Le Papa-papillon-de-nuit.
Derrière les collines bleues, dans un village brun et gris, vivait une petite fille qui s’appelait Zélie. Sa maman était belle et joyeuse, avec de longs cheveux bouclés, et des taches de rousseur sur le nez. Zélie lui ressemblait beaucoup.
Son papa, quant à lui, était un papa-papillon !
A moitié homme, à moitié papillon de nuit.
De grandes ailes blanches, mouchetées de gris, lui sortaient des épaules. Elles étaient si longues que lorsqu’il marchait, elles traînaient derrière lui. Le papa avait aussi des antennes poilues sur la tête. Enfin, au lieu de deux longues jambes, il possédait quatre petits pieds qui s’agitaient à toute vitesse.
Zélie aimait beaucoup son papa. Il venait la chercher tous les jours à la sortie de l’école. Le soleil lui faisait mal aux yeux, alors, il marchait lentement au lieu de voler dans les cieux. Il enveloppait Zélie dans ses grandes ailes blanches pour lui faire un câlin. La petite fille lui racontait sa journée, pendant qu’ils rentraient tous les deux à pieds à la maison.
C’était très long, à cause des petits pieds du papa-papillon.
À la maison, le papa de Zélie ne jouait pas beaucoup avec elle. Il parlait peu, n’écoutait pas toujours les autres. D’après la maman de Zélie, papa était « un grand rêveur ». Il était souvent « dans la lune ».
Il l’aimait beaucoup, la lune.
Le soir, il la regardait sans cesse par la fenêtre.
Souvent, le papa-papillon s’asseyait dans son grand bureau et préférait rester dans la pénombre. Dans cette pièce remplie d’étagères et de livres, il collectionnait des lumières tamisées : lanternes, veilleuses, guirlandes, et autres petites loupiotes. Il les alignait sur les étagères les plus hautes, comme des rangées d’étoiles. Zélie aimait beaucoup les contempler.
Un jour, en arrivant à l’école, Zélie aperçut un petit garçon qui regardait son papa-papillon, le rire sur les lèvres. Était-ce pour se moquer des ailes immenses qui traînaient dans la poussière ? Était-ce pour se moquer des quatre petits pieds qui l’embêtaient pour avancer ? La petite fille sentit dans sa gorge une boule de tristesse.
Peut-être que son papa la ressentit aussi : il enveloppa Zélie dans ses ailes pour lui faire un câlin d’au revoir, un peu plus long que d’habitude.
Zélie voyait bien que les autres papas, près de l’école, marchaient très rapidement sur leurs grandes jambes. Ils bavardaient avec leurs enfants, sans s’arrêter pour observer la lune. Parfois, Zélie aurait voulu que son papa, lui aussi, se montre plus bavard.
Parfois, Zélie en voulait à la lune de lui voler son papa.
Un soir, tandis que le papa-papillon lisait dans son bureau, Zélie entra et demanda :
« Qu’est-ce que tu lis, papa ?
— Un livre sur la forêt.
— Tu me le montres ?
— Je voudrais bien, mais il n’y a pas beaucoup d’images. »
Zélie fit la grimace. Elle n’aimait pas les livres sans images. Elle resta debout dans la pièce, sans savoir quoi faire ou quoi dire. Le papa-papillon leva alors les yeux.
« Au lieu de regarder des images, est-ce que tu veux voir la forêt en vrai ? »
La petite fille sauta de joie ! Une balade en pleine nuit ! Rien qu’avec son papa ! Cela faisait longtemps ! Le papa-papillon sourit. Ils s’habillèrent chaudement pour affronter le froid.
À peine sortis, le papa-papillon-de-nuit déploya ses ailes immenses. Elles étaient douces, chaudes, avec de petites taches grises et de petites taches noires. Zélie monta sur son dos et s’accrocha très fort à ses épaules.
Alors, le papa s’envola ! Wooouufff ! Le vent siffla autour d’eux ! Dans le bleu sombre de la nuit, Zélie regarda les lumières du village, qui scintillaient tout en bas. Comme c’était joli !
Le papa-papillon emmena sa fille jusqu’à la forêt la plus proche. Ils se posèrent doucement au pied des premiers arbres. Là, il lui montra de petites lumières qui brillaient sur le sol :
« Regarde, ma puce, ce sont des vers luisants. »
Puis, il lui montra d’autres lueurs qui dansaient dans les airs :
« Celles-ci, ce sont des lucioles. »
Les vers luisants et les lucioles éclairaient le chemin de la forêt.
Le papa de Zélie lui montra tous les arbres qu’il connaissait. Des hêtres, des chênes, des charmes, des sapins… La petite fille ouvrait de grands yeux. Son papa lui parlait sans plus s’arrêter.
« Regarde, ici, c’est le sapin où vit une famille d’écureuils… et puis là-bas, il y a un arbre creux dans lequel vit une toute petite chouette. Tu peux l’entendre !
— Houuuuuuu… »
La promenade dura longtemps. Quand Zélie était fatiguée de marcher, son papa la prenait sur son dos et ils volaient entre les arbres, dans le noir de la nuit et le vert sombre de la forêt, entourés de lucioles.
« Papa, c’est toi le plus chouette… » murmura Zélie.
Pour rire, son papa fit semblant de hululer :
« Houuuuuuu… »
Le lendemain matin, la petite fille se réveilla très fatiguée… mais avec plein de jolis souvenirs dans la tête. Son papa aussi manquait de sommeil. Quand ils marchèrent pour aller à l’école, ses quatre petits pieds étaient encore plus lents que d’habitude. Tant mieux. Comme ça, Zélie aussi pouvait ralentir un petit peu, pour se reposer.
Comme tous les matins, le papa-papillon-de-nuit serra Zélie très fort dans ses grandes ailes pour lui dire au revoir. Des enfants autour d’eux les observaient. Zélie sourit à son papa et chuchota à son oreille :
« Regarde, papa, comme ils admirent tes ailes ! »