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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Poésie (Modérateur: Claudius) » 1493, ou l'Attrait du Pérou

Auteur Sujet: 1493, ou l'Attrait du Pérou  (Lu 3062 fois)

Svetlana

  • Invité
1493, ou l'Attrait du Pérou
« le: 13 Septembre 2009 à 11:26:22 »
1493, ou l'Attrait du Pérou


La rade s'encombrait de vaisseaux en mouillage,
Des cris des armateurs sur ceux des équipages ;
Un vieux chien démembré, galeux jusqu'à son âme,
Ajoutait au départ la raison plus infâme
De quitter ce rivage où poignait la misère,
Et d'abandonner là, dans ce morne désert,
Tout coloré de gris, préface du caveau,
Tout embrumé d'ennui, tout grevé de travaux,
Le placide taudis dont la fenêtre amère
Découvrait les langueurs des reflux de la mer.

Sur des murs décrépis, soupirs de ma détresse,
Lisant ma sécheresse et la douce caresse
Que le vaste océan exerçait sur ton cœur,
Le visage au carreau, j'admirais mon vainqueur.
Quand je jouais au piano que corrodait l'usure,
L'onde et mon bleu regard ouvraient un même azur ;
Mais le temps qui prend tout en corrompit la teinte,
La mer est scintillante et je me suis éteinte.
Ô voyageur absent, si l'amour te revient,
Peut-être oublieras-tu les trésors péruviens.

Ici tu trouveras que rien n'aura changé,
Que tout pâlit devant l'Amérique orangée ;
La drogue au goût si pur, coca du paradis,
L'enivrante aventure aux tréfonds du maudit,
L'exaltation féroce aux parfums de romance ;
Ici tu trouveras que rien n'a plus de sens.
Devrais-je supporter les remords d'un retour,
D'un retour imposé, d'imposer un détour
A toi l'explorateur aux sentiments bâchés ?
Tu trouveras mon corps tout froid sur le plancher.
« Modifié: 13 Septembre 2009 à 11:36:13 par Svetlana »

Hors ligne Milora

  • Trou Noir d'Encre
  • Messages: 10 986
  • Championne de fautes de frappe
Re : 1493, ou l'Attrait du Pérou
« Réponse #1 le: 13 Septembre 2009 à 11:33:34 »
Citer
Que la vaste océan exerçait sur ton cœur
le



J'aime bien ce poème :) Il a de jolies images, et il raconte une histoire ^^ (mais ça c'est un goût personnel). Désolée, ai rien de constructif à dire !  :-[
Il ne faut jamais remettre à demain ce que tu peux faire après-demain.

Hors ligne Matt

  • Calame Supersonique
  • Messages: 1 543
Re : 1493, ou l'Attrait du Pérou
« Réponse #2 le: 13 Septembre 2009 à 14:14:50 »

J'ai également bien aimé, même si parfois je trouve qu'il y a des problèmes de rythme. (surtout la première partie où j'ai un peu de mal à prendre mon souffle)

Sinon peux-tu m'expliquer le choix de ton titre ? et ton inspiration est venue d'où pour l'écrire, lui et le texte qui l'accompagne ?
Les Oeuvres d'Art ont quelque chose d'infiniment solitaire, et rien n'est aussi peu capable de les atteindre que la critique.

Seul l'amour peut les saisir, les tenir, et peut être équitable envers elles.

Rainer Maria Rilke

Svetlana

  • Invité
Re : 1493, ou l'Attrait du Pérou
« Réponse #3 le: 13 Septembre 2009 à 14:55:41 »
Pourtant cette fois je t'ai mis ta chère ponctuation ! Désolée de t'avoir essoufflé. Le titre qui m'est venu aussitôt est 1492, puisqu'il me fallait rendre uniquement la motivation du voyageur (l'attrait du nouveau, des richesses, de l'aventure, toutes ces notions qui sont contenues dans le Pérou de l'époque en fait), sans rien dire de l'amour, car il est implicite, implicite puis mort, il doit suinter du texte avec l'esprit de délaissement ; on ne ressent cette nostalgie que lorsqu'on aime ce qu'on quitte ou, ici, ce qui nous a quitté. Mais c'était déjà pris par autre chose, une autre thématique, un film, enfin 1492 n'est qu'une toile de fond approximative ici. J'ai ensuite pensé à mettre l'alexandrin Renonçant à l'amour pour un autre infini (sous-entendu l'océan) en titre, en le modifiant (il ne convenait pas au texte parce que le renoncement est progressif et déjà passé, il y a une idée d'action brutale dans cet alexandrin qui ne va pas) ; mais le résultat n'allait pas. Donc j'ai repris ma première idée, sachant que c'était 1492 passées les excitations de la découverte, passé Colomb, c'était après 1492, quand les âmes aventurières qui s'enlisaient sur le Vieux Continent partaient voir si l'existence ne serait pas plus trépidante de l'autre côté de l'océan tentateur ; c'était donc 1493. Pour rendre encore le nouveau, les richesses, l'aventure, j'ai rajouté l'Attrait du Pérou. Pour le texte, qui vient toujours avant le titre pour mieux lui correspondre, c'est un souvenir de cet été, l'après-midi on se baigne et le soir on marche sur la jetée, il vient des idées, parfois bonnes. Le Trio n°2 de l'Opus 100 de Schubert a beaucoup aidé, comme d'habitude.

J'en profite pour remercier Milora, j'ai aussitôt édité la voyelle en question.

Hors ligne Matt

  • Calame Supersonique
  • Messages: 1 543
Re : 1493, ou l'Attrait du Pérou
« Réponse #4 le: 13 Septembre 2009 à 15:31:37 »

Ok. C'est assez drôle ce mélange entre réalité et passé. Je vois un peu mieux maintenant.

Merci pour ces explications !  ^^
Les Oeuvres d'Art ont quelque chose d'infiniment solitaire, et rien n'est aussi peu capable de les atteindre que la critique.

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Rainer Maria Rilke

pehache

  • Invité
Re : 1493, ou l'Attrait du Pérou
« Réponse #5 le: 14 Septembre 2009 à 06:47:39 »
Musicalement, techniquement, à mes yeux: une plume maîtrisée. Le vers est ample, balancé, le lexique choisi.
(Je ne suis pas un fan de poésie narrative, mais, ça, c'est mon problème- et une autre question.)

Hors ligne ernya

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Re : 1493, ou l'Attrait du Pérou
« Réponse #6 le: 14 Septembre 2009 à 22:30:32 »
Ajoutait au départ la raison plus infâme
je trouve ce vers en peu en dessous du reste de la strophe et puis je trouve ça un peu abstrait "la raison plus infâme"

Sur des murs décrépis, soupirs de ma détresse,
Lisant ma sécheresse et la douce caresse
Que le vaste océan exerçait sur ton cœur,
Le visage au carreau, j'admirais mon vainqueur.
elle regarde le mur ou l'océan ?

Ici tu trouveras que rien n'a plus de sens.
idem, je le trouve en un peu en dessous et peut-être un peu lourd à l'oreille


dans l'ensemble, je trouve ce poème bien écrit, à part deux petits vers que j'aime pas trop, le reste est bien rendu, les rimes fonctionnent bien et l'ambiance est plantée. Le dernier vers permet une belle chute et clôt bien le poème ^^
"Je crois qu'il est de mon devoir de laisser les gens en meilleur état que je ne les ai trouvés"
Kennit, Les Aventuriers de la Mer, Robin Hobb.

Svetlana

  • Invité
Re : 1493, ou l'Attrait du Pérou
« Réponse #7 le: 16 Septembre 2009 à 19:56:03 »
La "raison plus infâme" est explicitée par la suite ; il y a non seulement l'attrait de l'or, de l'aventure, du Pérou, mais en plus, et c'est ça qui est répugnant, fuir le misérable village - donc la narratrice - motive presque autant le voyageur. C'est là l'idée ; après, oui, la rime est facile, la tournure est laide et le rythme est compromis lors de la première lecture. Sinon, elle regarde évidemment l'océan. C'est l'océan qui a gagné le coeur du voyageur. En plus de cette logique, le visage est "au carreau", et on n'admire pas des "murs décrépis" dans cette circonstance. Enfin, l'effet de symétrie avec le premier vers de la troisième strophe justifie à mes yeux la construction. J'ai même trouvé ça beau en l'écrivant.

Merci de vos lectures !

 


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