Un jour, je me suis faite renversée par une voiture. Cet évènement heureux fût le premier d'une longue série. Alors que je traversais, sagement, un jour de ciel bleu, une route située à côté de mon école, une voiture est soudainement apparue. Alertée par le bruit des moteurs tournant à plein régime, j'ai tout juste eu le temps de remarquer les roues du véhicule, situées à quelque centimètres de mes pauvres jambes. Il était trop tard. La voiture m'a violemment heurtée, me faisant rebondir sur le capot. J'aurais pu, bêtement, mourir ainsi à treize ans. Fort heureusement, je n'ai non seulement ressenti aucune douleur, lorsque je me suis retrouvée allongée sur le bitume, mais j'ai également pu me relever immédiatement. Mes spectateurs, dont ma mère, présente, étaient tous soulagés. J'avais frôlé la mort de peu. Et cet évènement qui aurait pu être tragique et devenu heureux à mes yeux. Pendant les années suivantes de mon adolescence, la mort m'a suivie. Nous avons réalisé une danse macabre ensemble, puisque je lui échappais à chacune de ses veines tentatives de m'emporter. Je crois qu'il faut avouer, parfois, être chanceux dans son malheur. Ainsi, plus tard, allongée dans un hôpital, je me suis reveillée à la surprise de tous. Sans jamais céder à la tentation de me croire immortelle, j'ai réalisé que ces confrontations à la grande faucheuse avaient orienté le cours de mon existence. Consciente de ma propre fragilité à un âge si jeune, j'ai compris que le trépas n'était pas si effrayant que nous nous le répétions. La mort peut, certes, nous surprendre à chaque instant. Mais cela donne toute sa grandeur à la vie, car chaque fois où j'ai échappé à son emprise, j'ai saisi un peu plus l'aspect miraculeux de toute existence.