Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

14 Juin 2026 à 08:31:30
Bienvenue, Invité. Merci de vous connecter ou de vous inscrire.


Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Ne pleure pas

Auteur Sujet: Ne pleure pas  (Lu 6699 fois)

Hors ligne arwen

  • Calliopéen
  • Messages: 486
    • Laissez parler les p'tits papiers
Ne pleure pas
« le: 30 Janvier 2011 à 22:03:59 »
Une autre petit nouvelle qui se passe à Jérusalem, de nos jours. J'ai repris le personnage d'un roman dont je n'arrive à rien faire de bon...
Salim, un jeune Palestinien, est interrogé par le shin bet ( le service secret intérieur d'Israël)
Je ne suis pas très sure du titre, possible qu'il change.




Ne pleure pas



Je n’aurais pas dû lui cracher au visage.
Il insultait Nawal, dans un mauvais arabe, et se tenait si près de moi que j’ai saisi l’occasion, sans réfléchir. Je lui ai jeté un crachat à la face. Bien gluant.
Il a répondu par un coup de poing. Mon nez s’est brisé et j’ai poussé un cri, sans pouvoir me retenir.
Il a souri.
Les élancements d’une dent cariée qui aurait poussé entre mes yeux remontent vers mes sinus. Le sang dégouline, de mes narines à mes lèvres, mon menton et enfin ma chemise. Plus très blanche déjà. Elle sera bonne à jeter une fois que tout ça sera terminé.
Il s’essuie les doigts, les secoue un peu et grimace. Le geste lui a échappé, de la même façon que le crachat est sorti tout seul de ma gorge. Dans un réflexe. Comme moi, il fatigue. Il est livide, a les yeux cernés. Peut-être pas autant que les miens, et lui au moins a pu se raser, mais notre face à face s’éternise depuis un peu trop longtemps.
Je ne tiens plus le compte de ces longues séances d’interrogatoire qui se succèdent les unes aux autres. Je n’ai pas dormi depuis longtemps et je ne sais plus si c’est le jour ou la nuit. Ici, les claques m’ont tenu éveillé. En cellule, j’ai peut-être pu fermer les yeux de temps en temps, allongé sur une paillasse, à deux pas du trou dégoûtant dans lequel j’étais censé faire mes besoins, mais sans véritablement m’assoupir.
Les gardiens y ont veillé, à coups de pieds.
Les menottes me serrent un peu trop les poignets, ligotés dans mon dos aux barreaux de la chaise où je suis assis. Les liens de plastique coupent la circulation sanguine et j’ai mal aux doigts. Ils enflent. Ma position, cambrée contre le dossier, n’est pas très confortable. Mon dos proteste, mais c’est à mes phalanges gonflées de sang et à ce nez cassé que je pense. Personne ne me l’avait encore cassé. C’est une première. Et je découvre que cela fait atrocement mal.
Quelques larmes m’échappent et il sourit.
Je frotte mes chevilles contre les pieds de la chaise où elles sont attachées. L’impression qu’une colonie de puces remonte vers mes mollets. J’ai beau savoir que ce n’est qu’une illusion provoquée par la privation de sommeil, j’ai une furieuse envie de me gratter les pieds, le dos, le crâne. Comme un junkie en manque.
Et cet enquêteur qui sourit toujours.
Qui me demande inlassablement les noms de mes complices.
Qui me susurre mon prénom à l’oreille :
« Allez, Salim, tu es un gentil garçon, intelligent… »
Qui me caresse les cheveux, pourtant trempés de sueur, avec ce geste qu’avait ma mère.
Je ferme les yeux. Le seul moyen de m’extirper de cette pièce, d’échapper à cet enquêteur. Une gifle m’en empêche.

La première fois qu’un militaire israélien m’a frappé, je n’étais encore qu’un fœtus dans le ventre de ma mère. Lors d’une perquisition, en pleine nuit, un officier trop pressé l’a poussée dans l’escalier. Enceinte de six mois, les contractions l’ont contrainte à garder le lit durant plusieurs semaines.
Je suis né, un peu prématuré, la jambe gauche un peu cabossée.
Cela ne m’a jamais empêché de courir, ni de me livrer aux bêtises des gamins de mon âge : lancer des pierres sur les militaires en jeep, par exemple. Au lieu de devenir maçon, je suis juste devenu avocat.

« Salim ? J’attends ? »
Oui, je sais, il attend les noms. Il poursuit, sur le même ton, doucereux :
« Avec ta jambe folle, t’as pas pu faire ça tout seul, hein ? Qui était avec toi ? »
Depuis le début, il tient à sa version : celle où j’aurais bénéficié de l’aide de complices. Histoire de profiter de l’occasion pour mettre la main sur quelques garçons qu’ils surveillent depuis longtemps. Mon frère, mes amis, mes cousins. Pas difficile. Lorsque l’on a vingt ans, trente ans à Jérusalem-Est en 2010, on se politise vite. Je n’en connais pas un seul qui n’ait pas eu, un jour, affaire à la police. Proches du Hamas, du FDLP ou simples gamins, les poches pleines de cailloux sur l’esplanade des martyrs, ils sont déjà tous suspects.
Encore une claque.
De l’autre côté. Histoire d’équilibrer les comptes. J’avale de travers le sang qui coule dans ma trachée, et tousse.

J’avais trois ans lorsqu’un militaire m’a frappé, pour la deuxième fois. Lors d’un contrôle d’identité, il m’a arraché à la jambe de mon père où je m’étais accroché et m’a renvoyé dans les jupons de ma mère d’un coup de pied aux fesses. Je n’ai pas pu m’asseoir durant huit jours. L’un des tout premiers souvenirs que j’ai gardé de mon enfance. Je me souviens aussi, après cela, de ne pas avoir vu mon père durant quatre ans. En prison, il n’avait le droit qu’à une seule visite à la fois. Ma mère ne pouvait m’amener avec elle. Qu’est-ce que j’aurais donné pour réussir à me glisser sous sa jupe, m’y cacher et revoir cet homme qui me manquait…

Je n’ai reçu aucune visite depuis mon arrestation. Pas même celle d’un avocat. L’enquêteur a souri quand je lui ai demandé à en voir un.
« Tu l’es, non ? Avocat ? Tu peux te défendre tout seul ! Comme un grand ! »
De toute façon, il sait très bien qu’il a la loi de son côté. Et je le sais aussi. Je suis Palestinien, il peut me garder au secret un bon bout de temps. Le temps qu’il faudra pour que je lâche ces noms et que je signe un bout de papier. Alors, depuis, je me tais. Le silence reste mon unique défense.
Je me tais et je ravale mes larmes. Mon père m’a appris cela : à ne pas pleurer.

Je n’avais que douze ans le jour où il a été abattu, sous mes yeux. Une balle dans la tête, lors d’une énième perquisition. Mes parents étaient des militants politiques. Mon père surtout, un dirigeant communiste. Les accords d’Oslo avaient été signés quelques semaines plus tôt.
Cela ne les a pas empêchés de l’assassiner.
J’avais fêté mon anniversaire la veille. C’était l’été, la nuit était tiède, agréable. Je me souviens. D’habitude, je restais avec ma mère et ma sœur à l’intérieur de la maison quand les militaires déboulaient. Cette fois-ci, ils m’ont considéré comme assez grand pour rejoindre mon père dans la rue, les mains sur la tête, en slip, alignés contre un mur. Des fusils d’assaut pointés sur nous.
Et je tremblais. De peur.
L’un des soldats a achevé de me déshabiller et a ricané devant mon sexe de petit garçon imberbe.
« T’es pas encore un homme, toi ! »
J’ai commencé à pleurer. Humilié. Mon père a murmuré mon prénom, bien qu’il nous était interdit de nous parler. J’ai levé la tête. Il m’a fixé avec ce regard que je lui connaissais, tendre, mais exigeant.
« Ne pleure pas. Quoi qu’il se passe, ne pleure pas. »
J’ai trouvé la force de refouler mes sanglots. Nous avons attendu à nouveau. Un homme en civil, cagoulé, est arrivé. Grand, il parlait l’hébreu, que je ne comprenais pas encore, et une discussion s’est engagée. Mort de fatigue, je m’endormais debout lorsque la détonation a claqué. Dans un sursaut, j’ai remarqué le corps à mes pieds, le sang et le sourire de l’assassin.
Il m’a ébouriffé les cheveux.
Je n’ai pas pleuré.

« Ça devrait te rendre plus bavard ! »
L’enquêteur attache mes menottes au dernier barreau de la chaise. Mon dos, dessine un bel arc de cercle contre le dossier. J’ai déjà la jambe gauche bousillée, au tour de ma colonne vertébrale…
Il sourit.
Le sang continue à couler dans ma gorge. Je m’étrangle avec. Je me retenais jusque-là, mais je n’en peux plus et j’urine dans mon pantalon.
Il ricane.
Cette petite humiliation fait partie du jeu. Une fois qu’on a compris ça, c’est moins difficile à supporter, même si cela reste embêtant. Je vais devoir garder mes vêtements sales et humides encore un bout de temps.

La première fois que cela m’est arrivé, j’avais tout juste trois poils au menton. J’avais été pris à lancer des pierres sur un véhicule militaire qui sillonnait le quartier. Mauvaise idée, surtout lorsque, comme moi, on ne court pas très vite. Mais j’ai cru que le keffieh que je portais autour du visage me protégerait.
Cela n’a pas été le cas. Ils m’ont arrêté à la maison, de nuit.
J’avais quinze ans, mais je me souviens d’avoir eu très peur. Les gosses d’aujourd’hui connaissent cela, eux aussi. Mais ils ont neuf ans, dix ans. Il ne se passe pas une semaine sans que je n’aie à défendre l’un deux…
La police m’a gardé vingt-quatre heures au commissariat, dont la moitié passée à être interrogé. Et j’ai pissé dans mon pantalon. Mohammed, un vieil ami de mon père, qui avait combattu auprès de Yasser Arafat, est venu me chercher. Il m’a trouvé en cellule, sans chaussure, sans ceinture, le pantalon humide et la chemise déchirée. Je grelottais. Nous étions en hiver et j’avais froid dans cette pièce non chauffée.
J’ai eu un réflexe de peur lorsqu’il a tendu une main. Je m’attendais à recevoir une claque, mais sa paume, large et calleuse, s’est contentée de se poser sur ma nuque et il m’a attiré contre lui. J’ai lâché un sanglot et il a murmuré :
« Ne pleure pas devant eux. »
Les larmes, je les ai réservées pour plus tard, dans la voiture, alors qu’il me ramenait chez ma mère. Je tremblais. Je pleurais comme un enfant et jurais qu’on ne m’y reprendrait plus. Mohammed n’a pas répondu aussitôt. Il a allumé une cigarette et soupiré :
« Je ne vais pas te dire que c’est intelligent ce que tu as fait. Mais si, ça t’arrivera à nouveau. Parce que t’es arabe, parce qu’un jour tu ne présenteras pas assez vite tes papiers ou que tu n’auras pas semblé assez poli à un militaire. Tu leur as dit quoi ? »
Rien. Je ne leur avais rien dit. Mohammed a hoché la tête.
« C’est bien. C’est ce qu’il faut faire. »
« Modifié: 01 Février 2011 à 09:12:12 par arwen »

Hors ligne arwen

  • Calliopéen
  • Messages: 486
    • Laissez parler les p'tits papiers
Re : Ne pleure pas
« Réponse #1 le: 31 Janvier 2011 à 00:50:21 »
J’ai retenu la leçon.
Ne rien dire, se taire.
Parler, même pour des choses anodines, c’est leur permettre de s’immiscer un petit peu plus dans ta cervelle. D’appuyer là où ça fait mal : la famille, les enfants… ma femme.
Je n’aurais pas dû cracher à la figure de cet enquêteur lorsqu’il m’a promis de se la taper le soir même. Avec force détails obscènes.
Il sait qu’il a trouvé un bouton et il l’utilise.
« Je suis sûr qu'elle ira se faire sauter par tous les mecs possibles quand tu seras en tôle. »
Je me tais.
J’avale mon sang et je me tais. De petites fleurs noires éclatent devant mes yeux. L’impression que mon dos se transforme en arc dont on aurait trop bandé la corde. Qu’il va craquer.
« Tu l’imagines en train de sucer un autre ? Je suis sûr qu’elle aime bien sucer, cette salope. »
Il s’approche à nouveau et frotte sa braguette contre mon visage.
Cette fois-ci, je ne peux plus cracher. Il le sait et ça l’amuse.
C’est ta queue que je vais mordre si tu me la remets sous le nez !
Un coup de poing dans le ventre ; je hurle. Pas tant à cause de la douleur dans mon estomac que de la décharge qui traverse mes vertèbres. Quelque chose s’y est déchiré. Je tente de me redresser. N’y parviens pas. Les fleurs noires s’agrandissent. Je ne sais plus trop ce que je fais sur cette chaise, sauf que tout ce sang passe du mauvais côté dans ma gorge, et que ma toux aggrave la situation.
« Et avec un clebs ? J’suis sûr qu’elle adorerait ça ! »
Arrête de parler de ma femme, comme ça !

Je me suis marié avec Nawal, il y a deux ans. À mon retour de Londres où j’avais suivi des études de droit. Ma mère était morte d’un cancer du sein foudroyant quelques mois plus tôt.
À vingt-trois ans, j’étais orphelin.
J’ai eu la chance de rencontrer ma future épouse peu de temps après. Étudiante, intelligente, jolie. Je ne suis pas bien sûr de moi avec les filles. Timide, complexé par ma jambe tordue. Elle a pris les devants. Nous avons flirté en secret de sa famille. En secret de ses frères surtout. J’ai attendu d’avoir du travail pour la demander en mariage.
Trois jours de fête qui m’ont permis d'oublier un peu mon chagrin.
Et puis l’annonce, magique, de sa première grossesse.
J’étais fou de joie, comme un gosse.
Certains disent qu’ils sont devenus homme la première fois que leur sexe s’est durci et qu’ils ont trouvé agréable de jouer avec, d’autres la première fois où ils se sont retrouvés nus entre les cuisses d’une femme ou même le jour de leur mariage.
Je me souviens de ma mère, scandalisée, lorsque j’ai tenté de lui parler, à six ans, de mon zizi tout dur. Je me souviens de ma première fois, dans le lit d’une jeune Anglaise : à moitié saoul et pas très fier. Je garde un heureux souvenir de ma nuit de noces. Mais je ne me suis jamais plus senti un homme que le jour où je suis devenu un père. Ce jour, où ma sœur m’a tendu un paquet tout blanc avec une petite chose rose au milieu.
Mon fils. Hani.
J’étais responsable de cette petite vie. Ad aeternam.

« Et ton gamin, le pauvre… grandir tout seul. Sans père… »
L’enquêteur susurre, d’une voix très douce.
J’ai dû m’évanouir. Je me tiens penché en avant sur la chaise. Mes poignets ne sont plus menottés aux barreaux du dossier et je reprends mon souffle.
 Je me souviens d’un second coup de poing dans le ventre.
Et puis le black-out.
Il peut me frapper tant qu’il veut. Quand je suis arrivé dans ce centre de détention, les yeux bandés, j’étais déjà couvert de bleus. J’avais déjà plusieurs côtes de cassées.
J’ai cru mourir lorsqu’ils ont commencé à me lyncher sur le chantier. Des soldats les en ont empêchés. C’est bien la première fois que je peux les remercier de quelque chose, ceux-là.
Il me caresse les cheveux.
Il murmure des mots réconfortants à mon oreille qui ne l’entend plus qu’à moitié. Il me demande si j’ai envie de laisser ma femme enceinte seule, de ne pas être là pour la naissance de notre deuxième enfant.
L’évènement est prévu pour la fin de l’année, aux environs de Noël.
J’espère que ce sera une fille. Nawal voudrait encore un fils.
Je serre les dents et m’efforce de retenir ma réponse. Je sais que, quoi que je dise, quoi que je fasse, Nawal accouchera seule cette fois-ci. Cet homme ment. J’aimerais le croire. Je voudrais le croire. Je suis fatigué, le dos démoli, j’ai besoin de dormir, mais je sais qu’il ment.
Il y a eu un mort.
Je vomis de la bile, teintée de rouge, entre mes genoux.
Et je serre les dents.

Avec Nawal, après le mariage, nous avons vécu chez ma sœur et son mari. Pas l’idéal pour un jeune couple, mais un mois après la mort de ma mère, la municipalité avait décidé de détruire la maison de mes parents. Permis de construire invalide. Nous aurions pu nous charger de la démolition. Je n’en avais pas eu le cœur. J’avais laissé les bulldozers entrer en action et j’avais payé la facture. Salée. Au goût des larmes.
Les terrains sont rares à Jérusalem-Est. Mais, grâce à des amis, nous en avons trouvé un dans le quartier de Silwan, tout près de la vieille ville. Un bout de terre convoité par des colons qui se sont installés dans la même rue, peu de temps après que j’obtienne ce précieux permis de construire…
Mohammed m’a mis en garde lorsque j’ai décidé, malgré tout, de lancer le chantier. Il m’a répété que je me livrais là à une imprudence inutile. Je ne l’ai pas écouté. J’aurais dû. Mais… ils m’avaient déjà abîmé la jambe, avaient tué mon père, avaient détruit notre maison. Je n’allais pas en plus leur laisser ce bout de terrain chèrement acquis.
Avec l’aide d’amis, de cousins, j’ai donc commencé à poser les premiers parpaings. J’ai peut-être une mauvaise jambe, mais je sais construire une maison, en plus d’être avocat. J’évite juste de porter les sacs de ciment.
Ils ont tenté quelques intimidations, ces cinglés, avec leurs chapeaux noirs et leurs petites nattes, mais nous étions à chaque fois assez nombreux pour les dissuader d’aller plus loin.

Le jour de l’accident, j’étais venu seul sur le chantier. J’avais emprunté l’échelle pour grimper sur le toit tout neuf. Ma jambe ne m’empêche pas de négocier les barreaux. Je suis moins rapide qu’un autre, c’est tout.
Il était là. Avec son chapeau noir et ses nattes. Une pioche à la main, occupé à détruire ce que nous avions terminé la veille.
« Fous le camp de chez moi ! »
Il s’est retourné.
« C’est pas chez toi, ici, le macaque ! »
Nous nous sommes fait face durant une longue minute. Sans bouger. Il était jeune, grand, bien plus que moi. Seul, je n’ai pas pu employer la force pour l'obliger à partir. J’ai tourné autour de lui et ai ramassé un pied de biche. Ses tempes luisaient un peu sous le chapeau.
« Fous le camp avant que je me fâche. »
Je bluffais. Je ne faisais pas le poids avec mon bout de ferraille et mes soixante kilos tout mouillé. Et il le savait.
Il a ricané.
« Tu vas faire quoi, l’estropié ? »
L’estropié. J’ai traîné cette insulte durant toute ma vie, comme je me traîne cette jambe mal foutue. Mais je l’ai acculé à la corniche sans qu’il ne se rende compte de rien.
J’ai souri et il a compris sa position délicate. Il a sorti un pistolet de derrière son dos. Dans un réflexe – je suis bon à ce petit jeu, de celui qui sera le plus rapide –  j’ai frappé au poignet.
Le tir est parti. En l’air. Et l’homme, déséquilibré, est tombé. En bas.
Je suis resté un instant pétrifié. Je suis redescendu en catastrophe, au risque de tomber à mon tour, dans l’espoir vain de lui porter secours. Mais je n’ai découvert qu’un corps démantibulé, le crâne explosé sur un parpaing.
J’étais occupé à vomir non loin de sa cervelle étalée sur le béton quand ils sont arrivés. J’ai tenté de m’échapper, mais ils m’ont rattrapé dans la rue. Je me souviens juste d’une mêlée de chapeaux noirs et de nattes. Je me souviens des cris et de m’être évanoui sous les coups.

Il a sorti son flingue.
Le canon s’appuie sur mon front, juste entre les yeux. Sans bouger, je louche sur ce vieux joujou. Un de ceux qu’on voit au cinéma, avec leur barillet à six coups. Moi qui croyais que les agents du Shin Bet étaient équipés des derniers modèles à la pointe du progrès…
En tout cas, je peux contempler les balles qui y scintillent.
Il ne fait pas semblant.
Il a dégagé la sécurité. Son index caresse la détente.
Je n’ai pas compris sa dernière question, mais je l’entends murmurer. Me menacer. Il en a assez. Il est fatigué. Il veut rentrer à la maison, manger, dire bonjour à sa femme, ne plus avoir à s’occuper de cas dans mon genre.
Je crois qu’il pète un plomb.
Moi aussi, je suis fatigué. Moi aussi, je veux rentrer chez moi, voir ma femme, embrasser mon fils. Mais je ne signerai pas ce bout de papier.
La pression sur mon crâne s’accentue un peu plus. Je ne cherche pas y échapper. J’y résiste même.
Nos regards se croisent. Je me tais et le fixe dans les yeux.
Son doigt tremble sur la détente.
Derrière moi, il y a une porte. Fermée. Il serait temps que quelqu’un vienne l’ouvrir. Grand temps…
« Modifié: 01 Février 2011 à 09:13:31 par arwen »

Verasoie

  • Invité
Re : Ne pleure pas
« Réponse #2 le: 31 Janvier 2011 à 15:15:27 »
Citer
Une dent cariée pousse depuis entre mes sinus, lancinante.

Au sens propre...? Si oui j'avoue que je me le représente difficilement, si non ben je trouve que ca fait bizarre parce que spontanément j'imagine une vraie description et non une métaphore.

Citer
Ma position, cambrée, met à rude épreuve mes vertèbres,

Autant le reste de la description je la trouve bien, autant cette phrase (je sais pas si c'est le coté  anatomique de vertèbres, ou "a rude épreuve qui m'embete) elle fait un peu "documentaire", pas très naturelle je trouve.

Citer
« Avec ta jambe folle, t’as pu faire ça tout seul, hein ? Qui était avec toi ? »

Manque un "pas"

Citer
J’avais trois ans lorsque, pour la deuxième fois, un militaire me frappait.

La première fois en tant que foetus ne compte plus ?



J'ai beaucoup aimé cette nouvelle. Je trouve l'alternance passé-présent bien faite, on apprend ce qu'il faut au rythme qu'il faut. Le décor et le contexte (qui te tiennent a coeur je pense) sont bien plantés, il y a juste assez de détails politiques et sociaux pour qu'on se le représente quand on ne connait pas de facon approfondie, comme moi, mais sans devenir assommant. Les détails violents sensibilisent, on sent le texte engagé mais sans que l'histoire en perde son intéret, laisse la place a l'engagement.

Bref, bonne lecture !

Ah et j'aime bien le titre, les passages auquel il renvoie sont touchants.

Hors ligne arwen

  • Calliopéen
  • Messages: 486
    • Laissez parler les p'tits papiers
Re : Ne pleure pas
« Réponse #3 le: 31 Janvier 2011 à 17:04:31 »
Merci Verasoie !  :)
Je vais me pencher sur tes remarques judicieuses.

Ah, la première fois fois, quand il est dans le ventre de sa mère, la deuxième quand il a trois ans. Y'a pas de problème, je crois ... ^^

Verasoie

  • Invité
Re : Ne pleure pas
« Réponse #4 le: 31 Janvier 2011 à 17:49:14 »
Ah pardon, j'avais lu (et relu) "première" au lieu de "deuxième", je retire cette remarque inutile  :mrgreen:

pehache

  • Invité
Re : Ne pleure pas
« Réponse #5 le: 31 Janvier 2011 à 20:30:45 »
Je n’aurais pas dû lui cracher au visage.
Il insultait Nawal, dans un mauvais arabe, et se tenait si près de moi que j’avais saisi l’occasion, sans réfléchir. Malgré ma soif intense, je lui avais jeté un crachat à la face.

(formulation lourdement emphatique en désaccord avec la tonalité orale de ton texte. Je lui avais craché au visage suffit. Et basta pour le bien gluant.)

Bien gluant.


Il avait répondu par un coup de poing. Mon nez s’était brisé avec le bruit d’une branche cassée en deux et je n’avais pas su retenir le cri que la douleur m’arrachait.
(Je trouve ça lourd aussi.)
Il avait souri.
Les élancements d’une dent cariée qui aurait poussé entre mes yeux remontent vers mes sinus. (bof) Le sang dégouline(,)  de mes narines[ jusqu’] à mes lèvres, mon menton[,  et enfin] ma chemise. Plus très blanche déjà. Elle sera bonne à jeter une fois que tout ça sera terminé.
Il s’essuie les doigts, les secoue un peu et grimace. Le geste lui a échappé, de la même façon que le crachat est sorti tout seul de ma gorge. Dans un réflexe. Comme moi, il fatigue. Il est livide, a les yeux cernés. Peut-être pas autant que les miens, et lui a au moins pu se raser, mais notre face à face s’éternise depuis un peu trop longtemps.
Je ne tiens plus le compte de ces longues séances d’interrogatoire(s)
 qui se succèdent les unes aux autres. Je n’ai pas dormi depuis longtemps et je ne sais plus si c’est le jour ou la nuit. Ici, les claques m’ont tenu éveillé. En cellule, j’ai peut-être pu fermer les yeux de temps en temps, allongé sur une paillasse, à deux pas du trou dégoûtant dans lequel j’étais censé faire mes besoins,
(curieusement pudique par rapport au reste, donc incohérent)  mais sans véritablement m'assoupir.
Les gardiens y ont veillé, à coups de pieds.
Les menottes me serrent (un peu) trop les poignets, ligotés dans mon dos aux barreaux de la chaise (où je suis assis). Les liens de plastique coupent la circulation sanguine( et) j’ai mal aux doigts.
(Ils enflent  les voit, alors ?) .
Ma position, cambrée contre le dossier, n’est pas très confortable (trop mou)
. Mon dos (commence à) proteste®, mais c’est à mes phalanges gonflées de sang et à ce nez cassé que je pense. Personne ne me l’avait encore cassé. C’est une première. Et je découvre que cela fait atrocement mal.
Quelques larmes m’échappent et il sourit.
Je frotte mes chevilles contre les pieds de la chaise où elles sont attachées. L’impression qu’une colonie de puces remonte vers mes mollets. J’ai beau savoir que cela n’est qu’une illusion provoquée par la privation de sommeil, j’ai une furieuse envie de me gratter les pieds, le dos, le crâne. Comme un junkie en manque.
Et cet enquêteur qui sourit toujours.
Qui me demande inlassablement les noms de mes complices.
Qui me susurre mon prénom à l’oreille :
« Allez, Salim, tu es un gentil garçon, intelligent… »
Qui me caresse les cheveux, pourtant trempés de sueur, avec ce geste qu’avait ma mère.
Je ferme les yeux. Le seul moyen de m’extirper de cette pièce, d’échapper à cet enquêteur. Une gifle m’en empêche. Mon oreille sonne. J’ai des acouphènes à force.(pas dans le ton, pas de détachement possible quand tu te fais baffer)

La première fois qu’un militaire israélien m’a frappé, je n’étais encore qu’un fœtus dans le ventre de ma mère. Lors d’une perquisition, en pleine nuit, enceinte de six mois, elle avait été poussée dans l’escalier par un officier trop pressé.
Les contractions l’avaient contrainte à garder le lit durant plusieurs semaines.
J’étais né, un peu prématuré, la jambe gauche un peu cabossée.
Cela ne m’a jamais empêché de courir, ni de me livrer aux bêtises des gamins de mon âge : lancer des pierres sur les militaires en jeep, par exemple. Au lieu de devenir maçon, je suis juste devenu avocat.

« Salim ? J’attends ? »
Oui, je sais, il attend les noms. Il poursuit, sur le même ton, doucereux :
« Avec ta jambe folle, t’as pas pu faire ça tout seul, hein ? Qui était avec toi ? »
Depuis le début, il tient à sa version : celle où j’aurais bénéficié de l’aide de complices. Histoire de profiter de l’occasion pour mettre la main sur quelques garçons qu’ils surveillent depuis longtemps. Mon frère, mes amis, mes cousins. Pas difficile. Lorsque l’on a vingt ans, trente ans à Jérusalem-Est en 2010, on se politise vite. Je n’en connais pas un seul qui n’ait pas eu, un jour, affaire à la police. Proches du Hamas, du FDLP ou simples gamins, les poches pleines de cailloux sur l’esplanade des martyrs, ils sont déjà tous suspects.
Encore une claque.
De l’autre côté. Histoire d’équilibrer les comptes. J’avale de travers le sang qui coule dans ma trachée, et tousse.

J’avais trois ans lorsque, pour la deuxième fois, un militaire me frappait.(imparfait douteux, p. c préférable ou ps mais hors-jeu)
Ils venaient chercher mon père et, hurlant, je m’étais accroché à sa jambe. (ils/ sa, oui j’ai compris, mais c’est douteux aussi, les reprises sont agrammaticales.)

Un soldat m’en avait arraché et m’avait renvoyé dans les jupons de ma mère d’un coup de pied aux fesses. Je n’avais pas pu m’asseoir durant huit jours. L’un des tout premiers souvenirs(1) que j’ai gardé de mon enfance. Je me souviens(2) aussi, après cela, de ne pas avoir vu mon père durant quatre ans. En prison, il n’avait le droit qu’à une seule visite à la fois. Ma mère ne pouvait m’amener avec elle. Qu’est-ce que j’aurais donné pour réussir à me glisser sous sa jupe, m’y cacher et revoir cet homme qui me manquait…

Je n’ai reçu aucune visite depuis mon arrestation. Pas même celle d’un avocat. L’enquêteur avait souri quand je lui avais demandé à en voir un.
« Tu l’es, non ? Avocat ? Tu peux te défendre tout seul ! Comme un grand ! »
De toute façon, il sait très bien qu’il a la loi de son côté. Et je le sais aussi. Je suis Palestinien, il peut me garder au secret un bon bout de temps. Le temps qu’il faudra pour que je lâche ces noms et que je signe un bout de papier. Alors, depuis, je me tais. Le silence reste mon unique défense.
Je me tais et je ravale mes larmes. Mon père m’a appris « cela : à ne pas pleurer ».(lourd)

Je n’avais que douze ans le jour où il a été abattu, sous mes yeux. Une balle dans la tête, lors d’une énième perquisition. Mes parents étaient des militants politiques. Mon père surtout, un dirigeant communiste. (lourd)Les accords d’Oslo avaient été signés quelques semaines plus tôt. Cela ne les avait pas empêchés de l’assassiner.
J’avais fêté mon anniversaire la veille. C’était l’été, la nuit était tiède, agréable. Je me souviens. D’habitude, je restais avec ma mère et ma sœur à l’intérieur de la maison quand les militaires déboulaient. Cette fois-ci, ils m’avaient considéré comme assez grand pour rejoindre mon père dans la rue, les mains sur la tête, en slip, alignés (non, on pige, mais la grammaire dit « aïe »
contre un mur. Des fusils d’assaut pointés sur nous.
Et je tremblais. Je tremblais de peur.
L’un des soldats avait achevé de me déshabiller et avait ricané devant mon sexe de petit garçon imberbe.
« T’es pas encore un homme, toi ! »
Je commençais à pleurer.
On pleure, poulette, on commence pas à pleurer !^

 Humilié. Mon père avait murmuré mon prénom, bien qu’il nous était (faute de temps et de mode)
interdit de nous parler. Je levais la tête. Il me fixait avec ce regard que je lui connaissais, tendre, mais exigeant.
« Ne pleure pas. Quoi qu’il se passe, ne pleure pas. »
Je trouvais la force de refouler mes sanglots. Et nous avions attendu à nouveau. Un homme en civil, cagoulé, était arrivé. Grand, il parlait(l’)  hébreu, que je ne comprenais pas encore (sinon : je ne le) , et une discussion s’était engagée. Mort de fatigue, je m’endormais (non, me suis endormi, puisque pas de ps) debout lorsque la détonation avait claqué. (a)
Dans un sursaut, je remarquais le corps à mes pieds, le sang et le sourire de l’assassin.
Il m’avait ébouriffé les cheveux.
Je n’avais pas pleuré.

A mon avis, vu le style oral que tu emploies, tu abuses des imparfaits et des p-qp.

« Ça devrait te rendre plus bavard, comme ça ! »
L’enquêteur attache mes menottes au dernier barreau de la chaise. Cette fois-ci(,) mon dos, (non virgule agrammaticale entre sujet et verbe) dessine un bel arc de cercle contre le dossier. J’ai déjà la jambe gauche (de ouh !) bousillée, au tour de ma colonne vertébrale…
Il sourit.
Le sang continue à couler dans ma gorge et je m’étrangle avec. Je me retenais jusque-là, mais je n’en peux plus et j’urine dans mon pantalon. (Dis, c’est ton truc, ça. T’as eu un souci quand tu étais petite ?)
Il ricane.
Cette petite humiliation fait partie du jeu. Pas de bon interrogatoire sans ce petit instant récréatif pour les enquêteurs. Une fois qu’on a compris ça, c’est moins difficile à supporter, même si cela reste embêtant. Je vais devoir garder mes vêtements sales et humides encore un bout de temps.

La première fois que cela m’est arrivé, j’avais tout juste trois poils au menton. (Tu abuses des « et », il y en a partout, ça lasse !)Et j’avais été pris à lancer des pierres sur un véhicule militaire qui sillonnait le quartier. Mauvaise idée, surtout lorsque(,) comme moi, on ne court pas très vite. Mais je croyais que le keffieh que je portais autour du visage me protégerait.
Cela n’avait pas été le cas. Ils m’avaient arrêté à la maison, de nuit.
J’avais quinze ans, mais je me souviens d’avoir eu très peur. Les gosses d’aujourd’hui connaissent cela, eux aussi. Mais ils ont neuf ans, dix ans. Il ne se passe pas une semaine sans que je n’aie à défendre l’un deux…
J’avais été gardé vingt-quatre heures au commissariat, dont la moitié passée à être interrogé. Et j’avais pissé dans mon pantalon. Mohammed, un vieil ami de mon père, qui avait combattu auprès de Yasser Arafat, était venu me chercher. Il m’avait trouvé en cellule, sans chaussure, sans ceinture, le pantalon humide et la chemise déchirée. Je grelottais. Nous étions en hiver et j’avais froid dans cette pièce non chauffée.
J’avais eu un réflexe de peur lorsqu’il avait tendu une main. Je m’attendais à recevoir une claque, mais sa paume, large et calleuse, s’était contentée de se poser sur ma nuque et il m’avait attiré contre lui. J’avais lâché un sanglot misérable et il avait murmuré :
« Ne pleure pas devant eux. »
Les larmes, je les avais réservées pour plus tard, dans la voiture, alors qu’il me ramenait chez ma mère. Je tremblais. Je pleurais comme un enfant et jurais qu’on ne m’y reprendrait plus. Mohammed n’avait pas répondu aussitôt. Il avait allumé une cigarette et soupiré :
« Je ne vais pas te dire que c’est intelligent ce que tu as fait. Mais si, ça t’arrivera à nouveau. Parce que t’es (A)arabe, parce qu’un jour tu ne présenteras pas assez vite tes papiers ou que tu n’auras pas semblé assez poli à un militaire. Tu leur as dit quoi ? »
Rien. Je ne leur avais rien dit. Mohammed avait hoché la tête.
« C’est bien. C’est ce qu’il faut faire. »


J’avais retenu la leçon de cet homme qui avait connu de longues et nombreuses années de prison.(lourd)     Qui avait connu (….) des interrogatoires peut-être plus violents que celui que je subis en ce moment.
Ne rien dire, se taire.
Parler, même pour des choses anodines, c’est leur permettre de s’immiscer un petit peu plus dans ta cervelle. D’appuyer là où ça fait mal : la famille, les enfants… ma femme.
Je n’aurais pas dû cracher à la figure de cet enquêteur lorsqu’il m’a promis de se la taper le soir même. Avec force détails obscènes.
Il sait qu’il a trouvé un bouton et il l’utilise.
« Je suis sûr qu'elle ira se faire sauter par tous les mecs possibles quand tu seras en tôle. »
Je me tais.
J’avale mon sang et je me tais. De petites fleurs noires éclatent devant mes yeux. L’impression que mon dos se transforme en arc dont on aurait trop bandé la corde. Qu’il va craquer.
« Tu l’imagines en train de sucer un autre ? Je suis sûr qu’elle aime bien sucer, cette salope. »
Il s’approche à nouveau et frotte sa braguette contre mon visage.
Cette fois-ci, je ne peux plus cracher. Il le sait et ça l’amuse.
C’est ta queue que je vais mordre si tu me la remets sous le nez !
Un coup de poing dans le ventre et je hurle. Pas tant à cause de la douleur dans mon estomac que de la décharge qui traverse mes vertèbres. Quelque chose s’y est déchiré. Je tente de me redresser et n’y parviens pas. Les fleurs noires s’agrandissent et je ne sais plus trop ce que je fais sur cette chaise, sauf que tout ce sang passe du mauvais côté dans ma gorge, et que ma toux aggrave la situation.
« Et avec un clebs ? J’suis sûr qu’elle adorerait ça ! »
Arrête de parler de ma femme, comme ça !

Je me suis marié avec Nawal, il y a deux ans. À mon retour de Londres où j’avais suivi mes (des, elles ne sont pas à toi, que je sache !)
 études de droit. Ma mère était morte d’un cancer du sein foudroyant. À vingt-trois ans, j’étais orphelin. Et etttttttttttttttttttttttttt      j’avais eu la chance de rencontrer ma future épouse. Étudiante, intelligente, jolie. Je n’étais pas bien sûr de moi avec les filles. Timide, complexé par ma jambe tordue. Elle avait pris les devants. Nous avions flirté en secret de sa famille. En secret de ses frères surtout. Ettttttttttttttttttt j’avais attendu d’avoir du travail pour la demander en mariage.
Trois jours de fête qui m’avaient permis d'oublier un peu mon chagrin.
Et puis l’annonce, magique, de sa première grossesse.
J’étais fou de joie, comme un gosse.
Certains disent qu’ils sont devenus homme la première fois que leur sexe s’est durci et qu’ils ont trouvé agréable de jouer avec, d’autres la première fois où ils se sont retrouvés nus entre les cuisses d’une femme ou même le jour de leur mariage.
Je me souviens avoir été tancé(NON !) par ma mère lorsque j’avais tenté de lui parler, à six ans, de mon zizi tout dur. Je me souviens que la première fois que j’ai fait l’amour, dans le lit d’une jeune Anglaise, j’étais à moitié saoul et pas très fier. Je garde un heureux souvenir de ma nuit de noces.(tout ce passage sonne faux, désolé)             Mais je ne me suis jamais plus senti un homme que le jour où je suis devenu un père. Ce jour(, ) où ma sœur Leïla m’a tendu un paquet tout blanc avec une petite chose rose au milieu.
Mon fils. Hani.
J’étais responsable de cette petite vie. Ad aeternam.

« Ettttttttt ton gamin, le pauvre… grandir tout seul. Sans père… »
L’enquêteur susurre, d’une voix très douce.
J’ai dû m’évanouir. Je me tiens penché en avant sur la chaise. Mes poignets ne sont plus menottés aux barreaux du dossier et je reprends mon souffle.
 Je me souviens d’un second coup de poing dans le ventre.
Et puis le black-out.
Il peut me frapper tant qu’il veut. Quand je suis arrivé dans ce centre de détention, les yeux bandés, j’étais déjà couvert de bleus. J’avais déjà plusieurs côtes de cassées.
J’avais cru mourir lorsqu’ils avaient (ont)               commencé à me lyncher sur le chantier. Des soldats les en avaient (ont)                 empêchés. C’est bien la première fois que je peux les remercier de quelque chose, ceux-là.
Il me caresse les cheveux.
Il murmure des mots réconfortants à mon oreille qui ne l’entend plus qu’à moitié, assourdie par les acouphènes (Nan, encore le même pb de registre)            . Il me demande si j’ai envie de laisser ma femme enceinte seule, de ne pas être là pour la naissance de notre deuxième enfant.
L’évènement est prévu pour la fin de l’année, aux environs de Noël.
J’espère que ce sera une fille. Nawal voudrait encore un fils.
Je serre les dents et m’efforce de retenir ma réponse. Je sais que(,) quoi que je dise, quoi que je fasse, Nawal accouchera seule cette fois-ci. Cet homme ment. J’aimerais le croire. Je voudrais le croire. Je suis fatigué,(j’ai)  le dos démoli, [j’ai] besoin de dormir, mais je sais qu’il ment.
Il y a eu un mort.
Je vomis de la bile, teintée de rouge, entre mes genoux.
Et je serre les dents.

Avec Nawal, après le mariage, nous vivions chez ma sœur et son mari. Pas l’idéal pour un jeune couple, mais un mois après la mort de ma mère, la municipalité avait décidé de détruire la maison de mes parents. Permis de construire invalide. Nous pouvions nous charger de la démolition. Je n’en avais pas eu le cœur. J’avais laissé les bulldozers entrer en action et j’avais payé la facture. Salée. Au goût des larmes.
Les terrains sont rares à Jérusalem-Est. Mais(,) grâce à des amis, nous en avions trouvé un dans le quartier de Silwan, tout près de la vieille ville. Un bout de terre convoité par des colons qui s’étaient installés dans la même rue, peu de temps après que j’obtienne ce précieux permis de construire…
Mohammed m’avait mis en garde lorsque je décidais (imp. ?) malgré tout de lancer le chantier. Il m’avait répété que je me livrais là à une imprudence inutile. Je ne l’écoutais pas. J’aurais dû. Mais… ils m’avaient déjà abîmé la jambe, avaient tué mon père, avaient détruit notre maison. Je n’allais pas en plus leur laisser ce bout de terrain chèrement acquis.
Avec l’aide d’amis, de cousins, je commençais(pc) donc à poser les premiers parpaings. J’ai peut-être une mauvaise jambe, mais je sais construire une maison, en plus d’être avocat. J’évite juste de porter les sacs de ciment.
Ils avaient tenté quelques intimidations, ces cinglés, avec leurs chapeaux noirs et leurs petites nattes, mais nous étions à chaque fois assez nombreux pour les dissuader d’aller plus loin.
Ce jour-là, j’étais venu seul sur le chantier qui prenait forme. Nous avions monté les murs et le toit était tout neuf. J’empruntais l’échelle pour y grimper. Ma jambe ne m’empêchait pas de négocier les barreaux. J’étais moins rapide qu’un autre, c’est tout. Et cet homme était là. Avec son chapeau noir et ses nattes. Une pioche à la main, occupé à détruire ce que nous avions terminé la veille.
« Fous le camp de chez moi ! »
Il s’était retourné. Impossible qu’il n’ait pas compris. Je m’étais exprimé en hébreu. Je parle cette langue aussi bien que l’arabe à présent. Obligatoire dans les tribunaux.
« C’est pas chez toi ici, le macaque ! »
Nous nous étions fait face durant une longue minute. Sans bouger. L’homme était jeune, grand, bien plus que moi. Seul, je ne pouvais employer la force pour l'obliger à partir. Je tournais autour de lui et ramassais un pied de biche. Ses tempes luisaient un peu sous le chapeau.
« Fous le camp avant que je me fâche. »
Je bluffais. Je ne faisais pas le poids avec mon bout de ferraille et mes soixante kilos tout mouillé. Et il le savait. Il avait ricané.
« Tu vas faire quoi, l’estropié ? »
L’estropié. J’avais traîné cette insulte durant toute ma vie, comme je me traînais cette jambe mal foutue. Mais il ne s’était rendu compte de rien : je l’avais acculé à la corniche.
J’avais souri et il avait compris sa position délicate. Il avait sorti un pistolet de derrière son dos. Dans un réflexe – j’étais bon à ce petit jeu, de celui qui sera le plus rapide –  j’avais frappé au poignet.
Le tir était parti. En l’air. Et l’homme, déséquilibré, était tombé. En bas.
J’étais resté un instant pétrifié et étais redescendu en catastrophe, au risque de tomber à mon tour, dans l’espoir vain de porter secours à ce corps que je découvrais démantibulé, le crâne explosé sur un parpaing.
J’étais occupé à vomir non loin de sa cervelle étalée sur le béton quand ils étaient arrivés. J’avais tenté de m’échapper, mais ils m’avaient rattrapé dans la rue. Je me souviens juste d’une mêlée de chapeaux noirs et de nattes. Je me souviens des cris et de m’être évanoui sous les coups.

Il a sorti son flingue.
Le canon s’appuie sur mon front, juste entre les yeux. Sans bouger, je louche sur ce vieux joujou. Un de ceux qu’on voit au cinéma, avec leur barillet à six coups. Moi qui croyais que les agents du Shin Bet étaient équipés des derniers modèles à la pointe du progrès…
En tout cas, je peux contempler les balles qui y scintillent.
Il ne fait pas semblant.
Il a dégagé la sécurité. Son index caresse la détente.
Je n’ai pas compris sa dernière question, mais je l’entends murmurer. Me menacer. Il en a assez. Il est fatigué. Il veut rentrer à la maison, manger, dire bonjour à sa femme, ne plus avoir à s’occuper de cas dans mon genre.
Je crois qu’il pète un plomb.
Moi aussi, je suis fatigué. Moi aussi, je veux rentrer chez moi, voir ma femme, embrasser mon fils. Mais je ne signerai pas ce bout de papier.
La pression sur mon crâne s’accentue un peu plus. Je ne cherche pas y échapper. J’y résiste même.
Nos regards se croisent. Je me tais et le fixe dans les yeux.
Son doigt tremble sur la détente.
Derrière moi, il y a une porte. Fermée. Il serait temps que quelqu’un vienne l’ouvrir. Grand temps…



Techniquement: abus des "et", notamment en début de phrase.
Souci de registre, d'ac, il est avocat, mais ton style narratif veut coller à l'oralité.
Abus des imparfaits et p-q-p en lieu et place du p.c. de l'oral.


J'ai fait une fausse manip', pis, hein, eul'coup il est parti tout seul!
Une bavure, que c'était.

Sinon, texte après texte, je trouve ça un peu monomaniaque. Dommage. On sait d'emblée où tu vas nous emmener, qui sont les bons et les méchants...
Ce ne serait pas un chouya manichéen, tout ça, non ?
Bise.

J'ai oublié de dire que c'est d'autant plus dommage que tu sais raconter.
« Modifié: 31 Janvier 2011 à 21:33:23 par ernya »

Hors ligne arwen

  • Calliopéen
  • Messages: 486
    • Laissez parler les p'tits papiers
Re : Re : Ne pleure pas
« Réponse #6 le: 31 Janvier 2011 à 20:33:43 »
Merci beaucoup Pehahe de ton commentaire détaillé.

Je ne vais pas répondre  à tout : y'a beaucoup de détails. je suis d'accord avec certains, d'autres non.





Je n’aurais pas dû lui cracher au visage.
Il insultait Nawal, dans un mauvais arabe, et se tenait si près de moi que j’avais saisi l’occasion, sans réfléchir. Malgré ma soif intense, je lui avais jeté un crachat à la face.

(formulation lourdement emphatique en désaccord avec la tonalité orale de ton texte. Je lui avais craché au visage suffit. Et basta pour le bien gluant.)

Bien gluant.
C'est un avocat, il a le droit de bien parler parfois...

Citer
En cellule, j’ai peut-être pu fermer les yeux de temps en temps, allongé sur une paillasse, à deux pas du trou dégoûtant dans lequel j’étais censé faire mes besoins,
(curieusement pudique par rapport au reste, donc incohérent)  mais sans véritablement m'assoupir.
Il ne dit aucun mot grossier de tout le long, je ne trouve pas incohérent qu'il dise besoin plutôt que merde ou je ne sais quel autre expression familière. Ensuite, dans la culture orientale, la pudeur est quand même très présente sur ce genre de sujet.

Citer
Les gardiens y ont veillé, à coups de pieds.
Les menottes me serrent (un peu) trop les poignets, ligotés dans mon dos aux barreaux de la chaise (où je suis assis). Les liens de plastique coupent la circulation sanguine( et) j’ai mal aux doigts.
(Ils enflent  les voit, alors ?) .
Ca se sent quand on a les doigts qui enflent à cause de menottes trop serrées...
Citer
Je ferme les yeux. Le seul moyen de m’extirper de cette pièce, d’échapper à cet enquêteur. Une gifle m’en empêche. Mon oreille sonne. J’ai des acouphènes à force.(pas dans le ton, pas de détachement possible quand tu te fais baffer)
Il se détache justement... ou du moins l'essaie.

Citer
Je me tais et je ravale mes larmes. Mon père m’a appris « cela : à ne pas pleurer ».(lourd)
pas pour moi

Citer
Et je tremblais. Je tremblais de peur.
L’un des soldats avait achevé de me déshabiller et avait ricané devant mon sexe de petit garçon imberbe.
« T’es pas encore un homme, toi ! »
Je commençais à pleurer.
On pleure, poulette, on commence pas à pleurer !^
euh, y'a bien un début et une fin à une crise de larmes ? Donc on commence  et on termine...

Citer
Humilié. Mon père avait murmuré mon prénom, bien qu’il nous était (faute de temps et de mode)
non, c'est toléré aujourd'hui ;)

Citer
A mon avis, vu le style oral que tu emploies, tu abuses des imparfaits et des p-qp.
C'est un avocat, il a le droit de bien parler... ;)
Ceci dit, faudrait que je m'entraine à user du passé composé dans ces cas là, j'ai encore du mal. Je passe naturellement au plus que parfait...

Citer
Il sourit.
Le sang continue à couler dans ma gorge et je m’étrangle avec. Je me retenais jusque-là, mais je n’en peux plus et j’urine dans mon pantalon. (Dis, c’est ton truc, ça. T’as eu un souci quand tu étais petite ?)
Non, parait que j'ai été propre très tot, mais je me souviens avoir fait pipi au lit... euh, pardon, j'suis pas chez le psy ! Je sais, y'a souvent des histoires de pipi... en même temps, mess personnages se retrouvent dans des situations qui font que...

Citer

« Je ne vais pas te dire que c’est intelligent ce que tu as fait. Mais si, ça t’arrivera à nouveau. Parce que t’es (A)arabe, parce qu’un jour tu ne présenteras pas assez vite tes papiers ou que tu n’auras pas semblé assez poli à un militaire. Tu leur as dit quoi ? »
Non ! tu es un(A)rabe, là y'a une majuscule. là, arabe c'est un adjectif, donc pas de majuscule ... ( me suis assez arrachée les cheveux sur ce point dans mes articles pour le savoir sur le bout des doigts, maintenant ! ;)

vi, j'ai une tendance monomaniaque, c'est vrai.
A dix ans, c'étaient lrs histoires sur les chats ou les chevaux...  :noange:

mais je ne suis vraiment pas d'accord sur le registre employé; C'est un mec diplômé, avocat. il ne va pas parler n'importe comment.

Pour les Et, c'est vrai que c'est un tic d'écriture que j'ai...

Reste le plus que parfait : tu as raison je pense, et ça allégerait le récit, car était, avait, c'est moche  à force, maisje n'arrive pas à écrire au passé composé, ça ne coule pas tout seul pour moi...  ><
« Modifié: 31 Janvier 2011 à 20:51:07 par arwen »

pehache

  • Invité
Re : Ne pleure pas
« Réponse #7 le: 31 Janvier 2011 à 20:46:34 »
Les temps. Ils ne collent pas avec un phrasé oral. C'est comme ça. Relire LFC, peut-être ?

Pour le lexique, j'ai du mal aussi à imaginer un mec qui se prend des baffes dans la gueule (t'en as déjà pris, toi ? Moi, oui, par les flics, par ex.)et qui se dit "acouphènes". Pourtant, je suis, plutôt culturé, comme garçon, avec du lexique et tout ça. Mais non, baffe et acouphènes, ça ne colle pas.

Bref, y'a un côté plaqué, lourdingue, faut que tu choisisses ton camp, celui de la littérature qui manie le passé simple- et pas forcément avec le petit doit en l'air et le trou du cul serré- ou de celle qui choisit la langue de la rue, ou la petite musique de l'oralité. Mais tu ne peux pas rester comme ça le cul entre deux chaises. Tu vas te faire mal. Etttttttttttt lasser ton lectorat.
Bise

Hors ligne ernya

  • Vortex Intertextuel
  • Messages: 7 683
  • Ex-dragonne
    • Page perso
Re : Ne pleure pas
« Réponse #8 le: 31 Janvier 2011 à 20:47:46 »
Bien. Mes deux grands, vous allez me faire le grand plaisir d'éditer vos messages afin de les regrouper. Sinon c'est illisible et ça alourdit la page. Merci d'avance.
"Je crois qu'il est de mon devoir de laisser les gens en meilleur état que je ne les ai trouvés"
Kennit, Les Aventuriers de la Mer, Robin Hobb.

Hors ligne arwen

  • Calliopéen
  • Messages: 486
    • Laissez parler les p'tits papiers
Re : Ne pleure pas
« Réponse #9 le: 31 Janvier 2011 à 20:50:25 »
Sur ce point précis, ok, oui.

Plaqué ? Comprends pas ?
C'est pas un problème de choix,c 'est un problème de maitrise là et euh ( LFC ? je cherche, mais je trouve pas... )
Le choix je l'ai fait : 1ere personne, présent. C'est les flash backs que j'ai du mal à tenir ( c'était déjà le cas avant dans des textes au passé simple pour que je parvienne à rester au pqp sans passer au passé simple sans cesse et perdre le lecteur.)

pehache

  • Invité
Re : Ne pleure pas
« Réponse #10 le: 31 Janvier 2011 à 20:55:37 »
LFC: Céline.

Oui, entraîne-toi au passé composé. Allège!

Ernya, tu as du mal à suivre ? J'en suis tout ébaubi!

Sinon, ça gêne quelqu'un notre conversation ?

Pour une fois qu'ça cause poliment de littérature, d'arrière-boutique, ici!
Bise

Hors ligne ernya

  • Vortex Intertextuel
  • Messages: 7 683
  • Ex-dragonne
    • Page perso
Re : Ne pleure pas
« Réponse #11 le: 31 Janvier 2011 à 21:26:21 »
votre conversation ne me pose aucun problème niveau contenu. Mais niveau forme, elle s'étale sur six post alors que vous ne vous répondez qu'une fois. Mais je vais m'en occuper pehache.
"Je crois qu'il est de mon devoir de laisser les gens en meilleur état que je ne les ai trouvés"
Kennit, Les Aventuriers de la Mer, Robin Hobb.

Hors ligne arwen

  • Calliopéen
  • Messages: 486
    • Laissez parler les p'tits papiers
Re : Ne pleure pas
« Réponse #12 le: 31 Janvier 2011 à 21:27:08 »
ouaip. M'entrainer, c'est que le 3eme petit texte que j'écris à la première personne aussi...
et euh, j'ai rassemblé mes réponse,s je crois, Ernya.

pehache

  • Invité
Re : Ne pleure pas
« Réponse #13 le: 31 Janvier 2011 à 21:35:41 »
C'était moi, le vilain. Toi, tu te bouffais les tartes en faisant pipi dans ta culotte!

Hors ligne arwen

  • Calliopéen
  • Messages: 486
    • Laissez parler les p'tits papiers
Re : Ne pleure pas
« Réponse #14 le: 31 Janvier 2011 à 21:47:50 »
non, j'essaie d'utiliser tes commentaires et j'ai mal au crane vu que tu les sépares pas bien du texte...  ><
sadique !  :'(

 


Écrivez-nous :
Ou retrouvez-nous sur les réseaux sociaux :
Les textes postés sur le forum sont publiés sous licence Creative Commons BY-NC-ND. Merci de la respecter :)

SMF 2.0.19 | SMF © 2017, Simple Machines | Terms and Policies
Manuscript © Blocweb

Page générée en 0.017 secondes avec 15 requêtes.