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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Loup

Auteur Sujet: Loup  (Lu 3465 fois)

Verasoie

  • Invité
Loup
« le: 11 Janvier 2011 à 01:15:43 »
Un jour, j'arrêterai d'appeler tous mes textes par le nom d'un personnage. Mais pas demain : demain, c'est Nano.

Ce texte est le fameux "texte que j'arrivais pas à finir" ! Champagne, j'ai réussi. Après le Nano il me soûlait profondément mais bon, j'espère qu'il tient quand même la route. Il reprend une très vieille idée que j'avais eue au lycée mais part dans un tout autre sens que celui que je comptais donner à l'époque. ^ ^

Une dernière chose : comme il fait 7300 mots, j'ai décidé de le poster en deux fois. Par chance, l'endroit le plus facilement séparable correspond à la moitié du texte ! C'est extraordinaire. Ou pas. Bref, bonne lecture.

Edit : la suite est postée !



***


La main de Loup, posée sur la mienne, se détend imperceptiblement. J'ouvre les yeux pour regarder son visage paisible, ses sourcils en bataille sous des cheveux trop longs que personne ne coupe plus, le duvet sur sa mâchoire, à la sauvage. Couché sur le côté, au-dessus des draps, une sieste pendant un après-midi trop lumineux ; le soleil qui passe à travers les stores enflamme des rayons de fumée dans l'appartement. Je retire ma main avec le plus de douceur possible, m'assieds. La pièce a quelque chose de nu et de sale. Je ramasse un mégot par terre. Gratte le lino là où la cigarette est tombée. Vide le cendrier. Pousse quelques bouteilles vides. Joue, avec le briquet, à brûler des fils qui dépassent des coutures de mon jean. Regarde le vide, désœuvré. Le soleil éclaire la poussière comme lors des plus chauds après-midi d'été. Une petite brise passe par la fenêtre. Cassée. Ça aussi, il faudra leur expliquer.

Loup vivait dans la chambre de bonne juste au-dessus de notre salle à manger. Petit, j'avais à peine conscience que quelqu'un pouvait habiter là-haut. Je croyais que c'était une sorte de grenier et j'imaginais que j'y dénicherais peut-être un trésor, si j'avais le courage d'escalader l'escalier raide et sombre qui y menait. Le soir où je suis finalement monté, l'aventurier de mon imagination était mort depuis longtemps ; j'avais quinze ans et mon monde se cassait la gueule, je n'imaginais plus qu'aucune vie pusse être aussi sinistre que la mienne. Quand j'y repense, maintenant, je ne me souviens plus pourquoi le ton était monté, à table. C'était habituel, à cette époque, la routine, ça commençait par un faux pas, une parole sèche, et mon père de tonner pour que je m'écrase et mange la soupe. Un calme, puis ça recommençait dès que ma mère, et je ne supportais pas ça, se plaignait tout haut que son fils ne parlait plus de rien, que son fils se croyait à l'hôtel et que les familles normales avaient de jolies discussions sur la journée des uns et des autres, à table. Peut-être qu'elle avait été plus venimeuse que d'ordinaire, ou que c'était simplement une fois de trop ; après avoir moi aussi crié tout mon soûl jusqu'à ce que ma gorge soit sèche et que ma mère se taise enfin, j'étais parti en claquant la porte. Je n'avais pas réfléchi, sur le seuil, j'avais juste eu peur qu'ils me suivent, et j'étais monté par l'escalier tordu qui avait tant hanté mes phantasmes. Je m'étais senti un peu stupide en arrivant en haut et en tombant sur une porte. Une porte, et j'en étais à me demander si j'allais attendre, assis sur les marches, qu'on me regrette et vienne me chercher, quand elle s'était ouverte.

C'était il y a deux ans. Loup en avait dix-sept, et il me dépassait encore d'une tête. Il me faisait peur, debout dans l'encadrement, avec ses cheveux ébouriffés et ses yeux sauvages, à me regarder silencieusement. Quand il avait finalement souri, je lui avais trouvé un air un peu dément de croque-mitaine. Je n'avais aucune idée de quoi faire. Je n'osais même pas tourner les talons. Et il s'en rendait bien compte.

« Allez, entre. C'est pas ici qu'ils viendront te chercher. »

Il s'était effacé, et finalement j'avais eu plus peur de voir la porte se fermer que d'entrer à la suite de l'étrange personnage ; je le suivis. La pièce était assez petite, avec un lit double au fond, un évier sur le côté et une table basse retournée contre un mur. « Je m'appelle Loup. Tu veux du café ? ». Je lui répondis que non, merci, et comme ma voix s'éraillait il me tendit quand même un verre d'eau. Puis, après avoir vidé le reste de la cafetière dans un autre verre, il s'assit par terre et me fit signe de le rejoindre. Je m'exécutai. « Tu veux entendre ce qu'ils disent ? Tes parents. » Je secouai la tête ; il dénuda ses dents. « Tu parlais un peu plus, tout à l'heure. » Il haussa les épaules, mit son café de côté et s'allongea sur le ventre, l'oreille collée au lino. Il fermait les yeux, paisible. Puis il se releva, prit nos deux verres et alla les déposer au bord de l'évier. Je pensais qu'il allait continuer à ignorer ma présence quand, sans me regarder, il lança : « J'ai entendu des bruits de vaisselle. Ils débarrassent la table – en silence. Si j'étais toi, j'attendrais demain matin pour y retourner, ça leur fera les pattes. Tu peux rester ici. Je vais prendre une douche, fais comme chez toi. » Il ouvrit une petite porte derrière laquelle j'entraperçus, dans la taille d'un placard, une minuscule salle de bains, et il s'y enferma. J'étais toujours assis par terre et je me sentais idiot. Je remis la table basse sur pieds, au milieu de la pièce, là où il s'allongeait pour nous écouter, et, sans bruit, je quittai l'appartement pour aller frapper à la porte de l'étage inférieur, encaisser quelques remontrances de plus et m'enfermer dans ma chambre.

Je ne le croisai pas plus dans les escaliers ou les couloirs qu'avant, comme s'il n'avait été qu'un rêve. Je me concentrais très fort, à table, le soir, pour essayer d'entendre ses pas au-dessus de notre plafond, et la pensée qu'il était en train de nous écouter me faisait toujours baisser la voix et supporter les jérémiades sans fin de ma mère sans broncher. Évidemment, ça ne dura pas, une semaine plus tard je me mis à me traiter de tous les noms pour avoir laissé passer la chance de trouver quelqu'un chez qui, enfin, j'avais l'air d'être un minimum le bienvenu. Je me plus longtemps à penser que c'était moi qui avais provoqué la dispute cette fois-ci, mais la vérité est que je ne contrôlais plus rien, pas plus moi que le reste ; après d'autres hurlements j'étais sorti et j'avais filé à l'étage, j'avais ouvert la porte sans frapper, pour trouver Loup, sur le ventre, par terre, appuyé sur ses coudes, qui me regardait d'un air narquois. « Est-ce que je peux rester ici, ce soir, et ne rentrer que demain matin, pour leur faire les pattes ? ». Jusque là je n'avais pas envisagé qu'il puisse dire non, et ce doute soudain me noua les entrailles. Mais son sourire ne fit que s'élargir quand il me répondit : « Bien sûr. Apporte moi un verre de café d'abord, veux-tu ? ». Je le lui servis et, après un merci, il se remit à m'ignorer, l'oreille collée contre le sol. Je l'imitai, mais je n'entendais rien. Fatigué d'avoir crié, et d'avoir passé la semaine à nouer mes nerfs en essayant de rester calme, je me relevai, vérifiai qu'il ne bougeait pas et enlevai timidement mes chaussures, mon jean et mes chaussettes, avant de me glisser dans le lit double, à la place qui était contre le mur.

Je dormis d'un sommeil sans rêve et quand je me réveillai au matin, je constatai que Loup m'avait rejoint. Il était couché sur le côté, la tête posée sur une de ses mains. Je dus l'enjamber pour sortir du lit et je craignis de le réveiller, mais il avait le sommeil lourd et ne broncha pas. Je me rhabillai en vitesse et descendis les marches. Je n'avais aucune idée de l'heure qu'il était, mais quand ma mère ouvrit la porte, elle n'était pas habillée. Cependant, ses traits étaient tirés. Elle n'avait pas dormi. Dans les familles normales, les fils ne découchaient pas sur un coup de tête, pensait-elle tellement fort que je le voyais dans ses yeux. J'avais envie de lui dire que les familles normales n'existaient pas et qu'au-dessus de notre plafond vivait un type qui passait ses soirées à écouter le moindre de nos mots. Au lieu de cela, elle se contenta de me demander où j'étais passé ; je répondis que j'avais dormi chez un ami, sans savoir moi-même si je mentais ou non.

C'était un samedi et je n'avais rien de mieux à faire que m'enfermer dans ma chambre, à écouter de la musique en faisant semblant de m'atteler à mes devoirs, mais je ne faisais que dessiner des arabesques dans les marges en écorchant l'anglais des paroles des chansons que je fredonnais. En fin d'après-midi je montai discrètement à la chambre de Loup, décidant que j'y serais le bienvenu, mais personne ne répondit quand je frappai à la porte. Elle n'était pas verrouillée et je constatai en entrant qu'il n'était pas là. Évidemment, il n'y avait rien à voler ; les murs de la chambre étaient nus, et à part la table basse, toujours appuyée au mur, il n'y avait qu'un petit placard près de l'évier et une étagère au-dessus du lit, sur laquelle étaient empilés cinq ou six livres. Je pris le premier de la pile et m'installai pour le lire. Une vingtaine de pages plus tard, la porte s'ouvrit et Loup entra, tirant derrière lui une fille d'à peu près ma taille, blonde, et dont sur le moment je ne remarquai rien d'autre, si ce n'est la poitrine ferme qui tressautait à ses inspirations essoufflées. Puis elle m'aperçut et poussa un cri en reculant ; Loup la retint par les épaules en éclatant de rire. Je commençai à bredouiller des excuses mais il me coupa : « Aucun problème. J'avais laissé la porte ouverte pour toi au cas où, mais je ne pensais pas que tu allais monter. Tu es tellement timide. Je te présente Manon. » La jeune fille murmura un « Enchantée » d'un ton qui ne l'était pas du tout, et je rougis de m'être introduit où je n'aurais pas dû. Loup, au contraire, savourait mon embarras et de la fureur de Manon, il souriait à pleines dents tout en essayant de l'apaiser de caresses dans les cheveux. Sans que cela ne parvienne à me rassurer et avec plutôt l'impression d'être un jouet, je bafouillai une excuse à la fille et m'éclipsai. J'étais tellement embarrassé ce soir-là que l'attention me manqua pour répondre aux provocations de ma mère, qui n'insista pas. À cette époque, ils devaient me prendre pour un mort-vivant qui se nourrissait de musique déprimante et cachait sous son lit un cercueil dans lequel il dormait bien mieux que sur l'oreiller de plumes. Quelque chose comme ça.

Découcher devint un jeu pour moi. Non plus partir en trombe à la fin du repas, à grands cris, pour les faire s'inquiéter toute la nuit, mais filer en douce après qu'ils se soient endormis, en emportant le double des clés, pour voir s'ils se rendraient compte de mon absence. Comme ils ne se doutaient de rien, je finis par aller directement de chez Loup au lycée. Ma mère me félicita d'avoir enfin pris l'habitude de débarrasser mon petit-déjeuner ; je me contentais de sortir un bol et une cuillère propres et de les poser sur l'égouttoir avant de partir, vers minuit. Parfois Loup dormait quand j'arrivais et quand je repartais ; je me demandais s'il savait même qu'il avait partagé son lit toute la nuit. Il restait au bord du matelas, me laissant toute la place contre le mur, et je l'enjambais à chaque fois, sans jamais le réveiller. D'autres nuits je trouvais son lit vide et sa porte ouverte. Manon le rejoignait souvent le week-end, elle était folle amoureuse de lui, ça crevait les yeux, et jalouse de moi, autant qu'elle pouvait se le permettre sans rien imaginer qui gâche l'image de son prince charmant. Parfois Loup la convainquait de me laisser rester, elle acceptait tout quand il l'embrassait ; et alors il dormait entre nous deux, dos contre mon dos et les bras autour de sa blonde. D'autres soirs, il la laissait me mettre à ma porte, me gratifiant d'un clin d'œil et de son sourire fauve tout en lui mettant une main aux fesses pendant qu'elle me montrait le chemin, pourtant pas compliqué.

J'emmenais mes devoirs chez Loup les mercredi après-midi et il m'en soufflait toutes les réponses, les plans et les arguments, en ne cessant de me répéter qu'il était bien heureux d'être à l'université et d'y passer, en une semaine, le temps que je passais au lycée en deux jours. Pendant les vacances scolaires, je prétextais passer mes journées chez un ami d'un autre quartier alors que j'étais juste au-dessus du salon, à lire les livres de Loup pendant qu'il dévorait les miens en sirotant son café. Machinalement, je trempais mes lèvres dans son verre, avant de le lui rendre en grimaçant, mais de moins en moins.

Mes parents me trouvaient plus reposé. Ils étaient heureux de croire que je sortais de l'immeuble pour passer la journée avec des amis. Ma supercherie me rendait de bonne humeur à table et je savais qu'au-dessus de nos têtes, si Manon n'était pas là, Loup serait à plat ventre en train d'écouter nos babillages inutiles de famille normale.

Notre manège dura jusqu'aux vacances d'été ; à la fin juin, Loup me donna sa clé en m'expliquant qu'il partait chez les parents de Manon, à la campagne, et qu'ils avaient même prévu de passer une ou deux semaines au bord de la mer. En le voyant si enthousiaste je m'en voulus de ne jamais avoir pensé à la place qu'avait Manon dans sa vie : je ne savais même pas depuis combien de temps ils se connaissaient. Il se méprit sur mon expression et m'assura qu'il reviendrait à la rentrée ; en attendant, que je fasse comme chez moi. Nous bûmes un verre de café et Manon vint le chercher, tout sourires, elle m'enlaça même au moment de me dire au revoir et je me surpris à penser que sa présence me manquerait aussi. Je les accompagnai dans la rue et les aidai à charger la voiture, qu'elle conduisait – c'était la première fois que je voyais Loup hors de ses quatre murs. En remontant à l'appartement, je ne trouvai plus mes clés ; je jurai devant la porte, insultai la serrure automatique, montai à la chambre de bonne – ça, c'était une porte normale, ça, une porte bienveillante qui ne restait pas fermée sous votre nez à vous narguer – mais j'avais dû oublier mon double dans ma propre chambre, tout bêtement. La petite clé de Loup au fond de ma poche, je frappai à la porte de mes parents, mais une fois dans la chambre, impossible de retrouver mon double. Je demandai à table, le soir, qu'on m'en refasse un ; et mon père de pester contre ma tête de linotte. Les vacances allaient être très longues.

Le début sembla passer vite ; continuer mes révisions, passer un oral par-ci et une épreuve anticipée par-là. Je réussis même à engendrer un semblant de fierté paternelle en ramenant, triomphant, mon relevé de notes : tout le temps passé à travailler dans la chambre de bonne portait ses fruits. Et puis l'ennui s'installa, trop vite à mon goût. Mes parents s'étonnaient que je ne passe plus la journée chez la demi-douzaine d'amis imaginaires que je m'étais inventée dans l'année pour cacher l'existence de Loup – certains prénoms étaient de son cru, et il aimait me donner des détails sur leur caractère, à raconter le soir à table. Je prétendis que tous étaient partis en vacances. Nous quittâmes nous-mêmes la ville quelques semaines. Et le temps s'étirait, s'étirait... Août fut morne et pluvieux, et septembre arriva enfin avec son sursaut de chaleur et de lumière avant l'automne. Je repris le lycée et, tous les soirs en rentrant, je montais à la chambre de bonne, mais tous les objets étaient au même endroit qu'avant, sans une trace du retour de Loup. Je perdis l'habitude d'y dormir, puis celle d'y monter. J'avais passé l'été à attendre ; la déception me laissait un goût amer.

Et puis un vendredi soir, après avoir – au grand ravissement de ma mère – regardé avec mes parents un épisode de la série policière qui passait à la télévision, et réussi à m'éclipser pendant les publicités, j'eus la trouille de ma vie en me laissant tomber sur mon lit – qui bougeait.

Je fis un bond et me laissai retomber sur le parquet. J'allumai la lampe de chevet. De sous la couette émergea la tête ébouriffée de Loup, un rien bronzé, l'air d'avoir eu encore plus peur que moi.
« Comment tu es entré ?, réussis-je à demander quand je pus reprendre mon souffle.
- Je t'ai pris ton double de clés quand on est partis. » Il eut son sourire de croque-mitaine. « C'était bien normal, je t'avais donné la mienne. »
Logique imparable. Son sourire s'effaça et il souleva un coin de couverture. « Viens là-dessous, ne discute pas ; ta mère arrive. » Je m'exécutai en me demandant comment il avait pu l'entendre ; lui plongea pour se cacher complètement, et la porte s'ouvrit quelques secondes plus tard.
« Tout va bien ? J'ai entendu du bruit.
- Oui. J'ai trébuché.
- Oh... Bonne nuit, alors.
- Merci. Bonne nuit. »
À peine la porte refermée, Loup se mit à gigoter pour remonter à ma hauteur. Un coude sur l'oreiller, le menton dans sa main, il me regardait d'un air moqueur. Ça avait l'air de beaucoup l'amuser.
« Alors, tu as passé de bonnes vacances ?, me demanda-t-il.
- Qu'est-ce que tu fais dans mon lit ? »
Il leva les yeux au ciel comme pour déplorer mon impolitesse, et je tentai d'adoucir ma voix en reprenant :
« Désolé. Tu m'as surpris. J'ai passé de mauvaises vacances. Trop longues ; j'étais tout seul avec eux. Et je ne pensais pas que tu reviendrais. Je t'ai attendu tout le mois de septembre...
- La rentrée des universités est en octobre. »
Je me traitai d'idiot. Il continua :
« Je peux dormir avec toi ?
- Mes parents devraient aller se coucher dans une heure, ou moins. Après le feuilleton. On pourra monter chez toi.
- Non, ici.
- Mais mon lit est tout petit...
- Mais Manon est dans le mien. »
À la tête qu'il tirait, impossible de se tromper. J'enfonçai quand même la porte ouverte :
« Vous vous êtes disputés ?
- Pas vraiment. » Il avait l'air agacé, mais juste un peu. « Mais tu... Ça fait trois mois que je suis avec elle tout le temps. Tu ne sais pas ce que c'est, d'être l'un sur l'autre en permanence pendant trois mois. J'en peux plus. Elle m'étouffe. »
Je réussis à m'empêcher de rire, mais pas de sourire. Attendri, moqueur, simplement heureux de le voir, je n'aurais su dire. Il prit un air buté.
« Je vois. Je te donne l'asile pendant un an et tu n'es pas capable de me le rendre. Très bien. Je te dis adieu, et je retourne dans le vaudeville qu'est mon existence. »
Je ne pus pas m'empêcher de rire pendant qu'il se débattait pour sortir de la couverture, m'enjambait, perdait l'équilibre et tombait par terre. Cette fois, même moi pus entendre les pas lourds de mon père dans le couloir, pendant que Loup se précipitait de nouveau dans le lit juste avant que ne s'ouvre la porte.
« Qu'est-ce que c'était ?
- J'ai fait tomber la lampe de chevet, papa. Ne t'inquiète pas.
- J'ai entendu parler.
- Je parlais tout seul. Je révisais mon texte. De théâtre. »
Il parut s'en contenter, referma la porte. Loup surgit sous mes bras.
« Tu fais du théâtre, toi ?
- Non, mais c'est tout ce qui m'est venu à l'esprit.
- Un vaudeville, en effet. »
Nous éclatâmes de rire en essayant d'étouffer le bruit ; heureusement que mes parents n'avaient pas l'ouïe aussi fine que celle de Loup. J'étais heureux que nous retrouvions notre complicité.
« Bien, puisque tu m'autorises à rester... je nous ai apporté une petite douceur. »
Il tira de sous l'oreiller une bouteille de muscat et l'ouvrit. Une douceur effectivement ; le vin était délicieux et très sucré, faisait gentiment tourner ma tête. La dernière goutte bue, je fermai les yeux, appréciant ma torpeur, le confort du lit trop petit et du corps chaud de Loup tout près de moi. Je me sentais en sécurité. J'avais envie de me laisser glisser, m'endormir là, avec lui pour veiller sur moi.
« Je peux toucher tes paupières ? »
J'émis un petit grognement : pourquoi tu me parles, j'allais m'endormir, bien sûr que tu peux, si ça t'amuse. Je le laissai faire un moment puis ouvrit les yeux pour pouvoir lui lancer un regard interrogateur.
« C'est tout doux », expliqua-t-il. « J'aime bien. Mais celles de Manon sont maquillées. »
Je fronçai les sourcils et avançai ma main pour toucher les siennes. Je trouvais le contact surprenant. Je commençai à glousser ; on avait l'air ridicule. Il se mit à rire aussi. Puis je bâillai à m'en décrocher la mâchoire. Il s'écarta de moi, sortit du lit. Je voulus le retenir mais manquai son bras ; je ne comprenais pas pourquoi il s'en allait.
« Qu'est-ce que tu fais ?
- Je connais quelqu'un qui fait une fête, pas loin d'ici. Je vais là-bas. Et tu viens avec moi. »


« Modifié: 12 Janvier 2011 à 18:12:56 par Verasoie »

Hors ligne Rain

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Re : Loup
« Réponse #1 le: 11 Janvier 2011 à 02:03:30 »
Le maquillage, c'est nase.  :mrgreen:

Alors, je partais dans l'optique que je faisais pas un commentaire détaillé. Mais après lecture, de toute façon, j'ai rien à redire  :D
Ben, j'ai été entraîné de bout en bout, et franchement, j'aurais continué si tu avais mis la suite. Il a l'air long, mais il se dévore.

Suite ?  :mrgreen:
Perdu

Verasoie

  • Invité
Re : Loup
« Réponse #2 le: 12 Janvier 2011 à 18:12:35 »
Merci Rain !

Voilà la suite (que j'aime un peu moins) :

***


J'ai un souvenir plutôt vague du début de cette soirée ; sortir silencieusement de l'appartement de mes parents, descendre les escaliers de l'immeuble et suivre Loup dans la nuit froide, bien plus loin que ce qu'il m'avait laissé penser. Je lui avais prêté une de mes vestes. Comme je traînais un peu derrière son pas vif, il ralentissait souvent pour, d'une traction sur mon coude, me ramener à sa hauteur. Je me souviens m'être demandé, lorsque nous sommes rentrés dans l'appartement, s'il connaissait vraiment la personne qui y faisait une soirée. Les gens présents semblaient le reconnaître, lui adressaient un signe de tête, n'engageaient pas de conversation. Il y avait beaucoup de monde. Il me traîna de l'entrée au salon, rafla une bière et se laissa tomber sur l'accoudoir d'un canapé avant de m'attirer sur ses genoux. La lumière venait de lampes de bureau recouvertes de papier coloré, et de guirlandes lumineuses bariolées sur les murs, le tout se mélangeait dans ma tête avec la musique électronique et trop aiguë qui venait d'un ordinateur portable. Loup se levait, allait décapsuler une bouteille à la cuisine, parlait un moment avec quelqu'un qui l'apostrophait, et je le suivais en bâillant ; j'avais envie de m'allonger quelque part pour m'endormir enfin mais il n'y avait pas de place, alors je fermais les yeux, appuyé sur un mur, une table ou sur Loup, la tête pleine de musique et d'un vague ennui. Mais il était déjà tard lorsque nous étions arrivés, les bouteilles vides éparpillées çà et là en témoignaient ; nous n'étions là que depuis une ou deux heures lorsque, imperceptiblement puis de plus en plus vite, le salon commença à se vider. Je m'étais assoupi sur l'épaule de Loup, sur le canapé, lorsqu'il me secoua gentiment pour me réveiller et me traîner dehors. Visiblement il ne voulait pas être parmi les derniers à partir. Encore tout abruti de sommeil, je commençais à ronchonner sur le chemin à parcourir pour rentrer, quand la lumière de deux phares nous aveuglèrent ; la voiture se gara à moitié sur le trottoir et Manon, toute décoiffée, en sortit. Loup me planta là et avança de deux pas vers elle, il ne semblait même pas la voir ; elle le réceptionna entre ses bras et le serra un moment contre elle. Elle lui parlait mais j'étais trop fatigué pour y prêter attention ; elle avait l'air en colère, puis rassurée. Elle lui ouvrit la porte du passager, je ne m'aperçus qu'à ce moment-là qu'il tanguait un peu. Puis elle vint me cueillir sur le trottoir, l'air encore un peu exaspérée, m'ouvrit une des portes arrières, repartit à la place du conducteur.

« On rentre chez moi », annonça-t-elle en démarrant. Puis, à mon intention : « Ne t'inquiète pas, j'ai un matelas pour toi.
- Nan, intervint Loup d'une voix pâteuse. Il faut le ramener. Ses parents savent pas qu'il sortait. »
Sur un « Quoi ? » assassin, elle braqua et fit un demi-tour qui me colla à ma vitre. Loup grogna. Je sentais le chauffage souffler sur mes pieds, le ronronnement du moteur me berçait. Je m'endormis encore.

Quand je me réveillai, je reconnus ma rue ; nous étions arrêtés devant la porte du bâtiment et Loup et Manon parlaient à voix basse pour ne pas me réveiller. Elle laissait tourner le moteur pour garder la voiture chaude. M'attendant à une scène de ménage, je m'apprêtai à déguerpir rapidement, me glisser dans l'appartement et me mettre au lit pour enfin avoir une surface horizontale sur laquelle m'allonger, mais toute la colère de Manon semblait être retombée. Je jetai un coup d'œil à l'horloge du tableau de bord et devinai qu'ils discutaient depuis un moment. Ils n'avaient pas vu que j'avais ouvert les yeux. Je les refermai et les écoutai parler, d'abord en me justifiant du fait que Loup épiait toujours, l'oreille contre le sol, la vie de ma famille à table ; mais un remords me harcelait quand même. Ils évoquaient des souvenirs de vacances, riaient sous cape, complices ; Loup était toujours éméché, ça s'entendait dans sa façon de parler, mais elle ne lui en voulait pas, elle le taquinait de temps en temps. Pendant la soirée quand je m'étais endormi, il s'en était soudain voulu de l'avoir plantée seule et l'avait appelée pour le lui dire ; ça l'avait réveillée et, en entendant le bruit de fond, elle avait deviné où il était – la locataire de l'appartement était une amie à elle, d'après ce que j'entendais. Et de parler, de parler. J'entendis qu'elle m'aimait bien. Quand je commençai à avoir peur qu'ils ne parlent de sentiments trop intimes, je bâillai bruyamment, m'étirai en faisant mine de seulement m'éveiller. De l'autre côté de ma vitre, la rue était grise ; le monde semblait monochrome. Tous deux se retournèrent d'un seul mouvement, j'eus un vague souvenir de mes parents, d'un lever aux aurores pour partir en vacances, de leur façon de vérifier régulièrement si je dormais ou non. L'image fut vite dissipée par le sourire tordu de Loup et les papillotements de paupières de Manon, qui posa sa main sur mon genou en me demandant si ça allait, de me laisser là. Je hochai la tête et, comme elle se penchait, acceptai une bise timide ; puis Loup posa sa main sur mon épaule en me murmurant qu'on se verrait le soir. J'ouvris ma portière ; le brouillard me fit frissonner. Je tapai le code, montai les escaliers en grelottant, ouvris ma porte le plus silencieusement possible, mais mes parents dormaient toujours, ne s'étaient rendus compte de rien, comme d'habitude. Je finissais de me mettre en pyjama quand de violents coups à la porte me firent sursauter. Je jurai tout bas, me demandai ce qui l'avait rendu assez stupide pour venir tambouriner comme ça,ou s'il était bien plus soûl que je ne le pensais. Je me précipitai dans le couloir, espérant le faire taire avant de réveiller mes parents, mais déjà ils sortaient de leur chambre, en pyjama, l'air surpris, vaguement effrayé dans le cas de ma mère ; je fis de mon mieux pour avoir paraître tout juste éveillé et espérai que je ne sentais ni la bière ni la cigarette, mais toute leur attention était portée sur la porte qui tremblait sous les coups. Je laissai mon père m'écarter de son chemin et ouvrir.

Je m'attendais à ce que ce soit Loup. Mais je faillis ne pas le reconnaître. Il avait les yeux fous et était couvert de sang ; ma mère cria et s'enfuit à la cuisine, mon père hésitait manifestement sur la marche à suivre quand le cri de Loup, « C'est Manon », me ficha un gros coup de poing dans l'estomac. « Appelle les secours », m'entendis-je dire, « je m'occupe de lui ». Il était sous le choc, respirait vite, ne me regardait pas ; il répétait le prénom de Manon, tout bas. Je le fis s'assoir sur le canapé mais il se recroquevilla, appuya ses yeux sur ses poings, se balança d'avant en arrière ; je m'agenouillai devant lui, pris ses poignets, le forçai à écarter ses bras et à me regarder en lui demandant ce qui s'était passé, de plus en plus pressant. Il n'avait pas l'air blessé, à part une coupure sur la joue, et je vis, effaré, des morceaux de verre dans ses cheveux. J'avais peur d'entendre ce qu'il allait dire.
« J'ai appelé », dit mon père en arrivant au salon. « Ils envoient une ambulance ici. Il y a du grabuge dans la rue. Deux voitures se sont percutées. Juste à l'angle. On les voit de la fenêtre de la cuisine. J'ai prévenu pour ça, aussi, mais je pense qu'ils avaient déjà envoyé quelqu'un. » Il s'interrompit, me regarda d'un air soupçonneux. « Tu le connais ? »
Je ne savais pas bien quoi répondre. Je ne voulais pas qu'il sache que j'en étais si proche. Mais je ne pouvais pas l'abandonner maintenant, non plus. Et il portait ma veste – mais ça, jamais mon père ne s'en rendrait compte, que c'était ma veste, couverte de sang, que l'inconnu portait.
« On s'est croisés quelquefois. Il habite dans l'immeuble. L'étage de dessous. »
Il sembla s'en contenter. Partit retrouver ma mère à la cuisine et la rassurer. Loup se taisait. Je pensais à la voiture, je pensais au sang, aux morceaux de verre, à Manon qui n'aurait pas sorti la voiture si nous n'étions pas allés à cette fête. « C'est notre faute. » Après coup je ne sais plus qui de lui ou moi a murmuré ça aux murs de l'appartement. L'ambulance arriva. Ils l'emmenèrent pour vérifier qu'il n'avait rien. Je n'osai rien demander pour Manon. Mon mensonge m'entravait comme des liens. Je ne pouvais pas le suivre, je ne pouvais pas aller voir si elle allait bien, vérifier qu'elle allait bien, Manon... Je prétendis que je retournais me coucher ; j'attendis quelques heures sur mon lit, incapable de m'assoupir ou de faire quoi que ce soit, juste recroquevillé à me répéter des phrases inutiles ; dès qu'il fut assez tard je dis que j'allais chez un ami. Je montai à l'étage, m'installai dans le lit de Loup. Et j'attendis.

Il ne revint que le lendemain soir. J'avais raconté à mes parents que je partais pour le week-end. Je passai tout ce temps dans la chambre de bonne, à boire du café jusqu'à en trembler, lire les livres qui traînaient dans un coin sans réussir à me concentrer dessus, tourner en rond. Quand il poussa la porte non verrouillée, son visage était inexpressif. Il vint s'assoir sur le lit et bien que je retinsse mes questions, je me faisais l'effet d'un rapace attendant une faiblesse de sa part.
« Elle est morte ». Il fixait le sol. « Sur le coup. »
Je me suis souvent dit, après, que si j'avais su que c'était la dernière fois que je le voyais vraiment lucide, j'aurais trouvé quelque chose à dire, j'aurais fait quelque chose qui aurait empêché la suite des événements, mais la vérité est qu'il n'y avait rien à dire et à faire. On est restés comme ça un moment, lui à fixer le lino et moi à essayer d'avaler sa réponse qui me déchirait la gorge, et puis il s'est mis à sangloter, et ça a duré toute la nuit, lui pleurant et appelant Manon, moi perdu, à côté, je n'aurais jamais pensé qu'un jour, je devrais être celui qui pouvait le consoler.

Les choses ne firent qu'empirer. Les premiers jours avaient une saveur étrange, j'avais l'impression que nous nous rendions quelque part, en glissant doucement, que notre progression était inexorable mais qu'il m'était impossible de savoir son but. Loup avait l'air d'aller mieux, il passa du temps avec la famille de Manon, la veilla longtemps, me raconta son enterrement, un soir où je le trouvai dans ma chambre après dîner. Je ne savais pas comment il pouvait rester aussi discret, aussi silencieux, mais jamais mes parents ne remarquèrent rien. Nous nous éclipsions aux alentours de minuit et je passais le plus de temps possible avec lui parce que je sentais qu'il en avait besoin.

C'est pour ça que je ne comprends pas, maintenant, en y repensant, comment tout a pu m'échapper, comment il a pu changer sans que je m'en rende compte. Je m'inquiétais pour lui, oui, mais j'étais complètement à côté de la plaque. De plus en plus souvent lorsque je montais, le soir, je le trouvais allongé sur le sol comme lorsqu'il nous écoutait, alors que nous étions sortis de table depuis longtemps ; il avait l'air de s'y être endormi, mais à mon arrivée il se relevait toujours, sans faute, s'asseyait et me regardait sans rien dire. Ça me mettait mal à l'aise. Puis il buvait au goulot d'une bouteille de muscat déjà entamée, me demandait « Tu te souviens ? ». Je répondais que oui et il me tendait l'alcool, mais je le refusais toujours. Sa seule odeur évoquait trop de souvenirs, me mettait le cœur au bord des lèvres. Il haussait les épaules, allumait une cigarette. Je le forçai un jour à me montrer ses bras ; quand il remonta sa manche je vis une brûlure ronde sur le dos de son avant-bras, mais avant que je ne puisse dire quoi que ce soit il me repoussa mollement. « T'inquiètes pas. Je recommencerai pas. J'ai eu trop mal. » Sa fumée me piquait les yeux. Il lâchait les mégots dans des bouteilles vides et l'appartement empestait d'une étrange façon. Même au plus froid des nuits de décembre, j'ouvrais les petites fenêtres dans l'espoir que l'odeur s'en aille.

Avec la nouvelle année je décidai que c'était assez ; dès que je montais à l'étage, je lui enlevais doucement la bouteille des mains, remettait un peu d'ordre dans la chambre de bonne, le mettais au lit et l'empêchais d'en sortir, attendant qu'il s'endorme pour me laisser aller moi même au sommeil. Je ne dormais presque plus. Je devais continuer d'aller en cours et j'étais constamment épuisé, cerné ; mes parents n'osaient rien me dire, croyaient que c'était le lycée qui me mettait dans cet état, puisqu'ils ne me voyaient jamais sortir ni rentrer. Je ne mettais tout ça que sur le compte de la mort de Manon. Et une nuit, je compris que c'était bien plus.

« Rallonge-toi. C'est moi. » Je refermai la porte et Loup, reconnaissant ma voix, se laissa retomber sur l'oreiller. Il était tard ; mes parents avaient regardé un film et je n'avais pas osé sortir de ma chambre avant que la nuit fût vraiment avancée. J'étais soulagé qu'au moins il se soit mis au lit tout seul au lieu de rester par terre.
« J'ai cru... Que c'était Manon. »
Il se replia en chien de fusil, les yeux fixés sur le mur.
« Manon ? » je n'aimais pas la tournure que ça prenait.
« Elle vient me voir, des fois. » Il parlait doucement, mais il n'avait pas bu. Depuis un moment il avait arrêté, il allumait une cigarette de temps en temps et la regardait se consumer, sans y toucher. Je vins m'assoir au bord du lit et il se redressa d'un coup. « Elle dit que tu ne veux pas lui parler. » ; sa voix était un peu anxieuse, comme s'il voulait que je le détrompe.
« Je ne l'ai pas vue », dis-je en guise d'excuse. Je ne savais pas quoi faire. Si je devais nier ou non. J'avais l'impression d'avoir tenu son esprit dans mes mains et qu'il commençait à s'y désagréger sans que j'y puisse rien.
« C'est pas grave. Elle le dit, que c'est pas grave. Mais c'est notre faute si elle est morte. Elle est toute seule, maintenant. Toute seule dans un endroit gigantesque, et très noir. Il n'y a rien là-bas, rien que des ombres et rien que l'absence. »
Je touchai son front. Il n'avait pas de fièvre. Il m'inquiétait. Il s'accrocha à ma main et ne la lâcha plus.
« Loup... dors. Ce n'était pas ta faute. Il faut que tu te reposes. »
Il essayait de se détendre. Je le voyais, qu'il essayait, qu'il faisait tout pour lâcher prise et s'endormir. Il finit par laisser aller ma main. Il n'avait jamais reparlé de l'accident. Il m'avait même confié qu'il ne s'en rappelait pas, qu'il se souvenait seulement de s'être réveillé dans un lit d'hôpital, une coupure de verre sur la joue. Il se mit à respirer plus calmement, enfin.
« On n'aurait pas dû la laisser partir », murmura-t-il. Je n'osai pas lui demander ce qu'il voulait dire par là. Il avait l'air enfin assoupi. Je pris ma place contre le mur, en repensant au premier soir que j'avais dormi là, à tout ce que ça avait impliqué sans que je le sache.

« Tu t'en souviens, toi. Raconte-moi. »
Il ne dormait plus. Tous les soirs quand je rejoignais il me demandait la même chose. Il avait l'air calme, avec moi, toujours, mais une fois, en arrivant, j'avais vu la fenêtre brisée. Depuis une petite brise s'insinuait toujours dans la chambre. Heureusement, les jours tiédissaient.
Au début aucun mot ne voulait sortir, et puis l'histoire reprenait sens dans ma tête, je lui racontais la soirée, du moment où je l'avais trouvé dans ma chambre, à quand nous étions repartis de la fête, en voiture ; vers ce moment il m'interrompait toujours, plaquait sa main sur ma bouche, murmurait « ça me revient, oui, ça me revient ». Et son regard se perdait dans le vague. Il ne me laissa jamais aller jusqu'au moment où j'étais descendu de la voiture. Au lieu de cela il se remit à raconter. Il évoquait l'accident. Il évoquait la rue grise, l'aube monochrome ; il redonnait le nom de la rue, l'angle, la façon dont Manon s'était retournée vers lui pour lui sourire, et juste derrière elle la voiture qui ne les avait pas vu arriver, ou trop tard ; il racontait au ralenti la façon dont l'autre voiture les avait percutés, dans la portière, Manon avait eu l'air surprise, lâché le volant, elle avait été poussée vers lui et puis les fenêtres avaient explosé, d'un coup, et puis il disait qu'il ne se souvenait plus, à partir de là, il me redemandait, « comment on en est sortis, dis ? Comment on est sortis de là ? ». C'est la première fois que je réalisai qu'il avait reconstitué toute l'histoire dans sa tête, qu'il n'avait pas soudainement retrouvé la mémoire ; il l'avait réinventée. Et il s'était persuadé moi aussi, j'étais dans la voiture au moment de l'accident.

Je me relève et me sers un verre de café, froid. Je me sens engourdi, la lumière qui passe à travers le store me paraît trop forte. Je recrache dans ma main une demi-douzaine de cachets coincés sous ma langue, avale tout le verre de café pour faire passer leur goût amer. J'ai la tête qui tourne un peu mais je ne m'inquiète pas. Il me reste une dernière chose à faire.

Quelques jours plus tôt en allant me coucher, j'avais trouvé un morceau de papier plié sur mon oreiller. Après l'avoir lu, j'étais resté assis sur mon lit, le regard dans le vide, comme si mes pensées s'étaient toutes calmées avant une grande tempête. Des larmes que je n'avais pas senti venir coulaient sur mes genoux.

J'avais cru qu'il n'y aurait pas de suite. Mais tout à l'heure Loup m'a ouvert la porte, avant que j'arrive en haut de l'escalier, il m'avait entendu venir. C'était le début de l'après-midi, un mercredi ; mes parents travaillaient, je revenais tout juste du lycée, je faisais ça tous les mercredis après midi, monter chez lui, et cette fois il m'avait entendu et avait ouvert la porte. Il y avait une sorte d'angoisse dans ses yeux.

« Est-ce que tu ferais n'importe quoi pour moi ? », avait-il demandé après avoir fait du café. Le bourdonnement de la cafetière s'était enfin tu, j'avais toujours détesté ce bruit, il s'était enfin arrêté et on fixait tous les deux le liquide tout noir sans prendre un verre.
« Oui. » En fait, je ne savais pas. Je repensais à la lettre sur mon oreiller. J'avais peur, j'étais triste, et j'étais horrifié. Mais je répondais que oui, je ferais tout ce qu'il me demanderait.
« C'est notre faute si elle est morte. Tu comprends, ça. On a quelque chose à expier. » J'avais la gorge trop nouée, j'acquiesçais seulement. « Je dois la rejoindre. Je ne peux pas le faire tout seul. S'il te plaît. »
J'avais les yeux prêts à déborder et j'ai réussi à retenir les larmes juste assez longtemps pour qu'il me voie faire oui, quand il s'est levé j'ai cligné des paupières et les deux petites gouttes sont tombées toutes les deux, toutes droites sur mes genoux, sans même sillonner mes joues. Par terre il y avait un cendrier et quelques mégots, des bouteilles de muscat vides depuis longtemps. Loup revint avec deux verres remplis d'eau du robinet, s'assit sur le lit, en tailleur, et je me postai en face de lui. « Ce sera comme une petite sieste », il disait, en sortant de sa poche une boîte de médicaments. Je n'avais aucune idée de ce que c'était, je ne voulais pas le savoir, j'avais peur de flancher. Il avait pris ma main, il tremblait ; l'avait ouverte et y avait déposé six cachets.

Il attendait que je les mette dans ma bouche pour faire de même. Nous avions bu le verre tous les deux en même temps. Puis il s'était allongé sur le drap, sur le côté. Je m'étais étendu en face de lui, j'avais pris sa main, et fermé les yeux. Et attendu. Il avait la respiration tranquille de quand il s'endormait. Je repensais à toutes les nuits que j'avais passées allongé là, à côté de lui, et jamais je ne lui avais tenu la main. Et puis la sienne s'est détendue.

Maintenant je suis debout dans l'appartement vide, nu et sale ; la tête commence à me tourner et je me sens la bouche pâteuse à cause de ces foutus cachets. Je n'avais qu'un seul ami, et une foule de mensonges, et je venais de perdre le premier en me condamnant à éventer tous les autres. J'ouvre la fenêtre cassée en faisant attention à ne pas me couper, et, penché dans la rue, je sors de ma poche un petit papier plié. « Rejoignez-moi. ».

Je regarde une dernière fois les lettres et me rend compte que je pleure. J'essaie de me convaincre que c'est l'écriture de Loup. J'essaie d'inventer un souvenir de lui écrivant sur mon cahier d'exercices pour m'expliquer mon erreur, de me souvenir de la façon dont il traçait ses lettres et de la coller dessus, mais je n'y arrive pas. La vérité est que je ne l'ai jamais vu écrire. Et ne le verrai jamais, probablement. Je passe la main par la fenêtre et, avec le briquet, enflamme la petite lettre. Je la tiens jusqu'à ce qu'elle menace de me brûler les doigts, et laisse les cendres s'envoler au vent. Je tremble tellement, je m'écœure tellement que j'ai du mal à sortir mon téléphone de ma poche, à taper le numéro heureusement court, pendant la sonnerie je me mords les lèvres jusqu'au sang.

« Bonjour. J'ai besoin d'aide... Mon ami a avalé une boîte de médicaments. Il faut que vous envoyiez quelqu'un... »

Hors ligne ernya

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Re : Loup
« Réponse #3 le: 12 Janvier 2011 à 21:38:15 »


Citer
je n'imaginais plus qu'aucune vie pusse être aussi sinistre que la mienne
.
pût
ce bout est assez lourd, je trouve


Citer
Je remis la table basse sur pieds, au milieu de la pièce, là où il s'allongeait pour nous écouter,
je kiffe ce détail

Citer
Apporte moi un verre de café d'abord, veux-tu ?
apporte-moi

Citer
et dont sur le moment je ne remarquai rien d'autre,
"et dont sur le moment" c'est assez lourd

Citer
dos contre mon dos
:mrgreen:



j'ai tout lu d'une traite, c'est vachement fluide et comme d'habitude, j'aime beaucoup tes personnages.
La fin est un peu space, XD. Enfin, j'aime pas trop quand y'a ça dans les films, et pour les textes, c'est pareil, XD. Surtout que tu sais bien mettre de l'ambiance.
Enfin y'a quand même un micro espoir que la fin se termine pas trop trop mal.
Enfin voilà j'ai bien aimé (désolée j'ai du mal à faire plus long avec la tête encore embrumée)
"Je crois qu'il est de mon devoir de laisser les gens en meilleur état que je ne les ai trouvés"
Kennit, Les Aventuriers de la Mer, Robin Hobb.

Verasoie

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Re : Loup
« Réponse #4 le: 12 Janvier 2011 à 21:48:11 »
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"et dont sur le moment" c'est assez lourd

Oui, je vais mettre "d'ailleurs, sur le moment" etc je pense

Citer
Enfin y'a quand même un micro espoir que la fin se termine pas trop trop mal.

Oui ça fait partie de ma résolution 2011 mdr.

Non plus sérieusement, en fait faudra que je retravaille parce que c'est pas exactement l'impression que je voulais donner : je voulais insister sur le fait que justement, il sera très probablement sauvé, mais que le narrateur sait que Loup ne lui pardonnerait jamais, c'est une trahison en un sens.

J'vais juste rajouter deux-trois mots pour ça, donc, je pense.

Citer
La fin est un peu space, XD. Enfin, j'aime pas trop quand y'a ça dans les films, et pour les textes, c'est pareil, XD. Surtout que tu sais bien mettre de l'ambiance.

Tu parles de quoi exactement ? (la situation, ou la lettre ou..?)

Merci, contente que tu aies bien aimé ^ ^

Hors ligne Gros Lo

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Re : Loup
« Réponse #5 le: 17 Janvier 2011 à 16:42:23 »
Citer
je n'imaginais plus qu'aucune vie pusse être aussi sinistre que la mienne
pût…

Citer
et j'étais monté par l'escalier tordu qui avait tant hanté mes phantasmes.
et hop ça répond à l’AT

Citer
Je secouai la tête ; il dénuda ses dents.
ça fait un peu strip-tease de prémolaire

Citer
comme s'il n'avait été qu'un rêve
bof quand même

Citer
mais filer en douce après qu'ils se soient endormis
après que +indicatif (y a pas de balise Boney M. bien shiny avec du néon et des boules à facette mais c’est l’idée)

Citer
Manon vint le chercher, tout sourires
sourire, non ?

Citer
elle m'enlaça même au moment de me dire au revoir
c’est louche ça, elle va dégommer Loup dans son poulailler

Citer
« Tout va bien ? J'ai entendu du bruit.
- Oui. J'ai trébuché.
on entend implicitement dans le ton Fitz, tu es et resteras un gros loser

Citer
et je retourne dans le vaudeville qu'est mon existence. »
MDR. Loup fait chavirer en chacun de nous notre petit cœur de donzelle tout juste sortie de sa passion pour Justin Bieber

Citer
« Bien, puisque tu m'autorises à rester... je nous ai apporté une petite douceur. »
hahaha ça fait tellement pédophile

Citer
« Je peux toucher tes paupières ? »
en revanche cette réplique fait psychopathe à phobies incongrues (insectes démembrés etc.)

Citer
Je commençai à glousser ; on avait l'air ridicule.
le mot exact c’est pas ridicule c’est trop slashy yaoi mdr kikou x)

Citer
« J'ai cru... Que c'était Manon. »
que sans majuscule

Citer
Il ne dormait plus. Tous les soirs quand je rejoignais il me demandait la même chose.
je le rejoignais

Citer
« C'est notre faute si elle est morte. Tu comprends, ça. On a quelque chose à expier. »
un peu déçu par cette façon de voir les choses/cette explication pour que tu le tues (l’expiation donc)

Bof bof la réplique finale à mon gout.

Alors j’ai beaucoup aimé au début, ensuite j’ai trouvé ça classique de ta part. Y a pas vraiment de dynamique tragique quoi, enfin il aurait pu y en avoir mais tu la valorises moins et du coup ce que j’ai apprécié c’est les moments plus légers (ahahaha le vaudeville).
Bon quand est-ce que tu fais qqch de différent.
dont be fooled by the gros that I got ~ Im still Im still lolo from the block (j Lo)

Hors ligne Zacharielle

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Re : Loup
« Réponse #6 le: 17 Janvier 2011 à 18:11:04 »
J'ai bien aimé aussi, mais j'ai trouvé tes persos moins consistants que d'habitude, c'est dommage. Ca pleurait un peu beaucoup d'ailleurs (bon, y'a de quoi, hein xD). Sinon c'est toujours chouette ton réalisme-sombre, fluide, toussa. On repère tes tics (genre "La vérité c'est que"). Peut-être que tu pourrais enlever le "Bonjour", ça fait pas très pressé. Je n'ai pas trop senti l'effet je trahis Loup :/ A part ça c'était bien. Quelques petites choses :

Citer
La main de Loup, posée sur la mienne, se détend imperceptiblement.
Je ne sais pas pourquoi, j’aurais bien senti un retour à la ligne, ici. Sinon ça s’enchaîne trop vite. Peut-être juste une impression.

Citer
j'avais l'air d'être un minimum le bienvenu.
J’aime pas trop « minimum » c’est pas trop dans le ton (il me semble)

Citer
J'avais envie de lui dire que les familles normales n'existaient pas et qu'au-dessus de notre plafond vivait un type qui passait ses soirées à écouter le moindre de nos mots. Au lieu de cela, elle
Le « au lieu de cela » n’a pas trop de sens puisque le sujet c’est lui et pas sa mère

Citer
Logique imparable.
Je sais pas pourquoi,  j’aime pas trop cette réflexion. Trop cash.

Citer
Et il portait ma veste – mais ça, jamais mon père ne s'en rendrait compte, que c'était ma veste, couverte de sang, que l'inconnu portait.
Un peu lourd

Citer
J'avais l'impression d'avoir tenu son esprit dans mes mains et qu'il commençait à s'y désagréger sans que j'y puisse rien.
J’aime beaucoup l’idée mais je trouve la formulation maladroite


Pas mon préféré, donc, mais plaisant à lire.

Verasoie

  • Invité
Re : Loup
« Réponse #7 le: 17 Janvier 2011 à 20:11:16 »
Lo' :

Citer
après que +indicatif (y a pas de balise Boney M. bien shiny avec du néon et des boules à facette mais c’est l’idée)

Entendu  :mrgreen:

Citer
Manon vint le chercher, tout sourires
sourire, non ?

Son sourire clignote, ça en fait plusieurs.
Oui non, sourire, tu as raison

Citer
Alors j’ai beaucoup aimé au début, ensuite j’ai trouvé ça classique de ta part. Y a pas vraiment de dynamique tragique quoi, enfin il aurait pu y en avoir mais tu la valorises moins et du coup ce que j’ai apprécié c’est les moments plus légers (ahahaha le vaudeville).
Bon quand est-ce que tu fais qqch de différent.

Ouif auto-évaluation tout pareil, pour ça que je ne pouvais plus le voir en peinture après le nano (qui m'avait fait faire un peu autre chose du coup). Donc réponse, bientôt ^ ^



Zach :


Ok pour les remarques ! (Je relève pas parce que ok pour toutes, haha) merci d'avoir lu ^ ^

Hors ligne Spes

  • Calliopéen
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Re : Loup
« Réponse #8 le: 19 Février 2011 à 22:08:14 »
Ça faisait bien longtemps que je n'avais pas lu un de tes textes, que je n'avais rien lu sur le MdE, que je n'avais rien lu tout court, pour tout dire.

L'histoire est prenante, fluide et bien menée. J'apprécie la façon dont tu traites les relations entre les personnages.
Effectivement, ça m'évoque d'autres de tes nouvelles, mais ça reste différent, et puis comme dit plus haut je suis en mode lecteur-vorace-et-critique-rouillé, donc très content quoi qu'il en soit.
Concernant la fin, j'ai dû la relire plusieurs fois pour comprendre que la lettre était de Manon (si c'est bel et bien le cas ?). A mon humble avis, une petite retouche de la fin ne serait pas de trop. ^^

"Et il s'était persuadé moi aussi," > que moi aussi ?

Hors ligne Ambriel

  • Palimpseste Astral
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Re : Loup
« Réponse #9 le: 20 Février 2011 à 21:34:53 »
Oh, je croyais que je l'avais lu sans commenter, mais en fait je l'avais pas lu du tout, honte sur moi  ><. C'est chose faite, j'ai aimé, normal, et le personnage de Loup est plutôt cool. J'aurais personnellement mieux aimé qu'ils meurent tous les deux à la fin mais c'est mon côté sadique qui ressort. Enfin sadique n'est pas le mot, mais peu importe.
Oui, donc.

Citer
et j'étais monté par l'escalier tordu qui avait tant hanté mes phantasmes.
Fantasmes, plutôt, non ?  :-¬?

Sinon, ben, ouais, j'ai pas trop de choses à dire... Ben, ben, voilà.  ><
Et s'ils prenaient ta mère comme otage ou ton frère,
Dit un père béret basque à un jeune blouson d'cuir
Et si c'était ton fils qu'était couché par terre,
Le nez dans sa misère,
Répond l'jeune pour finir

- Renaud, les charognards -

Verasoie

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Re : Loup
« Réponse #10 le: 21 Février 2011 à 00:41:59 »
(Spes, ça me fait trop plaisir quand tu reviens et qu'en plus tu me lis : o).
Effectivement la lettre soit est de Manon (donc revenante ?) soit (et plus probablement) de Loup qui veut faire croire qu'elle est de Manon. Je voulais laisser l'ambiguïté mais bon, je ne suis plus auto-convaincue ^ ^'

Bibi : merci ! Fantasmes a les deux orthographes. Généralement phantasme est utilisé pour désigner quelque chose de non-sexuel, enfin c'est ce qu'il me semble mais je sais pas si c'est une véritable règle. J'aime vraiment cette orthographe mdr. Voilà ^ ^

Hors ligne Kailiana

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Re : Loup
« Réponse #11 le: 16 Avril 2011 à 23:05:06 »
Citer
mais j'étais complètement à côté de la plaque.
pas trop dans le ton du reste, même si ça passe quand même
Citer
Je devais continuer d'aller en cours et j'étais constamment épuisé, cerné ; mes parents n'osaient rien me dire, croyaient que c'était le lycée qui me mettait dans cet état, puisqu'ils ne me voyaient jamais sortir ni rentrer. Je ne mettais tout ça que sur le compte de la mort de Manon.
répétition ; et ça doit être possible de tourner la dernière phrase un peu mieux
Citer
« Manon ? » je n'aimais pas la tournure que ça prenait.
Je
Citer
en repensant au premier soir que j'avais dormi là
où j'avais dormi ?
Citer
Tous les soirs quand je rejoignais
je le rejoignais
Citer
Et il s'était persuadé moi aussi,
que moi aussi


Lu d'une traite. C'est bien écrit, c'est prenant, c'est du Vera.
Au début, peut-être insister davantage sur le fait qu'ils vivent dans un appartement (je m'imaginais une maison au début et du coup trouvais bizarre la chambre de bonne)
Ensuite... Oui c'est bien. Ce qui est dommage c'est que ça ressemble à ce que tu fais d'habitude. J'veux dire que tout seul, le texte est bien, prenant, mais quand on connaît tes autres textes il n'apporte pas beaucoup, que ce soit pour la fin ou pour la relation narrateur/Loup, qui est assez semblable à beaucoup d'autres relations de tes textes. Ca me donne un peu l'impression que t'as une histoire en toi dont tu n'arrives pas à te débarrasser, alors t'en écris plein qui ont des points communs et tournent un peu autour du pot avec quelques différences, mais l'histoire reste en toi alors tu la réécris encore. Bon, alors je t'avouerai que je suis contente d'avoir lu ce texte, hein, c'était une lecture très agréable (même si il faut quelques secondes pour respirer à la fin, mais bon, j'étais prévenue avec le nom de l'auteur). Et je relirai des textes de toi toujours avec plaisir. Mais il manque... une trame plus importante, peut-être, je sais pas.
C'est quand que tu nous écris un nouveau nano, par exemple ? :mrgreen:

Mais je suis toujours admirative de ta façon d'écrire une histoire qui se lit bien, et avec des personnages relativement accrocheurs (ils ne le sont aps forcément tous autant, mais je crois qu'il n'y a presque aucun texte que je n'avais pas envie de lire de bout en bout)
Si la réalité dépasse la fiction, c'est parce que la réalité n'est en rien tenue à la vraisemblance.
Mark Twain

La théorie, c'est quand on sait tout et que rien ne fonctionne. La pratique, c'est quand tout fonctionne et que personne ne sait pourquoi.
Einstein

Verasoie

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Re : Loup
« Réponse #12 le: 17 Avril 2011 à 11:48:31 »
Merci Lial ^ ^

C'est tout à fait vrai ce que tu dis pour le fait de réécrire un peu la même histoire à chaque fois, je m'en rendais déjà compte et je pense (j'espère xD) que la "dernière" est celle-là (la pièce de théâtre ça compte pas c'était un défi :mrgreen:). Je suis contente que la lecture t'ait plu malgré ça et ça me pousse à essayer de faire autre chose, donc c'est cool ^ ^

Et il y a un nouveau nano mais je vais attendre un peu avant de poster :mrgreen:

Hors ligne Kathya

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Re : Loup
« Réponse #13 le: 03 Juillet 2011 à 19:37:28 »
Oh, un texte de Vera' que j'avais manqué, sacrilège ! ^^

Ca reste vraiment typique d'autres de tes textes, mais j'ai beaucoup aimé l'ambiance et le personnage de Loup. Y a juste le coup du message à la fin, je trouve que c'est superflu, c'est trop tard pour faire hésiter le lecteur, surtout quand on sait que Loup est à moitié fou (ce dont le narrateur prévient peu avant) et possède un double de ses clés.

Pour l'espoir de la fin, ça dépend de ce qu'ils ont avalé. *sort avant de faire un débat de pharmaco-cinétique*
"Je suis la serveuse du bar Chez Régis ! Ou un leprechaun maléfique barrant l'entrée d'un escalier imaginaire..."

Et puis la Nuit seule.
Et rien d'autre, et plus rien de plus.

Avant l'hiver, Léa Silhol

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Re : Loup
« Réponse #14 le: 04 Juillet 2011 à 05:02:37 »
J'ai lu la plupart des textes que tu as postés ici, Verasoie, et j'admire réellement ton talent. Pardon, je n'ai rien à commenter en particulier puisqu'il me semble qu'il n'y aurait rien à changer, à peu de choses près, et que d'autres t'ont déjà signalé ça avant moi, mais je tenais à exprimer le plaisir réel que j'ai eu à te lire.

C'est typiquement le genre d'ambiance/personnage que j'aime, cette façon de décrire les choses, c'est beau et ça retient le lecteur jusqu'à la fin.

 


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