Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

02 Mai 2026 à 13:50:47
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Auteur Sujet: Nommer les voitures  (Lu 1543 fois)

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Nommer les voitures
« le: 15 Juillet 2025 à 22:38:03 »
j'ai écrit ça l'autre jour pis je viens de me remémorer pourquoi je l'avais fait, ce qui m'explique pourquoi je ne voyais pas vraiment l'intérêt de le partager avant now : j'avais oublié le sens même et l'origine de mon envie de communiquer… j'voulais faire un peu comme cet autre, qui donnait un exemple partiellement fictif pour moi, de comment s'occuper l'esprit afin de ne pas se faire submerger par du stress ou autre parasite d'esprit, un peu comme cette scène de Micmacs à Tire-Larigot où le protagoniste se pose des questions absurdes pour se calmer… heu bref, pour mieux raconter l'histoire et lui donner du corps j'ai échafaudé des trucs et d'autres avec des liens de sens que je pouvais trouver en moi, mais au final je crois qu'à la lecture ces éléments occultent plus ou moins l'ambition initiale qui demeure le fait de communiquer cette idée : faire travailler l'esprit afin qu'il ne sature pas trop douloureusement sur des trucs désagréables… comment mieux le rendre central ? l'expliciter mieux en conclusion ou en introduction ? moins blablater de détails orbitaux ? il me semble que du coup juste le titre est... enfin ça remplit presque suffisamment le rôle de titre, mais ça reste partiel

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


à mon avis le texte n'est pas plaisant à lire, pas divertissant, à peine instructif au final, pas clair non plus, heu… j'sais pas trop quoi faire avec ces critères d'intérêt qui sont j'imagine, qmm assez importants



Nommer les voitures

Des fois ça me prend comme ça. Lors des rares sorties que je fais en rue. Et afin de focaliser mon attention sur un truc. Une de mes manières de fuir l'appréhension que j'ai à poser mon regard sur les humains omniprésents autour de moi. Ils sont partout, tout le temps, en masse, et leurs marqueurs qui m'irritent pour la plupart...
Les voitures, c'est différent pour moi.
Oh bien sûr, c'est tiré de mon enfance. Un processus que je remettrais volontiers en questions afin de lui aussi le mettre au cachot dans la tyranie de mon anthropophobie. Mais que me resterait-il alors, maintenant que tant de ces fuites m'ont recluses dans un absolu qui renforce les barreaux de ma prison mentale ?
Je ne me suis pas vu intégrer toute l'efficacité que j'ai à reconnaître les identités par leur carrosserie. C'est ce genre de trucs de gamin, je suppose. Ce genre de trucs pour lesquels on ne se force pas, et qui viennent si naturellement et s'ancrent si profondément, qu'aucune autre forme d'acquisition de compétence ne saurait rivaliser avec, plus tard dans la vie adulte.
Je pourrais comparer ça avec la culture politique. Ou la connaissance du jardin. Ou n'importe quelle autre. Sur le point partagé entre toutes, qui est qu'une suffisante maîtrise provient de son caractère accumulé, et que celui-ci bien plus facile lorsqu’il commence dès l’enfance.

Dans la rue, je sais reconnaître au moins quatre-vingt-dix pourcents des modèles de voiture que je croise en tant que piéton.
Pourtant, cela fait bien une quinzaine d'années que je ne me documente plus pour ce faire. Cette pseudo-passion, même modérée chez moi, est plutôt classée comme étant un truc de mecs, me semble-t-il. Il m'est assez impensable d'en parler avec la gent féminine et ce, bien que je sache qu'il y a potentiellement des exceptions. Et pourtant mon approche n'est pas non plus aisée à partager avec d'autres mecs. Ceux qui s'intéressent aux voitures, me semble-t-il, s'intéressent à la puissance du moteur, la performance de route, les techniques de conduites à risque, l'adrénaline du conducteur pilote, et généralement, toute la technologie mécanique associée, autant que les compétences d’adresse recquise pour la prise en main de ce matériel. Moi je ne saurais pas ni diagnostiquer un problème de carburateur, ni remplacer un joint de culasse, ni manœuvrer un contre-braquage en plein drift ; je me cantonne à peu près à savoir changer une roue, effectuer un créneau ou savoir à quoi sert un différentiel.
Non, ce qui m'intéressait étant gosse, c'était l'esthétique des carrosseries. Le design.

Oui, peut-être par un excès d'attirance pour les apparences ici manifeste, j'étais fasciné par l'aspect visuel de la beauté des voitures. Gamin toujours, je crois que j'y trouvais un poids en moins pour cet attrait-là plutôt que pour celui des jolies filles. C'est facile, puéril et un peu gamin, oui, mais à regarder les lignes d'une voiture, je n'étais pas tiraillé des effets de mon regard ; à me demander si celui-ci était plutôt oppressant voire jusqu'au traumatisme, ou si au contraire j'en serais la cible du piège exaltant d'être un sujet de contemplation. Le mot lui-même était me semble-t-il, une métaphore presque universelle pour dévier la chose et lier les deux : une carrosserie.
Et me coupant à la fois des filles et des garçons, je fonçais dans ce biais bien souvent reproché, de ne prêter attention qu'aux apparences… Pour les voitures, je n'allais pas investiguer sur ce qui ne se voit pas, les moteurs, les châssis, les pneus, la tenue de route, les sièges et la sono. Non, c'était les carrosseries. Le design. Et les noms des modèles. Dans les films les spécialistes reconnaissent la version datée par le bruit du moteur ; j'en suis incapable. J'aimais dessiner, j'aimais le dessin des voitures ; c’est tout.
Et au-delà des différentes versions de chaque modèle, on peut les reconnaître comme pour les humains, à la forme de leur visage et de leur corps.

Un peu comme la politique, me dis-je. Et comme tant d'autres domaines vastes et complexes du savoir cumulé humain, individuel ou groupal. Cela fait bien quinze ans que je ne me renseigne plus, et pourtant il ne me faut aucun effort pour comprendre ce qui se montre sous mes yeux ; à l'inverse de la politique. Je suis aussi perdu à chaque fois que j'entends tel ou tel nom, du moment ou non, et qui fait la chronique ; tout comme un non-initié des voitures serait bien perdu à devoir se repérer dans la rue pour identifier un véhicule, et n’en aurait plus ou moins rien à foutre d’être ignard sur ce plan.
Je ne suivais pas la politique, j'ai tout un tas de trains de retard à rattraper les rares fois où j'y suis confronté ; et bien sûr cela me démotive, me demanderait un effort immense ; et à cumuler. Tout comme certains pourraient parfois reconnaître tel ou tel modèle de voiture parce qu’ils connaissaient quelqu’un qui avait le même.
Là, après quinze ans sans entraînement, les mises à jour de mon repérage dans les modèles de voitures, sont encore faciles, automatiques, voire même, inévitables.
Tel nouveau modèle que je n'avais jamais vu, et il me suffit d'une fraction de regard pour identifier tout ce dont j'ai besoin pour savoir son identité. Le logo de la marque, la taille de la catégorie, j'ai déjà presque tout, comme un logo de parti politique et la taille du média qui interview telle ou telle cravate en fonction de la taille de son rayonnement d’importance…
Je suis incapable de reconnaître telle ou telle revendication sociale ou professionnelle, telle ou telle orientation idéologique, si mon regard croise un discours, un débat ou toute autre forme d'information politisée. En revanche je peux estimer des choses selon l'origine territoriale de la marque d'une voiture.

Je peux même partir sur des considérations sociales croisées entre le lobbying automobile et… par exemple le cinéma.
Les cultures des nations lient très étroitement ces deux choses-là. Dans le cinéma américain, les voitures ne sont pas toujours des muscle-car, comme ils aiment à les appeler pour faire briller une culture axée sur les grands espaces, les grandes routes, les grands parkings, et les effets musclés. Les accidents de voiture de Luc Besson dans Taxi essayent de concurrencer ceux de Fast & Furious, mais on reste quand même avec des Peugeot, dans un truc qui s’inspire des américains, mais demeure malgré tout très français.
En France on est assez modeste en matières de voitures pour l'identité nationale, les marques qui se comptent sur les doigts d'une main, sont accessibles à la démocratie et la classe sociale majoritaire. La Nevada des Tuches, ça fonctionne au cinéma parce que ça correspond à une réalité sociale. Et pour Le corniaud, c'est bien d'une dynamique de mondialisation qu'on savoure la Cadillac en Italie contre une Fiat 500, alors que la 2cv déboulonnée par la Rolls est détruite pour lancer l'aventure…
Chez les anglais on a la Mini de Mr Bean, mais plutôt l'Aston Martin de James Bond, ou d'autres types de ce dernier standing comme peut prétendre une Jaguar. Chez les allemands, même la voiture du peuple, la Volkswagen, est d'une qualité un peu réhaussée par rapport à nos Renault ou Citroën, quant au petit Opel, il se nomme Vauxhall outre-manche, alors imaginez BMW initialement constructeur de moteurs d'avion, ou Mercedes, sans encore parler Maybach…
Il me semble que dans le cinéma policier, ces différents standing nationaux sont déterminants pour les ambiances culturelles ainsi reflétées dans les courses poursuites…
Et puis pas forcément dans le cinéma, mais un peu ailleurs dans le monde : Toyota à mon époque, était synonyme de fiabilité et durabilité à prix abordable, mais ce n'était pas le cas de toutes les asiatiques. Volvo venue de scandinavie a le mérite d'avoir inventé la ceinture de sécurité sans en avoir posé de brevet payant, parait-il ; question de bon-sens humain à la sécurité, loin d'autres formes de compétition commerciales à l'innovation. La marque Lada venue de plus à l'est, avait aussi sa propre réputation…
Seat pour l'Espagne, Skoda pour l'Europe de l'Est, ma culture s'arrête à peu près là et cela me dressait déjà un paysage de savoirs, suffisant pour me repérer à propos de quatre-vingt-dix pourcents des voitures que je croise en rue lorsque je suis piéton…

L'identification, ça passe par la connaissance et la reconnaissance de catégories de pensées, notamment celle, les catégories de gabarit. Même si celles-ci évoluent un peu avec le temps, il y a malgré tout de solides repères liés à la taille du véhicule et à son usage. Pour les catégories populaires, les allemandes sont assez facilement identifiables : que ce soit pour Audi ou BMW, c'est graduellement le numéro qui est associé à la catégorie. La Série 1 chez BMW, la A1 chez audi… série 3 vs A3, A4, série 5, A6, série 6, etc... Version sport avec le S pour Audi, le M pour BMW… le 4x4 avec un Q pour Audi, un X pour BMW. C'est pas trop compliqué. Mais en France on est là aussi, sauf pour Renault qui préfère donner des petits noms plutôt que des numéros ; c'est pas la même idée du sujet et de l'objet, n'est-ce pas ? Mégane ou Zoé, y’a de quoi faire des procès. Chez Citroën, cela va croissant aussi : C1, C2, C3, C4, C5, C6, C7 ; c'est à peine plus compliqué maintenant qu'ils ont une double gamme avec les DS, DS3, DS4, DS5... Il faut une petite gymnastique générationnelle de pensée afin de passer du Ulysse au C7, mais je m'en suis accommodé. Chez Peugeot ils ont rendu la chose subtile avec trois ou quatre chiffres, dont un ou deux zéro au centre, et le chiffre de gauche pour le gabarit, celui de droite pour le modèle dans le temps : 205, 206, 207, 208... 306, 307, 308...
Très vite la logique me sert dans l'identification du modèle, et ainsi, sans me renseigner plus que ça, juste avec peu d'éléments, en un coup d'œil, je peux savoir de qui il s'agit.
Et les mises à jour ne me demandent pas d'effort. Le gabarit de l'Opel Vectra l'a vue se renouveler à une époque avec la Insigna, bon, c'était juste un autre nom facile à remplacer dans ma mémoire.

Ce serait plus simple pour moi si cela fonctionnait comme ça en politique. Mais je comprends ceux qui me diraient que c'est quand-même pas la même complexité, je suis d'accord avec eux et ça ne m'encourage pas à faire l'effort de me politiser.
Ce serait dégradant et irrespectueux de trop revenir sur une comparaison entre les jolies carrosseries et l'attrait esthétique que pose plus le corps des femmes que celui des hommes, et ce, bien que je sois sûr que certaines femmes aiment se faire impressionner autant par l'extérieur, par l'intérieur, et par d'autres valeurs qui classent les voitures en différentes symboliques.

Moi, tout ce que j'ai en tête, c'est. D'une part que je parviens sans mal à identifier les modèles de voiture que je croise, et que cela m'aide parfois à occuper mon esprit lorsque je marche en rue. D'autre part que c'est extrêmement indépendant de ma volonté, oui, même après quinze ans à ne plus vraiment m'y intéresser, ne plus faire d'effort pour rester au jus. C’est presque automatique, et également inévitable. Voire même en dernière part, enfin et en complément, que toute cette évolution historique me fait tout-de-même réfléchir sur ce que constitue un corpus de connaissances dans un domaine, sa durée et sa validité, son entretien et ses pertes… Je veux dire : en quinze ans, de nouvelles marques sont nées et j'ai du mal à les reconnaître ou les nommer, moi qui n'ouvre plus de magasines spécialisés ; cela me démontre à la fois de la complexité de la chose, de mes capacités en leur sujet, autant que de la finitude de ladite capacité. Je m'inscris dans une dimension qui m'appartient dans le temps : bien que je ne sois pas expert en motorisations, j'ai remarqué que l'iconique appellation GTI de Volkswagen a dérivée sur la GTE avec la vague électrique qui me succède. Et dans tout ça, le passé trop lointain m’est étranger, et je suppose d’après ce présent un peu endommagé en quinze ans, que le futur me sera un jour lui aussi bien étranger.
Les progrès d'ingénierie en matière de sécurité influencent directement le design, c'est pourquoi les parchocs, les capots, possèdent des formes qui ne sont pas laissées au hasard, ou que les toits vitrés ne seront peut-être jamais comme dans certains vieux films qui les imaginent comme des bulles de plexiglas sans arceaux… Les peintures également sont soumises à des lois du savoir scientifique qui influencent le travail des ingénieurs, ces deux disciplines étant, cela dit en passant, souvent confondues à notre époque… Voilà ce que j’ai en tête : une photo de groupe plutôt pertinente des individus voitures autour des années deux mille.

J'ai une bonne vue, de surcroît. A l'autre bout de la rue, je les identifie toutes. C'en est presque une absurde course d'observation pour moi. Croiser les différentes dimensions du tableau des catégories afin de pouvoir retrouver le nom de la marque, le prénom de la voiture, la version du modèle. Croiser des catégories dans le tableau. Chez Toyota la nomination Verso est la ligne de la version spacieuse de la colonne des modèles, presque le break, tout comme Estate fut celle de Renault à une époque, Picasso chez Citroën, Aircross pour ses modèles 4x4…
Par ailleurs il faut distinguer la 206+ de la 206, sortie après l'arrêt de la production et pour faire le compromis avec la 207. Il faut distinguer la phase I et la phase II de la Clio 2, ce ne sont pas du tout les mêmes optiques, les phares à l’avant comme les feux à l’arrière… Il faut distinguer le Grand Scénic et le Petit Scénic, cinq ou sept places, cela se voit à la carrosserie… Des petits éléments à croiser entre les lignes et les colonnes d’un tableau à peine plus complexe qu’un tableau à deux dimensions.

Comme dans beaucoup d'autres domaines, l'on sent que les injonctions à l'innovation vont peu à peu s'essouffler historiquement. C'est le cas des récits de fiction, tout médias confondus : il suffit de regarder les choix éditoriaux de Disney ou des comics américains pour s'en rendre compte, peut-être plus facilement que chez leurs homologues français qui, eux, ont bien plus accepté de se montrer rébarbatifs et répétitifs. C'est le cas également des typographies : il suffit de regarder la dernière vraie révolution et les bien moindres qui les ont succédé : les livres ne sont plus écrits en gothiques depuis la révolution des fondamentales et indétrônables actuelles, Times ou Arial ont déjà plus de cent ans et ce n'est pas les petites modes aussitôt oubliées qui vont les concurrencer. Celles des JO de Paris 2024, est assez bien trouvée je l'avoue, mais elle ne marque pas grand changement qui ne sera vite oublié, même si elle inspire d’autres typos que j’ai pu voir dans d’autres cadres, notamment avec ces lignes obliques montant de gauche à droite au milieu des R et des E…
De fait, les modèles de voiture eux aussi sont de plus en plus acculés à du recyclage pour sauver la face. Les récentes Renault 5 ou 4 peuvent bien prétendre à de l’innovation, j’y trouve tout-de-même comme un retour en arrière bien dissimulé derrière un pseudo-argumentaire publicitaire, trompeur comme la discipline sait le faire… idem, le peut-être retour de la Citroën deux chevaux après la vague de DS pas vraiment DS… On avait déjà commencé un peu plus tôt chez les Italiens de Fiat avec le retour de la 500, de la Panda… Il y a quelque chose qui s’essouffle dans les possibilités de renouveau.
Tout ceci en derniers soubresauts agoniques d'un modèle matérialiste peut-être lui-même sur le déclin ? Il n'est pas assuré que la voiture en tant que concept, soit éternelle, ou du moins dans sa forme commerciale et démocratisée actuelle. J’attends plutôt de ce côté-là, une vraie révolution prochaine...

Mais bref : je sais reconnaître quatre-vingt dix pourcents des voitures que je croise. Et ce savoir en moi est bien inutile, je crois. Une question de méthodologie de l'entretien d'embauche mais qui doit se retrouver ailleurs m'avait marquée : citez une de vos qualité. Je n'ai jamais vraiment su y répondre, cela joue énormément sur ma faible estime de moi. Et tout-à-l'heure, j'ai percuté là-dessus. Je marchais plus ou moins tranquillement en rue, et je me faisais ces petits sprints de conscience. Reconnaître les véhicules que j'avais sous les yeux.
Je me sentais comme dans un de ces jeux télévisés que je trouve relativement inutiles. La culture générale, ça peut être intéressant, surtout lorsqu'elle est plus générale qu'un domaine délimité comme peut l'être le nom des voitures. Et j'étais là avec ma qualité qu'aucun recruteur ne saurait mettre au profit de l'entreprise ; et de l’estime de moi.
Inutile.

Dans mon environnement web des années deux mille, il y avait ce site que j'aimais bien : Savoir Inutile. Il y avait dans une émission d'Allociné, le slogan "pour briller en société" à propos des détails cachés des films.
Il me semble que globalement l'être humain s'enorgueillit du pouvoir que donne le savoir et ce depuis des lustres ; même, que ce pouvoir est bien plus vrai lorsqu'il est exclusif, et qu'ainsi, peut-être ne le constate-t-on qu'à notre époque test de la démocratisation des savoirs, lorsque tout le monde est au courant, ledit savoir devient obsolète, nous emportant dans la course effrénée à cette exclusivité dont l'illusion de masse est la mode, menant à un contrôle extrêmement puissant par ceux qui parviennent à les lancer. Sous couvert de renouvellement de la nouveauté, de recyclage de ce qui apparaît, disparaît, s'oublie et se retrouve, se découvre et se perd, l'on en vient à vraiment éprouver la notion de pouvoir du savoir.
Être averti, c’est pouvoir. Un pouvoir différent de si on est en premier, en dernier, ou comme la majorité, entre les deux. C’est pouvoir que de savoir, et pas seulement lorsque c’est juste pour savoir, comme ces gagnants des jeux de culture générale, non. Mais c’est parfois bien mieux de savoir pour s'en servir. A quelconque fin plus ou moins intéressée.
Il est bien évident, parfois trop poncif d'ailleurs, de penser que le savoir en soi n'est pas une solution aux problèmes, même si les jeux de culture générale font encore succès. Mais que ce qui est déterminant, c'est ce qu'on en fait.
J'entends aujourd'hui des lanceurs d'alerte qui prennent peur face à l'ampleur de la désinformation, et bien que je sois convaincu que le faux ou l’ignorance, sont des travers propres à l'humain depuis bien plus longtemps, il me semble rejoindre l'avis selon lequel on en arrive actuellement à des proportions bien plus dangereuses pour la société en général, qu'elles ne le furent déjà pour des individus plus ou moins nombreux et ou isolés, dans notre passé.
Et d'autant plus que les quantités de savoir cumulé dépassent largement les capacités de tout individu. Certes je suis compétitif sur la reconnaissance identitaire des modèles de voitures, et certes le fait que je n'en fasse rien d'utile relève un peu de ma responsabilité propre et de ma capacité à utiliser mes propres ressources, mais peut-être autant du fait que ce sont là de bien inutiles savoirs, indépendamment de ma volonté et de ce qui m'a mené à cette compétence dont l’utilité ou l’utilisation ou l’usage, est toute relative. Et pourtant il y a tant d'autres choses que je ne sais pas et qui pourraient être utilisées, tant de choses qui toujours me dépasseront. Des choses, que je n'ai plus vraiment envie d'aller acquérir, avec les efforts que cela demanderait, à ce moi enfant qui a grandi, sans fournir le moindre effort pour être à ce point solide, sur ce savoir dont il a abandonné la quête il y a au moins quinze ans, et qui pourtant en a encore de solides marques…

Je suis fatigué des berlines, des citadines, des routières, des monospaces, des coupés-cabriolets, des utilitaires de moins de trois tonnes cinq ou neuf passagers. Fatigué des concept-cars de salons. Fatigué des révolutions qui n'en sont pas, des publicités s'adressant au subconscient des démocratisés qui ne voient pas en quoi les slogans qu'ils aiment ne pas prendre au sérieux sont graves pour leur cerveau et encore plus grave pour les connections entre ces différents esprits.
J'ai mon papier rose de l'époque où il n'était pas format carte bancaire, et pourtant je suis très à l'aise idéologiquement avec le fait de ne pas posséder de voiture.
J'aurais voulu les dessiner, j'admirais leur carrosserie sans me demander si à l'intérieur il s'agissait d'une reine croqueuse d'hommes, d'une abusée vulnérabilisée des hommes, ou simplement d'une naïve aguicheuse testant son impact lors d’une phase existentielle qui lui passerait plus ou moins et plus ou moins vite, en fonction des résultats obtenus.
Je me réfugiais de certains conflits sociaux à m'y intéresser plus qu'à l'un ou l'autre des logos de fabricants politiques.
C'était avant que mon intérêt graphique et esthétique pour l'écriture et la typographie oriente mes constats à propos de la toute relativité de l'innovation et du renouvellement, des choses parfois plus profondément ancrées et difficilement détrônables que ce que l'on croit ou espère.
J'ai poncé les news d'ingénierie annonçant d'imminentes voitures volantes ou amphibies, avant de comprendre que la science avait résolu ces choses il y a bien des temps, et que ce n'était pas une notion ni de savoirs ni de capacités qui faisait que la démocratisation de ce doux rêve n'était que poudre pour naïfs consommateurs d'espoirs vains.
Certes l'on est passé de voitures consommant trente litres aux cents kilomètres à des broutilles inférieures à dix ; certes les parchocs, airbags et ceintures de sécurité sophistiqués ayant demandé des milliards en recherche scientifique et des milliards d'innovation en ingénierie ont une puissance précise, subtile et aussi immense, de contrôle des lois de la physique cinétique sur la santé du corps humain, et que cela sauve bien des vies dans des accidents démocratisés eux aussi, et tous plus ou moins irresponsables.
Certes la voiture électrique aurait pu être démocratisée il y a déjà un siècle si les lobbys n'avaient pas attendu toute l'urgence de notre époque pour déployer ces moyens, tout comme tant d'autres choix de démocratisation des technologies demeurent des objets de scandale…

Et donc, je me sens bien inutile. Et je me demande des questions tout aussi inutiles : aurais-je préféré la dernière version de l'Opel Vectra, ou alors la Renault Avantime si insolite ? J'ai l'impression que mon regard était dévié par des parasites. Le claquement de doigt d'un prestidigitateur pour me détourner mon attention pendant que le tour est ailleurs. A la différence du fait que ce divertissement, cette duperie, je ne l'avais pas ni demandée ni payée, et qu'elle ne m’apparaît pas du tout comme un spectacle satisfaisant, et valant le prix du billet d’entrée...
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Hors ligne Nacas

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Re : Nommer les voitures
« Réponse #1 le: 15 Juillet 2025 à 23:50:39 »
Je finirai de lire ptet un peu plus tard (je suis en rush là et sur tel c't'ignoble), mais concernant ta question :

Je crois que les adresses patentes au lecteur (pas forcément explicites, mais indubitables mettons : <Les groupes de mots qui ne peuvent exister que parce qu'il y a un lecteur auquel on s'adresse>) sont le point noir du texte.

Celles qui m'ont fait écrire ce mini-commentaire dégolass :
Citer
Cette pseudo-passion, même modérée chez moi, est plutôt classée comme étant un truc de mecs, me semble-t-il.
Pourquoi diable cela vient-il si naturellement alors que c'est si... peu lisse ? Inadéquat ? Spontané dans le mauvais sens du rouage ? pour le texte en contexte imo. J'ai rien contre, mais je fulmine contre l'absence totale de transition (le propos que ça ouvre ensuite est ok j'trouve, et c'est vrai que cette considération prend de la place dans l'univers social, j'ai rien contre non plus, j'me suis juste retrouvé hors du texte là)
Citer
Oui, peut-être par un excès d'attirance pour[...]
Ce "Oui," me casse les c. 1er degré je lisais sans effort et avec joie, (ces jours-ci je suis sous pression, j'ai un gros exam apres demain pour lequel jnsuis paprêt), et juste ce Oui, ça m'a coupé l'envie x)

Je reviendrai lire une fois l'exam passé, si tu me le rappelles ou si j'm'en souviens, parce que le sujet m'intéresse et jkiffe bien tes mots (quand tu les fourres pas d'adresses au lecteur) en général.

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


La bise Dot.
Entretiens soigneusement ton navire.


Xoxoment,
Nacas
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Hors ligne SablOrOr

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Re : Nommer les voitures
« Réponse #2 le: 16 Juillet 2025 à 13:30:24 »
Bonjour Bonjour !
Après une lecture de ton texte Dot et du commentaire de Nacas, je me lance dans une petite participashtroumf légère et certainement inutile pour reprendre un des termes, déjà trop et mal utilisé précédemment. "Oui" j'me permets les adverbes car je ne suis pas d'accord avec la récurrence de l'autodévaluation de tes efforts d'écriture Dot, tout comme, pourtant, de mon côté, ton adresse à la lectrice que je suis est agréable. Être utile à une seule personne est déjà une part de colibris bénéfique, et je te souhaite de l'apprécier bénéfiquement.  :huhu:
Sur le thème j'ai trouvé cette 'ancienne' passion pour la culture des modèles de voitures très intstructive et rassurante. En effet, savoir l'ampleur et la diversité des goûts esthétiques de mes concitoyens est pour moi souvent une vraie richesse. Quand, de surcroit, cet appétit engendre une opinion politique subtile et bien exprimée,  comment soutenir la démonstration de l'inutile ? Donc pour cela déjà : un sincère merci.
Ensuite sur le fait d'écrire, c'est encore un pari doublement tenu : ton texte est bien écrit, explicite, longuement développé (autour d'un thème quand même difficile) et je suis sûre que cela entretient les qualités intellectuelles, voire spirituelles, de l'écrivain puis du lecteur. La relative spontanéité de ma réponse, après une seule lecture, peut-elle être une esquisse de preuve de l'intérêt si ce n'est du réveil de mes neurones (sachant que je suis alitée et toute embrumée des suites d'un inopportun lumbago de 14 juillet, sans contrepèterie de vacancière) ? Et que dire du commentaire aiguisé et engagé de 'notre' cultivé Nacas ?
Allez Dot, ne vous laissez pas déprécier ainsi par vos hautes exigences, toi et tes multiples capacités, si je peux oser le dire ainsi ... bien qu'elles puissent guider vers des ambitions réalisables, je n'aime pas ressentir qu'elles te tyranisent.
Alors bonne suite, en gothique ou en pattes de tortues, peu m'importe ;-)
Et encore merci pour le partage de ce nouveau bout de toi cher Dot Quote,
Amicalement,
À temps tôt ^^
 :calin:
« Modifié: 16 Juillet 2025 à 13:40:51 par SablOrOr »
"Aimer quelqu'un c'est le lire". Christian Bobin.

Hors ligne Nacas

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Re : Re : Nommer les voitures
« Réponse #3 le: 16 Juillet 2025 à 19:10:29 »
bien qu'elles puissent guider vers des ambitions réalisables, je n'aime pas ressentir qu'elles te tyranisent.

Them a raison, et je n'aime pas ressentir cela non plus.
T'es dextre et surgissant et t'écris bien Dot, tu sais que tu le sais. C'est par seule habitude que je ne te le dis plus.
Je voulais rendre service vite-fait et me relisant je me rends compte que j'ai oublié de bouder explicitement tes réticences.

Je boude tes réticences. Il a un beau ventre ton texte.


Cement,
Ton Nacous
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Re : Nommer les voitures
« Réponse #4 le: 19 Juillet 2025 à 18:26:55 »
hey yo, merci à vous deux pour votre soutien d'humeur

je prends les remarques à propos des adresses et ma maladresse relative aux liens communicatifs inter-personnels, ça me semble juste étant donné que ce même problème je l'ai dans ma vie relationnelle et psychologique avant qu'il n'apparaisse dans mon travail littéraire ou autre… j'peux pas me permettre d'espérer guérir là-dessus je crois, mais j'vais qmm essayer de ne pas m'en couper totalement non plus

il m'a semblé être assailli par d'autres éléments qui pourraient s'ajouter à une v2 ou à un deuxième épisode, mais je doute que cela s'inscrive dans un process de réalisation ; probablement adieu donc, les petites anecdotes à propos du capot crocodile à l'ancienne de la Chrysler PT Cruiser, ou des Fiesta Focus Fusion et autres F de Ford, des autres formes européennes de marques américaines, adieu probablement le jumelage Peugeot Citroën, adieu probablement le rayon de luxe et comment on en trouve beaucoup en Suisse, adieu probablement donc les italiennes connues, ou les Porsche, ou les Bentley ; et tout ce qui pourrait donner à réfléchir à propos de politique, de sexualité, de cinéma, de typographie…

byyye

PS : j'ai pas pu m'empêcher de chercher une contrepèterie malgré l'indication à la négation… j'n'en ai pas trouvée mais j'ai l'impression de passer à côté de qqchose, comme souvent il m'arrive :x
.

Hors ligne SablOrOr

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Re : Nommer les voitures
« Réponse #5 le: 19 Juillet 2025 à 20:51:03 »
(( :) ce n'était rien...qu'un jeu de mot...mais il avait fait chercher Dot ! Hihi : lumbago : bungalo.... oups...pas très intéressant tout ça  ))
"Aimer quelqu'un c'est le lire". Christian Bobin.

 


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