Bonsoir. Cela fait très longtemps que je n'ai pas posté ou écris. J’essaie de m'y remettre. J'ai un penchant pour le fantastique et l'horreur maintenant

Tous vos retours me seront d'une grande aide. Bonne lecture
Pour celles et ceux qui souhaitent lire mes autre histoires fantastique/horreur c'est ici:Faux semblant (horreur reflexion):
https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=41759.0Parfum macabre (fantastique/horreur):
https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=41816.0Rêve lucide (fantastique/horreur):
https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=41908.0Partie 1Il y avait certains enfants plus doués en dessin que d'autres. Dès l'âge de 3 ans, je voyais bien la différence de talent entre mes petits élèves. Une fois leurs œuvres terminées, ils s'empressaient de les montrer à leur maîtresse. Je m’émerveillais alors devant leur papa à moustache verte, leur chat à sept pattes et leur maison plate à deux fenêtres et une porte. Toutes ses couleurs, ses personnages souriants, ce beau et grand soleil rond dans le ciel témoignaient d'une enfance heureuse et épanouie.
Mais parfois, ces dessins exprimaient un quotidien plus trouble voire malaisant. Une mère avec des tâches bleues sur le corps. Un oncle avec des yeux rouges. L'enfant se dessinant lui-même en pleure. Dans la plupart des cas, par précaution, je n'hésitais pas à en faire part aux services sociaux afin qu'une enquête soit menée.
Puis vint le cas d’Émilie...
Émilie était une petite fille timide aux longs cheveux blonds et aux joues rose bonbon. Elle parlait très peut avec les autres enfants. Dans la cour de récréation elle se tenait souvent à l’écart. Mais il m'arrivait parfois de la voir parler seul. Lorsque je lui demandais avec qui elle discutait, elle me répondait : « Je parle avec mon copain Billy. ». Il n’était pas rare que des enfants de cet âge aient des amis imaginaires. Mais pas comme Billy. Rien que son prénom me donne aujourd’hui des sueurs froides.
Un jour, par curiosité, je lui ai demandé de dessiner son fameux copain. Elle tourna sa tête vers la gauche puis me regarda : « Il dit qu'il va le faire lui-même. » Je haussais les sourcils de surprise puis acquiesçais de la tête avec un sourire. La petite fille, droitière, pris alors un crayon noir de la gauche et commença son dessin. Sa main tremblotante dessinait un visage rond et déformé. Je souriais devant sa maladresse mais surtout à l'idée qu'elle ait pensé à changer de main pour prétexter un autre dessinateur qu'elle. C’était une petite fille très intelligente. Je fis alors un tour de table pour voir et encourageait les autres petits élèves. Arrivée de nouveau à côté d’Émilie, je jetais un regard à son dessin. Je sentis alors un frisson me parcourir le cou. Quelque chose n'allait pas. Pétrifiée, je voyais le bras gauche de la petite fille bouger de manière très mécanique, par à-coup chaotique. Elle me regarda alors et dit en souriant : « Il a presque fini. ». Mon sang se glaça alors. Mon cœur accéléra. Tandis qu'elle me parlait en me regardant, son bras continuait de bouger frénétiquement. Les traits étaient précis, le dessin très détaillé. Le visage qui apparaissait était extrêmement réaliste. Je fis un pas en arrière, par reflexe, comme pour me prémunir d’un danger. Une boule dans la gorge m'empêchait de déglutir. Je fermai alors mes paupières et pris une grande inspiration. « C'est fini maîtresse ! Regardez », s'exclama la fillette. J'ouvris alors les yeux et m'approchai de la table. Mon Dieu... Le visage d'un petit garçon au sourire macabre m'apparaissait. Ses yeux plissés laissaient briller un faible éclat menaçant. Ses lèvres étaient anormalement étirées. Ses dents un enchevêtrement de crocs. Les détails étaient dignes d'un artiste aguerri. Les ombres et les volumes rendaient l'illustration presque vivante. Ma main devant la bouche, je sentis les larmes me monter aux yeux. Les élèves me regardaient tous. Je pris alors sur moi, m'accroupis auprès d’Émilie et lui dis : « C'est un très beau dessin ma chérie. Billy à l'air très gentil. Il me plaît beaucoup, tu veux bien me l'offrir ? ». La petite fille regarda sur sa gauche une nouvelle fois, rit et fit oui de la tête : « Billy est d'accord pour que tu le gardes. ».
Partie 2Je tentais tant bien que mal de garder mon calme pour le reste de la journée. J’attendais avec appréhension les parents d’Émilie. Comment pourrais-je leur présenter la situation sans passer pour une folle ? 16h30 sonnait, les pères et mères venaient récupérer leurs petits-enfants. J’hésitais alors. Dois-je vraiment en parler ? Après tout ce n’ai qu’un dessin réaliser par une petite fille surdouée. Je devrais peut-être même féliciter l’enfant devant ses parents. En pensant cela, j’entends la voix du père d’Émilie dire bonjour :
« - Ah, bonjour monsieur Vonmars.
- Comment allez-vous ?
- Bien, merci, disais-je la voix légèrement vacillante. Vous auriez pu me dire que votre petite fille est une prodigue du dessin. »
Mon inquiétude grandis quand je vis le père froncer les sourcils d’incompréhension. Il questionna alors le sens de ma phrase. Pendant qu’Émilie mettait son manteau, j’allais chercher le dessin sur la table et le tendis au père. Il prit le dessin et son visage s’assombrit. Il resta quelques secondes muet. Je patientais un instant puis commençais à lui raconter ce qui c’était passé. Il porta alors une main à sa bouche, regarda sa fille puis dit :
« Ma fille est atteinte d’un trouble cognitif appelé syndrome de la main étrangère. Elle a alors parfois le sentiment que sa main gauche est contrôlée par une autre volonté que la sienne tout en ayant parfaitement conscience qu’il s’agit de sa main à elle. Cette esquisse pourrait s’apparenter à une sorte de crise j’imagine… » Il me tendit alors le dessin : « Malheureusement, il n’existe pas de traitement. Il se peut qu’elle garde cet handicape toute sa vie.
- Vous pouvez garder le dessin.
- Je ne préfère pas. »
Je pris alors le dessin puis, voyant la mélancolie sur le visage de monsieur Vonmars, je le rassurais en disant que ce n’était que la première fois que cela arrivait en classe. A l’avenir je porterais une attention particulière à Émilie. L’homme regardait dans le vide. Il frotta le bout de son nez puis regarda sa fille. La tristesse et l’inquiétude se lisaient sur son visage. Il me remercia et parti.
J’attendais que le reste des parents aient récupéré leur enfant avant de prendre mes affaires et de rentrer chez moi. Arrivée dans mon appartement, je pris une douche pour me détendre. Mais le dessin et les dires du père d’Émilie hantaient mes pensées. Je finissais de me laver rapidement puis me posais dans le salon. Hésitante, je sortis le dessin de mon attaché-case. J’étais toujours aussi surprise par ses détails et par son réalisme. Je n’arrivais toujours pas à croire qu’une fillette de 5 ans puisse faire ça : « Syndrome de la main étrangère… ». Je pris mon téléphone portable et chercha la définition sur Internet. Effectivement, cette maladie mentale existait bien. Les personnes atteintes étaient persuadées que l’une de leur main était contrôlée par une volonté extérieure. Étant donné que tout se passait dans leurs têtes, elles ne développaient aucune aptitude nouvelle ou talent particulier avec cette main. Rien dans ce que je trouvais sur Internet ne se rapprochait de prêt ou de loin du comportement d’Émilie. Je posais une nouvelle fois mon regard sur le dessin. Je le pris dans ma main et le lâcha aussi tôt : « Aïe ! ». Du sang se mis à couler de mon index. Une goûte tomba sur le visage de Billy. Je me levais et maudissais ce satané dessin. Je me rendais à la salle de bain pour mettre un peu d’alcool sur mon doigt. La plaie était trop profonde pour une simple coupure de papier. Je revenais au salon et pris le dessin pour le jeter à la poubelle. Je me figeais alors. Les yeux écarquillés, le corps pétrifié. La tâche de la goûte de mon sang avez disparu. Et le dessin était légèrement différent : le sourire de Billy avait grandi. Je lâchai le dessin d’effroi et reculai de plusieurs pas. Je tentai de me calmer alors que mon pou s’accéléra. Je commençai à faire les cent pas en me prenant la tête. Je refusais de croire ce qui se passait. Cette nuit-là, je n’ai pas pu dormir.
Le lendemain, le dessin était toujours par terre devant la corbeille. Je n’osais plus le toucher ni le regarder. Je cachais ma mine affreuse avec du maquillage et prenais le chemin de l’école. Aujourd’hui les enfants devaient parler d’un de leur ami et expliquer ce qu’ils aimaient chez lui. L’activité enchanta les petits. Ils avaient tous hâte de s’exprimer. Mais Émilie baissa la tête, honteuse. Quand son tour arriva, elle se leva et se mis devant toute la classe :
« Moi, mon meilleur ami c’est Billy. Personne ne peut le voir sauf moi. Mais il existe ! Maitresse a même un dessin qu’il a fait. Je l’aime bien parce qu’il joue souvent avec moi. Même si parfois il est un peu méchant. Comme la fois où il m’a dit de pincer ma petite sœur. Ou la fois où il voulait que je pousse papa dans l’escalier. Mais sinon il est très gentil. Et… il est amoureux de la maitresse. Voilà. »
Les enfants éclatèrent de rirent mais je ne les entendais presque pas. Le dessin du sombre visage de Billy me revint à l’esprit. Je regardais mon index blessé. J’étais de nouveau dans le doute et l’incompréhension. Mon esprit se refusait de concevoir que cela puisse être vrai mais mon cœur battait fort. Et je voyais mal une fillette de 5 ans imaginer tout ça. Les enfants se sont mis à se moquer d’elle, la traitant de menteuse et de sans ami. Je reprenais mes esprits et tentais de les calmer : « Peut-être que si vous jouiez plus avec elle, elle n’aura plus besoin de Billy. Soyez gentil les enfants. ».
L’après-midi, c’était sortie à la bibliothèque. Le temps était couvert et annonçait l’hiver. Sur le chemin, les enfants étant d’un nombre impair, je tenais alors la petite main d’Émilie. La sortie se passa sans problème. Les enfants choisissaient chacun un livre qu’ils avaient le droit d’emporter. Mais Émilie en pris deux. Elle me dit que le premier était pour elle en me montrant le compte du petit chaperon rouge. Le second était pour Billy. Elle me tendit alors un épais livre que je reconnu tout de suite aux arabesques sur sa couverture : le Coran. Je regardais Émilie avec suspicion mais ne put m’empêcher de demander : « Pourquoi est-ce que Billy souhaite emprunter ce livre ? ». Émilie regarda à sa gauche puis me répondit : « Parce que ce livre parle de lui et de sa famille. ». Je regardais le livre un instant. Je dis ensuite à la petite fille que c’était un livre pour les adultes et qu’elle n’avait pas le droit de le prendre. Elle hocha la tête et parti donner son livre à la bibliothécaire pour le faire scanner. J’hésitais un instant puis, discrètement, je tendis le Coran pour qu’il soit scanner à son tour. Je le rangeais dans mon attaché-case puis nous retournions tous en classe pour attendre l’arrivée des parents.
De retour chez moi, je me refusais toujours de regarder dans la direction de la corbeille. J’avais l’impression de devenir parano. J’appelais alors un ami musulman, Suleiman. Après lui avoir fait promettre de tout garder pour lui, je lui ai tout expliqué. Perplexe, il avait du mal à croire à mon histoire. Puis je lui racontais ce qui s’était passé à la bibliothèque. Il garda le silence un petit moment. Puis il me dit : « Écoute Claire, ce que tu dis m’évoque certaine histoire oui. Mais sache que ce que je vais te raconter reste controversé au sein même de ma communauté. Il existe une réalité superposer à la notre que nous appelons le monde invisible. Cette réalité est séparée de la nôtre par un voile infranchissable. Infranchissable autant par nous que par eux.
- Eux ?
- Oui eux. Ceux qui peuplent cet autre monde. Dans notre genèse, il existe deux créatures qui ont été créé par Dieu avant l’Homme : les Anges et les Djinn. Les premiers ont été créé de lumière. Ils sont bons, beaux et respectent scrupuleusement les ordres divins. Les seconds ont été créé d’un feu sans fumée. Tout comme nous les humains, ils sont dotés de libre arbitre. Ceux d’entre les Djinns qui choisissent de respecter les préceptes de Dieu gardent leur nom de Djinn. Mais ceux qui désobéissent et rependent le mal en suivant la voie d’Iblis sont appelés Chayatinn.
- La voie Iblis ? Qu’est-ce que c’est ?
- C’est Satan. Et Chayatinn pourrait se traduire par démon. Et c’est la où on arrive à la question polémique miss. Certains des savants musulmans affirment que parmi les actes de désobéissance des mauvais Djinns il y a le franchissement du voile. Ils passeraient dans notre réalité pour agir physiquement sur nous et nous détourner violemment de la voie. Parmi leurs actes violent… »
Suleiman hésita un instant puis repris : « Parmi leurs actes violent, il y a la possession. ». Mon regard se posa alors sur la table basse du salon. Je lâchais mon portable qui tomba au sol. Le dessin de Billy n’était plus par terre à côté de la poubelle mais sur la table basse devant moi… Je donnai un grand coup de pied à la table qui se retourna. La petite feuille virevolta dans les airs. Un sifflement presque imperceptible accompagna sa chute. Un ricanement malsain. Juste avant que la feuille touche le sol, je crus entendre 3 mots. 3 petits mots qui allaient changer ma vie à jamais : « Je… suis… réel… ». Je poussai un cri strident. Puis, pris de panique, je me jetai sur le bout de papier et le déchira sauvagement. Je criais encore, mais de douleur cette fois. Une entaille apparut sur le dos de ma main. Un frisson me parcourut. Je regardai Billy déchiré en deux qui souriait toujours. Une haine s’empara de moi. Les larmes aux yeux, j’attrapai les deux bouts de papier et enchainai frénétiquement les déchirures. Mon cœur battit à cent à l’heure. Mon esprit vacilla. Le salon tourna tout autour de moi. A chaque déchirure une nouvelle blessure ensanglanta mes mains. Puis une autre, et encore une autre. Mais je ne m’arrêtais pas. Il fallait continuer, le briser pour qu’il ne revienne plus jamais. Bientôt, sur le sol rouge sang, Billy était en confetti. Je repris mon souffle petit à petit. J’essayais alors de me lever, les jambes tremblantes. Je récupérais mon téléphone entendant la voix en panique de mon ami. Je le rassurais alors et le convainquis de rester chez lui. Après plusieurs minutes au téléphone, il me conseilla de mettre la sourate 2 du Coran en lecture toute la nuit avant de m’endormir. Je promettais de le faire, puis raccrochais.
Les mains brulantes sous mon bandage, j’étais allongée sur mon lit, mon portable sur ma table de nuit récité la sourate « La vache » en arabe. Je ne comprenais rien mais, bizarrement, cela m’apaisait. Je plongeais alors dans un sommeil profond, sans rêve.