Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

27 octobre 2026 à 04:28:02
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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Laisser couler les mots

Auteur Sujet: Laisser couler les mots  (Lu 651 fois)

Hors ligne WynnScribe

  • Tabellion
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Laisser couler les mots
« le: 17 octobre 2026 à 23:34:30 »
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Ici commence l’exploration d’un travail en cours : l’immersion dans la tête d’un personnage fictif à travers un exercice quotidien d’écriture libre.
Le principe est brut, simple et sans filtre : chaque jour, pendant 10 minutes, mon personnage prend son clavier et laisse simplement couler les mots. Sans chercher à faire du beau, sans censurer les sauts du coq à l’âne, les contradictions, les agacements du quotidien, ni les pensées qui s’entremêlent. Dans la vie réelle comme dans la fiction, nos pensées ne forment jamais un long fleuve tranquille. Elles se bousculent. En laissant la plume déambuler pendant dix minutes, l’objectif est d’attraper la pensée sur le vif. De retranscrire une voix authentique, vulnérable, parfois râleuse, souvent sincère. Celle d’un être humain qui cherche son chemin. Explorons la façon dont ces bribes du quotidien se tissent peu à peu pour composer le portrait et l’histoire de ce personnage.

17 octobre 2026.

Bon. C’est parti. Dix minutes. Pas une de plus, pas une de moins. L’objectif fixé est simple, je dois poser les doigts sur le clavier et laisser couler les maux. Sans chercher à faire du beau. De toute façon, dans ma tête, ça ne forme jamais un long fleuve tranquille. Alors, autant attraper la pensée sur le vif. Une parole sincère, qui cherche juste son chemin au milieu du brouhaha. C’est parti.

Je suis en colère. Elle m’énerve. Je n’aurais pas dû m’énerver, mais c’était plus fort que moi. C’est comme au boulot : les gens qui bossent mal, je ne supporte pas. J’ai la boule au ventre, les yeux qui piquent, la cheville droite qui lance un peu. Mon chat joue avec mes pieds, sa petite patte qui vient taper ma main sur le clavier. Demain je pars en randonnée, j’ai hâte. Mais je n’ai pas fais mon sac.

Qu’est-ce qu’on met dans un sac quand on a la tête trop pleine ?

« Fait », avec un t, bon sang, pourquoi j’écris toujours « fais » ? Le passé composé ! J’ai toujours été nulle en français. Et pourtant, je vais encadrer des étudiantes cette année. Ça va être cool, mais j’espère que ça ne va pas trop me fatiguer. Elle était là, debout, à me regarder sans broncher et ça m’a gonflée. J’avais demandé pendant l’entraînement de ne pas ranger. J’aime pas quand on ne m’écoute pas, quand on ne fait pas ce que je demande.

Le sac est ouvert sur le lit, vide. Il attend.

Parfois je me sens incompétente dans mon rôle. Je fait comme si je savais ce que je faisais, mais je suis une imposteure. FAIS ! ais-ais-ait ! Je ne suis pas une vraie spécialiste, je suis juste douée avec les situations complexes, avec les gens fragiles. Mais j’ai envie d’avoir de la reconnaissance, c’est idiot. Elle m’énerve. Et je m’énerve moi-même de réagir comme ça. Peut-être que je devrais juste encadrer de loin et ne pas tout mener de front. Mais ce serait reconnaître qu’elle est plus compétente que moi. En même temps, elle a eu de bonnes initiatives. Mais elle avait la partie la plus facile.

Je jette une gourde au fond du sac. Une polaire. La gourde pour l’eau, la polaire pour le froid. Et la colère, on la met dans quelle poche ?

Purée, je n’ai pas fait mon ménage. Mais j’ai changé la litière, au moins ça. Ça me donne la gerbe. Je ne supporte pas les conflits. Comme l’autre jour, quand on m’a juste fait une remarque banale sur un document administratif, et moi j’ai flambé direct. J’arrive pas à me contrôler. Ça sort. Comme mes parents, ça démarre au quart de tour.

Mon chat me fixe. Il s’en fout, lui, du quart de tour. Il attend juste que je pose mes pieds pour s’allonger dessus.

Je n’ai toujours pas fait mon sac. Ça y est, passé composé, je te tiens ! Du coup, je vais devoir me lever tôt. Et je ne suis pas passée à la pharmacie. Et on m’a appelée pour un nouveau boulot aujourd'hui. Mon profil leur a plu, ils vont voir s’ils auraient un poste à me proposer. Bon, d’accord, on n’est pas censé travailler en plein burn-out. Et quand je vois comment je démarre avec les gens incompétents, je me dis que je ne suis peut-être pas prête, en effet. J’espère qu’ils ne sont pas pressés.

L’apaisement, on a dit.

Il me reste encore un mois et demi pour m’apaiser avant de commencer à me reconstruire. Oui, enfin, sur des fondations pas bien solides, ça risque de ne pas tenir longtemps.

Je ferme le sac à moitié, sans trop forcer. On fermera le reste demain matin. Tout ce qui déborde (le ménage à la traîne, la gestion de conflit, le syndrome de l’imposteur, la fierté mal placée), ça restera ici, sur le parquet de la chambre. Demain, il n’y aura que la cheville qui chauffe un peu, la terre sous les chaussures et le bruit du vent dans les arbres. Ça ira mieux demain dans la forêt.
« Modifié: Hier à 22:45:24 par WynnScribe »

Hors ligne Murex

  • Prophète
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Re : Laisser couler les mots
« Réponse #1 le: 18 octobre 2026 à 10:33:39 »

  Bonjour WynnScribe

  Je trouve ta démarche intéressante et j'ai bien aimé cette première bafouille. Rien de fracassant, du quotidien mais tout cela a un air de sincérité, de vécu qui fait tout son intérêt. Rien à redire sur l'écriture, toutefois je n'ai pas bien compris qui était la personne qui mettait l'auteur en colère...sa compagne ! sa mère !
  On attend la suite de ces chroniques.

  Bien à toi

Hors ligne pliplop

  • Plumelette
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Re : Laisser couler les mots
« Réponse #2 le: 18 octobre 2026 à 13:11:58 »
Salut WynnScribe,

L’idée des dix minutes est intéressante et j’ai envie de voir la suite sur des semaines. La narratrice a bien vidé son sac sur ce premier jour.

Par contre, moi aussi, je me suis demandé c’était qui, "elle". Avec le rangement, j’ai pensé à quelqu’un à la maison, et puis avec les initiatives, plutôt une collègue. Je sais pas trop.

Pareil pour le boulot, je me suis un peu paumé. Y a le burn-out, les étudiantes à encadrer, le nouveau poste... Du coup, j’ai pas compris si elle bosse ou si elle est en arrêt.

Et puis le coup du "fais" avec un s, j’ai cherché la faute partout ! Juste avant, “quand on ne fait pas”, il a bien son t. T’as corrigé en relisant, peut-être ?

Autre petit truc, le sac est sur le lit, et à la fin tout ce qui déborde reste sur le parquet du salon. J’ai pas capté quand elle a changé de pièce.

Côté fautes, y a un s en trop à "Mon profils". Et "ne pas tenir longuement", on dirait plutôt "longtemps".

Pour "une imposteur", c’est "un imposteur" ou "une imposteure". Sauf si c’est fait exprès pour une narratrice fâchée avec le français.

Enfin, les passages sur le sac ont l’air plus posés, comme si tu avais écrit après les dix minutes.

pliplop

Hors ligne WynnScribe

  • Tabellion
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Re : Laisser couler les mots
« Réponse #3 le: 18 octobre 2026 à 20:19:28 »
Merci Pliplop pour ta lecture attentive et tes remarques super bien ciblées !
En me relisant à l’instant, je me suis rendu compte que j'avais fait quelques inversions dans le texte en saisissant le brouillon, ce qui créait des ruptures et faisait que l'ensemble ne coulait plus tout à fait correctement. J'ai donc apporté plusieurs ajustements pour corriger le tir !
Pour le reste, comme le personnage et son univers se construisent peu à peu au fil des jours, c'est volontaire qu'on ne comprenne pas encore tout d'un coup. Les éléments et les pièces du puzzle vont prendre leur place au fur et à mesure dans les prochains textes. Il va falloir lire la suite pour voir le tableau se dessiner !
Merci encore pour ton retour, ça m'aide énormément à affiner le projet !

Hors ligne WynnScribe

  • Tabellion
  • Messages: 25
Re : Re : Laisser couler les mots
« Réponse #4 le: 18 octobre 2026 à 20:21:49 »

  Bonjour WynnScribe

  Je trouve ta démarche intéressante et j'ai bien aimé cette première bafouille. Rien de fracassant, du quotidien mais tout cela a un air de sincérité, de vécu qui fait tout son intérêt. Rien à redire sur l'écriture, toutefois je n'ai pas bien compris qui était la personne qui mettait l'auteur en colère...sa compagne ! sa mère !
  On attend la suite de ces chroniques.

  Bien à toi

Merci Murex pour ton retour !
Je suis ravie que le ton et la sincérité du quotidien t'aient touché(e). C'est vraiment le cœur de la démarche de ces 10 minutes : capturer le brut et le vécu sans fard.
Les pièces du puzzle se mettront en place au fur et à mesure des prochains textes.

Hors ligne pliplop

  • Plumelette
  • Messages: 14
Re : Laisser couler les mots
« Réponse #5 le: 18 octobre 2026 à 22:40:34 »
Salut WynnScribe,

Oui, là c’est beaucoup mieux, il manquait des mots lol.

J’ai remarqué, y a pas mal de “Mais” en début de phrase. J’en ai compté cinq. Si c’est voulu pour le côté pensées en vrac, oublie.

J’attends la suite.

pliplop

Hors ligne WynnScribe

  • Tabellion
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Re : Laisser couler les mots
« Réponse #6 le: 18 octobre 2026 à 23:58:03 »
Ici commence l’exploration d’un travail en cours : l’immersion dans la tête d’un personnage fictif à travers un exercice quotidien d’écriture libre.
Le principe est brut, simple et sans filtre : chaque jour, pendant 10 minutes, mon personnage prend son clavier et laisse simplement couler les mots. Sans chercher à faire du beau, sans censurer les sauts du coq à l’âne, les contradictions, les agacements du quotidien, ni les pensées qui s’entremêlent. Dans la vie réelle comme dans la fiction, nos pensées ne forment jamais un long fleuve tranquille. Elles se bousculent. En laissant la plume déambuler pendant dix minutes, l’objectif est d’attraper la pensée sur le vif. De retranscrire une voix authentique, vulnérable, parfois râleuse, souvent sincère. Celle d’un être humain qui cherche son chemin. Explorons la façon dont ces bribes du quotidien se tissent peu à peu pour composer le portrait et l’histoire de ce personnage.

18 octobre 2026

Aujourd’hui, 21 km de randonnée. Trop fière de moi. Le souffle court, la terre humide sous les chaussures, le silence des sous-bois qui fait un bien fou. Et puis, au détour d’un buisson, alors que le groupe traçait, je suis tombée nez à nez avec la Vierge Noire, posée sur son piédestal en pierre. Piédestal. La première fois, je l’avais écrit « pied d’estale ». Nulle en français, je l’ai dit ! C’est un lieu de pèlerinage. Je ne suis pas croyante, pourtant j’ai eu ce besoin de m’arrêter là et de lui déposer mes pierres. Tout vider au pied de la statue, comme si la roche pouvait absorber ce qui me ronge.

Je lui ai tout balancé. Son regard ne me jugeait pas, lui. La maltraitance institutionnelle, le harcèlement, l’épuisement qui s’infiltre jusque dans les os. Et cette peur toxique : devenir à mon tour indifférente avec mes patients. C’est pour ça que je me suis arrêtée. Enfin, que mon médecin m’a arrêtée. Pour préserver ce qu’il me reste d’humanité.

Pourtant la flamme n’est pas éteinte. Quand je suis à la fac devant les étudiants, que je leur parle avec passion des soins ou de la recherche, je me sens à ma place, habitée, vivante. C’est pour ça qu’on choisit cette voie : pour tendre la main vers l’autre. Et me voilà à confier ça à une statue en fonte et en pierre au milieu de nulle part !

Comment ceux qui ont juré de soigner peuvent-ils devenir des bourreaux ? Comment l’hôpital, dont la mission est de prendre soin, a-t-il pu devenir une usine de fabrication de soignants malades ? Remarque, il y en a aussi, des Vierges, nichées dans les vieux hôpitaux. Sauf qu’à l’hôpital, on n’a même plus le temps de s’arrêter devant elles. C’est le même poison qu’aux entraînements : comment un encadrant dans une équipe adaptée peut-il se fermer à l’autre et laisser des joueurs sur le bord du chemin ? Ah oui, il y a ça aussi. Vu que je me suis pris la tête avec l’autre coach, on doit se voir pour « discuter » avec un « médiateur ». Pas envie. Tellement pas envie de cette hypocrisie. Elle m’énerve. J’aurais voulu lui laisser aussi cette colère-là, à la Vierge, mais encore maintenant elle me colle aux basques.

Dans des lieux faits pour abriter la bientraitance et l’empathie, on ne croise plus que des soldats d’un jeu de pouvoir dérisoire, agrippés à leur petit royaume. C’est de l’injustice à l’état brut, et cette logique de rentabilité me donne la gerbe.

On ne chiffre pas l’humain.
On ne met pas de prix sur le soulagement.
On ne monnaie pas ce qu’un sourire apporte à quelqu’un.
On ne pèse pas une présence, une écoute, un silence bienveillant.
On ne produit pas du soin comme on fabrique des objets.

Je me demande ce qu’elle en penserait, de nos tableurs et de nos ratios de rentabilité, la Vierge du bois. Dans la mécanique froide de l’institution, ce qui ne rapporte rien ne vaut rien. Nous ne sommes que des engrenages jetables. Tu ne veux plus être broyé ? Bah barre-toi, un autre rouage prendra ta place. Bon débarras.

Ah, ça y est, les jambes me lancent un peu. Ma cheville me rappelle qu’elle est là. Demain matin, groupe de parole pour la souffrance au travail. Continuer le cycle d’apaisement. Parvenir à poser les armes, désamorcer sa colère, apprivoiser cette angoisse sourde de n’être jamais assez, de ne jamais recevoir le moindre signe d’estime.

En jetant ces mots sur la page, je sens le poids glisser enfin. Faire exister cette Vierge par l’écrit lui permet de tout absorber. Ce soir, la feuille devient son piédestal. La colère, les rancœurs, la « médiation », l’hôpital, l’épuisement. Cette nuit, c’est elle qui porte le sac à ma place.
« Modifié: 19 octobre 2026 à 18:40:38 par WynnScribe »

Hors ligne Murex

  • Prophète
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Re : Laisser couler les mots
« Réponse #7 le: 19 octobre 2026 à 10:08:55 »

 
 Bonjour WynnScribe

 J'aime ce nouveau texte, tout autant que le premier. Ça vit, c'est sincère, et tout ça avec une belle écriture (Pour quelqu'un qui se dit nul en français, c'est pas mal !); Une critique en bonne et due forme de notre société sans que cela soit pesant ou ennuyeux, pas facile comme exercice.

  Bien à toi

Hors ligne pliplop

  • Plumelette
  • Messages: 14
Re : Laisser couler les mots
« Réponse #8 le: 19 octobre 2026 à 11:12:54 »
Salut WynnScribe,

Ben voilà, ce deuxième jour répond à mes questions du premier ! “Elle”, c’est l’autre coach, et la narratrice est à l’arrêt.

Et puis le sac est toujours là. Il change de dos à la toute fin, cette nuit c’est la Vierge qui se le coltine.

Quelques questions :

                 1. Au milieu, la colère lui “colle aux basques”, elle arrive pas à s’en débarrasser. Et à la fin, la Vierge a tout gardé, colère comprise. Alors elle l’a lâchée ou pas ?

                 2 . “On est tombés nez à nez”, elle était avec qui ? Juste après, elle cause à la statue comme si y avait personne.

“Soignants” est peut-être un peu trop présent.

Mais sinon, j’aime bien la suivre d’un jour à l’autre, ta narratrice.

Merci pour la lecture !

pliplop

Hors ligne WynnScribe

  • Tabellion
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Re : Laisser couler les mots
« Réponse #9 le: 19 octobre 2026 à 13:51:14 »
Bonjour Pliplop et Murex !

Un grand merci pour cette seconde lecture et vos remarques ! Cela me fait tellement plaisir de voir que vous suivez le fil et que la narratrice vous embarque d'un jour à l'autre. J’ai quelques « journées » fictives d’avance mais cela me permet de me réadapter au fur et à mesure.

Pliplop, tes questions sont d'une grande justesse :
  • Pour la colère : j’ai voulu mettre du mouvement dans sa pensée qui coule durant les 10 minutes d’écriture. Au milieu de sa réflexion, la colère lui « colle aux basques », c'est encore à chaud, le serpent qui se mord la queue. Pourtant elle a essayé de le déposer. Mais l'acte même de poser les mots à l’écrit cette fois-ci produit un effet de catharsis à la fin : En écrivant, la narratrice transfère la charge dans les mots et dans la figure de la Vierge qu'elle invoque par l'écrit. C'est l'écrit qui fait office de « contenant » pour la nuit. C’est le tout début du processus d’apaisement. Je vais voir si je peux l’imager un peu plus dans le texte. 
  • Pour le « on est tombés » : dans le scénario qui se jouait dans ma tête, elle marchait effectivement au sein d'un groupe de rando, mais au moment d'arriver devant la Vierge, elle s'isole un moment dans sa bulle. La statue devient son unique interlocutrice. Mais ce n’est effectivement pas clair, je vais essayer de reformuler.
  • Pour la répétition de « soignants » : Tu as tout à fait raison, le mot revient en boucle, poussé par son obsession du moment. J’ai voulu accumuler « soin » « soignant » « soigner ». Penses-tu qu’il y ait besoin de refaire une petite passe pour aérer le vocabulaire et alléger la lecture ?

Merci encore pour votre présence au fil des jours, ça me donne de l’énergie pour écrire la suite !
« Modifié: 19 octobre 2026 à 13:53:27 par WynnScribe »

Hors ligne pliplop

  • Plumelette
  • Messages: 14
Re : Laisser couler les mots
« Réponse #10 le: 19 octobre 2026 à 14:08:56 »
Salut WynnScribe,

Une petite passe oui, mais pas partout. La suite “soin”, “soigner”, “soignants” dans tout le texte rend l’obsession, et je la garderais.

Par contre, dans les deux questions, les trois “soignants” sont construits comme une démonstration, à mon avis. Du coup ça sonne moins comme une pensée qui tourne en boucle, plutôt comme un tic d’auteur. En lisant ces deux phrases, on s’arrête sur le mot au lieu de suivre la pensée de la narratrice.

En général, on évite le même mot dans deux phrases qui se suivent. Quand on veut une répétition, on la met plutôt en début de ligne, comme tes “On ne…”, ou on la fait revenir de loin en loin, comme un refrain. Là, le lecteur comprend que c’est exprès.

Un truc qui aide, c’est de relire à voix haute. Si l’oreille accroche, c’est que la répétition gêne.

Changer un seul “soignants” sur les trois suffirait, et le reste du texte garderait son effet. Par exemple, “de leurs collègues” à la place de “d’autres soignants”, sur le deuxième.

pliplop
« Modifié: 19 octobre 2026 à 14:38:42 par pliplop »

Hors ligne WynnScribe

  • Tabellion
  • Messages: 25
Re : Laisser couler les mots
« Réponse #11 le: 19 octobre 2026 à 18:21:26 »
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Ici commence l’exploration d’un travail en cours : l’immersion dans la tête d’un personnage fictif à travers un exercice quotidien d’écriture libre.
Le principe est brut, simple et sans filtre : chaque jour, pendant 10 minutes, mon personnage prend son clavier et laisse simplement couler les mots. Sans chercher à faire du beau, sans censurer les sauts du coq à l’âne, les contradictions, les agacements du quotidien, ni les pensées qui s’entremêlent. Dans la vie réelle comme dans la fiction, nos pensées ne forment jamais un long fleuve tranquille. Elles se bousculent. En laissant la plume déambuler pendant dix minutes, l’objectif est d’attraper la pensée sur le vif. De retranscrire une voix authentique, vulnérable, parfois râleuse, souvent sincère. Celle d’un être humain qui cherche son chemin. Explorons la façon dont ces bribes du quotidien se tissent peu à peu pour composer le portrait et l’histoire de ce personnage.

19 octobre 2026

J’étais à l’HDJ, ce matin. À chaque fois que je dis à mes amis que je vais à l’HDJ (c’est comme ça qu’on dit hôpital de jour quand on est dans le milieu et qu’on a pas le temps), ils me disent « ah, tu bosses là-bas maintenant ? ». Non non, je teste la marchandise.

À l’HDJ on a un groupe de parole, et aujourd’hui c’était une nouvelle psychologue. Elle nous a dit qu’elle utilisait l’écrit dans ses séances. Du coup, le sujet a vite dévié sur nos beaux carnets achetés il y a des mois alors qu’on était plein de motivation, et aujourd’hui encore sous cellophane. Déjà, ça m’a rassurée d’apprendre que je n’étais pas la seule à avoir ces fichus calepins neufs qui prennent la poussière !
Quand c’était à mon tour de décrire mon rapport à l’écriture, mes mots étaient au départ très positifs. J’ai expliqué que je venais de commencer mon petit rituel quotidien, dix minutes par jour. Et puis j’ai réalisé quelque chose : à l’époque où je bossais, je me sentais agressée par l’écriture. Lorsque je recevais des mails ou des SMS, il n’y avait que des poignards à la place des mots. J’étais martyrisée par le « ding » de l’ordinateur et le « bzzz bzzz » du vibreur du téléphone. « Purée, qu’est-ce que j’ai fait encore ? » à chaque notification.

Face au danger, le cerveau humain a trois solutions : la fuite (et hop le téléphone à la poubelle), la sidération (« ça va ? Il se passe un truc grave ? Ça fait 10 minutes que tu fixes ton ordi ! ») ou l’attaque (« ah ouais dis donc tu as été un peu rude, dans ta réponse. Tu sais, c’est juste un travail »).
Moi, j'attaque. Sauf que je n’ai pas la défense qu’il faut derrière. Sur un terrain de handball, je fonce tête baissée vers l’équipe adverse. Je me fais tabasser dans les neuf mètres, la gardienne arrête la balle, me la renvoie en pleine face, aïe ça fait mal, mais je repars illico au front, que mon équipe me suive ou non. Au lieu de souffler, de me replacer, d’observer la défense adverse, de reprendre des forces et de bâtir une vraie stratégie, je fonce dans le tas pour essayer de mettre la balle au fond du but. Oh là, je suis partie loin sur ce coup-là.

J’ai une vingtaine de SMS non lus, et je ne sais combien de mails en attente. Je ne pense pas que ce soient des lettres piégées. Ils ne viennent pas de personnes qui voudraient (a priori) me faire de mal. Sauf que, si ça se trouve, je vais ouvrir le SMS « Votre colis a bien été livré dans votre boîte aux lettres. » et en dessous je lirai « T’es nulle, tu sers à rien, tu fais mal ton boulot, on se débrouille mieux sans toi, t’as pas fait ci, t’as pas fait ça ». Ce serait absurde, comme SMS…

Finalement, la nouvelle psychologue a repris les rênes. Elle a expliqué qu’on ne pouvait pas toujours contrôler notre cerveau face au danger, ou face à ce que notre corps pouvait percevoir comme tel. Qu’il fallait du temps, beaucoup de temps, pour s’apaiser et ne plus se sentir menacé en permanence.

Et dix minutes par jour, sur toute une vie, ça fait longtemps.
« Modifié: 19 octobre 2026 à 20:26:22 par WynnScribe »

Hors ligne pliplop

  • Plumelette
  • Messages: 14
Re : Laisser couler les mots
« Réponse #12 le: 19 octobre 2026 à 19:29:30 »
Salut WynnScribe,

Je comprends pas trop pour les SMS. On dirait une pensée du soir, au présent, et juste après on apprend qu’elle en a parlé au groupe le matin. Même chose avec le hand.

Autre question. Face au danger, tu as mis “consternation”. Moi je connais plutôt “sidération”, quand on reste figé, comme ton exemple de l’ordi qu’on fixe sans bouger. C’est voulu ?

Côté fautes, j’en ai vu deux.

“Qu’on a pas le temps”, il manque le “n’”, “qu’on n’a pas”.

“Ça va ? il se passe un truc grave ? ça fait 10 minutes”, il faut une majuscule après chaque point d’interrogation.

Dernier truc. Je sais pas ce que tu veux faire de ces textes. Un par un, ça se voit pas. Mais si un jour tu voulais les réunir, des habitudes d’écriture commencent à se remarquer. À la longue, le lecteur les voit venir, et la lecture devient plus lourde.

Les listes reviennent souvent, comme “la boule au ventre, les yeux qui piquent, la cheville droite qui lance” au premier jour. Le deuxième en a aussi, avec “la maltraitance institutionnelle, le harcèlement, l’épuisement”. Quand on aligne plusieurs éléments, chacun pèse moins. Tu peux parfois n’en garder qu’un, le plus fort, et le creuser.

Tes fins se ressemblent aussi. “Ça ira mieux demain dans la forêt”, puis “Cette nuit, c’est elle qui porte le sac à ma place”. Au troisième jour, on attend déjà la petite phrase qui conclut. Essaie un jour d’enlever la dernière phrase, pour voir si le texte tient sans elle.

Je sais bien que c’est pas facile sur un texte de dix minutes, mais ça peut devenir un exercice en plus, à la relecture.

En tout cas, on sent que tu t’investis, tu réponds à chaque commentaire. Ça donne envie de lire la suite.

pliplop

Hors ligne WynnScribe

  • Tabellion
  • Messages: 25
Re : Laisser couler les mots
« Réponse #13 le: 19 octobre 2026 à 20:12:25 »
Bonsoir

Merci pour ces conseils !

Pour les 3 réactions face au danger : tu m’as mis le doute donc j’ai fait mes petites recherches, ce sont les « trois F » d'après la terminologie anglo-saxonne d'Henri Laborit (le fameux !) : Fight, Flight, Freeze. La lutte, la fuite, la paralysie. D’ailleurs c’est intéressant, je viens de lire que le stress chronique se divise également en 3 phases biologiques : l'alarme, la résistance et l'épuisement. Bref, j’ai trouvé plusieurs définitions des 3F : le combat, la fuite, ou la soumission. Soit je me bats, soit je pars, soit je me fige. Face à un danger imminent ou un traumatisme, le terme exact est bien la sidération !

Je vais aussi revoir le style d’écriture pour essayer de varier un peu. Pas facile de garder la façon d’écrire de la narratrice constante d’un texte à l’autre sans que ce soit trop répétitif ou sans prendre sa place ! Et je ne sais pas du tout ce que je vais faire de ces textes ! Pour le moment, je m’amuse à les écrire.

Belle soirée
WynnScribe
« Modifié: 19 octobre 2026 à 20:14:28 par WynnScribe »

Hors ligne pliplop

  • Plumelette
  • Messages: 14
Re : Laisser couler les mots
« Réponse #14 le: 19 octobre 2026 à 20:55:30 »
Salut WynnScribe,

Pour le style, t'inquiète pas, la narratrice garde sa voix.

C'est juste les listes et les fins à varier. Et tu le fais déjà parfois. Par exemple, “Le sac est ouvert sur le lit, vide. Il attend.” Là, y a pas de liste, juste une image.

Et si tu t'amuses à les écrire, c'est déjà ça le plus important.

pliplop

 


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