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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Poésie (Modérateur: Claudius) » Supplique d'un égaré

Auteur Sujet: Supplique d'un égaré  (Lu 1774 fois)

Hors ligne Ollin

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Supplique d'un égaré
« le: 10 Juin 2011 à 03:42:46 »
Interdis le repos, ô léviathan de lumière et de bruit, que le temps ne soit plus à la méditation, que les mains s'affairent et que les yeux se ferment.
Immanence suprême, justifie-toi de l'intérieur, nourris-toi en secret d'artifices, que plus rien ne soit possible hors de toi. Que ton périmètre soit infini !, que nos esprits et les étoiles soient du même sang.
Que tes os soient nos toits, que ta bouche soit nos pensées, ô grandeur, que ton regard donne le paraître de l'incommensurable, et que personne n'ose porter atteinte à ton projet.
Définis-toi par l'insularité et le voilement – que ta peau soit douce et obsédante comme le sein, quand tes entrailles sont cachées de tous.
Fais justice, fais-toi exemple, et décerne affections et récompenses aux dociles. Sors-nous de l'absurdité du sens et des espoirs impossibles.
Que ta main soit le mur qui nous enserre, et ton poing la détermination qui nous rappelle de ne jamais le franchir.
Ô humanité, fais de nous des prisonniers où que nous allions, enseigne-nous le bon sens et la logique pour que la chaîne se tende, sans jamais se rompre.
Sublime nos inventions et grave-les en lettres d'or sur le mur de l'éternité, qu'aucun humain ne puisse plus jamais s'égarer, que la réconciliation avec autre que toi soit l'optimisme des fous, des rêveurs, des idéalistes.

Rends-moi commun, ô machination, fais-moi partager les mêmes espoirs insipides !
La solitude me pèse, l'ataraxie me ronge, et m'éloigne chaque jour de ta vision.
Rends-moi ambitieux et motivé, que mon esprit sache ce qui le réveille le matin, quand ce n'est pas la lumière du jour ou la chaleur de midi.
Fais disparaître cette horrible solitude, qui s'abîme de gris, de ne pas comprendre les joies et les amusements qu'ils partagent avec insouciance, comme si le contact était plénitude, comme si le lien fébrile était salut.
Fais-moi vivre les mêmes mensonges ! Je veux te croire, ô grandeur, je veux t'adorer sans te comprendre, je veux oublier le gouffre qui s'ouvre sous mes pieds chaque fois que je porte le masque de l'indifférence, chaque fois que, déçu, je discute en automate.
Fais disparaître ma fierté, mais redonne-moi confiance, celle qui me donnera la force de vivre dans le mensonge sans m'écrouler. Comble ce vide que tu as créé quand j'ai compris que je devais m'éloigner de toi !
Au diable l'authenticité ! Au diable la perspicacité ! Au diable le monstre qui gît en chacun de nous et au fond de toute chose.  Je ne sais pas vivre légèrement l'horreur du monde...
Alors, je t'en prie, ne me laisse plus penser. Donne-moi un nouveau masque, le même qu'eux ; et laisse-moi jouer comme tout le monde, avec au fond des yeux la même cruauté oublieuse, et la même ferveur mythologique...
 
« Modifié: 14 Juin 2011 à 10:37:36 par Ollin »
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Hors ligne ernya

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Re : Supplique d'un égaré
« Réponse #1 le: 11 Juin 2011 à 18:55:30 »
Citer
Immanence suprême, justifie-toi de l'intérieur,
Tu veux dire quoi par « se justifier de l’intérieur » ?

Citer
que ton regard donne le paraître de l'incommensurable,
ça veut dire quoi ?

Citer
Comble ce vide que tu as crée quand j'ai compris que je devais m'éloigner de toi !
Créé

Désolée pour ma franchise mais honnêtement, je me suis ennuyée pendant ce texte. Je le trouve trop grandiloquent et assez plat dans son sujet. Enfin, il n’a pas du tout résonné en moi alors que je pense qu’on a tous senti à un moment donné le poids de la solitude ou le sentiment d’être égaré, mais là, ça ne me parle pas, c’est trop dans les « grands  mots » et pas assez dans le cœur pour toucher. Ceci dit, ton but n’était peut-être pas de toucher ton lecteur. Mais j’aimerais bien savoir ce que tu attendais de ce texte !
"Je crois qu'il est de mon devoir de laisser les gens en meilleur état que je ne les ai trouvés"
Kennit, Les Aventuriers de la Mer, Robin Hobb.

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Re : Supplique d'un égaré
« Réponse #2 le: 11 Juin 2011 à 22:59:59 »
Je dois dire que j'ai pas du tout accroché non plus. Trop grandiloquent et complexe au début et puis je trouve que tes exclamations s'essoufflent, à la fin le mouvement est lourd et presque vaniteux. La figure que tu décris me répugne plutot qu'elle m'attendrit parce qu'elle semble éprise de son destin (enfin un truc comme ça ^^). En fait, je ne sais pas bien si c'est une révolte ou un aveu de lacheté dont tu parles ...

Citer
Que ton périmètre soit infini
--> le coté mathématique poétique, ca passe pas trop pour moi ...

Citer
que la réconciliation avec autre que toi
--> il manquerait pas quelque chose avant "autre" ?

"Rends-moi commun, ô machination, fais-moi partager les mêmes espoirs insipides !"
--> a partir de la, je comprends plus très bien vu que pour moi, la machination et l'ambition sont imcompatibles avec cette volonté d'uniformité que tu sembles établir comme idéal...

"Rends-moi commun" --> c'est bof comme expression je trouve

"You said I killed you - haunt me, then! The murdered do haunt their murderers, I believe. I know that ghosts have wandered on earth. Be with me always - take any form - drive me mad! only do not leave me in this abyss, wh
ere I cannot find you!"

Hors ligne Ollin

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Re : Supplique d'un égaré
« Réponse #3 le: 14 Juin 2011 à 10:37:08 »
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Tu veux dire quoi par « se justifier de l’intérieur » ?

Alors, dans ce cas précis, il y a deux manières de se justifier de l'intérieur : d'abord, une immanence possède toujours ses raisons intrinsèquement, c'est un système qui ne fait appel à aucune extériorité pour fonctionner. Le verbe "se justifier" veut simplement dire cela ici, que cette immanence pose son droit à l'existence en ne faisant référence qu'à elle-même. Un exemple bateau : le monde du dieu chrétien se justifie de l'extérieur, car Dieu est transcendant et a dû sortir de lui-même pour créer le monde. Le monde n'est pas lui, il est extérieur à lui, il est sa création. On retrouve donc sa raison d'être dans Dieu qui est extérieur à lui. Au contraire, le Dieu de Spinoza, qui grosso modo est le monde et rien d'autre, est un Dieu immanent qui fonctionne en pure indépendance et n'a de compte à rendre qu'à lui-même. Donc, "se justifier de l'intérieur", c'est dans ce premier temps, juste une façon de dire que l'humanité pose elle-même les règles qui la rendent nécessaire.
Dans un second temps, c'est aussi pour dire que l'humanité et le monde qu'elle a créé, sont des projections de l'âme humaine, de sa manière d'anthropomorphiser toute chose et de ne jamais toucher à l'en-soi des choses, si tant est qu'une telle chose existe d'ailleurs. C'est donc l'intimité même de chaque individu qui fonctionne selon des schèmes relativement identiques et transforme le monde à son image sans laisser une trace de ce qu'aurait pu être le monde avant métamorphose humaine. Bref, l'immanence du "penser humain" a ses raisons d'être tel dans l'intériorité de chacun. C'est pas très original, c'est même une quasi tautologie, mais bon, j'aimais bien.

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Citation
que ton regard donne le paraître de l'incommensurable,
ça veut dire quoi ?

Vais faire moins long que le truc d'avant  :P. Si je devais reformuler ça autrement, ça serait : Que la vision que tu donnes à voir donne le sentiment qu'il n'existe rien en dehors de toi. Ou, que la manière humaine d'appréhender le monde se donne des allures de vérité indépassable et ultime. Qu'il n'y a rien au-delà, que la culture développée soit absolument tout. Mais ce n'est qu'une prétention, qu'un paraître. Ça rejoint l'idée d'interdire la recherche de la vérité à l'homme dans la religion chrétienne, parce qu'une telle vérité n'existe tout simplement pas, et que ce n'est que brasser du vent autour de la croyance.

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Désolée pour ma franchise mais honnêtement, je me suis ennuyée pendant ce texte. Je le trouve trop grandiloquent et assez plat dans son sujet. Enfin, il n’a pas du tout résonné en moi alors que je pense qu’on a tous senti à un moment donné le poids de la solitude ou le sentiment d’être égaré, mais là, ça ne me parle pas, c’est trop dans les « grands  mots » et pas assez dans le cœur pour toucher. Ceci dit, ton but n’était peut-être pas de toucher ton lecteur. Mais j’aimerais bien savoir ce que tu attendais de ce texte !

C'est pas super simple à expliquer, et je risque de passer pour un connard excentrique et prétentieux mais je risque le coup. Grossièrement, le rôle de ce texte est ambigu. Je dois faire un coup de 3615 mylife pour que ça se comprenne un peu, excuse-moi d'avance : j'étudie la philo depuis un bon moment et ça fait quelques années que je me suis fait emprisonner par Nietzsche, et que je n'arrive plus à sortir de sa façon de penser.

 Le texte-là, présente la société humaine comme une grande falsificatrice qui exacerbe des illusions qui sont communes aux individus. Chez Nietzsche, c'est dans la nature de la vie de transformer le donné pour se l'approprier, de mentir pour se faire maître, de falsifier pour avoir rien que la possibilité de se représenter les choses. Donc, cette représentation ne vaut rien du tout, à part être utile. Mais Nietzsche ne condamne pas ça, il condamne le fait que l'on oublie vite que nos mythes sont les nôtres, et qu'on ne peut décemment pas parler de vérité ultime, ou par exemple mener des croisades qui seront autant de massacres pour asseoir une illusion qu'on prend pour une vérité. Basiquement, le fondement-même de la vie est mensonge et métamorphose, mouvement, instabilité et insécurité, et la vérité, ou toutes ces choses qui posent des points fixes sont autant de havre pour l'humanité. Même si, cela va à l'encontre de la vie, et rend la société morbide, car en cherchant la vérité, la fixité, etc., c'est le caractère polymorphe de la vie qui est visé.

En résumé, c'est plutôt ce que je pense aussi. Pas parce que je suis Nietzsche comme un boeuf , mais parce que j'ai pas encore trouvé comment sortir de sa pensée. Et donc, le remède de Monsieur N. pour vivre en accord avec la vie, c'est l'amor fati, aimer son destin, aimer les choses telles qu'elles sont. Et elles sont pour lui, monstrueuses. Car, sans aucun point d'accroche, sans aucune stabilité possible sinon illusoire. L'univers est un monstre où l'insécurité règne, où la puissance que l'on a à opposer aux mouvements du destin est infime. Où tout n'est que jeux de forces, domination ou soumission, où par exemple (ça n'est pas de lui, j'extrapole là), l'amour ne serait que le moyen de dominer l'autre ou au contraire de moyen d'heurter sa puissance à celle d'un autre par refus de l'horreur du monde, pour trouver dans les paroles de l'autre des points d'accroche, des choses auxquelles obéir, ce qui au fond rassure, comme le fait de dominer rassure sur sa propre puissance/importance.

Ce que ce texte exprime, c'est mon paradoxe, celui de ne pas pouvoir réfuter Nietzsche et d'y croire malgré moi, et à la fois l'isolement que je m'impose à cause d'elle, car ce n'est pas une pensée très sociale. Disons que le "fort" pour Mr. N, c'est celui qui saura digérer un réel indigeste, mais moi, je n'y arrive pas. Tout comme je n'arrive pas spécialement à trouver un intérêt aux relations sociales autre dans un cercle extra-restreint. Puis, en bon intellectuel, je m'indigne de beaucoup de choses, de beaucoup de comportements, etc.

Je cherche pas spécialement à me plaindre, et c'est vrai que c'est une position peut-être un peu spéciale pour toucher les gens qui lisent. C'est surtout pour mettre en mots le fait que je n'arrive pas à "en finir" avec la société comme avec Nietzsche. C'est donc à la fois une révolte contre la société hypocrite, mais aussi une sorte de résignation que je commence à trouver nécessaire si je veux conserver ce que j'ai construit jusqu'à présent.

La solitude dont je parle n'est pas spécialement celle de quelqu'un de physiquement seul. Mais plutôt quelqu'un qui est seul face à ses propres goûts, pensées, opinions, et qui ne peut faire autre chose que les subir parce qu'il y croit. Pas assez fort pour vivre l'idéal de Mr. N, et pas assez fort pour l'ignorer. Pas assez fort pour ignorer l'hypocrisie de la société, mais pas assez fort pour s'en passer. C'est un peu ça l'histoire du texte.  
« Modifié: 14 Juin 2011 à 10:42:25 par Ollin »
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Hors ligne Bann

  • Plumelette
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Re : Supplique d'un égaré
« Réponse #4 le: 14 Juin 2011 à 14:26:03 »
Je n'arrive pas à me trouver un avis sur ton texte... J'aime beaucoup le coté grandiloquent de ton écriture, qui est passé de mode depuis bien longtemps et qu'il est fort appréciable de voir employé au service d'une prose dense et bien écrite. Malgré tout, pour moi, et tes petites explications me confortent dans ma pensée, cet écrit t'es avant tout destiné, et il est vrai que le lecteur autre que toi  perd pied dans un univers complexe que toi seul comprend.

Hors ligne ernya

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Re : Supplique d'un égaré
« Réponse #5 le: 14 Juin 2011 à 17:12:22 »
Comme l'a dit Bann, d'après tes explications (que j'ai plus ou moins comprises mais je crois que j'ai jamais réussi à comprendre quoi que ce soit de Nietzsche), ce texte est vraiment personnel dans le sens où à moins d'être calé sur Nietzsche, du coup, ça nous parle pas beaucoup.

N'empêche je pige pas trop pourquoi tu l'as mis en poésie du coup. Anyway, je me demande si tu pourrais pas préciser au début du texte qu'il a quand même une dimension philosophique ? et que tu traites d'une question par rapport à Nietzsche ? Pour, je sais pas, guider un peu la lecture des futurs lecteurs ? Ce n'est qu'une humble supposition, je trouve ça plus sympa d'avoir quelques mots avant le texte sur sa genèse. ^^

Quoi qu'il en soit, merci d'avoir pris le temps de développer ce que je ne comprenais pas !
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Hors ligne Ollin

  • Troubadour
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Re : Supplique d'un égaré
« Réponse #6 le: 14 Juin 2011 à 17:36:54 »
Hmmm, je veux bien mettre des indications, mais ce n'est pas vraiment du Nietzsche, ça éclaire, un peu, je l'avoue.
Le problème, c'est que j'ai une culture philosophique et pas littéraire. Donc j'utilise quoiqu'il arrive des concepts philo... Même sans le vouloir.
Mais j'essaierai de mettre quelques mots.

Merci d'avoir lu et critiqué en tout cas.
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