Des extraits d'un projet d'écriture. (Petite précision : je compte créer un topic dédié aux personnages + résumé)
Entretien avec le commissaire.
Il était près de vingt et une heure à Vladivostok. Le commissariat ouvrait encore ses portes en cette nuit glaciale de décembre. Dans une petite pièce située au sous-sol du bâtiment, deux hommes étaient assis face à face, séparés par un bureau sur lequel étaient entassés des papiers par centaines. L'obscurité dominait la salle. Seule une lampe d'appoint éclairait une parcelle de la pièce de sa faible lumière jaunâtre.
Caché derrière son ordinateur, le commissaire Moskovski terminait les derniers travaux dont ses supérieurs l'avaient chargé quelques jours auparavant. Il était de taille moyenne, un peu plus grand que l'autre homme et doté d'une pilosité lui conférant une certaine autorité. Son visage était taillé à la serpe ; il paraissait strict et antipathique. Néanmoins ceci n'impressionnait guère l'individu qui lui faisait face. Le léger froncement de sourcils de ce dernier et la manière dont il tapotait du pied sur le sol trahissaient clairement le profond ennui dans lequel il était plongé, à patienter ainsi dans ce lieu lugubre où il se sentait mal à l'aise. Las de cette attente interminable, il sortit de sa poche un fragment de journal où figuraient les dernières nouvelles régionales et les lues avec attention.
La grande aiguille de la montre accrochée au dessus du bureau trottait dans sa course habituelle que l'homme qualifiait de trop longue pour finalement arriver au chiffre douze, nombre fatidique puisque c'est précisément celui-ci qui indiquait l'heure de son entretien avec le commissaire.
- Vous êtes bien le détective Smirnov ? Interrogea le commissaire sur un ton âpre.
- Oui monsieur, répondit-il en acquiescant d'un signe de tête.
- Nous autre avons une mission particulière à vous confier. Un cas on ne peut plus atypique.
Il s'interrompit un moment comme gêné par ce qu'il allait annoncer.
- Hier matin notre équipe de la police scientifique a enquêté sur le corps d'une jeune femme trouvée sauvagement assassinée à son domicile. En examinant de plus près le corps la nuque comportait des marques de crocs et des poils parsemaient les lambeaux de ses vêtements. Après analyse d'un échantillon il s'est avéré que ces prélèvements appartenaient à un animal et plus particulièrement à ceux...d'un tigre.
A ces mots, le détective resta sceptique. Un pli soupçonneux barrait son front. L'espèce avait en effet été déclarée éteinte il y a plus d'un siècle et aujourd'hui on lui apprenait qu'un tigre aurait été l'assassin d'une jeune femme. Les sourcils de Smirnov se fronçèrent.
- Monsieur, êtes-vous certain de ce que vous avançez ?
- Bien entendu. Notre équipe ne commet aucune erreur. A propos j'ai reçu dernièrement des informations compromettantes à votre sujet. On m'a communiqué que vous êtiez autrefois mêlé à une affaire ayant entrainé une bavure judiciaire assez dommageable. Comprenez que cette affaire est un cas unique. Si vous parvenez à obtenir des informations sur l'apparition de cet animal en ville vous toucherez une somme faramineuse.
-Faramineuse. Ce mot résonna dans l'esprit du détective qui, après avoir traversé une période financière difficile, retrouva enfin le goût du métier.
L'entretien touchait à sa fin. Vladimir se leva de son siège ; il se dirigea vers la porte et retira soigneusement du porte-manteau sa chapka et son manteau gris. De celui-ci il en sortit deux gants épais qu'il enfila aussitôt. Il salua le commissaire d'un signe de main mais ce dernier dédaigna à répondre, plongé dans les archives interminables de l'enquête. Le détective se tut. Il ouvrit la porte et pénétra dans les sombres couloirs.