Bonjour tout le monde.
Dirigeant une petite troupe de comédiens de 8 à 10 ans, j'ai décidé cette année d'écrire la pièce de théâtre que nous mettrons en scène en Mai prochain. Le problème qui se pose est le suivant : je n'ai jamais écrit de pièce de théâtre de ma vie. Tout au plus pour une rédaction en 4ème. Donc ça remonte.
C'est pour cela que votre aide me serait de la plus grande utilité. Vous, qui êtes habitués à écrire, partager vos écrits, critiquer objectivement et de manière argumentée, pouvez m'être d'un grand secours, et ainsi rendre service à une dizaine d'enfants désireux de donner le meilleur d'eux-mêmes sur scène.
J'ai cru lire dans les règles que les textes devaient être terminés, mais je vais être obligé d'enfreindre cette règle. En effet, la pièce n'est pas terminée, je n'en suis qu'à la moitié. Je tente quand même le coup, en espérant que vous pourrez m'aider à peut être mieux structurer l'histoire, corriger des fautes, ou refaire des répliques perfectibles. Merci d'avance à ceux qui prendront la peine de lire.
L'acte II est disponible plus loin sur la page 1, et le troisième et dernier acte se situe en page 2!

Le mécanicien des songes
--------------------------------------------ACTE I - Scène 1 --------------------------------------
Personnages :
Léonie
Quentin
Léa
Chloé
Arthur
VOIX OFF
Autrefois, un être nommé Onii dérobait à la nuit tombée les rêves des gens endormis. Sans rêve, les habitants n’avaient plus le sourire et les journées devinrent mornes, insipides. Les grands chefs de l’époque décidèrent d’agir. Après avoir mis la main sur le voleur de songes, la justice décida de l’enfermer dans un endroit dont personne ne connaîtrait l’existence. C’est ainsi que chacun retrouva ses rêves, qui avaient repris leur place dans le profond sommeil des habitants.
(Le rideau s’ouvre. Léonie, ses amis et son frère sont tous immobiles sur la scène, le regard fixe.)
QUENTIN
─ Ecoutez, je crois que…
CHLOE (coupant la parole)
─ Chut !
(Tous observent les alentours. On entend un bruit provenant de l’armoire.)
LEONIE (s’approchant de l’armoire)
─ Je vais voir.
CHLOE
─ Fais attention, Léonie !
(Léonie avance jusqu’à l’armoire. Arthur en surgit alors, tous poussent un cri.)
ARTHUR
─ Haha ! J’ai gagné !
LEONIE (ironique)
─ Vraiment très drôle, Arthur. Si maman apprend que tu es entré là dedans…
ARTHUR
─ Comment pourrait-elle le savoir ?
LEONIE
─ Tu verras bien.
LEA (les interrompant)
─ On refait une partie ?
LEONIE, QUENTIN ET CHLOE
─ Oh non !
(Léonie s’installe sur son lit, en signe de lassitude.)
LEA
─ Bon, qu’est-ce que tu veux faire Léonie ?
LEONIE
─ Je ne sais pas. Rien.
CHLOE
─ Tu veux jouer à un jeu ? Regarder un film ? Aller dehors ?
LEA
─ Jouer à la Barbie, fabriquer des colliers de perles ?
QUENTIN
─ Jouer à un jeu vidéo, faire du catch !
LEONIE (un temps)
─ Non.
CHLOE
─ Tu ne veux jamais rien faire ! Même pour jouer à cache-cache tout à l’heure, j’ai dû te supplier.
ARTHUR
─ Ne vous fatiguez pas, ça fait des semaines que c’est comme ça, d’un jour à l’autre elle a perdu l’envie de s’amuser. Je crois que c’est depuis son dernier anniversaire. Tu te souviens Léonie ?
LEONIE (indifférente)
─ mmmmh.
QUENTIN
─ Qu’est-ce qu’il s’est passé à cet anniversaire, Arthur ?
ARTHUR
─ Oh, rien de particulier. Léonie a soufflé ses bougies, puis on a mangé le gâteau.
LEONIE
─ Et tu m’as enfermée dans l’armoire pour jouer tout seul avec mes cadeaux.
ARTHUR
─ Haha, c’est vrai ! (réfléchissant) C’est pour ça que tu fais cette tête ? Tu m’en veux toujours ? J’ai reçu la punition de ma vie, ça devrait te suffire.
LEONIE (d’un ton las)
─ Ne vous en faites pas, je vais bien.
ARTHUR
─ Tu rigoles ? On dirait que tu fais une dépression !
LEA
─ Mon père dit que les enfants déprimés deviennent chauves une fois adultes.
QUENTIN
─ Hey, Léa ! Mon père est chauve !
LEA
─ Désolée pour lui.
LEONIE (haussant le ton)
─ Arrêtez vos histoires, je ne suis ni déprimée, ni chauve ! On peut changer de sujet ? Quentin, tu pourrais nous raconter une de tes histoires d’épouvante…
LEA
─ Oh oui, celle du ragondin grignoteur d’orteils !
QUENTIN
─ Désolé Léa, mais il se fait tard, je vais devoir rentrer. Je vous raconterai ça demain. Tu seras là, Léonie ?
LEONIE (sèchement)
─ Ouais. A demain.
CHLOE, LEA ET ARTHUR
─ Ciao !
(Quentin sort. Silence de quelques secondes.)
LEONIE (à Chloé et Léa)
─ Et vous, vous ne devez pas partir ?
CHLOE
─ Euh… Ben… Si, on va y aller. Tu viens, Léa ?
LEA
─ Déjà ? Mais…
CHLOE (se préparant à partir)
─ Il faut laisser Léonie se reposer. Je pense qu’une bonne nuit de sommeil lui fera le plus grand bien. Peut-être qu’elle rencontrera quelqu’un dans son rêve qui lui enseignera l’amabilité. Bonne soirée Arthur, bonne soirée Léonie.
LEA
─ Salut !
(Elles sortent.)
ARTHUR
─ Je suis d’accord avec Chloé, tu devrais être plus souriante… tu deviens agressive par moments, tu sais…
(Léonie lance un regard haineux à Arthur et lui fait un grand sourire forcé. Puis son visage redevient impassible.)
ARTHUR (en sortant)
─ Très bien, fais de beaux rêves grande sœur !
(Arthur sort, et Léonie se retrouve seule sur scène. Elle se place en face du miroir et fait un grand sourire, puis soupire de lassitude. Elle finit par s’allonger dans son lit et s’endort.)
------------------------------------------ ACTE I - Scène 2------------------------------
Personnages :
Léonie
Quentin
Léa
Chloé
Monsieur Bulbe
Monsieur Ristourne
Monsieur Trèfle
-----------------------------------------------------------------------------------------------------------------
(Une lumière rosâtre illumine la scène, sur une musique légèrement inquiétante.
Quentin, Léa et Chloé sont cachés sur scène sous des draps blancs. Quand la musique démarre, ils se lèvent tels des fantômes, le regard tourné vers Léonie.
Léonie se redresse, et observe ses trois amis. Puis elle se lève et se dirige vers eux.)
LEONIE (contente de voir ses amis)
─ Eh, qu’est-ce que vous faites là? On joue à un jeu?
(Chloé, Quentin et Léa restent immobiles, Léonie passe devant chacun d’eux et tente de les faire réagir)
LEONIE
─ J’ai envie de jouer à cache-cache! Ou non, à chat perché! Qu’est-ce que vous voulez faire? Nous avons tout le temps, c’est vous qui choisissez!
(Chloé, Quentin et Léa commencent à marcher en rond, autour de Léonie)
QUENTIN
─ Je n’ai pas envie de jouer!
LEA
─ Moi non plus...
CHLOE
─ Léonie, comment fais-tu pour être si heureuse? Je trouve tout si triste...
LEONIE
─ Pourquoi? Venez, on peut aller dehors faire une cabane, ou regarder un film!
LEA
─ On ne peut pas faire tout ça.
QUENTIN
─ Léa a raison, nous ne pouvons pas.
LEONIE
─ Qu’est-ce que ça signifie? Vous ne voulez plus qu’on soit amis? Vous me laisseriez toute seule?
CHLOE
─ Seule, comme tu as laissé Arthur seul dans l’armoire.
LEONIE
─ Arthur? Mais on jouait à cache-cache!
QUENTIN
─ Il est dans l’armoire. Il faut aller le chercher, Léonie.
LEONIE
─ Vous dites n’importe quoi! (Elle essaye d’agripper le bras de Quentin) Qu’est-ce que vous cherchez à...
(Quentin tombe sur le sol, inerte. Léonie pousse un cri, surprise)
LEA
─ Viens lui en aide, Léonie. Celui qui est dans l’armoire a besoin de toi.
LEONIE
─ Hein? Mais...
(A son tour, Léa tombe au sol)
LEONIE
─ Restez avec moi!
QUENTIN
─ Ouvre l’armoire et aide-le!
LEONIE
─ Quentin, s’il te plait! Je ne comprends pas!
(Quentin s’évanouit comme les autres)
LEONIE (effrayée)
─ Quentin? Léa? Chloé?
(Un temps. On entend un bruit venant de l’armoire. Léonie s’approche de l’armoire.)
LEONIE
─ Arthur?
(Monsieur Bulbe, Monsieur Ristourne et Monsieur Trèfle surgissent de l’armoire, Léonie recule.)
LEONIE
─ Qui êtes-vous? Qu’est-ce que vous faisiez dans mon armoire?
(Les trois individus se placent alors autour d’elle. Le groupe se déplace vers le lit, puis les trois bonshommes y déposent Léonie et s’enfuient par l’armoire.)
----------------------------------------- ACTE I - Scène 3-----------------------------------------
Personnages :
Léonie
Arthur
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(Léonie se réveille en sursaut, poussant un cri. Elle regarde longuement autour d’elle. L’armoire s’ouvre toute seule en faisant du bruit.)
LEONIE
─ Arthur! Arthur!!
ARTHUR (en voix off)
─ Qu’est-ce qu’il y a?
LEONIE
─ Viens vite Arthur! J’ai peur!
ARTHUR (en voix off)
─ Attends, il y a Une Famille en Or à la télé.
LEONIE
─ Arthur!!
ARTHUR (las, en voix off)
─ J’arrive, j’arrive, c’est bon.
LEONIE
─ Dépêche-toi!
(Arthur entre)
ARTHUR
─ Je suis là, je suis là.
LEONIE
─ Je crois qu’il y a un fantôme dans l’armoire.
(Silence. Arthur regarde Léonie en croisant les bras, n’en croyant pas un mot.)
ARTHUR
─ Je retourne regarder la télé, ça ne m’amuse pas.
LEONIE
─ S’il te plaît Arthur! Regarde dans l’armoire, j’ai peur!
(Arthur, soupirant, va ouvrir l’armoire.)
ARTHUR
─ Tu vois? Il n’y a rien à part tes vêtements, tes sacs et une vieille serviette.
LEONIE
─ C’est ma robe préférée!
ARTHUR
─ Pardon. En tout cas, pas de fantôme. Tu as dû faire un mauvais rêve.
LEONIE
─ Je fais tout le temps des cauchemars. Là, je sais que c’était réel. L’armoire a bougé toute seule, et j’ai entendu un bruit étrange venant de l’intérieur. Je suis certaine que c’est un fantôme.
ARTHUR
─ Fantôme ou pas, je n’ai rien vu. (Il referme l’armoire) Je peux retourner regarder mon émission?
LEONIE
─ Pffff... Vas-y! De toute façon, personne ne me croira.
ARTHUR (en sortant)
─ Ça, c’est sûr.
(Léonie reste assise un instant sur son lit, pensive, le regard tourné vers l’armoire. Elle finit par se coucher et s’endort. La porte de l’armoire bouge légèrement)
---------------------------------------------- ACTE I - Scène 4 ------------------------------------
Personnages :
Léonie
Arthur
Quentin
Léa
Chloé
(La lumière s’allume, personne n’est sur scène. Au bout d’un moment, Arthur, Quentin, Léa, Chloé et Léonie arrivent sur scène en courant.)
ARTHUR (arrivant en premier)
─ J’ai gagné !
(Tous reprennent leur souffle longuement, s’assoient sur le lit, la chaise ou par terre.)
LEA
─ On en refait une ?
LEONIE, QUENTIN ET CHLOE
─ Oh non !
ARTHUR
─ Je vais chercher à boire, tu viens Quentin ?
QUENTIN
─ Ouais !
(Ils sortent. Léa suit Quentin du regard.)
LEONIE (à Léa)
─ Pourquoi regardes-tu les garçons comme ça ?
CHLOE (un sourire en coin)
─ Je crois qu’elle ne regarde que l’un des deux… (À Léa) Depuis quelques temps, Quentin attire beaucoup ton regard, n’est-ce pas ?
LEA
─ Hein ? Qu’est-ce que… Mais pas du tout !
CHLOE
─ Je suis sûre que tu as tes chances, pourquoi tu ne lui demandes pas ?
LEA (gênée)
─ Arrête ! (Elle se lève et commence à regarder dans les tiroirs du bureau) Bon, on ne pourrait pas regarder un film ?
LEONIE (ironique)
─ Coup de foudre chez Léonie ?
LEA
─ Très drôle. (Elle sort un boitier dvd du tiroir) C’est quoi ça ? « L’attaque de la Moussaka géante » ? (Elle continue de fouiller)
CHLOE
─ Quentin parle souvent de toi, tu sais.
LEONIE
─ Timide comme il est, il n’osera pas faire le premier pas.
LEA (énumérant les films qu’elle trouve, en faisant semblant de ne pas entendre Chloé et Léonie)
─ « Le retour de la vengeance du fils adoptif de la momie », « Bienvenue chez les Corses »…
CHLOE
─ On devrait peut-être en parler à Quentin…
LEONIE
─ Tu as raison, il sera sûrement ravi d’apprendre que Léa lui porte autant d’attention.
LEA
─ Vous n’êtes pas drôles ! (revenant à ses dvd) Bon, il n’y a rien d’autres ? Ils ont l’air nuls, ces films là. Qu’est-ce qu’il y a dans l’armoire ?
LEONIE (se levant brutalement)
─ Non ! Ne l’ouvre pas !
LEA
─ Pourquoi ?
LEONIE
─ Euh… Elle est… Très mal rangée.
CHLOE
─ Elle est toujours très mal rangée, ce n’est pas la première fois qu’on la verra dans cet état.
LEA
─ Il y a quelque chose que tu ne veux pas nous montrer ?
LEONIE
─ Mais non c’est juste que… Vous n’allez pas me croire. Arthur ne m’a pas cru, alors pourquoi ce serait différent avec vous ?
CHLOE
─ Mais parce qu’on est tes amies, on te fait confiance ! Dis-nous tout, je te promets que ça restera entre nous.
LEA
─ Bien sûr que tu peux tout nous dire !
LEONIE
─ Bon, d’accord. Approchez-vous, je ne veux pas que les garçons entendent. (Chloé et Léa se rapprochent) Alors voilà… Je crois qu’il y a un fantôme dans l’armoire.
(Un temps. Chloé et Léa se regardent, puis explosent de rire. Léonie les regarde, surprise de leur réaction. Quentin et Arthur entrent sur scène à ce moment là.)
QUENTIN (voyant Léa et Chloé en train de rire)
─ Qu’est-ce qu’il se passe ?
CHLOE (se calmant)
─ Léonie pense que son armoire est hantée.
LEONIE
─ Vous aviez dit que ça resterait entre nous !
CHLOE
─ Désolée, mais c’est trop drôle.
ARTHUR
─ Elle m’en avait parlé hier, mais je croyais qu’elle n’y pensait plus. (Il se dirige vers l’armoire) Léonie, regarde. Il n’y a absolument rien de surnaturel dans ton armoire.
LEONIE
─ Ne l’ouvre pas !
ARTHUR (il ouvre l’armoire)
─ Voilà. Tu vois ? (il regarde à l’intérieur) Par contre, elle est très mal rangée.
LEONIE (s’énervant)
─ Merci, je sais. Vous ne comprenez pas, de toute façon. Il y a quelque chose qui fait du bruit dans l’armoire la nuit, quelque chose qui essaye de sortir. Je l’ai entendu. Et si vous ne me croyez pas, alors laissez-moi tranquille !
(Léonie sort, furieuse.)
LEA
─ On aurait peut être pas dû rire comme ça. Je crois qu’elle est vexée.
CHLOE
─ Je vais aller lui parler. Sinon, elle va être infernale pendant plusieurs semaines.
LEA
─ Je t’accompagne !
(Elles sortent. Quentin suit Léa du regard.)
ARTHUR
─ On va les laisser entre elles, c’est plus sûr. Eh oh, Quentin ! Qu’est-ce que tu regardes ? C’est Léa qui te captive autant ?
QUENTIN
─ De quoi ? Euh… Non, non. (Un temps) Dis, ça te dérange si je les rejoints ?
ARTHUR (il rigole)
─ Vas-y, vas-y. Je vous attends là, je ne voudrais pas déranger…
QUENTIN (cherchant une excuse)
─ Hum… J’y vais par curiosité. A tout à l’heure !
(Quentin sort en courant)
---------------------------------------------- ACTE I - Scène 5 ------------------------------------
Personnages :
Arthur
Onii
(Arthur reste seul sur scène. Il flâne, fouille le bureau, puis s’installe sur le lit. Un bruit retentit depuis l’intérieur de l’armoire. La porte s’entrouvre toute seule. Arthur, étonné, va voir. Il trouve à l’intérieur une boîte à musique. Intrigué, il la fait fonctionner. Onii apparaît alors sur la scène. Il tourne autour d’Arthur, l’observant. Il a une démarche très étrange.)
ONII
─ Comment t’appelles-tu ?
ARTHUR (apeuré)
─ Qui êtes-vous ?
ONII
─ Est-ce toi qui m’as libéré ?
ARTHUR
─ Qu’est-ce que vous faites dans la chambre de ma sœur ?
ONII
─ Es-tu un noble seigneur ou bien un vilain paysan ?
ARTHUR
─ Pourquoi parlez-vous bizarrement ?
(Onii continue d’observer Arthur et la boîte à musique encore dans sa main. Il essaye soudain de la lui arracher des mains. Arthur esquive l’assaut.)
ONII
─ Elle est à moi ! Rends-la-moi !
ARTHUR
─ Si elle était dans l’armoire, c’est qu’elle appartient à ma sœur. Pourquoi voulez-vous cette vieille boîte à musique ?
ONII
─ J’y ai vécu longtemps. Très longtemps, petit être. C’était comme… un long cauchemar. Oui c’est ça, un rêve si horrible qu’il est impossible d’en sortir. Mais tu as changé la donne, mon petit. Tu as mis fin à mes songes maudits. Je m’appelle Onii. Quel est ton nom, bon prince ?
ARTHUR
─ Je m’appelle Arthur. Mais je ne suis pas un prince, juste Arthur.
ONII
─ C’est pourtant un nom qui sied bien à un roi. Vous devez avoir du sang de Monarque pour paraître aussi humble. Laissez-moi voir… (Il se colle à Arthur, le flaire, l’observe) Une stature fière… Un regard déterminé… Une poigne ferme ! Si vous n’êtes pas roi, vous en avez malgré tout le profil. (Changeant soudainement d’attitude) Mais je n’aime pas les rois. Ils m’ont fait du mal. Tu ne vas pas me faire de mal, toi ?
ARTHUR
─ Bien sûr que non ! Mais vous allez devoir partir, Monsieur Onii. Vous êtes chez moi, dans la chambre de ma sœur et je ne vous connais pas !
ONII
─ Mais moi je connais ta sœur. Un caractère bien forgé pour un petit bout de jeune fille, n’est-ce pas ? Comment se nomme-t-elle… Léonie, oui. Léonie.
ARTHUR (interloqué)
─ Comment la connaissez-vous ?
ONII
─ Je l’ai croisée, plusieurs fois. Elle t’a parlé de moi, petit roi. Elle n’a fait que ça. Elle pense que je suis une ombre, un spectre de la nuit.
ARTHUR
─ Alors vous êtes le fantôme !
ONII
─ Ai-je l’air d’être un fantôme ? Est-ce que je vole, est-ce que j’ai l’air d’une âme en peine, retenu par un boulet et recouvert d’un drap blanc ? Non, petit monarque, je ne suis pas un fantôme. Je suis une personne à part entière, avec son caractère et sa demeure, ses habitudes et ses langages. Comme toi, et comme ta sœur.
ARTHUR
─ Alors vous avez dû voir que Léonie ne va pas bien en ce moment. Elle n’a pas besoin en plus de ça d’avoir un hurluberlu se faisant passer pour un fantôme dans ses pattes. Et moi non plus.
ONII
─ Sais-tu seulement pourquoi ta frangine ne va pas bien ? T’es tu demandé pourquoi elle se laisse écraser par cette désinvolture ? Trouves-tu normal, petit roi, qu’une demoiselle aussi sensible puisse paraître aussi aigrie ? Rarement une enfant aura été aussi lasse du monde qui l’entoure. Quelque chose ne tourne pas rond, mon bon Arthur. Ta sœur a perdu quelque chose de précieux. Quelque chose que je peux lui rendre.
ARTHUR
─ La seule chose qu’elle m’ait dite, c’est qu’elle faisait souvent des cauchemars ces derniers temps. Je ne vois pas de quoi vous voulez parler.
ONII
─ C’est précisément ça ! Elle ne rêve plus, elle cauchemarde ! Quel enfant de ce monde pourrait supporter une vie sans rêves, sans ce moment privilégié où l’esprit échappe à nôtre contrôle… Elle est étouffée par ses cauchemars, tu l’as vu de tes propres yeux. Depuis son anniversaire, souviens-toi. Elle ne veut plus jouer à quoi que ce soit.
ARTHUR
─ Comment savez-vous ça ? (le mécanicien ne répond pas) Vous ne pouvez rien faire pour l’aider de toute manière. A moins que vous soyez un magicien.
ONII
─ Pas magicien. Je suis mécanicien.
ARTHUR
─ Vous réparez des voitures ? C’est comme ça que vous comptez vous rendre utile pour Léonie?
ONII
─ Je m’occupe de la mécanique, mais je ne répare pas des machines. La mécanique que je connais et que je pratique est celle de l’esprit et du songe. Ce que vous pensez, je peux le voir et le toucher. Ce que vous ressentez, je peux l’attraper et le modeler. Vos souvenirs et vos réflexions sont un grand engrenage que je monte, démonte et remonte.
ARTHUR
─ Qu’est-ce que ça veut dire ?
ONII
─ Ca veut dire que je peux démonter les cauchemars de ta sœur et les remonter en merveilleux rêves dignes des plus beaux contes de fées. Ainsi ta sœur retrouverait son sourire d’antan, et son entrain d’enfant. N’est-ce pas ce que tu pourrais souhaiter de mieux pour elle ?
ARTHUR
─ J’aimerais que ce soit possible. Si vous pouvez le faire, je vous en serai très reconnaissant. Comment allez-vous faire ?
ONII
─ Haha ! Un mécanicien ne révèle jamais ses engrenages ! L’affaire est conclue. En échange, je te demanderai simplement de ne plus toucher à cette boîte à musique, et de la laisser dans l’armoire, à l’abri des regards. Personne ne doit pouvoir l’utiliser. J’ai été retenu dedans trop longtemps pour y retourner.
ARTHUR
─ Entendu ! Tope-là !
ONII
─ Quoi ?
ARTHUR
─ Oh pardon, c’est une habitude de chez nous. A bientôt, alors ! Et ne faites pas de mal à Léonie !
ONII (sautillant jusqu’à l’armoire, il y entre et ne laisse dépasser que sa tête)
─ Même pas en rêve !
(Il ricane, sort par l’armoire, et referme les portes. Rideau.)
------------------------------------------ ACTE II - Scène 1--------------------------------------
Personnages :
Léonie
Monsieur Bulbe
Monsieur Ristourne
Monsieur Trèfle
Onii
(Léonie, dans sa plus belle robe, se balade sur la scène, tranquillement. Elle a l’air serein, paisible. Monsieur Bulbe sort de nulle part, et la suit discrètement, sans qu’elle le voie. Elle finit par le remarquer.)
MONSIEUR BULBE
─ Chut, ne dites rien ! Vous gâcheriez votre belle voix. (Observant Léonie) Vous êtes vraiment magnifique aujourd’hui, vous enluminez les lieux par votre seule présence. Comment pourrais-je vous remercier d’éclairer ainsi ma journée ? Ah ! Je sais ! J’ai quelque chose qui vous ira à ravir ! (Il sort une fleur de sa poche, qu’il accroche à la robe de Léonie) Et voilà !
(Pendant que Monsieur Bulbe contemple Léonie, Monsieur Ristourne entre sur scène.)
MONSIEUR RISTOURNE
─ Que vois-je donc ? Ne serait-ce pas là Demoiselle Léonie ?
MONSIEUR BULBE
─ C’est bien elle. N’est-elle pas resplendissante ?
MONSIEUR RISTOURNE
─ Ce que vous dites tient de l’euphémisme. Elle pourrait définir à elle seule la beauté de ce bas monde. Il faut absolument que je la regarde de haut en bas ! (Il se place en face d’elle, et la regarde de haut en bas, d’un large mouvement de la tête). Et voilà !
(Monsieur Trèfle entre sur scène, chargé d’un énorme carton emballé comme un cadeau de Noël, vacillant à cause du poids de l’objet.)
MONSIEUR BULBE (allant l’aider)
─ Monsieur Trèfle, que transportez-vous là ?
MONSIEUR TREFLE
─ J’ai entendu dire que Dame Léonie était parmi nous, j’ai donc couru jusqu’au magasin chercher ce modeste présent !
MONSIEUR RISTOURNE (moqueur)
─ Votre modestie a des airs de pachyderme, mon cher.
(Monsieur Bulbe et Monsieur Trèfle déposent le paquet à l’autre bout de la scène.)
MONSIEUR TREFLE
─ Où est-elle donc, que je la vois de mes yeux ?
MONSIEUR BULBE (désignant fièrement Léonie)
─ Ici-même !
MONSIEUR TREFLE
─ Les rumeurs disaient donc vrai ! Mademoiselle Léonie, je ne connais pas assez de mots pour exprimer mon émotion. Vous êtes parfaite ! (Léonie prend un air faussement timide, flattée)
MONSIEUR RISTOURNE (observant le paquet cadeau)
─ Qu’avez-vous donc déniché de si grand, Monsieur Trèfle ?
MONSIEUR TREFLE
─ Eh bien, Monsieur Ristourne, voyez-vous, je pense que Mademoiselle Léonie devrait découvrir cela par elle-même.
MONSIEUR BULBE
─ C’est bien vrai. Ne nous faites pas languir, par pitié, Dame Léonie !
(Léonie commence à déballer son cadeau. Sous l’emballage se trouve une boîte, dans laquelle sont imbriquées d’autres boîtes, comme des poupées russes.)
MONSIEUR RISTOURNE
─ Moi je ne lui ai rien offert, je me sens idiot !
MONSIEUR TREFLE
─ Voyons, Monsieur Ristourne, à quoi pensiez-vous donc ?
MONSIEUR RISTOURNE
─ Je ne suis qu’un sot. Je ne sais ce qui me retient de crier que je suis un sot au monde entier.
MONSIEUR BULBE
─ Rien, Monsieur Ristourne, rien ne vous retient.
MONSIEUR RISTOURNE
─ Parfait. (Il hurle) Je suis le plus sot des sots !
MONSIEUR TREFLE
─ Ca, c’était un beau cri.
MONSIEUR BULBE (désignant Léonie)
─ Regardez, elle a déballé son cadeau !
(Dans la dernière boîte, Léonie trouve un canard en papier plié.)
MONSIEUR TREFLE
─ Et voilà !
MONSIEUR RISTOURNE
─ Fichtre ! Serait-ce un canard ?
MONSIEUR TREFLE
─ C’est un canard.
MONSIEUR BULBE (ravi)
─ Bravo Monsieur Trèfle, quel merveilleux cadeau !
MONSIEUR RISTOURNE
─ Alors il lui faut une mare ! Il n’y a pas de canard sans mare.
MONSIEUR TREFLE
─ Très bonne idée, Monsieur Ristourne. Dame Léonie, allons donc chercher une mare pour votre nouveau canard !
(Monsieur trèfle sort)
MONSIEUR BULBE
─ Cela lui fera un bon petit coin.
(Monsieur Bulbe sort)
MONSIEUR RISTOURNE (il prend Léonie par la main)
─ Si vous permettez… Je vais vous y conduire. Il ne faudrait pas que vous y laissiez des plumes.
(Ils sortent. Quelques secondes plus tard, Onii entre sur scène sur la pointe des pieds)
ONII (Il observe les alentours)
─ On dirait que j’ai bien fait mon travail, tout se passe pour le mieux dans le rêve de Léonie. Arthur devrait être content du résultat, il ne songera même plus à me renfermer dans cette maudite boîte à musique. Mais ne traînons pas, laissons ce rêve se terminer.
(Il sort.)