Lana Del Rey, à écouter avec cette chanson:
http://www.youtube.com/watch?v=L6K8Uq88BEQ .Elle regardait les étoiles, du haut de sa tour de verre.
Elle n’était peut-être pas une princesse, surement pas d’ailleurs, les princesses n’attendaient pas leur prince une flute de champagne à la main. Ce devait être ennuyant à mourir d’être une princesse, esseulée dans un donjon perdu, attendant naïvement qu’un homme vienne la prendre sur son cheval. Ou la prendre comme un cheval, ça dépendait des points de vue.
Carmen rit doucement.
Lorsque l’homme entra, la nuit comme la bouteille étaient déjà bien entamée. Elle était renversante, bien sûr, dans sa robe carmin dévoilant la peau laiteuse de son dos. Le vêtement était centré et ne cachait que le haut de ses cuisses, au dessus desquelles il s’égaillait en aériennes pièces de tissus.
La pièce était vide. Totalement vide. Des bâches transparentes protégeaient les murs de travaux qui n’arrivaient pas. Un piano trônait là. Immuable.
« Il était temps que tu arrives mon prince. »
L’homme la saisit à la taille pour regarder la nuit à travers la fenêtre.
Il déposa un baiser au creux de son cou alors qu’elle tendait la nuque.
« Je ne suis pas ton prince » souffla-t-il doucement.
Elle sourit et approuva d’un baiser.
Avec la douceur et la précision d’un danseur, il l’entraîna sur la seule surface plane de la pièce.
Carmen s’allongea sur le piano à queue, voluptueuse. Ses caresses se faisaient plus pressantes, ses doigts se baladaient dans les plis de la robe, au creux de son cou, sur le haut de ses seins… Il fit glisser le bustier de la jeune femme et embrassa la peau douce de son ventre. Elle cambra les reins, s’emplissant peu à peu des gouttes brûlantes du désir.
Lui en était rempli, ses doigts se faisaient moins assurés, tremblants.
Carmen ferma les yeux et entrouvrit ses lèvres aussi rouges que sa robe.
Il enfouit son visage dans la douce étreinte de ses cuisses. Les pieds d’Carmen délicatement chaussés d’escarpins vertigineux lui enlacèrent le cou alors qu’il faisait brûler la flamme du plaisir.
La jeune femme avait les yeux à demi-clos, elle haletait.
Soudain, elle repoussa son amant dans un élan de lucidité.
Il eut un sourire et fit glisser sa ceinture.
Quant à elle, elle glissa du piano, se tenant debout, ses lèvres à quelques millimètres des siennes. Leurs souffles pressés se mêlaient et s’entremêlaient.
Alors que ses mains glissaient encore le long de ses interminables jambes, Carmen l’arrêta.
« La vie, chéri, c’est un tango » elle glissa pour s’extirper de son étreinte. « L’homme avance, la femme repousse. »
Une vague lueur d’amusement s’alluma dans les yeux de l’homme. Il lui prit la main et la fit tournoyer jusque lui, elle était étroitement serrée entre ses doigts. Il se prit au jeu.
« Et pour celles qui ne repoussent pas ? »
Les doigts de l’espagnole caressèrent la barbe naissante de son amant.
« Elles, elles dansent le rock. Elles s’offrent toutes entières, se laissent charmer, posséder, diriger. Ils les font tournoyer le temps d’une danse puis les jettent dans les airs pour les regarder s’écraser sur la piste. »
L’homme haussa un sourcil. Il fit tomber le petit bustier et rallongea la jeune femme sur le piano. Il pressa son corps de baiser, fit tournoyer sa langue le long de ses formes. Il se stoppa net puis demanda, sérieux. « Et la fin d’un tango ? »
Carmen rit, se releva, remit le haut de sa robe en place et allongea son homme sur le piano cette fois. Elle déboutonna lentement la chemise immaculée, ôta la cravate ébène, la veste noire. Elle l’embrassa plusieurs fois, le long de la mâchoire, sur le coin de ses lèvres, puis sur la bouche enfin. Leurs langues s’étreignirent aussi alors que ses mains effleuraient son bassin.
L’homme se laissait faire, entièrement, totalement.
Comme le tango le dictait.
Carmen promena aussi ses lèvres le long de son corps, marquant son torse de suçons légers, emplissant son cou de baisers. Elle s’enivra de son parfum, s’emplit du son de sa voix, de ses gémissements de plaisir, de la couleur océan de ses yeux sans fond.
Le pantalon sombre glissa au sol en même temps que la petite robe rouge.
Ils étaient là, nus, l’un en face de l’autre, lui appuyé au piano, elle collé à son corps quand Carmen se décida à répondre.
« Un tango ne se finit pas. » Il promenait ses doigts le long de la courbe de ses reins en une caresse douce. « Il se consume. »
« Et quand il n’y a plus rien à brûler ? »
Carmen lui embrassa le menton.
« Il éclate. »
D’un mouvement brusque mais calculé, l’homme fit tournoyer sa partenaire pour l’assoir sur le noble instrument.
Son mouvement de bassin fut une symphonie, les mains peintes de rouges de la dame agrippèrent ses épaules, son visage se renversa face au plafond. La symphonie du plaisir accéléra et les deux danseurs gardèrent le rythme. Carmen lui caressait le visage, pleine de douceur, d’amour.
Le chef d’orchestre invisible décéléra et le bassin de l’homme se fit moins pressant, plus sensuel, plus doux. Le tango ralentissait quelque peu pour repartir de plus belle en pas endiablés.
La danse se poursuivit des heures durant, sans d’autres poses que les silences dans la partition.
Puis se fut la fin, la note finale, le pas de fin, l’ultime acrobatie qui se soldait en une explosion de plaisir.
Lorsque Carmen ouvrit les yeux, les draps de satin glissèrent sur ses jambes nues.
Gabriel dormait.
Elle l’aimait, dieu qu’elle l’aimait.
Ses yeux se voilèrent soudain. Elle ne pouvait pas. Elle ne voulait pas. Si elle s’attachait trop, ils finiraient par changer de registre, par valser, étriqués dans des codes et des règles démentes d’une danse éradiquant toute créativité.
Ils devaient cesser ça tout de suite.
Des larmes brillèrent au coin des yeux de la jeune femme.
Elle ramena le drap sur elle et s’assit.
Elle allait vieillir un jour. Comme tout le monde. Alors plus personne ne la désirerai. Elle finirait par être danseuse de ballet. Brisée.
Carmen pleura franchement. Les sanglots secouèrent sa poitrine.
Les bras chauds de son amant se posèrent sur ses hanches.
« Te quiero Carmen, te quiero a morir. »
Les longs doigts de Gabriel essuyèrent les larmes qui glissaient sur les pommettes saillantes de son aimée.
« Te quiero también. »
Le jeune homme se redressa lui aussi.
« On doit tout arrêter Gabriel. »
Non. Non. Il ne voulait pas.
« Je crois que je commence à te comprendre, amor, tu veux danser pour l’éternité, danser le tango jusqu’à te consumer entièrement et tomber dans la forme la plus pure de la sensualité animale. »
Carmen détourna le regard.
« Moi je ne veux pas. Je te veux toi. Je t’aime. Te quiero. Je veux vivre avec toi mais sans… Valser ? »
Carmen tourna ses yeux embués de larme vers son amant. Elle secoua la tête.
« Et si nous dansions, Carmen. Et si nous dansions un tango pour l’éternité. Et si, chaque soir jusqu’à notre mort, j’avançais et tu reculais, et si chaque nuit tu me faisais l’amour comme tu l’as fait la nuit dernière. »
Un sourire fugitif illumina le visage de la jeune femme.
« C’est que tu commencerais à me comprendre. »
« Pour que ce soit chaque fois différent je t’oublierai avant chaque danse. Rien que pour le plaisir de redécouvrir chaque courbe de ton corps, chaque parcelle de ton caractère. Dansons Carmen. Dansons un tango pour l’éternité. »
Les lèvres de Carmen firent taire le jeune homme.
« Oui Gabriel, dansons jusqu’à la fin de la partition. »
Elle l’aimait. Il l’aimait.
Ils s’aimaient.
Ensemble, ils dansaient.
Un tango.
Le plus beau des tangos.
Si je pouvais avoir des avis constructif, je tiens à préciser que j'ai 16ans et qu'il est normal que mon vocabulaire soit enfantin .