Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

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Le Monde de L'Écriture » Encore plus loin dans l'écriture ! » L'Aire de jeux (Modérateur: Claudius) » Étoffons les phrases

Auteur Sujet: Étoffons les phrases  (Lu 20597 fois)

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Re : Étoffons les phrases
« Réponse #15 le: 08 Mai 2012 à 17:10:21 »
Il était seize heure, enfin. Les enfants s'étaient réveillés de leur sieste, les maillots de bains étaient enfillés, les boués, pelles, seaux, rateaux et serviettes étaient regroupés dans le grand sac vert en plastique, nous partions à la plage. Dehors, je jettais un rapide coup d'oeil autour de moi, le ciel noir au dessus des immeubles n’annonçaient rien de bon, la séance de baignade risquait d'être sérieusement écourtée, mais qu'importe, il vallait mieux risquer d'être surpris par un déluge que d'encourir le courroux bruyant des enfants privés de plage.

mon plaisir quotidien, chez ma grand mêre était le gouté qu'elle me préparait
Dura lex? Jules, pourquoi tu parles de capote?
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Re : Étoffons les phrases
« Réponse #16 le: 09 Mai 2012 à 14:38:37 »
mon plaisir quotidien, chez ma grand mère était le goûter qu'elle me préparait

Quand j'étais enfant, je n'avais aucune faculté mentale.
J'étais et je suis resté ce que l'on nomme dans le terroir, un être creux, sans idées ni pensées, sans vie, sans âme, sans sucre, sans supplément de quoi que ce soit.
Je n'avais strictement aucun centre intérêt.
Tout ce qui m'importait était mon plaisir quotidien chez ma mamie. Chez mémé...
Cette vieille puanteur qui ne savait rien faire d'autre que tailler des tranches de pain ou de petites branches d'arbrisseaux à longueur de journée.

Et quel était-il ce putain de centre d'intérêt à la con me demanderez vous?
Il était sans intérêt bien évidemment: mon plaisir quotidien, chez ma grand mère, était le goûter qu'elle me préparait!

C'est dire si j'étais grave... Déjà.


Rôôôla, le Mal Auréolé, parce que.
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Re : Étoffons les phrases
« Réponse #17 le: 10 Mai 2012 à 12:40:25 »
Dès que j'avais engouffré la dernière miette de ce pauvre gouté, je me cassais sans remercier la vieille. je courais dans les rues sales de ce quartier de dégénéré jusqu'au parc où des mioches grades jouaient sur des tobogans rouillés.
J'épiais, caché, ceux dont les parents n'étaient pas là. Ceux là, je les tabassais, comme ça, même pas par plaisir, juste pour passer le temps. C'est dire si j'étais grave... déjà.

et pour la suite:
"Docteur, docteur, vous n'auriez pas le modèle B, je n'ai pas les moyens pour une grippe A"
Dura lex? Jules, pourquoi tu parles de capote?
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Re : Étoffons les phrases
« Réponse #18 le: 12 Mai 2012 à 20:47:15 »
Bon allez essayons, juste pour s'amuser:

Il commençait à me gongler celui-là. A...A...A...
Il baillait sur cette même lettre comme un analphabète; la suite de l'alphabet coincée entre ses dents. Brillant comme une tomate bien rouge.
Des syllabes, étroites et courtaudes, s'élançaient dans les airs et retombaient s'aplatir sur le sol.
A...A...A... La grippe A.
Il commençait à me gonfler celui-là. Et pourquoi pas B, tant qu'on y est ? docteur, docteur, vous n'auriez pas le modèle B par hasard, parce que le A commence à se sentir seul à sortir tout seul dans ce monde inconnu, jeté d'une bouche ingrate et désabusée, laissez lui la paix, laissez lui la paix, il ne voulait pas être dérangé par un bonhomme comme vous, gras et infecte, l'infâme !
Non. Impossible. Pas ce genre de phrase. Le modèle A n'est tout simplement pas abordable.

Prochaine phrase ;): "Gardez vos pieds hors de l'eau"
Vivons d'humour et de crème fraîche

Hors ligne Fubuki

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Re : Étoffons les phrases
« Réponse #19 le: 13 Mai 2012 à 17:50:04 »
"Gardez vos pieds hors de l'eau"


Je les avais pourtant prevenu de ne pas mettre les pieds dans l'eau ! C'est la periode nuptiale des megalodons et la seule facon d'observer ca c'est de rester pepere dans le bateau, mais allez faire comprendre quelque chose a ses nuques epaisses de touristes. Ils ont cru qu'ils etaient au Marineland de Nice. Et voila. Maintenant je me retrouve avec une brochette de cul-de-jatte. J'aurais meme pas le plaisir de leur botter le train et l'hopital n'a pas assez de roulette pour les rendre plus mobile. Ma vie est injuste.


prochaine phrase : Au fond du lac Titikaka


ps : desole j'ai un clvier anglophone donc les accent tout ca ben j'peux pas U_U

pps : pas pu resister ce jeu est marrant ^^
Fire your Dragon up !

Hors ligne Sixte

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Re : Étoffons les phrases
« Réponse #20 le: 14 Mai 2012 à 23:35:15 »
Au fond du lac Titikaka.
C'est pas vraiment là que j'imaginais finir ma vie. Je me voyais plutôt mourir à l'hôpital, à quatre-vingt dix ans, avec mes petits enfants pour me tenir la main. Mourir, ça n'a pas l'air très agréable dans tous les cas, mais j'imagine qu'après une vie longue et une agonie douloureuse, ça ressemble plus à une délivrance qu'à une punition. Alors que là, crever d'asphyxie avec un parpaing aux pieds et des poissons à moitié aveugles pour toute compagnie, c'est vraiment pas réjouissant.
En même temps, il faut avouer que c'est un peu ma faute. Les cartels ne rigolent pas avec le paiement des dettes, ma mère me l'avait bien dit. Cette fois, j'aurais du l'écouter. Ils ne m'ont pas collé une balle dans la peau, j'imagine qu'ils avaient envie d'une promenade en bateau. C'est compréhensible, il est joli, ce lac. Dommage que je doive finir au fond.

Marrant, ce jeu  :mrgreen:
Je vous propose :
Il manque les trois dernières pages du livre.
[img width= height=]http://nanowrimo.org/widget/graph/sixte.png[/img]

Hors ligne Xeraphia

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Re : Re : Étoffons les phrases
« Réponse #21 le: 15 Mai 2012 à 05:28:47 »
Il manque les trois dernières pages du livre.

Pêtage de plombs, attention, vous voilà prévenus :huhu:

Il n’avait pas dormi depuis des jours, peut-être des semaines. Ce maudit livre ne le laissait pas fermer l’œil. Il l’avait déniché au fin fond du grenier de ses grands-parents, tout à fait par hasard. Il n’avait rien de mieux à faire, cette après-midi pluvieuse, à part farfouiller dans ce grenier. Et il l’avait trouvé, là, dans sa vieille reliure de cuir rouge tachée et toute fripée, un pavé de feuilles jaunes et minces comme le plus délicat des parchemins, couvertes d’une minuscule écriture à laquelle l’encre manquait par endroits. Le livre sentait bon le vieux papier et la poussière, exactement comme il l’aimait. Il l’avait d’abord ouvert par curiosité. Quelques mots l’avaient directement attiré, et il avait feuilleté sa trouvaille avec plus d’intérêt. Définitivement conquis, il s’était installé dans le grenier sale et poussiéreux, oubliant complètement l’endroit où il était, et avait repris le livre depuis le début. Et cela faisait des jours, maintenant, qu’il n’en avait pas bougé. Recroquevillé dans son coin, il dévorait avec une fièvre croissante le contenu de sa précieuse trouvaille, indifférent au temps qui s’écoulait, à son corps qui réclamait nourriture et repos. Plus rien ne comptait, que ce livre, cette merveille de livre qu’il tenait entre les mains, et qui semblait ne jamais se terminer, à son grand dam et pour son plus grand bonheur. Il lisait, il lisait sans s’interrompre une seule seconde ; ses yeux brûlants, injectés de sang ne se détachaient pas un instant de son livre, son livre, sa grande trouvaille. Il y avait été aspiré, le livre l’avait hypnotisé, captivé, capturé, et il le parcourait à une vitesse folle, sans limite, sans retenue, assoiffé, affamé, vivant son livre et brûlant de le lire en entier, de le pénétrer, de le terminer, de pouvoir enfin le fermer, le poser, pouvoir enfin s’apaiser de sa lecture, fermer les yeux, rêver le monde qu’il vivait et qu’il quitterait bientôt. Il était proche, il le savait, il le sentait ; son corps tremblait depuis des jours, ses mains frémissantes avaient du mal à tenir son livre, mais il était proche, il touchait à sa délivrance, oh ! oui, il y était presque, il le savait, et de le savoir le rendait plus fou encore, l’entraînait plus loin dans sa lecture, jusqu’au fond de ce merveilleux livre maudit dont il venait à bout, patiemment, fébrilement, sûrement, lentement. Il décomptait les pages, une à une, au fur et à mesure qu’il les dévorait, qu’il mouillait son doigt de sa salive pour les décoller, goûtant sur sa langue l’âge amer du recueil, et le décompte allait de plus en plus vite, les pages tournaient, une, et encore une, et encore une autre, ses yeux hurlaient alors qu’il les forçait à lire encore et encore, ses mains avaient renoncé et il se tenait penché au-dessus du livre ouvert à même le sol, son visage pâle et émacié tout proche de son livre, tellement proche que son nez en touchait les pages, que la sueur gouttait sur le livre, et il tournait une page, une autre page. Terminé, presque terminé, enfin fini ! Plus qu’une dizaine de pages, sa langue a un goût de vieux carton, ses doigts sont jaunes de poussière, plus que quelques pages, il maîtrise à peine le tremblement de son corps en privation, plus que cinq pages, il y est, oh ! il y est, il le sent, il le sait, tout au fond de lui-même, tout au fond de son ventre vide, cette boule qui lui monte à la gorge, ces larmes qui lui montent enfin aux yeux, brûlantes, une vraie torture, mais il y est, que lui importe cette souffrance, il a terminé, plus que quatre pages, tourne la page, trois… Son doigt ne tourne plus de page. Il le mouille encore, fiévreusement, essaie encore, sans succès, passe sa langue sur son pouce, presque avec hargne, tourne la page –il n’y a pas de page. Il n’y a plus de page. Il manque les trois dernières pages du livre.


Et je propose ! "Je suis mort ? Vous croyez ?"

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Re : Étoffons les phrases
« Réponse #22 le: 25 Mai 2012 à 13:33:14 »
J'aime bien ton texte Xeraphia mais il ne faut pas avoir l'esprit mal placé comme moi quand on le lit  ;)
A mon tour!

Ils sont tous de la même promotion. Que des vieilles connaissances.
C’est la première soirée des vacances. Ils se sont retrouvés chez celui dont les parents ont une maison à la mer. Ils sont arrivés toute la journée au compte-goutte, plus ou moins épuisés par leur voyages respectifs. Comme il est coutume, c’est la surenchère ce soir.
Interdit de se coucher avant le levé du soleil et première baignade demain en fin d’après-midi... le temps que tout le monde émerge. Enfin pour l’histoire de la nuit blanche on repassera parce qu’évidemment certains, moins raisonnables que d’autres, sont déjà bien loin. D’ailleurs, en en voyant une s’effondrer, on entends un “Ca... c’est fait...” goguenard qui provient du canapé où on joue à la console.

En fait, au départ cette chute c’était juste pour attirer l'attention. C’est une blague un peu improvisée parce que la fille parterre connaît bien ses limites et n’a aucune envie d’être malade. Dans son élan elle s'est jetée, sur un coup de tête au propre comme au figuré car elle ne s’en est pas rendue compte tout de suite mais son crâne avait heurté le coin de la table basse. Pas grand chose. Une petite coupure au cuir chevelu, mais comme toujours à cet endroit fortement irrigué, ça fait vite beaucoup de sang. Donc c’est un des garçons assis en tailleurs au-dessus qui remarque le premier le problème avec un interjection bien de circonstance “Merde! putain!”. Au sol la blagueuse continue de jouer le jeu.

En fait ça lui va bien, c’est un fantasme depuis qu’elle est toute gamine d’entendre se qu’on dira d’elle après son décès. Enfin pour être honnête c’est surtout ce que dira l’ex copain de sa meilleure amie qui l’intéresse. Elle qui était si impatiente de le revoir à l’occasion de cette soirée! Depuis le début c’est tout juste si il l’avait regardé avant de lui faire la bise. Dés lors et jusqu’à maintenant il n’avait plus laché la manette de la console de jeu, fasciné, absorbé par l’écran.
Alors elle, elle bouge pas et elle écoute... et ça marche! Bizarrement la mayonnaise prend bien, tout le monde s’inquiète de son sort.

“J’ai mon brevet de secourimze!”, quelle aubaine il y en a un qui sait comment réagir. Il prend tout de suite les choses en main en calmant tout le monde. “Surtout faut pas la bouger!”, il affiche une sérénité remarquable compte tenu de son état réel. Tout le monde le regarde en train de prendre le poul de la fausse malheureuse. Difficile pour cette dernière d’ailleurs de continuer son cinéma lorsqu’elle sent l’index et le majeur bien tendus de son sauveteur.. sur sa pomme d’adam. Le médecin improvisé baisse la tête, soupir, s’énerve et se résout, avant le bouche à bouche, à poser son oreille sur la poitrine de la morte. Il ne dit rien mais tout le monde comprends. On commence a vraiment paniquer dans le salon. D’autres vieilles connaissances qui étaient dans le jardin rentrent en disant “Qu’est-ce qui se passe? Qu’est-ce que vous faîtes là!”... Mais toujours pas un mot du garçon qui continue a appuyer frénétiquement sur les boutons de son joypad. Soudainement son copain à côté lui dit “Mais tu peux pas arrêter deux minutes là?”
Ca y est la morte sent qu’il va enfin s’intéresser à son cas et elle commence à chercher une issue honorable a cette blague encombrante.

Une autre copine renchérie voyant que le joueur s’obstine: “mais arrête enfin quoi, tu comprends rien là! on a coupé la partie, c’est une vidéo à l’écran, tu joues dans le vide! Et t'as perdu de toute façon.”
Il les dévisage tous les deux, délaissant la manette l’air dépité: "Je suis mort ? Vous croyez ?"
Les mots résonnent étrangement dans le salon où il est le dernier à réaliser se qui se passe.

Et je propose: "Si au moins c'était une grimace."
« Modifié: 25 Mai 2012 à 15:05:23 par kodama »
Si tu veux tout savoir, moi aussi.
Jette-lui la pierre dans le doute.
Les grandes choses sont celles qui ne s'achètent pas.

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Re : Étoffons les phrases
« Réponse #23 le: 25 Mai 2012 à 16:28:30 »
Si au moins c'était une grimace. Et ben elle aurait été vachement bien réussi. Cette crispation de la mâchoire et la révulsion des orbites, c'était vraiment cool. J'aurai pu passer des heures à la regarder. Nom de bleu. Au départ, elle m'a fait vraiment peur. Elle était arrivée comme ça, d'un coup. Bouh ! Aaah ! Bon j'avais l'habitude. Mais là c'était de la grande classe ! Du grand numéro ! Chapeau l'artiste ! Maintenant j'en rigolais. A chaque fois que je tournais le regard vers son visage, je pouffais. Quelle blagueuse. Le plus fort, c'était cette couleur bleue. Une teinte schtroumpf qui détonnait avec la couleur de ma table d'autopsie. Ah... Si au moins c'était une grimace.

Prochaine phrase : "Je suis comme un roman vite lu".
"Nous avons traversé cette jeunesse comme on traverse un champ d’orties, les yeux fermés. C’était si drôle de perdre et de faire semblant, de vieillir à coup de guitares et de basses. " Light Succub Dynamic

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Re : Étoffons les phrases
« Réponse #24 le: 28 Mai 2012 à 00:11:38 »
Je passe. Je ne laisse pas de trace. Je ne marque pas. Il ne faut pas plus de quelques instants pour me connaitre de A à Z, et toutes les lettres ne doivent pas y être. dehors je suis frippé, dedans je suis écorné. on m'oublie sur une étagère ou sur un banc public. Je suis insignifiant, je ne suis rien, je suis comme un roman vite lu, même pas un petit plaisir, juste un passe temps entre deux gares.

la phrase suivante ... "Mes parents n'avaient pas d'enfant"
« Modifié: 28 Mai 2012 à 00:18:19 par berges »
Dura lex? Jules, pourquoi tu parles de capote?
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sagremor

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Re : Étoffons les phrases
« Réponse #25 le: 28 Mai 2012 à 16:29:27 »
C'était le Summer of Love. 1969. Mes parents n'avaient pas d'enfant. Pas encore. Moi, ou plutôt mon ébauche, je les attendais, bien caché au fond d'un voyage hallucinogène. Ce fut par une nuit de pleine lune, après avoir avalé deux buvards ramenés d'Amsterdam par un Hell's Angel en route vers Casablanca, que mon père et ma mère se croisèrent dans un champ de fraises, où je les accueillis avec mon plus beau sourire. Papa me prit pour un papillon, et maman pour un ballon de plage. Mais neuf mois plus tard, j'étais là...

Next: "Le sommeil est le frère de la mort."

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Étoffons les phrases
« Réponse #26 le: 11 Juin 2012 à 23:01:01 »
Sylvie nous a quitté il y a de ça un mois, me laissant seul avec un enfant au milieu d'une vie à peine construite. Annoncer la disparition d'une mère à son fils c'est comme annoncer à ses parents que l'on se marie pour la quarantième fois, on tourne autour du pot, on évite de rendre la situation plus dramatique qu'elle ne l'est et on fini par trouver un dérivé qui limite le nombre de litres de larmes versées.

"Maman est partie faire un long dodo car elle était très fatiguée, tu pourras encore lui parler la nuit quand tu fermeras tes yeux".

"Mais pourquoi on dit que maman elle est morte papa?".

"Le sommeil est le frère de la mort, l'un est juste un peu plus long que l'autre tu comprends?".

"Oui, je vais dormir alors, j'ai besoin de parler à maman".


Next: "Prends moi par la main, montre moi le chemin" .


Hors ligne Dot Quote

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Re : Étoffons les phrases
« Réponse #27 le: 03 Septembre 2012 à 01:15:04 »
"prends moi par la main, montres moi le chemin"

Rideau matinal en pleine face. Au secours, de la lumière. Mes yeuux !
- Fiston ! debout. T'es en retard, tu vas louper ton car.
Je grogne en m'enfonçant la tête dans les oreillers buzz l'éclair.
- Allez Timy, tu voudrais pas être en retard à ta rentrée ? C'est le collège aujourd'hui, tu rentres dans la cour des grands ! C'est pas n'importe quoi la sixième. Allez avales tes céréales et vas chercher ton sac au fond du placard. Je t'emmènes à l'arrêt dans dix minutes.
Il sort sans fermer la porte, et je l'entends dévaler l'escalier, poser sa serviette en bas avant d'aller boire un café. Hmm, ça sent bon. Je me lève au bout de quelques minutes, me passe la tête sous l'eau et enfile mon t-shirt. Puis, je descends.
- Pas faim Timy ? Allez grouilles toi on y va.

Trajet de cinq minutes jusqu'à l'arrêt de bus. J'aurais pu le faire à pied, mais tant pis, ça me permet de passer un peu de temps avec mon père. Il passe les vitesses de sa main droite tandis que je scrute l'extérieur, encore endormi par le roulement du moteur.



suivant : "Comme prendre du sel pour de la coke. Et manger épicé."
.

Hors ligne LeBossu

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Re : Étoffons les phrases
« Réponse #28 le: 26 Février 2013 à 10:45:38 »
« Comme prendre du sel pour de la coke. Et manger épicé. »

Hier, j'étais encore un type tout ce qu'il y a de plus normal. On se faisait un pique-nique avec le crew, et c'est là que tout est parti en sucette. Il paraît que j'ai fait des trucs barrés. Il paraît, parce que moi, je me souviens plus de grand chose. J'enchaînais les binouzes et les kebabs, on matait les filles qui passaient. Boris essayait un slam, et moi j'assaisonnais. On a dû me dire : « Eh, ducon… », le reste m'a échappé, en tout cas, c'était puissant. Rien à voir avec le Ducros qu'on fumait derrière les préfa'. Je suis parti en live, on m'a dit que j'avais sauté dans le lac, et que je courais partout en gueulant : « Assafa ! ». Me demandez pas pourquoi, j'en sais foutrement rien. Donc je courais à moitié à oilpé, avec des sortes d'algues sur la tête, et je buvais à même le lac en disant que ça me brûlait. J'ai fini au poste, la rumeur a déjà fait le tour du quartier, et là, j'ai toujours soif. Chronique sidérée de Ducon Ier, ou comment prendre du sel pour de la coke. Et manger épicé.


Suivant : « J'aime mes fraises fraîches et bien mazoutées. »
« Modifié: 26 Février 2013 à 13:32:32 par LeBossu »
Et alors ?

Hors ligne Mnemosyne

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Re : Étoffons les phrases
« Réponse #29 le: 26 Février 2013 à 17:49:33 »
Atlanta, 1852.

   Seule encore une fois face un traquenard. Tante Lucy s’est encore mise en tête de me caser avec un homme de lignée aristocratique, et pas des moindres : John Tarmeston. La famille Tarmeston possédait des terres qui s’étendaient à perte de vue, on y cultivait du coton. Je n’ai jamais apprécié John ; son père était un homme bon et savait prendre soin de ses esclaves. Mais depuis qu’il est alité,  son fils a repris les affaires. Il fait obéir tout le monde à coups de fouet. John m’a toujours fait peur, même lorsqu’il se ramenait chez tante Lucy avec des friandises et des fleurs. Ses cadeaux me laissaient de marbre, il faisait tout pour gagner la confiance de ma tante, et au vu des derniers événements, il a réussi à la faire chavirer. Il va venir souper chez-nous pour demander officiellement ma main. Ma main, et tout le reste. Misère de moi…
Ma tante est « fière » de moi, qu’elle dit. Pas sûr qu’elle le reste après ce que je m’apprête à faire à ce minable de John. Il me fait presque pitié.
Derrière son sourire, un regard froid et implacable qui semblait me dire « Tu seras à moi un jour ou l’autre ».  Je ne l’aime pas, je le méprise et je n’ai jamais eu l’occasion de le lui dire : Tante Lucy m’a toujours chaperonnée. Pendant que lui rêvait de serrer ma taille dans ses bras jusqu’à me briser pour me faire sienne, de mon coté,  je rêvais de lui cracher à la figure. De lui arracher les yeux, ses yeux là qui ne me cachaient pas ses vrais dessins. J’aurais voulu l’insulter devant tout le monde dans la rue, comme l’a fait cette mégère de Bonita-Tignasse-Rouge. Elle vociférait maudissant le maire de la ville ; on voulait la chasser parce qu’elle vendait son corps et dansait dans un cabaret. Ma tante avait beau me boucher les oreilles, l’air horrifié,  j’avais tout entendu. Et tout retenu. Mes parents doivent se retourner dans leurs tombes. Mais non, les morts n’ont ni bouches ni yeux. Encore moins des oreilles. Ils ne peuvent être au courant de ce à quoi je pense.
Je sais, cela ne se fait pas. Les filles de bonnes familles se contentent de débiter des phrases toutes faites, poliment, ou se taisent. Toutes des écervelées ne parlant que chiffons. Et toutes rêvaient au prince charmant. Leurs cervelles aseptisées ne pouvaient imaginer le prince qui se cache derrière chaque homme : Porc qui a pris de l’embonpoint, porc brandissant le fouet contre les miséreux, sur un cheval avachi et fourbu.
 C’est sans doute pour cela que je n’ai pas d’amies, au grand désespoir de tante Lucy. Elle me grondait jusqu’à l’asphyxie et finissait toujours par me lancer un « T’es intenable » d’un regard désespéré. Oui tante Lucy, je suis intenable. Infréquentable aussi. Cela n’est pas ta faute, tu sais, tante Lucy.  Tu ne m’as pas élevée ainsi. Tu as toujours pris soin de moi. Mais. C’est toujours toi qui choisissais mes poupées quand j’étais petite. Et mes robes. C’est encore toi qui décidais quelle personne je devais voir ou éviter. De la couleur de mes souliers qui avalaient mes pieds quand je dansais le regard vague et que tournoyaient autours de moi tous ces visages placides. Tu serrais mon corset avec tyrannie, quand j’étouffais sous ma peau. Tu as toujours applaudi la main blanche qui serrait la mienne d’une légère pression, cette main putride qui me donnait un haut-le-cœur. Cette main impitoyable qui châtiait les moins besogneux.
Non tante Lucy, je n’aime pas les mains blanches, et j’aime encore moins danser avec des morts sentant la camomille et le jasmin.  Ce que je voudrais ? Envoyer valser toutes ces robes et porter des chiffons rapiécés. Je ne veux pas ressembler à une princesse mais à Bonita. Bonita et ces lèvres pourpres. Bonita et ses formes indécentes.  Qui n’a rêvé de les embrasser les lèvres de Bonita ? Moi, je l’ai désirée cette princesse-catin.
J’aurais voulu me défaire de mes corsets, et que mes seins pendent lamentablement au dessus de chiffons aux couleurs vives. Relever mes jupons à faire pâlir le père Joseph. Que son regard se trouble en pensant à l’impensable.
Tante Lucy, je n’aime pas tes madeleine sucrées, je n’aime pas ton chocolat chaud du matin, et ton pain blanc. Mon pain, je le veux noir et bouseux. Me nourrir de fruits véreux et offrir les raisins  de ton jardin aux chevaux. Et aux cochons. Ils aiment ça les cochons, les mets gouteux. Je l’ai su en allant au bal de la petite Mathilde.
Je ne veux plus de tes fraises à la chantilly. Les miennes, je les aime fraîches et bien mazoutées. Oui tante Lucy. J’aime tout ce qui est pourri.

Suivant: : Tu as l'air moins con, quand tu dors le revolver sous l'oreiller.
Une femme avertie en vaut deux.

"Toute l'écriture est de la cochonnerie (...) Toute la gente littéraire est cochonne", Artaud.

 


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