Bonjour Sonadoré.
Je vais le dire nettement : j'ai adoré ton texte quoique la fin m'est un peu déçue.
Je trouve ton style extrêmement abouti. J'y trouve du sens. Je trouve que tout le sert ; tu décris avec délicatesse et subtilité. Je vais rentrer un peu dans le détail, avec d'abord tes trois premiers paragraphes: c'est ce qui m'a le plus plu: le glissement du langage à la chair.
Globalement, ton travail sur l'animalité des corps par opposition au langage est très subtile. Tu arrives à préserver la poésie d'un moment d'amour tout en conservant l'aspect charnel de l'acte. C'est notamment visible lorsque tu évoques la
sueur. Sans jamais nommé ce fluide qui se prête mal à la romance, tu l'évoques avec énormément de délicatesse, le rendant subtile, délicatement animal et désirable. J'ai cependant une petite remarque à ce sujet :
léger goût salé
Je nuancerais un peu le « léger » goût salé. A mon humble avis, l'adjectif est de trop. Comme le passage précédent utilise un champ lexical puissant à travers les mots « torride » et « températures extrêmes », la subtilité de la sueur arrive comme un contre poids un peu dommage. Après, je comprends que tu ne veuilles pas sous entendre que tes personnages transpirent comme des bœufs pour préserver la magie de l'amour. Mais il me semble que tu ne perdrais rien à retirer cet adjectif. Tu pourrais même gagner en rythme, comme si la respiration du narrateur s'accélérait.
deux corps s’ignoraient dans un bavardage parfait.
J'aime tellement mais TELLEMENT cette phrase. L'opposition entre corps et langage, la rime entre « ignoraient » et « parfait » qui enrichit le rythme. D'autant que cette phrase a une valeur proleptique pour le reste de ta description : elle annonce le thème avant tant d'élégance.... Je suis amoureuse de cette formulation !
les propos censés ont cédé sous le poids écrasant des émotions désordonnées
Encore une phrase qui fait échos à l'échec du langage. Il est superflu, les deux personnages n'en ont plus besoin. On passe du langage articulé, à celui des émotions, puis des corps. Le plus efficace, celui qui permet aux deux personnages de se lier.
Je ne pense plus qu’à des prénoms. Maya, Eliséa, Chloé […] Alors je serai beau, hein Maya ?
Superbe illustration. En trois paragraphes, on passe d'un langage parfait qui aboutit à un silence. Puis à des réflexion sur des noms propres qui aboutit à la reddition du personnage, à son lâcher-prise. Même les pensées, les noms sont inutiles, impropres la situation. "Maya" n'a pas de réelle importance. Seuls comptent les corps...
Mais en fait, ton quatrième paragraphe revient
contre-balancer tout ce sens que j'avais, en première lecture, cru déceler et qui m'avait beaucoup parlé et ému. Le fait est qu'alors que le lecteur (moi) s'attendait à un total abandon comme le laissait présager les deux premiers paragraphes, tu fais apparaître une facette du personnage que je n'avais pas anticipé. Que je n'avais pas pu anticiper (?). Ce qui m'a fait reconsidérer le troisième paragraphe: en fait, le prénom de "Maya" n'est pas important - non pas parce qu'il y aurait une quelconque perte d'identité au profil de l'amour charnel - mais parce qu'elle même ne fait que passer dans la vie du narrateur. Du coup, je tique un peu. Peut-être que je suis déçue dans mes attentes de lectrice, mais que pensais que le sens était l'inutilité du langage en amour. Mais en fait non. Puisque le narrateur, au lieu de se laisser aller, se remet à penser, et reformuler des réflexions abouties. Si le langage cesse entre les deux personnages, les attentes, l'anticipation ne cessent pas du tout dans l'esprit du narrateur qui est déjà ailleurs.
Même si cela évoque les amours de vacances, je ne peux m'empêcher d'y voir un légère incohérence entre le glissement de la parole vers les corps et le glissement du présent vers l'avenir. Mais il est hautement possible que ça soit ma frustration de lectrice qui parle!

Quaedam