Voici le premier chapitre de ce qui pourrait devenir un roman de SF.
Pour ceux que ça intéresse, voilà les liens de mon intro
http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,10408.0.html
et d'un autre texte se déroulant dans le même univers
http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,10325.0.html
Toure remarque est la bienvenue 
Bonne lecture !------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Chapitre 1Exil sous contrat
Alors que le calendrier donnait seulement quelques jours au mois de juin 2074, un jeune homme poussa la porte du poste-frontière situé à l'extrémité Est du Dôme. Retirant son masque à gaz, l'individu s'avança d'un pas décidé vers l'unique comptoir derrière lequel dormait un vieil homme maigre. Le bureau de ce fonctionnaire n'était en fait qu'une planche de bois récupérée aux alentours et posée sur deux tréteaux noircis. En guise de réveil, le nouveau venu frappa du poing sur la table qui faillit se rompre sous la violence du choc. Tiré de son sommeil, le vieillard sursauta pour retomber violemment sur sa chaise, lâchant un juron d'un air furibond. Reprenant ses esprits, il considéra le garçon qui lui faisait face : un gamin d'une vingtaine d'années aux cheveux très noirs et aux yeux flamboyants. En faisant preuve de naïveté, le vieillard l'aurait pris pour un jeune quelconque. Mais l'ancien en avait vu d'autres. Il savait reconnaître un regard plein de détermination et une volonté à toute épreuve. Devinant que son cadet avait rendez-vous avec le destin, il lui demanda simplement :
« Que puis-je pour vous ?
- Je veux rejoindre le groupe des Isolés, lui répondit l'autre sans prendre la peine de se présenter.
- J'ai peur d'avoir mal compris, reprit le géronte décontenancé par tant de brutalité.
- Vous avez très bien entendu, lui rétorqua un visage où se lisait de l'agacement.
- Vous me paraissez bien audacieux, jeune homme. Ce n'est pas...
- Je vous demande juste de me répertorier avant mon départ. »
Un court silence s'imposa. Comprenant que ce vif esprit semblait pressé, le vieillard n'insista pas. Il ouvrit un registre oublié à sa droite et trouva la section portant l'inscription « Isolés ».
« Vous connaissez les conséquences de cet engagement ?
- Parfaitement.
- Vous savez qu'une fois franchie la frontière de tout site instable, le citoyen n'est plus en droit de réclamer de l'aide. Ses requêtes ne sont plus exaucées, et le gouvernement n'est plus responsable de sa sécurité. Le citoyen qui s'aventure au delà des limites établies est livré à lui-même. Il en est ainsi depuis la mise en vigueur de l'article 62. En êtes-vous seulement conscient ?
- Je sais exactement ce qu'implique mon choix »
Nouveau silence pendant lequel résonnèrent les battements d'une vieille pendule. Dix heures sonnaient dans la ville du Dôme.
« Bien, puisque je vois que vous semblez résigné, nous allons pouvoir procéder à la signature du contrat...
- Il serait temps, en effet. »
Dégainant un stylo, le vieillard plongea son regard dans les pages dont les premières traces d'encre accusaient quelques années. Sans lever la tête, il entama la rédaction du formulaire.
« Nom, prénom.
- LANVAL, Franck. Fils d'Alexandre et Astrid.
- Date ne naissance ?
- Je suis né le 4 avril 2051. »
L'ancien dut péniblement se rappeler quelque leçon d'arithmétique pour déduire l'âge que son interlocuteur pouvait bien avoir. Quand ses doutent eurent disparu, il continua.
« Que deviendront vos biens ?
- J'en emporte la plupart avec moi. Je n'ai personne à qui transmettre le reste.
- La Commune s'en chargera... Et enfin, votre destination ?
- Le site instable 85 »
A ces mots, le vieux dévisagea une fois de plus l'impétueuse silhouette.
« Mais enfin, jeune homme, c'est de la folie ! cette zone est une des plus dangereuses qui soient. Nous ne sommes même pas sûr qu'un être humain puisse y survivre. Entre la nature envahissante et l'avancée des glaces, l'endroit est devenu un véritable trou à rat !
- C'est précisément ce qui m'y attire ! » Confessa Franck, sourire narquois aux lèvres.
Le vieillard ne savait plus quoi penser. D'un coté, si le choix du gamin ne l'étonnait pas, son courage, en revanche, l'impressionnait. Le fait de s'exiler, à un âge si faible, lui paraissait inconcevable. Il était vrai que la jeune génération n'avait pas grandi dans l'univers le plus propice, mais de là à vivre en solitaire, c'était incompréhensible ! Il tenta une dernière fois de s'interposer.
« Mon garçon écoutez, vous pouvez encore renoncer. Vous êtes jeune, et nous avons besoin de gens comme vous ici. Vous faites partie des forces vives ! Le Dôme ne saurait se passer de nouveaux actifs.
- Mais de quels besoins parlez-vous ? Nous n'avons que des maux ! Les rations ne suffisent pas à nourrir toute la ville, et de plus en plus de cadavres encombrent les rues ! La pauvreté se fait sentir, et elle gagne chaque jour. Aucune chance de survivre ici, le Dôme est condamné !
- Allons jeune homme, n'exagérons rien ! La vie n'est peut-être pas facile tous les jours, mais ce n'est qu'un mauvais moment de crise à passer, comme il y en eût tant d'autres.
- C'est sûrement le dernier... »
Dans cet échange de générations, le pessimisme se mêlait à la naïveté. Ayant perdu tout espoir de raisonner le futur ermite, le vieux lui tendit son stylo. L'encre glissa sur le papier jauni. Dans le cadre désigné, l'intéressé apposa son nom. Franck Lanval avait signé.
« Bien, nous en avons terminé. Vous serez le numéro 122. Retenez le bien. C'est ce chiffre qui vous maintiendra en vie. C'est lui qui correspond désormais a votre identité, ici, et là bas.
- Je vous remercie, répondit l'autre, soulagé.
- Ne me remercie pas, gamin. Tu marches vers la mort, et c'est moi qui t'y envoie ! »
Pour la première fois, le sourire de Franck sembla s'atténuer. Et pour cause, un grand frisson le parcourut. Malgré lui, il s'efforça de rester calme.
« Ne vous inquiétez pas pour moi, je sais ce que je fais.
- Adieu donc. Et que Dieu vous garde.
- Adieu » répondit simplement le jeune garçon, résistant à la tentation d'une dernière pointe d'ironie.
L'Isolé 122 tourna les talons et s'en fut par la porte qui l'avait vu rentrer. Avant de disparaître, il examina l'homme qui lui avait octroyé ce nouveau statut. C'était peut-être le dernier être humain qu'il lui serait donné de contempler. Puis il s'en alla. Le vieux regardait sa montre. Dix heures et dix minutes. Cela avait été plus rapide qu'il ne l'aurait cru.
« Pauvre petit, pensa-t-il, si tu savais... Je ne t'ai pas tout dit sur ce site où tu te rends. Aujourd'hui tu es vaillant comme un brave, mais demain, tu seras glacé d'effroi. »
Cinq minutes plus tard, le vieillard s'était rendormi.