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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » La Vida No Vale Nada (contenu explicite)

Auteur Sujet: La Vida No Vale Nada (contenu explicite)  (Lu 2461 fois)

Alexeï

  • Invité
La Vida No Vale Nada (contenu explicite)
« le: 17 Avril 2011 à 22:31:14 »
Voici une nouvelle un peu tordue et assez longue aussi donc un grand merci d'avance à ceux qui auront la patience de la lire jusqu'au bout et de la commenter!

Pour Loredan, si jamais tu la lis j'ai essayé d'être plus "sincère", tu me diras! A+!


                                      La vida no vale nada

                                             I

    J’étais là car c’est ici que tout est encore à construire. Car c’est ici que mènent les mythes, la soif de terres nouvelles, l’envie de montagnes d’or, le désir de virginité. Car c’est là que les courants abyssaux font échouer les navires, que le souffle des cieux emporte les migrateurs et que le soleil meurt chaque soir. Implacablement. Car c’est ici, malgré les cathédrales et les temples élevés depuis le néant, que la terre reste vierge en dépit des quelques mémoires survivantes de l’épée de Cortés. C’est ici que tout est encore possible. En cette terre neuve. Renaître. Ressusciter. L’oublier, elle et son âme ; son visage, son aura. L’oublier.

« -Otra botella de mezcal coño !! Andale !! Andale !!
-Moi je te le dis Alejandro ! La vie ne vaut rien ! Tiens je peux me prendre une balle en sortant, là ! Tout de suite par un de ces putains de narcos !  Ce sont ces connards et les gringos qui sont les maîtres de ce pays, je te le dis moi. Tout le monde sait où vivent ces hijos de puta et personne ne va les chercher. Ce pays est devenu la décharge, l’usine et le bordel des Etats-Unis. Attends voir. Qu’ils viennent. Qu’un seul de ces gringos ose s’aventurer ici est moi je l’étrangle de mes mains !! Allez, salud hermano. »
   Ivanito. Il a été envahir le Panamá avec les américains juste pour rire comme il disait. Ils l’ont viré de l’armé car il parlait trop. Il buvait trop. Il venait de sortir de taule car on l’avait attrapé en train de pisser sur des livres hors de prix dans une librairie américaine. Il allait coller des autocollants avec écrit dieu sait quoi en arabe pour faire croire aux expatriés que le djihad était arrivé au Mexique. C’était lui, Ivanito. Le grand ennemi de l’hégémonie américaine qui ne pouvait s’empêcher d’écouter du blues et avait placé John Lee Hooker à son panthéon personnel au côté de Jésus, de la vierge noire et de Santa Muerte.
   « -Ce bordel c’est notre terre. Une terre d’empire, les Aztèques étaient comme les Romains ici amigo. Je suis mexicain à jamais. A jamais tu m’entends ! Tu sais, j’ai un plan,  des bombes à impulsion électromagnétique. J’en mettrai dans chaque centrale, dans chaque grande ville américaine et on repart à zéro. Seul le blues survivra. Le blues est la rédemption de ce peuple de macaques. Salud ! »
   Je buvais inlassablement. Chaque nuit. Ivanito était mon compagnon ce soir jusqu’à ce qu’il s’écroule. Ils s’écroulent toujours, tous, inexorablement et alors elle réapparait. Son visage, son odeur, son aura. Ce poids insupportable qui s’abat sur mon cœur prêt à exploser.
   « -Ah tu sais ce qu’on dit hombre!  Lui dis-je. »
« -Non, coño, on dit quoi ?
-On dit que les européen sont des connards arrogants car ils se croient le centre du monde et que les américains sont des abrutis car ils ne savent pas que le reste du monde existe ! »
   Et dans ces vapeurs de souffre, d’alcool et de tabac je riais. Quelques mariachis informes chantaient la misère et la douleur, derrière, se mêlant aux fumées d’outre-tombe. Ils me chantaient, décrivaient les méandres de mon cœur sans jamais perdre cette chaleur. Cette joie noire et puissante. Car tout le monde meurt ici, d’une balle ou d’un cancer du foie. Así es. J’aimais cette chaleur, cette allégresse pathologique. J’en avais besoin alors je riais. Je riais jusqu’à tomber de ma chaise, jusqu’à me rompre les poumons, jusqu’à noyer mon cerveau de mon sang imbibé d’agave. Alors elle n’existait plus. Jusqu’à ce qu’ils rampent ivres entre les entre les tables décharnées, jusqu’à ce qu’ils rendent leurs tripes. Jusqu’à ce que le soleil renaisse.

« -Excusez-moi. Comment se fait-ce que je me sente quelque peu à Paris en cette contrée si lointaine ?
-Eh bien, Monsieur le touriste, la glorieuse nation française autrefois dirigée par le piètre militaire Napoléon III a décidé un beau jour de créer l’Empire du Mexique avec un archiduc Autrichien consanguin et la fille du roi des cons. Euh des belges excusez-moi. Alors Porfirio Díaz, grand général au service du grand réformateur, le président Juarez, a combattu vaillamment. Malgré leur perte initiale ils réussirent tout de même à fusiller ce chien de Maximilien !!  Mais après que Porfirio aie pris le pouvoir il est tombé sous le charme de ses anciens ennemis !! Ah le saligaud !! Ah le traître !! Il est à Paris maintenant, aux côté d’Oscar Wilde et de Jim Morrison. C’est pour ça que vous voyez ces merdes, assez belles je dois admettre, haussmanniennes partout… Hasta siempre la revolución !! »

   La lumière transperçait les clochers élevés depuis les ruines des temples anciens pour venir me réchauffer la peau. Le son des cloches, difforme, atteignait avec grand-peine mes oreilles me laissant deviner le brouhaha qui surgirait de l’aube naissante. Je me souvenais d’Ivanito, écroulé entre les jambes sulfureuses d’une serveuse, que l’on a foutu dehors et tabassé. Je me souvenais du touriste qui n’avait certainement jamais existé et elle était là. Comme à chaque réveil. Son absence. Ma main s’apprêtant à caresser sa peau, mes lèvres sur le point de goûter une fois encore les siennes mais elle n’était pas là. Je n’avais pour compagnon que quelques souvenirs séniles, le vomi qui engluait mes cheveux et le mépris des passants qui m’auraient craché au visage s’ils n’avaient peur que je leur saute à la gorge.
   Je traversais le Zócalo, cette place immense, centre de l’empire Aztèque tombé, centre  Tenochtitlan la déchue ; cette Venise merveilleuse desséchée, violée, pillée, martyrisée, ruinée. Devenu mine d’or et carrière de pierre d’où on éleva les cathédrales et les palais espagnols. De cette grandeur perdue ne restait plus que Teotihuacan. Là où se font les dieux, là où les hommes deviennent des dieux. Aujourd’hui désertée. Anéantie. Juste ce vaste lac desséché, juste ce poumon gargantuesque infecté de carbone où ils s’entassent, où ils meurent. Les hommes. Les faibles. Et je me trouve face à elle, au détour d’une rue pavée des pierres des temples disparus, bordée de murs criblés de balles dont les toits ne sont plus. Santa Muerte. La Mort. La sainte. J’ai vingt-huit ans. Elle rappelle la prophétie, Chang et le reste. Je fixe ses orbites noirs, mon visage entaché de mes déjections suintant l’éthanol, et j’accepte. Je m’incline face à elle. Face à mon destin.

« Oh ! Alejandro ! La botella se acabó hermano !
-Ok mec enlève le vers. » Chaque matin, chaque dimanche les églises étaient pleines. Toute une nation à genoux face à un juif crucifié il y a deux milles ans pour qu’il leur donne la force d’arrêter de se soûler. Mais chaque soir nous étions là. Nous rendre ivre jusqu’à tomber, fumer jusqu’à cracher nos poumons, trouver des filles souvent laides, nous raconter que nous étions des hommes des vrais. Peu importait. Jésus serait là demain. Et si dieu est avec nous qui peut être contre nous ? Dans le fond de chaque bouteille de mezcal se terrait un vers qui rôdait autrefois dans les plantes d’agave. Un concentré de délirium trémens. Un être hors du commun. Un surréaliste. Un mort qui se dérobait au trépas en absorbant plus d’alcool que n’importe quel foie ne pouvait en supporter. Ce vers c’était le Mexique. Paco et moi, nous nous partagions ce Saint Mexique tel deux conquistadors ivre de terre et d’or.
   « -Putain, j’arrive de Ciudad Juárez cabrón ! C’est plus possible de vivre là-bas. La frontière c’est l’enfer. C’est la guerre, les narcos n’arrêtent pas de se mitrailler les uns les autres. J’ai failli me prendre une balle dans une fusillade. Ces cons là se tirent dessus en pleine rue ! C’est plus possible ! Salud ! Des dizaines de morts tous les jours. Et les flics ! A part te taxer pour le moindre truc, ils ne foutent rien ! Ils y a un tueur en série qui enlève et tue des gonzesses depuis des années et il court toujours. Tous des chiens corrompus ces fonctionnaires… Salud ! » Paco, il vendait des trucs. Personne n’avait jamais compris ce qu’il vendait mais il arrivait à gagner sa vie avec ça. Il ne faisait que parler de la frontière. Il se voyait dans les regards de son public ivre tel le survivant d’une guerre, d’un génocide. Notre libido s’accroissait avec les bouteilles vides qui s’empilaient. Benito a commencé à siffler les serveuses. Nous étions tout-puissants. Des surhommes faits d’agave et d’éthanol.  Nous avions ingéré l’âme du Mexique à l’instant et le Christ dimanche dernier. Personne ne pouvait rien contre nous. Alors je me levai, saisis la petite Maria et l’embrassa. Elle garda sa bouche fermé alors je la léchais tel un chien jusqu’à ce que je sente la peau de mon dos s’arracher. Un videur me cogna  et me jeta dans la rue avec les autres. « Essayez de revenir et on sort le fusil bande d’ivrogne ! ». Peu importait dieu était avec nous et il avait créé assez de cantinas et de vin pour anéantir l’humanité à travers sa sainte ivresse.
   Les lumières des lampadaires ne formaient plus qu’une longue ligne. Une voie lumineuse vers la fin du monde. L’âme du Mexique dissolvait mes veines, immolait mes intestins. Je riais encore jusqu’à ne plus avoir de souffle. Je ne voulais pas voir son visage, je ne le supporterais pas. Je parlais sans fin. « Il n’y a pas de Mexique sans lucha libre ! C’est l’exutoire populaire mes amis ! Notre opium ! On se fout des cons qui se battent on y va pour boire et hurler contre ces lutteurs, ce gouvernement, ces gringos ! » Je le sentais. Elle allait revenir. Son visage. Anna. Je ne savais pas quoi faire alors j’ai sauté sur le premier venu. J’ai enfoncé mon poing dans ses tripes tel un poignard. Il a riposté sur mon visage avant que les autres ne m’arrachent à ses poings. Je gisais sous la voie lumineuse de la fin des temps, le sang se mêlant au mezcal, s’engouffrant entre les pavés. J’étais bien. En paix. Ma chair meurtrie était telle une rédemption éphémère, mais je n’avais pas encore assez bu.
   « No vale nada la vida, la vida no vale nada, comienza siempre llorando y así llorando se acaba ». Les complaintes amorphes des mariachis perçaient le brouillard de tabac et notre boucan. Les mêmes tragédies, la même allégresse. Je me taisais pour essayer de percevoir leur litanie malgré mes tympans noyés de mezcal.
   «- J’ai traversé le Rio Grande à la nage. Les courants t’engouffrent dans le fond et te noient. Ces enculés des patrouilles d’auto-défense nous ont tirés dessus, on s’est plaqué dans le désert et on a marché  dix jours. Dix putains de jours sans rien. Huit d’entre nous ont crevé. Des noyés, des descendus et des charognes momifiés par la chaleur. Voilà ce qu’ils sont devenus… Mais toute cette merde est un présent, je te le dis hermano. J’ai trouvé dieu dans le désert. Il m’a ramené à la civilisation, m’a montré le chemin vers des justes qui ont comblé ma soif et ma faim.
-Qu’est ce que tu fais là alors ?
-Je bossais comme un esclave, seize heures par jour, j’en pouvais plus. Et un jour j’ai mis une rouste à mon patron. Il a appelé l’immigration et voilà. On m’a foutu dans une prison fédérale. On m’a fait passé l’envi de revenir rendre visite à l’Oncle Sam si tu voix ce que je veux dire. Puis j’ai eu une autre révélation. J’étais là, écroulé sur le sol, mon visage consumé par mon sang et les coups lorsque ces bottes sont apparues. Un officier, grand et digne. Il me dit « Pourquoi vous entêtez-vous à venir vous-autres mexicains. Ne le voyez-vous donc pas ? L’empire s’écroule. Les rats quittent le navire et l’on chasse la vermine dans votre genre. Nous n’en avons plus pour longtemps. Redonnez à votre pays sa splendeur d’entant au lieu de venir sucer le peu de sang qu’il reste à ce cadavre encore chaud. Il sera froid bien assez tôt. Oui mon ami c’est la fin de l’empire. Adieu ». Je ne sais pas si c’était le mezcal ou de l’adoration ou autre chose. J’avais tout oublié, les mariachis, la douleur, mon nez défoncé, Anna. J’étais accroché à ses lèvres. Je respirais chacun de ses mots. C’était un sage, chacune de ces paroles était prophétie. Ce pays devait retrouver sa grandeur.
   « Oye Alejandro ! Y’a plus de filles ici !! Allons au bordel !!hahaha las putas !! Vamos !! »
   Nous traversassions les autoroutes, les foyers de taules et de cartons,  les douilles, les alcooliques effondrés sur les trottoirs trop ivres pour rentrer. Nous passions devant les junkies attendant, hagard, une dernière dose, attendant que Santa Muerte les fauche complètement hilare. Euphorique car nous n’étions rien de mieux qu’eux, de la chair en décomposition mais nous n’en avions que faire, nous avions les mariachis jouant pour nous. Les femmes priant pour nous. Le juif crucifié pour nous et l’alcool. Eternel. Jusqu’à la fin des temps. Jusqu'à la fin de notre temps.
    
   Le baroque usé de la chambre transpirait la décadence d’une autre époque. Usé par les poings des poivrots épileptiques, par les fluides des prostitués ayant sué et rendu l’âme entre ces murs. Elle n’était qu’une ombre transperçant cette lumière de sang. Une autre gamine des bidonvilles. Je connaissais déjà son histoire. Je l’ai baisé, violement. Mais impossible de jouir. L’alcool avait anesthésié chacun de mes membres. Dissous chacun de mes nerfs. Ma queue n’était qu’un  amas de chair sans vie. Et je sombrais dans l’inconscience.

   L’astre vénéré des anciens perçait les persiennes de son souffle lumineux. La pute m’avait lâché, dépouillé, emporté le peu de pesos qu’il me restait. Les autres avaient disparu. Et enfin elle. Elle s’était évanouie de la réalité. Anna. Je l’ai aimé comme personne. La première, l’ultime. Elle aussi m’a lâché et dépouillé comme cette pute. De toutes ces merdes que j’ai vécues elle est la pire, la plus belle. La fatale. J’étais là, seul dans cette chambre fixant le lustre prêt à s’écrouler entre ces murs lézardés et ces ornements d’autre temps, ternis par les révolutions, les têtes tombées et les coups d’état. Par le temps. Le guérisseur qui n’a jamais su m’apaiser.
    Et alors mon corps m’échappa. Recroquevillé. Un fœtus pourrissant. J’étais là convulsant. Moite. Impuissant. Je pensais alcool, foie, Cirrhose, mort, dieu, grandeur. Je me rêvais Cortés mais je n’étais que la vermine de ce vaste bordel. Incapable de la reconquérir. Anna. Je voulais partir mais je ne pouvais pas. Je convulsais. S’en était trop. Mais elle ne venait pas. Santa Muerte. Alors je voulais de l’alcool pour qu’elles sombrent encore dans l’oublie. Anna et la mort. Pour que la réalité s’effondre. Pour oublier. Et elle est arrivée. Enfin. Santa Muerte.
            
                                                             II

   « -Je t’ai laissé nu, en proie à tes songe il y a 5 ans déjà et je te retrouve nu en proie à des convultions. C’est étrange. S’en est même drôle… Calme-toi. C’est à cause d’elle n’est ce pas ?
-Je ne peux rien te cacher Chang…
-Oh si, tu m’as déjà menti…
-Merci.
-Je savais que je te trouverai dans un bordel pour l’oublier…Tu sais pourquoi je suis là ?
-J’ai vingt-huit ans… Je ne croyais pas que tu viendrais.
-J’ai eu bien des hommes après toi mais je ne t’ai jamais oublié. Je te l’ai promis. La mémoire et la vérité.
-Il est l’heure ?
-Bientôt, dans quelques mois. Je le sens. Je suis venu te voir avant que tu ne partes.
-Sors-moi d’ici.

   J’ai rencontré Chang lors une nuit d’ivresse à Pékin il y a des années de cela. Je l’ai désiré là-bas, mais elle était jeune et prude. Je me suis écroulé sur le trottoir, imbibé d‘alcool après l’avoir embrassé passionnément. Pendant une année je n’ai eu pour souvenir d’elle qu’une photo de la cité interdite signée des quelques idéogrammes. Et je l’ai revu. Et elle me l’a annoncé. Ma mort prochaine. Je devais mourir à vingt-huit ans en accomplissant quelque chose. Elle était noyée de chagrin. Mais elle n’y pouvait rien comme pour tous ces autres. Morts sous ses yeux. Elle était la mort malgré elle. Alors je suis parti en Afrique chercher l’immortalité. J’aurais pu mourir une centaine de fois. Dans ces mines, ces batailles rangées, ces purifications ethniques, ces partis du peuple, de la liberté ou de je ne sais quoi faits et défaits. Mais je ne mourrais pas. J’étais immortel. Jusqu’à mes vingt-huit ans.

   Je l’avais connu vierge et je la retrouvais sauvage. Ses fesses lourdes et humides s’écrasaient sur mon visage trempé de ses effluves enivrants. Je parcourais son corps lisse de mes lèvres. Lui faisait goûter la saveur de ses entrailles en pénétrant sa bouche de mes doigts imprégnés d’elle-même. Je saisis ses amples hanches, la pénétrant de toutes mes forces, m’appuyant sur le bas de son dos. Elle gémissait. Je ne savais plus si elle avait mal ou si elle s’embrasait. Et comme autrefois la réalité se dissolvait dans notre extase lubrique. Et je l’oubliais. Anna.
   
   « -Tu m’as manqué Iskandar.
-Iskandar… Tu dois bien être la dernière à m’appeler comme ça. Ce nom est mort avec tous ceux qui le prononçaient.
-En Afrique, c’est ça ? Je t’avais dit que tu ne mourrais pas là-bas…
-Tout ça était dans une autre vie. »
   
   J’étais apaisé. Chang me paraissait laide. Je savais combien elle était belle mais elle m’était juste laide. Je ne pouvais pas abandonner Anna. Sa reconquête. Cette chimère. Je désirais Chang. Je l’ai toujours désiré mais elle me donnait envie de vomir. Une partie de moi la rejetait. Une partie de moi n’arrivait pas à oublier.

« -Tes yeux ont changé Chang.
-Je vois bien que tu penses encore à elle ! Je t’ai vu lorsque que tu me sautais ! Je l’ai vu dans tes yeux cette allemande. Cette putain de nazi !
-Ne joue pas à ça avec moi ! Je n’aime pas cette Chang. Tire-toi de là ! Dis à l’autre de revenir !
- Qu’est ce que tu crois ! Tu crois que nous sommes venu pour parce que nous t’aimons ? Nous ne t’utilisons que pour le sexe ! Et nous n’avons plus besoin de ta misérable bite maintenant. Nous pouvons avoir n’importe laquelle. Tous ces mexicains sont à nos pieds ! Nous somme ici pour nous assurer que tu succombes à la prophétie.
-Je n’ai rien à dire à cette Chang. »

   Allez demander à un psychiatre ce qu’est la réalité. Il vous dira que c’est ce que le plus grand nombre s’accorde à percevoir. Ils disaient Chang folle. Elle voyait des choses qui dépassaient les sens des autres, de leurs normes. Qui dépassaient mes propres sens. Elle voyait des âmes perdues. Des fantômes. Des images de mort. Les visages de ceux qui ne seront plus. Mon visage. Elle s’est longtemps cru folle elle-même mais elle a accepté sa malédiction. Son don.
   Elle n’était pas seule. Jamais. Je ne sais même pas combien elles étaient en elles. Des pans complets d’elle me haïssaient. Ses 2500 ans de rigueur et de dureté confucéenne ne m’ont jamais pardonné ma témérité et la brèche ouverte dans son cœur. J’étais sa seule faiblesse. Sa seule faille à elle. La riche, la puissante industrielle. Héritière de Tchang Kaï-Shek. Partisane du Kuomintang. Fille des exilés de l’ancestrale Chine devenue propriété du peuple, propriété d’un homme. Princesse de la République Chine  provisoire depuis 1949. C’est moi qui l’ai tiré de son île et elle me hait pour ça.

   « -Je suis revenue.
-Cesseras-tu un jour de me haïr ?
-Ai-je vraiment besoin de répondre ?
-Non. Je connais la réponse. Je suis content que tu sois revenue. Essaie de te contrôler. Tu sais que je n’aime pas les voir.
-Excuse-moi. Tu sais que je t’aime mais elles te détestent.
-Je sais.»

   Chang m’a toujours sauvé de mes abîmes. Après mon exil en Orient, elle était là. Elle est revenue après l’Afrique et maintenant après Anna. C’était sa dernière apparition, mon destin était en marche.
    J’ai redécouvert le jour. J’emplissais mes poumons de l’air venimeux de cette ville sans fin. Je souriais à l’astre céleste du haut des restes de la cupidité des conquistadores. J’ai fini par trouver un job dans la Zona Rosa. Le quartier gay, réserve d’alcool, de filles et d’hommes pour quiconque avait suffisamment de pesos pour se traîner hors des cantinas. Chaque nuit des jours exutoires de la fin de semaine, ils venaient par centaines oublier et s’insurger contre la fatalité du d’être né Mexique. Ils venaient acclamer cette même terre sur les hymnes autoproclamés depuis bidons villes sordides jusqu’aux fastueuses collines des restes de la capitale Aztèque. « Puto!! El que no hace lo que quiere, Puto!! Puto nace y puto se muere ; Amo matón, matarile al maricón, Y que quiere ese hijo de puta? Quiere llorar! quiere llorar! » Chaque nuit, ces mêmes paroles, depuis une décennie, les faisaient se déchaîner. Tous dans un garde-à-vous chaotique, adorant ce sol, ce passé noir et glorieux et cet avenir incertain. L’hymne du peuple, la seule chose qu’ils aient en commun. Alors chacune de ces nuits je vendais de l’alcool à ces ivrognes, à ces conquistadores de mondes artificiels. Je les amusais. J’étais le bouffon du Mexique attendant sa cirrhose ultime. Mon salaire c’était leurs pourboires.
   Les hôtesses, qui repoussaient les hordes à l’entrée et laissaient rentrer quelques élus, portait d’immenses croix se balançant depuis leur nuque sur leurs lourdes poitrines basanées. Le patron disait que c’était pour empêcher le diable d’infiltrer ce lieu pieux. Je venais de glisser sur une capote pleine, se mêlant à la bière et au verre brisé qui parcouraient le sol. Le diable était déjà là.
   J’aimais les hôtesses et elle me le rendait bien. Elles emmenaient les élus vers mes tables. Elles effleuraient mon torse de leurs doigts fins et sensuels. Me dérobaient parfois des baisers au détour des escaliers et m’emmenaient chez elles. Elles me faisaient l’amour comme si j’étais le dernier homme sur terre. Se mouvaient à la manière des déesses grecques disparues. Et me pardonnaient mes convoitises. Et me donnaient l’absolution depuis leurs croix d’argent que je n’osais leur ôter. Que je n’osais baiser. L’absolution.

   « -Putain je t’ai attendu toute la nuit espèce de connard ! Tu étais où encore ?!
-Tu sais bien que quand je finis le service le métro est fermé alors il faut que j’aille dormir ailleurs.
-Je sais que tu baises les hôtesses ! Tu me prends pour une débile ! Je les ai bien vues te toucher et te regarder !
-Mais non ! Nous sommes collègues, tu me connais !
-Nous nous demandons si nous ne devrions pas te tuer maintenant et accomplir la prophétie. Dit-elle, me fixant de son regard d’une noire hilarité hystérique »
   
   Elle sortit un flingue. Le mit contre ma tête et l’arma prête à accomplir ce qu’elle m’annonça il y a tant d’année.
   
   «-Va te faire foutre Chang !    Tu sais que vous et ce flingue ne m’impressionnez pas. Tu n’es pas la première à me mettre en joug ! Qu’est ce que tu crois !
-Je vais le faire. Tu nous rends malade. Tu es faible. A chaque fois nous sommes venues pour toi. Pour te sortir des tes merdes. Après ta déshérence en Orient, tes plaies et ton doigt coupé en Afrique. Les faibles trépassent. Nous allons le faire.
-Pardonne-moi…
-Et chaque fois tu vas baiser ces chiennes dont tu ignores même le nom ! A chaque fois tu trahis celles de nous qui t’aiment. A chaque fois tu donnes de plus en plus de pouvoir à celles qui te haïssent. Nous allons le faire, terminer cette prophétie et ta misérable vie.  Tiens ! Comment s’appelait-elle ?
- Pardonne-moi Chang… »
   Elle fondit en larme. Une fois de plus. Alors je lui fis l’amour comme si elle était la seule. Détournant le regard.  Fixant les murs et les plafonds pour ne pas voir son visage. Dévisageant sa laideur céleste. Et parfois lorsqu’elle se relevait, lorsqu’elle s’agenouillait, d’un regard furtif je voyais sa beauté, celle que le monde admirait, m’apparaître pour s’évanouir quelques instants plus tard dans les affres de ma peine. De mon manque. Seules ses formes brutes et denses ne m’insupportaient guère. Mes dernières réminiscences d’Anna. Mon amour.
    Toutes ces femmes dont les visages et les noms m’échappent me pardonnaient. Tous mes excès, mes convoitises, mes abandons, mes oublies. Elles ne m’aimaient pas. Elles n’attendaient rien de moi. Leur indifférence était mon absolution. Je ne pouvais plus aimer. Anna fut la première et la dernière. Je savais que Chang aurait fait n’importe quoi pour moi. Que ses sentiments étaient plus profond que je ne pouvais même le concevoir, mais jamais elle ne me pardonnait. Je me suis humilié face à elle, face contre terre, la suppliant de m’absoudre. Mais jamais elle n’oublie. Jamais elle ne me pardonnerait. Elle possède une partie de moi. C’est la seule chose  qui la console de sa faiblesse. La seule chose qui l’empêche de presser la détente. La chose qui me fera fuir à jamais.
   
   « Oye cinco tequillas cantinero ! » On l’appelait El Norteño. Il était cinglé. Il venait du nord. Il avait grandi un calibre à la main dans les bidonvilles de Monterey. Il avait perdu son innocence avant son pucelage. Il connaissait déjà le goût de la mort avant de connaître celui d’une chatte. « Tu vas tomber dans le comas couille molle ! ». On l’appelait Loco. Il faisait des choses que personne d’autre que lui ne ferait comme aller voler une voiture garée avec les clés encore sur le contact vers Niños Heroes. Ça expliquait ses balafres et ses doigts en moins. Mais malgré toutes ses conneries, il était protégé par une force surnaturelle ou je ne sais quoi. Il vénérait Santa Muerte. C’était peut-être elle. Le seul fait qu’il respire encore en était une preuve irréfutable. Je me soûlais car je ne pouvais plus voir Chang. Car je ne pouvais plus penser à Anna. Nous buvions jusqu’à tomber. Mais aujourd’hui Norteño, l’assassin pré-pubère venant de devenir un homme, était là. A chaque verre descendu la tension montait d’un cran. A chaque verre, les vapeurs de souffre devenaient plus opaque.
   « -Moi je te le dis, la vie ne vaut rien ! dit Loco »
« -Ma vie est assurée et si tu continues à raconter des conneries moi je te ferai la fermer !
-La mienne est assurée par Santa Muerte, Norteño de merde. » Les yeux de Norteño étaient devenu aussi noirs que le fond de la pièce enfumée. Plus de rires, plus de paroles. Juste quelques soupirs. Plus personne n’entendait les mariachis, tous suspendus aux lèvres de Norteño. Nous savions tous ce qui allait se passer mais personne ne fait rien car ce qui doit arriver arrive. Car así es. « Bueno… » Il baissa la tête pour se relever fauchant la table et empoignant son arme qu’il envoya dans le nez de Loco. Il saisit ses cheveux, l’emmena hors de la cantina  qui commençait à s’enflammer à la vue du sacrifice humain imminent. On avait massacré vingt-cinq mille prisonniers de guerres et autres amérindiens pour inaugurer les Grandes Pyramides de Tenochtitlan, épicentre de l’empire. Trois jours où la ville n’était plus qu’hystérie, hurlements et torrents de sang. Alors Norteño mit trois balles dans le ventre de Loco. Santa Muerte l’avait planté. Devant Loco gémissant, convulsant et crachant du sang au lieu de mots Norteño prit pitié. Il lui demanda pardon et l’acheva. C’est l’âme de ce continent, éternelle, oubliée, omniprésente. Elle a toujours tout absorbé, les chinois traversant le détroit de Béring il y a vingt mille ans, la soif de sang des dieux Mayas et Aztèques, l’avidité de Cortés, la bestialité des espagnols et les missionnaires évangélistes à l’affût des âmes délaissées par Vatican. Norteño est le fils de ces prêtes portant de leurs mains ensanglantées le cœur encore palpitant des sacrifiés vers les cieux. Vers l’astre sanguinaire. Des hommes que l’ont a vénéré avant d’ouvrir et de laisser leur sang devenir rivière parmi les canaux de cette Venise immolée. Les ancêtres de Loco. J’en avais fini avec Mexico. Avec Chang. Il fallait que je parte.

                                                                  III

   Je suis parti vers le nord. J’ai acheté quelques litres pulque à une vieille indienne sous l’ombre d’une bâche puante. De l’agave à peine fermenté qui faisait marcher les Aztèques dans le désert des jours durant, sans faim ni soif, comme plongés une ivresse mystique.  Je suis parti vers les montagnes, escaladant frénétiquement leurs parois, franchissant leurs cols pour m’éloigner enfin de la terre rongée par la peine. Je me suis mis en route vers les cieux. Oubliant les abîmes par de-là les cols et la roche. Pour en finir avec la terre et délaisser l’agonie.
 J’étais au coin d’un feu, chaleur unique en ces froides hauteurs célestes. Contemplant obsessivement le soleil rouge succombant aux montagnes. Me fuyant. Ensanglanté du sang des sacrifiés des temples. Des sacrifiés de la rue. Du sang qui s’échappait de mes plaies ouvertes à jamais.
   Mon estomac était plein de pulque, rassasié des feuilles d’agave noyé d’alcool, je n’avais plus faim, plus soif. J’avançais. Rien n’importait plus. Santa Muerte. Anna, Chang, ma mort annoncée. J’avançais. Mon corps était épuisé mais le pulque me tenait debout. J’ai fini par tomber sur un village. J’ai pris un bus, dépassé Guadalajala et j’ai marché. Encore. Quand vous n’avez plus rien, que pouvez-vous faire d’autre que marcher ? Là où vous n’avez de temps que le soleil naissant, mourant et ressuscitant. Où vous n’avez de limite que les cieux se mêlant à la terre au bout de cette immensurable étendue desséchée. Où vos veines  n’irriguent plus que ce saint pulque qui vous ronge et qui vous tient. Je ne sentais pas la chaleur. Les quelques momies, cadavres desséchés de dieu sait qui, ne m’impressionnaient même pas. J’étais immortel. Eternel. J’avais l’alcool des bâtisseurs d’empire.
   Après de nombreuses lunes, l’air cessa de m’incendier les poumons. Il y avait comme de l’eau dans le souffle du vent. Et je l’ai vu. Cette étendue bleue sans autre terme que le firmament, venant se fracasser contre l’érection de roche consumée par le soleil levant qui me portait. J’en eu le souffle coupé. Comme si s’en était plus de beauté que je ne pouvais en supporter. Alors j’ai continué vers le Nord. Je suis arrivé à Mazatlan. Le pulque s’est terminé. Je suis resté trois jours gisant dans un coin du port avec la brise marine pour seul perfusion. Pour seul scission entre le trépas et la vie. Je retrouvais la ville. Les églises, les palais et les colonnes élevés depuis l’Empire déchu, les ivrognes assommés sur les trottoirs, les câbles électriques prêts à céder et la foule. J’en étais malade. J’aimais le vide, me fondre dans le néant entre les momies, les roches flambantes, l’horizon sans limites et les boulles de branches mortes errant au gré des vents qui me calcinaient la peau. Qui me purifiaient l’âme.
Et au détour d’une rue bariolé de vert, de rouge et de bleu. Sur le pas de la porte d’une maison éventrée par un arbre immense sous le soleil de midi. Un vieil indien se tenait à sa canne, vestige des temps anciens. Arraché à ses songes il dit : « De l’autre côté il y a feu la dernière frontière de l’empire Espagnol, une terre anciennement peuplée d’amazones. Une terre de désert, de montagnes, de falaises escarpées et d’eau cristalline. Certainement le dernier paradis terrestre avant que les espagnols n’y croquent la pomme. Leur dernière conquête. ». Je n’avais nulle part où aller. J’étais malade de cette foule. Ce vieil indien m’apparut tel  un messager. La Basse-Californie, le paradis perdu. La dernière frontière avant l’infinité de l’océan. La dernière bordure avant les vapeurs d’opium de Hong Kong. J’ai attendu l’aube, humant le souffle salin de l’horizon noir, pour sauter dans le ferry sans que l’on ne me voie. Qui savait quand on arriverait ? La Basse-Californie. La paix. Enfin.

                                                         IV

   « Excuse moi de te demander ça hombre, mais il est où ton doigt ?  me demanda Enrico ». J’avais quitté cette ville puante de La Paz, d’où j’avais débarqué avec le ferry, pour m’enfoncer vers le nord, vers l’étendue aride, à travers montagnes et cols desséchés. Carcasses et maisons de bois et de bâches. Nous traversions le désert, dans sa voiture prête à rendre l’âme, sans autre direction que le bitume qui paraissant s’évaporer au loin. Nous n’avions pour compagnon que les cactus qui s’élevaient plus haut que les clochers des exterminateurs et le soleil qui attendait le moindre écart de notre part pour nous transformer en momie. Pour nos ôter de la mémoire des hommes. Des vaches sortaient de nulle part, traversaient la route et s’évanouissaient dans le vide. Quelques drapeaux calcinés par le vent se faisaient témoins de la conquête de cette terre sans pitié pour les faibles. De ce paradis perdue, la Basse-Californie. Une conquête qui réapparaissait avec les stations service abandonnées, faites de planches noires consumées par  feu solaire, pour disparaître quelques kilomètres plus loin dans l’horizon en distorsion. Là où il n’y avait que roche, sable et néant, où l’on se demandait si la conquête n’était pas qu’un mythe.
   « -Mon doigt est resté en Afrique avec une partie de mon âme. C’est un souvenir qui m’a été donné par un homme. Un homme fort qui a gagné sa légitimité en écrasant la mienne. C’est son message pour l’avenir. Son rappel.
-Quel message ?
-Que je ne suis pas africain, que cette terre n’est pas mienne, que les ambitions des étrangers  comme moi seront toujours terrassées par la nature et la magie de ce continent et qu’il en était le bras. Que ce doigt était mon présent. Que c’était la vie.  Puis il m’a dit de regarder autour de moi, que ceux qui avaient encore leurs doigts avaient perdu leur tête.
-Putain ! Tu foutais quoi là-bas ?
-Je créais un empire…
-Quoi ?!
-C’était dans une autre vie. »
   Le coffre d’Enrico s’est ouvert. On essayait de récupérer ses pièces de rechange sur le bitume qui nous incendiait les mains, essayant d’éviter les camions et les anciens bus scolaires que les américains jetaient en pâture au Mexique. C’est là que j’ai lâché Enrico.
«  -Tu fais quoi cabrón ! Tu vas crever dans ce putain de désert !
-T’en fais pas j’ai du pulque. Hasta luego amigo !
-Ahh et puis merde ! Suerte amigo ! »
   Je n’en pouvais plus des voitures, de ce bitume prêt à se liquéfier, de ces cannettes écrasées, de ce pare brise. Je marchais entre les cactus géants, derniers remparts entre le soleil crématoire et ma chair. Mes poumons se remplissaient de feu. Je marchais hypnotiquement vers ce point où la roche se trouble et se dissous dans le ciel bleu. Me dressant face à l’au-delà de mes seuls litres de pulque.
Et alors le monde réapparut. Des amas de ferraille. Des carcasses de voitures rouillées, immolées par le désert. Des brasiers de mangeailles dévorées et d’ordures. Les prémices de la civilisation.
   « Usted se perdió ? ». Je ne savais pas où j’étais. Il n’y avait que des parpaings, de la taule autour de moi et un vieil indien qui parlait peu espagnol. Il disait usted, vous, personne ne disait ça au Mexique. Il disait que ces ancêtres avaient fui les espagnols lors de la prise de l’Empire. Il disait qu’il avait le sang pur, que j’étais perdu, que je m’étais écroulé au milieu de ces quelques maisons oubliées de tous. Qu’il fallait que je parle aux dieux, qu’il fallait que je mange ça.
   Alors les tours et les clochers, les bidonvilles et les palais se sont effondrés face aux canaux déchirant la terre, renaissant des temps anciens, engloutissant le monde de l’eau du lac des ces hautes terres stériles. Les hommes se mouvaient à la vitesse de dieux. Reconstruisant leurs maisons depuis les pierres arrachées des temples par les espagnols partis en exil. L’épicentre s’enflamma. Les pierres tombaient des cieux pour venir terrasser le centre du lac sacré et alors les pyramides s’élevèrent et les premiers hommes morts devinrent des dieux. Des files de prisonniers se formèrent. Des êtres vénérés tel des divinités jaillissaient des eaux. Des colonnes d’enfants prirent forme. Tous allant dans la même direction. Vers les pyramides. Alors les dalles tombées du ciel furent submergées de sang, les cœurs furent élevés vers les cieux, vers l’astre, vers les dieux. Et dans le sang des mis à mort s’inscrivirent des mots, les paroles du soleil.
« L’Empire est mort par ma volonté et renaîtra de ma volonté. Tu seras mon bras. De l’empire des hommes pâles de l’est, est née une nation corrompue, nation qui cédera face à la résurrection imminente de l’Ancien Empire. La bête de cette nation se trouve au nord. Au flanc de la nation des tueurs des tribus du Grand Nord. Son nom était autrefois Tiwan mais on l’appel aujourd’hui Tijuana. Il n’y a pas cinquante, ni quarante, ni trente, ni vingt, ni même dix justes en cette terre maudite héritière de Sodome et Gomorrhe. Elle sera anéantie comme ses ancêtres. Mais avant de purifier les nôtres, nous purifierons les leurs. Tu purifieras les leurs, les bourreaux des tribus du Grand Nord et alors la Tenochtitlan céleste deviendra terrestre et s’élèvera des cendres de Tijuana la maudite. Avance vers le nord. Ne tremble pas. Je t’ai envoyé mon messager il y a des années de cela. Tu as connu vingt-huit printemps et hivers, il est temps que tu accomplisses ton destin. Que tu deviennes dieu parmi les dieux. Que tu accomplisses l’avènement ! »

   Je fixais les traits usés de l’aztèque. Son regard interrogateur. Et je me levai d’un bond. Je lui dis merci, que les dieux m’avaient montré le chemin, que la rédemption était vers le nord. Je laissais retomber ces quelques maisons dans l’inconscience du monde pour me replonger dans la roche calcinée du désert. Je pensais, mon cerveau irrigué de pulque de reste de peyotl, à Chang, à sa prédiction. Peut-être que tout était lié. Le Kuomintang et l’Empire. Tchang Kaï-Shek et Moctezuma. Anna et Tijuana. J’avançais vers le nord, vers la prophétie, vers la renaissance de l’Empire. Vers le salut ultime. Tout cela devenait limpide. Tout ce chaos prenait enfin sens. La rédemption.

                                                    V
   
   « Perdoname hermano ». Ernesto était un humaniste à sa façon. A chaque fois qu’il s’apprêtait à descendre un type, à l’immoler, à le décapiter, à lui ouvrir le ventre, à l’enterrer vivant il lui demandait son pardon. Un pardon à chaque fois rejeté. Alors il le faisait sans plaisir. Sans jouir un seul instant. Car c’est tout ce qu’il savait faire. Car c’était un tueur.
   Il lui mit une dernière cigarette dans sa bouche, l’alluma et lui demanda ses dernières paroles. Juste un vomi de haine informe sortait de ce corps convulsant sous les cordes qui l’emprisonnait à sa chaise. Une partie de lui partait avec chaque âme dont il ôtait le corps. Peu être attendait-il qu’on l’exécute lui aussi. Mais ça n’arrivais pas. Il ne mourrait pas. Il avait le cœur brisé en pensant que ces néons aveuglants, cette taule oxydée, cette terre battue immonde seraient les derniers souvenirs du monde de cette âme finie. Mais il ne pouvait rien contre Santa Muerte car así es… « Alejandro ! Il est l’heure. Asperge le por favor. ». Le type se débâtait tellement qu’il en est tombé sur le sol, ses cheveux flottant dans la pisse. « Relève le et cogne le un peu, ça le calmera. ». Je l’ai trempé d’essence. Ernesto était comme hypnotisé par la flamme qui jaillissait de sa main gauche. Il prit son crucifix de sa main droite et le baisa. « Alejandro, mes actions sont injustes mais mon âme est juste et ma foi immarcescible. Dieu aura mon âme ». Il jeta le feu sur le mis à mort qui s’embrasa dans des hurlements d’agonie. Ernesto sorti son arme et le descendit quelques secondes après que sa peau aie commencé à noircir. C’était sa pitié. La pitié qu’il avait pour son espèce. La seule pitié que lui accordait sa nature.
   
Ernesto croyait en dieu peu être plus que la plus part des bonnes femmes qui s’humiliaient face à l’autel chaque dimanche.
 Il était devenu un homme dans les années quatre-vingt dix lorsqu’un escadron de la mort a débarqué chez lui, au Salvador, pour massacrer sa famille. Il est parti dans les montagnes affamé et apeuré, a rejoint la guérilla après des semaines d’errance et a fait ses adieux à l’enfance qu’il venait d’abandonner. Il connaissait chacune des cimes, des cols, des vallées et des jungles de ce pays du sauveur, El Salvador. Il y a tué et vu mourir des années durant jusqu’à la paix. Il avait dix-neuf ans et n’avait connu que la violence et la mort. On lui disait de revenir à la capitale, qu’on le gracierait avec le autres, que la vie était belle, qu’on lui en donnerait une de vie justement. Il n’y avait rien pour lui à San Salvador. Juste la misère et la mort, les murs de haillons et la boue des bidonvilles ; que l’alcool et la perdition dans les taudis de la capitale d’un pays en ruine.
Il a rejoint une autre guérilla. La Mara Salvatrucha. Plus de politique, plus de réforme agraire, plus de redistribution des terres ; juste du capitalisme souterrain, des marchés financiers dans sous les baraques de taules des bidonvilles. Mais pour lui ça ne changeait rien. Il avait une famille, il se battait, il tuait. Puis il est venu au Mexique, à Tijuana d’où on l’a fait passer à Los Angeles. L’immigration l’a jeté dehors au bout d’un moment et il n’a plus jamais bougé de ces limbes. Fatigué de se mouvoir. Blaser de troquer un enfer contre un autre. C’est ce qu’il me disait en finissant une bouteille de Tequila, me montrant sur sa peau les stigmates d’encre et de sang de la guérilla, de la Mara, du passé. Sa voix s’entendait à peine. Je regardais les filles s’agiter contre les barres sur la musique américaine qui avait remplacé les mariachis. Nos étions en terre étasunienne ici. Un vaste bordel colonisé dans l’illusion de la liberté. « Je ne tue pas pour le plaisir, je n’aime pas ça mais je n’ai rien d’autre. C’est ma nature. Je suis un assassin. J’ai été serveur, passeur, mécano et même dealer. Mais je ne vaux rien sans arme. C’est la seule chose à lequel je sois bon. La seule chose qui me permette de manger, de boire et d’oublier. J’ai longtemps cru à la rédemption. J’ai cru qu’elle serait une femme mais non. Rien. Dieu a peut-être besoin de purificateur sur cette terre. D’un bras armé. ». Et Ernesto s’en alla dans les fumées de la nébuleuse d’alcool et de tabac, derrière des rideaux pourpre avec sa favorite. Il était mon miroir. L’homme que j’aurai dû être. L’humanisme qui aurait dû m’habiter en Afrique. Je n’avais jamais tué par fatalité ; toujours pour le pouvoir, le savoir, l’empirisme et la gloire. Je revoyais ces pick-ups surchargés d’hommes et de kalachnikovs, ces villages en feu, ces enfants avec des armes qui faisaient presque leur taille, ces cadavres dévorés par les charognes, ces bras et ces têtes flottant à la surface des marres de sang. Tout ça pour un empire qui ne vit jamais le jour. « Ah ! Chinga su madre ! Tout ça était dans une autre vie ». Et je m’écroulais sur la table humide d’effluve d’éthanol oubliant mon doigt et l’enfer aux portes de l’empire américain disparaissant.

Tijuana depuis les montagnes n’était qu’un brasier dans la nuit noire, s’arrêtant brutalement face au néant du désert américain, du désert de l’El Dorado d’un contient entier. Des hommes, des femmes, des familles de tout le sous-continent avaient vendu tous ce qu’ils possédaient pour partir à la conquête des montagnes d’or pourrissante de la Californie. Des  paysans avaient vendu terres et bétail pour payer un passeur qui les mènerait vers les mirages du Texas. Ils se retrouvaient tous ici. Certains pensaient qu’ils y étaient enfin arrivés, aux Etats-Unis, avant qu’ils n’apprennent la vérité d’un inconnu dans la rue. Qu’ils avaient dépensé la somme de toute une vie pour rien. Pour la damnation. Qu’ils étaient perdus.
 Ils étaient là, parqués dans des maisons de taule, se confrontant à un mur, à un désert sans pitié, à des nationalistes assoiffés de leur sang, prêt à les abattre, de l’autre côté, dans leur El Dorado. Alors ils prenaient racines, vendaient leurs âmes, essayaient de passer le mur ici à Tijuana ou plus à l’Est. Ils apparaissaient et disparaissaient, ils étaient toujours là, éternels, tel les immortels des empereurs perses. Ils étaient les dalles de l’enfer. La matière première inépuisable des rois infernaux des cartels. On leur mettait de la cocaïne dans leur cul, leur estomac, leurs seins, on leur donnait un passeport et on les descendait à l’arrivé si on ne les réduisait pas en esclavage.
Tous détruit par Tijuana la lubrique, la vénale où tout s’achète. Des enfants aux organes. De la drogue à la mort. Certains américains incapables d’en finir venaient acheter du poison à des vétérinaires véreux pour s’achever sans appuyer sur la détente. Des dizaines de chambres pleines d’américains suicidés, titubants, baisant des putes, nageant dans leur vomi. C’était eux les fondations de l’enfer. Leur argent qui condamnait ceux qui n’avaient plus rien. J’étais dans le dernier des cercles infernaux. Au plus proche de l’ange déchu.
   
« Perdoname hermano ». Le soleil perçait la poussière en apesanteur au dessus de cailloux prêt à prendre feu. Le souffle sourd du désert emportait les paroles du condamné. « Alejandro, ferme le sac et jette le dans le trou. ». Cet homme prêt à succombé sous le poids de la terre calcinée, cette grande étendu aride ; tout cela me rappelait l’Afrique. Tout me menait là-bas. « Allez, on rebouche le trou. Vamos ! ». Anna avait fini par cesser de venir me troubler. Ces têtes arrachées à leur corps, ces machettes, mes hommes s’humiliant face à moi, ces armes. Tout me revenait. Peut-être moi aussi étais-je le bras vengeur de dieu. Peut-être n’étais-je qu’un mal nécessaire.
   Nous allions de maisons faites d’ordure aux palais des narcos. Il brûlait, décapitait, faisait disparaître. Je l’observais. Sa compassion, sa pitié, sa fatalité. L’homme que j’aurais dû être il y a des années de cela. Ernesto, j’étais son ombre. L’ombre du bras vengeur de dieu. Du bras de ceux qui on le droit de vie et de mort ici-bas.
   
                                                     VI

   J’avais retrouvé la mémoire. Il avait fallu des litres d’alcool pour me sortir des griffes de l’enfer. Pour tuer les racines de Tijuana qui s’étaient incrustées en moi. J’allais purifier les leurs, les fondations des limbes, avant de purifier les nôtres et l’Empire renaîtra. Et Tenochtitlan la céleste redeviendra terrestre. Et la Venise desséchée retrouvera ses eaux sacrées. Et je deviendrai dieu parmi les dieux.
   J’errais de rue en rue, entre obèses titubant et putes à quelques dollars et il m’est apparu. Mon premier sacrifié. Pâle et perdu. Peu être là pour le sexe ou bien était-il trop jeune pour boire de l’autre côté du mur.
« -Où sommes-nous ?! Pourquoi suis-je attaché ? Réponds-moi !
-Tu es le prisonnier d’une guerre. Ta nation et celle que tu colonises tomberont pour laisser place à l’Ancien Empire.
-Quoi !!
-Nous sommes sur les montagnes, au plus proches des cieux et des dieux.Glorieuse est la mort dans le combat et le sacrifice.
-Qu’est ce que tu racontes espèce de tordu ! »
Je l’observais. Ma première offrande, le premier pas vers la gloire céleste, mon premier pas vers ma rédemption. Je pris le couteau et lui ouvris le torse dans des cris d’agonie que je n’entendais même plus. Je saisis son cœur et sortis de cette baraque de bois souillé pour offrir mon offrande à la nuit, par-dessus le brasier de Tijuana, la plaçant au dessus de ma tête, vers les dieux. Vers la céleste Venise Aztèque.
   La nuit suivante se tenait ligoté face à moi le second sacrifice. « -Qu’est ce que vous voulez ! Ne me tuez pas ! Je ferais tous ce que vous voulez !
-Je veux te voir t’humilier face à moi.
-Quoi ?! Ça veut dire quoi ça ? Vous voulez un truc humiliant ?
- Agenouille-toi, face contre terre, aux pieds de ton maître. ». Le sacrifié, convulsant de peur, se mit face contre terre. Il déblatérait des paroles sans sens qui disparaissaient dans la noirceur de la nuit. « -Mieux vaut la glorieuse mort du sacrifice à la vie d’esclave, humilié, la tête dans les excréments de son maître. Je vais te donner la gloire. » Les mêmes rugissements emportés par le souffle du désert, le même sang s’écoulant sur mon visage depuis mes bras élevés vers la providence, chargés du cœur encore palpitant du sacrifié.

   « Cinquo tequilas por favor ! Vamos !! » Ce soir je n’avais trouvé personne alors je me rendais ivre. Seul. Mes compagnons avaient disparu de cet enfer. Ivre pour dormir. J’errais le jour et bâtissais l’Empire la nuit. Je dissolvais ma lassitude et mes veines dans la tequila. Face à ces ombres informes se balançant de barre en barre, d’homme en homme. Me prenant mes mains pour les poser sur leurs seins, pour les fourrer entre leurs cuisses. Alors elles m’appartenaient pour quelques dizaines de dollars, derrière ces lourds rideaux rouges, pour quelques minutes.
   « -T’as trop bu papi ! Etat d’ébriété sur la voie publique tu sais ce que ça coûte !
-Quoi ?
-Ah ! T’es sourd en plus ! C’est interdit pour les sourds de circuler sur la voie publique, ça va faire cher.
-Va te faire foutre hijo de puta ! » Deux flics voulaient de l’argent de poche. Un d’eux m’envoya sa matraque au visage. Je la saisis et l’enfonça dans ses tripes, le pliant en deux, avant de la briser sur sa nuque. L’autre m’assomma et me traîna à leur voiture.
   Je me suis réveillé entouré de junkies en manque, d’américains cuvant leur quelques shots de tequila, d’assassins, de putes et de voleurs. Tous parqués comme des chiens, n’ayant pour oxygène que des vapeurs de pisse et de merde. La moitié de la cellule me connaissaient. J’étais l’ombre d’Ernesto, le bras vengeur de dieu. J’attendais, mon visage entre les barreaux, essayant d’humer un peu l’air frais et elle réapparut. Plus belle que jamais. Santa Muerte. La princesse du Kuomintang. L’héritière de Chang Kaï-Shek. Celle qui n’oublie pas, celle qui ne pardonne jamais. Mon éternelle maîtresse. Chang, rayonnante tel un astre parmi nous, tas d’animaux gisant dans leurs excréments.
« -C’est l’heure ?
-Non, pas encore, je suis juste venue te sortir d’ici pour que tu finisses.
-Tu sais ?
-Je sais tout. Je suis contente de te voir. Viens. Cet endroit n’est pas fait pour toi. »

   Chang m’emmena à son hôtel. Elle me dévoila une fois encore ses formes enivrantes. Je ne pensais plus à Anna. Je ne pensais plus à grand-chose. Sa laideur s’était envolée. Je lui faisais l’amour, mes mains entachée de sang. Elle aimait ça, elle ne disait pas un mot mais elle savait. Elle voyait cette crasse, ce sang, invisible aux yeux du monde qui recouvraient mes mains. Elle les posait sur sa lourde poitrine, les fracassait contre ses hanches et les léchait de sa langue vorace. Elle les prenait enfin pour les mettre entre ses lèvres dégoulinantes de mes émanations blanchâtres, après que je ne me retire, pour qu’elles s’imprègnent d’elle. Pour que mes sacrifices deviennent siens.
   « -M’empêcheras tu de accomplir ce que je dois accomplir ?
-J’aimerai te sauver mais je ne peux rien contre la mort. Les gens que j’aime disparaissent. Tous. Je ne peux que les prévenir.
-Si tu m’empêchais, peut-être changerais-tu le destin. Peut-être pourrais-je rester en vie.
-Peut-être. Mais toute mort est certaine, ce ne serai qu’un court répit.
-Un court répit à tes côtés.
-Tu ne m’aimes pas. Et je te haïrai éternellement pour ça. La prophétie est le dernier sens qu’il reste à ta vie. Il n’y a plus un seul endroit qui te soit vierge. L’Afrique et l’Orient ont eu raison de toi. Si je te sauve tu me quitteras pour errer. Encore…
-Je ne sais pas quoi dire…
-Ne dis rien et écoute. Je t’aime et je t’ai toujours aimé, c’est pour ça que je te laisse t’accomplir, que je te laisse mourir. C’est là ta seule rédemption. Ton absolution est mon sacrifice. Fais-moi l’amour chaque nuit jusqu’à la fin. C’est tout ce que je te demande.
-Pardonne-moi.
-Jamais. »

« Le sacrifice pour la nation ! Quelle mort glorieuse ! Parfois je me dis que j’aurai mieux fait de laisser ma peau au Viêtnam. De toute façon pour ce que j’en ai fait de ma vie. »
C’était Joe. Un vieil américain, survivant de la boucherie des Viêt Cong. Survivant de la boucherie de son propre pays. Il était perdu, assoiffé, diluant ses pensions dans la tequila et les mexicaines. Je le vénérais. Tous les sacrifiés avant lui avait été faible. Rongés par la peur, incapables de comprendre le présent, la gloire que je leur donnais. C’était ce vieil homme, brisé, décharné, rabougris ; lui seul  qui saisissait la portée du sacrifice. Je le ferai devenir dieu entre les dieux. Je le parais de présents, d’alcools et de femmes. Je lui donnais la profusion le temps d’un soir. Lui rendais sa dignité et l’élevais au rang de puissant avant le présent ultime.
   « Alejandro ! Qu’est ce que tu fous ? Pourquoi je suis attaché ? dit-il en se réveillant de l’alcool et de la luxure ». « -Tu fais partie des dignes mais nous sommes ennemis par le sang.
-Quoi ! Tu veux me tuer ?
-Je vais te sacrifier. Pour l’avènement de l’Empire » Il s’est débattu, a hurlé puis il abandonna. « -Il fallait bien que ça arrive un jour. Libère-moi petit.
-Je t’ai choyé et maintenant je vais te faire devenir dieu parmi les dieux. Tel est le sort de ceux qui ont reçu l’opulence, la jouissance et  accepté le sacrifice. »
   Et une nuit de plus je revenais les mains impures. Entachées de ce sang qu’elle seule pouvait voir pour lui faire l’amour. En attendant que tout se termine. En attendant la fin.

   Cette nuit j’étais ivre, encore. Ivre d’alcool, de puissance et de promesses. Des promesses du soleil et de l’Empire. Du seul sens que gardait ma vie.
« -Qui étais-ce ce soir ?
-Je ne parle pas de ça.
-Bon. Ne te déshabille pas, nous sortons, j’étouffe ici. »

Elle me menait à travers les rues pavées d’immondices, de gosses errant humant de la colle, de prostitués aiguisant leurs griffes et de ces âmes perdues. Parquées ici en attendant la fin. Elle connaissait chaque recoin de l’enfer. Nous nous enfonçâmes dans l’obscurité souterraine cachée par ces deux portes molletonnées. Depuis la  fumée grisâtre, s’élevaient ces éternelles ombres, se frottant à leurs barres d’acier. Tous ces endroits étaient les mêmes. Alors Chang m’invita à disparaître derrière ces lourds rideaux pourpres. Une faible lumière éclairait une chaise au milieu de la pièce. Elle m’assit, déchira ma chemise et se saisit de mon pantalon. Elle me fit l’amour violement, assis sur cette chaise perdue dans ce bordel, s’étalant le sang invisible qui coulait de mes mains sur son corps entier. « Je t’aime, dit-elle. » Je ne pouvais rien dire. Je n’avais rien à dire.
 Dans un dernier soupir, elle se leva brusquement et se mit à me fixer. Je ne disais rien et elle pouvait tout voir, tout entendre. Comme si elle transpercerait mon âme. Elle commença à détourner le regard et à ouvrir ses lèvres pulpeuses. « Il est l’heure. Adieu » Ce furent ses dernières paroles. Elle m’arracha un baiser en m’entamant une lèvre de ses dents. Elle me laissa seul dans les ténèbres, disparaissant dans les fumées et le bruit assourdissant qui régnaient derrière ce mur noir. « Adieu Chang »

   J’étais abasourdi, vide. Plus rien existait. L’heure était arrivée. La prophétie avait atteint son terme. « -Hombre ! Excuse-moi, tu sais pourquoi on m’a envoyé.
-Ernesto !
-Tu mets trop de bordel ici, les flics foutent leur nez partout. Ça vient d’en haut hermano. Je ne suis que le messager. »

   Et c’est face à ce flingue, pensant à la valeur de la vie d’un américain contre celle d’un mexicain que je me demande si tout cela n’a jamais existé. Si Chang et sa prophétie n’ont jamais été là. Voilà tout ce que mon esprit ivre et malade a pu resituer comme souvenirs. Voilà ma réponse à la question de Chang et de son existence, du Kuomintang et de l’Empire. « Perdoname hermano ». Je n’entends plus les mots d’Ernesto, noyés dans la voix de Jimenéz. L’ultime voix que j’entendrai en enfer. Ces histoires de mort, de douleur, de perdition, d’alcoolisme. Ces histoires de mariachis, leur joie noire et désespérée ne m’atteignent plus qu’à peine. Juste ces quelques mots. Ils n’y a plus qu’eux qui n’aie de place dans mon esprit. « No vale nada la vida, la vida no vale nada, comienza siempre llorando, y así llorando se acaba ». Peut-être que les mariachis ont raison finalement. Que la vie ne vaut rien. Qu’elle n’est que douleur alors à quoi bon s’en faire ? La vida no vale nada.
« Modifié: 19 Avril 2011 à 23:07:22 par Alexeï »

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Re : La Vida No Vale Nada
« Réponse #1 le: 19 Avril 2011 à 00:55:26 »
Avant toute chose, comme on est sur un forum où pas mal de personnes mineures viennent, il faut que tu indiques en tête de sujet (et même dans le titre du topic) que le contenu est explicite. Même si c’est léger, on est obligés de préciser que le texte contient des scènes sexuelles explicites.^^

                             

                                             I

Citer
J’étais là car c’est ici que tout est encore à construire.
XD, c’est un peu nébuleux comme début  entre les là/ici et les changements de temps verbaux…

Citer
Qu’un seul de ces gringos ose s’aventurer ici est moi je l’étrangle de mes mains !! Allez, salud hermano. »
La transition entre ces deux phrases laisse à désirer, je trouve (à la limite sans le « allez » peut-être ?)

Pour les dialogues, quand on débute, on met des guillemets ouvrants sans tiret derrière^^

   
Citer
-Non, coño, on dit quoi ?
Ça veut dire quoi « coño » ?

Citer
-On dit que les européen sont des connards arrogants
Européens (avec majuscule, je crois)

Citer
Mais après que Porfirio aie pris le pouvoir
A pris
Après que + indicatif^^

Citer
il est tombé sous le charme de ses anciens ennemis !!
un seul point d’exclamation suffit^^ (c'est valable pour tout le texte, XD)


     
Citer
Toute une nation à genoux face à un juif crucifié il y a deux milles ans pour qu’il leur donne la force d’arrêter de se soûler.
XD

   
Citer
Ces enculés des patrouilles d’auto-défense nous ont tirés dessus,
Tiré

Citer
-Qu’est ce que tu fais là alors ?
Qu’est-ce
Citer
On m’a fait passé l’envi de revenir rendre visite à l’Oncle Sam si tu voix ce que je veux dire.
Passer/ envie/ vois

 
Citer
   
Je l’ai aimé comme personne.
Aimée

Citer
Citer
Alors je voulais de l’alcool pour qu’elles sombrent encore dans l’oublie.
Oubli

           
                                                             II
Citer
   « -Je t’ai laissé nu, en proie à tes songe il y a 5 ans déjà
Cinq

Citer
et je te retrouve nu en proie à des consultions.
Convulsions ?

Citer
S’en est même drôle
C’en

Citer
C’est à cause d’elle n’est ce pas ?
N’est-ce

Citer
-Je savais que je te trouverai dans un bordel pour l’oublier…
Trouverais
Citer
   Et je l’ai revu.
Revue

Citer
   Je l’avais connu vierge et je la retrouvais sauvage.
Connue

   
Citer
Je l’ai toujours désiré mais elle me donnait envie de vomir.
Désirée

Citer
« -Tes yeux ont changé Chang.
J’ai pas relevé mais en fait, quand on s’adresse à quelqu’un, il faut mette une virgule devant le nom. Sinon, là, grammaticalement, ce sont les yeux qui ont changé le personnage de Chang

Citer
- Qu’est ce que tu crois ! Tu crois que nous sommes venu pour parce que nous t’aimons ?
Est-ce / venus

Citer
Nous ne t’utilisons que pour le sexe !
C’est qui le « nous » ? parce que là, j’ai l’impression qu’elle se prend pour Gollum, XD

 
Citer
Nous somme ici pour nous assurer que tu succombes à la prophétie.
Sommes

Citer
C’est moi qui l’ai tiré de son île et elle me hait pour ça.
Tirée


   
Citer
Amo matón, matarile al maricón,
Tu peux me traduire ?^^ (la flemme d’aller me chercher un dico)

   
Citer
Le mit contre ma tête et l’arma prête à accomplir ce qu’elle m’annonça il y a tant d’année.
années
   
   
Citer
Pour te sortir des tes merdes.
Bug


J’ai pas tout lu parce que c’est méga long (15 pages !), je pense que c’est mieux de poster bout par bout peut-être. Parce que là comme ça, ça fait beaucoup à lire, XD.
Pour le moment, j’aime assez, le contexte mexicain, ça change un peu de ce qu’on voit d’habitude et ça fait toujours plaisir de voir de l’espagnol. Même si je maîtrise pas tout ton vocabulaire.  :-\
Par contre, j’ai un peu de mal à suivre ce qui se passe vraiment, je trouve que parfois les transitions sont pas méga claires ainsi que ce que font clairement les personnages. Je pense que quelques précisions seraient pas superflues.
Sinon, fais gaffe à ton ortho quand même, tu fais pas mal de fautes bêtes (oubli de tirets, oubli d’accord du COD…) et je trouve aussi que les dialogues sont trop vulgaires. Pas que le vulgarité me dérange en soi dans un texte, mais là, j’ai l’impression que dès que y’a un dialogue, il faut que t’emploies un mot vulgaire et dans ton contexte, j’ai plus l’impression que c’est pour caser du vulgaire ou faire vulgaire plus que réaliste. Je sais pas si tu vois ce que je veux dire. En règle générale, à part quelques répliques de-ci de-là, je trouve pas tes dialogues très crédibles. Les gens sont toujours constamment énervés, je sais pas, ça devient mécanique en fait.

Voilà pour le moment ce que je tenais à te dire, je lirai volontiers la suite plus tard. Hasta luego.
"Je crois qu'il est de mon devoir de laisser les gens en meilleur état que je ne les ai trouvés"
Kennit, Les Aventuriers de la Mer, Robin Hobb.

Alexeï

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Re : La Vida No Vale Nada
« Réponse #2 le: 19 Avril 2011 à 21:27:10 »
Désolé pour le contenu explicite mais je suis certain que les mineurs ne seront pas très choqués vu la quantité de porno qu'il y a sur internet...
Donc coño en exclamation veut dire merde, mais on peut appeler ses amis comme ça et uniquement ses amis! Ça veut dire plus ou moins idiot mais ça s’utilise comme hombre.
Merci pour tes correction orthographiques! C'est vrai que l'orthographe c'est pas mon fort...

Oui c'est vrai qu'il n'y a pas trop de transition. C'est moi qui l'ai voulu ainsi, comme des tranches de vies arrachés, des sentiments extraits à une réalité sénile.
Oui beaucoup de personnage sont survoltés à l'image du Mexique, c'est aussi pour donner une note de frénésie à l'histoire pour rendre l'état nerveux maladif du personnage qui le consume. Ensuite les mexicains sont très vulgaires, c'est comme ça que l'on parle là-bas. Et encore je suis soft... Mais bref je suis content que tu aies assez aimé et que tu aies pris le temps de lire! Merci! Hasta luego!

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Re : La Vida No Vale Nada
« Réponse #3 le: 19 Avril 2011 à 21:39:28 »
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Désolé pour le contenu explicite mais je suis certain que les mineurs ne seront pas très choqués vu la quantité de porno qu'il y a sur internet...
Je suis d’accord sur le principe, mais c’est juste que, légalement, on est responsables (l’administration du forum) et que donc on est censés prévenir. C’est comme ça, donc mets la formule que tu voudras mais mets quelque chose s’il te plaît.  J'insiste vraiment. ::)

Citer
Oui beaucoup de personnage sont survoltés à l'image du Mexique, c'est aussi pour donner une note de frénésie à l'histoire pour rendre l'état nerveux maladif du personnage qui le consume. Ensuite les mexicains sont très vulgaires, c'est comme ça que l'on parle là-bas. Et encore je suis soft...

Huhu, j’ai pas passé assez de temps pour le voir. D’un autre côté, j’ai pas trop fréquenté les bars, XD. Ok, pour le rendu, j’espère juste que c’est pas ça tout le long non plus^^

Je lirai la suite bientôt^^
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Re : La Vida No Vale Nada (contenu explicite)
« Réponse #4 le: 25 Avril 2011 à 00:08:18 »

                                                                  III
Citer
De l’agave à peine fermenté qui faisait marcher les Aztèques dans le désert des jours durant, sans faim ni soif, comme plongés une ivresse mystique.
Manque un mot, non ?

Citer
   Et je l’ai vu.
Vue

Citer
Cette étendue bleue sans autre terme que le firmament, venant se fracasser contre l’érection de roche consumée par le soleil levant qui me portait.
Outch, c’est longuet comme phrase

Citer
J’en eu le souffle coupé.
Eus

Citer
Comme si s’en était plus de beauté que je ne pouvais en supporter.
C’en

Citer
Pour seul scission entre le trépas et la vie.
Seule

Citer
J’aimais le vide, me fondre dans le néant entre les momies, les roches flambantes, l’horizon sans limites et les boulles de branches mortes errant au gré des vents qui me calcinaient la peau.
Boules

Citer
Et au détour d’une rue bariolé de vert, de rouge et de bleu.
Bariolée

Citer
Sur le pas de la porte d’une maison éventrée par un arbre immense sous le soleil de midi.
Idem, la phrase accumule les détails, on s’y perd


                                                         IV
Citer
   « Excuse moi de te demander ça hombre, mais il est où ton doigt ? 
Excuse-moi

Citer
paradis perdue, la Basse-Californie. Une conquête qui réapparaissait avec les stations service
stations-services

Citer
   Je n’en pouvais plus des voitures, de ce bitume prêt à se liquéfier, de ces cannettes écrasées, de ce pare brise.
Pare-brise

Citer
Je marchais hypnotiquement vers ce point où la roche se trouble et se dissous dans le ciel bleu.
Dissout

Citer
Me dressant face à l’au-delà de mes seuls litres de pulque.
Un peu bizarre comme formulation, je trouve

 
Citer
Il disait usted, vous, personne ne disait ça au Mexique.
Pourquoi t’expliques alors que le reste du temps tu traduis pas ?

   
Citer
Alors les tours et les clochers, les bidonvilles et les palais se sont effondrés face aux canaux déchirant la terre, renaissant des temps anciens, engloutissant le monde de l’eau du lac des ces hautes terres stérile
s.
Bug

Citer
Les hommes se mouvaient à la vitesse de dieux. Reconstruisant leurs maisons depuis les pierres arrachées des temples par les espagnols partis en exil.
Je comprends pas ce que tu veux dire


Citer
« L’Empire est mort par ma volonté et renaîtra de ma volonté. Tu seras mon bras. De l’empire des hommes pâles de l’est, est née une nation corrompue,
Pas de virgule qui tienne entre un sujet et son verbe

Citer
nation qui cédera face à la résurrection imminente de l’Ancien Empire.
Un peu bof l’anadiplose

Citer
Son nom était autrefois Tiwan mais on l’appel aujourd’hui Tijuana.
L’appelle


                                                    V
   
   
Citer
Alors il le faisait sans plaisir. Sans jouir un seul instant. Car c’est tout ce qu’il savait faire. Car c’était un tueur.
Je trouve que la répétition de la construction avec « car » rend pas trop. J’aurais enlevé le second.

Citer
Juste un vomi de haine informe sortait de ce corps convulsant sous les cordes qui l’emprisonnait à sa chaise.
Encore une fois la phrase accumule des détails

Citer
Une partie de lui partait avec chaque âme dont il ôtait le corps.
Partie / partait, tu peux peut-être trouver un autre mot pour pas qu’on ait deux mots du même paradigme dans la même phrase

Citer
Peu être attendait-il qu’on l’exécute lui aussi.
Peut-être

Citer
Mais ça n’arrivais pas.
Arrivait

Citer
Il avait le cœur brisé en pensant que ces néons aveuglants, cette taule oxydée, cette terre battue immonde seraient les derniers souvenirs du monde de cette âme finie.
Invasion d’adjectifs !

Citer
Asperge le por favor. ».
Asperge-le

Citer
Le type se débâtait tellement qu’il en est tombé sur le sol,
Débattait

 
Citer
« Relève le et cogne le un peu, ça le calmera. ».
Relève-le / cogne-le  (et t’as aussi un bug typographique, y’a deux points)

Citer
Ernesto sorti son arme et le descendit quelques secondes après que sa peau aie commencé à noircir.
A commencé

Citer
Ernesto croyait en dieu peu être plus que la plus part des bonnes femmes qui s’humiliaient face à l’autel chaque dimanche.
Peut-être / plupart

Citer
Il y a tué et vu mourir des années durant jusqu’à la paix.
Pas compris

Citer
On lui disait de revenir à la capitale, qu’on le gracierait avec le autres,
Les autres

Citer
des marchés financiers dans sous les baraques de taules des bidonvilles.
Bug

Citer
Nos étions en terre étasunienne ici.
Nous

Citer
C’est la seule chose à lequel je sois bon.

A laquelle

Citer
L’homme que j’aurai dû être.
Aurais

Citer
ces bras et ces têtes flottant à la surface des marres de sang.
Mares

Citer
des femmes, des familles de tout le sous-continent avaient vendu tous ce qu’ils possédaient pour partir à la conquête des montagnes d’or pourrissante de la Californie.
Tout

Citer
Tous détruit par Tijuana la lubrique, la vénale où tout s’achète.
Détruits
   
Citer
Le soleil perçait la poussière en apesanteur au dessus de cailloux prêt à prendre feu
.
Au-dessus

Citer
« Alejandro, ferme le sac et jette le dans le trou. ».
Jette-le

Citer

Du bras de ceux qui on le droit de vie et de mort ici-bas.
Ont

   
                                                     VI
Citer
   Peu être là pour le sexe ou bien était-il trop jeune pour boire de l’autre côté du mur .
Peut-être

Citer
-Nous sommes sur les montagnes, au plus proches des cieux et des dieux.Glorieuse est la mort dans le combat et le sacrifice.
Bug d’espace

Citer
-Qu’est ce que tu racontes espèce de tordu ! »
Qu’est-ce

Citer
, la plaçant au dessus de ma tête, vers les dieux.
Au-dessus

Citer
« -Qu’est ce que vous voulez ! Ne me tuez pas ! Je ferais tous ce que vous voulez !
Qu’est-ce


   
Citer
« Alejandro ! Qu’est ce que tu fous ? Pourquoi je suis attaché ?
Qu’est-ce

Citer
Il s’est débattu, a hurlé puis il abandonna. .
Tu peux pas mélanger ainsi passé composé et passé simple

   
Citer
Et une nuit de plus je revenais les mains impures. Entachées de ce sang qu’elle seule pouvait voir pour lui faire l’amour.
J’ai pas compris qui était ce « lui »

Citer
« -Qui étais-ce ce soir ?
Etait-ce

 
Citer
  Ils n’y a plus qu’eux qui n’aie de place dans mon esprit.
Aient

Fini !

Bon, ben, je suis un peu déçue de la fin, je m’attendais à quelque chose de marquant ou alors une grosse claque comme dur retour à la réalité pour le personnage, je sais pas, les derniers mots auraient peut-être eu plus d’impact si tu ne les avais pas déjà écrits avant.
Maintenant que j’ai fini le tout, je dois dire que je suis un peu déçue, le début me semblait vachement prometteur mais après je sais pas, j’ai l’impression que ça s’enlise, que y’a pas beaucoup d’éléments nouveaux ou alors j’ai pas trouvés qu’ils aient été particulièrement mis en valeur. D’un autre côté, l’idée de reproduire un fragment de vie conduit peut-être à ça, mais en fait, j’ai pas vraiment réussi à compatir avec le personnage, à être vraiment touchée. A certains moments un peu quand même. Mais j’avais du mal à suivre toute l’histoire, j’arriverais pas à faire un résumé des étapes de ton personnage par exemple, tout me paraît un peu flou, brumeux. Je trouve ça dommage parce que je pense que l’idée de départ est bonne et part d’une bonne intention (tu disais que t’avais essayé d’être plus sincère). Je n’ai pas lu le texte que tu évoques, mais là, je pense que d’une certaine façon, il manque un peu de sincérité oui, au sens où finalement j’ai pas tellement l’impression de voir un personnage qui me parle de lui sans détours, avec ses tripes. Je trouve que tout est trop maîtrisé par l’auteur et que finalement le « je » ne nous informe pas tellement sur ce qu’il ressent. Même les effets de la tequila, je les ai pas trop ressentis à la lecture par exemple. Le personnage me paraissait trop en dehors de lui en quelque sorte. C’est pas facile à expliquer en fait. Pour moi, ça manque de simplicité, de phrases-pensées. Je trouve qu’on peut pas vraiment s’identifier au personnage parce qu’on a du mal à le suivre (quand je dis « on » je parle de moi, hein, je prétends pas détenir la lecture universelle de ton texte), du coup on reste en dehors. C’est peut-être un peu trop long aussi et puis y’a peu d’effets de style ou de changements dans la narration, je trouve. Oui, ça manque peut-être d’un peu de peps.

Quoi qu’il en soit, je pense que c’est un bon texte dans le fond mais qu’il faut que tu le retravailles, que tu le peaufines en élaguant un peu, en reprécisant peut-être certains points, en donnant plus d’importance à ce qu’il ressent. Enfin, ce n’est que mon avis bien sûr^^.
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Kennit, Les Aventuriers de la Mer, Robin Hobb.

 


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