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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » des hauts moins des bas

Auteur Sujet: des hauts moins des bas  (Lu 1171 fois)

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des hauts moins des bas
« le: 10 Avril 2025 à 14:09:32 »
ptetr un peu à propos de santé mentale… ?

j'me suis 'forcé' à prendre le clavier, ai donc eu besoin d'une contrainte auto-imposée pour l'inspiration et qui est la suivante
thème : "escalier"
que vaut...?


des hauts moins des bas

Les cinq premières, je les ai descendues. Ce matin. J'avais pris l'ascenseur, alors le perron démarrait le compte. Moins cinq. Le trottoir ne compte pas pour une. Il y en avait dix-neuf pour arriver devant les portes du métro. Pas de marchepied pour monter dedans. Moins vingt-quatre. Un, deux, trois, sept arrêts plus tard, je sortis de la rame. Les portillons, puis vingt-trois pour remonter à la surface. Moins une. Le passage piéton ne compte pas, il y a une légère pente pour passer au niveau de la rue. J'ai marché jusqu'à l'entrée de la boulangerie. Un perron approximatif, le carrelage à l'intérieur n'a pas été construit selon une quelconque distinction d'étage. Est-ce que ça compte ? Je me dis que oui : plus une marche. J'en étais donc à zéro. Je savais que ces chiffres n'étaient pas fiables pour évaluer un quelconque dénivelé de mes déplacements du jour. Mais il me fallait tout-de-même compter ; pour mon propre bien. Ajouter les marches montées, soustraire celles descendues… Pourquoi compter de la sorte ? Cela me semblait instinctif et évident ; il aurait été curieux que je fasse l'inverse ou autrement. Pourquoi compter tout court ? Je me répète ; pour mon propre bien. Ainsi occupé à compter, je ne réfléchis pas, et c'est bien plus reposant. Je suis sorti de la boulangerie avec une boîte de mini-viennoiseries. Moins une. Trois passages piéton, cela ne compte pas car il y a une pente pour passer du trottoir à la rue, ce ne sont pas des marches. Le perron de l'entrée du numéro 17 de l'impasse des presles : plus trois, ce qui fait donc deux. L'ascenseur n'était pas en panne, mais juste histoire de rester concentré, je ne l'ai pas emprunté. Dix-huit jusqu'au premier étage, seize jusqu'au deuxième ; pourquoi ? Seize à nouveau et j'arrivai devant les locaux de mon employeur. Plus cinquante-deux. J'ai ouvert la boîte et l'ai présentée aux différents collègues dispatchés sur le chemin. Lorsque je suis arrivé à mon bureau, il ne restait plus que trois mini-viennoiseries. Le post-it sur le dossier que j'étais venu chercher, indique une adresse que j'ai renseignée à mon téléphone afin qu'il me trouve un tracé de métro. Je ressortis du bureau, sans la boîte. Moins seize ; au deuxième étage, déconcentré, j'ai appelé l'ascenseur, suis monté dedans. Escale au premier étage ; avant que la porte ne s'ouvre, j'ai eu l'intuition d'une personne âgée ou à mobilité réduite ; premier étage. Mais non, c'était un jeune un peu patibulaire. Je sortis alors sur un coup de tête pour garder ma concentration, et continuai à pieds ; moins dix-huit. Cinquante-deux moins dix-huit moins seize : dix-huit… C'est rigolo. Le perron du 17, moins trois. Rien d'autre ne doit exister. Automatiquement, je sais par habitude qu'en descendant jusqu'au métro, puisque pour ce dossier je dois prendre la station en face à celle qui m'a vue débarquer, ce ne sera pas le même nombre que pour sa jumelle ; comme à chaque fois que cela m'arrive, je pense à cette bizarrerie chaotique. Les deux sens de rames sont au même niveau, les deux entrées de station à la surface également. Ce n'est pas le fait que sur ce côté-ci, les escaliers sont divisés en trois parties. Ce ne peut être que l'effet d'un mauvais usage du niveau à bulle, non ? Ou alors les dalles de recouvrement des marches ? Il devrait être obligatoire qu'il y ait le même nombre de marches entre deux escaliers qui vont d'un niveau commun à un autre niveau commun. Hélas, la plus probable d'une des raisons, est que cette station a été refaite il y a quelques années, et les ouvriers n'ont fait qu'approximer les dimensions d’escalier standards ou leur écart autorisé. Moins vingt-sept, je suis repassé en négatif : quinze moins vingt-sept, égale moins douze. Changement de rame, quatre arrêts, je remontai de seulement treize, puisque le métro passait là à mi-profondeur de sous-sol. Une. Une seule marche de différence entre le début de la journée et ce moment-là. Et pourtant, je pouvais affirmer que je n'étais pas à une marche d’écart par rapport à ma hauteur au point de départ de ma journée. Toute estimation de dénivelé métré n'aurait été que pure foutaise non-scientifique. Et pourtant, mathématiquement, j'étais rigoureusement à une seule et unique marche de mon comptage. Le trottoir ne compte pas lorsque je le franchis par la pente du passage pour piéton. Par précaution psychique méthodologique, et afin de ne pas m'embrouiller, je traverse donc uniquement par ces petites pentes. Cinq fois, au bonhomme vert, l'ai-je là fait avant d'arriver à l'adresse notée sur le dossier. Un perron d'entrée d'immeuble, comme souvent. Deux énormes marches, étendues, entre lesquelles mes pas ne pouvaient pas s’accorder : à une virgule entre ceux-ci, c'est mes pieds opposés qui franchirent l'une puis l'autre. Trois. Je parcourus la cour intérieur jusqu'à l'entrée B, comme indiqué. Plus vingt-huit jusqu'au premier étage, quartier de riche aux étages aisés. Je sonnai, le client m'ouvrit. Rien d'autre n'existait. Je sortis, moins vingt-huit évidemment, j'en étais donc revenu à trois. Les deux larges marches du perron, mes pas désagréablement virgulés. De nouveau un. Métro opposé, la différence de niveau entre la station pour mon allé et la station pour le retour m'aide à me concentrer et ne pas me laisser divaguer. Moins trente au bilan provisoire ; sacrée pente entre les deux côtés. Et puis tout s’enchaîna. Rien d'autre n'existait. La sortie en ville, surface à moins cinq. Le restau pour mon déjeuner : plus une pour entrer, plus trois pour passer de la réception à la salle, moins trois pour y retourner en milieu de repas, moins six pour accéder aux toilettes, plus six, plus trois, manger le dessert, moins trois, moins une ; restau équilibré, j’étais revenu à moins cinq. Rien d'autre ne devait exister. Métro, moins cinq moins vingt-six égale moins trente-et-un, plus vingt-trois égale moins huit. Perron du 17 impasse des presles, j'en étais à moins cinq. L'ascenseur, j'étais fatigué de ma journée qui n'en était qu'en son début de moitié. La boîte sur mon bureau ne contenait plus qu'une viennoiserie, mais j'avais déjà mangé un dessert. Nouveau dossier avec un post-it et une adresse dessus. Nouveau tracé de métro. Moins cinq moins trois moins vingt-sept : moins trente-cinq, et toujours aucune idée de combien de mètres je montais et je descendais depuis ce matin et la hauteur de mon logement. Client de l'après-midi, aller, retour au bureau, sortie du bureau, la boîte était vide, je l'ai jetée dans le bac de tri avant de descendre les trois marches du perron du numéro 17 de l'impasse des presles. Métro, un détour chez le banquier, à une autre boulangerie pour mon pain de ce soir, chez l'épicier, à la poste. Lorsque j'arrive devant chez moi, les clés en main, je peux enfin souffler et poser le bilan du jour : plus sept marches. Demain sera ensoleillé, il sera sous le signe positif que m'annonce la fin d'aujourd'hui. Mais son bilan à lui sera peut-être dans le négatif, ça je ne peux pas le prévoir. Pile ou face ? Rien d'autre n'existe…
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Re : des hauts moins des bas
« Réponse #1 le: 12 Avril 2025 à 10:38:36 »

 Ton texte Dot Quote est prodigieux.
 Cet absolu comptable devient fichtrement existentiel.
 L'importance des lieux et leur mathématique ordonnancement
 est en effet source d'écriture, de réflexion et de poésie.
 L'humour sous-jacent est là automatiquement quand l'écriture
 assume son parti pris jusqu'au bout, soit l'absurde. 
 Les quelques néologismes aussi sont bien trouvés et nécessaires.
 Merci pour ce texte revigorant.
Lof

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Re : des hauts moins des bas
« Réponse #2 le: 12 Avril 2025 à 18:25:52 »
salut LOF,

poésie et humour, je ne les cherchais pas ici, c'était presque à l'opposé, une plainte déposée, une larme versée, presque un cri étouffé... ceci dit entre nous et avec le recul, je suppose que la transvaluation vers du positif, la sublimation des douleurs, résident justement en l'humour et ou la poésie... de fait, après une réaction un peu frileuse initiale de ma part, interprétant comme une décrédibilisation de la gravité que j'exprimais et telle que je la percevais, comme une invisibilisation du sentiment de douleur que le texte décrit - en simplifiant ce comportement défensif, palliatif, qui ne fait que se cacher des rudesses d'un quotidien et d'un extérieur insupportables, par un processus interne de refocalisation fuyante de la réalité - presque une moquerie pas forcément intentionnelle mais tout de même blessante ; par le fait que les us d'ici je les sais respectueux et aidants, et par une conscience approximative de ce caractère transvaluateur, sumblimatoir, de l'humour et la poésie sur l'émotion malgré que je ne les y attendais pas ici ; ton commentaire me fait passer le cap d'une dédramatisation personnelle intérieure, bien que le switch de la larme vers le sourire ne soit pas facile à opérer en moi...

je suppose que dans ce process transvaluateur, tu as pu qualifier ce texte "revigorant" par des notions d'empathie liées à ta perception et compréhension de ce négatif, et ce que tu as pu en tirer de positif, je te remercie en retour, d'ainsi partager cette manière de positiver qui me manquaient à ce propos, et bien que je sois encore un peu en train de douloureusement digérer cette transformation d'un mal vers un bien ; mon autodérision ici me fait un peu défaut, mais l'expression de ton respect m'aide à la fortifier

"fichtrement existentiel", huhuoui
"prodigieux"... attation aux emphases, j'ai tendance à les prendre au pied de la lettre ahah c'est très mauvais pour les chevilles et ceux qui les tâtent et j'progresse très peu sur mes capacités à lire autrement que textuellement

modestement "réflexion" (oui ces chevilles...), agréablement "écriture"

quoi qu'il en soit,
bien à toi
.

 


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