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Le Monde de L'Écriture » Salon littéraire » Salle de lecture » Théâtre et poésie » [Théâtre, auteur] Bernard-Marie Koltès

Auteur Sujet: [Théâtre, auteur] Bernard-Marie Koltès  (Lu 4626 fois)

Hors ligne ernya

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[Théâtre, auteur] Bernard-Marie Koltès
« le: 22 Mars 2011 à 20:00:37 »
Koltès est un dramaturge français du XXe siècle.
Je crois qu’il n’est pas tellement connu, c’est celui qui a écrit Dans la solitude des champs de coton pour ceux qui connaissent. Moi, je le connaissais sans le savoir, parce que quand je faisais du théâtre au lycée, mes potes en ont joué des extraits.
Du coup, ben, j’avais envie de lire un peu de Koltès pour voir ce que ça donne dans le texte et pas joué par des amateurs. Et puis parce qu'il faut bien voir autre chose que Beckett et Ionesco.
Dans l’ensemble, je dirais que ce n’est pas du théâtre drôle, ça ne fait pas vraiment rire, même s’il y a un peu de sarcasmes et d’ironie. La plupart du temps, les pièces évoquent les problèmes familiaux, la tragédie de l’être solitaire et la mort. Pas méga gai donc.  :huhu:
Mais je trouve que Koltès arrive bien à plomber sans que cela soit lourd, y’a une ambiance pesante qui se dégage dans certains tableaux, bref, plus du théâtre à voir qu’à lire, je pense, mais qui touche quand même à la lecture.
En fait, chez Koltès, il n’y a pas trop d’intrigue. Il y en a une au sens où le texte ne part pas dans tous les sens, mais c’est plus une question d’atmosphère, il n’y a pas vraiment de fin en soit à la fin du texte (enfin ça dépend des pièces bien sûr). Ce sont des fragments de vie pris à un instant T mais dont on sait qu’ils se mélangent, se disloquent dans le temps en général. Je sais pas si je suis très claire. Le mot « lancinant » me vient à l’esprit, mais c’est sûrement trop fort comme terme. Enfin bref, pas trop de « fin » en soi, mais les dialogues et les situations sont assez réalistes et il y a des passages qui interpellent, qui mettent mal à l’aise.


Je vous mets mes impressions sur les pièces que j’ai lues, avec, quand j’y ai pensé, quelques extraits que j’ai bien aimés :

Les amertumes. C’est une pièce très courte et plutôt spéciale. Je ne la conseille pas à ceux qui veulent rire au théâtre, c’est pas gai. Tout est noir, malsain (vieux aigris, femme battue, dialogue impossible entre les différents membres d’une même famille,  presque tous les personnages sont fous…). Mais j’ai pas mal aimé quand même, ça doit être ma préférée d’ailleurs, c’est noir mais ça touche, c’est pas pathétique, ça fait réel (bon certes un peu moins quand ils débloquent) ça doit bien rendre au théâtre !

Roberto Zucco.
C’est la pièce que mes potes ont jouée, du coup, c’était assez drôle de retrouver le texte et de les réentendre le lire. Il y a des passages que j’aime bien comme les relations familiales entre la gamine, sa sœur, son frère, la relation Zucco-sa mère. Parfois l’écriture m’a semblé un peu relâchée ou un peu « facile ». A un moment, ça m’a fait penser à Zazie dans le métro avec les flics bêtes et le jeu des répliques, mais du coup ça avait un petit côté déjà vu, dommage. Mais les répliques sont assez sympa dans cette pièce, enfin, je peux pas être objective vu qu’elle me rappelle de bons souvenirs.
« Est-ce moi, Roberto, est-ce moi qui t’ai accouché ? Est-ce de moi que tu es sorti ? Si je n’avais pas accouché de toi ici, si je ne t’avais pas vu sortir, et suivi des yeux jusqu’à ce qu’on te pose dans ton berceau ; si je n’avais pas posé, depuis le berceau, mon regard sur toi sans te lâcher, et surveillé chaque changement de ton corps au point que je n’ai pas vu les changements se faire et que je te vois là, pareil à celui qui est sorti de moi dans ce lit, je croirais que ce n’est pas mon fils que j’ai devant moi. […] Pourquoi cet enfant, si sage, pendant vingt-quatre ans, est-il devenu fou brusquement ? Comment as-tu quitté les rails, Roberto ? Qui a posé un tronc d’arbre sur ce chemin si droit pour te faire tomber dans l’abîme ? Roberto, Roberto, une voiture qui s’est  écrasée au fond d’un ravin, on ne la répare pas. Un train qui a déraillé, on n’essaie pas de le remettre sur ses rails. On l’abandonne, on l’oublie. Je t’oublie, Roberto, je t’ai oublié. »

Sallinger. Par rapport aux autres, cette pièce est assez longue. Elle est aussi un peu plus surréaliste au sens où on a un personnage mort qui continue de communiquer avec les vivants. Le contexte de l’histoire c’est l’Amérique à la veille de la guerre du Vietnam qui vit dans l’angoisse, le doute. J’ai pas mal aimé le cynisme des personnages, leur façon de se raccrocher dur comme fer à leur façon d’être leurs habitudes pour garder la face, combler l’absence, le doute, la violence.
« Mon nom est Anna, je suis prête, emmenez-moi. Vous pouvez noter mon nom, monsieur, mais je vous en prie : oubliez-le tout de suite après l’avoir noté. Vous avez un mouchoir ? Monsieur, je vous en prie, ne faites pas votre diagnostic sur l’état où vous me voyez, avec le costume que je porte, ni sur l’allure que j’ai ; oh non : allure trompeuse ; ce n’est rien d’autre qu’un genre adopté pour un soir, et un soir seulement. […] Profession ? Rien, non, rien : pas d’occupation, de profession encore moins. C’est le privilège, n’est-ce pas, d’une jeune fille de famille. Je ne faisais rien de toutes mes journées que tâcher de m’élever au-dessus de l’ordinaire, tenter de me détacher des lumières vulgaires pour apercevoir les lumières essentielles ; profession : cherche à apercevoir la lumière essentielle […] Non, monsieur, ne comptez pas sur moi pour vous redire mon nom, il fallait le noter ; d’ailleurs, qu’avez-vous donc tellement besoin de le savoir ? Qu’est-il besoin de mon nom pour que l’on me dirige sur un établissement correct ? Est-ce qu’il ne vous suffit pas de savoir que je suis une jeune fille de famille ? J’espère bien que l’on ne va pas me coller dans un de ces hôpitaux où il y a foule et où tous se côtoient. J’étais, je vous l’ai dit, à la recherche de la lumière essentielle ; je mérite donc une clinique. Pour ce qui est du nom, eh bien, imaginez, trouvez une sonorité qui me corresponde bien, un mot inventé, rare et distingué, qui colle à mon vrai genre. Mais ne vous trompez pas, je ne le supporterai pas.
[…]
Anna est emmenée.
La lumière disparaît.
A l’intérieur du mausolée, où la pluie s’égoutte lentement du plafond, sur le cercueil du Rouquin sont posés un chapeau et un tablier.
De l’eau jusqu’aux chevilles, entre le cercueil vide, un grand tas de paquets de cigarettes, un grand tas de bouteilles de whisky, Ma et Al, tendres et précautionneux, dansent sans bruit.
»



Dans la solitude des champs de coton.
C’est cette pièce dont le prof d’hypo nous avait parlé et je crois que c’est celle qui est souvent citée quand on évoque Koltès. Personnellement, je l’ai pas du tout aimée cette pièce. Déjà, c’est très spécial, c’est pas vraiment mettable en scène, je pense, on a deux personnages (le dealer et le client) et chacun monologue plus qu’il ne discute avec l’autre. Evidemment les deux monologues se rejoignent et s’opposent (chacun développant en quelque sorte une thèse) mais bon voilà c’est un peu chiant à lire quoi. C’est une réflexion sur les questions du marché, du commerce, des oppositions homme/animal, femme/homme, blanc/noir etc etc, sur la question du désir… Il y a sûrement des bouts de réflexions intéressantes, seulement, c’est assez aride comme texte, autant lire un essai dans ces cas-là, enfin ça c’est mon point de vue.
«  Vous n’avez rien à proposer, c’est pourquoi vous jetez vos sentiments sur le comptoir […] Moi, je n’ai pas de sentiment à vous donner en retour ; de cette monnaie-là, je suis dépourvu, je n’ai pas pensé à en emporter avec moi, vous pouvez me fouiller. Alors, gardez votre main dans votre poche, gardez votre mère dans votre famille, gardez vos souvenirs pour votre solitude, c’est la moindre des choses. »



Voilà pour résumer, je vous conseille Roberto Zucco, les amertumes et peut-être Sallinger.
Quelqu’un connaît ? En a joué ? :)


« Modifié: 07 Septembre 2015 à 23:58:48 par Rain »
"Je crois qu'il est de mon devoir de laisser les gens en meilleur état que je ne les ai trouvés"
Kennit, Les Aventuriers de la Mer, Robin Hobb.

Verasoie

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Re : Bernard-Marie Koltès
« Réponse #1 le: 26 Mars 2011 à 11:58:31 »
Ah zut, j'avais pas posté.

L'extrait que tu as mis pour Roberto Zucco donne très envie (et lancinant est bien le terme qui me vient à l'esprit), si je tombe sur une des pièces je la lirai sûrement ^ ^ voilà.

Hors ligne Baptiste

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Re : Bernard-Marie Koltès
« Réponse #2 le: 28 Juin 2013 à 13:37:27 »
Ben moi, je surkiffe Koltès
J'adore ça logique embrouillé, sa façon de raconter les loosers,
Et je recommande particulièrement Quai Ouest qui doit être un de ces meilleurs textes. J'ai plus le bouquin mais dès que je le retrouve promis je poste un extrait
Zucco, c'est chouette aussi et j'avais adoré dans la solitude des champs de cotons (cela dit je l'avais vu joué avant de le lire, ça aide peut être à la digestion :mrgreen:)

Hors ligne Meilhac

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Re : Bernard-Marie Koltès
« Réponse #3 le: 28 Juin 2013 à 14:11:18 »
Hey  ;)
Moi j'ai joué roberto zucco avec une compagnie amateur y a quelques années (je jouais le rôle titre; l'animateur de l'atelier m'avait dit "ce serait bien si tu prenais un accent italien", mais j'avais pas osé :--)).
bon moi le théâtre je suis pas ultra-fan (déjà dans la littérature, c'est rarissime que ce soit sur les dialogues que je kiffe le +).
et la pièce Robert Zucco me laisse un souvenir moyen - mais peut-être entre autres parce que nous ne l'avions pas assez bien joué :--).
oui il y a quelque chose d'assez âpre dans le théâtre de koltès.
et il y a sûrement moyen d'installer une ambiance intéressante avec ses textes.
à l'occasion j'essayerai de voir une autre de ses pièces.
je ne dirais pas que c'est un ciseleur de dialogues; plutôt un créateur d'ambiance âpre, intense, parfois un tout petit peu surréaliste/onirique, avec aussi, comme dit Ernya, une couleur parfois un peu distanciée, sarcastique/ironique.
dans la solitude des champs de coton : très beau titre. ça fait envie. :)

Hors ligne Cauzart

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Re : Bernard-Marie Koltès
« Réponse #4 le: 30 Juin 2013 à 19:29:08 »
Koltès est un génie. Un des derniers grands génie littéraire français (de mon humble point de vu). Il a écrit un Roman aussi : "Fuite à cheval très loin dans la ville" que je vous conseil. C'est un très bon livre. Le pauvre est mort jeune et je pense qu'il aurait pus écrire encore quelques chefs-d'oeuvre. Pour ma part, j'adore "La nuit juste avant les forêts" qui est un monologue absolument magnifique et très contemporain. Il parle magnifiquement bien du monde et de la solitude d'aujourd'hui.
http://julienusseglio.eklablog.com/
Textes et poèmes à découvrir !

Hors ligne Meilhac

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Re : Re : Bernard-Marie Koltès
« Réponse #5 le: 30 Juin 2013 à 20:31:55 »
Koltès est un génie. Un des derniers grands génie littéraire français (de mon humble point de vu). Il a écrit un Roman aussi : "Fuite à cheval très loin dans la ville" que je vous conseil. C'est un très bon livre. Le pauvre est mort jeune et je pense qu'il aurait pus écrire encore quelques chefs-d'oeuvre. Pour ma part, j'adore "La nuit juste avant les forêts" qui est un monologue absolument magnifique et très contemporain. Il parle magnifiquement bien du monde et de la solitude d'aujourd'hui.
décidément ses titres sont hyper bien - ce qui est carrément bon signe, les chèvres qui ont des bons titres, c'est franchement rare je crois.

il est mort de quoi le gars ? à quel âge ?
il était de l'est de la france, je crois ?

RoiDinozor

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Re : Bernard-Marie Koltès
« Réponse #6 le: 10 Août 2013 à 00:31:22 »
Je l'ai lu quai ouest cette année, et, étant donné qu'il est au programme de normale, j'ai continué mes lectures.

Pour l'instant, j'ai lu quai ouest, zucco, et dans la solitude.

J'apprécie l'ambiance, et LE personnage, car je n'en vois qu'un. Charles, fak, zucco... Je n'ai lu que trois pièces, il est probable que d'autres soient différentes et méritent le coup d'oeil, mais pour l'instant, je pense qu'il n'est pas nécessaire de lire tout son oeuvre.

Pour autant, je recommande, et ne puis savoir quelle est la pièce, parmi les trois, qui me plaît le plus. Quai ouest, peut-être, mais alors, de très peu. Je suis content de l'avoir découvert, et me surprends à apprécier.

De mémoire, il est mort vers 40-50 ans, je ne sais pas de quoi.

Hors ligne Doctor Grimm

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Re : Bernard-Marie Koltès
« Réponse #7 le: 09 Janvier 2015 à 15:16:18 »
Yop !

Je remonte un peu le fil, on sait jamais :huhu: J'ai découvert Koltès cette année, avec la fac. On a justement étudié Dans la solitude des champs de cotons, et du coup j'arrive pas trop à savoir si je suis d'accord avec toi Ernya  :D C'est vrai que le texte est assez hermétique et difficile à aborder (m'a fallu trois lectures et quelques études en cours pour finir par le comprendre), mais non il est pas "pas mettable en scène" (Chéreau :coeur:), et non je me suis pas vraiment fait chier en le lisant (du moins, après avoir passé le stade du "je comprend rien beuaaaaaah"), encore moins en le regardant !
Citer
C’est une réflexion sur les questions du marché, du commerce, des oppositions homme/animal, femme/homme, blanc/noir etc etc, sur la question du désir…
C'est assez vrai, mais au delà de ça, c'est la description du rapport à l'autre envisagé comme commerce qui est surtout traitée dans Dans la solitude des champs de cotons : la question du désir très présente, mais aussi (et surtout) la peur d'être, dupé, déçu, arnaqué, la non-volonté d'échange à cause de cette peur, la violence inévitable qu'elle engendre...

Enfin bref, je l'ai trouvée plutôt chouette ^^
Et mon prof nous a parlé de plusieurs autres (Combat de nègres et de Chiens, Quai Ouest) dont notamment La nuit juste avant les forêts qui a l'air super aussi dans le type long monologue (je crois d'ailleurs l'avoir entendu dire qu'elle faisait une seule phrase).
EDIT : ah ben Cauzart avait parlé plus haut de La nuit juste avant les forêts, ça m'apprendra à pas lire ce que disent les autres
« Modifié: 09 Janvier 2015 à 15:34:39 par Doctor Grimm »
Toute ma peau est maladésir.

 


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