A l’inexorable, ami,
Hier j'ai écrit une lettre :
"Grand étranger, où est passé ton serment d’Hippocrate ? ton sillage ne laisse que des ruines ! Qu'attends-tu pour nous rappeler à ta vitesse ? si l'on se tue à vouloir te hâter, ou qu'on se laisse digérer par nos fantômes... Où est passé ta main rassurante ? je ne vois autour de moi que le refus. Qu'est-devenu le hasard à l'aune de nos prédictions si rien ni personne ne nous convie à l'humilité ? Ne nous vois-tu pas céder à la facilité et t'étudier avec nos instruments de géomètres ? Alors même que tu répugnes la mesure.
Tu as dans la bouche de chaque homme le goût de la résignation. Et dans nos maisons, des corps étouffés attendent la fin des cycles, comptent une à une les secondes, et redoutent chaque fois plus la suivante, muets. Quand leur rire raisonne comme des pleurs frustrées. Et contre les gravités qui les inclinent ils n'arrivent plus qu'à dresser l'angoisse affûtée de la modernité, la réponse à tout, la sainte rationalisation, comme timide espoir de soigner le chaos de leurs profondeurs. Partout, la main invisible du bon sens te rend invisible à leurs yeux, comme si la froideur numérique était le sol de leurs couleurs. Comptes-tu laisser les jeunesses s'abîmer dans un éternel présent ? où l'on regrette le passé et l'on redoute l'avenir ? Ne veux-tu pas hâter ton traitement ! et purger ces corps de leur lourde bile ? pour qu'ils n'aient plus dans leurs yeux l'obsession fatiguée de leurs pieds hésitants. Fais-les danser ! et libère leurs éclats des chaînes déductives, des nostalgies causales qui les entravent !
Qu'attends-tu pour leur retirer tout espoir et sonner les cloches de l'irréversible, n'es-tu pas l'absurde volonté de vivre, la marche que rien ne peut interrompre ? alors qu'attends-tu pour les broyer de malheurs, pour briser la vanité lâche de nos âmes, et faire éclater aux yeux de tous la joie et la folie de nos corps ?"
-------------------------------------------
PS : j'ai pas spécialement commenté les commentaires des derniers textes que j'ai fait, vu que je suis personnellement convaincu qu'ils ne valent pas grand chose, et ne méritent finalement pas trop qu'on en reparle. Celui-là pour être franc me plaît déjà plus, même si je galère VRAIMENT à changer ce putain de ton dramatique dont je n'arrive pas à me débarrasser. Un exemple tout con, je voulais appeler le texte : A l'attention de l'inexorable, et en faire un truc plus léger, voire comico-philosophique. Bref, ça c'est la version qui dégouline, vais donc m'atteler à pondre un truc plus en phase avec ce que je voulais à l'origine. Ou comment s'emmerder la vie tout seul.
Edit : J'ai retravaillé légèrement le texte, je passais par là, je l'ai relu, des trucs m'ont insupporté alors j'ai changé.

Je vais changer pas mal de choses dans les jours qui viennent à ce texte, il est un peu comme en chantier, finalement.