J'adresse d'avance mes plus plates excuses à toutes les petites vieilles passant par là. Ce texte n'est qu'une grotesque caricature, et toute ressemblance ou similitude avec des personnages et des faits existants , ne saurait être que coïncidence fortuite.
Voilà, sinon, bonne lecture !
Jeannette, comme toutes les petites vieilles, aimait faire ses courses au marché.
Après avoir rouspété comme tous les jours contre les petits jeunes qui fumaient en bas de son immeuble de banlieue parisienne, après avoir enlevé les bigoudis de ses cheveux blonds et courts, après avoir mis son cardigan en laine rose, et avalé ses pilules, elle prit la route vers le marché de sa ville. Arrivée sur place, elle inspira un grand bol d’air pollué par la fumée de sa cigarette, et soupira de contentement. Elle aimait entendre les marchands gueuler comme des putois en vantant les mérites de leurs produits, parce qu’à son âge, elle n’entendait plus très bien. Elle aimait sentir les relents de sueur des gens tout autour d’elle, parce que cela lui rappelait sa jeunesse et ses bringuebalantes parties de jambes en l’air. Elle aimait les voir se bousculer entre eux sans la toucher, parce qu’elle avait les os fragiles, quand même.
Bref, c’était une petite vieille comme les autres.
Trottinant parmi les étalages de fruits et légumes avec son cabas à motifs écossais, elle s’apprêtait, comme à son habitude, à demander la taille quarante-six du petit top sexy chez le marchand de vêtements rien que pour faire chier la vendeuse qui l’avait un jour klaxonné du temps où elle avait encore son permis, lorsqu’une petite voix l’interpelle :
« Hé ! Pssst ! »
Elle se retourne aussi vite que le lui permette ses quatre-vingt-trois ballets, et cherche de ses yeux myopes la provenance du bruit que son appareil auditif a miraculeusement perçu.
« Regardez-donc par ici, belle et douce dame,
Plus bas, encore ainsi, plus près du macadam ! »
Jeannette n’y comprend rien, personne n’est auprès d’elle. Elle baisse alors les yeux, et oh, merde ! Un rouget lui parle ! Elle se baisse un peu, faisant frémir son dos, et s’exprime à voix basse :
« Quel prodige est-ce donc là, petite poiscaille bavarde ?
Que veut dire ce tapage, comme ça sans crier garde ? »
« Que nenni, milady, une poiscaille je ne suis,
Pas plus qu’un salami, une canaille ou un fruit !
Mon nom est Rouget, fort savoureux en bouillon,
Bon pour un banquet, et répand l’admiration ! »
Jeannette se tâte, c’est vrai que ça fait longtemps qu’elle mange de la soupe, à cause de ses dents qui lui font mal. Le poisson, ça se marie bien, et elle pourra faire du bouillon.
« Mais pourquoi toi, braillarde bestiole, plutôt que lui ?
Ce beau brochet, fort bien bâti, d’une taille inouïe ! »
« Ce brochet, comme vous le dites, n’est que vilenie !
Pas plus tard qu’aujourd’hui, je surpris ce coquin
Rentrer là où j’habite, becqueter mes petits !
Il est peut être beau, oui, mais quel assassin ! »
Convaincue, elle s’apprête à l’acheter quand le marchand vient vers elle :
« Qu’il est bon, mon poisson, besoin d’aide pour choisir ?
Devant telle qualité, c’est normal d’hésiter !
Qu’il est bon, mon lançon, il vous faut accourir,
Devant telle qualité, il n’va plus en rester ! »
Jeannette est perdue. Lançon ou Rouget, elle ne sait plus quoi dire. Ce qui n’est pas arrivé depuis 1997, il faut bien l’admettre. Elle décide de marchander, pingre comme elle est.
«Quel serait-donc le prix, pour cela ou ceci ?
Parce que pour le moment, cela reste un non-dit ! »
« Lançon le goûtu est plus cher que Rouget,
Mais une telle qualité se passe d’économies,
Tant et si bien que la dame n’aura de regrets
Que si elle le cuisine avec du salami ! »
Elle entend le poisson répliquer vertement.
« Je n’ai peut être pas le nom de ce nigaud,
Mais je ne coûte pas la moitié d’un château ! »
Cet argument achève de convaincre Jeannette, qui envoie paître le marchand et son poisson hors de prix, et emporte le petit Rouget.
« Bien choisi vous avez, avisée petite dame,
Je suis très empressé de passer sous la flamme ! »
Une fois arrivée dans l’HLM qu’elle peut à peine se payer, avec sa maigre retraite, elle défait ses bagages, et se lave les mains.
Malheureusement, elle n’aura pas l’occasion de le cuisiner, elle a confondu ses pilules avec celles de son adolescent de petit fils, celles qui le font rire quand il est tout seul dans sa chambre. Elle est descendue jouer avec les papillons, et a laissé Rouget pourrir dans la cuisine.
Putains de drogués.
Le défi, proposé par Rodjan, était celui-ci
Un poisson sur un étalage qui explique a une Mamie pourquoi elle doit l'acheter lui plutôt que les autres poissons.
Ca sera donc un petite nouvelle avec du dialogue.
Le poissonnier s'interpose pour vendre son plus cher poisson.
Les personnages parlent en rimes et en alexandrins.
Et une petite morale sera formulée a la fin et se fera donc ressentir dans le texte.