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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Robert [défi]

Auteur Sujet: Robert [défi]  (Lu 5341 fois)

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Robert [défi]
« le: 14 Octobre 2016 à 15:57:59 »
Titre : Robert
Sujet : "Parle-moi d'un gars paumé, qui sait pas trop quoi faire de sa vie" (défi de Doctor Grimm, à l'attention de Umi et auquel je me suis gentiment "greffée")
Histoire : Robert, 57 ans, divorcé, loin de ses enfants, trouve une gamine sur le palier de sa porte...
Commentaires : Bon, pour être tout à fait honnête, il sait quoi faire de sa vie (enfin, peut-être), mais ça reste à mes yeux un gars paumé à la fois dans son passé et son présent, qui a besoin d'un bon coup de pied au derrière pour avancer. Et vous allez me détester (encore) pour la fin : elle résume à elle seule qu'on ne peut finir ce genre d'histoire, mais qu'on doit laisser au lecteur le soin d'imaginer la fin qu'il souhaite pour le(s) personnage(s). Peut-être aussi que je n'ai pas tout relu comme il faut, mais bon, je me connais, si je me relis, je le posterai jamais... et certains passages, certains dialogues me semblent bancals, mais d'un autre côté, je ne suis pas un homme de 57 ans qui trouve une gamine devant chez lui, donc je fais avec les moyens que j'ai (ceux du bord, quoi).
D'ailleurs, cette histoire à une genèse, même si' j'ai pas mal modifié l'idée de base :
Quand je dis que mon personnage sera un homme de quarante ans, malheureux dans son couple, rongé par l'alcool et qui déteste s'appeler Robert (je refuse qu'on me lance un défi pour le mettre en scène :huhu:), je crée, même s'il semble sorti d'une réalité que je pourrais connaître.

Bon, aller ! Moi je me casse (plutôt que de raconter ma vie) et vous souhaite :

Bonne lecture !





   Je m’appelle Robert : 57 ans – et je les parais ! –, divorcé depuis plus de quinze ans déjà – je me demande ce que devient Henriette avec son avocat de malheur… –, deux grands enfants que je ne vois même plus – je crois bien que l’un d’eux vient de voir naître son deuxième bout de choux –. Le portrait que je dépeins de moi ne me semble pas si moche, mais peut-être l’est-il pour toi qui le lit : celui d’un homme raté comme il en existe tant, usé jusqu’à la moelle par une société toujours plus avide et presque certain de ne pas pleinement vivre sa retraite – j’économise malgré tout pour m’acheter une maison dans une région plus agréable, un jour.
   J’habite dans un petit appartement d’une grande ville triste et maussade qui mériterait sûrement que je la nomme – par respect pour le semblant de foyer qu’elle m’offre –, mais je ne souhaite pas vraiment m’attarder sur elle. Sachez juste qu’elle regroupe plusieurs universités et que la jeunesse ici est particulièrement vivante, ce qui me rappelle au quotidien le garçon chahuteur et révolutionnaire que j’ai été, qui hurlait à qui veut l’entendre que… que quoi, déjà ? que je voulais vivre libre ? les années ont bien changé. Maintenant, je ne rêve que d’obtenir ma retraite et m’éloigner de ce grabuge incessant du monde urbain.
   J’éteins la télé, coupant la jeune femme dans sa description des manifestations qui obnubilaient les médias, sans cesse rabaissées à des sorties d’animaux de foire : violence, haine, que de mots pour décrire ce besoin de vivre, ce désir de choisir son destin. Oui, battez-vous les jeunes ! luttez pour votre avenir ! vous le méritez. Mon dos se rappelle à moi et je saisis ma canne ainsi que mon manteau. Après avoir refermé la porte de mon appartement, je descends les cinq étages qui me séparent de la rue avec difficulté. Une fois dehors, je m’arrête et reprends mon souffle tout en essuyant les perles de sueur sur mon visage qui se mêlaient avec les gouttes de pluie.
   Où pouvais-je bien aller ? le bar devait fermer ses portes à cette heure tardive. Je me décide pour le parc au coin du quartier. Les rues que je traverse pour l’atteindre sont noires de monde, jeune ou vieux, civil ou forces de l’ordre. Un homme d’une vingtaine d’années, vêtu d’un uniforme de policier bien repassé vient vers moi tandis que je m’écarte de la foule démente, la respiration difficile.
   — Vous vous sentez bien, monsieur ? demande-t-il tout en regardant son supérieur qui acquiesce. Voulez-vous un peu d’aide ?
   — Ne vous en faites pas, mon garçon : je vais bien.
   Je lui tapote l’épaule avec douceur. Ce gamin n’a vraiment pas choisi la bonne voie, mais on sent qu’il se bat pour ses rêves. Mais qu’est-ce que je raconte ? Bien sûr qu’il a choisi la bonne voie ! c’est celle de ses rêves et c’est tout ce qui compte. J’arrive au square et m’installe sur l’un des bancs, le lieu complètement vide. Pas de couples de tout âge en promenade, pas de mères de famille, pas de bambins jouant. Rien que quelques promeneurs, obligés de sortir leurs chiens pour éviter que ces derniers n’aillent faire leurs besoins dans la maison ou l’appartement.
   Autour de moi, les pigeons s’amassent en piaillant. A chaque cri de l’un d’eux, un autre arrive, ce qui m’oblige à accepter une bonne quinzaine de ces volatiles pour me tenir compagnie. Gourmands, ils s’approchent toujours plus près jusqu’à ce que l’un d’eux tente de picorer ma poche avant de reculer aussitôt.
   — Désolé : je n’ai rien sur moi, aujourd’hui.
   L’un d’eux hoche la tête sur le côté comme un enfant et je ne peux m’empêcher de rire à cette image. Finalement, je me redresse et décide de rentrer chez moi, mon corps toujours douloureux. Alors que je cherche mes clés à quelques mètres de la porte, mon regard tombe sur une jeune fille qui doit tout juste atteindre la majorité. Assise sur l’unique marche du palier, elle semble éreintée et frigorifiée. Ses courts cheveux n’en paraissent rien, mais les poches sous ses yeux en disent un peu plus.
   — Qu’est-ce que tu fais là, petite ?
   Elle sursaute et se tourne vers moi avant de s’écarter pour me laisser entrer. Alors seulement, j’aperçois son sac. Un vieux sac à dos qui doit contenir les quelques trésors qu’elle possède. Je m’assoie à côté d’elle tandis qu’elle se recroqueville.
   — Eh bien ?
   — Je…
   Elle me regarde, hésitante.
   — Si le concierge te voit, il te jettera dehors à grand renfort de coup de balais. Raconte-moi pourquoi une gamine somnole sur le palier d’un immeuble.
   — Je ne suis pas une gamine ! J’ai dix-neuf ans.
   — Et moi cinquante-sept printemps, « gamine ».
   Elle veut répliquer, mais finit par baisser la tête entre ses genoux remontés.
   — Je me suis disputée avec mes parents.
   — Et tu t’es enfuie…
   — Oui.
   Je soupire. Il ne manquait plus que ça : une fugueuse. Patrick – cet enfoiré de concierge – n’allait pas être content. Je me relève avec difficulté et lui tends la main.
   — Viens, suis-moi. Je n’aimerais pas qu’une enfant se fasse violer dans une ruelle sombre.
   — Mais vous : vous allez me violer ? dans votre appart ?
   Je faillis m’étouffer en entendant ces mots timides.
   — N’aie crainte. Cela fait bien longtemps que la tuyauterie ne marche plus chez moi. C’est même pour ça que ma femme est partie.
   Elle esquisse un sourire réservé et se relève, m’aidant à monter les cinq étages jusqu’à mon appartement – brave petite ! Une fois dedans, elle le scrute dans tous les sens et ses yeux s’illuminent quelque peu.
   — Je me croirais presque chez oncle Antoine.
   Je me dirige vers la cuisine et la vois qui s’installe sur l’une des chaises qui s’y trouve, de façon très bien élevée et son sac sur ses genoux, comme si elle se préparait à fuir au moindre geste brusque de ma part.
   — Des pâtes, ça te convient ? Je ne pensais pas à un invité et mes courses ne sont programmées que pour demain.
   — Merci, mais…
   — Ne joue pas à ça avec moi ! Je vois quand une adolescente dans ton genre cherche à se montrer trop forte.
   — Comment s’appelle-t-elle ?
   Je hausse un sourcil dans sa direction et vois son pied raffermir son appui sur le sol : elle se prépare à bondir.
   — Votre fille, l’adolescente à laquelle vous me comparez : comment s’appelle-t-elle ?
   — Sarah. Et toi, quel est ton nom ?
   — Xavière.
   J’entendis derrière ce simple mot toute la haine et la rancœur contenues. Je ne peux que comprendre ce sentiment.
   — Navré pour toi : moi non plus, je n’aime pas mon prénom. Je m’appelle Robert.
   Je pose l’assiette sous son nez et elle mange en silence le reste de coquillette, accompagné d’un morceau de pain encore à peu près frais et un verre d’eau. Je sens ses regards furtifs, toujours méfiante. Elle me rappelle un peu Sarah : une gamine perdue et des parents trop occupés pour s’en apercevoir. Finalement, assise par terre devant la télé, elle crache le morceau.
   — Je souhaite devenir actrice. Mes parents me disent que ce n’est pas un métier, que je n’arriverai jamais à en vivre. Depuis toute petite, je pratique le théâtre. Je ne demande pas de gagner des millions : juste de pouvoir monter sur les planches, partager ma passion et sentir le public conquit.
   Elle s’arrête et se met à pleurer. Je me lève et lui apporte un rouleau de papier toilette qu’elle regarde bizarrement.
   — Désolée, je n’ai rien d’autre.
   Elle me remercie, le prend et s’essuie. Cela dure un moment, mais elle finit par reprendre son histoire.
   — Après une énième dispute, j’ai pris quelques affaires et je suis partie. Il y a une école à quelques rues d’ici, mais les papiers qu’ils demandent pour avoir la bourse me sont inaccessibles. Et de toute façon, mes parents gagnent trop bien leur vie pour qu’on me l’offre. Maintenant, je n’ose pas rentrer chez moi.
   Ses larmes reprennent de plus belle. Elle se détourne de moi et je la laisse seule avec ses peines. Parfois, il faut savoir donner l’intimité aux gens pour panser eux-mêmes leur douleur. Je me sers un verre d’eau et attends qu’elle redresse la tête. Alors je m’approche avec un second verre qu’elle prend presque sans hésiter.
   — Et que décides-tu de faire ?
   — Trouver un travail, je suppose : gagner assez d’argent pour y entrer par mes propres moyens.
   La détermination dans sa voix me plait et je lui propose de rester ici jusqu’au lendemain. La nuit passe sans que j’arrive à dormir. Je réfléchis à cette gamine, enfermée dans ma chambre, à ma propre fille, partie sans un merci, à ma jeunesse et mes rêves qui me semblaient si lointains. Au lever du soleil, je ressors mes plus récents relevés de compte, Xavière toujours endormie. Les chiffres ne me semblent pas bien hauts, mais s’ils le sont assez pour une maison, ils le seront pour une école.
   Laissant un mot à l’intention de la gamine, je me dirige vers la seule école d’art dramatique de la ville que je connaisse. Finalement, après quelques trente minutes de marche, j’arrive devant le bâtiment, un très joli édifice en pierres rouges et crèmes. Un homme en costume me propose de l’aide pour monter la dizaine de marches, mais je refuse et ma canne heurte le pavé de chacune d’entre elles avec fierté. Non sans avoir essayé mon visage, je me dirige vers le secrétariat où je me retrouve accueilli par une femme d’un certain âge au sourire bienveillant.
   — Bonjour madame, je souhaite inscrire une jeune fille dans votre école. Est-ce trop tard ?
   — Il nous reste quelques places. Asseyez-vous, je vais vous expliquer.
   Elle m’indique un siège et commence à me présenter l’établissement, son histoire, son niveau d’étude, ses débouchés et les contraintes liées à sa réputation. Elle sort ensuite un dossier cartonné d’un tiroir et me montre chaque papier à remplir et énumère la liste de ceux à présenter. Lorsque tout semble clair pour moi, elle m’annonce que le délai est pour la fin de semaine. J’acquiesce et ressors, inspirant une bouffée d’air frais. Je traîne un peu dans les rues sans trop réfléchir et me laisse guider par mon nez jusqu’à une boulangerie. J’entre et la vendeuse me sourit :
   — Je vais vous prendre une baguette et deux croissants, mademoiselle.
   — Très bien. Avec ceci ?
   — Ce sera tout.
   Je paie et, mon bras libre chargé retourne à l’appartement. Devant l’entrée, je croise Madame Pignon, une voisine, qui me propose son aide pour amener mes affaires jusque chez moi. Je la remercie et, arrivés au premier étage, elle remarque le dossier sous mon bras :
   — J’ignorais que votre fille reprenait les études.
   — Ce n’est pas pour elle. Il y a bien longtemps qu’elle ne me demande plus rien. J’essaye de réaliser le rêve de quelqu’un d’autre.
   — Vraiment ? Vous m’étonnerez toujours.
   Je la laisse dans le couloir et quand je rentre dans mon appartement, je m’aperçois de la porte de ma chambre ouverte et entends l’eau couler doucement dans la salle de bain. Je pose le dossier sur la table de la cuisine et bois un grand verre d’eau. Xavière sort quelques instants plus tard, le visage plus radieux et les cheveux humides, habillée de la même tenue qu’hier.
   — Bonjour.
   — Bonjour Xavière.
   — Les gens m’appellent Vi : ça m’aide.
   Elle me sourit plus franchement que la veille et je lui indique une des chaises où elle s’assoit docilement, malgré la légère appréhension dans son regard. Elle remarque alors le dossier sur la table et retient sa respiration après une question :
   — Est-ce que… c’est vraiment…
   — Oui. Une dizaine de papiers à remplir pour la fin de semaine.
   — Mais pour le financement ? J’ai demandé une bourse, mais je n’y ai pas accès.
   Me levant et me rapprochant d’elle, je saisis ses épaules et lui dis ce que j'aurais aimé entendre à son âge :
   — Ne t’en fais pas pour l’argent. Si tu veux vraiment devenir actrice et enflammer les planches, alors fais-le ! Réalise ton rêve avant qu’il ne devienne inaccessible.
« Modifié: 18 Octobre 2016 à 13:37:27 par Luna Psylle »
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Hors ligne Petit Bourgeon

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Re : Robert [défi]
« Réponse #1 le: 15 Octobre 2016 à 12:30:47 »
Salut !

Une petite remarque :

Je le trouve très vieilli pour un bonhomme de 57 ans. Si son âge n'avait pas été mentionné, je lui en aurais donné une dizaine de plus environ... par exemple, à 57 ans, l'usage d'une canne est plutôt le fruit de problèmes de santé que de la pure altération des capacités fonctionnelles liées à l'âge, et c'est ce que semble évoquer ton texte.

Pour le reste, j'aime tes personnages qui ont le potentiel pour être attachants, quoique assez standards. J'ai très bien imaginé les différentes scènes, malgré la progression qui se précipite considérablement vers la fin et qui fait perdre de sa substance au décor et aux personnages.

Hors ligne Luna Psylle

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Re : Robert [défi]
« Réponse #2 le: 15 Octobre 2016 à 13:02:50 »
Salut :)

Merci pour ta lecture et ton commentaire :)

Pour son âge, il y a un peu de ce que tu dis (c'est-à-dire quelques problèmes de santé non mentionnés, même si je pourrais sûrement leur trouver une place), mais c'est surtout et vraiment l'usure décrite : il attend sa retraite pour partir d'une ville qu'il aime sans vraiment s'y plaire et d'un travail sans intérêt (qui pourrait très bien être usant physiquement), il vit comme un vieux divorcé que même ses enfants ne veulent pas voir, il ne se sent pas heureux car impossible pour lui de réaliser son rêve de jeune homme complètement fou...
Autant dire que ce n'est pas le genre de vie qui motive à entretenir son corps et donc à partir d'un certain âge (ici 57 ans, mais à mes yeux, ça peut déjà se ressentir plus jeune) ce dernier s'épuise plus rapidement que quelqu'un d'heureux.

Pour la progression, je ne cherchais pas non plus à m'étendre sur la situation, ayant peur que ça devienne trop lourd si je continuais à décorer l'action.
Bon, après, je pense aussi qu'il y a moyen d'étoffer, mais au niveau du déroulé, je ne vois pas trop comment, donc j'y réfléchirai plus longuement, je pense.

Quoi qu'il en soit, je te remercie pour ta lecture :)

Edit du 18/10 : j'ai rajouté une scène à la fin afin de freiner un peu le tout, mais je ne suis pas convaincue de ma tentative.
« Modifié: 18 Octobre 2016 à 13:38:37 par Luna Psylle »
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