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Auteur Sujet: L'homme qui ne vivait rien (ou le grand voyage)  (Lu 5753 fois)

Hors ligne Kwak'

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L'homme qui ne vivait rien (ou le grand voyage)
« le: 24 Octobre 2020 à 18:57:44 »
L'HOMME QUI NE VIVAIT RIEN
(ou le grand voyage)

***

Chapitre Premier
Rien

Monsieur Dupont était un homme affable, c'est à dire qu'il aurait volontiers donné sa chemise à qui la lui demanderait, le problème étant précisément que personne ne venait la lui demander. Pour ainsi dire, aussi triste que soit la situation, il fallait bien le constater : personne ne venait jamais rien demander à Monsieur Dupont. Depuis la triste maison de banlieue qu'il habitait depuis toujours, noyé dans un des ces lotissements sans âme affreusement symétriques, il déplorait de ne pas connaître un seul de ses voisins. Lorsqu'il balbutiait quelques paroles maladroites dans le but d'établir un contact avec l'un ou l'autre d'entre eux, ceux-ci se détournaient de lui sans la moindre considération pour ses efforts. Qu'il s'agisse d'un simple bonjour, ou que Monsieur Dupont s'essaie à l'un de ces constats météorologiques d'habitude si engageants au sein des sociétés humaines, il n'y avait rien à faire : personne ne répondait jamais et Monsieur Dupont se rappelait qu'il était terriblement insignifiant.

Monsieur Dupont travaillait au douzième étage d'une tour grise qu'il rejoignait en bus tous les matins à sept heures quarante-cinq précises, avec dans sa petite mallette tout le nécessaire pour accomplir les tâches de comptabilité qui lui étaient confiées. Depuis son petit bureau, dont l'unique fenêtre donnait sur l'immeuble d'en face et décoré d'une seule et unique plante verte qu'on ne remarquait pas non plus, Monsieur Dupont ne faisait que son travail, et rien que son travail, qui consistait à effectuer de sempiternels calculs comptables pour le compte d'une société dont il ignorait tout. A côté du calendrier, des stylos et de la calculette disposés avec rigueur, un ordinateur et son écran glacial affichaient un défilement infini d'opérations en tous genres, et à peine Monsieur Dupont avait-il résolu une ligne du tableur qu'une autre venait immédiatement la remplacer. Cet enchaînement infernal ne s'arrêtait qu'en deux occasions : le midi, pour la pause d'une heure pendant laquelle Monsieur Dupont mangeait un toast triangle au pâté suivi d'un café versé dans le bouchon de son thermos, et le soir, pour signaler la fin de la journée. A cette heure-ci, soit seize heures cinquante-cinq tout pile, Monsieur Dupont se levait instantanément, mettait la veste qu'il avait soigneusement plié en arrivant, prenait l'ascenseur et la ligne de bus qu'il avait emprunté le matin-même, et rentrait lourdement chez lui, seul.

D'aussi loin qu'il s'en souvienne, dès ses premiers jours, personne ne remarqua Monsieur Dupont. Il était né de père et de mère inconnus, ne pleurait jamais, ne disait rien, et passait son temps à s'occuper timidement dans son coin ; aussi, si on lui apportait bien les repas, si on s'assurait en effet qu'il dispose du minimum nécessaire pour vivre et qu'il ne manque de rien, en réalité, l'on ne s'intéressa jamais vraiment à sa personne. Plus tard, bien qu'on lui donnât quelques instructions rudimentaires lorsqu'il eut à intégrer l'école, trouver un travail ou s'efforcer d'obtenir un appartement, il n'avait aucun souvenir du moindre dialogue et moins encore d'une quelconque discussion avec quiconque. Au gré de ce qu'on lui demanda, du foyer jusqu'à l'université, il hocha la tête par-ci, sourit maladroitement par-là, et tout suivit son cours : il eut un bac moyen, des ambitions moyennes, postula dès sa sortie de l'université au poste qu'il occupait actuellement, et voilà que, sans même s'en rendre compte, il devint cet homme tristement semblable, effacé peu à peu par le cours des choses, âgé de quarante-quatre ans, mesurant un mètre cinquante-deux exactement, chaussant du trente-neuf, vêtu d'un costume deux pièces sans cravate et portant de petites lunettes rondes qui s'embuaient régulièrement le matin lorsque le bus de sept heures vingt-huit était trop bondé.
Ainsi, l'on comprendra aisément que si Monsieur Dupont bredouillait, souvent, il balbutiait, quand il ne baragouinait pas, et que, ô grand jamais, il ne parlait.

Les rares journées où il ne travaillait pas, Monsieur Dupont restait chez lui, à vaquer longuement à ses affaires personnelles les plus élémentaires, et en ce sens il avait prit le soin de tout organiser pour avoir le moins de contacts possibles avec autrui. Il faisait son ménage, déjeunait et dînait seul, et commandait ses courses en ligne, chose qu'il estimait de la plus haute importance. S'il avait bien essayé de se rendre lui-même à l'hypermarché, à la merci de tous ces événements improbables que risque le commun des mortels en s'aventurant à l'extérieur, il ne le pouvait plus. Ses rares tentatives avaient été de traumatisants échecs : la première fois, alors qu'il patientait à la caisse, on l'avait doublé tout un après-midi dans la file d'attente parce qu'on ne le remarquait pas, et il lui fut impossible de se faire respecter ; la seconde, un employé du magasin passa devant lui et prit l'ensemble de ses articles dans le but de les ranger, en maugréant qu'on les avait abandonné ; la troisième, on l'enferma carrément dans le magasin à la fermeture, pensant qu'il était vide, et il dut attendre le lundi matin pour sortir de la supérette, car même l'alarme ne le remarqua pas. Aussi Monsieur Dupont préférait-il les livraisons, bien qu'il redoute le contact du livreur et le silence pesant qui venait avec lui.

Les affaires administratives de Monsieur Dupont était gérées avec une rigueur d'orfèvre qui tenait presque du surnaturel et enfermait l'homme dans son angoisse de l'imprévu. Il classait et archivait ses papiers par secteurs, dans des classeurs de couleurs différentes, considérant comme inconscient de ne pas les conserver à vie. Une vie durant laquelle il n'avait d'ailleurs jamais contracté la moindre dette ni le moindre retard de paiement, et cette idée le terrifiait au plus haut point. A peine son salaire était-il versé que s'enchaînaient les traites, les prélèvements, les courses du mois, ainsi que quelques rares besoins ponctuels - la semaine passée, Monsieur Dupont s'était offert une plus grande télévision. Le reste s'entassait automatiquement sur un petit livret d'épargne, ouvert « au cas où », qui ne servait pour ainsi dire jamais. C'est ainsi que, par la force des choses, Monsieur Dupont mit tout en œuvre pour que sa vie soit parfaitement routinière, se répétant inconsciemment « pourvu qu'il ne m'arrive rien, pourvu qu'il ne m'arrive rien », entendant qu'il ne lui arrive rien de grave ; toutefois l'effet était plus large, et, finalement, il ne lui arrivait rien du tout. Bien qu'impensable pour la majorité des hommes, pour Monsieur Dupont, avec le poids des années, cette situation était non seulement devenue tout à fait vivable, mais elle le rendait presque heureux, et, non content de s'en être accommodé, il ne l'aurait changé pour rien au monde.

Si Monsieur Dupont avait été capable de tenir la conversation face à un être humain, et mieux, s'il avait eu la possibilité d'avoir le moindre ami, il aurait brillé par le nombre de ses références et l'étendue de ses connaissances. Grâce à sa mémoire de comptable, au fil des heures oisives passées à lire ou regarder les chaînes documentaristes en continu, il était devenu incollable sur une grande partie des sujets de société : qu'il s'agisse de géopolitique mondiale, d'un de ces poètes méconnus, ou qu'on traite de la théorie de la relativité, Monsieur Dupont aurait été capable d'écouter comme personne d'autre, puisqu'il ne parlait pas, ce qui était en soi une qualité rarissime, mais il aurait également été capable de sourcer, de recouper et de théoriser, aussi aurait-il brillé dans plus d'un cercle d'intellectuels reconnus. Cependant, empêtré dans son mutisme, il n'échangeait ses idées qu'avec lui-même, ce qui l'ennuyait parfois profondément tant ses raisonnements manquaient de contradictions directes. Alors, lorsque le poids de son monologue interne lui pesait trop, il se penchait sur son ordinateur personnel, retrouvait la position qu'il avait tout au long de la journée, et allumait la seule chose qui daigne réagir à ses actions par des bips enjoués ou mécontents : l'intelligence artificielle contre laquelle il jouait aux échecs, inlassablement. 

Ce fut un après-midi de mai qu'il faillit se passer quelque chose. Monsieur Dupont venait de mettre échec et mat le logiciel pour la sixième fois de la journée à la difficulté maximale lorsqu'il constata un mouvement devant sa fenêtre. Au loin, il y eut un claquement de portière, puis un aboiement de chien. Le coeur battant la chamade, il s'approcha sans un bruit de la porte et jeta un regard par l'oeillet. Ce qu'il vit lui glaça le sang. De l'autre côté, un homme s'approchait du porche et portait un énorme carton qui ressemblait à un colis. Il reconnut dans le fond la voiture des services postaux : la surprise le fit reculer et se plaquer contre le mur.

Qui pouvait lui envoyer quoi que ce soit ? Il n'avait rien commandé ni ne connaissait personne. La curiosité faillit lui faire ouvrir la porte, à tel point qu'il envoya la main sur la poignée, mais il souffla un grand coup et revint à la raison. Après tout, le colis pouvait être malveillant, et, quoi qu'il en soit, pour le savoir, il fallait affronter l'impensable, et parler au facteur sans s'y être préparé. Tiraillé entre son angoisse et sa curiosité, il s'apprêta à aventurer un nouveau regard à travers le judas, mais une voix l'interrompit :

— Facteur, par ici ! Le colis, c'est par ici !

Alors les bruits de pas s'éloignèrent aussi rapidement qu'ils s'étaient approchés, et monsieur Dupont comprit, dans son implacable réalité, que le facteur avait failli se tromper et que le colis était destiné au voisinage. Il resta devant sa porte un moment, interdit, et ressentit un sentiment paradoxal empreint d'amertume et de soulagement. Soudain, dans le silence de son appartement, il y eut un bip impatient, alors, pour ne pas vexer l'intelligence artificielle, Monsieur Dupont se remit rapidement au dessus de sa partie d'échec, tout en se reprochant d'avoir si bêtement oublié qu'il était l'un de ces hommes qui ne vivent rien.
« Modifié: 12 Novembre 2020 à 11:31:08 par Kwak' »

Hors ligne Kwak'

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Re : L'homme qui ne vivait rien (ou Le Grand Voyage)
« Réponse #1 le: 25 Octobre 2020 à 21:07:58 »
Chapitre Deuxième
Chute

Le mercredi 16 septembre de sa quarante-quatrième année, à treize heure trente-huit précisément, alors que Monsieur Dupont était consciencieusement affairé à son travail, l'impensable se produisit : l'ordinateur s'éteignit tout à coup en engloutissant ses lignes de calcul. Il fallut quelques secondes à Monsieur Dupont pour sortir de sa torpeur et se rendre compte que l'écran n'affichait plus rien du tout. Il appuya plusieurs fois sur le bouton d'alimentation, vérifia les branchements, et tapota même doucement sur le côté de l'écran comme pour le réveiller, mais rien n'y fit : l'écran le narguait de son noir abyssal et ne lui donnait plus rien à calculer.

La terreur s'empara de Monsieur Dupont et le laissa perplexe un long moment, tant les conséquences de cet arrêt était inquiétantes. En premier lieu, l'écran pouvait tout simplement être hors-service, et pour le faire changer, il fallait d'abord le signaler à sa hiérarchie, ce qui lui semblait insurmontable. Et quand bien même aurait-il réussi à demander au bureau voisin la procédure à suivre dans un pareil cas, il savait bien que personne ne lui aurait répondu, tant il y était habitué. A cette angoisse vint s'ajouter un raisonnement qui le terrifia encore plus : il savait qu'un service technique venait s'occuper de son poste de travail comme on s'occupait de la plante de son bureau. L'écran n'était donc probablement pas en panne, mais, pire, peut-être que le travail de Monsieur Dupont n'était plus utile, et que la suppression de son poste était nécessaire à la société. Il était bien possible que, d'ici quelques heures, quelques minutes, quelques instants, même, quelqu'un rentre dans son bureau pour lui annoncer qu'après tant de fidèles et bons services, il était licencié, ce à quoi il n'aurait pu répondre que par un hochement de tête maladroit, comme il l'avait toujours fait.

Pendant que ses pensées plongeaient dans les tréfonds de l'improbable, Monsieur Dupont resta stupéfait, et garda de longues minutes les yeux rivés sur l'écran avec l'espoir que ce dernier revienne à la raison et dispense à nouveau ses lignes de calcul si régulières et rassurantes.

Mais rien de tel ne se passa. A treize heures cinquante-et-une, Monsieur Dupont comprit que l'ordinateur ne se rallumerait jamais. A treize heures cinquante-quatre, il décréta qu'il lui était impossible de sortir de son bureau pour parler à quiconque, et décida de ne pas bouger. A treize heures cinquante-neuf, les deux mains sur les tempes, il s'inquiéta en pensant que quelqu'un, quelque part, avait bien du voir que ses tâches n'étaient plus accomplies et se résolut à attendre que la porte de son bureau s'ouvre comme un condamné à mort attend que tombe le couperet.

Une heure s'écoula, puis deux, et personne ne passa la porte pour corriger le problème ou lui annoncer froidement son licenciement. Si tel avait été le cas, on aurait trouvé Monsieur Dupont bien droit sur sa chaise, interdit devant son écran mort, le teint pâle, le cerveau enrayé, se mordillant les lèvres, seul à la merci de l'imprévu qui l'avait toujours terrorisé. Alors, à seize heures cinquante-cinq, quand vint la fin de la journée, il resta médusé encore un long moment, et il fallut attendre dix-sept heures trois pour qu'il ne trouve la force de mettre la veste qu'il avait soigneusement plié en arrivant, de prendre l'ascenseur et la ligne de bus qu'il avait emprunté le matin-même, et de rentrer lourdement chez lui, désespéré.

Bien qu'il soit de retour dans son petit havre de routine, Monsieur Dupont ne mangea et ne dormit pas de la nuit. Il ne parvint pas non plus à jouer aux échecs, tant ses raisonnements s'empêtraient dans l'incident de sa journée. Les rares moments où il parvenait à écouter la télévision, son cerveau trouvait un moyen de lier tout ce qu'elle montrait à la panne de son écran, et il perdait le fil. Il vérifia même les branchements, dans le but de se convaincre qu'il avait peut être fait une erreur et que, le lendemain venu, il trouverait un moyen de rallumer l'écran du travail comme il rallumait la télévision. Enfin, au terme de sa soirée de blocage, lorsqu'il se résolut à se coucher malgré tout, son inconscient paniqué projeta ses pensées les plus délirantes sur le plafond de sa chambre, et, dans un demi-sommeil sans repos, Monsieur Dupont vit toutes ses angoisses prendre forme et danser devant ses yeux ébahis. D'abord, il vit un visage démoniaque composé de lignes de calculs se gausser de lui d'un rire diabolique ; puis vint l'image de son bureau qui plongeait dans un vide infini ; puis, comble de l'horreur, il vit une armada de livreurs postaux à travers un oeillet qui répétaient en boucle « C'est pour vous le colis, Monsieur Dupont ? Monsieur Dupont ? Le colis, c'est pour vous ?.. ».

Il se réveilla en sueur, et, chose rarissime, plus fatigué que la veille. Ce matin-là, il ne put rien avaler, tant sa poitrine était compressée et son estomac noué. Il resta là, interdit, au milieu de sa cuisine, à bloquer sempiternellement sur les mêmes raisonnements que la veille, pensant alternativement qu'il y avait soit une panne, soit un problème, et qu'il lui était impossible de s'en dépêtrer. Une petite partie raisonnable de lui-même lui souffla doucement qu'il allait arriver au travail, que l'écran marcherait, et qu'il rirait bientôt de cet épisode insignifiant qui l'avait tant angoissé toute la nuit. Une autre lui hurla qu'une terrible série de changements s'annonçait, que rien ne serait plus jamais comme avant, et cette idée le terrifia. Il se sentit minuscule et vacillant au bord d'un gouffre sans fond, là, suspendu à la table de sa cuisine, puis, tout à coup, voyant pour la première fois de sa vie l'heure passer sans qu'il ne puisse la compter, il se rendit compte qu'il était en retard. Alors, il empoigna rapidement sa veste pour se jeter dans la rue et dut courir afin de ne pas rater le bus de sept-heures vingt-huit qui, chose rassurant, était trop bondé, comme d'habitude.

Comme aux portes de l'Enfer, lorsque Monsieur Dupont ouvrit celle de son bureau, l'horreur s'amplifia : non seulement l'écran n'affichait plus rien, mais on l'avait enlevé - et tout l'ordinateur avec. À la place, sur l'espace de travail vide, il y avait une lettre arborant le logo noir et blanc de la compagnie, et, dessus, son nom en lettres capitales.

Il s'assit sans plier sa veste, chose qu'il ne faisait jamais, et s'en saisit. Dactylographiée, la lettre expliquait dans des formes hypocrites que la compagnie aurait désormais recours à une solution de calcul informatique autonome, et, après l'avoir remercié pour ses bons et loyaux services et non sans avoir assuré un dédommagement pécunier important, lui annonça entre deux fioritures qu'il était licencié. Désolée d'avoir à recourir à l'intelligence artificielle, elle listait un petit nombres d'organismes de formation professionnelle, puis lui signifiait en conclusion qu'il devait avoir quitté les lieux le soir venu. Elle lui demandait de parapher, de dater,  puis de signer en bas à droite.

Sans trop savoir pourquoi, Monsieur Dupont maudit intérieurement son petit logiciel d'échecs, et relut la lettre plusieurs fois, assommé. Il était huit heures dix-huit, et il venait de plonger dans le vide. Il resta là, encore, toujours, le regard perdu au-dessus de la lettre vertigineuse, sentant ses mains moites le glisser peu à peu dans le gouffre qui s'ouvrait sous ses pieds.

Il resta ainsi toute la matinée, la bouche demi ouverte, perdu dans le néant, incapable de maîtriser les vagues de pensées affolées érodant les remparts de sa raison. Quand vint midi, il ne trouva pas la force de toucher à son déjeuner ni même à son café. A treize heures vingt-six, Monsieur Dupont en était arrivé à la conclusion que les sociétés étaient bien plus vitales au monde que les particuliers, aussi, puisque la décision avait été prise dans une logique d'optimisation, il y avait lieu de l'accepter, bien qu'elle le plongea, lui, dans l'inconnu. A quatorze heures et trois minutes, pour le bien de l'entreprise, il approuva finalement la décision, et, vingt minutes plus tard, il se résolut à signer. Alors, aux alentours de quinze heures, le coeur fendu, il accepta de quitter les lieux définitivement. Mais, en constatant qu'il s'agissait-là des derniers instants qu'il passait dans son bureau, il contempla un long moment ce bureau froid qu'il chérissait depuis si longtemps, et profita de cette atmosphère qui lui était si chère. Son regard balaya la pièce de long en large, puis, finalement, ses yeux vinrent se poser sur cette plante verte si familière qu'il ne la regardait même plus.

Pour la premire fois, Monsieur Dupont observa vraiment sa plante de bureau. Ses feuilles arquées, d'un demi-mètre environ, jaillissaient du pot avec vitalité, et leurs pointes ployaient légèrement en rappelant l'effet d'une chevelure imposante. Durant de courtes secondes, il oublia la situation où il était plongé, et l'idée claire et nette qu'il manquait un visage sur le pot de la plante le fit sourire doucement. Amusé, il ressentit tout à coup une tranquillité fugace, et quelques instants, il se sentit légèrement apaisé. Sans qu'il ne puisse se l'expliquer, cette plante lui faisait du bien, et il s'en voulut tout à coup de l'avoir tant ignoré toutes ces années durant. Il réalisa subitement qu'il ignorait jusqu'à son espèce, et même son nom. Il fut ampli d'amertume. Alors, il lui vint une idée folle, qui vint inexplicablement colorer légèrement les pensées noirâtres qui lui polluaient le cerveau depuis le matin.

A seize-heures trente-huit, Monsieur Dupont décida d'emmener la plante avec lui, comme dernier souvenir du travail qu'il affectionnait tant. Il se leva d'un coup, saisit la plante et la plaça en appui sur son buste dans ses deux mains maladroites, et, malgré l'impression d'être un voleur et d'enfreindre les règles pour la première fois de sa vie, le coeur battant la chamade, il s'engouffra dans le couloir.

L'entreprise était froide et chuchotante, et pour Monsieur Dupont, elle avait d'innombrables yeux. Alors qu'il traversait les dédales de couloirs qu'il trouvait d'habitude si rassurants, il lui sembla entendre rire doucement, ici et là, sans jamais pouvoir discerner vraiment la provenance exacte des chuchotements. Partout, autour, on l'observait, il le sentait, et là, ces hommes, ces femmes, qu'il n'avait jamais pu côtoyer, s'amusaient de lui, il le savait. Alors, sans réfléchir, il traversa les lieux à une vitesse prodigieuse, dans le but de fuir rapidement ces horribles murmures moqueurs. Quiconque se serait trouvé sur son passage lors de cette fuite angoissée eut été renversé net ; heureusement, il n'en fut rien. Cependant, en raison de sa précipitation paniquée, lorsque Monsieur Dupont arriva à l'ascenseur, quelques feuilles de la plante verte se prirent dans les portes automatiques et s'arrachèrent lorsqu'il se mit à descendre enfin.

Une fois parvenu au sol, il resta persuadé que tous avaient les yeux rivés sur lui. En réalité, l'entreprise était affairée à bien d'autres choses, et, tout au long de son chemin, personne ne prit garde à ses agissements. Mais, pour Monsieur Dupont, l'ensemble du monde le contemplait en train de tomber dans un gouffre sans fond, et lui ne le supportait pas. Alors, et ce même si elle toucha le plafond et que le conducteur lui fit un regard blasé lorsqu'il prit le bus de dix-sept heures deux, et puisqu'elle le cachait un peu du monde extérieur, il ne lâcha pas sa plante, et rentra lourdement chez lui, dépité, comme un pantin s'en va mourir.
« Modifié: 13 Novembre 2020 à 13:22:45 par Kwak' »

Hors ligne Paf

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Re : L'homme qui ne vivait rien (ou Le Grand Voyage)
« Réponse #2 le: 27 Octobre 2020 à 05:32:01 »
Hello !

Super début ! Je veux la suite ! ^^

Sur le fond, je n'ai même rien à dire, tellement tu plantes bien les (deux) décors. (faut pas déconner, s'ils y en avait plus de deux ce serait trop palpitant ! ^^ ).
Tu décris tellement bien son isolement que dans le deuxième chapitre je me suis demandée s'il n'était le dernier humain, si ce n'était pas les autres qui n'existaient pas réellement -sur le plan social disons-.

Sur la forme, j'ai été très légèrement génée dans la première partie par des répétitions de "en effet" ou "c'est à dire".
 Il y a quelque phrase qui sont peut-être un peu longues (je me suis un peu perdue dans les coins avec la plante verte et la fenètre, au deuxième paragraphe), peut-être même qu'elles sont toute légèrement trop longues en moyenne (En général ça ne gène pas, là c'était limite ; mais en contrepartie ça donne un rythme...), et je n'ai franchement pas accroché à celle-ci :
Citer
Le lecteur naïf aura tôt fait de croire que le lieu de travail de Monsieur Dupont puisse être le théâtre d'événements majeurs ayant pour conséquences de bouleverser le cours de sa morne vie, c'est pourquoi nous nous empresserons de démontrer qu'il n'en est rien.
Elle me semble trop alambiquée pour pas grand-chose.

Mais sinon... c'est tout !

Est-ce qu'il va avoir des ennuis pour avoir emporter la plante ? Genre.. Une lettre ?  :D~ Ou bien sa fenètre dans son nouveau job donnera plein sud et il sera obligé de se levé tous les jours à 10h28 pour fermer le store ?  :D~

C'est super bien écrit, très "dramatique" !
Merci pour ce bon moment et vivement la suite !



Hors ligne Kwak'

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Re : L'homme qui ne vivait rien (ou Le Grand Voyage)
« Réponse #3 le: 27 Octobre 2020 à 10:21:28 »
Merci beaucoup pour ta lecture et ton retour ;)

Je vais en effet (^^) corriger mes répétitions de tics d'écriture et les mots de liaison redondants ; dur de voir tous les défauts quand on réécrit autant (tout devient automatique) ; c'est pour ça que je le poste ici ; merci !

La phrase "le lecteur naïf" est un gros point noir du texte et j'ai du mal a m'en dépêtrer ; je vais trouver autre chose !

Merci pour ton commentaire bienveillant en tout cas il me donne de la motivation ;) la suite bientôt oui; et il va lui arriver de drôles de choses a ce Monsieur Dupont !

A bientôt

Hors ligne Ambriel

  • Palimpseste Astral
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Re : L'homme qui ne vivait rien (ou Le Grand Voyage)
« Réponse #4 le: 27 Octobre 2020 à 14:27:39 »
Salut !
Je suis tombée à lire ce texte un peu par hasard.
C'est plutôt cool ! Tu arrives à rendre ton perso humain/attachant alors qu'on pourrait facilement le classer dans "pathétique", c'est ce qui est souvent fait dans ce genre de cas.

Ca me fait pas mal penser à the stanley parable, t'y as joué ?


Et sinon c'es marrant, je me retrouve, en moins fort, dans ses névroses.

A plus !
Et s'ils prenaient ta mère comme otage ou ton frère,
Dit un père béret basque à un jeune blouson d'cuir
Et si c'était ton fils qu'était couché par terre,
Le nez dans sa misère,
Répond l'jeune pour finir

- Renaud, les charognards -

Hors ligne Kwak'

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Re : L'homme qui ne vivait rien (ou Le Grand Voyage)
« Réponse #5 le: 27 Octobre 2020 à 23:22:02 »
Merci Amb', bien sûr que j'ai joué à the stanley parable, j'ai d'ailleurs beaucoup aimé, et c'est vrai que c'est un peu le même délire de contrepied.

Merci pour ta lecture et tes bonnes ondes ;)
A bientôt !

Hors ligne Kwak'

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Re : L'homme qui ne vivait rien (ou Le Grand Voyage)
« Réponse #6 le: 28 Octobre 2020 à 00:52:09 »
Chapitre Troisième
Abysses

Les jours qui suivirent le licenciement furent les plus terribles de la morne vie de Monsieur Dupont. Durant de longues semaines, il ne retrouva ni l'appétit, ni le sommeil, et s'emmura au contraire dans la plus profonde des dépressions. Il découvrit l'affreuse sensation de sentir son corps s'activer par habitude à l'heure du travail, et, l'accompagnant, l'horrible impression d'être inutile et incapable.  Lorsqu'il allumait la télé, celle-ci semblait ne plus s'adresser à lui ; quand il jouait aux échecs, l'intelligence artificielle bipait d'impatience après de longues minutes, puisque son cerveau s'engluait dans ses angoisses maladives et qu'il ne jouait pas. Il avait beau regarder l'heure, qu'il soit huit heures cinquante-trois ou seize heures vingt-huit, il pensait à son planning de travail ou au bus bondé qu'il ne prenait plus, alors il restait là, inerte, passif, dans le grand gouffre de sa tristesse. 

Monsieur Dupont n'avait plus de fonction, et tout ceci lui pesait terriblement. Parfois, il essayait de reprendre le contrôle sur son psychisme et sur sa motivation, alors il prenait un bloc-note et dressait quelques lignes de calculs dans l'espoir d'oublier sa situation actuelle, mais la magie n'y était pas : dénués du cadre professionnel et de l'intérêt mystérieux que ses résultats avaient pour la société, il n'y trouvait aucun plaisir. Au contraire, quand arrivait l'heure de manger, Monsieur Dupont levait la tête, constatait qu'il était dans son appartement, en pleine déliquescence, et replongeait instantanément dans une profonde angoisse qui le heurtait avec la violence d'un raz-de-marée.

Pour Monsieur Dupont , recevoir le moindre courrier par voie recommandée était un véritable drame, et c'est parce qu'il n'en reçut jamais par le passé qu'il tomba plus bas que terre en recevant celui qui colportait sa lettre officielle de licenciement. Cette dernière était accompagnée d'une autre feuille où se trouvaient toutes les recommandations nécessaires pour s'inscrire aux allocations chômage et prétendre à une formation. Monsieur Dupont n'ignorait rien de ces démarches, et il savait même qu'il était possible de trouver de l'aide afin de rebondir et de se sortir de ce mauvais pas, malgré son insignifiance et son bégaiement. Toutefois, se mentant à lui-même, manquant de sommeil et de force, il se répétait honnêtement qu'il s'y mettrait demain, et sans qu'il ne s'en rende vraiment compte, il projeta de faire ses papiers le lendemain pendant des semaines entières.

Les mois passèrent, et l'apparence de Monsieur Dupont se modifia profondément tant il somatisa. Sa poitrine était si lourde qu'il n'arrivait plus à respirer convenablement ; son moral était si bas que ses épaules semblaient s'être affaissées d'un coup ; sa démarche si triste qu'il semblait toujours traîner ses deux pieds maladroits. Des cernes proéminentes étaient apparues à la place des lunettes qu'il ne mettait plus ; une barbe hirsute avait sauvagement commencé à naître sur ses joues amincies, et son regard s'était drapé derrière un voile blasé. Finalement, Monsieur Dupont n'osa plus passer devant un miroir, tant l'image qu'il renvoyait lui donnait l'impression d'être naufragé de son ancienne vie.

A la longue, il ne trouva plus nécessaire de faire ses courses, puisque les aliments qu'il ne mangeait pas pourrissaient dans le frigo. La vaisselle ne demandait plus à être lavée régulièrement, il s'en servait si peu ; le ménage pouvait bien attendre, il avait les journées entières pour s'en occuper. Même les volets restaient fermés, tant les nuits et les jours se confondaient, et, les ordures s'entassant, l'air s'empuantissait sans qu'il ne s'en aperçoive. C'est ainsi que, comme il le fit avec sa vie, Monsieur Dupont délaissa sa maison à l'abandon.

Victime de cet environnement, la plante verte qu'il avait ramené de son travail sembla mourir peu à peu. Privée de soleil, d'eau et d'entretien, et comme pour accompagner Monsieur Dupont dans sa descente aux enfers, fidèlement, elle se mit à l'image de son compagnon ; finalement, au bout de plusieurs mois sans nutriments autres que des pensées noirâtres, elle s'affaissa tout d'abord, puis se mit à perdre ses feuilles.

A côté, inconscient de l'affaiblissement de sa plante, Monsieur Dupont songeait douloureusement à la vacuité de son existence, et un nouveau raisonnement l'effrayait de par sa limpidité : puisque sa vie ne signifiait rien pour personne, ni même pour son ancien employeur, sa mort ne signifierait rien non plus. La conclusion, bien que terrible en premier lieu, semblait plutôt rassurante, tout compte fait : sa mort, à l'image de sa vie, n'aurait aucune incidence. Il fallut quelques jours à l'idée pour s'installer, mais lorsqu'elle le fut, il n'y eut plus qu'elle. Au fil du temps, Monsieur Dupont passa petit à petit de la validité de son raisonnement au moyen de son accomplissement, et, froidement, se demandant quel était le moyen le plus respectueux pour quitter ce monde sans déranger quiconque plus que de raison, il hésita, longuement, entre l'étouffement au gaz et la mort médicamenteuse.

Un jour plus mauvais que les autres, tandis qu'il se posait cette épineuse question, Monsieur Dupont s'adossa sur sa chaise, et son regard tomba soudainement sur la plante verte à demi-morte. Il lui vint une idée cynique - un sentiment qu'il ne connaissait pas -, alors, il dit, à voix haute :
— Tu préfères l'étouffement, toi, hein ?

Il ricana intérieurement quelques secondes, un sourire mauvais sur les lèvres. Puis il se redressa d'un coup, comme frappé par la foudre. Incrédule, tout abord, et conscient d'être dans un état de fatigue important, il vérifia, toujours vers la plante :
— Je... Je peux te parler ?

Il secoua d'abord la tête, comme pour se réveiller d'un mauvais rêve, puis, conscient tout à coup de la réalité, il se leva d'un bond, et sa poitrine s'ouvrit en un grand courant d'air. Il s'approcha de la plante, ahuri, hébété, comme s'il venait de renaître :
— Je peux te parler ! Pourquoi n'y ai-je jamais pensé !

Il sautillait sur place, ahuri, découvrant le plaisir du son de sa voix fluide, et, pendant quelques instants, son psychisme fut à l'exact opposé de l'état dépressif où il était noyé : il fut rempli d'allégresse. Mais quelque chose le fit culpabiliser, et son regard se posa sur la plante exténuée. Il sentit son cœur se renverser, et s'excusa, en premier lieu. Il remplit un verre d'eau, et, s'apprêtant à le verser sur la terre asséchée, il s'arrêta net, considérant la plante avec respect. Il demanda :
— C'est bon, l'eau courante ?.. ça t'ira ?

Il lui sembla que la plante approuvait tant elle avait soif, alors il versa l'intégralité de l'eau sur la terre. La culpabilité d'avoir ignoré si longtemps cet être qui mourrait à ses côtés le fit culpabiliser, aussi versa t'il deux rations supplémentaires, et l'eau déborda du pot. Néanmoins, aucun effet direct ne se fit ressentir, et l'état toujours pitoyable de la plante l'accabla quelques instants. Il regarda soudainement autour de lui, et, dans un "oh" maladroit, il ouvrit les fenêtre, puis les volets, et plaça le pot bien en face de la lumière qui inondait maintenant la pièce. Lorsqu'il se retourna, un constat le tétanisa : sa maison était sale et lugubre.

Aussitôt, non sans avoir glissé amicalement à sa plante qu'ils s'en sortiraient tous les deux, il se mit à la tâche, et, jusqu'à la fin de la journée, il s'affaira à rattraper tout ce qu'il avait ignoré durant trop longtemps. Il travailla si bien qu'au soir venu, on constatait une nette amélioration : l'appartement était vivable -il finirait le lendemain -, mais surtout, les feuilles de la plante commençaient à se relever. Tout juste distinctement, certes, mais elles se relevaient. Monsieur Dupont le savait. Alors, le soir, en avalant goulûment son repas, dans un torrent diluvien, il lui parla de tout ce dont il n'avait jamais pu parler avec personne pendant plusieurs heures. Qu'il s'agisse du monde, de son enfance, de ses traumatismes, de son insignifiance, Monsieur Dupont parlait enfin à quelqu'un sans la moindre difficulté. Enfin, terrassé par la journée qui venait de passer, le coeur vidé et l'estomac plein, il se coucha à vingt-trois heures dix-neuf, non sans avoir souhaité bonne nuit à sa nouvelle amie, et tomba profondément dans un sommeil bruyant.

Reconnaissante, la plante l'écoutait, passionnément.
« Modifié: 15 Novembre 2020 à 17:45:56 par Kwak' »

Hors ligne Loïc

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Re : L'homme qui ne vivait rien (ou Le Grand Voyage)
« Réponse #7 le: 30 Octobre 2020 à 16:58:59 »
Salut Kwak

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


Bon, c'est fort chouette ! Comme l'ont relevé les précédents et toi-même, encore un peu trop de répétitions et d'insistance sur tout,ce qui finit par être un peu lourd. Peut-être un peu trop de fioriture, tout le temps, aussi, ce qui à mon avis ne permet pas d'avoir de vrais changements de rythme ou de narration.
Mais dans l'ensemble c'est agréable à lire, j'aime bien comme tu nous scotche à une histoire où il ne se passe rien.

Vivement qu'on apprenne le nom de la plante verte !
"We think you're dumb and we hate you too"
Alestorm

"Les Grandes Histoires sont celles que l'on a déjà entendues et que l'on n'aspire qu'à réentendre.
Celles dans lesquelles on peut entrer à tout moment et s'installer à son aise."
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Hors ligne Henri_Vargroas

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Re : L'homme qui ne vivait rien (ou le grand voyage)
« Réponse #8 le: 01 Novembre 2020 à 15:32:49 »
j'ai bien aimé te lire, cela m'a fait penser à L'étranger d'Albert Camus (pour l'aspect détaché de mr dupont), ainsi qu'un lien furtif vers de bon présages de Terry Pratchett et Neil Gaiman (pour la plante :D) .

la seul chose qui m'a un peu chagriné, c'est l'intervention du robot, j'ai trouvé ça un peu cheap quoique en y repensant, avec la plante, c'est ce qui a retenu mon attention.

Merci pour le partage.

Hors ligne Persona

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Re : L'homme qui ne vivait rien (ou le grand voyage)
« Réponse #9 le: 01 Novembre 2020 à 16:21:40 »
Bonjour,

Je suis tombée sur ce texte un peu par hasard. J'ai beaucoup aimé ce petit monsieur "personne" qui arrive à devenir touchant, avec sa plante.
C'est écrit de manière très fluide, je n'ai eu aucune difficulté à te suivre et à te lire d'une traite.
J'ai particulièrement aimé la description des différentes facettes de la personnalité de M. Dupont, qui lui donnent une belle consistance. Et le passage de la sortie du bureau où il se sent épié.

Merci du partage !

Hors ligne Kwak'

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Re : L'homme qui ne vivait rien (ou le grand voyage)
« Réponse #10 le: 03 Novembre 2020 à 16:03:04 »
Je vous remercie pour vos retours de lecture ;)

Loïc, je ne réponds pas point par point mais je vais modifier pas mal de choses selon tes suggestions. Elles sont très bonnes et les lectures attentives rares, merci pour ça :)

Henry, le robot va disparaitre. Il me chiffonne aussi ; je cherchais autre chose sans rien trouver de convaincant puis j'ai trouvé une idée qui permettra de préserver le fait que M Dupont ne croise pas d'humain de toute la nouvelle.

Persona, merci pour la motivation reboostée a la suite de ton commentaire. Je suis ravi si le texte a réussi a t'emporter non loin d'où je voulais :)

Merci à vous encore ; la suite demain je pense !

Milla

  • Invité
Re : L'homme qui ne vivait rien (ou le grand voyage)
« Réponse #11 le: 05 Novembre 2020 à 13:15:20 »
yop !

au fil de la lecture, chapitre 1 :
Citer
Les rares journées où il ne travaillait pas, Monsieur Dupont restait chez lui, à vaquer longuement à ses affaires personnelles les plus élémentaires, et en ce sens il avait prit le soin de tout organiser pour avoir le moins de contacts possibles avec autrui.
pourtant + haut il essayait d'entrer en contact avec ses voisins et regrettait de ne pas y parvenir :\?

Citer
mangeait et dînait seul,
déjeunait et dînait, si tu veux qu'il y ait une différence de moment entre les deux

Citer
Il classait et archivait ses papiers par secteurs, dans des classeurs de couleurs différentes, considérant comme inconscient de ne pas les converser à vie.
conserver ^^

Citer
qu'il envoya la main sur la poignée
bizarre cette expression :\? "tendit la main vers la poignée" ?

Hop ! Je m'arrête là pour le moment, mais je reviens bientôt pour le ch2 !
ça se lit très bien, c'est intrigant et j'attends avec impatience... qu'il lui arrive qqch  :D ou pas ! on verra !
je m'interroge un peu sur le fait que personne ne le remarque à ce point, l'exagération que tu fais du truc enlève du réalisme alors qu'au final tu nous place dans une histoire qui parle de la vraie vie, du coup chai pas :\?

à bientôt pour le ch 2 !  ^^

Milla

  • Invité
Re : L'homme qui ne vivait rien (ou le grand voyage)
« Réponse #12 le: 15 Novembre 2020 à 16:15:02 »
hop, lecture du chapitre 2...

au fil du texte :
Citer
Mais rien de tel ne se passa. A treize heures cinquante-et-une, Monsieur Dupont comprit que l'ordinateur ne se rallumerait jamais. A treize heures cinquante-quatre, il décréta qu'il lui était impossible de sortir de son bureau pour parler à quiconque, et décida de ne pas bouger. A treize heures cinquante-neuf, les deux mains sur les tempes, il s'inquiéta en pensant que quelqu'un, quelque part, avait bien du voir que ses tâches n'étaient plus accomplies et se résolut à attendre que la porte de son bureau s'ouvre comme un condamné à mort attend que tombe le couperet.
j'aime bien comme tu rends son inertie  ^^

Citer
et il fallut attendre dix-sept heures trois pour qu'il ne trouve la force de mettre la veste qu'il avait soigneusement plié en arrivant,
pas de "ne" (+ la phrase totale me semble un peu longue, ça fait un double "et")

Citer
dut courir afin de ne pas rater le bus de sept-heures vingt-huit qui, chose rassurant, était trop bondé, comme d'habitude.
rassurante

Citer
Il resta là, encore, toujours, le regard perdu au-dessus de la lettre vertigineuse, sentant ses mains moites le glisser peu à peu dans le gouffre qui s'ouvrait sous ses pieds.

Il resta ainsi toute la matinée,
répétition, je pense pas qu'elle soit volontaire, comme on change de paragraphe, ça ferait pas trop sens me semble

Citer
Quand vint midi, il ne trouva pas la force de toucher à son déjeuner ni même à son café
du coup peu de chance qu'il ait trouvé la force de se faire couler un café non ?

Citer
il contempla un long moment ce bureau froid qu'il chérissait depuis si longtemps, et profita de cette atmosphère qui lui était si chère.
répétition

Citer
Son regard balaya la pièce de long en large, puis, finalement, ses yeux vinrent se poser sur cette plante verte si familière qu'il ne la regardait même plus.
répétition

Citer
Pour la premire fois, Monsieur Dupont observa vraiment sa plante de bureau.
première

Citer
Amusé, il ressentit tout à coup une tranquillité fugace, et quelques instants, il se sentit légèrement apaisé.
répétition

Citer
Alors, il lui vint une idée folle, qui vint inexplicablement colorer légèrement les pensées noirâtres qui lui polluaient le cerveau depuis le matin.
peut-être mettre directement "colora" ? sinon inexplicablement + légèrement c'est un peu lourd

hop, tout lu !
sur le global, peut-être un peu moins fluide ce chapitre deux. En tout cas on ne peut plus dire qu'il ne vit rien !!
je suis toujours curieuse de savoir où ça va.
Au début, je voyais un perso qui ne vivait rien au sens vie plate/banale/dans une norme sans accrocs, mais finalement on est + sur un gars tellement angoissé par l'altérité qu'il se ferme complétement au fait de vivre. Je sais pas si ça vient de moi où si c'est le texte qui dévie ?
En tout cas c'est intéressant.
à bientôt pour la suite !

Milla

Hors ligne Kwak'

  • Prophète
  • Messages: 674
Re : L'homme qui ne vivait rien (ou le grand voyage)
« Réponse #13 le: 15 Novembre 2020 à 17:16:08 »
Yo Milla, je suis très attentivement tes retours, je retouche ces trois chapitres au fur et à mesure (et j'en chie mais j'en chie...) enfin bref je ne réponds pas point par point mais merci beaucoup de prendre le temps, ça m'aide beaucoup de voir où tu butes et les contradictions que tu soulignes (loic et toi m'avez souligné deux trois trucs très fins). Merci

La suite arrive, tkt, je sais où je vais, évidemment il ne vit pas rien du tout au sens premier, et le texte évolue vers quelque chose qui reste dans le thème du "rien", je pense. Enfin vous verrez si j'arrive à me dépatouiller de ce bordel ><

Merci encore, bisous !

Milla

  • Invité
Re : L'homme qui ne vivait rien (ou le grand voyage)
« Réponse #14 le: 23 Novembre 2020 à 10:31:07 »
me revoilà pour le chapitre 3 !

Citer
Pour Monsieur Dupont , recevoir le moindre courrier par voie recommandée était un véritable drame, et c'est parce qu'il n'en reçut jamais par le passé qu'il tomba plus bas que terre en recevant celui qui colportait sa lettre officielle de licenciement.
"n'en avait jamais reçu" me semblerait mieux pour la concordance

Citer
et sans qu'il ne s'en rende vraiment compte, il projeta de faire ses papiers le lendemain pendant des semaines entières.
je  le comprends trop >< câlin à lui  :calin:

Citer
Sa poitrine était si lourde qu'il n'arrivait plus à respirer convenablement ; son moral était si bas que ses épaules semblaient s'être affaissées d'un coup ; sa démarche si triste qu'il semblait toujours traîner ses deux pieds maladroits.
la répétition des si fonctionne bien, mais le double semblait est lourd

Citer
Des cernes proéminentes étaient apparues
masculin ;)

Citer
tant l'image qu'il renvoyait lui donnait l'impression d'être naufragé de son ancienne vie.
joli, j'aime bien cette anecdote, c'est très visuel

Citer
A la longue, il ne trouva plus nécessaire de faire ses courses, puisque les aliments qu'il ne mangeait pas pourrissaient dans le frigo. La vaisselle ne demandait plus à être lavée régulièrement, il s'en servait si peu ; le ménage pouvait bien attendre, il avait les journées entières pour s'en occuper. Même les volets restaient fermés, tant les nuits et les jours se confondaient, et, les ordures s'entassant, l'air s'empuantissait sans qu'il ne s'en aperçoive.
je coince un peu sur ce passage. Ce n'est pas très fluide et je pense que tu peux mieux le tourner

Citer
Monsieur Dupont délaissa sa maison à l'abandon.
je dirais "laisser à l'abandon" ou "délaisser jusqu'à l'abandon"

Citer
Victime de cet environnement, la plante verte qu'il avait ramené de son travail sembla mourir peu à peu
le sembla alourdit pour rien, directement "mourut" ?

Citer
fidèlement, elle se mit à l'image de son compagnon ; finalement, au bout de plusieurs mois sans nutriments autres que des pensées noirâtres, elle s'affaissa tout d'abord, puis se mit à perdre ses feuilles.
double "se mit" +  je trouve que les deux adverbes en -ment sont proches et alourdissent du coup

Citer
La culpabilité d'avoir ignoré si longtemps cet être qui mourrait à ses côtés le fit culpabiliser
mourait

Citer
versa t'il deux rations supplémentaires,
versa-t-il

Citer
Monsieur Dupont parlait enfin à quelqu'un sans la moindre difficulté. Enfin, terrassé par la journée qui venait de passer, le coeur vidé et l'estomac plein,
double enfin

Citer
et tomba profondément dans un sommeil bruyant.

Reconnaissante, la plante l'écoutait, passionnément.
double gros adverbe un peu lourd...

hop, tout lu !
plongée tout au fond (le titre du chapitre colle très bien ^^) et rebond ! mais rebond vers où ?? la suiiiite !

la bise !

Milla

 


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