Le vent froid fouette mon visage sans relâche, il est un bourreau infatigable. Au fil des minutes, des larmes sont apparues et mon nez a commencé à couler, le bout de mon nez a rougi. La nuit a envahi le jardin et la seule source de lumière émane d'une lune discrète, nous sommes en campagne profonde, celle qui ne se laisse pas berner par l'éclairage des lampadaires. Zoé ne dit rien, elle est assise à quelques mètres de moi et porte un regard inquiet au même spectacle que moi : perdu au milieu de la masse sombre, mon frère tente de mettre fin à sa crise d'angoisse.
Il rêve de la chaleur du Burundi. Il respire fort mais son souffle ne perturbe pas la force du vent. Il rêve de la candeur de son enfance perdue. Il reste immobile mais son désir de s'enfuir s'ancre sur les traits tirés de son visage. Il rêve des mots que le roman a laissé en lui. Il pleure sa plume muette et ses peurs abstraites.
Papa et maman dorment à quelques mètres de là, dans la douceur des draps qui les protègent des tourments de leur enfant. Leur sommeil doit être apaisé et je les imagine blottis l'un contre l'autre. S'ils savaient, ils se lèveraient aussitôt et ordonneraient à Zoé et moi de retourner dans notre chambre, ils promettraient de s'occuper de mon frère. Mais ils dorment...
Les battements de mon cœur s'intensifient ; je n'écoute qu'eux. Je voudrais demander à Zoé comment elle se sent mais le gel force mes lèvres à ne pas se séparer. Elle tremble légèrement, ses mains ont cessé depuis quelques minutes de remettre ses cheveux en place, comme si elle acceptait de ne plus être belle. Comme s'il s'agissait du sacrifice nécessaire pour affronter la situation. Comme si elle désirait plus que tout que son cœur prenne le meilleur sur son corps.
Je dois lui demander de rentrer. Je lui promets qu'on s'en fout de ses nausées. Je lui explique que le soleil vaincra l'obscurité. Je le supplie de bien vouloir prendre soin de nous.
Il me dit, la voix tremblante, le ton glaçant : « J'ai peur. Mes muscles ne répondent plus à mes appels, mon ventre se laisse bouffer par le monstre de mes tourments. Est-ce que je suis fou ? Est-ce que je gâche vos vies ? Vous devriez dormir mais mon comportement vous force à rester auprès de moi. Je suis touché. Est-ce que vous aussi vous avez peur ? »