Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

19 Juin 2026 à 13:47:28
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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Paronomases

Auteur Sujet: Paronomases  (Lu 345 fois)

Hors ligne Robert-Henri D

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Paronomases
« le: 05 Juin 2026 à 00:32:10 »
Hello ! Pensez-vous que dans la conjoncture trouble où nous piétinons, c'est d'abord la conjecture double qui vacille ? Ne craignez-vous que lorsqu'une collision d’idées devient collusion, l’effet ne l’emporte sur l’affect ?

Entre l’instant éminent et le danger imminent, je cherche une session de paix, loin cependant, de toute cession du véhicule de moi-même. Or, dans l'océan de mes mots roses, ô séant, l'effraction du monde en faction s'impose en morose infraction. C'est comme un ressentiment amer : la mer y gronde comme une mère inquiète, et ce conte que je conte, m'épuise à force de compter des heures, les leurres de l'au-delà que je puise à pleins seaux. Certes, je suis sot ! car partant, l'émergence d'une île tranquille pourtant, serait salvatrice ! En auteur, j'écrirais par ce qui suit combien sa hauteur élève l'élève que je suis. L'ennui qui me nuit se noyant alors dans ma nuit.

Lors, voici que j'accoste ! et mon regard circulaire en cherche le centre. En digne félibre, je pénètre en sous bois, salue la fée libre et de la sylve la sylphide. « À chacun sa gnose… » murmure un gnome facétieux, cependant que m'ignore l'elfe tourné face aux cieux. Passe alors l'ombre qui mue par les nues me frôle. « Là-haut » me dis-je : l'esprit rode !

Mais n'est-il qu'ici bas, bien que toisant l’âme en peine, il tend la main à icelle qui peine ?


Ainsi, via ma route : la mienne écriture côtoie un monde de sons qui se frôlent, se frangent, se confondent et parfois, me comprennent.
« Modifié: 13 Juin 2026 à 15:52:56 par Robert-Henri D »
Lorsqu'un texte respire comme une prose d'antan, avec ce grain de subtilité stylistique quelque peut archaïque qui le différencie, c'est peut-être que son auteur se refuse à suivre la cadence uniforme du présent ?

Hors ligne Murex

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Re : Paronomases
« Réponse #1 le: 13 Juin 2026 à 09:53:14 »

   Bonjour Robert-Henri D,

   Voilà un texte subtil, trop sans doute pour qu'il suscite de nombreux commentaires ! Pas tellement fervent de ce genre d'exercice, j'en apprécie néanmoins l'habileté.

  Détails : "sous-bois" et "n'est-il " avec des traits d'union.

 Bien à toi.

Hors ligne Robert-Henri D

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Re : Paronomases
« Réponse #2 le: 13 Juin 2026 à 16:05:52 »
Ah, cette normalisation moderne du tiret n'a pas fini de casser des "pattes" de poètes !
Pourtant, même de nos jours, la graphie sans tiret reste permise au cas par cas, mais elle n’a pas le même statut ni la même particularité normative que celle avec tiret reprise par moult dicos et autres i.a. correctrices.

   Salut Murex, bien évidemment, je reconnais la coquille de "n'est-il" (je corrige) et tu sais quoi ? Ben tu as parfaitement raison ! Ce fut une erreur que de publier ce petit exercice linguistique rigolo en section textes courts ! Comme quoi, je m'en vais le copier dans mon "bloc notes" Windows pour en tirer un truc du genre poème moderne libre.

Amitiés poétiques.
Lorsqu'un texte respire comme une prose d'antan, avec ce grain de subtilité stylistique quelque peut archaïque qui le différencie, c'est peut-être que son auteur se refuse à suivre la cadence uniforme du présent ?

Hors ligne kokox

  • Calame Supersonique
  • Messages: 1 536
Re : Paronomases
« Réponse #3 le: 14 Juin 2026 à 01:47:43 »
Salut Robert,

Déjà "paronomases" ! Je ne connaissais point ce mot d'homme haut (comme ils disent) !  :) Je suis donc allé voir la définition - par chance, elle habite à deux pas de chez moi, et elle m'a répondu tout de go : figure-toi que c'est une figure qui consiste à rapprocher des mots de sonorités voisines (paronymes) dans une phrase (ex. Qui s'excuse s'accuse. Qui vole un oeuf dur, vole un boeuf dur. Qui vivra assez longtemps, verra s'il voit encore).

D'emblée, il va de soie que ton brocart linguistique m'a un peu dérouté. Passé ce trouble légitime, j'ai apprécié ton grain de folie poétique du dérapage contrôlé, tes pirouettes réflexives pas piquées des hannetons, lesquelles semblaient me mener par le bout du nez au centre d'un labyrinthe.

Il y a dans ton texte une inquiétude réelle, mais elle avance, opale, masquée, drapée dans des jeux de langage - fuyant sans doute la pénitence des lents gages - qui sont autant de miroirs et de talismans que le Thalys ment sous vent sur ses heures d'arrivée. Du reste, tu le confesses à l'arrêt. On sent que tu cherches un lieu où poser tes fesses - une île, dis-tu - et que les mots, parfois, t’y mènent, parfois t’en éloignent de Tian'anmen.

En te souhaitant joyeusement de continuer à tâter Baïde - c'est le nom de ma muse athée - dans ta thébaïde. Je te l'offre sans barguigner. Avec elle, j'ai bu la tasse, avec elle j'ai eu trop mal d'Angkor Wat au Taj Mahal. :)

Ite missa est.

Bien à toi !


« Modifié: 14 Juin 2026 à 02:06:17 par kokox »

Hors ligne Robert-Henri D

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Re : Paronomases
« Réponse #4 le: 14 Juin 2026 à 09:33:14 »
 :D   À chacune et chacun sa foi cher kokox ; et puis, pas d'inquiétude ! Ce méli-mélo d'incertitudes plaide pour la multitude. Du moins c'est ce que j'ai, certes maladroitement, tenté. Ce n'est ni codé ni messager… c'est juste une émotion venue par hasard, à peine une sensation spontanée... faut surtout pas chercher à "traduire" car c'est du vrac !

Bonne journée.
Lorsqu'un texte respire comme une prose d'antan, avec ce grain de subtilité stylistique quelque peut archaïque qui le différencie, c'est peut-être que son auteur se refuse à suivre la cadence uniforme du présent ?

Hors ligne kokox

  • Calame Supersonique
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Re : Paronomases
« Réponse #5 le: 14 Juin 2026 à 10:47:51 »
Si, si, je me suis permis de déchiffrer ton texte grâce au nouveau "Traducteur Paronomase 587.3" conçu par la firme coréenne Kakao Talk ! Voilà ce que ça donne :

Je suis belle, ô mortels ! comme un rêve de pierre,
Et mon sein, où chacun s’est meurtri tour à tour,
Est fait pour inspirer au poète un amour
Eternel et muet ainsi que la matière.

Je trône dans l’azur comme un sphinx incompris ;
J’unis un coeur de neige à la blancheur des cygnes ;
Je hais le mouvement qui déplace les lignes,
Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris.

Les poètes, devant mes grandes attitudes,
Que j’ai l’air d’emprunter aux plus fiers monuments,
Consumeront leurs jours en d’austères études ;

Car j’ai pour fasciner ces dociles amants,
De purs miroirs qui font toutes choses plus belles :
Mes yeux, mes larges yeux aux clartés éternelles !

C'est assez sidérant, non ?

En ligne Jo-Guitar

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Re : Paronomases
« Réponse #6 le: 14 Juin 2026 à 12:30:53 »
Ce serait un excellent de sujet du baccalauréat. Tant pour une épreuve de philosophie que pour une épreuve de lettres. Bien évidemment à une époque révolue ou le baccalauréat avait de la hauteur et une certaine noblesse. Totalement inconcevable aujourd'hui...
Il y a des écrivains et il y a mes écrits vains - Récréatifs - Sans prétentions littéraires -
https://www.youtube.com/watch?v=nEJig3KggcI

Hors ligne Robert-Henri D

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Re : Re : Paronomases
« Réponse #7 le: 14 Juin 2026 à 16:41:11 »
Si, si, je me suis permis de déchiffrer ton texte grâce au nouveau "Traducteur Paronomase 587.3" conçu par la firme coréenne Kakao Talk ! 

Rohhhh ! mille excuses ! j'ignorais que le titre donné à ce texte court, résolument modeste, correspondait à une i.a. autrement prestigieuse. Et, si le sonnet qu'elle propose ne traduit guère ma pensée, en revanche, côté métrique, c'est réussi !

[Au cas où, ma version humaine (boudée) non rythmée est  Visible Ici

Bonjour Jo-Guitar, et merci pour ce touchant commentaire.

Je suis de cette époque révolue ! C'est peut-être en raison de cela que ma version poétique est passée à la trappe côté commentaires ?
Lorsqu'un texte respire comme une prose d'antan, avec ce grain de subtilité stylistique quelque peut archaïque qui le différencie, c'est peut-être que son auteur se refuse à suivre la cadence uniforme du présent ?

Hors ligne AlmaVeyre

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Re : Paronomases
« Réponse #8 le: Hier à 22:27:22 »
Bonsoir Robert-Henri,

J'ai lu votre texte comme une traversée sonore, davantage que comme un récit linéaire. Le titre lui convient très bien : tout y avance par voisinages, frottements, échos et déplacements de sens.

Ce qui me touche, c'est que les paronomases ne semblent pas être seulement un jeu formel. Elles portent quelque chose du trouble évoqué dès le début : la conjoncture, la conjecture, la collision, la collusion, l'effet, l'affect… Comme si le monde vacillait jusque dans les mots, et que l'écriture tentait d'en recueillir les résonances.

J'ai particulièrement aimé le passage de la mer à la mère, puis du conte au compte : une fatigue, une inquiétude, mais aussi une tendresse souterraine. Et ce « félibre » qui laisse entendre la « fée libre » : ce n'est plus seulement un effet phonique, c'est une image qui se déploie à l'intérieur du mot. Ce moment-là m'a semblé le plus beau.

La dernière phrase éclaire tout le reste : cette écriture qui côtoie « un monde de sons qui se frôlent, se frangent, se confondent et parfois, me comprennent ». On comprend que les mots ne sont pas seulement des outils ici, mais presque des compagnons.

Merci pour cet texte dense et très habité.

Bien à vous,
Alma
Alma Veyre
Un carnet laissé ouvert

Hors ligne Robert-Henri D

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Re : Re : Paronomases
« Réponse #9 le: Aujourd'hui à 09:44:57 »

Et ce « félibre » qui laisse entendre la « fée libre » : ce n'est plus seulement un effet phonique, c'est une image qui se déploie à l'intérieur du mot. Ce moment-là m'a semblé le plus beau.


Hello Alma,

À ce propos, j’avais songé à y ajouter une nuance de parité, mais j’eusse craint de m’y embarrasser...  ;)

Hé oui ! Le mot Félibre est un terme identitaire, créé au XIXᵉ siècle par Mistral et ses compagnons pour désigner les écrivains engagés dans la renaissance d’oc. Or, du côté langue d’oïl, il n’a jamais été besoin d’un mouvement de renaissance comparable, puisqu’elle est devenue la base du français standard.

les écrivains d’oïl médiévaux n’ont pas, me semble-t-il,  formé de confrérie ou d’école unifiée ; de fait, aucun terme n’ayant été forgé pour les désigner collectivement, je n'ai pas pu caser d'avantage le pendant masculin de la dite fée libre, en l'occurrence, le fé  ;D

Bonne journée.
Lorsqu'un texte respire comme une prose d'antan, avec ce grain de subtilité stylistique quelque peut archaïque qui le différencie, c'est peut-être que son auteur se refuse à suivre la cadence uniforme du présent ?

 


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