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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Les versifications instinctives / La poétasse [ avant dernière partie ]

Auteur Sujet: Les versifications instinctives / La poétasse [ avant dernière partie ]  (Lu 5817 fois)

Jon Ho

  • Invité
Suite à la remarque judicieuse de Meilhac, j'ai changé le titre. La poétasse, c'était drôle mais moche.
Merci  ;)


Paris. Quelques instants avant la fermeture du Macumba, la boîte garantie sans embrouilles, où les chances de rencontrer le grand amour d’un soir avoisinent les 100%.

Une tripotée de culs peu recommandables se trémoussent sur du fast food musical. Des coupettes de champagne bas de gamme mais hors de prix sont vidées à la chaîne dans l’unique souci d’atteindre une ivresse libératrice, un état ou le postérieur se dandinera sans retenue et ira frotter son début de cellulite sur la jambe d’un célibataire éméché.

Britany et ses super copines se déchaînent sur le dance-floor. C’est leur chanson préférée, celle qu’elles ont choisi toutes ensemble pour immortaliser leur amitié. Leurs déhanchés avenants ne passent pas inaperçus. En chœur, elles gloussent des approximations de refrain, improvisent une chorégraphie, tentent par d’incroyables prouesses athlétiques de capter l’attention du mâle libidineux en entrant dans son champ visuel. Il me voit, il me veut, il m’aura. Puis le classique «  Non, je ne reste pas pour le café. Je me sauve après une douche, histoire d’oublier. »

Aux dernières notes de la chanson, Britany ne se sent pas bien. Elle prévient ses copines qu’elle va sûrement aller gerber aux chiottes, se vider l’estomac pour pouvoir revenir en puissance mettre le feu sur la piste, dans les yeux et le cœur des mecs. Elle se regarde dans le miroir des toilettes, se trouve belle et terriblement attirante mais ressens dans une partie de son crâne une petite douleur qu’elle ne connaît pas. C’est pas vraiment dérangeant, juste étrange et nouveau.

Assise sur le trône en sa qualité de reine de la nuit, elle se met à penser. Elle n’est pas complètement conne, ça lui arrive de temps en temps. Mais là c’est vraiment différent. Elle se rend compte que la horde de phrases qui lui dévore le cerveau se terminent par les mêmes sonorités et en comptant les syllabes, elle tombe toujours sur 12. Pourquoi 12, elle n’en sait rien. Ca va très certainement repartir comme c’est venu. La musique est sûrement trop forte ce soir et les coupettes trop nombreuses.

Elle rejoint ses copines, s’approche de sa meilleure amie et lui hurle à l’oreille pour couvrir le DJ :
-« Je crois que je vais rentrer, je suis fatiguée
Toutes ces bulles dans ma tête ont eu raison de moi
Je n’ai plus trop envie de rester m’amuser
Il me faut un taxi et un bon lit, je crois. »

Certes c’est de l’alexandrin de merde, mais dans la bouche de Britany, cette perfection rythmique a de quoi choquer. Son langage a coutume de ne s’embarrasser d’aucune fioritures, ses conjugaisons sont hésitantes et le choix des mots peu judicieux. Sa copine, perplexe, la regarde s’éloigner avant de retourner danser en mettant cette curieuse péripétie sur le coup de la fatigue.

Britany embrasse son pote videur et lui souhaite une bonne soirée dans sa nouvelle langue.
« Merci beaucoup de m’avoir hélé un taxi
T’es un vrai mec Bastien, toujours là pour m’aider.
Mon smartphone est HS et n’a plus de batterie
Impatiente de rentrer pour aller me coucher. »

Le videur sourit et lui fait une bise sur le front.
« Tu t’es mise à l’alexandrin ma chérie ? C’est bizarre mais ça te va plutôt bien. Je veux dire ça créé un putain de décalage, tu gères sérieux… »
Britany n’a pas la moindre idée de qui est cet alexandrin et ces étranges tournures syntaxiques commencent déjà à la gonfler. Une bonne nuit de sommeil et tout disparaîtra, quelques tartines beurrées sous un bol de moka.

-« Vous allez où mademoiselle ? »
-«  Je désire me rendre à mon appartement
Situé au 23 de la rue Mitterand
Si vous pressez le pas, empruntez les couloirs,
Je vous gratifierai d’un généreux pourboire. »

Ca commence à s’intensifier. Les mots s’emboîtent les uns aux autres avec une simplicité qui la déconcerte. Comme si quelqu’un à l’intérieur d’elle lui agitait les cordes vocales et prononçait à sa place ces curieuses paroles.

A suivre…
« Modifié: 28 Février 2013 à 10:13:58 par Jon Ho »

Hors ligne OliveDuWeb

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Re : La poétasse
« Réponse #1 le: 25 Février 2013 à 11:23:00 »
Citer
Quelques heures avant la fermeture du Macumba
Peut-être que je chipote, mais "quelques heures" c'est vague. Ça serait quelques minutes, la précision serait utile.

Citer
Je vous gratifierez d’un généreux pourboire.
gratifierai
"Les seuls beaux yeux sont ceux qui vous regardent avec tendresse" (Coco Chanel)

Jon Ho

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Re : La poétasse
« Réponse #2 le: 25 Février 2013 à 11:23:53 »
Merci ODW
Je corrige ça :)

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Re : La poétasse
« Réponse #3 le: 25 Février 2013 à 11:27:39 »
Citer
Si vous pressez le pas
Le taxi est à pied ? C'est un pousse-pousse ?  :mrgreen:

Je n'ai pas apporté de commentaire constructif car le texte est incomplet, et c'est difficile de se faire une idée.
Dire "wahou c'est génial, vivement la suite", ça n'apporterait pas grand chose. Sauf peut-être un peu de motivation pour l'auteur ? Bon, je le laisse, alors.
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Hors ligne Meilhac

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Re : La poétasse
« Réponse #4 le: 25 Février 2013 à 11:31:23 »
Salut
Je trouve ça pas mal du tout.
ton style est alerte, ce qui est une sacrée qualité; et y a de l'humour.
le titre n'est pas à la hauteur du texte je trouve, je comprends l'idée du jeu de mots mais ça sonne pas assez bien pour que ça se justifie, à mon goût perso.
fast-food musical, faut voir. l'idée est bonne, mais bon food c'est food. tu as pensé à fast-music? fast-musique?
 ;)

Jon Ho

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Re : La poétasse
« Réponse #5 le: 25 Février 2013 à 11:36:21 »
@ ODW : Lol pour le " pressez le pas ". Considère le fait d'utiliser son pied pour appuyer sur le champignon. Du coup, pressez le pas = pressez le champignon.  :mrgreen:
@ Meilhac : Ok, si d'autres me font la remarque, je reverrai le titre. Je trouvais le jeu de mots amusant, mais si ça n'amuse que moi, c'est naze ^^
Le problème de fast-music c'est que ça sonne plus comme musique rapide genre brutal death  :mrgreen: que musique à consommer rapidement.
A revoir aussi sûrement

Merci pour ton commentaire Meilhac

Hors ligne Ned Leztneik

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Re : La poétasse
« Réponse #6 le: 25 Février 2013 à 11:38:12 »
Fast food musical, c'est bien trouvé, pour de la musique à consommer debout ... en vitesse, avant de passer à autre chose.

Une mention particulière pour

"une ivresse libératrice, un état ou le postérieur se dandinera sans retenue et ira frotter son début de cellulite sur la jambe d’un célibataire éméché. "

go ahead Jon !

En plus, on a posté en même temps, sans se concerter, et nous avons employé consommer tous les deux. Comme quoi ...
« Modifié: 25 Février 2013 à 11:39:55 par Ned Leztneik »
Il est dit parfois que toutes les guerres ne sont que des guerres de religion. Alors dites-moi le nom de ce Dieu qui les autorise à tuer l'amour. (apologue d'Alegranza)
----------
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Jon Ho

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Re : La poétasse
« Réponse #7 le: 25 Février 2013 à 11:38:54 »
Merci Ned  :)

Hors ligne Meilhac

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Re : Re : La poétasse
« Réponse #8 le: 25 Février 2013 à 12:04:41 »
fast-music c'est que ça sonne plus comme musique rapide genre brutal death  :mrgreen: que musique à consommer rapidement.
tu crois ? speed c'est connoté "rapide" ; et fast c'est connoté "vite-fait", non?enfin j'sais pô, faut voir  ;)
merci pour ton texte en tout cas

Jon Ho

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Re : La poétasse
« Réponse #9 le: 25 Février 2013 à 12:10:30 »
Je pense que t'as raison sur la traduction. Mais je me suis méfié parceque t'as un courant du rock le " fast-rock " qui marche bien aux USA et je voulais éviter l’amalgame.

Hors ligne Meilhac

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Re : Re : La poétasse
« Réponse #10 le: 25 Février 2013 à 12:38:55 »
Je pense que t'as raison sur la traduction. Mais je me suis méfié parceque t'as un courant du rock le " fast-rock " qui marche bien aux USA et je voulais éviter l’amalgame.
alright  ;)
(je connaissais pas le fast-rock, faut que je me mette à jour moi :--))

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Re : La poétasse
« Réponse #11 le: 25 Février 2013 à 12:59:37 »
Je vais rajouter mon grain de sel : pour moi, "fast-food musique" ça me fait penser à la musique qu'on peut trouver dans des fast-food, ça ne m'a pas du tout fait penser à de la soupe musicale.
Je cherche, je cherche, mais j'ai du mal à trouver quelque chose qui pourrait convenir en quelques mots seulement, désolé.
"Les seuls beaux yeux sont ceux qui vous regardent avec tendresse" (Coco Chanel)

Jon Ho

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Re : La poétasse
« Réponse #12 le: 25 Février 2013 à 13:44:35 »
Wai je cherche aussi mais y'a rien qui vient :/

Jon Ho

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Re : La poétasse
« Réponse #13 le: 26 Février 2013 à 11:37:32 »
La poétasse ( suite )

Britany se réveille de bonne heure dans son petit appartement. Contrairement à ses rêves habituels peuplés de beaux mannequins aux bras desquels elle parade dans des robes de grands couturiers, sa nuit a été riche en délires psychédéliques. Elle s’en rappelle chaque détail. Sur une embarcation totalement bourrée, elle tentait de rejoindre un pays imaginaire où les végétaux étaient reconnus comme maléfiques. Une fois arrivée, un beau et jeune homosexuel amputé d’une jambe lui proposait quelques lattes sur une pipe d’opium avant de se transformer en squelette et de disparaître dans l’ombre de couloirs aux tentures moisies.

Elle tente d’oublier cette absurdité nocturne sous une épaisse couche de beurre allégée. Il paraît que la faim provoque de drôles d’hallucinations parfois.

Elle passe une bonne heure dans sa salle de bain, à tenter de comprendre ce qui lui arrive, en s’observant minutieusement dans le miroir. Des petites vétilles apparaissent à divers endroits de son reflet. Sous son blond platine impeccable, elle devine son brun naturel qui tente d’absorber les stéréotypes de la superficialité chromatique. Le jour où Marie est devenue Britany, elle a gagné en popularité ce qu’elle a perdu en intégrité. Le banc ou elle passait ses journées, seule, s’est rapidement transformé en banc de sardines à l’huile d’argan, des super copines pour la vie jusqu’à l’heure tragique ou les magasins ferment et les boîtes ne servent plus d’alcool.

Prise de panique, elle décide d’appeler Samantha ( Marion pour les intimes ). Il est 9h15, peu de chance que la bougresse décroche, surtout avec sa cuite d’hier. Après quatre sonneries, une voix d’outre tombe murmure, en presque inaudible, un pénible :
-« Allo »
-« C’est Britany, j’espère ne pas te réveiller
Je devine à ton timbre que tu es fatiguée
Si tu préfères je peux t’appeler un peu plus tard
J’ai vraiment mal dormi dans un monde de cauchemars. »
-« C’est quoi ce délire ? T’as pas décuvée ma grande ? Shoote-toi aux dolipranes et réessaye de communiquer dans deux heures, là je pige que dalle. »

Des copines pour la vie mais seulement à partir de 11h, quand la matinée est suffisamment grasse pour absorber les vapeurs éthyliques de la veille. Même en se concentrant, elle est incapable de parler normalement. Plus elle essaye d’échapper à ce dialecte saugrenu, qui sonne à ses oreilles comme des vieux souvenirs de cours de français, plus il prend une forme complexe et se nourrit de mots alambiqués dont elle ignore totalement le sens. C’est peut être une maladie ? C’est peut être dangereux et à vie ?

Hier encore elle se félicitait des exploits d’un jeune Don Juan qui grâce à une puissante érection la conduisait bien au-delà du septième ciel. Aujourd’hui elle y associe un certain Apollinaire, dont elle ignore totalement l’existence. En cherchant sur internet, elle découvre que c’est un poète français du début du XX’ siècle, adepte du calligramme et précurseur du mouvement surréaliste. Et là, pour elle, ça commence à devenir grave. Si elle continue à s’exprimer de la sorte, les portes psychiatriques vont s’ouvrir en grand et elle finira ses jours à marmonner contre un arbre des vers sans queue ni tête.

C’est totalement hors de question. Même si elle se trouve stupide et sans aucune consistance, elle aime sa vie et sa façon légère de percevoir les choses. Pour rien au monde elle n’échangerait son unique neurone, qui part en vrille dés qu’un beau gosse pointe le bout de son gland, contre un kilo de matière grise adepte des petits chauves à lunettes à la conversation soporifique. La société est un gros cliché, Britany n’a pas toujours été comme ça. Mais à force de se la jouer Daria dans un monde critiquable à l’infini, elle en a eu marre de se sentir impliquée et en partie responsable de la connerie ambiante. Allez y, lâchez vos chorégraphies sur vos juments coréennes de fortune , le premier étalon qui passe il est pour moi. Alors Marie s’est éteinte pour devenir Britany et à défaut de lui plaire entièrement, ça la soulage de bien des maux.

Après un bon repas, elle prend rendez vous chez son médecin pour le lendemain. La secrétaire a d’abord cru à une plaisanterie mais comme le toubib est un ami du père de Britany, elle pourra y voir un peu plus clair dans moins de 24 heures. En regardant son éphéméride sur la porte du frigo, elle se souvient que c’est aujourd’hui l’anniversaire de sa mère. Elles ne sont pas en très bon termes, elle préfère donc lui envoyer un SMS plutôt que de l’inquiéter avec sa versification.

Chère maman, c’est aujourd’hui ton anniversaire
Je te souhaite une journée agréable au possible
Que tes rêves les plus fous te deviennent accessibles
Et qu’au loin disparaissent les soucis, les galères.


Impossible de contrôler ses doigts, de les forcer à appuyer sur la touche désirée. Le mystérieux marionnettiste doit être rudement puissant. Elle espère que ce n’est pas contagieux et qu’elle ne va pas transmettre cette saloperie à tout son univers. Ce monde a très certainement besoin de poésie, mais elle ne se sent pas capable d'en assumer la prophétie.

A suivre…
« Modifié: 26 Février 2013 à 11:39:36 par Jon Ho »

Hors ligne western

  • Aède
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Re : Les versifications instinctives
« Réponse #14 le: 27 Février 2013 à 00:11:30 »
bien mené, stylé, et agréable à lire.
de vraies  trouvailles    "Des coupettes de champagne bas de gamme mais hors de prix sont vidées à la chaîne dans l’unique souci d’atteindre une ivresse libératrice, un état ou le postérieur se dandinera sans retenue et ira frotter son début de cellulite sur la jambe d’un célibataire éméché. "
et
Certes c’est de l’alexandrin de merde, mais dans la bouche de Britany, cette perfection rythmique a de quoi choquer. Son langage a coutume de ne s’embarrasser d’aucune fioritures, ses conjugaisons sont hésitantes et le choix des mots peu judicieux. Sa copine, perplexe, la regarde s’éloigner avant de retourner danser en mettant cette curieuse péripétie sur le coup de la fatigue.


par moment le texte flirte avec un machisme déplacé. ca fait un peu beauf.

le titre . versisifications instinctives 'fectivement déssert son texte. les versets sataniques, peut-être?  Oubien les rimes barbares?

bien aimé celles là :
Je crois que je vais rentrer, je suis fatiguée
Toutes ces bulles dans ma tête ont eu raison de moi
Je n’ai plus trop envie de rester m’amuser
Il me faut un taxi et un bon lit, je crois. »


les suivantes sont moins réussies, d'un français trop soutenu, peu crédible et moins drôle
"Impatiente de rentrer pour aller me coucher. »
"Je vous gratifierai d’un généreux pourboire. »


 


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