Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

27 octobre 2026 à 22:52:35
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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Laisser couler les mots

Auteur Sujet: Laisser couler les mots  (Lu 752 fois)

Hors ligne WynnScribe

  • Tabellion
  • Messages: 25
Re : Laisser couler les mots
« Réponse #15 le: 20 octobre 2026 à 18:37:45 »
Ici commence l’exploration d’un travail en cours : l’immersion dans la tête d’un personnage fictif à travers un exercice quotidien d’écriture libre.
Le principe est brut, simple et sans filtre : chaque jour, pendant 10 minutes, mon personnage prend son clavier et laisse simplement couler les mots. Sans chercher à faire du beau, sans censurer les sauts du coq à l’âne, les contradictions, les agacements du quotidien, ni les pensées qui s’entremêlent. Dans la vie réelle comme dans la fiction, nos pensées ne forment jamais un long fleuve tranquille. Elles se bousculent. En laissant la plume déambuler pendant dix minutes, l’objectif est d’attraper la pensée sur le vif. De retranscrire une voix authentique, vulnérable, parfois râleuse, souvent sincère. Celle d’un être humain qui cherche son chemin. Explorons la façon dont ces bribes du quotidien se tissent peu à peu pour composer le portrait et l’histoire de ce personnage.

20 octobre 2026

Je suis assise à la terrasse d’un bar parisien qui s’appelle Le Molière. Je l’avoue, je l’ai choisi volontairement. J’ai décidé d’écrire ici mes dix minutes quotidiennes. Des gens sont en terrasse avec moi. Deux jeunes filles à ma gauche. L’une n’a pas envie d’aller à son run. L’autre hésite entre un rouge ou un blanc. À ma droite, un couple. J’entends les pompiers passer dans une rue adjacente. Et un bourdonnement de conversations inaudibles.
J’ai un peu froid, avec juste avec un pull et une écharpe. Un enfant passe et sa voix perce au-dessus du reste. Avril Lavigne passe à la radio. Quand j’étais plus jeune, on l’entendait beaucoup. Ça me rappelle des souvenirs.
Les rues grouillent de monde. Je me sens en décalage total. Eux vont travailler, et sortent entre amis. Toutes ces personnes qui vivent leurs vies tandis que la mienne est en suspens, en pause. Avec ses bons et ses mauvais côtés. J’ai enfin le temps de découvrir qui je suis en dehors de mon travail, ce qui me fait du bien, ce qui me procure du plaisir. Mais je n’ai pas l’impression d’appartenir à cette société. J’ai perdu le fils, mon regard a été de nouveau happé par le monde qui m’entoure. Deux nouveaux buveurs sont arrivés, préférant s’installer à l’intérieur au chaud. Je n’ai pas l’impression d’être faite pour le métro-boulot-dodo. Je voudrais à la fois m’échapper vers un petit village de bord de mer, et réintégrer le monde réel. Mais c’est trop tôt pour moi. Ou alors, ce n’est pas fait pour moi ?
Est-ce qu’un jour j’arriverai à retourner travailler ? À exécuter une liste de tâches ? À répondre à une quantité astronomique de sollicitations quotidiennes ? À être critiquée ? À être dirigée ? À ne pas être la seule à prendre les décisions qui me concernent ?
Retourner au travail, ce serait perdre de nouveau ma liberté. Alors que je viens de la retrouver. Et en même temps, elle fait peur cette liberté. Ne plus avoir de cadre. Ne plus avoir d’impératifs. Pouvoir faire ce qu’on veut, quand on veut.

En ligne Joachès

  • Grand Encrier Cosmique
  • Messages: 1 070
Re : Laisser couler les mots
« Réponse #16 le: 20 octobre 2026 à 19:19:18 »
Bonjour WynnScribe, une idée intéressante et originale. Si je comprends ta démarche, pour moi même écrire parfois sans un carnet je n’écris pas de façon aussi décousue. Peut-être serait-il intéressant que ton personnage écrive un court préambule qui explique dans quel but il écrit.

Hors ligne Alan Tréard

  • Vortex Intertextuel
  • Messages: 7 813
  • Optimiste, je vais chaud devant.
    • Alan Tréard, c'est moi !
Re : Laisser couler les mots
« Réponse #17 le: 21 octobre 2026 à 10:13:46 »
Bonjour WynnScribe,


Me voici pour découvrir ce que ton texte.

Et c'est une démarche intéressante où tu essaies d'incarner un personnage dans la tourmente avec toutes ses réflexions et ses colères évoquées par écrit. Il y a des pensées profondes qui nous montrent les difficultés auxquelles sont confrontés les médecins, mais aussi la question du rapport au travail.

Ton personnage a l'air d'avoir une personnalité forte, mais est en manque d'énergie. Ça m'a fait penser au thème de la dépression, tu décris un état intérieur troublé. L'apparition de la vierge est surprenante, elle nous montre un aspect assez différent de cette narratrice et de ses aspirations. J'ai aussi pensé au thème de la solitude en te lisant qui est un sujet très douloureux...

C'est ce que je pouvais en dire aujourd'hui.


Merci à toi pour ce moment de lecture.

Et à bientôt sur le Monde de l'Écriture.

Hors ligne WynnScribe

  • Tabellion
  • Messages: 25
Re : Laisser couler les mots
« Réponse #18 le: 21 octobre 2026 à 12:23:57 »
Merci beaucoup pour vos retours et vos lectures attentives !
En écrivant ce texte (et à travers les chapitres précédents), mon objectif est d'aborder des sujets d'actualité : la souffrance des soignants, la crise de l'hôpital public, la surcharge mentale et le burn-out. L’acte d'écrire devient un outil thérapeutique pour déposer la charge, trier le mental et apprivoiser peu à peu ce temps en suspens.
Je voulais aussi explorer la question du travail comme rôle social et vecteur d'identité. Face à ce vide, elle s’accroche à ce qu’elle peut : la Vierge Noire, la randonnée, l’écriture.
Je travaille également sur la caractérisation progressive de la narratrice depuis sa propre tête.
Merci encore pour vos analyses qui nourrissent cette traversée !
Je me note déjà précieusement vos pistes sur la personnalité forte du personnage, son manque d'énergie, le sentiment de solitude, ainsi que l'idée d'un court préambule pour expliciter sa démarche.

Si vous avez d'autres idées pour la suite, des pistes à creuser ou des fils narratifs sur lesquels il serait intéressant de tirer, ils sont évidemment les bienvenus !
« Modifié: 21 octobre 2026 à 12:26:41 par WynnScribe »

Hors ligne WynnScribe

  • Tabellion
  • Messages: 25
Re : Laisser couler les mots
« Réponse #19 le: 21 octobre 2026 à 19:50:07 »
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Ici commence l’exploration d’un travail en cours : l’immersion dans la tête d’un personnage fictif à travers un exercice quotidien d’écriture libre.
Le principe est brut, simple et sans filtre : chaque jour, pendant 10 minutes, mon personnage prend son clavier et laisse simplement couler les mots. Sans chercher à faire du beau, sans censurer les sauts du coq à l’âne, les contradictions, les agacements du quotidien, ni les pensées qui s’entremêlent. Dans la vie réelle comme dans la fiction, nos pensées ne forment jamais un long fleuve tranquille. Elles se bousculent. En laissant la plume déambuler pendant dix minutes, l’objectif est d’attraper la pensée sur le vif. De retranscrire une voix authentique, vulnérable, parfois râleuse, souvent sincère. Celle d’un être humain qui cherche son chemin. Explorons la façon dont ces bribes du quotidien se tissent peu à peu pour composer le portrait et l’histoire de ce personnage.

21 octobre 2026

Aujourd’hui, j’ai tellement de pensées qui se bousculent dans tous les sens que je n’arrive même pas à les aligner à l’écrit. Donc j’ai décidé de faire l’exercice des listes intuitives, pour voir si ça repose un peu le bazar.

Ce qui m’apaise, c’est :
Le silence majestueux des montagnes
Les couleurs du crépuscule qui se reflètent dans des lacs d’altitude
L’odeur des sous-bois, le parfum de chaque feuille, la respiration des arbres
Le parfum frais du linge propre
Le bercement du ronronnement de mon chat
L'enveloppement tiède de la vapeur d’un Hammam
L’odeur du papier dans une librairie, quand mon regard se promène sur le dos des livres
Les câlins refuges, ceux qui n'appartiennent qu'à certains
L'éclat de rire partagé avec un ami
Marcher sur des sentiers entourés de nature
Me glisser dans un lac canadien enserré d’érables
Inspirer à pleins poumons
La lecture d’un bon livre le soir avant de me coucher
Caresser mon chat lové sur le dos tandis que ses yeux émeraude me transpercent
Boire de l’eau fraîche pour étancher ma soif
Le réconfort d'un café fumant, enveloppée par le soleil chaud sur ma peau et le souffle de la campagne
Me revigorer sous une douche pour dénouer mes muscles après le sport
Mon chat enroulé tout contre moi
Le crépitement et l’aura de chaleur d’un feu de cheminée
Le déclenchement sec et précis de mon appareil photo
« Modifié: 21 octobre 2026 à 19:56:06 par WynnScribe »

Hors ligne WynnScribe

  • Tabellion
  • Messages: 25
Re : Laisser couler les mots
« Réponse #20 le: 22 octobre 2026 à 18:10:32 »
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Ici commence l’exploration d’un travail en cours : l’immersion dans la tête d’un personnage fictif à travers un exercice quotidien d’écriture libre.
Le principe est brut, simple et sans filtre : chaque jour, pendant 10 minutes, mon personnage prend son clavier et laisse simplement couler les mots. Sans chercher à faire du beau, sans censurer les sauts du coq à l’âne, les contradictions, les agacements du quotidien, ni les pensées qui s’entremêlent. Dans la vie réelle comme dans la fiction, nos pensées ne forment jamais un long fleuve tranquille. Elles se bousculent. En laissant la plume déambuler pendant dix minutes, l’objectif est d’attraper la pensée sur le vif. De retranscrire une voix authentique, vulnérable, parfois râleuse, souvent sincère. Celle d’un être humain qui cherche son chemin. Explorons la façon dont ces bribes du quotidien se tissent peu à peu pour composer le portrait et l’histoire de ce personnage.

22 octobre 2026

Tranquillité. J’ai besoin de tranquillité. Je n’en peux plus des conflits. De l’angoisse. J’ai besoin que l’on respecte ma tranquillité. J’ai besoin d’autonomie dans mes choix, de mon pouvoir d’agir, de mon espace. Ce n’est pas un besoin de tout contrôler. C’est un besoin de sécurité, de créer un environnement sûr pour apaiser une peur du vide, de l’échec ou du chaos. J’ai besoin d’un environnement prévisible, bienveillant. Je n’en peux plus de cette hypervigilance constante. J’ai besoin de préserver mon énergie.
Une voix dans ma tête qui me dit : « Si elle fait autrement, je ne peux plus prédire le résultat, je vais devoir gérer l'imprévu. » Une peur viscérale de perdre ma place, ma légitimité et la reconnaissance au sein de ma propre équipe. Comme une menace d’effacement. J’ai besoin d’avoir une place. D’appartenir. J’ai besoin de reconnaissance, de valorisation. Que mon rôle soit vu et respecté. Contrôler n’est pas la bonne stratégie. Elle ne fait que nourrir mes peurs, car je ne peux pas tout contrôler. J’ai besoin que l’équipe avance sous mon impulsion. Est-ce que c’est égoïste ? C’est un instinct de survie. C’est humain, non ? Universel ? Je ne suis pas juste une coach interchangeable. Je suis une des fondatrices de cette équipe. Une de celles et de ceux qui ont insufflé l’énergie, pris des risques et passé du temps pour créer et faire prospérer cette section. Il faudra que je précise les rôles de chacun. Et si elle s’y oppose ? Le respect de ma place de coach principale et de créatrice de cette section est non-négociable pour ma sécurité et ma tranquillité. Quel que soit sa réaction, la décision finale m’appartient. Mon cerveau anticipe automatiquement le pire des scénarios : qu’elle fasse pression sur le bureau directeur du club pour m’écraser. C’est ma section. C’est moi qui l’ai créée. J’ai le droit de décider qui y entre et à quelles conditions. Le bureau directeur le sait. Ils l’ont d’ailleurs acté en réunion cet été. Mais les gens peuvent changer d’avis, ils peuvent trahir. Je me sens piégée, à la merci du bureau et d’elle. Alors, si le bureau ne respecte pas ma position, je démissionnerai. J’ai le pouvoir de partir.
« Modifié: 23 octobre 2026 à 19:25:07 par WynnScribe »

En ligne Joachès

  • Grand Encrier Cosmique
  • Messages: 1 070
Re : Laisser couler les mots
« Réponse #21 le: 23 octobre 2026 à 08:15:14 »
Extrait 20/10/26.

Un style moins décousue, moins nerveux et plus agréable à lire.

Une réflexion intéressante.

Hors ligne Murex

  • Prophète
  • Messages: 966
Re : Laisser couler les mots
« Réponse #22 le: 23 octobre 2026 à 11:09:47 »

  Bonjour WynnScribe,

  Je me permets d'apporter des modifications (nombreuses en fait, en espérant que tu me pardonnes !) à ton texte en espérant l'améliorer. Voici donc :

  "J'ai besoin que l'on respecte ma tranquillité"
  "... de mon pouvoir d'agir, de mon espace."
  " Ce n'est pas un besoin de tout contrôler"
  "J'ai besoin d'un environnement prévisible, bienveillant" tout simplement.
  "...et la reconnaissance au sein..."
  "J'ai besoin que l'équipe avance sous mon impulsion."
  "Une de celle et de ceux..."
  "...et faire prospérer cette section."
  "Il faudra que je précise les rôles de chacun."
  "non-négociable" avec un trait d'union.
  "quel que soit sa réaction, la décision finale m'appartient."
  "Quelle fasse pression sur sur le bureau de la direction du club."
  "si le bureau ne respecte pas ma position, je démissionnerai, c'est mon droit."

  En vérité  j'aime moins ces deux derniers textes, j'ai peur que tu ne t'embourbes dans ces conflits de personnes. Il faut introduire de la fraîcheur, de la fantaisie. Pourquoi, suite à un petit accrochage de la circulation ne lierait-elle pas connaissance avec un charmant jeune homme. Tout serait parfait, ça reléguerait ces soucis professionnels au second plans. Seul problème, il serait allergique au poils de chat, ce qui la mettrait, elle qui les adore, devant un cruel dilemme... à toi d'imaginer la suite. Bon, ce n'est peut-être pas terrible...

Bonne journée.
 
   




 

Hors ligne WynnScribe

  • Tabellion
  • Messages: 25
Re : Laisser couler les mots
« Réponse #23 le: 23 octobre 2026 à 19:36:26 »
Bonjour Murex,
Merci d'avoir pris le temps de relire mon texte et d'apporter toutes ces suggestions !
Je suis d'accord avec toi : je sens aussi que je commence à tourner un peu en rond dans cette spirale de pensées et de conflits personnels. C'est le piège de la rumination !
Pour les prochains textes, je retravaille la dynamique et je vais tenter d’explorer la rencontre avec l'autre (ou les autres). Je voudrais éviter de résoudre « magiquement » les soucis, mais offrir au personnage un miroir, un espace de décalage et l'opportunité de baisser enfin la garde.
Merci encore pour tes pistes et ton retour, cela m'aide beaucoup à nourrir et faire évoluer la suite !
Bonne journée/soirée/weekend à toi aussi.

Hors ligne WynnScribe

  • Tabellion
  • Messages: 25
Re : Laisser couler les mots
« Réponse #24 le: 23 octobre 2026 à 20:00:48 »
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Ici commence l’exploration d’un travail en cours : l’immersion dans la tête d’un personnage fictif à travers un exercice quotidien d’écriture libre.
Le principe est brut, simple et sans filtre : chaque jour, pendant 10 minutes, mon personnage prend son clavier et laisse simplement couler les mots. Sans chercher à faire du beau, sans censurer les sauts du coq à l’âne, les contradictions, les agacements du quotidien, ni les pensées qui s’entremêlent. Dans la vie réelle comme dans la fiction, nos pensées ne forment jamais un long fleuve tranquille. Elles se bousculent. En laissant la plume déambuler pendant dix minutes, l’objectif est d’attraper la pensée sur le vif. De retranscrire une voix authentique, vulnérable, parfois râleuse, souvent sincère. Celle d’un être humain qui cherche son chemin. Explorons la façon dont ces bribes du quotidien se tissent peu à peu pour composer le portrait et l’histoire de ce personnage.

23 octobre 2026

Je suis dans la salle d’attente de l’HDJ.
Elle parle fort. D’une voix pâteuse. Elle doit être sacrément cachetonnée. Brune avec des reflets blonds, ses lèvres du même rouge profond que sa longue robe, qui clash avec ses baskets blanches abîmées. On n’entend qu’elle dans cette salle. Telle une actrice Shakespearienne sur scène. Est-ce qu’elle veut que l’on entende tout ? Que l’on partage ses histoires de problèmes, ses drames en boucle ?
Elle m’agace. Sa voix prend tout l’air de la pièce. Elle ne laisse de place à personne. Je vois ses mains qui tremblent légèrement sur son sac, ses yeux qui cherchent nerveusement le regard des autres.
Je la connais, cette agitation. C’est la mienne.
Elle ne fait pas du théâtre pour briller ; elle fait du bruit pour vérifier qu’elle existe encore. C’est son cri à elle pour ne pas s’effacer. Sa façon de foncer dans les neuf mètres parce qu’elle a peur qu’on lui vole son terrain.
Nos regards viennent de se croiser.
Au lieu de baisser les yeux ou de me blinder comme je le fais d’habitude, je lui ai souri. Un tout petit sourire, presque invisible, mais à travers lequel j’ai voulu dire : « C’est bon, je te vois. Tu n’as pas besoin de crier. ». Un instant de complicité.
La dame au rouge à lèvres éclatant s’est tue un instant. Elle a posé ses mains à plat sur ses genoux. Le silence s’est installé, pas un silence lourd ou menaçant, mais un silence où chacun avait enfin sa place. Sans avoir à se battre pour l’obtenir.

Hors ligne WynnScribe

  • Tabellion
  • Messages: 25
Re : Laisser couler les mots
« Réponse #25 le: 24 octobre 2026 à 20:55:56 »
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Ici commence l’exploration d’un travail en cours : l’immersion dans la tête d’un personnage fictif à travers un exercice quotidien d’écriture libre.
Le principe est brut, simple et sans filtre : chaque jour, pendant 10 minutes, mon personnage prend son clavier et laisse simplement couler les mots. Sans chercher à faire du beau, sans censurer les sauts du coq à l’âne, les contradictions, les agacements du quotidien, ni les pensées qui s’entremêlent. Dans la vie réelle comme dans la fiction, nos pensées ne forment jamais un long fleuve tranquille. Elles se bousculent. En laissant la plume déambuler pendant dix minutes, l’objectif est d’attraper la pensée sur le vif. De retranscrire une voix authentique, vulnérable, parfois râleuse, souvent sincère. Celle d’un être humain qui cherche son chemin. Explorons la façon dont ces bribes du quotidien se tissent peu à peu pour composer le portrait et l’histoire de ce personnage.

24 octobre 2026

Les images du groupe de parole d’hier matin me reviennent en boucle.

     On était assis en cercle, dans un silence attentif. Un petit groupe : on était dix au départ, mais on n'est plus que neuf. Chacun triturait sa tasse en plastique, son écharpe, ou cherchait une position confortable sur sa chaise. C'est moi qui avais ouvert le bal, la voix hésitante, racontant comment la moindre remarque au boulot me faisait me figer sur place comme un animal surpris dans les phares d'une voiture.
      Ils m’écoutaient. Je sentais qu'ils savaient exactement de quoi je parlais.
— Ça commence comme une tempête qui me frappe de plein fouet, avais-je expliqué. Ça me laisse sidérée, mais à l’intérieur... à l'intérieur, ça s’infiltre partout. D’abord dans mon estomac qui se serre, qui brûle.
— De l'hypervigilance ? avait murmuré doucement Dimitri, le psychologue. Votre corps se met en mode survie avant même que votre tête ait pu analyser quoi que ce soit.
— Oui, avais-je repris. Ça bouillonne dans ma tête. Une vraie tornade, les pensées tournent en rond. Je me fige, je me referme. Tout devient agression. Ces émotions me bouffent toute mon énergie et le peu de sérénité qu'il me reste.
      Viviane, assise en face de moi, avait froncé les sourcils. Éducatrice spécialisée avec des adolescents de l’ASE, elle trimballe une rage sourde contre son quotidien : elle aime son métier, mais la violence de ce milieu la ronge. Très anxieuse, elle a besoin de parler, de s’épancher sur sa vie et ses problèmes pour relâcher la pression.
— Mais tu n'as pas l'impression qu'on cherche tous des armures impossibles à enfiler ? avait-elle lâché en animant ses mains. Moi j'aimerais juste... je ne sais pas, une barrière invisible. Quelque chose qui encaisse à ma place. L’institution est beaucoup trop violente.
      J'avais hoché la tête.
— C'est ça. Moi j'imagine la protection comme une bulle bleue. Sa surface est savonneuse, traversée par des reflets de lumière comme des arcs-en-ciel.
— Une bulle ? avait souri Lucie, un brin attendrie.
      Dans la trentaine, fine et grande, c'est le portrait que je me fais de la Parisienne discrète. Elle parle très doucement, le regard fuyant, cherchant la bienveillance de tout le monde en cachant parfois son visage, esquissant un petit rire discret pour désamorcer son malaise.
— Mais ce n’est pas solide, une bulle... Forcément, ça éclate, avait-elle murmuré en se ratatinant dans son écharpe.
— Peut-être bien, mais justement ! avais-je lâché dans un sourire complice. Elle est impénétrable, mais j’ai envie qu’elle soit malléable. Elle englobe mes mouvements. Elle est vivante, souple. C’est mon compagnon de route, quoi. Je lui fais confiance, et elle me connaît.
      À ma gauche, Eva triturait son mouchoir en papier. Elle doit avoir la cinquantaine. Marquée par les douleurs au dos qui la rendent toute raide, elle souffre de ce burn-out causé par l'isolement du télétravail. Elle a un besoin vital d'être entourée, de voir du monde, et parle souvent sans s'arrêter, répétant les mêmes choses en boucle à chaque interlocuteur.
— Moi, de toute façon, dès qu'on me parle un peu trop fort, je me décompose, avait-elle lâché entre deux reniflements, laissant retomber ses phrases sur ce « humaaanh » traînant, avant d'embrayer : La bulle, elle explose direct... je l’ai déjà dit à certains, mais j’ai vraiment besoin des autres. Je n'arrive pas à l’expliquer, mais c'est plus fort que moi.
     Eulalie s'était aussitôt penchée en avant, en posture d'attaque.
—  Mais ce n'est peut-être pas d'une bulle en savon dont tu as besoin ! avait-elle lancé d'un ton tremblant un peu décalé mais tranchant, presque inquisiteur.
    La cinquantaine, elle nous avait confié qu’elle était bipolaire en désinsertion professionnelle depuis longtemps. Elle garde toujours soigneusement ses distances avec elle-même, plutôt que de s'épancher.
— Il faut poser des limites claires dès le départ ! Moi je pense que ce qu'il vous faut, c'est un mur en béton qui se dresse face à la violence que l’on s’inflige les uns aux autres au quotidien. Il faut se faire respecter !
      Dans son coin, Théo n'avait pas sorti un mot. C’est le seul homme du groupe depuis qu’Arthur a décidé de ne plus venir, la thérapie de groupe était trop compliquée pour lui. Théo restait immobile, les bras verrouillés sur son torse, muré derrière sa carapace. Mais ses yeux glissaient de l'une à l'autre, traversé lui aussi par une tempête silencieuse. Il dégageait une forme d'inaccessibilité, une distance polie mais impénétrable, comme si la vie se jouait toujours derrière une vitre invisible. Impossible de savoir ce qu'il ruminait, mais ce mur-là, il le portait avec lui.
— Et pour avoir cette confiance, vous auriez besoin de quoi ? avait demandé Dimitri, ramenant l'attention sur nous avec bienveillance.
      J'avais regardé mes mains posées sur mes genoux, puis j'avais soufflé :
— J'ai besoin d’avoir confiance en moi. D’accepter mes imperfections pour ne pas qu’elles soient utilisées comme des armes contre moi. Accepter, … , de ne pas être parfaite.
      Dimitri avait incliné la tête avec un sourire approbateur.
— C'est un beau programme. Mais ne soyez pas trop exigeants envers vous-même, car on ne décide pas du jour au lendemain qu'on est protégé et en sécurité. Cela va prendre du temps avant de vous sentir de nouveau en sécurité. On ne peut pas aller plus vite que la musique. 
      Le groupe se regardait, à l’écoute. Les larmes montaient.

J’ai dépassé les dix minutes aujourd’hui, c’est pas facile d’écrire les images que je vois ! Mais j’avais besoin de garder sur papier cet échange.
« Modifié: 24 octobre 2026 à 21:34:58 par WynnScribe »

Hors ligne WynnScribe

  • Tabellion
  • Messages: 25
Re : Laisser couler les mots
« Réponse #26 le: Hier à 22:38:38 »
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Ici commence l’exploration d’un travail en cours : l’immersion dans la tête d’un personnage fictif à travers un exercice quotidien d’écriture libre.
Le principe est brut, simple et sans filtre : chaque jour, pendant 10 minutes, mon personnage prend son clavier et laisse simplement couler les mots. Sans chercher à faire du beau, sans censurer les sauts du coq à l’âne, les contradictions, les agacements du quotidien, ni les pensées qui s’entremêlent. Dans la vie réelle comme dans la fiction, nos pensées ne forment jamais un long fleuve tranquille. Elles se bousculent. En laissant la plume déambuler pendant dix minutes, l’objectif est d’attraper la pensée sur le vif. De retranscrire une voix authentique, vulnérable, parfois râleuse, souvent sincère. Celle d’un être humain qui cherche son chemin. Explorons la façon dont ces bribes du quotidien se tissent peu à peu pour composer le portrait et l’histoire de ce personnage.

26 octobre 2026

Son regard me transperce et me fait violence. Une véritable intrusion. Même si elle parle peu d’elle, elle dégage quelque chose de très autocentré, d’indomptable, presque en insécurité permanente. Elle porte un bonnet noir qui étouffe tous ses cheveux, un pantalon cargo beige et un t-shirt de la même teinte. Par-dessus, elle garde sa doudoune noire et, sur ses genoux, son petit sac qu’elle serre entre ses mains comme un bouclier. Un jour, le psychologue lui avait doucement proposé de le poser à côté d’elle, sur une chaise ; elle avait refusé net, sans aucun échange possible.

Aujourd’hui, c’est une remplaçante qui anime le groupe, Dimitri est en congé. La psychologue nous propose un atelier d’écriture : noter une phrase ou quelques mots positifs et bienveillants sur une feuille. J’ai écrit : « Tu peux être fière de toi. »

Ensuite, la psychologue a récupéré toutes nos feuilles pour les redistribuer. Évidemment, je suis tombée sur la sienne. Au départ, elle ne voulait pas donner son mot. Elle supporte si peu qu’on lui impose une consigne. Finalement, elle a cédé. On devait rédiger un texte à partir de la phrase reçue. Pendant qu’elle écrit, je vois que les larmes lui montent et coulent.

Sur sa feuille, il y avait : « C’est une autre façon de penser. » J’ai parlé de recevoir et d’accepter l’énergie des émotions qui nous traversent, sans tout de suite chercher à coller une étiquette positive ou négative. J’ai évoqué l’idée de faire un pas de côté pour accueillir ce qui est là.

Pourtant, elle m’agace. Elle ne respecte pas les règles du groupe : elle arrive en retard, pianote sur son téléphone pendant les séances, lâche des commentaires déplacés au moment même où nous accueillons en silence l’émotion de quelqu’un d’autre.

Quand je viens à l’hôpital de jour, j’ai besoin de sécurité. De ne plus vivre dans la peur de l’autre. Retrouver la certitude que l’être humain n’est pas forcément une menace ou un danger. J’ai besoin que l’on respecte mes valeurs, mon rythme. Mais plus que tout, j’ai besoin de trouver de l’harmonie. Alors, pour essayer de penser différemment, pour ne pas exploser, je me tourne vers sa propre détresse, vers ce besoin instinctif de tout faire à sa façon. Au fond, elle doit tellement souffrir.

 


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