C'est un pouvoir dont il n'a pas voulu. Pourtant l'univers entier s'est mit d'accord pour le lui prêter. Où qu'il aille, quoi qu'il fasse et qui qu'il fréquente, on lui rappelle qu'il porte avec lui ce potentiel. Plus qu'un pouvoir, c'est un état de fait, car la chose s'applique indépendamment de sa volonté. Il l'a contemplé l'idée, oui. Celle de faire trembler le monde de sa présence. Que son existence même fasse trembler les fondements des choses. Il est doux ce rêve de vivre en tant que soi, a son plein potentiel. D'exister en tant que gant lancé à la face de la création et de tenir debout dans la tourmente alors que tous plient en espérant le voir tomber. Mais la douceur ne dure que jusqu'à la réalisation du fait que le monde réplique.
Et il est fort. Après tout quel monde ne saurait l'être ? Et comme toute chose il tiens à la vie. Pour sûr il continuera d'être. Mais comme bien d'autres organismes plus simples, le monde voit la moindre forme de renoncement comme une petite mort, le changement comme une balafre. Alors notre ami se contente de regarder un monde déchainé du haut des falaises de l'intimité, contemplant l'idée de braver par quelque acte de nage, peut être de navigation si tant est qu'il trouve un bateau, cet endroit plein de poissons. S'il a tendance à nous enfermer dans la contemplation, au moins le romantisme embellit le danger et la peur qui l'accompagne. Mais l'intéressé ne se sent pas à la hauteur des héros byroniques. Il ne leur arrive de fait qu'au quart, n'étant d'aucune façon ronique.
Il est ce "ils", pas tout ces "ils", ces "eux", c'est "tu sais qui", il en est un et cela suffit. Il est celui "qui détruit la famille" et se doit bien d'avoir que le titre pourrait lui plaire si les conversations qui le comportaient ne s'accompagnaient pas d'une description des mille et uns supplices et persécutions que l'imagination de ceux se prétendant bien intentionné lui souhaitent sans le savoir. Le fait que ceux qui adorent un dieu d'amour et de rédemption aient autant d’imagination à attribuer au malheur des autres lui a toujours paru des plus étranges. Mais qui saurait être exempt de contradiction ? Combien de fois, lui, le défi, lui qui détruit la famille, n'a pas su élever sa voix au niveau de son égo pour défendre son nom ou celui de ses pairs ? Ô combien aurait il aimé être aussi puissant et dangereux que le monde voulait qu'il soit. Pouvoir contrôler le monde et ses institutions dans l'ombre, être intouchable autant qu'on le dit et pouvoir faire plier la société à lui seul. Triste histoire que les récits les plus porteurs de pouvoirs viennent de ses adversaires. Si seulement il arrivait à avoir autant d'estime de lui qu'en ont ceux qui s'opposent à son existence.
Et la famille dans tout ça ?
Elle va bien, merci.