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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Les petits bateaux pneumatiques jaunes (partie 1)

Auteur Sujet: Les petits bateaux pneumatiques jaunes (partie 1)  (Lu 13833 fois)

Hors ligne Nienna

  • Aède
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Re : Les petits bateaux pneumatiques jaunes (partie 1)
« Réponse #30 le: 21 octobre 2009 à 16:19:12 »
On ne se refait pas paraît-il...alors, ben, j'aime toujours !

Le changement de narrateur est bien vu. Et puis le perso. de Finch est pas mal avec son statut de "philosophe". Le passage, l'univers est bien rendu. Tout comme les autres j'attends la suite et la fin puisqu'elle doit bientôt arriver. Et j'avoue être assez curieuse de voir comment tu vas nous amener à une chute, te dépatouiller de tout ça... :mrgreen:

...

Juste :

Tu peux croiser des femmes, portant des briques sur la tête, un chiffon noué sur le crane.
crâne   :-¬?


"Ce fut d'abord une étude. J'écrivais des silences, des nuits, je notais l'inexprimable. Je fixais des vertiges."

Rimbaud - Alchimie du verbe

Hors ligne trompette sournoise

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Re : Les petits bateaux pneumatiques jaunes (partie 1)
« Réponse #31 le: 24 octobre 2009 à 13:17:37 »
4. Une bonne grenadine bien fraiche.

Finch apparaît au dernier niveau du parking couvert. Un demi-bidon de boue claire vient frapper régulièrement contre ses cuisses de grenouille. Il n’a pas touché à sa ration. Sa langue le précède d’une demi-seconde, et les mouches tentent désespérément de s’y poser.
Il passe devant le monospace des voisins. Le père, toujours au volant, promet à Finch de le laisser coucher avec sa femme s’il accepte de remplir son gobelet en fer. « Elle n’est pas encore morte », précise-t-il tandis que Finch s’éloigne en faisant la sourde oreille. Le jeune philosophe ouvre une portière de la Nissan et s’écroule sur la banquette arrière.
Il secoue le bidon à l’attention de Slit, fier de ne pas revenir bredouille, puis s’évanouit.

Le barrage a cédé. Des trombes d’eau ont recouvert les ruines. Il pleut. Doucement. Finch est seul à la surface, couché sur le dos, flottant sur un piano en bois. Il ouvre la bouche et recueille l’ondée. Sa langue n’est plus une aubergine. Pile au dessus de lui, il sourit à un nuage. De petites vagues le bercent gentiment. Il reste un moment comme ça.
 Puis, tour à tour, émergent autour de lui de petits bateaux pneumatiques jaunes contenant chacun un occupant. Slit se trouve sur le premier, il est accompagné d’un magnifique dalmatien qu’il caresse en souriant. Sur le second, il y a une femme et des briques en bois « Pour reconstruire une cité flottante » lance-t-elle à Finch. Sur le troisième, Pit, du second niveau, picore dans une assiette remplie de légumes verts. Sur le quatrième, le voisin, l’homme au monospace, fait l’amour avec sa femme. Et ainsi de suite. Tous les habitants de l’ancienne cité émergent les uns après les autres sur des petits bateaux en plastique. On se lance des regards émus et des bouteilles d’eau.
Finch, flottant sur son piano, n’en croit pas ses yeux et, une paille à la bouche, il se met à aspirer l’océan. Le niveau de l’eau baisse, jusqu’à ce que les pieds du piano finissent par toucher la terre ferme. On entend alors une petite musique s’élever et on voit apparaître, assis devant l’instrument, un homme qui se débarrasse de son tuba et dit :

-   Merci vieux, je commençais à manquer d’air là-dessous.

Finch se réveille.
Slit tient la gourde du pilote juste au dessus de la bouche offerte de son colocataire.
Celle-ci est vide, maintenant.
La tête de Flylow apparaît par-dessus le siège passager.
Slit referme la gourde et dit :

-   Finch, voici le capitaine Terry Flylow. Il est mon prisonnier. Je l’ai abattu aujourd’hui même. Demain, nous le raccompagnerons chez lui, de l’autre côté du barrage, et on nous offrira une bonne grenadine bien fraiche pour nous remercier, ainsi qu’un…
-   Permis de séjour, continua Flylow en souriant de toutes ses dents bien blanches.
Finch se redresse.

Le pilote porte un ciré jaune et un masque de plongée, récupérés à la sortie du château d’eau, sur la dépouille assommée d’un fidèle à la traine.

-   Vous êtes pilote d’avion, c’est ça ?
-   Affirmatif. Et vous, vous faites dans la philosophie si j’en crois votre jeune ami ?

Finch ne répond pas. Il réfléchit.

-   Vous êtes chasseur de nuage, pas vrai ?
-   Je me bats contre des moulins à vent, uniquement. Ah ah.

Finch ne rit pas. Il devient rouge.

-   Vous êtes une saloperie de chasseur de nuage. Les moulins à vent, c’est nous.

Finch ne bouge pas. Il se crispe.
Flylow porte la main à sa ceinture.
Les yeux de Slit passent du siège passager à la banquette arrière, et inversement, sans comprendre.
Finch marmonne, à l’intention de personne en particulier.

-   S’ils avaient seulement le courage de regarder le ciel, ils verraient passer les avions. Tous les jours. Et les orages éclater un peu plus loin. Et les avions revenir. Les mêmes avions qui ont rasé la ville.

Puis Finch se jette vers l’avant de la Nissan, ses ongles noirs sur le visage du pilote, arrachant son masque de plongée, cherchant à planter ses dents dans le cou de l’homme au ciré jaune.
Un coup de feu.
Finch se coule entre les sièges.
Renonce à sa carrière de doyen charismatique au pays des voitures sans roues.   
Il sourit et meurt.

Flylow, son arme à la main, son ciré jaune constellé de rouge, ferme les yeux.
Je refuse de me laisser bouffer par un môme anorexique.

Dans le parking, tout le monde a entendu résonner le coup de feu. On s’agite.
Le pilote prend Slit sous son bras. L’enfant ne bronche pas. Il se concentre sur le sifflement dans ses oreilles. Il voit la Nissan s’éloigner, puis le monospace, puis le parking, puis les ruines, puis la nuit…

Le lendemain, au check point n° 36, de l’autre côté de la barrière, dans un bureau climatisé, il est assis dans un bureau vide, une grenadine posée en face de lui. Avec son doigt, il caresse les bords du verre. Récupère quelques gouttes de condensation et les porte à sa bouche.
Puis, il attrape le verre et le renverse lentement sur le sol.
Le liquide rouge se répand sur le carrelage.
Slit pense à Finch.
Le verre vient toucher le sol et se brise.


*****

Hors ligne Krapoutchniek

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  • Génération de l'univers en cours, patientez svp...
Re : Les petits bateaux pneumatiques jaunes (partie 1)
« Réponse #32 le: 24 octobre 2009 à 14:12:29 »
La fin est un peu précipitée, non ?

Enfin, j'adore le dernier paragraphe. Slit se rend enfin compte de la réalité et de la gravité de la situation.

Ton texte laisse une porte vers une suite : qu'arrive-t-il à Slit  et aux autres ?
It will reveal its meaning when it lives in victory...

Hors ligne Scorpnix

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Re : Les petits bateaux pneumatiques jaunes (partie 1)
« Réponse #33 le: 24 octobre 2009 à 18:21:11 »
... C'est fini ? Vraiment ? :(


J'suis complètement fan du dernier paragraphe aussi. Ca prend au tripes, c'est un vrai rebondissement, Slit prend une autre dimension, il devient super puissant là ! Tu peux pas t'arrêter !

Hors ligne Menthe

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Re : Les petits bateaux pneumatiques jaunes (partie 1)
« Réponse #34 le: 24 octobre 2009 à 19:10:09 »
Dis, hé, le titre "Les petits bateaux pneumatiques jaunes" est suivi de "partie 1", ça veut bien dire qu'il y a donc une PARTIE 2 ? *sourire béat*
Non mais sérieusement, tu peux pas nous laisser avec une pareille faim ! On attend quand même kékchose, je sais pas moi, n'importe quoi.
J'suis un peu triste pour Finch. J'l'aimais bien, monsieur cuisse-de-grenouille-philosophe. Et puis tous les autres aussi.

N'empêche que je trouve que ce texte est quand même sacrément à part en comparaison avec les autres. Il a un ton plus grave, mais aussi une structure plus construite, plus recherchée. Tu fais dans le long ? Cool ! On va être bien content, alors ! On s'attache plus aux personnages. Ceux de tes autres récits sont plus fugaces, limite esquissés. Avec ceux-là, on a eu le temps de les suivre, de faire leur connaissance, et on n'a pas envie de les quitter comme ça.

Bref, c'était vraiment super. J'ai adoré te lire.
C'est pas que je suis loin du but, c'est que je suis à côté de la plaque !

Hors ligne Nienna

  • Aède
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Re : Les petits bateaux pneumatiques jaunes (partie 1)
« Réponse #35 le: 24 octobre 2009 à 20:07:15 »
Vu que j'ai commencé depuis le début, je finis, je relève les accents circonflexes qui se perdent :

4. Une bonne grenadine bien fraiche.
fraîche.

et on nous offrira une bonne grenadine bien fraiche pour nous remercier, ainsi qu’un…
idem.

sur la dépouille assommée d’un fidèle à la traine.
traîne.

...

Alors.
Plutôt déçue. La manière de raconter, les petits détails et tout, ça reste génial mais, je rejoins l'avis de Krapoutchniek, la fin est un peu précipitée. Je trouve que ça manque de temps. Tout est dit, montré rapidement. Du coup j'ai eu moins d'images que durant les autres parties. Par exemple, le passage, à la western, entre Finch et Flylow aurait pu être plus étoffé, pour mieux ressentir la tension monter.

J'aime l'ensemble mais cette fin me laisse une petite déception dans la gorge...dommage. Mais en rajoutant deux/trois trucs, en développant un peu plus la fin, cette partie clôturerait bien le tout.
"Ce fut d'abord une étude. J'écrivais des silences, des nuits, je notais l'inexprimable. Je fixais des vertiges."

Rimbaud - Alchimie du verbe

Hors ligne trompette sournoise

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Re : Les petits bateaux pneumatiques jaunes (partie 1)
« Réponse #36 le: 24 octobre 2009 à 21:26:12 »
Je sais c'est moche.
Pas surpris du tout de vos réactions et de la déception qui est la votre, qui est aussi la mienne, face à cette fin torchée.
La vérité, c'est que j'ai du mal avec la longueur.
Jusqu'ici, j'ai couru des 100m et on ne se lance pas sur du demi-fond sans une préparation physique soutenue. Je me suis retrouvé à bout de souffle dans les derniers tours de piste.
Alors j'ai terminé sur les genoux.

Une chose est certaine, j'y reviendrai.
Je vais m'aligner à nouveau sur la piste de départ et je compte bien terminer en danseuse la prochaine fois, en apothéose plutôt qu'en cul de sac.

Il faut travailler. C'est comme ça.

Merci beaucoup, en tout cas, d'avoir, vous, tenu la distance.
Vraiment.

Hors ligne Scorpnix

  • Calliopéen
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    • Mon Monde Merveilleux
Re : Les petits bateaux pneumatiques jaunes (partie 1)
« Réponse #37 le: 24 octobre 2009 à 22:18:05 »
Comment ne pourraient-on pas tenir la distance ?

Va falloir que tu te mettes ça dans la tête, Dealer : quand on commence à te lire, on a jamais envie d'arrêter. Alors vas-y, tu peux y aller, on sera toujours là pour suivre, nous ! (du moins moi je le serai ^^)


Et je ne suis pas tout à fait d'accord avec ça :
On s'attache plus aux personnages. Ceux de tes autres récits sont plus fugaces, limite esquissés.
Je trouve que tous tes personnages, même s'ils apparaissent dans des textes courts, prennent une ampleur considérable, on les connait déjà très bien et on s'y attache dès les premières lignes. C'est une de tes principales qualités : trouver les mots juste pour croquer un personnage en quelques traits de crayon, mais ô combien précis et soignés, pour former un portrait complet.


En espérant que tu prennes très vite le départ de la 2° "course à la rame" ...  ;)

Hors ligne Nienna

  • Aède
  • Messages: 194
Re : Les petits bateaux pneumatiques jaunes (partie 1)
« Réponse #38 le: 25 octobre 2009 à 10:41:17 »
La vérité, c'est que j'ai du mal avec la longueur.
Jusqu'ici, j'ai couru des 100m et on ne se lance pas sur du demi-fond sans une préparation physique soutenue. Je me suis retrouvé à bout de souffle dans les derniers tours de piste.
Alors j'ai terminé sur les genoux.

Au moins tu as quand même fini. Tu as la matière, tu le tiens le truc, faut retravailler, remodeler. Si le plaisir et l'envie sont toujours là, c'est bon.  En tout cas, pareil que Scorpnix, je serai là pour lire.
Moi aussi j'ai un peu le même problème. J'écris plutôt des trucs court. Dès que je me lance dans des trucs plus longs, je manque de souffle...et j'abandonne. Comme toi, je préfère les sprints. Mais j'essaye de m'entraîner sur le long, c'est dur. Mais on y arrivera bien un jour ! ^^

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Re : Les petits bateaux pneumatiques jaunes (partie 1)
« Réponse #39 le: 28 octobre 2009 à 15:46:14 »
Alors, oui, c'est court, ça finit vite. Mais la fin est bien fidèle au reste. Au début je me disais que c'était vraiment trop triste, mais non, ça n'aurait pas pu finir autrement, ça n'aurait pas collé.

Et je crois qu'on est nombreux ici à avoir du mal à tenir la distance et donc à te comprendre sans problème  :D

Vivement que tu nous pondes encore autre chose!
Of course it is happening inside your head, but why on earth should that mean that it is not real ?
- Dumbledore -
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Hors ligne Kathya

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Re : Les petits bateaux pneumatiques jaunes (partie 1)
« Réponse #40 le: 11 novembre 2009 à 16:10:22 »
Aaaaaaaaah j'ai raté la fin, fichues révisions ! x'D

J'aime beaucoup le passage de délire avec les bateaux pneumatiques. x)
Le reste m'a un peu déçue car je m'attendais franchement à ce que ça coince entre le pilote et le philosophe.
Bref, c'est bien écrit, ça reste fidèle à ce qu'il y a avant, mais il y a un petit côté, c'est fini car il fallait finir !  ::)

Enfin, bravo et n'hésite pas y revenir !  ;D
"Je suis la serveuse du bar Chez Régis ! Ou un leprechaun maléfique barrant l'entrée d'un escalier imaginaire..."

Et puis la Nuit seule.
Et rien d'autre, et plus rien de plus.

Avant l'hiver, Léa Silhol

 


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