Comme je passais devant le presbytère, je pensais aux enfants de chœur enfilant leurs aubes dans l’arrière salle du curé.
Le monde tournait à l’envers…
Jusqu’à ce que me sautent aux yeux un antique Combi Volkswagen d'un orange digne des années 70 agrémenté de fleurs jaunes et mauves, le tout un peu fané mais encore du plus bel effet ainsi que, posée sur la margelle de la fontaine du patelin, une demoiselle venue se rafraîchir, un sac à dos miteux à sa droite et un bâton cagneux à sa gauche.
Je n’ai jamais été très doué avec les filles et sa beauté et son sourire me rappelèrent, un instant, que plusieurs de mes ancêtres devaient être originaires de ce village dont parle Balzac dans " Le médecin de campagne", ce village des Alpes où les gens manquaient d'iode, le village de Crétins.
Après nous être salués, elle me demanda sa route et je m’appliquais à faire court et simple en insistant, légèrement, sur le point qui me semblait le plus important :
« Surtout, au bout de la rue, au sortir de la ville, au premier tourne-à-gauche, première à droite ! C'est pas compliqué de s'en souvenir ! Première à droite au premier tourne-à-gauche ! Gauche, droite !
_ J’ai bien compris, première à droite au premier tourne-à-gauche ! Je ne risque pas de me tromper grâce à cette astuce» me dit-elle.
Après avoir ramassé ses affaires et m’avoir remercié de toutes ses dents et m'avoir plongé dans un épais nuage de diesel, je fus quand même en mesure de constater qu'au bout de la rue, au rond-point fatidique…elle prit la dernière à droite soit la première à gauche...
C’était une imbécile, me direz-vous.
Non, ne croyez pas ça.
Voyez-vous, ce n’est pas tant "l’étoile" qui compte mais les chemins qui nous y mènent.
Un peu comme le cancre qui fait le renard, qui ne saura jamais rien des cosinus mais qui sait déjà tout des tangentes.
Une main dans la poche je m’en allais, seul, au hasard, parlant à cette princesse entrevue dans le désert, la nommant Camilla, croisant les sillons de Fante…
Un pétard dans l'autre.