J’ai rencontré un monstre. Un monstre étrange loin de ce que l’on imagine dans ses cauchemars. Un monstre « gentil », un qui n’effraie pas, un qui au contraire provoque le sentiment inverse.
Je l’ai observé longtemps, évoluer au milieu des autres. Pas une personne ne pouvait s’empêcher de l’apprécier, pas une personne ne pouvait s’empêcher de vouloir être ami avec lui. Il était sympathique, prévenant, à l’écoute. Il était celui qui aide, qui soutien, qui a toujours la bouche pleine de belles paroles qui réconfortent ou encouragent. Il était à l’opposé de comment moi je le percevais.
Car moi, je le voyais autrement. Ce monstre « gentil » ne l’étais pas tant que ça. Son parfum était enivrant, sa gentillesse était attirante mais en réalité ce n’était qu’une sorte de poison. Les gens devenus ses amis, les gens devenus proches ne se rendaient alors plus compte des petites entailles que le monstre leurs provoquaient par moment. Çà et là, disséminé au cours des journées, le monstre infligeait d’infime blessure que les gens ne voyaient pas.
Petit à petit, toujours enivré par le monstre, ils saignaient, ils souffraient. Jamais ils n’arrivaient à croire que c’était la faute du monstre. Celui-ci feignait l’ignorance et continuait à distribuer sa fausse gentillesse à tout le monde en ayant parfois le culot de croire qu’il était sincère. Cela me dégoutait mais j’étais lâche et j’avais peur alors je l’ai laissé faire.
Plus il était proche des gens et plus ceux-ci souffraient. Il a été même été très proche de personnes et à celle-ci je l’ai vu infliger des blessures de plus en plus graves et de manière de plus en plus violentes. Mais le monstre avait bien fait son travail avant. Son parfum poison, son comportement proche et attentionné avaient fait leurs travails, les gens ne voulaient plus s’éloigner.
Ces personnes finirent bien sûr par ce rendre compte que toutes leurs souffrances étaient issues du monstre qui ne se gêna pas pour le leur avouer mais l’emprise était trop forte et les personnes pardonnaient, pardonnaient… Toujours... Encore…
Dans le sillage du monstre les blessés les plus grave formaient un petit groupe solidaire complétement acquis à sa cause et qui le défendait bec et ongles même quand le monstre lui-même déclamait le danger qu’il y avait à le fréquenter. Rien n’y faisait, jamais le monstre ne paraissait à sa réelle image devant les gens. Il était trop tard, il avait déjà conquis tout le monde.
Moi seul était immunisé, moi seul, voyait tout. Le monstre le savait et s’en moquait. J’étais trop lâche pour l’affronter, trop lâche pour tenter de faire comprendre aux gens le danger. Ils étaient dépendant de ce que le monstre offrait et lui était dépendant de de cette affection que les gens lui donnaient.
Un tableau triste et noir qui ne s’aggravait que de jour en jour. Une fois le monstre m’a parlé et m’a confié : « Tu ne peux pas lutter, moi-même j’ai déjà essayé. J’ai vécu longtemps loin des gens, effrayé par leurs contacts. Pourtant, après les avoir approchés une première fois, je n’ai pas pu résister et je suis resté près d’eux. Ce n’est que plus tard que j’ai compris ce que je faisais.
Aujourd’hui, je sais que je n’aurais pas dû pour leur propre bien mais c’est trop tard. Même en le refusant de tout mon être, les gens viennent et leur affection me fait renoncer à les protéger de moi. »
Ce jour-là j’ai découvert que le monstre avait aussi peu de volonté que moi face à tout ça. Je me dégoûtais de voir ma passivité. Je me dégoûtais d’assister à toute ces scènes de gentillesse et de douleur qui gravitaient autour du monstre mais rien n’y faisait. Je restais immobile, étranglé par ma lâcheté, étranglé par mes propres sentiments envers moi.
Je ne suis pas sincère, je ne veux pas de la vérité. La vérité justement, je la fuis, je ne veux pas la voir. Je ne veux pas l’entendre car ce monstre que je côtoie c’est dans le miroir de ma salle de bain que je lui parle tous les jours…
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