Je me suis dit, si déjà je me suis inscrite ici, autant poster quelque chose 
Comme je l'ai dit dans ma présentation, ça fait un moment que je n'ai pas pondu quelque chose de bien et de concret, hormis des cahiers remplis de notes en tout genre pour mon projet que je chéris tant.
Ce texte que je vous soumets a donc déjà quelques bonnes années, je dirais au moins 3, et a été écrit dans le cadre d'un atelier d'écriture. Le tout ressemblait à une espèce d"écriture automatique" où il fallait écrire sans trop se poser des questions, ni réfléchir à ce qu'on écrit, et par la suite étoffer un peu.
Il va de soi, comme j'aime tellement tout ce que je produit, que je trouve ce texte maintenant horriblement kitsch et illisible. Mais il y avait tout de même des gens qui avaient aimé à l'époque, donc je me disais que vous allez peut-être apprécier.
J'espère vous montrer une fois quelque chose de plus récent.
Sur ce, trève les bavardages, et je vous souhaite bonne lecture ! (en espérant que j'ai tout fait comme il faut
)Je t’aime moi non plus
Elle entra dans le hall d’entrée, enlevant le chapeau mouillé avec des mains tremblantes. Sa respiration était encore irrégulière mais elle se calma lentement.
- Désolée de vous déranger, articula-t-elle.
L’homme qui se trouvait à quelques pas d’elle esquissa un sourire. Ses longs cheveux blonds étaient en bataille, il portait une simple robe de chambre bleu ciel. C’était étrange de le voir ainsi. Pieds-nu, mal réveillé, habillé avec une couleur claire, contraire à ses habitudes.
Enfin, normalement il ne se faisait pas non plus la peine de sourire. Ou du moins d’essayer.
- Ce n’est rien, murmura-t-il, installez-vous, je vais aller me mettre des habits plus convenables.
Sa main faisait un geste qui l’invitait à s’installer dans le salon qui se trouvait à sa gauche.
Elle ne pouvait s’empêcher de le dévisager. Il semblait légèrement gêné qu’elle l’ait surpris à un moment pareil. Cela l’étonnait. Elle qui avait toujours cru que cet homme était indifférent à tout.
Il disparaissait au premier étage sans dire un mot de plus, la laissant seule dans l’entrée.
C’était étrange… que c’était justement sur lui qu’elle était tombée…
Elle inspecta la pièce. Elle fut soulagée quand elle constatait qu’elle était entièrement faite de bois sombre. Cela correspondait déjà mieux à son caractère froid.
Elle accrochait son manteau.
Lentement elle s’avança de quelques pas, et enleva ses chaussures trempées pour ne pas salir le parquet. Quand elle les posa à terre dans ce qu’il semblait être le « coin chaussures » de la maison, elle eut la gorge nouée quand elle vit plusieurs paires de chaussures. Trop de paires pour un seul homme.
Était-il avec une femme ?
Elle sentit son cœur battre d’une vitesse affolent. Était-ce possible qu’elle les avait dérangés en train de… ?
Elle secouait la tête, et d’un pas décidé entra dans le salon qui était fait du même bois sombre, avec une tapisserie bordeaux. Des lourdes étagères et une vitrine parsemaient les murs. La vitrine contenait diverses boissons alcoolisées avec les verres qui allaient avec. Quelques tableaux bizarres occupaient l’espace superflue entre les étagères surchargé de livres et la vitrine. Juste à côté de la porte, des photos en noirs et blancs étaient accrochées dans une forme triangulaire. Au milieu de la pièce, installés sur un tapis qui occupait presque tout le sol, se trouvaient des canapés et fauteuils en cuire bruns autour d’une table basse.
L’horloge sonnait minuit. Elle contemplait les photos en noir et blanc avec une curiosité intimidée. La plupart des photographies montraient des petits enfants entre l’âge de quatre et six ans. Elle se demandait s’il était un de ses petits. Mais ils souriaient tous. Il ne souriait jamais. Elle avait du mal à s’imaginer qu’il pouvait être un de ses gamins heureux qui jouaient avec joie. D’ailleurs… elle ne l’avait pas remarqué avant, mais deux des enfants semblaient être des jumeaux. Ils se ressemblaient comme une goutte d’œil. Le même sourire, le même visage, la même coiffure.
Elle sursautait et se retourna vivement quand elle l’entendit soudainement entrer dans la pièce.
- D...désolée, fit-elle gênée.
Il avait coiffé ses cheveux et avait enfilé un pantalon noir et sa veste bordeaux. Ce qu’il aimait porter. On le voyait rarement avec des couleurs claires ; surtout pas avec du bleu ciel. Ses yeux avaient retrouvés l’indifférence qu’ils semblaient avoir perdue tout à l’heure.
Cela la rassurait. Surtout de sentir son parfum auquel elle était tellement habituée. Elle se demandait toujours lequel s’était. Fahrenheit peut-être ?
- Vous regardez les photos ? demanda-t-il les regardant.
Elle hochait la tête, baissant le regard.
Il n’ajoutait rien de plus, mais se dirigeait vers la vitrine.
- Voulez-vous quelque chose à boire ?
Elle secouait la tête.
- Non merci.
Il se prit un verre de ce qui lui semblait être un whisky d’une couleur légèrement dorée.
Il s’assit sur le canapé et l’invitait avec un bref geste de l’imiter, posant son verre sur la table.
Lentement, elle s’assit sur le canapé en face de lui, les mains agrippées autour de son sac, le regard fixé sur ses pieds.
Aucun des deux ne parlait. Il régnait un silence qui la mettait particulièrement mal à l’aise. Elle l’entendit prendre une gorgée de son whisky.
- J’espère que je ne vous dérange vraiment pas… fit-elle ne pouvant plus supporter ce silence pesant.
- À part que vous m’avez réveillé quelques minutes avant minuit, non, pas spécialement.
- Vous êtes sûr… ?
Il fronçait les sourcils.
- Parfaitement.
- Je… enfin…, fit-elle, j’ai vu d’autres paires de chaussure dans le hall, je…
Elle l’entendit à nouveau poser son verre sur une table.
- Les chaussures de mon frère, répondit-il, on se partage une maison pour des raisons financières. C’est également lui qui a accroché les photos et les peintures.
Elle leva le regard vers lui, incrédule. Elle n’avait même pas remarqué qu’il s’agisse des chaussures d’homme ! Elle avait été tellement bouleversée qu’elle n’avait même pas remarque ce détail ! Mais…
- Vous avez un frère ? s’étonna-t-elle.
- Un frère jumeau, expliquait-il.
- Alors sur les photos… ?
- Lui et moi.
Elle devait avoir l’air idiot à le dévisager d’un regard si incrédule. Alors il avait bon et bien était capable de sourire ! Après un moment, elle baissa la tête à nouveau.
- Et si vous me racontez ce qui s’est passé ? questionna-t-il.
- Ah… oui…, murmura-t-elle, j’ai… j’ai été poursuivie par un inconnu… J’ai pris peur et j’ai sonné à la première porte venue.
- Vous avez écrasée la sonnette, oui.
Elle se sentit rougir.
- Avez-vous une idée qui vous pourchassait ?
Elle secouait la tête.
Il le dévisageait.
- Quel hasard, n’empêche, dit-il, que ma meilleure élève se retrouve chez moi à minuit.
Elle sentit son cœur cogner dans sa poitrine avec violence.
Il se laissait tomber en arrière dans le canapé et la regardant de son regard insensible.
- Il y a beaucoup de bruits qui courent à votre sujet parmi les professeurs, dit-il après un moment.
- Ah bon ? fit-elle seulement regardant toujours fixement ses pieds.
- Il paraît que vous vous faites harceler, continua-t-il, c’est ce qu’on raconte. L’élève la plus talentueuse de l’école. Il y a de quoi pour rendre jaloux de nombreux élèves et même professeurs.
Elle ne disait rien, la tête baissée.
- Vous pensez que… celui qui me poursuivait… que… c’était… pour… me harceler ?
Il haussa les épaules et vida son verre d’un trait, et se leva.
- Quoi qu’il en soit, dit-il, je vous raccompagne chez vous, si vous voulez. Mais vous pouvez aussi rester ici pour le reste de la nuit, si vous ne voulez pas sortir.
Elle releva la tête, les yeux écarquillés de surprise.
- Monsieur Lafine,… murmura-t-elle.
Elle ne savait pas réellement quoi penser de ses paroles. Enfin… ce n’était plus une surprise. Elle avait toujours du mal à saisir ses paroles. Pensait-il qu’elle s’imaginait tout ? Qu’elle était paranoïde, qu’il y avait juste quelqu’un qui avait pris le même chemin qu’elle ? Ou bien la croyait-il ?
On ne savait jamais ce qu’il pensait. Son visage était comme une fortification qui le protégeait de tous les regards. Sa mine était indifférente, ses yeux placides, son physique et ses vêtements soignés à un tel point que ça paraissait presque absurde. Combien de fois avait-elle réfléchi dans son banc, le crayon coincé derrière l’oreille, l’écoutant tenir son cours, ce qui pouvait bien se cacher derrière cette apparence si pointilleusement mise en place. Était-il cet homme froid est indifférent ou bien est-ce que le vrai Lafine était tout à fait différent ? Sa fantaisie l’entraînait dans des suppositions et des hypothèses les plus tordues les unes les autres. Mais elle n’était pas la seule : Partout sur le campus, surtout parmi les filles, couraient chaque jour des nouveaux bruits à son sujet. Du criminel qui cachait son jeu et qui profitait de son emploie de professeur d’art pour enlever des jeunes filles séduisantes jusqu’au jeune homme traumatisé qui préfère s’enfermer sur lui-même alors qu’il se languissait d’une jeune femme qui saurait l’aimer à sa juste valeur.
Mine de rien, l’imagination des étudiantes pouvait remplir des livres !
Elle se sentit rougir une nouvelle fois, et elle agrippait plus violemment son sac. Elle avait finalement réalisé qu’elle se trouvait dans la maison du professeur le plus envié de l’université ! Tout le monde rêvait, parlait et discutait de ce professeur mystérieux, et elle se retrouvait, à minuit, dans sa maison !
Rien à penser au scandale que provoquait cet évènement s’il deviendrait connu suffisait pour lui donner un vertige à en vomir.
- Je…, arrivait-elle à articuler après un moment, je…je crois que je ferai mieux de rentrer.
Elle ne voulait pas abuser de son hospitalité. Déjà qu’il lui avait proposé de rester la nuit chez lui ! Elle sentit son cœur se révolter. Lui, il voulait rester ici.
Cet homme lui avait volé son cœur dès qu’elle avait sentit son parfum.
- Je vais vous raccompagner chez vous alors, répliqua le professeur et la tira de ses pensées.
- M...merci, fit-elle et se leva.
- Habitez-vous loin d’ici ?
Elle secouait vivement la tête.
- Non, un quart d’heure à pieds.
Il hochait la tête.
- Je vais me préparer, dit-il en prenant son verre vide et disparaissant de la pièce, la laissant seule.
Elle poussa un soupire. Elle allait encore passer un quart d’heure avec cet homme. Seule, avec lui, en dehors du contexte scolaire. Elle devrait s’en réjouir, mais pourtant elle sentit son cœur se briser à petits coups à chaque mot qu’il prononçait, à chaque fois qu’elle posait son regard sur lui.
Le pire cauchemar qui existait sur cette terre était d’être désespérément amoureuse d’un homme qui ne verrait qu’en elle une simple étudiante parmi tant d’autres.
Elle sortit dans le hall jetant un dernier regard sur la photo avec les jumeaux et remit ses chaussures et son manteau qui avait presque séché entre-temps.
Il la rejoignit presque aussitôt un parapluie noir dans les mains. Il mit à son tour son manteau beige qui lui rappelait un peu la mode des années vingt, accompagné d’un silence qu’aucun des deux n’avaient envie de détruire avec des mots inutiles.
Ce fut avec le même silence qu’ils sortaient sur la rue. Seul le clapotis de la pluie sur le parapluie les accompagnait. Ils ne disaient rien pendant le trajet. Par gêne ou manque d’inspiration ? Peu importe. Elle avait envie de profiter de ce quart d’heure en se brûlant dans sa mémoire le moment passé dans la maison du professeur, et ce moment, ensemble sous la pluie, traversant les rues nocturnes de la ville pouvant profiter pleinement du parfum qui conférait à la scène une atmosphère presque irréelle. Les rues étaient désertes. Parfois elle fut aveuglée par les lumières d’une voiture.
Finalement, ils étaient arrivés. Elle prononçait un « on y est » avec une note de regret. Il s’arrêta.
- Bien, fut sa seule remarque.
Elle hésitait légèrement. Elle sentit son cœur se révolter de plus en plus devant la séparation.
- Merci de m’avoir raccompagnée, fit-elle en le regardant.
- De rien, répliqua-t-il et il lui semblait que pour un bref moment une ombre d’un sourire effleurait son visage placide.
Mais s’était sans doute son imagination.
- Au revoir, dit-elle, désolée de vous avoir dérangé.
Elle tourna les talents pour rentrer dans l’immeuble entendant avec peine son « bonne nuit ». Elle entendit ses pas s’éloigner sous la pluie. Elle hésitait un moment de se retourner un bref moment, cédant à son cœur, mais se résigna et poussa la porte d’entrée et disparaissait à l’intérieur.
*
**
Il fallait dire qu’il a été… surpris. Méchamment surpris. Il n’aurait jamais cru que la personne qui sonnait si violemment à la porte d’entrée dans les environs de minuit était une de ses élèves. Il avait presque honte de n’avoir enfilé à la hâte que la robe de chambre de son frère. Mais ce qui l’avait le plus « effrayé » était le regard terrorisé de la jeune femme. Tellement horrifié qu’il ne l’avait pas reconnue au premier coup.
Il l’avait invité avec un geste d’entrer, et, debout face en face, il se demandait bien ce qu’il devait maintenant faire de son élève qui avait l’air si perdue. Mais il se résigna qu’il ne pouvait pas rester dans cette robe de chambre sans goût.
- Désolée de vous déranger, articula-t-elle en essayant de reprendre son souffle. Elle avait dû courir.
Pourquoi ? Enfin…
- Ce n’est rien, murmura-t-il, installez-vous, je vais aller me mettre des habits plus convenables.
Il lui désigna le living avec une main avant de disparaître au premier étage pour s’habiller. Dans sa hâte, il avait presque oublié que son frère dormait sur un matelas à côté de son lit. Il arrivait de l’éviter que de justesse mais en perdant son équilibre et s’écrasant sur son lit.
Son frère grommela quelque chose, se tourna et continuait à dormir.
- J’aimerai avoir ton sommeil des fois…, murmura-t-il en le dévisageant.
Déjà la sonnerie ne l’avait pas réveillé ! Le professeur poussa un soupire en se redressant. Il fallait vraiment que son frère trouvait un nouveau emploie pour qu’il puisse à nouveau prendre sa vie en main.
Il enleva sa robe de chambre et mit des vêtements convenables puis disparaissait dans la salle de bain histoire de mettre ses cheveux en bataille en ordre. Il haïssait de ne pas être soigné. Surtout quand il y avait d’autres personnes autour de lui. Il s’en voulait qu’elle l’ait surpris dans un moment de faiblesse. Néanmoins, l’inquiétude pour son élève le poussa à faire vite.
Qu’elle se retrouve à minuit devant sa porte, essoufflée et terrorisée ne laissait rien prédire de bon. N’empêche… C’était étrange… que c’était justement elle qui devrait sonner à sa porte….
Quand il entra dans le living, il la trouvait en train d’examiner les photos que son frère avait accrochées dans la pièce en argumentant qu’il « manquait de décoration et de personnalité » dans cette maison.
- D...désolée, fit-elle gênée comme s’il l’avait surpris en train de faire une bêtise.
- Vous regardez les photos ? demanda-t-il, examinant les souvenirs en noir et blanc. Il s’attrapait lui-même en train de regarder celle avec son frère avec une certaine nostalgie.
Elle hochait la tête tout en baissant son regard. Ses cours cheveux bouclés d’une couleur chocolat lui tombaient dans le visage. Elle avait une silhouette fine et gracieuse qui avait le pouvoir de donner envie à la plupart des hommes.
- Voulez-vous quelque chose à boire ? demanda-t-il quand il avait réussit à détacher son regard d’elle tout en s’avançant vers la vitrine qui contenait diverses boissons alcoolisées.
- Non merci, l’entendit-il dire.
Il se prenait un verre de whisky sentant qu’il en avait besoin pour se contrôler. Quand il se retourna, elle était toujours debout, l’air perdu. Pourtant, les canapés étaient là pour s’asseoir.
Il s’assit dans un des canapés, l’invitant à faire de même. Il l’observa suivre son invitation avec une certaine curiosité. Elle semblait réellement bouleversée au point de ne pas arriver à le regarder en face. Pourtant, en cours, elle était une des élèves à être complètement accrochés à ses lèvres. Il prit une gorgée de son whisky.
- J’espère que je ne vous dérange vraiment pas… fit-elle comme si elle avait envie de détruire ce silence qui le dérangeait aucunement.
- À part que vous m’avez réveillé quelques minutes avant minuit, non, pas spécialement, répliqua-t-il continuant à l’observer avec une certaine perplexité
- Vous êtes sûr… ?
Il fronçait les sourcils. Pourquoi tant d’hésitation ?
- Parfaitement.
- Je… enfin…, fit-elle, j’ai vu d’autres paires de chaussure dans le hall, je…
Il avait envie d’éclater de rire. Cette jeune femme était tellement bouleversée qu’elle n’arrivait même plus à distinguer des chaussures d’hommes de chaussures de femmes ! Comme quoi, il lui semblait qu’il y avait une pointe de grotesque dans cette histoire.
- Les chaussures de mon frère, répondit-il, on se partage une maison pour des raisons financières. C’est également lui qui a accroché les photos et les peintures.
Plus précisément : Son frère s’est fait virer de son travail et se retrouvait sur la rue, n’ayant pas d’argent à payer son loyer. Exactement la chose qui ne pouvait arriver qu’à son frère. D’une part sa stupidité l’agaçait au plus haut point, d’une autre part c’était ce qui le rendait charmant.
- Vous avez un frère ? s’étonna-t-elle en le tirant de ses réflexions
- Un frère jumeau, expliquait-il.
- Alors sur les photos… ?
- Lui et moi.
Elle le dévisageait d’un air incrédule. Il se demandait au premier moment qu’est-ce qui était si surprenant au fait qu’il avait un frère jumeau. Après tout, ils n’étaient pas les seuls au monde. Mais…, oui, elle devait être étonnée qu’il ait été capable de sourire quand il était enfant. De nos jours, afficher un sourire était devenu une chose dangereuse.
Ressentant comme une sorte de peur qu’elle puisse fouiller plus, il décida de venir au vif du sujet :
- Et si vous me racontez ce qui s’est passé ?
- Ah… oui…, murmura-t-elle comme s’il venait de poser une question inattendue, j’ai… j’ai été poursuivie par un inconnu… J’ai pris peur et j’ai sonné à la première porte venue.
- Vous avez écrasée la sonnette, oui, répliqua-t-il sans aucune mauvaise intention, mais présentant un simple fait. Pourtant elle rougissait.
- Avez-vous une idée qui vous pourchassait ? continuait-il son interrogatoire.
Elle secouait la tête.
Il le dévisageait de son air placide qui n’affichait pas la méfiance qu’il ressentait au fond de lui face à cette histoire étrange.
- Quel hasard, n’empêche, dit-il, que ma meilleure élève se retrouve chez moi à minuit.
Il se laissait tomber en arrière dans le canapé et la regardant de son regard extérieurement insensible. La question qui le perturbait encore plus que l’identité du poursuiveur était un pourquoi. Pourquoi elle ? Pourquoi ?
- Il y a beaucoup de bruits qui courent à votre sujet parmi les professeurs, dit-il après un moment et l’examinait curieux de sa réaction.
- Ah bon ? fit-elle seulement regardant toujours fixement ses pieds.
- Il paraît que vous vous faites harceler, continua-t-il, c’est ce qu’on raconte. L’élève la plus talentueuse de l’école. Il y a de quoi pour rendre jaloux de nombreux élèves et même professeurs.
Elle ne disait rien, la tête baissée. Il repensait un moment à ce qu’il avait entendu dire. C’était vrai, cette fille était douée pour l’art. De nombreuses histoires de harcèlement courraient à son sujet, mais il n’avait jamais eu l’occasion de les vérifier.
- Vous pensez que… celui qui me poursuivait… que… c’était… pour… me harceler ?
Il haussa les épaules et vida d’un trait son verre. Il ne se faisait pas de jugement ou d’opinion tant qu’il n’avait pas de preuves pour une théorie. Ainsi donc il ne se fixait sur aucune hypothèse pour ce cas : Harcèlement, poursuiveur, hasard, imagination,… Il y en avait beaucoup.
- Quoi qu’il en soit, dit-il, je vous raccompagne chez vous, si vous voulez. Mais vous pouvez aussi rester ici pour le reste de la nuit, si vous ne voulez pas sortir.
Après tout, il ne pouvait pas jeter cette pauvre jeune femme bouleversée à la rue sans les moindres remords. Si cette histoire était vraie ou non, rien qu’une imagination d’une pauvre étudiante abandonnée dans une école d’art, il y avait des choses qui ne se faisaient pas. D’autant plus que cette jeune femme…
Elle lui semblait si fragile, assise sur le canapé, la tête baissée, comme une enfante qui attend une punition de la part de ses parents pour avoir commis une bêtise.
- Monsieur Lafine,… murmura-t-elle comme si elle était surprise de ne pas se faire gronder après tout, car les parents ont décidé de lui pardonner. Elle le dévisageait d’un air surpris, comme si elle ne s’y attendait pas et qu’elle hésitait entre les deux options, se demandant s’il avait été sérieux ou pas.
Lui, il attendit calmement qu’elle prit une décision se disant qu’il était facile de deviner les sentiments et réflexions qui se cachaient derrières ses yeux vert olive.
S’il était doué dans un domaine, c’était la patience sans aucun doute.
- Je…, arrivait-elle à articuler après un moment, je…je crois que je ferai mieux de rentrer.
- Je vais vous raccompagner chez vous alors, répliqua-t-il
- M...merci, fit-elle et se leva.
- Habitez-vous loin d’ici ?
Question de simple pratique. Il n’avait pas de voiture, étant d’avis que les humains avaient des pieds pour marcher.
Elle secouait vivement la tête.
- Non, un quart d’heure à pieds.
Il hochait la tête.
- Je vais me préparer, dit-il en prenant son verre vide qu’il allait poser dans la cuisine avant de grimper les escaliers pour prévenir son frère. Il était du genre à se faire un sang d’encre dès qu’une chose n’était pas comme elle était.
Il le secoua avec une certaine violence, sachant que c’était le seul moyen de le réveiller.
Son frère grommela quelque chose d’incompréhensible, bailla, s’étira, se redressa et jeta un bref coup d’œil sur la montre digitale qui brillait dans le noir.
- C’est minuit passé ! Pourquoi me réveilles-tu ? se plaignait-il tout en se recouchant sur son matelas, tirant la couverture au-dessus de sa tête.
- Je vais sortir pour une demie heure environ, répliqua-t-il, une de mes élèves a sonné à ma porte parce qu’elle se croyait poursuivit. Je la raccompagne chez elle.
Son frère se redressa à nouveau.
- Toi…, fit-il, tu es amoureux !
Il resta interdit un moment dévisageant son frère d’un regard surpris. La lumière du couloir illuminait faiblement le sourire amusé qui se dessinait sur le visage de ce dernier.
- Ridicule…, répliqua-t-il avec une certaine irritation.
- D’accord, frangin, je ne suis peut-être pas très doué, je ne suis pas non plus intéressé par les filles, mais… je suis ton frère et je suis ton frère jumeau et la personne qui te connaît le mieux au monde. Et toi, tu sonnes terriblement comme une personne amoureuse dont l’amour de sa vie vient de sonner par miracle à sa porte et qu’il saute sur l’occasion pour la raccompagner !
- Recouches-toi, tu racontes n’importe quoi, tu manques de sommeil, répliqua-t-il assez agacé par les dires osés dans son frère.
- Tu ne me tromperas jamais, frangin ! fit le jumeau avec un rire, laisse-toi du temps, laisse-toi du temps !
Il lui jeta un regard noir à son frère puis sortait de la pièce en prenant un parapluie au passage.
Quand il descendait les escaliers, elle l’attendait déjà. Quand il la regardait, les mots de son frère lui revinrent à l’esprit. Il essayait de les chasser et alla chercher son manteau. Ils ne disaient rien. C’était étrange, pourtant elle avait semblé être dérangée par le silence d’auparavant. Lui, il était trop occupé par refouler la voix de son frère. Il le haïssait. Il le haïssait parce qu’il ne pouvait rien lui cacher. Parce qu’il le comprenait toujours parfaitement, surtout quand il essayait de cacher le mieux possible ses sentiments. Son frère était dérangeant.
Il continuait à garder le silence pendant qu’ils marchaient dans les rues nocturnes. Oui, elle lui était tombée aux yeux pendant les premières secondes de son premier cours de cette année. Oui, il ne pouvait pas nier qu’elle l’attirait. Mais il ne s’agissait pas de preuves pour suggérer l’hypothèse que son frère avait avancée comme une vérité absolue.
Ses pensées le torturaient pendant tout le chemin, et ce fut presqu’avec soulagement qu’il entendit un « on y est ». Sa voix lui paraissait si douce à ce moment.
- Bien, fut le seul mot qu’il prononça. Il dévisageait l’immeuble avec une curiosité cachée.
- Merci de m’avoir raccompagnée.
- De rien, répliqua-t-il et esquissa un léger sourire presque invisible en devant à nouveau repenser aux paroles de son frère.
- Au revoir, dit-elle, désolée de vous avoir dérangé.
Elle avait déjà tourné les talents pour s’en aller. Il lui lança un « bonne nuit ». Son cœur se serra quand il se retourna à son tour. C’était étrange.
Après tout son frère avait quand-même raison.
Fin