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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » La laisser partir

Auteur Sujet: La laisser partir  (Lu 1525 fois)

Hors ligne nanettevitamines

  • Tabellion
  • Messages: 42
La laisser partir
« le: 20 Septembre 2013 à 10:07:10 »
Bonjour à tous,

Voici un texte qui sera en 17ème position dans un recueil interrogeant la maternité et ses liens avec la temporalité. Dieu que ça a l'air chiant dit comme ça  ! :'(

C'est un peu un exercice de style visant à épuiser (le sujet pas les lecteurs) les situations d'attente liées à la maternité.
Une association me propose relecture bénévole de l'ensemble, je prépare donc le manuscrit, il compte ce matin 23 pages. Je pense aller jusqu'à 60 pages.
J'essaye d'alterner les textes lourds et légers, courts et longs, tragiques ou poétiques.
Je voudrais bien votre avis sur celui-ci. Sur l'idée de base aussi.
J'ai de sacrés doutes ... Merci par avance !



Elle attend.
Elle attend allongée, la tête relevée par des oreillers.
Ses cheveux autrefois d'un blanc si éclatant s'étalent en couronne grise, auréole crêpée, fragile.
De son lit, elle distingue le toit d'un lotissement, tuiles d'un rouge criard, jardinets au cordeau. Au loin, des friches et une poignée de jardins ouvriers.
De sa fenêtre, elle voyait les hortensias et le mur de vieilles pierres.
Elle aimait sa maison, ses meubles dont l'histoire lui revenait à chaque caresse.
Son horizon se borne à ses murs clairs, la table, sa carafe d'eau trop vite tiédie, le gobelet en plastique translucide.
Deux fauteuils en skaï, gris moucheté, une chaise. . .
Elle attend, face à ses enfants.
De vieux enfants. Sur leur front, les cheveux de ses fils s'estompent, leur estomac ressort.
Des étoiles ont fleuri au regard de sa fille.
Elle attend qu'ils la laissent enfin partir.
Lorsqu'elle était jeune femme, mère d'une famille nombreuse, elle frémissait souvent à l'idée de les laisser orphelins.
Lorsqu'un camion, passant trop près d'elle, plaquait ses jupes contre ses jambes, imprimant à sa bicyclette une étrange trajectoire.
Lorsque la maladie emportait une amie, une voisine, une connaissance, de celle qu'on croise aux courses, panier au bras.
Elle redoutait le cancer qui ronge, émacie.
Elle éprouvait une immense compassion pour les petits livrés à eux-même, jetés bien trop tôt dans la tragédie du deuil.
Elle avait frémi maintes fois.
Puis ses enfants, un à un ,avaient fait ailleurs leur nid, eu, à leur tour des enfants et elle, elle  savourait son temps libre malgré l'arthrose et sa vue qui baissait.
Aujourd'hui, sa peau se parchemine, ses ongles autrefois nacrés comme des coquillages, jaunissent, s'abiment.
De longues heures, elle regarde ses mains qui ne ressemblent en rien à celle de la jeune femme dont elle a gardé l'esprit.
Elle s'étonne de ce coup du sort, de cette vieillesse.
Elle voudrait mourir, que s'arrête là la dérive de son corps et de son esprit qui vagabonde, s'éloigne des sentiers battus.
Elle fait l'école buissonnière, son âme bat la campagne.
Elle a essayé de leur dire à ses vieux enfants, que son heure était venue, qu'elle avait fait son temps.
Ils la retiennent : toujours cet égoïsme enfantin !
Reste encore un peu.
Si vieux, ils ne seront pas orphelins ; ils auront perdu leur mère, c'est tout.
Elle a de la colère. Elle leur a tout donné, ils ont mangé son ventre, ils ont mangé ses seins, ils ont mangé ses nuits et ses jours.
Elle les a aimé tendrement, elle a fait des erreurs mais chacun a pu s'élancer vers sa vie.
Maintenant, elle voudrait qu'ils lui rendent son temps, qu'ils respectent son heure, son moment.
Elle voudrait partir.
Elle leur parle doucement dans la chambre trop chauffée, dans l'ai trop sec.
« Laissez-moi m'en aller. J'ai fait mon temps, j'ai fait ma vie, je veux partir. »
Ils refusent d'entendre, paumes plaquées sur les oreilles, yeux rivés sur le mince crépi du mur.
Un à un, elle le sait, ils se résigneront.
Ils la laisseront partir, ils cesseront de se cramponner à la barrière métallique du lit.
Elle redeviendra maîtresse de son temps.


Hors ligne Sixte

  • Troubadour
  • Messages: 362
Re : La laisser partir
« Réponse #1 le: 20 Septembre 2013 à 12:48:52 »
Hello,

J'ai pas grand chose à dire, mais comme j'ai lu...
Je trouve que c'est bien écrit, ton style est fluide. Ça se lit très bien. Par contre, il y a beaucoup de retours à la ligne, j'aime pas trop, j'ai l'impression que t'essaie de créer artificiellement un sentiment pensant.

Citer
Deux fauteuils en skaï, gris moucheté, une chaise. . .
Pas d'espaces entre les points. Et pourquoi trois points, d'ailleurs ?  :???:

Citer
Elle avait frémi maintes fois
J'aime pas trop l'expression, un peu convenue et plus soutenue que le reste du texte.

Citer
Puis ses enfants, un à un ,avaient
espace après la virgule
Citer
Reste encore un peu.
peut-être des guillemets ?

Pour le fond, ça ne m'a pas transcendée, ça sonne juste, mais pas particulièrement marquant. J'ai l'impression de la comprendre, mais pas tout à fait de "vivre" le truc. Après, c'est pas un sujet qui me touche, donc bon...

Enfin voilà, merci pour ton texte, je suis peut-être critique mais je l'ai bien aimé  ^^
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Hors ligne nanettevitamines

  • Tabellion
  • Messages: 42
Re : La laisser partir
« Réponse #2 le: 20 Septembre 2013 à 14:16:41 »
@Sixte
Merci de ta lecture. Je prends en compte tes corrections et tes remarques.
Je n'avais pas perçu le retour à la ligne comme toi. Je vais y réfléchir. La notion d'artificiel m'alerte.


Hors ligne Deleatur

  • Tabellion
  • Messages: 41
Re : La laisser partir
« Réponse #3 le: 20 Septembre 2013 à 22:47:08 »
Bonsoir,

Le thème est intéressant et l'idée d'explorer ce thème avec plusieurs textes courts aussi.
Pour celui-ci, le style est effectivement agréable. Les retours à la ligne font penser à un texte qui hésite entre prose et poésie, ça ne m'a pas gêné.
Mais bien sûr, j'ai des remarques.

Citer
De son lit, elle distingue le toit d'un lotissement, tuiles d'un rouge criard, jardinets au cordeau. Au loin, des friches et une poignée de jardins ouvriers.
Je trouve que cette phrase arrive trop brutalement. Pour tout dire, j'ai failli arrêter de lire ici... Je ne suis pas très sûr de savoir expliquer pourquoi, mais je vais essayer.
Le texte commence par une description très très succincte d'une femme (et je ne pense pas qu'il y ait besoin de plus), puis brusquement passe à ce que cette femme voit au loin alors que je n'ai pas encore eu le temps de comprendre où elle était, pourquoi elle était allongée, etc. De plus la référence au lotissement paraît complètement déconnectée et sans lien avec ce qui précède.
A mon avis il faudrait insérer une phrase sur l'environnement proche (les murs, le lit) avant de sortir par la fenêtre, pour accompagner le regard du lecteur.

Citer
De sa fenêtre, elle voyait les hortensias et le mur de vieilles pierres.
Bon, là j'ai compris l'idée, l'opposition entre l'avant et l'après, mais... je trouve que l'alternance entre passé en présent complique singulièrement la lecture (à chaque phrase je me demande "bon, là, je suis où ? aujourd'hui ou hier ?). Cela dit, je ne vois pas bien comment faire autrement...

Citer
Son horizon se borne à ses murs clairs
Ses murs clairs ou ces murs clairs ?

Citer
Sur leur front, les cheveux de ses fils s'estompent, leur estomac ressort.
Phrase qui prête à confusion. Je me suis d'abord demandé pourquoi ils avaient leur estomac sur le front, puis je me suis demandé s'il n'y avait pas là une espèce d'image allégorique de cheveux avec des estomacs, et puis après j'ai compris... Je mettrais un point après "s'estompent"

Enfin plus généralement, il me semble qu'il y a deux passages qui ne collent pas très bien :
Citer
Elle a de la colère...
Je m'imagine une vieille dame qui a tout vécu, tout souffert, et qui en a retiré certainement un minimum de sagesse. Alors comment peut-elle être, aujourd'hui, en colère contre des enfants qu'elle connaît par coeur et dont elle attendait certainement la réaction ?

Citer
Elle redeviendra maîtresse de son temps.
Idem, je me demande pourquoi elle a besoin de l'autorisation de ses enfants pour redevenir la maîtresse de son temps. Qu'elle choisisse, délibérément, de rester encore parce qu'elle pense que ses enfants en ont vraiment besoin, je comprendrais. Qu'elle choisisse, délibérément, de partir et de les laisser pleurer parce qu'elle sait qu'ils sont maintenant assez grands pour le supporter (même si eux ne le savent pas), je comprendrais. Mais qu'elle attende leur permission, ça me semble bizarre...

Hors ligne nanettevitamines

  • Tabellion
  • Messages: 42
Re : La laisser partir
« Réponse #4 le: 21 Septembre 2013 à 20:16:41 »
Deleatur, merci de ta lecture pertinente et attentive. Je suis d'accord avec tes remarques. Un ami a eu la même réaction que toi pour la fin. Je vais retravailler dans ce sens. Et plus que ..plein de textes et mon recueil sera fini !  :mrgreen:

Hors ligne Rod89

  • Tabellion
  • Messages: 32
Re : La laisser partir
« Réponse #5 le: 21 Septembre 2013 à 21:58:56 »
Bonsoir

Moi je trouve ça au contraire très juste qu'une mère de famille ne veuille pas laisser ses enfants tant qu'ils n'ont pas accepter son départ. Je vois mal une mère se dire: je m'en vais, pas grave, ils s'y feront. Voilà un raisonnement bien maternelle.

Hors ligne nanettevitamines

  • Tabellion
  • Messages: 42
Re : La laisser partir
« Réponse #6 le: 22 Septembre 2013 à 07:12:30 »
@ Rod, As -tu La Dernière Leçon de Noëlle Châtelet ?  C'est admirable ! D'ailleurs, c'est sûrement ce qui cloche à la fin de mon texte. Encore sous le coup de l'émotion, j'ai écrit inspirée par cette lecture sans l'avoir vraiment digérée ! Je crois que ça se sent.
En rédigeant ce message, je pense que cela pourrait donner un autre texte, sur une mère plus jeune, malade, qui, elle doit se résigner à déserter son rôle de mère alors qu'elle a la sensation de ne pas l'avoir accomplie.
Là je penserai davantage à un magnifique roman jeunesse Quelques minutes après minuit.

L'embêtant , c'est que tout a déjà été écrit et mieux !
Mais je suis une fille plutôt enjouée et rigolote le reste du temps  :o.

Hors ligne Rod89

  • Tabellion
  • Messages: 32
Re : La laisser partir
« Réponse #7 le: 22 Septembre 2013 à 10:29:41 »
Non, je n'ai pas lu ce livre c'est vrai.
Par contre, qu'est ce qui n'a pas déjà été écrit ?
Les sentiments des mères face à la mort ( jeunes ou moins jeunes) a déjà été traités depuis que l'homme raconte des histoires. Cela est l'angoisse de tout homme de tout temps. Je pense donc  qu'il ne faut pas biaiser ta fin parce qu'elle ressemble à un roman que tu viens de lire, aussi beau soit-il. L'inverse a dût déjà être traiter aussi. Et justement, si ta fin ressemble à un autre roman, c'est bien parce que c'est un sentiment naturel et universel. Ta fin le prouve. Et dans 50 ans, un autre auteur aura également les mêmes réflexes.
Cela fait que confirmer mon post où je m'étonnais du commentaire de Deleature qui se demandait pour elle avait besoin de l'autorisation de ses enfants pour partir. Parce que c'est une mère tout simplement. Même âgée, elle reste un mère.

Cela dit, j'ai pris plaisir à lire ton texte, qui traite élégamment un sujet complexe.

Hors ligne Deleatur

  • Tabellion
  • Messages: 41
Re : La laisser partir
« Réponse #8 le: 22 Septembre 2013 à 22:49:24 »
Mais, Rod89, la question n'est pas de savoir si une mère peut avoir besoin de l'autorisation de ses enfants pour partir (ou ce que moi je crois possible de l'amour maternal). Je parle de la cohérence du personnage, de cette mère qui pense "quel égoïsme enfantin", qui pense "Si vieux, ils ne seront pas orphelins ; ils auront perdu leur mère, c'est tout."
Après, bien sûr, on peut dire qu'un être humain n'est pas tout d'un bloc et qu'il peut penser une chose et son contraire en même temps. C'est possible, mais alors le texte ne met pas cela en avant.

Hors ligne nanettevitamines

  • Tabellion
  • Messages: 42
Re : La laisser partir
« Réponse #9 le: 22 Septembre 2013 à 23:51:29 »
Eh, moi qui pense que la littérature et mes textes dans une moindre mesure doivent provoquer une réaction ( l'idéal pour moi serait une réaction physique ...) je suis flattée de votre discussion. Je vais laisser cette vieille dame se reposer encore un peu et je crois que je lui trouverai, grâce a vous, de meilleurs mots.

Hors ligne Rod89

  • Tabellion
  • Messages: 32
Re : La laisser partir
« Réponse #10 le: 24 Septembre 2013 à 09:40:39 »
Oui Deleature, je comprend ton point de vue. Moi je table plutôt sur le côté coflictuels des sentiments de la mère comme tu l'as dit à la fin de ton commentaire. Je trouve que cela donne une perspective incroyable au personnage. De plus cela donne un petit côté "romantique" à la scène. Dans ce contexte, le personnage mériterait peut être un approfondissement de manière à avoir l'effet recherché par l'auteure  ;)

Hors ligne nanettevitamines

  • Tabellion
  • Messages: 42
Re : La laisser partir
« Réponse #11 le: 24 Septembre 2013 à 11:47:08 »
L'auteure va donc poursuivre sa réflexion ...

 


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