(Un petit poème en prose, pour changer)
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La lumière fut. Comme une chute attendue. Inexorable éjaculation. Des
chairs de pensées se déchirèrent pour laisser apparaître la plaie à vif
de l'aurore. Un corps flotte sur le ressac, sur l'écume nonchalante, roulé
par la nécessaire cadence des révolutions. Voilà l'Homme, majuscule, étendu,
inerte et flasque sur le sable grumeleux des éveils répétitifs. Il a encore
quelques algues noires au coin des lèvres. Un long chuintement venu de
l'autre bord, procession de fantômes goguenards, tourne au-dessus de sa
nouvelle terre. Qui n'a rien de nouveau, bien au contraire.
Il y a, dans l'air, des prismes en suspension, des phrases ineptes et
quelques écholalies. Le souvenir des transformations écaille encore ses
paupières. Sous la lumière, il vient de réintégrer son corps. Sous la
lumière, il regrette de savoir par avance les tenants et les aboutissants
de cette incarnation. Ses nageoires se résorbent. Ses ouïes se rebouchent.
Ses ailes pénètrent comme un couteau ses flancs contractés.
Un rapace vole sur la scène, attentif, majestueux, son oeil jaune se
mélange à la lumière. Il tourne. Il tourne.
Et tout tourne ; ou plutôt : tout a tourné.
Le corps affublé de vie ramène une jambe à soi, tend un bras comme pour
saisir une main secourable, qui n'existe pas. Non, ce n'est pas une main
qu'il chercherait en vain à attraper, mais une bouteille, laissée là par
sa conscience. Cette bouteille contient un message. Un message d'eau, et de
vie.
Et la lumière hurle maintenant. C'est une lumière qu'habite une légion
de démons arbitraires, chauds et violents. Cette cohorte marche au pas de
l'oie sur l'immensité charnue de l'Homme.
Ce n'est pas même un signe d'Apocalypse.
Ce n'est qu'une autre prison de liberté. Ce n'est qu'un espace qui n'a
jamais été conquis, et qui est là, donné comme un cadeau empoisonné. Comme
une énigme qui n'a pas lieu d'être. La lumière a maintenant explosé sur
toutes choses.
Les yeux contemplent, avec ce même effarement blasé, que tout est toujours
identique, formel, oppressant d'espace et de possible.
L'Homme est exténué. Il a ouvert les yeux. Il sent son coeur battre.
Il se lève.