Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

08 novembre 2026 à 02:23:12
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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Sombre été

Auteur Sujet: Sombre été  (Lu 272 fois)

Hors ligne Fleuve

  • Plumelette
  • Messages: 7
Sombre été
« le: 22 octobre 2026 à 23:59:31 »
Un gros boomer enfonce ses doigts dans un cageot de grosses cerises noires provenant d'Allemagne.
Pendant ce temps une vielle semble s'impatienter derrière lui. Il est dix heure et le soleil tape déjà.
Il grogne et prend une poignée supplémentaire, avant de sortir un billet d'un minuscule porte monnaie. Elles sont chères et la vendeuse ne lui rend que de la ferraille.

Il fait chaud, ça sent le melon et les nectarines, leurs parfums se mêlent à celui des femmes qui comme des fleurs, se sont débarrassées de leurs pétales.

 Le vendeur de fromages ne fait pas recette et on peut voir perler sur son front gras la sueur issue en bonne partie du vin qu'il boit en cachette. Il est toujours un peu ivre, et ça se voit. Il partira avant midi c'est sûr.   
Dans une rue adjacente à la place où se tient le marché, une flopée de pigeons blanc s'évaporent dans le ciel comme autant de grains de riz qu'on jette aux mariées.
Au loin j'aperçois Mme Dayan. Sa démarche la trahie immédiatement. Je n'irai pas lui dire bonjour, j'ai la flemme, et nous ne sommes pas d'accord sur trop de sujets pour trouver quelque chose à nous dire après les salutations d'usage.
Je pense aux gouttières qui n'ont pas été traversé par une seule goutte d'eau depuis plus d'un mois..   c'est long. Le mauvais temps c'est celui qui dure trop longtemps et c'est bien vrai me dis-je, content d'avoir trouvé une certitude dans mon désarroi.
Je repense à Marie, elle aussi comme la pluie, n'a plus donné de nouvelles. Tant pis, il fait déjà trop chaud pour y penser, pour penser tout court. Je marche à l'ombre, ne marche qu'à l'ombre, essayant comme tant d'autres d'échapper à l'œil cyclopéen du soleil qui au printemps nous couve de son regard bienveillant pour ensuite nous brûler quand vient l'été.
Mon appartement est petit, mal isolé, coincé entre deux bâtiments dans un délire architectural flagrant, mais c'est toujours un soulagement que d'y arriver après avoir monté les quatres étages qui le sépare du rez-de-chaussée où un type louche se défonçant à coup de prescriptions medicales habite. Sans doute pas méchant, mais je ne suis pas assez de gauche pour m'en convaincre.
Assis à la minuscule table de ma minuscule cuisine, je laisse le temps s'écouler quelques minutes en regardant au loin les toits sales et l'infini ciel délavé.

Hors ligne Basic

  • Comète Versifiante
  • Messages: 4 443
Re : Sombre été
« Réponse #1 le: 23 octobre 2026 à 07:40:09 »
bonjour

un texte avec un narrateur antipathique. C'est bien campé.
Je me demande si le titre convient bien, notamment "sombre"

Je pose la même question à tous les auteurs que je commente : utilises tu l'aide de l'IA pour tes textes ?

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


B
Tout a déjà été raconté, alors recommençons.

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Hors ligne Fleuve

  • Plumelette
  • Messages: 7
Re : Sombre été
« Réponse #2 le: 23 octobre 2026 à 10:40:51 »
Garantie sans I.A.
Le narrateur est aussi antipathique que l'auteur  :oxo:

Hors ligne Basic

  • Comète Versifiante
  • Messages: 4 443
Re : Sombre été
« Réponse #3 le: 23 octobre 2026 à 11:15:29 »
Ah... narrateur/auteur... sujet de discussion pour les longues soirées, mais un vrai sujet.

en tout cas bienvenu sur le forum et n'hésite pas à oser poster des commentaires sur des textes, on est aussi là pour ça, on a la légitimité d'être mdeins et on peut "se la péter" ( avec bienveillance comme c'est dit) sans crainte. Créer des liens, c'est encore la meilleure façon de recevoir avis et aides.

B
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Hors ligne Safrande

  • Calliopéen
  • Messages: 407
Re : Sombre été
« Réponse #4 le: Hier à 02:31:38 »
Hello Fleuve, petit com

Je trouve y'a une espèce de banalité triste dans ton texte, y'a quelque chose de très sec, simple, délavé. L'évocation du marché, de la vieille populace française et de ses vicissitude, des pigeons sur la place et des femmes comme des fleurs, me fait penser à un texte d'une vieille tradition montmartrienne, avec ce quelque chose de mis à jour par l'évocation de la misère locative, des prescription médicale, du droitardisme supposé, et le portrait n'est pas une fête ou une célébration, mais un bout d'aigreur et de misanthropie.

Content que ça aille droit au but et que ça ne passe pas par quatre chemin, et qu'il y ait une espèce de punchline à chaque phrase. Par contre du coup ça donne un truc un peu décousu, un regard qui balaye, qui ne s'attarde sur rien, survole tout et reste en surface ; on peine à trouver l'intention de ce balayage de caméra. J'avoue la comparaison femme/fleur, même avec tous les effort du monde, même avec la métaphore la plus filée, la plus complexe, la plus précise, la plus scientifique, je trouve ça immédiatement trop daté, ça me catégorise un texte et son auteur avec, mais pas grave, c'est un détail.

Je suis pas convaincu de la métaphore des pigeons, qui "s'évaporent" comme "des grains de riz" qu'on jette aux mariés, surtout le verbe s'évaporer, je trouve qu'il y a un couac "physique" au niveau de l'image, et c'est étrange cette évocation du mariage, de quelque chose d'un peu joyeux et festif dans un texte où tu t'efforces de rendre la morosité, la banalité, l'exaspération de l'ambiance à chaque ligne, d'autant qu'il s'agit là sans doute (de ta comparaison aux pigeons) d'une image importante, puisque tu consacres une phrase entière à la fabriquer ?

Y'a quelque chose d'un peu essoufflé et ça participe à l'ambiance. C'est comme un texte fatigué par la chaleur, qui économise ses efforts. C'est pas des défauts je trouve parce que du coup on capte assez vite l'état d'esprit et la lourdeur physique où se trouve le narrateur. Je trouve par contre assez rebattu la personnification du soleil (cyclope, bienveillant, etc.). D'ailleurs c'est marrant, les deux images/phrases que je trouve moins réussi sont les plus longues et celles que t'essayes d'élaborer, là où je trouve souvent plus réussi celles concises qui font tout le rythme et maintiennent la tension du texte.

Je pense que ce texte marcherait bien dans un ensemble plus vaste ou diaristique. On voit poindre une histoire de relation, peut-être finie, peut-être en pause ; y'a un début d'auto dérision, avec l'histoire qu'il est content de sa trouvaille, avec son humour de droitard ("pas assez de gauche" etc.) ; mine de rien c'est des détails qui pourraient rendre le perso attachant par son honnêteté, son "désarroi" - ça comblerait toute l'antipathie du monde. "Délire architectural flagrant", j'aime bien la formule, elle m'a fait sourire.

Citer
où un type louche se défonçant à coup de prescriptions medicales habite.
Un peu lourd niveau formulation ce "habite" en bout de course de la phrase, je l'aurais peut-être mis juste après "où" :
Citer
où habite un type louche se défonçant à coup de prescriptions medicales.
Remarque dans l'ensemble ça fait lourd aussi je trouve, et peut-être même plus lourd que la formulation d'avant  :D

J'y voit quelque fois des faibles échos aux portraits affreux des pauvres et des prolétaires de Céline qui ne leur épargne aucun vice et qui en fait de parfaits monstres, attachants quelque fois, à voir si c'est ton intention ?

Cool en tout cas comme mise en bouche ! Hésite pas à me contredire, à me renvoyer chier, à demander des précisions, etc., j'suis dispo pour de l'échange et tout  ;D
« Modifié: Hier à 14:42:26 par Safrande »
Il regardait le verre non à sa portée d'une façon de reproche.

Hors ligne James Smith

  • Buvard
  • Messages: 4
Re : Sombre été
« Réponse #5 le: Hier à 13:39:48 »
Tu pourrais encore plus exagéré le contraste entre la décéption de la rue/le réconfort de l’appartement. Sinon c’est un bon texte on ressent bien les émotions du narrateur.


 


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