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Auteur Sujet: Scénariste vs Styliste  (Lu 11562 fois)

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Scénariste vs Styliste
« le: 18 Avril 2016 à 00:28:54 »
Je lisais je sais plus où un éditeur qui se plaignait qu'il était rare de voir à la fois un bon style et un bon scénario.
Ca ne m'étonne pas trop, ce sont deux disciplines totalement différentes, et on peut pas être bon partout.
Quel est votre sport de prédilection ? Celui dans lequel vous excellez ?
Voilà ma question !
 ::)
.

Hors ligne extasy

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Re : Scénariste vs Styliste
« Réponse #1 le: 18 Avril 2016 à 02:12:31 »
La vache il est trop bien ce fil :o

C'est l'une des rares questions littéraires à laquelle je peux répondre sans hésiter : je me débrouille infiniment mieux en scénario qu'en style. Pourquoi ? Ah ben mince, revoilà les problèmes. C'est pas facile de savoir pourquoi. Certains éléments de réponse :
- Dans pratiquement toutes mes lectures de jeunesse, je zappais les passages descriptifs et tout ce qui ne m'intéressait pas, ce qui fait que j'ai lu pas mal de pages en diagonale dans ma vie ;
- J'ai longtemps été obsédé par les mathématiques et autres domaines scientifiques. Je pense que c'est de là que j'ai tiré la règle, non la nécessité selon laquelle il fallait avant tout avoir une idée solide et que bah les mots, ça servait à décrire cette idée puisqu'on pourrait difficilement le faire avec une guitare, quoi.
- J'adore découvrir de nouvelles façon de voir les choses, de nouveaux angles de vue, de nouvelles vérités. C'est un peu le prolongement de ce que j'ai écrit juste en haut, mais ça va plus loin que la science : comprendre par exemple que le cubisme qui semble n'avoir aucun sens au départ est en fait un empilement en 2D de faces en 3D, boum, grosse révélation, et le sentiment que ton cerveau se dote d'une nouvelle couleur. Découvrir que Zola pour écrire l'assommoir a supposé la règle selon laquelle pour rendre un récit où il ne se passe rien de particulier intéressant, il fallait que ce dernier soit absolument parfait de réalisme, boum, encore un nouveau concept de découvert, la palette de couleurs intérieure s'élargit. Bref, j'adorais découvrir de nouveaux concepts, de nouvelles structures de pensée. Et du coup le rapport avec l'écriture c'est dans cette découverte de nouveaux concepts, de nouvelles réalités, de nouveaux enchaînements et donc de nouvelles histoires. Et donc dans l'acte de l'écriture - plutôt dans l'acte de création, puisque l'écriture n'était pour moi qu'un support - c'était ça le but, de farfouiller un peu partout jusqu'à découvrir quelque chose d'original, des concepts qui s'agençaient d'une manière imprévue mais vraie, et le but était de poser des mots, quels qu'ils soient, vite, pour que l'idée prenne forme. Dans la pratique, ça se traduisait souvent par une chute qui se voulait originale, avec une petite préférence pour les retournement complets de situation, mais pas que.
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.

Et donc inconsciemment peut-être, c'est ça que je recherchais, de créer des scénarios (enfin de donner forme dans des scénarios à des idées) où les choses s'inversaient. Mais en gros l'inversion n'est qu'un changement parmi d'autres. Au final, c'est le plaisir de jouer avec quelques éléments de base et d'essayer d'en sortir quelque chose qui se mélange bien, sentir que ça s'enclenche et que tous les rouages se mettent en place.
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.

Et donc, à part une petite minorité de textes qui ont un objectif précis autre que la création pure, pour moi ça se passe au niveau de la réflexion/imagination la plupart du temps, pas de l'écriture. C'est souvent en marchant que ça m'arrive. Bon des fois c'est en commençant à écrire un truc nul que finalement une idée surgit sans prévoir, mais j'ai pas encore beaucoup testé l'écriture dans le vide, sans avoir d'idée préétablie, pour vraiment savoir ce que ça vaut (enfin si ces derniers temps, on s'amuse beaucoup aux soirées dico à écrire des textes en un peu plus de dix minutes, mais bon je pense toujours un peu avant de me lancer, d'où mes retards  :mrgreen: ).
Donc voilà en gros c'est ça, c'est au niveau de l'idée, tenir un truc original, mais sentir aussi que quelque part, ça existe déjà un peu je crois. Et l'écriture, bof je me disais, pas de chichis que je pensais, une langue correcte et puis c'est tout. Donc voilà au commencement, définitivement scénario, avec à mes débuts un gros penchant pour les inversions, même si ça s'est mis à se diversifier un peu (en gros, plus t'as d'idées et plus ça fait plaisir).

Et donc ça c'était avant, parce que maintenant, le style prend de plus en plus d'importance. Essayer d'écrire avec des mots justes, sincères et colorés, ça commence doucement à devenir très important pour moi. Sauf qu'au fond, je dois bien l'admettre, c'est toujours le plaisir de trouver des combinaisons, des couleurs, des expressions originales, qui dominent mon intention. C'est de dire une chose dans une formule qui m'ouvre à quelque chose de nouveau, à un regard que je n'avais pas ou dont je n'avais pas conscience avant, et bordel ce que c'est jouissif. Mais je suis encore en train de tâtonner et je sais pas trop ce que je pourrais dire sur le style. En tout cas ces derniers temps, mes tentatives c'est d'un côté recherche du style, plaisir de tâtonner.

Et d'un autre côté et très très récemment, au point que c'est peut-être même pas encore abordé dans l'écriture, c'est une tentative d'écrire (et comme c'est pas sûr que c'est commencé, on va plutôt dire un désir d'écrire) sans accorder la primauté ni au style ni au scénario mais de s'en servir comme supports pour euh, je sais pas trop, quelque chose qui se débarrasse des ces soucis de forme pour euh, essayer d'aller dans quelque chose de sincère euh je crois. Franchement je sais pas, à partir de ce très très récemment rien n'est sûr dans ce que je dis. Juste vouloir écrire sur quelque chose qui me touche vraiment, et d'oublier un peu ce plaisir créatif et essayer d'être honnête, de dire quelque chose qui me fait vraiment souffrir ou qui me fait réellement quelque chose, dans mon cœur plutôt que dans ma tête. J'ai juste la vision d'un texte d'où ressortirait quelque chose d'honnête, mais je sais pas vraiment ce que ça veut dire et c'est pas pour aujourd'hui. Mais je pense que c'est peut-être le plus essentiel, quelque chose qui au final se fiche éperdument du scénario et du style, qui est bien loin de ces soucis de mortels que nous sommes. Donc rien de moins sûr que d'arriver un jour à définir ce que c'est, encore cent fois moins sûr de pouvoir un jour écrire comme ça. Je crois le sentir parfois dans certains textes, ou plutôt à certains endroits de certains textes, sur le forum comme dans des bouquins. Mais je ne sais pas, je m'égare trop et je ne sais pas quoi ajouter de plus sans vraiment dire des choses ridicules et tomber dans un très gros hors sujet (et je crois que je suis déjà pas mal hs donc voilà quoi ^^)

En tout cas parallèlement à ce paramètre inconnu (je ne parle pas de cette "petite minorité de textes qui ont un objectif précis autre que la création pure" évoquée plus haut qui n'a aucune importance dans le présent fil, mais de ce que j'ai dit au sujet du cœur et ces trucs chelous), je continue d'essayer tantôt d'accorder la primauté au scénario tantôt au style, en essayant de garder un minimum tolérable de l'un quand je me concentre sur l'autre.

Quoiqu'il en soit, quand je ne pense pas à ce mystérieux facteur X, alors dans ce cas scénario comme style, c'est ce plaisir du regard qui s'ouvre à quelque chose de nouveau, tordu, asymétrique (parce que j'en ai un peu marre des inversions, je veux des trucs qui n'ont pas de formes parfaite genre cercle carré ou triangle, mais plutôt comme un morceau de verre brisé qui ne ressemble à aucun autre), c'est cette sensation de grandir, de s'épanouir dans la recherche d'une nouveauté qui vient de soi mais dont on a l'impression qu'elle existait déjà ailleurs et qu'elle n'attendait qu'à être découverte. Il y a des auteurs ici que je n'ose évidemment pas nommer parce que je ne leur ai pas demandé, qui me donnent ça dans leurs textes (dont je ne pourrai donc pas nommer les titres). Ce quelque chose de nouveau et de tellement authentique qui fait qu'ils sont eux, certains dans le style, certains dans le scénario et le style, et certains dans les scénarios (mais je pense que ces derniers sont plus rares).

Donc sans hésiter je réponds que je préférais le scénario, mais je ne vote pas parce que maintenant je ne sais plus trop. Mais en tout cas je pense que quelque chose se cache au dessus de la dualité scénario/style, qui gouverne cette opposition d'en haut et peut-être que là-bas dans cet ailleurs, cette contradiction n'a plus lieu d'être (un peu comme les trucs de spiritualité hindoue que j'adore genre mental/surmental/supramental/Sat Chit Ananda).
Ah ça me fait penser j'ai lu un texte de Donaldo et j'ai cru y voir un robot qui découvrait l'existence de Dieu : encore un chouette concept qui me fascine, je le rajoute aussi au cas où.

Donc voilà.

Je suis un peu parti dans tous les sens, je ne sais pas si c'était le but de ce fil, je crois que j'ai fait du hors-sujet. Désolé si c'est le cas, mais ça m'a fait un bien fou d'écrire tout ça. Evidemment si c'était pas ton objectif, j'édite le post et je déplace peut-être le texte dans un autre fil.

Mais putain t'as vraiment eu une super idée.
« Modifié: 18 Avril 2016 à 05:32:12 par extasy »

Hors ligne Mister Pim

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Re : Scénariste vs Styliste
« Réponse #2 le: 18 Avril 2016 à 02:38:36 »
Sans vouloir m'opposer à l'ami extasy (que je salue tendrement au passage) : c'est le style, le style encore et toujours, qu'on doit bosser avec la plus grande application. Une attention de tous les instants. Déjà parce que c'est ce qui nous différenciera. Et puis on peut avoir le plus riche des scénarios, le plus complexe, à rebondissements multiples, sans l'art de raconter, sans l'art de la mise en scène, le lecteur se fera chier à notre construction mathématique. Avec le style, un auteur peut raconter sur 30 pages qu'il va acheter une baguette de pain, on le suivra sans en perdre une miette.

Quant au non-style qui se prétendrait style, tout le monde hélas ne s'appelle pas Camus pour se permettre ça. Et puis même Camus, avant d'écrire L’Étranger, avait pondu des ouvrages d'un style très pointu. Comme quoi, là encore : travailler la stylistique pour mieux s'en affranchir.   

Hors ligne extasy

  • Palimpseste Astral
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Re : Scénariste vs Styliste
« Réponse #3 le: 18 Avril 2016 à 02:51:59 »
Hello Mister Pim :)

En fait tout dépend de ce que tu appelles style, dans ce cas. Par exemple, est-ce que dans les bouquins de Harry Potter, il y a du style ^^ ?
Je veux vraiment savoir, parce que ce n'est pas écrit avec des mots/formules exaltants, mais pourtant les 7 bouquins se dévorent. Et du coup ma question, et je n'ai aucune idée de la réponse, c'est : est-ce parce que d'un côté autre que celui de l'expression, il y a quelque chose dans le style d'écriture qui donne envie de lire HP ? Ou est-ce simplement parce que l'idée et l'intrigue sont bonnes ?
En gros, est-ce que l'intrigue, ça fait partie du style : c'est ça que je n'arrive pas à déterminer.

(Je ne sais pas si ce que je dis a un sens  ><)

Nocte

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Re : Scénariste vs Styliste
« Réponse #4 le: 18 Avril 2016 à 03:06:04 »
Remplacer scénario par univers.
Puis style par esthétique.
Là, ça me parle mieux.

Je veux vraiment savoir, parce que ce n'est pas écrit avec des mots/formules exaltants, mais pourtant les 7 bouquins se dévorent.
Justement, un style simple donne la fluidité nécessaire pour que le lecteur lambda puisse se plonger dans l'intrigue sans accrocs.

Hors ligne Mister Pim

  • Calligraphe
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Re : Scénariste vs Styliste
« Réponse #5 le: 18 Avril 2016 à 03:09:18 »
Pour Harry Potter, exta, (salut Nocte), je n'ai lu que le premier mais je me souviens que la traduction française était de très haute tenue. Est-ce à dire que le texte original avait cette intention stylistique ? Je ne saurais l'affirmer, il faudrait lire HP en vo, ce qui demande de capter toutes les subtilités d'une langue étrangère, les sous-entendus, les jeux de mots. Néanmoins ton exemple ne nous fait pas dévier du sujet, au contraire ! Il nous amène plutôt sur l'art de la traduction. Une traduction française réalisée par un styliste améliorera sans doute le texte original. Comment nous aurait apparu Edgard Poe s'il n'avait pas été traduit par Baudelaire ? Aurions-nous pénétré l'univers si étrange de Kafka s'il n'avait pas été traduit par Vialatte ? 

Hors ligne Luna Psylle

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Re : Scénariste vs Styliste
« Réponse #6 le: 18 Avril 2016 à 09:11:36 »
Je veux vraiment savoir, parce que ce n'est pas écrit avec des mots/formules exaltants, mais pourtant les 7 bouquins se dévorent.

Perso, je l'ai pas dévoré :-\, j'arrive même pas à finir le 2 :-[ qui doit traîner quelque part dans un carton entre trois maisons :mrgreen:.

Remplacer scénario par univers.
Puis style par esthétique.
Là, ça me parle mieux.

J'avoue qu'univers me parle plus que scénario à moi aussi :).

Par contre, que ce soit style ou esthétique, ça ne veut rien dire pour moi :-¬?.

Mais je vais quand même essayer de répondre à cette question qui m'intrigue un peu en terme de réflexion sur moi-même ^^ :
  • D'où sortent mes histoires (les deux exemples ci-dessous sont les plus fréquents et les autres peuvent s'y rattacher) :
    • Le plus généralement, mes histoires (et donc mes scénarios) me viennent de mon imaginaire et je peux passer des années à étoffer un univers de sorte à ce qu'il me semble suffisamment complet pour que je puisse en dire quelque chose.
    • Parfois, cela vient de mes rêves, et donc le travail est plus une sorte d'enrobage : j'ai une idée fixe de base, et je me sers de tout ce que je trouve dans ma "caisse à outils imaginaire" qui pourrait marcher avec (un peu comme de vouloir jouer aux Lego avec aucun plan et des milliers de pièces, c'est le même principe)
      Donc, je travaille mes univers.

  • Comment j'en parle :
    • Ça peut paraître con (voire même très con), mais j'écris de façon à pouvoir être lue. Partant de là, je dirais que j'utilise des formules simples mais évocatrices pour chacun (ce qui ne peut pas toujours fonctionner sur tout le monde, j'en conviens). J'ai lu dans certains commentaires sur mes textes que la lecture est fluide. Est-ce là ce que vous appelez "style" ?
    Dans ce cas, je dirais que je travaille aussi le style.

  • Un exemple de tout cela : mon premier texte sur le forum (que j'ai retravaillé récemment) :Juste un café...
    Sur ce texte, on m'a demandé s'il était l'introduction d'un texte plus long. Réponse : oui, non, Joker.

    Il fait partie d'un univers, créé spécialement pour lui. Ce n'est pas un univers particulièrement approfondi, mais suffisamment pour un texte de cette envergure (très court). Chaque personnage (oui, même Monsieur le Compte ou la serveuse, pour ceux qui ont envie de le lire) a un bout d'histoire de formé qui peut être étoffé au fil de mes passages (je me balade souvent dans mes univers), des groupes, des sociétés sont créés, les personnages ont des caractéristiques propres, des caractères recherchés (pas forcément approfondis sous tous les aspects, mais j'essaye de savoir qui ils sont pour mieux expliquer comment ils réagissent).
    Cela veut dire en quelque sorte que j'ai travaillé le fond.

    Mais, à côté de ça, si je l'ai écrit, c'est essentiellement pour mettre des mots sur des images que j'avais dans la tête. La vision du serpent qui regarde sa victime suffoquer et qui montre qu'il aime sa façon de tuer. La proie qui s'approche, calme et sûre d'elle. L'union des esprits, la compréhension de l'autre. Ce genre de choses. Il fallait que je mette des mots sur ces sensations, ces sentiments.
    Cela veut dire que j'ai travaillé l'aspect du texte, ses mots, ses phrases, ses images, ce qui se rapproche du style (j'ai un peu de mal à le définir).
Et finalement, quand on écrit, est-ce que l'on ne travaille pas les deux quoi qu'il arrive ? On apprend à mettre des mots à la suite, et au fur et à mesure des retours qu'on a de nos lecteurs, on se fait un chemin dans le monde de l'écriture. Mais si on met des mots sans savoir de quoi parler, cela ne veut rien dire, donc on crée, même pour quelque chose de court, un univers. Il peut être réel ou non, étoffé ou non, mais il est à l'écrivain, donc il y a création. Quand je dis que mon personnage sera un homme de quarante ans, malheureux dans son couple, rongé par l'alcool et qui déteste s'appeler Robert (je refuse qu'on me lance un défi pour le mettre en scène :huhu:), je crée, même s'il semble sorti d'une réalité que je pourrais connaître.

Au final, si on me dit "Tu as de bons univers, mais un mauvais style.", je répondrais "Dans ce cas, définis-moi un bon style et dis-moi ce qui ne va pas avec le mien.". Et de la même façon, si on me dit "Tu as un bon style, mais ton univers me semble vide.", je répondrais "Que lui manque-t-il pour te sembler plus cohérent, complet ou réaliste ?". Parce que pour moi, il faut travailler sur tous les fronts pour toujours évoluer.

Merci à tous ceux qui ont lu ce petit pavé jusqu'au bout :), ce fut une introspection intéressante.
If the day comes that we are reborn once again,
It'd be nice to play with you, so I'll wait for you 'til then.

milena-owein

  • Invité
Re : Scénariste vs Styliste
« Réponse #7 le: 18 Avril 2016 à 11:48:28 »
Désolé mais je vais boter en touche :D

Pour moi, séparer style et scénario c'est poser la question dans le mauvais sens.
On ne peut pas séparer : "quoi raconter" de "comment raconter".
Un peintre qui décide de peindre une flamme (=le scénario) ne peut pas le faire s'il ne se demande pas : "comment rendre le jeu de lumière?", "comment donner l'impression de mouvement ?", "quelles couleurs conviendront le mieux ?", "de quoi je veux que celà ait l'aire ? réaliste ? impressionniste ?", "est-ce que je veux transmettre un sentiment ? lequelle ?", "est-ce que je dois juste peindre ma flamme ? ou est-ce que je dois d'abord répondre à toutes ces questions ?" (=le style).
Le style va apposer une marque au scénario : en choisissant le ton d'une histoire on aura parfois tendence à retirer certains élément qui ne cadre plus à ce qu'on a envi de faire.

Ensuite j'aurais tendence à dire malgrés tout que ces deux éléments ne progresse pas à la même vitesse.
Spontanément j'aurais tendence à dire que le scénario vient plus vite que le style : on débute bien souvent par savoir ce qu'on veut raconter mais on n'arrive pas à le raconter bien.
Mais plus on progresse dans le style, plus le scénario nous apparait comme incertain : ce qui nous semblait cohérent (ou suffisament cohérent) au début ne nous semble plus satisfaisant.

Pour moi un écrivain est comme un funambule : il marche sur le fil de l'histoire qu'il veut raconter. Le style et le scénario sont comme les extrémité de la perche qu'il lui sert à trouver et garder son équilibre : qu'elle penche d'un coté ou de l'autre et l'auteur s'écroule, et avec lui son récit.

Edit : je propose d'ajouter au sondage une troisième option : "pas de récit sans style"
« Modifié: 18 Avril 2016 à 11:51:13 par Milena Owein »

Hors ligne extasy

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Re : Scénariste vs Styliste
« Réponse #8 le: 18 Avril 2016 à 16:03:11 »
Je crois que je comprends ce que tu veux dire milé, mais je ne suis pas tout à fait d'accord. Dans un sens si, je suis d'accord, mais à mon avis tu parles d'un texte parfait, un sans-faute théorique, le déplacement d'un solide sans frottements de l'air ; bref quelque chose qu'on ne retrouve pas souvent dans la pratique. En vrai, je crois avoir vu pas mal de texte sur le forum où on disait : il y a de bonnes idées mais la réalisation n'est pas à la hauteur, ou encore c'est très bien écrit mais je n'ai pas été spécialement intéressé.
Du coup je trouve que l'exemple du peintre qui peint une flamme n'est pas un bon exemple dans le sens où il ne propose pas ces nuances, ce dosage. Si je te donnais l'image d'une bougie d'où sort une flamme par exemple, il pourrait y avoir un peintre à la technique très pure qui retranscrirait parfaitement les formes et les couleurs de la bougie et de la flamme ; et tu pourrais en avoir un autre qui dessine moyennement bien mais qui aurait l'idée de peindre une flamme d'où s'échappe des gerbes de cire, d'apporter une autre vision quoi, tout en gardant une technique rudimentaire.
Ce que l'un gagne l'autre le perd ; trouver quelqu'un qui a en même temps le style et la vision à 10/10, je pense que c'est rare ; ce n'est pas que je ne pense pas cela possible, c'est même peut-être ce vers quoi tout auteur tend, mais il a beaucoup de chemin à faire et durant cette route, je pense que la question de la séparation du scénario et du style a son importance, et surtout sa réalité.

J'ai pas envie de me relire, j'ai pas dormiiiiiii ><

Hors ligne vinzWallbreaker

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Re : Scénariste vs Styliste
« Réponse #9 le: 18 Avril 2016 à 16:28:34 »
Le style c'est un peu le "packaging" du texte. C'est là pour mettre en valeur le récit (pas que, mais quand même).
Alors pour pousser un peu mon analogie : un produit pourri dans un beau packaging ou un bon produit mais en vrac... Bah je préfère quand même un bon produit en vrac.
Après ceci n'est que mon point de vue.
Avec des Si on fait de la musique monotone...

Hors ligne extasy

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Re : Scénariste vs Styliste
« Réponse #10 le: 18 Avril 2016 à 16:33:49 »
Mhhh, je pense que je ne suis pas d'accord. Le style, je peux le considérer comme un packaging quand justement, ce qui m'intéresse c'est le scénario avant tout. Mais réduire le style au seul packaging dans l'absolu : je ne pense pas. Il y a des textes où c'est le scénario qui est un packaging parce qu'il faut un minimum d'éléments pour faire un texte, mais où les mots te transportent.

Invité

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Re : Scénariste vs Styliste
« Réponse #11 le: 18 Avril 2016 à 16:36:31 »
J'ai lu une fois un roman (oui, j'en ai lu, mais très peu), et il avait cette particularité d'avoir une richesse si incroyable que chaque phrase était sortie d'un poème. Mais le scénario était tellement inintéressant que j'ai sauté au moins 200 pages pour aller plus vite ; croyez-moi, je n'avais rien loupé, c'était toujours aussi chiant. Cependant, le style était toujours aussi mémorable. Une description du décor, des personnages, de leur peur, de leur peine, de leur joie, tout ce mélimélo était rondement écrit.

Donc je vais plutôt voter pour le scénario, même si le stylisme va de pair avec, cela va de soi.

Hors ligne Milora

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Re : Scénariste vs Styliste
« Réponse #12 le: 18 Avril 2016 à 16:58:17 »
Je plussoie TOTALEMENT Milena !

Citation de: Milena Owein
Pour moi, séparer style et scénario c'est poser la question dans le mauvais sens.
On ne peut pas séparer : "quoi raconter" de "comment raconter".
Un peintre qui décide de peindre une flamme (=le scénario) ne peut pas le faire s'il ne se demande pas : "comment rendre le jeu de lumière?", "comment donner l'impression de mouvement ?", "quelles couleurs conviendront le mieux ?", "de quoi je veux que celà ait l'aire ? réaliste ? impressionniste ?", "est-ce que je veux transmettre un sentiment ? lequelle ?", "est-ce que je dois juste peindre ma flamme ? ou est-ce que je dois d'abord répondre à toutes ces questions ?" (=le style).
Le style va apposer une marque au scénario : en choisissant le ton d'une histoire on aura parfois tendence à retirer certains élément qui ne cadre plus à ce qu'on a envi de faire.

On peut pas dissocier les deux... à moins de considérer qu'un bon style c'est un style fleuri et recherché, mais du coup je suis pas d'accord.

Je m'explique.

Le style, au sens large qui a été évoqué dans tous vos posts, c'est juste un mot pour désigner la façon dont le texte est écrit.
Or, comme le dit Milena, on ne peut pas dissocier une scène de la façon dont elle est écrite, parce qu'elle n'existe qu'à travers les mots qui l'évoquent.
Prenez une même scène (au niveau scénaristique), faites-la écrire par deux auteurs différents. Ça ne donnera pas la même scène. Parce que chaque mot a une incidence sur un texte, qu'il soit réfléchi ou mis spontanément par l'auteur. Que le style, la façon de raconter, ça n'est pas uniquement une façon de transmettre de l'information. Ça pose l'ambiance, la tension, les enjeux, ça campe les personnages.
Pour preuve : lisez un synopsis détaillé d'un roman. Un synopsis c'est un résumé de toutes les étapes de l'intrigue, du début à la fin. Vous avez le scénario. Mais vous n'avez pas le style. Ben lire un synopsis, ça n'a pas d'intérêt : c'est purement informatif.
Sauf qu'écrire un roman (ou une nouvelle), c'est pas informatif : c'est créer tout un ensemble d'éléments visuels, sonores, d'impressions, de pensées, d'interrogations, de sensations, à partir de mots. On peut donc pas séparer le signifiant et le signifié, là  :/

Du coup, un texte avec un bon scenario ne peut pas tenir debout si le style ne suit pas. En étant à quelques comités de lecture qui reçoivent des textes d'auteurs amateurs, ça m'a frappée. Même si le scénario est bien, le style qui tient pas debout ça fait qu'on ne peut pas raconter l'histoire. Soit le lecteur ne comprend pas, soit il ne peut pas rentrer dans le texte, soit c'est si laborieux que ça gâche l'histoire.
De la même façon, un beau style qui raconte une histoire qui ne tient pas debout, ça marche pas non plus. Parce qu'au bout d'un moment, le lecteur va décrocher, se focaliser sur les invraisemblances ou sur l'absence d'intérêt de l'histoire.

C'est un peu comme si on se demandait si dans un morceau de musique, ce qui compte c'est la partition ou le fait de savoir jouer un instrument.
Vous prenez quelqu'un qui sait jouer et vous lui faites jouer "do ré mi do ré mi do ré mi", ça va aller 5 minutes mais pas plus.
Vous prenez Beethoven et vous le faites jouer par quelqu'un qui sait pas jouer, et ça va pas aller non plus.


Par contre, quand vous citez JK Rowling et aussi à plusieurs reprises dans vos posts, c'est parce que par "beau style" vous vous référez à un style "littéraire", recherché, fleuri. Vous dites que HP c'est pas un beau style, parce qu'il n'y a pas des métaphores, des hyperboles, et tout ça ; bref, JK Rowling n'écrit pas comme Racine.
Non, c'est clair. Mais ça ne veut pas dire que son style n'est pas bon. Son style est le genre de style qui se fait oublier. Mais il est terriblement efficace : il produit des ambiances, du suspense, l'immersion dans le personnage et dans son univers. Donc c'est pas qu'il n'est pas soigné : c'est qu'il n'est pas fleuri. Y a des très bons styles qui ne sont pas fleuris (j'ai pas le souvenir d'être restée en admiration devant une phrase de Flaubert, pourtant c'est hyper travaillé et c'est l'ensemble de ses phrases qui fait que c'est bien écrit).
Un exemple parfait ce serait Hunger Games : je suis la première à trouver le style basique et fade. MAIS c'est pas mal écrit : en quelques pages on est totalement happé dedans, c'est un style minimaliste qui permet d'avoir l'impression de recevoir un coup de poing dans les moments durs du livre. On est aux antipodes de Racine mais le style n'est pas mauvais.


Après, y a quelques exceptions : des romans où on arrive à accrocher alors qu'on n'aime pas le style ou qu'on le trouve pas assez soigné. Personnellement, ça m'est arrivé avec Le Vent de feu. Mais ça veut dire que le style, sans être parfait, arrive quand même à remplir son office : transmettre non seulement les infos mais aussi les ambiances, les impressions, le suspense, etc.
À l'inverse, on peut se dire que certains textes tiennent par le style parce que l'intrigue est plan-plan. Certes, mais l'intrigue tient quand même debout, l'information est bien amenée et, si on n'a pas avoir une impression de "tout ça pour ça ?" à la fin, ça veut bien dire que la façon dont c'est raconté a réussi à ajouter assez d'éléments à l'histoire pour qu'elle ait un intérêt. Je veux dire que si on apprécie un texte alors que l'intrigue factuelle est sans intérêt, c'est parce qu'il y a d'autres lignes directrices du scénario, qu'on identifie moins, mais qui le font tenir debout. Par ex, un roman dont l'intérêt va être surtout l'évolution psychologique d'un personnage. Si on prend un tome de Proust pris indépendamment, par exemple Albertine disparue, ça se résume de façon hyper basique : la copine du narrateur est morte et du coup, après avoir déprimé, il se met à revoir du monde. Sauf qu'il y a par dessus toute la ligne directrice de l'évolution psychologique du personnage, qui en fait est un pan à part entière du "scénario", mais c'est juste qu'on n'a pas tendance à y penser.
Je sais pas si je suis très claire.


Mais bref, du coup, du côté auteur amateur, je suis convaincue qu'on ne peut pas travailler ou le style ou le scénario sans lier les deux. Y a besoin des deux pour faire une histoire. Sinon, tout simplement, l'histoire ne tient pas, le texte est désagréable à lire, il ne fonctionne pas.
Après, que le style soit le genre sobre qui se fait oublier pour servir l'intrigue, ou le genre joli style fleuri avec des figures de style qui se voient, c'est question de goût...
Il ne faut jamais remettre à demain ce que tu peux faire après-demain.

Hors ligne vinzWallbreaker

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Re : Scénariste vs Styliste
« Réponse #13 le: 18 Avril 2016 à 17:05:15 »
C'est clair qu'on peut demander à 10 auteurs de nous raconter la même scène, y en aura pas deux pareilles.

Sinon j'imageais le style comme étant le packaging, histoire de bien caricaturer la chose.
Maintenant on est d'accord pour dire qu'une histoire intéressante mal écrite, bah personne n'ira jusqu'au bout, et même en allant au bout, on aura l'impression de souffrir...

Maintenant faut savoir si le style doit prévaloir ou servir simplement l'histoire.
Avec des Si on fait de la musique monotone...

Hors ligne extasy

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Re : Scénariste vs Styliste
« Réponse #14 le: 18 Avril 2016 à 17:07:48 »
Citer
Après, que le style soit le genre sobre qui se fait oublier pour servir l'intrigue, ou le genre joli style fleuri avec des figures de style qui se voient, c'est question de goût...
Je ne pense pas qu'on parlait de ce style-là justement, pas moi en tout cas ; j'ai pris la question comme ça : un bon scénario ou un style qui se voit ?

 


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