Un gros boomer enfonce ses doigts dans un cageot de grosses cerises noires provenant d'Allemagne.
Pendant ce temps une vielle semble s'impatienter derrière lui. Il est dix heure et le soleil tape déjà.
Il grogne et prend une poignée supplémentaire, avant de sortir un billet d'un minuscule porte monnaie. Elles sont chères et la vendeuse ne lui rend que de la ferraille.
Il fait chaud, ça sent le melon et les nectarines, leurs parfums se mêlent à celui des femmes qui comme des fleurs, se sont débarrassées de leurs pétales.
Le vendeur de fromages ne fait pas recette et on peut voir perler sur son front gras la sueur issue en bonne partie du vin qu'il boit en cachette. Il est toujours un peu ivre, et ça se voit. Il partira avant midi c'est sûr.
Dans une rue adjacente à la place où se tient le marché, une flopée de pigeons blanc s'évaporent dans le ciel comme autant de grains de riz qu'on jette aux mariées.
Au loin j'aperçois Mme Dayan. Sa démarche la trahie immédiatement. Je n'irai pas lui dire bonjour, j'ai la flemme, et nous ne sommes pas d'accord sur trop de sujets pour trouver quelque chose à nous dire après les salutations d'usage.
Je pense aux gouttières qui n'ont pas été traversé par une seule goutte d'eau depuis plus d'un mois.. c'est long. Le mauvais temps c'est celui qui dure trop longtemps et c'est bien vrai me dis-je, content d'avoir trouvé une certitude dans mon désarroi.
Je repense à Marie, elle aussi comme la pluie, n'a plus donné de nouvelles. Tant pis, il fait déjà trop chaud pour y penser, pour penser tout court. Je marche à l'ombre, ne marche qu'à l'ombre, essayant comme tant d'autres d'échapper à l'œil cyclopéen du soleil qui au printemps nous couve de son regard bienveillant pour ensuite nous brûler quand vient l'été.
Mon appartement est petit, mal isolé, coincé entre deux bâtiments dans un délire architectural flagrant, mais c'est toujours un soulagement que d'y arriver après avoir monté les quatres étages qui le sépare du rez-de-chaussée où un type louche se défonçant à coup de prescriptions medicales habite. Sans doute pas méchant, mais je ne suis pas assez de gauche pour m'en convaincre.
Assis à la minuscule table de ma minuscule cuisine, je laisse le temps s'écouler quelques minutes en regardant au loin les toits sales et l'infini ciel délavé.