Bonjour,
Me voici pour un nouveau récit de fantasy issu d'un projet dont vous pourrez apprendre plus en ayant accès à mon
Carnet de bord qui résume les grands contours de cet univers.
Pour celles & ceux qui auraient déjà lu les précédents, le présent récit se déroule une décennie après celui sur
L'Observatrice Dianeforgeât à Brisebarrière qui se déroulait lui-même deux décennies après
L'inauguration de l'Hôtel d'observation à Dwarfiney. J'y ajoute une notion complémentaire intitulée « principe de l'apposition » dont les contours sont évoqués dans le texte.
Pour présenter le texte, je dirais que ça laisse entrevoir les contours de la communauté féline que sont les Trobaulèzes, je souhaitais mettre en perspective leur façon d'être, leurs manières, leurs pensées... J'ai pu faire un premier progrès sur les dialogues dans cette nouvelle version.
Les personnages Solonius, Gerrarius et Julius apparaissent en priorité dans le texte, mais je n'exclus pas d'en ajouter de nouveaux si de nouveaux besoins m'apparaissaient.
Le texte pourrait encore gagner à être plus synthétique et moins bavard, mais les premiers efforts réalisés ont permis déjà de premiers éclaircissements.
Sur ce, je recevrai vos commentaires avec un réel plaisir pour cette nouvelle étape entamée dans mon projet d'écriture.

Une compagnie de Nains emprunta l'une des routes coutumières atiquae dans l'espoir de traverser la Jungle cuivrée et d'arriver à l'autre bout de la région rhizocuivrée. Ainsi, pendant sa traversée, au moment d'approcher de la Merveille de Pantherus, elle s'arrêta à mi-chemin, touchée par une étrange émotion. Devant les Nains, le sequoia lumineux dont l'éclosion des fleurs bioluminescentes se produisait la nuit, et une crainte inexpliquée qui les prit de cours.
Habituellement, les pèlerins se rapprochaient des fleurs au soir tombé mus par un sentiment mystique d'une sérénité confessionnelle. Pourtant, cette fois-ci, la vive réaction de la compagnie de Nains à la rencontre de la Merveille provoqua une réaction inexpliquée. Sous la lueur blanche des rayonnements floraux, la tige des plantes entourant l'arbre s'agitait au gré du vent et de la main divine d'Apollainout.
« Les fleurs dégagent un poison asphyxiant dont les pollens colonisent mortellement nos esprits ! » s'écria soudainement un Nain devant les fidèles rassemblés autour de la Merveille.
Les Trobaulèzes ne pouvaient pas croire qu'ils étaient empoisonnés par ces boutons sacrés, ces félins démentirent farouchement l'interprétation paranoïaque du Nain. Peu à peu, un sentiment de panique gagna le cœur des uns et des autres, répandant inexorablement une vive émotion d'individu en individu : le pressentiment sous la Merveille avait commencé.
« Je perds le contrôle de moi-même ! Que m'arrive-t-il ? s'exclama un Trobaulèze.
— J'aperçois l'action d'Euripidusance derrière cette domination des vues de l'esprit, elle nous soumet à sa volonté, » annonça soudainement un autre.
Parmi les Trobaulèzes présents sur le lieu sacré se tenait le célèbre auteur du nom de Solonius, connu et reconnu pour son ouvrage lyrique
Jaune-refrain Pelage-ancien. Solonius subit une grande frayeur à se voir plongé lui-même dans ces hallucinations prophétiques dont il ne comprenait pas la cause originelle. Solonius aimait les images florales, il ne pouvait pas croire que celles-ci l'avaient rendu subitement fou ! Tandis que de nombreux pèlerins répétaient inlassablement : « Euripidusance, Euripidusance, qu'attends-tu des félins ? », l'auteur, lui, dénonça avec insistance la mésinterprétation de ce pressentiment sous la Merveille.
« Vous faites erreurs, âmes en errance, esprits tourmentés, Euripidusance n'y est pour rien, c'est une folie de croire cela !! » déclara-t-il obséquieusement.
Solonius s'intéressait depuis toujours aux arts de la chasse et de la conquête, il relisait souvent son bestiaire des
Animaux sauvages et légendaires du Florilègearium dont l'introduction évoquait l'aphorisme suivant : « Jamais la déesse Euripidusance ne doit te prendre par surprise. » L'erreur des pèlerins, selon lui, était d'attribuer un pressentiment prophétique à la déesse Euripidusance ; il y voyait une impiété si grave qu'il en perdait la tête.
« Euripidusance, tu nous chasses et nous traques jusqu'au sequoia, » affirmèrent pourtant les pèlerins impossibles à raisonner.
Pendant ce temps, la compagnie des Nains commença à paniquer elle aussi : une dizaine de Dwarfinauds s'enfuirent dans la Jungle cuivrée et se perdirent à jamais dans les dangers de la végétation ; d'autres Nains, en revanche, restèrent immobiles, pétrifiés par la peur et ne quittèrent pas le sentier dans la Jungle cuivrée en attendant que l'émotion ne retombât. Les panthiss, prêtres héritiers de Pantherus, arrivèrent à leur tour sur place afin de contenir la foule apeurée.
Solonius, quant à lui, vint se morfondre au pied du sequoia, attristé de voir la foule sombrer dans ce qu'il estimait être « Une mésinterprétation du pressentiment. » Replié sur lui-même, plongé dans un bouleversement spirituel, Solonius estimait que s'il ne parvenait pas à corriger cette incohérence dans l'esprit des félins, jamais Apollainout n'allait pouvoir éloigner la corruption tentatrice d'Euripidusance. Le poète prit à cet instant une inspiration profonde afin de se calmer et de traduire sa souffrance en mots.
Exclamation après exclamation, les pèlerins provoquèrent un brouhaha extraordinaire, attirant vers eux de nouveaux curieux qui souhaitaient être touchés eux aussi par le pressentiment ; une foule compacte en transe s'accumula ponctuautour dans un désordre amnésique. Face à cette spirale de la peur, Solonius établit les premiers vers d'un poème qui prendrait place dans le plus bel ouvrage lyrique que cette époque de l'Histoire nous ait aujourd'hui laissé ; opposant au galimatias mystique des fidèles une rhétorique mythologique versifiée, codifiée, sophistiquée, Solonius écrivit sans s'arrêter, écrivit à propos de sa fascination pour Apollainout, à propos de l'éducation, de la confiance, de la foi en les usages félins, transcrivant la beauté du monde se jouant sous ses yeux effarés.
« Quand je serai traqué la nuit,
« Apollainout viendra me voir,
« S'offrant de son aura qui luit,
« Fertile comme un abreuvoir, » écrivit-il alors dans le plus grand des élans miraculeux.
Pendant ce temps une Naine observatrice qui accompagnait la compagnie venue de Dwarfiney cherchait à venir en aide à ses semblables. L'observation lui avait permis d'identifier le phénomène de pressentiment, de connaître son évolution incertaine potentiellement dangereuse, de réagir au plus vite. Un panthiss miraculeusement épargné par la prémonition accepta de venir en aide à l'observatrice en lui indiquant le chemin vers l'Hôtel des directions où les Nains allaient trouver un accueil plus chaleureux.
L'Hôtel des directions se trouvait à deux jours de marche.
Enfin, Solonius s'étant assis sur un tapis de fougères, il resta envoûté toute la nuit, comme dans une profonde méditation. À l'aube, le poète fut tiré de sa somnolence par un euripidier, l'un des gardes du territoire des Trobaulèzes.
« Monsieur l'écrivain, je vous cherchais. Veuillez me suivre s'il-vous-plaît, » invita poliment le Trobaulèze à l'attention de Solonius ; qui le suivit sans attendre.
Au moment où le poète quitta le sequoia lumineux, plusieurs pèlerins gisaient à même le sol, évanouis ou endormis, touchés par l'énergie magique du pressentiment sous la Merveille de Pantherus.
Non loin du sequoia lumineux se trouvait un belombra creusé qui offrait une excellente cachette à qui souhaitait entretenir le secret. Solonius fut amené là par l'euripidier l'ayant sollicité, il s'y déroulait à ce moment précis une consultation militaire du Corps de la garde euripidière, sous l'écorce de l'arbre, où près d'une centaine de personnes eut pu se retrouver pour y tenir une Assemblée secrète.
L'euripidier s'arrêta devant le belombra : le garde sacré jetait des coups d’œil de droite et de gauche comme apeuré à l'idée que quelqu'un les suivît. Tout à coup, une vingtaine d'officiers sortirent de l'arbre creusé, tous en tenue de guerre, s'en allant vers ailleurs. Ces guerriers ne firent aucunement attention au poète qui se trouvait devant eux, ils partaient vers des directions différentes, ayant reçu des ordres dans la précipitation.
« Je me présente devant vous aux côtés de Solonius, l'écrivain, avec lequel vous souhaitiez vous entretenir, introduisit le soldat.
— Bien, il sera reçu par le général Gerrarius, » lui répondit un sous-officier avant de faire signe à Solonius d'approcher.
Le poète paraissait minuscule face à l'arbre monumental qui avait accueilli une réunion officielle. Du lierre, des tomates, des gesses, des chèvrefeuilles, des pois, des concombres, des plantes grimpantes avaient élu le belombra creusé pour domicile, créant ponctuautour un camouflage naturel, rendant l'endroit parfait pour une consultation secrète du Corps euripidier, cœur de défense des Trobaulèzes.
« Monsieur Solonius, déclara le général de l'armée trobaulèze à l'attention du félin, veuillez pardonner notre modeste accueil, les temps sont difficiles.
— Nul besoin de magnificences pour nous autres scripteurs, réagit l'écrivain. J'ai moi-même pour coutume de fuir les honneurs...
—Vous n'aimez pas les louanges ! Soit, mais saurez-vous pour autant rester discret ? ne pas ébruiter imprudemment notre conversation à vos confrères littéraires ? Voyez-vous, j'aimerais m'assurer que les bavards de copistes restent éloignés du Corps de la garde...
— Ces 'bavards de copistes', comme vous les nommez si élégamment, seront honorés, très honorés par le fait que je les laisse aussi éloignés que possible des armes, des menaces, des guerres, des assassinats dont certains vous affublent par tant de réquisitoires ! »
Par cette seule parole ambiguë, Gerrarius eut le souffle coupé : Solonius n'éprouvait aucune frayeur à mentionner les nombreuses accusations de meurtre que l'on faisait peser souvent sur le Corps de la garde euripidière.
« Dites-moi, Solonius, tenta timidement le militaire pour contourner la question de l'assassinat, vous vous inscrivez bien dans les enseignements d'Aristidus... Vous savez ? Celui qui a réuni les différents noms félins de l'astre du jour dans un recueil, livre qui renforça sa renommée...
— J'aurais pensé que vous me solliciteriez à propos de mes nombreux textes parlant de l'art de la chasse ! répondit malicieusement Solonius en parlant de ses propres ouvrages publiés.
— Eh bien, à vous dire vrai, nous aimerions qu'une plume experte s'intéresse au miracle qui s'est produit dans une prairie sacrée, non loin des exploitations agricoles des Elfes, là où les Graouriattes avaient pour habitude de conduire leurs bêtes de pâture par le passé. Cette prairie attire depuis peu les convoitises, nous apparaissant dorénavant comme un lieu devenu stratégique, prioritaire, vital à qui contrôle la région... un lieu auquel les panthiss eux aussi accordent désormais une importance considérable.
— La concurrence a toujours été rude dans ces terres où les pâturages des jaguars côtoient les cultures elfiques. Comme nous le savons, Aristidus a traversé l'aire steppialectique en son temps afin de parler des religions des différentes communautés félines, et je serai enchanté de suivre ses pas en m'y rendant moi-même dès demain !
— Très bien, approuva le général Gerrarius, le journal du Lynx souffre de quelques difficultés ces derniers temps, ses reportages là-bas éprouvent une censure impitoyable, son accès y est limité par une série de restrictions dogmatiques selon les uns, justes selon les autres, excessives selon les derniers. Le journal du Lynx étant consacré à la foi religieuse, il se trouve depuis peu malmené à cause de son approche précipitée des récents événements : ce mensuel mériterait très certainement un éclairage plus intellectuel, plus réfléchi, moins émotif, moins passionné... Les temps sont troublés, nous ne pouvons pas nous permettre un débat critique basé sur des opinions théologiques conflictuelles ; or, pour cette raison, nous espérerions compter sur quelqu'un comme vous, Monsieur l'écrivain, qui saurait revenir aux origines culturelles de notre façon d'être, renouant avec les traditions séculaires tout en éloignant les révoltes, évitant les disputes stériles, faisant briller une expertise équitable qui revendique l'héritage territorial des Trobaulèzes.
« Si je pouvais compter sur un véritable pilier de la littérature féline, continua le général Gerrarius, je pourrais m'appuyer sur ce grand esprit de lettres, cette intelligence littéraire pour convaincre les lynx d'accorder un peu d'espace à des opinions plus mesurées, moins polémiques, et qui fassent dès lors la synthèse entre les différentes tendances et obédiences mythologiques de la Jungle cuivrée. Ainsi, nous pourrions enfin nous réunir contre... contre un ennemi commun... »
Les mots du général laissaient entrevoir l'espoir qu'il attachait en l'influence de Solonius, espoir de sortir enfin des conflits entre félins divisant sans cesse ces peuples en différents courants contradictoires. Le poète, lui, s'il avait toujours trouvé la logique militaire confuse et laborieuse, estimait que la sagesse revenait naturellement à ceux qui prônaient l'unité face aux dangers extérieurs qui s'accumulaient tout autour de la Jungle cuivrée. Par ailleurs, le jounal du Lynx disposait d'une influence grandissante dans la région, Solonius se rangea donc de bon cœur derrière l'idée d'une collaboration avec la presse pour faire valoir ses propres opinions politiques dans un mensuel.
« J'ai quelques amis dont la plume abonderait dans votre sens, indiqua l'écrivain à l'attention du militaire. Cela me fait penser à un conte trobaulèze recueilli par Aristidus l'ancien ; voici ce que dit le
Conte du Lever du Jour : le suprahôte Garibaldius, héros des lynx confrontés à l’expansion extrême des nuits, parvint à convaincre Sobossobo – le père de la chaleur – de leur rendre visite plus souvent plus longtemps afin d'éclairer leurs journées de couleurs, de saisons, de force, d'énergie cosmique. Grâce à cette prouesse rhétorique du héros Garibaldius, Sobossobo l'astre du jour accepta de nous rendre visite plus régulièrement, nous illuminant si souvent de sa lumière astrale. Garibaldius entama alors un voyage de quatre-vingt douze jours pour annoncer à tous les félins que l'astre du jour serait de retour parmi les mortels pour combattre la redoutable expansion des nuits.
« Voici pour ce qui l'en est de cette histoire ancienne, conclut finalement Solonius. La morale du
Conte du Lever du Jour dit que, grâce à la généreuse admiration de Sobossobo pour le langage flatteur du suprahôte Garibaldius, chaque nouvelle naissance se trouve dorénavant récompensée par la lumière du jour bénéfique à tout le monde, alimentée par le bonheur paisible et l'indulgence sereine des jours heureux. »
Cette histoire du suprahôte Garibaldius, Solonius l'avait lue dans le livre des
Contes aux seize noms de l'astre du jour écrit par Aristidus l'ancien : en son temps, ce Trobaulèze avait parcouru les différents territoires de l'aire forestorique pour recueillir des mythes et légendes de plusieurs communautés félines. Solonius lui-même était d'accord pour quitter la Merveille de Pantherus afin de se rendre aux frontières de la Jungle cuivrée dans l'espoir de réunir entre eux les félins autour d'un même idéal. Le poète se préparait à entamer un voyage pour entrer en contact avec le plus de félins possibles afin de les réconcilier tous ensemble.
Ainsi, Gerrarius fit envoyer l'écrivain vers la prairie sacrée où était apparue récemment la magie d'Urnahout. Le regardant quitter le belombra, le général fit une mine satisfaite, et se tourna vers l'un de ses plus proches conseillers.
« Je souhaiterais m'entretenir avec l'ordre des panthiss, déclara-t-il. Allez me chercher l'un deux qu'il puisse répondre à ma demande. »
Les autorités religieuses jouaient un rôle essentiel à la vie de la Jungle cuivrée. Aucune décision ne pouvait être prise sans leur consentement, Gerrarius lui-même ne se trouvait pas en capacité de peser face à leur censure imposante. Le général avait trouvé une parade pour contourner la licence des panthiss : il prétendait s'entretenir avec eux dans des lieux secrets pendant que ses soldats félins agissaient dans l'ombre. Le Corps de la garde euripidière comptait sur le général Gerrarius pour contenir la pression religieuse et retrouver un peu de liberté d'action. Le plus difficile alors était d'attirer leur attention, tant les panthiss surveillaient la Jungle cuivrée d'un œil vigilant.
De retour seul, le conseiller qui était initialement parti solliciter l'assistance des prêtres ne put pas répondre à la commission que lui avait demandée son supérieur.
« Mon général, s'excusa-t-il, les panthiss m'ont transmis le message selon lequel ils ne répondraient plus à la demande de qui que ce soit avant la prochaine pluie saisonnière.
— Et quand viendra-t-elle cette averse ? s'exclama le chef des armées, frustré de ne pouvoir s'entretenir avec le cercle sacré.
— Nous sommes actuellement en saison sèche, il peut passer deux à trois semaines, peut-être plus, avant de recevoir ne serait-ce qu'une goutte des cieux d'Apollainout.
— D'ici là, les Elfes auront coupé nos arbres, brûlé nos livres, subordonnés nos frères et sœurs... » maugréa enfin le félin.
Les panthiss ne se trouvaient jamais au même endroit, ils circulaient partout sur le territoire trobaulèze, s'éloignant même de la Jungle cuivrée pour circuler dans le Florilègearium, pour visiter d'autres lieux de pèlerinages voire pour aller jusqu'aux lointaines Collines aimantées où se trouvait la cité des Fées, Étoile 8 Paysmobile.
« Quelles sont les nouvelles du pressentiment ? demanda alors le général à un officier.
— Mauvaises, mon général, les pèlerins semblent ne plus répondre à nos euripidiers qui tentent de les sortir de leur état d'extase, répondit l'officier avec une certaine pointe d'amertume.
— Il nous sera très difficile de protéger des citoyens touchés par une prémonition divine ! s'exclama son chef. Aujourd'hui, nous risquons des mouvements de foule, le pressentiment pourrait par la suite contaminer nos troupes et affaiblir nos défenses. En conséquence, les Elfes vont en tirer parti sous peu, nous faisant reculer sur d'autres fronts qui ne seront alors plus défendus par personne. Ce pressentiment est une malédiction !! Pour le bien de nos citoyens et celui de nos enfants, nous devons à tout prix convaincre les panthiss de nous laisser superviser les futures processions du culte trobaulèze. »
Ce furent les mots du général avant qu'une nouvelle idée n'apparût à son esprit : il fallait infiltrer les cérémonies des prêtres, envoyer un agent pour les influencer depuis l'intérieur. Fort de sa ruse, de sa capacité d'anticipation, le général Gerrarius fit revêtir un Trobaulèze en habit de moine en lui donnant la consigne d'intégrer le cercle théologique du séquoia lumineux. Avec un des leurs parmi les panthiss, les soldats pouvaient espérer enfin pousser les croyants à adhérer à la tactique militaire de leur chef. Cette idée saugrenue provoqua peu à peu un vent d'excitation dans les rangs des euripidiers, ceux-ci se satisfirent finalement à l'idée qu'on allait orienter l'autorité sacrée afin de convaincre tous les Trobaulèzes qu'ils trouveraient leur sécurité auprès du Corps euripidier.
Un officier accepta de se déguiser en moine au plus vite et de tenter de s'intégrer à la confrérie des panthiss. L'agent secret des euripidiers comptait en profiter pour préparer les premiers repérages des zones exposées à un potentiel ennemi, mais aussi connaître pour la première fois la véritable raison pour laquelle les prêtres refusaient de s'entretenir d'urgence avec le général Gerrarius.
L'aube approchait et les fleurs lumineuses d'obscurités s'éteignaient peu à peu, laissant la place à Sobossobo, l'astre du jour, qui éclairait les lieux de son fertile rayonnement.
« Trois pèlerins allongés au sol, somnolents, inconscients, sont morts piétinés par la foule de curieux venus glorifier le sentiment divin ! »
Ces mots furent prononcés par un garde sacré en alerte et se répandirent comme une traînée de poudre dans la foule : certains des croyants se trouvaient trois fois plus impactés par l'émotion que les autres, et ils s'étaient évanoui
s pendant une heure ou deux tandis que les autres approchaient en se bousculant, les yeux levés vers la cime du sequoia de Pantherus, oubliant de regarder au sol sur quoi ils marchaient, étouffant alors des gens endormis sous leurs pattes. Les panthiss étant officiellement les responsables du périmètre de pèlerinage, ils se chargèrent d'établir un protocole strict d'approche de la Merveille avec un filtrage des inconnus qui devaient donner la prééminence aux fidèles, défavorisant directement des étrangers au culte ; le tri et la régulation des mouvements devaient éviter aux endormis d'être piétinés.
L'observateur Julius fut contacté au plus vite pour apporter sa connaissance sur les phénomènes magiques en tout genre. Les prêtres redoutant de voir une apposition sauvage se développer à leur encontre, ils se pressèrent d'amener sous le sequoia lumineux un spécialiste de la prophétie. N'ignorant pas que certains attribueraient la prémonition populaire à Euripidusance tandis que d'autres l'accorderaient volontiers à Apollainout, les panthiss demandèrent que soit réalisée une étude accélérée du phénomène prophétique, afin d'être les premiers à lui apporter une attribution apposée.
« Je ne peux pas vous garantir une étude accélérée à propos du phénomène de pressentiment, les alerta finalement l'observateur Julius. Je vous déconseille formellement de vous jeter la tête la première dans de mauvaises considérations du pressentiment car cela pourrait entacher sérieusement la confiance qui est accordée au cercle religieux. Je me dois également de vous informer du fait qu'aucun pressentiment n'est transcendant ni spirituel, dès lors qu'il s'exerce dans le cœur d'un individu ; cela signifie qu'un sentiment prémonitoire répond à une logique mécanique en écho à une magie, à une position prophétique, un esprit touché par cet effet devient l'objet d'un vaste système prophétique. L'observation et ses observateurs sont régis par une temporalité longue, fastidieuse, expérimentale, incertaine, il faut parfois plusieurs décennies pour parvenir seulement à trouver un début d'explication rationnelle permettant la compréhension partielle de l'imprévisible pressentiment : la précipitation serait alors très mauvaise conseillère... »
L'observateur Julius, du haut de ses cinquante ans, se faisait vieux et n'en avait plus pour très longtemps à vivre. Il n'allait jamais avoir le temps de mener une étude prophétique de ce pressentiment, un phénomène rare et relativement inexpliqué. Par ailleurs, les nouvelles que Julius avait reçues de la part de l'Hôtel d'observation étaient mauvaises, très mauvaises : l'aide qu'il souhaitait recevoir des Nains semblait s'éloigner avec le temps, tant les Nains étaient indisposés et préoccupés par d'autres priorités.
« Je vous conseille de favoriser les membres de la communauté trobaulèze afin que ceux-ci accèdent en premier au sequoia lumineux dès demain soir, parce qu'ils sont les premiers concernés par ce phénomène prophétique, et qu'ils doivent reprendre le contrôle de la situation avant toute autre chose... les conseilla-t-il finalement.
— Nous vous remercions infiniment pour cette expertise fort bienvenue, maître Julius, le remercièrent alors les prêtres. Nous tâcherons de laisser aux Trobaulèzes tout l'espace pour ressentir cette émotion magique, ce défi qui les attend dès lors leur revient de droit divin. »
D'abord la colonisation des Elfes, puis l'appel à l'aide des Graouriattes, puis l'arrivée massive de Nains dans la Jungle cuivrée, tant de nouveautés allaient troubler le cœur des félins, les incitant à s'unir autour d'une divinité symbolique. La végétation laissait entrevoir de nombreux miracles qui tournaient autour de l'esprit d'Urnauhout, ce dieu qui avait donné son nom au conseil théocratique sacré ; pourtant les panthiss refusèrent d'y voir l'acte de cette divinité, pour des raisons théologiques qui nous échappent malheureusement.
La concomitance entre les leçons du destin et la présence réelle de phénomènes magiques étant parfaitement inexplicable, nous savons que ces événements précis influencèrent immensément la destinée du mnémophylum félin ; nous n'avons cependant aucun moyen de délibérer sur leur origine véritable, ni de savoir formellement s'ils ont émané d'une volonté divine sciemment réfléchie ou n'ont été que la conséquence bienheureuse d'un ensemble de phénomènes hasardeux dont l'issue aurait été de toute façon parfaitement imprévisible et magique. Notre connaissance des sytèmes prophétiques a ses limites, encore aujourd'hui, et nous ne savons toujours pas expliquer des phénomènes arrivés il y a plusieurs dizaines de décennies en arrière.
Quoi qu'il en eût été véritablement, les panthiss décidèrent d'apposer au phénomène prophétique le nom du dieu de la pluie, Catonhout, et l'Histoire garda de cet événement mémorable le nom de
Pressentiment de Catonhout, un événement qui fit couler beaucoup d'encre à travers les différentes aires et marqua l'histoire des Trobaulèzes d'un virage sécuritaire et religieux.