lecture, de tes commentaires, de tes corrections. Je suis content de pouvoir retoucher un peu ce petit texte. Si ça vous intéresse, je la posterai en entier. Le problème c'est que ça ne fait pas vraiment 10 000 mots, donc je pourrai pas le mettre dans textes longs  :D Face au problème existentiel de "dans quelle catégorie je le fous", je me suis dit "allez on met que la fin, ça prendra moins de temps aux gens et pis ça ira dans Textes Courts !"  :mrgreen:
Parce que y a pleeeeein de mochetés comme celles que vous avez remarquées, dans l'ensemble de la pièce, et je serais content de pouvoir les arranger un peu. Le problème des alexandrins c'est que c'est une armature difficile à changer. Si on change quelque chose, faut réarranger le nombre de syllabes, la rime, la suite... et encore, je ne respecte pas la moitié des règles classiques ici... Mais bon, je profite de mes entorses affreuses à la langue de Racine, pour pouvoir corriger facilement les erreurs que vous relevez. Merci, pour ça, du coup.

Citer
Nan vraiment y a du boulot dedans. Si t'es capable de faire ça, jpige mieux ton écriture d'invention au bac
Hm, si tu savais le temps que ça m'a pris... heureusement j'étais à l'étranger, donc pas de réseau sur le téléphone, et j'ai coupé la wifi pendant trois semaines, et j'y ai passé mes journées entières...
Petite anecdote : je l'ai écrite sur mon Iphone.  :mrgreen: L'avantage c'est que je l'écrivais en permanence dans ma tête, et de temps en temps, j'ouvre Notes, et j'écris ce que j'ai en stock. Ça permet d'écrire n'importe quand, au bord de la plage en Espagne  ;D
Mais bon bref, aucun rapport avec les conditions du bac... ça m'a pris des dizaines et des dizaines d'heures. Une tragédie de 10 000 mots, ça vaut presque un nano de 50 000, non ?  ;D Bah j'y ai consacré mon mois, je te jure...
« Modifié: 20 Décembre 2013 à 20:18:42 par Sennar »

Hors ligne ernya

  • Vortex Intertextuel
  • Messages: 7 683
  • Ex-dragonne
    • Page perso
Re : Re : Apollon et Hyacinthe [Théâtre/Extrait]
« Réponse #8 le: 21 Décembre 2013 à 00:57:51 »

Citer
Citer
penserions ou pensions ?   :\?
Penserions. Il serait logique de le penser las. "Nous le penserions volontiers las. Mais il se trouve que..." Ça va ?
oui ça marche su tu mets du présent, or, toi, t'as mis de l'imparfait ("était") donc ça va pas

Citer

Citer
Que le dieu se montrait par le prince ébloui ;
chelou comme construction
Si on prend pour exemple une tragédie du XVIIème, j'ai l'impression que ça passe encore, mais je me trompe peut-être. C'est une simple inversion avec le verbe en fin de vers...
ben c'est pas que l'inversion, c'est "se montrer ébloui" qui est assez bizarre.. d'autant plus au 17e jpense

Citer
Citer
niveau rime, ça rame grave là. Dommage vu que c'est la fin de la réplique... c'est le "il y a consenti" qui fait vraiment space (aussi bien dans une perspective moderne que classique)
Hm, shit. Bon en principe autant de rimes en "i" ne peuvent pas se suivre (alternance rimes féminines / masculines) mais je l'ignorais. Je trouve pas que ça rame : mes rimes sont plutôt riches et le sens ne me semble pas forcé pour autant (ébahi/trahi, menti/consenti). Peut-être as-tu mal compris "Le mariage du prince, il y a consenti" ; tu crois que je dis "il y a consenti" comme je dirais "il y a la mer, il y a le soleil" ? C'est une vraie phrase : "Amyclas a menti : il a consenti au mariage du prince (il y a consenti)". Mais c'est vrai que le "il y a" est pas gracieux. M'enfin, j'aimais le découpage rapide de cette fin de tirade, qui se réduit carrément à des hémistiches très marqués, avec des nombreux points qui séparent différentes phrases très courtes.
euh j'ai pas pigé ton hypothèse 1, j'ai bien compris qu'il consentait au mariage. Mais c'est juste que le même son à la rime 4 fois....
bon j'ai pas relu Racine très récemment, c'est vrai, mais ça me paraît très étrange de trouver "il y a consenti" en fin de vers, comme ça. 

Citer
Citer
jsuis pas tellement sûr que ce soit très valorisant pour des gays mais bon ! (je dis ça juste par rapport à ton intro et pas par rapport au mythe)
Tu peux expliquer un peu ce que tu veux dire, stp ? quoi, précisément, dans l'intro ? :-\
ben je disais ça au sens où ta pièce semble, à mes yeux, tenir plus de la parodie que du pastiche. Or qui dit parodie, dit comique, démythification, dérision. Résultat des courses : je crois pas une seule seconde (avec l'extrait que tu proposes du moins) à l'amour entre Hyacinthe et Apollon, enfin le comique me semble pas entraîner une "valorisation" du couple gay quoi...
bref, c'est pas important. J'aurais jamais fait cette remarque si t'avais pas parlé du mariage gay. Laisse béton ^^

Citer
Merci vraiment de ta lecture, de tes commentaires, de tes corrections. Je suis content de pouvoir retoucher un peu ce petit texte. Si ça vous intéresse, je la posterai en entier. Le problème c'est que ça ne fait pas vraiment 10 000 mots, donc je pourrai pas le mettre dans textes longs  :D Face au problème existentiel de "dans quelle catégorie je le fous", je me suis dit "allez on met que la fin, ça prendra moins de temps aux gens et pis ça ira dans Textes Courts !"  :mrgreen:
bof la limite n'est pas une règle absolue, hein. C'ets juste que pour le coup, je pense que tu auras beaucoup plus de chances d'être commenté dans la section des textes courts que dans la section des textes longs

Citer
Le problème des alexandrins c'est que c'est une armature difficile à changer. Si on change quelque chose, faut réarranger le nombre de syllabes, la rime, la suite... et encore, je ne respecte pas la moitié des règles classiques ici...
oui, c'est pour ça que les vers, ça m'a rapidement gavée personnellement

Citer
Bah j'y ai consacré mon mois, je te jure...
ah mais j'espère bien lol. Nan je veux dire, on sent que y a du boulot derrière et que t'as pondu ça en dix minutes. Et c'est pour ça que c'était plutôt bon quoi !  :D
"Je crois qu'il est de mon devoir de laisser les gens en meilleur état que je ne les ai trouvés"
Kennit, Les Aventuriers de la Mer, Robin Hobb.

Hors ligne Vivi

  • Palimpseste Astral
  • Messages: 3 818
  • Pouponnière de Posts
Re : Re : Apollon et Hyacinthe [Théâtre/Extrait]
« Réponse #9 le: 21 Décembre 2013 à 05:19:56 »
Mais  t'es un gros malade, toi  :D
+1 :D
Je suis capable du pire comme du meilleur, mais c'est dans le pire que je suis le meilleur (^.^)v

Hors ligne Sennar

  • Troubadour
  • Messages: 306
Re : Apollon et Hyacinthe [Théâtre/Extrait]
« Réponse #10 le: 21 Décembre 2013 à 10:51:19 »
Citer
oui ça marche su tu mets du présent, or, toi, t'as mis de l'imparfait ("était") donc ça va pas
aaaah, d'accord !
"Nous l'aurions pensé las" marche-t-il mieux ?

Citer
ben c'est pas que l'inversion, c'est "se montrer ébloui" qui est assez bizarre.. d'autant plus au 17e jpense
"C'est alors qu'Amyclas expliqua simplement
Qu'Apollon et son fils Hyacinthe étaient amants,
Le dieu ayant été par le prince ébloui ;"
Est-ce mieux ?

Citer
ça me paraît très étrange de trouver "il y a consenti" en fin de vers, comme ça. 
"D'accord ! Je change, puisque c'est gênant, et ça me permet de réduire le nombre de rimes en "i" à la fin de ce passage !
Hyacinthe aime Apollon ; et Amyclas te ment.
Aux noces de son fils, le monarque consent."
Qu'en penses-tu ?

Merci BEAUCOUUUUUP pour tes corrections Ernya !! Peu à peu ça permet de rayer les fautes les plus impardonnables !

Citer
bref, c'est pas important. J'aurais jamais fait cette remarque si t'avais pas parlé du mariage gay. Laisse béton
d'accord, j'oublie, mais je considère que ça a son importance quand même puisque j'ai essayé d'écrire cette pièce dans cette visée...
Peut-être que si tu avais été plongée depuis le début de la pièce dans la relation Hyacinthe/Apollon, elle t'aurait plus parlé ; c'est  vrai qu'ici tu ne vois même pas Hyacinthe intervenir, et tu ne vois qu'un Apollon presque exagérément pathétique...
Mais au début je cherchais une tragédie tout à fait sérieuse et... tragique. C'est juste le ridicule du roi qui m'a poussé à le tourner un peu en dérision, mais la relation Hyacinthe/Apollon était supposée rester forte, et n'a pas pour but de tourner en parodie le mariage gay, pas quand même  :P

Hors ligne ernya

  • Vortex Intertextuel
  • Messages: 7 683
  • Ex-dragonne
    • Page perso
Re : Apollon et Hyacinthe [Théâtre/Extrait]
« Réponse #11 le: 21 Décembre 2013 à 11:34:32 »
Ca me paraît mieux aller, en effet !  :)

Poste la suite quand tu veux.
"Je crois qu'il est de mon devoir de laisser les gens en meilleur état que je ne les ai trouvés"
Kennit, Les Aventuriers de la Mer, Robin Hobb.

Hors ligne Sennar

  • Troubadour
  • Messages: 306
Re : Apollon et Hyacinthe [Théâtre/Extrait]
« Réponse #12 le: 24 Décembre 2013 à 18:00:55 »
Puisque tu le proposes, je saisis l'opportunité ! Tu vas avoir du boulot Ernya, y a des passages bien moches. Je te mets deux scènes qui sont liées parce qu'elles expliquent que l'on en arrive à la situation finale que tu as déjà lue...

Scène 3

HYACINTHE, APOLLON


APOLLON

Toute la matinée je t'ai appris la lyre ;
Nous ferons du sport quand le soleil va pâlir,
À l'heure de midi il fait trop chaud dehors.
Exerçons nous au chant : montre-moi ton ténor !
Le chant est mon domaine, et tu dois le savoir,
Il est des qualités qu'un prince doit avoir.
Et il est naturel pour l'homme d'être athlète,
Tout comme un oiseau chante et une femme allaite.
Je t’enseignerai donc soit le lancer de disque,
Soit la lutte soit le tir à l'arc. C'est sans risque.
Tu as le bénéfice au moins d'être très jeune.
Mais va, mange d'abord ! Je t'interdis le jeun
Avant de t'agiter par cette canicule.
L'autorité du roi, à son âge, recule,
Et il est impuissant aux caprices du temps.
Cette chaleur affreuse, haïe des habitants,
Poussera ces derniers à condamner leur roi.
Oui, j'ai eu la vision d'Amyclées en proie
À un monstre ou un dieu qui provoque l'effroi ;
Ce n'était pas un dieu, juste un besoin de froid
Dans une Laconie infernale et aride.
Amyclas est âgé, et marquées sont ses rides ;
Il suffit que le temps demeure si pénible,
Et on l'accusera d'être un vieillard sénile,
D'attirer sur le peuple le courroux des cieux ;
Il sera immolé par les superstitieux :
Attaché au bûcher, et devant ses deux fils,
Il brûlera vivant. Et de son sacrifice,
Le peuple espèrera que la température,
Après avoir livré son monarque en pâture,
Devienne supportable grâce au régicide.
Oui, j'aperçois sa mort dans ma vision lucide.
Et le dieu, ou le monstre, est la cause indirecte...
Aussi j'ai supposé ce sacrifice abject.
Mes oracles sont pleins de mystérieux symboles ;
Le monstre que j'ai vu n'est que la chaleur folle.
Sinon ne sais pas quel être frapperait
Sparte, ses habitants, et son roi apeuré !

HYACINTHE

Horreur ! Voilà le monstre : un sinistre ouragan !
Apollon, ce sont eux ! Le zéphyr arrogant,
Et son frère, le dieu du vent du Nord, Borée !
Ton oracle ne fait que le corroborer !

APOLLON

Que vient faire Zéphyr ? Et je connais Borée.
La dignité d'Astrée ils savent arborer ;
Ils méritent l'estime et l'amour des humains.
Python, le vil serpent, prédisait que ma main
Allait être la cause de sa propre mort ;
Par ce fait du destin il me redoutait fort.
Il nourrissait pour moi une colère amère,
Mais je n'étais que dans le ventre de ma mère.
Craignant pour son futur, il partit de son antre,
Désirant plus que tout me tuer dans le ventre.
Il pourchassa Léto, ma mère, à qui Héra,
Jalouse, interdisait d'accoucher. Elle erra,
Vers des îles perdues afin de s'y cacher ;
Mais les rois de ces lieux craignaient Héra fâchée,
Et le serpent Python qui voulait sa misère ;
C'est pourquoi sur leurs terres ils la refusèrent.
Ne pouvant affronter Héra qui l'abhorrait,
Ma mère était perdue. C'est alors que Borée,
Envoyé par mon père au secours de ma mère,
Transporta celle-ci jusqu'au dieu de la mer.
Je suis reconnaissant de comme il a agi.
Poséïdon la prit sur une île : Ortygie,
La recouvrit des eaux pour la dissimuler ;
C'est ainsi que Léto, en ce lieu reculé,
Put accoucher de moi, avec l'aide atypique
D'Artémis ma jumelle, aux talents maïeutiques.
Elle venait de naître, et était sage-femme.
Héra voyait échouer son stratagème infâme.
Alors Poséïdon fit ressurgir de l'eau
La Cité engloutie, qui prit pour nom Délos.
L'ironie de ce nom, qui signifie "Visible",
Nous permit, protégés sur cette île paisible,
De rire de Héra et de son plan perfide.
Je tuai le Python à la langue bifide,
Dès que j'en fus capable. Ah ! Je m'égare, Hyacinthe.
Sache que sans Borée, Léto, ma mère, enceinte,
Serait morte, aux crochets du vilain python veule ;
Et maintenant tu dis que lui et Zéphyr veulent
S'attaquer à ton père et Sparte toute entière ?

HYACINTHE

Il manifeste, odieux, sa vanité altière,
Et menace Amyclas d'envoyer la tempête !
Oui, ils sont malveillants, et je te le répète,
Ils pourraient s'attaquer à la ville, aux maisons...

APOLLON

Mais cette violence, est-elle sans raisons ?
Cela relèverait alors de la psychose.

HYACINTHE

Non, Apollon, hélas ! C'est moi qui suis la cause.
De ce que j'ai compris, Zéphyr est amoureux
De moi-même, et ce vide ô combien douloureux
L'a poussé à commettre un acte abominable :
Proposer à mon père un don non-déclinable.
Je vois que tu comprends : il offre le zéphyr,
N'ignorant pas qu'il vaut plus que tous les saphirs
Du coffre d'Amyclas ; et que ce sacrifice
Lui coûterait bien plus que sa fortune : un fils.
Et il a accepté. S'il ne veut plus m'offrir,
Il aura désormais l'ouragan à souffrir.
Je ne le défends pas non plus : ce matin même,
Il voulait me donner au vent de l'Ouest qui m'aime.

APOLLON

Tu peux te rassurer : Zéphyr est incapable,
Avec ou sans Borée, de ce qui vous accable.
Il n'a pas les pouvoirs d'un tel déchainement,
Et vous vous inquiétez, je le dis, vainement.
Quand bien même il les a, il ne peut rien tenter ;
À la vie de ton père il ne peut attenter.
Cet État que gouverne un petit-fils de Zeus,
Est sous la protection du plus puissant des dieux.
L'attaquant, il s'expose au pire des courroux ;
Vraiment, Zéphyr ne peut souffler que son vent doux.

HYACINTHE

Le vent de l'Ouest, qui se prétend sauvage, ment ?
Il veut nous apeurer ? Ah, quel soulagement !
Que cela me réjouit ! Rien n'aurait été pire
Que de quitter les bras d'Apollon pour Zéphyr !
Mais tu sais, il faudra, pour qu'Amyclas refuse,
Trouver un moyen que la fraicheur se diffuse,
Autre que le zéphyr. Je pensais au soleil,
Dont tu as le loisir de choisir le réveil ;
S'il se levait plus tard, la chaleur qui nous brûle
Partirait, grâce à toi, Apollon qu'on adule.
Ferais-tu cela ?

APOLLON

          Oui. Et je ferais bien plus,
Si je ne craignais pas qu'Amyclas en abuse.

HYACINTHE

Vivre ensemble, Apollon, c'est notre destinée !
Tu dois le lui offrir, il est trop obstiné.

APOLLON

Je n'aime pas qu'un roi me croie à son service,
Car de sa tentation découlera le vice.
D'abord c'est le soleil, puis il voudra mes soins,
Mes oracles, mon arc ; il en aura besoin.
Cet homme est ambitieux, son esprit est étroit ;
Si j'accepte, il devra admettre que j'octroie.
Peux-tu me l'assurer ?

HYACINTHE

             Il comprendra, promis !
L'aspect providentiel ne sera pas omis.
En échange, Apollon, mon père accepte même
De te confier ma main, en tant qu'homme que j'aime.
Plutôt en tant que dieu, si on y réfléchit.
Amyclas, dont le front face à rien ne fléchit
Sauf s'il est opposé à des divinités,
Ne craindra plus Zéphyr et sa malignité !
Je vais le prévenir de ce merveilleux fait.
J'imagine déjà quel en sera l'effet
Sur mon père effrayé par la brusque tempête ;
Et ce soir, au Palais, le roi fera la fête !

APOLLON

Bien. Reviens vite ici. J'attends avec mon luth ;
Nous lancerons le disque et ferons de la lutte.

Scène 4

HYACINTHE, AMYCLAS


HYACINTHE

Père, tout est fini. Tes voeux sont exaucés ;
Apollon te permet un pouvoir exhaussé.
Tu auras tout de lui, si du moins tu admets
Que par-dessus le ciel, les mers et les sommets,
Que par-delà les eaux du sombre lac Averne,
Ce sont les puissants dieux, et non toi, qui gouvernent.
Père, par dessous tout, garde ça à l'esprit :
Ce n'est pas un échange ; un dieu n'a pas de prix.
Il fait bien ce qu'il veut, et ce, depuis toujours,
Et s'il offre, Amyclas, il offre par amour.
Sois honnête, et admets que le haut de ta tête
N'est pas plus imposant aux dieux qu'aux tempêtes.
Alors il t'octroiera un soleil plus tardif.
Quant à ceux que la fièvre a rendus maladifs,
Il les soignera vite avec son caducée.

AMYCLAS

Hyacinthe, par pitié, cesse de laïusser !
Viens en plutôt aux faits : Apollon est d'accord ?

HYACINTHE

Oui.

AMYCLAS

   Par Zeus mon grand-père ! Ah ! Que sonnent les cors !
Fin à la canicule, et fin à la défaite !
Ce soir, dans la Cité, je réclame la fête !
Demain Amyclées célébrera l'union
De mon fils et du grand dieu des arts Apollon !
Ah ! Demain le soleil, qui dès lors m'est servile,
Plus tardif, permettra la fraîcheur dans la ville !
Je voudrais le crier dans tout Amyclées,
Et fièrement l'apprendre à une foule en liesse !
Il me reste un souci, mais je le sais puérile :
C'est que votre union demeurera stérile.
Tu ne m'offriras pas un héritier, Hyacinthe ;
Tu n'as pas de compagne à même d'être enceinte.
Mais tant pis : quand pour moi on sonnera le glas,
Mon ainé Argalos, peut-être Cynortas,
Hériteront du trône du vieil Amyclas.
Pas de sang d'Apollon dans ma lignée, hélas !
Va, je m'en passerai. C'est déjà merveilleux,
Et votre union emplit d'excitation mes yeux.

HYACINTHE

Cela me rend heureux de te voir si réjoui.
Puis-je aller jouer au disque avec Apollon ?

AMYCLAS

                     Oui.
Reviens vite à ton dieu ; c'est là qu'est ton bonheur.
Mais sois revenu pour la fête en ton honneur !
Quant à moi je descends sur l'agora, en ville,
Annoncer aux Troyens votre union civile !
Tout le monde saura que vous vous mariez :
Je le dirai aux gens, cachés dans leurs terriers ;
Je dirai aux oiseaux, aux fruits, aux vents, aux arbres,
À ceux qui m'entendront sur la place de marbre,
À ceux qui, par hasard, croiseront mon chemin,
Que mon cadet Hyacinthe épousera demain
Le sublime Apollon ; que ses pouvoirs immenses
Seront, grâce mon fils, emplis de sa clémence,
Et débarrasseront la Cité du malheur
En levant le soleil plus tard que tout à l'heure :
Il le fait à loisir avec son char doré.
Hyacinthe, grâce à toi, les gens vont m'adorer !
Les citoyens, confiants, vendront me consulter.
Ah, mon fils ! Je te laisse. Je vais exulter.

Il sort.

HYACINTHE

Je n'ai pas eu le temps de dire que Zéphyr
N'était plus un danger qu'il nous fallait souffrir.
Enfin, ça ne fait rien. Ne nous inquiétons plus.
Ce que je lui ai dit a visiblement plu.

Hors ligne Lordius

  • Troubadour
  • Messages: 369
    • Le journal de Lordius
Re : Apollon et Hyacinthe [Théâtre/Extrait]
« Réponse #13 le: 24 Décembre 2013 à 18:16:32 »
Alors là chapeau ! Des alexandrins à la manière de Racine et Corneille...
Je suis soufflé.
Avec le vocabulaire adéquat. Ça a dû te prendre un temps dingue de composer une telle œuvre.

Je ne raffole pas du genre, mais j'admire le travail. Epoustouflant !

Hors ligne Loïc

  • Vortex Intertextuel
  • Messages: 8 764
  • Prout
Re : Apollon et Hyacinthe [Théâtre/Extrait]
« Réponse #14 le: 22 Mars 2014 à 20:29:16 »
Citer
Il admettra ses torts, et il les paiera cher.
Zéphyr a trop d'honneur pour se vendre aux enchères !

J'aime bien ces deux vers. Ils ont plutôt de la gueule :P

Citer
Quels sont ces cris perçants qui montent dans la tour ?

Celui-ci est un peu faible par rapport au précédent

Citer
Au nom de ton offense à la supposée charte

Je ne comprends pas ce que supposée vient faire là.

Citer
Annoncer aux Troyens votre union civile !
C'était pas Spartes ?
J'aime bien le clin d'oeil union civile u_u

Je suis partagé parce qu'autant certains vers sont très bien trouvés, autant je n'arrive pas à accrocher comme j'ai pu le faire pour d'autres pièces. Cela dit, ça vient peut-être du fait qu'on n'ai pas tout en entier, ce qui est un peu dommage.
Lecture intéressante en tout cas.
"We think you're dumb and we hate you too"
Alestorm

"Les Grandes Histoires sont celles que l'on a déjà entendues et que l'on n'aspire qu'à réentendre.
Celles dans lesquelles on peut entrer à tout moment et s'installer à son aise."
Arundhati Roy

 


Écrivez-nous :
Ou retrouvez-nous sur les réseaux sociaux :
Les textes postés sur le forum sont publiés sous licence Creative Commons BY-NC-ND. Merci de la respecter :)

SMF 2.0.19 | SMF © 2017, Simple Machines | Terms and Policies
Manuscript © Blocweb

Page générée en 0.022 secondes avec 23 requêtes.